Auteurs et textes mystiques









ETUDES MYSTIQUES II


DOMINIQUE TRONC




Table

Origines d’une Filiation








DT Etudes 2 Filiation mystique.odt



TABLE DES MATIERES


Table des matières

DT Etudes 2 Filiation mystique.odt 4

. 13

ORIGINES d’une FILIATION 13

****************************** 13

. 13

31.UNE FILIATION MYSTIQUE : CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ, JEAN DE BERNIÈRES, JACQUES BERTOT, JEANNE-MARIE GUYON [Dix-septième siècle, 2003] 13

(40) Une filiation mystique (txt pour art.2003).doc 13

(40) D Tronc Une filiation mystique (art. XVIIe siècle218 2003).pdf 13

Les origines. Jean-Chrysostome de Saint-Lô, directeur de Jean de Bernières. 14

Jean de Bernières, directeur de Jacques Bertot. 16

Jacques Bertot, directeur de Jeanne-Marie Guyon. 18

Madame Guyon et ses dirigés. 26

Une école mystique française. 27

100A.MADAME GUYON AU CENTRE D’UNE FILIATION MYSTIQUE [Genève 2017] 29

(41) Mme Guyon au centre d’une filiation 1mars18.docx 29

Contribution à « Madame Guyon, Mystique et politique à la Cour de Versailles, à l’occasion du troisième centenaire de sa mort » 29

ANNEXES 43

Liste de proches : réseau normand, puis parisien, enfin européen : 43

100B.MADAME GUYON AT THE CENTRE OF A MYSTICAL TRANSMISSION 45

(42) Madame Guyon at the center of mystical transmission.odt 45

33.JEAN-CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ (1594-1646) 61

(43) Chrysostome 18 avril antidoté.docx 61

Présentation 61

Les origines et le sieur de la Forest (1563-1628) 61

Le maître caché des mystiques normands 62

Présentation des écrits de Chrysostome publiés par ses disciples Bernières et Mectilde 64

Note sur la direction de Bernières par le P. Chrysostome 65

Deux directions 65

L’initiation de Bernières 66

L’initiation de Mectilde 69

Extraits de lettres où Mectilde parle de Chrysostome 76

Tables 82

34.JEAN DE BERNIERES LE CHRETIEN INTERIEUR ET LETTRES A L’AMI INTIME 89

(44) BERNIERES ARFUYEN Chrétien et lettres à l’ami 7mars.doc 89

(44) Bernières Arfuyen correctif.doc 89

Préface 89

35.BERNIERES ŒUVRES MYSTIQUES I L’INTERIEUR CHRETIEN SUIVI DU CHRETIEN INTERIEUR ET DES PENSEES 95

(45) Bernières Oe mys I Chrétiens D Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel).doc 95

(45) Bernières Oe mys I Chrétiens D Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel).pdf 95

Avant-Propos 95

Jean de Bernieres : écrits et influences 96

Un succès éditorial 96

Les acteurs 97

La pièce 98

Les sources imprimées 99

Choix pour nos éditions 100

Un courant mystique « ouvert » 101

Une tradition franciscaine 101

La direction ferme du P. Chrysostome 102

Les conseils d’amies mystiques 104

Marie des Vallées (1590-1656) 104

Marie de l’Incarnation (1599-1672) 105

Charlotte le Sergent (1604-1677) 105

La vie de Jean de Bernières. 106

Les multiples activités des amis de l’Ermitage 107

Les conseils en oraison 108

Une heureuse fin 110

« Dieu est et vit, et cela me suffit » 110

L’école du pur amour 112

Des rivières « cachées » et une voie occultée 114

Influences dans le monde catholique français 115

Influences hors du Royaume 116

Conclusion 117

Avertissement 117

Générations autour de Jean de Bernieres 118

Description des éditions anciennes 118

(1) Un Intérieur Chrétien suivi de deux Chrétiens Intérieurs 118

(2) Des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres) 120

(3) Des Pensées 120

Table 120

36.JEAN DE BERNIERES/ Lettres et Maximes mystiques / Un florilège 127

(46) Cor.Bernières CHX revu avec add. et thèmes formaté Lulu.odt 127

Avant 1653 128

(1) 6 Mars 1646 L 1,27 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. -- Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même… 128

6 mars 46 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. […]ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : « Courage, notre cher Frère ; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs ! Tendez à la pureté vers Dieu. » 128

Table des seuls titres 128

Thèmes par clefs 133

Correspondance par années 133

37B.JEAN DE BERNIERES ET L'ERMITAGE DE CAEN, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle - Lettres & Maximes Tome I 1631 – 1646 [Dom Éric de Reviers, o.s.b] 135

(47) Correspondance Bernières 1631-1646 Champion 8fév19 revu DT 10mai.odt 135

Avant-propos 135

Editions et Chronologie 137

Une édition chonologique 137

Eclairer Bernières par Bernières 137

Les sources 138

Les événements importants dans la vie de Jean de Bernières 138

37C.JEAN DE BERNIERES ET L'ERMITAGE DE CAEN, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle - Lettres & Maximes Tome II 1647 – 1659 [Dom Éric de Reviers, o.s.b] 151

(48) Correspondance Bernières 1647-1659 Champion 8fév19 revu DT 10mai.odt 151

Table 151

37D. Lettres Bernières - Mectilde 163

(49) Correspondance Bernières 8e ed 1631-1646 & 1647-1659 – Lettres seules – Mectilde.odt 163

Table des matières 163

37D. Lettres Bernières - Bertot 171

(50) Correspondance Bernières […] Bertot.docx 171

Table des matières 171

38.RENCONTRES AUTOUR DE MONSIEUR DE BERNIERES (1602 – 1659) 173

(51) Rencontres autour de Jean de Bernières (Parole et Silence 2013).doc 173

(51) Rencontres autour de Jean de Bernières (Parole et Silence 2013).pdf 173

Redécouvrir Jean de Bernières 173

Jean de Bernières, sources et influences sur l’histoire de la spiritualité 175

I. Un succès éditorial 176

II. Des « amis » spirituels 179

III. « Rivières cachées » 189

39.MARIE DES VALLEES LE JARDIN DE L’AMOUR DIVIN 199

(52) MARIE_DES_VALLEES_Arfuyen_20oct2010.doc 199

(52) Correctif pour Marie des Vallées éd Arfuyen juin 2013.doc 199

Préface 199

La sainte de Coutances 200

40.LA VIE ADMIRABLE DE MARIE DES VALLEES ET SON ABREGE RÉDIGÉS PAR JEAN EUDES SUIVIS DE CONSEILS D’UNE GRANDE SERVANTE DE DIEU 203

(53) Marie des Vallées définitif.pdf 203

(53) MdV_DEFINITIF_3jan13_nettoyé_antidoté.doc 203

Marie des Vallées, possédée par Dieu 203

La sainte de Coutances 205

Une progressive emprise de Dieu 207

Au sein d’une tradition mystique 210

Table 211

41.INFLUENCE MYSTIQUE ET POSTERITE DE MARIE DES VALLEES [Coutances 2013] 219

(54) Influence mystique et postérité de M des V (Courances 1juin13).doc 219

Influence directe par des conseils aux visiteurs. 219

Le champ historique / sociologique : 222

Le champ spirituel et mystique : 222

Laissons-lui la parole. 223

42.LES AMITIÉS MYSTIQUES DE MÈRE MECTILDE DU SAINT-SACREMENT 1614-1698 228

(55) Mectilde Amitiés éd.7 b.docx 228

Ouverture 228

MECTILDE (1614-1698) 230

Jeunesse et années de formation intérieure : 230

Accomplissement d’une mystique de présence à Dieu. 231

Adhérer-adorer 231

Chronologie et durées des états de vie 232

Des « Aînés directeurs » 234

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (~1595-1646) 235

Tertiaires franciscains réguliers et Laïcs 235

Une vie chargée, des témoignages mystiques forts 236

L’initiation de Mectilde 241

Marie des Vallées (1590-1656) 248

« Sœur Marie » possédée par Dieu 248

Relations avec Mectilde 251

Charlotte Le Sergent (1604-1677) 255

Relation avec Mectilde : « Vous n’avez rien à craindre ». 256

Jean de Bernières (1602-1659) 258

Frère Jean « de Jésus pauvre » 258

L’intériorité d’un directeur de conscience 259

Frère Jean est confident de Mectilde puis la dirige 261

Table 265

43.MECTILDE ITINÉRAIRE SPIRITUEL & ORIGINE DES CONFERENCES - ENTRETIENS FAMILIERS 269

(56) Mectilde, Itinéraire & Entretiens & Recueils.docx 269

Table 269

44.MECTILDE « Totum » (éditions publiées de 1973 à 1998). 273

(57) MECTILDE totum intégral (ocr éditions modernes).docx 273

45.LES AMIS DES ERMITAGES DE CAEN & DE QUEBEC 275

Quatrième de couverture : 275

PRÉSENTATION 275

I. Filiation et amis 276

LES DEBUTS : Origine franciscaine 276

La réforme française du Tiers-Ordre régulier. 277

Antoine le Clerc (1563-1628) 277

Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) 279

Les amis de Bernières : « L’école du Cœur » 280

[Tableau omis] 281

FILIATIONS ET AMITIÉS MYSTIQUES 281

Jourdaine de Bernières (1596-1645), la fondation et l’histoire d’un couvent d’ursulines. 281

[La sainte famille Bernières] 282

[La peste et la retraite dans une maison des Bernières] 282

[La Mère Michelle Mangon] 283

[Maximes de Jourdaine] 283

[Jourdaine et Chrysostome] 283

[Jourdaine âgée élue pour la troisième fois] 284

Jean de Bernières (1601-1659) 284

Le Directeur spirituel 284

Une œuvre reconstituée et influente. 285

L’Ermitage 286

M. Rocquelay prêtre (-1669) 287

Jean Eudes (1601-1680), missionnaire. 287

Jean Aumont (1608-1689), pauvre villageois. 287

Gaston de Renty (1611-1649) 290

Mectilde-Catherine de Bar (1614-1698) 291

Approfondissement. 292

Une vie bien remplie. Influences. 292

Disciples et filiation en France 293

Louis-François d’Argentan (1615-1680), capucin. 293

Jacques Bertot (1620-1671) 294

La filiation de Bertot à Madame Guyon (1647-1717) 294

Deuxième bras du « delta spirituel » 294

Henri-Martin Boudon (1624-1702) 295

Claude La Colombière (1641-1682) 295

Migrations canadiennes 295

Marie-Madeleine de la Peltrie (1603-1671) 295

M. de Mésy (-1665) 296

Ango de Maizerets 296

M. de Bernières (-1701), neveu de Jean 297

L'abbé Dudouyt 297

François de Laval (1623-1708) 298

Troisième bras du « delta spirituel » 298

II. DIRECTIONS MYSTIQUES 299

FIGURE : UN RÉSEAU D’AMIS (PRÉSENTATION SYNCHRONIQUE) 299

Table 300

Marie de l’Incarnation 1599-1672 304

(58) Amis Ermitages Caen Québec 1juillet15-revu17.docx 304

46.ARCHANGE ENGUERRAND DIRECTEUR FRANCISCAIN RECOLLET (1631-1699) 307

(59) Enguerrand total formaté 14 x 21,6.docx 307

Présentation 307

Un Récollet intériorisé 307

Une direction dans l’esprit de la fin du siècle 308

Le « Bon religieux » auprès de Mme Guyon 309

[Madame Guyon] 309

« Un récollet français méconnu » 312

[A. Derville] 312

I. L'oeuvre publiée 312

II. L'œuvre manuscrite 313

III. Repères biographiques 314

IV. Orientation spirituelle 316

V. Textes 317

A. Un échange de lettres 317

Table 317

47.MONSIEUR BERTOT DIRECTEUR MYSTIQUE 319

(60) BERTOT DM sept 05 (avec p titre & 4e couv).doc 319

(60) BERTOT_DM.pdf 319

Présentation 319

Monsieur Bertot, Directeur Mystique 320

Montmartre. 328

3. L’œuvre. 334

4. Aperçu de la voie. 337

5. La direction de Madame Guyon. 338

48.BERTOT INTEGRALE 349

MONSIEUR BERTOT Directeur mystique I Opuscules et Lettres 349

(61) Bertot Traité Lettres octobre Digest.odt 349

AVANT-PROPOS 349

TABLE DES MATIERES 351

MONSIEUR BERTOT Directeur mystique II Lettres Complément aux Retraites 365

(62) II Bertot.odt 365

Avertissement 365

MONSIEUR BERTOT Directeur mystique III Retraites et Amis 379

(63) III Bertot.odt 379

Avertissement 379

4a. CORRESPONDANCES DE DIRECTIONS entre Chrysostome Bernières Mectilde Bertot Lacombe Guyon Fénelon 389

(64) Cor. B.- B.- G. révisé dense lulu Reduction ec.docx 389

LA COMMUNICATION MYSTIQUE CHEZ MME GUYON ET MR BERTOT 405

(65) Communications (Guyon, Fénelon, Bertot) au 10 février 18.odt 405

49.MAUR DE L’ENFANT-JESUS ECRITS DE LA MATURITE 1664-1689 407

(66) Maur I Oe de maturité juin 2006.doc 407

(66) MAUR MATURITE.pdf 407

50.Maur de l’Enfant-Jésus ENTREE A LA DIVINE SAGESSE 409

(67) Maur de l’EJ Entrée à la Divine Sagese A EDITER REVU!!2.doc 409

fin 409



.

ORIGINES d’une FILIATION

******************************

.

31.UNE FILIATION MYSTIQUE : CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ, JEAN DE BERNIÈRES, JACQUES BERTOT, JEANNE-MARIE GUYON [Dix-septième siècle, 2003]



(40) Une filiation mystique (txt pour art.2003).doc

(40) D Tronc Une filiation mystique (art. XVIIe siècle218 2003).pdf



Dominique Tronc P.U.F. | Dix-septième siècle 2003/1 - n° 218 pages 95 à 116 ISSN 0012-4273 Article en ligne: http://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2003-1-page-95.htm



Madame Guyon revient à Paris en 1686, âgée de trente-huit ans. Veuve depuis dix ans, restée indépendante vis-à-vis de toute structure religieuse, elle affirme et exerce une autorité spirituelle. Celle-ci lui attache des disciples dont le plus illustre est Fénelon, ce qui lui attire rapidement de redoutables épreuves : elle les surmontera mais demeurera suspecte. Les circonstances décrites dans sa Vie et surtout dans sa Correspondance active et passive1 doivent être éclairées par une approche historique. Respecter ce dont elle témoigne d’intime dans ses écrits conduit à préciser les influences reçues qui ne sont pas seulement d’origine scripturaire, mais transmises directement de personne à personne. La lecture des sources découvre alors la grandeur, souvent abrupte, d’une filiation mystique reconnue mais peu étudiée2.

Celle-ci commence avec le franciscain Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), s’illustre par la figure laïque de Jean de Bernières (1602-1659), s’étend au cercle de l’Ermitage dont fait partie le discret mais important confesseur Jacques Bertot (1620-1681). Le rôle de ce dernier déborde les clôtures religieuses et s’avère déterminant auprès de la jeune Jeanne-Marie Guyon (1648-1717). Elle assumera à son tour la fonction de ses prédécesseurs dans des circonstances devenues difficiles et donc d’une façon cachée.

Les quelques noms qui viennent d’être cités n’épuisent pas les richesses d’un réseau dont les figures couvrent le siècle (et au-delà). Les effets de la condamnation du « quiétisme » (1687) puis des Maximes des saints de Fénelon (1699), ainsi que leurs conséquences - absence de toute structure religieuse favorable, méfiance de laïcs par ailleurs sensibles à l’éloquence de Bossuet – ne sont pas encore totalement effacés. Bremond prévoyait un dernier volume de son grand œuvre consacré à l’histoire de la querelle du Quiétisme3 ; Cognet avait l’espoir de rédiger une monographie sur Madame Guyon4. L’un et l’autre ont disparu trop tôt. Nous proposons ici un bref aperçu d’une école mystique qui attend son historien pour la replacer au centre de la vie spirituelle du siècle. Nous présentons successivement quatre figures liées par filiation en les situant au sein d’un « réseau » d’amis. Quelques citations donnent la saveur du vaste corpus de textes de nature expérimentale qui restent à éditer et à comprendre.

Les origines. Jean-Chrysostome de Saint-Lô, directeur de Jean de Bernières.

La première communauté du Tiers Ordre Régulier franciscain aurait été reconnue par le Pape en 1401 et se propage jusqu’à Gênes où ils ont en charge l’hôpital5 ;  Catherine de Gênes (1447-1510), dont l’influence sera très grande chez Jacques Bertot et Madame Guyon, a été une tertiaire franciscaine. De l’Italie arrivent deux membres du Tiers Ordre Régulier, Vincent de Paris et son compagnon Antoine. Ils recherchent une solitude peu compatible avec les événements politiques de la fin des guerres de religion, comme en témoigne ce récit des tribulations de nos deux ermites aux mains des gens de guerre, alors qu’ils voulaient vivre cachés dans la forêt :

Ils tombèrent entre les mains des Suisses hérétiques, qui espérant une bonne rançon de quelques Parisiens qu’ils avaient pris parce que le siège [de Paris, en 1590] devait être bientôt levé, étaient résolus de les laisser aller, et de prendre les deux hermites. Frère Antoine en eut avis secrètement par une Demoiselle prisonnière, le malade [Vincent] qui tremblait la fièvre quarte entendit ce triste discours, et se jetant hors de sa couche descendit l’escalier si promptement qu’il roula du haut en bas, sans néanmoins aucune blessure. L’intempérance des soldats, et l’excès du vin les avait mis en tel état, que Vincent et Antoine s’échappèrent aisément… 6

Vincent établit le monastère de Picpus entre le Faubourg Saint Antoine et le château du bois de Vincennes ; la congrégation se développe et une bulle de 1603 ordonne qu’un Chapitre provincial soit tenu tous les deux ou trois ans. Le premier Chapitre a lieu en 1604.

Apparaît la figure du père Chrysostome de Saint Lô (1594-1646) dont la vocation est suscitée par Antoine le Clerc sieur de la Forest (1563-1628), un laïc parisien cultivé, consulté par de nombreux spirituels. Chrysostome est élu Provincial de France en 1634, puis, lorsque celle-ci est divisée en deux, prenant les noms de saint François et de saint Yves, il devient en 1640 Provincial de cette dernière, correspondant à la Normandie-Bretagne7. Actif voyageur, mort âgé de cinquante-deux ans, il a cependant eu le temps de rédiger des opuscules8.

Les Pensées d’Eternité d’un certain solitaire et d’un autre serviteur de Dieu nous touchent par la rectitude et la grandeur convenant bien à une « ouverture spirituelle » pour une future école de vie intérieure. Ces textes évoquent les grandes peurs que l’on attribue parfois au Moyen Age mais possèdent aussi un côté biographique nouveau. Jean-Chrysostome résume ainsi très sobrement la durée d’une vie spirituelle sous la forme émouvante d’une liste :

I. Un autre serviteur de Dieu a été conduit à une très haute perfection par les vues pensées de l’Eternité. Il était de maison et façonné aux armes. Voici que environ à l’âge de vingt-trois ans, comme il banquetait avec ses camarades mondains, il entrouvrit un livre, où lisant le seul mot d’Eternité, il fut si fort pénétré d’une forte pensée de la chose, qu’il tomba par terre comme évanoui, et y demeura six heures en cet état couché sur un lit, sans dire son secret. […] III. Ensuite il fut tourmenté de la vue de l’éternité de l’Enfer, environ huit ans […] IV. Après cet état il demeura trois autres années dans une croyance comme certaine de sa damnation : tentation qui était aucune fois si extrême, qu’il s’en évanouissait. […] V. Ensuite de cet état, il demeura un an durant fort libre de toutes peines [...]VI. Après cette année, il en demeura deux dans la seule vue de la brièveté de la vie [...] VII. Ensuite [...] il fut huit ans dans la continuelle vue que Dieu l’aimait de toute Eternité…9

Ce guerrier plongé dans le monde pénètre tout à coup le sens profond du mot « éternité ». Une existence résumée en quelques points donne une impression d’élan absolu associée à la brièveté de notre condition. L’inspiration qui animera toute les membres de cette  école  est posée de façon saisissante : des expériences mystiques intenses, qui peuvent faire tomber à terre, sont suivies d’années d’épreuves. L’amour de Dieu pour sa créature est premier. La vie spirituelle est dynamique et couvre la durée d’une vie. Le chemin suivi est classique : initiative divine brusque et inattendue qui change la vie, très longue purification, victoire définitive de l’Amour.

Le traité de La Sainte Désoccupation de toutes les créatures, pour s’occuper en Dieu seul balaye le chemin sans compromis : il faut laisser la place et toute la place au divin qui alors anime la créature : « Dieu opère tellement en cette âme, qu’il semble que ce soit plutôt Lui qui produise cet amour [...] l’âme demeure souvent comme liée et garrotée, sans rien penser ni agir comme d’elle-même, mais mûe seulement10. » C’est la passiveté mystique au terme d’un long cheminement de « désoccupation très pure, par laquelle l’âme parvient à une continuelle vue et présence de Dieu11. »

Jean-Chrysostome anime un cercle mystique auquel appartiennent Jean de Bernières et Catherine de Bar, la mère du Saint-Sacrement (1614-1698) :

l’on a vu plusieurs personnes de celles qui suivaient ses avis [...] courir avec ferveur [...] La première est feu M. de Bernières de Caen [...] le Père Jean Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce [...] Ce sentiment d’un directeur [...] adressé à un disciple [...] en augmentait les ardeurs d’une manière incroyable. Ainsi il commença tout de bon à chercher les moyens d’être pauvre. […] Ayant été soulagé de la fièvre quarte il s’en alla à Saint-Maur [...] pour y voir la R. Mère du Saint-Sacrement, maintenant supérieure générale des Religieuses bénédictines du Saint-Sacrement. Elle était l’une des filles spirituelles du bon père, et en cette qualité il voulut qu’elle fût témoin de son agonie. […] [il] mourut le 26 mars 1646 âgé de 52 ans [...] L’on remarqua que la plupart des religieux du couvent de Nazareth où il mourut, fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher12.

Jean de Bernières témoigne directement de la direction de celui qu’il considère comme son père spirituel :

[…] ce me serait grande consolation que [...] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père [...] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père [...] Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu13 ?

Jean de Bernières, directeur de Jacques Bertot.

Jean de Bernières14, né en 1602 d’un trésorier général de France, mène une vie laïque, sensible à l’amitié, insensible aux différences sociales, payant de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause, désirant la pauvreté (mais capable de conseiller Mme de la Peltrie en procès avec sa famille et de gérer des ressources pour la fondation des missions du Canada), demeurant humain dans la peur de la mort (car il se souvient de l’agonie douloureuse de Jean-Chrysostome). La forme de ses écrits a été considérablement revue, ce dont se plaignaient déjà ses contemporains15.

Bernières est ferme dans ses convictions :

Lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie. Quand le grand archidiacre d’Evreux, Boudon, victime d’une sorte de conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, « se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui »16.

De concert avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, grand seigneur qui passe des armes et des sciences à l’exercice de la charité17, Bernières contribue à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires.

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital [...] porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice [...] il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui18.

Il est aussi « le directeur des directeurs de conscience19 » et parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels [...] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes20.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison21.

Il prend ici soin de privilégier les rapports personnels dans sa direction, ce qui évoque des lettres que Madame Guyon adressera bien plus tard de Blois à des dirigés22. Il est cependant bien conscient de n’être que l’intendant de Dieu :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion [...] Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par ordre de Dieu, et notre bon Père [Chrysostome] ne l’a pas fait bâtir par hasard ; la grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait23.

Il est de fait au centre d’un large cercle : sur place M. de Gavrus, neveu de Jean, fonde l’hôpital général de Caen ; Boudon deviendra l’archidiacre « persécuté » d’Evreux, écrivain abondant auquel nous devons de précieuses informations ; Lambert de la Motte, Mgr de Béryte, est un des premiers évêques de la Chine.

L’influence de ce cercle s’étend au Canada, dans des circonstances pour le moins inhabituelles: Mme de la Peltrie, veuve, aussi généreuse qu’originale, veut fonder une maison religieuse au Canada. Sa famille s’y oppose, elle consulte un religieux qui suggère l’expédient d’un mariage simulé. La proposition est présentée à M. de Bernières, « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté ». Ce dernier consulte son directeur :

Celui qui le décida fut le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô [...] Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage [...] du moins à se prêter au jeu [...] en faisant demander sa main. [...] La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire « faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage »24.

Notons l’intervention positive du Père Chrysostome, qui peut être sévère mais sans étroitesse d’esprit, et la liberté de tous dans cette affaire qui prend une pente assez comique quand Bernières est veillé à Paris par Mme de la Peltrie lors d’une maladie. Finalement le grand départ de Dieppe de la flotte de printemps en 1639 emporte Mme de la Peltrie ( ? -1671), fondatrice temporelle de la communauté ursuline du Québec, et surtout Marie de l’Incarnation (1599-1672) qui animera cette communauté :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel-Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes [...] mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Mme de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation25.

De nombreux familiers de l’Ermitage suivront le même chemin : Ango de Maizerets, dont la vie se confondra avec celle du séminaire fondé là-bas à l’imitation de l’Ermitage, et qui se dévouera à l’éducation des enfants ; M. de Bernières, neveu de Jean, qui meurt à Québec en 1700 ; François de Montmorency-Laval (1623-1708), évêque de Québec ; M. de Mésy, duelliste raffiné converti, premier gouverneur de Québec ; Roberge, le fidèle valet de chambre et disciple, après la mort de son maître26. Bernières restera le correspondant préféré de Marie de l’Incarnation (avec le fils de cette dernière, dom Claude Martin), mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » sont perdues.

Revenons en France : Catherine de Bar devenue Mère Mectilde du Saint-Sacrement, appréciée de Madame Guyon27, fonde les bénédictines de l’Adoration perpétuelle du très Saint Sacrement à Paris ; elles iront en Lorraine et jusqu’en Pologne28. Le père Jean-Chrysostome est son confesseur. Elle se lie à Bernières et ils demeureront en correspondance. Elle passe environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen29. Son confesseur suivant, Epiphane Louys (1614-1682), mystique attachant, lorrain comme elle, s’est lié aussi avec Bernières.

Le laïc Jean de Bernières est influent à Paris par l’intermédiaire du jeune confesseur Jacques Bertot, son ami et surtout disciple, et il lui adresse quatorze lettres qui tranchent par leur ton et leur profondeur sur l’ensemble de sa correspondance30. Elles sont adressées à « l’ami intime », que nous pensons pouvoir identifier à Bertot grâce à quelques indices tels que « Je connais aussi que vous êtes encore utile et nécessaire aux B[énédictines] et à M[ontmartre]31 » :

…Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire…32

Mon cher Frère, demeurez bien fidèle à cette grande grâce, et continuez à nous faire part des effets qui vous seront découverts : vous savez bien qu’il n’y a rien de caché entre nous, et que Dieu nous ayant mis dans l’union il y a si longtemps, Il nous continuera les miséricordes pour nous établir dans Sa parfaite unité, hors de laquelle il ne faut plus aimer, voir, ni connaître rien33.

Jacques Bertot, directeur de Jeanne-Marie Guyon.

Jacques Bertot naît à Caen le 29 juillet 1622, fils unique d’un marchand drapier de Caen34. L’essentiel de sa vie est résumé longtemps après sa mort dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées par Madame Guyon  sous le titre Le Directeur mistique:

Monsieur Bertot [...] natif de Coutances35 [...] grand ami de [...] Jean de Bernières [...] s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [ et] plusieurs personnes [...] engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre [...] Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche Paris [sic], où il est resté dans cet emploi environ douze ans jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. … [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes [...] ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

On peut distinguer deux périodes dans cette vie, autour de deux localisations géographiques successives, à Caen puis à Paris ; on se gardera toutefois d’attribuer une trop grande importance à ces localisations, compte tenu de voyages fréquents.

Pendant vingt ans, de 1655 à 1675, Jacques Bertot, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres ecclésiastiques normands36, est prêtre séculier et directeur du monastère des ursulines de Caen :

(La même année 1655 biffé) Au même temps (add. marg.) […] nous perdîmes Monsieur Du Rocher de Bernay […] On procéda incessamment à l'élection d'un autre supérieur. Messieurs François de Laval, et Jacques Bertot furent présentés à l'évêque Monseigneur de Servien qui confirma supérieur Monsieur Bertot.37

Jourdaine de Bernières, sœur du vénéré Jean de Bernières, prestigieuse supérieure du couvent, lui vouait une confiance et une obéissance absolue, comme en témoignent les deux épisodes suivants :

Elle fut élue unanimement pour la dernière fois. Sa surprise la fit sortir du chœur et courir s'enfermer dans sa chambre pour empêcher sa confirmation et en appeler à l'évêque ; mais Monsieur Bertot, supérieur qui présidait à l'élection et M. Postel son assistant, allèrent la trouver et lui faire un commandement exprès de consentir à ce que le chapitre venait de faire. A ces mots, vaincue par son respect pour l’obéissance, elle ouvre la porte et se laisse conduire à l’église pour y renouveler son sacrifice…38

Il fit assembler les religieuses au chœur, et, en leur présence, blâma la conduite de leur supérieure à qui il fit une ferme réprimande avec des termes si humiliants que plusieurs des religieuses qui connaissaient son innocence en furent sensiblement touchées […] le jour même elle fut trouver le supérieur au parloir, non pas pour (se plaindre ou biffé) se justifier, mais pour lui parler des affaires de la maison comme à son ordinaire, dont il fut également surpris et édifié. Toutes choses bien éclaircies, il conçut une plus haute estime de la mère de saint Ursule [Jourdaine de Bernières] qu'il n'avait eu39

Bertot est actif hors de cette charge de supérieur. Il est en relation avec la célèbre Marie des Vallées40, influente sur saint Eudes, et l’apprécie :

Elle me disait que la Miséricorde [en note : c'est-à-dire l’amour-propre chargé des richesses spirituelles de la Miséricorde] allait fort lentement à Dieu, parce qu’elle était chargée de dons et de présents, de faveurs et de grâces de Dieu, qu’ainsi son marcher était grave et lent; mais que l’amour divin qui était conduit par la divine Justice, allant sans être chargé de tout cela, marche d’un pas si vite que c’est plutôt voler.41.

Il est également lié à l’aventure commune de l’apostolat au Canada42, illustrée par Marie de l’Incarnation. Son rayonnement va donc bien au-delà du monastère de Caen, ce dont témoignent plusieurs lettres43 de Catherine de Bar (devenue la Mère fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, appréciée par Madame Guyon au monastère de la rue Cassette) :

- à Jean de Bernières lui-même44, qui, dès juillet 1645, atteste du fruit des activités du jeune disciple et nous éclaire sur sa vigoureuse direction (une caractéristique propre à l’école) :

Monsieur. Notre bon Monsieur Bertot nous a quittés avec joie pour satisfaire à vos ordres et nous l'avons laissé aller avec douleur. Son absence nous a touché, et je crois que notre Seigneur veut bien que nous en ayons du sentiment, puisqu'Il nous a donné à toutes tant de grâces par son moyen, et que nous pouvons dire dans la vérité qu'il a renouvelé tout ce pauvre petit monastère et fait renaître la grâce de ferveur dans les esprits et le désir de la sainte perfection. Je ne vous puis dire le bien qu’il a fait et la nécessité où nous étions toutes de son secours […] mais je dois vous donner avis qu'il s'est fort fatigué et qu'il a besoin de repos et de rafraîchissement. Il a été fort travaillé céans, parlant [sans] cesse, fait plusieurs courses à Paris en carrosse dans les ardeurs d'un chaud très grand. Il ne songe point à se conserver. Mais maintenant, il ne vit plus pour lui. Dieu le fait vivre pour nous et pour beaucoup d'autres. Il nous est donc permis de nous intéresser de sa santé et de vous supplier de le bien faire reposer.

Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélitées et combien j'ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâce. Je deviens si vide, et si pauvre de Dieu même que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l'un et l'autre que je demeure ainsi abandonnée, laissant tout périr. […]

- à la Mère Benoite de la Passion prieure de Rambervillers, le 31 août 1659 :

Monsieur [Bertot] a dessein de vous aller voir l’année prochaine, il m’a promis que si Dieu lui donne vie il ira. Il voudrait qu’en ce temps-là, la divine Providence m’y fît faire un voyage afin d’y venir avec vous [...] Il faut mourir. Monsieur Bertot sait mon mal [...]s’il vous donne quelques pensées, écrivez-le moi confidemment.

- à la Mère Dorothée (Heurelle), sous-prieure, le 8 août 1660 :

A Rambervilliers ce 8 août 1660. M. Bertot est ici, qui vous salue de grande affection [...] je ressens d’une singulière manière la présence efficace de Jésus-Christ Notre Seigneur.

Finalement, Bertot part de Caen pour Paris, en 167545 :

M. Bertot, après avoir été notre Supérieur, voulut se démettre de cette charge, ayant trouvé à Paris des occupations qui l'obligeaient à la résidence ; on fit élection de Monsieur de Launé Hué, (docteur de Sorbonne : ajout marg), pour remplir sa place (ajout interl : le 15 avril 1675.)

Dans la dernière partie de sa vie, Jacques Bertot est actif comme confesseur à la célèbre abbaye de Montmartre, proche du pèlerinage à saint Denis46. Le rôle de la vénérable abbaye bénédictine, fondée en 1133, était central depuis sa réforme mouvementée qui eut lieu au début du siècle avec l’aide de Benoît de Canfield :

Les religieuses de plus en plus mécontentes des efforts de leur abbesse [...] deux fois essayèrent vainement de l’empoisonner ; une autre fois, elles décidèrent quelques-uns de « leurs amis » à l’assassiner, mais l’un d’eux recula devant ce crime et prévint Madame de Beauvilliers qui dès lors logea dans une chambre séparée, à porte double et ne mangea plus d’aucun plat qui ne fut préparé par une des deux sœurs converses sur lesquelles on pouvait compter [elle les avait amenées avec elle] […] L’évêque de Paris [...] rassembla les religieuses [...] ordonna tout d’abord le rétablissement de la clôture ; toutes se levèrent et s’emportèrent, à ce qu’il paraît, de la façon la plus scandaleuse. Le prélat se retira en promettant à Mme de Beauvilliers de la défendre et en réalité il ne fit rien. Mme de Beauvilliers, soutenue par son seul directeur, le P. Caufeld [sic] prit résolument son parti47

Cela se passait juste avant 1600 : on ne sait pas s’il connaît la réformatrice, Madame de Beauvilliers48, mais il lit certainement attentivement l’opuscule qu’elle compose pour ses religieuses, en suivant de très près Benoît de Canfield :

“s’il est si plaisant et agréable d’entrer dans le secret de notre intime ami, qu’est-ce d’entrer dans le secret et le plus caché du cœur de Dieu ? Et c’est ce que fait, et à quoi arrive l’âme par l’exercice continuel de la conformité de sa volonté à celle de Dieu, car en faisant la volonté de Dieu, l’âme la connaît” 49

Il est surtout lié à Françoise-Renée de Lorraine, Madame de Guise50, abbesse qui lui succède en des temps moins troublés, de 1644 à 1669, avant de mourir en 1682 :

M[ada]me de Guise dirigea l’abbaye pendant vingt-cinq ans. Douée d’une haute intelligence, elle était en relation avec les beaux esprits et les femmes élégantes du temps : le docteur Valant, le médecin de M[ada]me de Sablé et de toute la société précieuse en même temps que de l’abbaye, nous a conservé plusieurs billets d’elle fort galamment tournés51.

On note le choix de Bertot pour régler, vers 1673, une affaire compliquée où Jean Eudes, ami de Jean de Bernières, est attaqué par ses anciens confrères oratoriens qui tentent de le discréditer en ridiculisant son attachement à Marie des Vallées.

On entrevoit tout un réseau de relations transversales entre divers membres du groupe de l’Ermitage52. Madame de Guise a dû aider à la constitution du cercle dévôt53 autour de Bertot, dont l’activité est attestée par la publication des deux volumes de ses Retraites sous l’impulsion de l’abbesse. Ces témoignages de son activité sont suivis, plus tardivement, de sa très intéressante mise au point sous le titre Conclusion aux retraites, également destinée à Madame de Guise54. Ce texte fondamental correspond probablement à celui qui est évoqué par Fénelon et expliqué par Orcibal. Ce dernier connaissait les deux volumes de Retraites, dont il fixe la date à 1662, alors que la Conclusion est publiée en 1684, soit peu après la disparition de Bertot55.

Celui-ci se révèle en fait par une œuvre écrite assez abondante, remarquable par sa force et sa netteté en ce qui concerne l’expression du cheminement mystique, mais tombée dans l’oubli à la disparition des cercles guyoniens : l’anonymat (même si l’on évoque l’auteur en préface), l’extrême rareté des exemplaires, due à leur suppression des bibliothèques de communautés religieuses comme à leur dissémination européenne56, la pauvreté ou l’étrangeté des titres expliquent cet oubli. Il est vrai que le style ne se soucie pas d’élégance, l’auteur visant à préciser l’expérience qu’il partage, quitte à tourner autour d’elle pour en souligner tous les aspects.

Le corpus de l’œuvre, tel que nous avons pu le reconstituer, comporte sept volumes publiés en trois fois sur 64 ans, donc à des dates très différentes : les volumes des Retraites en 1662, leur Conclusion en 1684, Le directeur Mistique en 1726. Un huitième volume qui s’intitulerait De la Contemplation resterait peut-être à découvrir57.

De 1662, Diverses retraites…58 et Continuation des retraites…59 donnent en deux volumes, sous une pagination unique, sinon cohérente, des schémas de retraites probablement rassemblés par les soins d’auditeurs. De 1684, La conclusion des retraites…60, troisième et dernier volume édité après la mort de Bertot, a été retrouvée à Chantilly61. Il s’agit d’un traité bref mais bien charpenté et très précis, couvrant avec grande autorité toute la voie mystique, dont nous ne connaissons pas d’équivalent contemporain. Les Torrents de Madame Guyon reprennent le fond de cet exposé sous une forme moins sévère, parfois lyrique.

A ces trois volumes s’ajoutent quatre volumes de textes et de lettres qui ont été rassemblés en hommage par sa disciple J.-M. Guyon et édités en 1726, quarante-cinq ans après la mort de Bertot, sous le titre : Le directeur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion…62, par le cercle de P. Poiret peu après la mort de ce dernier. Il comporte douze traités, dont le style a pu être revu par Madame Guyon (vol. I), suivi de 221 lettres montrant les qualités de précision et l’autorité du directeur (vol. II à IV). Elles sont adressées à des correspondants non cités, dont en premier lieu Madame Guyon. A l’œuvre de Bertot celle-ci ajoute, nommément cités, une relation concernant Marie des Vallées et des lettres de Maur de l’Enfant-Jésus. L’ensemble se termine sur des lettres de Madame Guyon adressées à des disciples et non plus à Bertot. Cette édition très rare est suivie d’un choix en un volume également rare63.

Il faut ajouter à ces œuvres publiées les lettres de Bertot reprises dans la correspondance de Madame Guyon64 ainsi qu’une belle lettre65 sous forme manuscrite, recopiée de la main de Dupuy, copiste de lettres de Madame Guyon, et datée du 22 mars 1677.

J. Bertot meurt prématurément à cinquante-neuf ans à Paris le 28 avril 168166. Il n’a exprimé que de très rares confidences sur lui-même :

En vérité il [Notre Seigneur] me détourne tellement des créatures que j’oublie tout volontiers et de bon cœur. Ce m’est une corvée étrange que de mettre la main à ma plume. Tout zèle et toute affection pour aider aux autres m’est ôtée; il ne me reste que le mouvement extérieur : mon âme est comme un intrument dont on joue, ou si vous voulez comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime67. Cette disposition d’oubli me possède tellement, peut-être par paresse, qu’il est vrai que je pense à peu de chose.68

L’oubli mystique n’empêche pas une activité intense. Enfin il livre ses affinités par quelques noms d’auteurs spirituels :

Tant de livres ont été faits par de saintes personnes pour aider les âmes en la première conduite, comme Grenade, Rodriguez et une infinité d’autres [...] Pour la voie de la foi, il y en a aussi plusieurs, comme le bienheureux Jean de la Croix, Taulère, le Chrétien Intérieur [de Bernières] et une infinité d'autres69 Le livre de la Volonté de Dieu [ou Règle de Perfection] de Benoît de Canfeld peut beaucoup servir70.

Le rayonnement de Bertot, « conférencier très apprécié de l'aristocratie et, en particulier, de divers membres de la famille Colbert71 », déborde sur un cercle laïc que l’on retrouvera autour de Madame Guyon :

Chevreuse dut-il à Fénelon la connaissance de Mme Guyon ? Bien qu'il paraisse l'admettre, Saint-Simon fournit un fort argument à la thèse contraire. Après avoir indiqué que les conférences de Bertot à Montmartre étaient suivies par Mme de Charost et par le duc de Noailles, il ajoute en effet : « MM. de Chevreuse et de Beauvillier fréquentaient aussi cette école. Mme Guyon fit la connaissance de ces deux derniers par Fénelon [...] Ces deux ducs et leurs femmes depuis longtemps initiés aux rudiments de cette école par celle de Montmartre, goûtèrent Mme Guyon au point de se mettre sous sa conduite à la suite de l'abbé de Fénelon72.

Saint-Simon, ami des ducs, mais ennemi de la dame qui les séduit d’une façon incompréhensible pour lui, souligne le 10 janvier 1694 les relations qui avaient lié Bertot et Madame Guyon, et la continuité que cette dernière assure :

Elle ne fit que suivre les errements d’un prêtre nommé Bertaut [sic], qui bien des années avant elle, faisait des discours à l’abbaye de Montmartre, où se rassemblaient des disciples, parmi lesquels on admirait l’assiduité avec laquelle M. de Noailles, depuis Maréchal de France, et la duchesse de Charost, mère du gouverneur de Louis XIV, s’y rendaient, et presque toujours ensemble tête à tête, sans que toutefois on en ait mal parlé. MM. de Chevreuse et de Beauvilliers fréquentaient aussi cette école73.

Le témoignage donné en 1695 par un informateur de Madame de Maintenon confirme le rôle central qui fut celui de Bertot dans les cercles laïcs constitués autour de Montmartre. Il met en lumière son activité auprès des Nouvelles Catholiques, auxquelles Madame Guyon et Fénelon furent attachées. Le lecteur appréciera les insinuations sur les jeunes dames tôt levées et le parfum d’enquête policière qui se dégage d’un document par ailleurs fort bien documenté74 :

[f° 2v°] Il y a plus de vingt ans que l'on voit [vit] à la tête de ce parti [le quiétisme], Mr Bertau [Bertot], directeur de feu Madame de Montmartre. […] Cet homme était fort consulté ; les dévots et les dévotes de la Cour avaient beaucoup de confiance en lui ; ils allaient le voir à Montmartre, et sans même garder toutes les mesures que la bienséance demandait ; de jeunes dames de vingt ans partaient pour y aller à six heures du matin tête-à-tête avec de jeunes gens à peu près du même âge. On rendait compte publiquement de son intérieur, quelquefois l'intérieur par écrit courait la campagne. Mr B[ertot] faisait aussi des conférences de spiritualité à Paris dans la maison des Nouvelles Catholiques, et auxquelles plusieurs dames de qualité assistaient et admiraient ce qu'elle n'entendaient pas. […] Madame G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée, et la plus avancée, et Madame de Charost était la seconde, aussi soutient-elle à présent ceux qui doutent. Elle paraît à la tête du parti, pendant que Madame Guyon est absente ou caché. […]

[f° 39v°] On pourra tirer des lumières de la sœur Garnier et de la sœur Ansquelin des Nouvelles Catholiques, si on les ménage adroitement, et qu'on ne les commette point. Elles peuvent parler sur Madame Guyon, sur la sœur Malin et sur Monsieur Bertot. Il se faisait chez elles des conférences de spiritualité auxquelles présidait Monsieur Bertot. […] Madame la duchesse d'Aumont et Madame la marquise de Villars pourront dire des nouvelles de la spiritualité du sieur Bertaut avec qui Madame Guyon avait une liaison si étroite qu'il disait que c'était sa fille aînée. […]

M. de Gaumont est un dirigé moins célèbre, « homme d’une pureté admirable75 » selon Madame Guyon :

Marie Le Doux maîtresse d'école de la paroisse Saint-Sulpice assura en 1695 qu'elle était autrefois de la communauté des Quinze-Vingt qu'avait établie M. de Gaumont, prêtre, sous la conduite de M. Bertaut [Bertot]. Depuis il donna à ces filles le P. de La Combe pour supérieur et voulait que Mme Guyon fût supérieure76.

En résumé, la vie de Monsieur Bertot, sans événements majeurs, mal connue - nous la décrivons ici pour la première fois - est celle d’un prêtre dévoué à la tâche de direction spirituelle, devenant le lien essentiel entre le groupe normand formé autour de l’Ermitage de Jean de Bernières et du monastère de Jourdaine et le groupe de Paris constitué autour du monastère de Montmartre. Le cercle de Paris deviendra celui de Madame Guyon lorsqu’elle prendra la succession de son directeur spirituel à son retour de voyages.

La dirigée la plus connue - parmi beaucoup d’autres, surtout des dames religieuses - de Monsieur Bertot est donc Madame Guyon77, qu’il rencontre par l’intermédiaire de la mère Geneviève Granger78.

Plusieurs rencontres sont nécessaires, qui mettent en jeu divers membres du « réseau » mystique associé à Bernières et à Bertot : le « bon père » franciscain Archange Enguerrand introduit la jeune femme à la vie intérieure79, lui fait rencontrer la mère Granger80, par ailleurs connue de la duchesse de Charost81. La mère Granger la prend en charge82 et lui donne Bertot pour directeur. Elle le rencontre le 21 septembre 1671 dans des circonstances qui resteront gravées dans sa mémoire :

 je dirai que la petite vérole m'avait si fort gâté un oeil que je craignais de le perdre tout à fait, je demandai d’aller à Paris pour m’en faire traiter, bien moins cependant pour cela que pour voir M. B[ertot] que la M[ère] G[ranger] m’avait depuis peu donné pour directeur et qui était un homme d’une profonde lumière. Il faut que je rapporte par quelle providence je le connus la première fois. Il était venu pour la M[ère] G[ranger]. Elle souhaitait fort que je le visse; sitôt qu’il fut arrivé, elle me le fit savoir, mais comme j'étais à la campagne, je ne trouvais nul moyen d'y aller. Tout à coup mon mari me dit d'aller coucher à la ville pour quérir quelque chose et donner quelque ordre. Il devait m'envoyer quérir le lendemain, mais ces effroyables vents de la St Matthieu vinrent cette nuit-là de sorte que le dommage qu'ils causèrent [attesté et daté dans le journal d’un Montargois] m'empêcha de retourner de trois jours. Comme j'entendis la nuit l'impétuosité de ce vent, je jugeai qu'il me serait imp ossible d'aller aux Bénédictines ce jour-là et que je ne verrais point M. Bertot. Lorsqu'il fut temps d'aller, le vent s'apaisa tout à coup, et il m'arriva encore une providence qui me le fit voir une seconde fois83.

Nous ne pouvons ici étudier la dimension mystique de la direction spirituelle reçue par Madame Guyon, ce qui grossirait démesurément notre texte84. Elle est assurée sans compromis par Monsieur Bertot. Cette rigueur existe aussi chez le « bon franciscain » Archange Enguerrand85 ( ? -1699) et se retrouvera, mais avec souplesse, chez Madame Guyon86. C’est une caractéristique de l’école : l’amour du directeur se manifeste dans sa rigueur ; on n’affronte rien qui soit au-dessus de ses forces mais tout est apporté par la grâce87. Voici un exemple illustrant l’esprit de cette direction :

Vous ne pouvez assez entrer dans le repos et dans la paix intérieure; car c’est la voie pour arriver où Dieu vous appelle avec tant de miséricorde. Je vous dis que c’est la voie, et non pas votre centre : car vous ne devez pas vous y reposer ni y jouir ; mais passer doucement plus loin en Dieu et dans le néant ; c’est-à-dire qu’il ne faut plus vous arrêter à rien quoiqu’il faille que vous soyez en repos partout. Sachez que Dieu est le repos essentiel et l’acte très pur en même temps et en toutes choses [...] Je vous en dis infiniment davantage intérieurement et en présence de Dieu; si vous y êtes attentive vous l’entendrez. Soutenez-vous en Dieu nuement et simplement, seule et une [...] N’ayez donc plus d’idées, de pensées, de sentiments de vous-même, non plus que d’une chose qui n’a jamais été et ne sera jamais88.

Il est le premier à parler de l’union spirituelle qu’il éprouve avec ses amis et disciples. Il les porte comme un père dans ses prières et les amène à l’union avec lui dans le même état spirituel :

Si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre ; et tous ensemble n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul89

Madame Guyon et ses dirigés.

Jeanne-Marie Guyon commence ses voyages juste après la disparition de Bertot, par l’établissement des Nouvelles Catholiques, connues de ce dernier90, à Gex, près de Genève. Mais découvrant vite l’ambiguïté de la situation des converties, après des voyages en Savoie-Piémont, elle revient en France en 1686, pour se retrouver au centre du cercle parisien – événement apparemment soudain91 que nous comprenons mieux après avoir éclairé sa relation avec Monsieur Bertot.

Sur le plan de la vie intérieure, des textes, beaucoup plus amples que les allusions de Bernières ou de Bertot, attestent une transmission directe de la grâce de personne à personne, qui ne dépend que de Dieu seul et qui s’effectue de préférence en silence. Elle suppose un même recueillement des personnes. Elle est décrite ainsi :

Vous m’avez demandé comment se faisait l’union du cœur ? Je vous dirai que l’âme étant entièrement affranchie de tout penchant, de toute inclination et de toute amitié naturelle, Dieu remue le cœur comme il Lui plaît ; et saisissant l’âme par un plus fort recueillement, Il fait pencher le coeur vers une personne. Si cette personne est disposée, elle doit aussi éprouver au-dedans d’elle-même une espèce de recueillement et quelque chose qui incline son cœur […] Cela ne dépend point de notre volonté : mais Dieu seul l’opère dans l’âme, quand et comme il Lui plaît, et souvent lorsqu’on y pense le moins. Tous nos efforts ne pourraient nous donner cette disposition ; au contraire notre activité ne servirait qu’à l’empêcher92. »

On trouve de nombreux textes parallèles où se trouvent décrites les modalités de cette transmission, dans les Discours spirituels, la Vie par elle-même93 et les Explications des deux Testaments. Le célèbre verset  « …lorsqu‘il y a en quelque lieu deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d’elles » est commenté ainsi94 :

Ils se parlent plus du cœur que de la bouche ; et l’éloignement des lieux n’empêche point cette conversation intérieure. Dieu unit ordinairement deux ou trois personnes […] dans une si grande unité, qu’ils se trouvent perdus en Dieu […] l’esprit demeurant aussi dégagé et aussi vide d’image que s’il n’y en avait point. […] Dieu fait aussi des unions de filiations, liant certaines âmes à d’autres comme à leurs parents de grâce.

A la fin de sa vie, de pieux disciples rapporteront la plongée spontanée dans l’intériorité qui s’effectue auprès d’elle, sans nulle suggestion orale ni rappel de sa part :

Elle vivait avec ces Anglais [des Ecossais] comme une mère avec ses enfants. […] Souvent ils se disputaient [le premier soulèvement écossais des jacobites eut lieu en 1715], se brouillaient ; dans ces occasions elle les ramenait par sa douceur et les engageait à céder ; elle ne leur interdisait aucun amusement permis, et quand ils s’en occupaient en sa présence, et lui en demandait son avis, elle leur répondait : « Oui, mes enfants, comme vous voulez. » Alors ils s’amusaient de leurs jeux, et cette grande sainte restait pendant ce temps-là abîmée et perdue en Dieu. Bientôt ces jeux leur devenaient insipides, et ils se sentaient si attirés au-dedans, que, laissant tout, ils demeuraient intérieurement recueillis en la présence de Dieu auprès d’elle95.

Madame Guyon affirme ce lien intérieur avec Fénelon, qu’elle considère comme son fils spirituel le plus proche ; elle écrit en avril 1690 :

…j’ai cette confiance que si vous voulez bien rester uni à mon coeur, vous me trouverez toujours en Dieu et dans votre besoin96.

A cette confiance Fénelon répond :

Si vous veniez à manquer, de qui prendrais-je avis ? ou bien serais-je à l'avenir sans guide ? Vous savez ce que je ne sais point et les états où je puis passer [...] Je puis me trouver dans l'embarras ou de reculer sur la voie que vous m'avez ouverte, ou de m'y égarer faute d'expérience et de soutien. Je me jette tête première et les yeux bandés dans l'abîme impénétrable des volontés de Dieu. Lui seul sait ce que vous m'êtes en Lui et je vois bien que je ne le sais pas moi-même, mais je vous perds en Lui comme je m'y perds97

Madame Guyon le considère même comme son successeur :

Je vous laisse l’esprit directeur que Dieu m’a donné. […] Je laisse aussi cette Vie que vous m’avez défendu de brûler, quoiqu’il y ait bien des choses inutiles98

Mais malheureusement il meurt avant elle. Dans les dernières années de sa vie, Mme Guyon réunissait à Blois des disciples, qui se voyaient aussi entre eux, indépendamment. On dispose de séries de lettres adressées au marquis de Fénelon, le neveu de l’archevêque, au baron de Metternich, diplomate de la cour de Prusse, à Poiret et à son groupe d’amis, à des Ecossais99 . Les lettres circulaient entre les disciples, qui eux-mêmes voyageaient beaucoup entre Blois, Paris, Cambrai, la Hollande, l’Ecosse proche de celle-ci par mer…

Une école mystique française.

On n’a pas de preuve que ce type de transmission de la grâce de cœur à cœur se soit poursuivi après la mort de Madame Guyon. Mais ses disciples ont continué à se réunir en cercles dont on retrouve les traces jusqu’en 1830 environ. Ainsi, en 1769, J.-Ph. Dutoit, un pasteur de Lausanne et éditeur de son œuvre, fut l’objet d’une visite de la police de Berne, dont le procès-verbal de saisie de ses livres se limite à quatre auteurs : Bernières, Bertot, Madame Guyon, Poiret (outre la Bible et l’Imitation)100. Cela ferme en quelque sorte deux siècles d’histoire.

On connaît par ailleurs l’influence sur des milieux très divers, dont le milieu maçonnique par l’intermédiaire du chevalier Ramsay. Il existe plus qu’une influence chez le jésuite Jean-Pierre de Caussade : L’Abandon à la Providence divine, œuvre préférée à d’autres du même auteur, constitue une résurgence en milieu catholique - avec toute la précaution rendue nécessaire après l’affaire du quiétisme - de la spiritualité de l’école101. Elle trouve aussi refuge dans les terres lointaines du Québec depuis Bernières, ou étrangères du protestantisme depuis Madame Guyon. L’œuvre de celle-ci et de ses prédécesseurs est connue des Quakers américains, de Wesley et des Méthodistes102.

Cette tradition d’origine française est capitale par le témoignage qu’elle donne de la primauté accordée à la vie intérieure et à l’expérience mystique, qui peut s’accompagner d’une pratique religieuse mais n’en dépend pas. Cette expérience personnelle n’a pas été vécue par des génies solitaires, mais dans des cercles amicaux réunis autour d’un père ou d’une mère spirituelle qui transmettaient la grâce de cœur à cœur. On devine des filiations de ce type chez des Pères du désert, dans le milieu où vécut Syméon le Nouveau Théologien, chez des franciscains, des béguines et chez Ruysbroek, au Carmel, pour ne citer que des exemples antérieurs au sein de cultures d’inspiration chrétienne ; mais les témoignages écrits font le plus souvent défaut.

Honoré de Sainte-Marie, carme contemporain de Madame Guyon, avait cette perception de l’histoire de la spiritualité, qu’il nous présente comme un torrent spirituel, jamais interrompu, et détaille, siècle après siècle, avec une érudition étonnante pour son époque, dans sa belle Tradition[…] sur la contemplation103.

Le crépuscule de la vie mystique104  a vu, au sein du catholicisme, un développement étonnant de formes extérieures - culte marial, apparitions - dont beaucoup se détournent. Il vaut la peine de réhabiliter une filiation proposant un « christianisme intérieur » d’une grande sobriété. Certes elle a échoué à s’insérer dans le courant majoritaire, mais elle est parvenue à associer très tôt des catholiques à des protestants, et même à influencer quelques adeptes des lumières.







100A.MADAME GUYON AU CENTRE D’UNE FILIATION MYSTIQUE [Genève 2017]

(41) Mme Guyon au centre d’une filiation 1mars18.docx



Mme Guyon au centre d'une filiation mystique avec les deux annexes 17nov17.docx

Contribution à «Madame Guyon, Mystique et politique à la Cour de Versailles, à l’occasion du troisième centenaire de sa mort»

Université de Genève, 23-25 novembre 2017



J’aborde la notion de filiation mystique vécue chez des spirituels qui se rassemblèrent autour de Monsieur Bertot puis de Madame Guyon (et avant eux autour du P. Chrysostome puis de Monsieur de Bernières). Mon but n’est pas de débattre des idées qui animèrent les adeptes de la quiétude, mais de cerner leur expérience singulière en s’appuyant sur quelques textes qui nous sont parvenus.

Au centre d’une Filiation? La mystique ne se vit pas en s’appuyant sur des livres, mais en partageant l’expérience et la vie d’une personne humaine qui a déjà parcouru un tel chemin. Madame Guyon incarne un fonctionnement mystique et montre comment y accéder. C’est particulièrement manifeste dans les groupes que nous allons évoquer.

Monsieur Bertot et Madame Guyon ne sont pas des génies solitaires. Ils ne se sont pas formés tout seuls, mais l’ont été par de smystiquesaccomplis de générations précédentes105. Ils font partie d’une tradition d’origine franciscaine106.

Chaque génération a un père (ou une mère spirituelle) auquel tous se réfèrent. Le père spirituel (ou la mère) est toujours formé par le précédent. Ce sont indifféremment des laïques ou des clercs, des hommes ou des femmes. C’est l’accomplissement mystique qui compte. Pas de passation de pouvoir au sens humain du terme : on n’est pas dans un ordre monastique où l’on élit un prieur. Pas de vote ni de discussion : on est dans le domaine de l’évidence informelle. Le meilleur forme ses amis; quand il meurt, le plus accompli lui succède, car il est reconnu depuis des années.

Ces passages d’autorité ont eu lieu sans interruption pendant un siècle sur quatre générations.

Je vais citer quelques traces écrites qui relient les figures mystiques centrales avant d’aborder de ce qui se passait entre elles et leurs associé(e)s.

La première figure fut celle du franciscain Chrysostome de Saint-Lô (1594 – 1646) du Tiers ordre Régulier [TOR] directeur du laïc Jean de Bernières (1601 – 1659). Le Père Chrysostome lança l’idée de construire un lieu d’accueil pour y réunir leurs amis et chercher l’oraison. Jean de Bernières le réalisa. Il résume ainsi l’esprit qui animait les visiteurs de l’Ermitage de Caen :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion, et quelque temps qu’il fasse, bon ou mauvais, nous tâchons de ne nous pas arrêter.107

Bernières et Mère Mectilde (1614-1698), fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, éditent des écrits de leur «Père» Chrysostome108 fort difficilement récupérés par cette dernière. S’en détachent leurs propres demandes et les réponses de leur directeur.

Puis Bernières prend la suite en 1646 dans la direction des proches, dont son amie Mectilde. Il dirige, parmi d’autres, Mgr de Laval, futur évêque de Québec, et Jacques Bertot (1620 – 1671).

Le confesseur et «directeur mystique» Bertot porte la tradition normande de l’Ermitage au couvent de Montmartre. Il impressionne l’Abbesse109 et attire des gens de la Cour110.

Plusieurs ouvrages dévoilent les liens qui unissent entre eux Chrysostome, Bernières, Mectilde, Bertot111. Mectilde écrit à Bernières112 :

De l’Hermitage du Saint Sacrement, le 30 juillet 1645.

Monsieur,

Notre bon Monsieur Bertot nous a quittés avec joie pour satisfaire à vos ordres et nous l’avons laissé aller avec douleur. Son absence nous a touchées, et je crois que notre Seigneur veut bien que nous en ayons du sentiment, puisqu’Il nous a donné à toutes tant de grâces par son moyen, et que nous pouvons dire dans la vérité qu’il a renouvelé tout ce pauvre petit monastère et fait renaître la grâce de ferveur dans les esprits et le désir de la sainte perfection. Je ne vous puis dire le bien qu’il a fait et la nécessité où nous étions toutes de son secours […], mais je dois vous donner avis qu’il s’est fort fatigué et qu’il a besoin de repos et de rafraîchissement. Il a été fort travaillé céans, parlant [sans] cesse, fait plusieurs courses à Paris en carrosse dans les ardeurs d’un chaud très grand. Il ne songe point à se conserver. Mais maintenant, il ne vit plus pour lui. Dieu le fait vivre pour nous et pour beaucoup d’autres. Il nous est donc permis de nous intéresser de sa santé et de vous supplier de le bien faire reposer. […]

Parmi les fidèles, une jeune veuve de Montargis, Madame Guyon, fait le récit de sa première rencontre :

Je dirai que la petite vérole m’avait si fort gâté un œil que je craignais de le perdre tout à fait, je demandai d’aller à Paris pour m’en faire traiter, bien moins cependant pour cela que pour voir M. B [ertot] que la M [ère] G [ranger] m’avait depuis peu donné pour directeur et qui était un homme d’une profonde lumière. Il faut que je rapporte par quelle providence je le connus la première fois. Il était venu pour la M [ère] G [ranger]. Elle souhaitait fort que je le visse; sitôt qu’il fut arrivé, elle me le fit savoir, mais comme j’étais à la campagne, je ne trouvais nul moyen d’y aller. Tout à coup mon mari me dit d’aller coucher à la ville pour quérir quelque chose et donner quelque ordre. Il devait m’envoyer quérir le lendemain, mais ces effroyables vents de la St Matthieu vinrent cette nuit-là [tempête attestée du 21 septembre 1671] de sorte que le dommage qu’ils causèrent m’empêcha de retourner de trois jours. Comme j’entendis la nuit l’impétuosité de ce vent, je jugeai qu’il me serait impossible d’aller aux Bénédictines ce jour-là et que je ne verrais point M. Bertot. Lorsqu’il fut temps d’aller, le vent s’apaisa tout à coup, et il m’arriva encore une providence qui me le fit voir une seconde fois.113

Mais sa direction fut rude et resta un temps incomprise. Plus tard «sa fille spirituelle» rassemblera ses écrits. Le directeur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion [...] paraîtra en 1726114. Un bref résumé de sa vie ainsi qu’un témoignage sur la fidélité de disciples figurent dans l’Avertissement :

«Monsieur Bertot natif de Coutances grand ami de Jean [5] de Bernières s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [à diriger] plusieurs personnes engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche [de] Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans [6] jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. [7] [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.115

Madame Guyon se référera à son autorité jusqu’à la fin de sa vie :

«Je vous envoie une lettre d’un grand serviteur de Dieu qui est mort il y a plusieurs années. Il était ami de Monsieur de Bernières, et il a été mon Directeur dans ma jeunesse.»116

Par ailleurs elle avait fait des vœux secrets typiquement franciscains :

«J’avais fait cinq vœux en ce pays-là [à Gex]. Le premier de chasteté que j’avais déjà fait sitôt que je fus veuve, celui de pauvreté, c’est pourquoi je me suis dépouillée de tous mes biens, je n’ai jamais confié ceci à qui que ce soit. Le troisième d’une obéissance aveugle à l’extérieur à toutes les providences ou à ce qui me serait marqué par mes supérieurs ou directeurs, et au-dedans d’une totale dépendance de la grâce. Le quatrième d’un attachement inviolable à la sainte Église. Le cinquième était un culte particulier à l’enfance de Jésus-Christ plus intérieur qu’extérieur.»117

J’achève ici cet aperçu de liens entre Chrysostome, Bernières, Bertot, Guyon. Les indices écrits qui nous sont parvenus sont rares puisqu’il n’y a aucune élection humaine. Les mystiques répugnent à attester dans leurs écrits, sinon incidemment, d’une autorité de direction qui se doit d’être intérieure.

De plus l’environnement «externe» est hostile aux mystiques tout au long du siècle118 en commençant par les «objections» faites par des docteurs parisiens à Rouen lisant la troisième partie de la Reigle parue en 1609 du mystique franciscain capucin Canfield119.

Mectilde eut quant à elle de nombreuses difficultés pour récupérer les écrits de Chrysostome des mains de ses confrères du Tiers Ordre Régulier.

«Je tente toutes les fortunes et voies possibles pour tirer quelque chose de si dignes écrits, mais c’est temps perdu que d’y faire effort. Le Père provincial et les autres ont arrêté et protesté que jamais ils ne laisseront sortir d’entre leurs mains ces écrits sans être corrigés d’un esprit conforme à leurs sentiments et disent qu’ils sont tout pleins d’erreurs120

«J’ai bien de l’appréhension qu’on ne les brûle, car ils sont entre les mains de ses persécuteurs.»121

Elle livre un aperçu sur la faible considération dont le P. Chrysostome jouissait auprès de ses «responsables» :

«La sainte abjection l’a accompagné à la vie et à la mort et même après la mort, il est demeuré abject dans l’esprit de quelques-uns de l’ordre. Frère Jean [Aumont] m’a mandé ceci et dit qu’il ne faut point réveiller sa mémoire dans leur maison pour le respect de quatre ou cinq [...]  

Plus tard, en l’année fatidique 1694 qui amorce la descente aux enfers de Madame Guyon, le P. Paulin, responsable du même Tiers Ordre Régulier, fera une déposition «mitigée» sur Madame Guyon122.

Il n’est pas surprenant que les quiétistes apprennent à devenir prudents. C’est pourquoi on ne sait pas qui a pris la suite de leur animatrice après 1717.

La notion de filiation reste pourtant vivante au XVIIIe siècle. Si l’intensité mystique semble souvent disparaître, les gens influencés par Madame Guyon gardent la notion d’une succession possible et de l’importance d’avoir un directeur spirituel.

Une demoiselle suisse demande qui succède à Madame Guyon :

«M. de Marçais m’a conté qu’une demoiselle en Suisse qui était intérieure, et dont j’ai oublié le nom, avait écrit en France pour s’informer si Madame Guyon n’avait point [93] laissé de successeur dans l’état apostolique qui assistât d’autres personnes intérieures. Sur quoi après avoir écrit en bien des endroits, elle avait enfin reçu avis qu’il existait effectivement une personne pareille, savoir la duchesse de Grammont; mais qu’elle se tenait fort cachée quant à son extérieur, à cause du grand nombre d’ennemis qui persécutaient la vie intérieure. Que par cette raison, elle n’était connue que de personnes pareillement adonnées à la vie intérieure. Les lettres furent écrites quelques années après l’année 1720.»123

Une pièce atteste de la filiation Bernières-Bertot-Guyon perçue à la fin du siècle des Lumières. Elle concerne Jean-Philippe Dutoit (1721-1793). Ce pasteur de Morges près de Lausanne, deuxième éditeur de l’œuvre de Mme Guyon après Pierre Poiret, eut un certain rayonnement. Il se lia au comte Frédéric de Fleischbein (1700-1774) dont la femme Pétronille d’Echweiler (1682-1740) fréquenta brièvement Blois, lieu de retraite de Madame Guyon sortie de la Bastille124.

Il s’agit du procès-verbal de saisie opérée par les calvinistes de Berne par l’intermédiaire de leur représentant à Lausanne125 :

«6e janvier 1769. Nous David Jenner, ci-devant colonel en Hollande, actuellement baillif de Lausanne, au nom et de la part de Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs de la ville et république de Berne, savoir faisons qu’en conséquence des ordres que nous aurions reçus de L.L. E.E[ xcellenc] es du Sénat, en date du 5e du courant, pour enlever à Monsieur le Ministre Dutoit de Moudon, tous ses papiers, écrits et livres, faire inventaire des dits et en procurer ensuite l’expédition [...]

Lequel Mr Dutoit ayant ouï la notification des ordres reçus, aurait d’abord manifesté qu’il est bien dans l’intention de s’y conformer en toute soumission et sincérité, ainsi que le porte l’inventaire suivant :

La Bible de Madame Guyon et plusieurs de ses ouvrages, mais non pas tous.

Monsieur de Bernières soit le Chrétien intérieur.

La Théologie du Cœur [de Poiret].

Le Directeur mystique de Monsieur Bertot.

La liste se termine sur trois “classiques”, Teresa, Luther, l’Imitation126; Dutoit

Déclarant de bonne foi qu’il ne se sait ici aucun autre livre mystique ou ascétique.»

Je viens d’établir quelques liens internes et de suggérer un contexte externe délicat. La (re) découverte127 d’une filiation dont la colonne vertébrale passe du franciscain Chrysostome de Saint-Lô à monsieur de Bernières, puis à Monsieur Bertot, enfin à Madame Guyon, est confirmée par l’attestation tardive précédente.

Deux nœuds dominèrent : les amis de l’Ermitage de Caen précèdent et donnent naissance au cercle quiétiste parisien animé par monsieur Bertot et repris par madame Guyon et Fénelon. Au-delà de la confirmation d’une transmission, j’ai compris assez vite qu’il fallait en situer l’axe au sein d’un réseau d’amis, retrouver les branches de l’arbre. J’ai établi des dossiers de sources pour quelques-uns128. Hommes et femmes qui bénéficient d’une lignée procédant des aînés aux cadets s’assemblent à leurs contemporains mystiques de même génération.

Sur près de deux siècles, une centaine de figures mystiques parvinrent par quelque précieuse «réaction chimique» à rayonner et à partager leur énergie. La filiation devient un arbre touffu, voire lié à des arbres voisins129. La «Liste de proches : réseaux Normand puis Parisien enfin Européen» reportée en Annexe porte un «regard transversal» absent de la présentation «longitudinale» chronologique.

§

Approchons maintenant le vécu. Chaque père ou mère spirituelle est l’objet d’une vénération et d’une fidélité absolue. C’est évident pour Madame Guyon que ses proches avaient pourtant tout intérêt à abandonner. Pendant qu’elle affronte le pouvoir et les prisons, Fénelon saborde sa carrière à la Cour tandis que les grandes familles des Beauvilliers et des Chevreuse la défendent discrètement.

Seul un rayonnement extraordinaire permet d’expliquer l’attirance puis la fidélité des visiteurs et des amis sur vingt ans (1694 procès d’Issy – 1712/1714 décès des ducs). C’est ce que ressent Madame Guyon quand elle affirme qu’il y a passage de la grâce à travers sa personne vers celui qui vient la voir. Ce groupe a donc une spécificité plus étonnante que son organisation sociale autour d’un maître spirituel. Laquelle?

Le phénomène se reproduit à chaque génération. Voici ce que ressentaient les auditeurs de Chrysostome parlant de Dieu :

Quand il en parlait [du Sauveur], c’était avec des ardeurs qui mettaient le feu divin de tous côtés; particulièrement quand il faisait des conférences de l’anéantissement d’un Dieu dans le mystère de l’Incarnation, il paraissait comme tout accablé sous les grandes lumières qu’il recevait, et qu’il communiquait [notre soulignement] avec des effets extraordinaires de grâce […]130

Aussi la fidélité de Bernières à son père spirituel fut indéfectible comme le montre l’émotion traduite dans une lettre à Mère Mectilde :

«Ce me serait grande consolation que […] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père […] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père […] Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu?»131

Ils ont commencé à prendre conscience d’un partage de la grâce chez Bernières quand ses amis priaient ensemble à l’Ermitage :

Adieu, ma très chère sœur, Messieurs de Bernières et de Rocquelay vous saluent; ils font des merveilles dans leur ermitage : ils sont quelquefois plus de quinze ermites; ils demandent souvent de vos nouvelles. Si notre bonne mère Prieure voulait écrire de ses dispositions à Monsieur de Bernières, elle en aurait consolation, car Dieu lui donne des lumières prodigieuses sur l’état du saint et parfait anéantissement.132

Bernières constate combien la grâce est active parmi eux. Il utilise le verbe «communiquer» :

Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par l’ordre de Dieu, et notre bon Père ne l’a pas fait bâtir par hasard. La grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait.133

Boudon (1624-1702) témoigne :

Non seulement il était consulté par les laïques, mais par les ecclésiastiques et les religieux. Grand nombre de ces derniers ont fait des retraites dans sa maison avec la permission de leur supérieur […] C’était une chose admirable de voir le changement que l’on remarquait dans les personnes qui avaient des liaisons spéciales avec lui.134

Bernières attend l’inspiration de l’Esprit pour parler :

Ses paroles étaient pleines d’une force divine, et gagnaient les cœurs à Dieu. L’ayant un jour averti de quelques manquements d’une personne qui dépendait de lui, je remarquai qu’il fut assez longtemps sans lui en rien dire; et j’admirais après cela, que lui ayant fait voir ses défauts en très peu de paroles, et pour ainsi parler, sans presque lui rien dire, cette personne demeura tout à coup comme terrassée sous le poids du peu de paroles qu’il lui avait dites, et apporta le remède à ces manquements. Je vis bien qu’il avait tardé à l’avertir, non pas par aucune négligence, mais attendant le mouvement de l’esprit de Dieu qui agissait en lui. S’il lui eût parlé plus tôt, il l’eût fait en homme, et ses avis n’eussent pas eu les effets qui arrivèrent. 135

Avec Bertot on passe à un deuxième degré dans la diffusion de la grâce puisqu’il a la hardiesse d’affirmer que sa prière pouvait faire partager aux autres ses états mystiques pendant qu’il officiait à la messe. Il ne fait pas que rayonner : il porte autrui dans sa prière et fait partager ses états mystiques.

«Demeurons ainsi, j’y veux demeurer avec vous et je vais commencer aujourd’hui à la sainte messe. Je suis sûr que si je suis une fois élevé à l’autel, c’est-à-dire que si j’entre dans cette unité divine [249], je vous attirerai136, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre. Et tous ensemble, n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul, unis à Son Unité, ou plutôt n’étant qu’une unité en Lui seul, par Lui et pour Lui. Adieu en Dieu.» 137

Il offrit à Mme Guyon de transformer leur relation en moments de silence où il pourrait lui communiquer la grâce de cœur à cœur et lui apprend comment s’y prêter :

[240] «Puisque vous voulez bien que je vous nomme ma Fille, que vous l’êtes en effet devant Dieu qui l’a ainsi disposé, vous souffrirez que je vous traite en cette qualité, vous donnant ce que j’estime le plus, qui est un profond silence. Ainsi lorsque vous avez peut-être pensé que je vous oublierais, c’était pour lorsque je pensais le plus à votre perfection. Mais je vous parlerai toujours très peu : je crois que le temps de vous parler est passé, et que celui de vous entretenir en paix et en silence est arrivé.138

Après sa mort arrivée tôt en 1681, Madame Guyon va faire ses propres découvertes et va analyser ce qui se passe pendant ses transmissions. Ces écrits sont uniques à notre connaissance, car si ce charisme est bien connu hors du christianisme, chez les soufis, en Inde, dans l’orthodoxie (saint Seraphim de Sarov), il est moins connu dans le monde catholique centré autour de Jésus seul médiateur, la grâce passant par lui et les sacrements suppléant à son absence physique.

Peut-être Madame Guyon avait-elle expérimenté la transmission chez l’évêque Ripa, proche du Cardinal Petrucci, car elle était probablement pratiquée chez Molinos par des quiétistes italiens.

Rentrée en France, elle accueille une foule de visiteurs à Grenoble. C’est à ce moment que les autorités ecclésiastiques commencent à trouver qu’elle empiète sur leur domaine et qu’il faut s’en débarrasser. C’est le premier heurt avec le pouvoir. Pour la combattre, les autorités vont prendre prétexte d’un conflit sur les idées (sur l’oraison passive).

Elle rentre à Paris où elle alternera succès et épreuves. Elle reprend le cercle de Bertot et noue des amitiés qui résisteront à tout : ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvilliers, Fénelon, etc.

Pour eux la transmission de la grâce par Madame Guyon est une évidence. Une fois éprouvée, cette expérience ne peut être reniée. Si quelqu’un vient voir Madame Guyon, et s’assoit auprès d’elle en silence, c’est pour ressentir la présence divine : elle transmet l’expérience mystique aux autres sans qu’il y ait d’ascétisme ou d’effort.

Tout se passait avec simplicité, parfois en plaisantant entre «michelins» — saint Michel n’était-il particulièrement apprécié de François d’Assise?

Mon bon abbé [de Béthune-Charost] faites-moi faire un cachet où il y ait un saint Michel qui marche sur le dragon — cela est nécessaire et mystérieux — sinon vous perdrez votre charge. La petite Cécile sera intendante des bouquets de la chapelle des Michelins, elle doit abattre l’oreille droite de Baraquin [le Diable]. Le chien doit lui mordre la gauche, la sœur Ursule lui écraser le bout de la queue. Tous les autres enfants ensemble lui écraseront le corps. S B [Fénelon], un autre et moi lui écraserons la tête. Ne voyez-vous pas P [ut] [Dupuy] qui veut lui marchez sur la patte, mais il craint de lui faire mal, il ne lui touche qu’à l’ongle. [...] Ne voyez-vous pas Dom Al [leaume] qui a perdu son collet à la lutte, le bon marquis qui lui coupe une patte de derrière avec son épée? Le Bon [Beauvillier] tient gravement une de ses cornes, mais il ne veut pas se déranger, il se tient bien compassé. Le Tut [eur] [Chevreuse] tient la corne du milieu et lui couvre les yeux le mieux qu’il peut. Voyez la doyenne des d [uchesses] qui tremble de peur, mais elle ne laisse pas de lui mettre un pied sur la croupière. Voyez d’un autre côté une petite d [uchesse] étourdie qui voulait sauter sur lui à pieds joints; elle aurait fait une belle culbute si notre patron [saint Michel] ne l’avait soutenue par-derrière. Allons, courage, montez peu à peu!139

Nous avons le récit de ce qui se passait plus tard à Blois vingt ans après. Outre une ouverture d’esprit tout œcuménique, la «dame directrice» avait atteint l’ultime simplicité :

Elle vivait avec ces Anglais [des Écossais] comme une mère avec ses enfants. […] Souvent ils se disputaient [à propos de politique : le premier soulèvement écossais des jacobites eut lieu en 1715], se brouillaient; dans ces occasions elle les ramenait par sa douceur et les engageait à céder; elle ne leur interdisait aucun amusement permis, et quand ils s’en occupaient en sa présence, et lui en demandaient son avis, elle leur répondait : «Oui, mes enfants, comme vous voulez». Alors ils s’amusaient de leurs jeux, et cette grande sainte restait pendant ce temps-là abîmée et perdue en Dieu. Bientôt ces jeux leur devenaient insipides, et ils se sentaient si attirés au-dedans que, laissant tout, ils demeuraient intérieurement recueillis en la présence de Dieu auprès d’elle.

Quand on lui apportait le Saint Sacrement, ils se tenaient rassemblés dans son appartement, et à l’arrivée du prêtre, cachés derrière le rideau du lit, qu’on avait soin de fermer, pour qu’ils ne fussent pas vus parce qu’ils étaient protestants, ils s’agenouillaient [43] et étaient dans un délectable et profond recueillement, chacun selon le degré de son avancement, souvent aussi dans des souffrances assorties à leur état. 140

C’est cette expérience qui est centrale, elle est le fondement du lien entre Madame Guyon et ses disciples : ils sont attachés à une personne qui répand la grâce. C’est le cas envers elle, mais nous l’avons vu chez Chrysostome, puis Bernières, puis Bertot : autrement dit, à chaque génération, un saint se manifeste, à travers lequel on ressent la présence divine. C’est là-dessus que se joue la succession à chaque génération. C’est ce qui explique la vénération et la fidélité de l’entourage.

Il y a une condition pour que la transmission ait lieu : il faut que le mystique soit dans l’état «apostolique» (dans un état identique à celui des premiers Apôtres), i.e. il faut être tellement vide que l’on devient un passage pour la grâce : pas de pouvoir personnel, Dieu fait ce qu’il veut. Ce n’est pas la réussite d’une personne humaine, mais une fonction dans laquelle on ne se met pas volontairement soi-même :

C’est un abus dans la vie spirituelle, et qui s’y glisse même dès son commencement, que de vouloir travailler pour les autres à contretemps. Et ce n’est que par une fausse ferveur que l’on entreprend de les aider par soi-même avant d’en avoir reçu la mission. Plusieurs se croient capables de conduire dans la voie des saints qui n’y sont pas encore bien entrés eux-mêmes, et voulant faire part aux autres des grâces qui ne leur sont données que pour eux, ils en perdent eux-mêmes le fruit et ne peuvent en aider les autres. Il ne se faut point porter à aider le prochain tant qu’on le désire et que l’on n’a pas l’expérience des choses divines et la vocation. Il faut être établi auparavant dans la vie intérieure.141

Il faut aussi être missionné par le père ou la mère spirituels. Madame Guyon écrit à Fénelon qu’elle a reçu de Bertot son «esprit directeur» :

Il m’est venu dans l’esprit ce matin que M. B [ertot] a, en mourant, m’ayant laissé son esprit directeur pour ses enfants, ceux qui se sont égarés aussi bien que ceux qui sont restés fidèles n’auront la communication de cet esprit que par moi, mais dans votre union. Car Dieu me fait être avec vous une et indivisible et, quand toutes les répugnances de vous à moi seront ôtées, vous découvrirez une union d’unité divine qui vous charmera. Il y a plusieurs pédagogues, mais il n’y a qu’un père en Christ142, et le père en Christ ne [137 r °] se sert pas seulement de la force de la parole, mais de la substance de son âme qui n’est autre que cette communication centrale du Verbe que le seul Père des esprits peut communiquer à Ses enfants, et comme cette communication du Verbe dans l’âme est l’opération de la paternité divine et la marque de l’adoption des enfants, c’est aussi la preuve de la paternité spirituelle qui communique à tous en substance ce qui leur est nécessaire sans savoir comme cela se fait.

Il y a des personnes qui, à cause de leur état imparfait, sentent [137 v °] mieux cette communication parce qu’elle est toujours conforme au sujet qui la reçoit, et non à celui qui la communique. Il en est de même de tous dons du Seigneur : ils sont [d’autant] plus sensibles ou spirituels que celui qui les reçoit est plus sensible ou spirituel. Cette communication se reçoit de tous, quoiqu’elle ne se sente pas également de tous. [...]143

Elle s’associe Fénelon qu’elle considère comme son successeur dans cette fonction. Fénelon était son disciple le plus cher, et un jour où elle était malade et croyait mourir, elle lui écrivit pour lui léguer la direction de leur groupe spirituel et la possibilité de transmettre la grâce :

«Je vous laisse l’esprit directeur que Dieu m’a donné.»144

Cette succession n’aura jamais lieu, car Fénelon mourut en janvier 1715 avant elle (juin 1717).

Fénelon faisait des réunions avec ses amis mystiques à Cambrai. Il rapporte qu’il y ressent la présence de Madame Guyon. Autrement dit, en union avec Madame Guyon. Fénelon partage son état mystique avec son visiteur :

Je sens un très grand goût à me taire et à causer avec Ma.145 Il me semble que son âme entre dans la mienne et que nous ne sommes tous deux qu’un avec vous en Dieu. Nous sommes assez souvent le soir comme de petits enfants ensemble, et vous y êtes aussi [f ° 19v °] quoique vous soyez loin de nous.146

Il confirme l’explication qu’en avait donnée Madame Guyon à propos de Mathieu 18, 20 :

«Ils se parlent plus du cœur que de la bouche; et l’éloignement des lieux n’empêche point cette conversation intérieure. Dieu unit ordinairement deux ou trois personnes de cette sorte dans une si grande unité, qu’elles se trouvent perdues en Dieu jusqu’à ne pouvoir plus se distinguer […]

Ces unions ont encore une autre qualité, qui est qu’elles n’embarrassent ni n’occupent point, l’esprit demeurant aussi dégagé et aussi vide d’image que s’il n’y en avait point147. […]

Dieu fait aussi des unions de filiations, liant certaines âmes à d’autres comme à leurs parents de grâce [...]»148

Madame Guyon se percevait comme un canal qui donne passage à la grâce en l’absence de toute volonté propre, sans intentionnalité personnelle, dans la «passiveté» totale, dans l’extrême soumission à Dieu :

«Quand l’âme a perdu et tout pouvoir propre et toute répugnance à être mue et agie selon la volonté du Seigneur, alors Il la fait agir comme Il veut […] Quand Dieu la meut vers un cœur, à moins que ce cœur ne refusât lui-même la grâce que Dieu veut lui communiquer, ou qu’il ne fût mal disposé par trop d’activité, il reçoit immanquablement une paix profonde […] Quelquefois plusieurs personnes reçoivent dans le même temps l’écoulement de ces eaux de grâce 149.»

Elle insiste sur le fait qu’il n’y a aucun pouvoir personnel, que seule une âme anéantie peut laisser passer la grâce :

Vous m’avez demandé comment se faisait l’union du cœur ? Je vous dirai que l’âme étant entièrement affranchie de tout penchant, de toute inclination et de toute amitié naturelle, Dieu remue le cœur comme il Lui plaît; et saisissant l’âme par un plus fort recueillement, Il fait pencher le cœur vers une personne. Si cette personne est disposée, elle doit aussi éprouver au-dedans d’elle-même une espèce de recueillement et quelque chose qui incline son cœur [...] Cela ne dépend point de notre volonté : mais Dieu seul l’opère dans l’âme, quand et comme il Lui plaît, et souvent lorsqu’on y pense le moins. Tous nos efforts ne pourraient nous donner cette disposition; au contraire notre activité ne servirait qu’à l’empêcher.150

On a les témoignages directs de Madame Guyon qui est la première à avoir analysé ce qui se passe dans cette transmission. Elle n’a lieu que si la personne a atteint l’état apostolique :

Si son propre salut ne la touche pas d’une manière aperçue, celui des autres ne la touche point aussi. Cependant elle y est employée et y travaille par Providence. Dieu la pousse quelquefois fortement à désirer le salut et la perfection de certaines âmes, en sorte qu’elle donnerait sa vie pour les faire correspondre à Dieu dans toute l’étendue de Ses desseins sur elles - mais sans soin ni souci, sans y mettre rien du sien, servant de pur instrument en la main de Dieu, qui donne telle pente et telle activité qu’il Lui plaît, mais activité dans un parfait repos, sans sortir de Lui-même, sans nulle pente propre, quoique la pente soit quelquefois infinie : car l’âme parvenue à l’entière désappropriation et propre à s’écouler en Dieu, y étant abîmée, est comme une eau fluide qui ne peut être fixée, mais qui s’écoule sans cesse suivant la pente qui lui est donnée.

Elle comprend qu’elle participe à la qualité communicable de Dieu et qu’elle ne vit et ne subsiste que pour se répandre. Plus elle s’écoule, plus elle est pleine sans nulle plénitude propre, mais de la plénitude de Dieu en Lui qui se communique à tous les êtres et qui entraîne avec Lui ceux qu’Il a abîmés en Lui. C’est Lui qui leur donne toute pente. Cependant cela se fait sans s’en occuper, sans y penser, sans se soucier du succès : tout périrait et se renverserait que l’âme n’en serait point touchée, ce qui n’empêche pas qu’elle ne souffre les biens ou les maux des âmes qui lui sont unies pour recevoir ses communications. C’est comme une rivière qui s’écoule agréablement lorsqu’on lui fait passage, mais qui remonte avec effort contre elle-même lorsqu’elle n’en trouve point. [...] On ne sait plus ce que c’est que parents, amis, biens, enfants, intérêt, honneur, santé, vie, salut, gloire, éternité : tout cela ne subsiste plus pour une telle âme, quoiqu’à l’extérieur elle paraisse toute commune, agissant et faisant comme les autres. 151

Quand l’âme a, ainsi que je l’ai dit, perdu et tout pouvoir propre et toute répugnance à être mue et agie selon la volonté du Seigneur, alors Il la fait agir comme Il veut sans choix des moyens : Il se communique par elle sans qu’il y ait en cela le moindre penchant de son côté. Il le fait vers qui Il lui plaît, quand et comme Il lui plaît. Si elle voulait se communiquer ou d’un autre côté que Dieu ne le fait ou dans un temps qu’Il ne la meut pas, cela serait entièrement inutile et dessécherait plutôt le cœur que de lui communiquer la vie. Mais quand Dieu la meut vers un cœur, à moins que ce cœur ne refusât lui-même la grâce que Dieu veut lui communiquer ou qu’il ne fût mal disposé par trop d’activité, il reçoit immanquablement une paix profonde et même quelquefois savoureuse, qui est la plus forte marque de la communication.

Mais, dira-t-on, comment est-ce que cette âme peut discerner quand et à qui Dieu veut qu’elle se communique? Cela se discerne parce que l’âme sent un surcroît de plénitude qu’elle sent bien n’être pas pour elle — Dieu la tenant à l’égard d’elle-même dans un vide presque toujours égal et dans un entier équilibre, et c’est ce qui fait qu’elle est plus propre à ce que Dieu veut —, elle sent, dis-je, une plénitude très forte qui même l’accablerait si elle ne trouvait personne. Mais Dieu dont la bonté est infinie ne lui donne cette plénitude que lorsqu’il y a des sujets plus ou moins disposés pour la recevoir. L’âme ne peut non plus ignorer pour qui Dieu la remplit de la sorte, parce qu’il penche son cœur du côté qu’il veut qu’elle se communique, comme on met un tuyau dans un jardin pour faire arroser l’endroit que l’on veut arroser et cet endroit-là seulement demeure arrosé. Quelquefois plusieurs personnes reçoivent dans le même temps l’écoulement de ces eaux de grâce, et cela à proportion que leur capacité est plus ou moins étendue, leur activité moindre et leur passiveté plus grande.152

Madame Guyon se livre le plus directement dans ses commentaires aux «Autorités» mystiques qu’elle invoque dans les Justifications assemblées avec Fénelon en 1694. Ses comparaisons sont très directes :

Comme on voit un fer touché de l’aimant attirer d’autres fers, aussi une âme en qui Dieu habite de la sorte, attire les autres âmes par une vertu secrète; de sorte qu’il suffit de l’approcher pour être mis en oraison et en recueillement. C’est ce qui fait que sitôt qu’on s’approche d’elle, on a plus envie de se taire que de parler, et Dieu se sert de ce moyen pour se communiquer aux âmes : marque de la pureté de ces unions et affections.153

De même que les âmes sales et impudiques communiquent cet air corrompu à qui les approchent : ainsi par un contraire effet une âme pure communique la pureté; et comme elle est pleine de grâce et sacrée de l’onction divine, elle communique cette grâce et cette onction à ceux qui l’approchent. Et comme elle n’est pleine que de Dieu, elle ne peut communiquer que Dieu. Comme elle est vide de soi, elle ne se communique plus elle-même, ni rien d’elle, mais l’image et la grâce son divin époux. D’où vient que le souvenir de ces personnes, bien loin d’imprimer leur image impure, porte d’abord à Dieu et recueille en lui; c’est la plus sûre marque que l’âme s’est quittée soi-même pour passer en Dieu, qu’elle est disparue elle-même, qu’elle ne vit plus elle, mais que son Dieu vit en elle; puisqu’elle ne donne plus d’autres espèces que celles dont elle est elle-même affectée.

Il faut remarquer de plus que ce n’est par aucun signe extérieur qu’elle recueille les autres, mais comme elle est arrivée dans le Centre, l’impression se fait par le dedans, comme si c’était Dieu même, sans qu’il en paraisse rien au-dehors; par ce que cette âme en sortant d’elle-même a outrepassé son propre fonds pour se perdre en Dieu au-delà d’elle-même : elle ne laisse donc aucune trace ni cette idée d’elle, mais de Dieu, son amour et sa vie.154

Elle ne se livre pas à des effusions mystiques personnelles, mais éclaire une communication qui s’élargit progressivement:

Dieu Se communique à toutes les créatures, mais il ne Se communique avec autant d’abondance que de délectation sinon dans les âmes bien anéanties, parce qu’elles ne résistent plus et que, Dieu étant Lui-même leur fond, Il Se reçoit Lui-même en Lui-même. De là vient que la communication que nous recevons de Dieu même au-dedans est d’autant plus sensible qu’elle est plus resserrée; et par la même raison, elle est d’autant plus insensible qu’elle est plus immense, car Dieu ne Se communique point autrement par Lui-même que par le néant, puisque c’est la même chose. [...]

Comme cette communication demeure mystérieuse pour nous tous, elle s’en remet aux exemples attestés dans l’écrit sacré155 :

La communication se fait par approche pour les âmes qui ne sont pas anéanties et par simple regard ou pensée pour celles qui le sont. Un exemple de ceci est en saint Jean Baptiste : les premières communications se firent par voie d’approche; et ce fut la raison pourquoi la Sainte Vierge demeura trois mois chez Sainte Élisabeth, après quoi Saint Jean n’eut plus besoin de s’approcher de Jésus-Christ dès qu’il fut fort. Aussi n’eut-il point d’empressement pour Le voir, quoique, lorsqu’ils s’approchèrent, il y eut encore un renouvellement de grâce.156

Il a soif : et de quoi, ô Divin Sauveur? De communiquer le don de Dieu : O si tu savais le don de Dieu, et qui est Celui qui te demande à boire, tu Lui en eusses demandé, et Il t’eût donné à boire une eau vive157. O c’est Lui-même! Pressé qu’Il est de cette même soif, ne crie-t-Il pas : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne, et des fleuves de paix couleront dans ses entrailles158, mais des fleuves qui montent jusqu’à la vie éternelle, c’est-à-dire qu’ils produisent l’effet de mettre l’âme en vie éternelle et qu’elle puisse recevoir les communications immenses de Dieu même.159

Le modèle primordial est le Christ lui-même qui crie «si quelqu’un a soif, qu’il vienne, et des fleuves de paix couleront dans ses entrailles» (Jean 7,37 – 38). Madame Guyon et ses proches pensent revivre l’expérience des Apôtres qui recevait directement la grâce du Christ et l’ont retransmise à leurs disciples. Elle affirme donc que la grâce peut passer par une personne humaine. Pour Bossuet et les juges, affirmer cela est impossible à tolérer et interprété comme une affirmation de soi!

En réalité pour elle, il ne s’agit en rien de la passation de pouvoir, de la réussite d’une personne, mais d’une fonction imposée par le divin. Tout le monde se moque de ses prétentions, d’autant plus qu’elle est une femme. Les mauvais traitements et la violence verbale des interrogatoires vont lui donner un moment de doute sur elle-même : elle se demande s’il ne faut pas obéir à l’autorité de l’Eglise incarnée par Bossuet. Puis c’est le tournant, elle se rend compte qu’elle ne peut pas nier sa propre expérience. Elle prend la décision de défendre son expérience. Bossuet va dès lors se heurter à un mur.

Une lettre adressée à Marie-Anne de Mortemart160 raconte comment elle est passée du règne du dogme à l’affirmation de l’expérience :

[...] Qu’un médecin veuille persuader à un malade qu’il ne souffre pas une certaine douleur dont il est fort travaillé, parce que lui, médecin, et d’autres ne la sentent pas, le malade qui sent toujours la même douleur, n’en est pas plus persuadé; tout ce dont il reste persuadé, après bien des raisonnements, est : ou que le médecin ne l’entend pas, ou qu’il ne sait pas expliquer son mal en des termes qui se puissent faire entendre. Il en est de même des expériences de l’intérieur. Je captive et soumets mon esprit pour croire que ce que je souffre ou expérimente n’est ni un tel bien ni un tel mal, et c’est ce qui est du domaine de la raison et de la foi; mais je ne suis pas maître de mes douleurs ni ne puis me persuader ni par la raison ni par la foi que je ne les sens pas, car je les sens véritablement. Tout ce que je puis faire donc, est de croire que je m’en exprime mal, qu’elles ne sont pas d’un tel ordre de certaines maladies, que je donne à ces [f ° 192v °] douleurs des noms qu’elles ne doivent pas avoir; mais de me convaincre que je ne les sens pas, cela est impossible : elles se font trop sentir. Je n’en sais ni la cause ni les définitions, mais je sais que je les endure. On me dit à cela que tels et tels les ont contrefaites, que d’autres se sont imaginées d’en avoir, etc., qu’enfin peu d’âmes ont ces douleurs, et que par conséquent je ne les ai pas. Je crois tout cela, mais je n’en puis croire la conclusion qui est que je ne les sens pas, parce que ce qu’on sent et souffre tombe sous l’expérience, demeure réel et ne peut être la matière de ma foi. Je croirai que des gens l’imaginent [que] d’autres contrefont, d’autres exagèrent leurs maux, d’autres abusent; je croirai encore que la tendresse que j’ai pour moi me fait exagérer mes maux, me leur fait donner un nom qu’ils n’ont pas; mais je ne croirai point, lorsque je les sens avec tant de violence, qu’ils soient imaginaires en moi, puisque je les souffre.

Je ne dirai donc pas, si vous voulez, que tels et tels sont intérieurs, je ne dirai pas que je le sois moi-même, mais je sais bien que j’ai fait un chemin où j’ai trouvé bons ces passages. Je ne dispute ni du nom des villes que j’ai trouvées en mon chemin, ni de leur situation, ni même de leur structure, mais il est certain que j’y ai passé. J’ai éprouvé telles et telles douleurs, telles et telles syncopes, je ne dispute ni de leur nom ni de leur origine, mais je sais que je les ai souffertes et n’en puis douter. Il me semble qu’on ne peut pas se dispenser, pour savoir la vérité, de soutenir la vérité de l’expérience intérieure, qui est réelle. Pour les noms, les termes, les dogmes qu’ils veulent introduire, plions et soumettons, mais dans le fait de l’expérience de bonnes et de saintes âmes161, peut-on dire, avec vérité ni même avec honneur le contraire? Et quand nous serions assez lâches pour le faire, l’expérience de tant de saintes âmes qui ont précédé, qui sont à présent et qui viendront après nous, ne rendrait-elle pas témoignage contre nous? Tout passe, la force, les préjugés, etc., mais la vérité demeure. [f ° 193] Il me paraît de conséquence de séparer ici le dogme, je ne sais si je dis bien, du fait de l’expérience.

Voilà délivré un texte fondamental à la modernité étonnante après lequel Madame Guyon ne retournera plus en arrière.

À sa mort, si nous ne savons pas qui lui a succédé162, notons que «la petite duchesse», destinataire du texte précédent, reçut la permission d’être en silence auprès des gens :

«… Cependant, lorsqu’elle veut être en silence avec vous, faites-le par petitesse et ne vous prévenez pas contre. Dieu pourrait accorder à votre petitesse ce qu’Il ne donnerait pas pour la personne. Lorsque Dieu s’est servi autrefois de moi pour ces sortes de choses, j’ai toujours cru qu’Il l’accordait à l’humilité et à la petitesse des autres plutôt qu’à moi…»163

Marie-Anne de Mortemart pouvait donc transmettre la grâce dans un cœur à cœur164. Par contre, c’est Madame de Grammont qui est nommée par des Écossais165 (et la même en réponse à la demande précédemment citée d’une demoiselle suisse). Nous avons donc le choix entre deux dames qui vécurent jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Coopéraient-elles et furent-elles aidées166? L’étude des filiations en France, écossaise, hollandaise, suisse et germanique (Fleischbein, Dutoit, etc.) ne fournit pas de figure mystiquement comparable à Guyon ou Fénelon 167. Peut-être le secret obligé fut-il trop bien gardé.

§

Je terminerai en énonçant ce que furent les conséquences du comportement de Madame Guyon :

Dans un siècle où la liberté n’est pas une norme, vivre sa vérité au milieu des pouvoirs, mais sans revendiquer de pouvoir, mène à des conflits avec les tenants de l’autorité. Son vécu mystique et sa fonction de transmission de la grâce ont amené Madame Guyon à accomplir trois «exploits» :

1) résister au pouvoir royal : Guyon a l’occasion d’introduire l’oraison à Saint-Cyr; elle a de l’influence sur les Grands et surtout sur Fénelon. Madame de Maintenon ne peut tolérer son intrusion à Saint-Cyr et déclenche la colère du roi. Prétexte : les idées quiétistes. Le roi s’inquiète, car à l’époque il n’y a pas de liberté de conscience et il a la mainmise sur les idées.

Il faut dire que Madame Guyon a amené la mystique dans un lieu inapproprié : la Cour de Louis XIV. Elle s’est trouvée mêlée à des problèmes de pouvoir de par son ascendant sur les Ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, sur Fénelon devenu précepteur du Dauphin, donnant ainsi beaucoup d’espoir au parti dévot. Cette entreprise était naïve puisqu’il s’agissait de vivre les valeurs de l’amour chrétien au milieu de la Cour, mais elle portait un espoir immense : mettre sur le trône du «Roi très Chrétien168» un dauphin qui aurait gouverné en incarnant ses valeurs.

2) résister au pouvoir religieux : les clercs se dissimulent derrière un débat d’idées à propos de l’oraison passive. En réalité, ils ne supportent pas d’être éliminés de la relation avec Dieu : la transmission directe de la grâce leur enlève leur statut d’intermédiaires entre Dieu et les chrétiens.

3) résister au pouvoir masculin : cette femme ose affirmer son expérience alors qu’elle est sous tutelle d’hommes qui savent mieux qu’elle ce qu’elle doit ressentir ou penser. Elle se bat en particulier pour avoir un confesseur qui la respecte.

En conclusion, son vécu mystique et sa fonction de transmission de la grâce ont amené Madame Guyon à accomplir trois choix évidents à notre époque, mais inacceptables au XVIIe siècle :

1) En tant que femme, elle a refusé le pouvoir masculin.

2) En tant qu’individu, elle a refusé le principe d’autorité en restant ferme dans sa liberté de conscience.

3) En tant que mystique, elle a établi le primat à l’expérience sur le dogme.

Voilà trois révolutions accomplies par une petite femme qui ne voulait qu’être plongée en Dieu.

ANNEXES

Liste de proches : réseau normand, puis parisien, enfin européen169 :

PREMIER NŒUD des proches de l’Ermitage de Caen :

Marie des Vallées (1590-1656), la «sainte de Coutances»

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) du TOR, «notre bon Père»

Jourdaine de Bernières (1596-1645), proche éditrice de son frère

Marie de l’Incarnation (1599-1672), apôtre du Canada

Jean Eudes (1601-1680), canonisé et fondateur des eudistes

Jean de Bernières (1602-1659), du Tiers Ordre séculier, créateur de l’Ermitage

Jean Aumont (1608-1689), «le vigneron de Montmorency» du TO

Gaston de Renty (1611-1649), ami de Bernières

Catherine de Bar (1614-1698), Annonciade puis «Mère du Saint-Sacrement», bénédictine fondatrice.

Louis-François d’Argentan (1615-1680), capucin, éditeur corédacteur du Chrétien intérieur.

Jacques Bertot (1620-1681) prêtre, confident de Bernières, discret «passeur mystique» de Caen à Montmartre, père spirituel de Madame Guyon.

François de Montmorency Laval (1623-1708), canonisé, premier évêque de Québec, fondateur d’un séminaire et du nouvel Ermitage.

Henri Boudon (1624-1702), du TO séculier (?), auteur abondant

Archange Enguerrand (1631-1699), récollet, «le bon franciscain» rencontré par la jeune madame Guyon.



DEUXIÈME NŒUD des proches de Mme Guyon et de Fénelon et de leurs disciples :

Des initiateurs et initiatrices :

Mère Geneviève Granger 1600-1674

Jacques Bertot 1620-1671

Archange Enguerrand 1631-1699

François Lacombe 1640-1715

Duchesse de Béthune-Charost [née Marie Fouquet] 1641?-1716

Jeanne-Marie Guyon 1647-1717



Des amis disciples «cis» :

François de Fénelon 1651-1715

Paul de Beauvillier 1648-1714 x Duchesse de Beauvillier 1655-1733 [née Colbert]

Charles-Honoré de Chevreuse 1656-1712 x Duchesse de Chevreuse, -1732 [née Colbert]

Marie-Anne de Mortemart 1665-1750 [née Colbert]

Isaac Dupuy apr.1737

Marquis de Fénelon 1688-1746

Marie-Christine de Noailles «la colombe» 1672-1748 x A. de Gramont comte de Guiche



Des amis disciples «trans» :

Pierre Poiret 1646-1719

Ramsay «chevalier» écossais 1686-1743

James 16th Lord Forbes 1689-1761 & Lord Deskford 1690-1764

Friedrich von Fleischbein baron de Pyrmont piétiste 1700-1774

Jean-Philippe Dutoit-Mambrini pasteur à Morges 1721-1793



L’Ecole du cœur, madame Guyon au centre d’une Filiation mystique

[tableau identique à celui d’Expériences IVa]











Traduction anglaise (Mme Sara Lewis)  :

100B.MADAME GUYON AT THE CENTRE OF A MYSTICAL TRANSMISSION

(42) Madame Guyon at the center of mystical transmission.odt



Dominique Tronc

Contribution by Dominique Tronc to 'Madame Guyon, Mystique et politique à la Cour de Versailles, à l’occasion du troisième centenaire de sa mort', (Madame Guyon, Mysticism and Politics at the Court of Versailles, to mark the three hundredth anniversary of her death University of Geneva, 23-25 November 2017

I examine here the notion that a mystical transmission was experienced by those living a devout life who gathered round M. Bertot and then Madame Guyon (and before them, round Fr. Chrysostome and then M. de Bernières). I do not aim to discuss the ideas which inspired the adepts of quietude, but to identify their particular experience on the basis of some of the texts available.

At the centre of a Transmission? A mystic does not live by relying on books, but by sharing the experience and the life of a human being who has already walked such a path. Madame Guyon embodied a mystical function and showed how to achieve it. This is particularly evident in the groups evoked here.

M. Bertot and Madame Guyon were not solitary geniuses. They were not formed in isolation, but by accomplished mystics of previous generations.170 They formed part of a tradition of Franciscan origin.171 Each generation acknowledged the authority of a spiritual father (or mother). The spiritual father (or mother) was always formed by his or her predecessor. They could be either clergy or lay, men or women. It was their mystical accomplishment which mattered. Power was not transmitted in the human sense of the term: this was not a monastic order which elected a prior(ess). No voting or discussion: this was a case of informal evidence. The best person formed his friends; on his death his successor, recognised as such for years, was the most accomplished person.

These transmissions of authority took place uninterruptedly during a century, through four generations. Below I cite some written traces linking the central mystical figures, before examining what took place between them and their associates.

The first of these figures was the Franciscan Chrysostome de Saint-Lô (1594 – 1646) of the Regular Third Order, director of the layman Jean de Bernières (1601 – 1659). Fr. Chrysostome launched the idea of establishing a meeting place where their friends could gather and seek to practise inner prayer. Jean de Bernières realised this idea. He described the state of mind which inspired visitors to the Hermitage at Caen as follows:

We live here in great repose, liberty, gaiety and obscurity, being unknown to the world and not knowing ourselves either. We go towards God without reflecting, and whether conditions are good or bad we try not to stop.172

Bernières and Mother Mectilde (1614-1698) who founded the Benedictines of the Blessed Sacrament published some of their "Father" Chrysostome's writings, which Mother Mectilde had obtained with great difficulty. They feature their questions and their director's replies.

Then in 1646 Bernières assumed the direction of his associates, including his friend Mectilde. Among others, he directed Mgr de Laval, the future bishop of Quebec, and Jacques Bertot (1620 – 1671).

The confessor and "mystical director" Bertot took the Norman tradition of the Hermitage to the convent of Montmartre. He impressed the Abbess173 and attracted members of the Court.174.

Several works reveal the ties which united Chrysostome, Bernières, Mectilde and Bertot.175 Mectilde wrote to Bernières:176

From the Hermitage of the Blessed Sacrament, 30 July 1645.

Sir,

Our good M. Bertot has left us joyfully to satisfy your orders, and we have let him go with pain. His absence has affected us, and I believe that Our Lord wishes us to be affected, since he has given us all so many graces by his means, and we can truthfully say that he has renewed all this poor little monastery and revived the grace of fervour and the desire of holy perfection in our minds. I cannot tell you the good he has done and how much we all needed his aid […], but I must warn you that he is very tired and needs rest and refreshment. He had to work hard here, speaking constantly, and made several journeys to Paris by coach in extremely hot weather. He never thinks of taking care of himself. But now he no longer lives for himself. God makes him live for us and for many others. So we are allowed to be concerned about his health, and to beg you to make him have a good rest. […]

One of the faithful, a young widow from Montargis, Madame Guyon, described her first meeting with M. Bertot :

I should say that the smallpox had so greatly damaged an eye that I was afraid I would lose it altogether, I asked to go to Paris to have it treated, although much less for that reason than to see M. B [ertot], whom M[other] G [ranger] had recently given me as director, and who was a man filled with light. I must recount how I had the good fortune to meet him for the first time. He had come for M [other] G [ranger]. She very much wanted me to see him; as soon as he arrived she let me know, but as I was in the country I could not find any means of going there. Suddenly my husband told me to go and stay overnight in town to seek something and give some orders. He should have sent me to seek it the next day, but those frightful St Matthew's winds came that night [storm recorded on 21 September 1671], so that the damage they caused prevented me from returning for three days. When I heard the force of that wind at night, I judged that it would be impossible for me to go to the Benedictines that day, and so I would not see M. Bertot. When it was time to go the wind suddenly calmed, and I received more good fortune which enabled me to see him a second time.177

But his direction was severe and for a while was not understood. Later, his "spiritual daughter" gathered his writings. Le directeur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion [...] was published in 1726.178 Its Foreword gives a brief summary of his life and testimony to the fidelity of his disciples:

«Monsieur Bertot born in Coutances a great friend of Jean [5] de Bernières acted as a director of souls in several communities of Nuns [and directed] several persons occupying important positions both at Court and in the war. He continued this practice until providence appointed him to direct the Benedictine Nuns of the Abbey of Montmartre near Paris, in which employment he remained for about twelve years [6] until his death at the beginning of March 1681 after a long wasting disease. [7] [He was] buried in the Church of Montmartre, at the right side on entering. Some persons have always preserved such great respect [that they] often went to his tomb to offer their prayers.179

Madame Guyon referred to his authority until the end of her life:

«I am sending you a letter from a great servant of God who died several years ago. He was a friend of Monsieur de Bernières, and he was my Director in my youth.»180

Moreover, she had made typically Franciscan secret vows:

«In that place [at Gex] I made five vows. The first, of chastity, which I had already made as soon as I became a widow, that of poverty, which is why I gave up all my possessions, I have never confided that to anyone. The third, to blindly obey all external events or what my superiors or directors indicated for me, and within, to depend totally on grace. The fourth, inviolable attachment to holy Church. The fifth was a special cult, more inner than external of the childhood of Jesus Christ.»181

This concludes my glimpse of the links between Chrysostome, Bernières, Bertot and Guyon. Only rare written indications have reached us because no human choice was involved. In their writings mystics are reluctant, except in passing, to refer to the authority of a direction which must be inner.

Moreover, the "external' environment throughout the century was hostile to mystics,182 starting with the "objections" raised by Parisian academics at Rouen on reading the third party of the Reigle by the Franciscan Capuchin mystic Canfield which appeared in 1609.183

As for Mectilde, she had much difficulty in recovering Chrysostome's writings from his brethren in the Regular Third Order.

«I try every chance and means to obtain some of those so worthy writings, but the effort is a waste of time. The Provincial and the others have decreed and protested that they will never let those writings out of their hands unless they are corrected in a way which matches their opinions, and they say they are completely full of errors184

«I am much afraid they may be burned, for they are in the hands of his persecutors.»185

She gave a glimpse of the low regard in which Fr. Chrysostome was held by those "responsible" for him» :

«Holy abjection accompanied him in life and death, and even after death he has remained abject in the opinions of some members of the order. Brother Jean [Aumont] told me this and says that to respect four or five of them, his memory must not be evoked in their house [...]  

Later, in the fatal year 1694 when Madame Guyon's descent into hell began, Fr. Paulin, leader of that same Regular Third Order, made a "lukewarm" statement on Madame Guyon.186

It is not surprising that the quietists learned to become prudent. That is why we do not know who succeeded their leader after 1717. Nevertheless, the notion of transmission remained alive in the eighteenth century. If mystical intensity often seemed to disappear, people influenced by Madame Guyon retained the idea of a possible succession and the importance of having a spiritual director. A young Swiss lady asked who had succeeded Madame Guyon :

«M. de Marçais told me that a lady living a devout life in Switzerland, whose name I have forgotten, written to France to enquire whether Madame Guyon had left [93] a successor in the apostolic state who might assist other persons living a devout life. After writing to a number of places, she was finally informed that there was indeed such a person, that is, the Duchess of Grammont; but that externally she stayed well hidden, owing to the great number of enemies who persecuted the inner life. This was why she was only known to other persons following a devout life. The letters were written several years after 1720.»187

A document bears witness to the Bernières-Bertot-Guyon transmission as perceived at the end of the Age of Enlightenment. It concerns Jean-Philippe Dutoit (1721-1793). This pastor from Morges near Lausanne, the second publisher of Madame Guyon's works after Pierre Poiret, had a certain influence. He had links with Count Frédéric de Fleischbein (1700-1774), whose wife Pétronille of Echweiler (1682-1740) spent a short time in Blois, Madame Guyon's retreat after her release from the Bastille.188 The document is the report of a seizure carried out for the Calvinists of Berne by their representative in Lausanne:189 :

«6 January 1769. We David Jenner, formerly colonel in Holland, currently bailiff of Lausanne, in the name and on behalf of Their Excellencies our Sovereign Lords of the city and republic of Berne, make known that as a result of the orders which we received from Their Excellencies of the Senate, to take away from the Rev. Dutoit de Moudon all his papers, writings and books, make an inventory of them and then arrange for their despatch [...]

After being informed of the orders received, the Rev. Dutoit first indicated that it was his firm intention to obey them in full submission and sincerity, as shown by the following inventory :

Madame Guyon's Bible and several of her works, but not all.

Monsieur de Bernières, i.e. the Chrétien Intérieur.

La Théologie du Cœur [by Poiret].

The Mystical Director by Monsieur Bertot.

The list ended with three "classics", Teresa, Luther and the Imitation;190 with Dutoit Declaring in good faith that he knows of no other mystical or ascetic book here.»

I have now established some internal links and suggested a delicate outside situation. The (re)discovery191 of a transmission whose backbone passed from the Franciscan Chrysostome de Saint-Lô to M. de Bernières, then M. Bertot, and finally Madame Guyon, is confirmed by the late evidence quoted above.

There were two main links: the friends of the Hermitage at Caen preceded and gave birth to the Parisian quietist circle led by M. Bertot and taken over by Madame Guyon and Fénelon. In addition to confirming a transmission, I understood quite quickly that its axis must be situated in a network of friends and the branches of the tree re-discovered. For some I have drawn up dossiers of sources.192 Men and women benefiting from a lineage leading from older to younger gathered with their mystical contemporaries from the same generation.

For nearly two centuries, about a hundred mystical figures managed through some precious «chemical reaction» to exert an influence and share their energy. The transmission became a tree with thick foliage, and even links to neighbouring trees.193 In the Annex the «List of relations: Norman, then Parisian and finally European networks» gives a «transversalview » absent from the «longitudinal» chronological presentation. Two diagrams with comments follow, showing the transmission visually with support from the sources.

§

We now come to the actual experience. Every spiritual father or mother is an object of veneration and absolute fidelity. In Madame Guyon's case this is clear, although it would have been in the interests of those close to her to abandon her. While she had to face power and prison, Fénelon scuppered his career at the Court, and the great Beauvilliers and Chevreuse families discreetly defended her. Only an extraordinary influence makes it possible to explain the attraction and then the fidelity of her friends during twenty years (from the Issy trial in 1694 to the death of the Dukes in 1712/1714). It is what Madame Guyon experienced when she affirmed that grace passed through her person to someone who came to see her. So this group had a specific quality more exceptional than a social organisation around a spiritual leader. What was it? The phenomenon was reproduced in each generation. This is what those who heard Chrysostome speak of God experienced:

When he spoke [of the Saviour], it was with ardours which lit the divine fire on all sides; particularly when he gave conferences on the annihilation of a God in the mystery of the Incarnation, he seemed as if completely overcome beneath the great lights which he received, and which he communicated [emphasis added] with extraordinary effects of grace […]194

Bernières' fidelity to his spiritual father was also unshakeable, as shown by the emotion expressed in a letter to Mother Mectilde:

«It would be a great consolation for me if [] we could speak of what we have heard our good Father say [] since God has united us so closely as to make us children of the same Father […]Do you know that just his memory places my soul in the presence of God?»195

They began to become aware of the sharing of grace by Bernières when his friends prayed together at the Hermitage :

Farewell, my very dear sister, MM de Bernières and de Rocquelay greet you; they are doing wonders in their hermitage: sometimes there are more than fifteen hermits; they often ask for news of you. If our good Mother Prioress wished to write to M. de Bernières about her states of mind, she would be consoled for them, for God gives him prodigious light on the state of blessed and perfect annihilation.196

Bernières noted how active grace was among them. He used the verb «communicate» :

I clearly know that the Hermitage is established by order from God, and our good Father did not have it built by change. The grace of inner prayer is communicated easily there to those who dwell there, and one cannot say how this is done, except that God does it.197

Boudon (1624-1702) testified:

He was consulted not only by laymen, but by the clergy and monastics. A great number of the latter have made retreats in his house with the permission of their superior […] It was admirable to see the change observed in persons who had special relations with him.198

Bernières waited for inspiration from the Spirit before speaking :

His words were full of a divine force and won hearts to God. After informing him one day about some faults committed by a person in his employment, I noticed that for quite some time he said nothing about it to him; and after that I admired him because although he used very few words to make that person see his faults, saying almost nothing to him, so to speak, that person was as if suddenly struck down by the weight of the few words [Bernières] had said to him, and corrected those faults. I saw clearly that it was not through any negligence, but for a movement of the spirit of God acting in him, that he had waited to warn him. If he had spoken earlier he would have done so as a man, and his advice would not have the effects which resulted. 199

Bertot marks the passage to a second degree in the diffusion of grace, as he boldly stated that his prayer could make others share his mystical states while he said Mass. He did not merely influence; he carried others in his prayer and shared his mystical states with them.

«Let us remain thus, I wish to remain there with you and I will begin today in the holy mass. I am sure that if I am once raised up at the altar, that is to say if I enter into that divine unity [249], I will draw you to it,200 you and many others who are merely waiting. And all together, being one in feeling, in thought, in love, in conduct and in mood, we will fall happily into God alone, united with His Unity, or rather being one sole unity in Him alone, by Him and for Him. Farewell in God.» 201

He invited Mme Guyon to transform their relationship into moments of silence when he could communicate grace from heart to heart, and taught her how to favour this:

[240] «Since you wish me to call you my Daughter, which you are indeed before God who has so decided, you will allow me to treat you as such by giving you what I value most, which is a profound silence. Thus, when perhaps you think I might have forgotten you, it will be so that I can think most about your perfection. But I will always speak very little to you; I believe that the time to speak to you is over, and the time to converse with you in peace and silence has arrived.202

After his death early in 1681, Madame Guyon made her own discoveries and began to analyse what took place during her transmissions. So far as we know these writings are unique, for while this charisma is well-known outside [Western] Christianity, among the Sufis, in India and in Orthodoxy (Saint Seraphim of Sarov), it is less well-known in the Catholic world centred around Jesus as the sole mediator, grace being transmitted by him and with the sacraments compensating for his physical absence.

Perhaps Madame Guyon had experienced transmission with Bishop Ripa, who was close to Cardinal Petrucci, as some Italian quietists probably practised it with Molinos.

On her return to France she received a crowd of visitors at Grenoble. This was when the ecclesiastical authorities began to find that she was trespassing on their territory, and that they needed to get rid of her. This was her first brush with power. To oppose her the authorities used the pretext of a conflict over ideas (on passive inner prayer).

She returned to Paris, where she alternated between successes and ordeals. She took over Bertot's circle and developed friendships which withstood everything, with the Dukes and Duchesses of Chevreuse and Beauvilliers, Fénelon, etc. For them, it was evident that Madame Guyon transmitted grace. Once felt, that experience could not be denied. If someone went to see Madame Guyon and sat beside her in silence, it was to experience the divine presence; she transmitted the mystical experience to others without any asceticism or effort. It all happened simply, sometimes with joking between "Michaelites" -- did not St. Francis of Assisi particularly appreciate St. Michael?

My good father [of Béthune-Charost], have a seal made for me with Saint Michael trampling on the dragon — this is necessary and mysterious — otherwise you will lose your post. Little Cecile will be in charge of the bouquets for the Michaelites' chapel, she must cut off the Baraquin's [the Devil's] right ear. The dog must bite his left ear and Sister Ursula crush the end of his tail. All the other children together will crush his body. S B [Fénelon], another and I will crush his head. Do you not see P [ut] [Dupuy] who wants to step on his paw, but is afraid of hurting him and only touches a nail? [...] Do you not see Dom Al [leaume] who has lost his collar in the struggle, the good marquis who is cutting off one of his rear paws with his sword? The Good [Beauvillier] solemnly holds one of his horns,but he does not want to be disturbed, he holds himself very stiffly.. The Tut [or] [Chevreuse] holds the middle horn and covers his eyes as best he can. See the senior d [uchess] who is trembling with fear, but she still puts one foot on his hindquarters. See from the other side a scatterbrained little d [uchess] who wanted to jump on him with both feet joined; she would have had a fine fall if our patron [St Michael] had not supported her from behind. Come on, courage, go up little by little!203

We have the account of what happened afterwards at Blois, twenty years later. Together with fully ecumenical open-mindedness, the «lady directress» had reached ultimate simplicity:

She lived with those English [Scots] like a mother with her children. […] They often argued [over politics: the first Scottish Jacobite rising took place in 1715], and quarrelled; on those occasions she brought them round with her gentleness and urged them to give way; she did not forbid them any lawful amusement, and when they amused themselves in her presence and asked her opinion, she answered: «Yes, my children, as you wish». Then they amused themselves with their games, and during that time this great saint remained plunged and lost in God. Soon these games became insipid to them, and they felt such an inner attraction that they left everything and remained inwardly recollected with her in the presence of God.

When the Blessed Sacrament was brought to her, they remained gathered in her apartment, and when the priest arrived, hidden behind the bed curtain, which was carefully closed so they would not be seen because they were Protestants, they knelt down [43] and were in a deep and delectable state of recollection, each according to the degree of his progress, often also in sufferings relating to their state. 204

This was the central experience which was the foundation of the link between Madame Guyon and her disciples : they were attached to someone who gave out grace. This was so in her case, but we have seen it with Chrysostome, then Bernières, then Bertot: in other words, in each generation there appeared a saint through whom the divine presence was experienced. This is what decided the succession in each generation. This is what explains the veneration and fidelity of their followers.

There was one condition for the transmission to take place: the mystic must be in the "apostolic" state (in a state identical to that of the first Apostles), i.e. so empty that one became a passage for grace: no personal power, God did as he wished. It was not an achievement by a human being, but a function which someone did not assume voluntarily:

It is an abuse in the spiritual life, and which slips in even from its start, to want to work for others at the wrong time. And only a false fervour makes one set out to use one's own power to aid them before having received the mission to do so. Some people believe they are capable of leading on the path of the saints when they have not started on it properly themselves, and by wishing to share with others graces they have been given only for themselves, they lose the fruit themselves and cannot aid others with them. One must not seek to aid one's neighbour, no matter how much one wishes to do so, if one does not have experience of divine matters and a vocation. One must first be established in the inner life.205

One must also be appointed by the spiritual mother or father. Madame Guyon wrote to Fénelon that she had received her "spirit of direction" from Bertot» :

It came to my mind this morning that as M. B [ertot], when dying, left me his spirit of direction for his children, neither those who have strayed nor those who have stayed faithful will have that spirit communicated to them except by me, but in union with you. For God makes me be one and indivisible with you, and when all the reservations from you to me have been removed, you will discover a union of divine unity which will charm you. There are several teachers, but there is only one father in Christ,206 and the father in Christ uses [137 r °] not only the force of his speech, but the substance of his soul, which is no other than that central communication of the Word which the Father of spirits alone can communicate to His children, and as that communication by the Word in the soul is the operation of the divine paternity and the mark of adoption of his children, it is also the proof of the spiritual paternity which communicates to all in substance what they need, without knowing how this is done.

There are some persons who, because of their imperfect state, feel [137 v °] this communication better, because it is always in accordance with the subject who receives it, and not with the one who communicates it. It is the same with all the gifts of the Lord : they are [all the more] sensitive or spiritual when the recipient is more sensitive or spiritual. All receive this communication, although all do not feel it equally. [...]207

She associated herself with Fénelon, whom she regarded as her successor in that function. Fénelon was her dearest disciple, and one day when she was ill and thought she was dying, she wrote to him to bequeath to him the direction of their spiritual group and the possibility of transmitting grace :

«I leave you the spirit of direction which God has given me.»208

This succession never took place, as Fénelon died in January 1715, before her (June 1717).

Fénelon held meetings with his mystic friends at Cambrai. He reported that he sensed Madame Guyon's presence at them. In other words, in union with Madame Guyon. Fénelon shared his mystical state with his visitor:

I feel a very great desire to be silent and to speak with Ma.209 It seems to me that her soul enters mine and that we two are just one with you in God. Quite often in the evening we are together like little children, and you are there too [f ° 19v °] although you are far away from us.210

He confirmed the explanation given by Madame Guyon concerning Matthew 18, 20:

«They speak more from the heart than from the mouth; and the distance between them in no way prevents that inner conversation. God ordinarily unites two or three persons of that sort in so great a unity that they find themselves lost in God until they can no longer distinguish between them […]

These unions have yet another quality, which is that they in no way cause embarrassment or take control, the mind remaining as free and as empty of images as if they did not exist.211 […]

God also makes unions of relationships, binding certain souls to others as if to their parents in grace [...]»212

Madame Guyon saw herself as a channel acting as a passage for grace, with no will of her own, without any personal intention, in total «passiveness», in extreme submission to God:

«When the soul has lost both all her own power and all reluctance to be moved and acted upon according to the Lord's will, then He makes her act as He wishes [] When God moves her towards a heart, unless that heart itself refuses the grace which God wishes to communicate to it, or is ill prepared through too much activity, it unfailingly receives a profound peace […] Sometimes several persons receive the outpouring of these waters of grace at the same time. 213»

She insisted on the fact that there was no personal power [involved], that only an annihilated soul could allow the passage of grace:

You have asked me how the union of the heart takes place. I will tell you that when the soul is entirely freed from all penchants, all inclinations and all natural friendship, God moves the heart as He pleases; and seizing the soul through a stronger contemplation, He makes the heart incline towards someone. If that person is prepared, he or she too must experience a sort of inner contemplation, and something which influences the heart [...] This in no way depends on our will: but God alone operates it in the soul, as and when He pleases, and often when it is least in one's thoughts. All our efforts could not give us that state of mind; on the contrary, our activity would only serve to prevent it.214

We have direct testimony from Madame Guyon, who was the first to analyse what happens during that transmission. It only takes place if the person has attained the apostolic state:

Her own salvation does not visibly concern her, and neither does that of others. Nevertheless, she is engaged in it and working for it through Providence. Sometimes God impels her to strongly desire the salvation and perfection of certain souls, so that she would give her life to make them comply with the full extent of God's intentions for them - but without care or anxiety, without contributing anything of her own, serving purely as an instrument in the hands of God, who gives whatever inclination and activity He pleases, but an activity in perfect repose, without parting from Him, without any personal inclination, although sometimes the inclination may be infinite: for the soul which has arrived at complete detachment and is fit to be poured out into God, being plunged there, is like flowing water which cannot be fixed but flows ceaselessly according to the slope given to it.

She understands that she participates in God's communicable quality, and that she lives and subsists solely to pour it out. The more it flows, the fuller she is, not with her own fullness, but with the fullness of God in Him which is communicated to all beings and draws along with it those He has plunged into Himself. It is He who gives her all her inclinations. However, this is done without paying attention to them, thinking of them or worrying about whether they will succeed: everything could perish and be overthrown without affecting her soul, though this does not prevent her from sharing the good or bad fortune of the souls who are united with her to receive her communications. It is like a river which flows pleasantly when it is given passage, but rises effortfully against itself when its passage is blocked. [...] One no longer knows who or what are relatives, friends, possessions, children, interests, honour, health, life, salvation, glory, eternity: none of that exists any longer for such a soul, although from the outside she seems quite ordinary, acting and doing like others. 215

When the soul has lost both all her own power and all reluctance to be moved and acted upon according to the Lord's will, then He makes her act as He wishes without choosing her methods. He communicates through her without the slightest inclination on her part.[…] He communicates with whoever He pleases, as and when he pleases. If she wished to communicate herself, or communicate in a direction not chosen by God, at a time when God did not so move her, this would be entirely useless and would dry up the heart rather than transmitting life to it. But When God moves her towards a heart, unless that heart itself refuses the grace which God wishes to communicate to it, or is ill prepared through too much activity, it unfailingly receives a profound and sometimes even delectable, which is the strongest sign of communication. [...]

But one may say, how can that soul discern when and to whom God wishes her to communicate? It is discerned because the soul feels an excess of fullness and clearly senses that it is not for her — for with regard to herself God almost always keeps her in emptiness and complete equilibrium, and this makes her fitter for what God wishes —, as I said, she feels a very strong fullness which would even overwhelm her if she found no one. But God whose goodness is infinite only gives her that fullness when there are subjects more or less prepared to receive it. Nor can the soul be unaware for whom God fills her in this way, because He inclines her heart in the direction where He wants her to communicate, as we place a hosepipe in a garden to water the spot we wish to water, and only that spot is watered. Sometimes several persons receive the outpouring of these waters of grace at the same time, in proportion to their greater or lesser capacity and whether they are less active and more passive.216

Madame Guyon expressed herself most directly in her commentaries on the mystical "Authorities" she evoked in the Justifications collected with Fénelon in 1694. Her comparisons were very direct:

As iron touched by a magnet is seen to attract iron, so a soul in whom God dwells in this way attracts other souls by a secret virtue; so that it is sufficient to approach her in order to be placed in inner prayer and recollection. This is why as soon as one approaches her, one desires to be silent rather than to speak, and God makes use of that means to communicate with souls: a sign of the purity of these unions and affections.217

Just as soiled and shameless souls communicate that corrupted air to those who approach them: similarly, by a contrary effect a pure soul communicates purity; and as she is full of grace and anointed with the divine ointment, she communicates that grace and that ointment to those who approach her. And as she is full only of God, she can only communicate God. As she is empty of herself, she no longer communicates herself or anything of hers, but the image and the grace of her divine spouse. This is why remembering these persons, far from calling up their impure image, turns first to God and contemplates in Him; this is the surest sign that the soul has left herself to pass into God, that she herself has disappeared, that she herself no longer lives, but her God lives in her; since she no longer gives anything but what affects herself.

It should also be noted that she does not draw others by any external sign, but as she has arrived at the Centre, the impression is made from within, as if it were God himself, without anything appearing externally; as by leaving herself behind, that soul has gone beyond her own being to lose herself in God beyond herself: so she leaves behind no trace or idea of herself, but only of God, His love and His life. 218

She did not express personal mystical effusions, but clarified a communication which progressively grew:

God communicates Himself to all creatures, but He does not communicate Himself with as much abundance and delectation except in fully annihilated souls, because they no longer resist, and as God himself is their basis, He receives Himself in Himself. This is why the communication we receive from God, even within, is felt more easily when it is narrower; and for the same reason, it is less easy to sense when it is more immense, for God does not communicate Himself by Himself except through nothingness, since that is the same thing. [...]

As this communication remains mysterious for all of us, she turned to examples recorded in the scriptures:219 

For souls who are not annihilated communication takes place through an approach, but for those who are it is by a simple look or thought. St John the Baptist is an example of this: the first communications took place by means of an approach: and this was why the Blessed Virgin remained three months with Saint Elizabeth, after which St. John no longer needed to approach Jesus Christ once he was strong. Thus he was not in a hurry to see Him, though when they met there was again a renewal of grace.220

He thirsts: and for what, O Divine Saviour? To communicate the gift of God. Oh, if you knew the gift of God, and who He is who asks you for a drink, you would have asked Him, and he would have given you living water to drink.221 Oh, it is Himself! Driven as He is by that same thirst, does He not cry: If someone is thirsty, let him come, and rivers of peace will flow within him,222 but rivers which mount up to eternal life, that is to say that they produce the effect of placing the soul in eternal life so that she may receive the immense communications of God Himself.223

The primordial model is Christ himself, who cries «if someone is thirsty, let him come, and rivers of peace will flow within him» (John 7,37 – 38). Madame Guyon and those close to her thought they were re-living the experience of the Apostles, who received the grace of Christ directly and re-transmitted it to their disciples. She therefore affirmed that grace can pass through a human being. For Bossuet and her judges it was impossible to tolerate that affirmation, which they interpreted as self-affirmation!

In fact, for her this had nothing to do with the transmitting of a person's power or personal success, but with the transmitting of a divinely imposed function. Everyone mocked her claims, all the more so because she was a woman. Ill-treatment and the verbal violence of her interrogations led her to doubt herself for a moment; she asked herself whether she should not obey the authority of the Church embodied in Bossuet. Then came the turning-point; she realised she could not deny her own experience. From then on Bossuet was up against a wall.

A letter addressed to Marie-Anne de Mortemart224 described how she had passed from the realm of dogma to the affirmation of experience:

[...] If a doctor wishes to persuade a sick person that he does not suffer from a certain pain which greatly troubles him, because he, the doctor, and others do not feel it, the sick person, who still feels the same pain, still remains unconvinced; after much arguing he is convinced only that either the doctor does not understand him or that he does not know how to explain his illness in terms which can be understood. It is the same with inner experiences. I imprison and submit my mind in order to believe that what I suffer or experience is neither such a good nor such an evil, and belongs in the sphere of reason and faith; but I am not the master of my pains and cannot persuade myself by either reason or faith that I do not feel them, for I truly do feel them. So all I can do is believe that I express them badly, that they are not of the order of certain illnesses, that I give these [f ° 192v °] pains names they ought not to have; but to convince myself that I do not feel them is impossible; they make themselves felt all too much. I know neither their cause nor their definitions, but I know I endure them. I am told that some have pretended to have them, that others have imagined they had them, etc., that after all few souls have these pains and consequently I do not have them. I believe all that, but I cannot believe the resulting conclusion, which is that I do not feel them, because what one feels and suffers forms part of experience, remains real and cannot be matter for my faith. I will believe that some imagine them, others pretend to have them, others exaggerate their ills, that others misuse them; I will also believe that my fondness for myself makes me exaggerate my ills, makes me give them a name they do not have; but when I feel them in me with such violence I will not believe that they are imaginary, since I suffer from them.

If you wish, I will not say that certain persons live a devout life, I will not say that I do myself, but I know well that I have followed a way on which I found these passages good. I do not argue about the names of the towns I met on my way, their location or even their structure, but it is certain that I passed through them. I have experienced certain pains or fainting fits, I dispute neither their name nor their origin, but I know I suffered them and cannot doubt that. It seems to me that to know the truth, one cannot avoid maintaining the truth of the inner experience, which is real. For the names, the terms, the dogmas they want to introduce,we may give way and submit, but regarding the factual experience of good and holy souls,225 can one say the contrary with truth or even honour? And if we were so cowardly as to do so, would not the experience of so many holy souls who have preceded us, are alive now and will come after us give testimony against us? Everything passes, force, prejudices, etc., but the truth remains. [f ° 193] It seems important to me to separate the dogma, I do not know if that is how to put it, from the fact of experience.

Here Madame Guyon produces a fundamental and astonishingly modern text, after which she no longer backed down.

Although we do not know who succeeded her after her death,226 we may note that the «little duchess», the recipient of the above text, received permission to be silent when with other people:

« However, when she wishes to be in silence with you, do it through your littleness and do not prevent it. God could grant to your littleness what He would not give for the person. When God made use of me in the past for this sort of thing, I always believed He granted it to the humility and littleness of others rather than to me…»227

So Marie-Anne de Mortemart could transmit grace from heart to heart.228 On the other hand, it was Madame de Grammont who was named by the Scots229 (and also in reply to the request from a young Swiss lady referred to above). Thus we have a choice between two ladies who lived until the middle of the eighteenth century. Did they cooperate, and were they assisted?230The study of Scottish, Dutch, Swiss and Germanic transmissions in France (Fleischbein, Dutoit, etc.) does not reveal a figure mystically comparable to Guyon or Fénelon.231 Perhaps the obligatory secret was too well kept.

§

I will end by noting the consequences of Madame Guyon's behaviour:

In a century where freedom was not the norm, living one's personal truth in the midst of the authorities, but without claiming authority, led to conflicts with the holders of authority. Madame Guyon's mystical experience and function of transmitting grace led her to perform three «exploits» :

1) resisting the royal power: Guyon had the opportunity to introduce inner prayer to Saint-Cyr; she influenced leading aristocrats and, above all, Fénelon. Madame de Maintenon could not tolerate her intrusion in Saint-Cyr, and provoked the king's anger. Pretext: quietist ideas. This worried the king, since at that time freedom of conscience did not exist and he had a stranglehold on ideas.

It must be said that Madame Guyon had taken mysticism into an inappropriate place: the Court of Louis XIV. She found herself involved in problems of power through her influence over the Dukes of Chevreuse and Beauvilliers and over Fénelon who had become the Dauphin's tutor, thus giving the devout party much hope. This undertaking was naive, as it meant practising the values of Christian love in the midst of the Court, but it carried the immense hope of placing on the throne of the 'most Christian King"232 a dauphin whose rule would have embodied its values.

2) resisting the power of official religion: the clergy hid behind a debate of ideas concerning passive inner prayer. In fact they did not accept being eliminated from relations with God: the direct transmission of grace deprived them of their status as intermediaries between God and Christians.

3) resisting the authority of men: this woman dared to affirm her experience, although she was under the sway of men who knew better than her what she should feel or think. She fought especially to have a confessor who respected her.

In conclusion, her mystical experience and her function of transmitting grace led Madame Guyon to accomplish three choices which seem obvious nowadays, but were unacceptable in the seventeenth century :

1) As a woman, she refused masculine authority.

2) As an individual, she refused the principle of authority by staying firm in her freedom of conscience.

3) As a mystic, she established the primacy of experience over dogma.

Three revolutions achieved by a little woman who wanted only to be plunged in God.



ANNEXES

List of contacts: Norman, then Parisian and finally European networks:233 

FIRST GROUP of those close to the Hermitage of Caen :

Marie des Vallées (1590-1656), the «saint of Coutances»

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) member of the Regular Third Order, «our good Father»

Jourdaine de Bernières (1596-1645), who published her brother's writings

Marie de l’Incarnation (1599-1672), apostle of Canada

Jean Eudes (1601-1680), canonised and founder of the Eudists

Jean de Bernières (1602-1659), member of the Secular Third Order, creator of the Hermitage

Jean Aumont (1608-1689), «the winegrower of Montmorency» member of the Third Order

Gaston de Renty (1611-1649), friend of Bernières

Catherine de Bar (1614-1698), Annonciade then « Mother of the Blessed Sacrament», founder of a Benedictine order.

Louis-François d’Argentan (1615-1680), Capuchin, publisher and co-editor of the Chrétien Intérieur.

Jacques Bertot (1620-1681) priest, confidant of Bernières, discreet «mystical transmitter» from Caen to Montmartre, Madame Guyon's spiritual father.

François de Montmorency Laval (1623-1708), canonised, first bishop of Quebec, founder of a seminary and a new Hermitage.

Henri Boudon (1624-1702), of the Secular Third O (?), a prolific author

Archange Enguerrand (1631-1699), Recollect, the "good Franciscan" met by the young Madame Guyon.

SECOND GROUP of those close to Mme Guyon and Fénelon, and their disciples :

Initiators (men and women) :

Mother Geneviève Granger 1600-1674

Jacques Bertot 1620-1671

Archange Enguerrand 1631-1699

François Lacombe 1640-1715

Duchess of Béthune-Charost [née Marie Fouquet] 1641?-1716

Jeanne-Marie Guyon 1647-1717



Disciple friends «at home» :

François de Fénelon 1651-1715

Paul de Beauvillier 1648-1714 x Duchess de Beauvillier 1655-1733 [née Colbert]

Charles-Honoré de Chevreuse 1656-1712 x Duchess de Chevreuse, -1732 [née Colbert]

Marie-Anne de Mortemart 1665-1750 [née Colbert]

Isaac Dupuy after.1737

Marquis de Fénelon 1688-1746

Marie-Christine de Noailles «the dove» 1672-1748 x A. de Gramont, Count of Guiche



Disciple friends «abroad» :

Pierre Poiret 1646-1719

Chevalier Ramsay (Scottish) 1686-1743

James 16th Lord Forbes 1689-1761 and Lord Deskford 1690-1764

Friedrich von Fleischbein, Baron of Pyrmont, Pietist 1700-1774

Jean-Philippe Dutoit-Mambrini, pastor at Morges 1721-1793



Madame Guyon at the centre of a mystical transmission (diagrams with comments and sources)

L’Ecole du cœur, madame Guyon au centre d’une Filiation mystique


Commentaries and Sources :

Commentary :

The first diagram shows the founding figures around whom numerous devotees gathered in "Schools of the Heart". Three branches of a "spiritual delta" formed, starting from a first "group" led by Jean de Bernières under the direction of « our good Father Chrysostome » :

--A second Hermitage was founded in Quebec by Mgr de Laval.

-- The Circle of Quietude created by M. Bertot at Montmartre was taken over by Madame Guyon.

-- The Benedictines of the Blessed Sacrament were the 'daughters’ of Mother Mectilde.

Madame Guyon took over the Circle of Quietude.

The second diagram shows the European influence in four columns.234 Disciples « at home » et « abroad » [in other countries] are laid out vertically by date and horizontally according to four geographical regions. Cross-relations are omitted. For couples or brothers, the dates of death are separated by ‘&’.



I realised that it was necessary to locate this transmission and support it by possible recourse to the mystical texts produced by devotees in these networks of friends. Texts in relation with the writings of Madame Guyon are available in two collections: «Sources mystiques» (published by the «Centre Jean-de-la-Croix») and «Chemins mystiques» (online Internet purchase via the printer http://lulu.com, search key  Dominique Tronc). Consult the site http://www.cheminsmystiques.com and the references in the communication, including in chronological order :

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), of the Third Order of Saint Francis of Assisi, Founder of the School of Pure love

Jean de Bernières, Œuvres mystiques I Chrétiens [Sources mystiques] & II Correspondence [forthcoming]

The Friends of the Hermitages of Caen & Quebec [v. DT]

The Mystical Friendships of Mother Mectilde of the Blessed Sacrament 1614-1698

Jacques Bertot mystical director [for available examples, v. DT]

Archange Enguerrand (1631-1699), Franciscan Recollect director and 'Good monastic' according to Madame Guyon

François Lacombe (1640-1715), Life, Works, Ordeals of Madame Guyon's Father Confessor

Memoirs de Saint-Simon concerning Fénelon, Madame Guyon and their associates

Marie-Anne de Mortemart (1665-1750) The "little duchess" [...]

Schools of the Heart in the Age of Enlightenment, Disciples of Madame Guyon & Influences

Expériences mystiques en Occident IV. Une École du Cœur [forthcoming]

33.JEAN-CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ (1594-1646)

(43) Chrysostome 18 avril antidoté.docx



Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), Du Tiers Ordre de Saint François d’Assise, Fondateur de l’Ecole du Pur Amour. Dossier de sources transcrites et présentées par Dominique Tronc. Lulu.com, 2017, 378 p.

Ce dossier contient de larges extraits prélevés dans les sources qui nous éclairent sur les débuts de «l’école du cœur» :

Présentation

Les débuts du tiers Ordre franciscain — Vincent Mussart — Notices (J.-M. de Vernon)

La Vie d’Antoine Le Clerc, sieur de la Forest (J.-M. de Vernon)

L’Homme Intérieur ou La Vie du Vénérable Père Jean Chrysostome (Henri-Marie Boudon)

Divers exercices de piété et de perfection(Chrysostome de Saint-Lô édité par M. de Bernières)

Divers traités spirituels et méditatifs (Chrysostome de Saint-Lô édité par Mère Mectilde)

Deux directions : Monsieur de Bernières et Mère Mectilde (Extraits prélevés dans les sources précédentes)



J’omets la transcription de près de la moitié des Divers exercices de piété et de perfection, gros assemblage de six cents pages d’écrits recueillis «de notre bon Père». Il s’agit d’exercices méditatifs et ascétiques. Ils soulignent les épreuves subies par Jésus-Christ, le modèle pour François d’Assise qui fut fidèlement repris à l’Ermitage de Caen. Ils constituaient des supports utilisés tous les jours et lors des retraites par les Associés de l’Abjection. Marquées par un esprit de grande humilité et de simplicité franciscaine, mais aussi par le dolorisme propre aux dévots du Grand Siècle, des sections sont écourtées lorsqu’elles s’avèrent répétitives et mettent alors mal en valeur la fraîcheur spontanée propre à la vie des mystiques. Par contre la dernière partie de l’assemblage livre les directions personnelles assurées par le P. Chrysostome. Elle est admirable

Présentation

Jean-Chrysostome naquit vers 1594 dans le diocèse de Bayeux en Basse-Normandie, et étudia au collège des jésuites de Rouen. Âgé de dix-huit ans, il prit l’habit, contre le gré paternel, le 3 juin 1612 au couvent de Picpus à Paris235. Il fut confirmé dans sa vocation par un laïc, Antoine le Clerc, sieur de la Forest : ce dernier est donc le probable «ancêtre» du courant spirituel de l’Ermitage qui passe par Chrysostome, par Bernières et Mectilde-Catherine de Bar, et par bien d’autres dont Monsieur Bertot, Madame Guyon.

Les origines et le sieur de la Forest (1563-1628)

Un aperçu biographique intéressant nous est donné par l’historien du Tiers Ordre franciscain Jean-Marie de Vernon, qui consacre très exceptionnellement plusieurs chapitres à Antoine le Clerc236 :

À vingt ans il prit les armes, où il vécut à la mode des autres guerriers, dans un grand libertinage. La guerre étant finie, il entra dans les études, s’adonnant principalement au droit. [...] Il tomba dans le malheur de l’hérésie [528] d’où il ne sortit qu’après l’espace de deux ans. [...] Son bel esprit et sa rare éloquence paraissaient dans les harangues publiques dès l’âge de vingt ans. Sa parfaite intelligence dans la langue grecque éclata lorsque le cardinal du Perron le choisit pour interprète dans la fameuse conférence de Fontainebleau contre du Plessis Mornay.

[532] Un lépreux voulant une fois l’entretenir, il l’écouta avec grande joie, et l’embrassa si serrement, qu’on eut de la peine à les séparer. [...] Une autre peine lui arriva, savoir qu’étant entièrement plongé dans les pensées continuelles de Dieu qui le possédait, il ne pouvait plus vaquer aux affaires des parties dont il était avocat. [535] Ses biens de fortune étant médiocres, la subsistance de sa famille dépendait presque de son travail.

Dieu lui révélait beaucoup d’événements futurs, et les secrets des consciences : par ce don céleste [sur lequel J.-M. de Vernon s’étend longuement, citant de multiples exemples], il avertissait les pécheurs [...] marquait à quelques-uns les points de la foi dont ils doutaient; à d’autres il indiquait en particulier ce qu’ils étaient obligés de restituer. [...] Les âmes scrupuleuses recevaient un grand soulagement par ses conseils et ses prières. [...] [537] Le père Chrysostome de Saint-Lô […] a reconnu par expérience en sa personne la certitude des prophéties du sieur de la Forest, quand une maladie le mena jusques aux portes de la mort, comme elle lui avait été présagée. [...]

Quatre mois devant sa mort, étant sur son lit dans ses infirmités ordinaires, il s’entretenait sur [542] les merveilles de l’éternité : on tira les rideaux, et sa couche lui sembla parée de noir; un spectre sans tête parut à ses pieds tenant un fouet embrasé : cette horrible figure ne l’effrayant point, il consacra tout son être au souverain Créateur. Il parla ainsi au démon : «Je sais que tu es l’ennemi de mon Dieu, duquel je ne me séparerai jamais par sa grâce : exerce sur mon corps toute ta cruauté; mais garde-toi bien de toucher au fond de mon âme, qui est le trône du Saint-Esprit.» L’esprit malin disparaissant, le pieux Antoine demeura calme, et prit cette apparition pour un présage de sa prochaine mort; ses forces diminuèrent toujours depuis et il tomba tout à fait malade au commencement de l’année 1628. Les sacrements de l’Église lui furent administrés en même temps. À peine avait-il l’auguste eucharistie dans l’estomac qu’il vit son âme environnée d’un soleil, et entendit cette charmante promesse de Notre Seigneur : «Je suis avec toi, ne crains point.» Les flammes de sa dilection s’allumèrent davantage, et il ne s’occupait plus qu’aux actes de l’amour divin, voire au milieu du sommeil.

[543] M. Bernard [un ami] présent sentit des atteintes si vives de l’amour de Dieu, qu’il devint immobile et fut ravi. [...] Le lendemain samedi vingt-trois de janvier [...] il rendit l’esprit à six heures du soir dans la pratique expresse des actes de l’amour divin. [...] On permit [544] durant tout le dimanche l’entrée libre dans sa chambre aux personnes de toutes conditions, qui le venaient visiter en foule. Les religieux du tiers ordre de Saint-François gardaient son corps, qui fut transporté à Picpus.

Le maître caché des mystiques normands

Le Père Chrysostome de Saint-Lô a été plus négligé encore que Constantin de Barbanson. Pourtant, «les indices de l’influence de Jean-Chrysostome sont de plus en plus nombreux et éclairants : le cercle spirituel formé par lui, les Bernières, Jean et sa Sœur Jourdaine, Mectilde du Saint Sacrement et Jean Aumont (peut-être tertiaire régulier) auxquels les historiens en ajouteront d’autres (de Vincent de Paul à Jean-Jacques Olier), a vécu une doctrine d’abnégation, de «désoccupation», de «passivité divine237».

Il est la figure discrète, mais centrale à laquelle se réfèrent tous les membres du cercle mystique normand, qui n’entreprennent rien sans l’avis de leur père spirituel (seule «Sœur Marie» des Vallées jouira d’un prestige comparable). Ce que nous connaissons provient de la biographie écrite par Boudon238, et les connaisseurs de l’école des mystiques normands Souriau239, Heurtevent240, plus récemment Pazzelli241, n’ajoutent guère d’éléments. Tout ce que nous savons se réduit à quelques dates, car si Boudon est prolixe quant aux vertus, il est discret quant aux faits. Sa pieuse biographie couvre des centaines de pages qui nous conduisent, suivant le schéma canonique «de la vie aux vertus», mais le contenu spécifique au héros se réduit à quelques paragraphes.

Il assura le rôle de passeur entre l’ancien monde monacal et un monde laïque. En témoignent des lettres remarquables de direction de Catherine de Bar et de Jean de Bernières. Nous en reproduirons (pour la première fois) certaines dans les chapitres suivants consacrés à ces disciples.

Lecteur en philosophie et théologie à vingt-cinq ans, il fut définiteur de la province de France l’an 1622, devint définiteur général de son ordre et gardien de Picpus en 1625, puis de nouveau en 1631, provincial de la province de France en 1634, premier provincial de la nouvelle province de Saint-Yves, en 1640, après que la province de France eut été séparée en deux.

Le temps de son second provincialat étant expiré, on le mit confesseur des religieuses de Sainte-Élisabeth de Paris, qui fut son dernier emploi à la fin de sa troisième année [de provincialat]. [...] Au confessionnal dès cinq heures du matin, il rendait service aux religieuses avec une assiduité incroyable. À peine quelquefois se donnait-il lieu de manger, ne prenant pour son dîner qu’un peu de pain et de potage, pour [y] retourner aussitôt242.

Il alla en Espagne par l’ordre exprès de la Reine, pour aller visiter de sa part une visionnaire, la Mère Louise de l’Ascension, du monastère de Burgos. Voyage rude imposé par un monde qui n’est pas le sien :

Libéral pour les pauvres […] il ne voulait pas autre monture qu’un âne. […] Dans les dernières années de sa vie il ne pouvait plus supporter l’abord des gens du monde et surtout de ceux qui y ont le plus d’éclat243.

Aussi, libéré de son provincialat, il éprouve une sainte joie et ne tarde pas à se retirer :

Il ne fit qu’aller dans sa cellule pour y prendre ses écrits et les mettre dans une besace dont il se chargea les épaules à son ordinaire [...] passant à travers Paris [...] sans voir ni parler à une seule personne de toutes celles qui prenaient ses avis244.

Il enseignait «qu’il fallait laisser les âmes dans une grande liberté, pour suivre les attraits de l’Esprit de Dieu […]; commencer par la vue des perfections divines […]; ne regarder le prochain qu’en charité et vérité dans l’union intime avec Dieu245». Il eut de nombreux dirigés :

L’on a vu plusieurs personnes de celles qui suivaient ses avis [...] courir avec ferveur. [...] La première est feu M. de Bernières de Caen. [...] La seconde personne [...] qui a fait des progrès admirables [...] sous la conduite du Vénérable Père Jean-Chrysostome a été feu M. de la Forest [qui] n’eut pas de honte de se rendre disciple de celui dont il avait été le maître246.

Enfin, après cette vie intense, l’incontournable chapitre terminant la vie d’un saint ne nous cache aucunement l’agonie difficile :

Ayant été soulagé de la fièvre quarte il s’en alla à Saint-Maur [...] pour y voir la Révérende Mère du Saint Sacrement [Mectilde de Bar], maintenant supérieure générale des religieuses bénédictines du Saint Sacrement. Pour lors, il n’y avait pas longtemps qu’elle était sortie de Lorraine à raison des guerres, et elle vivait avec un très petit nombre de religieuses dans un hospice. [...] Elle était l’une des filles spirituelles du bon Père, et en cette qualité il voulut qu’elle fût témoin de son agonie : il passa environ neuf ou dix jours à Saint-Maur, proche de la bonne Mère. [...] Au retour de Saint-Maur, [...] il entra dans des ténèbres épouvantables. [...] Il écrivit aux religieuses : «Mes chères Sœurs, [...] il est bien tard d’attendre à bien faire la mort et bien douloureux de n’avoir rien fait qui vaille en sa vie. Soyez plus sages que moi. [...] C’est une chose bien fâcheuse et bien terrible à une personne qui professait la sainte perfection de mourir avec de la paille. [...]» L’on remarqua que la plupart de religieux du couvent de Nazareth où il mourut [le 26 mars 1646, âgé de 52 ans] fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher247.

Je vais maintenant livrer l’intégralité de ses écrits. Ils nous sont parvenus en deux livres rares publiés au milieu du dix-septième siècle. L’importance de leur direction mystique justifie de lire l’ensemble de style sévère proche des écrits du Moyen Âge. Il s’agit de méditations et de retraites qui introduisent à la grandeur divine.

Présentation des écrits de Chrysostome publiés par ses disciples Bernières et Mectilde

Les Divers exercices… publiés à Caen par les soins de Bernières (et non pas «traités» publiés à Paris par les soins de Mectilde), dont nous connaissons trois exemplaires, publiés quatre années après les traités, comprennent trois parties paginées séparément248. La première partie rassemble de nouveau divers schémas propres à des retraites qui reflètent l’atmosphère doloriste de l’époque. Quelques extraits suffiront à mieux faire comprendre ce vécu dévot, en un aperçu unique d’une littérature qui fut très abondante.

Cette littérature privilégie les croix et l’exemple du Crucifié. Elle supprime trop tôt et par volonté propre les joies naturelles à la vie, au risque de provoquer des réactions très fortes, inconscientes, parce que réprimées, attribuées à l’époque aux démons. Elle met en place un réseau de contraintes où l’ascétisme prend facilement la première place, ce qui empêche toute vie intérieure mystique donnée par grâce de s’épanouir. Ce qui était liberté et joie devient limitation et peur. La vie naturelle est culpabilisée et contrôlée afin d’être évacuée au plus tôt : on privilégie ainsi l’exercice de la volonté si cher au Grand Siècle. Mais il est vrai que la vie était souvent courte et soumise aux aléas des maladies, ce qui suggérait d’aller vite!

Cet esprit du temps ne s’améliorera pas au fil du siècle. Les illustrations d’excès commis sont innombrables, telles les épreuves que s’inflige dans sa jeunesse Claude Martin, le fils de Marie de l’Incarnation du Canada, avant de devenir lui-même un très profond spirituel; telle l’ascèse moralisante recommandée par le milieu de Port-Royal, que supporte fort mal Louis-Charles d’Albert, duc de Luynes et père du duc de Chevreuse (ce dernier deviendra disciple de Madame Guyon — qui en fournit elle-même un témoignage dans le récit de sa jeunesse). Cet excès débordera le siècle au sein du monde dévot et couvrira la première moitié du XVIIIe siècle249.

L’Imitation a été le texte préféré d’une dévotion qui s’écarte de la pure mystique d’un Ruusbroec pour se charger de culpabilité voire de pratiques masochistes imitant les souffrances physiques de Jésus250. Cette dévotion ne correspond guère à ce que propose Jean-Chrysostome : il se démarque de son temps par son insistance sur la liberté et l’absence de vœux; l’exercice «doit être très libre, sans contrainte, et sans empressement», pour servir l’Amour toujours premier. Mais d’autre part il fonde la «Société de la sainte Abjection» et — tout en admirant les héros cornéliens ses contemporains — nous regrettons l’usure prématurée de ses disciples Renty et Bernières.

Chrysostome a dirigé des retraites, dont nous allons donner un exemple, car nous ne pouvons passer sous silence la tendance morbide qui caractérise bien d’autres textes contemporains. Un tel imaginaire dévotionnel à la frange de la vie mystique est de toute époque La prière s’appuie ici sur des représentations sanglantes de Jésus-Christ, d’un goût trop épicé pour notre sensibilité — le piétisme, tel qu’il se présente dans les textes de certaines cantates de Bach, s’inscrira plus tard dans cette tradition.

Note sur la direction de Bernières par le P. Chrysostome

Une correspondance ignorée entre Chrysostome et Bernières est imprimée à la fin de l’ouvrage édité à Caen sous le nom de «Divers exercices de piété et de perfection 251.» Elle couvre la dernière moitié de la seconde partie de l’ouvrage intitulé «Diversités spirituelles» avec une pagination nouvelle (signe d’ajout précédant de peu l’édition locale à Caen?). Ces lettres non datées ont échappé à l’attention, car un Bernières discret se fait précéder par d’autres dirigé (e) s sans que son nom apparaisse 252.

C’est un document extraordinaire qui livre l’intimité des rapports entre les deux mystiques. On notera la netteté avec laquelle Chrysostome sait répondre aux questions de Bernières qui sont toujours proches des nôtres. Elles sont le plus souvent très concrètes (que faire de nos biens?) et hors de toute considération théorique.

Bernières n’a pas encore atteint à cette date une pleine maturité intérieure. Il va rapidement surmonter ses hésitations et des scrupules, et sera en cela vivement mené et encouragé par «notre bon Père Chrysostome». Voici ce dialogue de lettres dont les pièces sont numérotées; nous ajoutons l’incipit entre guillemets, les titres d’origine étant divers et imprécis.

Deux directions

Présentation de Monsieur de Bernières et de Mère Mectilde

Le Père Chrysostome a récolté une belle moisson : autour de lui s’est formée une communauté d’«âmes intérieures», dont les deux plus célèbres furent Mère Mectilde, fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement, et Monsieur de Bernières, dont la figure rayonna sur les familiers de l’Ermitage.

Je reprends leurs initiations mystiques telles qu’elles vont paraître prochainement dans deux volumes consacrés à ces disciples «de notre Père Chrysostome».

Monsieur de Bernières précède chronologiquement et spirituellement Mère Mectilde dont il assurera la direction mystique après le décès du Père. Il apparaît ici en premier par la reprise du «Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur», la seconde moitié de la deuxième partie des «Divers exercices de piété et de perfection», œuvre de Chrysostome reproduite intégralement plus haut. Le «doublon» se présente ici un peu différemment, en cohérence avec l’édition d’une Correspondance de Bernières dont il constitue l’«ouverture».

Les écrits de Mère Mectilde furent fidèlement préservés par ses «filles» bénédictines du Saint-Sacrement. Ils fournissent la seconde initiation, ici reproduite selon l’édition à paraître de ses «Amitiés mystiques».

Auprès de dirigés devenus à leur tour directeurs, femmes et hommes s’agrégèrent, formant deux branches d’une «école» mystique marquée par l’esprit franciscain.

L’initiation de Bernières253

Une correspondance ignorée entre Chrysostome et Bernières est imprimée à la fin de l’ouvrage édité à Caen sous le nom de «Divers exercices de piété et de perfection 254.» Elle couvre la dernière moitié de la seconde partie de l’ouvrage intitulée «Diversités spirituelles». Ces lettres non datées ont échappé à l’attention, car un Bernières discret se fait précéder par d’autres dirigé (e) s sans que son nom apparaisse 255 et une nouvelle pagination est adoptée.

C’est un document extraordinaire qui livre l’intimité des rapports entre les deux mystiques. Aussi D. Tronc l’édite ici en un sous-ensemble précédant le grand corpus chronologique des lettres et maximes 256. On notera la netteté avec laquelle Chrysostome sait répondre aux questions de Bernières qui sont toujours proches des nôtres. Elles sont le plus souvent très concrètes (que faire de nos biens?) et hors de toute considération théorique.

Bernières n’a pas encore atteint à cette date une pleine maturité intérieure. Il va rapidement surmonter ses hésitations et des scrupules, et sera en cela vivement mené et encouragé par «notre bon Père Chrysostome». Voici ce dialogue de lettres dont les pièces sont numérotées; nous ajoutons l’incipit entre guillemets, les titres d’origine étant divers et imprécis.

Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur [reprise]

Autres avis de conduite à diverses personnes. Tant sur l’oraison et contemplation, que sur les pratiques des plus pures vertus chrétiennes, selon l’esprit et la grâce de la perfection évangélique.

1. Lettre. «J’ai lu et considéré la vôtre…»

M., Jésus Maria. J’ai lu et considéré la vôtre, dont je vous remercie très humblement, car l’honneur de votre souvenir m’est très cher. Quant aux choses de votre âme, dont il vous a plu m’écrire; voici mon petit sentiment que je soumets à votre meilleur jugement. 78 257.

1. Cette vocation à l’oraison vous oblige à une grande pureté d’âme et de vertu, car c’est la raison que le lieu où le Dieu tout saint veut reposer, et opérer, soit aussi bien pur, ou tendant à la pureté de perfection sans retenue.

2. Cette vue simple et générale de l’immensité Divine, avec la jouissance de votre volonté, est une parfaite contemplation, et qui selon que vous écrivez, paraît purement passive. Prenez garde si dans ce temps votre volonté est opérante, soit par admiration de l’entendement auquel elle se conjoint, soit par amour, par adoration, ou par quelque autre affection; il n’importe, pourvu qu’il se fasse quelque opération. Ce n’est pas que l’âme ne se trouve quelquefois en cet état, sans pouvoir discerner si elle a opéré, tant elle est passive, et Dieu opère puissamment en elle; il semble en ce que vous écrivez, que vos puissances soient en ce temps passivement en admiration, et en amour 79 dans les coopérations fort simples, et tout cela est fort bon.

3. Vous avez raison de dire que s’abîmer dans Dieu, est autre chose que de s’unir à Dieu, et que vous le sentez ainsi. Sur quoi je vous dirai que selon que vous écrivez, il y a toujours union, mais à raison de l’abondance, votre âme semble passer en une déiformité; et vous connaîtrez mieux cela dans l’expérience, que je ne vous le saurais expliquer avec la science des livres.

4. Dans l’occasion de vos faiblesses, vous vous défendez, vous abîmant dans l’immensité, sans pratiquer un acte formel de vertu, contraire à l’imperfection? À quoi je réponds, que cela se peut, et fort bien; néanmoins il est bon ensuite dans la force de l’âme, de pratiquer tels actes formels de vertu, semblables en quelque façon à celles que vous avez omis, à raison que la perfection consiste en la vertu, et que l’âme y fait progrès par ces pratiques, beaucoup plus que par la pratique 80 susdite.

5. Vous vous étonnez de vos faiblesses au milieu de tant de faveurs; demeurez pacifique dans cette vue, aimant bien fort l’abjection qui vous en provient; ensuite humiliez-vous, puis prenez à tâche de pratiquer les vertus contraires à vos défauts, et laissez votre perfection entre les mains du bon Dieu, qui manifestement vous chérit et demeure en vous.

Courage Monsieur, votre voie est très bonne; souvenez-vous de moi pauvre pécheur, environné et chargé de beaucoup d’affaires, etc.

2. Autres avis au même. «J’ai lu et considéré vos articles…»

M. J’ai lu et considéré vos articles, assurément toutes ces lumières de la beauté d’abjection, tant en Jésus 81 qu’en l’âme du parfait, sont surnaturelles, c’est-à-dire passives, et de la grâce d’oraison. Je vous crois appelé d’une manière particulière, à honorer Jésus-Christ dans ses humiliations, dont la beauté qui vous pénètre, marque une consommation de l’amour de Jésus dans votre âme. Il est bon de cultiver cette vue de la beauté d’abjection, tantôt par la méditation, et tantôt par œuvres.

La vue par laquelle l’âme voit la voie d’abjection et de souffrance, incomparablement plus belle, que celle de douceur et d’amour, est purement surnaturelle, et marque que l’âme passe en un état bien plus parfait, que celui dans lequel elle était auparavant.

Il me semble que votre trait vous attire présentement beaucoup à la Passion, qui est la très inscrutable Abjection de Jésus. Je suis en lui, etc. 82

3. à 14. Voir l’édition supra du «Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur», seconde moitié de la deuxième partie des «Divers exercices de piété et de perfection», œuvre de Chrysostome.

15. Autres propositions et réponses sur l’oraison, etc.

[I.] M. Proposition. Comment doit-on conseiller les âmes sur la passiveté d’oraison; les y faut-il porter, et quand faut-il qu’elles y entrent, et qu’elles en sont les dangers? 132

Réponse. Ordinairement le spirituel ne doit pas prévenir la passiveté. Je dis ordinairement, d’autant que s’il travaille fortement, il pourrait demeurer quelque peu de temps sans agir, s’exposant à la grâce et à la lumière, et éprouver de fois à autre si telle pauvreté lui réussit.

Benoît de Canfeld en son Traité de la volonté Divine est de cet avis. Je crois néanmoins que celui qui s’en servira doit être discret et fidèle. 2. Le spirituel lâche qui s’expose indiscrètement à la lumière passive, se répand dans l’oisiveté, et dans la distraction, et quelquefois s’il est faible de cerveau, il s’expose à l’illusion.

II. Proposition. J’ai su de vous quelque chose touchant les communions fréquentes, ce qui me fait vous demander comment on s’y doit disposer en esprit d’oraison, lorsqu’on a des affaires.

Réponse. Le spirituel ayant des affaires, s’il en est désoccupé dans l’affection, et qu’il les conduise par principe de vue de Dieu, il se doit contenter 133 du peu de temps que la Divine Providence lui donne. 2. Plusieurs se flattent dans les affaires, et ne tendent pas assez fidèlement à ménager du temps pour l’intérieur. 3. La communion indévote contriste Jésus-Christ.

III. Proposition. Comment peut-on faire suivre l’idée opérante de son oraison dans l’occupation du prochain?

Réponse. Cela doit être différent selon les diverses dispositions naturelles, et surnaturelles des âmes, lesquelles doivent suivre pour présence de Dieu, ce qui paraît plus propre en leur état, sans s’attacher à l’objet de leur oraison. L’âme sera en un temps pénétrée d’une vérité ou objet, et en un autre temps d’une autre vérité et d’un autre objet, en cela il faut observer la liberté d’esprit. L’on peut donc garder l’idée opérante de l’oraison, dans quelques sentiments faciles, et dans les résolutions; si l’objet de l’oraison vous presse de sa lumière, suivez-le, et faites usage d’amour avec discrétion. 134

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.

M. Jésus soit notre lumière. Les grâces des âmes, et la vocation à la sainte perfection sont très différentes; il importe extrêmement au spirituel de bien examiner à quel état et à quel degré sa grâce paraît; le conduire autrement n’étant pas passif à la conduite Divine, il avance très peu, et demeure dans un centre qui n’est pas conforme au dessein de Dieu. Il faut que le feu se retire à sa sphère, l’air à la sienne, et la terre et l’eau à la leur. Et si le feu voulait se loger dans le centre de la terre, ce serait un désordre répugnant au dessein de la Divinité. Ainsi en va-t-il du spirituel, car s’il paraît par sa grâce être destiné à rendre et demeurer dans un centre élevé de perfection, il fait contre le 135 dessein de Dieu de s’arrêter dans celui qui est bas, terrestre et imparfait.

Je vous ai toujours dit que vous n’étiez pas dans le centre de votre grâce, et de votre perfection, et que votre vocation vous appelait à un état beaucoup plus pur et parfait. Votre grâce va principalement à la contemplation, à laquelle pour soulager votre corps, vous pourrez joindre un peu d’action.

2.258 La grâce vous appelle à la parfaite et pure conformité des différents états et dispositions de Jésus-Christ, et j’ai reconnu cela très clairement, tant par vos dispositions précédentes, que par celles que vous m’avez communiquées depuis peu encore.

Pour donc correspondre parfaitement à la conduite Divine, mon avis serait que vous entrassiez dans l’exécution des propositions que vous m’avez faites; mais il faut que cela se fasse d’une manière bien pure, et conforme aux dispositions de Jésus 136 Christ, et cela est très facile à faire; et je crois que vous n’aurez aucun repos que vous n’en usiez de la sorte, parce que vous ne seriez pas dans le centre de votre grâce.

Comme donc j’ai bien étudié votre grâce, et vos dispositions, je vous dis assurément que Dieu tout bon vous veut pauvre Evangélique, en la manière qui vous a déjà été prescrite; vous devez y tendre et travailler; et cependant souvenez-vous que le diable est bien rusé pour empêcher la pureté de perfection d’une âme.

Adieu cher Frère. Voici le temps d’aimer du pur amour, ne tardez plus. Ce pur Amour ne se peut trouver que dans le cœur évangélique très pauvre sans réserve.

Dieu. Jésus. Marie. Amour. Croix. Pureté. Amen259.

L’initiation de Mectilde260

Mectilde, âgée de vingt-huit ans et demi est depuis dix mois réfugiée en Normandie. Elle a rencontré en juin 1643 Chrysostome par l’intermédiaire de Jean de Bernières, l’un de ses dirigés qui a déjà pris soin d’elle sur le plan matériel et que nous rencontrerons plus tard comme directeur mystique 261 :

Monsieur, mon très cher Frère,

Béni soit Celui qui par un effet de son amoureuse Providence m’a donné votre connaissance pour, par votre moyen avoir le cher bonheur de conférer de mon chétif état au saint personnage que vous m’avez fait connaître.

J’ai eu l’honneur de le voir et de lui parler environ une heure. En ce peu de temps, je lui ai donné connaissance de ma vie passée, de ma vocation et de quelque affliction que Notre-Seigneur m’envoya quelque temps après ma profession. Il m’a donné autant de consolation, autant de courage en ma voie et autant de satisfaction en l’état où Dieu me tient que j’en peux désirer en terre. O que cet homme est angélique et divinisé par les singuliers effets d’une grâce très intime que Dieu verse en lui! Je voudrais être auprès de vous pour en parler à mon aise et admirer avec vous les opérations de Dieu sur les âmes choisies. O que Dieu est admirable en toutes choses! Mais je l’admire surtout en ces âmes-là.

Il m’a promis de prendre grand intérêt à ma conduite. Je lui ai fait voir quelques lettres que l’on m’a écrites sur ma disposition. Il m’a dit qu’elles n’ont nul rapport à l’état où je suis et que peu de personnes avaient la grâce de conduite, ce que je remarque par expérience.

Entre autres choses qu’il m’a dites, et qu’il m’a assurée, c’est que j’étais fort bien dans ma captivité, que je n’eusse point de crainte que Dieu voulût que je sois à lui d’une manière très singulière et que bientôt je serai sur la croix de maladies et d’autres peines. Il faut une grande fidélité pour Dieu.

Je vous dis ces choses dans la confiance que vous m’avez donnée pour vous exciter de bien prier Dieu pour moi. Recommandez-moi, je vous supplie, à notre bonne Mère Supérieure [Jourdaine, sœur de Jean de Bernières] et à tous les fidèles serviteurs et servantes de Dieu que vous connaissez. Si vous savez quelques nouvelles de la sainte créature que vous savez [Marie des Vallées], je vous supplie de m’en dire quelque chose. [...]

On sent que la jeune femme est nature dans sa relation, alternant compte-rendus, exclamations, incertitude présente quant à sa «carrière». Cela changera en passant de la dirigée à la directrice! Pour l’instant la jeune Mectilde a besoin d’être assurée en ce début de la voie mystique.

Le Père Chrysostome apportera donc point par point ses réponses aux questions que se pose la jeune dirigée. Elle lui demande conseil sur son expérience profonde et ardente. Chrysostome lui répond de façon très détachée et froide de façon à ne susciter chez cette femme passionnée ni attachement ni émotion sensible; afin que son destin extraordinaire soit mené jusqu’au bout, il ne manifeste pratiquement pas d’approbation, car il veut la pousser vers la rigueur et l’humilité la plus profonde. La relation faite à son confesseur est rédigée à la troisième personne! – du moins dans ce qui nous est parvenu262.

Premier texte : Relation au Père Chrysostome avec réponses, juillet 1643.

1re Proposition : Cette personne [Mectilde] eut dès sa plus tendre jeunesse le plus vif désir d’être religieuse; plus elle croissait en âge, plus ce désir prenait de l’accroissement. Bientôt il devint si violent qu’elle en tomba dangereusement malade. Elle souffrait son mal sans oser en découvrir la cause; ce désir l’occupait tellement qu’elle épuisait en quelque sorte toute son attention et tous ses sentiments. Il ne lui était pas possible de s’en distraire ni de prendre part à aucune sorte d’amusement. Elle était quelquefois obligée de se trouver dans différentes assemblées de personnes de son âge, mais elle y était de corps sans pouvoir y fixer son esprit. Si elle voulait se faire violence pour faire à peu près comme les autres, le désir qui dominait son cœur l’emportait bientôt et prenait un tel ascendant sur ses sens mêmes qu’elle restait insensible et comme immobile en sorte qu’elle était contrainte de se retirer pour se livrer en liberté au mouvement qui la maîtrisait. Ce qui la désolait surtout, c’était la résistance de son père que rien ne pouvait engager à entendre parler seulement de son dessein. Il faut avouer cependant que cette âme encore vide de vertus n’aspirait et ne tendait à Dieu que par la violence du désir qu’elle avait d’être religieuse sans concevoir encore l’excellence de cet état.

Réponse : En premier lieu, il me semble que la disposition naturelle de cette âme peut être regardée comme bonne.

2. Je dirai que dans cette vocation, je vois beaucoup de Dieu, mais aussi beaucoup de la nature : cette lumière qui pénétrait son entendement venait de Dieu; tout le reste, ce trouble, cette inquiétude, cette agitation qui suivaient étaient l’œuvre de la nature. Mais, quoi qu’il en soit, mon avis est, pour le présent, que le souvenir de cette vocation oblige cette âme à aimer et à servir Dieu avec une pureté toute singulière, car dans tout cela il paraît sensiblement un amour particulier de Dieu pour elle.

2e Proposition : cette âme, dans l’ardeur de la soif qui la dévorait ne se donnait pas le temps de la réflexion; elle ne s’arrêta point à considérer de quelle eau elle voulait boire. Elle voulait être religieuse, rien de plus; aussi tout Ordre lui était indifférent, n’ayant d’autre crainte que de manquer ce qu’elle désirait : la solitude et le repos étant tout ce qu’elle souhaitait.

Réponse : 1. Ces opérations proviennent de l’amour qui naissait dans cette âme, lesquelles étaient imparfaites, à raison que l’âme était beaucoup enveloppée de l’esprit de nature. 2. Nous voyons de certaines personnes qui ont la nature disposée de telle manière qu’il semble qu’au premier rayon de la grâce, elles courent après l’objet surnaturel : celle-ci me semble de ce nombre. Combien que par sa faute il se soit fait interruption en ce qu’elle s’éloignait263 de Dieu.

Le dialogue se poursuit et se terminera sur une 19e proposition : le père Chrysostome est patient!

[...]

17e Proposition264 : Elle entrait dans son obscurité ordinaire et captivité sans pouvoir le plus souvent adorer son Dieu, ni parler à Sa Majesté. Il lui semblait qu’Il se retirait au fond de son cœur ou pour le moins en un lieu caché en son entendement et à son imagination, la laissant comme une pauvre languissante qui a perdu son tout; elle cherche et ne trouve pas; la foi lui dit qu’il est entré dans le centre de son âme, elle s’efforce de lui aller adorer, mais toutes ses inventions sont vaines, car les portes sont tellement fermées et toutes les avenues, que ce lieu est inaccessible, du moins il lui semblait; et lorsqu’elle était en liberté elle adorait sa divine retraite, et souffrait ses sensibles privations, néanmoins son cœur s’attristait quelquefois de se voir toujours privé de sa divine présence, pensant que c’était un effet de sa réprobation.

D’autre fois elle souffrait avec patience, dans la vue de ce qu’elle a mérité par ses péchés, prenant plaisir que la volonté de son Dieu s’accomplisse en elle selon qu’il plaira à Sa Majesté.

Réponse : Il n’y a rien que de bon en toutes ses peines, il les faut supporter patiemment et s’abandonner à la conduite de Dieu. Ajoutez que ces peines et les autres lui sont données pour la conduire à la pureté de perfection à laquelle elle est appelée et de laquelle elle est encore bien éloignée. Elle y arrivera par le travail de mortification et de vertu.

18e Proposition : Son oraison n’était guère qu’une soumission et abandon, et son désir était d’être toute à Dieu, que Dieu fût tout pour elle, et en un mot qu’elle fût toute perdue en Lui; tout ceci sans sentiment. J’ai déjà dit qu’en considérant elle demeure muette, comme si on lui garrottait les puissances de l’âme ou qu’on l’abîmât dans un cachot ténébreux. Elle souffrait des gênes et des peines d’esprit très grandes, ne pouvant les exprimer ni dire de quel genre elles sont. Elle les souffrait par abandon à Dieu et par soumission à sa divine justice.

Réponse : J’ai considéré dans cet écrit les peines intérieures. Je prévois qu’elles continueront pour la purgation et sanctification de cette âme, étant vrai que pour l’ordinaire, le spirituel ne fait progrès en son oraison que par rapport à sa pureté intérieure, sur quoi elle remarquera qu’elle ne doit pas souhaiter d’en être délivrée, mais plutôt qu’elle doit remercier Dieu qui la purifie. Cette âme a été, et pourra être tourmentée de tentations de la foi, d’aversion de Dieu, de blasphèmes et d’une agitation furieuse de toutes sortes de passions, de captivité, d’amour. Sur le premier genre de peine, elle saura qu’il n’y a rien à craindre, que telles peines est un beau signe, savoir de purgation intérieure, que c’est le diable, qui avec la permission de Dieu, la tourmente comme Job. Je dis plus qu’elle doit s’assurer que tant s’en faut que dans telles tempêtes l’âme soit altérée en sa pureté, qu’au contraire, elle y avance extrêmement, pourvu qu’avec résignation, patience, humilité et confiance elle se soumette entièrement et sans réserve à cette conduite de Dieu.

Sur ce qui est de la captivité dont elle parle en son écrit, je prévois qu’elle pourra être sujette à trois sortes de captivités : à savoir, à celle de l’imagination et l’intellect et à la composée de l’une et de l’autre. Sur quoi je remarque qu’encore que la nature contribue beaucoup à celle de l’imagination et à la composée par rapport aux fantômes ou espèces en la partie intellectuelle, néanmoins ordinairement le diable y est mêlé avec la permission de Dieu, pour tourmenter l’âme, comme dans le premier genre de peines; en quoi elle n’a rien à faire qu’à souffrir patiemment par une pure soumission à la conduite divine; ce que faisant elle fera un très grand progrès de pureté intérieure.

Quant à l’intellectuelle, elle saura que Dieu seul lie la partie intellectuelle, ce qui se fait ordinairement par une suspension d’opérations, exemple : l’entendement, entendre, la volonté, aimer, si ce n’est que Dieu concoure à ses opérations; d’où arrive que suspendant ce concours, les facultés intellectuelles demeurent liées et captives, c’est-à-dire, elles ne peuvent opérer; en quoi il faut que l’âme se soumette comme dessus265 à la conduite de Dieu sans se tourmenter. Sur quoi elle saura que toutes les peines de captivité sont ordinairement données à l’âme pour purger la propriété de ses opérations, et la disposer à la passivité de la contemplation. Sur le troisième genre de peines d’amour divin, il y en a de plusieurs sortes, selon que Dieu opère en l’âme, et selon que l’âme est active ou passive à l’amour, sur quoi je crois qu’il suffira présentement que cette bonne âme sache :

1. Que l’amour intellectuel refluant en l’appétit sensitif cause telles peines qui diminuent ordinairement à proportion que la faculté intellectuelle, par union avec Dieu, est plus séparée en son opération de la partie inférieure.

2. Quand l’amour réside en la partie intellectuelle, ainsi que je viens de dire, il est rare qu’il tourmente; cela se peut néanmoins faire, mais je tiens qu’il y a apparence que, pour l’ordinaire, tout ce tourment vient du reflux de l’opération de l’amour de la volonté supérieure à l’inférieure, ou appétit sensitif.

3. Quelquefois par principe d’amour l’âme est tourmentée de souhaits de mort, de solitude, de voir Dieu et de langueur; sur quoi cette âme saura que la nature se mêlant de toutes ces opérations, le spirituel doit être bien réglé pour ne point commettre d’imperfections; d’où je conseille à cette âme :

1. d’être soumise ainsi que dessus à la conduite de Dieu;

2. de renoncer de fois à autre à tout ce qui est imparfait en elle au fait d’aimer Dieu;

3. elle doit demander à Dieu que son amour devienne pur et intellectuel;

4. si l’opération d’amour divin diminue beaucoup les forces corporelles, elle doit se divertir et appliquer aux œuvres extérieures; que si ne coopérer en se divertissant, l’amour la suit [la poursuit], il en faut souffrir patiemment l’opération et s’abandonner à Dieu, d’autant que la résistance en ce cas est plus préjudiciable et fait plus souffrir le corps que l’opération même. Je prévois que ce corps souffrira des maladies, d’autant que l’âme étant affective, l’opération d’amour divin refluera en l’appétit sensitif, elle aggravera le cœur et consommera beaucoup d’esprit, dont il faudra avertir les médecins. J’espère néanmoins qu’enfin l’âme se purifiant, cet amour résidera davantage en la partie intellectuelle, dont le corps sera soulagé. Quant à la nourriture et à son dormir, c’est à elle d’être fort discrète, comme aussi en toutes les austérités, car si elle est travaillée de peines intérieures ou d’opérations d’amour divin, elle aura besoin de soulager d’ailleurs son corps, se soumettant en cela en toute simplicité à la direction. Sur le sujet de la contemplation, je prévois qu’il sera nécessaire qu’elle soit tantôt passive simple, même laissant opérer Dieu, et quelquefois active et passive; c’est-à-dire, quand à son oraison la passivité cessera, il faut qu’elle supplée par l’action de son entendement.

Ayant considéré l’écrit, je conseille à cette âme :

1. De ne mettre pas tout le fond de sa perfection sur la seule oraison, mais plutôt sur la tendance à la pure mortification.

2. De n’aller pas à l’oraison sans objet. À cet effet je suis d’avis qu’elle prépare des vérités universelles de la divinité de Jésus-Christ, comme serait : Dieu est tout-puissant et peut créer à l’infini des millions de mondes, et même à l’infini plus parfaits; Jésus a été flagellé de cinq milles et tant de coups de fouet ignominieusement, ce qu’Il a supporté par amour pour faire justice de mes péchés.

3. Que si portant son objet et à l’oraison elle est surprise d’une autre opération divine passive, alors elle se laissera aller. Voilà mon avis sur son oraison : qu’elle souffre patiemment ses peines qui proviennent principalement de quelque captivité de faculté. Qu’elle ne se décourage point pour ses ténèbres; quand elle les souffrira patiemment, elles lui serviront plus que les lumières.

19e Proposition : Il semble qu’elle aurait une joie sensible si on lui disait qu’elle mourrait bientôt; la vie présente lui est insupportable, voyant qu’elle l’emploie mal au service de Dieu et combien elle est loin de sa sacrée union. Il y avait lors trois choses qui régnaient en elle assez ordinairement, à savoir : langueur, ténèbres et captivité.

Réponse : Voilà des marques de l’amour habituel qui est en cette âme. Voilà mes pensées sur cet état, dont il me demeure un très bon sentiment en ma pauvre âme, et d’autant que je sens et prévois qu’elle sera du nombre des fidèles servantes de Dieu, mon Créateur, et que par les croix, elle entrera en participation de l’esprit de la pureté de notre bon Seigneur Jésus-Christ. Je la supplie de se souvenir de ma conversion en ses bonnes prières, et je lui ferai part des miennes [T4, p. 641] quoique pauvretés. J’espère qu’après cette vie Dieu tout bon nous unira en sa charité éternelle, par Jésus-Christ Notre Seigneur auquel je vous donne pour jamais.

Dans le deuxième texte infra on note la précision et le soin pris de même pour encadrer la jeune femme (elle n’aura que trente ans à la mort de son directeur). Une liste (cette fois elle atteint trente points!) livre le parfum commun à l’école. Bertot proposera plus tard de façon très semblable un «décalogue» de règles à observer par la jeune madame Guyon (dans une filiation, on n’invente pas).

Nous livrons tout le texte malgré sa longueur, car il est unique par sa précision et sa netteté dans une direction mystique assurée avec fermeté par «le bon Père Chrysostome» : on est infiniment loin de tout bavardage spirituel.

Deuxième texte : Autre réponse du même père à la même âme 266.

Cette vocation paraît : 1. Par les instincts que Dieu vous donne en ce genre de vie, vous faisant voir par la lumière de sa grâce la beauté d’une âme qui, étant séparée de toutes les créatures, inconnue, négligée de tout le monde, vit solitaire à son unique Créateur dans le secret dû.

2. Par les attraits à la sainte oraison avec une facilité assez grande de vous entretenir avec Dieu des vérités divines de son amour.

3. Dieu a permis que ceux de qui vous dépendez aient favorisé cette petite retraite qui n’est pas une petite grâce, car plusieurs souhaitent la solitude et y feraient des merveilles, lesquels néanmoins en sont privés.

4. Je dirai que Dieu par une Providence vous a obligée à honorer le saint Sacrement d’une particulière dévotion, et c’est dans ce Sacrement que notre bon Seigneur Jésus-Christ, Dieu et homme, mènera une vie toute cachée jusqu’à la consommation des siècles, que les secrets de sa belle âme vous seront révélés.

5. Bienheureuse est l’âme qui est destinée pour honorer les états de la vie cachée de Jésus, non seulement par acte d’adoration ou de respect, mais encore entrant dans les mêmes états. D’Aucuns honorent par leur état sa vie prêchante et conversante, d’autres sa vie crucifiée; quelques-uns sa vie pauvre, beaucoup sa vie abjecte; il me semble qu’Il vous appelle à honorer sa vie cachée. Vous le devez faire et vous donner à Lui, pour, avec Lui, entrer dans le secret, aimant l’oubli actif et passif de toute créature, vous cachant et abîmant avec Lui en Dieu, selon le conseil de saint Paul, pour n’être révélée qu’au jour de ses lumières.

6. Jamais l’âme dans sa retraite ne communiquera à l’Esprit de Jésus et n’entrera avec lui dans les opérations de sa vie divine, si elle n’entre dans ses états d’anéantissement et d’abjection, par lesquels l’esprit de superbe est détruit.

7. L’âme qui se voit appelée à l’amour actif et passif de son Dieu renonce facilement à l’amour vain et futile des créatures, et contemplant la beauté et excellence de son divin Époux qui mérite des amours infinis, elle croirait commettre un petit sacrilège de lui dérober la moindre petite affection des autres et partant, elle désire d’être oubliée de tout le monde [T4, p. 653] afin que tout le monde ne s’occupe que de Dieu seul.

8. N’affectez point de paraître beaucoup spirituelle : tant plus votre grâce sera cachée, tant plus sera-t-elle assurée; aimez plutôt d’entendre parler de Dieu que d’en parler vous-même, car l’âme dans les grands discours se vide assez souvent de l’Esprit de Dieu et accueille une infinité d’impuretés qui la ternissent et l’embrouillent.

9. Le spirituel ne doit voir en son prochain que Dieu et Jésus; s’il est obligé de voir les défauts que commettent des autres, ce n’est que pour leur compatir et leur souhaiter l’occupation entière du pur amour. Hélas! Faut-il que les âmes en soient privées ! Saint François voyant l’excellence de sa grâce et la vocation que Dieu lui donnait à la pureté suprême, prenait les infidélités à cette grâce pour des crimes, d’où vient qu’il s’estimait le plus grand pécheur de la terre et le plus opposé à Dieu, puisqu’une grâce qui eût sanctifié les pécheurs, ne pouvait vaincre sa malice.

10. L’oraison n’est rien autre chose qu’une union actuelle de l’âme avec Dieu, soit dans les lumières de l’entendement ou dans les ténèbres. Et l’âme dans son oraison s’unit à Dieu, tantôt par amour, tantôt par reconnaissance, tantôt par adoration, tantôt par aversion du péché en elle et en autrui, tantôt par une tendance violente et des élancements impétueux vers ce divin267 objet qui lui paraît éloigné, et à l’amour et jouissance auquel elle aspire ardemment, car tendre et aspirer à Dieu, c’est être uni à Lui, tantôt par un pur abandon d’elle-même au mouvement sacré de ce divin Époux qui l’occupe de son amour dans les manières [T4, p. 655] qu’il lui plaît. Ah! Bienheureuse est l’âme qui tend en toute fidélité à cette sainte union dans tous les mouvements de sa pauvre vie! Et à vrai dire, n’est-ce pas uniquement pour cela que Dieu tout bon la souffre sur la terre et la destine au ciel, c’est-à-dire pour aimer à jamais? Tendez donc autant que vous pourrez à la sainte oraison, faites-en quasi comme le principal de votre perfection. Aimez toutes les choses qui favorisent en vous l’oraison, comme : la retraite, le silence, l’abjection, la paix intérieure, la mortification des sens, et souvenez-vous qu’autant que vous serez fidèle à vous séparer des créatures et des plaisirs des sens, autant Jésus se communiquera-t-Il à vous en la pureté de ses lumières et en la jouissance de son divin amour dans la sainte oraison; car Jésus n’a aucune part avec les âmes corporelles qui sont gisantes dans l’infection des sens.

11. L’âme qui se répand dans les conversations inutiles, ou s’ingère sous des prétextes de piété, se rend souvent indigne des communications du divin Époux qui aime la retraite, le secret et le silence. Tenez votre grâce cachée : si vous êtes obligée de converser quelquefois, tendez avec discrétion à ne parler qu’assez peu et autant que la charité le pourra requérir; l’expérience nous apprendra l’importance d’être fidèle à cet avis.

12. Tous les états de la vie de Jésus méritent nos respects et surtout ses états d’anéantissement. Il est bon que vous ayez dévotion à sa vie servile; car il a pris la forme de serviteur, et a servi en effet son père et sa mère en toute fidélité et humilité vingt-cinq ou trente ans en des exercices très abjects et en un métier bien pénible; et pour honorer cette vie servile et abjecte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, prenez plaisir à servir plutôt qu’à être servie, et vous rendez facile aux petits services que l’on pourra souhaiter de vous, et notamment quand ils seront abjects et répugnants à la nature et aux sens.

13. Jésus dans tous les moments de sa vie voyagère a été saint, et c’est en iceux la sanctification des nôtres; car il a sanctifié les temps, desquels il nous a mérité l’usage, et généralement toutes sortes d’états et de créatures, lesquelles participaient à la malédiction du péché. Consacrez votre vie jusqu’à l’âge de trente-trois ans à la vie voyagère du Fils de Dieu par correspondance de vos moments aux siens, et le reste de votre vie, si Dieu vous en donne, consacrez-le à son état consommé et éternel, dans lequel Il est entré par sa résurrection et par son ascension. Ayez dès à présent souvent dévotion à cet état de gloire de notre bon Seigneur Jésus-Christ, car c’est un état de grandeur qui était dû à son mérite, et dans lequel vous-même, vous entrerez un jour avec lui, les autres états [d’anéantissement] de sa vie voyagère n’étant que des effets de nos péchés.

14. L’âme qui possède son Dieu ne peut goûter les vaines créatures, et à dire vrai, celui-là est bien avare à qui Dieu ne suffit268. À mesure que votre âme se videra de l’affection aux créatures, Dieu tout bon se communiquera à vous en la douceur de ses amours et en la suavité de ses attraits, et dans la pauvreté suprême de toutes créatures, vous vous trouverez riche [T4, p. 659] par la pure jouissance du Dieu de votre amour, ce qui vous causera un repos et une joie intérieure inconcevables.

15. Vous serez tourmentée de la part des créatures qui crieront à l’indiscrétion et à la sauvagerie : laissez dire les langues mondaines, faites les œuvres de Dieu en toute fidélité, car toutes ces personnes-là ne répondront pas pour vous au jour de votre mort; et faut-il qu’on trouve tant à redire de vous voir aimer Dieu?

16. Tendez à vous rendre passive à la Providence divine, vous laissant conduire et mener par la main, entrant à l’aveugle et en toute soumission dans tous les états où elle voudra vous mettre, soit qu’ils soient de lumière ou de ténèbres, de sécheresse ou de jouissance, de pauvreté, d’abjection, d’abandon, etc. Fermez les yeux à tous vos intérêts et laissez faire Dieu, par cette indifférence à tout état, et cette passivité à sa conduite, vous acquerriez une paix suprême qui [vous établira dans la pure oraison269] et vous disposera à la conversion très simple de votre âme vers Dieu le Créateur.

17. Notre bon Seigneur Jésus-Christ s’applique aux membres de son Église diversement pour les convertir à l’amour de son Père éternel, nous recherchant avec des fidélités, des artifices et des amours inénarrables. Oh! Que l’âme pure qui ressent les divines motions de Jésus et de son divin Esprit, est touchée d’admiration, de respect et d’amour à l’endroit de ce Dieu fidèle!

18. Renoncez à toute consolation et tendresse des créatures, cherchez uniquement vos consolations en Jésus, en son amour, en sa croix et son abjection. Un petit mot que Jésus vous fera entendre dans le fond de votre âme la fera fondre et se liquéfier en douceur. Heureuse est l’âme qui ne veut goûter aucune consolation sur la terre de la part des créatures!

19. Par la vie d’Adam, nous sommes entièrement convertis à nous-mêmes et à la créature, et ne vivons que pour nous-mêmes, et pour nos intérêts de chair et de sang; cette vie nous est si intime qu’elle s’est glissée dans tout notre être naturel, n’y ayant puissance dans notre âme, ni membre en notre corps qui n’en soit infecté; ce qui cause en nous une révolte générale de tout nous-mêmes à l’encontre de Dieu, cette vie impure formant opposition aux opérations de sa grâce, ce qui nous rend en sa présence comme des morts; car nous ne vivons point à Lui, mais à nous-mêmes, à nos intérêts, à la chair et au sang. Jésus au contraire a mené et une vie très convertie à son Père éternel par une séparation entière, et une mort très profonde à tout plaisir sensuel et tout intérêt propriétaire de nature, et Il va appelant ses élus à la pureté de cette vie, les revêtant de Lui-même, après les avoir dépouillés de la vie d’Adam, leur inspirant sa pure vie. Oh! Bienheureuse est l’âme qui par la lumière de la grâce connaît en soi la malignité de la vie d’Adam, et qui travaille en toute fidélité à s’en dépouiller par la mortification, car elle se rendra digne de communiquer à la vie de Jésus!

20. Tandis que nous sommes sur la terre, nous ne pouvons entièrement éviter le péché. Adam dans l’impureté de sa vie nous salira toujours un peu; nous n’en serons exempts qu’au jour de notre mort que Jésus nous consommera dans sa vie divine pour jamais, nous convertissant si parfaitement [à son Père éternel] par la lumière de sa gloire que jamais plus nous ne sentions l’infection de la vie d’Adam ni d’opposition à la pureté de l’amour.

21. La sentence que Notre Seigneur Jésus-Christ prononcera sur notre vie au jour de notre mort est adorable et aimable, quand bien par icelle il nous condamnerait, car elle est juste et divine, et partant mérite adoration et amour : adorez-le donc quelquefois, car peut-être alors vous ne serez pas en état de le pouvoir faire; donnez-vous à Jésus pour être jugée par lui, et le choisissez pour juge, quand bien même il serait en votre puissance d’en prendre un autre. Hugo, saint personnage, priait Notre Seigneur Jésus-Christ de tenir plutôt le parti de son Père éternel que non pas le sien : ce sentiment marquait une haute pureté de l’âme, et une grande séparation de tout ce qui n’était point purement Dieu et ses intérêts.

22. Notre bon Seigneur Jésus-Christ dit en son Évangile : bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Oh! En effet, bienheureuse est l’âme qui n’a point ici d’autre désir que d’aimer et de vivre de la vie du pur amour, car Dieu lui-même sera sa nourriture, et en la plénitude de son divin amour assouvira sa faim. Prenez courage, la faim que vous sentez est une grâce de ferveur qui n’est donnée qu’à peu. Travaillez à évacuer les mauvaises humeurs de la nature corrompue, et cette faim ira toujours croissant, et vous fera savourer avec un plaisir ineffable les douceurs des vertus divines.

23. Tendez à acquérir la paix de l’âme autant que vous pourrez par la mortification de toutes les passions, par le renoncement à toutes vos volontés, par la désoccupation de toutes les créatures, par le mépris de tout ce que pourront dire les esprits vains et mondains, par l’amour à la sainte abjection, par un désir d’entrer courageusement dans les états d’anéantissement de Jésus-Christ quand la Providence le voudra, par ne vouloir uniquement que Dieu et sa très sainte volonté, par une indifférence suprême à tous événements; et votre âme ainsi dégagée de tout ce qui la peut troubler, se reposera agréablement dans le sein de Dieu, qui vous possédant uniquement, établira en vous le règne de son très pur amour.

24. Il fait bon parler à Dieu dans la sainte oraison, mais aussi souvent il fait bon l’écouter, et quand les attraits et lumières de la grâce nous préviennent, il les faut suivre par une sainte adhérence qui s’appelle passivité.

25. Le spirituel dans les voies de sa perfection est sujet à une infinité de peines et de combats : tantôt il se voit dans les abandons, éloignements, sécheresses, captivités, suspensions; tantôt dans des vues vives de réprobation et de désespoir; tantôt dans les aversions effroyables des choses de Dieu; tantôt dans un soulèvement général de toutes ses passions, tantôt dans d’autres tentations très horribles et violentes, Dieu permettant toutes ces choses pour évacuer de l’âme l’impureté de la vie d’Adam, et sa propre excellence. Disposez-vous à toutes ces souffrances et combats, et souvenez-vous que la possession du pur amour vaut bien que nous endurions quelque chose, et partant soyez à Jésus pour tout ce qu’il lui plaira vous faire souffrir.

26. Derechef, je vous répète que vous soyez bien dévote à la Sainte Vierge : honorez-la dans tous les rapports qu’elle a au Père éternel, au Fils et au Saint-Esprit, à la sainte humanité de Jésus. Honorez-la en la part qu’elle a à l’œuvre de notre rédemption, en tous les états et mystères de sa vie, notamment en son état éternel, glorieux et consommé dans lequel elle est entrée par son Assomption; honorez-la en tout ce qu’elle est en tous les saints, et en tout ce que les saints sont par elle : suivez en ceci les diverses motions de la grâce, et vous appliquez à ces petites vues et pratiques selon les différents attraits. Étudiez les différents états de sa vie, et vous y rendez savante pour vous y appliquer de fois à autre; car il y a bénédiction très grande d’honorer la Sainte Vierge. Je dis le même de saint Joseph : c’est le protecteur de ceux qui mènent une vie cachée, comme il l’a été de celle de Jésus-Christ.

27. La perfection ne consiste pas dans les lumières, mais néanmoins les lumières servent beaucoup pour nous y acheminer, et partant rendez-vous passive à celles que Dieu tout bon vous donnera, et en outre tachez autant que vous pourrez à vous instruire des choses de la sainte perfection par lectures, conférences, sermons, etc., et souvenez-vous que si vous ne nourrissez votre grâce, elle demeurera fort faible et peut-être même pourrait-elle bien se ralentir.

28. L’âme de Jésus-Christ est le paradis des amants en ce monde et en l’autre; si vous pouvez entrer en ce ciel intérieur, vous y verrez des merveilles d’amour, tant à l’endroit de son Père que des prédestinés. Prenez souvent les occupations et la vie de ce tout bon Seigneur pour vos objets d’oraison.

29. Tendez à l’oraison autant que vous pourrez : c’est, ce me semble, uniquement pour cela que nous sommes créés : je dis pour contempler et [pour] aimer; c’est faire sur la terre ce que font les bienheureux au ciel. Aimez tout ce qui favorisera en vous l’oraison, et craignez tout ce qui lui sera opposé. Tendez à l’oraison pas vive, en laquelle l’âme sans violence entre doucement dans les lumières qui lui sont présentées, et se donne en proie à l’amour, pour être dévorée par ses très pures flammes suivant les attraits et divines motions de la grâce. Ne vous tourmentez point beaucoup dans l’oraison, souvent contentez-vous d’être en la présence de Dieu, sans autre opération que cette simple tendance et désir que vous sentez de L’aimer et de Lui être agréable; car vouloir aimer est aimer, et aimer est faire oraison.

30. Prenez ordinairement des sujets pour vous occuper durant votre oraison; mais néanmoins ne vous y attachez pas, car si la grâce vous appelle à d’autres matières, allez-y; je dis ordinairement, car il arrivera que Dieu vous remplissant de sa présence, vous n’aurez que faire d’aller chercher dedans les livres ce que vous aurez dans vous-même; outre qu’il y a de certaines vérités divines dans lesquelles vous êtes assez imprimée, que vous devez souvent prendre pour objets d’oraison. En tout ceci, suivez les instincts et attraits de la grâce. Travaillez à vous désoccuper et désaffectionner de toutes les créatures, et peu à peu votre oraison se formera, et il y a apparence, si vous êtes fidèle, que vous êtes pour goûter les fruits d’une très belle perfection, et que vous entrerez dans les états d’une très pure et agréable oraison : c’est pourquoi prenez bon courage; Dieu tout bon vous aidera à surmonter les difficultés que vous rencontrerez dans la vie de son saint Amour. Soyez fidèle, soyez à Dieu sans réserve; aimez l’oraison, l’abjection, la croix, l’anéantissement, le silence, la retraite, l’obéissance, la vie servile, la vie cachée, la mortification. Soyez douce, mais retenue; soyez jalouse de votre paix intérieure. Enfin, tendez doucement à convertir votre chère âme à Dieu, son Créateur, par la pratique des bonnes et solides vertus. Que Lui seul et son unique amour vous soient uniquement toutes choses. Priez pour ma misère et demandez quelquefois pour moi ce que vous souhaitez pour vous 270.

Extraits de lettres où Mectilde parle de Chrysostome

Les 26 lettres sont de Mectilde sauf une : 6 en 1644, 5 en 1645, 13 en 1646 où meurt Chrysotome, 2 en 1653. Rien de fondamental sauf un profond attachement à l’égard de Chrysostome (Mectilde est encore loin d’avoir achevé un détachement mystique), le transfert de direction que ce dernier confie à Bernières, la récolte difficile de ses écrits auprès de ses confrères du TOR, l’édition entreprise à Paris par Mectilde qui obtiendra trois approbations. Bernières est absent en tant qu’écrivain de lettres, mais il assurera l’édition complémentaire du volume publié à Caen, nettement plus d’intérêt à nos yeux. Voici des extraits de ces lettres271 :

15 février 1644 LMB Saint Maur («Notre bon Père» surchargé).

Je n’osais m’adresser directement à vous, sachant bien que présentement les affaires du Canada vous occupent, néanmoins j’étais pressée de vous demander par l’entremise de notre bon Frère Monsieur de Rocquelay l’assistance que vous m’avez donnée. Notre bon Père Chrysostome étant toujours surchargé d’affaires je ne l’ose l’importuner. De sorte que je supplie votre charité de souffrir que je m’adresse quelquefois à vous pour en recevoir ce que ma nécessité demande et ce que la gloire d’un Dieu vous oblige de me donner.

31 mars 1644 LMB (Des bons effets d’une direction appréciée).

Il n’y a rien dans cet écrit que vous puissiez faire transcrire, car de plus de mille personnes vous n’en trouverez point de ma voie ni qui lui soit arrivé tant de choses. Vous n’en verrez qu’un bien petit abrégé en cet écrit, car des grands volumes ne suffiraient pour contenir le tout. J’espère néanmoins que vous en concevez suffisamment pour admirer la bonté de Dieu qui m’a enlevée par les cheveux comme le Prophète. Le bon Père Chrysostome ne se peut tenir de remarquer quelle Providence de Dieu, et combien amoureuse sur une pécheresse comme moi. Toute la répugnance que je puis avoir de la vue de l’écrit, c’est certaines rêveries. [...]

Voilà aussi un petit billet qu’une de mes Sœurs écrit au Révérend Père Chrysostome, je vous supplie de me bien recommander à lui à Dieu encore une fois mon très cher Frère.

13 mai 1644 LMJ (sur les écrits du Père).

À Jourdaine de Bernières Le ciel vous récompensera de tout et singulièrement du saint petit livre que vous m’avez envoyé. On dit qu’il ne s’en trouve plus d’imprimé. Je vais le faire remettre sous la presse, car j’en désire quantité272. Vous avez fort bien compris dans la lettre de N273 ce que je demande de sa charité, et lesquelles choses il m’a promis. J’excuse le retardement qu’il apporte à me donner ce bien d’autant que je sais qu’il est si fort occupé de Dieu et employé ès œuvres de son service qu’il n’a pas le loisir d’effectuer ce qu’il m’a promis, mais puisque la Divine Providence vous a fait la dépositaire de ces trésors, je vous supplie en l’amour des sacrées plaies de notre très adorable Maître de me faire part des grands biens que vous possédez.

Entre autres choses, il m’a parlé de certains degrés de la parfaite abjection que notre bon Père Chrysostome a fait depuis peu, mais ils ne sont imprimés. Lui ayant dit que j’avais un imprimeur à ma liberté il m’assura qu’il me les enverrait avec la beauté divine et quantité d’autres choses, je ne sais s’il en a perdu le souvenir. Au temps qu’il pourra appliquer son esprit à ces choses, je supplie votre bonté de lui en parler. Cependant, de votre274 [26], soyez-moi favorable et prenez quelque pitié d’une âme dans toutes sortes de privations. Je vous renverrai fidèlement ce que vous m’envoyez après que je l’aurai copié.

19 août 1644 LMR (Visite attendue).

J’attends cette semaine notre très cher Père Chrysostome. J’attends quelque chose de sa charité pour une de mes sœurs d’ici et pour la Mère Benoîte. Je vous enverrai le tout lorsque je l’aurai, quand Notre Seigneur vous donnera quelque chose ensuite de sa divine soif. Je vous supplie m’en faire part afin qu’avec vous je puisse au mieux qu’il me sera possible désaltérer l’ardeur de mon Jésus et souffrir lors qu’il m’en rendra digne. Je vous laisse tout à lui et pour lui. Je suis/M./Votre etc.

21 octobre 1644 LMR (Voyage à Paris?)

J’attends cette semaine le bon Père Chrysostome pour l’entretenir sur les pensées d’une retraite que j’ai faite ces jours passés. Je vous enverrai ses sentiments sur ce que j’ai expérimenté. [...] Je vous supplie que notre cher N. se souvienne quelquefois devant Dieu de sa pauvre et indigne Sœur. On m’a dit qu’il devait bientôt venir à Paris. Je m’en réjouis, car certainement notre bon Père viendra à Saint-Maur avec lui. Très cher Frère, tâchez d’être de la partie et notre joie sera grande. Nous parlerons ouvertement de tout ce que nous aimons

10 décembre 1644 LMR Saint Maur (sur la Mère Benoîte, «une élue»).

Je viens de recevoir une lettre que notre bonne Mère Benoîte vous écrit. Je vous l’envoie vous suppliant de prendre la peine de lui écrire comme vous l’avez reçue. Je pensais vous envoyer la disposition, mais elle est encore entre les mains de notre bon Père Chrysostome. Je promets qu’aussitôt qu’il y aura fait réponse, je vous en enverrai la copie. Vous verrez un excès de la miséricorde divine à la sanctification de cette âme. C’est une élue.

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers (Voyage en Lorraine?)

À Monsieur de Rocquelay. Notre sortie de Paris a été en quelque sorte si précipitée qu’il me fut impossible de vous écrire selon que je l’avais projeté. J’appris de notre très honoré Père Chrysostome qu’il devait venir dans dix jours, mais il n’y avait pas moyen de retarder. Il me promit qu’il se souviendrait de moi dans les saintes conférences que vous ferez ensemble. [...] Je vous écris la présente à Voy, le dimanche 29 janvier 1645. Ce bourg est à 20 lieues de Rambervillers.

Février 1645 LMR Rambervillers («Suppliez-le»)

Priez Dieu pour nous, je vous supplie et m’obligez de prendre la peine de présenter nos humbles obéissances à notre bon Père Jean Chrysostome. Suppliez-le d’avoir mémoire de moi devant Notre Seigneur.

11 Août 1645 LMB (Maladie)

Je vous assure, Mon très cher Frère, que je vais prier Dieu en tous les lieux de ma connaissance pour la conservation de notre bon Père [Chrysostome]. Plus je fais de réflexion sur nos états plus je vois le besoin que nous avons de sa sainte conduite. Nous allons commencer une neuvaine de communions pour cet effet, nous adressant à la sacrée Mère de Dieu qui a tout pouvoir dans le Ciel. Chacune de nous en particulier le demande à Dieu. Je vous supplie, attendant votre réponse dans notre pauvre retraite de Saint-Maur, faites-moi savoir comme il se porte et puis que la divine Providence vous tient à Paris. Tâchez de le faire soulager, Monsieur de Saint-Firmin fut hier ici. Il me dit qu’il avait grand regret de n’être venu à Saint-Maur que vous y étiez. Il désire de vous voir. Il connaît [51] de très bons médecins. Voyez si je le dois prier de les consulter ou si vous prendrez la peine de parler vous-même aux médecins pour leur faire concevoir ses incommodités, il est important qu’ils en sachent les causes. Il me tarde d’apprendre ce qu’ils en auront conclu. Je voudrais être à Paris pour employer ma petite puissance à vous servir en cela. J’écris à monsieur Ameline sans lui parler de son affaire. Je laisse le tout à notre bonne Mère qui en peut parler comme il faut. Communiquez toutes choses à notre cher Père [Chrysostome] et ensemble conclure de ce qu’il convient faire pour la gloire de Dieu, et pour la perfection de celles qui seront destinées à cette œuvre.

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur

Je ne vous mande rien de particulier. Je suis trop pressée. Nos humbles et bien affectionnées recommandations à notre cher Père [Chrysostome] lorsque vous le verrez.

5 novembre 1645 LMB (Les assistances reçues)

Je vous supplie avant que de partir de me recommander à notre très cher et bon Père [Chrysostome], et le remerciez pour moi de tous les soins et [41] les assistances que j’ai reçus de sa bonté. Obligez-le par vos intimes prières d’être toujours mon père et mon cher directeur, puisque notre Seigneur me l’a donné par vous. Faites, je vous supplie, que ce bonheur me soit continué

10 Février 1646 LMB (Une maladie qui ne paraît pas grave)

Jésus pauvre275 soit l’objet de votre amour! J’ai reçu une de vos lettres c’est l’unique que j’ai reçue depuis la maladie de notre très cher Père [Chrysostome] [...] Ne vous mettez point en peine de son traitement, nous qui sommes près de lui. Nous en avons bien soin. Il m’a mandé qu’il y avait apparence que sa fièvre le voulait quitter et qu’il s’abandonnait à ce qu’il plairait à notre Bon Dieu d’en ordonner. Il nous fait aussi espérer de le voir dès les premiers beaux jours. Il faudrait que vous fussiez de la partie pour rendre la consolation entière.

26 Mars 1646 LMB ( conduit à l’extrémité?)

Fidélité sans réserve276! Sacrificate sacrificium, etc. Je n’espérais pas vous mander de si tristes nouvelles, mais [98] il ne faut point différer de vous dire que notre très cher Père [Chrysostome] reçut hier au soir l’Extrême-Onction. Aujourd’hui matin, le médecin m’a mandé qu’il était à l’extrémité. Je vous laisse à penser quelle surprise et quel choc j’ai reçu à ces nouvelles. Il sortit d’ici mercredi, fête de notre Bienheureux Père277. Il était en si bonne disposition que j’en étais toute ravie. Il retourna trop tôt pour nous, car venant d’un bon air, le lendemain il retombe dans sa maladie dont les médecins conclurent qu’il lui fallait tirer du sang. Ce qui l’a réduit dans l’extrémité où il est, on n’en attend plus que la disposition de l’ordre divin. Je ne vous puis dire combien une telle perte me touche. Encore, si vous étiez ici pour lui rendre les derniers devoirs comme à notre très cher et très honoré Père!

C’est à présent que nous entrons dans le vrai dépouillement, car il me semblait qu’en le possédant, je jouissais d’une précieuse richesse. Je dirai désormais : «Mon Père qui êtes aux Cieux», puisque je le crois dans la béatitude éternelle s’il meurt. Et je commence déjà à le prier fervemment qu’il me donne secours du ciel comme il l’a fait en la terre pour aller à mon Dieu. J’ai mandé au bon Frère Jean [Aumont]  de vous avertir promptement de tout. Je ne sais s’il l’aura fait. Je finis, attendant des nouvelles de ce saint Père, j’envoie savoir comme il est. Je vous laisse dans la douleur de notre perte. Pour moi, je me sens comme abîmée dans le divin plaisir de mon Dieu avec agrément de toute [99] privation que je ressens très grande pour me donner moyen de me sacrifier de la bonne façon. À Dieu, mon très cher Frère, et pour l’avenir, mon Père et mon Frère. Au saint amour, je suis,/M/Votre, etc.

16 Avril 1646 LMJ. (La mort — Obtenir ses écrits — Une petite ceinture de fer)

À la Mère Jourdaine de Bernières, Supérieure des Ursulines de Caen.

Je voudrais vous pouvoir dire combien la mort de notre très saint Père Jean Chrysostome me dépouille des créatures. Il me semble que je n’ai plus de secours en terre et que je me dois désormais toute renfermer dans Dieu, où je trouverai celui qu’il a retiré de la terre pour l’abîmer dans l’éternité de son divin amour. Je vois néanmoins que mon dénuement n’est pas entier puisqu’il me reste la chère consolation d’écrire à notre cher Frère et de recevoir ses avis et les vôtres. Notre saint Père nous a instamment recommandé la communication avec grande franchise : ce sont ses dernières paroles que j’observerai toute ma vie à votre endroit et celui de nos deux bons frères. Ce fut l’avis qu’il me donna pour, après sa mort, conserver entre nous son esprit et ses hautes maximes de perfection qu’il nous enseignait de pratiquer. Je suis très aise que l’on vous écrivît sa mort. Le bon Père Elzéar, son bon parent, nous vint voir et se chargea de nos lettres qui vous exprimaient quelque peu de ma douleur. Je ne sais si vous l’avez reçu. Quoiqu’il en soit, ne vous mettez pas en peine de ma santé. Elle sera toujours bonne lorsque je ne désisterai point de me rendre à Dieu. J’écrivis ces jours passés à notre très Cher Frère où je lui mandais que notre saint Père demeurait toujours en abjection dans l’esprit de quelques-uns de leur maison, et Frère Jean m’a mandé qu’il n’en faut point parler.

J’avais prié Monsieur de N. de faire effort pour nous avoir quelques-uns de ses écrits, mais particulièrement celui des attributs divins. Il les a demandés avec trop peu de ferveur et, comme le Provincial lui demandait s’il les voulait voir et lire, j’en fus fâchée, car s’il les eût pris pour quinze jours, je les aurais fait copier. Je vois bien que ce bon M. n’était pas un de ses fidèles enfants. Il faut néanmoins que je fasse un second effort pour les avoir, mais j’attendrai l’avis de notre bon Frère auquel j’ai écrit de ceci. Le Révérend Père Elzéar vous fera bien mieux que moi le récit de la mort de notre digne Père. Je crois qu’il est présentement à Caen.

J’espère être demain ou après sur le tombeau de notre saint Père où certainement je verserai beaucoup de larmes. Je me souviendrai de vous, ma très Chère Sœur, car j’ai une grande confiance à ses prières et, depuis sa mort, j’ai reçu beaucoup de miséricordes et grâces très particulières. Je le prie en mes oraisons et je m’en trouve bien. Frère Jean désire de nous voir. J’apprendrai encore quelque chose de lui. J’ai demandé quelque chose pour conserver comme relique, mais je n’ai pas été digne d’obtenir ce que je désirais. Un peu avant sa mort, il m’avait donné sa petite ceinture de fer qu’il a portée beaucoup d’années. Je la garde bien chèrement et duquel je voulais vous en écrire et à notre cher Frère, mais j’attendais encore pour voir si ma disposition est solide.  

24 Juin 1646 RMR («Un souvenir très particulier» - Projet de publication)

Le jour de la Saint Jean [Baptiste], qui est la fête de notre très cher frère duquel j’ai eu un souvenir très particulier. Dieu seul! Monsieur, Jésus nous soit uniquement toutes choses à jamais! Je me réserve de vous écrire après le départ de notre chère Mère où j’espère avoir plus de loisir qu’à présent. Cependant votre bonté m’oblige de vous écrire ce mot pour vous assurer que j’ai reçu les deux livres que notre très cher Frère [Bernières] nous envoie (par votre bon voisin). Je l’en remercie de tout mon cœur et vous aussi. C’est pour une bonne demoiselle de nos bienfaitrices qui nous les a demandés très instamment. Vous nous avez obligée extrêmement. Je [ne] prétends point vous entretenir par la présente. Je me réserve à vous raconter mes dépouillements qui semblent s’accroître tous les jours, mais d’une manière que je ne sais si je vous la pourrai dire. Je vous supplie de dire à notre très cher et très bon Frère que s’il veut faire imprimer quelque écrit de notre bienheureux Père [Chrysostome)] que monsieur le Curé de Saint-Jean en Grève à Paris me promet telle approbation que je voudrais pour les écrits de ce digne personnage. Que notre cher Frère voie s’il est à propos de faire imprimer la sainte abjection. Une autre personne s’offre à payer les frais qu’il y faudra faire. Je suis dans l’attente de deux témoignages de deux bons prêtres, grands serviteurs de Dieu, qui ont eu connaissance particulière de la béatitude de notre saint Père. Je vous les enverrai si notre Seigneur me rend digne de les posséder. J’ai vu son portrait. On me l’apporta jeudi dernier, mais il a si peu de ressemblance à son original que j’ai prié le peintre d’en faire un autre. Je lui ai dit les défauts que j’y trouvais. Il m’a promis d’y travailler au bref. La vue de son image quoique mal faite m’a extrêmement touchée et causé de si grands respects que s’il eût été bien naturel, je me fusse jetée en terre pour le révérer et le baiser dans un grand sentiment d’humilité, mais il avait si peu de rapport que s’il ne m’eût assuré qu’il l’avait (peint) pour représenter ce saint Père, je ne l’aurais jamais pris pour cela.

7 juillet 1646 RMB (Confiée à Bernières)

Ayez pitié de mes pauvretés et me prêtez secours pour aller à Dieu. Notre Père [Chrysostome] m’a ordonné d’avoir recours à votre charité et je vous demande l’aide que vous me devez par son saint amour, pour ne point tomber dans une infidélité qui ne se pourrait bonnement réparer.

28 Juillet 1646 RMB Le Bienheureux Grégoire Lopez – Elle se confie à Bernières)

Je commençai le lendemain que j’ai reçu votre lettre qui était le 20 juillet, la fête du bienheureux Grégoire Lopez278. Je fus extrêmement aise [77] de me pouvoir donner à la puissance et à l’amour de Jésus Christ avec ce grand saint. Notre bienheureux Père [Chrysostome] m’a bien recommandé de l’aimer et de tâcher de l’imiter dans sa haute pureté. Il est vrai que la divine miséricorde m’a fait beaucoup de grâces, mais il faut que vous connaissiez mes infidélités aussi bien que les faveurs que je reçois de notre bon Seigneur. Elles sont extrêmes et la négligence que j’apporte à la grâce est un défaut épouvantable, car il me semble que mon esprit ne devrait plus être ni avoir vie qu’en Jésus-Christ. Je sens un grand désir d’user de la simplicité dont vous nous parlez dans les vôtres pour par icelles avoir moyen d’accomplir les conseils de notre bon Père, mais je vous supplie, avertissez-moi en toute franchise et liberté de ce que vous remarquerez être contraire à l’esprit de Jésus Christ. Vous ne pouvez refuser cette grâce sans offenser sa charité qu’il a mise en vous et qu’il prend plaisir d’y régner.

21 Août 1646 RMB (Bernières saint Ange)

Je remarque qu’au temps que vous pouvez posséder ce bonheur, je priais plusieurs jours de suite mon saint ange [P. Chrysostome] de faire prier cette sainte pour moi. Hélas, je ne pensais pas pour lors que vous deviez faire l’office de mon Ange.

5 septembre 1646 L 1,34 Pauvres de toutes créatures, ne vivons que de Dieu purement en Dieu. (Union).

Ma très chère Sœur, pauvres de toutes créatures, ne vivons que de Dieu purement en Dieu. Ce doit être à présent là notre principale occupation, puisque ce que nous possédions de plus cher en la terre est tellement en Dieu, qu’il sera éternellement une même chose avec Lui. Nous ne pouvons donc désormais être unis à ce cher père [Chrysostome] que nous ne soyons unis à Dieu. Et c’est ce qui nous doit faire estimer notre privation, puisqu’elle nous conduit à une si parfaite union.

26 Septembre 1646 RMR

J’ai bien de quoi vous entretenir de notre bon Père et de notre cher Ange [Chrysostome et Bernières]. Priez Dieu pour moi de tout votre cœur. Je vous enverrai deux dispositions intérieures bien jolies. À Dieu, mon très cher Frère! Que Jésus vous consomme de son divin amour et nous favorise d’une pauvreté suprême de toutes créatures, d’une souffrance sans consolation d’aucune créature!

5 Octobre 1646 RMR (Récolte d’écrits, portrait)

J’attends avec affection le traité de la sainte abjection de notre B. P. [Chrysostome]. J’ai un imprimeur tout prêt qui désire avec passion de l’imprimer et deux excellents docteurs qui donneront leur approbation. Voyez si vous voulez prier Monsieur de Barbery d’y joindre la sienne. Si vous m’aviez donné la beauté divine, il y a longtemps que cela serait fait. Je vous supplie, que ce soit au plus tôt et me mandez, s’il vous plaît, si notre très cher frère le veut en petit livre ou en cahier. Envoyez-moi un petit morceau de papier de la largeur et longueur que vous le désirez. Voilà une copie de son portrait que le peintre m’a envoyé, mais je l’ai trouvée si mal rapportant à son original que je l’ai prié d’en faire d’autres et lui ai dit les défauts que j’y remarque. Celui-ci n’en a quasi point de ressemblance. Le second qu’il a fait est beaucoup mieux. J’espère qu’au troisième, il réussira et puis il nous en fera des tableaux à l’huile plus solides que celui-ci. Montrez-le, s’il vous plaît, et leur demandez s’ils ont reçu nos lettres.

23 Octobre 1646 RMB («il me semble que j’ai changé de disposition»)

Dieu seul et il suffit!

Depuis la mort de notre bon Père [Chrysostome], il me semble que j’ai changé de disposition et je ne sais si vous avez vu quelque petite chose, mais grande pour moi, que j’ai reçue de la divine bonté. Entre autres choses (Je serais trop longtemps à dire le reste), il me fut donné d’entendre que cette année était pour moi une année de miséricorde et, pour vous parler franchement, il ne se passe guère de jours que je n’en reçoive de nouvelles. Je les attribue au mérite et à l’intercession de notre bon Père et admire une chose en lui à mon égard. La première fois que je m’en aperçus fut peu de jours après sa bienheureuse mort. Je me sentis poussée intérieurement de demeurer environ deux heures à genoux, les mains jointes, et mon âme se trouvait dans un si grand respect que je ne pouvais me mouvoir à l’extérieur. Au commencement, je faisais une très humble et très douce prière à notre bienheureux Père de me donner part à son esprit. Enfin je désirais avoir liaison avec son âme, et entrer dans ses fidélités au regard de la grâce, et après cette petite prière je me trouve dans un grand silence. Mon âme adhérait passivement à son lieu et on me tenait en état de recevoir de grandes choses. Dans ce silence et ce grand recueillement de toutes mes puissances, il se fit en mon âme une impression de l’esprit de Jésus Christ et cela se faisait, tout mon intérieur était rempli de Jésus Christ, comme une huile épanchée, mais qui opérait une telle onction, que depuis ce temps-là, il m’en a toujours demeuré quelque sentiment, mais ceci fit des effets tout particuliers en moi.

Pour notre refuge ici, nous vivons comme des enfants attachés à la sainte Providence qui nous subvient en nos besoins. Notre bon Père [Chrysostome] nous a très instamment exhortées en ses derniers jours d’établir ce refuge et d’en faire une retraite d’âmes ordonnées et attirées à l’oraison.

Ne devons-nous pas plus espérer de vous voir, mon très cher Frère? [Ne] viendrez-vous pas visiter le tombeau de notre bon Père [Jean Chrysostome] et par même moyen consoler de votre présence ses pauvres enfants? Je n’espère pas encore retourner en Lorraine, mais si cela est, il faut auparavant que vous me fassiez la grâce de me faire voir la bonne âme de Coutances. Je ne crois pas que Notre Seigneur désagrée cela (sic). J’espère qu’il vous en donnera la pensée. Pour les commodités du voyage, j’y mettrai bon ordre et sans bruit. Il suffirait que vous y trouvassiez pour nous y donner accès.

Le bon Frère Jean [Aumont] vous salue d’une entière affection, et vous remercie de tout son cœur de la peine que vous avez prise pour son dessein. Il est tellement rempli de la divine grâce, à présent, qu’il a perdu tout autre désir.

6 Novembre 1646 RMB (« vous êtes mon bon Frère et celui qui m’est donné de Dieu par la bouche de notre bon Père.»). 

3/Je crains de perdre l’esprit d’oraison qu’il semble prendre quelque petit accroissement, celui de pénitence et de sainte pauvreté et abjection que notre bon Père [Chrysostome] nous a si saintement imprimées en notre esprit.

À Dieu, mon très cher Frère! Voyez avec quelle simplicité je vous écris. Vous le voulez bien, car vous êtes mon bon Frère et celui qui m’est donné de Dieu par la bouche de notre bon Père.

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu.

J’espère d’être bientôt en l’état que la direction du Père Chrysostome avait tant approuvé, et m’avait conseillé de la part de Notre Seigneur. Que N. lui offre, s’il lui plaît, je l’en prie de tout mon cœur, afin que dépouillé de moi-même, je sois revêtu de Jésus-Christ.

1er Décembre 1653 lettre à Monsieur Henri Boudon

Mon très cher frère279 Jésus soit notre unique vie pour le temps et l’éternité. Il y a quelque dix ou douze jours que je suis incommodé d’un gros rhume qui m’a empêché de répondre à vos précédentes dont je vous remercie, ayant reçu beaucoup de consolation à les lire. Je réponds présentement à votre dernière et voici une lettre pour notre chère Mère de St Jean toute conforme a vos intentions que vous lui ferez tenir en la manière que vous le jugerez à propos. Jamais cette bonne mère ne m’a parlé de Madame de Guise.

Lettre datée du 12 avril 1646 de Benoîte de la Passion à Mectilde

à notre révérende Mère Institutrice réfugiée à Saint-Maur :

«Vive l’anéantissement sacré de mon Dieu! Par la lecture de votre lettre, j’ai appris que notre cher Père avait quitté la terre pour aller au ciel. J’eus une grande émotion de cœur qui me continua le long du jour (c’était le dimanche de Quasimodo). Cette émotion contenait en soi une grande ardeur d’esprit, qui brisait quasi les forces du corps. L’espérance, la réjouissance de sa béatitude emportait le dessus sur la tristesse. Au commencement de l’office des morts, je fus outré de nouveau d’une grande tristesse, mais l’intime complaisance au vouloir de ce grand Dieu ne permit point que les larmes coulassent. Il me semblait que mon âme se fondait en dilection du bon plaisir de Dieu. Étant en oraison après Vêpres, il me fut montré comme dans une nuée assez claire, que la perte que nous avons faite se trouvait dans le ciel, qu’on ne pouvait pas dire en vérité l’avoir perdu, que les pertes que l’on fait en Dieu se retrouvent pleinement en Lui.

Vous savez, ma très Chère Mère, combien j’ai perdu, parlant humainement, néanmoins il n’était pas en mon pouvoir d’en faire le sacrifice à ce Dieu d’amour, parce que mon vouloir était tout anéanti dans le vouloir divin. Je ne saurais dire, ma très Chère Mère, l’occupation de mon esprit tout ce jour-là. J’aime autant en béatitude, et même davantage que l’assistance que j’en recevais lorsqu’il était en terre. Il nous peut beaucoup plus servir en ces hauts lieux qu’en cette vallée de larmes. Je suis bien plus près de lui à présent que lorsqu’il était vivant à Paris, parce que nous le trouvons en Dieu.

Il faut que je vous dise, ma Chère Mère, qu’un peu avant la mort, une nuit en dormant il me semblait voir un religieux de l’ordre de Saint-François, grandement vénérable, qui me parlait de Dieu et des choses de la perfection avec beaucoup de dilection pour moi. La nuit suivante, je vis le même religieux dans un lieu où il y avait une grande assemblée de peuple, entr’autres vous y étiez, Chère Mère, et notre Mère Prieure et une religieuse. Ce digne religieux était un peu éloigné de nous et tenait dessous ses pieds un serpent et beaucoup de bêtes venimeuses qui dans mon esprit représentaient le diable, la chair et le monde. Les ayant ainsi subjuguées, il s’en alla avec grande vitesse et agilité dans un lieu très haut et délicieux. Étant dans ce lieu délectable, il regardait toute l’assistance avec une grande douceur. Qu’est ceci, disais-je en moi-même? Ne serait-ce point le Père Chrysostome qui s’en ira bientôt à Dieu? Ma Chère Mère, je vous dis ceci en simplicité, et je n’y fais aucun fondement

Tables

1.Table d’ensemble :

Ce dossier contient de larges extraits prélevés dans les sources qui nous éclairent sur les débuts de «l’école du cœur» :

Présentation

Les débuts du tiers Ordre franciscain — Vincent Mussart — Notices (J.-M. de Vernon)

La Vie d’Antoine Le Clerc, sieur de la Forest (J.-M. de Vernon)

L’Homme Intérieur ou La Vie du Vénérable Père Jean Chrysostome (Henri-Marie Boudon)

Divers exercices de piété et de perfection (Chrysostome de Saint-Lô édité par M. de Bernières)

Divers traités spirituels et méditatifs (Chrysostome de Saint-Lô édité par Mère Mectilde)

: Monsieur de Bernières et Mère Mectilde (Extraits prélevés dans les sources précédentes)


J’omets la transcription de près de la moitié des Divers exercices de piété et de perfection, gros assemblage de six cents pages d’écrits recueillis «de notre bon Père». Il s’agit d’exercices méditatifs et ascétiques. Ils soulignent les épreuves subies par Jésus-Christ, le modèle pour François d’Assise qui fut fidèlement repris à l’Ermitage de Caen. Ils constituaient des supports utilisés tous les jours et lors des retraites par les Associés de l’Abjection. Marquées par un esprit de grande humilité et de simplicité franciscaine, mais aussi par le dolorisme propre aux dévots du Grand Siècle, des sections sont écourtées lorsqu’elles s’avèrent répétitives et mettent alors mal en valeur la fraîcheur spontanée propre à la vie des mystiques. Par contre la dernière partie de l’assemblage livre les directions personnelles assurées par le P. Chrysostome. Elle est admirable.



2.Table détaillée

Présentation 7

Les origines et le sieur de la Forest (1563-1628)7

Le maître caché des mystiques normands9


Les débuts de l’Ordre & Vincent Mussart 13

Article XVIII. La restauration des tertiaires réguliers en France en 1595 par le révérend père Vincent Mussart ou de Paris.15

Article XIX. Le père Vincent de Paris surmonte des difficultés extrêmes dans le rétablissement du tiers Ordre Régulier.16

Article XX. Le progrès de la congrégation gallicane depuis le commencement de sa réforme.18

[Election du P. Chrysotome provincial de France]18

§.XXII. Les personnes remarquables de la province de Saint-François [Vincent de Paris annote Denis le Chartreux]18


Notice sur le P. Chrysostome19


La Vie d’Antoine Le Clerc, sieur de la Forest 23

Chapitre premier. Sa jeunesse et sa science.25

Chapitre II. Ses exercices de piété.27

Chapitre III. Son degré d'oraison, et son esprit prophétique.29

Chapitre IV. Continuation du sujet précédent.32

Chapitre V. Sa préparation à la mort.34


L’Homme Intérieur ou La Vie du Vénérable Père Jean Chrysostome 39

Première partie42

Chapitre II. La naissance et l’éducation du vénérable Père Jean Chrysostome.42

Chapitre III. Son entrée dans le cloître.43

Chapitre IV. Ses excellentes vertus dans l’état religieux.44

Chapitre VI. Sa pureté angélique.46

Chapitre VIII. Sa fidélité inviolable aux exercices spirituels.47

Chapitre X. Sa vertu éminente dans ses différents emplois, et les bénédictions abondantes que Dieu y a répandues.47

Deuxième partie.50

Chapitre Premier. De sa haute estime pour Dieu.50

Chapitre II. Du pur amour que le vénérable P. Jean Chrysostome e eu pour Dieu.51

Chapitre V. De son entier abandon à la Divine Providence.53

Chapitre VI. De la sainte haine qu’il s’est portée.54

Chapitre VIII. De son rare amour pour la vie cachée.56

Chapitre IX. De son amour admirable pour la vie abjecte.57

Chapitre X. De son amour insatiable pour les croix.57

Troisième partie58

Chapitre III. De sa dévotion aux mystères de l’aimable Jésus.58

Chapitre IV. De son Oraison.58

Chapitre VII. De sa charité pour le prochain.59

Chapitre VIII. De la sainteté de sa conduite. Eloge de M. de Bernières et de M. de la Forêt.60

Chapitre IX. De ses traités spirituels.71

Chapitre X. De sa dernière maladie et précieuse mort.71

Chapitre Xl. Sa mémoire est en bénédiction.76

Présentation des écrits de Chrysostome publiés par ses disciples Bernières et Mectilde79

Note sur la direction de Bernières par le P. Chrysostome82


Divers exercices de piété et de perfection 83

(page de titre, face au beau portrait de Chrysotome :) « La Solitude des cinq jours. De la souffrance de Jésus dans le mépris d’Hérode »84

Approbations des Docteurs.84


[Première partie paginée de 1 à 212 ] ]87


Premier exercice traitant de la sainte vertu d’abjection87


Premier traité : de la sainte abjection.87

La société spirituelle de la sainte abjection87

Avis.87

Règles de la société.87

Chapitre premier87

La Sainte protestation d'Abjection qui se doit faire ensuite de la messe en laquelle on aura communié.89

Exercice journalier de cette sainte société.90

Chapitre II.90


Traicté second. États différents et diverses pratiques de la sainte abjection.93

Advis93

Chapitre I. Vues ou lumières surnaturelles de la superbe d’Adam93

Chapitre II. Abjection dans le rien de l’être94

Chapitre III. Abjection de Providence.95

Chapitre IV. Abjections d'inutilité.95

Chapitre V. Abjection dans les contradictions.96

Chapitre VI. Abjection dans le péché.97

Chapitre VII. Abjections dans notre peu d'esprit, nos sottises, et nos impertinences.97

Chapitre VIII. Abjection dans la pauvreté des créatures.99

Chapitre IX. Mépris de l'esprit humain et mondain.99

Chapitre X. Sacrifice d'Abjection.100

Chapitre XI. Affliction de l'éclat et de l'excellence.101

Chapitre XII. Silence dans l'Abjection.102

Chapitre XIII. Souhait d'abjection à l'infini.103

Chapitre XIV. Espérance d'abjection.104

Chapitre XV. Éternité d'abjection.105

Chapitre XVI. Vue intellectuelle et surnaturelle de l'abjection de Jésus-Christ.106

Chapitre XVII. Paix suprême en l'abjection.107

Chapitre XVIII. Joie intellectuelle d'abjection.107

Chapitre XIX. Tourment d'amour en l'Abjection.108


Troisième traité. Méditations brèves pour adorer imiter Jésus en ses différents états d'Abjection.109

Méditation I. De l'abjection de Jésus en son état éternel et divin.110

Méditation II. De la sainte abjection de Jésus en sa sainte conception.111

Méditation III. De l'abjection de Jésus naissant de pauvres parents.113

Méditation IV. De l'abjection de Jésus durant les neuf mois de la grossesse de la Vierge.114

Méditation V. De la Sainte abjection de Jésus naissant en Bethléem.114

[Liste de méditations omises]115

Méditation XXV. De l'abjection de Jésus dans le mépris d'Hérode.115

Méditation XXVI. De l'abjection de Jésus en sa flagellation.116

Méditation XXVII. De l'abjection de Jésus couronné d'épines et revêtu du manteau de pourpre.118

Méditation XXVIII. De l'abjection de Jésus dans la souffrance Ecce Homo.119

Méditation XXIX. De l'abjection de Jésus jugé à mort.121

Méditation XXX. De l'abjection de Jésus dans son crucifiement.122

Méditation XXXI. De l'abjection de Jésus dans le délaissement divin.123

Méditation XXXII. De l'abjection de Jésus fils de Dieu après la mort.124


IV. Traité. Méditation d'abjection en la vue de la divinité.126

Avis.126

Méditation I. D'abjection en la vue de l'existence divine.127

Méditation II. D'abjection en la vue de la spiritualité divine.129

Méditation III. D'abjection en la vue de la simplicité divine.129

Méditation VII. D'abjection en la vue de l'immensité divine.131

[Méditation VIII. D'abjection en la vue de l'immutabilité divine omise de même que Méditations IX et X]132

Méditation XI. D'abjection en la vue de l'incompréhensibilité divine.132

[Méditation XII. D'abjection en la vue de la vérité divine omise ainsi que les suivantes de XIII à XXI]133

Méditation XXII. D'abjection en la vue de la Providence divine.133

Méditation XXIII. D'abjection en la vue de la souveraineté divine omise ainsi que les Méditations XXIV à XXIX.134

Méditation XXX. D'abjection en la vue de Dieu bienfaisant.134

Avis.135

[Table des divers traités contenus en ce troisième exercice omise]135


[Deuxième partie paginée de 1 à 240] 136


La dévotion de la Sainte Agonie de Jésus que l'on peut pratiquer durant le Saint Carême.136

Avis.136

I. Méditation. Pour le dimanche. De la sueur de sang.136

II. Méditation. Pour le lundi. La confusion de Jésus dans la sainte agonie.137

III. Méditation. Pour le mardi. De Jésus faisant justice de nos péchés au père éternel dans la sainte Agonie.138

IV. Méditation. Pour le mercredi. Du père éternel courroucé contre Jésus en tant que revêtu de nos péchés.138

V. Méditation. Pour le jeudi. De la vive appréhension des peines que Jésus souffrit dans la sainte Agonie.139

VI. Méditation. Pour le vendredi. De la vue du déicide et du mésusage des souffrances de Jésus.140

VII. Méditation. Pour le samedi. De la soumission de Jésus au décret du père éternel dans la sainte Agonie.141


La solitude de cinq jours, De la souffrance de Jésus dans le mépris d'Hérode.142

L'usage de cette solitude.142

Texte des évangélistes de la souffrance du mépris de Jésus chez Hérode.143

I. Journée. Méditation de la souffrance de Jésus dans le mépris d'Hérode.143

[II. Journée. Méditation sur le même sujet par voie affective omise comme la IIIe ]145

IV. Journée. Méditation de la soif, du mépris qui travailla Jésus en esprit d'amour, durant la souffrance de ce saint mystère.145

[V. Journée omise. Affections ou oraisons jaculatoires omises. Diversités spirituelles que l’exercitant lira durant cette solitude omises]148

Les neuf degrés du mépris de soi-même, par lesquels en l'union de celui de Jésus, le spirituel tend à la sainte perfection.148

[Le mépris de Jésus, extrait de ce qu'en dit la B. Angélique de Foligy au Chap. 60 de ses œuvres. Omis. - Les vues intellectuelles du mépris de Jésus, extraite en partie de la bien heureuse Angélique de Foligny. Remis. Omis. Vision admirable du mépris que Jésus a souffert pour notre rédemption. Omis.]151

[Dévotion du saint mépris de Jésus-Christ de sainte Élisabeth, fille d’André Rois de Hongrie, et Religieuse du tiers Ordre de Saint-François. Omis.]151

[Omission des entrées suivantes]151

Exercice méditatif des dix jours151

[L’ensemble courvrant les pages 133 à 240 est omis sauf pour exemple pages 190 194 ci-après :]151


[Troisième partie paginée de 1 à 136] 153


Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur […]153

Règle de perfection que le susdit auteur s'était prescrit à soi-même.153

Lettre d'un certain Spirituel Ecclésiastique où il déclarait ses dispositions au Père, et requérait ses avis.159

Réponse du sage Directeur.160

Voici donc mes petits avis pour la pratique de votre oraison.163

Autre lettre du même Ecclésiastique.165

Réponse du Révérend Père, sur les articles particuliers qui étaient décrits bien au long dans la lettre susdite.165

Autres propositions du même.167

Autres propositions et réponses à diverses personnes religieuses et autres.169

Premièrement.169

Réponses du Révérend Père.170

Autres réponses à une religieuse.174

À une autre religieuse.176


À une religieuse.177

Lettre sur ses dispositions, exercices, et pratiques.177

Autre lettre.181

Autre lettre.182

Autres avis de conduite à diverses personnes.184

Tant sur l'oraison et contemplation, que sur les pratiques des plus pures vertus chrétiennes, selon l'esprit et la grâce de la perfection évangélique.184

1. Lettre. “J'ai lu et considéré la vôtre…”184

2. Autres avis au même. “J'ai lu et considéré vos articles…”186

3. Autres propositions d'un certain spirituel, et les réponses du Père. “Je suis souvent dans l’état de douceur et d’amour…”186

4. Autres propositions et réponses. “Dites-nous un peu mon cher Père…”189

5. Autre lettre d'un spirituel, et les réponses du Père. “Depuis que je vous ai obéi…”190

6. Autre lettre en forme de propositions, et les réponses. “…dans une grande obscurité intérieure…”191

7. Autre lettre de réponse du Père à un spirituel. “J’ai considéré votre dernière lettre, et je demeure dans mon sentiment…”195

8. Autre lettre et réponse. “J'ai lu et considéré le rapport de votre oraison”196

9. Autre lettre du révérend Père. “Notre cher frère et ami en J.C.”197

10. Autres propositions et réponses, touchant la pratique de quelques conseils évangéliques.199

11. Autre réponse à un bon serviteur de Dieu. “Notre très cher frère en Jésus-Christ”200

12. Autre lettre à un spirituel, fidèle et fervent. “J'ai considéré vos lettres…”201

13. Autres propositions ou déclarations de l'intérieur d'une âme, et les réponses du révérend Père.203

14. Autre lettre adressant au Père, et ses réponses. “Depuis l'avis que vous m'avez donné, que c'est l'ordre de Dieu…”207

15. Autres propositions et réponses sur l'oraison, etc.209

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.210


Divers traités spirituels et méditatifs 214

A Madame de Puisieux.216

Advis nécessaire au Lecteur.217

Traité premier, Le Temps, la mort et l’éternité.220

Considérations sur le bon usage du temps.220

Méditation de la mort222

Vérités pour concevoir devant Dieu notre abjection infinie.226

Considérations de l'Eternité.227

Chapitre I.227

Pensées affectives sur l'éternité de Dieu.233

Chapitre II. De l'antécédente.233

Pensées affectives sur l'éternité.236

Du paradis. Chapitre III. À toute éternité.236

Pensées terribles de l'éternité de l'Enfer.241

Chapitre IV.241

Pensée d'éternité d'un certain solitaire, et d'un autre serviteur de Dieu.242

Chapitre V.242

Traité second. La Sainte Désoccupation de toutes les créatures, pour s’occuper en Dieu seul.246

Maximes de désoccupation. (Page 113).252

Examen de la désoccupation.253

Les degrés de la sainte désoccupation des créatures, pour s'occuper en Dieu seul.262


Traité troisième. Les Dix Journées de la sainte Occupation, ou divers Motifs d’aimer Dieu et s’occuper en son Amour.274

Advis préliminaire.274

Première journée. Motifs de l'amour divin.275

II. Journée. Motifs de l'Amour Divin.277

III. Journée. Motifs de l'Amour Divin.280

IV. Journée. Motifs de l'Amour divin.282

V. Journée. Motifs d'Amour Divin.284

VI. Journée. Motifs d'Amour Divin.286

VIII. Journée. Motifs d'Amour Divin.290

IX. Journée. Motifs d'Amour Divin.292

X. Journée. Motifs d'Amour Divin.294


Traité quatrième. Exercice sur la vie de Saint Élisabeth, imitant Jésus, en forme d'examen sur les vertus.296

De la marque d'une future sainteté éminente. Exercice I.296

De la dévotion. Exercice II.296

De l'Amour Divin. Exercice III.297

De l'amour du prochain. Exercice IV.297

De l'amour des Pauvres. Exercice V.298

De l'amour des pécheurs. Exercice VI.298

De l'amour des ennemis. Exercice VII.299

De la sainte abjection et humilité. Exercice VIII.300

De la sainte pauvreté. Exercice IX.300

De la pure virginité. Exercice X.301

De la sainte obéissance. Exercice XI.302

De la volonté de Dieu. Exercice XII.302

Du zèle de la gloire de Dieu. Exercice XIII.303

Des inspirations divines. Exercice XIV.303

Du saint amour de la perfection. Exercice XV.304

De l'amour de la solitude. Exercice XVI.304

De l'Oraison. Exercice XVII.305

De la vie divine. Exercice XVIII.305

De la pure union avec Jésus. Exercice XIX.306

De la communion avec Jésus. Exercice XX.306

De la communication avec la sainte Vierge. Exercice XXI.307

De la glorieuse communication avec Dieu. Exercice XXII.307

De la dévotion au mystère du lavement des pieds. Exercice XXIII.308

De la dévotion à la sainte communion. Exercice XXIV.308

De la dévotion à la sainte passion. Exercice XXV.309

De la haine du péché en la croix. Exercice XXVI.310

De la pauvreté des créatures. Exercice XXVII.310

Du pur souhait de la mort. Exercice XXVIII.311

De la mort en la sainte Pauvreté. Exercice XXIX.311

De la disposition à la mort. Exercice XXX.312

Du combat de la mort. Exercice XXXI.313

De la mort sainte et glorieuse. Exercice XXXII.313

De la glorieuse sépulture. Exercice XXXIII.314

Méditation abrégée par voie d'amour, de la très adorable Incarnation et bénite Naissance en notre chair du Verbe Eternel.316

Remarque notable pour s'exciter à la dévotion de l'Incarnation et Naissance de l'enfant Dieu.320

Approbation des théologiens de l'ordre.322

Permission du très révérend Père provincial.323

Approbations des Docteurs.323

Privilège du Roi.323

Transport du dit Privilège323


Deux directions 326

Présentation de Monsieur de Bernières et de Mère Mectilde326


L’initiation de Bernières328


Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur [reprise]330

1. Lettre. “J'ai lu et considéré la vôtre…”330

2. Autres avis au même. “J'ai lu et considéré vos articles…”331

3. à 14. Voir l’édition supra du « Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur », seconde moitié de la deuxième partie des « Divers exercices de piété et de perfection », œuvre de Chrysostome.332

15. Autres propositions et réponses sur l'oraison, etc.332

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.333


L’initiation de Mectilde335

Monsieur, mon très cher Frère,335

Premier texte : Relation au Père Chrysostome avec réponses, juillet 1643.337

Deuxième texte : Autre réponse du même père à la même âme .343


Extraits de lettres où Mectilde parle de Chrysostome352

15 février 1644 LMB Saint Maur ( « Notre bon Père » surchargé).352

31 mars 1644 LMB (Des bons effets d’une direction appréciée).352

13 mai 1644 LMJ (sur les écrits du Père).353

19 août 1644 LMR (Visite attendue).353

21 octobre 1644 LMR (Voyage à Paris ?)354

10 décembre 1644 LMR Saint Maur (sur la Mère Benoîte, « une élue »).354

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers (Voyage en Lorraine?)354

Février 1645 LMR Rambervillers (« Suppliez-le »)354

11 Août 1645 LMB (Maladie)354

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur355

5 novembre 1645 LMB ( Les assistances reçues )355

10 Février 1646 LMB (Une maladie qui ne paraît pas grave)355

26 Mars 1646 LMB (conduit à l’extrémité ?)356

16 Avril 1646 LMJ. ( La mort – Obtenir ses écrits – Une petite ceinture de fer)356

24 Juin 1646 RMR ( « Un souvenir très particulier » - Projet de publication )357

7 juillet 1646 RMB ( Confiée à Bernières)358

28 Juillet 1646 RMB Le Bienheureux Grégoire Lopez – Elle se confie à Bernières)358

21 Août 1646 RMB ( Bernières saint Ange)359

5 septembre 1646 L 1,34 Pauvres de toutes créatures, ne vivons que de Dieu purement en Dieu. ( Union ).359

26 Septembre 1646 RMR359

5 Octobre 1646 RMR ( Récolte d’écrits, portrait)359

23 Octobre 1646 RMB ( « il me semble que j’ai changé de disposition »)360

6 Novembre 1646 RMB (« vous êtes mon bon Frère et celui qui m’est donné de Dieu par la bouche de notre bon Père. »).361

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu.361

1er Décembre 1653 lettre à Monsieur Henri Boudon361

Lettre datée du 12 avril 1646 de Benoîte de la Passion à Mectilde362




34.JEAN DE BERNIERES LE CHRETIEN INTERIEUR ET LETTRES A L’AMI INTIME

(44) BERNIERES ARFUYEN Chrétien et lettres à l’ami 7mars.doc

(44) Bernières Arfuyen correctif.doc



Jean de Bernières, Le Chrétien intérieur, textes choisis suivis des Lettres à l’Ami intime, Texte établi et présenté par Murielle et D. Tronc, Paris, Arfuyen, « Les carnets spirituels », 2009, 200 p.

[septième livre du Chrétien intérieur et « Lettres à l’Ami intime ».]

Préface

Jean de Bernières (1602-1659) naît dans une grande famille normande fort pieuse : son père, trésorier général des finances, fonde pour sa fille Jourdaine le couvent des Ursulines de Caen.

Jean s’engage dans la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen fondée en 1644 par Gaston de Renty (1611-1649) : ce grand seigneur était passé des armes et des sciences à l’oraison et à l’exercice de la charité. La Compagnie avait pour but de rassembler les chrétiens pour s’aider les uns les autres vers la perfection et travailler ensemble au service des pauvres. Devenu le bras-droit de Renty, Bernières lui succède en 1649.

Mais surtout, il fait partie du Tiers Ordre franciscain laïc280 : il reste engagé dans le monde, tout en menant une vie consacrée à l’oraison. 

Il soulage la misère autour de lui par une pratique intense de la charité : « Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui. »281.

Il contribue toute sa vie à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires. Avec le prêtre Jacques Garnier, il fonde à Caen l’Hôpital des Pauvres Renfermez pour élever les enfants abandonnés ; avec saint Jean Eudes, une maison pour les femmes repenties…

Il s’associe au projet de Marie de l’Incarnation et de Mme de la Peltrie, qui veulent partir en 1639 en mission de conversion auprès des Iroquois du Canada : il aide Mme de Peltrie dans son procès avec sa famille ; puis, malgré son envie de partir, il reste gérer les ressources pour les missions du Canada. Il restera en correspondance avec Marie de l’Incarnation pour qui il éprouve une grande vénération.

Même s’il en fait bon usage, sa fortune lui pèse. Rempli de l’idéal franciscain transmis par son père spirituel du Tiers Ordre Régulier Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), il se sent coupable :

il faut tout quitter pour vaquer à Dieu seul, aimer pour cela les mépris, les souffrances et la pauvreté.282 

Quand il veut faire donation de ses biens, sa famille résiste :

Ma belle-sœur fait de son mieux pour empêcher que je ne sois pauvre ; elle me fait parler pour ce sujet par de bons religieux [...] il n’y a plus moyen d’être pauvre283.

Il y parvient cependant et passe ses dernières années dans un simple logis, mangeant du pain noir dans de la vaisselle en terre ! Il ne vit plus que de ce que lui donne sa famille :

Je ne dois non plus manquer à embrasser la pauvreté, quoiqu’elle m’abrège la vie naturelle284.

Sa charité repose sur une vie spirituelle intense au milieu d’un groupe d’amis qu’il finit par diriger. Ils ont le désir de se regrouper dans une maison commune : l’Ermitage, où ils pourront vivre une vie d’oraison et de charité hors de toutes contraintes.

A la porte du monastère de Jourdaine Bernières fait bâtir en 1648 une maison pour retraitants, « ouverte aux laïques ou même aux religieux ». Il parle avec humour de cet hôpital un peu particulier qui accueille les pauvres spirituels :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels, qui ayant la volonté de sortir de leurs imperfections, en demeurent pourtant toujours entachés. Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes285.

Jean y accueille ses amis avec simplicité et dans une grande liberté :

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de me venir voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez, nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison…286.

Son premier biographe témoigne : « Ce qui est de merveilleux, c’est que l’on ne s’ennuyait jamais [...] il n’y avait aucun exercice particulier de piété réglée parce que l’oraison perpétuelle en faisait toute l’occupation. L’on s’y levait de grand matin, et durant toute la journée, c’était une application continuelle à Dieu. Chacun avait sa cellule, mais on prenait les repas en commun ; au sortir de table les ermites faisaient encore une heure d’oraison ensemble, puis chacun reprenait sa liberté d’action [...] ils allaient voir les malades, faisaient le catéchisme aux enfants abandonnés287. » Son biographe moderne assure que « certains ménages y venaient aussi s’y retirer288 ».

Catherine de Bar, Mère fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, témoigne  de cette vie érémitique289 et de son admiration pour Bernières : « Messieurs de Bernières et Roquelay [son secrétaire] vous saluent. Ils font des merveilles dans leur ermitage ; ils sont quelquefois plus de quinze ermites. [...] Si notre bonne Mère Prieure voulait écrire de ses dispositions à M. de Bernières, elle en aurait consolation, car Dieu lui donne des lumières prodigieuses sur l’état du saint et parfait anéantissement ».

Quand à l’animateur, il reste bien conscient de n’être que l’intendant de Dieu, constatant simplement une communication inexplicable :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion, et quelque temps qu’il fasse, bon ou mauvais, nous tâchons de ne nous point arrêter. Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par ordre de Dieu, et notre bon Père ne l’a pas fait bâtir par hasard, la grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait290 .

Il est insensible aux différences sociales. En témoigne cette conversation avec son serviteur :

Vous êtes mon maître, je vous dois tout dire comme à mon père spirituel – Vous le pouvez, lui dis-je, car je vous aime en Jésus-Christ, et je vous ai tenu auprès de moi, afin que vous fussiez tout à lui291.

Remplir cette fonction de directeur lui est une charge. Plein de doutes sur lui-même, il se demande s’il ne doit pas abandonner :

J’avoue que ce m’est une grande croix de donner des enseignements aux autres, moi qui en vérité ne sais rien292.

Il écrit encore :

Il ne faut pas prendre garde à ce que je dis : ma lumière est petite, mon discernement faible, et ma simplicité grande293.

Il suscite pourtant un tel respect qu’il dirige dans toutes les classes sociales, des laïcs et des prêtres, des supérieurs de monastères. Il forme pendant quatre ans à l’Ermitage le futur premier évêque de Québec, Mgr de Laval. Il initie à l’oraison des dizaines de religieuses en faisant des conférences au parloir du monastère de Jourdaine.

Ce renouveau mystique s’étendra de Caen à Paris par l’intermédiaire de monsieur Bertot (1620-1681), son ami devenu confesseur de l’abbaye des bénédictines de Montmartre294, puis par madame Guyon (1647-1717), la dirigée laïque de ce dernier, qui lira Bernières avec admiration et retrouvera la même absence de conventions pour mener ses amis vers l’oraison.

Nous avons heureusement des témoignages écrits de cette vie mystique. Bernières dictait, sur ordre de son confesseur, à un prêtre qui vivait chez lui. Il écrivait aussi beaucoup à ses dirigés : nous donnons ici un aperçu de cette correspondance par les dix-huit lettres adressées à Jacques Bertot, « l’ami intime ».

Compilé après sa mort, le Chrétien intérieur a été composé principalement à partir des lettres précieuses pour son entourage : il n’est donc pas un traité logique ou une méthode d’oraison.

Dans le livre VII du Chrétien intérieur que nous publions presque entièrement à la suite de quelques chapitres tirés des livres précédents, les lettres ont été collationnées les unes à côté des autres comme on a pu : c’est ainsi que l’on passe du très beau chapitre 10 sur les ténèbres divines au chapitre 11 qui traite d’une étape « inférieure », la « petite » oraison de lumières. Mais cela importe peu : comment ordonner les diverses facettes d’un diamant d’où sortent une même lumière intérieure ?

On ne doit pas non plus s’attendre à un « beau style » : la langue est celle d’une conversation sans prétentions correspondant à la modestie de leur auteur. Par contre, on trouvera là des comptes-rendus véridiques, un témoignage vécu d’une grande simplicité. Il parle beaucoup de ses manques. Les choses sont telles qu’elles sont : il les raconte avec une profonde honnêteté en restant au plus près de l’expérience. 

Ces états mystiques sont difficiles à décrire :

Je m’exprime comme je puis, car il faut chercher des termes pour dire quelque chose de la réalité de cet état qui est au-dessus de toutes pensées et conceptions. Et pour dire en un mot, je vis sans vie, je suis sans être, Dieu est et vit, et cela me suffit […] Voilà bien des paroles pour ne rien exprimer de ce que je veux dire.295

L’oraison est le fondement de sa vie :

L’oraison est la source de toute vertu en l’âme ; quiconque s’en éloigne tombe en tiédeur et en imperfection. L’oraison est un feu qui réchauffe ceux qui s’en approchent, et qui s’en éloigne se refroidit infailliblement.296

Il décrit plusieurs sortes d’oraison, mais le livre VII propose surtout l’oraison passive dans laquelle il a vécu toutes ses dernières années. Celle-ci met l’âme dans une nudité totale pour la rendre capable de l’union immédiate et consommée, dit-il dans une lettre à sa sœur Jourdaine. Elle ne peut souffrir aucune activité, ayant pour tout appui l’attrait passif de Dieu [] En cet état, il faut laisser opérer Dieu et recevoir tous les effets de sa sainte opération par un tacite consentement dans le fond de l’âme.297

Cette oraison ne peut s’appuyer que sur un absolu renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu :

Un homme d’oraison doit être un homme mort … C’est se moquer de vouloir faire oraison et vouloir encore prendre goût aux créatures.298

Il s’attriste :

Ainsi quand nous dormons, nous sommes dans un profond oubli de Dieu ; mais, ce qui est déplorable, nous continuons cet oubli dans le réveil, par le peu d’application à Dieu et à ses perfections, toute notre âme étant occupée aux petites créatures.299

Dans une lettre du 29 mars 1654, il affirme le but de l’Ermitage :

C’est l’esprit de notre ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Bien entendu, Bernières et ses amis sacrifient à la sévérité de la spiritualité de leur temps : pour participer à la Passion de Jésus-Christ, on se livre à des pratiques que nous n’admirons plus (discipline tous les jours, croix d’argent à pointes300, etc.). Car Bernières a été formé par « notre bon père301  » Jean-Chrysostome avec une rigueur extrême : celui-ci avait fondé une « Société de la sainte Abjection302 » dont les membres s’engageaient à être en communion avec la vie de Jésus et à recevoir les mépris et les persécutions comme la divine Providence. Sous cette grande ombre, Bernières pourchasse ses imperfections dans les moindres recoins et s’en angoisse au point de craindre d’être damné !

Aucune satisfaction ne doit être donnée à la « nature » : il ne faut jamais la satisfaire, si peu que ce soit. Mais la raison de cette rigueur est beaucoup plus profonde que des outrances ou un masochisme qui ne sont plus de notre époque : la grâce, qui est pour lui la présence de Jésus-Christ, doit gouverner toutes les actions, jamais l’homme naturel :

… ce qui est purement naturel ne plaît pas à Dieu ; [il] faut que la grâce s’y trouve afin que l’action lui soit agréable et qu’elle nous dispose à l’union avec lui.303

Il est tourmenté par ses manquements à l’union permanente :

Je vous confesse que quand je rentre dans moi-même et que la vie de Jésus-Christ reçoit interruption ou division, il me semble que je tombe en enfer, sentant une douleur si cuisante que je ne la puis exprimer.304

Durant que l’on goûte quelque autre chose, quoique très innocemment, l’on cesse de goûter Dieu seul et c’est cette cessation d’amour que l’âme ne peut souffrir.305

L’idéal est de se laisser gouverner par la grâce :

C’est un moyen très utile pour l’oraison de s’accoutumer à ne rien faire que par le mouvement de Dieu. Le Saint-Esprit est dans nous, qui nous conduit : il faut être poussé de lui avant que de rien faire […] L’âme connaît bien ces mouvements divins par une paix, douceur et liberté d’esprit qui les accompagne, et quand elle les a quittées pour suivre la nature, elle connaît bien, par une secrète syndérèse [remords de conscience] qu’elle a commis une infidélité.306

La charité en particulier ne doit s’appuyer que sur cette vie intérieure profonde et, dans ses dernières années, il se méfie de toute action qui ne serait pas dictée par un mouvement de la grâce :

Ne vous embarrassez point des choses extérieures sans l’ordre de Dieu bien reconnu, si vous n’en voulez recevoir de l’affliction d’esprit et du déchet dans votre perfection. […] Oh, que la pure vertu est rare ! Ce qui paraît le meilleur est mélangé de nature et de grâce.307

C’est dans ses Lettres à l’ami intime, que Bernières se dévoile le plus : bien que son ami soit plus jeune, il est visible qu’il le considère comme son égal. Il peut lui parler à cœur ouvert des états les plus profonds de ses dernières années :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre… 

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même …308

On est touché de voir que, bien que parvenu à un haut degré d’union à la fin de sa vie comme le montrent l’évolution de ses lettres et les admirables derniers chapitres du Chrétien Intérieur, Bernières s’angoissait tellement de ses failles personnelles qu’il pensait mériter l’Enfer. Il avait donc demandé à Dieu de mourir subitement, et il fut exaucé. Une tradition de famille raconte :

« … il demandait toujours à Dieu de mourir subitement […] rentré à l’Ermitage, le soir venu, il se mit à dire ses prières. Son valet de chambre vint l’avertir qu’il était temps pour lui de se mettre au lit. Jean lui demanda un peu de répit, et continua de prier. Peu après le valet entendit un bruit sourd et rentra : Bernières venait de tomber de son prie-Dieu, mort. »309. On était le 3 mai 1659.





35.BERNIERES ŒUVRES MYSTIQUES I L’INTERIEUR CHRETIEN SUIVI DU CHRETIEN INTERIEUR ET DES PENSEES

(45) Bernières Oe mys I Chrétiens D Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel).doc

(45) Bernières Oe mys I Chrétiens D Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel).pdf



Jean de Bernières, Œuvres Mystiques I, L’Intérieur chrétien suivi du Chrétien intérieur augmenté des Pensées, Edition critique avec une étude sur l’auteur et son école par D. Tronc, Ed. du Carmel, coll. « Sources mystiques », 2011, 518 p.

Avant-Propos

Jean de Bernières (1602-1659) a été récemment le sujet d’une journée d’étude à Caen à l’occasion de son 350e anniversaire où il a été présenté comme le « mystique de l’abandon et de la quiétude »310. Cette rencontre a mise en évidence sa profonde influence sur les premiers chrétiens canadiens, dont se détachent les belles figures de Marie de l’Incarnation (1599-1672) et de François de Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de Québec. En France son influence s’exerça sur Mectilde de Bar (-1698), fondatrice d’une congrégation bénédictine consacrée à l’adoration perpétuelle qui s’étendit jusqu’en Pologne, puis sur monsieur Bertot (1620-1681), confesseur de la célèbre abbaye bénédictine de Montmartre et animateur du cercle spirituel qui sera repris par madame Guyon (1648-1717) et par Fénelon (1651-1715), enfin sur bien d’autres spirituels.

Les figures que nous venons de citer ont souvent pâti d’un soupçon, - ou d’une accusation - de « quiétisme » fondé sur leur appréciation indirecte parce que l’accès à des écrits devenus rares est malaisé. C’est une des raisons pour faciliter l’accès au fondateur Bernières par l’édition critique du corpus issu de ses écrits. Car c’est en lisant les témoignages des spirituels que l’on peut se former une opinion juste, tout en limitant le recours à la littérature foisonnante induite post-mortem sur des bases incertaines (dont souvent des propositions condamnées que l’on ne retrouve pas dans les sources).

Mais surtout se révèle la grandeur du témoignage très personnel du mystique Bernières qui, n’étant pas entré dans les ordres, n’étant responsable que de lui-même, livre l’intime de son âme beaucoup plus directement que ne peuvent se le permettre des directeurs attachés à leur « religion ». On rencontre ici un homme et non seulement de bons conseils ou une saine doctrine. En cela il est toujours notre contemporain.

Rétablir Bernières par « son œuvre », en faisant appel aux meilleures sources de l’abondante production éditoriale qui suivit sa mort, doit satisfaire à plusieurs contraintes : proposer au spirituel une nourriture actuelle sous un accès facile par révisions de l’orthographe et de la ponctuation des sources ; satisfaire le chercheur par l’édition intégrale des versions retenues des titres ; préparer le « dossier » qui facilitera le travail d’un futur traducteur au fil des annotations du texte courant.

Le volume présent Œuvres mystiques I rassemble l’œuvre imprimée sous les noms successifs d’Intérieur Chrétien puis de Chrétien Intérieur, ce dernier titre incluant assez tardivement des Pensées. Ces titres sont précédés d’une étude qui s’attache aux sources textuelles, puis aux influences reçues et transmises, apportant ainsi le complément nécessaire aux évocations biographiques existantes.

Le volume Œuvres mystiques II livrera prochainement la partie la moins remaniée du corpus en présentant une Correspondance établie aussi complètement que possible à partir des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres) et de manuscrits jamais édités. Cet ensemble sera présenté en ordre chronologique et précédé d’une étude par le P. Eric de Reviers portant sur l’évolution de la spiritualité de Bernières.

Jean de Bernieres : écrits et influences

Plutôt que de présenter Jean de Bernières (1602-1659) comme une grande figure isolée, nous préférons montrer sa fécondité en la situant au sein du grand courant mystique de la quiétude. Il en fut l’animateur encore tout proche de son émergence.

Jean de Bernières n’a jamais songé à écrire une « œuvre » : celle-ci fut construite post-mortem à partir de ses lettres et de notes. Mais dans le domaine de l’édition à but spirituel du XVIIe siècle, Le Chrétien intérieur eut un succès très important, comparable au rayonnement des écrits de François de Sales. Décrire finement l’histoire et les contenus des titres imprimés sous la signature de Bernières permet d’évaluer le crédit variable à accorder à l’un ou l’autre d’entre eux, car les sources manuscrites ont été transformées puis perdues. Nos choix éditoriaux reposent sur cette revue historique associée à l’analyse des contenus.

Les écrits permettent de témoigner de l’existence de « divins sentiers », de les baliser, de contrôler l’expérience personnelle. Mais, par delà des traces écrites, rien ne remplace les rapports directs entre mystiques vivants : Jean de Bernières est dirigé par un franciscain du Tiers Ordre Régulier, avant d’être à son tour très actif au sein d’un réseau où il exerce une influence sur ses amis, puis dirige des cadets. Les habitués de l’Ermitage construit par ses soins posent sans le savoir les fondations d’une tradition mystique que nous appelons « l’école du Pur Amour ».

Leurs traces restent bien visibles sur la durée du siècle, tant que ces spirituels peuvent agir au grand jour avant la condamnation finale du quiétisme par le bref Cum alias (1699). Cette décision d’origine essentiellement politique ne pouvait heureusement pas tarir un courant mystique qui ne dépend pas des hommes : elle faisait simplement partie d’une remise en ordre générale, en France, en Italie et en Espagne, face aux protestants, aux jansénistes, aux mystiques. Ces derniers devinrent par la suite très discrets, mais nous relèverons des résurgences qui signalent l’existence de divers ruisseaux souterrains actifs et voyageurs durant les trois derniers siècles.

A la suite de l’édition des textes, un tableau en deux parties placé en fin de volume présente le « réseau » mystique où Bernières occupe une place centrale, constituant un premier « nœud » qui rassemble des membres de l’école. Enfin une autre annexe décrit dans le détail les éditions.

Un succès éditorial

Jean de Bernières a écrit des lettres et a rédigé des notes personnelles prises au cours de retraites. Encore peut-on douter de la continuité vécue de ces dernières car elles semblent avoir été assemblées à partir d’extraits de sa correspondance, en conformité avec un genre littéraire aujourd’hui perdu, celui des « schémas de retraites ».311

On a de même constitué les ouvrages regroupant les mots Chrétien et Intérieur en assemblant des extraits de lettres avec toute la liberté permise à l’époque. Leurs éditions furent un succès de librairie à l’origine d’un célèbre procès entre éditeurs : l’Intérieur Chrétien devint l’année suivante le Chrétien Intérieur aux multiples impressions durant tout le XVIIe siècle et adapté au cours du siècle suivant :

Le Chrétien Intérieur … publié en 1661 … atteint dès 1674 sa quatorzième édition et la même année le libraire Edme Martin estime qu’il en a vendu trente mille exemplaires ». 312

Le livre atteint de fait un public très large. Il est facile à lire. Il présente peu d’idées neuves mais est plein d’onction. Un choix orienté, de façon parfois doloriste, adapte le grand mystique Jean à l’esprit de son temps, ce qui ne pouvait que favoriser sa réception. Aussi le titre apparaît-il même dans des bibliothèques très réduites. Ainsi :

[La] veuve de Pierre Helyot 313 … détient les Fleurs des saints en deux volumes in-folio, le Chrétien Intérieur de Bernières-Louvigny, une Explication des cérémonies de la messe et une quinzaine d’autres petits livres de dévotion dont … une préparation à la mort ». 314

L'histoire à rebondissements du succès du premier titre L’Intérieur Chrétien (1659) trop rapidement devenu Le Chrétien intérieur (ce dernier selon deux versions : « primitive » de 1660 et « tardive » de 1676) a été décortiquée avec soin et sagacité par Heurtevent et Luypaert315. L’apparition d’Œuvres spirituelles (1670) distinctes et fiables, enfin l’ajout au Chrétien de Pensées (1676) complètent les Chrétiens. Présentons les acteurs, puis nous tenterons d’éclairer les rebondissements de la pièce jouée :

Les acteurs

Il faut citer en premier lieu Jourdaine de Bernières (1596-1645), qui entra au couvent des Ursulines, construit magnifiquement en 1624 avec l’argent de la famille. Dirigée par son cadet Jean, elle devient supérieure du couvent dès 1630 et fait montre d’une belle autorité qui peut s’accompagner de conseils pittoresques : ainsi à propos d’une novice à éprouver, « Mettez-la à bouillir… », écrit-elle316. D’autres religieuses du même couvent auront également un rôle déterminant : la Mère Michelle Mangon, une grande spirituelle cachée, amie du Père Chrysostome de Saint-Lô, ainsi que la Mère de Saint-Charles. Outre les ursulines qui tentent de contrôler la situation, de 1659 à 1677 opèrent trois personnages masculins en relation avec les éditeurs :

Nicolas Charpy de Sainte-Croix (1610-1671 ?)est une figure littéraire assez connue à l’époque et choisie pour assurer le succès d’une première édition ; courtisan auprès des Grands, de Mazarin en particulier, il révélera un caractère aventurier après sa disgrâce ;

Louis-François d’Argentan (1615-1680), franciscain capucin, poursuit une activité opiniâtre d’éditeur-rédacteur317. Il accèdera aux responsabilités au sein de son ordre :

Le 7 mai 1630, à l'âge de 15 ans, Jean Yver fut admis au noviciat des capucins et c'est alors que, selon l'usage, il prit le nom de Louis-François d'Argentan. Un an après, il fit profession et ses supérieurs l'envoyèrent au couvent de Falaise. Il y demeura jusqu'en 1638 et, à cette date, revient au couvent d'Argentan. [...] En 1641, le père Louis-François était lecteur de philosophie au couvent de Caen, tout en prenant part aux missions prêchées dans la contrée [...] De 1653 jusqu'à sa mort, nous le voyons occuper les plus hautes charges : deux fois provincial, deux fois définiteur, commissaire général, gardien de plusieurs couvents et, malgré tout, s'adonnant à une prédication ininterrompue318.

Dans son œuvre propre, il fut un abondant mais pâle imitateur de Bernières319. Glanons chez lui quelques reflets du maître320 :

ne considérez pas l’humanité seule, ni aussi la divinité seule séparément, ou l’une après l’autre Si donc elle contemple l’une et l’autre ensemble, il faut qu’elle ait des images et qu’elle n’en ait point en même temps, et dans la même simple vue ; ce qui semble impossible Il participe à nos faiblesses et nous participons à Sa force vous Le contemplez souffrant et mourant en vous-même, bien mieux et plus distinctement que vous ne pourriez Le considérer endurant en Jérusalem et sur le Calvaire. [I, 268-272]

Il est impossible que la vie naturelle [II, 445] et humaine se rencontre dans une âme avec la divine. La corruption de la première est la génération de la seconde ; il faut que l’une cesse, si on veut que l’autre commence : et partant sitôt que la grâce nous conduit à mourir à nous-mêmes et à nos propres opérations, il faut tout quitter sans réserve, vie, pensées, désirs, recherches, affections, et demeurer purement passifs à l’opération divine, qui ne tend qu’à notre mort.

Robert de Saint-Gilles ( ?-1673), de l’ordre des minimes321, frère de la Mère Michelle Mangon, est chargé de l’édition des Œuvres spirituelles… qui paraissent en 1670. Il a succédé en 1665 à dom Quinet comme Visiteur du couvent322.

La pièce

Quel est le déroulement des événements ? La première publication cherche à mettre en valeur un choix bref d’écrits de Bernières sous l’autorité de Nicolas Charpy de Sainte-Croix : L’Intérieur chrétien … par un Solitaire, paraît à Paris chez Cramoisy en 1659. Charpy signe l’ « Epître à Jésus-Christ » ouvrant le petit volume comportant quatre livres aux courts chapitres. Très probablement d’Argentan a opéré sous son autorité, en agissant en intermédiaire entre le couvent des ursulines où devaient se trouver les sources, et l’homme de lettre auquel on fait appel pour assurer le succès de l’édition.

Le succès dépasse les espérances. D’Argentan assemble alors hâtivement des sources beaucoup plus considérables que ce qui venait d’être publié. Le Chrétien intérieur … par un Solitaire [d’Argentan], paraît à Rouen en huit livres chez Grivet en 1660.

Survient un procès prévisible entre éditeurs, dû au succès inattendu. Les deux titres étaient trop proches même si les contenus différaient largement car 531 pages pleines succédaient à 165 pages aérées. L’éditeur rouennais Grivet est condamné (toutefois sans amende) et l’éditeur parisien Cramoisy devient propriétaire des deux titres avec une exclusivité de neuf ans.

Ce dernier est le grand gagnant car il va rééditer de nombreuses fois le Chrétien : non pas selon sa forme courte initiale, mais selon la version ample en huit livres compilée par d’Argentan et publiée chez son concurrent provincial perdant ! Le même titre sort donc successivement chez deux éditeurs ennemis.

Il faut attendre 1670 pour que toute initiative possible de la part du parti perdant puisse prendre place, à savoir les ursulines et le maladroit d’Argentan. Pressé de rétablir avec toute l’ampleur due « l’œuvre » de son maître Bernières, celui-ci avait en effet publié hâtivement, et son assemblage manquait de plan et d’équilibre. Jourdaine et ses ursulines, mécontentes du « gel » imposé pendant neuf ans, cherchent ailleurs pour une édition future qui assurerait une meilleure mise en valeur et un plus grand respect de Jean de Bernières. Elles ont recours au frère de la Mère Michelle Mangon, Robert de Saint-Gilles.

Mais à la date libératoire, un Official janséniste persécute les ursulines de Jourdaine (l’interdit est jeté sur le couvent !), tandis que meurt la Mère Mangon. Cela fait perdre un peu de temps, celui nécessaire à la communauté pour sortir des épreuves. Robert - sous un titre passe-partout d’Œuvres spirituelles ne prêtant guère à contestation - publie enfin des lettres soit voilées (premier tome de Maximes), soit ouvertement (deuxième tome de Lettres). Elles sont très précieuses car peu remaniées et datant souvent de la fin de vie de Bernières. La mort de Jourdaine, qui les avait gardées sept ans, les a rendues disponibles. On est en 1670.

Robert meurt en 1673. Lors de la réédition en 1675 des Œuvres spirituelles, la Mère de Saint-Charles annote en marge les Maximes pour indiquer les dates des lettres dont elles sont extraites, mettant ainsi en évidence la pratique très générale de fabrication de titres à partir d’extraits de lettres.

En 1676, peut-être par « émulation », paraissent en adjonction au Chrétien, des Pensées…, assez proches de lettres (et en présentant nommément certaines).

Enfin d’Argentan publie en 1677, sous son nom et non plus sous celui d’un « Solitaire », sa version « améliorée » et augmentée : Le Chrétien intérieur … par le R.P. Louis-François d’Argentan, en deux tomes et six traités.

Les sources imprimées

Quatre recueils manuscrits (deux utilisés pour les Chrétiens ? deux ajoutés postérieurement et couvrant les années de la fin de vie de Bernières ?) se seraient égarés au début du XVIIIe siècle : nous espérons leur découverte323. Pierre-Daniel Huet, caennais né en 1630, le savant évêque d’Avranches qui avait la réputation méritée d’être un observateur scrupuleux, atteste les avoir vus324. Il se plaint à juste titre du travail de réécriture par Louis-François d’Argentan :

J’ai lu exactement tous les livres de M. de Bernières … Ses écrits furent abandonnés au Père Louis-François qui les tourna à sa mode, et c’est de quoi je me suis plaint. Le Chrestien Intérieur est de ce genre.325

Les éditions des Chrétiens furent très nombreuses car la technique des presses manuelles de l’époque ne permettait de tirer, généralement en un mois par titre, qu’entre cinq cents et douze cents exemplaires, ce qui avait pour effet de multiplier les réimpressions. Les caractères en plomb, principale richesse d’un éditeur (avec le stock imprimé non relié), étaient constamment réemployés326. Ces recompositions d’une impression à la suivante d’un même texte, ainsi que le métier indépendant des relieurs permettant facilement de modifier l’assemblage d’imprimés et l’adjonction éventuelle de correctifs, explique la multiplicité des éditions et les variations si souvent constatées entre elles. Ceci demande de ne pas s’en tenir à une seule page de titre en tête d’ouvrage, mais de décrire attentivement les contenus et des paginations souvent multiples car reprises.

La multiplicité des éditions des Chrétiens peut heureusement se rattacher à trois « familles » : Intérieur Chrétien de 1659, Chrétien Intérieur « primitif » de 1660 avec adjonction de Pensées en 1676, Chrétien Intérieur « tardif » de 1676. Au sein de chaque famille, les variations entre rééditions sont mineures.

Par contre, les trois familles de Chrétiens se distinguent entre elles très largement. En témoignent en premier lieu de considérables différences de taille : on passe de ~170 000 caractères (évaluation brute, espaces compris) pour L’Intérieur Chrétien de 1659 signé Charpy « assisté » très probablement par d’Argentan, à ~770 000 caractères pour Le Chrétien Intérieur « primitif » en huit livres (1660) signé « Un Solitaire » qui n’est autre que le même d’Argentan, enfin à ~1 200 000 caractères pour Le Chrétien Intérieur « tardif » en deux tomes et dix livres, de 1676, signé nommément par ce dernier !

Des Pensées viennent se greffer  aux éditions des Chrétiens (aussi bien « primitif » que « tardif »), peut-être pour leur donner « du poids » face à la réédition des Œuvres spirituelles. Ces Pensées bénéficièrent en 1676 de deux éditions chez le même éditeur, l’une sous forme d’un petit volume indépendant, l’autre en ajout à l’édition de l’année du Chrétien intérieur.

Aux ajouts - nouvelles sources et amplifications - correspond une baisse de la fidélité aux sources provenant des dictées de Bernières, et donc de qualité, car d’Argentan était moins doué que son maître, comme il a la grande honnêteté de l’avouer en évoquant ses propres écrits dans l’édition même de ceux de son maître :

… à mon grand regret, elles [ses propres Conférences Théologiques] n’allument pas, ce me semble, un si grand feu dans la volonté, parce qu’elles n’ont pas cette abondance de l’onction divine, qui se fait goûter par tout le Chrétien Intérieur … qu’il n’est pas en notre pouvoir de donner à nos paroles, si le saint Esprit ne répand sa grâce sur nos lèvres.327

Il nous renseigne aussi avec candeur sur son traitement des écrits de Bernières, suggérant un large travail de réécriture de sa part. Nous citons largement, compte tenu de l’incidence sur le crédit à accorder à certaines parties faibles du Chrétien et aussi parce que d’Argentan souligne involontairement fort bien la « fatigue » que ressentent des spirituels non mystiques à la lecture de textes abordant des états élevés sans images :

…il y a beaucoup de redites [chez Bernières] … étant vrai que les lumières et les affections que la grâce répand dans une âme, sont bien souvent les mêmes, sinon qu’elles se perfectionnent toujours dans la suite, et qu’elles la font passer dans des états bien plus purs et plus élevés. Mais on n’y voit pas cette variété de pensées, de matières, ni de sujets qui divertit dans les autres livres, et qui empêche que la lecture n’en soit ennuyeuse. Il a fallu débrouiller tout cela avec assez de fatigue et mettre quelque ordre où il n’y en avait aucun. Et après tout, il s’y trouvera encore peut-être, un peu trop de répétitions…

N'attendez pas dans ce petit livre [du Chrétien] une disposition si régulière, ni une liaison si juste des matières qu'il traite. Il [Bernières] ne parle pas pour instruire personne, il va où Dieu le conduit, et bien heureux qui le pourra suivre. Et ne m'accusez pas si je n'ai pas été si exact à écrire tout ce qu'il a dit sur un sentiment que j'ai quelquefois trouvé plus étendu qu'il ne fallait ; ou si j'ai d'autres fois ajouté quelques lignes du mien quand Dieu m'en a donné la lumière et que j'ai cru qu'il était nécessaire pour un plus grand éclaircissement.328

Indépendamment des Chrétiens et de l’adjonction de Pensées s’ajoutent enfin des Œuvres spirituellesMaximes et Lettres. On a précédemment relevé la preuve de la composition des Maximes à partir de lettres par un ajout marginal de dates lors de leur réédition de 1675.

Jean a écrit à ses dirigé(e)s : Catherine de Bar, M. Bertot, des amis partis au Canada, des proches normands… Ces lettres ont été rassemblées dans le second volume des Œuvres spirituelles publié après le succès du Chrétien intérieur. On a malheureusement perdu la correspondance avec la vénérable Mère Marie de l’Incarnation. Par contre on peut tirer parti de textes de Jean-Chrysostome de Saint-Lô édités par Bernières et comportant de façon voilée la direction de ce dernier par ce confesseur. Il existe également des copies de lettres non publiées jusqu’à maintenant, en particulier la correspondance avec Catherine de Bar préservée au sein des monastères des bénédictines du Saint-Sacrement329.

Notre ANNEXE : DESCRIPTION DES EDITIONS ANCIENNES livre la composition précise de prototypes choisis parmi les éditions auxquelles nous avons eu accès330, pour représenter les « branches » ou sources distinctes. Celles-ci sont finalement au nombre de quatre : « trois Chrétiens et leur cousin ». C’est la base solide nécessaire pour s’y retrouver dans la jungle des multiples éditions qui ont établi le rayonnement du mystique.

Choix pour nos éditions

L’Intérieur Chrétien de 1659 et Le Chrétien Intérieur en huit livres de 1660 sont relativement fiables car un an après le décès de Bernières, d’Argentan n’a pas eu le temps de réécrire son maître. L’adjonction de Pensées aux Chrétiens Intérieurs est fiable. Ces trois textes sont repris sous le présent titre : Œuvres mystiques I L’Intérieur Chrétien suivi du Chrétien Intérieur augmenté des Pensées.

Ce qui fut tardivement édité sous le nom d’Œuvres spirituelles … Maximes Lettres est beaucoup moins connu mais est plus sûr331. On note que les mêmes lettres ne sont pas utilisées dans les Chrétiens et dans les Œuvres spirituelles332. La reprise des contenus rassemblés sous ce dernier titre, augmentée de lettres complémentaires jamais publiées paraîtra sous le titre : Œuvres mystiques II Correspondances.

Enfin en dernier lieu vient Le Chrétien Intérieur de 1677 largement tributaire d’un d’Argentan peu inspiré mystiquement. Nous ne le retenons pas.

Un courant mystique « ouvert »

Les grandes figures mystiques du XVIIe siècle n’ont pas été des génies solitaires, mais ont vécu au sein d’un réseau d’amitiés qui les reliait à des personnes qui avaient la même expérience de Dieu : indifféremment clercs ou laïcs, les aînés incarnent cette expérience et forment les plus jeunes à l’oraison, chacun étant à son tour « maître des novices ».

C’est ainsi qu’une chaîne relie Chrysostome de Saint-Lô à Jean de Bernières, puis Bernières à Jacques Bertot, enfin Bertot à Jeanne-Marie Guyon. Bien des études restent à entreprendre pour étudier le réseau étoilé qui s’est formé autour de Bernières, tâche entreprise par le P. Charles du Chesnay333. Le second réseau étoilé autour de Mme Guyon334 et de Fénelon reste de même à explorer.

Un autre cheminement passant par la fondatrice Catherine de Bar et l’ordre des bénédictines du Saint Sacrement a fait de son côté l’objet d’études assez nombreuses mais pas toujours largement diffusées335.

Une expérience vivante passe ainsi des aînés aux cadets. Dans ce courant, des figures à fort relief comme Bernières apparaissent comme des noeuds qui rassemblent de multiples liens. Ainsi Jean bénéficie d’une très ancienne tradition franciscaine incarnée par « notre bon Père Chrysostome », avant d’être influent sur Catherine de Bar, sur Jacques Bertot, sur de nombreuses figures dont les Canadiens. On n’oubliera pas les « frères » plutôt que disciples que sont Gaston de Renty, Jean Eudes…

Une tradition franciscaine

Jean est disciple de Chrysostome de Saint-Lô du Tiers Ordre Régulier [TOR] franciscain et fait partie du Tiers Ordre laïc étroitement connecté aux réguliers, comme nous le rapporte l’historien de l’ordre Jean-Marie de Vernon :

Le sieur de Bernières de Louvigny de Caen éclate assez par son propre lustre, sans que ma plume travaille pour honorer sa mémoire. Son livre posthume publié sous l'inscription du Chrétien intérieur avec tant de succès, est une étincelle du feu divin qui l'embrasait. Les lumières suréminentes dont son esprit était rempli, n'ont pas pu être toutes exposées sur le papier ni dans leur entière force : comme il était enfant de notre Ordre dont il a pris l'habit [nos italiques], aussi en a-t-il tendrement aimé tous les sectateurs336.

Quand il s’agira d’éditer une « œuvre » à partir de ses lettres, on fera appel au franciscain capucin Louis-François d’Argentan, puis à Robert de Saint-Gilles, de l’ordre des minimes proche des franciscains. Plus tard la liste des amis de l’école du Pur Amour témoigne d’une très forte imprégnation franciscaine337 : la moitié d’entre eux sont membres des Tiers Ordres régulier ou séculier franciscains.

La direction ferme du P. Chrysostome

Nous ne pouvons alourdir cette introduction en présentant le P. Chrysostome (1594-1646) qui mérite une étude séparée. Il était ancré dans un franciscanisme vécu intensément. Malgré des pratiques ascétiques qui remontent au Moyen Age, nous intéresse toujours chez lui une valeur qui reste intemporelle : son détachement absolu, vers lequel il entraîne son entourage.

Bernières est donc dirigé avec un amour sans concession. Il est membre de la confrérie confidentielle de la « sainte Abjection » fondée sous l’impulsion de « notre bon Père » Chrysostome. Elle unit ces amis tous pénétrés de révérence envers la grandeur divine. Pour bien saisir l’esprit intime qui les anime, voici un échange de lettres entre Jean et son directeur338 :

Mon révérend père339,

Je me suis trouvé depuis quelques semaines dans une grande obscurité intérieure, dans la tristesse, divagation d'esprit, etc. Ce qui me restait en cet état était la suprême indifférence en la pointe de mon esprit, qui consentait avec paix intellectuelle à être le plus misérable de tous les hommes et à demeurer dans cet état de misère où j'étais tant qu'il plaira à notre Seigneur.

Réponse :

J'ai considéré votre disposition. Sur quoi, mon avis est que cet état de peine vous a été donné pour vous disposer à une plus grande pureté et sainteté intellectuelle par une profonde mort des sens et une véritable séparation des créatures. Je vous conseille durant cet [94] état de peines :

1. De vous appliquer davantage aux bonnes oeuvres extérieures qu'à l'oraison,

2. Ayez soin du manger et dormir de votre corps,

3. Faites quelques pèlerinages particulièrement aux églises de la sainte Vierge,

4. Ne violentez pas votre âme pour l'oraison : contentez-vous d'être devant Dieu sans rien faire.

5. Dites souvent de bouche : je veux à jamais être indifférent à tout état, ô bon Jésus, ô mon Dieu, accomplissez votre sainte volonté en moi, et semblables. Il est bon aussi de prononcer des vérités de la Divinité, comme serait : Dieu est éternel, Dieu est Tout-puissant ; et de la sainte Humanité, comme serait : Jésus a été flagellé, Jésus a été crucifié pour moi et par amour. Ce que vous ferez encore que vous n'ayez aucun goût en la prononçant, etc. […]

Le P. Chrysostome n’hésite pas à éclairer Jean inquiet sur une oraison devenue « abstraite » après les ferveurs anciennes340 :

J'ai lu et considéré le rapport de votre oraison. […103]

1. Souvenez-vous que d'autant plus que la lumière monte haut dans la partie intellectuelle et qu'elle est dégagée de l'imaginaire et du sensible, d'autant plus est-elle pure, forte et efficace, tant en ce qui est du recueillement des puissances qu'en ce qui est de la production de la pureté.

2. Quand vous sentirez disposition à telle lumière, rendez-vous entièrement passif.

3. Souvenez-vous qu'aucune fois cette vue est si forte qu'au sortir de l'oraison le spirituel croit n'avoir point affectionné son objet, ce qui n'est pas pourtant, car la volonté ne laisse pas d'avoir la tendance d'amour mais elle est comme imperceptible, à cause que l'entendement est trop pénétré de la lumière. [104]

4. Enfin, souvenez-vous que dans cet état, il suffit que la lumière soit bonne et opérante, et il n'importe que l'entendement et la volonté opèrent également ou qu'une puissance absorbe l'autre. Il faut servir Dieu à sa mode dans telle lumière qui ne dépende point de nous. […]

Mais aussi bien Chrysostome répond à des questions touchant la vie pratique, par exemple en réponse au désir de solitude éprouvé par Jean341 :

Divisez votre temps et tendez de ne vous donner aux affaires que par nécessité, prenant tout le temps qu'il vous sera possible pour la solitude de l'oratoire. O cher frère, peu de spirituels se défendent du superflu des affaires. O que le diable en trompe sous des prétextes spécieux et même de vertu. […]

Puis Jean devenu à son tour directeur d’âmes demande l’avis de son maître :

Comment dois-je conseiller les âmes sur la passivité de l'oraison ? Les y faut-il porter et quand faut-il qu'elles y entrent et quels en sont les dangers ?

- Ordinairement le spirituel ne doit pas prévenir la passivité. Je dis ordinairement, d'autant que s'il travaille fortement il pourrait demeurer quelque peu de temps sans agir, s'exposant à la grâce et à la lumière, et éprouver, de temps à autre, si telle pauvreté lui réussit. Benoît de Canfeld en son Traité de la volonté divine, est de cet avis. Je crois néanmoins que celui qui s'en servira doit être discret et fidèle. […]

On a beaucoup insisté sur le caractère sévère de Chrysostome de Saint-Lô. Bernières semble – du moins au début de son évolution intérieure – être affligé d’un tempérament scrupuleux. Peut-être faut-il surtout mettre en cause la forme religieuse que prend à l’époque l’angoisse humaine342.

Bernières prendra « à la lettre » les injonctions de son confesseur :

…le Père Jean Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce Ce sentiment d’un directeur adressé à un disciple en augmentait les ardeurs d’une manière incroyable. Ainsi il commença tout de bon à chercher les moyens d’être pauvre. Mais comme son bon directeur n’était plus ici-bas il ne trouvait presque personne qui ne s’y opposât343

Mais le même Chrysostome, comme nous le verrons, sait être libre comme le montre l’aventure canadienne d’un mariage blanc simulé.

Bernières témoignera de sa vénération :

…ce me serait grande consolation que nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père Savez- vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu344 ?

Les conseils d’amies mystiques

Bernières bénéficie aussi des conseils de plusieurs amies avancées dans la voie mystique:

Marie des Vallées (1590-1656)

La simple mais sainte « sœur » de Coutances reçoit la visite chaque année de membres de l’Ermitage et ses « dits » sont consignés par saint Jean Eudes (1601-1680) dans son « manuscrit de Québec » et par Gaston de Renty (1611-1649) :

Ces conseils ont été donnés apparemment à Mr. de Bernières, (Voyez dans ses Oeuvres spirituelles, II. Partie, Lettres XXX, Pour la vie Unitive) ou à Mr. Bertot, (Voyez ci-dessus lettre XL, §2345, et lettre LXIV, §6346) ou à quelqu’un de leurs amis, qui avaient tous une grande estime pour cette fille, et l’allaient voir ordinairement une fois par an.

Sur le don d’anéantissement ou de la foi nue, l’emploi pour le prochain, la présence réelle de Jésus-Christ, la conversation en esprit et en silence, la communication essentielle de Dieu :

1. Cette Servante de Dieu étant consultée par un Serviteur de Dieu347, elle lui dit [f°408] d’avoir courage, qu’il n’est point arrivé, mais qu’il est en chemin ; qu’il faut laisser aller les personnes qui ont des lumières et des beaux sentiments, que ce n’est point là sa voie. […]

2. Elle a dit qu’elle ne peut rien faire ni penser, sinon demeurer dans sa maison qui est le néant […]

3. Elle m’a dit quantité de fois : vous voilà en beau chemin, Dieu vous y conduise. 348 […]

Et Jean Eudes raconte :

Dans un voyage que M. de Bernières fit à Coutances, pendant qu’il y fut il alla souvent prendre son repas chez M. Potier où était la sœur Marie. Or l’un et l’autre firent dessein d’envoyer quérir du sucre et quelque autre petite délicatesse, afin de le mieux traiter, mais lorsqu’il était présent, ils ne s’en souvenaient point du tout ; et quand il était parti, ils étaient fâchés d’y avoir manqué, mais pourtant ils oublièrent encore par après, excepté un soir qu’ils l’attendaient et qu’ils se souvinrent bien, mais cette fois il ne vint pas. Ensuite de cela, comme la sœur Marie se plaignait de leur peu de mémoire, Notre Seigneur lui dit : « C’est ma divine volonté qui en a ainsi disposé. Elle veut que vous lui aidiez à marcher dans le chemin de la perfection. Toutes ces choses ne sont que des retardements, excepté quand on en use par infirmité ou par quelque autre bonne raison. » [320]349.

Marie de l’Incarnation (1599-1672)

Bernières, après l’avoir connue brièvement et conduite à Dieppe pour son départ au Canada, restera son correspondant préféré (avec son fils dom Claude Martin), mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » sont malheureusement perdues :

Ses lettres ne traitaient pour la plupart que de l’oraison … Il [Bernières] en faisait une estime singulière. Il me dit qu’il avait connu bien des personnes appliquées à l’oraison … qu’il n’en avait jamais vu qui en eût mieux l’esprit, ni qui en eût parlé plus divinement.350.

… notre Mère est une seconde sainte Thérèse … C’est aussi le sentiment de Monsieur de Bernières … quoiqu’il y eût peu de personnes éminentes en oraison qui n’eussent communiqué avec lui … je lui ai néanmoins entendu dire qu’il n’avait jamais vu de personnes élevées au point où était la mère de l’Incarnation.351.

On ne peut donc que supposer un échange fructueux avec la mystique ursuline, en notant que si Marie Guyart reçoit des « communications de pur amour » avant la fin 1626, devenue Marie de l’Incarnation, elle est déjà fort avancée mystiquement lors de sa rencontre avec Jean de Bernières au printemps 1639352. On est en droit de penser qu’elle fut une « aînée » conseillère de l’approfondissement ultérieur de Jean qui se produit entre 1645 et 1657 par passage de l’abjection à l’abandon.

Charlotte le Sergent (1604-1677)

La « sublime » mystique353, cachée au sein du couvent des bénédictines de Montmartre, soutint Bernières (et bien d’autres, dont Catherine de Bar) :

Persuadé que Dieu l’éclairait sur la conduite d’autrui, on la consultait de tous côtés et même des personnes qui d’ailleurs étaient fort éclairées : comme Monsieur de Bernières…

Elle lui dit entr’autres choses : … il m’a semblé que votre âme se rabaissait par trop en réfléchissant sur elle-même, et sur les opérations divines dans son intérieur. Elle doit être à mon avis plus simple et s’attacher uniquement à l’Auteur de cet ouvrage et non pas à ses effets. Il vous doit suffire de lui laisser une pleine liberté d’agir à sa mode et selon son bon plaisir […]

Monsieur de Bernières étant pressé d’abandonner toutes choses et d’entreprendre une vie pauvre et réduite à la mendicité … [reçut cette réponse :]

Votre esprit naturel est agissant et actif … vous devez demeurer indifférent à tout … seulement vous humilier. C’est en ce point que consiste la pauvreté d’esprit dans ce vide et dans ce dénuement de toute propre élection…354.

La vie de Jean de Bernières.

Nous allons être brefs sur la biographie de Bernières : pour de plus amples détails, on se rapportera au récit vivant et de lecture aisée rédigé par Souriau dès 1913355. En fait, on sait peu de chose se rapportant à l’intime, hors ce qu’il en témoigne lui-même lors de rares confidences écrites.

Né en 1602, troisième fils d’un trésorier général de France, il utilisera par la suite une partie de sa fortune pour de nombreuses fondations caennaises, de concert avec son ami le baron de Renty. Après la mort de son ami Renty en 1649, il prend la direction de la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen, poursuivant une orientation toute dirigée vers les pauvres. Il paye de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause.

En 1639, il prend part de façon originale au départ de Mme de la Peltrie et de Marie de l’Incarnation pour le Canada. Tout à fait capable de conseiller Mme de la Peltrie en procès avec sa famille, il gère des ressources pour la fondation des missions du Canada pendant les vingt années qui suivent le célèbre voyage.

Sur le plan prosaïque de l’activité professionnelle, Bernières, qui reprit la charge de son père comme Trésorier à Caen de 1631 à 1653, semble avoir bien rempli son rôle, à en juger par cette lettre adressée par des Trésoriers de France à Caen le 29 octobre 1648 :

Messieurs, Tous les Bureaux de France vous sont grandement redevables d'avoir travaillé si utilement et heureusement à nos affaires communes. Comme ils sont obligés à vous en faire leurs très humbles remerciements, nous serions bien fâchés qu'aucun nous devançasse à vous en témoigner sa gratitude. Nous nous acquittons donc de ce devoir et louons Dieu que le succès a répondu par vos soins à nos espérances [...]356.

Ce rôle ne fut pas de tout repos car une révolte paysanne lié à l’imposition de l’impôt sur le sel fut à la même époque durement matée par le terrible chancelier Séguier (dont le journal intime note le nombre de pendus aux arbres : ils sont censés y demeurer jusqu’à leur chute naturelle !). Bernières fait alors partie de la vingtaine de notables agenouillés prêtant serment de fidélité au Roi357.

De 1646 à 1649, donc à un âge déjà avancé pour l’époque, il fait bâtir l’Ermitage, maison de retraite spirituelle où il dirige religieux comme laïcs, dans une grande liberté. « Le directeur des directeurs de conscience358 » parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage, maison qu’il a fait construire « au pied » du couvent de sa sœur Jourdaine359 :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels [...] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes360.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison361.

Désirant en bon membre du Tiers Ordre séculier franciscain pratiquer la pauvreté, il veut faire donation de ses biens, mais…

…Ma belle-sœur fait de son mieux pour empêcher que je ne sois pauvre ; elle me fait parler pour ce sujet par de bons religieux il n’y a plus moyen d’être pauvre362.

Pour ses dernières années, il a trouvé la solution : il ne possède plus que de ce que lui donne sa famille et vit avec le strict nécessaire :

J’embrasse la pauvreté quoiqu’elle m’abrège la vie naturelle363.

Enfin Jean est insensible aux différences sociales. Comme le rapporte cette conversation, son serviteur est pour lui un fils spirituel :

- Vous êtes mon maître, je vous dois tout dire comme à mon père spirituel - Vous le pouvez, lui dis-je, car je vous aime en Jésus-Christ, et je vous ai tenu auprès de moi, afin que vous fussiez tout à lui364.

Les multiples activités des amis de l’Ermitage

Bernières rayonne sur les amis qui séjournent avec lui à l’Ermitage : il donne l’exemple d’une pauvreté et d’une charité fondées sur l’oraison et l’abandon à la grâce divine. Il n’y a aucune opposition entre actifs et contemplatifs puisque la charité est suscitée par les mouvements intérieurs de l’Esprit Saint dans l’âme. Jean Eudes (1601-1680), fondateur des eudistes, incarne aussi cet esprit actif : ils sont du même âge et leur amitié durera longtemps. De même, avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, et grand seigneur qui passe des armes et des sciences à l’exercice de la charité, Bernières contribue à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires.

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui. 365.

L’influence du cercle va s’étendre au Canada dans des circonstances pour le moins inhabituelles. Nous citons cette histoire pittoresque pour illustrer un esprit de liberté et d’indépendance que l’on ne trouve pas toujours explicite dans des écrits retravaillés. Mme de la Peltrie, veuve aussi généreuse qu’originale, veut fonder une maison religieuse au Canada. Sa famille s’y oppose, elle consulte un religieux qui suggère l’expédient d’un mariage simulé. La proposition est présentée à M. de Bernières, ce « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté ». Ce dernier consulte son directeur :

Celui qui le décida fut le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage du moins à se prêter au jeu en faisant demander sa main. La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire « faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage »366.

Notons l’intervention positive du Père Chrysostome, qui peut être sévère mais sans étroitesse d’esprit, et la « sainte » liberté de tous dans cette affaire qui va prendre une pente assez comique. Le grand voyage pour le Canada débute par une tournée de « ramassage » passant par Tours de deux sœurs ursulines suivi d’une présentation à la Cour et d’un séjour à Paris :

Le groupe comprenait sept personnes, Mme de la Peltrie et Charlotte Barré, M. de Bernières avec son homme de chambre et son laquais, et les deux Ursulines dont Marie de l’Incarnation, qui écrit : « M. de Bernières réglait notre temps et nos observances dans le carrosse, et nous les gardions aussi exactement que dans le monastère A tous les gîtes, c’était lui qui allait pourvoir à tous nos besoins avec une charité singulière Durant la dernière journée de route, M. de Bernières s’était senti mal : il arriva à Paris pour se coucher. » Mme de la Peltrie joua jusqu’au bout la comédie du mariage : « elle demeurait tout le jour en sa chambre, et les médecins lui faisaient le rapport de l’état de sa maladie et lui donnaient les ordonnances pour les remèdes ». Mme de la Peltrie et la sœur de Savonnières s’amusaient beaucoup de cette comédie. M. de Bernières un peu moins.367.

Finalement le grand départ de Dieppe de la flotte de printemps en 1639 emporte Mme de la Peltrie (-1671), fondatrice temporelle de la communauté ursuline du Québec, et Marie de l’Incarnation (1599-1672) qui animera cette communauté :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Mme de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation368.

Malgré son envie de partir, le pauvre Bernières restera donc en France pour gérer les ressources nécessaires aux fondations canadiennes.

Les conseils en oraison

Bernières est le directeur de nombreuses personnes, aussi bien des laïcs que des clercs. Il dirige sa sœur aînée Jourdaine : très attachée à son frère, elle sauvera ses écrits et sa mémoire, non sans rencontrer des contrariétés. On sait aussi qu’il allait souvent parler aux ursulines pour les former à l’oraison. Ne pouvant traiter même brièvement de Jourdaine et d’une relation que l’on suppose presque quotidienne, nous renvoyons à Souriau et aux Annales du monastère369.

Catherine de Bar, qui deviendra la sainte « Mère du Saint-Sacrement » (1614-1698), passe environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen où le Père Jean-Chrysostome est son confesseur. Elle demeurera en correspondance avec Bernières370, de même que son nouveau confesseur Epiphane Louys, mystique attachant et lorrain comme elle, qui se liera également avec Bernières371. Jean peut être rude dans ses lettres : « Vous n'êtes pas pourtant dans cet état [de pur amour], car l'on vous chérit trop »…

Dans ses lettres à Bernières, on la voit traverser dans sa jeunesse les vides de la purification mystique :

3 juillet 1643. Monsieur, Notre bon Monsieur Bertot nous a quittées avec joie pour satisfaire à vos ordres. Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélités et combien j'ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâces. Je deviens si vide et si pauvre, même de Dieu, que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l'un et l'autre que je demeure ainsi abandonnée, laissant tout désir

13 novembre 1643. …Il n'y a rien dans mon coeur. Je suis pauvre véritablement, mais si pauvre que je ne puis exprimer 372.

Grâce à une vie longue et féconde, Catherine de Bar transmettra l’esprit de l’Ermitage. Nous ne pouvons consacrer ici une juste place à la fondatrice d’un ordre toujours vivant et actif à restituer sa mémoire.

Jacques Bertot (1620-1681) ou « Monsieur Bertot » (il est prêtre), est une figure charnière aussi fondamentale que demeurée discrète373 : il relie Caen et Paris, car il apporte la mystique de l’Ermitage à l’abbaye de Montmartre, d’où elle rayonnera. Un bref résumé de sa vie ainsi qu’un témoignage sur la fidélité de disciples est inclus dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées sous le titre Le directeur Mistique [sic] [...] ami intime de feu Mr de Bernières…, publié quarante-cinq ans après sa mort, par reconnaissance de Mme Guyon envers son directeur :

« Monsieur Bertot natif de Coutances [en fait Caen] grand ami de Jean de Bernières s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [et] plusieurs personnes engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche [de] Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

Après des études au collège de Caen, il devient prêtre et s’attache à Jean de Bernières. C’est probablement à lui qu’est destinée la majorité des lettres intitulées « à l’ami intime » qui tranchent par leur ton et leur profondeur particulière sur l’ensemble de la correspondance374. On y sent l’autorité de l’expérience, mais aussi une complicité spirituelle et la certitude d’être parfaitement compris d’un compagnon qui prend le chemin commun :

… Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire…375.

Ce grand mystique aura une profonde influence, en particulier sur Mme Guyon.

L’action de Bernières s’étend aussi sur le Canada puisqu’il forme à l’oraison François de Montmorency-Laval (1623-1708) pendant plusieurs années : celui-ci part au Canada où il deviendra le très saint premier évêque de Québec376 (il emporte avec lui le manuscrit des « dits » de Marie des Vallées). De nombreux familiers de l’Ermitage partiront au Canada : Ango de Maizerets, dont la vie se confondra avec celle du séminaire fondé là-bas à l’imitation de l’Ermitage, et qui se dévouera à l’éducation des enfants ; M. de Bernières, neveu de Jean, qui meurt à Québec en 1700 ; M. de Mésy, duelliste raffiné converti, premier gouverneur de Québec ; Roberge, le fidèle valet de chambre et disciple, y partira après la mort de son maître… 377.

Henri-Martin Boudon (1624-1702), l’archidiacre « persécuté » d’Evreux, responsable d’une très abondante production littéraire, dont la seule biographie existante du P. Chrysostome, conservera la confiance et l’appui de Bernières. Ce dernier est ferme dans ses convictions :

Lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie. Quand le grand archidiacre d’Evreux, Boudon, victime d’une sorte de conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui 378.

On peut citer bien d’autres figures : sur place, M. de Gavrus, neveu de Jean, fonde l’hôpital général de Caen ; Jean Aumont (1608-1689) « le vigneron de Montmorency », du Tiers Ordre franciscain, est l’auteur notable et attachant de L’Ouverture intérieure du royaume de l’Agneau occis dans nos cœurs… ; Lambert de la Motte, devenu Mgr de Béryte, est l’un des premiers évêques de la Chine.

Une heureuse fin

Usé par une vie très active, la fin de Bernières sera brusque, exauçant un intime désir né du souvenir de l’agonie douloureuse de son confesseur  le Père Chrysostome :

Il avait pourtant peur de la mort Une tradition de famille rapportait qu’il demandait toujours à Dieu de mourir subitement Le 3 mai 1659 rentré à l’Ermitage, le soir venu, il se mit à dire ses prières. Son valet de chambre vint l’avertir qu’il était temps pour lui de se mettre au lit. Jean lui demanda un peu de répit, et continua de prier…379.

Son valet de chambre [Denis Roberge, qui finira ses jours au Canada] ne s’en aperçut [de sa mort] qu’en l’entendant tomber sur son prie-Dieu. Il avait passé le jour aux Croisiers, où l’on solemnisait la fête de l’Invention de la Sainte-Croix, jour précieux pour lui…380.

Sa mort et sa maladie n’ont duré qu’un quart d’heure. Sans être aucunement malade, sur les 9 heures du soir, samedi, 3e de mai … il se souviendra de nous. Il nous aimait.381.

« Dieu est et vit, et cela me suffit »

Lorsque sa vue baissa, Bernières dictait, sur ordre de son confesseur, ses lettres et ses notes d’oraison à M. Roquelay, un prêtre qui vivait chez lui. Elles furent assemblées pour l’Intérieur Chrétien, paru l’année de sa mort, puis pour le Chrétien intérieur paru l’année suivante.

Nous ne ferons ici que suggérer quelques aspects essentiels de sa vie intérieure. Quelques passages suggèrent les diverses facettes d’un diamant d’où sort une même lumière intérieure. Sur un mode mineur :

Je m’exprime comme je puis, car il faut chercher des termes pour dire quelque chose de la réalité de cet état qui est au-dessus de toutes pensées et conceptions. Et pour dire en un mot, je vis sans vie, je suis sans être, Dieu est et vit, et cela me suffit […] Voilà bien des paroles pour ne rien exprimer de ce que je veux dire.382.

L’oraison est le fondement de sa vie :

L’oraison est la source de toute vertu en l’âme ; quiconque s’en éloigne tombe en tiédeur et en imperfection. L’oraison est un feu qui réchauffe ceux qui s’en approchent, et qui s’en éloigne se refroidit infailliblement.383.

Il en décrit plusieurs sortes, mais propose surtout l’oraison passive dans laquelle il a vécu toutes ses dernières années. Celle-ci met l’âme dans « une nudité totale pour la rendre capable de l’union immédiate et consommée », écrit-il à sa sœur Jourdaine. Elle « ne peut souffrir aucune activité, ayant pour tout appui l’attrait passif de Dieu […] En cet état, il faut laisser opérer Dieu et recevoir tous les effets de sa sainte opération par un tacite consentement dans le fond de l’âme» 384.

Cette oraison ne peut donc s’appuyer que sur un absolu renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu :

Un homme d’oraison doit être un homme mort … C’est se moquer de vouloir faire oraison et vouloir encore prendre goût aux créatures.385.

Dans une lettre du 29 mars 1654, il affirme le but de l’Ermitage :

C’est l’esprit de notre Ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Aucune satisfaction ne doit être donnée à la « nature », si peu que ce soit. Mais la raison de cette rigueur est beaucoup plus profonde que des outrances qui ne sont plus de notre époque. C’est en effet la grâce, pour lui la présence de Jésus-Christ, qui doit gouverner toutes les actions, jamais l’homme naturel :

… ce qui est purement naturel ne plaît pas à Dieu ; [il] faut que la grâce s’y trouve afin que l’action lui soit agréable et qu’elle nous dispose à l’union avec lui.386.

L’idéal est de se laisser gouverner par la grâce :

C’est un moyen très utile pour l’oraison de s’accoutumer à ne rien faire que par le mouvement de Dieu. Le Saint-Esprit est dans nous, qui nous conduit : il faut être poussé de lui avant que de rien faire […] L’âme connaît bien ces mouvements divins par une paix, douceur et liberté d’esprit qui les accompagne, et quand elle les a quittées pour suivre la nature, elle connaît bien, par une secrète syndérèse [remords de conscience] qu’elle a commis une infidélité.387.

La charité en particulier ne doit s’appuyer que sur cette vie intérieure profonde et, dans ses dernières années, il se méfie de toute action qui ne serait pas dictée par un mouvement de la grâce :

Ne vous embarrassez point des choses extérieures sans l’ordre de Dieu bien reconnu, si vous n’en voulez recevoir de l’affliction d’esprit et du déchet dans votre perfection. […] Oh, que la pure vertu est rare ! Ce qui paraît le meilleur est mélangé de nature et de grâce.388.

C’est dans ses Lettres à l’ami intime389, que Bernières se dévoile le plus : bien que son ami soit plus jeune, il est visible qu’il le considère comme son égal. Il peut lui parler à cœur ouvert des états les plus profonds de ses dernières années :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre… 

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même …390.

Jean dans sa jeunesse croyait l’abjection, la volonté d’anéantissement devant Dieu, supérieure à tout. Il s’aperçoit que l’abandon est le sommet et la base de tout, ce qui lui fait composer cet hymne sur lequel nous achevons l’aperçu de sa voie :

Ô cher abandon, vous êtes à présent l'objet de mon amour, qui dans vous se purifie, s'augmente et s'enflamme. Quiconque vous possède, ressent et goûte les aimables transports d'une grande liberté d'esprit. Une âme se perd heureusement en vous, après avoir perdu toutes les créatures pour l'amour de l'abjection, et ne se retrouve jamais qu'en Dieu, puisqu'elle est séparée de tout ce qui n'est point lui.

Ô cher abandon, vous êtes la disposition des dispositions, et toutes les autres se rapportent à vous. Bienheureux qui vous connaît car vous valez mieux que toutes les grâces et toute la gloire de la terre et du ciel. Une âme abandonnée à un pur regard vers Dieu n'a du ressentiment que pour ses intérêts, n'a point de désir, même des croix et de l'abjection : elle abandonne tout pour devenir abandonnée. Peu de paroles ne peuvent expliquer les grands effets que vous produisez dans un intérieur, qui n'est jamais parfaitement établi en Dieu s'il ne l'est en vous. Vous le rendez insensible à toutes sortes d'accidents, rien que votre perte ne le peut affliger.

Vous êtes admirable, mon Dieu, vous êtes admirable dans vos saintes opérations, et dans les ascensions que vous faites faire aux âmes que vous conduisez de lumière en lumière avec une sainte et divine providence qui ne se voit que dans l'expérience. Il me semblait autrefois que la Grâce de l'amour de l'abjection était comme la dernière ; mais vous m'en découvrez d'autres qui me font monter l'âme plus haut.

Ô cher abandon, vous serez sans doute la dernière disposition ; je ne désire que vous et la mort, comme la porte pour entrer dans un abandonnement éternel. Chère mort, que vous me semblez belle et douce ! Que d'attraits vous avez pour moi ! Délivrez-moi de ma captivité, afin que je puisse jouir de mon Bien-Aimé. Néanmoins si votre venue interrompt mon abandon, ne venez pas car vous n'êtes rien en comparaison, et toutes vos délices me sembleraient amères.

Ô cher abandon, vous êtes le bon ami de mon cœur, qui pour vous seul soupire. Mais quand pourrai-je connaître que je vous posséderai parfaitement ? Ce sera lorsque la divine Volonté régnera parfaitement en moi. Car mon âme sera établie dans une entière indifférence au regard des événements et des moyens de la perfection, quand elle n'aura point d'autre joie que celle de Dieu, point d'autre tristesse, d'autre bonheur, d'autre félicité. […]391

L’école du pur amour

Ce qui a été semé va germer.

Les amis de l’Ermitage forment une association peu courante de laïcs et de religieux, sans règle propre aux « religions » constituées. Ce réseau vivant se rassemble autour de personnalités qui se succèdent génération après génération : le laïc sieur de la Forest forme à l’oraison le Père Chrysostome, qui instruit le laïc Bernières, qui forme ensuite le prêtre Bertot, à qui succèdera une laïque, Mme Guyon… Quel nom donner à cette succession dans le temps de grandes figures réunies par le même idéal mystique qu’ils donnent à leur entourage ? Les expressions “Oratoire du coeur” et “Ecole de l’oraison cordiale” apparaissent chez Bremond dans le chapitre qu’il consacre quelque peu abusivement à Querdu Le Gall (une des nombreuses figures secondaires du réseau) et à Jean Aumont précédemment cité : le prêtre breton et le “vigneron de Montmorency” sont deux personnages excentrés et excentriques aux images naïves qui plaisent au conteur de beaux récits illustrés392. A la contraction en “Ecole du coeur”, nous préférons le terme “Ecole du Pur Amour”, afin d’éviter tout compromission de nature affective compte tenu du sens dévalué attribué au « cœur » depuis Rousseau et le Romantisme.

Voici par ordre chronologique les noms et dates de ses principaux animateurs à la suite de ceux que nous venons de citer en évoquant les multiples activités de Bernières. Chaque nom de la liste est suivi de son appartenance religieuse s’il y a lieu, et de quelques mots permettant son identification393. Les italiques indiquent l’appartenance franciscaine394 :

Marie des Vallées (1590-1656) : la « sainte de Coutances » est largement consultée ; elle est visitée, chaque année au moins, par Jean Eudes qui note ses admirables dits395, Jean de Bernières, Gaston de Renty, Henry Boudon…

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) l’organisateur en Normandie-Bretagne de la seconde province française du Tiers Ordre Régulier franciscain, « Notre bon Père », qui donne l’impulsion de départ ;

Jean Eudes (1601-1680), oratorien missionnaire, fondateur de la congrégation des Eudistes396.

Jean de Bernières (1602-1659) du Tiers Ordre franciscain, le saint mystique laïc de Caen.

Jean Aumont (1608-1689) du Tiers Ordre franciscain : « le vigneron de Montmorency » est un auteur attachant qui mériterait d’être mieux étudié ;

Gaston de Renty (1611-1649), seigneur ami de Bernières397 ;

Catherine de Bar, « la Mère du Saint-Sacrement » (1614-1698), Annonciade puis fondatrice ;

Jacques Bertot (1620-1681), prêtre, le « passeur mystique » entre Caen et Montmartre ;

Henri Boudon (1624-1702) du Tiers Ordre (?), auteur abondant398 défendu par Bernières ;

Paulin d’Aumale ( ? – apr. 1694) du Tiers Ordre Régulier, mêlé à la querelle du quiétisme ;

Archange Enguerrand (1631-1699) Récollet, « le bon franciscain » connu de Mme Guyon ;

Jeanne-Marie Guyon (1648-1717) et François de Fénelon (1651-1715), archevêque de Cambrai.

En résumé, ce réseau d’amis399, associant aînés et cadets, s’est constitué autour de Jean-Chrysostome de Saint-Lô et de son très actif et rayonnant disciple Jean de Bernières basé à Caen. Le « cercle mystique normand » s’étend ensuite à Paris car M. Bertot est nommé aumônier du célèbre couvent de bénédictines de Montmartre : il y anime un cercle où l’on vient de tout Paris. Après sa mort en 1681, sa dirigée Jeanne-Marie Guyon prend ses dirigés en charge400. C’est elle qui éveille à la vie mystique François de Fénelon (1651-1715). Ils seront nommés « notre mère » et « notre père » par les disciples qui viendront pratiquer l’oraison à Blois et à Cambrai à la fin d’une vie redevenue paisible après de multiples persécutions.

Madame Guyon dépend donc du courant de l’Ermitage401. Elle ne cite Bernières qu’indirectement, dans une lettre à un étranger : « Je vous envoie une lettre d’un grand serviteur de Dieu [Bertot], qui est mort il y a plusieurs années : il était ami de monsieur de Bernières, et il a été mon directeur dans ma jeunesse. »402. Les précautions sont en effet nécessaires compte tenu de la condamnation post-mortem de ce dernier en 1689, associée à celle de Molinos, qui s’avère gênante puisqu’elle se produit pendant les années actives publiques parisiennes de la « Dame directrice », nom malicieux accolé par Monsieur Tronson à l’active animatrice du cercle mystique « quiétiste ». Madame Guyon manifestera toute son estime pour Catherine de Bar, la « sainte » Mère du Saint-Sacrement, qu’elle connaîssait personnellement, ainsi que pour Marie des Vallées :

pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a faits depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose.403.

Ce deuxième foyer parisien animé par madame Guyon est très actif à la fin du XVIIe siècle et « relance » le courant issu du premier foyer normand animé par monsieur de Bernières. Il est aujourd’hui possible de l’apprécier dans sa grandeur parfois abrupte car les écrits originaux sont devenus accessibles404.

Au sein d’une expérience mystique bien vivante, on voit de plus apparaître le courant bénédictin entrelacé avec le courant issu du Tiers Ordre Régulier franciscain : le célèbre couvent des bénédictines de Montmartre prend M. Bertot pour confesseur, et Catherine de Bar fonde les Bénédictines du Saint-Sacrement405.

Sur la liste des membres principaux de « l’école du cœur », six (ou peut-être sept) d’entre eux sont directement rattachés aux courants franciscains, dont quatre (ou cinq) aux deux Tiers Ordres : deux sont membres du TOR et deux (ou trois) sont membres du TO laïc, auxquels s’ajoutent un Récollet et l’Annonciade Catherine de Bar devenue fondatrice de son propre ordre, toujours actif de nos jours. Tous les membres, sauf les « héritiers » Guyon et Fénelon, sont nés du vivant de l’initiateur, le Père Jean-Chrysostome.

Ce réseau informel liant des franciscains à des prêtres séculiers et à des laïcs fut bien vivant par sa descendance à travers Jacques Bertot, ainsi que par l’intermédiaire des deux ordres toujours actifs fondés par saint Jean Eudes et par la Mère du Saint-Sacrement ; il se propagea à travers toute l’Europe (les bénédictines du Saint-Sacrement sont présentes en Pologne) et au Canada (par la grande Marie de l’Incarnation correspondante de Bernières).

Nous allons voir que des cercles spirituels quiétistes inspirés par Mme Guyon s’établirent hors du Royaume entre 1710 et 1830 : en Hollande autour de Poiret, des Forbes en Ecosse, de Fleischbein et Dutoit en Suisse et en Allemagne ; par peur des persécutions anti-mystiques, on sort de France et du monde catholique.

Des rivières « cachées » et une voie occultée

Les mystiques normands animés par Bernières et leur descendance « étoilée » dans et hors du cadre français catholique sont la principale contribution du franciscanisme aux temps modernes. Leurs descendants sont attestés formellement tout au long du Siècle des Lumières tandis que les influences perdurent ensuite autour du thème de l’abandon.

L’importance de cette voie mystique a été occultée dès la fin du XVIIe siècle pour deux raisons : la première raison, évidente, est l’« erreur du quiétisme » qui lui fut attribuée ; mais l’étiquette s’avère d’un usage large et flou tandis que les propositions relevées ne se retrouvent pas dans les textes incriminés406. Cette appartenance à une voie ou école ou parti provoquera la condamnation de Bernières post-mortem en 1689 (à la suite de celle de Molinos), puis d’un ensemble élargi aux « nouveaux mystiques » Guyon et Fénelon (bref Cum alias, 1699). La reconnaissance du rôle de transmission entre Caen et Paris assuré par M. Bertot est bien établie chez les adversaires, en particulier par une enquête qui souligne son rôle à la tête du « parti » :

Il y a plus de vingt ans que l’on voit à la tête de ce parti M. Bertau [Bertot], directeur de feu madame de Montmartre [la supérieure du couvent des bénédictines]… Madame G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée… » 407.

La seconde raison, moins évidente, découle d’une situation de fait à cheval entre corps religieux et société laïque, qui ne permet pas de cerner facilement un corps ou « religion », première étape pour définir un champ d’études. Cette école alterne en effet religieux et laïcs comme le montre la séquence principale de filiation : M. de la Forest - Père Chrysostome – M. de Bernières – le prêtre Jacques Bertot – Mme Guyon et Fénelon archevêque de Cambrai.  Cette alternance toute moderne s’accorde pourtant avec l’antique tradition franciscaine des Tiers Ordres Régulier (réservé aux clercs) et séculier (proposé aux laïcs).

Chez les laïcs, des vœux particuliers prennent la place des règles religieuses, ce qui rapproche les uns des autres : Bernières, incité par son directeur Chrysostome,  a mis en œuvre des vœux propres au Tiers Ordre séculier, réalisant son souci de pratique de la pauvreté. De même Mme Guyon - qui partage avec Bernières la particularité d’appartenir à une fort riche famille - témoigne de vœux de chasteté, de pauvreté, d’obéissance, pris lors de son veuvage :

J’avais fait cinq vœux en ce pays-là [Thonon en Savoie, à l’époque de la rédaction de son Moyen court] : le premier de chasteté, que j’avais déjà fait sitôt que je fus veuve ; celui de pauvreté ; c’est pourquoi je me suis dépouillée de tous mes biens. Je n’ai jamais confié ceci à qui que ce soit. Le troisième, d’une obéissance aveugle, à l’extérieur, à toutes les providences ou à ce qui me serait marqué par mes supérieurs ou directeurs, et au-dedans, d’une totale dépendance de la grâce. Le quatrième, d’un attachement inviolable à la sainte Église, ma mère, non seulement dans ses décisions générales, où tout catholique est obligé de se soumettre, mais dans ses inclinations, et de procurer le salut de mes frères dans ce même esprit. Le cinquième était un culte particulier à l’enfance de Jésus-Christ, plus intérieur qu’extérieur. Et quoique mon âme ne fût plus en état d’avoir besoin de ces vœux, Notre Seigneur me les fit faire extérieurement et me donna, en même temps, au-dedans, l’effet réel de ces mêmes vœux. Depuis ce temps, il n’est pas en mon pouvoir de garder de l’argent : je vis avec une entière pauvreté.408

Ainsi leurs membres sont solidement ancrés dans la pratique des vertus sans en être esclave : le franciscain capucin Martial d’Etampes disait : « Servez-vous des vertus et jamais ne servez les vertus ». Ceci permet à l’école du Pur Amour de poursuivre son chemin malgré les traverses.

Influences dans le monde catholique français

Le premier cercle constitué autour de M. Bertot fut repris et élargi. Des cercles mystiques se forment à Blois autour de Mme Guyon et à Cambrai autour de Fénelon : ils restent très discrets. Une vingtaine de noms sont bien identifiés, desquels se détachent les ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvillier, la duchesse de Mortemart, Dupuy…, puis à la génération suivante le neveu marquis de Fénelon. Les autres amis de Fénelon, vivant à ou près de Cambrai, sont par contre mal identifiés409.

Ensuite, des courants souterrains prennent le relais. Les influences furent larges dans le monde catholique français chez des figures mystiques que l’on trouve rassemblées autour du thème de l’abandon. Ds foyers de grande valeur existent : par l’intermédiaire de la Mère de Siry,  François-Claude Milley (1668-1720) est en rapport avec Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) : ces deux jésuites sont « deux maîtres de l’abandon qui ont puisé à la même source »410. Milley écrit à la Mère de Siry :

J’ai vu les lettres spirituelles de M. de Bernières ; cet ouvrage surpasse tous les autres … j’y ai trouvé mes sentiments pour la conduite de l’abandon si bien marqués, et exprimés en termes si ressemblants, que je croyais presque l’avoir copié avant que de le connaître. Les personnes … disent que c’était moi qui avais fait ces lettres. 411

On a longtemps attribué au P. de Caussade un ouvrage majeur : L’Abandon à la Providence divine, dont on ne connaît pas l’auteur mais qui est d’« inspiration guyonnienne »412 :

[Il] fait figure de superbe rejeton de la tradition guyonnienne … qui inspirera notamment le P. Grou puis, au XIXe siècle, la spiritualité dite de l’abandon ou de l’enfance, illustrée par Mgr Gay et Thérèse de Lisieux.

On sait combien ce beau livre sur l’abandon traverse les siècles et est lu aujourd’hui aux Etats-Unis comme en France.

L’influence se prolonge au cours des XIXe et XXe siècles chez le Père Henri Ramières (1821-1884), jésuite spirituel, premier éditeur de L’Abandon à la Providence divine ; et chez Dom Vital Lehodey (1857-1948), qui écrivit Le saint Abandon, 1919.

Mais en France malheureusement, la crainte s’est attachée à toute forme que l’on pouvait soupçonner d’être « quiétiste », et les noms de l’école du Pur Amour ont été effacés de la mémoire jusqu’aux réhabilitations modernes par Delacroix, Brémond, Baruzi, puis par Bergson, Henderson, Cognet, Gondal

Influences hors du Royaume

Chez les catholiques, la vie intérieure est censurée en Italie et en Espagne comme en France, ce qui limite les traces imprimées. En Europe centrale et du nord, les confessions calvinistes ou même luthériennes demeurent fortement opposées à toute mystique car elle est associée primitivement aux moines et moniales combattus par les réformateurs ; mais des protestants piétistes sont influencés par le courant guyonnien. Des relais à l’étranger se constituent au début du XVIIIe siècle :

- en Suisse, à Morges près de Lausanne, où le notable écrivain vaudois Jean-Philippe Dutoit-Mambrini (1721-1793) est pasteur dans la seconde moitié du siècle et second éditeur de l’œuvre guyonnienne dont l’édition primitive était épuisée413. Il avait nettement conscience d’une continuité « d’école » comme en témoigne la saisie effectuée chez ce pasteur piétiste par la sévère police bernoise à la fin du XVIIIe siècle. Le procès-verbal de saisie de ses livres se limite à quatre auteurs : Bernières, Bertot, Mme Guyon, Poiret (outre la Bible et l’Imitation)414. Le groupe guyonnien rencontre par la suite un écho lors du « réveil » suisse animé par Vinet au début du XIXe siècle, puis semble disparaître.

- En Allemagne le comte Friedrich von Fleichbein (1700-1774)415, dont la jeune femme Pétronille d’Eisweiler connut brièvement le cercle de Blois et Mme Guyon, associe quiétisme et piétisme rigoriste. Cette association a fait l’objet d’une description critique par Karl Philipp Moritz (1756-1793) dans son roman autobiographique Anton Reiser : en contraste avec l’atmosphère mortifère du cercle piétiste rigoriste, les lectures de Fénelon et de Mme Guyon apportent ouverture et paix à l’adolescent. Le comte fut en relation avec Dutoit-Mambrini qui le révérait.

- En Hollande, à Rijnsburg, le cercle formé autour de Pierre Poiret (1646-1719)416 influencera le grand mystique et théologien Tersteegen (1697-1759) qui « découvrira les écrits de nombreux mystiques, notamment ceux de madame Guyon … dont il traduira une partie. » 417. Poiret apprécie les écrits de Bernières. Sa notice sur lui prend place entre celle de François d’Assise et celle de Henri Suso ! 418.

- En Ecosse à Aberdeen419, le cercle relié à Mme Guyon par l’intermédiaire de Pierre Poiret fusionnera avec la belle tradition spirituelle épiscopalienne, illustré par Henry Scougal 420 et James Garden421.

- En Angleterre, à Londres, le Dr Keith est en relation avec de nombreux intellectuels, tandis qu’il distribue largement les ouvrages mystiques édités en Hollande par Poiret. William Law, Wesley le fondateur du Méthodisme, des quakers sont en relation avec le mouvement du christianisme intérieur relayé par les écrits guyonniens422. La « lumière intérieure » chère au grand mystique quaker Robert Barclay, dont An Apology for the True Christian Divinity fut publié en 1678, est à rapprocher au « christianisme intérieur » vécu dans l’école. Enfin on ne saurait oublier l’influence sur la franc-maçonnerie (de rite écossais) initiée par le Chevalier Ramsay423.

L’étude du devenir de ces petites rivières après le début du XIXe siècle et hors de France est à faire. On sait que le cercle de Morges près de Lausanne se sclérose autour de 1832, mais qu’en est-il en Ecosse, Norvège et Suède (les grandes familles écossaises ayant pied des deux côtés de la Mer du Nord), voire en Russie424 où Mme Guyon fut partiellement traduite ?

Enfin, au-delà de ces influences directes de personne à personne il faudrait étudier les influences indirectes qui s’opèrent par des écrits. Pour le seul XIXe siècle : influences « littéraires » relevées chez Benjamin Constant dans son roman Cécile : « La lecture de plusieurs ouvrages de Mme Guyon produisit en moi une sorte de calme inusité qui me fit du bien. J’essayai la prière… » ; sa sœur Lisette de Constant était d’ailleurs adepte du cercle des « Ames Intérieures » issu de Dutoit ; influence dans les Journaux d’Amiel et de Maine de Biran425 ; admiration de Schopenhauer pour madame Guyon et son école426.

Conclusion

Pour clore cette fresque rapide qui présente le grand courant mystique de la quiétude, nous en rappelons les grands lignes : la rivière prend sa source dans les deux Tiers Ordres franciscains, se développe au sein du groupe de mystiques normands familiers d’un Ermitage construit et animé par Bernières, passe à Paris dans le cercle né autour du couvent de Montmartre, ainsi qu’au Canada (par Marie de l’Incarnation, Mgr Laval et d’autres figures moins célèbres proches de Jean) et en Pologne (par la fondation de Catherine de Bar). Un second « nœud » mystique se constitue autour de Mme Guyon et de Fénelon. Contrainte à la discrétion, la rivière mystique devient souterraine en Europe, avant d’être redécouverte par l’auteur du Sentiment religieux H. Bremond427, et par l’auteur du Crépuscule des mystiques L. Cognet dont le sujet essentiel est « l’aventure » de Mme Guyon. Notre époque voit la résurrection des écrits qu’elle fit naître.

Avertissement

Ce premier tome présente trois sources. L’Intérieur Chrétien (1659) est court et clair. Le Chrétien Intérieur (1660) en huit livres, au texte plus long, forme le corps de l’ouvrage. Les Pensées proches de lettres originales lui furent adjointes en 1676.

Nous avons choisi l’édition du Chrétien Intérieur « divisé en huit livres … PAR UN SOLITAIRE » , reliée en un puis en deux volumes après adjonction de Pensées , de préférence à l’édition sous le même titre assemblée postérieurement en deux tomes, comportant trois traités chacun, « Par le R. P. d’ARGENTAN », qui n’est autre que le « solitaire » dévoilé. Il n’était évidemment pas possible d’éditer cette dernière amplification textuelle, ni une reprise par ailleurs intéressante par un plan modifié, éditée tardivement en 1781. Les descriptions détaillées d’éditions caractéristiques de ces avatars de « l’œuvre » de Bernières constitue une annexe placée en fin de volume. Une base photographique couvrant l’ensemble de ces sources est disponible sur demande.

Le dossier des deux Chrétiens sous leurs premières formes428 et incluant les Pensées est ainsi rendu accessible. Il permet une réévaluation sereine sans l’ombre portée par un « quiétisme » que l’on ne retrouve pas dans les textes.

Le lecteur en quête de vie intérieure trouvera ici l’expression d’un vécu authentique. Il fera aisément la distinction entre l’élan et la simplicité profonde propres à Bernières et les développements oratoires associés par un d’Argentan qui se pose souvent en « co-auteur ».

Nous indiquons quelques doublons. Des textes du Chrétien Intérieur reproduits en notes au début de l’Intérieur Chrétien – nous n’avons cependant pas poursuivi un exercice assez encombrant - montrent par les variantes les libertés prises lors du travail de réécriture.

Nous relevons en notes des origines épistolaires. Ne figurent ici que quelques rares mises en parallèle de lettres compte tenu de l’édition prochaine d’un second tome consacré à la Correspondance. Outre des sources directes, nous avons reproduit des extraits apparentés au texte courant.

La ponctuation a été modernisée.

Générations autour de Jean de Bernieres

[omission]

Description des éditions anciennes

Cette annexe porte sur les écrits imprimés429. Nous décrivons précisément des prototypes par « branches » choisis parmi leurs très nombreuses éditions430. Pour attirer l’attention sur les différences les plus significatives entre ces éditions, nous soulignons les passages indiquant ces différences. La description minutieuse est nécessaire pour s’y retrouver dans la jungle des éditions qui assurèrent l’influence d’un Bernières reconstruit. On ne liste pas les multiples rééditions très semblables d’une même branche431. Se succèdent :

(1) Un Intérieur Chrétien suivi de deux Chrétiens Intérieurs

[1659]. L’Intérieur Chrétien ou la conformité intérieure, Que doivent avoir les Chrétiens avec Jésus-Christ, à Rouen, 1659 ; [éd. rare d’un « petit in-12 de 165 pages » (Heurtevent) ; nous avons disposé d’une réédition in-12 à Lyon, chez Rolin Glaize, 1677, comportant : Epître « A Jésus-Christ » (2 p.) signée de N. Charpy de Ste Croix, Table (5 p.), « Extrait des registres du Conseil d’Etat » (16 p. !), « Permission » (1 p.), « L’Intérieur chrétien » divisé en quatre livres, pp. 1-191, soit 25 lignes de ~35 car. / l. , ~170 000 caractères espaces compris].

[1660]. Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ, divisé en huit livres, qui contiennent des sentimens tous divins, tirés des Ecrits d’un grand Serviteur de Dieu de notre Siècle, par un Solitaire [Jean-François d’Argentan], Claude Grivet, Rouen, 1660 [nous avons disposé de deux petits in-12 : la première édition sans page de titre et la seconde édition avec p. de titre ; cette dernière s’avère identique à la précédente mais recomposée (même nombre exact de pages mais léger décalage du texte) ; elle comporte : Epître « A Jésus-Christ (10 p. de contenu nouveau) non signée, « Approbation des docteurs » C. Mallet et F. Jean Soret (2 p.), et Privilège du Roi (3 p.) suivi de « Ledit Grivet a associé audit Privilège, Jean Viret Imprimeur… » (7 lignes absentes de la première édition par ailleurs identique), « Le Chrestien Intérieur » divisé en huit livres, pp. 1-531, Table (des livres premier à huitième, 7 p.), soit 33 lignes de ~44 car. / l., ~770 000 caractères espaces compris ou une amplification par un facteur 4,5 en comparaison de l’Intérieur Chrétien !]

Suivirent de très nombreuses éditions chez « le libraire d’en face » grand gagnant du procès, Claude Cramoisy ; puis chez la veuve Edme Martin, Paris …1680, 1684… [ces éditions quasiment identiques corrigent quelques petites erreurs ou obscurités de la première édition hâtive de Rouen].

Depuis 1676 elles ont pour titre : Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure […] par un Solitaire. Augmenté des Pensées de M. de Bernières Louvigny. ; l’édition de 1684 comporte deux tomes (reliés ensemble). Tome I : gravure de Messire Jean de Bernières.., page de titre, « A Jésus-Christ » (12 p.), Table (4 p.) de quatre [premiers] livres, Approbations de Docteurs [les mêmes], « Le chrestien intérieur. Première partie » suivie des livres I à IV, pp. 1-414. Tome II : « Le Chrestien intérieur, ou la conformité […]. Seconde partie. », Table (4 p.) des livres cinquième à huitième, Table (4 p.) pour le temps de l’Avent, « Le Chrestien Intérieur. Seconde partie. » suivie des livres V à VIII, pp. 3 -276, suivie des « Pensées de M. de Bernières Louvigny, ou Sentimens du Chrestien Intérieur sur les principaux Mystères de la Foi. Pour les plus grandes fêtes de l’année. », pp. 277-366, suivi de l’ « Extrait du Privilège du Roi », des « Approbations des Docteurs » [les mêmes], de l’ « Extrait des Registres du Conseil d’Etat » (8 p.) [au total Chrétien 688 + Pensées 90 = 778 pages, 29 lignes de 36 car par page, 812 000 caractères avec espaces.]

De nombreuses éditions suivirent dont : Charles Robustel, Paris, 1690 [textes identiques selon les mêmes paginations], etc.

[1687]. Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ. Tome second. Tiré comme le premier des manuscrits de feu de sainte mémoire Monsieur de Bernières-Louvigny, autrefois Trésorier de France au Bureau de Caen. Par le R.P. Louis-François d’Argentan, capucin. Dernière édition. A Paris, 1687. Contient : « Avertissement nécessaire » (24 p. de d’Argentan), Table des Traités (premier à troisième du premier livre, premier à troisième du second livre 432), Permission & approbations (6 p. de nombreux frères et de Pirot), extrait du Privilège du Roi, « Achevé d’imprimer pour la première fois le dernier jours de décembre 1676 » (2 lignes), [liste incluant les écrits nombreux (et insipides) de d’Argentan :] « Livres de piété… » (1 p.). « Le Chestien Intérieur. Livre premier. Où il est traité comment il faut mourir à la vie pécheresse… » pp. 1 -610 [le texte de cette édition « en deux tomes » diffère beaucoup de la précédente « en huit livres »].

[1781]. Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir tous les chrétiens avec Jésus-Christ. Tiré des manuscrits de feu M. de Bernières-Louvigny, Trésorier de France, décédé à Caen le 3 mais 1659, âgé de 57 ans. Tome premier. Dernière édition. Pamiers & Bordeaux, 1781. Contient : « Epître à Jésus-Christ » (i à xii), « Avertissement nécessaire du Père d’Argentan, premier éditeur du Chrétien Intérieur » (xiii à xix), Approbation (xix, du seul C. Mallet), « Avis du nouvel éditeur » (xx à xxiv), « Le Chrétien Intérieur. Livre Premier. Où il est traité comment il faut mourir à la vie pécheresse… » (pp. 1 -538), Table (des livres premier à troisième433, pp. 539 -547), « Permission simple » (1 p.) ; Tome second. « Le Chrétien Intérieur. Livre Premier. De la vie surhumaine… » (pp. 1 -466), Table (des livres premier à septième434, pp. 467-472). - Le texte de cette édition tardive très soignée reprend la précédente signée d’Argentan mais en inversant les volumes (le tome premier de 1781 correspond au tome second de 1687) et avec quelques modifications affectant l’ordre, qui sont justifiées p. xxi à xxiii ; 1004 pages de 30 lignes de ~41 car., ~1 235 000 caractères espaces compris]

(2) Des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres)

[1670]. Les Oeuvres Spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Divisée en deux parties. La première contient des Maximes pour l’établissement des trois états de la vie chrétienne. La seconde contient les Lettres qui font voir la pratique des Maximes. A Paris chez Claude Cramoisy, 1670 ; la veuve d’Edme Martin, 1678 ; Bonaventure le Brun, Rouen, 1678  [Description du Tome I : Le titre précédent est suivi de : « Le libraire au lecteur » (3 p.), « Discours sur les Œuvres spirituelles… » (21 p.), Approbations (4 p.), « Maximes et avis spirituels… » 1-287, réparties selon les vies purgative, illuminative, unitive. Les Maximes sont en fait des lettres, comme le montrent les dates en marges heureusement placées en marges par la Mère de Saint-Charles à partir de la nouvelle édition de 1675 ; description du tome II : Les Oeuvres Spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Seconde partie contenant les lettres qui font voir la pratique des Maximes est suivi de : « Table … pour la vie purgative, unitive & parfaite, illuminative » (14 p.), « Lettres ou les maximes et avis spirituels pour la vie purgative sont mis en pratique » 60 lettres, pp. 1-164, « Lettres …pour la vie illuminative » 54 lettres, pp. 165 -342, « Lettres …pour la vie unitive » 61 lettres, pp. 343-523, Approbations (4 p.) ; 629 pages de 29 lignes de ~41 car., ~750 000 caractères espaces compris.

Ces Œuvres spirituelles, augmentées de correspondances tirées de la direction de Bernières par Chrysostome de Saint-Lô ainsi que des échanges entre Bernières et Catherine de Bar feront l’objet du second tome de la présente édition des Œuvres.

(3) Des Pensées

[1676]. Pensées de De Bernières Louvigny, ou Sentimens du Chestien Intérieur sur les principaux mystères de la Foi. Pour les plus grandes Festes de l’année. A Paris, Chez la Veuve d’Edme Martin, au Soleil d’or, et au sacrifice d’Abel. Et Sébastien Cramoisy, à la Renommée. MDCLXXVI. Avec Privilège du Roi. – Cette édition comporte : Page de titre, « Le mérite de feu M. de Bernières Louvigny est si connu… » (3 p.), Table (7 p.), Extrait du Privilège du Roi (2 p.), « Pensées… [les titres complets des parties suivent les Temps de l’année] » 1-125). [Il s’agit d’une édition en petit format des 90 pages reproduites à la suite du Chrétien Intérieur la même année chez la même Edme Martin, édition décrite précédemment. - La comparaison entre ces Pensées et le Chrétien montre de grandes différences  à l’avantage des Pensées ; de style proche des lettres et comportant d’ailleurs certaines annoncées comme telles, elles paraissent relever de sources plus directes que le Chrétien qui d’ailleurs en reprend fort librement certains passages ; il y a donc des doublons].



Table

(Pagination *.doc de ~300 pages, le livre imprimé en couvre 520)



JEAN DE BERNIERES, ŒUVRES MYSTIQUES

L’INTERIEUR CHRETIEN SUIVI DU CHRETIEN INTERIEUR

ET DES PENSEES

Remerciements 3

Avant-Propos 4


JEAN DE BERNIERES : ECRITS ET INFLUENCES 5

Un succès éditorial 6

Les acteurs 7

La pièce 8

Les sources imprimées 9

Choix pour nos éditions 11

Un courant mystique « ouvert » 12

Une tradition franciscaine 13

La direction ferme du P. Chrysostome 13

Les conseils d’amies mystiques 15

La vie de Jean de Bernières. 17

Les multiples activités des amis de l’Ermitage 20

Les conseils en oraison 21

Une heureuse fin 23

« Dieu est et vit, et cela me suffit » 23

L’Ecole du Pur Amour 27

Des rivières « cachées » et une voie occultée 29

Influences dans le monde catholique français 31

Influences hors du Royaume 32

Conclusion 33

Avertissement 34


L'INTERIEUR CHRETIEN 35

Livre premier. 35

Chapitre premier. De la vie chrétienne, et de la folie du monde. 35

Chapitre 2. De la conversion à Dieu, à l'exemple de saint Paul. 38

Chapitre 3. De l'estime qu'il faut faire de l'esprit du christianisme. 39

Chapitre 4. De la liberté chrétienne. 40

Chapitre 5. Que la vérité se rencontre seulement dans l’Esprit du Christianisme, et que tout le reste n'est que vanité. 43

Chapitre 6. De la connaissance de notre néant. 44

Chapitre 7. De la vie chrétienne qui nous élève au-dessus de nos sentiments. 44

Chapitre 8. De la peine qu'il y a à bien choisir sa manière de vivre. 45

Chapitre 9. De la profonde connaissance et aveu des misères humaines, jointe à la confiance en Dieu. 46

Chapitre 10. Réflexion sur notre anéantissement. 47

Chapitre 11. Suites de l'anéantissement. 48

Chapitre 12. Conclusion sur l'anéantissement connu. 49

Livre deuxième. 49

Chapitre 1. De l'esprit des souffrances. 49

Chapitre 2. Des souffrances. 50

Chapitre 3. Des souffrances, et de la vraie Croix. 51

Chapitre 4. Des peines intérieures. 51

Chapitre 5. De l'union avec Dieu présent dans les peines d'esprit. 53

Chapitre 6. De l'alliance qu'il faut faire avec la sacrée folie de la Croix. 53

Chapitre sept. Du dénuement et anéantissement de soi-même et de ses volontés. 56

Chapitre huit. Du détachement. 56

Chapitre neuf. Par la vue de Dieu présent en nous, la privation des créatures nous touche peu. 57

Chapitre dix. De la pauvreté. 57

Chapitre onze. De l'amour de l'abjection. 58

Chapitre douze. De cette vie mortelle. 58

Chapitre treize. Sur la mort et la pourriture du corps. 58

Chapitre quatorze. De la présence de Dieu. 59

Chapitre quinze. De la présence de Dieu en nous. 59

Chapitre seize. Considérations sur la présence de Dieu, qui nous doit occuper. 61

Chapitre dix-sept. Que Dieu est notre fin et notre centre. 61

Livre troisième. 62

Chapitre premier. De la vue de Dieu dans l'oraison. 62

Chapitre deux. De la conformité au bon plaisir de Dieu, et de l'abandonnement à sa Providence. 63

Chapitre trois. De l'abandonnement à l'indifférence chrétienne. 65

Chapitre quatre. Du détachement des créatures quoique saintes. 66

Chapitre cinq. De l'amitié qu'il faut avoir selon l'Esprit de Jésus-Christ, et de l'amour de Dieu. 66

Chapitre six. Moyens pour se détromper des affaires du siècle. 67

Chapitre sept. De l'anéantissement. 67

Chapitre huit. De l'examen qu'il faut faire de notre coeur. 69

Chapitre neuf. Pour encourager un coeur timide au regard de Dieu. 69

Chapitre dix. Retour à Dieu après quelques fautes. 70

Chapitre onze. Contre la crainte de ne pas bien réussir dans les supériorités, et contre le mal des rechutes. 71

Livre quatrième. 73

Chapitre premier. Des divers genres de vie en union avec Dieu. 73

Chapitre deux. Maximes de la vie chrétienne. 73

Chapitre trois. Degrés par où les âmes montent à la vie divine. 74

Chapitre quatre. Trois degrés de la vie spirituelle. 75

Chapitre cinq. Maximes pour la vie contemplative. 75

Chapitre six. Du contentement de Dieu en soi-même, et de ses perfections. 75

Chapitre sept. De la perfection de l'amour de Dieu pour nous. 76

Chapitre huit. De la communion et de ses effets. 76

Chapitre neuf. De l'usage de la grâce. 78

Chapitre dix. De la Sainte Trinité. 79

Chapitre onze. Des directeurs. 79

Chapitre douze. Sentiments qu'il faut avoir quand nous voyons des saintes âmes être bien épurées. 80

Conclusion. Abrégé des différentes vies de Jésus-Christ. 80


LE CHRÉTIEN INTÉRIEUR OU LA CONFORMITÉ INTÉRIEURE QUE DOIVENT AVOIR LES CHRÉTIENS AVEC JÉSUS-CHRIST. 83

AVERTISSEMENT 83

A Jésus-Christ 83

Approbation des docteurs. 86

Autre approbation. 86

Privilège du roi. 87


LE CHRÉTIEN INTÉRIEUR 88

Livre I. De l'amour des humiliations, qui est le fondement solide de toute la perfection chrétienne. 88

Chapitre 1. Qu'il faut entreprendre la perfection chrétienne avec un esprit d'humilité. 88

Chapitre 2. Fondement de la vraie humilité chrétienne. 90

Chapitre 3. Que le centre et repos de la créature est son néant. 91

Chapitre 4. Que les grands Saints sont arrivés à la perfection par un grand amour du mépris et de l'abjection. 92

Chapitre 5. Que nous n'avons non plus du vrai Esprit de Jésus-Christ que de tendance vers l'abjection. 93

Chapitre 6. Que la vue de notre néant inspire le mépris de nous-même, et l'amour de Dieu. 95

Chapitre 7. Combien Dieu est glorifié par notre anéantissement. 96

Chapitre 8. Combien une âme est riche, quand elle peut avoir l'amour du mépris. 97

Chapitre 9. Quel avantage nous tirons des anéantissements. 98

Chapitre 10. Le chemin pour arriver au parfait anéantissement. 100

Chapitre 11. Qu'il se faut bien abandonner à Dieu, pour être anéanti. 101

Chapitre 12. Qu'il faut renoncer au sens et à la raison humaine, pour aimer les humiliations. 101

Chapitre 13. Que l'anéantissement s'apprend mieux par la pratique que par la spéculation. 102

Chapitre 14. Qu'une âme épousant Jésus-Christ épouse aussi sa Croix et ses opprobres. 104

Chapitre 15. Que l'expérience des bontés de Dieu nous anéantit puissamment. 105

Chapitre 16. Que l'agrément de notre abjection après nos fautes, répare l'injure de Dieu, et rétablit notre ruine. 106

Chapitre 17. Considération sur la vileté du corps corruptible. 107

Chapitre 18. Considération sur la pente naturelle que nous avons au mal. 108


Livre II. De la vie surhumaine, qui est la vie de tous les vrais Chrétiens 110

Chapitre 1. L'idée de la vie surhumaine. 110

Chapitre 2. De la haute estime qu'on doit faire de la vie chrétienne. 110

Chapitre 3. Qu'il se faut entièrement convertir à Dieu, comme saint Paul. 112

Chapitre 4. De l'alliance qu'il faut faire avec la sacrée folie de la Croix. 113

Chapitre 5. Comme il faut conformer notre intérieur à celui de Jésus-Christ. 114

Chapitre 6. La sublimité de la vie chrétienne. 115

Chapitre 7. Divers degrés de la vie surhumaine. 116

Chapitre 8. Pratique de la vie surhumaine 118

Chapitre 9. De la liberté que nous donne l'exercice de la vie surhumaine 119

Chapitre 10. Notre plus grand bonheur en terre est de professer la vie chrétienne. 120

Chapitre 11. Que la vérité se trouve seulement dans l'Esprit du Christianisme, le reste est vanité. 122

Chapitre 12. Dans le Christianisme nous pouvons mener plusieurs vies, qui toutes sont la vie de Jésus-Christ. 123

Chapitre 13. Quelques maximes de la vie surhumaine. 124

Chapitre 14. Combien une âme est contente dans la vie surhumaine 125

Chapitre 15. Que l'on ne saurait vivre de la vie surhumaine par l'esprit humain. 127

Chapitre 16. Conclusion, qu'il se faut appliquer aux pratiques de la vie surhumaine. 128


Livre III. De la présence de Dieu, et de l'abandon à sa Providence. 130

Chapitre 1. Notre première pensée au matin doit être que Dieu est présent. 130

Chapitre 2. A la vue de Dieu présent on est peu touché de l'absence des créatures. 131

Chapitre 3. On peut et on doit conserver la Présence de Dieu dans les occasions d'extroversion. 132

Chapitre 4. La Présence de Dieu se voit clairement dans un intérieur épuré. 133

Chapitre 5. Comme l'union à la Présence de Dieu doit régler notre vie. 135

Chapitre 6. Comme la Présence de Dieu met une âme dans un état de souffrance et de jouissance. 136

Chapitre 7. Que la divine Présence nous fait aimer l'oraison ou l'action, selon qu'il plaît à Dieu. 137

Chapitre 8. La Présence de Dieu fait mépriser tout le reste. 139

Chapitre 9. Où est-ce que nous trouvons mieux la Présence de Dieu. 140

Chapitre 10. Qu'il se faut abandonner avec confiance à la divine Providence. 141

Chapitre 11. Etre indifférent à tout, excepté au bon plaisir de Dieu. 143

Chapitre 12. Se tenir en grand respect devant Dieu présent. 144

Chapitre 13. Se laisser conduire à l'Esprit de Dieu 145

Chapitre 14. Le parfait abandon de Dieu fait trouver le Paradis en terre. 147

Chapitre 15. Combien la beauté de l'ordre de Dieu contente une âme. 148

Chapitre 16. Pratiques de la Présence de Dieu, pour les sept jours de la semaine. 149


Livre IV. De la solitude et la pratique de deux excellentes retraites de dix jours. 154

Chapitre 1. Les beautés de la solitude chrétienne. 154

Chapitre 2. La nécessité de la solitude. 155

Chapitre 3. Les difficultés de la solitude. 156

Chapitre 4. Des occupations de la solitude. 157

Chapitre 5. Comme il faut mettre son âme et ses sens en solitude. 158

Chapitre 6. Solitude de dix jours, sur le Mystère ineffable de la Trinité. 160

Chapitre 7. Autre solitude de dix jours, sur la Personne adorable de Jésus-Christ. 177


Livre V. De la Communion et de ses effets. 196

Chapitre 1. De la préparation à la Communion. 196

Chapitre 2. Pour communier bien dignement, il se faut mettre dans un état conforme à celui de Jésus au Saint Sacrement. 197

Chapitre 3. Pour recevoir dignement la Communion, il faut faire les mêmes actions que Jésus-Christ pratique en nous la donnant. 198

Chapitre 4. Occupations intérieures durant la Communion. 200

Chapitre 5. Autres entretiens intérieurs pour action de Grâce après la Communion. 201

Chapitre 6. Autres manières d'actions de grâces après la Communion. 202

Chapitre 7. Le premier effet de la Communion est de produire en nous l'amour des croix et des humiliations. 203

Chapitre 8. Continuation du même sujet. 204

Chapitre 9. Le second effet de la Communion est de nous transformer. 205

Chapitre 10. Le troisième effet de la Communion, qui est l'union parfaite et consommée. 207

Chapitre 11. Le quatrième effet de la Communion est un grand Amour. 208

Chapitre 12. Le cinquième effet de la Communion est de donner la force et la persévérance au service de Dieu. 209




Livre VI. Des croix intérieures et extérieures. 212

Chapitre 1. Qu'il faut beaucoup estimer les croix. 212

Chapitre 2. Qu'il faut beaucoup aimer les croix. 213

Chapitre 3. Qu'il faut aimer les croix. 214

Chapitre 4. Les croix succèdent aux tyrans, pour faire de notre vie un martyre continuel. 216

Chapitre 5. Des croix extérieures dans la perte de biens. 217

Chapitre 6. Dispositions durant une maladie, où le corps était en croix, et l'âme en jouissance. 218

Chapitre 7. Autres dispositions d'une maladie, où le corps et l'âme sont en croix. 219

Chapitre 8. Des croix intérieures de l'âme dans l'obscurité. 220

Chapitre 9. De la pesanteur des croix intérieures. 222

Chapitre 10. Le grand fruit que nous pouvons tirer des croix intérieures. 223

Chapitre 11. Qu'il faut souffrir de nos propres imperfections. 224


Livre VII. De l'oraison ordinaire et de la contemplation. 227

Chapitre 1. Quelle estime il faut faire de l'oraison. 227

Chapitre 2. Des différentes sortes d'oraisons mentales. 228

Chapitre 3. Qu'il faut être indifférent à telle oraison que Dieu voudra que nous fassions. 229

Chapitre 4. Qu'il est surtout nécessaire de s'appliquer à l'oraison. 231

Chapitre 5. Des obstacles qui empêchent de faire oraison. 233

Chapitre 6. Des moyens qui facilitent l'exercice de l'oraison. 234

Chapitre 7. Qu'il ne se faut porter de soi-même qu'à une oraison ordinaire. 236

Chapitre 8. Comme on passe de l'oraison ordinaire à la contemplation. 237

Chapitre 9. De l'oraison de Foi. 239

Chapitre 10. Des sacrées ténèbres de l'oraison. 240

Chapitre 11. Des lumières de l'oraison. 242

Chapitre 12. De l'oraison passive. 244

Chapitre 13. De la pure et parfaite oraison. 245

Chapitre 14. De la faim et du rassasiement de Dieu. 247

Chapitre 15. De l'oraison infuse. 249

Chapitre 16. De l'oraison de quiétude. 251

Chapitre 17. De l'intime union d'amour de l'âme avec Dieu en l'oraison. 253

Chapitre 18. Du silence intérieur où Dieu parle et est écouté. 255

Chapitre 19. De la contemplation très épurée. 256

Chapitre 20. Des différentes caresses que Dieu fait à l'âme dans l'oraison. 259


Livre VIII. Plusieurs maximes importantes pour se conduire dans la vie spirituelle. 261

Chapitre 1. Avoir sur toutes choses une extrême horreur du péché. 261

Chapitre 2. S'ajuster au pas de la Grâce, pour n'aller plus vite ni plus lentement qu'elle ne veut. 262

Chapitre 3. S'abandonner entièrement à Dieu. 263

Chapitre 4. Ne s'attendre à rien qu'à souffrir. 263

Chapitre 5. Renoncer à soi-même en tout, et combattre ses propres inclinations. 264

Chapitre 6. Avis pour se bien comporter dans la supériorité. 265

Chapitre 7. Avoir une intention très pure et désintéressée. 267

Chapitre 8. Conférence qui éclaircit plusieurs belles difficultés touchant l'oraison. 267


PENSEES 270

DE MONSIEUR DE BERNIERES LOUVIGNY, OU SENTIMENTS DU CHRETIEN INTERIEUR. 270

Sur les principaux mystères de la foi. Pour les plus grandes Fêtes de l'année. 270

Pensées sur le mystère de l'Incarnation de Notre Seigneur. 272

Pour le temps de l'Avent. 272

I. De l'anéantissement du Fils de Dieu dans son Incarnation. 272

II. Sur le même sujet. 273

Pour le même temps de l'Avent. 274

Lettre à une religieuse. 274

Pour le jour des Cendres. 275

De la gloire qui revient à Dieu, de l'état de nos corps réduits en poussière. 275

Pour le dimanche des Rameaux. 275

Lettre. Le triomphe abject de Jésus dans son entrée en Jérusalem. 275

Pensées sur la Passion de Notre Seigneur. 277

Pour le temps de la semaine sainte. 277

I. Sur le mystère de l'Ecce homo. 277

II. Sur Jésus crucifié. 277

III. Sur Jésus crucifié. 277

IV. Estime du Sang de Jésus-Christ. 278

Pour le jeudi saint. 278

Sur l'institution du saint Sacrement de l'autel. 278

Pensées pour le vendredi saint. 279

I. Sur les douleurs du Fils de Dieu en sa Passion. 279

II. Qu'il faut porter la croix de la pauvreté, en l'honneur du pauvre Jésus. 279

Pour le soir du vendredi saint. 280

III. Sur la mort du Fils de Dieu, et sur son sacré corps mis dans le tombeau. 280

Pour le samedi saint. 281

Sur le Sépulcre de Jésus. 281

Pour le saint jour de Pâques. 281

Sur la gloire de la Résurrection du Fils de Dieu. 281

Pour le temps de Pâques. 282

Que le Mystère de la Résurrection, et les autres qui le suivent, sont des sources de grâce. 282

Pensées pour la fête de l'Ascension de notre Seigneur. 283

I. Le triomphe de Jésus-Christ dans son Ascension, comparé avec l'Ascension surhumaine d'une âme au-dessus d'elle-même. 283

II. Souffrir pour l'honneur de Jésus souffrant, et aspirer à la Gloire, pour l'honorer triomphant dans le Ciel. 284

III. Colloque à la sainte Vierge qui reste sur la terre, après que son Fils est monté glorieux dans le Ciel. 285

POUR LA VEILLE DE LA PENTECOTE. 285

De la nécessité de la Grâce de Jésus-Christ, qui nous est donnée par le Saint- Esprit. 285

Pensées pour le jour de la Pentecôte. 286

I. Demander au Saint-Esprit la grâce de mourir aux créatures pour être tout à Dieu. 286

II. Demander au Saint-Esprit la vie surhumaine, et l'Esprit du Christianisme, qui est un Esprit de souffrance et d'anéantissement. 287

III. Du règne du Saint-Esprit en l'âme du Chrétien. 288

Pour le même jour de la Pentecôte. 289

Lettre. De la faiblesse de notre nature, qui doit être fortifiée par le Saint-Esprit. 289

Pensées pour la fête de la très Sainte Trinité. 289

I. De la soumission de l'entendement du Chrétien à l'égard du Mystère de la Trinité. 289

II. De l'état de contemplation qui honore le mystère de la Trinité. 290

Pour la fête du Saint Sacrement, et pour les jours de communion. 290

Des effets de la communion. 290

Pour la fête et Octave du Saint Sacrement. Lettres. 291

Lettre I. De la douceur admirable de Jésus au Saint Sacrement. 291

Lettre II. L'Eucharistie nous donne des forces pour nous élever sur la montagne du Seigneur, c'est-à-dire jusqu'à l'Esprit de Jésus-Christ. 291

EXTRAIT DU PRIVILEGE du roi 292


ANNEXES 293

GENERATIONS AUTOUR DE JEAN DE BERNIERES 293

NOUVELLES GENERATIONS ET INFLUENCES 294

DESCRIPTION DES EDITIONS ANCIENNES 295

(1) Un Intérieur Chrétien suivi de deux Chrétiens Intérieurs 295

(2) Des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres) 297

(3) Des Pensées 297







36.JEAN DE BERNIERES/ Lettres et Maximes mystiques / Un florilège

(46) Cor.Bernières CHX revu avec add. et thèmes formaté Lulu.odt





JEAN DE BERNIÈRES



Œuvres mystiques

II

LETTRES & MAXIMES



Edition par

Dom Éric de Reviers, o.s.b.



Rétablissant l’ordre chronologique et citant des extraits du Chrétien Intérieur

Incluant un dialogue poursuivi avec Mère Mectilde fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement





Tome I Introduction par dom Eric de Reviers et correspondance des années 1631 à 1646

Tome II Etude par Jean-Marie Gourvil et correspondance des années 1647 à1657





Rédaction d’un choix : « Jean de Bernières / Lettres et Maximes mystiques / Un florilège établi par Dominique Tronc »

Jean de Bernières est le mystique accompli de la filiation de la quietude passant par madame Guyon. Il est au Coeur du “premier noeud” normand tandis qu’elle sera au coeur du second noeud parisien;

Ce qui suit : Extraits (avec parallèles du Chrétien) et ajout d’un niveau 4 pour les extraits soulignés (un “choix du choix” facilitant la recherche d’une structure non chronologique.

D’où: Table niveaux 1 à 3 (“la Table sous Word”)

suivie d’une Table de niveau 4 suivie de Thèmes par clefs



L’idée est de faire un florilège faisant ressortir les axes ou clefs de Bernières sans respecter l’ordre chronologique parce que nous avons retenu surtout les dernières années :

1(1646) 5(47) 2(48) 2(49) 4(50) 1(51) 1(52) somme 16

13(53) 10(54) 1(55) 5(56) s 29

13(57) 9(58) 4(59) s 26

Comptabilité approximative (8 maximes sans dates) = 1653-1654 : 23, 1657-59 : 26, autre : 22 (avant : 16 pendant : 6) = Les 2/3 retenus couvrent à peine plus de 4 ans pour 1647-1657début soit une dizaine années.

Présentation intégrée ou par clefs comme Les Justifications ? commencer par regrouper en clefs :

Avant 1653

        (1) 6 Mars 1646 L 1,27 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. -- Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même…

6 mars 46 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. […]ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : «Courage, notre cher Frère; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs! Tendez à la pureté vers Dieu.»

M. Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même. Si nous étions établis comme il faut, dans le pur amour, nous ne voudrions rien posséder avec Dieu, crainte de le posséder moins purement. Mais parce que nous avons des attaches secrètes aux lumières, aux goûts et à la félicité sensible, quand Dieu demeure seul dans nos cœurs, nous ne pouvons être satisfaits, si nous ne sentons la satisfaction de sa présence. Que toutes vos peines cessent, et au lieu de crier miséricorde comme si Dieu vous abandonnait, que votre âme magnifie le Seigneur, et qu’elle se réjouisse en lui seul. Car Il fait de grandes choses en vous en cet état de souffrances intérieures. Il y opère par une Providence spéciale la pureté de son amour, dont le moindre degré vaut mieux que la possession de toutes les créatures.

À la lecture de vos lettres j’ai remercié la divine Bonté des faveurs qu’elle vous départit au travers de toutes ces angoisses et obscurités d’esprit. Et je vous avoue qu’au lieu de vous soulager, si je pouvais augmenter vos peines, je le ferais pour donner lieu de croître en la pureté d’amour. Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. N’attendez de moi que de véritables effets d’amitié et non de vaines tendresses.

[...] Je vous avoue, ma chère sœur que depuis peu, je conçois beaucoup de choses de la vie dont je parle. Vous en avez l’expérience. C’est pourquoi je ne vous en dis pas davantage, si non qu’il faut une rare fidélité pour mener sans discontinuation une si belle vie. C’est ce que nous apprenait notre très cher père435, par toutes les maximes436 de perfection qu’il nous a laissées : de tendre à l’abjection, à la solitude, à la mort de toutes choses, d’anéantir en nous tout esprit humain et mondain, de ne vouloir que Dieu et la croix. Ma très chère sœur, ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : «Courage, notre cher Frère; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs! Tendez à la pureté vers Dieu.» Je finirai de même cette lettre. Encourageons-nous les uns les autres pour cet effet. N’ayons rien de réservé et soyons dans une pleine et entière communication de nos dispositions et des grâces que Dieu nous fera, avec simplicité et sans réflexion. Et puis quel moyen de prendre conseil les uns des autres sans cela?

[……………….]

        Table des seuls titres



6 mars 46 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. […]ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : «Courage, notre cher Frère; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs! Tendez à la pureté vers Dieu.»

Janvier 47 effets d’une maladie naturelle qui néanmoins m’ont réduit au néant et beaucoup humilié.

15 février 47 j’ai été réduit au néant. ... Dieu nous a si étroitement unis, que de nous faire enfants d’un même Père, et d’un si accompli en toutes sortes de vertus. Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu,

12 sept 47 rien voir que Lui

12 sept 47 b elle parle par les infusions qu’elle reçoit de Lui immédiatement

28 sept 47 digne Mère de Chantal

20 janv 48 faire voir ses bontés en moi qui suis inutile en sa maison

1648 vous trouverez bientôt la région de paix

Mars 49 dans ses propres operations … elle ne parviendra jamais à cet état de la pure union avec Dieu, qui se fait d’une manière qui ne tombe point sous les sens

Mars 49 b par cette perte que l’âme se trouve bien établie en Dieu, et qu’elle y fait sa demeure; ou plutôt quelle devient un même esprit avec Lui.

20 janv 50 Et si elle a tout, elle n’a rien, puisqu’elle est dans la privation de toutes les créatures. Et elle a tout, puisqu’elle a Dieu en esprit et vérité.

Avril 50 vraie transformation en Dieu

Mai 50 le goûte sans le goûter et le possède sans le posséder. ... l’union essentielle où l’âme jouit de Dieu, le possède et y est abîmée

Mai 50 b l’union accidentelle ... l’union et l’oraison essentielle ... la perd en Dieu

1651 solitude admirable que l’âme a en son Dieu qui la rend indépendante de tout

1652 Si votre âme durant l’oraison est sans pensées et sans sentiments, ne vous en mettez point en peine

1653 C’est un état de pauvreté qui contient toutes les richesses, parce que l’on y vit de Dieu en Dieu, et l’on s’y trouve tellement perdu

1653 b La foi est un rayon divin qui subsiste en sa pureté, au milieu des brouilleries et inquiétudes de nos sens ... Le rayon du soleil naturel demeure en sa pureté au milieu de la bouillie.

1653 c tout ce qui se passe en elle, c’est son divin Esprit qui l’opère ou qui le permet

1653 d Dieu est mon âme, ou mon âme est Dieu

10 fév 53 perdu dans l’abîme obscur de la foi, elle y doit demeurer en assurance

24 avril 53 Quiconque est arrivé à cet état voit en Dieu ses amis, les aime et les possède en Lui, et comme Dieu, il est partout, il les possède partout. ... Les âmes qui vivent en Dieu ont des intelligences si secrètes et une manière de se communiquer si admirable, que cela ne se comprend que par l’expérience.

4 mai 53 Monsieur de Renti ... je me sens encore plus uni à lui que jamais, et me semble avoir autant de familiarité avec lui

4 mai 53 Cette Foi obscure me mène pourtant plus loin dans Dieu que toutes les conceptions que j’ai jamais pu former

Juillet 53 les vertus sans réflexion et sans peine

23 août 53 Si nous nous voyons, il faut que ce soit en Dieu, afin que nous demeurions perdus continuellement en Lui. ... Tout ce qui n’est point Dieu me semble comme l’extérieur, et l’intérieur est Dieu seul. ... Tout ce que je fais, c’est de le laisser faire, et tâcher que mon fond soit comme une pure capacité pour recevoir Dieu à mesure qu’il se communique.

26 août 53 Le P. N. a l’esprit rempli de plusieurs beaux meubles pour y loger Dieu. Il faut qu’il en jette une bonne partie par la fenêtre.

7 sept 53 L’on reçoit une liberté si parfaite que l’on vaque à l’extérieur sans contrainte, et sans extraversion. ... «Je suis, répondit-elle, où j’étais il y a quinze ans.» -- «Et où étiez-vous?» -- «J’étais dans la perte en Dieu.»

16 déc 53 La boue entre les mains de Dieu fait des miracles

1654 Je suis bien aise que vous goûtiez l’oraison sans la goûter,

29 mars 54 ce néant ne consiste pas seulement à avoir aucune attache aux choses du monde, mais à être hors de soi-même; c’est à dire, hors de son propre esprit et sa propre vie.

30 mars 54 Ce mot est pour vous assurer, que je me sens aussi uni à vous à Caen comme à Rouen, et que notre union s’établit et s’affermit dans le fond de l’âme, aussi bien de loin que de près. ... N’avoir rien, c’est avoir tout; et ne savoir rien, même que l’on soit devant Dieu, est une manière de présence de Dieu

19 avril 54 Le divin Soleil éclairera vos ténèbres, et échauffera vos froideurs par ses divins rayons. N’apportez point seulement d’empêchement à sa divine lumière, et vous verrez que tout ira bien.

13 mai 54 Mais cet ouvrage est souvent si caché et inconnu, même aux personnes spirituelles, qu’en vérité elles font beaucoup souffrir, ne pouvant concevoir que ce soit une œuvre de Dieu, de ne pouvoir ni penser, ni rien dire de distinct et d’aperçu

17 sept 54 Au lieu que dans les autres l’on a des images, des connaissances, et des sentiments de Dieu, en celle-ci l’on possède Dieu même, lequel étant vu au fond de l’âme, commence à la nourrir et à la soutenir de Lui-même, sans lui permettre d’avoir aucun appui sur ce qui est créé. Et c’est ce que l’on appelle science mystique, que cette expérience de Dieu en Dieu même, de laquelle l’on n’est capable, que lorsque le don en a été fait par une miséricorde spéciale

19 oct 54 l’âme n’est pas au point de la perfection, qu’elle n’ait outrepassé tout ce qui n’est point Dieu pour arriver à Dieu même, et y vivre dans une nudité parfaite d’être, de vie et d’opération

20 oct 54 conduite passive, se laisse tirer à l’opération divine. Le procédé que tient cette divine opération, c’est d’élever l’âme peu à peu des sens à l’esprit, et de l’esprit à Dieu, qui réside dans le fond. ... obscurités en son esprit, si épaisses qu’elle ne voit et ne connaît plus rien. ... l’âme expérimente qu’il faut qu’elle soit dénuée toujours d’affection des grâces sensibles, des lumières, et des sentiments ... Ce qui embarrasse les âmes, c’est qu’elles s’imaginent n’avoir rien s’il n’est sensible et aperçu

5 nov 54 elle vivrait hors d’elle-même et en quelque façon, ne serait plus elle-même ni n’opérerait plus elle-même, mais elle agirait en Dieu par Dieu même

11 nov 54 Toutes ces expériences particulières qu’elle a eues autrefois, sont perdues et abîmées dans une unité si pure et si nue, qu’elle ne goûte rien en particulier ... je vis sans vie, je suis sans être. Dieu est, et vit, et cela me suffit. ... Cette unité divine est à présent mon fond, mais si caché et si perdu, que je ne trouve plus rien, sinon que je me perde moi-même

2 fév 55 je craignais beaucoup que ce ne fut un certain néant que notre esprit forme et prend pour objet, et non pas un néant mystique que Dieu communique à l’âme et qui est le principe de ses opérations.

Je sentis en mon oraison toutes mes puissances accoisées et remplies d’une grande paix

3 janv 56 quand elle en approche, la mer par un flux vient comme au-devant d’elle pour la solliciter de se hâter de se perdre.

13 août 56 Ce n’est plus qu’un exil ou un bannissement de Dieu

14 sept 56 Il y a tant de goût et de saveur à être anéanti de cette sorte, qu’il est impossible que l’âme puisse se servir d’autre règle, que de se laisser abîmer dans l’océan infini de la Divinité.

10 oct 56 me semblant que je n’ai jamais été plus éloigné de Dieu que lorsque je l’ai expérimenté plus proche.

20 nov 56 Vous concevez bien que cette divine union ne se fait plus comme auparavant que votre état fut changé. Car elle se faisait par le moyen des lumières, des ferveurs de grâces et de dons que vos puissances recevaient de la bonté de Dieu, et dans cette jouissance vous Lui étiez unie. ... À présent Notre Seigneur vous a élevée au-dessus de toutes ces dispositions créées, lesquelles quoi que très bonnes et saintes, sont néanmoins finies et limitées. ... réduire non seulement sa créature à la petitesse, de la brûler jusques à la rendre cendre et poussière.

16 janv 57 // Ruusbroec

21 janv 57 // Canfield

23 janvier 57 rentrer dans votre fond, ou plutôt dans Dieu même. Cela est très vrai et tout réel et non imaginaire ... Les fleurs d’un arbre s’épanouissent fort facilement et promptement, mais le fruit n’est produit qu’avec le temps.

9 avril 57 Tournez votre âme du côté de la confiance en Dieu et d’une sainte assurance et espérance

9 avril 57 il faut traverser des voies et des passages pénibles et difficiles, où l’esprit meurt peu à peu, sans qu’il contribue lui-même à se faire mourir437. C’est Dieu seul qui fait cet ouvrage. Nous ne devons point y ajouter ni diminuer.

26 août 57 souffrir en patience passive toutes les pointes des douleurs des épines intérieures

30 août 57 lumières ou ténèbres, goût ou dégoût, recueillement ou distractions. Ces choses sont dans les dehors de l’âme, et la quiétude, le calme et la paix sont dans le fond. C’est pourquoi cette diversité et variété qui se rencontrent dans les sens n’incommodent pas la paix qui est dans l’intime de notre âme

20 sept 57 Laissez donc pour l’ordinaire votre âme sans beaucoup agir, et croyez que Dieu agira en elle.

20 sept 57 Les ténèbres, les sécheresses et les étouffements intérieurs que l’on expérimente quelquefois, de sorte qu’il semble que l’on soit tombé dans un abîme, ne nous doivent pas étonner, puisque ce sont des effets de Dieu résidant au fond de l’âme

29 sep 57 mourir encore au désir de ne mourir pas assez tôt.

6 oct 57 Que si l’image de Jésus-Christ lui est donnée, qu’elle ne la quitte point. Si elle lui est ôtée, qu’elle ne la cherche point. ... qu’elle ne craigne pas d’avoir un repos dans lequel l’image de Jésus-Christ ne paraisse point

13 oct 57 la Lumière éternelle commence Elle-même à pénétrer votre intérieur. Et cette pénétration continuant, Elle la perdra en Dieu et la déifiera peu à peu

28 oct 57 Vous direz peut-être que votre intérieur est plein de distractions et de ténèbres : à la bonne heure ! Cet abîme de misères et de pauvreté n’empêche pas que Dieu n’agisse secrètement et imperceptiblement, pour jeter votre âme et toutes ses opérations propres dans le néant. Ne vous imaginez donc pas qu’il ne se passe rien en elle. Mais demeurez seulement paisible et tranquille, et l’ouvrage de Dieu se fera.

1 juillet 58 Comme du soleil s’écoule la variété des couleurs sur les fleurs, quoique le soleil ne contienne qu’en éminence les couleurs, et non point formellement, car on aurait beau regarder de près le rayon du soleil si on y découvrait les couleurs qu’il répand sur les fleurs.

29 sept 58 fidélité (note) … chercher uniquement Dieu pour se perdre

7 oct 58 Toute la voie mystique est remplie de miséricordes qui passent au-delà de nos mérites ... C’est pour lors qu’Il nous ouvre la porte du réel anéantissement dans lequel Dieu est seul et la créature n’est plus.

10 oct 58 Dieu vous veut tout à Lui, en Lui, et par Lui-même ... d’une manière au-dessus de toute manière, très simple, très douce, et très efficace

31 oct 58 Et vous anéantissant par sa plénitude, Il vous fait changer d’état intérieur, y ayant une différence très grande entre la lumière du rayon et la lumière du centre

12 déc 58 Vous expérimenterez des secours extraordinaires de Dieu, lequel s’Il ne fait pas réussir ce que vous prétendez pour les affaires extérieures de sa gloire, Il avancera celles de votre intérieur, vous jetant dans une plus grande perte de vous-même et un plus profond abîmement en Lui

16 déc 58 don qui vous a été fait d’expérimenter que votre âme tombe dans le néant ... cit. de M. des Vallées

21 déc 58 Quand vous auriez à quitter une couronne, il ne faudrait pas délibérer. Puisque servir Dieu c’est régner et que d’être objet en la Maison de Dieu vaut mieux que d’habiter aux palais des gens du monde.

22 déc 58 L’anéantissement étant une source inépuisable de lumières et de discernements

4 janvier 59 Cette extrême pauvreté intérieure nous remplit de Dieu, à la vérité d’une manière insensible et imperceptible à notre esprit humain. Trois ou quatre moments d’une telle oraison valent mieux qu’un jour entier de l’oraison qui ne se fait qu’en pensée et en sentiments amoureux

12 janvier 59 La présence réelle de Dieu ne peut pas souffrir que nous ayons autre occupation que Lui seul. Demeurez donc ainsi perdu ... En cet état la liberté commence d’être très grande; nos puissances et nos sens n’étant embarrassés d’aucune réflexion, et se laissant appliquer uniquement à l’œuvre extérieure de Dieu.

24 janv 59 L’abandon ne consiste pas à ne rien faire dans l’intérieur, à n’avoir ni pensées, ni affections, ni sentiments; mais à les recevoir plutôt de Dieu que de les exciter avec nos industries par effort d’esprit. ... Ceux qui commencent croient ne rien faire quand ils tombent dans cet état d’obscurité, et l’expriment aux autres comme ils le croient. Et c’est ici la source de toutes les contradictions et persécutions que l’on fait aux mystiques

26 janvier 59 la volonté ayant fait mourir les affections répandues dans les créatures, elle produit un amour tout simple vers Dieu qui lui donne un recueillement amoureux et une union avec Lui

Abandonnez-vous au soin et à la conduite de votre Père qui est aux Cieux. Il a plus de véritable amour pour vous que toutes les créatures ensemble n’en pourraient avoir. Tous les solitaires ont beaucoup de joie de vous voir réduit à la pauvreté. ... votre bonheur est bien meilleur que le nôtre, puisque vous êtes destiné à une vie mourante et souffrante, et nous, à une vie contemplative qui est toute pleine de douceur

19 fév 59 Notre Seigneur vous conduit par les aridités, sécheresses et peines intérieures. Ne refusez pas la miséricorde qu’Il vous fait de vous traiter de la sorte ... Et l’âme sans oraison qui lui paraisse ne laisse pas d’en avoir une très bonne qu’elle ne sent et ne goûte point. ... L’oisiveté consiste à ne rien faire du tout, laissant son âme volontairement distraite et inutile, dans la croyance qu’elle ne peut rien faire. L’abandon empêche qu’on ne fasse rien par soi-même, mais soumet à l’âme faire tout ce que Dieu veut. ... la fidélité à l’abandon consiste à faire la conduite de Dieu uniquement et non pas la nôtre.

16 mars 59 l’union que l’on a avec Dieu; laquelle se reconnaît par la profonde mort que l’on a de soi-même et des créatures. C’est ici l’essentiel de la vie mystique. ... Et c’est un grand aveuglement de ce que les serviteurs de Dieu n’en font presque nul état, croyant que la vie mystique n’est que pour les solitaires. ... Si l’on veut que vous soyez Docteur, soyez-le; il importe peu, pourvu que la mort et le néant soient de la partie.

29 mars 59 Tout votre bonheur sera de faire sa sainte volonté; laquelle vous étant manifestée, doit ôter de votre esprit toute crainte et inquiétude ... reculer les affaires de Dieu pour vaquer à Dieu même, puisque c’est Lui seul qui nous donnera la grâce d’y pouvoir réussir, et de ne pas nous y chercher

2 avril 59 laisser votre âme dans une parfaite liberté, sans vouloir qu’elle s’applique à quelque chose en l’oraison, sinon quand Dieu le voudra. La non-oraison est la voie pour l’oraison mystique

16 avril 59 Dans cet état de simple attention... ... Laissez passer toutes ces pensées...

M 3, 2 L’oraison qui se fait avec foi simple, sans raisonnements et méditations, est bonne. Elle est fondée dans les Pères, et peut être appuyée de quantité de passages. Mais c’est un don de Dieu particulier ... |Mais] Cette oraison pratiquée par ceux qui n’en ont point le don particulier et extraordinaire, ne fait nul effet en eux et les laisse croupir dans beaucoup d’imperfections

M 3, 3 L’état passif ne consiste pas à n’avoir point de pensées, ni à ne point faire d’actes; mais seulement à supprimer notre activité propre, pour entrer dans l’activité de Dieu

M 3, 4 Cet état consiste à se laisser posséder à l’Esprit de Jésus-Christ qui veut vivre Lui Seul et opérer en l’âme

M 3, 6 Les distractions, les tentations, les ténèbres, et les sécheresses de l’intérieur ne lui feront plus de peur, puisqu’elles serviront même à l’établir dans l’état passif.

M 3, 8 Le second degré est illuminatif.

M 3, 10 Comme le fer qui est devenu comme du feu

M 3, 11 Dans ce dernier degré de la vie unitive, le temps d’oraison n’est pas réglé...



        Thèmes par clefs

Un classement chronologique n’a pas de sens sur une courte durée de qq. années car la variance liée aux correspondants divers l’emporte sur l’évolution de Bernières, d’où un regroupement thématique :





Abandon passiveté : (5) 3janv56, 20sept57, 24janv59, 26janv59, 19fév59

Communication : (3) 24avril53, 4mai53, 30mars54

Dieu : (22) 12sept47, 12sept47b, 28sept47, 20janv48, avril50, 1651, 1653, 1653c, 1653d, 23août53, 26août53, 7sept53, 16déc53, 19avril54, 19oct54, 5nov54, 13août56, 10oct56, 23janv57, 9avril57, 10oct58, 12déc58, 29mars59

Foi : (3) 1653b, 10fév53, 4mai53

Liberté : (3) juillet53, 7sept53, 1juillet58

Néant, anéantissement : (10) janv47, 15fév47, 29 mars54, 2fév55, 14sept56, 7oct58, 31oct58, 16déc58, 21déc58, 22déc58, 4janv59

Oraison, purification : (19) 6mars46, 1652, 1654, 13mai54, 17sept54, 20oct54, 9avril57, 26août57, 20sept57, 29sept57, 6oct57, 13oct57, 28oct57, 16avril59, M3,2, M3,3, M3,6, M3,8, M3,10, M3,11

Paix : (3) 1648, 2fév55, 30août57

Union : (8) mars49, mars49b, mai50, mai50b, 11nov54, 20nov56, 26janv59, 16mars59





On peut envisager la séquence suivante :

Oraison , néant, abandon, paix > union, dieu > communication, liberté



        Correspondance par années

47, 49-50 puis

2-53 à 11-54 soit 21mois

puis trou d’une année

puis 1-56 à 4-59 soit 39mois









37B.JEAN DE BERNIERES ET L'ERMITAGE DE CAEN, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle - Lettres & Maximes Tome I 1631 – 1646 [Dom Éric de Reviers, o.s.b]

Suivant l’ordre chronologique de la Correspondance

Citant des extraits du Chrétien Intérieur

et d’Auteurs mystiques



(47) Correspondance Bernières 1631-1646 Champion 8fév19 revu DT 10mai.odt



!Correspondance Bernières 8e éd 1631-1646 au 12jan18.docx

Avant-propos

Jean de Bernières (1602-1659) demeure actuel par sa condition de laïque et par l’exemplarité qu’il assura dans le champ social au « siècle des saints ». Son influence s’étendit très au-delà de sa Normandie natale. Elle fut en effet relayée par ses amis et ses dirigés du cercle de l’Ermitage, la maison d’accueil de Caen qu’il créa près du couvent d’ursulines fondée par sa sœur Jourdaine .

Les écrits et les influences reçues puis exercées par Jean de Bernières ont été présentés en Œuvres mystiques I . Cette étude a depuis été élargie par de multiples contributions éclairant Jean et ses proches du cercle de l’Ermitage .

Le Chrétien intérieur fut très souvent réimprimé et lu par tous les spirituels sur la durée du Grand Siècle et même par la suite . Malheureusement les lettres qui furent assemblées et publiées sous ce titre pertinent ont été interpolées, voire augmentées, suivant la pratique habituelle à l’époque pour construire « un livre ». Et leurs sources sont le plus souvent perdues.

Par chance nous disposons d’un trésor publié discrètement plus de dix ans après Le Chrétien intérieur sous un titre volontairement peu explicite d’Œuvres spirituelles . Il s’agit de lettres entières et de fragments recueillis par Mère de Saint-Charles, alors supérieure ursuline du couvent fondé par Jourdaine de Bernières .

Ils ne doublent que rarement les éléments utilisés pour construire le Chrétien intérieur . Des lettres admirables datant de la fin de la vie du mystique étaient en effet devenues disponibles après la mort de sa sœur. Elles ne sont reprises que dans les Oeuvres spirituelles donc ici pour la première fois depuis le dix-septième siècle. Elles ont été peu retouchées : c’est l’une des qualités attachées aux correspondances anciennes .

La présente édition des Maximes & Lettres a l’immense mérite de modifier l’ordre primitif en restituant autant que possible l’ordre chronologique. Elle remplace une répartition qui suivait le schéma traditionnel des trois voies mystiques en mélangeant les dates de rédaction des pièces.

Car on sait qu’une photographie ne peut rendre compte de la dynamique d’une vie. Une séquence qui couvre près de trente ans peut rendre compte du pèlerinage intérieur de Bernières, couvrant les années 1631 à 1659. Elle permet d’apprécier la trajectoire intérieure suivie par Jean.

Le lecteur va suivre un guide d’ascension mystique. A la base une « abjection » au sens premier de s’incliner devant la grandeur divine. Ensuite et toujours l’abandon au travail de la grâce divine.

Le travail de restitution a été mené durant quinze années par dom Éric de Reviers à l’Abbaye Saint-Anne de Kergonan …lorsque ses emplois lui laissaient quelque disponibilité.

Il reconstitue l’ordre chronologique mêlant Lettres entières et fragments des Maximes. Il ajoute des lettres préservées dans l’Ordre fondé par Mère Mectilde. De nombreuses lettres de cette dernière assurent un dialogue mystique préservé très rarement dans d’autres correspondances . En introduction il approfondit une méditation qui concluait les Rencontres autour de Jean de Bernières tenues en 2009 autour de l’esprit de pauvreté, de l’abandon et de l’oraison. D’amples annotations introduisent pièce après pièce des textes mystiques parallèles. Les citations éclairent surtout le Bernières correspondant par un Bernières devenu un « auteur » célébré par le Chrétien Intérieur.

L’authenticité, elle respectée, de sa correspondance, livre un manuel dont l’intérêt demeure. Elle ouvre constamment et droitement sur la vie intérieure, sans que l’on ait besoin de passer préalablement par un tri resserré, parce que Jean évite de rapporter toutes ses obligations extérieures. Monsieur de Bernières n’était pas responsable religieux en titre comme le furent Monsieur de Genève ou la fondatrice Madame de Chantal, Surin, Olier, Fénelon.

Cette densité unique sur le plan intérieur (mais pauvreté au niveau du vécu journalier car l’auteur se cache), suggéra à dom Eric de citer d’autres mystiques de même eau, en favorisant Jean de la Croix et François de Sales, auteurs de référence. Enfin le lecteur doit être déchargé des recherches textuelles pour préserver la paix de sa lecture à but spirituel. Cela justifie la longueur de telle note sans coupure : elle livre tout un paragraphe à fin de méditation. D’où la vastitude de l’ouvrage et l’inhabituelle importance d’un appareil de notes. Elles sont bien loin d’apparaître seulement comme apparat critique ou de constituer un outil comparatif.

Notre édition comporte deux tomes.

Le premier couvre les années 1631-1646 de formation de monsieur de Bernières ainsi que de sœur Mectilde qui deviendra sa confidente par « notre bon Père » Chrysostome. Lui succède son disciple. Vivant au cœur de responsabilitésla spirituelles comme par l’intime fréquentation de son « ami Jean », frère Éric de Reviers nous a proposé en introduction un florilège relevé sur l’œuvre du mystique incitant à vivre comme pèlerins en marche sur les Secrets sentiers de l’Amour divin .

Le second tome couvre le plein accomplissement, soit les années 1647-1659. Jean-Marie Gourvil, qui fut directeur des études à l'Institut Régional du Travail Social de Normandie, montre combien l'amour mystique de Dieu et l'amour du pauvre s’unirent chez le mystique de Caen, l’inspirateur d’une grande tradition chrétienne à retrouver par delà morale et norme humaines.

Avant-propos

Jean de Bernières (1602-1659) demeure actuel par sa condition de laïque et par l’exemplarité qu’il assura dans le champ social au « siècle des saints ». Son influence s’étendit très au-delà de sa Normandie natale. Elle fut en effet relayée par ses amis et ses dirigés du cercle de l’Ermitage, la maison d’accueil de Caen qu’il créa près du couvent d’ursulines fondée par sa sœur Jourdaine .

Les écrits et les influences reçues puis exercées par Jean de Bernières ont été présentés en Œuvres mystiques I . Cette étude a depuis été élargie par de multiples contributions éclairant Jean et ses proches du cercle de l’Ermitage .

Le Chrétien intérieur fut très souvent réimprimé et lu par tous les spirituels sur la durée du Grand Siècle et même par la suite . Malheureusement les lettres qui furent assemblées et publiées sous ce titre pertinent ont été interpolées, voire augmentées, suivant la pratique habituelle à l’époque pour construire « un livre ». Et leurs sources sont le plus souvent perdues.

Par chance nous disposons d’un trésor publié discrètement plus de dix ans après Le Chrétien intérieur sous un titre volontairement peu explicite d’Œuvres spirituelles . Il s’agit de lettres entières et de fragments recueillis par Mère de Saint-Charles, alors supérieure ursuline du couvent fondé par Jourdaine de Bernières .

Ils ne doublent que rarement les éléments utilisés pour construire le Chrétien intérieur . Des lettres admirables datant de la fin de la vie du mystique étaient en effet devenues disponibles après la mort de sa sœur. Elles ne sont reprises que dans les Oeuvres spirituelles donc ici pour la première fois depuis le dix-septième siècle. Elles ont été peu retouchées : c’est l’une des qualités attachées aux correspondances anciennes .

La présente édition des Maximes & Lettres a l’immense mérite de modifier l’ordre primitif en restituant autant que possible l’ordre chronologique. Elle remplace une répartition qui suivait le schéma traditionnel des trois voies mystiques en mélangeant les dates de rédaction des pièces.

Car on sait qu’une photographie ne peut rendre compte de la dynamique d’une vie. Une séquence qui couvre près de trente ans peut rendre compte du pèlerinage intérieur de Bernières, couvrant les années 1631 à 1659. Elle permet d’apprécier la trajectoire intérieure suivie par Jean.

Le lecteur va suivre un guide d’ascension mystique. A la base une « abjection » au sens premier de s’incliner devant la grandeur divine. Ensuite et toujours l’abandon au travail de la grâce divine.

Le travail de restitution a été mené durant quinze années par dom Éric de Reviers à l’Abbaye Saint-Anne de Kergonan …lorsque ses emplois lui laissaient quelque disponibilité.

Il reconstitue l’ordre chronologique mêlant Lettres entières et fragments des Maximes. Il ajoute des lettres préservées dans l’Ordre fondé par Mère Mectilde. De nombreuses lettres de cette dernière assurent un dialogue mystique préservé très rarement dans d’autres correspondances . En introduction il approfondit une méditation qui concluait les Rencontres autour de Jean de Bernières tenues en 2009 autour de l’esprit de pauvreté, de l’abandon et de l’oraison. D’amples annotations introduisent pièce après pièce des textes mystiques parallèles. Les citations éclairent surtout le Bernières correspondant par un Bernières devenu un « auteur » célébré par le Chrétien Intérieur.

L’authenticité, elle respectée, de sa correspondance, livre un manuel dont l’intérêt demeure. Elle ouvre constamment et droitement sur la vie intérieure, sans que l’on ait besoin de passer préalablement par un tri resserré, parce que Jean évite de rapporter toutes ses obligations extérieures. Monsieur de Bernières n’était pas responsable religieux en titre comme le furent Monsieur de Genève ou la fondatrice Madame de Chantal, Surin, Olier, Fénelon.

Cette densité unique sur le plan intérieur (mais pauvreté au niveau du vécu journalier car l’auteur se cache), suggéra à dom Eric de citer d’autres mystiques de même eau, en favorisant Jean de la Croix et François de Sales, auteurs de référence. Enfin le lecteur doit être déchargé des recherches textuelles pour préserver la paix de sa lecture à but spirituel. Cela justifie la longueur de telle note sans coupure : elle livre tout un paragraphe à fin de méditation. D’où la vastitude de l’ouvrage et l’inhabituelle importance d’un appareil de notes. Elles sont bien loin d’apparaître seulement comme apparat critique ou de constituer un outil comparatif.

Notre édition comporte deux tomes.

Le premier couvre les années 1631-1646 de formation de monsieur de Bernières ainsi que de sœur Mectilde qui deviendra sa confidente par « notre bon Père » Chrysostome. Lui succède son disciple. Vivant au cœur de responsabilitésla spirituelles comme par l’intime fréquentation de son « ami Jean », frère Éric de Reviers nous a proposé en introduction un florilège relevé sur l’œuvre du mystique incitant à vivre comme pèlerins en marche sur les Secrets sentiers de l’Amour divin .

Le second tome couvre le plein accomplissement, soit les années 1647-1659. Jean-Marie Gourvil, qui fut directeur des études à l'Institut Régional du Travail Social de Normandie, montre combien l'amour mystique de Dieu et l'amour du pauvre s’unirent chez le mystique de Caen, l’inspirateur d’une grande tradition chrétienne à retrouver par delà morale et norme humaines.

Editions et Chronologie

Une édition chonologique

Les Lettres et les Maximes sont ici assemblées et ordonnées chronologiquement, contrairement aux éditions du XVIIe siècle qui adoptent le schéma des trois voies mystiques, et qui séparent éditions de lettres et extraits constitutifs de Maximes.

L’ordre chronologique rétabli permet de mieux apprécier l’admirable évolution intérieure de Jean de Bernières. Son ascension mystique part de « l’abjection » ou contemplation de la grandeur divine pour parvenir à l’abandon total à Sa grâce.

On complétera par quelques lettres déjà publiées dans Œuvres mystiques I, « Pensées », pages 470, 491, 495-496.

Eclairer Bernières par Bernières

Eclairer Bernières par lui-même est la meilleure façon de le comprendre. Une partie essentielle de notre travail a consisté à relever de nombreuses citations du Chrétien Intérieur en consonance avec les lettres. Le fruit de cette comparaison annotée est frappante : Le Chrétien Intérieur et les Oeuvres spirituelles ont pour sources deux corpus de lettres distincts. Sauf pour les toutes premières années où l’on relève des doubles avec les Maximes, les sources diffèrent dès 1645 environ.

Les sources

[Source de Lettres :] Les Œuvres spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni, ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Seconde partie, contenant les Lettres qui font voir la pratique des Maximes. À Rouen, De l’imprimerie de Bonaventure Le Brun, Imprimeur-Libraire, dans la cour du Palais, M.DC.LXXVIII., avec Approbations.

[Source de Maximes :] Les Œuvres spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni, ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Divisée en deux parties. La Première contient des Maximes pour l’établissement des trois états de la vie chrétienne. La seconde contient les Lettres qui font voir la pratique des Maximes. Sur l’imprimé, à Paris, Chez la Veuve d’Edme Martin, rue S.Jacques au Soleil d’or, & au sacrifice d’Abel. M.DC.LXXVIII., avec Approbations.

[La source de Lettres complémentaires conservées au sein de l’Ordre des bénédictines du Saint-Sacrement fondé par Mère Mectilde est précisée pour chacune d’entre elle].

Les exemplaires de l’édition de Lettres et de Maximes sont fort rares, contrairement à ceux de multiples éditions du Chrétien Intérieur. Nous avons utilisé deux tomes qui faisaient partie des archives du Premier Carmel de Paris (et tenons à disposition des chercheurs leurs saisies photographiques). Suite à la fermeture du carmel de Clamart, successeur dépositaire du Premier Carmel, ces tomes sont préservés chez les Carmes d’Avon.

Par ailleurs le monastère des Bénédictines du Saint-Sacrement de Rouen nous a très généreusement ouvert ses portes, ce qui a permis d’ajouter aux sources imprimées des copies de lettres préservées au sein de l’ordre fondé par Mectilde, l’amie et dirigée de Bernières. Nous remercions dom Joël Letellier pour le partage de transcriptions mectildiennes. Enfin de nombreux « parallèles » figurent au sein du Chrétien intérieur, ouvrage bâti à partir d’une partie disparue de la correspondance : certains sont ici livrés en notes sous forme d’extraits.

On aura par ailleurs recours aux travaux de Souriau, Heurtevent, Luypaert, du Chesnay. Ils sont cités avec de nombreuses autres sources dans Œuvres mystiques I L’intérieur Chrétien […], coll. « Sources Mystiques », Éditions du Carmel, 2011, et dans Rencontres autour de Jean de Bernières 1602-1659, Mectildiana, Parole et Silence, 2013.

Les événements importants dans la vie de Jean de Bernières

1602 naissance de Jean de Bernières

1631 début de la construction du couvent des ursulines. Jourdaine de Bernières (1596-1670) en sera la supérieure 

Épidémie à Caen, Jean Eudes (1601-1680) dans son tonneau.

Jean de B. reprend la charge de son père de Trésorier de Caen qu’il assurera jusqu’en 1653

1634 Jean de B. et Jean Eudes fondent une maison pour les filles repenties

1638 début de correspondance (perdue) avec l’ursuline Marie de l’Incarnation (1599-1672 à Tours

1639 B. accompagnent Mme de la Peltrie et de Marie de l’Incarnation. Après un passage à Paris, elles s’embarquent le 4 mai de Dieppe vers la Nouvelle-France

1644 à 1646 Jean Eudes persécuté est aidé par le « chrétien parfait » Gaston de Renty (1611-1649)

1646 † de « notre bon père Chrysostome » (Jean-Chrysostome de Saint-Lô, du Tiers Ordre Régulier franciscain)

Début de la construction de l’Ermitage, maison d’accueil achevée trois ans plus tard. B. y habitera.

1647 B. en voyage à Rouen où se trouve Mectilde (1614-1698). Il voyage parfois ailleurs durant la années suivantes

1649 † de Renty le 24 avril

B. prend la direction de la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen

1652 guerre civile à Paris

1655 établissement de la « maison de charité » de la Compagnie de Caen

Jean Eudes note les « dits » de « sœur Marie » [M. des Vallées] lors de séjours à Coutances. Il est en compagnie de B. et d’autres.

Le futur évêque de Québec Laval à l’Ermitage (François de Montmorency – Laval, 1623-1708)

1656 † de Marie des Vallées

Conflit avec des jansénistes ; conflit entre les ermites et l’Oratoire jansénisant

1658 Du Four à la porte du couvent des ursulines

1659 † de Bernières le 3 mai

1660 pamphlet de Du Four ; interdiction jetée sur le couvent des ursulines

1689 Le Chrétien intérieur traduit en italien est condamné.

1692 Les Œuvres spirituelles traduites en italien sont condamnées

[...]



TABLE DES MATIERES

(entière car permet des recherches :)

Jean de Bernières et l'Ermitage de Caen, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle.341

Lettres & Maximes341

"Celui-là est humble, qui se cache en son propre néant et sait s'abandonner à Dieu."

Remerciements

Avant-propos

Introduction

1. Un pauvre ermite caché dans le fond de sa solitude.

2. Maître du Saint Abandon et de l’enfance spirituelle.

3. l’Ami spirituel

4. Un directeur spirituel avisé

5. Un Maître d’oraison

Un enseignement à l’image de sa vie intérieure

Les différents états de la vie mystique

Premiers conseils adressés à Catherine de Bar

La transformation de l’âme en Dieu

Bienheureuse solitude

Marie Madeleine modèle de la vie contemplative

La Croix préférable à la solitude

L’oraison de pure foi

Une théologie mystique

Les nuits de l’âme

Bienheureux néant!

Quand la vie d’oraison est incomprise…

Le courage de la passivité

La vraie oraison c’est Dieu même dans l’âme

Les phases de l’oraison passive

Les bienfaits de l’oraison passive

La lecture conduit à la contemplation

Une vue simple et amoureuse

L’oraison la meilleure

Un Feu incandescent

Jésus-Christ seul nous ouvre les portes du réel anéantissement

L’oraison dans la maladie

L’oraison est nécessaire à un chrétien pour vivre chrétiennement

Quand la fatigue vient dans l’oraison

L’oraison est missionnaire

Le «testament spirituel» de Bernières

Conclusion

Édition et Chronologie

Eclairer Bernières par Bernières

Les sources

Répartition des correspondances

Titres, sigles, corps de caractères


Correspondance


La direction par le P. Chrysostome

1. Lettre. “ J’ai lu et considéré la vôtre…”

2. Autres avis au même. “ J’ai lu et considéré vos articles…”

3. Autres propositions d’un certain spirituel, et les réponses du Père. “ Je suis souvent dans l’état de douceur et d’amour…”

4. Autres propositions et réponses. “ Dites-nous un peu mon cher Père…”

5. Autre lettre d’un spirituel, et les réponses du Père. “ Depuis que je vous ai obéi…”

6. Autre lettre en forme de propositions, et les réponses. “… dans une grande obscurité intérieure…”

7. Autre lettre de réponse du Père à un spirituel. “ J’ai considéré votre dernière lettre, et je demeure dans mon sentiment…”

8. Autre lettre et réponse. “ J’ai lu et considéré le rapport de votre oraison”

9. Autre lettre du révérend Père. “ Notre cher frère et ami en J.C.”

10. Autres propositions et réponses, touchant la pratique de quelques conseils évangéliques.

11. Autre réponse à un bon serviteur de Dieu. “ Notre très cher frère en Jésus-Christ”

12. Autre lettre à un spirituel, fidèle et fervent. “ J’ai considéré vos lettres…”

13. Autres propositions ou déclarations de l’intérieur d’une âme, et les réponses du révérend Père.

14. Autre lettre adressant au Père, et ses réponses. “ Depuis l’avis que vous m’avez donné, que c’est l’ordre de Dieu…”

15. Autres propositions et réponses sur l’oraison, etc.

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.


Lettres et Maximes suivant l’ordre chronologique

[1631]

1631 M 2159 Trois degrés d’oraison dans la voie mystique .

L’âme dans l’oraison de la voie mystique passe par différents états. Le premier est purement de discours.

1631 M 2160 Lecture et méditation pour les commençants.

Quand vous rencontrerez des âmes désireuses de l’oraison, et qui n’en ont pas encore beaucoup d’usage, il ne faut point d’abord leur conseiller la simplicité ni le recueillement continuel.

1631 M 2161 Dieu montre à l’âme le degré d’oraison où Il l’appelle.

Il arrive aux âmes que Dieu prend soin de conduire à la perfection du divin Amour, comme il arrive à ceux qui doivent faire un grand voyage.

1631 M 2162 se mettre en chemin.

Après que l’âme a découvert les miséricordes que Dieu lui veut faire, il faut qu’elle se mette en chemin d’y arriver.

1631 M 2163 Quel est ce chemin pour y parvenir.

La règle qu’il faut garder en l’oraison de cet état est de recevoir avec une grande liberté et simplicité ce que Notre Seigneur donne.

1631 M 2164 Les actions extérieures ne sont pas un obstacle.

Quoi que les actions extérieures ne vous semblent pas de si bon goût que la solitude et l’oraison

[1632]

10 0ctobre 1632 M 2,23 (2.5.8) Il faut se plaire et se réjouir dans l’état où nous nous trouvons.

En quelque posture que vous vous trouviez, Dieu vous y veut

10 0ctobre 1632 M 2,24 (2.5.9) L’âme est totalement indifférente pour ses états…

L’âme est totalement indifférente pour ses états, ne cherchant qu’à servir Dieu et à se sauver

18 Octobre 1632 M 2,1 (2.1.1) aimer et servir Dieu, et tout le reste n’est rien

Nous devons faire grand état et avoir une grande estime de la vie dévote

10 Décembre 1632 M 1,26 (1.3.8) Dieu se comporte avec nous comme le soleil

L’indifférence à tout ce qui plaît à Dieu oblige le spirituel à livrer de grands combats à la sensualité

[1634]

27 Décembre 1634 M 2122 Pour vivre chrétiennement il faut vivre comme Jésus

Pour vivre chrétiennement il faut vivre comme Jésus, c’est à dire, avec ses vues et ses sentiments

[1635]

10 Octobre 1635 M 2,22 (2.5.7) Conformité à son saint vouloir

Nul exercice ne nous mène à Dieu si saintement que celui de la conformité à son saint vouloir

[1637]

1637 M 2,16 (2.5.1) «Dieu le veut»

Le grand mot qui me rend si totalement affectionné aux pauvres

1637 M 2,17 (2.5.2) Faire tout ce que nous voulons parce que Dieu le veut.

L’un des plus grands secrets de la dévotion, c’est de n’avoir point d’autre vouloir ou non vouloir que celui de Dieu.

1637 M 2,18 (2.5.3) Dieu fait pour le mieux

Une âme a sujet d’être contente, quand elle contente Dieu, et qu’elle ne désire rien plus que ce qu’Il veut lui donner

1637 M 2,19 (2.5.4) Une âme résignée aux volontés de Dieu est contente

Une âme résignée aux volontés de Dieu est contente parmi ses bassesses, ses faiblesses et ses petitesses.

Après Pâques 1637 M 1,46 (1.6.2) Embrasser amoureusement le mépris.

Un grand point de la vie spirituelle et qui acquiert à l’âme un grand mérite

Après Pâques 1637 M 1,47 (1.6.3) La cause des plus grands péchés du monde, c’est la crainte d’être méprisé.

L’horreur du mépris est fort étrange

Après Pâques 1637 M 1,48 (1.6.4) Jésus venant au monde : remède à la peur du mépris.

Jésus venant au monde a voulu donner remède à ce grand mal

Après Pâques M 1,49 (1.6.5) Le mépris préserve des maux qui accompagnent ordinairement l’honneur et la complaisance.

Une personne qui reçoit un mépris qui lui vient de la part des hommes, ne doit pas regarder pourquoi les hommes lui font ce mépris.

[1638]

Avril 1638 M 2137 Combien de lumières naissent de ce principe! Il est un Dieu.

Il est un Dieu. Ô que cela bien conçu et bien appréhendé profite à une âme!

Avril 1638 M 2138 Nous revêtir de Dieu…

Que de peine à nous dépouiller de nous-mêmes, et à nous revêtir de Dieu

Mai 1638 M 2,2 (2.1.2) Service de Dieu

Un jour employé au service de Dieu vaut mieux qu’un million d’années

Mai 1638 M 2,3 (2.1.3) Il vaut beaucoup mieux servir Dieu, que de servir les rois de la terre.

Dieu est le Roi des Rois, et le Seigneur des Seigneurs.

Mai 1638 M 2,4 (2.1.4) Servir Dieu c’est une souveraine grandeur.

La maison de Dieu est comme la maison des Princes

[1639]

26 Décembre 1639 M 2,46 (2.8.1) Voir les choses avec les lumières de la foi

Un moyen efficace pour être tout à Dieu par fidélité

26 Décembre 1639 M 2,47 (2.8.2) Les mondains qui n’ont ni la vue, ni le goût de la foi, sont aveugles et fort mal conduits.

Notre entendement ne peut avoir de plus hautes occupations que de connaître Dieu

26 Décembre 1639 M 2,48 (2.8.3) Reconnaître l’excellence de la foi

L’on ne peut reconnaître l’excellence de la foi que par la lumière de la foi même

[1640]

1er Avril 1640 M 3,29 Notre disposition

Notre disposition doit être une soif insatiable du mépris, de la pauvreté et de la douleur.

8 Septembre 1640 M 1,33 (1.5.1) Le monde craint si fort les misères temporelles qu’il ne se met pas en peine des éternelles.

Il faut croire que le monde s’amuse dans l’estime qu’il a pour les choses, quand il préfère les extérieurs aux intérieures

8 Septembre 1640 M 1,34 (1.5.2) les emplois éclatants et les plus grandes charges du monde

Il faut encore croire que les emplois éclatants et les plus grandes charges du monde ne tendent qu’à des bagatelles

18 Septembre 1640 M 3,59 La foi parfaite

La richesse d’une âme, sa perfection, sa béatitude et sa gloire consistent à être unie à Dieu

Novembre 1640 M 2,34 (2.6.8) Toute notre ambition

Que ne mettons-nous toute notre ambition à nous faire aimer de tout le Paradis

[1641]

Janvier 1641 M 2,20 (2.5.5) Le secret d’être en repos, c’est de contenter Dieu.

Ce qui trouble notre paix, et qui nous jette dans l’inquiétude, est que nous voulons faire ce que Dieu ne veut pas

Janvier 1641 M 1,13 (1.2.8) Une chose épouvantable

C’est une chose épouvantable à une âme à qui Dieu se communique

Janvier 1641 M 1,27 (1.3.9) Souveraine misère de l’homme, de n’avoir aucune entrée ni ouverture dans les lumières du christianisme.

Il faut tout doucement faire entrer les âmes dans les lumières du christianisme, et puis les laisser un peu faire sans les presser.

Janvier 1641 M 2,5 (2.1.5) Pratiquer beaucoup et savoir peu

Le défaut de la plupart de ceux qui veulent servir Dieu, est de se mettre en peine et être curieux

Janvier 1641 M 2,6 (2.1.6) Servir Dieu à ses dépens, sans prétention et purement pour Lui.

Les âmes d’une vertu éminente, et qui n’ont jamais goûté, ou rarement, de consolations sensibles

10 Janvier 1641 L 1,2 Imitez le pauvre et humble Jésus.

12 Janvier 1641 L 1,3 Il n’y a qu’à se laisser manier à Dieu comme une boule de cire molle.

17 Janvier 1641 L 1,4 Combien fait une âme qui ne veut rien faire par elle-même.

29 Janvier 1641 M 1,31 (1.4.4) Pauvreté évangélique

O que je l’ai vue belle ce matin durant mon oraison, cette admirable pauvreté évangélique!

Mars 1641 M 3,66 Etre uni un quart d’heure à Dieu glorifie Dieu plus que toutes les affaires que l’on fait dans le monde.

Les âmes que Dieu illumine savent que d’être uni un quart d’heure à Dieu

Mars 1641 M 3,67 La solitude intérieure…

Il faut tâcher d’avoir la solitude intérieure,

3 Mars 1641 M 2,29 (2.6.3) Les bonnes actions

Tout ainsi que l’huile entretient la lampe

5 Mars 1641 M 2,73 (2.10.14) La grâce de travailler et de souffrir pour Dieu vaut mieux que toutes les extases des contemplatifs.

Il y a des grâces dont l’on ne fait point quasi d’estime

13 Mars 1641 M 2157 Le plus beau livre

Le plus beau livre est celui de Dieu en moi.

13 Mars 1641 M 2,12 (2.3.3) Aucune pratique, Dieu seul

Il ne faut dans la vie intérieure avoir liaison à aucune pratique

13 Mars 1641 M 2,95 (2.13.4) Dans la maladie

Dans la maladie il faut faire oraison en la manière qu’on la peut faire

13 Mars 1641 M 2,96 (2.13.5) Qu’il se rencontre peu de gens d’oraison, même dans les cloîtres et parmi les dévots!

Que le don d’oraison est rare!

13 Mars 1641 M 2,97 (2.13.6) Pour arriver à l’union

Un moyen efficace pour arriver à l’union, et pour conserver un grand intérieur

13 Mars 1641 M 2114 (2.14.12) Exil

Dieu bannit et exile quelquefois un cœur de sa présence plus ou moins de temps

5 mai 1641 L 1,1 Sacrée communion, c’est de vous que j’attends des forces pour maintenir mon âme

27 Mai 1641 M 2,62 (2.10.2) désirs de souffrir

J’avais un jour des désirs extrêmes de souffrir, et je disais

13 Juin 1641 M 2115 (2.14.13) Aimer Dieu

Une de mes grandes consolations est de savoir que je puis avec la grâce aimer Dieu autant que les plus grands esprits.

Juillet 1641 M 1,14 (1.2.9) Le péché mortel est un grand mépris de Dieu.

J’ai eu une grande vue de l’horreur du péché véniel.

2 Juillet 1641 M 1,9 (1.2.4) Offenser une bonté infinie est un mal incompréhensible.

La crainte du péché ne doit pas être fondée sur la considération des peines qu’il mérite

6 Août 1641 L 2,6 Je suis aussi content de demeurer ici comme d’aller en Canada.

[1642]

1642 M 1,86 (1.10.3) Nous ne devons pas nous inquiéter de nos chutes et de nos fautes.

Touchant les imperfections qui se rencontrent dans l’intérieur

Septembre 1642 M 2,27 (2.6.1) La charité bien ordonnée

La charité bien ordonnée commence par soi-même

Septembre 1642 M 2,30 (2.6.4) Dieu doit donner mouvement.

Je ne dois rien entreprendre pour aider les âmes

Septembre 1642 M 2,31 (2.6.5) Notre impuissance

Nous devons reconnaître sincèrement et de bonne foi notre impuissance à faire réussir les choses que nous entreprenons

6 Novembre 1642 LMR Barbery. Le lieu de notre petite retraite

Je prie celui qui remplit votre cœur de la sacrée dilection de son divin amour pour ces indignes esclaves

Décembre 1642 LMR Suppliez-le que je me convertisse sans plus tarder

Quoique extrêmement pressée de mes occupations ordinaires

16 décembre 1642 M 1,64 (1.8.6) Dans le doute il faut donner plus que moins à la mortification.

Voici, ce me semble, le règlement de la grâce

[1643]

2 Janvier 1643 L 1,6 Vous ne devez pas tant lire, mais beaucoup ruminer.

9 Janvier 1643 LMR L’amour est fidélité!

Cet aimable Jésus me tient [si fort barré] en captivité

27 Janvier 1643 L 1,7 Je tâche de m’occuper plus en Dieu qu’en moi-même.

2 février 1643 LBM Sur l’humilité de la Très Sainte Vierge dans la purification.

Que vous dit votre cœur ce matin, ma très chère Sœur

LBM Vous êtes la meilleure amie que j’ai au monde.

Ma très chère Sœur, avant que Jésus unisse son Cœur au mien par la Sainte Communion

10 février 1643 M 1,58 C’est pourquoi il faut mourir

Qu’il faut peu de choses à mettre obstacle à la grâce de Dieu en nous

10 Février 1643 M 2,84 (2.12.6) S’attacher à Dieu seul

C’est un grand bonheur de rencontrer des âmes saintes.

10 Février 1643 M 2,90 (2.12.7) Jamais l’homme par propre inclination ne doit désirer d’emploi où il a trop de périls pour lui.

Je sais bien qu’il faut travailler pour le prochain

10 Février 1643 M 2,91 (2.12.8) Les directeurs doivent coopérer à la grâce et aider les âmes à faire ce que Dieu veut.

C’est un défaut quasi général aux directeurs de ne point considérer et étudier les desseins que Dieu a sur les âmes

21 Février 1643 M 3,30 L’abîme de l’anéantissement

La vue de l’abjection me fait entrer dans de grands sentiments d’un parfait dénuement

24 février 1643 M 1,58 (1.7.8) La voie de l’abjection

L’âme est privée d’un grand bonheur lorsqu’elle s’excuse de ses fautes

24 février 1643 M 1,67 (1.8.9) Détachement

Une âme ne sera jamais bien pure qu’elle ne soit bien détachée

5 Mars 1643 LMR“ Je ne sais plus où j’en suis”.

2 Mai 1643 M 2165 Dieu doit être le Maître

Il faut se conduire en l’oraison comme Dieu voudra.

15 Mai 1643 LMR J’ai un grand attrait pour chérir la sainte abjection

Monsieur, Notre Seigneur triomphant et glorieux vous comble de son saint amour pour humble remerciement de la sainte charité que vous me faites.

29 Mai 1643 L 2,7 Correspondre à toutes ses faveurs

Ma très chère Sœur, Voici tout simplement ce qu’il me semble que Dieu me donne

24 Juin 1643 L 1,8 La vie surhumaine, vie cachée et inconnue des hommes vaut mieux que toute la terre.

M. Je n’ai pas de consolations sensibles, mais je suis pourtant bien

30 juin 1943 (Juin 1945) LMB Ô que cet homme est angélique et divinisé.

De St Maur, 30 juin 1643. Mon très cher Frère, Béni soit celui qui par un effet de son amoureuse Providence

3 Juillet 1643 L 2,12 Qu’après avoir goûté Dieu, le goût de la créature est plat!

M. Je vous veux rendre compte de ma disposition présente.

4 Juillet 1643 L 1,9 Ce n’est pas à moi à conduire les âmes.

M. Je bénis Notre Seigneur de ce qu’il vous a ouvert les yeux

18 Juillet 1643

18 Juillet 1643 M 2,61 (2.10.1) Une illusion

Plusieurs croient être fort spirituels

18 Juillet 1643 M 2,63 (2.10.3) Ceux qui sont dans l’honneur, et qui ont beaucoup d’avantages naturels de corps et d’esprit me font peur.

Quand je vois une personne accablée de misères

23 Juillet 1643 M 2,88 (2.12.5) Quand et comment nous devons servir au prochain?

Prenons plaisir de voir que les autres servent très utilement au prochain

28 Juillet 1643 M 2123 C’est l’Esprit de Jésus qui donne la vie à nos âmes.

C’est chose pitoyable que l’aveuglement des hommes

Août 1643 M 2151 Dans son Sacré Cœur, j’expérimente que rien ne me manque.

Je dois dépendre totalement de la Divine Providence

Août 1643 M 2152 Abandon total à la Providence de Dieu.

Il arrive souvent que la mère a du lait dans une mamelle, et n’en a point dans l’autre.

Août 1643 M 2153 Il faut donc qu’il laisse agir les autres, et qu’il se contente de caresser sa mère.

Il y a des âmes choisies de Dieu pour les grands travaux qui regardent sa gloire.

15 Août 1643 L 1, 5 Il me paraît que je suis dans une plus profonde pauvreté d’esprit que jamais.

28 août

Septembre 1643 M 3,20 Que de choses à retrancher dans un cœur qui aime purement!

Lorsque le pur amour vient dans un cœur, il paraît doux

Septembre 1643 M 3,21 Destruction de la nature

Le pur amour est la destruction de la nature.

Septembre 1643 M 3,22 La perte de toutes les créatures conduit bien avant dans le royaume de la pureté, de la tranquillité et de l’union.

Par un grand sentiment pour la pauvreté de toute créature

Septembre 1643 M 3,23 le pur amour qui opère l’anéantissement total.

Belles paroles de la bienheureuses Catherine de Gênes

Septembre 1643 M 1,45 (1.6.1) La leçon du mépris

La leçon du mépris est la plus belle leçon de la vie chrétienne.

Septembre 1643 M 2,54 (2.9.1) La leçon de la véritable humilité.

Les vertus qui consistent en l’action ne sont pas fort mal aisées à pratiquer

Septembre 1643 M 2,55 (2.9.2) La principale fidélité qu’Il nous demande.

J’ai remarqué plusieurs fois que Notre Seigneur nous fait entreprendre de certaines choses

Septembre 1643 M 2,56 (2.9.3) Aimer son abjection…

Le principal soin de l’âme est de s’humilier, de s’avilir, et d’aimer son abjection.

Septembre 1643 M 2,57 (2.9.4 à 7) Un cœur humble

La vie d’une personne humble

Septembre 1643 M 2,58 (2.9.8) Aimer la correction

Aimer la correction et l’accusation franche de ses défauts

Septembre 1643 M 2,59 (2.9.9) Ne désirer point d’être aimé particulièrement

Ne désirer point d’être aimé particulièrement, car ce désir procède de l’estime de nous-mêmes

(2.9.10) Ne s’étonner jamais de ses défauts…

(2.9.11) Enfin le comble de la parfaite humilité…

Septembre 1643 M 2,60 (2.9.12) Si cinquante fois le jour nous tombons.

Quand nous manquons à la fidélité que nous devons à Dieu

25 Septembre 1643 LMR Près de partir pour retourner à Barbery

Nous avons reçu les vôtres du 17 du courant.

30 Septembre 1643 M 2,61 (2.6.6) quelquefois nous produisons de bons fruits en gâtant les affaires.

Quoi que l’on puisse dire, il y a peu de gens qui fassent vivre Jésus-Christ en eux dans la pratique

30 Septembre 1643 M 2,65 (2.10.5) Le repos de la croix est un repos de grâce.

Le repos que nous prétendons dans l’éloignement de tout ce qui nous fâche

1er Octobre 1643 L 1,10 Quand on s’attriste de l’absence de quelque ami.

12 Octobre 1643 M 2,85 (2.12.2) La présence de Dieu en nous

C’est faire tort à la présence de Dieu en nous

13 Octobre 1643 M 2,66 (2.10.6) privés de consolation

Lorsque Dieu permet que nous soyons privés de toute sorte de consolation humaine

13 0ctobre 1643 M 2141 Le grand Ami qui est Dieu

Une âme peut-être autant séparée des créatures au milieu des villes et des communautés, comme dans les déserts.

14 Octobre 1643 M 1,29 (1.4.2) Il ne faut pas croire que l’on soit oisif

Il ne faut pas croire que l’on soit oisif quand on demeure dans une condition ou dans un emploi où l’on fait peu de choses, lorsque Dieu nous y appelle.

16 octobre 1643 Rêve mystique . La terre d’anéantissement

Ma nuit fut partagée en deux différentes dispositions

24 Octobre 1643 M 1,28 (1.4.1) L’âme bien éclairée aimera mieux perdre toutes les créatures que d’être désoccupée de son Dieu.

Il n’y a rien que les personnes qui aspirent à la perfection de la vie contemplative doivent craindre davantage

24 octobre 1643 M 1,50 (1.6.6) Une personne religieuse qui se voit incapable de rendre service doit être bien aise de vivre en cellule séparée des autres.

Soit qu’une personne religieuse se voie naturellement incapable de rendre service

24 Octobre 1643 M 1,74 (1.9.3) Esprit d’anéantissement

J’ai désiré autrefois mourir

13 Novembre 1643 LMR Si pauvre que je ne puis exprimer ma pauvreté

15 Novembre 1643 LMB Il nous survient ensuite de cette croix

28 novembre 1643 LMB Je pris possession d’une terre

Il y a environ quatre ou cinq ans que je pris possession d’une terre quasi pareille à Celle dont vous me faites la description

2 Décembre 1643 LMB Je n’irai point en Lorraine

J’ai reçu les vôtres datées du vingt novembre

Décembre 1643 LMR Soupirs d’une âme toute glacée

Amour. Fidélité. /Jésus couronne votre cœur, Marie sanctifie votre âme

28 Décembre 1643 LMR Elle se tiendra bien honorée d’être le marchepied

Jésus soit votre amour et Marie votre conduite, très cher esclave

[1644]

Le 25 janvier de l’an 1644 LMB A Saint-Maur-les-Paris

Je prie Dieu qu’il accomplisse les sacrés souhaits que vous faites à mon âme

Février 1644 M 2114 Pour brûler du divin Amour, il faut que mon cœur soit comme un bois bien sec

Vous me faites une grande miséricorde, Ô mon Dieu, en me donnant le saint et très noble mouvement d’amour.

Février 1644 M 2,13 (2.4.1) Infidélité

Ne suivre pas une inspiration connue, c’est commettre une grande infidélité

19 février 1644 LMB Saint Maur. Nos Sœurs de Barbery iront à Saint-Silvin

Jésus, Marie, Benoît. Monsieur, mon très cher frère. Béni soit Celui qui est éternellement

28 Février 1644 M 2103 (2.14.1). S’il y a quelque bien en nous, il n’est pas de nous

Dieu use de préventions admirables envers l’âme, pour l’éveiller du sommeil où elle dort avec les créatures.

18 Mars 1644 M 2117 -- Ô parfaite nudité, que tu es belle! Mais que tu es rare!

Une âme appelée à la vie et à la voie de Providence

31 mars 1644 LMB Un bien petit abrégé en cet écrit

Puisque Notre Seigneur m’a voulu priver de votre cher entretien, j’espère qu’il vous fera recevoir la présente,

Avril 1644 M 3, 13 L’union au bon plaisir de Dieu

L’union au bon plaisir de Dieu est la disposition des dispositions.

Avril 1644 M 3, 14 Quand l’âme perdrait tout, elle ne perd rien

Quand l’âme perdrait tout, elle ne perd rien, pourvu que l’union au bon plaisir de Dieu lui demeure.

Avril 1644 M 3,15 Que nous sommes ignorants

Que nous sommes ignorants quand nous nous plaignons de la perte de nos dispositions

5 Avril 1644 LMR Vos prières ne seront point vaines

Ce 5 avril 1644/Paix et amour. Monsieur, j’ai reçu les vôtres adressées par leur inscription à Notre Révérende Mère, elle vous écrit

20 avril 1644 LMR Saint-Maur Priez fortement pour ma conversion.

À Monsieur de Rocquelay. Mane nobiscum Domine quoniam ad

1er mai 1644

14 mai 1644 LMR Obéissance de Monsieur de Bayeux

À Monsieur de Rocquelay. Monsieur, j’ai reçu les vôtres datées du 28 avril sur lesquelles je vous dirai seulement que pour nos Sœurs

13 mai 1644 LMJ À Jourdaine .Sur Mere Benoîte

À Jourdaine de Bernières Benedictus sit Sanctissimum Sacramentum

20 Mai 1644 M 3, 23 La grâce des grâces c’est de nous tirer de notre vie humaine à la surhumaine.

Dieu nous a fait une grande grâce de nous tirer du néant

28 Mai 1644 M 1,79 (1.9.8) L’extrême anéantissement

Passant dans une église, proche du lieu où l’on faisait une fosse pour enterrer un corps, je vis plusieurs têtes de morts

Juin 1644 M 2116 (2.15.1) Dieu veut être aimé

Dieu veut être aimé dans une très grande pureté

Juin 1644 M 2117 (2.15.2) L’amour de Dieu, quand il est pur et parfait

Si l’amour fait oublier toutes choses et soi-même pour vivre dans l’objet aimé

30 Juin 1644 M 2,7 (2.2.1) Tout ce qui est l’ordre de Dieu est mon souverain bien.

Tout ce qui est ordre de Dieu m’est en singulière vénération.

30 Juin 1644 M 2,8 (2.2.2) Le seul ordre de Dieu

Je dois être aussi content d’une petite vocation comme d’une grande.

30 Juin 1644 M 2,9 (2.2.3) L’ordre de Dieu suffit pour rendre l’âme bienheureuse.

Je n’avais jamais bien entendu cette vérité si souvent dite et redite

30 Juin 1644 M 3, 52 Toutes les voies de Dieu sont bonnes.

L’on doit être fort passif aux opérations de Dieu en nous.

30 Juin 1644 M 3,53 Vie divine de Jésus souffrant

Jésus doit être notre modèle en ses jouissances et en ses souffrances.

2 Juillet 1644 M 2113 Bienheureuse l’âme qui se laisse dévorer à l’Amour.

Si nous nous remettons entièrement entre les mains de Jésus Homme Dieu

2 Juillet 1644 M 2149 Mourir plutôt, mon Dieu, que de me détourner jamais de vous.

Qu’est-ce que Dieu?

15 juillet 1644 Saint-Maur LMR Le voyage de Lorraine

À Monsieur de Rocquelay. Dites, s’il vous plaît, à notre cher […] que Monsieur de Barbery lui écrit

17 juillet 1644 Saint Maur LMR Mes petites aventures

À Monsieur de Rocquelay. J’ai reçu ce matin les vôtres, mais n’y remarquant point de date

20 Juillet 1644 L 1,12 Quand vos mystères sont une fois goûtés, ô Jésus.

M. Je vous envoie le premier sentiment que j’ai écrit depuis notre tracas

4 Août 1644 L 1,13 Pourvu que je sois avec ce cher Ami, tous lieux me sont indifférents.

M. Je remercie Notre Seigneur des grâces qu’Il vous fait

18 août 1644 LMB La lettre de la bonne âme

Monsieur, Il me semble vous avoir supplié de ne vous mettre point en peine

19 août 1644 LMR Aimez Dieu pour moi

Notre divine Princesse, la sacrée Mère d’amour

5 septembre 1644 L 1,14 Ce qu’est la créature après la chute d’Adam.

M. Voulant répondre à la vôtre, j’ai trouvé que les sentiments que Dieu m’avait donnés en l’oraison ne vous seraient pas mauvais

30 septembre

Automne 1644 L 1,11 La véritable amitié n’est fondée qu’en Dieu.

Ma très chère Sœur, Notre Seigneur fait notre unique consolation. Il ne faut pas différer

Automne 1644 L 1,15 Il faut trouver moyen d’être vraiment et parfaitement pauvre avec Jésus.

M. Je sens un mouvement intérieur de vous écrire ce

10 Octobre 1644 M 2,28 (2.6.2) O que l’on perd de temps!

C’est un grand secret aux personnes spirituelles pour leur avancement, que le bon emploi du temps.

20 Octobre 1644 M 2119 Porter sa croix

L’essence du christianisme est de renoncer à soi-même

21 octobre 1644 LMR J’attends cet le bon Père Chrysostome

À Monsieur de Rocquelay. Bénie soit la divine Providence qui m’a aujourd’hui consolée de vos chères lettres

26 Octobre 1644 M 1,72 (1.9.1) Tout ce qui n’est point Dieu n’est que fumée, vanité et folie.

Après l’expérience que j’ai eu de plusieurs complaisances et joies

26 Octobre 1644 M 1,73 (1.9.2) Quand me séparerez-vous, Seigneur, du corps de cette mort?

Comme je venais de dormir

10 décembre 1644 LMR Saint Maur

Amour, amour, amour pour Jésus anéanti

25 Décembre 1644 L 3,11 Il ne dit point : qu’il soit élevé en l’oraison, mais qu’il prenne sa croix

M. Il faut prendre garde de mettre la perfection où elle n’est pas

26 Décembre 1644 M 2106 (2.14.4) Aimer Dieu par état et par opération.

Le peu de connaissance et d’amour actuel que nous avons pour Dieu

[1645]

3 Janvier 1645 M 2,99 (2.13.8) Désirs de la solitude

Il me vient toujours des désirs de la solitude pour vaquer à Dieu plus facilement

3 Janvier 1645 M 2100 (2.13.9) Les petits oiseaux me semblent bienheureux, qui se retirent au plus haut des arbres. -- Un jour après la sainte communion…

3 janvier 1645 LMR Quelque effet du véritable abandon

Monsieur, Je vous désire consommé des divines flammes du saint amour

6 Janvier 1645 M 2140 L’état de désoccupation des créatures en l’occupation de Dieu seul

Le désir d’une grande liberté d’esprit m’a fort occupé

6 Janvier 1645 M 2128 Dans l’esprit de croix est contenu la suprême liberté de L’Esprit.

L’esprit de la Croix fut donné par infusion à Jésus

7 Janvier 1645 L 1,16 Il ne faut que Dieu seul à une âme qui aime.

M. L’Enfant Jésus soit l’unique objet de nos affections. Notre Seigneur vous a donc mis à l’épreuve.

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers.

À Monsieur de Rocquelay. Notre sortie de Paris a été en quelque sorte si précipitée

Février 1645 LMR Rambervillers

1 Février 1645 M 3, 16 Grande paix

«Mon Dieu, tout ce que vous voudrez». C’était lors mon aspiration.

11 Février 1645 M 1,80 (1.9.9) La pourriture est la suite et la récompense du péché.

Mon aspiration présente c’est : «Ô Amour, laissez-moi souffrir

11 Février 1645 M 1,81 (1.9.10) La justice divine

J’admirais la beauté de la justice de Dieu en elle-même et en ses effets qui anéantissent le corps

11 Février 1645 M 1,82 (1.9.11) La divine justice

L’amour de la divine justice rend l’âme triomphante.

11 Février 1645 M 1,83 (1.9.12) La justice a été opprimée

La divine Justice paraît merveilleusement en la passion et en la mort de Jésus.

12 Février 1645 L 1,17 Suprême indifférence à tout état et toute disposition.

3 Mars 1645 L 2,48 Nous ne voyons plus que Lui au milieu des tintamarres de Paris.

3 Mai 1645 M 2142 Les êtres créés ne me semblent que des songes et des rêveries.

Dieu vient quelquefois dans une âme, et s’y fait voir, ou plutôt il s’y découvre

5 Mai 1645 M 2102 (2.13.11) L’âme glorifie Dieu en aimant

Comme dans le regard de la Majesté souveraine

5 Mai 1645 M 1,4 (1.1.4) La créature de Dieu n’est faite que pour brûler d’amour pour Dieu.

Mon aspiration présente, c’est : «je suis créé pour Dieu, je suis tout à Dieu».

5 Mai 1645 M 1,5 (1.1.5) Faire en soi ce que Dieu fait en Lui-même

Que c’est une grande chose que d’être créé à l’image de Dieu

5 Mai 1645 M 2,86 (2.12.3) Retirons nos affections éparses

Un ami spirituel vaut mieux tout seul, que ne valent ensemble tous les amis de la chair et du sang

5 Mai 1645 M 2,87 (2.12.4) L’amour des parents ne se perd point, mais il se purifie à la mort.

Divine Providence, que vous êtes admirable dans la conduite de vos amis!

7 Mai 1645 M 2,68 (2.10.8) Nous devons voir ceux qui nous persécutent avec des yeux de douceur et d’amour.

La seule affection de souffrir

7 Mai 1645 M 2125 L’abandon à la divine Providence comme la plus grande richesse qui soit en la terre.

L’homme intérieur fortifié de la grâce et éclairé des lumières de la foi

7 Mai 1645 M 2129 Former notre intérieur sur le sien

Pour acquérir un grand intérieur il faut s’appliquer souvent à contempler l’intérieur de Jésus

31 Mai 1645 L 1,18 Le Cœur seul de Jésus-Christ me pourrait suffire de lecture et de conférences.

26 juin 1645 LMB à Saint Maur.

M., Jésus anéanti soit la consommation de nos désirs et de nos desseins.

30 juin 1645 LMB Saint Maur Constante et ferme résolution des cinq solitaires

Je réponds aux deux lettres que vous avez pris la peine de m’écrire

Juillet 1645 M 2111 (2.14.9) C’est la grande peine des âmes de purgatoire d’aimer beaucoup.

Il m’a semblé que c’était un purgatoire d’amour

4 juillet 1645 LMB Tâchez de venir promptement à Saint-Maur.

J’ai reçu les vôtres et appris l’état de vos affaires.

4 juillet 1645 L 1,19 Cinq ou six personnes de rare vertu.

21 juillet 1645 M 1,35 (1.5.3) L’aversion que les véritables chrétiens ont pour le monde.

Que le sens de ces divines paroles est beau! «Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo»

22 Juillet 1645 L 2,10 Le meilleur est de laisser tout à Dieu et de rien choisir de nous-mêmes.

29 juillet 1645 L 1,20 Je ne veux point d’autre solitude que la solitude du bon plaisir divin.

30 juillet 1645 LMB de l’ermitage du Saint-Sacrement

7 Août 1645 M 2132 Heureux qui se peut perdre et qui ne se retrouve jamais!

Une âme se perd en Jésus lorsqu’elle s’anéantit

8 Août 1645 M 1,85 (1.10.2) Au-dessus de nos mérites

Quelque petite grâce que nous recevions

11 Août 1645 LMB Notre pauvre retraite de Saint-Maur

15 Août 1645 L 2,38 Marie a été la plus misérable, la plus chétive et la plus crucifiée de toutes les créatures après son fils.

17 Août 1645 M 1,36 (1.5.4) C’est une grande affaire que de vivre en solitude.

Un saint homme disait

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur Lorraine

Je vous écris ce petit mot, en hâte

3 octobre 1645 L 1,21 Ce qui vient de la Providence est bien meilleur pour notre perfection, que ce que nous choisissons.

13 octobre 1645 L 1,22 Notre Seigneur retarde mon retour par la maladie de mon valet.

1645 LMR Que faut-il faire pour être toute à Dieu?

Que vous dirai-je, mon très cher Frère

13 Octobre 1645 M 2143 Nos amis

C’est un grand sacrifice que d’immoler à Dieu nos amis

13 Octobre 1645 M 2144 La possession de Dieu seul est le paradis des âmes vertueuses.

Que nous sommes injustes de nous plaindre de la Providence

13 Octobre 1645 M 2145 La pauvreté des créatures nous donne la possession de Dieu.

Je ne m’étonne plus que Jésus nous ait obligés à estimer et aimer la pauvreté de toutes les créatures.

13 Octobre 1645 M 2146 Rien de si peu connu par les hommes que Dieu.

Vous diriez que les hommes se font tort de penser à Dieu

21 Octobre 1645 L 1,23 Sur la mort précieuse de ce même serviteur.

Novembre 1645 M 2,76 (2.10.11) Peu arrivent à la perfection parce que peu veulent beaucoup souffrir.

Pourquoi pensez-vous que si peu arrivent à la perfection?

Novembre 1645 M 2,71 (2.10.12) Quelque chose d’excellent avec rien

Il n’appartient qu’à Dieu de faire quelque chose d’excellent avec rien.

5 novembre 1645 LMB Très cher Père Chrysostome

Je vous envoie ce que vous m’avez demandé

8 Novembre 1645 M 2,11 (2.3.2) Notre vie intérieure doit être notre vie ordinaire et continuelle

L’homme mène ici-bas plusieurs vies différentes

8 Novembre 1645 M 3,61 En Dieu seul se trouve la plénitude.

Je me suis étonné comme quoi Dieu veut se communiquer à de chétives créatures

9 Novembre 1645 M 2111 Pur amour

Lorsque le pur amour vient dans un cœur

11 novembre 1645 LMB Dieu

C’est donc aujourd’hui que j’entre dans la privation de votre chère présence

1645 LMR Privée de sa présence

11 Novembre 1645 M 3,62 De la complaisance de Dieu en Dieu seul.

Je sens toujours beaucoup d’amour pour la félicité de Dieu

11 Novembre 1645 M 3,63 La félicité de Dieu

La vue de Dieu heureux en soi est ma principale disposition

12 Novembre 1645 M 3,64 Mon Dieu

Tout ce que j’entends dire et tout ce que je vois, me fait réjouir de la félicité de Dieu.

12 Novembre 1645 M 3,65 La félicité de Dieu est uniquement mon tout en toutes choses.

Je ne puis dire avec délibération que je me réjouis en ceci ou en cela

15 novembre 1645 LMB Dites-moi, je vous prie en confiance

Vous qui, par un très saint et particulier effet de la grâce

17 Novembre 1645 M 2124 Cette transformation veut

Il faut qu’un chrétien soit dans la transformation de Jésus

17 Novembre 1645 M 1,6 (1.2.1) Le péché est pire pour les hommes que le néant.

Il est vrai que je ne suis qu’un pur néant et que péché.

17 Novembre 1645 M 2127 L’éloignement de la vie de Jésus est plus à craindre que l’enfer.

Dieu, par sa divine conduite, prétendant faire de moi,

18 Novembre 1645 M 2101 (2.13.10) l’amour presse une âme et la tourmente pour l’obliger à demeurer seule avec le Bien-Aimé

Il est impossible d’aimer Dieu sans le connaître, et c’est dans la solitude extérieure

31 Novembre 1645 M 2139 Nous sommes appelés à la conquête du royaume de Dieu.

Le Royaume des cieux souffre violence

Décembre 1645 Tout ce qui nous anéantit est bon et il n’y a rien de meilleur en la terre.

Ne pouvant vous aller voir durant le saint temps de l’Avent

20 Décembre 1645 M 1,15 (1.2.10) Une âme qui est une fois dans l’état du péché n’en peut jamais sortir d’elle-même.

La vue de l’état du péché me faisait connaître combien j’étais indigne

Décembre 1645 L 1,24 Quand une âme bien disposée trouve un bon directeur, elle fait merveille.

30 décembre 1645 M 1,1 (1.1.1) Sentiment du néant.

La vue de mon néant et de ma pauvreté me pénètre tellement

30 Décembre 1645 M 1,37 (1.5.5) Par la lumière surnaturelle je vois tout le temporel comme un chien mort.

Il me semble que Dieu me veut occuper tout en lui-même

31 Décembre 1645 M 1,59 (1.8.1) La chute des âmes élevées arrive ordinairement par faute de mortification.

J’ai connu plus que jamais, qu’une âme ne peut demeurer longtemps dans un haut état d’oraison

31 Décembre 1645 M 1,60 (1.8.2) Les plus petites inclinations naturelles doivent être mortifiées.

Qu’il faut peu de choses à mettre obstacle à la grâce de Dieu

31 décembre 1645 M 1,61 (1.8.3) La grâce

La grâce ne s’établit en nos âmes que par la ruine de ce que nous avons de plus cher

31 décembre 1645 M 1,62 (1.8.4) Dans une vie douce, l’on va doucement à la perfection.

Nous voulons être chrétiens et parfaits chrétiens

[1646]

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce.

2 Janvier 1646 L 1, 25 Prêchez, mais à l’apostolique.

2 Janvier 1646 M 1,2 (1.2.2) Dieu seul connaît le néant de la créature.

Je ne puis bien connaître mon néant ni ma pauvreté par toutes mes lumières.

2 Janvier 1646 M 2126 La pauvre étable de Bethléem avec Jésus

La pauvre étable de Bethléem avec Jésus vaut mieux que tous les palais les plus riches de l’univers

3 Janvier 1646 M 2134 La couronne est la gloire du roi et le mépris du pauvre de Jésus-Christ.

J’ai eu une forte vue que Jésus a sanctifié tous les états de misère où il a passé

3 janvier 1646 L 1,26 Dieu ébauche les saints sur le Thabor et les achève sur le Calvaire.

13 Janvier 1646 M 2,98 (2.13.7) Tant plus qu’une âme est élevée en l’oraison

Tant plus qu’une âme est élevée en l’oraison, tant plus son équipage de grâce doit croître et son train grossir.

13 Janvier 1646 LMB La maladie du cher Père

Jésus anéanti soit à jamais l’objet de nos amours. J’ai reçu les vôtres très chères que j’attendais avec impatience.

16 Janvier 1646 M 2104 (2.14.2) Dieu est en notre âme. Il s’y fait voir, Il s’y repose et s’y plaît.

Sur l’attente que mon âme avait d’être toute à Dieu et de Lui être fidèle

16 Janvier 1646 LMB En peine de notre très cher Père

Je crois que vous êtes en peine de notre très cher Père [Chrysostome] ensuite des nouvelles que je vous ai mandées.

16 Janvier 1646 M 2105 (2.14.3) Ces âmes choisies semblent inutiles

Le divin Époux se réserve des âmes choisies qu’il n’emploie que très peu aux affaires temporelles

19 Janvier 1646 M 2,10 (2.3.1) L’intérieur dissipé est comme un feu follet.

Le feu d’un intérieur qui n’est pas retiré en soi-même

19 Janvier 1646 M 2115 Rien ne peut contenter une âme qui aime beaucoup et purement que le Bien-Aimé.

Une âme qui brûle du pur amour

19 Janvier 1646 M 2116 Cette âme ressemble au cœur qui n’est jamais inquiet.

Cette façon d’aimer est excellente

20 janvier 1646 M 1,66 (1.8.8) Tout plaisir qui n’est point de Dieu dans l’usage des créatures doit être mortifié.

L’état présent de cette vie corrompue

21 Janvier 1646 M 2156 Il est des directeurs trop humains et sensuels.

Allons donc à ce qui est plus de Dieu

21 Janvier 1646 M 1,38 (1.5.6) Jésus n’est pas né dans une hôtellerie, mais dans une pauvre étable.

Un des plus grands empêchements à la perfection

21 Janvier 1646 M 1,39 (1.5.7) Une âme ne peut être en repos et satisfaite que dans les croix.

La conduite des chrétiens de la primitive Église est admirable

21 Janvier 1646 M 1,67 Il faut quitter le soin des choses temporelles pour ne penser qu’à Dieu seul.

Il ne faut être dans les créatures, que autant que la gloire de Dieu et leur besoin le requièrent

22 Janvier 1646 M 1,69 (1.8.11) Ô que Marie Madeleine me plaît dans son oisiveté!

Il ne faut être dans les créatures qu’autant que la gloire de Dieu et leur besoin le requièrent

22 Janvier 1646 M 1,68 (1.8.10) Rien n’est si mortifiant que le pur amour.

Le pur amour est terrible et cruel.

30 Janvier 1646 M 1,40 (1.5.8) Il faut quitter les honneurs et les richesses lorsqu’on le peut faire.

Si l’on veut être parfait, et se revêtir entièrement de l’Esprit de Jésus-Christ

30 Janvier 1646 M 2120 Etats de grâce

Jésus nous a mérité les grâces et les faveurs du christianisme sur le Calvaire, lieu très abject

Février 1646 M 1,25 (1.3.7) Ne point trop écouter notre nature.

Nous devons croire que notre nature tend toujours à la corruption et aux relâchements

Février 1646 M 1,65 (1.8.7) L’usage de la mortification dans les maladies.

L’excellente mortification quand elle est continuelle

9 Février 1646 L 2,11 Se voir et s’aimer en Dieu, c’est se voir et s’aimer comme il faut.

Dieu seul, et il suffit. Si je ne vous écris pas si souvent comme je désirerais ce n’est pas faute d’affection…

10 Février 1646 LMB Fièvre de notre cher Père

16 Février 1646 LMR Il y a crainte de mort

Le saint Amour de Jésus soit la consommation de nos désirs!nMonsieur

26 février 1646 LMJ Saint Maur les Paris La riche nuit qu’il reçut à Saint-Maur

À la Mère Jourdaine de Bernières, Supérieure

Lorsque je fais réflexion sur mes extrêmes misères

6 Mars 1646 L 1,27 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix.

M. Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même.

10 Mars 1646 L 1,28 L’on ne manque jamais de trouver pleinement Dieu quand on a perdu toutes les créatures.

M . J’ai reçu de vos chères lettres, qui m’apprennent le départ de votre bonne supérieure

23 mars 1646 L 1,29 L’Esprit de Dieu aime l’ordre et la sainte discrétion.

M . Je vous dirai simplement pour répondre à la vôtre

26 Mars 1646 LMB Tristes nouvelles

Fidélité sans réserve! Sacrificate sacrificium, etc. Je n’espérais pas vous mander de si tristes nouvelles

28 Mars 1646 LMB -- le sacrifice de notre saint Père est consommé

Fiat voluntas tua/M/S’en est fait, le sacrifice de notre saint Père est consommé

Lettre de Mère Benoîte de la Passion à notre révérende Mère Institutrice [Mère Mectilde] réfugiée à Saint-Maur

Vive l’anéantissement sacré de mon Dieu! Par la lecture de votre lettre, j’ai appris que notre cher Père avait quitté la terre

1er Avril 1646 L 1,30 La fidélité est le plus pur de la charité.

Mon très cher frère, Jésus soit notre tout pour jamais

Avril 1646 M 2,79 (2.10.19) Recevons amoureusement les croix qui nous arrivent.

Si nous avions à regretter quelque chose à la mort

Avril 1646 M 2,80 (2.10.20) Le temps de souffrir, c’est le temps d’aimer.

La mesure de l’amour que Dieu nous porte

4 Avril 1646 M 2,81 (2.11.1) Jésus a très peu de compagnons de sa pauvreté.

La pauvreté est un état tout à fait ennuyeux à la nature.

4 Avril 1646 M 2,82 (2.11.2) L’esprit de pauvreté est très rare parmi les chrétiens.

Jésus a très peu de compagnons de sa pauvreté

4 Avril 1646 M 2,83 (2.11.3) Aimer la pauvreté des amis

Une bonne raison pour porter une âme à aimer la pauvreté des amis et les injures des ennemis

7 avril 1646 M 2,49 (2.8.4) L’obstacle que nos sens apportent à notre perfection.

C’est une pratique admirable pour un chrétien

7 Avril 1646 M 2107 (2.14.5) L’homme ne peut être sans aimer

L’homme ne peut être sans aimer. Tant moins il aime les créatures, tant plus il aime Dieu.

8 Avril 1646 M 2108 (2.14.6) Quelle générosité faut-il à un cœur qui veut aimer purement.

La fidélité d’amour consiste à faire mourir

8 Avril 1646 M 2109 (2.14.7) L’état le plus parfait de cette vie

Il me semble que l’état le plus parfait de cette vie, c’est quand l’amour et la souffrance se rencontrent

8 Avril 1646 M 2110 (2.14.8) Allons donc à la mort de tout ce qui n’est point Dieu.

Ô Seigneur Jésus, les fondements de la perfection à laquelle vous appelez vos amis, sont étranges!

10 Avril 1646 LMB. Il est demeuré abject dans l’esprit de quelques-uns

16 Avril 1646 LMJ. Effort pour nous avoir quelques-uns de ses écrits

Puisque notre joie et notre plaisir doivent être dans les volontés de notre bon Dieu

18 Avril 1646 M 1,17 (1.2.12) Qui meurt …

Qui meurt plus conformément à Jésus, meurt plus heureusement

18 Avril 1646 M 1,18 (1.2.13) Jésus crucifié est notre trésor. -- L’on tient que Jésus crucifié a reconnu tous nos péchés…

1646 L 2,44 C’est un feu que l’oraison; qui s’en éloigne tombe dans la froideur.

23 Avril 1646 L 1,31 La vie passe comme un songe.

25 Avril 1646 M 2118 Quelle générosité faut-il à un cœur qui veut aimer purement?

La fidélité d’une âme

26 Avril 1646 LMB Au nombre de ses bons protecteurs. La privation de ces écrits…

30 Avril 1646 L 1,32 Ô que je gagnerais au milieu de mes pertes, si j’étais fidèle!

Mai 1646 M 2,94 (2.13.3) Il serait bon de nous adresser à Dieu premièrement qu’à la créature.

Souvent notre faiblesse et notre ignorance fait que nous avons besoin des autres.

3 mai 1646 L 1,33 J’aspire très fortement à mon ermitage qui me servira de fumier. -- Dieu seul, et il suffit. Il est vrai que la

11 Mai LMB. j’ai besoin de votre secours

Monsieur, je vous supplie et conjure pour l’amour de notre bon Seigneur Jésus-Christ que vous me donniez conseil

12 Mai 1646 LMB. Sur son tombeau, je ne l’y trouvais point, mais toujours dedans Dieu

13 Mai 1646 M 2,72 (2.10.13) Regarder le dessein du Père éternel

Le vrai spirituel ne regarde pas le dessein particulier de la créature qui la persécute

15 Mai 1646 RMB. Je ne puis écrire au révérend Père Elzéar sans avoir où j’adresserai mes lettres.

5 Juin 1646 RMB. Me fortifiez de votre secours aux pieds de Dieu et de notre saint Père.

14 Juin 1646 M 2160 Je L’aime parce qu’Il est bon, et non pas seulement parce qu’Il me fait des miséricordes.

Quoiqu’il arrive du changement en nous

24 Juin 1646 RMR Imprimer quelque écrit de notre bienheureux Père

Le jour de la Saint Jean [Baptiste], qui est la fête de notre très cher frère

7 juillet 1646 RMB Une telle captivité et impuissance

9 Juillet 1646 M 2,21 (2.5.6) La croix d’incertitude est une grande croix.

Une âme qui connaît ce que Dieu veut d’elle

28 Juillet 1646 RMB Imiter Grégoire Lopez

1646 L 2,43 Aimons si fortement l’Amour que nous vivions et mourions d’Amour.

21 Août 1646 RMB Nouvelles d’une félicité éternelle

5 septembre 1646 L 1,34 La perte des créatures

7 Septembre 1646 M 2,93 (2.13.2) Il faut toujours vivre conformément à l’état présent où Dieu nous met.

C’est se moquer que de vouloir faire oraison

8 Septembre 1646 M 1,51 (1.7.3) Paroles inutiles

Les paroles, les pensées et les entretiens des créatures qui paraissent bonnes et saintes

8 Septembre 1646 M 1,53 (1.7.4) La vraie souffrance est pure, humble, résignée et paisible.

Quand nous souffrons avec trouble et inquiétude

8 Septembre 1646 M 1,55 (1.7.5) La croix cause de la peine, mais notre amour propre cause de l’imperfection et de l’inquiétude.

Il y a beaucoup de différence entre les peines de la nature dans les croix

8 septembre 1646 M 2,14 (2.4.2) Il faut demeurer comme la Magdeleine aux pieds de notre maître en silence.

La parfaite correspondance intérieure est une chose si cachée

8 septembre 1646 M 2,15 (2.4.3) La plus grande affaire

La plus grande affaire qu’une âme puisse avoir en ce monde, c’est d’obéir à Dieu et de le contenter.

16 Septembre 1646 M 2112 La solitude me plaît et j’y aspire parce que j’y trouve Dieu seul qui est l’objet et le centre du pur Amour.

La plus grande misère de cette vie n’est pas la souffrance

26 Septembre 1646 RMR J’ai reçu les cahiers

5 Octobre 1646 RMR J’attends avec affection le traité de la sainte abjection de notre B. P.

23 Octobre 1646 RMB Plus de quatre heures d’oraison solitaire. Rambervillers

Octobre 1646 M 2,53 (2.8.8) Imperfections

Quiconque se défie de soi, ne s’étonne point de se voir tombé en plusieurs imperfections, ni même en péché.

Octobre 1646 M 1,3 (1.1.3) Aveu de son néant, souverain remède de l’orgueil.

Je dois honorer les grandeurs de la divinité par mes petitesses

6 Novembre 1646 RMB Ni grâce, ni capacité pour être supérieure

J’ai reçu les vôtres aujourd’hui et je vous y fais un mot de réponse.

10 Novembre 1646 RMB Mille fois mieux un petit coin dans mon état d’abjection

Je pense que vous avez reçu celle que je vous écrivis mercredi dernier.

17 Novembre 1646 RMR Un refuge pour nos Sœurs près de Caen

Je vous dois des reconnaissances infinies

14 Décembre 1646 RMB Je doute si nos Mères me donneront liberté d’y être retirée.

J’ai reçu les vôtres très chères par lesquelles vous prenez la peine de nous déclarer vos pensées sur l’affaire

37C.JEAN DE BERNIERES ET L'ERMITAGE DE CAEN, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle - Lettres & Maximes Tome II 1647 – 1659 [Dom Éric de Reviers, o.s.b]

Suivant l’ordre chronologique de la Correspondance

Citant des extraits du Chrétien Intérieur

et d’Auteurs mystiques



(48) Correspondance Bernières 1647-1659 Champion 8fév19 revu DT 10mai.odt



!Correspondance Bernières 8e éd 1647-1659 au 12jan18.docx

Table

Pourquoi lire Jean de Bernieres aujourd’hui?

Première partie : un dévot de l’époque baroque

Un siècle coupé en deux périodes, l’une baroque et l’autre classique..

Une famille normande à l’époque de la Réforme «catholique»

La charité baroque de Jean de Bernières

La révolte des nu-pieds (1639-1340)

La compagnie du Saint-Sacrement et Bernières

Jean de Bernières et la fondation de la Nouvelle-France

L’Ermitage créé par Jean de Bernières

Deuxième partie : le christianisme intérieur de Bernières, nouveauté ou tradition?

La critique janséniste du christianisme intérieur comme point de repère“ moderne”

La tradition mystique dans laquelle se situe Bernières.

La théologie mystique de Bernières

La partie supérieure de l’âme, le cœur

La lumière en l’âme, l’embrasement, la déification, l’union transformante

La crucifixion, l’abjection, l’abandon de soi, le néant

La prière continuellement

La connaissance négative de Dieu et le repos de l’âme.

Conclusion : lire Bernières aujourd’hui!


Correspondance 1647-1659

[1647]

1647 M 1,30 (1.4.3) Les ouvrages de la grâce sont quasi tout faits de la main de Dieu.

Ma nature faible entre quelquefois dans des craintes de trop faire

Janvier 1647 M 3,18 Les voies dont Dieu se sert pour purifier les âmes, sont différentes.

Dieu se communique quelquefois à des âmes imparfaites

Janvier 1647 M 3,19 D’une grâce qui va et vient, tantôt ordinaire, tantôt extraordinaire.

Il faut de la grâce pour méditer, mais il faut une abondance de grâce pour contempler.

12 Janvier 1647 L 2,14 Ne vous attachez point à la rigueur de vie, mais uniquement au bon plaisir de Dieu, qui doit être votre seule vie.

Janvier1647 L 1, 37 J’ai été dans des oublis de Dieu si grands qu’ils vous étonneraient très fort.

18 Janvier 1647 RMB Votre silence a été bien long; votre fièvre en a été la cause

22 Janvier 1647 M 1,63 (1.8.5) -- Il faut toujours aimer et toujours pratiquer la mortification du corps…

4 Février 1647 L1, 57 Je reçois des nouvelles lumières, et de nouvelles forces pour aller promptement au dernier état que Dieu me prépare.

Février 1647 M 1,70 (1.8.12) Le dépouillement, gage d’une grande pureté.

La grâce, pour l’ordinaire, nous porte aux dépouillements effectifs

Février 1647 M 1,11 (1.2.6) Nous ne tenons à Dieu que par un filet de miséricorde.

Nous avons un aussi grand fond d’orgueil que Lucifer

9 février 1647 M 1,41 (1.5.9) Vanité

Par nos vanités nous croyons de nous ce qui n’est pas

15 février 1647 L 2, 35 Soyez donc comme une petite boule de cire entre ses mains, et soyez contente de ses divines dispositions.

16 février RMB Il faudra souffrir par notre retour à Rambervilliers

Monsieur, mon âme a reçu tant de forces et de consolations par la lecture de vos chères lettres

23 Février 1647 M 2131 Le Corps mystique

Il faut que l’âme se mette sous la conduite de Jésus.

26 février RMB Vous êtes encore nécessaire pour sa gloire

… Je vous dis en toute simplicité que ma santé est très bonne

1er mars 1647 M 2,44 (2.7.10) Il faut aspirer aux pures vertus.

Nous devons toujours prendre le parti de Dieu contre nous-mêmes.

1er mars 1647 M 2,45 (2.7.11) Vertu

Tant plus un homme est vertueux

Mars 1647 L1 La solitude est bonne, mais le Calvaire est préférable.

25 Mars 1647 M 1,52 (1.7.2) Ne pas désirer les grâces extraordinaires, mais les recevoir avec humilité.

Tout désir des grâces extraordinaires

27 Février LMJ

1er Avril 1647 LMR Consoler nos Mères de Lorraine

7 Avril 1647 LMR Écrits de la bonne âme

1647 L 1,35 Le parfait abandon qui rend l’âme toute simple.

Avril 1647 M 1,10 (1.2.5) Si Dieu était mortel, le péché le ferait mourir.

Il est vrai que tout pécheur est ignorant

Avril 1647 M 1,7 (1.2.2) Tout péché enferme le mépris de Dieu.

Le grand mal du péché, c’est le mépris de Dieu.

Avril 1647 M 1,8 (1.2.3) C’est une grande stupidité que d’être insensible aux offenses de Dieu.

Le seul déplaisir que doit avoir une créature raisonnable

3 mai 1647 LMB M’anéantir à Caen

13 Mai 1647 M 1,12 (1.2.7) Le péché originel nous a entièrement renversés.

Le péché originel nous a entièrement renversés, et voici la grande désolation où il nous met tous.

13 Mai 1647 M 1,42 (1.5.10) Notre première affaire et notre obligation principale, c’est d’être à Dieu.

13 Mai 1647 M 1,43 (1.5.11) Les nouvelles et les affaires : la poussière dans les yeux de l’âme.

Quand j’entends quelques nouvelles

13 Mai 1647 M 1,75 (1.9.4) Le désir de mourir est très bon.

Puisque l’on ne peut vivre sans pécher

13 Mai 1647 M 1,76 (1.9.5) Ô qu’une âme plaît à Dieu dans le désir de la mort pour mourir au péché.

Saint Thérèse qui allait toujours à la pureté d’amour

25 mai 1647 LMB J’ai tant d’affaires

25 Mai 1647 M 3,17 Le Saint-Esprit résidant en nous, nous dirige.

L’Esprit de Dieu qui est le Saint-Esprit

26 Mai 1647 M 2135 Unir le peu que nous faisons avec l’infini que Jésus fait.

Quand notre âme sera distraite

27 Mai 1647 M 3,73 Le fond de notre cœur : le lieu de la pure oraison.

Dieu est dans toutes les créatures.

31 Mai 1647 M 1,77 (1.9.6) Une bonne maladie gagnée au service de Dieu.

C’est une grande conquête qu’une bonne maladie gagnée au service de Dieu.

2 Juin 1647 L 2,15 La vie présente fournit les occasions d’un continuel sacrifice.

6 Juin 1647 M 2,75 (2.10.15) La sainteté divine prend plaisir de purifier les élus dans les tribulations, comme l’or dans la fournaise.

Les croix, les souffrances intérieures et extérieures

6 Juin 1647 M 2,76 (2.10.16) La Providence a ses martyrs.

Dieu s’intéresse dans la conduite de ses mains

15 Juin 1647 LMB Pour ce qui est de nos habits, je ne prendrai qu’une robe

15 juin 1647 L 2,36 Former Jésus-Christ dans les cœurs.

16 Juin 1647 M 2112 (2.14.10) Il faut toujours tendre à ce qui est plus parfait.

Parce que nous rendons à Dieu un témoignage

16 Juin 1647 M 2113 (2.14.11) L’amour mutuel demande fidélité.

Les âmes qui aiment beaucoup Dieu

16 Juin 1647 M 2,52 (2.8.7) Il faut que notre fidélité paraisse en répandant notre foi sur toutes nos actions.

Cette maxime est prise d’une belle pensée de Clément

2 Juillet 1647 M 3, 68 Le plus grand ouvrage de Dieu, dans la créature, c’est sa pure union.

Il faut croire que le plus haut état où Dieu me veut

14 Juillet 1647 M 2133 Qui se tiendra dans les bornes de la raison ne fera jamais grandes choses en fait de christianisme.

Il faut fuir les indiscrétions

1647 L 2,4 Il faut servir Dieu à sa mode, et non à la vôtre.

Août ou juillet (P 101) 1647 LMB Il me semblait que j’étais dans mon centre

Août 1647 M 1,22 (1.3.4) Un homme pauvre

Un homme qui travaille à se détacher de soi-même

14 août 1647 M 1,78 (1.9.7) Il faut tout mépriser, quand on veut aller à Dieu : les biens, l’honneur, et même la vie.

Un bon religieux m’a dit autrefois qu’il sentait bien la perte

21 Août 1647 M 2,36 (2.7.2) Exemple d’une sainte fille qui ne faisait que filer.

Une âme bien faite ne doit avoir attention qu’à faire ce que Dieu veut, et rien plus.

21 Août 1647 M 2,37 (2.7.3) Que Dieu et sa sainte volonté

Une âme qui se plaint de faire peu quand elle fait ce que Dieu veut, se plaint par amour propre

21 Août 1647 M 2,38 (2.7.4) Toutes les grâces, grandes ou petites, sont l’œuvre de Dieu.

Un même Esprit qui est Dieu, fait une grande division et une grande diversité de grâces

21 Août 1647 M 2,39 (2.7.5) Peu faire, peu souffrir, peut prier, c’est le propre des petites âmes.

Ma petitesse et ma pauvreté en matière de vertu

21 Août 1647 M 2,40 (2.7.6) Une véritable pratique, bien solide et utile.

J’ai appris en ce temps une véritable pratique

21 Août 1647 M 2,41 (2.7.7) Les grandes âmes sont employées aux grandes œuvres.

Dieu éprouve assurément ses bons serviteurs

21 Août 1647 M 2,42 (2.7.8) Se contenter de son emploi.

21 Août 1647 M 2,43 (2.7.9) S’humilier de n’avoir pas à souffrir beaucoup.

Il nous faut humilier, si Dieu ne nous met pas en état de souffrir beaucoup dans de grandes occasions.

8 Septembre 1647 M 2,84 (2.12.1) Le prochain

Nous devons condescendre au prochain en tout ce qui ne sera point contraire à Dieu

12 Septembre 1647 M 2,50 (2.8.5) La patience avance une âme dans les voies de Dieu aussi bien que la jouissance.

Il ne faut point que nous prétendions ni de grandes faveurs

12 Septembre 1647 M 3,24 Rayon de Dieu en l’âme

Un des grands effets du rayon de Dieu en l’âme

12 Septembre 1647 M 3,25 En présence de Dieu tout s’évanouit comme un songe.

Ce rayon de lumière divine cause encore une grande surprise

12 Septembre 1647 M 3,48 Le goût de Dieu est suivi des embrassements amoureux.

Une âme ne peut ressentir les visites et les communications

12 Septembre 1647 M 3,49 Dialogue de l’âme avec le Bien Aimé.

Une âme bien pure, bien morte à tout

12 Septembre 1647 M 3,50 Dialogue de l’âme avec le Bien Aimé.

L’Époux parlant, l’âme l’écoute avec grand respect, et amour,

12 Septembre 1647 M 3,51 En l’absence du Bien Aimé.

Quand l’Époux ne donne point de marques extraordinaires

12 Septembre 1647 M 3, 69 Demeurer uni à Dieu, c’est tout faire.

Ne pensons pas ne rien faire en demeurant unis avec Dieu.

12 Septembre 1647 M 3, 70 C’est dans le fond du cœur que se passent les plus nobles opérations de l’amour.

Quand Dieu nous prive de cette union en telle manière que

23 Septembre 1647 M 1,71 (1.8.13) Nous craignons trop notre réputation.

La révérende mère de Chantal disait que la raison pourquoi

23 Septembre 1647 M 2,25 (2.5.10) L’état d’une âme qui ne veut que Dieu seul.

Il ne faut mettre de bornes à nos dépouillements.

28 Septembre 1647 M 2,26 L’abandon à la Providence.

L’abandon à la Providence n’empêche pas que l’on se donne

1647 L 1,36 Ne rougissez point de suivre l’Évangile.

Novembre 1647 M 1,24 (1.3.6)

Sainte Thérèse dit qu’il ne faut pas faire beaucoup d’état de quelques petites maladies

Novembre 1647 M 1,44 (1.5.12) Peu s’y perfectionnent parce que l’on y est divisé

Beaucoup se sauvent dans les mariages, dans les affaires et dans les emplois

Novembre 1647 M 2158 Vivre en ce monde comme s’il n’y avait que Dieu seul.

Un grand secret pour la perfection est de vivre en ce monde, comme s’il n’y avait que Dieu seul.

Décembre 1647 M 2,92 (2.13.1) Quelquefois s’aider en l’oraison

Il faut quelquefois s’aider en l’oraison

2 Décembre 1647 M 3,71 Ce que c’est que le fond de l’âme, et comme Dieu s’y plaît.

Le fond de l’âme est une demeure sacrée et secrète, où Dieu

2 Décembre 1647 M 3,72 Le temps des visites de Dieu dépend de son bon plaisir.

L’âme ainsi conduite au secret de son cœur reçoit un grand discernement

12 décembre 1647 LMB Meilleure santé

[1648]

Janvier 1648 M 1,19 (1.3.1) L’oraison

L’oraison est le canal par où les grâces viennent dans notre âme.

Janvier 1648 M 1,20 (1.3.2) Un artifice du démon de susciter de beaux prétextes pour nous retirer de l’oraison.

Beaucoup d’âmes sont déçues

Janvier 1648 M 1,21 (1.3.3) Il faut contenter Dieu à l’aveugle.

J’ai vu une bonne âme qui vivait dans des états de peines et de ténèbres

Janvier 1648 M 1,56 (1.7.6) L’expérience de ses péchés et de ses imperfections ruine beaucoup notre propre estime.

L’expérience que l’on a de ses péchés et de ses imperfections

Janvier 1648 M 1,57 (1.7.7) Nous plairons à Dieu si nous nous tenons petits.

Je remarque aussi plusieurs peines d’esprit qui nous arrivent

Janvier 1648 M 2,69 (2.10.9) Différence entre les souffrances qui sont présentes et les futures.

J’ai trouvé qu’il y a cette différence

20 Janvier 1648 M 2147 Bouches inutiles

1er février 1648 L 2,46 Le martyre d’amour est plus long que celui des tyrans.

M. Jésus hostie vous soit tout pour jamais. Je fus hier bien marri

L 2,47 Ma volonté me paraît perdue dans celle de Dieu.

25 Mars 1648 M 2,81 (2.10.21) Il n’y a que l’âme de croix qui goûte les joies de l’Esprit et les suavités divines.

Il ne faut jamais être sans souffrir pour être heureux

11 Avril 1648 M 3,54 L’union à Jésus est l’unique paradis de la terre.

J’ai plus de plaisir à voir Jésus, et ses mystères

11 Avril 1648 M 3,55 Avoir toujours Jésus présent.

N’y aurait-il pas moyen d’avoir toujours Jésus ainsi présent?

25 Juin 1648 LMB Donner de vos nouvelles

29 Juin 1648 M 1,51 (1.7.1) Les trois quarts et demi de notre vie se passent en croix.

Tant que nous serons sur terre, nous aurons toujours à souffrir.

29 Juin 1648 M 3, 34 Docte ignorance

Dieu seul en pure foi est une excellente manière d’oraison.

19 Août 1648 LMB Maladie de Bernières

À Monsieur de Bernières, le 19 août 1648. Monsieur. J’ai reçu une lettre de notre bonne amie, la mère de Saint-Jean

24 Août 1648 LMB Meilleure santé

A Monsieur de Bernières 24 août 1648 le jour Saint-Barthélemy. Monsieur. J’ai reçu les vôtres avec consolation de vous savoir en meilleure santé

7 Septembre 1648 LMB Une diversité de petites affaires

À Monsieur de Bernières, le 7 septembre 1648. Monsieur. Je pensais vous écrire amplement aujourd’hui et à notre chère Mère de Saint Jean

10 Septembre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières, le 10 septembre 1648. Monsieur. Je ne vous saurais exprimer la force et la consommation que j’ai reçues par les vôtres dernières

28 Septembre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières, le 28 septembre 1648. Monsieur. Ce petit mot seulement pour vous dire que j’ai reçu les vôtres toutes pleines d’onction

8 Octobre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières, le 8 octobre 1648. J’ai reçu les vôtres du trois courant. Je vous rends mille et millions de grâces très humbles de votre charité

26 Octobre 1648 LMB Mauvaises nouvelles de Lorraine

À Monsieur de Bernières, le 26 octobre 1648. Monsieur. J’ai reçu les vôtres il y a huit jours et je pensais y faire un mot de réponse; mais deux ou trois petits embarras

5 Novembre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières le 5 novembre 1648. Monsieur. J’ai reçu vos très chères lettres du 29 du mois passé.

7 Décembre1648 LMB Par les ténèbres et par la pauvreté

À Monsieur de Bernières le 7 décembre 1648. Monsieur. Ces mots ne sont pas pour vous obliger à nous répondre

1648 L 3,12 Vouloir être à Dieu en la manière qu’Il lui veut, soit active, ou passive, ou patiente.

Monsieur , Étant à Paris, le P. P. me dit qu’il fallait une grande patience

1648 L 2,1 Quand l’on ne veut que Dieu et son bon plaisir, l’on se sent paisible et content en tous les états.

Je n’ai pu vous écrire plus tôt les deux mots qui suivent. C’est une grande pitié que d’être imparfait

1648 L 2,37 Demeurez en la compagnie de Jésus, pauvre, abject, petit, humilié, et hostie.

Que Jésus seul vive à présent en votre cœur plus que jamais


[1649]

Mars 1649 M 3,26 La pure oraison

La pure oraison cause la perte de l’âme en Dieu où elle s’abîme comme dans un océan de grandeur

Mars 1649 M 3,27 La comparaison d’une goutte d’eau qui tombe dans la mer.

Cette perte en Dieu ne se peut exprimer que grossièrement

Mars 1649 M 3,28 L’âme perdue

L’âme ainsi perdue est tout abandonnée entre les mains de Dieu

Mars 1649 M 3,35

Quand Dieu allume le flambeau de la foi dans une âme

Mars 1649 M 3,36 Quand Dieu laisse l’âme dans la foi nue.

Quelquefois Dieu prive l’âme des clartés et des goûts que la foi donne

Octobre 1649 M 2,67 (2.10.7) En Dieu seul est la vraie joie et le repos.

Que la vie du chrétien est douce et agréable, quand elle est crucifiée

2 Octobre 1649 M 2,33 (2.6.7)

8 0ctobre 1649 M 2,35 (2.7.1) Le grand soin d’une âme est de s’appliquer uniquement à contenter Dieu.

Le moindre soin d’une âme bien pure est de réfléchir sur elle-même

9 Octobre 1649 M 2136 Il ne faut pas tellement s’appliquer à la divinité qu’on oublie la vie crucifiée de Jésus.

Quand on est élevé à la connaissance de Jésus-Christ

9 Octobre 1649 M 2154 Il faut suivre à l’aveugle la Providence de Dieu.

Le secret le plus assuré pour aller à la sainteté

M 2155 Mourir à tout ce qui n’est point Dieu.

Il ne faut pas se contenter de mourir à tout ce qui n’est point Dieu

9 Octobre 1649 M 3,57 L’entrée de l’âme dans l’état d’union.

Dieu achemine l’âme à l’union par les bonnes pensées

9 Octobre 1649 M 3,58 Cette entrée coûte de grands labeurs.

L’on ne parvient ordinairement à cet état d’union qu’après plusieurs années

11 Octobre 1649 M 3,56 Dans un seul regard voir Jésus Dieu et homme.

L’âme passe par divers états devant que d’arriver à ce dernier

18 Octobre 1649 M 3,38 Vivre selon ce qui nous est donné de Dieu, avec fidélité, et puis il fait ce qu’Il Lui plaît.

L’on peut connaître en cette lumière

19 Novembre 1649 M 3,37 Au milieu des ténèbres du corps, Dieu donne la foi comme une lumière divine et miraculeuse.

J’ai senti mon esprit comme enfermé dans la prison de ce corps

30 Novembre 1649 M 2,64 (2.10.4) Un grand aveuglement

C’est un grand aveuglement que d’aimer si peu la souffrance

Décembre 1649 M 2121 La félicité des chrétiens, c’est d’être les images vivantes de Jésus Christ en terre.

Comme le Père éternel a des complaisances infinies

Décembre 1649 M 2,77 (2.10.17) La vie des chrétiens

La vie des chrétiens conduite dans les règles de l’Évangile est un martyre perpétuel

Décembre 1649 M 1,16 (1.2.11) Jésus mourant fait connaître le péché.

L’on ne peut jamais mieux voir ses péchés

Décembre 1649 M 3,41 Comme la lumière divine fait voir et goûter en Dieu les plus sublimes vérités.

Quand on considère les vérités chrétiennes

5 décembre 1649 M 2,70 (2.10.10) Une âme bien éclairée

Une âme bien éclairée fait usage de toutes les contradictions

16 Décembre 1649 M 2,51 (2.8.6) Lorsque la foi règne

Lorsque la foi règne dans notre âme, elle lui communique des vues et des sentiments


[1650]

1er janvier 1650 L 2,19 Face à la médisance, s’abîmer en Dieu.

1er Janvier 1650 M 3,44 Rien que la foi toute nue pour trouver Dieu en un moment.

Dans la gloire, l’on voit Dieu à découvert.

4 Janvier 1650 M 3,60 L’oraison d’union consiste à l’adhérence à Dieu.

Il faut bien remarquer que la substance de l’oraison

4 Janvier 1650 M 3,60 Le tout de l’âme c’est d’être en Dieu par union de foi pure.

Les lumières que l’âme reçoit n’étant pas Dieu

4 Janvier 1650 M 2172 Les lumières, les goûts, les sentiments ne sont pas Dieu.

L’état d’aveuglement et d’insensibilité

20 Janvier 1650 M 3,31 La grande passivité de l’âme doit être de posséder Dieu en son fond

La grande passivité de l’âme doit être

20 Janvier 1650 M 3,32 Ce pur anéantissement s’appelle nuit obscure.

Cet état de pur anéantissement est un état de grandes souffrances au commencement

20 Janvier 1650 M 3,45 A une âme qui agit trop en l’oraison par ses propres opérations.

Il faut dire à une âme qui agit trop en l’oraison par ses propres opérations

7 Février 1650 M 3,12 La théologie mystique

Pour apprendre la théologie mystique, il faut plus étudier le crucifix que les livres

Avril 1650 M 3,39 Ce goût de Dieu vaut mieux que tout.

D’où me vient l’impression si forte

Avril 1650 M 3,42 On ne connaît le goût de Dieu qu’en Dieu même.

Avril 1650 M 3,43 Ce goût de Dieu est un petit échantillon de la Gloire.

Pour peu que cet Être infini se donne à expérimenter

Avril 1650 M 3,46 Ce goût de Dieu est le fruit de la Croix.

Nous ne verrons point combien le Seigneur est doux

Avril 1650 M 3,47 Ce goût de Dieu sépare l’âme d’elle-même et des créatures.

Quel moyen de s’amuser aux créatures

Mai 1650 M 3,74 L’âme n’a point de ciel que Dieu même.

En l’autre monde, Dieu fait le grand coup de sa miséricorde

Mai 1650 M 3,75 L’union essentielle où l’âme jouie de Dieu.

À moins que d’en avoir eu l’expérience

Mai 1650 M 3,76 Distinguer union essentielle et union accidentelle.

En l’union accidentelle l’âme reçoit

1650 M 3,79 L’union essentielle c’est une possession de Dieu et une jouissance de Lui en Lui-même.

Enfin il me semble que toutes les écritures de ces choses devraient finir

20 Juillet 1650 M 1,32 (1.4.5) Tant de livres?

Pourquoi tant de livres? Il faut désirer les créatures avec beaucoup de modération

12 Septembre 1650 M 3,78 En état d’unité

En état d’unité la créature est totalement anéantie

9 décembre 1650 L 2,16 Une âme n’a autre chose à faire en la terre que d’écouter Dieu et Le suivre.

Monsieur, On dit d’ordinaire que c’est le plus parfait d’être sans sentiment,

15 Décembre 1650 L 2,53 Il faut obéir à Dieu et vous perdre pour Lui et en Lui entièrement.

M, J’ai reçu vos dernières dans lesquelles vous me mandez que Dieu seul nous doit suffire;


[1651]

Janvier 1651 M 3,77 La grâce de vision est plus pure, plus spirituelle et plus divine que la simple vue.

La grâce de vision est plus pure, plus spirituelle et plus divine que la simple vue.

Janvier 1651 L 2,2 Il ne faut pas attendre d’être parfait pour communier. -- Jésus soit notre unique tout pour jamais. Puisqu’il vous fait la grâce de vouloir venir en vous…

M. Jésus soit notre unique tout pour jamais. Puisqu’il vous fait la grâce de vouloir venir en vous

3 Janvier 1651 M 2, 174 l’âme demeure passive, laissant opérer l’Esprit qui gémit en ceux qui sont anéantis.

La conduite de l’âme dans l’oraison me semble bonne et avantageuse lorsque l’anéantissement est suivi de la paix

7 Janvier 1651 L 2,5 la pure oraison ne se fait point par lumières, mais par anéantissement.

M. Nous avons lu avec affection, et consolation les petites remarques sur vos exercices

12 Janvier 1651 L 2,9 Ne vous dispensez pourtant jamais de votre chapelet.

M. Dieu soit béni à jamais de ce que vous êtes en parfaite santé.

14 Février 1651 L 1,39 Il faut qu’un capitaine meure à la tête de sa compagnie.

M. Dieu seul suffit. Je répondrai brièvement à vos lettres premières et dernières

10 mai 1651 J’ai appris les discours que le père N. a fait de vous et de moi, et qui vous cause tant d’abjection.

Ma très chère soeur.Dieu seul et il suffit. J’ai appris les discours que le père N

29 juin 1651 … au reste ma très chère sœur

1651 L 3,49 Ce riche néant dans lequel on trouve tout.

M. Prenez courage, et continuez à vous avancer dans la mort de votre propre esprit et de vous-même

1651 L 3,28 Ce qui met obstacle à l’âme de devenir divine.

Il faut vous dire, puisque vous le voulez, et que la direction l’a ordonné,

1651 L 2,54 -- Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie…

M. Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie.

1651 L 3,56 Rien que Dieu n’occupe mon âme, puisque rien n’y demeure.

M. Jésus Dieu et homme, et Il suffit.

16 Décembre 1651 L 2,3 La patience passive est une excellente oraison.

Madame, Jésus soit notre unique lumière et conduite. Je réponds à vos deux dernières


[1652]

1652 L 1,40 Le métier d’un chrétien est de porter sa croix.

Mademoiselle, puisque vous voulez que je vous dise mes petits sentiments,

1652 M 2171 Sans pensées et sans sentiments

Si votre âme durant l’oraison est sans pensées et sans sentiments, ne vous en mettez point en peine

Mars 1652 L 2,28 Ne pas s’attarder, ni s’attacher aux visions.

Monsieur, J’apprends par vos dernières ce qui se passe dans votre intérieur

6 Mai 1652 L 2,18 -- Madame, Jésus soit notre unique joie dans nos souffrances…

Madame, Jésus soit notre unique joie dans nos souffrances

26 Juillet 1652 LM à M. Boudon

Mon très cher frère, Dieu seul suffit! Le 26 juillet 1652. Je reçus hier votre chère lettre avec grande joie, mais la lecture d’icelle m’affligea sensiblement

18 Septembre 1652 L 2,41 Se laisser conduire en aveugle.

Monsieur. Jésus-Christ souffrant soit l’unique Amour de nos cœurs. Je n’ai pu répondre plus tôt à vos dernières qui me déclarent bien naïvement l’état intérieur de votre âme

26 octobre 1652 L 1,49 Soyez comme la Madeleine à ses pieds.

Madame, Je me réjouis de vous voir toujours dans le dessein d’être tout à Dieu


[1653]

1653 L 3,39 De la vie cachée avec Jésus Christ en Dieu.

M. J’ai reçu grande joie d’apprendre des nouvelles de votre santé

1653 L 3,7 Jetez plutôt les yeux sur Jésus-Christ que sur vos imperfections

Monsieur, Jésus soit notre unique Amour. Pour répondre à vos dernières, je vous puis assurer en toute sincérité, que vous m’êtes plus cher que moi-même

1653 L 3,18 S’accoutumer à faire l’oraison avec la pure lumière de la foi.

M. Je vous dirai qu’il ne faut pas s’étonner des oppositions et contradictions

1653 L 3,40 Dans la voie passive de l’anéantissement.

M. Depuis que Dieu par sa miséricorde a introduit l’âme dans la voie passive de l’anéantissement

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu.

Monsieur, Pour le présent il me semble que Dieu est mon seul intérieur

2 janvier 1653 LMB Monsieur Picoté, prêtre de Saint-Sulpice, grand serviteur de Dieu, ami de notre très saint et très digne Père Chrysostôme

Monsieur, Je ne crois pas que nous soyons si fort dans le silence cette année que celle que nous avons passée.

9 janvier 1653 L Ne pas tant vous occuper à l’extérieur que vous ne donniez pour l’intérieur

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre unique pour le temps et l’éternité. Ce n’est pas à moi de dire mes sentiments d’une affaire si importante

19 Janvier 1653 L 2,20 La voie de pure souffrance est la meilleure.

Mon cher Père, Jésus soit notre unique vie. J’ai eu beaucoup de joie de recevoir de vos lettres dans lesquelles je remarque clairement la conduite de Dieu

10 Février 1653 M 2172 Cette sacrée obscurité est plus claire que la lumière même.

Quand l’âme est parvenue à un degré d’oraison où l’esprit humain se trouve perdu dans l’abîme obscur de la foi

23 février 1653 L 3,21 Continuellement je ne suis plus en moi, mais en Lui.

M. Je ne puis vous exprimer la joie que je reçois d’apprendre la ferveur et la fidélité

3 Mars 1653 L 2,21 C’est au Saint Esprit à qui vous devez demander direction et conduite.

Mon Très cher Père, Dieu seul suffit. Pour répondre à vos lettres que j’ai reçues aujourd’hui

24 Avril 1653 L 3,29 Qui vit en Dieu seul, voit en Dieu ses amis.

M. Jésus Ressuscité soit notre unique vie. Ces lignes sont pour vous réitérer les assurances de mes affections

4 Mai 1653 L 2,13 -- Monsieur de Renti était mon intime ami.

4 Mai 1653 L 2,49 Un simple regard vers Jésus-Christ suffit.

Mon Révérend Père, Jésus-Christ soit l’union de nos cœurs. Je viens de recevoir vos dernières, lesquelles m’apprennent la fidélité