Corrrespondance de Fénelon tomes X à XVIII







Avertissement (reprise résumée de l’Avertissement du tome I à IX précédent)



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Table des matières

TOME X 4

INDEX DES NOMS 263

TOME XII 302

INDEX DES NOMS 596

TOME XI 634

TOME XIII 897

TOME XIV 1121

INDEX DES NOMS 1511

TOME XV 1553

1879

CHRONOLOGIE 1879

TOME XVI 1886

TOME XVII 2285

TOME XVIII Suppléments et corrections (deuxième partie seule) 2623

fin 2748







TOME X

Fénelon dans la retraite

juin 1699 — décembre 1702

Texte établi par

JEAN ORCIBAL

avec la collaboration de

JACQUES LE BRUN et IRÉNÉE NOYE

publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

614. A M*** [LE DOYEN DE MAUBEUGE?]

A Cambray, 1" juin [1699].

Je vous prie, Monsieur ', de me mander exactement tout ce que vous connaissez des principaux sujets qu'on peut choisir dans le chapitre de Maubeuge, pour lui donner une dame'. Si la cour me députe pour assister à cette élection', avec M. le gouverneur du pays et M. l'intendant', je dois être instruit de tout ce qui regarde le succès de cette élection, et le plus grand bien du chapitre. Je compte donc que vous prendrez la peine de me mander au plus tôt les qualités de chacune des dames qui sont à portée d'être élues. Il y a longtemps que vous devez les connaître à fond, par vous ou par autrui. J'espère que vous m'ouvrirez là-dessus votre coeur sans réserve, et que, sans aucune complaisance humaine, vous ne regarderez que Dieu seul dans toutes les choses que vous me confierez. Pour moi, je ne découvrirai jamais à personne du monde, sans exception, que je vous aie consulté, ni que vous m'ayez répondu en cette matière. Ainsi ne craignez point de me parler ingénument, et ne songez qu'à décharger votre conscience. De votre part, ne dites, s'il vous plaît, à personne du monde sans exception, que je vous aie demandé vos pensées. Il est juste que vous me gardiez le même secret que je vous promets de vous garder. Je suis, Monsieur, cordialement tout à vous pour tou-

jours.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

Copyright 1989 by Librairie Droz S.A., 11, rue Massot, Genève.

All rights reserved. No part of this book may be reproduced in any foret, by print, photoprint, microfilm, microfiche or any other means without written permission.

615. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 2 juin [1699].

J'ai reçu, Monsieur', avec tous les sentiments qui vous sont dus, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Les offres dont elle est remplie sont si obligeantes, que je ne saurais vous en faire d'assez grands remerciements. Je les accepterais avec joie, Monsieur, si je ne craignais d'être indiscret. Mon inclination serait tout entière de passer dans votre maison le temps que je dois être à Maubeuge. Mais vous aurez chez vous, Monsieur, M. le C. de Monbron 2, et je crains de vous incommoder, en usant trop librement de vos honnêtetés. Elles me touchent à un point qui est difficile à exprimer. En attendant le voyage de Maubeuge pour lequel vous me donnez beaucoup d'impatience, je vous supplie, Monsieur, d'avoir la bonté d'écouter mon intendant' qui vous rendra compte, s'il vous plaît, de quelques affaires où j'ai grand besoin de votre secours pour les intérêts de l'Eglise. Après tout ce que j'ai trouvé en vous jusqu'ici, je ne puis être en peine d'aucune affaire qui passe par vos mains. Vous ne pouvez avoir quelque égard pour personne

A Versailles le 3 juin 1699.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27e du mois passé avec celle qui l'accompagnait pour le Roi et le procès verbal de votre assemblée provinciale qui y était joint. J'ai eu l'honneur de le remettre à Sa Majesté qui en a paru très contente', et il ne me reste qu'à. vous assurer que je suis...

616. A MA1GNART DE BERNIÈRES

[6 juin 1699].

Monsieur,

Nous trouvons M. le C. de Monbron et moi deux divers temps sur lesquels nous espérons que vous voudrez bien choisir le jour le plus convenable pour vous et pour le chapitre de Maubeuge'. Le premier temps est depuis la fête-Dieu qui est le 18 de ce mois, jusqu'au commencement du mois prochain. Il me serait très difficile, Monsieur, d'aller à Maubeuge avant ce temps-là, et je crois que M. le C. de Monbron serait dans l'impossibilité de le faire. Pour moi je dois être à Cambray à la fête du S. Sacrement, parce que c'est une principale solennité, où je dois officier, et faire la procession ; mais dès le lendemain de la fête je serai libre jusqu'au commencement de juillet. Le 4 de juillet je serai obligé d'être ici, Monsieur, pour y tenir le concours, où l'on remplit toutes les cures vacantes dans l'année'. C'est la plus grande affaire du diocèse, et à laquelle il m'est moins permis de manquer. Mais vers le 12e de juillet je serai encore libre et tout prêt à partir quand il vous plaira jusques à la fin du mois. Ainsi, Monsieur, voilà deux temps sur lesquels vous êtes prié de choisir un jour. Le premier depuis le 18 de ce mois jusqu'à la fin et le second le 12 de juillet jusqu'à la fin pareillement. Je crois seulement devoir remarquer que comme le Roi voudra apparemment nommer à l'Assomption', nous devons le respect aux ordres de Sa Majesté de les exécuter au moins trois semaines avant la fête, dans laquelle se fera la nomination. Après avoir traité cet article principal, il faut passer, Monsieur, à celui qui vous fait une peine si obligeante. J'ai craint de vous embarrasser pour un logement dans une maison qui n'est peut-être pas des plus grandes, et où vous logerez M. le C. de Monbron. Mais puisque vous pouvez sans embarras me donner une chambre, et que vous avez la bonté de le désirer si fortement,

6 juin 1699 TEXTE

je vous déclare, Monsieur, que je serai ravi d'accepter cette offre. Je ne saurais être trop près de vous, et rien ne me peut donner plus de joie que cette marque de l'honneur de votre amitié. Je ressens, comme je le dois, votre attention pour tous les intérêts de notre Eglise. Mais je réserve les très humbles remerciements que je vous dois là-dessus au voyage de Maubeuge, que j'attends avec une vraie impatience. Personne ne peut être jamais plus sincèrement ni plus parfaitement que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray, 6 juin 1699.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

616 A. LE P. DE JASU A FÉNELON

[6 juin 1699].

Monseigneur,

Il y avait longtemps que j'étais pénétré d'estime et de respect pour vous; mais si vous eussiez toujours été environné de tout l'éclat de votre grandeur, je me serais bien donné de garde, n'étant qu'un pauvre et simple religieux', de m'approcher de vous, et je n'aurais jamais osé souhaiter d'en être connu. Mais depuis que l'adversité est venue fondre sur vous avec tant d'impétuosité, la simple estime que j'avais pour tout le bien que j'entendais dire de vous s'est changée en un si fort et si tendre attachement pour votre personne, qu'insensiblement et malgré moi, je me suis vu dans le trouble pour l'amour de vous. J'ai pris part à vos craintes et à vos inquiétudes, j'ai ressenti le coup qui vous a frappé; et cette communication de douleurs m'a tellement uni à vous, que je ne puis plus me contenir dans les bornes de l'humble silence que la connaissance de ma bassesse devrait éternellement me prescrire à l'égard d'une personne de votre élévation et de votre mérite.

Souffrez donc, Monseigneur, que, pour rendre le calme et la paix à mon coeur affligé, je vous fasse connaître son zèle, et qu'après avoir participé à l'amertume du vôtre, je vous félicite de la résolution généreuse et véritablement chrétienne que vous avez fait paraître dans le temps de l'affliction, et dans une des plus rudes épreuves qu'un coeur droit puisse essuyer.

Grâce au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation, il a pris soin de vous consoler lui-même dans votre affliction, et vous a donné la force de consoler ceux qui ont pris part à vos douleurs, par la conduite toute sainte que vous vous êtes prescrite, et que vous avez fidèlement observée jusqu'à la fin.

Votre charité, Monseigneur, que ce grand orage n'a pu éteindre, a dissipé tous les nuages qu'il avait excités, pour laisser paraître la solidité de votre vertu dans toute sa splendeur: car c'est dans les maux, dit s. Augustin, que l'on reconnaît les progrès qu'on a faits dans la vertu avant que d'y tomber 2; c'est dans ce champ de l'amertume et des souffrances que vous avez trouvé le trésor caché, je veux dire l'ancienne manière d'instruire efficacement les

8 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

3 juin 1699

qui soit plus fortement et plus parfaitement que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY

615 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

10 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 juin 1699

peuples, en vous rendant vous-même un parfait modèle d'humilité, de douceur, de patience, de soumission à l'Eglise, et d'amour de Dieu.

Il est constant que le livre de l'Explication des Maximes des Saints n'était à la portée que d'un petit nombre de personnes. On me le pardonnera peut-être, si je dis que les plus savants n'y étaient pas les plus intelligents. Mais les vertus que vous enseignez aujourd'hui par vous-même sont conçues et connues de tous les chrétiens. Cette doctrine, Monseigneur, est proportionnée à la capacité de tous les hommes; les plus grossiers et les plus ignorants l'admirent et en sont édifiés; les plus savants et les plus zélés sont contraints de la louer et approuver.

Votre mandement, quoique très court, contient toute la doctrine de s. Paul. Vous y enseignez efficacement un Jésus-Christ crucifié, en portant vous-même sa croix; vous nous apprenez, par votre exemple, comment nous devons recevoir les afflictions et les humiliations que Dieu nous envoie. Aucun chrétien n'osera plus témoigner la moindre résistance à la voix de son pasteur, après avoir vu de ses yeux un grand et savant, ou pour dire ce qui est plus rare, un humble et savant archevêque, écouter celle du souverain pasteur avec la même docilité et la même soumission que les anges ont pour celle de Dieu.

Consolez-vous donc, illustre et généreux prélat; vos humiliations vous sont plus glorieuses et plus utiles à l'Eglise qu'un millier de livres; vos actions sont une explication vivante des maximes des saints; et ce que l'on croyait devoir être le motif de votre abaissement, est devenu le fondement de votre gloire et de la joie des gens de bien. C'est ainsi, Monseigneur, que le vaincu a seul tout le fruit de la victoire, et que les plus grandes adversités tournent toujours au bien et à l'avantage de ceux qui aiment véritablement Dieu.

L'on doit vous dire à vous-même, Monseigneur, ce que la piété vous a fait écrire à une personne affligée': Dieu vous voulait tout à lui, et ce n'est que sur la croix qu'il prend sa pleine possession. Il voulait cette dernière preuve de votre amour, pour faire reposer sur vous son Esprit saint, et apprendre aux fidèles, par votre exemple, comment ils doivent l'attirer sur eux; car sur qui se reposera l'Esprit du Seigneur, si ce n'est sur celui qui est doux et humble?

Votre conduite, Monseigneur, vous ayant été inspirée de Dieu, a toujours été accompagnée et enfin couronnée de cette douceur et humilité de coeur que notre divin Maître a voulu que nous apprissions de lui; et ces deux vertus sont si parfaitement dépeintes dans votre mandement, et dans celles de vos lettres que la Providence divine a rendues publiques, que je ne fais aucune difficulté d'avouer que j'expérimente, en les lisant, ce que saint Chrysostome sentait en lisant les Epîtres de saint Paul. Elles renferment une certaine onction qui attendrit jusqu'aux larmes. J'ai eu la joie de remarquer qu'elles produisent le même effet en ceux qui me les ont communiquées, et en ceux à qui je les communique; et des personnes distinguées par leur esprit et par leur naissance, qui ne pouvaient recevoir aucune consolation dans leur affliction, m'ont avoué avoir ressenti du soulagement dans la lecture de vos lettres et de votre mandement. Plus je les lis, plus j'en suis touché, et plus elles 10 juin 1699 TEXTE 11

m'inspirent d'estime, de zèle, d'attachement et de respect pour votre personne et votre vertu.

De Dreux, ce 6e juin 1699.

F. DE JASU, Prieur indigne de l'abbaye du Breuil.

617. Au CARDINAL SPADA

[10 juin 1699].

Eminentissime Domine,

Acta conventus quem in hac civitate cum episcopis comprovincialibus ' Tornacensi, Attrebatensi et Audomarensi, jubente Rege, nuperrime institui, ad Sedem apostolicam filiali cum reverentia transmittenda esse mihi videntur. Quapropter, Eminentissime Domine, vestram Eminentiam impensissime oro, ut duo exemplaria benigne excipere dignetur, quorum alterum, pro sua solita et ingenita humanitate, ad Sanctissimi Patris pedes officiose deferre velit, alterum ut observantiœ meœ specimen2 apud se habeat. Quo animo ad singula mihi objecta responderim, hinc facile perspectum habebit. Verissimo et constanti cuti-1 animi cultu subscribor, Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ humillimus et obedientissimus servus.

Cameraci 10 junii.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

618. A MAIGNART DE BERNIÈRES

[12 juin 1699].

Monsieur,

Puisque vous ne pouvez être libre qu'environ la Saint Jean, nous comptons M. le C. de Monbron et moi de nous rendre à Maubeuge immédiatement après cette fête. Je partirai d'ici le lendemain qui est le 25. J'arriverai à Maubeuge le 26. Nous aurons le 27 et le 28 pour travailler à l'élection' et il me restera le 29 et le 30 pour revenir à Cambray' où je dois tenir le concours du diocèse les premiers jours de juillet. On ne peut être plus touché que je le suis, Monsieur, de toutes les circonstances de ce que vous faites à mon égard, et de la manière dont vous savez assaisonner les choses. En vérité personne n'est plus sincèrement, ni plus parfaitement que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 12 juin.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

12 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 juillet [1699]

A L'ABBÉ DE CHEVREMONT

Au Casteau, 2 juillet [1699].

On ne peut, Monsieur ', être plus vivement touché que je le suis de toutes les marques d'amitié et de zèle que vous me donnez. Rien ne me ferait plus de plaisir, que de pouvoir répondre par des services effectifs à tant de choses très obligeantes, par lesquelles vous avez bien voulu me prévenir. Mais trouvez bon, je vous conjure, que je vous parle ici à coeur ouvert et sans réserve.

1° J'ai condamné de très bonne foi mon livre par soumission et par docilité pour le Pape. Ainsi toutes les personnes qui ont quelque amitié pour moi ne peuvent m'obliger plus sensiblement qu'en ne disant jamais une seule parole en faveur de cet ouvrage. Je ne puis consentir qu'on l'excuse même indirectement.

2° Je vous conjure de ne dire et de n'écrire rien contre mes confrères qui m'ont attaqué à Rome, ni contre M. l'arch[evêque] de Rheims. Vous savez, Monsieur, combien la religion demande l'esprit de paix, de charité, de respect pour l'épiscopat. Tout ce que vous feriez par zèle pour mes intérêts retomberait sur moi: car on ne manquerait pas de me l'imputer. Peut-être même en découvrirait-on la source, et on vous ferait beaucoup de peine en ce cas-là.

3° Vous êtes dans la retraite loin du monde, et vous ne pouvez pas savoir l'état des choses. Si vous vous retiriez dans ce diocèse, loin de vous mettre à l'abri, je vous attirerais de grands embarras, et je ne pourrais vous soutenir. Ne croyez pas, s'il vous plaît, que je vous parle ainsi pour m'excuser. Il est certain, Monsieur, que, pour l'amour de vous, je dois résister à votre désir. Plus vous me témoignez d'attachement, moins je dois souffrir que vous veniez vous exposer à de très fâcheux inconvénients. Vous cherchez la paix, et vous ne trouveriez que du trouble.

Ce que je vous souhaite, c'est une solitude où votre silence et votre renon-cernent à tous les commerces extérieurs ôtent tout prétexte de critique, et où vous puissiez vous donner tout entier paisiblement à l'oraison et aux saintes lettres. Je serais ravi de pouvoir vous offrir cette solitude; mais, encore une fois, je dois vous dire que je vous attirerais de grands orages. Au nom de Dieu, ne parlez de moi qu'à Dieu seul, et laissez les hommes en juger comme ils le voudront. Pour moi, je ne cherche que le silence et la paix, après m'être soumis sans réserve. En quelque lieu que vous soyez, souvenez-vous de moi dans vos prières, comme je me souviendrai de vous dans les miennes; et soyez persuadé, s'il vous plaît, que j'ai le coeur bien affligé sur les choses que je me vois dans l'impuissance de faire pour vous témoigner à quel point je suis pour toujours, etc.

Je vois, Monsieur, qu'il y a plusieurs faits sur lesquels vous n'avez pas été exactement informé.

Reverendissime Pater,

Ex adventu Dni Abbatis de Chanterac ' certior factus sum de eo acri studio quo Reverentia Vestra, tum in tuenda Sanctorum Ascetarum doctrina, tum in deffendenda mea innocentia, aperte, generose, et constanter2 operam dedit. Que quidem amplissima vestra in me merita alta mente reposita manent3, nec tamen predico, ne societati, quam semper maximi faciam, crimini vertantur. Verum Reverendissime Pater, in vita mihi nihil antiquius erit quam amantissima horum omnium recordatio. Que vero in conventu nostro provinciali Episcoporum mihi objecta fuere quasi ex insidiis, et que retulerim, ex processu verbali ad Reverentiam Vestram a me misso, ipsa jam apprime novit. Precibus vestris piissimis me penitus commendem, sinat velim. Ego vicissim enixe Deum rogo ut societas tum in capite, tum in membris apud Deum et homines, in dies gratia crescat. Ero perpetuum intimo cum affectu et animi cultu, Reverendissime Pater, Reverentie Vestre humillimus et obsequentissimus servus.

Cameraci 3' Julii 1699.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

A Rome, le 4 juillet 1699.

Monsieur,

Avant que de vous écrire, j'ai voulu recueillir tout ce qu'on disait. Les propositions censurées dans le bref ne font nul tort à M. de Cambray. Ceux qui étaient les plus déchaînés contre lui ont été édifiés de sa prompte et humble soumission, et quoiqu'ils aient un peu murmuré sur le mot de innocentiam et de probra2, ils ne laissent pas de louer sa conduite. Un jour, je me trouvai avec le R. P. Massoulié dans un cercle savant, et comme quelques-uns se jetèrent aigrement sur cette affaire, ce bon père reprit la parole, et répondit que M. de Cambray avait écrit de bonne foi, et qu'il n'était tombé dans cette illusion que pour n'être pas assez théologien, et pour n'avoir pas su unir tous ces motifs'. Je dis qu'il était bien difficile d'unir les mystiques avec l'École, et qu'un meilleur théologien que lui n'en aurait pas trouvé le secret dans les circonstances du temps où nous sommes. On a fait valoir ici la condamnation qu'on a faite, dans les assemblées des évêques, des réponses de M. de Cambray; mais les gens de bon sens ne se laissent pas étourdir à ces condamnations particulières, on connaît le fond de la doctrine, et on sait ce que l'Eglise a condamné. Tout le monde doit s'y soumettre à l'exemple de l'auteur, et laisser ensuite dire ou écrire tout ce qu'on voudra. On m'écrit de Naples que la généreuse soumission de M. de Cambray le rend plus glorieux

TEXTE 13

3 juillet 1699

620. Au P. TYRSO GONZALEZ

[3 juillet 1699].

620 bis. LE P. BELLISSEN' A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

14 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 juillet 1699

que s'il n'eût point été condamné, et que son esprit sublime a paru avec tout son éclat dans cette célèbre dispute. Vous savez sans doute que M. l'abbé Benet' n'est plus chez son Altesse M. le cardinal de Bouillon, on ne sait pas s'il le reprendra à son retour, ou s'il l'a congédié pour toujours; mais je sais bien qu'il a crié inconsidérément quand il devait se taire. Je vous serais sensiblement obligé, si vous aviez la bonté de me faire recommander à son Altesse M. le cardinal de Bouillon 5, je lui dois tout, et je voudrais qu'il conservât son ouvrage, vous savez qu'il y a bien des gens qui me sont contraires', et on n'a pas manqué de faire valoir toutes ces affaires contre moi. Permettez-moi d'offrir mes respects à M. l'abbé de La Templerie, et de vous assurer que je serai éternellement avec un respect infini, Monsieur, votre très humble, très obligé et très affectionné serviteur.

BELLISSEN

Procureur général de la doctrine chrétienne.

621. AU CARDINAL ALBANI

[6 juillet 1699].

Eminentissime Domine,

Que et quanta Eminentiœ vestrœ zelo, œquitati, et beneficentiœ debeam ex verbis Dni Abbatis de Chanterac huc nuper advenientis penitus intellexi. Optima sane illa vestra et amplissima in me merita, summa cum animi gratitudine recolere juvat '; neque tamen ea prœdico, imo tacenda arbitror, Eminentissime Domine, ne quœ gratiœ appono, alii œgre ferant. Hujus modi silentio melius quam verbis gratum animum, ni fallor, significo. Cœterum ex mea immensa erga sedem apostolicam obedientia et sincera docilitate Eminentia vestra jam compertum habet, quo candore, et intimo sane doctrinœ studio in hoc negotio me gerere, Deo dante, voluerim. Unde illam, ut spero, mihi opem tulisse non pigebit. Singulari cum observantia, et devoto animi cultu ero perpetuum, Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ, humillimus, et obedientissimus servus.

Cameraci 6a Julii 1699.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

622. A MAIGNART DE BERNIÉRES

A Cambray, 10 juillet [1699].

Je serais ravi, Monsieur, de suivre le plan que vous avez reçu pour l'envoyer aux évêques, par rapport aux armoiries mais agréez, je vous supplie, que je vous représente mes difficultés.

Premièrement, on m'assure, Monsieur, que les bénéficiers de ce diocèse, qui doivent payer selon la règle que le Roi a faite, ont déjà payé. Il ne s'agit

10 juillet [1699] TEXTE 15

plus, dit-on, que des curés. Vous savez, Monsieur, qu'ils n'ont tous en ce pays que des portions congrues, et que dans ces années de grande cherté ils ont beaucoup de peine à pouvoir vivre. Toutes les dîmes des paroisses sont aux abbayes ou aux chapitres. Il n'y a en ce pays ni prieurés ni autres bénéfices simples. Ainsi suivant les termes de la Déclaration du Roi ceux qui n'ont point payé ne doivent aucun paiement, et ceux qui doivent payer, c'est-à-dire les chapitres et les abbayes, l'ont déjà fait. Du moins on m'assure, Monsieur, que ce fait est constant. Que s'il se trouve par hasard quelqu'un qui n'ait pas encore payé, il me paraîtrait plus naturel de le faire payer en son particulier, que de demander un abonnement général pour recommencer une affaire qui dans le fond est déjà presque finie.

Secondement, supposé même qu'on voulût absolument faire un abonnement pour une chose, qui est, dit-on, déjà payée, et sur laquelle on ne pourrait tout au plus trouver que quelques particuliers en très petit nombre qui seraient en demeure', je trouverais d'extrêmes difficultés dans les esprits, pour leur persuader de se rengager par l'abonnement dans une affaire, où chacun d'eux prétend ne devoir plus rentrer, après avoir payé la taxe particulière. Je puis même vous assurer, Monsieur, que notre clergé n'aurait à cet égard aucune docilité pour mes exhortations. J'en ai une expérience décisive dans les affaires de la capitation'. L'abonnement leur ferait beaucoup plus de peine. Ils ne m'écouteraient pas là dessus. En les pressant je perdrais leur confiance sans aucun fruit pour le service du Roi. Pour les voies rigoureuses, supposé même que Sa Majesté jugeât à propos de les employer, je crois qu'elle ne voudrait pas que j'en fusse l'instrument. Quelque intérêt que les évêques aient de faire, autant qu'on le leur permet, les levées des sommes que le Roi demande au clergé, pour ne livrer point les ecclésiastiques aux traitants, j'aimerais pourtant mieux laisser notre clergé souffrir cet inconvénient, que de me rendre odieux au pays en me chargeant des contraintes rigoureuses. Cette fonction ne convient, ce me semble, Monsieur, ni à notre caractère, ni même au service du Roi, qui souhaite que les évêques français tâchent de gagner les coeurs de leurs diocésains dans cette frontière nouvellement conquise'. Je conclus donc, Monsieur, que je ne puis qu'exhorter à un prompt paiement ceux qui se trouveraient n'avoir pas encore payé les armoiries: c'est ce que je ferai avec soin, mais je ne puis passer cette borne.

Je ne saurais vous exprimer, Monsieur, à quel point je suis pénétré des honnêtetés dont vous et madame de Bernières m'avez comblé à Maubeuge'. Il m'en reste un extrême désir de mériter l'honneur de votre amitié, et de vous persuader du zèle avec lequel je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Je vous demande pardon, Monsieur, si je me suis servi d'une main étrangère pour avoir l'honneur de vous écrire. L'occupation où je me trouve, fait que j'ai eu besoin de ce petit soulagement. Personne ne sera jamais plus éloigné que moi, de manquer à ce qui vous est dû.

16 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 juillet 1699

622 A. LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON

[18 juillet 1699].

J'ai lu, Monseigneur, avec bien du plaisir, dans la belle et très chère lettre dont vous m'avez honoré, les belles qualités, le mérite, et la vertu de Madie de Noyelles '. Vous en exprimez le caractère presque aux mêmes termes que je l'avais décrit à S[a] M[ajesté] lorsque je reçus le verbal de l'élection à laquelle vous avez présidé; et comme la longue vacance de l'abbaye des chanoinesses de Maubeuge' ne permettait pas à S. M. de différer à leur donner une abbesse, elle se détermina d'abord en faveur de celle qui non seulement n'avait nulle brigue ni sollicitations, mais qui au contraire fuyait cette dignité de tout son pouvoir, et nomma Made de Noyelle sans autre recommandation que celle de sa piété et de son mérite'. Il y avait déjà trois jours qu'elle était nommée lorsque j'ai reçu votre obligeante lettre, S. M. n'ayant nul égard aux fortes et pressantes brigues qu'on faisait pour les deux autres proposées. Je suis ravi que S. M. ait concouru avec vous dans le même sentiment pour le bien d'une abbaye de cette conséquence'. Je suis avec un respect très sincère, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. 2 août 1699 TEXTE 17

623 A. LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON

A Paris, le 2 d'août 1699.

Monseigneur,

Quoique ce soit à M. de Barbesieux de vous faire savoir les intentions du Roi touchant les visites que vous désirez faire dans la partie de votre diocèse qui est du côté de Brusselles, j'ai cru néanmoins devoir rendre compte à Sa M[ajest]é de ce que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur ce point. Elle s'est souvenue de vous avoir déjà donné son agrément pour cela, et elle juge même que vous ferez bien de voir Monsieur l'Electeur de Bavière, et de poursuivre les affaires que vous pourriez avoir à sa cour et à son conseil, de la même manière que vous le feriez en France'. Sa M[ajest]é a fort goûté les raisons que vous avez de faire vos visites à Mons, à Ath, et dans toute l'étendue de votre diocèse en ces quartiers-là'. Je suis ravi, Monseigneur, d'avoir cette occasion de vous assurer de la continuation du respect plein d'estime et de zèle avec lequel j'ai toujours été et serai toute ma vie, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Paris, 18 juil. 99.

DE LA CHAIZE S. J.

623. A LA COMTESSE DE FÉNELON

Au Casteau, 30 juillet [1699].

DE LA CHAIZE S.J.

623 B. LE P. PHILIPPE DE SAINT-NICOLAS' A FÉNELON

Je ne vous écris que deux mots, ma chère soeur, pour vous donner de mes nouvelles et pour vous demander des vôtres. Je viens de passer quinze jours en visites dans un canton de ce diocèse, et je pars aujourd'hui pour aller visiter les environs d'Avesnes jusque sur la frontière du diocèse de Liège '. Quoique je fasse tous les jours un grand travail par rapport à mes forces, ma santé est Dieu merci assez bonne, et meilleure que quand j'étais autrefois dans une vie si tranquille et dans un régime si précautionné. Je compte toujours que, quand j'aurai achevé mes petites courses, vous aurez la bonté de venir avec mon frère me donner quelques jours de consolation 2. Je serai ravi de me voir en repos et en liberté en si bonne compagnie. On ne peut vous aimer et vous honorer tous deux plus cordialement, ma très chère soeur, que je le ferai toute ma vie.

[8 août 1699].

t Jesus Maria.

Illustrissime ac Reverendissime Domine, Domine Patrone Colendissime,

Summœ generositati ac benignitati illustrissimœ Dominationis vestrœ ascribendum est, quod humanissimis suis litteris me honorare voluerit, cum nihil hucusque in sui servitium prœstiterim, quod vel minimam grati animi mereatur expressionem. Id etenim quod feci, ex officii mei debito facere debebam, illud judicium de suo libro ferendo, quod tunc temporis mihi videbatur magis consentaneum veritati. Ceterum ad meam notitiam pervenerat sua erga sanctam Sedem apostolicam promptissima et absolutissima submissio, et intima docilitas, cujus nova et sincera testimonia in suis litteris non sine ingenti gaudio perlegi; exinde magis confirmatus in opinione, quam semper habui de eximia pietate, in summum Ecclesiœ pastorem observantia, et heroica virtute illustrissimœ Dominationis vestrœ. Quam Deus juxta mea vota ad multos annos incolumem conservare, et gratiarum suarum charismatibus cumulare dignetur, meque totum, meamque religionem suce protec-

18 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 août [1699]

tioni enixe commendans, maneo cum omni submissione, Illustrissime ac Reverendissime Vestrœ humillimus, devotissimus et obsequentissimus servus.

Rome, 8 Aug. 1669 (sic).

FR. PH1LIPPUS A S. NICOLAO,

Carm. discalc.

11 août 1699 TEXTE 19

dumque me ipsius precibus enixe commendatum cupio, sciat velim Ill.ma D. V. nihil mihi accidere gratius posse quam ut reipsa comprobare me valeam qualis revera sum in charitate Dei, Ill.mœ ac Rev.oe D. V.œ, humillimus et obsequentissimus servus.

Rome, 10 [111 aug. 1699.

CAROLUS AUGUSTINUS FABRONUS.

624. A MAIGNART DE BERNIÈRES 624 B. LE CARDINAL ALBANI A FÉNELON

A Aymeries, 9 août [1699].

Je ne puis, Monsieur, me résoudre à partir d'une maison qui est un peu la vôtre ', sans vous dire combien elle me paraît belle, et combien j'aurais souhaité de vous y rencontrer. J'irais chercher à Maubeuge ce que je ne trouve point ici, si j'étais libre de suivre mon inclination, et de changer l'ordre des visites de paroisses, auquel je me suis engagé. J'espère, Monsieur, que dans la suite je pourrai avoir l'honneur de vous aller voir, et de cultiver l'amitié que vous avez eu la bonté de me promettre. J'en ai déjà trop de marques solides pour en douter. De ma part, je ressens ici combien tout ce qui a quelque rapport à vous m'intéresse, car les beaux fossés, les prairies, le voisinage de la forêt, le canal de la rivière, et la vue d'un joli paysage me font un vrai plaisir, quand je pense que tous ces agréments joints à une maison commode sont à votre usage. Je souhaite que vous vous en serviez longtemps et que ce pays ne vous perde point de quelques années. Ce souhait est fort intéressé, je l'avoue. Je ne saurais finir cette lettre sans vous supplier de me conserver dans le souvenir de Madame de Bernières, qui m'a paru, dans mon petit séjour de Maubeuge, d'une politesse et d'une solidité très rare. Personne ne vous honorera jamais, Monsieur, plus parfaitement que votre très humble, et très obéissant serviteur.

624 A. MGR FABRON1 A FÉNELON

[10 ou 11 août 1699].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Que de peculiari mea erga Illustrissimam Dominationem Vestram observantia retulit D. Abbas de Chanterac vere omnino affirmavit, magni enim feci semper Ill.am D. V. ex quo ejus virtutes fama vulganti cognovi ' ; sed maximam profecto de ea existimationem concepi, cum luculenter christiane demissionis ac plane heroicœ testimonium nuper edidit decretis Apostolice Sedis adeo reverenter acquiescens et ecclesiastica prorsus obedientia obsequens, ut si quis ex adverso est vereatur nihil habens malum dicere de nobis2. Gratulor itaque 111. D. V. novam hanc laudem, nec dubito quin bone mentis sue apud Deum, qui corda inspicit3, ingens sibi meritum comparaverit; [11 août 1699].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Multum quidem me debere profiteor Illustrissime Dominationi tue pro cumulant humanitatis officiis in epistola tua erga me prestitis, quibus tamen non alia me ratione dignum existimo, quam quod Illustrissimam Dominationem tuam, ob tuas egregias dotes, peculiari œstimatione prosequar, eidemque inserviendi desiderio tenear. Porro quod contigit in causa libri ab Illustrissima Dominatione tua editi, quem, quemadmodum hujus Sanctœ Sedis censure, ut vere catholicum decebat antistitem, humiliter subjeceras, ita prolato ab eadem Sede judicio adhœrens, alacri obsequentique animo condemnasti, non nisi maximam universe Ecclesiœ edificationem peperit, tuoque etiam nomini plurimam apud sapientes laudem comparavit, cum solidum christianœ virtutis honorem, que in nostri victoria sita est, inani apud vulgus gloriole fuco prœtulisti 1. Hoc ego certe nomine Illustrissimam Dominationem tuam suspicio magis, et colo, dumque meam in tui servitium paratissimam voluntatem, ut data occasione experiaris, rogo omnem a Deo optimo maximo Illustrissime Dominationi tue felicitatem precor ex animo.

Datum Rome, tertio idus augusti 1699. Dominationis Tue Illustrissime servitor

J.F. CARD. ALBANUS.

624 C. TYRSO GONZALEZ A FÉNELON

Illustrissime ac Reverendissime Domine,

Cum summa veneratione accepi a Vestra Illustrissima ad me datas 5. Julii. Vera sunt que ipsi narravit D.nus Abbas de Chausterac [sic] et vere possum dicere cum Apostolo: Nihil possumus adversus veritatem; sed pro veritate'. Certam autem veritatem existimui [sic], actum perfectœ Charitatis tendere in Deum propter seipsum, et ut in ipso sistat, non autem ut ab illo aliquid accipiat, et totus semper fui in defendenda puritate amoris Dei, qui hoc ipso quod perfectus et purus sit se solo movere potest ac debet ad exe-

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

[11 août 1699].

Il août 1699

624 bis. LE P. GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

20 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 août 1699

quendam Dei voluntatem, et implendum ejus beneplacitum quin opus habeat intueri in prœmium et mercedem ut vincat difficultates virtutis. Semperque clamavi, in hoc negotio valde distinguendum esse inter actum spei, et motionem actus spei ad opere complenda precepta et consilia, et vincendas difficultates virtutis. Perfectus namque amor nullo pacto impedit, nec remoratur actum spei; imo ilium facilitat : quo enim quis ardentius et perfectius amat Deum, eo facilius sperat, se ab illo obtenturum auxilia, quibus ad ejus aeternam possessionem et fruitionem perveniet, et dicere secure et vere possit, tenui eum, et non dimittam 2 Sicut enim habitus ipsi fidei, spei, et charitatis in justo conjunguntur; ita perfectissimi eorum actus inter se cohœrent, et se invicem fovent. At amor hoc ipso quod perfectus sit, non indiget motione tactus spei ad exequenda opera interna, et externa virtutis. Non enim amat perfecte Deum ilie, cui non sufficit cognoscere voluntatem Dei, ut statim accurrat ad illam adimplendam, sed opus habet, inspicere ad remunerationem ut divinum beneplacitum exequatur : et propterea S. Bernard. Ser. 83. in Cant. merito dicebat: suspectus est mihi amor, cui aliud quid adipiscendi spes suffragari videtur: infirmus est, qui forte spe subtracta, aut extinguitur aut minuitur. Purus amor mercenarius non est: Purus amor de spe vires non sumit nec tamen diffidentiae damna sentit'.

De statu habituali amoris nunquam locutus sum sicut nec de ulia illarum 23. propositionum, quœ confixœ sunt. Nec unquam dubitavi nihil a Sede Petri definiendum contra actum amoris puri; quia illa est columna et firmamentum veritatis; et nequit proponere toti Ecclesiœ credendum, dogma falsum, nec toti prohibere tanquam malum id quod reipsa est bonum ; aut prœcipere id quod reipsa est malum: habet enim infallibilem Spiritus Sancti assistentiam ad non errandum in Decretis fidei et morum4.

Deus permisit vestram Illustrissimam tam sœva tempestate jactari, ut toti Ecclesiœ prœberet illustrissimum exemplum quod dedit submissionis et reverentiœ erga Decreta Romani Pontificis. Tantum exemplum non relinquet Deus sine ingenti remuneratione; quam adhuc in hac vita vestrae Illustrissimœ a munificentissimo Patre donandam spero. Servos enim suos Deus mortificat ut vivificet. Hanc de Te ipso victoriam, Tibi ex animo gratulor, Illustrissime Prœsul; quia coram Deo, et hominibus illustrior factus es, quam si totam causam vicisses. Beatus vir, qui suffert tentationem, quoniam cum probatus fuerit, accipiet coronam vitae'. In Te, et de Te verificandum iliud, cum ipso sum in tribulatione, eri piam eum, et glorificabo eune , firmiter spero.

Non accepi hucusque processum ilium verbalem de quo vestra Illustrissima mentionem facit in suis litteris. Quomodo ego desideraverim, ut homines Societatis se gererent in hoc negotio, constabit Tibi ex Litteris responsoriis quas anno 1697. Octobris 18. dedi ad quemdam e nostris Parisiis commorantem, quarum copiam hic annecto'. Gratias quam possum maximas ago vestrœ Illustrissimœ Dominationi pro eo amore quo nostram Societatem prosequitur, et pro honore quem hunc [sic] Devotissimo servo suo exhibet, et precor Deum ut personam vestram diu incolumem servet, et suis donis cœlestibus magis ac magis in dies cumulet ad Sanctœ Ecclesiœ splendorem.

Romœ Augusti 11. 1699.

TEXTE 21

[11 août 1699J.

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Sollicito et anxio diu fui animo de illus[trissi]ma et rev[erendissi]ma Dominatione vestra, a qua nullum accipiebam meis litteris responsum. Et quoniam ex tristissimo proloquio, Qui amat, timet' , multa tristia et infausta menti meœ obversabantur, et non semel ab illus[trissi]mis D. archiepiscopo Theatino, et episcopo Porphyriensi2 D. Papœ sacrista exquisivi, an atiquid compertum haberent de Amplitudine vestra: idcirco dies et horas numerabam, quibus ipsa Cameracum pervenire, et exinde litterœ vestrœ Romam deferri poterant, atque pluries socium meum ad tabellarium misi, pro explorando an quœ essent epistolœ nomine seorsim indicato inscriptœ. Demum mihi tanta agitato perturbatione perlatœ sunt illustrissimi et reverendissimi D. mei archiepiscopi Cameracensis, et Dominationis vestrœ illustrissimœ gratissimœ litterœ 3, quae nubilum omne e mente mea absterserunt, meque summa consolatione cumularunt, dum felicissimum vestrum et sociorum adventum in istam metropolim, justissimas causas dilationis vestrarum litterarum, et plurimam vestram in me benevolentiam ex iis lœtissimo animo percepi. Assiduus namque sciscitor ab amicis nuntium aliquod de statu nostri illustrissimi D. archiepiscopi, et haec nuper accepi. D. archiepiscopum incredibili, et ab omnibus commendata prudentia, in hoc arduissimo negotio se gessisse, tabescentibus ira ejus adversariis, oratores Regis Christianissimi4, et Reipublicœ Venetœ5 ambos ex Gallia profectos, eorumque aulicos cum summa existimatione de eo loqui; ipsumque Regem Christianissimum ex aliqua commissione eidem injuncta, quoad electionem cujusdam abbatissœ6 non mediocre benevoli animi documentum prœbuisse; D. archiepiscopum publici juris fecisse doctissimum librum omnigena eruditione conspicuum de instructione puerorum Regiorum '; serenissimum Burgundiœ Ducem rigido vultu respexisse primarium illustrissimi archiepiscopi adversarium 8, et nonnulla alia intellexi, quae effecerunt ut prorsus exsilirem gaudio. Pro comperto enim habeat Dominatio vestra illustrissima, me post ejus ab Urbe discessum nullam penitus passum diminutionem studii et obsequii erga illustrissimum archiepiscopum et Amplitudinem vestram, imo hocce quam maxime adauctum (si tamen illud erat incrementi capax), et cumulatum fuisse. Unicum etiam atque etiam rogo et efflagito a Dominatione vestra illustrissima ut quam frequenter mihi vestris jussibus favere dignemini, quod mihi gratissimum et acceptissimum foret, et dum etiam D. canonicum de Latemplerie peramanter salutatum meo nomine exopto, constanter profiteor, quod usque dum hac Luce fruetur, sternum memor erit, Amplitudinis Vestrœ Illustrissimœ et Reverendissimœ, devotissimus, obsequentissimus et addictissimus servus.

Ex ccenobio S. Bernardi de Urbe ad Thermas, die 11 augusti 1699.

JOANNES MARIA GABRIELLIUS,

Abbas generalis Monachorum Reform. S. Bernardi9.

Qua Dominatio vestra illustrissima me dignata est epistola, tantam humanitatem et urbanitatem prœ se fert, ut in memoriam jucundissime revocet florentem illam œtatem tuam qua te acutum, elegantem, ad omnia laude digna promptum et alacrem olim pulchre novi. Nunc vero ingenii sagacitatem, solertiam, facundiam, et gravitatem ex litteris perspectas habeo. Prœteritorum quidem, Illustrissime Domine, te non esse oblitum audire, meque vicissim meminisse juvat. Verum laudes quibus me cumulas, eo quod apostolicœ Sedi obtemperarim, sinas velim, me omnino immeritum recusare. Quid enim mirum, si tenuitatis meœ conscius tantœ auctoritati animo docili obsequar? His igitur laudibus prœtermissis hoc unum a te expecto, scilicet, ut me tibi penitus devinctum putes, et diligas. Constanti et intimo affectu ero perpetuum, Illustrissime Domine, Dominationis vestrœ Illustrissimœ humillimus et obsequentissimus servus.

Cameraci 16 augusti 1699.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

625 A. LE CARDINAL COLLOREDO A FÉNELON

[18 août 1699].

Illustrissime ac Reverendissime Domine,

Dominus Abbas de Chanterac, qui multam hic mihi explicuit humanitatem, absens etiam voluit illam exhibere, talia de me prœdicans, quœ oneri magis sunt, quam honori; dum non qualis sim, sed qualis esse debeam reprœsentavit 1. Quod vero Dominatio tua Ill[ustrissi]ma amaritudinibus se sentiat repletam, dicam cum apostolo : Nunc gaudeo, non quia contristati estis, sed quia contristati estis ad poenitentiarn2; cum bonum sit homini, quod eum veritas vincat volentem; quem malum esset, si vinceret invitum. Olim cum priores tune litterœ ad me delatœ fuissent, nosti quod optabam, ut tu ipse esses, qui apostolicam prœveniens censuram3, quod magis ac magis cupiebam, cum errores similes a Jo[anne] XXII damnatos perspexi4: sed dilata inter contentiones retractatio id effecit, ut per sedem apostolicam propositiones illœ configerentur ; cujus judicio cum te ipsum tuaque omnia submittere profitearis, teque usque ad extremum spiritum Romanœ Ecclesiœ, externarum magistrœ 5, addictissimum tuis enutrires scriptis; restat ut te, non veritatis tantum amicum, sed et doctorem ostendas. «Hoc enim confiteri Deo, dicam cum Ambrosio6, impunitatis remedium est. Erravi, inquit; sed qui erravit, in viam potest redire, in viam revocari potest. Et pulchre addidit, sicut oves quae perierat; non enim perit, qui agnoscit errorem. » Ignosce mihi, qui de licentia charitatis tue abutor patientia tua; 31 août 1699 TEXTE 23

tuisque orationibus adjuvare non cesses, dum peculiari devotionis affectu me subscribo, Dominationis The Illustrissimœ,

Rome, 18 Aug. 1699,

Servus ex corde. L. CARD. COLLOREDO.

626. Au DUC DE CHEVREUSE

31 août 1699.

On ne peut, mon bon [duc] ', ressentir plus que je le fais la perte de votre procès'. Je suis affligé même de ce que vous voilà engagé à aller plaider dans un autre tribunal avec un grand danger de mauvais succès. L'embarras et le mécompte où cette affaire vous jette me touchent le coeur. Je suis bien aise d'apprendre que cet arrêt ne me prive point de votre voisinage à [Chaulnes], peut-être qu'il y aura des temps calmes où je pourrai vous aller voir'.

Vous avez l'esprit trop occupé de choses extérieures, et plus encore de raisonnements, pour pouvoir agir avec une fréquente présence de Dieu. Je crains toujours beaucoup votre pente excessive à raisonner. Elle est un grand obstacle à ce recueillement et à ce silence où Dieu se communique. Soyons simples, humbles, et sincèrement détachés avec les hommes. Soyons recueillis, calmes, et point raisonneurs avec Dieu. Les gens que vous avez le plus écoutés autrefois' sont infiniment secs, raisonneurs, critiques, et opposés à la vraie vie intérieure. Si peu que vous les écoutassiez, vous écouteriez aussi un raisonnement sans fin, et une curiosité dangereuse, qui vous mettrait insensiblement hors de votre grâce, pour vous rejeter dans le fond de votre naturel. Les longues habitudes se réveillent bientôt, et les changements qui se font pour rentrer dans son naturel, étant conformes au fond de l'homme, se font beaucoup moins sentir que les autres. Défiez-vous-en, mon bon [duc], et prenez garde aux commencements qui entraînent tout.

Je vous parle avec une liberté sans mesure, parce que votre lettre m'y engage et que je connais votre bon coeur, et que rien ne peut retenir mon zèle pour vous. Je donnerais ma vie pour votre véritable avancement selon Dieu. Si nous avions pu nous voir, je vous aurais dit bien des choses. Je suis dans une paix sèche et amère, où ma santé augmente avec le travail S. Prions les uns pour les autres : demeurons infiniment unis en celui qui est notre centre commun. Je salue avec zèle et respect la bonne [duchesse]6: je serai dévoué et à vous, mon bon [duc], et à elle jusqu'au dernier soupir.

626 A. LE CARDINAL NIGRONII A FÉNELON

[6 septembre 1699] .

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Quanta sim prosecutus, constantique prosequar existimatione Illustrissimœ Dominationis vestre preclaras dotes, fidum testem habeo Dominum

22 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

625. A UN PRÉLAT ROMAIN

16 août 1699

[16 août 1699].

Illustrissime Domine',

24 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 septembre 1699

abbatem de Chanterac. Quapropter mihimetipsi liceat citra vanescentem gloriam eblandiri, quod citra meritum non sit illud, quod vestrœ litterae humanitate plenœ deferunt, erga me grati animi monumentum. Id, fateor, vestra virtus effecit ; at, ut faceret, quasi dixerim, coegerunt sincera animi mei sensa, sincerœ mentis vestre oculis proposita per prœfatum Dominum abbatem; proindeque utrique devinctum me agnoscere non pretermitto. Sane gratulor ex intimo cordis de vestra post antehabita rerum discrimina hilari tolerantia, que quo magis muta, eo majus erit pondus habitura vocis retundentis, si qui occurrerent obstrepentes clamores, et mire prœ se ferentis infractam vestri animi perseverantiam in bono. Nobis non est a Deo facta potestas, nisi ad ineunda certamina, strenue sustinenda, ac pro viribus prosequenda, si que fiant obvia, ad Dei gloriam, ejusque Ecclesiœ tutamen; cœteroquin victoria non est in manu nostra, sed illius qui dat nobis victoriam, quando dare noscit expedire: et si non dat, nostra est nos ipsos exhibere stabiles, et immobiles, abundantes in opere Domini, scientes quod labor noster non est inanis in Domino. Pergat igitur Dominatio vestra Illustrissima feliciter, ut incoepit, sub jugi, etsi cœca, nunquam tamen defecturi luminis obedientia oraculis Apostolicœ Sedis. Vir enim sic obediens, sacra pagina testante, quaqua vertatur, loquetur victoriam2. Quantum ad me attinet, suasam velim Illustrissimam Dominationem vestram, non fore passurum ab aliquo vinci in vestris laudibus efferendis: in iis semper ero firmo pede, ut aliqua ex parte promeretur efficax apud Deum, quod perhumaniter spondet vestra benevolentia, vestrarum precum auxilium, quo roboratus confido, que sunt Dei, sanctœque catholicœ Sedis me, juxta munus meœ imbecillitati ex alto commissum, fore completurum pari fidelitate ac constantia, qua quoque ex corde subscribor, Illustrissime Dominationis Vestrœ ac Reverendissimœ servus addictissimus.

Rome, 6 7bris 1699.

J.F. CARD. NIGRONUS.

J'ai' M. l'abbé de Chantérac pour fidèle témoin de la grande et constante estime que j'ai toujours eue pour les belles qualités de votre Seigneurie illustrissime. C'est pourquoi permettez-moi de dire sans vanité, que si vos lettres pleines d'honnêteté me témoignent de la reconnaissance, ce n'est pas sans que je l'aie mérité. Votre vertu a fait tout cela, je l'avoue, mais j'oserais dire que vous y avez été contraint par les sentiments sincères de mon coeur, que le même M. l'abbé de Chantérac a mis devant vos yeux. C'est pourquoi je ne cesserai point de dire que je suis obligé à l'un et à l'autre. Je me réjouis avec vous du fond de mon coeur de la constance avec laquelle vous avez supporté gaiement les embarras et les événements des affaires passées. Plus votre patience sera accompagnée de silence, plus elle vous donnera de force pour faire taire les clameurs de vos adversaires, s'il s'en élevait encore; et plus elle marquera votre constance dans le bien, et la fermeté invincible de votre courage. Dieu ne nous a donné que le pouvoir d'entreprendre les combats, et de les soutenir courageusement, et de les continuer jusqu'au bout suivant nos forces, lorsqu'il s'en présente quelques-uns pour la gloire de Dieu et pour la défense de son Eglise: du reste la victoire n'est pas dans nos mains, mais dans les mains de celui qui nous la donne, lorsqu'il connaît qu'il convient de nous la donner; et s'il ne nous la donne pas, notre devoir est de nous montrer fermes et inébranlables, abondants dans l'oeuvre du Seigneur, sachant que notre travail n'est pas inutile en Dieu. Que votre Seigneurie illustrissime continue

[Après le 14 septembre 1699] TEXTE 25

donc heureusement comme elle a commencé, avec une perpétuelle obéissance aux oracles du Saint Siège Apostolique, qui, bien qu'elle soit aveugle, sera toujours soutenue d'une lumière qui ne manquera jamais, car, comme dit l'Ecriture, un homme qui obéit ainsi chantera toujours la victoire, quelque chose qu'il lui arrive. Pour ce qui me regarde, je souhaite que votre Seigneurie illustrissime soit bien persuadée que je ne souffrirai pas que personne me surpasse à exalter vos louanges; c'est en quoi je persévérerai toujours d'un pied ferme, comme le mérite en quelque façon auprès de Dieu le secours efficace de vos prières, que vous me promettez avec tant d'honnêteté et de bienveillance. C'est sur cette confiance que j'espère accomplir ce qui est du service de Dieu et du Saint Siège catholique, suivant la charge qui en a été imposée d'en haut à ma faiblesse, et remplir mon ministère avec la même fidélité et la même constance qui me fait être, de votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, le très affectionné serviteur.

De Rome le 6 septembre 1699.

627. AU DUC DE CHEVREUSE

[Après le 14 septembre 16991'.

M. l'Electeur2 m'a paru doux, poli, modeste, et glorieux dans sa modestie. Il était embarrassé avec moi, comme un homme qui en craint un autre sur sa réputation d'esprit. Il voulait néanmoins faire bien pour me contenter; d'ailleurs il me paraissait n'oser en faire trop, et il regardait toujours pardessus mon épaule M. le marquis de Bedmar3, qui est, dit-on, dans une cabale opposée à la sienne. Comme ce marquis est un Espagnol naturel, qui a la confiance de la cour de Madrid, l'Electeur consultait toujours ses yeux avant que de me faire les avances qu'il croyait convenables: M. de Bedmar le pressait toujours d'augmenter les honnêtetés; tout cela marchait par ressort comme des marionnettes'. L'Electeur me paraît mou et d'un génie médiocre, quoiqu'il ne manque pas d'esprit et qu'il ait beaucoup de qualités aimables. Il est bien prince, c'est-à-dire faible dans la conduite, et corrompu dans ses moeurs. Il paraît même que son esprit agit peu sur les violents besoins de l'Etat qu'il est chargé de soutenir; tout y manque; la misère espagnole surpasse toute imagination. Les places frontières n'ont ni canons ni affûts; les brèches d'Ath ne sont pas encore réparées; tous les remparts sous lesquels on avait essayé mal à propos de creuser des souterrains, en soutenant la terre par des étaies, sont enfoncés, et on ne songe pas même qu'il soit question de les relever. Les soldats sont tout nus, et mendient sans cesse; ils n'ont qu'une poignée de ces gueux; la cavalerie entière n'a pas un seul cheval'. M. l'Electeur voit toutes ces choses; il s'en console avec ses maîtresses, il passe les jours à la chasse, il joue de la flûte, il achète des tableaux, il s'endette, il ruine son pays, et ne fait aucun bien à celui où il est transplanté'; il ne paraît pas même songer aux ennemis qui peuvent le surprendre'.

J'oubliais de vous dire qu'il me demanda d'abord et dans la suite encore plus de nouvelles de M. le Duc de Berri que des autres princes. Je lui dis beaucoup de bien de celui-là; mais je réservai les plus grandes louanges pour M. le Duc de Bourgogne, en ajoutant qu'il avait beaucoup de ressemblance

26 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 septembre 1699

avec madame la Dauphine'. Dieu veuille que la France ne soit point tentée de se prévaloir de la honteuse et incroyable misère de l'Espagne!

5 octobre [1699] TEXTE 27

nable au lieu. Je serai, Monsieur, avec tendresse et vénération jusqu'au dernier soupir de ma vie, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

627 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

A Fontainebleau le 30 septembre 1699.

629. Au DUC DE BEAUVILLIER

Monsieur,

Le feu Roi a ordonné dans tous les pays de son obéissance une procession générale le jour de l'assomption à cause d'un voeu qu'il avait fait en mettant le Royaume sous la protection de la Vierge. Cependant Sa Majesté est informée que cela ne s'exécute pas ponctuellement partout. Je vous supplie de vouloir bien me mettre en état de lui rendre compte de ce qui se pratique à cet égard dans votre diocèse et en cas que l'on n'y fît pas cette procession de donner les ordres nécessaires pour qu'à l'avenir l'on n'y manque pas. Je suis...

628. A M. TRONSON

Au Chasteau Cambresis, 4 octobre [1699].

Il y a longtemps, Monsieur, que je me suis privé de la consolation de tout commerce avec vous, afin de ne vous commettre en rien et de ménager les intérêts de S. Sulpice, qui me sont très chers. Mais je ne crois pas manquer à cette règle de discrétion, en vous écrivant par une voie très secrète, et ne le faisant que pour vous supplier de confier à l'ami qui vous rendra cette lettre, les papiers que j'ai laissés entre vos mains'. Ils passeront de celles de cet ami avec une entière sûreté dans les miennes. Vous n'avez aucun usage à faire de ces paperasses, et Dieu sait avec quelle joie je vous les laisserais plus longtemps, si vous le désiriez. Mais comme je suis persuadé qu'elles vous sont très inutiles, je vous supplie, Monsieur, d'avoir la bonté de me les renvoyer.

Je reviens d'un voyage que j'ai fait à Bruxelles, où j'ai su bien des choses très importantes, dont le détail pourra passer jusqu'à vous par un canal sûr'. Il faut que je vive en ce pays, comme un homme qui n'a ni yeux ni oreilles sur certaines choses'. Ma santé ne fait que croître dans le travail, et j'ai soutenu depuis trois mois en visite des fatigues, dont je me croyais très incapable. Dieu donne la robe selon le froid'. Je souhaite de tout mon coeur, Monsieur, que votre santé qui est plus utile que la mienne se conserve de même. Ce qui me fait une véritable peine dans mon éloignement, c'est que je ne puis vous embrasser, et vous entretenir cordialement. Du reste, j'ai, Dieu merci, le coeur dans une paix profonde', et je ne pense qu'à mes fonctions. Priez pour moi, je vous en conjure, et faites prier les bonnes âmes. Je demande à M. Bourbon', que je salue de tout mon coeur, neuf messes à Lorette' que je lui paierai par un petit présent à la chapelle de ce qu'il jugera le plus conve-

5 octobre [1699].

Vous avez de grandes raisons pour demeurer ami avec M. de Torcy pour les affaires du Conseil'. Mais ne poussez pas trop loin votre confiance. La sienne est engagée ailleurs. Il l'a livrée à l'Abbé Renaudot', et il veut servir le parti janséniste. Son frère M. de Montpellier n'a d'autre conduite que la leur'. Prenez donc garde à tout ce qui peut avoir quelque rapport à une Cabale qui a un grand pouvoir chez M. de Torcy, et qui sera toujours passionnée contre vous.

Ne vous fiez point à M. de Paris. Il a ses petits artifices. Tout son esprit se tourne en finesse. De plus sa conduite n'est pas la sienne. On fera par lui avec vous des démarches qui seront des pièges. Peut-être ne verra-t-il pas lui-même ce qu'il fera. Enfin contentez-vous de remplir les bienséances, et de lui rendre ce qu'on doit à son pasteur, duquel on ne peut attendre ni lumière intérieure, ni affection solide. Trop d'empressement et de liaison de ce côté-là seraient contraires aux vraies bienséances. Après tout ce qui s'est passé les honnêtes gens du monde, qui examinent de près les dévots, en seraient très mal édifiés : ils regarderaient en vous cette conduite comme une faiblesse ou comme une duplicité. C'est pour vous, mon bon duc, et non pour moi que je vous parle librement. Si je ne regardais que moi, je saurais, Dieu merci, me taire.

Il est bon que vous viviez en amitié et en bonne correspondance avec M. Chamillart. Mais son poste vous doit faire craindre de nouveaux intérêts contraires aux vôtres, une secrète jalousie, une envie de faire sa cour à vos dépens, et peut-être de faux ménagements vers vous, jusqu'à ce que vous lui ayez aidé à entrer dans le ministère. Servez-vous des hommes pour Dieu, ne comptez guères sur eux. Dieu seul sera votre appui contre les hommes. Je ne connais point le fond de M. Chamillart. Il a toujours paru honnête homme. Mais on ne connaît les gens que dans les places. Vous avez l'expérience de M. de Pontchartrain'. Ne comptez ni sur les bonnes choses qui vous ont paru jusqu'ici dans M. de Chamillart, ni sur les obligations qu'il vous peut avoir. Ne vous en engouez point. Vivez bien avec lui. Ne manquez en rien à l'amitié. Mais donnez-vous le temps de l'éprouver dans cette élévation avant que de vous y fier. Je crains qu'il ne soit dans de mauvais principes sur les affaires ecclésiastiques.

Le bruit public de ces pays est que le Conseil sur les affaires des Huguenots, où vous entrez, ne prend que des partis de rigueur. Ce n'est point là le vrai esprit de l'Evangile. L'oeuvre de Dieu sur les coeurs ne se fait point par violence. Je suppose que s'il y a de la rigueur, elle ne vient pas de vous, et que vous ne pouvez pas la modérer'.

28 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

7 octobre [16997]

9 octobre [1699] TEXTE 29

N'agissez point, je vous en conjure, avec M. le d. de Bourgogne par des vues de politique, ni par des prévoyances inquiètes, ni par des arrangements humains, ni par des recherches secrètes de votre sûreté, ni par confiance en sa discrétion naturelle. Tout vous manquerait au besoin, si vous agissiez par ces industries. Agissez avec lui tranquillement, sans inquiétude, et dans une simple présence de Dieu. Ne le recherchez point trop. Laissez-le venir à vous. Ne le ménagez point par faiblesse. D'un autre côté, ne gardez aucune autorité à contre-temps. Ne le gênez point; ne lui faites point de morales importunes. Dites-lui simplement, courtement, et de la manière la plus douce les vérités qu'il voudra savoir. Ne lui en dites jamais beaucoup à la fois. Ne les dites que selon le besoin et l'ouverture de son coeur. Tenez-vous à portée de pouvoir dans la suite devenir un lien de concorde entre lui et Madame la d. de B[ourgogne] si la providence y dispose les choses. Soyez de même à l'égard du Roi.

Ce que je vous demande instamment au nom de Dieu, c'est de veiller pour tout ce qui a rapport au jansénisme, et d'être l'homme de Dieu pour écarter tout ce qui peut augmenter le danger de l'Eglise. Mais ouvrez-vous à très peu de personnes là-dessus, et agissez en silence, pour tâcher de saper les fondements d'une cabale si accréditée.

Au chasteau Cambresis 5 octobre.

630. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Au Chasteau Cambresis 7 octobre [1699?]'.

J'apprends, Monsieur, qu'un receveur du domaine du Roi nommé Duchesne à Solre le Chasteau2 entretient chez lui en qualité de servante une fille de mauvaise réputation, et même de mauvaises moeurs, en sorte qu'il scandalise tout le voisinage. Il avait renvoyé cette fille, et on espérait que la crainte de vous déplaire le soutiendrait dans ce changement. Cependant, Monsieur, la fille est retournée chez lui, et je ne vois point de remède plus efficace, que celui d'avoir recours à votre autorité, pour l'obliger à finir un si grand scandale. Un mot, que vous aurez la bonté de dire, mettra ordre à tout. Il me tarde bien, Monsieur, de pouvoir prendre le chemin de Maubeuge, et c'est avec un vrai regret que j'en ai passé assez près du côté de Mons, sans être libre de vous aller dire avec quels sentiments je suis, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

631. A [EUGÈNE-HENRY FRICX]

Au Chasteau-Cambresis, 9 octobre [1699].

J'ai reçu, Monsieur, par la poste, l'Apologie des Dominicains missionnaires etc.2, et j'ai cru qu'elle me venait de vous. Puisque j'en ai un exemplaire, je n'en veux pas davantage. Si néanmoins celui qui est entre vos mains y demeure inutile, je vous supplie de me l'envoyer à loisir par quelque voie commode, comme celle de M. Bodequin', notre chanoine, qui doit revenir bientôt de Bruxelles: j'en ferai présent à quelque ami. Pour l'Histoire de la congrégation de auxiliis4, que vous me promettez, je vous serai fort obligé, si vous voulez bien me l'envoyer par la même voie de M. Bodequin.

Pour M. l'Abbé de Chevremont, dont vous m'avez envoyé une lettre', je ne le connais que pour avoir ouï parler, à des personnes fort estimables, de son esprit et de son savoir. J'espère qu'il ne trouvera pas mauvais que je demeure à son égard dans le silence que je garde depuis quelque temps à l'égard de toutes les personnes avec lesquelles je ne suis point lié par une amitié étroite ou par des devoirs très pressants. Encore même ai-je divers anciens et bons amis, à qui j'ai fait agréer que je ne leur écrivisse point depuis quelque temps. Je vous conjure, Monsieur, dans cet esprit, de me renvoyer la présente lettre, après que vous en aurez expliqué le contenu à cet Abbé. Voici les choses que je vous prie de lui dire.

1° Je ne souhaite rien tant que de ne voir nul écrit se répandre dans le monde pour mon affaire. Elle est finie; je ne veux jamais la renouveler. J'ai abandonné et condamné simplement et sans restriction mon livre, pour soumettre mes lumières à celles de mon supérieur, qui est le Pape. Il ne s'agit plus d'occuper le public de cette affaire; il n'y a que le silence qui me convienne. Ni directement ni indirectement je ne puis approuver en autrui ce que je n'ai garde de faire. Ainsi je ne puis savoir qu'on imprime un ouvrage sur cette matière, et que l'auteur est affectionné pour moi, sans le conjurer aussitôt, avec les dernières instances, de supprimer son ouvrage. S'il m'y condamne, pourquoi le fait-il sans aucune nécessité, puisqu'il me témoigne d'ailleurs tant d'estime et d'inclination? Si, au contraire, il me défend, à quoi s'expose-t-il mal à propos, et à quoi m'expose-t-il moi-même, puisqu'on pourra croire que j'ai part à ce qu'il fait, pendant que je parais me taire?

2° Les conférences qu'il dit avoir eues autrefois chez la reine Christine à Rome avec le fanatique Molinos', n'ont aucun rapport réel, Dieu merci, avec mon affaire. Je dois supposer que j'ai mal expliqué ma pensée dans mon livre, puisque le Pape, dont les lumières sont supérieures aux miennes, l'a décidé: mais, sans vouloir jamais défendre les expressions de mon livre, je dois à la vérité et à l'honneur de mon ministère de dire que je n'ai jamais cru aucune des erreurs qu'on m'a imputées. Ces erreurs sont clairement et rigoureusement condamnées dans toutes les pages du livre même, sans parler de toutes mes défenses, où elles le sont encore partout avec évidence. Il n'est donc pas question de Molinos ni de ses impiétés.

3° Le terme de rétractation, dont M. l'Abbé se sert', ne s'emploie d'ordinaire que quand un homme avoue qu'il a cru une doctrine qu'il reconnaît fausse. En ce sens, je ne me suis jamais rétracté: au contraire, j'ai toujours soutenu que je n'avais jamais cru aucune des erreurs en question. Le Pape n'a condamné aucun des points de ma vraie doctrine, amplement éclaircie dans mes défenses. Il a seulement condamné les expressions de mon livre avec le sens qu'elles représentent naturellement, et que je n'ai jamais eu en vue. Dire que je me suis rétracté, ce serait faire entendre que j'ai avoué avoir eu des erreurs, et ce serait me faire une injustice dont je crois cet Abbé très incapable.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

30 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

21 octobre [1699]

Il paraît encore, par sa lettre, qu'il croit que j'ai eu des préventions outrées. Sur quoi le croit-il? Quelque pénétration et quelque justesse d'esprit qu'il puisse avoir, avec le coeur le plus droit et le plus affectionné, il aura une extrême peine à pouvoir parler juste du fond de cette matière. D'ailleurs, encore une fois, à quoi ne s'expose-t-il point ? Je serais ravi de recevoir, selon son mérite, les offres qu'il me fait; mais il ne convient ni à lui ni à moi, dans le temps présent, que l'auteur d'un tel ouvrage et moi soyons en commerce. Du reste, on ne peut ressentir plus que je le fais tout ce que je vois en lui d'estimable et d'obligeant. Renvoyez-moi, s'il vous plaît, ma lettre, sans qu'il en reste aucune copie.

Tout à vous, Monsieur, avec une estime cordiale et une pleine confiance.

632. AU MÊME

A Cambray, 21 octobre [1699].

On ne peut être plus touché que je le suis, Monsieur, de votre prudence, de votre exactitude et de votre amitié pour moi. M. l'Abbé de Chevremont '

ne doit pas être surpris de me voir prendre des précautions. Cette politique ne tend qu'à conserver la paix, et qu'à demeurer dans le silence. Il ne me con-

vient point de donner occasion de parler encore de moi, et de critiquer 2 mes

lettres. J'estime et je plains cet Abbé; mais je n'ai jamais eu d'occasion de le voir, ni de connaître par moi-même le bien que j'en ai ouï dire'. Sur ce fon-

dement, je continue comme j'ai commencé, et je vous prie de me renvoyer cette lettre dès que vous lui en aurez dit le contenu, sans la mettre entre ses mains, et sans en laisser faire aucune copie'.

1° Je n'ai présentement aucun emploi à donner dans ce diocèse, ni sous la domination de France, ni sous celle d'Espagne. Je ne sais pas même à quelles fonctions cet Abbé pourrait s'appliquer.

2° Je ne pourrais le mettre en aucune place, ni sur les terres de France, ni sur celles d'Espagne, sans savoir les raisons précises qui lui ont fait quitter

le royaume de France'. Me convient-il de me déclarer l'asile de ceux qui en sortent? Si c'est une politique, elle est de devoir et de religion. Elle est encore plus dans mon coeur que dans ma conduite.

3° S'il écrivait pour moi, la place que je lui donnerais lui ôterait toute croyance dans ce qu'il dirait en ma faveur, et on m'imputerait tout ce qu'il

dirait pour ma cause, comme si je me servais d'une plume étrangère pour renouveler la guerre d'écrits'. Si, au contraire, il écrit contre moi, comme son plan me paraît le marquer', dois-je approuver tout ce qu'il dira contre mes véritables sentiments? et ne croirait-on pas, dans toute l'Eglise, que je conviendrais de tout ce qu'il aurait écrit?

4° Nul vrai catholique ne doit jamais oser dire que les saints mystiques aient erré ni mal parlé dans le langage qui est uniforme entre eux. Rome ne

le dit point, et ne souffrira pas qu'on le dises. En condamnant mon livre, elle

n'a point prétendu décréditer ni la spiritualité ni le langage de tant de saints dont elle dit que la doctrine est toute céleste'. M. de Meaux a dit que ces

pieux auteurs, même ceux qui ne sont point canonisés, sont hors d'atteinte' °. Le ministre Jurieu, en leur imputant les principes des Quiétistes, a montré

21 octobre [1699] TEXTE 31

qu'il ne les entendait nullement, et qu'il en parlait sans les avoir lus, par pure passion contre l'Eglise Romaine qui les autorise. Enfin je les ai expliqués

dans mes défenses, dans un sens clair et naturel, qui est très opposé au quiétisme, et que Rome ne condamne point". Pour mon livre, c'est avec une sincère docilité que je préfère l'autorité du S. Siège à mes faibles lumières. Il faut que les expressions n'en soient pas telles que je les avais crues, puisque le Pape les condamne' 2.

5° Jamais on ne peut tirer aucune conséquence, en faveur du quiétisme, des principes que j'ai posés dans mes défenses, et qui sont les seuls sentiments que j'ai toujours voulu établir. Rome en est persuadée, et le public aussi ". L'Eglise ne regardera jamais la doctrine de la charité indépendante du motif de la béatitude dans ses actes propres, comme une doctrine qui favorise l'illusion. M'imputer une doctrine qui me reconduit au quiétisme, quand je veux m'en éloigner, c'est me faire une injustice manifeste, et attaquer la foule des théologiens catholiques, faute d'être au fait.

6° En supposant que ma doctrine véritable est dans le fond celle qui fait le quiétisme, c'est m'accuser de mauvaise foi; car j'ai déclaré, dans notre assemblée provinciale, dont le procès-verbal est imprimé, que je n'ai jamais cru aucune des erreurs qu'on m'a imputées '4. Dire que quelqu'une des erreurs en question a fait partie de mes véritables sentiments, c'est dire tout ensemble que j'ai erré, et que j'ai la mauvaise foi de nier mon erreur; c'est faire de moi' un homme trompé et trompeur.

7° Dire que j'ai eu des préventions outrées, que je n'aurais pas eues, si M. l'Abbé m'avait raconté ses conversations avec Molinos, c'est vouloir me noircir de gaîté de coeur '6, pendant qu'il me demande un asile dans son besoin. C'est même décider de ce qu'il ne sait point, et le faire '7 malgré l'évidence des faits qui ont paru aux yeux de toute l'Eglise dans notre dispute.

8° Dire que je me suis retracté, quoique j'aie déclaré que je n'avais jamais cru aucune des erreurs qu'on m'avait imputées, c'est faire entendre que j'ai parlé de mauvaise foi. Il est inutile de dire que M. l'Abbé n'entend, par le terme de rétractation, qu'une condamnation de mes expressions, sans rétracter le fond de mes sentiments. Le dictionnaire de M. l'Abbé n'est point celui de l'Eglise, ni même du monde entier. Le terme de rétractation, quand on ne l'explique pas, emporte, dans notre langue, la condamnation d'une opinion fausse qu'on avoue avoir' crue. Convient-il à un auteur qui m'estime, dit-il, qui veut me faire plaisir, et qui demande chez moi un asile, de se servir, en parlant de moi, d'un terme si odieux dans l'usage public, et qui sera naturellement si mal pris dans une affaire si délicate et si importante? Ne devrait-il pas, au contraire, choisir avec précaution les termes les plus clairs et les plus doux, pour écarter toute idée de rétractation sur aucune erreur effective?

9° M. l'Abbé est fort à plaindre dans ses malheurs: mais en dois-je souffrir? Est-il juste qu'il se mette à écrire contre moi, parce qu'il manque de subsistance? Pourquoi faut-il qu'il m'attaque sans aucune justice, pendant qu'il me demande des grâces? Un homme, qui a autant de talent que lui pour servir l'Eglise, ne peut-il pas trouver d'autres ressources plus légitimes? Ne vaudrait-il pas mieux se réduire aux plus vils' emplois, en attendant que la Providence lui en offrît de plus convenables? Croit-il se faire honneur dans le monde par un ouvrage où il parlera comme le ministre Jurieu, contre les livres de spiritualité des saints canonisés, et où il attaquera tous ceux qui lui

32 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [novembre 1699]

auront refusé une subsistance? Cet ouvrage, fait par désespoir contre l'honneur de l'Eglise", peut-il lui réussir? Ne vaudrait-il pas mieux prendre des partis d'humilité et de patience, dans lesquels il ne manquerait pas du nécessaire, que de menacer de terribles suites' l'Eglise de France qui ne lui donne point d'établissement? Ne trouvera-t-il point de mécomptes ailleurs"? Je le conjure de prier, de se défier de lui-même dans un état de si violente tentation, et de se mettre devant Dieu, comme s'il y était au moment de sa mort.

Je vous prie, Monsieur, de lui représenter exactement tout ceci en détail, sans lui confier un seul moment ma lettre, et de me la renvoyer au plus tôt. Encore une fois, je le plains, et plus que je ne le puis dire. Vous savez avec quelle estime et quelle confiance cordiale je suis pour toujours tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

M. TRONSON A FÉNELON

[début novembre 1699].

Les bonnes nouvelles que vous me donnez de votre santé m'ont causé une véritable joie. Elle a été beaucoup augmentée par la manière obligeante dont vous me faites l'honneur de m'écrire, qui me fait assez connaître la continuation de votre amitié, et que la cessation de tout commerce n'a été qu'un effet de votre bonté, qui a voulu éviter de me commettre en rien, et a cru devoir ménager les intérêts de Saint-Sulpice qui lui sont chers '. C'est une grâce dont je ne puis assez vous remercier, et que je souhaiterais bien être en état de pouvoir dignement reconnaître. Plût à Dieu que cette lettre, que je remets avec les papiers que vous désirez entre les mains de votre ami qui m'a apporté la vôtre, vous pût faire connaître tous les sentiments de mon coeur ! vous verriez combien sincèrement il est à vous.

Si les nouvelles de la parfaite santé dont Dieu vous fait jouir au milieu des fatigues de votre visite et des travaux de votre diocèse me donnent bien de la joie, celles que vous avez apprises dans le voyage que vous avez fait à Bruxelles m'ont extrêmement affligé; car je comprends combien on en doit craindre les suites, et combien, si Dieu n'y met la main, elles seront funestes à l'Eglise2. J'en ai déjà su tout le détail, et peut-être trouverai-je occasion de m'en servir utilement 3. Je ne doute pas que vous n'ayez extrêmement à souffrir; mais il faut espérer que celui pour lequel vous travaillez, vous donnera abondamment ce qui vous sera nécessaire pour l'accomplissement de tous ses adorables desseins. Je joindrai volontiers mes prières à celles que vous souhaitez qu'on fasse à Lorete, et dont il ne tiendra pas à M. Bourbon que vous ressentiez les effets. Soyez bien persuadé, je vous supplie, de l'attachement sincère et du profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

L. TRONSON.

[4 novembre 1699] TEXTE 33

633. Au DUC DE CHEVREUSE

[vers le 4 novembre 1699].

Il y a quatre mois que je n'ai eu aucun loisir d'étudier; mais je suis bien aise de me passer d'étude, et de ne tenir à rien, dès que la Providence me secoue. Peut-être que, cet hiver, je pourrai me remettre dans mon cabinet'; et alors je n'y entrerai que pour y demeurer un pied en l'air, prêt à en sortir au moindre signal. Il faut faire jeûner l'esprit comme le corps. Je n'ai aucune envie ni d'écrire, ni de parler, ni de faire parler de moi, ni de raisonner, ni de persuader personne. Je vis au jour la journée, assez sèchement et avec diverses sujétions extérieures qui m'importunent, mais je m'amuse dès que je le puis et que j'ai besoin de me délasser'. Ceux qui font des almanachs' sur moi, et qui me craignent, sont de grandes dupes. Dieu les bénisse! Je suis si loin d'eux, qu'il faudrait que je fusse fou pour vouloir m'incommoder en les incommodant. Je leur dirais volontiers comme Abraham à Lot : Toute la terre est devant nous. Si vous allez à l'orient, je m'en irai à l'occident'.

Heureux qui est véritablement délivré! Il n'y a que le Fils de Dieu qui délivre: mais il ne délivre qu'en rompant tout lien: et comment les rompt-il? C'est par ce glaive qui sépare l'époux et l'épouse, le père et le fils, le frère et la soeurs. Alors le monde n'est plus rien; mais tandis qu'il est encore quelque chose, la liberté n'est qu'en parole, et on est pris comme un oiseau qu'un filet tient par le pied. Il paraît libre, le fil ne se voit point; il s'envole, mais il ne peut voler au-delà de la longueur de son filet, et il est captif. Vous entendez la parabole'. Ce que je vous souhaite est meilleur que tout ce que vous pourriez craindre de perdre. Soyez fidèle dans ce que vous connaissez, pour mériter de connaître encore davantage. Défiez-vous de votreesprit, qui vous a souvent trompé'. Le mien m'a tant trompé, que je ne dois plus compter sur lui. Soyez simple, et ferme dans votre simplicité. La figure du monde passe': nous passerons avec elle, si nous nous rendons semblables à sa vanité; mais la vérité de Dieu demeure éternellement9, et nous serons permanents comme elle, si elle seule nous occupe.

Encore une fois, défiez-vous des savants et des grands raisonneurs. Ils seront toujours un piège pour vous, et vous feront plus de mal que vous ne sauriez leur faire de bien '°. Ils languissent autour des questions, et ne parviennent jamais à la science de la vérité. Leur curiosité est une avarice spirituelle qui est insatiable ". Ils sont comme les conquérants qui ravagent le monde sans le posséder. Salomon parle avec une profonde expérience de la vanité de leurs recherches '2.

Quand on étudie, il ne faut étudier que par un vrai besoin de providence, et le faire comme on va au marché, pour la provision nécessaire de chaque jour' . Alors même, il faut étudier en esprit d'oraison. Dieu est tout ensemble la vérité et l'amour. On ne connaît bien la vérité qu'autant qu'on l'aime. Quand on l'aime, on la connaît bien. N'aimer point l'amour, ce n'est pas le connaître. Qui aime beaucoup, et demeure humble et petit dans son ignorance, est le bien-aimé de la vérité: il sait ce que les savants ignorent, et qu'ils ne veulent pas même savoir. Je vous souhaite cette science, réservée aux simples et aux petits, pendant qu'elle est cachée aux sages et aux prudents".

34 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 novembre 1699

634. A H. G. DE PRECIPIANO

[11 novembre 1699].

Monseigneur,

J'apprends avec joie qu'une affaire pour la cure de Braine le Comte qui n'a déjà fait que trop de bruit', est entre les mains de votre official2, pour être jugée par une troisième sentence'. La première a été donnée ici. La seconde à Gand a été conforme à la nôtre. Il ne reste plus que celle de votre tribunal pour confirmer notre jugement, et pour rendre la paix à cette petite ville de Braine. Le Pape a uni la cure de ce lieu à la maison de l'Oratoire de saint Philippes de Nery. Le décret d'union porte que la communauté de l'oratoire fera faire les fonctions pastorales par un ou par plusieurs de ses prêtres, comme elle le jugera à propos, ce qui marque évidemment que le titre du pastorat est attaché à tout le corps en commun, et non à aucun particulier qui puisse se dire titulaire fixe et irrévocable du bénéfice. Suivant cette règle du décret d'union, feu M. l'Arch. de Cambray avait donné au Père Renon tiré de l'Oratoire de Berulle, et incorporé à celle de saint Philippes', des pouvoirs limités, pour faire les fonctions pastorales à Braine. Mais la dernière qu'il lui donna était jusques à une révocation faite par lui-même. La conduite du Père Renon a été si irrégulière, et si factieuse, que j'ai été contraint, Monseigneur, de révoquer moi-même tous ses pouvoirs, après avoir tâché en vain de le ramener à son devoir par la douceur. Il a méprisé cette révocation signifiée.I1 a continué contre sa conscience, et au grand scandale de tous les gens de bien de prêcher sans mission. Il a fait des mariages, il a donné des absolutions, sans se mettre en peine de la nullité manifeste de tout ce qu'il faisait. Il a flatté les peuples pour les attacher à son parti, et pour les soulever contre l'autorité épiscopale. Il a eu recours à la cour de Mons pour se faire maintenir dans la possession quoiqu'il n'eût aucun titre même coloré'. Ainsi il a continué les fonctions les plus spirituelles, sans aucune mission de l'Eglise, puisque des pouvoirs donnés avec la clause qu'ils pourront être révoqués, ne sont plus des pouvoirs, dès que la révocation est faite. Ainsi il a prêché, confessé, marié, etc. sans autre mission que celle du juge laïque de Mons. Il n'a point eu d'horreur de tromper les peuples par tant de sacrements nuls, et par une usurpation si scandaleuse du ministère. Pour fortifier son parti il a tâché de faire entendre que je voulais ôter la cure de Braine à l'oratoire de saint Philippes et la donner aux pères de l'oratoire de Berulle qui sont à Mons. Mais en vérité, Monseigneur, ce prétexte n'a rien de solide. Il est vrai que dans la division où était l'oratoire de Braine par la conduite du Père Renon, et dans le défaut de sujets de la communauté capables du gouvernement, je priai les pères de l'oratoire de Mons de nous prêter pour Braine le Père Grawez, comme feu mon prédécesseur avait autrefois pris le père Renon de la maison de Douay, pour le faire passer dans celle de Braine. Mais je n'ai songé à me servir du père Grawez à Braine, que par une espèce d'emprunt, et pour un besoin passager. Du reste je ne puis ni ne veux altérer en rien le décret du Saint Siège qui a uni la cure à l'oratoire de saint Philippes et non à celle de Berulle. Je le déclare donc, Monseigneur, mon intention n'est point de frustrer de son droit l'oratoire de S. Philippes, ni de le transférer à un autre corps,

18 novembre 1699 TEXTE 35

auquel il ne peut appartenir. Quand même je serais assez injuste pour le vouloir, je ne le pourrais pas, et l'autorité du S. Siège dans le décret d'union rendrait mon entreprise impossible. Il n'y a donc rien à craindre de ce côté-là, et c'est un artifice du père Renon que de donner un tel ombrage, pour se procurer quelque protection dans une usurpation si odieuse. Le père Grawez est maintenant nécessaire à Braine pour achever de soutenir une affaire qu'il a commencée, et qui est sur ses fins6. Mais quand le dernier jugement sera donné, Monseigneur, dans votre tribunal, s'il fallait pour la paix et pour rassurer les esprits alarmés, faire voir qu'on n'a aucune intention d'introduire l'oratoire de Berulle à Braine, je prendrais tous les partis convenables, pour ne laisser aucun ombrage à cet égard-là. J'espère, Monseigneur, que vous aurez la bonté pour moi de recommander fortement à M. votre official l'exactitude et la diligence dans cette affaire. C'est l'intérêt de tout l'épiscopat, et autant le vôtre que le mien. A quoi serions-nous exposés tous les jours, si ceux qui n'ont de nous que de simples commissions passagères ou pouvoirs révocables ad nutum, s'érigeaient en titulaires fixes et indépendants, malgré nos révocations expresses? que serait-ce, s'ils s'ingéraient d'administrer les sacrements, sans se mettre en peine de leur nullité, et en soulevant les peuples contre l'autorité des supérieurs ecclésiastiques? enfin que serait-ce, si les juges laïques pouvaient donner la mission spirituelle pour le régime des âmes à un simple desserviteur révoqué, sous ce prétexte qu'il a eu des pouvoirs? Vous comprendrez, Monseigneur, mieux que je ne saurais l'expliquer, combien il importe qu'une affaire qui dure depuis si longtemps finisse au plus tôt. Il s'agit de finir une horrible profanation des sacrements, la nullité des mariages et des confessions, la révolte d'un prêtre, l'usurpation du ministère, le soulèvement d'une cabale et le scandale de tout le pays. Je sais ce qu'on peut espérer de votre zèle, de votre prudence, de votre fermeté pour les règles. Oserai-je dire que j'attends aussi quelque chose de votre bonté pour moi, et de l'honneur de votre amitié que vous m'avez promise si obligeamment'. Deux mots que vous voudrez bien dire à M. votre official l'animeront pour rendre une justice prompte à la bonne cause. Je serai toute ma vie avec respect et vénération, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray, 11 novembre.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

634 A. CHARLES-MAURICE LE TELLIER A FÉNELON

A Versailles, ce 18 novembre 1699.

Je viens de faire imprimer un recueil qui regarde autant votre archevêché que le mien'. Vous en trouverez dans ce paquet quelques exemplaires, que vous serez peut-être bien aise de faire conserver dans vos archives et dans celles de votre chapitre. Je suis d'ailleurs obligé à vous faire connaître que j'ai satisfait à la clause apposée dans la bulle et dans le décret d'union de l'abbaye de Saint-Thierry à mon archevêché, en renonçant comme je l'ai fait, et mon chapitre après moi, à tous droits de juridiction métropolitaine sur

36 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 novembre [1699]

votre église et sur celles de Tournay, d'Arras, de Saint-Omer et d'Ypres'. J'ai cru que cette voie vous serait plus agréable que celle d'une signification, que j'aurais pu vous faire de l'accomplissement de cette clause; c'est pour cela que je l'ai choisie'. Elle me fournit une occasion favorable de vous assurer que je suis toujours très véritablement, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

L'AR. DUC DE REIMS.

635. A CHARLES-MAURICE LE TELLIER

A Cambray, 20 novembre [1699].

Monseigneur,

Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, avec les exemplaires de votre nouvel imprimé. L'exactitude ne saurait être plus grande qu'elle l'est dans ce recueil de pièces. Je vous dois et je vous fais avec plaisir un remerciement sur la manière dont il vous a plu de m'en faire part. C'est avec une parfaite sincérité que je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur'.

635 A. X *** A FÉNELON

[20 novembre 1699].

Monseigneur,

Je donne avis à Votre Grandeur en présence et pour l'amour de Dieu que l'on commence à connaître et à dire en public que votre soumission au bref du Pape n'est pas sincère, intime, délibérée et de la cime de votre âme. On pousse encore la chose plus loin et on prétend que votre soumission apparente est une suite nécessaire de vos principes ou pour mieux dire un acte de la partie inférieure qui est d'un trouble entièrement aveugle et involontaire'. Je vous donne cet avis, Monseigneur, afin que vous preniez toutes vos mesures pour détromper le public éclairé et prévenir les plaintes juridiques que l'on pourrait faire contre ces déguisements'. Je ne fais pas connaître quel je suis par cette lettre, Dieu seul sait qui en est l'auteur, il ne s'agit pas de disputer ni d'écrire en public, le secret doit ensevelir ces soupçons. Une lettre au Pape suffira de sa part pour décharger sa conscience. Si Votre Grandeur veut prévenir Sa Sainteté en lui donnant non pas des paroles humbles, mais des sentiments de douleur et de repentir sur le vrai sens que vous avez eu en composant votre livre, et un aveu que vous avez cru l'erreur et que vous avez erré', celui qui vous écrit la présente gardera le silence', convaincu que la voix du public lui apprendra bientôt ce trait de force et d'humilité chrétienne. Si l'on voulait éclater et desservir Votre Grandeur, on ne prendrait pas ces précautions. Je prie Dieu qu'elles soient efficaces et que votre charité reçoive ce

30 novembre 1699 TEXTE 37

qu'on lui écrit dans un esprit de paix et de charité. Si Votre Grandeur prend cette voie, on vous promet d'ensevelir le tout dans un secret impénétrable, on n'a point même voulu tirer copie de cette lettre'. In charitate Christi. Amen.

Ce 20 novembre.

636. Au DUC DE BEAUVILLIER'

30 novembre 1699.

Puisque vous voulez, mon bon Duc, que je vous dise mes pensées sur les affaires de la religion, il faudrait que vous eussiez la bonté de m'apprendre, si vous le pouvez, la véritable situation de ceux qui ont l'autorité. Comment le Roi est-il sur le Jansénisme? Le craint-il encore? ou bien croit-il que c'est un fantôme, dont on l'a amusé autrefois? Se défie-t-il de Mrs de Reims et de Meaux? Sa défiance va-t-elle jusqu'à M. de Paris? Sait-il que Rome est encore plus que sa cour pleine de gens dans les premières places qui remuent tout en faveur de ce parti? D'un autre côté, Mad. de M[aintenon] est-elle alarmée par M. de Chartres? ou bien est-elle rassurée par M. de Paris? Comment a-t-elle pu laisser nommer M. de Reims pour présider à l'assemblée'? M. de Chartres lui-même comment pense-t-il là-dessus? On dit qu'il est intimement uni avec le P. de Valois. Ne lui ouvre-t-on' point les yeux sur le péril? Comment est-il avec M. de Paris? Ne le joue-t-on point? Ne le paie-t-on point de vaines apparences? Il faudrait que je sache toutes ces choses pour pouvoir vous parler juste. Car il faut proportionner les démarches qu'on doit faire aux ressources qu'on a. Si on était bien assuré du Roi et de Mad. de M., on pourrait agir plus hardiment et avec plus de vigueur contre le mal. Mais dans le doute je ne sais que dire. Peut-être ne savez-vous pas ce que je vous demande, et qu'on prend soin de vous le cacher. Mais je vois d'ailleurs que vous avez entretenu le Roi sur le Jansénisme, et qu'il vous a écouté favorablement. D'ailleurs vous pouvez savoir par le P. de Valois ce que font, et ce qu'espèrent auprès du Roi et auprès de Mad. de M., le P. de la Ch[aise] et M. de Chartres. Si je savais ces choses, je serais au fait et à portée de vous dire mon sentiment que vous me demandez. Sans cela je n'y puis être, et je courrais risque de vous donner de fausses vues. Ce n'est point par curiosité que je demande à être instruit.

Si M. de Chartres et le P. de la Ch. étaient bien assurés du Roi et de Mad. de M., une chose très pressée à faire, serait que Mad. de M. parlât fortement au Card. de Janson avant son départ pour Rome°, déclarant que le Roi est alarmé sur le Jansénisme, et qu'il souhaite avec ardeur non seulement l'exclusion absolue de tout sujet favorable à ce parti, mais encore l'élection d'un Pape solidement instruit et zélé pour l'abattre. En cas que les cardinaux fussent déjà partis, je voudrais que le Roi écrivît en termes pressants là dessus au Card. de Janson et à son Ambassadeur. Il faudrait en même temps faire avertir M. le Card. de Bouillon d'y veiller de son côté'. On ne doit point se fier au Card. d'Estrées, et le Père Verjus' sera sa dupe. Son inclination ancienne est pour le parti, et il le favorisera pour plaire à M. de Paris, qui a tout l'éclat de la faveur, à moins qu'il ne sache bien certainement que Mad.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

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de M. lui en saurait mauvais gré. En cette matière on ne craint point le Roi. C'est Mad. de M. avec qui on croit qu'il faut compter, et qu'on craint.

Il serait capital aussi que le Roi parlât au Nonce' avant qu'il parte pour le conclave. Car cet homme tout pétri de politique profane s'en ira plein du grand crédit de M" de Reims, de Paris et de Meaux qui l'ont flatté et obsédé. Il communiquera aux autres cette haute opinion de la faveur du parti; et il n'en faut pas davantage à Rome pour faire réussir une intrigue.

Je voudrais même qu'on marquât en détail les cardinaux qu'on veut exclure, et ceux qu'on voudrait élire, l'un au défaut de l'autre, chacun en leur rang de mérite. Si le P. Gabrieli, Général des Feuillants, est nommé cardinal, comme on l'assure', on peut compter que c'est un bon théologien, très pieux, et très zélé contre le jansénisme. Il est trop jeune pour être Pape, et il ne peut être sur les rangs. Mais il faudrait que M. le Card. de Janson eût ordre de se joindre à lui. Il faudrait aussi prendre des liaisons avec le Card. Negroni 9 et avec le Card. Panphile 1°, qui sont antijansénistes. M. le Card. de Janson paraît depuis quinze ans grand ami des Jésuites. Mais autrefois il était dévoué au parti qu'on craint.

Pour l'assemblée du Clergé, je suis persuadé, comme l'homme qui vous a parlé, qu'on espère d'y pouvoir remuer les questions de la Grâce contre les Jésuites". On vient de publier un gros ouvrage sur la Congrégation de Auxiluis '2, pour prouver que les dominicains y furent victorieux, et que les jésuites y furent condamnés par une bulle toute dressée, qui est encore en suspens, et que le Pape peut maintenant rendre publique' 3. D'un autre côté M. de Meaux écrit sur cette matière. Je sais qu'il y a six ou sept ans qu'il a ce dessein bien avant dans la tête. Apparemment il prendra quelque prétexte comme celui de réfuter le Père Simon, ou le Card. Sfondrate '4. Mais il est certain qu'il écrit, et qu'il le fait non seulement de concert avec M" de Reims et de Paris, mais encore avec les Card. Casanata, Noris, Cantelmi '5, Ferrari etc. Si on peut engager quelque querelle dans le temps de l'assemblée, on tâchera de la faire parler, et même de la faire écrire au Pape, s'il y en a alors un, dont on puisse espérer quelque faveur pour le parti. L'affaire des Bénédictins sur l'édition de saint Augustin pourrait faire entrer en matière' 6. Mais quoi qu'il en soit, on donnera une scène, à moins qu'on ne sente que le Roi est ferme, et on ne le croira ferme qu'autant qu'on sera assuré que Mad. de M. le sera elle-même contre la Cabale.

Pour bien entendre leurs projets, il faut se représenter que les Jansénistes ayant reconnu le faible par où on les avait pris autrefois, ont changé leurs batteries. Ils se disent tous simples Thomistes par le conseil du Card. Casanata, et ont composé un langage captieux pour paraître se borner au Thomisme, dont ils se moquent dans le fond. Ils ont eu l'art de gagner les dominicains, qui étaient autrefois contre eux, et je vois que ces Pères pour se ménager une protection, se sont tout dévoués au parti, quoique leurs opinions fussent autrefois essentiellement contraires ''. Par là les Jansénistes se mettent à l'abri d'une ancienne école fort autorisée dans l'Eglise, et s'unissent à un ordre qui est fort puissant à Rome. Le Père Massoulier à Rome et le Père Alexandre à Paris sont plus ardents pour la Cabale, que ceux même qui en sont les chefs ".

Pendant que les Jansénistes ont l'adresse d'accoutumer le monde à les croire Thomistes, quoiqu'ils ne le soient pas, ils ont un autre artifice qui est d'affaiblir chaque jour les Jésuites par de nouvelles attaques tantôt sur leur

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morale corrompue tantôt sur leurs idolâtries de la Chine etc. Pour ce dernier article ils ont fait un ouvrage, qu'ils ont eu le crédit de faire adopter par les dominicains". Tout l'ordre est dévoué à la Cabale.

Un troisième artifice, c'est que nos Evêques' parlent hautement contre le livre de Jansénius, et contre les cinq propositions. Mais il n'est pas éton-

nant qu'ils fassent si bon marché de Jansénius, eux qui sont engagés d'honneur par leur signature du formulaire à le condamner. Par cette condamnation spécieuse, ils espèrent éblouir le Roi et le public pour être plus en état d'être crus sur les matières de la Grâce. Ainsi selon toutes les apparences vous verrez M. de Meaux ne parler dans son livre que du pur Thomisme contre les Molinistes. Il se bornera à dire que le dogme de la Grâce efficace par elle-même est celui de saint Augustin et de toute l'Eglise. En même temps il condamnera Jansénius et les cinq propositions. Mais veut-on le démasquer? Il n'y a qu'à voir avec qui il est lié, et quel est son but. Il est intimement lié avec M. de Reims qui a donné par une lettre imprimée dans son diocèse les plus grands éloges aux docteurs de Louvain". Or il est constant que ces docteurs ne sont point Thomistes, qu'ils croient le livre de Jansénius très pur, et qu'ils n'ont recours qu'à des équivoques pour paraître condamner les cinq propositions, en les soutenant. M. de Meaux est encore lié avec les Bénédictins" qui sont Jansénistes 24 et non pas Thomistes. D'ailleurs que prétendra M. de Meaux? Etablir comme un dogme de foi la Grâce efficace par elle-même, et faire les Jésuites hérétiques. Voilà le but auquel on veut parvenir par des voies détournées. Cependant il n'y a presque que les Jésuites et leurs amis qui s'opposent au Jansénisme triomphant partout. Abattre et noircir les Jésuites dans cette conjoncture, c'est ôter au Jansénisme le seul embarras qui lui reste, et renverser la dernière barrière, par laquelle il est arrêté. Quand les Jésuites seront abattus et déshonorés, qui est-ce qui osera résister à Mrs de Reims, de Paris, de Meaux etc. en France? Qui est-ce qui résistera à Rome aux Cardinaux Casanata", Noris etc.? Les Dominicains qui resteront seuls alors en droit de réclamer, sont déjà servilement attachés au parti. On les traitera de mauvais Philosophes Péripatéticiens. On leur passera quelques termes équivoques, pour sauver un peu les apparences. Le fond qui régnera partout sera le prétendu Augustinianisme. Alors le monde sera apprivoisé à cette doctrine, et la Cour même aura vu que les seuls gens qui la combattaient seront écrasés. Alors on lèvera le masque".

Le parti cherche une occasion (et c'est à quoi on ne saurait jamais prendre trop garde) où il puisse convaincre le Roi que le Jansénisme n'est qu'un fantôme, et que les Jésuites sont calomniateurs, pélagiens et idolâtres. Dans cette vue on les accuse à Rome d'idolâtrie", espérant que le Roi ne voudrait plus les écouter, si cette accusation les accablait. D'un autre côté on veut faire condamner de pélagianisme le livre du Card. Sfondrate, dont ils sont défenseurs". En même temps on les traite de calomniateurs à l'égard des Bénédictins". On compte que le champ de bataille demeurerait tout entier au parti Janséniste, si les Jésuites demeuraient flétris. Après leur défaite le Roi aurait honte de se confesser encore à un Jésuite. Il n'écouterait plus que son Archevêque, et les gens qu'il introduirait. Tout serait fini à la cour, et par conséquent dans toute l'Eglise de France. Car on est très persuadé que si la Cour était favorable au parti, tous les évêques applaudiraient à M" de

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Reims, de Paris et de Meaux. Ainsi la Cour entraînerait toute la France, et la France ferait la loi à Rome même, qui est si timide et si politique.

On compte que s'il arrive une affaire où il faille une décision qui puisse convaincre le Roi de l'iniquité des Jésuites et de l'innocence du parti, le Roi ne pourra résister aux autorités qui le presseront. D'un côté les trois prélats que je viens de nommer sont les maîtres absolus de la faculté de Théologie de Paris". D'un autre côté M. de Reims aidé de M. de Paris fera signer aux évêques en foule dans une assemblée tout ce qu'il voudra". Enfin on espère que si le Pape est favorable au parti", les cardinaux Casanata, Noris etc. lui feront dire ce qu'il faudra pour décréditer33 les Jésuites et pour justifier le parti. On n'a qu'à voir tout ce que le Pape a écrit en faveur des Lovanistes au préjudice des bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII". Que pourra dire M. de Chartres, et que feront les Jésuites, s'ils ont à la fois contre eux les principaux archevêques de France suivis de toute la foule des évêques et des docteurs, et si le Pape écrit au Roi du style dont il a écrit à M. l'archevêque de Malines en faveur des Jansénistes? Alors les Jésuites seront abandonnés comme des brouillons, et M. de Chartres sera méprisé comme un séminariste ignorant et indiscret". Voilà l'occasion qu'on cherche, et à laquelle on se prépare. Pour éviter un coup si dangereux, il faudrait faire trois choses; 1° éviter autant qu'on le pourra les questions, dans un temps où elles courent risque d'être traitées avec tant de désavantage. 2° songer sans relâche à avoir un Pape éclairé, ferme et zélé contre l'erreur. 3° prévenir fortement le Roi, afin qu'il borne l'assemblée au don gratuit, après lequel immédiatement elle se séparera". Cette assemblée ne regarde par son institution que les subventions et les comptes. Le Roi ne lui fera aucun tort en la bornant à sa vraie fonction. Elle n'a aucune procuration pour agir au delà de cette borne. Pourvu que le Roi soit ferme, l'assemblée sera très courte, et n'entreprendra rien". Mais si le Roi se rend facile pour laisser agir l'assemblée sous de beaux prétextes, comme il l'a été pour le choix du chef, tout est en péril.

Il faut compter que toute l'autorité extérieure sera pour le Jansénisme, tant que MrS de Reims, de Paris et de Meaux joindront à leurs places l'apparence de la faveur. Or cette autorité extérieure de l'Eglise est un argument contre lequel le Roi ne pourra pas longtemps se défendre. Il ne peut faire aucune discussion de doctrine. Cette autorité extérieure le décidera inévitablement un peu plus tôt, ou un peu plus tard. Ces trois prélats soutenus de la foule des évêques et des docteurs , et peut-être de quelque acte de Rome l'entraîneront. Ce mal n'a point de remède, à moins que M. de Chartres ne pût se mettre à la tête d'un certain nombre d'évêques, qui partageassent l'autorité. Mais où sont-ils? On dit qu'ils se cachent déjà, et se contentent de renoncer à l'assemblée". D'ailleurs quel chef auront-ils? M. de Chartres est-il propre à relever et à rallier les gens abattus? Il faudrait que le Roi et Mad. de M. se déclarassent hautement pour lui. Il aurait encore assez de peine à se soutenir.

Le Roi qui ne peut regarder en matière de doctrine qu'il n'entend pas, que l'autorité extérieure, s'est fait à lui-même un joug qu'il subira, si on n'y prend garde. Il met dans les places d'autorité tous les prélats les plus partiaux. Ces prélats se servant de l'autorité qu'il leur a donnée, entraîneront la faculté, et l'assemblée du Clergé; après quoi le Roi dira pour s'excuser, qu'il ne peut résister à son Archevêque, à l'assemblée du Clergé, et à la Sorbonne. Ainsi on lui laisse former de ses propres mains les pièges, où il va tomber inévitablement.

Voici une petite histoire, qui servira à entendre de quoi il s'agit. Il y a quelques jours que je raisonnais avec un Rigoriste, homme de bien et de bonne foi, qui est très ardent contre les Jésuites, mais qui est très modéré sur la doctrine de la Grâce". Il m'avoua que son parti excédait d'une manière terrible, et qu'il avait souvent disputé là dessus avec ses principaux amis de Louvain. Il convint même qu'ils soutenaient encore tout le fond des cinq propositions, et qu'ils ne les condamnaient que par des équivoques semblables à celles dont ils accusent les Jésuites. Sur ces aveux si sincères et si importants je lui demandai qu'est-ce qui les rendait si fiers et si entreprenants. Il me répondit. C'est qu'ils sont appuyés à Rome par tous les cardinaux qui ont seuls de la science, et qui pensent précisément comme eux. D'ailleurs ils comptent sur les prélats de France, dont les chefs sont leurs protecteurs. Ce discours très naturel qui vient d'un homme parfaitement instruit, montre les forces du parti, et ce qu'il prépare. On ne saurait trop prendre de mesures du côté du Roi pour les prévenir. Mais il faut craindre d'irriter Mad. de M. et de la jeter entièrement dans le parti, si on attaque M. de Paris son allié sans agir de concert avec elle. Pour éviter cet inconvénient je voudrais qu'on fit faire par M. de Chartres les mêmes pas vers elle, que le P. de la Ch. fera vers le Roi, et que vous ne rompissiez point les glaces, mais que vous appuyassiez fortement tout ce qui serait capital, laissant tout le reste qui ne ferait que fatiguer, et montrer trop de prévention. On peut remuer M. de Chartres par M. Tronson, par Mrs de Précelles et Boucher" et par le P. de Valois. L'un peut lui dire une chose et l'autre une autre. Il faudrait savoir s'il n'a à Paris ou à Chartres aucune liaison d'ami suspect. Je crains fort M. de Blois'', car quelque mine qu'il fasse au P. de Valois, je sais à fond qu'il est très opposé aux Jésuites, très uni à M. Boileau, et fort dans le goût de M. et de Mad. de la Reynie qui ne respirent que pour le parti janséniste". Voilà l'état où j'ai vu les choses. Je ne sais pas si elles sont changées.

Il faudrait prendre garde aussi à M' Brisacier et Tiberge. Ils ont été nourris dans une grande aversion du Jansénisme. Mais depuis quelques années ils se sont déclarés contre les Jésuites avec une grande chaleur pour leurs missions d'Orient, et ils ont pris des liaisons avec tous leurs ennemis". Ils peuvent retenir M. de Chartres. Ce prélat a à Chartres M. Le Merre44 ami de M. Boileau, que je craindrais beaucoup. Mais il a pour grand vicaire M. Mareschaux45 docteur bien intentionné, qui n'a pu s'empêcher de m'écrire que la doctrine de mes défenses contre M. de Meaux était la bonne.

Pour M. l'évêque de Toul", il a le coeur très bon. Mais il est capable de grande souplesse pour se ménager des appuis à la Cour. D'un côté il ménage les Jésuites et montre au P. de Valois un grand zèle et une pleine confiance. De l'autre je sais par lui-même ses vrais sentiments. Ils sont très confus; car il ne sait rien nettement. Mais il est très attaché aux dogmes les plus durs du parti sur les actions qui sont toutes ou péchés ou vertus surnaturelles, et il se confie entièrement à certains docteurs entêtés des opinions nouvelles. M. l'Ab. de Chanterac, et même M. l'Abbé de Langeron l'ont entendu parler, et savent ce qu'il pense.

Pour M. Guinot il a très bien répondu, et il n'a rien à craindre en demeurant ferme et tranquille sur ses réponses. Mais que veut dire M. de Paris?

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30 novembre 1699 TEXTE 43

Croit-il sérieusement que M. Guinot" soit Janséniste, et que ce domestique lui puisse fournir quelque prise sur vous? Tout cela est absurde. Je craindrais

bien plus qu'il ne voulût le faire Moliniste outré et Quiétiste. Pour Moliniste

outré, M. Guinot en se déclarant ferait évanouir la calomnie. Pour Quiétiste, il ne peut passer pour tel ni par ses sentiments ni par ses liaisons. Pour ses

sentiments, il n'a qu'à les bien expliquer si on les lui demande, et qu'à protes-

ter de sa soumission au S. Siège sur mon livre etc. Pour ses liaisons, il n'en a aucune suspecte en retranchant la mienne. Il est vrai qu'il m'a connu et que

je l'ai mis chez vous. Mais je l'y ai mis sans le connaître, et sur le témoignage des docteurs de M. l'abbé de Louvois". Depuis ce temps-là il m'a vu médiocrement, et ne s'est mêlé de rien. On ne peut l'entamer par aucun côté. Si par malheur on vous l'ôtait (chose qui n'est pas même à imaginer), Dieu vous en donnerait quelque autre. Des pierres mêmes il forme des enfants d'Abraham. Ne craignez rien que d'être homme de peu de foi.

Je voudrais que le P. de la Ch. avertît le Roi et que M. de Chartres avertît Mad. de M. sur l'ouvrage que M. de M[eaux] prépare touchant les questions de la Grâce". On pourrait faire remarquer sa démangeaison d'écrire et de décider de tout. Il ne peut durer dans sa peau, et se renfermer dans les besoins de son diocèse, qui est devenu sa moindre affaire.

Je crois qu'il est très important qu'en tout ceci mon nom ne soit jamais nommé ni à Mad. de M. ni même à M. de Chartres ni par le P. de Valois, ni par M. Tronson etc. Il ne faut point qu'on puisse croire qu'on veut aller sur le jansénisme pour me rendre nécessaire à M. de Chartres. Ce soupçon gâterait tout, et en effet il ne faut point avoir cette vue. Je" suis ici en paix et à portée, s'il plaît à Dieu, d'y faire du bien. Je n'y ai de peine que de la part de mes suffragants; si on avait réglé ce qui regarde notre Officialité à l'égard de M. l'évêque de S. Orner'', et si je pouvais avoir un bon séminaire, je me trouverais trop heureux. Je suis fâché, mon bon Duc, de ne vous voir point, vous, la bonne duchesse, et quelques autres amis en très petit nombre. Pour tout le reste je suis ravi d'être bien loin, j'en chante le cantique de délivrance, et rien ne me coûterait tant que de m'en rapprocher.

J'aime toujours M. le d. de Bourg. nonobstant ses défauts les plus choquants". Je vous conjure de ne vous relâcher jamais dans votre amitié pour lui". Que ce soit une amitié crucifiante et de pure foi. C'est à vous à l'enfanter avec douleur jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en lui". Supportez-le sans le flatter. Avertissez-le sans le fatiguer, et bornez-vous aux occasions, et aux ouvertures de providence, auxquelles il faut être fidèle. Dites-lui les vérités qu'on voudra que vous lui disiez. Mais dites-les lui courtement, doucement, avec respect et avec tendresse". C'est une providence que son coeur ne se tourne point vers ceux qui auraient tâché d'y trouver de quoi vous perdre". Qu'il ne vous échappe pas au nom de Dieu. S'il faisait quelque grande faute, qu'il sente d'abord en vous un coeur ouvert, comme un port dans le naufrage.

Je n'écris à Paris que par des voies très sûres, et à très peu de personnes. Pour mieux dire, je n'écris qu'à vous, mon bon Duc, à la petite D. " et au P. Ab. ", tout au plus de loin à loin au duc de Charost. Presque personne ne m'écrit. La petite D. et le petit Ab. ne m'écrivent point par la poste. Le Duc de Charost l'a fait de Beaurepaire deux fois", sur des matières qui ne demandent point un grand secret. Je crois qu'il serait à propos que vous lussiez à

M. Tronson les principaux articles de cette lettre, et que vous parlassiez au P. de Valois dans cet esprit sans lui lire ceci.

Je prie Dieu qu'il vous donne sa sagesse et sa force. Esto vir fortis, et proeliare bella Domini60. Je vous dirai encore ces paroles de l'Ecriture. Quis es tu ut timeas ab homine mortali'? Dieu sera avec vous, si vous êtes toujours avec lui.

Cambray 30 novembre 1699.

637. AU MÊME

30 novembre 1699 (?) [2e lettre].

Je voudrais qu'on évitât soigneusement divers écueils, en réprimant la cabale des Jansénistes.

1° Il ne faut les attaquer jamais dans des choses légères ou obscures. Ce qui a le plus prévenu beaucoup d'honnêtes gens en leur faveur, c'est qu'on a cru qu'on attaquait un vain fantôme, qu'on soupçonnait témérairement des personnes les plus innocentes, et qu'on voulait trouver en eux des erreurs que personne n'avait jamais ouïes'. Ce serait fortifier ce préjugé, que d'entamer l'affaire par quelque endroit douteux ou peu important.

2° Il faut les attaquer, ou, pour mieux dire, les réprimer avec modération dans les choses mêmes où ils sont évidemment répréhensibles. Une conduite ardente, ou dure et rigoureuse, même pour la vérité, est un préjugé qui déshonore la meilleure cause. Par exemple, ce qu'on a fait contre madame la comtesse de Gramont ne me paraît pas assez mesuré. Dire qu'on a Port-Royal en abomination, c'est dire trop, ce me semble'. Il n'y avait qu'à avertir madame la comtesse de Gramont qu'elle n'allât plus à Port-Royal, maison suspecte, et laisser savoir au public qu'on lui avait fait cette défense. Ce n'était pas elle qu'il fallait humilier; elle a obligation à ce monastère; elle n'y croit rien voir que d'édifiant3; elle a devant les yeux l'exemple de Racine', qui y allait très souvent, qui le disait tout haut chez madame de M[aintenon]s, et qu'on n'en a jamais repris: mais la sévérité du Roi devait tomber sur M. l'archevêque de Paris, qui l'a sollicité, il n'y a que deux ans environ, de laisser à cette maison la liberté de rétablir son noviciat'.

3° Je me garderais bien de presser M. l'archevêque de Paris de s'expliquer contre le jansénisme. Il a l'esprit court et confus. Nulle opinion précise n'est arrêtée dans son esprit. Son coeur est faible et mou'. Si on le presse, on lui fera dire, en l'intimidant, tout ce qu'on voudra contre l'erreur; mais on n'en sera pas plus avancé. Au contraire, la faiblesse se tournera en justification. Alors son autorité croîtra, on ne se défiera plus de lui, et il se trouvera à portée de faire plus de mal que jamais. Alors, si on veut parler contre lui, personne ne sera écouté; car on ne manquera pas de dire que ce sont de vieilles calomnies dont il s'est justifié. On doit se souvenir que, dans la même ordonnance', il a soufflé le froid et le chaud. Il dit blanc pour les uns, et noir pour les autres, n'entendant pas plus le noir que le blanc. Il est inutile de chercher les opinions d'un homme qui n'en a point, et qui n'en peut former aucune de précise.

44 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [décembre 1699]

Je ne dois pas omettre une chose importante: c'est que les Jansénistes, pour mieux persuader que le jansénisme n'est qu'un fantôme, ne cessent de se confondre avec les Thomistes. Ils se moquent de ceux dont ils prennent le manteau pour se couvrir; et ces gens, si implacables contre les équivoques, en font continuellement pour tromper l'Eglise, et pour condamner en apparence des propositions qu'ils soutiennent en effet'. Ils en viennent, sur la grâce suffisante qui ne suffit pas, sur la possibilité des commandements de Dieu, à des subtilités et à des tours de passe-passe, que nul casuiste ne tolérerait. Ils se disent tous Thomistes depuis quelque temps, et les Thomistes font bien pis que de les avouer, car ils deviennent tous Jansénistes '°. J'en ai fait des expériences très remarquables ". Rien n'est si capital que de leur ôter le manteau de la doctrine des Thomistes. Il ne faut point attaquer le thomisme, comme le père Daniel l'a fait: c'est réunir deux grands corps; c'est fortifier le jansénisme; c'est autoriser le prétexte dont ils se couvrent; c'est user ses forces mal à propos contre une doctrine saine et autorisée; c'est faire croire au monde que le jansénisme n'est attaqué que comme le thomisme, par les Molinistes, qui sont tyranniques sur leurs opinions, qu'on soupçonne de demi-pélagianisme. Il faut donc toujours mettre à part le thomisme, le reconnaître hors de toute atteinte, et se borner à bien prouver les différences essentielles qui rendent le jansénisme pernicieux, quoique le thomisme soit pur: autrement on prend le change 32.

Il y a, en ce pays, toutes les semaines quelque nouvel imprimé pour le jansénisme ". Il serait fort à souhaiter que ceux d'entre les Jésuites qui sont les plus fermes théologiens, M. Tronson, M. de Précelles, et les autres bien intentionnés, vissent tous ces écrits. Il a paru ces jours derniers un recueil où il paraît beaucoup de lettres de Rome sur les affaires de Louvain'''. La hardiesse croît tous les jours.

Il serait à souhaiter qu'on les laissât se battre de plus en plus, selon leur zèle imprudent et âcre, et qu'on prît des mesures bien secrètes pour les réprimer efficacement. Je crains qu'on ne fasse tout le contraire, qu'on n'éclate contre eux par saillies, qu'on ne les empêche de se découvrir, et qu'après certains coups de sévérité sans mesure et sans suite, on ne leur laisse trop prendre racine. Si peu qu'on les laisse dans leur naturel, on verra bientôt réaliser aux yeux de tout le monde ce qu'ils appellent un fantôme "; mais il faudrait les laisser enferrer, et ne se commettre en rien.

638. AU MÊME

[décembre 1699?]

Il y a dans les imprimés que les Jansénistes ' répandent, beaucoup d'endroits importants à faire remarquer. Je suppose qu'il y a à Paris des gens zélés et instruits, qui les lisent et qui les examinent de près. Il me serait facile de les envoyer tous. Mais il est aussi facile de les avoir à Paris par d'autres voies que par la mienne, et je crois qu'il vaut mieux que je ne me mêle de rien. Mais il est capital qu'on lise avec grande attention tous ces écrits. En voici un exemple. Il y a dans la grande Histoire de auxdits' un titre en ces termes : Laudatur Meldensis, etc. Il loue M. de Meaux d'avoir dit que la grâce

[décembre 1699?] TEXTE 45

par sa nature porte nécessairement son effet, que c'est celle des Protestants,

et qu'ils n'ont eu de tort qu'en soutenant qu'elle ôtait la liberté. On trouvera sans cesse dans ces écrits des choses qui marquent une cabale qui conspire

à établir la même doctrine. On peut encore voir que le défenseur des Bénédic-

tins qui parle au nom de l'ordre' suppose qu'un homme de sa congrégation a fait l'Apologie des Provinciales', et a foudroyé les Jésuites, sans qu'ils puis-

sent s'en relever. Cependant on sait que les premières Lettres Provinciales

soutiennent le jansénisme le plus dangereux. Ces bons pères qui se déclarent défenseurs d'un livre si mauvais, et si rigoureusement condamné à Rome,

sont les bons amis de M. de Meaux. On peut voir par les triomphes de ces écrivains qu'ils profitent du silence qu'on impose à leurs parties, pour se vanter qu'ils les écrasent, et que les autres n'osent leur répondre'.

On doit aussi remarquer dans un ouvrage en deux volumes in-12, sous le titre de Recueil, etc., que les cardinaux Casanata, Daguire, Noris, etc.,

n'ont guère pris sérieusement une censure du S. Siège, puisqu'ils ont loué hautement la doctrine des livres du père Alexandre depuis leur condamnation à Rome'.

Je sais que M. de Paris a dit au curé de Versailles qu'il faisait ses efforts pour me faire rappeler à la cour, et qu'il y aurait réussi sans Télémaque qui

a irrité Mad. de M[aintenon] et qui l'a obligée à rendre le Roi ferme pour

la négative'. Vous voyez que ce discours, qui vient de vanterie sur sa générosité pour moi, n'a aucun rapport avec les interrogations qu'il fait à M. Gui-

not sur le jansénisme'. Il ne peut que me craindre et vouloir me tenir éloigné

pendant qu'il croit que je vous anime contre M. Boileau. Mais il voudrait rassembler les deux avantages. L'un, de faire l'homme généreux pour se justi-

fier vers le public sur mon affaire, et me rendre odieux en se justifiant; l'autre, d'être généreux à bon marché, et de ne rien oublier pour me tenir en disgrâce.

Pour toutes les choses contenues dans cette grande lettre', vous n'avez point, mon bon Duc, d'autre usage à en faire que de la montrer à M. Tronson

et au P. de Valois, afin qu'ils en puissent dire à M. de Chartres ce qu'ils croi-

ront utile. Ce qui est certain, c'est que M. de Chartres est un vrai homme à se laisser amuser par le parti, jusqu'à ce qu'ils l'auront mis hors de portée

de leur résister. Ils le tiennent par Mad. de M. qui ne veut pas pour son hon-

neur que le triumvirat " qu'elle a protégé contre moi, se rompe et s'entredéchire. D'ailleurs je m'imagine qu'il y a quelque ami secret qui lui brouille la

tête, et qui défait ce que ses autres amis font contre le jansénisme ". On ne

saurait trop éviter de montrer ni moi ni mon ombre dans toutes ces affaires. Pour les médailles frappées en Hollande contre moi pour Jansénius'', montrez-les à M. Tronson, et il les montrera à M. de Chartres, s'il le juge

à propos' . Il est assez sage, et connaît le prélat. Si on trouvait moyen de

déterminer le Roi et Mad. de M. pour donner bien à propos des marques de leur opposition au parti, cela arrêterait Rome et le public. Si on voyait ensuite

l'assemblée du clergé arrêtée sur tout ce qui n'est pas le don gratuit et les comptes '4, le parti serait rabaissé. Sinon ils abattront les Jésuites, et puis rien ne pourra leur résister. D[ieu] sur tout. Je suis affligé de l'état de votre santé, et du voyage qu'elle vous fera peut-être faire à Bourbon.

46 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 décembre 1699

AU DUC DE CHEVREUSE

30 décembre 1699.

Je suis sensiblement touché, mon bon cher [duc], de votre grande lettre, qui m'a été rendue un mois après sa date, parce que de M... est revenu plus tard qu'il ne pensait. Je vois bien plus ce que Dieu fait pour vous, que ce que vous faites pour lui. Votre coeur veut en général tenir à lui seul; mais la pratique n'est pas tout à fait conforme en vous à la spéculation et au goût Souffrez que je vous représente que vous suivez, sans l'apercevoir, très souvent votre pente naturelle pour le raisonnement et pour la curiosité. C'est une habitude de toute la vie, qui agit insensiblement et sans réflexion, presque à tout moment. Votre état2 augmente encore cette tentation subtile : la multitude des affaires vous entraîne toujours avec rapidité. J'ai souvent remarqué que vous êtes toujours pressé de passer d'une occupation à une autre, et que cependant chacune en particulier vous mène trop loin. C'est que vous suivez trop votre esprit d'anatomie' et d'exactitude en chaque chose. Vous n'êtes point lent, mais vous êtes long4. Vous employez beaucoup de temps à chaque chose, non par la lenteur de vos opérations (car au contraire elles sont précipitées), mais par la multitude excessive de choses que vous y faites entrer. Vous voulez dire sur chaque chose tout ce qui y a quelque rapport. Voilà ce qui rend chaque occupation trop longue, et qui vous contraint de passer sans cesse à la hâte, et même avec retardement, d'une affaire à une autre. Si vous coupiez court, chaque affaire serait placée au large, et trouverait sans peine son rang, sans être reculée; mais il faut, pour couper court, s'étudier à retrancher tout ce qui n'est pas essentiel, et éviter une exactitude éblouissante qui nuit au nécessaire par le superflu.

Pour être sobre en paroles, il faut l'être en pensées. Il ne faut point suivre son empressement naturel pour vouloir persuader autrui. Vous n'irez à la source du mal, qu'en faisant taire souvent votre esprit par le silence intérieur. Ce silence d'oraison simple calmerait ce raisonnement si actif. Bientôt l'Esprit de Dieu vous viderait de vos spéculations et de vos arrangements'. Vous verriez dans l'occasion chaque affaire d'une vue nette et simple; vous parleriez comme vous auriez pensé; vous diriez en deux mots ce que vous auriez à dire, sans prendre tant de mesures pour persuader. Vous seriez moins chargé, moins agité, moins dissipé, plus libre, plus commode, plus régulier sans chercher à l'être, plus décidé pour vous et pour le prochain. D'ailleurs, ce silence, qui rendrait la manière d'expédier les occupations extérieures plus courte, vous accoutumerait à faire les affaires mêmes en esprit d'oraison. Tout vous serait facilité: sans cela, vous serez de plus en plus pressé, fatigué, épuisé; et les affaires qui surmontent l'âme dans ses besoins intérieurs, surmonteront aussi la santé du corps.

Au nom de Dieu, coupez court en tout depuis le matin jusqu'au soir. Mais faites-le avec vous-même comme avec les autres. Faites-vous taire intérieurement ; remettez-vous en vraie et fréquente oraison, mais sans effort, plutôt par laisser tomber toute pensée, que par combattre' celles qui viennent et par chercher celles qui ne viennent pas. Ce calme et ce loisir feront toutes vos affaires, que le travail forcé et l'entraînement ne font jamais bien.

30 décembre 1699 TEXTE 47

Ecoutez un peu moins vos pensées, pour vous mettre en état d'écouter Dieu plus souvent.

J'ose vous promettre, mon bon cher [duc], que, si vous êtes fidèle là-dessus à la lumière intérieure dans chaque occasion, vous serez bientôt soulagé pour tous vos devoirs, plus propre à contenter le prochain, et en même temps beaucoup plus dans la voie de votre vocation. Ce n'est pas le tout que d'aimer les bons livres, il faut être un bon livre vivant. Il faut que votre intérieur soit la réalité de ce que les livres enseignent. Les saints ont eu plus d'embarras et de croix que vous : c'est au milieu de tous ces embarras qu'ils ont conservé et augmenté leur paix, leur simplicité, leur vie de pure foi et d'oraison presque continuelle. N'ayez point, je vous en conjure, de scrupule déplacé. Craignez votre propre esprit qui altère votre voie; mais ne craignez point votre voie qui est simple et droite par elle-même. Je crois sans peine que la multitude des affaires vous dessèche et vous dissipe. Le vrai remède à ce mal est d'accourcir' chaque affaire, et de ne vous laisser point entraîner par un détail d'occupations où votre esprit agit trop selon sa pente d'exactitude, parce qu'insensiblement, faute de nourriture, votre grâce pour l'intérieur pourrait tarir: Renovamini spiritu mentis vestrae. Faites comme les gens sages qui aperçoivent que leur dépense va trop loin; ils retranchent courageusement sur tous les articles de peur de se ruiner. Réservez-vous des temps de nourriture intérieure qui soient des sources de grâces pour les autres temps, et dans les temps mêmes d'affaires extérieures, agissez en paix avec cet esprit de brièveté qui vous fera mourir à vous-même. De plus, il faudrait, mon bon [duc], nourrir l'esprit de simplicité qui vous fait encore aimer et goûter les bons livres. Il faudrait donc en lire, à moins que l'oraison ne prît la place: et même vous pourriez sans peine accorder ces deux choses; car vous commenceriez la lecture toutes les fois que vous ne seriez point attiré à l'oraison; et vous feriez céder la lecture à l'oraison, toutes les fois que l'oraison vous donnerait quelque attrait pour elle. Enfin il faudrait un peu d'entretien avec quelqu'un qui eût un vrai fonds de grâce pour l'intérieur. Il ne serait pas nécessaire que ce fût une personne consommée, ni qui eût une supériorité de conduite sur vous. Il suffirait de vous entretenir dans la dernière simplicité avec quelque personne bien éloignée de tout raisonnement et de toute curiosité. Vous lui ouvririez votre coeur pour vous exercer à la simplicité, et pour vous élargir'. Cette personne vous consolerait, vous nourrirait, vous développerait à vos propres yeux, et vous dirait vos vérités. Par de tels entretiens, on devient moins haut, moins sec, moins rétréci, plus maniable dans la main de Dieu, plus accoutumé à être repris. Une vérité qu'on nous dit nous fait plus de peine que cent que nous nous dirions à nous-mêmes. On est moins humilié du fond des vérités, que flatté de savoir se les dire. Ce qui vient d'autrui blesse toujours un peu, et porte un coup de mort. J'avoue qu'il faut bien prendre garde au choix de la personne avec qui on aura cette communication. La plupart vous gêneraient, vous dessécheraient, et boucheraient votre coeur à la véritable grâce de votre état. Je prie Notre Seigneur qu'il vous éclaire là-dessus. Défiez-vous de votre ancienne prévention en faveur des gens qui sont raisonneurs et rigides '°. C'est, ce me semble, sans passion que je vous parle ainsi. Je vis bien avec eux, et eux bien avec moi en ce pays : mais le vrai intérieur est bien loin de là.

639.

48 CORR1 ,,pO\i)\\(1 DE FÉNELON

8 janvier [1700]

9 janvier 1700 TEXTE 49

Pardonnez-moi, mon bon [duc], tout ce que je viens de vous dire. Si vous ne le trouvez pas bon, j'aurais tort de l'avoir dit : mais je ne saurais croire qu'après m'avoir écrit avec tant d'ouverture de coeur, vous n'approuvassiez pas mon zèle sans mesure. Quand même je me tromperais, mon indiscrétion, en vous mortifiant, vous ferait du bien, pourvu que vous la reçussiez avec petitesse. Mille respects du fond de mon coeur à madame la [duchesse]. Jamais, mon bon et cher [duc], je ne fus à vous, etc.

640. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 8 janvier [1700].

Plura alia gravissima, que hyperbolicum aliquid sonare videntur, hic mihi attexenda forent, que Dominatio vestra illustrissima ex domino Abbate de Chanterac intelliget4. Nunc mihi superest, quam maxime anhelare jussiones vestras, et ex intimo cordis protestari, nihil in hac vita jucundius, nihil gratius mihi accidere posse, quam frequentes nuntios audire de vestra amplissima Dominatione, quam in studio et observantia mea perpetuo primam habeo, omnesque res, si que ad me delatœ erunt, quas pertinere intelligam ad dignitatem, atque amplitudinem vestrœ spectatissimae persone, omni mea cura, diligentia, opera, studio denique omni meo, ita complectar, ut vos ex ipsis operibus meis evidenter comprobetis, quod eternum maneo Dominationis vestrœ illustrissime et reverendissimœ5

Roma2 9 januarii 1700 Servus verus,

Je ne saurais, Monsieur, être plus sensible que je le suis aux marques de l'honneur de votre amitié'. Je l'ai désirée dès le premier jour de mon voyage de Maubeuge', et tout ce que vous avez fait pour me prévenir si obligeamment a redoublé mon inclination. Jugez par là, Monsieur, des sentiments avec lesquels je reçois tout ce qu'il me semble voir de cordial dans votre lettre. Pour moi, je compte sur un véritable engagement, et je serai toute ma vie avec le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur. JOANNES MARIA CARD. GABRIELLIUS.

640 bis. LE MÊME A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

[9 janvier 1700].

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

Souffrez, Monsieur, que j'ajoute ici un très humble et très sincère compliment pour Madame de Bernières. Dès que la belle saison reviendra, je prendrai le chemin d'Emeries3 et de Maubeuge.

640 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[9 janvier 1700].

Illustrissime et reverendissime Domine,

Lœtitia longe majori efferri soleo de amicorum consolationibus, quam de meis honoribus; in his enim partem habet etiam fortuna, in illis duntaxat affectus'. Quidquid enim exultationis in hac mea ad cardinalatum promotione (que prœter omnem meam expectationem et desiderium, ac prorsus ex inopinato contigit)2 expertus sum, id ex hoc uno potissimum capite profluxit, nempe ex certa prœvisione lœtitiœ, quam exinde perceptura erat Dominatio vestra illustrissima, cujus totus ego ex asse sum. Hœc namque est jugis consolatio mea (Deus scit, quod non mentior3) intentis mentis meae oculis assidue admirari, et mecum animo indesinenter revolvere praeclarissimas vestri heroici pectoris dotes, eximiam religionem ac pietatem extremis probationibus tentatam et ubique summis prœconiis celebratam, pastoralem vigilantiam apostolicis temporibus dignam, omnigenam doctrinam ac eruditionem locupletissime comprobatam, invictum animi robur, ac ut verbo rem absolvam, virtutum universarum complexionem omni invidia majorem.

Illustrissime Domine,

Geminis litteris Dominatio tua illustrissima, vergente ad finem anno proxime superiori, me honorare dignata est, altera die 25 novembris conscripta, altera vero die 4 decembris '. Ex acceptissima prima tua epistola incredibilem hausi voluptatem de optimis nuntiis jam aliunde publica fama mihi notis, domini mei Sebastiani, cujus eximiorum meritorum memoria meo e pectore non prius elabetur quam hec anima: eadem quippe mihi erit et vivendi, et de eo assidue cogitandi ac loquendi meta. Non parum quoque delectamenti mihi conciliavit illa prœlibatœ tuœ prime epistolœ particula de libro F. D. Julii nuper istis in regionibus edito2, cujus si unicum exemplar absque gravi tuo incommodo obtinere possem, id mihi pergratissimum foret.

Alterius tuœ epistolœ argumentum potius consolatorium quam gratulatorium esse debebat3. Sperabam namque, me exacto generalatus munere, in solitudine, quam maxime amabam, liberum ab omni cura deinceps mihi et Deo vacaturum, cum ex improviso nihil mihi tale cogitanti affertur nuntius de mea in amplissimum cardinalium collegium cooptatione. Dum enim consistorium die 14 novembris habebatur, et cardinalium creatio peragebatur, ego omnium harum rerum penitus inscius, disputationi thesium de theologia polemica in collegio Urbano de Propaganda Fide, pro meo munere actu presidebam. Vix adduci potui, ut quinto hac de re misso nuntio fidem prœstarem, adeo alienus ab hoc negotio degebam. Elegeram siquidem, ut cum meo s[ancto] P[atre] Bernardo loquar, abjectus esse in domo Dei mei', et in convivio ejus recumbere in novissimo loco; sed placuit dicere ei qui me invitavit : Amice, ascende superius5. Timeo tamen, ne forte contingat, sero miserabilem illam emittere vocem : A facie irae et indignationis tuœ elevans allisisti me'. Verum, ut plures amici mihi ex eodem sancto abbate repo-

50 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

11 janvier 1700 TEXTE 51

11 janvier 1700

suerunt : Digitus Dei fuit iste suscitans de pulvere egenum, et de stercore erigens pauperem, ut sedeat cum principibus'. Ceterum candide pro more meo sensum hunc meum aperire debeo. Pro certo habeat Dominatio tua, quod D. Julius non in aliud (prœter Deum) refundere potest sue exaltationis causam, quam in commodatam a se advocationem domino Sebastiano. Scio quod loquor. Non possum plura fidere charte. Hoc unum scias, et obstupescas. A tribus mensibus D. Basilius [Innocentius XII] quibusdam aperte et rotundis verbis declaravit, se velle facere monachum [cardinalem] D. Sebastianum [arch. Cameracensem] S; sed hœc publica declaratio forte negotii exitum interturbavit. Jam noverit Dominatio tua, quomodo, die 22 novembris, qua in ecclesia (nempe in illa ubi altero anno pro die festo sancti Bernardi scena illa adornata ex suggestu fuit), qua in functione, quibus presentibus delatum fuerit Morimundum9 istud nuntium de mea promotione, cui post decem dies supervenit promotio domini cardinalis Radolovik, archiepiscopi Theatini Dominus Erasmus [abbas Bossuet], ut mihi certa et fideli relatione constat, ante suum ab Urbe discessum, palam jactitavit, se tot ac tanta maledicta contra Julium [cardinal. Gabriellium] D. Basilio [Innocentio XII] evomuisse, ut illius res omnino desperatœ et deploratœ essent ". Sed alia Dei, alia malignantium consilia sunt. Hœc omnia penitus secreta serves, et tantummodo credas illa domino meo Sebastiano [arch. Cameracensi], cujus unius gratiam pluris facio, quam omnium hominum totius mundi. Proinde te recipio in vadem conservationis gratiœ ejusdem mei domini, cujus jussa, queso, mihi impetres; et interim me tuis precibus apud Deum commendo, Dominationis vestrœ illustrissimœ addictissimus.

Votre réponse', mon bon Archevêque, m'a fait un plaisir que je ne puis vous exprimer. Elle m'a découvert à mes propres yeux, elle a porté la lumière dans les endroits que la nature ne voulait point voir. Il me paraît clairement que tout ce que vous me dites est vrai. Il me semble même que depuis que vous me l'avez dit par votre lettre, la même chose m'est presque continuellement redite au dedans. Je suis averti, et chaque avertissement tout prompt et léger qu'il est, porte sa conviction avec soi'. Pour l'exécution, ce n'est pas la même chose. Il y a quelque changement en moi, mais très petit. Je cesse souvent d'écouter ces avertissements intérieurs dont l'impression s'efface dans le moment qu'on y est sourd, et je demeure enveloppé dans la foule de paroles et d'actions ou circonstances superflues. Cependant il me semble que j'ai bon courage, et votre lettre est pour mon coeur une loi inviolable dont il est bien résolu de ne se départir jamais.

Vous ne me marquez point, bon Archevêque, le temps que je dois donner ordinairement à l'oraison par jour. Ce n'est pas pour m'y attacher scrupu leusement que je le demande, je vois bien que cette attache serait opposée à la voie', mais c'est pour prendre ce temps quand des occupations très nécessaires ou le mouvement de la grâce même ne l'empêchera pas.

Ce que vous me dites de la lecture posée et en esprit d'oraison convient tout à fait [à] mon état. Mais vous ne me marquez point les livres que vous me conseillez, et je serais bien aise en tout cela d'obéir plutôt que d'agir de moi-même quand je ne sens point d'attrait particulier pour une certaine lecture. Car dans le défaut d'attrait marqué la curiosité qui m'est si naturelle peut être la cause de mon choix.

Vous ne me répondez point non plus sur le temps de mes confessions et communions. Ordinairement je désire fort de communier deux ou même quelquefois trois fois par semaine et je le fais communément deux fois. Pour les confessions je me sens de l'éloignement de les faire fréquemment. Souvent au bout d'un mois, j'ai envie de différer. Cela va quelquefois jusqu'à deux avant que j'en sente le désir. Quelquefois, mais plus rarement, j'ai impatience de me confesser plus tôt. Je me sens comme surchargé jusqu'à ce que je l'ai fait, quoique je n'aie alors rien à dire de différent de l'ordinaire.

Mais, mon cher Archevêque, ce que vous me proposez d'excellent et dont le choix est bien difficile, c'est le commerce d'une personne avec qui l'on s'ouvre pleinement et sans réserve en toute simplicité. Je n'en vois qu'une qui ait pour cela tout ce qu'il faut, c'est-à-dire qui soit dans la voie, qui ait de la grâce, que je puisse voir assez souvent sans qu'on le remarque ou s'en étonne, qui soit franche et simple. C'est la Bon[ne] Pet[ite] Duch[esseP. Mais je vois en elle bien des choses que je n'approuve pas et quoiqu'elles ne soient point essentielles, je ne pourrais lui parler franchement sans les lui dire. Apparemment cela ne lui conviendrait pas. Ces choses sont un peu trop de liberté en beaucoup de choses où une personne aussi avancée n'en devrait pas prendre. Cependant je n'en juge pas, et je n'aurai nulle peine à lier avec elle ce commerce de simplicité si vous le voulez. Je ne vois nulle autre personne qui me convienne pour cela, comme je viens de le dire. Car je doute que Marv.5 y fût propre, ni même peut-être le B[on] D[uc] 6 que je ne vois pas même assez de suite pour ce commerce, et je n'en sais' nul autre. Mandez-moi donc votre avis sur cet article, ou plutôt votre volonté que je veux suivre en tout. Voilà, mon très cher Archevêque, ce que j'avais bien envie de répondre à votre dernière lettre. Vous pouvez juger si vous aviez raison de douter que votre franchise et votre ouverture me fît plaisir. Je sais que Dieu me parle par vous. Je sens que ce qu'il vous fait dire porte sa grâce avec soi. Je me sens ouvert et petit avec joie sous votre main, quoique nature en ait d'abord un peu de tristesse et de serrement', mais passager et sans suite. Je me sens enfin une liaison intime du coeur avec vous qui me porte et m'unit à Dieu. Je vous mande tout de suite et sans réflexion ce qui me vient dans le temps que j'écris, et je ne le relis point. Adieu, mon très bon, aimons-nous. Demeurez unis en notre Dieu sans entre-deux et pour toujours.

Rome, 9 januarii 1700.

J. M. CARDINALIS GABRIELLIUS.

640 B. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

A Paris le 11e janvier 1700.

52 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 janvier 1700

Cum mirificam Eminentiae vestrœ erga me humanitatem jamdudum perspectam habuerim, minime vereor, ne in scribendis quœ Cameracensem archiepiscopum spectant ipsi molestus sim. Hac igitur fretus ad rem aggrediendam propero.

Innumeri scatent in hisce regni finibus mercatores, qui, ut rem faciant, quoscumque pessimœ note libros ex Hollandia in Franciam per Belgium subdole transvehunt. Hoc negociationis genus, quod usu pristino per bella diutina convaluit, ut animarum perniciem œgerrime tulit antistes noster. Frustra sœpe questus, quos deprehendit libros, vel impios, vel obscenos, sua manu combussit. Inter tot bibliopolas, qui aliis in civitatibus finitimis huic male arti operam navant, unus erat Cameraci tenuissimus qui hujusmodi libros Bruxellis coemptos furtive huc trajicere, ac postea aut popularibus suis venditare, aut Parisios usque a bibliopolis disseminandos transmittere consueverat. His mercimoniis per viginti circiter annos vitam toleravit. Nudiustertius, jubente per litteras Rege, togatus prœfectus ex improviso advolat. Unus ille misellus tot inter alios longe famosiores ex industria deligitur, quippe qui prœ archiepiscopi vicinitate, ad prœtexendam calumniam aptior visus est. In vincula conjicitur, interrogatur ; pauca queque extant volumina, et chartulœ capsa incluse ad Regem mittuntur. Grandis rumor longe lateque dimanat.

Jam ni fallor sagacissimus Ecclesiœ princeps me narrantem antevertit, et dolum exploratum habet. Hac omnia instigantibus archiepiscopi adversariis facta esse nemo non videt. Etenim illis persuasum est multa libri a summo Pontifice damnati exemplaria, in bibliopole taberna se deprehensuros ; et continuo tum Versaliis, tum Rome neminem dubitaturum, quin antistes Sedi apostolicœ ficte et fraudulenter obtemperans, gregi sibi credito quietisticum venenum pertinacissime propinaret.

Neque tamen, etiamsi res, ita ut sperabant, cessisset, antistes jure merito fuisset culpandus. Quid enim ab aequo alienius, quam id imputare antistiti, scilicet quod librum suum damnatum, cum sexcentis aliis impiis et obscenis, ipso aperte invito, mercator ille cum sociis innumeris, sola lucri cupidine, impune venditasset ? Verum, ita volente Deo, quœ tanto apparatu structœ erant insidiœ, ad evidentiorem innocentis purgationem verse sunt. Namque jam constat mercatorem interceptum ne quidem unum libri damnati volumen domi habuisse. Tantummodo inventa sunt in illius promptuario cum variis libellis satirici generis ex Hollandia passim affluentibus, paucissima aliquot residua exemplaria hinc inde Cameracensi et Meldensi conflictantibus Epistolarum, quas ab anno proxime elapso palam vendendas emerat. Hœc itaque scripta sic promiscue reperta, quantum innocue sint asservata, aperte demonstrant. Quod vero maxime observandum mihi videtur, ipsemet mercator, hebeti propemodum ingenio, doli expers, et omnino imparatus, et hac de re a prœfecto subtilissime interrogatus, repente declaravit antistitem ejusque familiares, ex quo damnatio libri innotuit, expressissime vetuisse, 26 janvier 1700

ne scripta etiam apologetica, nedum liber damnatus, apud eum in posterum clam venirent.

Quœ cum ita sint, eminentissime Domine, jam omnino compertum est, quo animi candore, et qua intima docilitate ingenii, antistes noster judicio apostolico per omnia constanter obsequatur. Quibus autem machinationibus adversarii inexpleto odio prœtextus aucupentur, ut bellum instaurent, hinc facile colligit etiam ipsum vulgus imperitum. Porro quœ nunc ad Eminentiam vestram scripsi, non divulganda, imo alto silentio premenda existimo, ut selectis tantum auribus, loco, et tempore, cautissime instillentur, nisi forte adversarii hœc ipsa objiciant. Neque enim in ea occasione quidquam negro animo fertur, aut emittitur ulla querimonia. Tacere autem nequeo Eminentiœ vestre,me certiorem factum fuisse, antistitis nostri adversarios nihil intentatum etiamnum relinquere, ut in curia Romana animos singulos sinistre prœoccupent. Cardinalis ipse Coloredus2 (hoc certissime exploratum habui) nunc ita jam affectus videtur, ut Cameracensem archiepiscopum in errorem vere impegisse putet, nec satis esse quod ipse errorem condemnaverit, nisi se errasse fateatur. Atqui si revera error (quod humanum est) olim subrepsisset, id palam in confesso haberi vellem. Ea enim magnanimi confessione erroris nota elueretur. Cum autem archiepiscopum, quem fere a puero familiarissime et penitus novi, nusquam errasse aut variasse mihi absolutissime constet, ipsi coram Deo gratulor, quod imperterritus, sedandœ tempestatis causa, in seipsum Spiritui sancto mentiri nolit. Quocirca piissimum cardinalem Coloredum de integerrima antistitis doctrina rectius sentire summopere vellem. Animus tamen, jam illa opinione occupa-tus, summa dexteritate, ut melius nosti, et sensim adeundus est. Quœ quidem omnia si minus cordato aut minus benefico Ecclesie principi crederentur, valde sollicitus forem. Verum ubi memini, cui, et de quo scribam, neque arcani commissi, neque epistolœ fusius scriptœ me poenitet.

Perenni cum animi cultu et affectu devotissimo subscribor.

641 A. LE CARDINAL RADOLOVIC' A FÉNELON

[26 janvier 1700].

Illustrissime ac Reverendissime Domine,

Quod collata mihi per summum Pontificem dignitas, eas a D. V. illustrissima lœtitiœ voces expresserit, quas luculentissimis ad me litteris consignatas accepi, perjucundum id mihi quidem et multo gratissimum fuit, cum intelligam non nisi ex eo quod unice me diligas, factum, ut propositum tibi jampridem tacendi studium tue de meis honoribus gratulationi posthaberes. Illud scilicet tacendi studium, quod merito appellaverim silentium triomphale; quale fuisse sanctus Ambrosius ait, quod Christus Dominus tenuit et Patris amore et nomine provocatus tantum interrupit. Ex quo facile tibi persuasum fuerit quo sim loco habiturus perspectam adeo voluntatis erga me tue

AU CARDINAL GABRIELLI

641.

[Vers le 15 janvier 1700].

Eminentissime Domine,

TEXTE 53

54 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 janvier 1700

testificationem, et quam grato animo sim daturus operam, ut amplissimis muftis tuis, et expectationi de me tuœ respondeam. Dominationis Vestrœ Illustrissimœ servus.

Romœ 26 januarii 1700.

N. CARD. RADULOVICUS.

642. AU DUC DE CHEVREUSE

27 janvier 1700

Votre lettre', mon bon Duc, m'a fait un plaisir que nul terme ne peut exprimer, et ce plaisir m'a fait voir à quel point je vous aime. Il me semble que vous entrez, du moins par conviction, précisément dans ce que Dieu demande de vous, et faute de quoi votre travail serait inutile. Comme vous y entrez, je n'ai rien à répéter du contenu de ma première lettre. Je prie Dieu que vous y entriez moins par réflexion et par raison propre, que par simplicité, petitesse, docilité, et désappropriation2 de votre lumière. Si vous y entrez, non en vous rendant ces choses propres et en les possédant, mais en vous laissant posséder tout entier par elles, vous verrez le changement qu'elles feront sur le fond de votre naturel et sur toutes les habitudes. Croyez, et vous recevrez selon la mesure de votre foi.

Pour l'oraison, je crois que vous la devez faire sur un livre, que vous laisserez à chaque moment que Dieu vous occupera seul. Pour le choix du livre, j'ai compté que vous prendriez un de ceux que vous m'avez nommés, comme étant pleins d'onction et de nourriture pour votre coeur. Parmi ceux de ce genre, prenez, sans vous gêner, ceux qui vous porteront le plus à une simple présence de Dieu', qui fasse cesser l'activité de votre esprit. Vous pouvez même prendre dans chaque livre les endroits qui seront nourrissants pour vous, et laisser librement les autres.

Pour le temps de votre oraison, je voudrais le partager, s'il se pouvait en diverses heures de la journée, une partie le matin et une autre vers le soir; le matin, on n'est levé que quand on veut bien l'être: on peut par là sauver' du temps. Le soir, on peut, sous prétexte des affaires, sauver une demi-heure dans son cabinet, donner à l'oraison ce que vous donneriez à la curiosité des sciences: ce sera un double profit pour mourir à vos goûts d'esprit, et pour vivre de Dieu. Les voyages que vous faites fréquemment sont encore très commodes; faites oraison en carrosse. Les séjours de Marli sont aussi des temps de retraite et de liberté. Je ne vous propose point une durée précise de vos oraisons, parce que je voudrais les mesurer ou sur l'attrait, ou sur le besoin. Si l'attrait vous y attache longtemps, je voudrais faire durer cette occupation autant que votre santé et vos devoirs extérieurs le pourraient permettre. Si l'attrait se fait moins sentir, mais que l'expérience vous fasse trouver que ce n'est que par une certaine persévérance dans l'oraison que vous laissez tomber' ce qui vous dissipe et que vous faites taire votre esprit ; je voudrais encore, en ce cas, donner patiemment à l'oraison le temps d'opérer chaque fois en vous ce silence profond des pensées qui vous est si nécessaire. Ainsi je ne saurais vous donner une règle fixe; mais Dieu vous la fera trouver.

27 janvier 1700 TEXTE 55

Faites là-dessus ce qu'on fait en prenant des eaux; commencez par quelque chose de médiocre, et accoutumez-vous peu à peu à augmenter la mesure. Ensuite vous me ferez savoir quelles seront là-dessus vos expériences 6.

Pour vos communions, j'approuve fort que vous les fassiez deux ou trois fois la semaine; mais je voudrais que vous suivissiez plus à cet égard la règle intérieure du besoin ou de l'attrait, que l'extérieur de certains jours. Je voudrais que vous variassiez un peu les lieux de vos communions, pour ne faire de peine à personne'; mais sans gêne politique, chose qui serait pernicieuse pour vous.

Pour vos confessions, vous avez raison de ne les faire point souvent, ni à certains jours réglés. Il suffit de les faire quand le besoin en est un peu marqué: cela n'ira point trop loin. Vous aviez un confesseur qui n'était pas gênant là-dessus : si vous avez le même, vous pouvez agir librement.

Le chapitre le plus difficile à traiter est le choix d'une personne à qui vous puissiez ouvrir votre coeur. Mar. ne vous convient pas: le bon Duc n'est pas en état de vous élargir, étant lui-même trop étroit. Je ne vois que la bonne petite D. 8; elle a ses défauts, mais vous pouvez les lui dire, sans vouloir décider. Les avis qu'on donne ne blessent d'ordinaire qu'à cause qu'on les donne comme certainement vrais. Il ne faut ni juger, ni vouloir être cru. Il faut dire ce qu'on pense, non avec autorité, et comptant qu'une personne aura tort si elle ne se laisse corriger, mais simplement pour décharger son coeur, pour n'user point d'une réserve contraire à la simplicité, pour ne manquer pas à une personne qu'on aime, mais sans préférer nos lumières aux siennes, comptant qu'on peut facilement se tromper et se scandaliser mal à propos; enfin étant aussi content de n'être pas cru, si on dit mal, que d'être cru si on dit bien. Quand on donne des avis avec ces dispositions, on les donne doucement, et on les fait aimer. S'ils sont vrais, ils entrent dans le coeur de la personne qui en a besoin, et y portent la grâce avec eux; s'ils ne sont pas vrais, on se désabuse avec plaisir soi-même, et on reconnaît qu'on avait pris, en tout ou en partie, certaines choses extérieures autrement qu'elles ne doivent être prises. La bonne... est vive, brusque et libre; mais elle est bonne, droite, simple, et ferme contre elle-même, dans l'étendue de ce qu'elle connaît. Je vois même qu'elle s'est beaucoup modérée depuis deux ans 9; elle n'est point parfaite, mais personne ne l'est. Attendez-vous que Dieu vous envoie un ange? A tout prendre, elle est, si je ne me trompe, sans comparaison, ce que vous pouvez trouver de meilleur. Elle a de la lumière; elle vous aime; vous l'aimez; vous vous connaissez; vous pouvez vous voir '°; vous lui ferez du bien, et j'espère qu'elle vous le rendra même avec usure. Ne vous rebutez point de ses défauts : les apôtres en avaient. Saint Paul ne voulait pas qu'on méprisât son extérieur, praesentia corporis infirma", quoique cet extérieur n'eût point de proportion avec la gravité de ses lettres. Il faut toujours quelque contre-poids pour rabaisser la personne, et quelque voile pour exercer la foi des spectateurs. Si la bonne... vous parle trop librement, et si ses avis ne vous conviennent pas, vous pouvez le lui dire simplement : elle s'arrêtera d'abord. Si les avis que vous lui donnerez la blessent, elle vous en avertira de même. Vous ne déciderez rien de part ni d'autre, et chacun pourra, d'un moment à l'autre, borner les ouvertures de coeur. Je me charge de régler tout entre vous deux, et de modérer tout ce qui irait trop loin. Dieu ne permettra pas que cette liaison de grâce se tourne mal, pourvu que vous y entriez avec

56 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 29 janvier 1700

un coeur petit et un esprit désapproprié. Vous verrez même que les obstacles, qui paraissent grands de loin, seront beaucoup moindres de près. Quand même vous y trouveriez quelques peines, n'en faut-il pas trouver, et peut-on être aidé à mourir sans peine et sans douleur? Je vous réponds que la bonne... fera ce que vous souhaiterez autant qu'elle le pourra, et que, pour le reste, elle s'accommodera de ce que je réglerai. Voilà mes pensées, mon bon Duc; corrigez-les si elles ne sont pas bonnes. Dieu voit mon coeur, dont la tendresse redouble pour vous. Je le prie de mettre dans le vôtre tout ce qu'il faut pour remplir ses desseins sur vous.

643. A LA COMTESSE DE MONTBERON'

4 février [1700]

qui sent jusqu'aux moindres imperfections. En vous perfectionnant avec cette simplicité humble, vous serez compatissante pour les infirmités d'autrui, et vous aurez la véritable délicatesse sans mépris ni dégoût pour les choses qui paraissent faibles, petites et grossières. O que la délicatesse dont le monde se glorifie est grossière et basse, en comparaison de celle que je vous souhaite de tout mon coeur !

A C[ambray], 4 février [1700].

644. A DOM FR. LAMY

TEXTE 57

[29 janvier 1700].

Le jour de S. Fr[ançois] de Sales est une grande fête pour moi', Madame. Je prie aujourd'hui de tout mon coeur le saint d'obtenir de Dieu pour vous l'esprit dont il a été lui-même rempli. Il ne comptait pour rien le monde. Vous verrez par ses Lettres et par sa Vie, qu'il recevait avec la même paix, et dans le même esprit d'anéantissement, les plus grands honneurs et les plus dures contradictions. Son style naïf montre une simplicité aimable, qui est au-dessus de toutes les grâces de l'esprit profane. Vous voyez un homme qui, avec une grande pénétration, et une parfaite délicatesse pour juger du fond des choses, et pour connaître le coeur humain, ne songeait qu'à parler en bon homme, pour consoler, pour soulager, pour éclairer, pour perfectionner son prochain. Personne ne connaissait mieux que lui la plus haute perfection. Mais il se rapetissait pour les petits, et ne dédaignait jamais rien. Il se faisait tout à tous, non pour plaire à tous, mais pour les gagner tous, et pour les gagner à J[ésus-]C[hrist] et non à soi. Voilà, Madame, l'esprit du saint3 que je souhaite de voir répandu en vous. Compter pour rien le monde, sans hauteur, ni dépit, c'est vivre de la foi. N'être point enivré de ce qui nous flatte, ni découragé par ce qui nous contredit, mais porter d'un esprit égal ces deux extrémités, et aller toujours devant soi avec une fidélité paisible et sans relâche, ne regardant jamais dans les divers procédés des hommes, que Dieu seul, tantôt soulageant notre faiblesse par les consolations, et tantôt nous exerçant miséricordieusement par les croix. Voilà, Madame, la véritable vie des enfants de Dieu. Vous serez heureuse si vous dites du fond du coeur avec J[ésus-]C[hrist] mais d'une parole intime et permanente: Malheur au monde à cause de ses scandales`! Ses discours et ses jugements ont encore trop de pouvoir sur vous. Il ne mérite point qu'on soit tant occupé de lui. Moins vous voudrez lui plaire, plus vous serez au-dessus de lui. Notre bon saint était autant désabusé de l'esprit que du monde. Et en effet ce qu'on appelle esprit n'est qu'une vaine délicatesse que le monde inspire. Il n'y a point d'autre vrai esprit que la simple et droite raison. La raison n'est jamais droite dans les enfants d'Adam, si Dieu ne la redresse, enS corrigeant nos jugements par les siens, et en nous donnant son esprit, pour nous enseigner toute vérité. Si vous voulez que l'esprit de Dieu vous possède, n'écoutez plus le monde, ne vous écoutez plus vous-même dans vos goûts mondains. N'ayez plus d'autre esprit que celui de l'Evangile, plus d'autre délicatesse, que celle de l'esprit de foi

Il y a un temps infini, mon Révérend Père, que je n'écris plus à personne hors de ce diocèse sans une absolue nécessité. Mais comme je crains que vous ne pensiez que j'aie cessé d'être pour vous tel que je dois être, je crois devoir interrompre mon silence, pour vous assurer que je vous honorerai et chérirai toute ma vie. Rien ne me ferait plus de plaisir que de pouvoir vous en donner des marques solides. Je crois que le silence que je garde sera de votre goût, et que vous trouverez qu'il convient à mon état. Je me borne à mes fonctions. Priez pour moi, je vous en conjure, et procurez-moi les prières des bonnes âmes auxquelles vous pouvez inspirer cette charité. Comme vous n'avez pas les mêmes raisons que moi de vous abstenir d'écrire, je ne crains pas de vous demander des nouvelles de votre santé sur lesquelles je ne modère pas autant ma curiosité, que sur beaucoup d'autres choses.

Je serai toute ma vie, mon cher Père, tout à vous avec une cordiale vénération.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

644 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

6 février 1700.

Illustrissime Domine,

Gratissimœ mihi semper accident litterœ Dominationis Vestrœ illustrissime, tametsi eas alio in argumento jucundiori et lœtiori versari mallem. Hoc unum siquidem mihi in deliciis erit, assidue prœ mentis oculis habere, suspicere, venerari ac colere dominum meum ' Sebastianum [arch. Cameracl eique in omnibus obsequi. Hujus etenim incomparabilem zelum in arcendo e sui gregis pabulo pestiferorum librorum virus, heroicam constantiam in perferendis serena fronte adversis, eludendisque mira prudentia insidiosis machinationibus, ac confundendis pertinacissimis œmulis plenis contentione et malignitate, dolosque tota die meditantibus, numquam saris demiror. Multœ porro, ut monet Sapiens2, sunt insidiœ dolosi, et bona in mala convertens insidiatur, et in electis imponit maculam. Grates modo cum patiente referendœ sunt Altissimo, qui dissipavit cogitationes malignorum, ne possint implere manus eorum, quod coeperant, et consilium pravorum dissipavit;. Hœc omnia, et que deinceps Dominatio vestra mihi significare

58 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 février 1700

dignabitur, quam sancte arcana servabo, nec nisi alicui D. Sebastiani exploratissimo ac prudentissimo amico quam cautissime aperiam, quemadmodum Neri prœstiti cum eminentissimo domino meo cardinali Radoloviko, nostro communi amico. Quid in hac curia sparserint in D. Sebastianum ejusdem adversarii, non satis mihi perspectum est, utpote qui a die meœ promotionis, 14 novembris, meo ccenobio egredi non potuerim usque ad 3 labentis mensis diem, qua purpureo galero, una cum eminentissimis meis Radoloviko et Sperello°, a summo Pontifice in consistorio secreto donatus fui, et tunc incidenter hœc pauca duntaxat verba excepi a quodam Monacho [cardinalil adverse partis, nimirum, se nolle amplius immisceri quibusdam rebus sibi a D. Erasmo [abb. Bossuet] in D. Sebastianum descriptis 5. Quœ autem Dominationi vestrœ de piissimo illo Monacho perinde ac si iste de sana D. Sebastiani mente in rebus fidei subdubitet, indicata fuere, solerter investigabo, et mea vel alterius communis amici opera, quidquid dubietatis fortasse in eo supererit, ab illius mente eliminare studebo6. Inter hœc D. Julianus ' velis remisque contendit D. Basilii [Innocentii XII] locum occupare, singulosque prehensare affectat; sed id, uti spero, ei ex sententia non succedet, nec ipse aliquot abhinc diebus commoda utitur valetudine. Vale interim, Illustrissime Domine, et plurimam meo nomine salutem dilectissimo meo D. Sebastiano impertias.

Rome, 6 februarii 1700.

Dominationi Vestrœ Illustrissime addictissimus.

J. M. CARD. GABRIELLIUS.

BARBEZIEUX A FÉNELON

A Versailles 12 février 1700.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur la mort de l'abbesse de Premy '. Le Roi trouve bon que vous assistiez ou fassiez assister votre grand vicaire à l'élection d'une nouvelle abbesse, et qu'après l'élection vous mettiez ou fassiez mettre en possession la religieuse qui aura été élue. Je leur écris en cette conformité afin qu'elles ne fassent rien que suivant les intentions de Sa Majesté'. Je suis...

645. A H. G. DE PRECIPIANO

[14 février 1700?]

Monseigneur,

Le Père Renon' m'a écrit pour se soumettre en assurant qu'il n'a aucun tort, et pour faire des conditions de paix. En même temps un homme de

TEXTE 59

Braine le Comte est venu me faire des propositions suivant le même dessein. J'ai répondu à ce député pour le faire savoir à la ville de Braine et au Père Renon que je ne pouvais entrer en aucune négociation avec eux, que j'attendais le jugement de M. votre official, et qu'ensuite j'aurais toute sorte de déférence pour vous, Monseigneur, si vous vouliez prendre la peine de finir amiablement cette affaire. Je vous supplie donc très humblement d'avoir la bonté de recommander à M. votre official de nous donner une prompte décision, à moins que le Père Renon ne donne dans les formes un désistement simple et absolu. Dès que le jugement sera prononcé, je serai ravi de suivre vos lumières pour tout ce qui pourra servir à finir le trouble. On ne peut rien ajouter au respect sincère avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray, 14 février.

646.

Monseigneur,

J'ai reçu le Père Renon avec toute la douceur qui m'a été possible. Il m'a donné un acte de désistement pur et simple qu'il doit faire autoriser par M. votre official. Il reste deux choses à faire à son égard. La première est de lever l'interdit, et même l'irrégularité occulte, s'il l'a encourue'. C'est ce que je ferai, Monseigneur, quand vous le jugerez à propos, et vous en êtes le maître absolu. Mais je croirais qu'il serait bon de régler auparavant la seconde chose qui est le lieu, où il doit demeurer. Il me paraît qu'une absence du diocèse de Cambray lui serait fort utile pour laisser oublier ce qui s'est passé. De plus nous n'avons pour le présent aucun emploi à lui donner pour sa subsistance. Ainsi il est fort à souhaiter, Monseigneur, qu'il puisse aller pour quelque temps travailler dans quelque maison où il rendra facilement des services, parce qu'il a du talent et de l'expérience. S'il obtient de votre bonté, comme il l'espère, quelque place pour travailler', je vous enverrai d'abord un écrit pour lever l'interdit, et en cas de besoin l'irrégularité, afin que vous lui accordiez cette grâce, et qu'il la doive à vous seul. Ensuite je le rappellerai dans ce diocèse et lui donnerai même de l'emploi quand il se présentera des occasions et que vous jugerez qu'il aura été assez longtemps absent. Pour les habitants de Braine, ils doivent, Monseigneur, de concert avec le Père Renon, présenter ce désistement à M. votre official Je les traiterai avec tous les ménagements possibles et ils ne doivent pas craindre que je songe à changer l'union qui a été faite de leur cure par le Pape avec l'oratoire de saint Philippes qui est entièrement séparée de celle de Berulle. Je ne désire que la paix, la règle, et l'éloignement de tout ce qui peut alarmer les esprits. En toute

18 février 1700

644 A.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

AU MÊME

[18 février 17001.

60 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

20 février [17001

22 février [1700?] TEXTE 61

occasion je tâcherai de montrer le respect et la vénération très particulière avec laquelle je suis, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray, 18 février.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

647. Au MÊME

[20 février 1700?].

Monseigneur,

Je n'ai pas cru qu'il fût à propos de mettre dans les mains du Père Renon l'écrit d'absolution pour lui que je veux faire passer dans les vôtres, sur la censure qu'il semble avoir encourue, et même sur l'irrégularité, où il peut être tombé par le moyen de la censure même. Mais je me hâte de vous l'envoyer, Monseigneur, afin que vous soyez le maître absolu d'en faire l'usage qu'il vous plaira, et que vous croirez le plus convenable. Il est certain que le public de ce diocèse, après un si long et si violent scandale, a besoin de voir cet ecclésiastique un peu humilié, et même absent, au moins pour quelque temps. Pour moi, je ne lui ai témoigné que de la douceur, et de la bonne volonté, en lui représentant devant Dieu sa faute. S'il peut être reçu dans la communauté de Montaigu ', comme il paraît le souhaiter, et l'espérer de votre protection, il n'y sera pas inutile, car il a du talent. Un intervalle d'absence fera oublier dans ce diocèse ce qui s'est passé. Il sera trop heureux, s'il travaille fidèlement sous vos ordres. Je vous répète encore, Monseigneur, que mon intention n'est pas de changer l'union de la maison de Braine, et que l'alarme qu'on avait prise là-dessus n'a aucun solide fondement'. Je suis avec un respect et une vénération très forte, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray, 20 février. FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

648. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi 22 février [1700].

Ne croyez point, s'il vous plaît, Madame, que je manque de zèle pour vous aider dans vos besoins. On ne peut être plus touché que je le suis de tout ce qui vous regarde. Je vois vos bonnes intentions, et la soif que Dieu vous donne pour toutes les vérités qui peuvent vous mettre en état de lui plaire. Si je suis réservé, ce n'est que par pure discrétion pour vous ', et comme je ne le suis que pour vous, c'est à vous à régler la manière dont il convient que je le sois. Du reste j'aimerais mieux mourir que de manquer aux besoins des âmes qui me sont confiées, et surtout de la vôtre qui m'est très chère en Notre] S[eigneur].

Votre piété est un peu trop vive et trop inquiète, Ne vous défiez point de Dieu. Pourvu que vous ne lui manquiez point, il ne vous manquera pas, et il vous donnera les secours nécessaires pour aller à lui. Ou sa providence vous procurera des conseils au dehors, ou son esprit suppléera au dedans ce qu'il vous ôtera extérieurement. Croyez en Dieu fidèle dans ses promesses, et il vous donnera selon la mesure de votre foi. Fussiez-vous abandonnée de tous les hommes dans un désert inaccessible, la manne y tomberait du ciel pour vous seule, et les eaux abondantes couleraient des rochers. Ne craignez donc que de manquer à Dieu, et encore ne faut-il pas le craindre jusqu'à se troubler. Supportez-vous vous-même, comme on supporte le prochain, sans le flatter dans ses imperfections. Laissez là toutes vos délicatesses d'esprit et de sentiments. Vous voudriez les avoir avec Dieu comme avec les hommes. Il se glisse dans ces merveilles un raffinement de goût, et un retour subtil sur soi-même. Soyez simple avec celui qui aime à se communiquer aux âmes simples. Devenez grossière, non par vraie grossièreté, mais par renoncement à toutes les délicatesses que le goût de l'esprit donne. Bienheureux les pauvres d'esprit' qui ont fait voeu de pauvreté spirituelle, et qui n'ont jamais pour l'esprit que le nécessaire dans une continuelle mendicité, et dans un abandon sans réserve à la Providence. O que je serais ravi, Madame, si je vous voyais négligée pour l'esprit, comme une personne pénitente l'est pour les parures du corps. Je ne parle point à Madame la comtesse...', mais j'en suis très édifié.

649. Au DOYEN DE CHRÉTIENTÉ DE MAUBEUGE'

A Cambray, 22 février [1700?].

J'ai appris, Monsieur, que plusieurs pasteurs de votre district se donnent une liberté mal édifiante. Ils appellent chez eux des violons pour y faire danser leurs servantes, leurs parents et quelques amis. Vous savez le péril des danses dans les villages entre personnes de différent sexe, et le zèle de tous les bons pasteurs pour retrancher cette occasion de péché. En effet, il serait à souhaiter qu'on pût épargner ce piège à la fragilité des jeunes garçons et des jeunes filles. Mais les peuples pourront-ils être dociles aux salutaires avertissements des pasteurs alarmés, tandis qu'ils verront d'autres pasteurs se moquer de toutes ces craintes, et pratiquer chez eux ce que leurs confrères condamnent? N'est-ce pas autoriser le désordre? n'est-ce pas montrer une division dans le clergé? n'est-ce pas faire un grand scandale? Pour moi, quoique je veuille toujours ménager MM. les pasteurs avec de grands égards, je ne puis m'empêcher d'être vivement affligé de cette conduite si relâchée de quelques-uns d'entre eux, supposé que le fait soit tel qu'on me l'a assuré. Mais je souhaite de tout mon coeur que l'avis qu'on m'a donné ne soit pas véritable. Les pasteurs qu'on m'a nommés sont ceux de Coursobrel, d'Estrux3, de Berelle, de Sobrème, de Requins' et de Bersilly-l'Abbaye 7. Parlez-leur, s'il vous plaît, Monsieur, de ma part, fortement et avec amitié. Montrez-leur même cette lettre. Je suis en vérité de tout mon coeur, tout à vous.

62 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 février 1700

649 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

A Versailles 27 février 1700.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 18e de ce mois. Je vous adresse la réponse que Mons. l'évêque de Saint-Omer a faite à votre mémoire. Je vous prie de me la renvoyer après que vous l'aurez lue, avec ce que vous jugerez à propos d'y répondre, pour en rendre compte au Roi '. Je suis... 3 mars [1700] TEXTE 63

peuple. C'est avec douleur, Monsieur, que je me vois réduit à faire beaucoup de peine à tant d'honnêtes gens qui souffrent effectivement quelque incommodité. Mais nous sommes dans un ministère qui nous oblige, souvent malgré nous, à contrister les gens que nous estimons, et à qui nous voudrions plaire. Qui est-ce qui maintiendra la loi si nous l'abandonnons? A la fin, on nous mènerait pied à pied, surtout dans les frontières, à un oubli entier du jeûne et de l'abstinence? Pardon, Monsieur, d'un si ennuyeux détail. Personne au monde ne peut vous honorer plus cordialement que moi, ni être avec plus de zèle que je le serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 2 mars.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

650. A MAIGNART DE BERNIÈRES

[2 mars 1700].

Monsieur,

On ne peut être plus édifié que je le suis du zèle avec lequel vous travaillez à faire observer les lois de l'Eglise pour le carême. Jugez, s'il vous plaît, par là, avec quelle joie je vais vous exposer toutes mes pensées. M. l'évêque d'Arras, et ensuite M. le grand-vicaire de Tournay ', m'ont pressé, sur de fortes raisons, de rétablir de concert avec eux cette année la loi du carême, qui commençait à s'abolir par le non-usage. Leurs raisons m'ont touché, et je m'y suis rendu. C'est sur cette vue commune, Monsieur, que j'ai pris mes résolutions particulières. Il m'a paru que la règle ne se rétablirait jamais, si on ne se hâtait de la renouveler après dix ans de dispense continuelle. La paix est confirmée depuis plus de deux ans. L'hiver est doux, la saison assez avancée, et on doit avoir plus de légumes que les autres années. La cherté diminue tous les jours. Si nous laissions encore les peuples manger des oeufs, il en arriverait une espèce de prescription contre la loi, comme il est arrivé pour le lait, pour le beurre et pour le fromage. Les raisons considérables qui vous touchent, Monsieur, sont pour toutes les autres années autant que pour celle-ci. Maubeuge ni son voisinage n'auront jamais ni plus de rivières, ni plus d'étangs poissonneux, ni plus de commerce qu'ils en ont cette année. Ainsi on ne pourrait avoir égard à ces raisons, qu'en comptant d'y avoir égard à perpétuité, et d'achever d'abolir la loi ecclésiastique. A l'égard des militaires, je crains tellement de manquer à ce qui regarde le service du Roi, que je leur ai même accordé des permissions dont on m'assure qu'ils ne se serviront guère. Je permets aux soldats et aux cavaliers, en y comprenant les sergents et les maréchaux des logis, la viande pour quatre jours de la semaine, quoique tout le monde convienne que ces gens-là ne sont point en état d'acheter de la viande. Il est vrai que je n'accorde aucune dispense aux officiers ; mais cette règle fut faite dès l'année passée, et je n'y ajoute rien celle-ci. Je l'ai faite après avoir consulté les personnes les plus expérimentées de ce pays, et de concert avec les autres évêques, qui m'ont paru vouloir tenir ferme à cet égard. Enfin, il n'y a pas d'apparence, Monsieur, que j'accorde aux officiers payés par le Roi, une dispense que je refuse aux plus pauvres d'entre le

651. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mercredi 3 mars [1700].

Si je n'ai point eu l'honneur, Madame, de vous répondre plus tôt, c'est que je n'ai pas eu un moment de libre. Je prends la liberté de vous répéter que je ne suis réservé, que par discrétion pour vous. Quoique vous n'ayez point de ménagements politiques pour votre personne, celle de [M. le comte de Montberon] et sa place en demandent '.

Vous ne vous trompez pas, Madame, en croyant qu'il ne suffit point d'avoir changé d'objet pour l'ardeur, et qu'il y a une ardeur inquiète, qu'il faut modérer, même dans le service de Dieu, et dans la correction de nos défauts. Cette vue pourra beaucoup servir à vous calmer, sans relâchement, dans votre travail. L'ardeur que vous mettez dans les meilleures choses les altère, et vous donne une agitation d'autant plus contraire à la paix de l'esprit de Dieu, que vous prenez davantage sur vous par pure bienséance, pour la renfermer avec effort toute entière au dedans. Un peu de simplicité vous ferait pratiquer la vertu plus utilement avec moins de peine.

J'approuve fort, Madame, qu'on vous fasse communier tous les quinze jours 3. Ce n'est point trop pour une personne retirée, qui tâche de se renfermer dans ses devoirs, et qui s'occupe à la lecture et à la prière. Vous avez besoin de chercher dans le sacrement de vie et d'amour, la nourriture, la consolation, et la force pour porter vos croix, et pour vaincre vos imperfections. Laissez-vous donc conduire, sans vous juger vous-même, et n'écoutez aucun scrupule pour vos communions.

A l'égard des confessions, je ne saurais vous en rien dire. Il n'y a que votre confesseur qui puisse vous parler juste là-dessus. Dieu ne permettra pas qu'il manque à votre besoin, si vous cherchez en simplicité ce que l'esprit de grâce demande de vous. Marchez avec une foi pleine et entière. Tâchez de faire ce que le confesseur vous dira. Si vous êtes gênée, faites-le-moi savoir; je vous' répondrai le mieux que je pourrai sur les doutes que vous me proposerez.

64 CORRESPONDAN(.L DL FENLLON 9 mars 1700

Je ne saurais vous dire des choses assez précises et assez proportionnées sur vos lectures, et sur votre oraison. Je ne connais pas assez votre goût, votre attrait, votre besoin. Une demie heure de conversation me mettrait au fait; après quoi je pourrais vous écrire, et même vous entendre sur un billet d'une demie page. Voyez là-dessus ce qui convient, sans vous engager à rien faire de trop par rapport aux conjonctures présentes'.

A l'égard de vos habits, il me semble que vous devez avoir égard au goût et à la pente de Monsieur [le comte de Montberon], c'est à lui à décider sur les bienséances. S'il penche à l'épargne là-dessus, vous devez retrancher, autant qu'il le croira à propos, pour payer ses dettes. S'il veut que vous souteniez un certain extérieur, faites par pure complaisance ce que vous croirez apercevoir qu'il veut, et rien au-delà par votre propre goût ou jugement. S'il ne veut rien à cet égard, et qu'il vous laisse absolument à vous-même, je crois que le parti de la médiocrité est le meilleur pour mourir à vous-même. Les extrémités sont de votre goût. Une entière magnificence peut seule contenter votre délicatesse, et votre hauteur raffinée. Une simplicité austère est un autre raffinement d'amour-propre: alors on ne renonce à la grandeur, que par une manière éclatante d'y renoncer. Le milieu est insupportable à l'orgueil. On paraît manquer de goût et se croire paré avec un extérieur bourgeois. J'ai ouï dire qu'on vous a vue autrefois vêtue comme les soeurs de communauté. C'est trop en apparence, et c'est trop peu dans le fond. Un extérieur modéré vous coûtera bien davantage au fond de votre coeur. Mais votre règle absolue est de parler à coeur ouvert à M. le [comte de Montberon], et de suivre sans hésiter ce que vous verrez qui lui plaira le plus. 15 mars [1700] TEXTE 65

653. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi 15 mars [1700].

Nous aurons, Madame, quand il vous plaira, une conversation particulière sur vos exercices de piété. Je la crois à propos, puisque vous ne voyez rien qui doive l'empêcher, et ce sera dans le lieu que vous choisirez. Je n'ai eu jusqu'ici de ménagements que pour vous, et pour votre maison. Quand on a la peste, on craint de la donner aux gens qu'on aime. Moins ils la craignent, plus on la craint pour eux. Une demie heure de conversation simple fera plus que cent lettres', et nous mettra à portée de rendre toutes les lettres utiles, en les rendant proportionnées aux vrais besoins. En attendant je me réjouis de ce que le conseil de pratiquer la médiocrité vous entre dans le coeur. Vous ne deviendrez simple que par là. Toutes les extrémités même en bien ont leur affectation raffinée. La médiocrité, qui ne se fait point remarquer, ne laisse aucun ragoût à l'amour-propre'. Il n'y a que l'amour de Dieu qui ne souffre point ces bornes étroites.

653 bis. FRANÇOIS-SÉRAPHIN DE PARIS' AU P. ***

[15 mars 1700].

Mon Révérend Père,

Malgré les nombreuses occupations que me donne tous les jours mon ministère, je ne saurais, mon bon Père, en passer un seul sans penser à vous, et soyez bien assuré que si je mets quelquefois un peu de retard dans mes réponses, c'est que je ne puis faire autrement. Vous avez reçu des nouvelles de notre bon duc, m'a-t-on dit, et j'ai entendu dire qu'il avait dessein de vous appeler près de lui incessamment. C'est une chose que j'approuve fort, non parce que je la lui ai conseillée, mais parce qu'elle deviendra utile, du moins je l'espère, à tous les deux.

Rome a parlé, mon révérend Père; c'est à moi à me soumettre et à m'humilier. Que M. de Meaux jouisse de sa victoire; il le peut 3: je ne l'en estimerai pas moins pour cela. Celui qui lit au fond des coeurs nous jugera un jour, et c'est à son tribunal que je l'attends.

Recevez mes sincères amitiés, mon bon Père, et me croyez pour la vie, votre, etc.

Si vous êtes surpris du bruit qui court de mon interdit, vous le serez peut-être davantage d'apprendre de moi-même que ce bruit n'est point faux. Je reçus le 15 d'août à midi une lettre datée du 13 qui m'était écrite de la part de Mgr l'archevêque par son secrétaire, qui me signifiait en termes fort honnêtes mon interdit, sans m'en dire la raison, m'assurant qu'il ne la savait pas. Mais un évêque de mes amis ayant appris ma disgrâce par notre R. R gardien', à qui seul j'en avais fait confidence, voulut de son propre mouvement et par un pur effet de la bonté qu'il a pour moi parler en ma faveur à mon dit seigneur l'archevêque; ce qu'il fit dès le lendemain d'une manière fort obligeante. Il n'en put rien obtenir néanmoins à mon avantage, sinon d'apprendre et de me faire savoir que le sujet de mon interdit ne regardait en rien mes moeurs ni ma conduite, mais la doctrine de Mgr de Cambray, nouvellement condamnée que je soutenais, lui dit-il, plus fortement que personne. Je me donnai l'honneur d'écrire une lettre à Mgr l'archevêque, et je me présentai quelques jours après devant sa Grandeur à l'audience publique, dans la pensée qu'il voudrait bien m'entendre comme je l'en avais supplié, sur les plaintes qu'on lui avait faites de moi, en me les expliquant plus en détail; mais il ne voulut point m'écouter et me dit seulement la même chose en ces termes : «Vous avez soutenu, me dit-il, plus fortement que personne les nouvelles doctrines; elles sont condamnées par le Saint Siège et par toute l'Eglise: je ne souffrirai point ces cabales dans mon diocèse. Je suis le maître de mes pouvoirs ; je vous les retire, et je vous remercie des services que vous avez rendus: je n'en ai pas besoin, je ne vous fais en cela aucun tort.» Et comme je lui représentai, le plus honnêtement et le plus humblement qu'il

652. Au P. ***'

A C[ambrai] ce 9 mars 1700.

In solis tu mihi turba locis'.

me fut possible, qu'il n'était que trop vrai qu'il m'allait faire un tort notable par rapport à ma réputation tant au dedans qu'au dehors de mon ordre, chacun croyant être en droit de tout penser et de tout dire d'un religieux interdit par son archevêque et par un archevêque comme lui plein de bonté et d'équité; il me répondit qu'il déclarerait à qui je voudrais, qu'il ne m'avait point interdit pour aucune plainte qui lui eût été faite contre mes moeurs ni contre ma conduite, et ensuite il ajouta: «Ne vous en prenez point au P. Jean-Chrysostome; ce n'est point lui qui m'a fait ces plaintes'. » Je répondis que je n'accusais personne et que, quand les auteurs viendraient à être connus, ce qui pouvait bien arriver, je leur pardonnais par avance de très bon coeur; et sur cela il me quitta.

Depuis ce temps-là je n'ai pu obtenir de sa Grandeur une audience particulière, quoique je l'en aie suppliée très instamment par deux lettres que je me suis donné l'honneur de lui écrire. Ainsi je n'ai point eu de lui à moi aucun éclaircissement; mais un autre évêque, qui a la même bonté pour moi que le précédent, a bien voulu parler en ma faveur à Mgr l'archevêque, et cela par plusieurs fois. Notre R.P. provincial' l'a fait aussi deux ou trois fois et assez fortement, sans rien obtenir à la vérité pour mon rétablissement ; mais cela du moins m'a servi à savoir plus précisément ce qu'on lui a dit contre moi et dont il croit avoir sujet de se plaindre. J'en ai encore appris plusieurs choses par des gens à qui les auteurs de ces plaintes en ont fait confidence. Le tout se réduit à peu près aux chefs suivants.

1° J'ai soutenu très fortement les doctrines nouvelles et condamnées du livre de M. de Cambray. 2° J'ai donné à ce prélat dans tous mes discours des éloges excessifs et au mépris des autres. 3° J'ai fait voir un attachement et un entêtement surprenant à le défendre avant et depuis la condamnation de son livre. 4° J'ai eu avec M. de Cambray un commerce de lettres. Il y en a eu nombre écrites de part et d'autre, et j'en ai reçu de fort gracieuses de ce prélat. 5° Je suis dans mon ordre un chef de parti. 6° J'ai une opposition et un entêtement ridicule contre la doctrine de saint Augustin. 7° J'ai une ambition démesurée et une avidité très grande des charges et du gouvernement.

A tout cela voici ce que j'ai répondu, tant par mes lettres que par ceux qui ont parlé pour moi: 1° que, depuis la condamnation du livre des Maximes, je n'ai pas dit un seul mot sur cette matière dans les conversations où je me suis trouvé, ni pour soutenir ni pour défendre les propositions condamnées, mais au contraire qu'on s'en devait tenir là-dessus à la décision du Saint Siège. 2° Que j'ai toujours parlé à la vérité de cet illustre prélat avec beaucoup de respect et d'estime, et qu'ayant entendu de tous côtés parler de son rare mérite et de ses grandes qualités d'esprit, d'érudition, de vertu, de piété, de bonté, de douceur, de modération, j'ai reçu avec joie ces éloges qu'on lui donnait et je les ai récités' avec plaisir, mais sans intention par là de manquer au respect dû aux autres prélats et sans les mettre jamais en compromis dans tout ce que j'ai dit, et moins Mgr de Paris que tout autre, en ayant toujours parlé, quand l'occasion s'en est présentée, très respectueusement. 3° Avant la condamnation du livre des Maximes j'ai cru qu'il était licite d'y chercher un sens orthodoxe, surtout étant d'un auteur non suspect, d'une très haute réputation en tout genre, célèbre par ses emplois et d'un très grand rang dans l'Eglise, d'en dire son sentiment en attendant avec soumission la décision de

15 mars 1700 TEXTE 67

Rome, et nous n'avions d'aucun endroit des défenses d'en parler favorablement, la dispute pouvait au moins paraître problématique, et nul n'avait pour lors aucun sujet légitime de craindre que dans la suite on lui fît un crime d'un sentiment plutôt [que] d'un autre, bien moins à ceux qui comme moi n'ont ni écrit ni dogmatisé ni prêché sur cette matière, n'en ayant jamais parlé en effet que dans quelques entretiens passagers avec très peu de personnes de ma profession, et toujours si généralement et avec tant de mesures que ceux mêmes du parti contraire, s'ils l'avaient entendu, n'en auraient point été ni scandalisés ni blessés. Et depuis la condamnation, je n'ai jamais parlé sur cet article que pour louer M. de Cambray de sa soumission parfaite et sans restriction aux décisions de l'Eglise, en témoignant qu'il serait à souhaiter que bien d'autres profitassent d'un si rare exemple 6. 4° Pour ce qui est de mon prétendu commerce de lettres avec M. de Cambray, s'il était vrai il pourrait être fort innocent et de sa part et de la mienne, et je ne m'en défendrais pas s'il m'avait fait cet honneur, mais M. de Cambray sait mieux que personne la fausseté de cet article; du moins je puis assurer qu'il ne m'a jamais écrit ni fait écrire aucunes lettres ni gracieuses ni autres, et que personne ne m'a jamais écrit ni parlé de sa part'. 5° On n'a point lieu ni même aucun prétexte vrai ou faux de me qualifier de chef de parti, car par où le serais-je? Je n'enseigne point il y a plus de vingt ans, je n'ai donné au public aucuns écrits ni pour ni contre aucune doctrine. Je ne prêche point il y a sept ou huit années', à raison d'une faiblesse de voix qui m'est survenue et qui ne me permet pas de faire de longs discours en public. Je ne fais ni n'ai fait en ma vie aucune assemblée ni au dedans ni au dehors de l'ordre ni n'ai assisté à aucune où il se soit traité des matières de doctrine telle qu'elle puisse être. Je n'en parle même ni n'en ai jamais parlé que dans des entretiens passagers et à la rencontre, où les hommes de ma profession ont, ce me semble, et ont toujours eu la liberté de s'entretenir avec des gens de lettres scolastiques' et autres, d'auteurs de livres de sentiments et de sujets convenables, disant tantôt pour et tantôt contre une opinion, selon que l'occasion s'en présente, sans que de là on puisse tirer une conséquence juste et précise du sentiment de doctrine que l'on voudrait attribuer à quelqu'un, et c'est pourquoi 6° je proteste que pour ce qui est de la doctrine de saint Augustin à laquelle on m'accuse d'être opposé, je la respecte et la révère et que mon opposition n'est qu'à l'égard de ceux qui en font un mauvais usage contre les règles de l'Eglise prescrites par ses canons et par ses décisions, comme font plusieurs hérétiques '°. 7° Pour ce qui est de l'ambition démesurée qu'on m'attribue, si elle est dans mon coeur Dieu seul en est le juge, mais ce ne sera pas par l'avidité des charges et par l'empressement d'entrer dans le gouvernement qu'on le pourrait prouver. J'aurais facilement là-dessus, et sans le mendier, le témoignage de toute la province en ma faveur. On sait assez que j'ai été toute ma vie fort éloigné de les rechercher; que si j'ai accepté le gardiennat du Marais ", tout le monde a vu et pu concevoir que c'était principalement dans le dessein de faire dans cette maison des réparations et des accommodements nécessaires, après lesquels on attendait depuis quarante ou cinquante ans tant pour le logement des religieux que pour la construction d'un choeur et d'une sacristie à quoi j'ai donné tous mes soins '2, sans me soustraire à ceux que demandait de moi l'acquit de mon ministère; ce qu'aucun supérieur avant moi n'avait voulu entreprendre: que dès aussitôt que ces ouvrages ont

20 mars [1700]

été finis je n'ai plus voulu accepter de gardiennat. Celui du premier couvent de Paris qui est Saint-Honoré me regardait comme premier définiteur et on sait bien que j'y serais actuellement supérieur si je n'y avais pas renoncé' . On sait aussi que, dans le dernier chapitre, j'ai renoncé publiquement au provincialat, nonobstant les instances et les sollicitations de tous les pères du chapitre qui me pressaient de l'accepter '4. Si l'avidité des charges et l'empressement du gouvernement s'accordent avec ce que j'ai fait pour m'en éloigner, j'en laisse juges ceux qui le savent et qui me connaissent.

Tout cela, mon Révérend Père, a été dit ou écrit à Mgr l'archevêque et avec beaucoup d'autres particularités. Par exemple la patience avec laquelle grâce à Dieu j'ai souffert mon interdit sans en murmurer, sans m'en plaindre ni au dedans ni au dehors de l'ordre, ayant même si bien pris soin de le tenir secret, qu'excepté ceux qui m'ont porté le coup aucun de ce couvent même, pendant quatre ou cinq mois, n'en a eu le moindre soupçon. La principale raison pour laquelle j'en ai usé de la sorte est le respect que j'ai pour. Mgr l'archevêque, et pour éviter qu'on ne me fît un nouveau crime à son égard des plaintes que bien des gens en auraient pu faire en prenant part à ma disgrâce, et j'ai su depuis que mes délateurs n'attendaient que cela pour prouver à Mgr l'archevêque la cabale et le parti dont ils me font chef. Mais à la fin impatients de mon silence et de ma patience, ils se sont avisés de publier sourdement mon interdit entre leurs amis et leurs confidents, mais voyant que cette voie n'était pas sûre et ne produisait pas tout l'effet qu'ils souhaitaient contre ma réputation, ils se sont avisés de le faire par des libelles diffamatoires envoyés dans plusieurs couvents de la province, et dont on nous a renvoyé avec indignation un assez bon nombre. On les a montrés à Mgr l'archevêque pour lui faire comprendre quelle a été la fin de ceux qui m'ont décrié dans son esprit '5; mais quoi qu'on lui ait pu dire, les impressions désavantageuses qu'on lui a données de moi demeurent pour constantes dans son esprit '6. J'y suis tel que l'on m'a dépeint. Dieu soit béni de tout. Sa providence l'a permis : je m'y soumets du meilleur de mon coeur et suis avec respect, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur et ami.

Ce 15e mars 1700.

E FRANÇOIS SÉRAPHIN DE PARIS cap. incl.

Je vous prie, mon Révérend Père, d'aller voir au plus tôt de ma part le gardien des pères Capucins de Maubeuge et le prédicateur de l'église des dames chanoinesses', et de leur dire que le zèle du prédicateur est allé trop loin; que je ne saurais l'excuser, nonobstant l'amitié cordiale que j'ai pour leur ordre', et la persuasion où je suis des intentions pieuses de ce bon père; qu'enfin il est juste d'apaiser M. l'intendant, qui a l'autorité du Roi, et qui est respectable en toute manière; qu'ainsi ce religieux doit s'abstenir de prêcher à Maubeuge, et doit s'en retirer. Je ne laisserai pas de lui donner partout ailleurs, dans ce diocèse, des marques d'estime, pour adoucir ce qui lui est

TEXTE 69

arrivé. S'il hésitait à suivre ce que vous lui direz de ma part, il s'attirerait des ordres fâcheux de la Cour', qui retomberaient sur le corps des Capucins. De plus, je ne pourrais m'empêcher de révoquer ses pouvoirs. Si au contraire il montre en cette occasion la douceur et l'humilité convenable à sa profession, pour réparer cet excès de zèle, il édifiera tout le monde, il apaisera M. l'intendant, peut-être qu'il l'engagera même à le laisser dans ses fonctions, et il me montrera combien il est digne enfant de saint François. Je vous prie de lui lire, et au père gardien, toute cette lettre'. Je vous prie aussi d'aller voir de ma part madame de Maubeuge6, pour la supplier de terminer doucement cette affaire, si elle le peut, et de n'être pas surprise que, par considération pour M. l'intendant, je souhaite qu'il y ait un autre prédicateur dans l'église des dames. Voilà, mon Révérend Père, tout ce que je crois que vous voudrez bien prendre la peine de faire au plus tôt. Voyez aussi, s'il vous plaît, M. l'intendant, pour travailler à bien finir, et à faire rentrer les Capucins dans ses bonnes grâces. Vous savez de quel coeur je suis tout à vous pour toujours.

655. A MAIGNART DE BERNIÈRES.

[20 mars 1700].

Je suis sincèrement affligé de la grande et inexcusable faute du prédicateur capucin. Je suppose qu'il ne l'a faite que par un excès de zèle. Mais ce zèle est très indiscret. Il est juste, Monsieur, que cette faute soit pleinement réparée à votre égard, et qu'on apprenne par cet exemple, combien l'Eglise dans tout ce diocèse respecte en vous, non seulement l'autorité du Roi, mais encore la manière dont vous l'exercez pour le bien de la religion. Dans cette vue j'ai fait écrire par le gardien des Capucins d'ici, qui est un homme fort sage, et fort connu pour tel dans son ordre, à son provincial, afin qu'il retire sans aucun retardement, de Maubeuge, ce prédicateur, et qu'il lui en substitue un autre, qui parle plus discrètement. Plus j'aime les Capucins, moins je veux qu'on puisse attribuer à l'ordre, d'approuver ou d'excuser l'indiscrétion de ce religieux particulier. J'espère même, Monsieur, que vous aurez bien la bonté d'excuser le corps, et de l'honorer de votre affection ordinaire, après qu'il vous aura fait toutes les soumissions convenables. C'est une grâce que je vous demande instamment pour ces bons religieux, dont la vertu et les travaux méritent votre protection. Je connais même assez votre bonté pour espérer que vous n'aurez dans la suite que de l'indulgence pour ce prédicateur, quand il aura reconnu sa faute et montré son regret de vous avoir déplu. J'écris à notre doyen de Maubeuge, afin qu'il avertisse de ma part ce religieux et son gardien, qu'il ne doit plus prêcher dans la chaire où il a commis sa faute, jusqu'à ce que vous trouviez, Monsieur, qu'elle soit assez réparée.

J'espère que vous aurez la bonté de défendre aux opérateurs' de scandaliser les gens de bien, et de divertir les spectateurs corrompus par des discours trop libres. Ils ne pourraient le faire sans contrevenir aux ordres que je suis sûr qu'ils ont d'abord reçus de vous. Un mot que vous aurez la bonté de leur dire les tiendra en respect. C'était ce mot que le prédicateur devait vous supplier de dire, au lieu de déclamer comme il a fait. Personne ne peut être avec

654. Au GARDIEN DES CAPUCINS DE CAMBRAI

A Cambray, 20 mars [1700]'.

20 mars [1700]

70 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 29 mars 1700

15 avril [1700] TEXTE 71

plus de zèle ni d'attachement que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 20 mars. FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

655 A.

Monsieur,

L'intention du Roi étant que la procession qui fut instituée, en 1638, par le feu Roi, le jour de l'Assomption, lorsqu'il mit le Royaume sous la protection de la sainte Vierge, se fasse dans tous les pays de sa domination avec la décence convenable, Sa Majesté m'a ordonné de vous mander qu'elle désire que vous établissiez dans votre église cathédrale et autres de votre diocèse cette procession avec toute la splendeur et solennité et suivant l'esprit de la Déclaration de 1638, dont je joins ici une copie, et que vous ne sauriez rien faire qui lui soit plus agréable que de suivre l'usage qui s'observe à Paris à cet égard.

Je suis, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.

DE BARBEZIEUX.

A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 31 mars [1700].

Vous êtes le maître absolu pour l'affaire du prédicateur capucin. Rien n'est plus édifiant que votre procédé'. On n'y voit que noblesse et bonté de coeur, avec un respect sincère pour la religion. M. le doyen de Maubeuge' dira aux pères Capucins tout ce que vous réglerez, et il leur fera entendre toutes les obligations qu'ils vous ont. Je suis avec l'attachement et le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

657. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi 15 avril [1700].

J'ai ressenti, Madame, dans la conversation d'aujourd'hui une joie que je ne puis vous exprimer, et que vous auriez peine à croire. Il me paraît que Dieu agit véritablement en vous, et qu'il veut posséder tout votre coeur.

Pour l'oraison, faites-la non seulement dans les temps réglés, mais encore au-delà, et dans les intervalles de vos occupations, autant que vous en aurez la facilité et l'attrait. Mais prenez garde à ménager vos forces de corps et d'esprit, et arrêtez-vous, dès que vous éprouverez quelque petite lassitude. Votre manière de faire oraison est très bonne. Commencez toujours par les plus solides sujets qui vous ont touchée dans vos lectures. Suivez la pente de votre coeur pour vous nourrir d'une présence amoureuse de Dieu, des personnes de la sainte Trinité, et de l'humanité de J[ésus-]C[hrist]. Attachez-vous intimement à cette adorable société. Demeurez-y avec une confiance sans bornes, et dites-leur tout ce que la simplicité de l'amour vous inspirera. Après leur avoir parlé de l'abondance du coeur, écoutez-les intérieurement, en faisant taire votre esprit délicat et inquiet. Pour les distractions, elles tomberont comme d'elles-mêmes, pourvu que vous ne les suiviez jamais volontairement, que vous demeuriez toujours par votre choix occupée à aimer, que vous ne soyez point trop distraite par la crainte des distractions, et que sans vous en mettre beaucoup en peine, vous reveniez tranquillement à votre exercice, dès que vous avez aperçu que votre imagination vous en détourne. La facilité avec laquelle vous faites oraison marque que Dieu vous aime beaucoup, car sans une grâce bien forte votre naturel scrupuleux vous donnerait de grandes inquiétudes pendant que vous voudriez penser à Dieu.

Pour vos lectures, je ne crains point de consentir que vous lisiez la plupart des livres de l'Ecriture sainte puisque vous en avez l'attrait, que vous les avez déjà lus avec consolation, que vous ne voulez point les lire par curiosité, et que vous avez toute la docilité nécessaire pour vous édifier des choses que vous ne pourrez point approfondir. La permission que je vous donne à cet égard vous doit mettre en paix, et je vous supplie de ne consulter plus là-dessus pour finir tous vos scrupules'. Les livres que je vous conseille principalement' sont ceux du Nouveau Testament. Mais évitez les questions profondes de l'Epître aux Romains jusqu'au douzième chapitre'. Si vous les lisez, n'entrez point dans les raisonnements des savants. Vous pouvez lire aussi les livres historiques de l'Ancien Testament, avec les psaumes, certains livres qu'on nomme Sapientiaux, tels que les Proverbes, la Sagesse, et l' Ecclésiastique, et certains endroits les plus touchants des prophètes. Mais n'abandonnez ni l'Imitation de J[ésus-]C[hrist], ni les ouvrages de s. Fr[ançois] de Sales. Ses lettres et ses entretiens sont remplis de grâce et d'expérience. Quand la lecture vous met en recueillement et en oraison, laissez le livre. Vous le reprendrez assez quand l'oraison cessera. Lisez peu chaque fois. Lisez lentement et sans avidité. Lisez avec amour.

Ne songez plus à vos confessions générales qui ne vous ont que trop embarrassée, et qui ne feraient plus que vous troubler. Ce serait un retour inquiet et hors de tout propos qui serait contraire à la paix où Dieu vous appelle, et qui réveillerait vos scrupules. Tout ce qui excite vos réflexions ardentes et délicates, vous est un piège dangereux. Suivez avec confiance le goût d'amour que Dieu vous donne pour ses perfections infinies. Aimez-le comme vous voudriez être aimée. Ce n'est pas lui donner trop. Cette mesure n'est point excessive. Aimez-le suivant les idées qu'il vous donne du plus grand amour.

Les deux hommes que vous voyez sont bons. L'un vous aide moins. Mais aussi il court moins de risque de vous gêner, et de vous retarder dans votre voie. L'autre entend mieux et est plus secourable. Mais faute d'expérience en certaines choses, il pourrait vous embarrasser, et vous rétrécir le coeur*. Si

BARBEZIEUX A FÉNELON

A Versailles, le 29 mars 1700.

656.

72 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 avril [1700] 30 avril [1700] TEXTE 73

cet inconvénient vous arrivait, avertissez-m'en, et tâchez de le prévenir, en ne retouchant point avec lui les choses déjà réglées, comme par exemple la lecture de l'Ecriture sainte.

Ne soyez point martyre des bienséances et d'une certaine perfection de politesse. Cette délicatesse dévore l'esprit, et occupe toujours une âme d'elle-même. Agissez et parlez sans tant de circonspection. Si vous êtes bien occupée de Dieu, vous le serez moins de plaire aux hommes et vous leur plairez davantage.

Pour Madlle votre petite fille, n'agissez point avec elle suivant vos goûts naturels'. Ne lui parlez qu'en présence de Dieu suivant la lumière du moment où il faudra lui parler. Si vous y êtes fidèle, vous ne la gâterez jamais, et personne ne lui sera aussi utile que vous. Laissez-la ou auprès de vous ou ailleurs6, comme M. le c[omte] de M[ontberon], M. son père' et Mad. sa mère le souhaiteront. Mais évitez, si vous le pouvez, un couvent. Le meilleur la gênera, l'ennuiera, la révoltera, la rendra fausse, et passionnée pour le monde.

Je suis, Madame, uni à vous en N[otre] S[eigneur] et zélé pour tout ce qui vous touche au-delà de tout ce que j'aurais cru, quoique je vous honorasse infiniment.

658. A LA MÊME

Vendredi 16 avril [1700].

Ne soyez en peine de rien, Madame. Je n'ai voulu que vous parler franchement sur la réserve que vous vous reprochiez d'avoir eue dans notre conversation'. Pour moi, je ne manquerai point de vous parler et de vous écrire, selon les occasions, avec tout le zèle dont je suis capable. Ménagez vos forces dans l'exercice de l'oraison. C'est parce que cette occupation intérieure épuise, et mine insensiblement, qu'il faut s'y donner des bornes, et éviter une certaine avidité spirituelle. La vie intérieure amortit l'extérieure, et cause souvent une espèce de langueur. Votre faible santé a besoin d'être épargnée, et votre vivacité est à craindre même dans le bien. Dieu sait combien il m'unit à vous dans son amour.

659. A MAIGNART DE BERNIERES

[21 avril 1700?].

Monsieur,

Souffrez que je vous importune pour les intérêts des habitants de Solesme qui ont besoin de recourir à votre justice. Ils demandent que les habitants des villages voisins du leur, soient obligés de donner des déclarations exactes de toutes les terres qu'ils tiennent dans le territoire de Solesme, afin qu'on puisse régler avec justice ce qu'elles doivent porter de taille conformément

à votre ordonnance. On ne peut être avec plus de zèle que je le serai parfaitement toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Mons 30 avril [1700]

On ne peut être plus éloigné que je le suis, Madame, de toute inégalité de sentiments à votre égard. Si vous en voyez des marques extérieures, ma volonté n'y a aucune part. J'ai souvent des distractions et des négligences. Mais je ne change point, surtout pour vous, Madame, et je suis touché de plus en plus du désir' de votre sanctification. Je vois avec joie que Dieu vous donne certaines lumières, qui ne viennent point ni de l'esprit, ni de la délicatesse qui vous est naturelle', mais de l'expérience et d'un fonds de grâce. C'est ainsi qu'on commence à penser, quand Dieu ouvre le coeur, et qu'il veut mettre dans la vie intérieure. L'homme qui vous a parlé' est bon, sage, pieux, et solide dans ses maximes. Mais il n'a pas l'expérience des choses sur lesquelles vous le consultez, et faute de cette expérience, il vous retarderait, en vous gênant, au lieu de vous aider. Ne quittez point vos sujets d'oraison, ni les livres d'où vous les tirez. Mais quand vous éprouvez un attrait au silence devant Dieu, et que vos lectures ou sujets font ce que vous appelez un bruit qui vous distrait, laissez tomber le livre de vos mains, laissez disparaître votre sujet, et ne craignez point d'écouter Dieu au fond de vous-même en faisant taire tout le reste. Les sujets pris d'abord avec fidélité vous mèneront à ce silence si profond, et ce silence vous nourrira des vérités plus substantiellement que les raisonnements les plus lumineux. Mais ne cessez point de prendre toujours des sujets solides, et de choisir ceux qui sont les plus propres à vous occuper, et à vous toucher le coeur.

Quand vous apercevez que vous êtes en distraction, ou en sécheresse, et en danger d'oisiveté, remettez-vous doucement et sans inquiétude en présence de Dieu, et reprenez votre sujet. S'il vous tient en recueillement, continuez à vous en nourrir. Si au contraire vous éprouvez qu'il vous gêne, qu'il vous distraie, et qu'il vous dessèche dans ce temps-là°, et que vous ayez de l'attrait pour le silence amoureux en présence de Dieu, ne craignez point de suivre librement cet attrait de grâce. Cette liberté ne peut être suspecte d'illusion, quand on se propose toujours des sujets solides, qu'on ne se permet aucune oisiveté volontaire, qu'on s'occupe dans les temps de silence intérieur d'une vue amoureuse de Dieu, qu'on revient à la méditation des sujets, dès qu'on aperçoit la distraction et la cessation de ce silence amoureux, qu'enfin on se tient d'ailleurs dans toutes les règles communes pour juger de l'arbre par le fruit des vertus. Je ne sais si vous avez bien lu les livres de s. Fr[ançoisj de Sales. Mais il me semble que vous pourriez lire fort utilement ses entretiens, quelques-unes de ses épîtres, et divers morceaux de son grand traité de l'amour de Dieu. En parcourant vous verrez assez ce qui vous convient. L'esprit de ce bon saint est ce qu'il faut pour vous éclairer, sans nourrir en

A Cambray 21 avril.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

660. A LA COMTESSE DE MONTBERON

74 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler mai 1700

vous le goût de l'esprit, qui est plus dangereux pour vous que pour un autre. Je souhaite de tout mon coeur, Madame, que votre santé soit bonne , et que vous croissiez en n[otre] S[eigneur] J[ésus-]C[hrist] 5 selon ses desseins sur vous. Rien ne peut vous être dévoué en lui au point que je le suis pour toute ma vie.

660 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

Illustrissime Domine,

Gratissimœ mihi acciderunt novissimœ litterae Dominationis tue Illustrissime, quibus de tua optima valetudine, et de D. meo Sebastiano [arch. Camerac.] inter audacissimorum hostium insultus semper imperterrito et immoto me admones

Inclusam tibi hic transmitto epistolam funebrem, etc.2, compositam a patre Maussolié qui a quindecim diebus mihi detulit librum a se conscriptum gallico idiomate, de materia orationis3, etc., typis Parisiensibus editum, et D. illi archiepiscopo dicatum, quem sexennio ante jussu rev[erendissi]mi patris Ferrarii, magistri sacri palatii apostolici, nunc cardinalis, recognoveram, et elucubraveram approbationem in eodem libro impressam; qua de re memini, me non semel cum Dominatione tua collocutum hic Rome fuisse; nec mea me fefellit opinio, nimirum, quod totus ille liber propter capsulams esset immutandus, quod factum adverto, ut ex ipsis parergis liquet6. Non amplius propter gravissimas causas publici juris fient extremœ tabule Juliani, ubi inter plura reflexione digna, sesquipedalibus litteris delineatur intestinum et immortale odium in doctores', et proinde nomen Divini istis in regionibus sibi pepererat 8, et viam ad Basilii locum invadendum, variis artibus et reconditis moliminibus, etiam a D. Erasmo fabricatis9, et nunc patefactis, sibi paraverat ' °.

Dominus Eugenius pluries mihi dixit, quod a multo tempore expectat a D. Cyrillo " responsum ad quamdam suam epistolam ei scriptam pro quo-dam negotio D. canonici Letemplerie, cui nomine meo salutem plurimam dicas

Unica ex omnibus patens fuit causa, quare monachi [cardinales] Morimundo [Gallia] profecti in Claramvallem [Romam] sese intempestive receperint, scilicet, celebratio capituli generalis pro electione novi Basilii [Papae], de cujus salute jam conclamatum esse ipsi putabant

A viro fide dignissimo et precipuo, tempore insectationis capsulae in Morimundo degente, apud D. Alphonsum certior factus sum, quod Gaspar et Eusebius propter illam insectationem prie manibus se habere credebant monachatum [cardinalatum] a D. Basilio [Innocentio XII] sibi impartiendum ".

Non mihi nova advenerant, que mihi significat D. Cyrillus de capitulo generali in Morimundo sub finem ineuntis mensis celebrando '5, et de persecutione movenda in doctores obtentu doctrine ab ipsis assertœ in materia gratiœ et prœdestinationis, ex quibus capitibus potissimum incessetur liber

TEXTE 75

Julii qui nihili penitus facit eorum astus et dolos '6. Ipsi enim pro more suo pugnabunt textibus mutilatis, obtruncatis, interpolatis, concisis, et mendaciis, et proinde similes gerrœ et offuciœ nullum ei facessent negotium, maxime quod sententie ille de gratia et prœdestinatione 17 non adhuc ab Ecclesia proscriptœ sunt, et palam in catholicis scholis edocentur et propugnantur. Doctores hisce de rebus jam premoniti sunt, et D. Stanislaus" mihi ostendit prima quœdam folia cujusdam libelli Colonie impressi, cum hac epigraphe : Augustiniana Ecclesiae Romanae doctrina a cardinalis Sfondrati Nodo extricata, per varios sancti Augustini discipulos, illus[trissiJmis et rev[erendissiJmis Ecclesiae principibus, archiepiscopis, episcopis, cœterisque totius ccetus ecclesiastici ordinibus Cleri Gallicani in comitiis generalibus in palatio regio ad Fanum S. Germani proxime congregandis nuncupata. Coloniae, typis haeredum Cornelii ab Egmond: cum approbationibus. 1700 '9. In prœfatione hujus libelli enumerantur quœdam scriptiones in librum cardinalis Sfondrati adornatœ, plures proferuntur propositiones censura digne ex eo libro extractœ sed foede mutilatœ et detruncate. Adducuntur quidam textus responsionis seu defensionis libri Sfondrati plane insulsissime forte ab ipsis adversariis excogitatœ; recensentur ibi nomina plurium cardinalium, principum et regularium, ejusdem libri fautorum ; sed ubique altissimum de me et meo libro silentium". Marcellus et Calixtus 2' subirati videntur in Julium et in principio se veluti ab eo lœsos ostendebant. Calixtus tamen sensim in Julium propendere videtur, et hoc mane ei visitationem restituit. Marcellus vero hactenus domi moratur, et neminem recipit. Sparsus fuit per Urbem rumor, quod quamprimum D. Faustus" Morimundum petet, aliquot mensibus pro suis domesticis negotiis moraturus.

Anno proxime elapso omni jucunditate me complevit lectio duplicis libelli" D. Sebastiani a Dominatione tua indicati et a plerisque etiam hic eximie commendati; et summopere miror, quomodo exhinc arripiatur ansa exagitandi D. Sebastianum, quem propter hos libellos a nemine reprehensum, quin potius summe laudatum accepi. Queso, Dominatio vestra humillimam meo nomine reverentiam domino meo Sebastiano prœstet, meque illi maximopere devinctum significet; et interim temporis angustiis coarctatus ex toto corde maneo, Dominationi vestrœ Illustrissime addictissimus.

Rome die prima Maii 1700.

J.M. CARD. GABRIELLIUS.

Tandem aliquando post multiplices superatas difficultates et varios astus

delusos Julius in Abbatia S. Dionisii collocatus fuit nudius tertius24.

660 A. FR. CAILLEBOT DE LA SALLE ET M. DE RATABON A FÉNELON

A Lille, ce 25 mai 1700.

Il y a longtemps. Monseigneur, que nous avons appris de M. l'évêque d'Arras', que vous l'avez fait dépositaire d'un projet sur la juridiction ecclésiastique'. Nous l'avons fortement sollicité ici de vouloir nous en donner des copies, comme étant parties intéressées. L'offre qu'il nous a faite, de

[ler mai 1700].

76 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

28 mai 1700

entre juin et novembre 1700 TEXTE 77

nous en permettre la lecture, ne nous étant d'aucune utilité, nous avons cru devoir vous supplier très instamment de nous faire part de vos lumières. Nous nous servirons de la liberté de notre ministère, et nous vous dirons avec sincérité nos sentiments sur ce projet. M. d'Arras est convenu avec nous, que les conférences seraient beaucoup plus utiles, si vous nous mettiez en état de les préparer, en nous faisant part du projet que vous avez dressé, et qui en est tout le fondement. Nous espérons que vous voudrez bien nous en accorder copie. Il semble que cette confiance est due à notre caractère, et que nous la méritons par le respectueux attachement avec lequel nous sommes, Monseigneur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

FR. EVÊQUE DE TOURNAY. A.M. EVÊQUE D'YPRES.

661. A MARIE-CHRISTINE DE SALM'

[28 mai 1700].

Madame,

J'espère que vous ne désapprouverez point la liberté que je prends de vous demander vos bons offices auprès de Monsieur le Prince de Salm2 pour une affaire qui me paraît digne de votre zèle. Il y a, Madame, dans la ville de Mons, qui est du diocèse de Cambray, Madame la Princesse de Darmstadt, qui est de la maison de Cro3, et soeur de M. le Duc de Havre. Tout le monde sait combien sa naissance est illustre, mais je puis vous assurer, comme son pasteur, sans rien exagérer, que son mérite la rend encore plus estimable que son nom. Sa conduite est très régulière et très édifiante, son esprit est droit et solide, son coeur bon et noble; son courage et sa patience m'étonnent et me touchent beaucoup. Les malheurs de la guerre qui ont ravagé tout ce pays ont ruiné les terres de sa maison. Madame sa mère', qui de son côté a fait des pertes infinies par la confiscation de toutes ses terres pendant dix ans, ne peut plus continuer à la secourir'. Quelque soin que prenne Madame la Princesse de Darmstadt pour diminuer sa dépense, sans avoir égard ni à son rang ni à son âge, elle ne peut plus subsister sans quelque ressource du côté de Monsieur son époux'. Elle se trouve même chargée d'un petit prince, qui est un très bel enfant'. D'ailleurs toutes les raisons de bienséance et de religion demandent que les deux époux demeurent ensemble. Elle le désire ardemment, et outre qu'elle veut là-dessus tout ce qu'elle doit vouloir, elle a un attachement parfait pour la personne de M. le Prince de Darmstadt. Il n'y a rien qu'elle ne voulût faire, et souffrir, pour pouvoir se mettre ainsi dans sa place naturelle. Il me semble, Madame, qu'une si bonne oeuvre mérite bien vos soins et la médiation de Monsieur votre frère. Sa grande réputation de piété solide, le crédit que tout le monde sait qu'il a auprès de l'Empereur, et de l'Impératrice, son inclination à faire du bien, font croire à Madame la Princesse de Darmstadt qu'il voudra bien lui procurer quelque protection, pour faciliter l'union de deux personnes qui ne doivent point être séparées. Je suis persuadé, Madame, que vous serez sensible au malheur d'une personne si estimable et qui fait un si bon usage de ses grandes croix. Dès qu'elle m'a proposé d'avoir l'honneur de vous écrire, j'ai compté que ce serait une manière agréable de me renouveler dans votre souvenir, que de vous proposer une oeuvre si touchante. On ne peut avoir connu, autant que je l'ai fait, la bonté de votre coeur, sans avoir cette pleine confiance. Je serai toute ma vie avec le zèle et le respect le plus sincère, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Mons 28 mai 1700.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

[entre juin et novembre 1700].

Vous aurez bien la bonté, Monseigneur, de me pardonner le retardement de cette réponse. Mes grands embarras en sont un peu cause' ; d'ailleurs j'avais besoin de parler à M. d'Arras et à M. de Bagnols avant que de vous rendre compte de mes pensées.

J'avoue, Monseigneur, que je ne puis me résoudre à entrer dans la demande de l'exécution de l'édit de 1695. Cet édit autorise l'appel comme d'abus, et l'introduirait inévitablement dans notre pays, où il est inusité'. L'usage de cet appel est d'autant plus à craindre, que tous les magistrats sont intéressés à le désirer, et qu'il met notre juridiction à la merci des juges séculiers. Nous devons être soumis aux ordres du Roi pour ces sortes d'appels, quand Sa Majesté voudra les introduire en ce pays; mais tant qu'on nous laissera la liberté de représenter avec un profond respect et une soumission parfaite nos raisons, nous devons, ce me semble, faire tous nos efforts pour éviter l'exécution d'un édit qui établirait à jamais cet usage contre l'Eglise. Pour les avantages que l'édit nous donne, outre qu'il n'y en a aucun de comparable avec l'inconvénient de l'appel comme d'abus, d'ailleurs nous les trouvons presque tous par le droit commun, par les canons, et en particulier par le concile de Trente reçu en ce pays: aussi l'édit n'a-t-il pas été fait pour nous. C'est au clergé de France, qui n'a jamais reçu le concile, qu'on a accordé cet édit; et après qu'il a été reçu en France, on a demeuré deux ans sans le faire enregistrer à Tournay. Il serait à souhaiter, pour la juridiction ecclésiastique, que d'autres intérêts infiniment moindres n'eussent jamais fait désirer son enregistrement.

Il est vrai que nous devons empêcher qu'on ne nous ôte notre recours naturel au Conseil du Roi contre les arrêts de notre Parlement qui blesseraient la juridiction épiscopale. Mais permettez-moi, Monseigneur, de vous proposer plusieurs réflexions là-dessus.

1° L'exécution de l'édit nous causera un mal bien plus à craindre que celui que le Parlement nous ferait en obtenant qu'on ne casserait jamais ses arrêts. Combien y a-t-il d'équivalents par lesquels, sans casser des arrêts, on les rend nuls et comme non avenus quand ils sont insoutenables ! Pour l'appel comme d'abus, les juges de ce pays le pousseraient sans mesure, s'ils le regardaient comme leur dédommagement sur les cassations d'arrêts.

662. A FR. CAILLEBOT DE LA SALLE

78 CORRESPONDANCE DE FÉNELON entre juin et novembre 1700

2° L'exécution de l'édit n'opérerait rien pour nous par la cassation des arrêts dont nous aurions à nous plaindre.

3° Nous ne devons pas craindre qu'on nous ôte jamais le recours au Conseil contre les entreprises du Parlement. Ce recours est naturel, évidemment nécessaire, fondé sur l'exemple de tous les Parlements du royaume, et actuellement établi en ce pays : nous en sommes en possession. Vous, Monseigneur, et M. d'Arras, vous avez fait casser ou supprimer plusieurs arrêts. De plus, l'exemple du Conseil de Malines, sur lequel on a donné au Parlement de Tburnay ses privilèges, est décisif en notre faveur. Quand ce Conseil de Malines a jugé contre l'Eglise, elle a son recours au Conseil secret de Bruxelles, qui réforme le jugement dont l'Eglise se plaint. N'est-il pas juste que nous ayons recours au Conseil du Roi contre le Parlement de Tournay comme on a recours au Conseil de Bruxelles contre celui de Malines? Notre droit ne peut jamais être mis en doute. Ce serait craindre ce qui est impossible, et perdre de vue le mal extrême de l'appel comme d'abus, dont nous sommes fort menacés.

Il y a une chose très importante à observer, ce me semble, sur les cassations d'arrêts : c'est qu'en les demandant en général, on soulèverait contre les évêques toutes les communautés, et on paraîtrait attaquer les franchises du pays', dont les peuples flamands sont très jaloux. Ils craignent de sortir de leur pays contre leur coutume, et d'être traduits, sous prétexte de cassation d'arrêts, à des tribunaux de France, où ils croient que leurs parties seront accréditées*, et les feront condamner sur des maximes contraires à la jurisprudence flamande. Ainsi nous serons odieux à nos troupeaux, et nous aurons tout le pays contre nous, si nous demandons en général les cassations d'arrêts.

Ne nous suffit-il pas de faire notre demande avec la restriction suivante: c'est de ne demander le recours au Conseil, que pour les affaires ecclésiastiques? On peut réformer les arrêts qui blessent les grands corps, comme l'Eglise, laissant les révisions pour les procès particuliers. Si les révisions avaient lieu pour toutes nos affaires, la discipline deviendrait impraticable, par ces frais immenses de révisions, et par leurs longueurs. De plus, si dans certaines matières nous ne reconnaissons pas le Parlement pour juge, comment reconnaîtrions-nous les avocats qu'il appelle pour les révisions d'arrêts? Je voudrais encore que les cassations ou suppressions d'arrêts (car je ne dispute point du nom) n'eussent lieu pour nous que dans les cas pressants et d'entreprise' clairement insoutenable. Cela suffirait pour tenir le Parlement sur ses gardes, et pour l'accoutumer au joug du Conseil. On pourrait même, sur une lettre de M. le chancelier, s'assembler pour conférer amiablement sur les principaux points à régler entre les évêques et le Parlement. Deux prélats et deux principales têtes du Parlement travailleraient ensemble, en présence de l'intendant de la province, à un projet de règlement. Les articles dont ils ne pourraient convenir seraient envoyés à la cour, et ils y seraient décidés. Ainsi tous nos embarras finiraient sans procédures rigoureuses. Les évêques ne s'exposeraient point à l'appel comme d'abus, et ils ne paraîtraient pas attaquer les franchises du pays. Ce règlement fixerait la jurisprudence du Parlement: il craindrait encore plus les cassations d'arrêts, s'il lui arrivait d'en donner contre son propre règlement.

TEXTE 79

C'est dans ce règlement qu'on pourrait finir tout ce qui regarde les portions congrues, les maisons presbytérales, et toutes les autres difficultés': mais il faudrait une lettre de M. le chancelier pour faire conférer les deux parties. Pour moi, je ne demande qu'à ne me mêler de rien. Je me borne à agir de concert avec mes confrères, par les voies les plus douces et les plus amiables, et je souhaite que d'autres plus éclairés que moi entrent dans les conférences, si on en fait.

Voilà, Monseigneur, ce que je pense sur cette affaire. Il me paraît que M. d'Arras est à peu près dans les mêmes sentiments, et c'est ce qui diminue ma crainte de me tromper 7. Pour M. de Bagnols, il m'a paru fâché de voir naître cette affaire, et craindre de s'en mêler. Je suis avec beaucoup de zèle et de respect, etc.

663. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche 13 juin [1700].

Je prends véritablement part, Madame, à la douleur que vous cause l'extrémité de la maladie de Madlle... L'incertitude où vous êtes depuis deux jours, en attendant de ses nouvelles, est encore une rude croix. Rien ne fait tant de peine à la nature que cette suspension entre une faible espérance et une forte crainte. Mais nous devons vivre en foi pour la mesure de nos peines, comme pour tout le reste. Notre sensibilité fait que nous sommes souvent tentés de croire que nos épreuves surpassent nos forces. Mais nous ne connaissons ni les forces de notre coeur, ni les épreuves de Dieu. C'est celui qui connaît tout ensemble, et notre coeur qu'il a fait de ses propres mains avec tous les replis que nous y ignorons, et l'étendue des peines qu'il nous donne, auquel est réservé de proportionner ces deux choses. Laissons-le donc faire, et contentons-nous de souffrir, sans nous écouter. Ce que nous croyons impossible, ne l'est qu'à notre délicatesse et à notre lâcheté. Ce que nous croyons accablant, n'accable que l'orgueil et l'amour-propre, qui ne peuvent être trop accablés. Mais l'homme nouveau trouve dans ce juste accablement du vieil homme, de nouvelles forces, et des consolations toutes célestes. Offrez à D[ieu] votre amie, Madame. Voudriez-vous la lui refuser? voudriez-vous la mettre entre vous et lui, comme un mur de séparation? Que sacrifieriez-vous qu'une vie courte et misérable d'une personne qui ne pouvait que souffrir ici-bas, et voir son salut en danger? Vous la reverrez bientôt, non sous ce soleil qui n'éclaire que la vanité et l'affliction d'esprit, mais dans cette lumière pure de la vérité éternelle, qui rend bienheureux tous ceux qui la voient. Plus votre amie était droite et solide, plus elle est digne de ne vivre pas plus longtemps dans un monde si corrompu. Il est vrai qu'il y a peu d'amis sincères, et qu'il est rude de les perdre. Mais on ne les perd point, et c'est nous qui courons le risque de nous perdre, jusqu'à ce que nous ayons suivi ceux que nous regrettons'.

Pour votre oraison ne craignez rien, Madame. Il n'y a point d'illusions à suivre l'attrait de Dieu pour demeurer en sa présence occupés de son admiration et de son amour 3, pourvu que cette occupation ne nous donne jamais la folle persuasion que nous sommes bien avancés, pourvu qu'elle ne nous

13 juin [1700]

80 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [15 juin 1700]

empêche pas de sentir nos fragilités, nos imperfections, et le besoin de nous corriger, pourvu qu'elle ne nous fasse négliger aucun de nos devoirs et pour l'intérieur et pour l'extérieur, pourvu que nous demeurions sincères, humbles, simples, et dociles dans la main de nos supérieurs. Ne hésitez donc point. Recevez le don de Dieu, ouvrez-lui votre coeur. Nourrissez-vous-en. L'hésitation gênerait votre coeur, troublerait l'opération de la grâce, et vous jetterait dans une conduite pleine de contrariétés, où vous déferiez sans cesse d'une main ce que vous auriez fait de l'autre. Tandis que vous ne ferez que penser à D[ieu], l'aimer, vous occuper de sa présence, et vous attacher à sa volonté, sans rien présumer de vous, sans négliger aucune règle, sans vous relâcher dans la voie des préceptes et des conseils, sans vous écarter de l'obéissance et de la voie commune, vous ne serez point en péril de vous tromper. Suivez donc l'attrait. Dites à l'Epoux : Attirez-moi après vous. Je suivrai l'odeur de vos parfums'. Ne donnez de bornes à votre recueillement, qu'autant que le besoin de ménager votre santé, et de remplir les devoirs de votre état, le demanderont. Prenez seulement garde que le corps ne souffre de ce que l'esprit fait au dedans. L'oraison la plus simple, la plus facile, la plus douce, la plus bornée au coeur, et la plus exempte de raisonnement, ne laisse pas de miner sourdement les forces corporelles, et de causer une espèce de langueur insensible. On ne s'en aperçoit pas, parce qu'on est trop plein de son goût, et que la peine douce ne paraît point peine. Voilà ce que je crains, et non pas l'illusion, dans une conduite aussi droite et aussi régulière que la vôtre.

664. Au MARQUIS DE BLAINVILLE

On dit que vous êtes malade, mon très cher fils en notre Seigneur, et que vous souffrez. Votre souffrance m'afflige, car je vous aime tendrement. Mais je ne puis m'empêcher de baiser la main qui vous frappe. Et vous conjure de la baiser amoureusement avec moi. Vous avez abusé autrefois de la santé, et des plaisirs qu'elle donne'. L'infirmité et les douleurs qui la suivent, sont votre pénitence naturelle. Je prie Dieu seulement qu'il abatte encore plus votre esprit que votre corps, et qu'en soulageant le dernier selon le besoin, il vous désabuse pleinement de l'autre. O qu'on est fort quand on ne croit plus l'être, et qu'on ne sent plus que la faiblesse, et les bornes de son propre esprit! Alors on est toujours prêt à croire qu'on se trompe, et à l'avouer en se corrigeant. Alors on a l'esprit toujours ouvert à la lumière d'autrui. Alors on ne méprise rien que soi et ses pensées. Alors on ne décide' rien, et on dit les choses les plus décisives du ton le plus simple, et le plus déférent pour autrui. Alors on se laisse volontiers juger. On se livre sans peine, on donne droit de censure au premier venu. En même temps on ne juge de personne que dans le vrai besoin. On ne parle qu'aux personnes qui le souhaitent, et en leur disant ce qu'on croit voir en elles d'imparfait, on le dit sans décision, plutôt pour n'user point d'une réserve contraire à ce que ces personnes souhaitent, que pour vouloir être cru, et pour se contenter dans sa critique.

Voilà, mon très cher malade, la santé que je vous souhaite dans l'esprit, avec une véritable guérison du corps. En attendant, souffrez avec humilité et patience. Dieu sait quelle joie j'aurais si je pouvais vous embrasser, et vous posséder ici. Mais j'entends l'orage qui gronde plus que jamais'. Il ne faut pas le renouveler par notre impatience. Attendez donc encore un peu. Dès qu'on croira que vous pourrez venir sans danger, votre présence sera une grande consolation pour moi dans mes peines. En retardant votre voyage je prends encore plus sur moi que sur vous. Rien n'est plus sincère que la tendresse avec laquelle je vous suis tout dévoué.

665. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi 17 juin [1700].

Vous avez raison, Madame, de croire que dans les moments de recueillement et de paix, dont vous m'avez parlé, on ne peut qu'aimer, et se livrer à la grâce qu'on reçoit'. Ce que vous ajoutez a encore un sens très véritable. Vous dites que vous avez cru sentir que notre travail doit cesser, quand Dieu veut bien agir par lui-même. Ce n'est pas qu'on cesse alors de coopérer à la grâce, et de correspondre à ce que Dieu imprime intérieurement, car vous reconnaissez vous-même qu'alors on aime et on se livre à la grâce. L'amour est sans doute le plus parfait exercice de la volonté. Se livrer à la grâce par un choix libre, c'est sans doute y coopérer de la manière la plus réelle, et la plus parfaite. Il n'y a donc point d'oisiveté, ni de cessation d'actes dans ces moments de recueillement et de paix, où vous dites que notre travail doit cesser. Ce sont des moments où D[ieuJ veut bien agir par lui-même, c'est-à-dire prévenir l'âme par des impressions plus puissantes, et la tenir en silence, pour écouter ses intimes communications; mais alors elle n'est point sans correspondance. Elle aime, elle se livre à la grâce, c'est-à-dire qu'elle fait les actes les plus simples et les plus paisibles, mais les plus réels, d'amour et de foi pour l'époux qu'elle écoute intérieurement; c'est-à-dire qu'elle acquiesce à tout ce qui est dû à l'époux et à tout ce qu'il demande par sa grâce; c'est-à-dire que l'âme s'enfonce de plus en plus dans l'amour de l'époux, dans la mort à tous les désirs terrestres, et dans toutes les vertus que l'esprit de grâce peut inspirer selon les divers besoins. Ces actes quoique très réels ne paraissent qu'une disposition de l'âme, et ils sont si généraux qu'ils paraissent confus. Mais ils ne laissent pas de contenir dans cette généralité le germe de chaque vertu particulière pour les occasions'. Ne craignez donc pas, Madame, de suivre l'attrait intérieur dans ces moments de recueillement et de paix. Ces moments ne remplissent pas toute la vie. Vous en trouverez assez d'autres, où vous pourrez revenir aux règles communes.

Je suis ravi de vous entendre dire avec admiration, que la conduite de D[ieuJ est aimable, et proportionnée à nos besoins. Oui, Madame, il se fait tout à tous, pour se proportionner à chacun de nous. Il nous enseigne par l'expérience de ses communications, qu'il est comme une mère, qui porte son enfant entre ses bras'. Nous ne saurions trop nous familiariser avec lui. Cette confiance, comme vous le dites très bien, appartient toute à l'amour et ne peut venir que de lui. Cette familiarité ne diminue ni le respect, ni l'admiration,

A Cambray [15 juin 1700]'.

17 juin [1700]

TEXTE 81

82 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 juin 1700

1 juillet [1700]

TEXTE 83

ni la crainte filiale. Au contraire on ne craint jamais tant de contrister l'époux, que quand on est dans cette union de coeur avec lui.

Il est vrai que plus cette union est douce, plus l'âme craint d'en être sevrée. Quand on tient aux créatures, on ne sent point les privations de D[ieu]. Mais quand on se détache des créatures, et qu'on commence à goûter les dons intérieurs, les moindres privations sont très rudes, et elles font tomber dans une solitude intérieure qui accable. Mais quand D[ieu] se communique, il faut se nourrir, et quand il retire ses communications sensibles, la croix est un autre aliment moins doux, mais très pur. Il faut être prêt à ces deux états. Laissez votre amie' entre les mains du parfait ami, qui est le seul lien des vraies et pures amitiés. Il fera sa volonté, qui sera la vôtre. J'espère, Madame, que j'aurai l'honneur de vous voir à...5

665 A. MM. DE BRISACIER ET TIBERGE A FÉNELON

A Paris, 19 juin 1700.

Monseigneur,

Il y a longtemps que vous n'avez entendu parler de nous, ne croyez pas cependant que nous ayons rien perdu de l'estime et du respect que nous avons toujours eus pour votre personne, et faites-nous la justice d'être bien persuadé que nous conserverons toujours les mêmes sentiments à votre égard'. Oserions-nous compter aussi, Monseigneur, sur la continuation de vos bontés, et prendre avec confiance la liberté de vous envoyer un exemplaire de la lettre que nous avons écrite au Pape sur les superstitions des cérémonies de la Chine', et que nous avons été forcés de rendre publique en France pour servir de réponse à plusieurs écrits des Jésuites, et surtout à la dernière lettre du P. Le Comte à M. le duc du Maine'? Il nous a semblé que c'était pour nous un devoir indispensable de ne rien écrire dont nous n'eussions l'honneur de vous faire part, et que personne ne pouvait mieux que vous, Monseigneur, nous dire le jugement qu'on en doit porter, soit par les lumières dont vous êtes rempli, soit par l'amitié (si nous l'osons dire ainsi)" dont vous nous honorez depuis si longtemps. Nous recevrons avec docilité tous vos avis, et nous serons sans changement avec un profond respect, Monseigneur, vos très humbles et très obéissants serviteurs.

DE BRISACIER. TIBERGE.

666. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Clambrail, 23 juin [1700].

J'ai voulu, Madame, vous laisser tout le temps d'apprendre par d'autres la perte de votre amie. Dieu l'a retirée des pièges de ce monde, après l'y avoir préparée par une assez longue maladie, et il a voulu vous détacher d'une personne fort estimable, qui contentait la délicatesse de votre goût. Tout ce qu'il fait paraît rigueur, et n'est que miséricorde. Bientôt tout ceci sera fini, et nous verrons à la lumière de la vérité combien Dieu nous aime, quand il nous donne quelque croix. Mon zèle et mon respect pour vous, Madame, sont très grands et très sincères.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY'.

p.m. A BARBEZIEUX

Lessines, «30 juin 1700».

667. A L'ABBÉ DE LANGERON

Au Casteau 1 juillet [1700].

Je vous remercie, mon tr [ès] C[her] E[nfant], de vos bons avis sur mes prévoyances superflues. J'en avais besoin, et je vous prie de les recommencer, quand je m'échapperai encore. J'ai reçu une lettre d'avis secret de Paris, qui porte qu'ils veulent m'obliger (apparemment par quelque ordre du Roi) à aller à l'assemblée de S. Germain pour y renouveler avec des explications plus amples et plus précises, ce qu'ils prétendent que je n'ai fait que par artifice dans mon mandement et dans le procès-verbal de notre assemblée. Ce procédé serait bien extraordinaire'. Mais vous voyez par expérience qu'ils sont capables des excès les plus irréguliers'. Si vous appreniez quelque chose, je vous conjure de m'en avertir, surtout par rapport aux formalités de droit que j'aurais à observer. Du reste je demande à D[ieu] qu'il me mette un voile sur les yeux pour ne rien prévoir. Dabitur enim vobis in illa bora quid loquamini, et spiritus ejus loquetur in vobis3.

M. Target me laisse une plaie au coeur. Je ne puis la guérir. Il n'y a qu'à la porter en paix, comme une vraie blessure corporelle. Ces sortes de coups m'impriment une tristesse amère et profonde'.

Pour M. Sab[atier] je ne le compte point pour exempt de très grandes imperfections. Je suppose même qu'il est un de ces ardélions spirituels qui se remuent et qui parlent beaucoup trop. Je compte bien aussi que M. L'Esch[assier] 6, embarrassé de le remplacer à Autun, n'aura pas grande envie de s'en priver pour moi; enfin je comprends que j'aurais avec M. Sab[atier] beaucoup d'épines, et peut-être même de mécomptes. Mais voici mes raisons, après lesquelles je vous conjure de décider.

1° Je ne saurais trouver un homme plus expérimenté parmi ceux qui ne sont point engagés dans des congrégations. De plus il est bien éloigné du jansénisme. Il se charge d'attirer ici des ouvriers qui agiront avec subordination. Enfin il a de la piété, et la lettre qu'il m'a écrite en est une marque, qui me touche.

2° Je lui ai fait savoir que sa lettre ne m'avait point rebuté', et que je ferais une tentative vers S. Sulpice. Ainsi il s'attend que je la ferai, et il entendra d'abord à demi-mot ce que M. L'Esch[assier] lui voudra dire, s'il lui mande qu'il ne peut qu'approuver qu'il suive les conseils que M. Tr[onson] lui avait donnés autrefois par rapport aux offres qu'on lui fait. Si M. L'Esch[assier]

84 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 1 juillet [1700]

ne voulait point lui écrire là-dessus, de peur qu'une lettre ne pût être vue, il pourrait écrire à quelque autre directeur d'Autun, et lui mander de lui renvoyer sa lettre, après l'avoir lue à M. Sab[atier] e.

3° M. Sab[atier] connaît toute la grossièreté des gens de ce pays. Mais sa lettre fait assez entendre qu'il y reviendrait volontiers, si le corps de S. Sulpice

le dégageait de ses liens. Ce n'était pas la grossièreté du pays, mais l'inutilité où il y vivait contre son naturel actif et empressé, qui le dégoûta. La supériorité d'Autun acheva de le tenter 9.

Après tout M. Bren[ier '°] le connaît mieux que moi, et je ne suis entêté de rien, et vous savez bien que je dois être désabusé de désirer. Car tout ce

que j'ai désiré me vient de travers ". Mais je croirais qu'il faudrait au moins faire une tentative vers M. L'esch[assier] puisque j'ai mandé que je la ferais faire. Si elle réussit, ce sera une ouverture de providence qui surpassera ce qu'on en devait espérer. Si elle ne réussit pas, j'aurai la consolation que D[ieu] aura décidé, et je n'y penserai plus.

Si néanmoins M. Bren[ier] connaissait en M. Sab[atier] des défauts essentiels qui lui fissent croire absolument que je ne dois pas le demander, je m'arrêterais tout court sur sa seule parole.

Pour M. L'Esch[assier] rien ne peut le toucher que l'avantage de l'Eglise. Sans se commettre en rien, il me procurerait plusieurs sujets pour un diocèse

où les besoins sont singuliers, et il ne se priverait que d'un seul, qui n'est pas de leur corps '2, et qu'ils ne ménagent guère pour le conserver. Serait-il possible qu'ils n'eussent pas de quoi remplacer un seul homme étranger?

Si vous trouvez avec M. Bren[ier] qu'il ne faille point parler à M. L'Esch[assier], ou bien si celui-ci refuse, je vous conjure de voir avec M.

Bren[ier] un sujet capable de conduire notre séminaire. Il m'en a déjà pro-

posé plusieurs. Je n'en connais pas un. Vous pouvez les examiner avec lui, consulter MM. de Précelles et Boucher '3, voir par quelque occasion natu-

relle, le principal sujet sur lequel vous aurez arrêté votre vue, et compter

qu'un canonicat l'attend '4. Mais vous voyez bien qu'il faut un sujet mûr, formé, et qui prévienne un peu en sa faveur. Notre pauvre séminaire a besoin

de quelqu'un qui le relève. Décidez avec les gens que je vous nomme, peut-

être déciderez-vous aussi mal que je l'ai fait. Mais faites le mieux que vous pourrez, et comptez que je ne puis vous savoir jamais que bon gré de vos

soins. Je ne tiens point à M. Sab[atier], si M. Brenier qui le connaît à fond ne le croit pas propre. Pour moi, sans l'admirer je ne le désirais que par comparaison à ce que je puis espérer d'ailleurs, surtout dans ma situation présente ". Mais si on décide qu'il ne me convient pas, je demeurerai content. En ce cas, je lui ferai savoir par voie indirecte, que mes amis n'ont pas trouvé d'ouverture, pour entamer la négociation. Ce que je demande, c'est un autre homme, si celui-là n'est pas ce qu'il me faut.

Je ne crois pas avoir exhorté M. de Bl[ainville] à voir fort souvent la bonne P.D. 16, mais enfin il croit suivre mon conseil, et lui est un surcroît de

peine. C'est de quoi je suis sensiblement affligé. Mais il n'y a que quinze jours que je l'ai prié bien sérieusement dans une lettre de ne venir point cet été à Cambray ''. Tort ou non, je l'ai fait. Quelle apparence de lui mander si tôt après tout le contraire? que pourrait-il penser? Après tout le Roi est certainement indigné contre moi, et le fait assez voir' M. de Bl[ainville] n'est pas comme vous et comme Leschelle 19. Il est actuellement domestique

1 juillet [1700] TEXTE 85

du Roi, et un de ses grands officiers". Doit-il aller voir un homme contre lequel le Roi paraît si indigné? Je vous le demande. Mais supposons que je me sois trompé, en décidant qu'il ne doit pas venir. Sur quoi paraîtrai-je tout à coup changer? Peut-être pourriez-vous, la bonne P.D. et vous, lui conseiller tous deux de venir de Laon n au Casteau me surprendre un jour, malgré les avis de discrétion pour lui que je lui ai donnés. Vous lui recommanderiez de ne rester ici qu'un jour, afin que cela parût moins. Mais vous voyez bien que cette visite, si courte qu'elle fût, serait sue à Cambray, et mandée à Versailles. Pesez bien le conseil que vous donnerez. Il ne faut jamais le donner que bon à celui à qui on le donne. Je pourrais, s'il ne vient point, lui conseiller, outre la chasse que j'ai déjà fort approuvée, lui conseiller d'autres occupations innocentes dans quelque lettre, et l'exhorter à ne se contraindre point sur ses sociétés, pourvu qu'il n'en admette aucune de dangereuse. De votre côté, ne seriez-vous point à portée de lui faire entreprendre quelque dessein ou de langues, ou de science, qui lui ôtât le grand loisir qui le mène si souvent où l'on n'a pas besoin de lui? Si vous voyez quelque autre meilleur expédient, mandez-le-moi. Vous verrez avec quel zèle je m'en servirai.

Je suis ravi de ce que M. de Cad." ne craint point les fautes de son gendre futur". Cela étant, il faut faire le mariage au plus tôt, et voir s'il redressera le jeune homme. Dieu le veuille.

Je vous renvoie l'imprimé de M. Précelles24. N'en saurait-on trouver pour de l'argent aucun autre exemplaire?

Mille amitiés au Gr[and] Abbé] 25. Tout à mon t[rès] c[her] e[nfant] sans réserve in Christo .1 Testi] D[ominoJ n[ostr]o26.

Ce que je vous conjure de bien peser pour l'affaire de M. Sab[atier], c'est la comparaison de M. Sab[atier] avec le sujet qu'on pourrait me choisir en sa place. Je suppose qu'il a plus d'imagination que de jugement bien solide, que sa vertu est imparfaite, qu'il est vif, jaloux, délicat, et facile à blesser. Mais sa délicatesse pour ne rompre pas avec Saint-Sulpice est édifiante. Il a de la vertu, et du talent extérieur. Il est sûrement éloigné du jansénisme. Il croit pouvoir mener avec lui des ouvriers prêts à travailler sous lui. Il a de l'expérience. Il connaît le pays, et me témoigne de l'inclination pour y revenir. Que me donnera-t-on en sa place? peut-être un jeune docteur sortant des études, qui n'aura jamais été éprouvé, qui ne connaîtra point le travail, ni les provinces, qui sera méprisé par nos rigoristes. Ils diront : Fallait-il déposséder nos gens, pour faire venir de Paris un Franchot" de cette espèce? D'ailleurs M. Sab[atier] n'attend qu'un mot qu'il comprendra d'abord. M. L'Esch[assier] n'a pas besoin de rompre la glace. Elle est toute rompue. Il ne s'agit que de lui faire savoir un oui ou un non de la manière la plus précautionnée, pour ne commettre point S. Sulpice. Voyez donc, mon t[rès] c[her[ enfant] avec M. Bren[ier] et les autres ce qu'on peut choisir. Pour moi je ne veux rien. Je crains de vouloir après tant de mécomptes, et je vous proteste que je serai toujours content, quand vous aurez décidé le mieux qu'il vous aura paru.

Mandez-nous que Mile votre soeur se porte bien", dès que Godin" sera arrivé heureusement.

86 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

20 juillet [1700]

20 juillet 1700 TEXTE 87

668. AU MÊME

A Cambray, 20 juillet [1700]'.

Vos remontrances, mon t[rès] c[her] e[nfant], me firent quelque légère peine sur-le-champ'. Mais il était bon qu'elles m'en fissent, et elles ne durè-

rent pas. Je ne vous ai jamais tant aimé. Vous manqueriez à D[ieu] et à moi, si vous n'étiez pas prêt à me faire de ces sortes de peines, toutes les fois que vous croirez me devoir contredire. Notre union roule sur cette simplicité, et l'union ne sera parfaite, que quand il y aura un flux et un reflux de coeur sans réserve entre nous.

Je suis ravi d'apprendre que vous êtes content du livre du P. Desch.' que

vous lisez, et de M. de Préc[elles] avec lequel vous avez raisonné. Puisque ce dernier veut faire rimprimer son petit ouvrage, je serai volontiers chargé de

cette commission. Vous n'avez qu'à m'envoyer l'écrit, je trouverai bien

moyen de le faire imprimer à Bruxelles'. De mon côté je tâche de ne perdre pas mon temps sur cette matière. Nous en parlerons, si D[ieu] permet que

vous reveniez nous voir l'hiver prochain. Dans les occasions qui le mériteront, vous pourrez conférer avec M. de Préc[elles] qui me paraît un vrai bon homme sur les choses qu'il a faites pour moi'.

J'ai écrit à M. Sab[atier] pour lui proposer d'écrire à M. son supérieur de Paris' sur les offres que je lui fais. Il faut attendre sa réponse. En atten-

dant, je vous conjure de jeter les yeux avec M. Bren[ier] sur quelque sujet qui pût conduire notre séminaire, en cas que M. Sab[atier] me manque. Vous savez les avantages que je ferais à un bon sujet.

Je n'écris point à notre B.P. duchesse', n'en ayant pas le temps aujourd'hui. Mais je compte que tout ce que je vous mande est pour elle

comme pour vous. M. de Bagnols m'a parlé du mariage de M. le D. de Mor-

temart, comme un homme surpris qu'il épouse Madile de Caderousse, parce qu'il a toujours vu les affaires de cette maison fort embrouillées. Je suppose

que des gens habiles en ont examiné le fond pour M. le D. de Mortemart. Vous aurez de l'argent, dès que vous en donnerez l'ordre. Je voudrais seulement avoir un état de ce que vous avez payé pour moi, de ce qui vous a été remboursé, et de ce qui vous reste dû.

Je vais être fainéant pendant les moissons qui ne finiront qu'avec le mois d'août. Je compte d'employer en visites les mois de septembre et d'octobre. Je serai revenu ici pour la Toussaints. C'est alors, ce me semble, que vous m'avez fait espérer de nous venir revoir. Vous verrez en ce temps-là en quel état seront les choses.

Embrassez, autant que vos petits bras le pourront faire, le grand abbé. Je serais ravi de l'embrasser moi-même, car je l'aime comme si nous avions passé des années ensemble'. Ne m'oubliez point, quand vous verrez M. de Harlay'. Ce que je sens pour lui ne fait que croître et embellir tous les jours. J'ai reçu de M. de Croisilles9 une lettre si tendre, que j'en suis pénétré. Je lui écris tout le moins que je puis, parce qu'il veut toujours me répondre de sa main malgré ses mauvais yeux.

Le livre du P. Desch[amps] est ici. Je le lirai dès que j'en aurai le temps. Voici en peu de mots tout le fait pour M. d'Arros'°. Il était question d'un pacte mutuel entre deux personnes de ma famille de l'an 1460. On prétendait chez nous qu'en vertu de cet acte la terre de Salagnac n'avait pu passer par les femmes, de notre famille dans celle des Birons. Mon père avait commencé ce procès. Mon frère, qui n'a pas été héritier de mon père, a voulu hasarder le jugement de ce procès, et l'a fait juger il y a plus de vingt ans au parlement de Bourdeaux sous mon nom, me faisant prendre la qualité d'héritier sous bénéfice d'inventaire de mon père. Il l'a fait sans m'en avertir. Un procureur a été chargé de faire juger l'affaire pour moi, sans aucune procuration, ni lettre, ni ordre verbal, ni consentement même de ma part, et à mon insu. Mon frère lui a donné les pièces, qui sont d'anciens titres de la famille, et qui ont été produites au procès. Vous remarquerez, s'il vous plaît, deux choses.

L'une, que la succession de mon père me serait très onéreuse, qu'il m'a fait son héritier par son testament, que je n'ai jamais pris de lettres de bénéfice, et qu'il m'importe beaucoup de ne paraître point avoir agi comme héritier bénéficiaire, sans lettres de bénéfice.

La seconde chose est qu'il me paraît bien étrange qu'on puisse faire condamner aux dépens un homme à son insu. Ne tient-il qu'à charger à deux cents lieues de moi un procureur d'agir sans procuration et sans lettre? Qui est-ce qui sera en sûreté, si un homme est lié ainsi, sans l'avoir voulu? Le procédé de mon frère mériterait que la chose retombât sur lui.

D'un autre côté, on croira que le procureur n'agissait pas sans quelque pouvoir, puisqu'il avait des titres de notre famille. M. d'Arros est d'un nom illustre, il est pauvre, il est mon parent. La somme n'est pas grande. On la trouvera petite à proportion de mon revenu ". Ayez la bonté de dire le fait à M. de Mondion 2, après quoi je suivrai ce que vous croirez à propos.

Mille compliments du fond du coeur à Madlle de Langeron. Je l'aime, et je l'honore infiniment. Tout à mon t[rès] cher] e[nfant] sans réserve.

668 A. SŒUR ANNE-MARIE DES FONTAINES' A FÉNELON

[20 juillet 1700].

Monseigneur,

Ce n'est tout au plus que d'une année à l'autre que je suis importune à Votre Grandeur, mais je suis toujours excusable puisque c'est la confiance jointe au profond respect que j'ai en vous qui me fait prendre la liberté de vous supplier très humblement de prier Dieu pour moi. Si vous saviez, Monseigneur, le besoin que j'en ai, vous auriez, j'en suis sûre, compassion de moi. Quoique je n'aie point de directeur pour éviter bien des inconvénients, l'on ne laisse pas de me gêner beaucoup et de vouloir que ma prière soit oisive et suspecte dès que je cesse de m'agiter par des mouvements empressés et inquiets qui me sont insupportables, plus je veux quelquefois m'y assujettir crainte de suivre ma propre volonté et moins je puis prier'. Il n'y a que Dieu seul qui connaisse ma situation et ce que je souffre.

Tout ce qu'il y a de gens de bien dans Paris sont touchés, Monseigneur, de votre piété et du fruit que vous faites dans votre diocèse. Ce que Mr de Meaux et M. de Reims veulent encore faire ne sert qu'à les rabaisser et à faire éclater la vertu que Dieu a mise en vous, qu'il soit béni à jamais et que ses

88 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 juillet 1700 De Cambray [17001

ennemis soient confondus'. Au nom de Dieu que vous aimez si bien, Monseigneur, donnez-moi quelque marque comme vous vous souviendrez de moi dans le saint sacrifice de la messe et dans vos prières. Il n'y a aucun inconvénient à craindre en le faisant par Mr Chasmellet 5 de la com. de St Sulpice. Ma Sr Charlotte de St Cyprien, carmélite, est toujours la même à votre égard, et assure votre Grandeur aussi bien que moi de ses très humbles respects et obéissances6.

Des Nouvelles Catholiques de Paris, ce 20e juillet 1700.

M. DESFONTAINES.

669. AU CHAPITRE DE SAINT-NICOLAS D'AVESNES

Au Casteau, 22 juillet 1700.

Les besoins généraux du diocèse nous ayant obligés, Messieurs, à différer cette année le concours jusqu'après la saint Jean, je crois que vous aurez égard à une si forte raison pour ne priver pas le pasteur d'Avesnes1 du revenu de sa prébende. Il ne pourrait subsister dans ses fonctions s'il en était privé. Il n'a fait aucune faute qui puisse lui attirer cette privation. S'il n'était pas à Avesnes à la saint Jean', il ne pouvait ni ne devait y être, n'étant pas encore pourvu de son titre. Cette privation retomberait encore plus sur les peuples que sur lui, puisqu'il ne peut ni paître le troupeau, ni résider, s'il n'a pas de quoi vivre sur les lieux. Je connais trop, Messieurs, votre équité et votre zèle pour douter que vous ne lui accordiez les fruits de l'année que vous lui auriez donnés s'il fût arrivé un mois plus tôt'. On ne peut rien ajouter, Messieurs, à la sincérité avec laquelle j'honore votre corps, et suis cordialement pour toujours à chacun de vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

670. AU MARQUIS DE BLAINVILLE

25 juillet 1700.

1° Soyez ferme dans vos exercices de piété, c'est-à-dire, dans vos lectures, votre oraison réglée de chaque jour, vos confessions, et vos communions.

2° Que votre oraison ait toujours des sujets réglés, et proportionnés à vos besoins, pour humilier l'esprit et réprimer la sensualité du corps.

3° Que vos lectures tendent aux choses de pratique, et à la correction de vos défauts. Appliquez à votre personne tout ce que vous lirez.

4° Prenez garde aux compagnies que vous verrez fréquemment et avec familiarité. Craignez surtout et évitez celle des femmes.

5° Evitez de juger d'autrui en mal sans nécessité. Que la vue de vos défauts vous empêche d'être si délicat et si rigoureux contre ceux d'autrui.

6° Accoutumez-vous à suspendre votre jugement dans toutes les choses où l'ordre de la prudence ne vous oblige pas de juger. Cette habitude de décider, et de décider en mal entretient une précipitation de jugement, une présomption, une critique âpre et maligne, un attachement à son propre sens, et un mépris de celui d'autrui, qui sont incompatibles avec la vie intérieure, où il faut être doux et humble de coeur.

7° Evitez la dissipation, que les engouements portent toujours avec eux. Un engouement dans sa première pointe occupe trop. Il vide et dessèche l'intérieur. Un autre engouement succède au premier, et la vie se passe dans des entêtements. Quand un engouement est dans sa première force, laissez-le ralentir, et faites oraison là-dessus. Ensuite, quand il sera modéré, prenez-en sobrement ce qu'il faudra, ou pour la santé de votre corps, ou pour amuser un peu votre esprit.

8° Ne songez à aucun changement d'état par inquiétude, par langueur, par une mauvaise honte d'être inutile dans le monde, par la démangeaison de faire un personnage. Les genres de vie que vous n'avez point éprouvés, ont leur piège, leurs épines, leurs langueurs, que vous ne voyez pas de loin. A chaque jour suffit son mal. Quand demain sera venu, il aura soin de lui-même'. Aujourd'hui ne songez qu'à aujourd'hui. Il faut voir ce que deviendra madame de...2 et mademoiselle votre fille'. Il est inutile de faire des projets pour trois ans', Dieu donnera des ouvertures pour ce qu'il voudra faire.

9° La profession sainte que vous avez eue en vue, demande beaucoup de perfection de tous ceux qui y entrent. Un enfant qu'on y élève doit avoir une grande innocence. Un homme âgé ne doit sortir du siècle pour y entrer, qu'autant qu'il a des marques extraordinaires de vocation. L'ennui d'être inutile dans le monde n'est point une raison pour s'ingérer dans ce saint ministère. On y trouverait encore plus d'ennui que dans l'état laïque'.

10° La chasse vous est nécessaire pour votre santé. Cette raison est décisive. N'en ayez aucun scrupule. Je ne crains point la chasse, mais bien les chasseurs. Que cet exercice du corps ne vous fasse point abandonner l'étude modérée. Vous aviez pris l'étude avec ardeur; elle nuisait à votre santé, et à votre intérieur même. Amusez-vous un peu par les livres sans application nuisible à la santé. Cet amusement fera que vous chercherez moins les compagnies dangereuses.

11° Appliquez-vous à régler vos affaires, sans y attacher votre coeur, et sans aucune vue d'ambition.

12° Ne manquez à aucun de vos devoirs pour la cour par rapport à votre charge' et aux bienséances. Mais point d'empressement pour les emplois qui réveillent l'ambition.

13° Puisque Dieu permet que depuis longtemps, vous n'ayez ni ouverture ni repos de coeur avec***7, voyez-la rarement, et éloignez insensiblement les visites jusqu'à ce qu'elle se rapproche de vous, et que Dieu vous change l'un pour l'autre.

671. Au MÊME

De Cambray [17001.

Je vous recommande toujours de craindre la hauteur, la confiance en vos pensées, la décision' dans vos discours : soyez doux et humble de coeur,

90 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 juillet [1700]

c'est-à-dire que la douceur doit venir d'une humilité sincère: l'âpreté et le défaut de modération ne viennent que d'orgueil. Pour s'adoucir, il faut se rabaisser et s'apetisser par le fond du coeur. Un coeur humble est toujours doux et maniable dans le fond, quand même la superficie serait rude, par les surprises d'une humeur brusque et chagrine. Veillez, priez, travaillez, supportez-vous vous-même, sans vous flatter. Que vos lectures et vos oraisons se tournent à vous éclairer sur vous-même, à vous corriger, et à vaincre votre naturel en présence de Dieu'.

672. AU MÊME

De Cambray [1700?].

Je crois, mon cher Monsieur, que vous pouvez suivre le conseil qu'on vous avait donné aux eaux: suivez-le librement; mais ayez de plus en plus attention pour ne vous relâcher jamais, pour éviter la dissipation, pour éviter les compagnies et les liaisons qui rappelleraient le goût du monde', et qui ralentiraient votre grâce. Demeurez uni à la bonne..., malgré l'opposition de vos deux naturels, et la vivacité qui vous rend l'un et l'autre si sensibles'.

Je pense souvent à vous avec plaisir; mais il faut se contenter d'y penser de loin, et se rapprocher en esprit par l'union à celui en qui toutes les distances ne sont rien. Ne voyez pas trop le monde. Ne vous fatiguez point ni d'étude, ni de solitude sauvage, ni même d'exercices de piété. Prenez tout avec modération; variez et diversifiez vos occupations; ne vous passionnez sur aucune. Arrêtez-vous dès que vous sentez un certain empressement qui vient de la passion'. Défiez-vous de votre esprit décisif et dédaigneux'. Dès qu'il vous échappe une parole de ce caractère, prenez d'abord un ton plus bas. Ne jugez point les autres sans nécessité'. Ne vous laissez passer à vous-même aucun tour pour vous donner aux autres comme étant meilleur que vous n'êtes. Dieu sera avec vous, si vous avez au coeur une intention droite et simple de suivre tout ceci. Vous y manquerez; mais il ne faut pas se rebuter; et, en s'humiliant de ses fautes, il faut reprendre sa course pour réparer les faux pas où l'amour-propre fait broncher. Je suis, mon cher Monsieur, de plus en plus tout à vous et à jamais.

673. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Au Casteau 26 juillet [1700].

Je suis fort irrégulier, Madame. Mais vous avez besoin de mes irrégularités et de mes sécheresses'. En attendant que nos amis deviennent parfaits, il faut tourner à profit pour nous leurs imperfections. En nous mortifiant, et en nous détachant, elles nous seront plus utiles que leurs perfections. Pardonnez-moi donc toutes mes fautes, et comptez (je vous parle en toute simplicité chrétienne) que personne au monde ne peut être à vous avec plus d'union de coeur, de zèle, et d'attachement à toute épreuve, que moi.

26 juillet [1700] TEXTE 91

Vous êtes emmaillottée. Mais on démaillotte les enfants, à mesure qu'ils croissent. Il y a néanmoins une manière de croître, que je ne vous souhaite point. A Dieu ne plaise que vous soyez grande, comme on l'est dans le monde. J[ésus-]C[hrist] ne voulait point que ses apôtres, qui étaient encore grands, empêchassent les petits enfants de venir à lui. C'est à eux qu'appartient le royaume du ciel, et malheur aux grands qui ne se rapetissent pas pour leur ressembler. J'aime cent fois mieux vos langes, et votre honte enfantine, que cette grandeur roide et hautaine des sévères Pharisiens'.

Quand Dieu accoutume une âme à lui, elle se passe sans peine de tout ce qu'il ne lui laisse point au dehors. L'amour est un grand casuiste pour décider les doutes. Il a une délicatesse et une pénétration de jalousie, qui va au-delà de tous les raisonnements des hommes. Il faut être dépendant de l'ordre extérieur, et docile aux hommes qui ont l'autorité. Mais quand le dehors manque, il faut être détaché, vivre de foi, et suivre l'amour.

Je suis ravi de ce que vous aimez sainte Magdeleine. Elle me charme. En elle tout est vie de grâce et d'amour simple, mais transporté. Je la joins à la troupe de la sainte Vierge, de s. Joseph et de s. Jean-Baptiste. J'aime bien aussi le disciple bien-aimé, qui est le docteur de l'amour.

Ce que vous sentez est une grande nouveauté pour vous. C'est une vie toute nouvelle et inconnue. On ne se connaît plus, on croit songer les yeux ouverts. Recevez, et ne tenez à rien. Aimez, souffrez, aimez encore. Peu d'attention aux dons, sinon pour louer l'Epoux qui donne. Grande simplicité, docilité, fidélité dans l'usage en chaque moment. L'amour rend libre, en simplifiant, sans dérégler 3.

Dormez autant que vous pourrez. Votre corps en a besoin, et vous ne devez point y manquer par avarice d'oraison. L'esprit d'oraison fait quitter l'oraison même, pour se conformer aux ordres de la Providence. Pendant que vous dormirez, votre coeur veillera. Dans le temps des insomnies ne rejetez point la présence de Dieu, mais ne l'excitez pas au préjudice du sommeil. Ce que vous éprouvez n'est qu'un commencement. Ce qui est le plus vif et le plus sensible, n'est ni le plus pur, ni le plus intime. Cette vivacité d'amour naissant jette dans l'âme les principes de vie, qui sont nécessaires pour les suites. Sucez donc le lait le plus doux de l'amour, à la mamelle des divines miséricordes. Aimez, comme Dieu vous donne l'amour dans le temps présent. Quand il voudra vous faire languir dans les privations, vous l'aimerez d'une autre sorte, et ce sera une autre nouveauté bien étrange.

Votre chute ne vous a point effrayée. Est-ce que vous n'êtes plus timide? Je voudrais bien savoir comment vous avez été en cette occasion. Ne vous troublez point par trop de retours sur vos fautes. C'est votre pente qui est à craindre. Je lirai assez votre écriture. D[ieu] soit tout en vous. Rien que lui.

92 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 juillet 1700

BARBEZIEUX A FÉNELON

A Versailles 26 juillet 1700.

Monsieur,

Le Roi désirant savoir' si Messieurs les archevêques et évêques ont fait publier dans leurs diocèses la constitution du Pape du 12 mai 1699' portant condamnation du livre intitulé Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, conformément à ce qui a été résolu dans votre assemblée provinciale et à la déclaration du 4e août 1699, Sa Majesté m'a ordonné de m'informer si vous et Messieurs les évêques vos suffragants avez donné vos mandements pour la publication de cette constitution, et de vous demander en même temps deux exemplaires, tant de votre mandement que de ceux de Messieurs les évêques de votre province, observant s'il vous plaît de me marquer ceux qui n'ont pas encore satisfait à ce qui est porté par cette déclaration', Je suis...

674. A LA COMTESSE DE MONTBERON 4 août [1700?] TEXTE 93

676. Au MÊME

[4 août 1700?].

Monsieur,

Je suis véritablement affligé de ne pouvoir accorder au sieur Briais la prévôté de Solesme ', puisque vous lui avez accordé votre protection. Mais j'ai déclaré à l'occasion de l'emploi de châtelain du Casteau2, à plusieurs de mes amis, et même à quelques parents assez proches', que je ne donnerais aucun de ces emplois, qu'à des gens du pays. Si je suivais maintenant, Monsieur, une conduite contraire, les gens que j'ai refusés, me croiraient de mauvaise foi. Mes raisons pour me borner aux gens du pays, ont été très fortes. Toute la nation conquise supporte très impatiemment que des Français viennent par industrie leur enlever ce qui les regarde naturellement. Un évêque doit, ce me semble, leur épargner ces jalousies, et ces murmures. Il doit se faire aimer de son troupeau, pour pouvoir leur inspirer l'amour de la religion4.

Au reste, Monsieur, la promesse que vous me faites de ne me demander plus rien est une menace pour moi'. Pourquoi m'enlever la joie, que je goûterais, si j'étais assez heureux une fois en ma vie, pour reconnaître par quelque petit plaisir ceux que vous me faites en toute occasion. De grâce donnez-moi quelque moyen de vous témoigner avec quel zèle je serai toujours plus que personne du monde, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 4 août.

673A.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

A Cambray 28 juillet [1700]. 677. A LA COMTESSE DE MONTBERON

J'avais écrit cette lettre au Casteau, Madame; mais quelques embarras me la firent oublier dans le moment de mon départ, où je voulais la donner à un domestique pour vous la porter en revenant ici. Je souhaite que votre santé soit bonne et que votre paix croisse tous les jours.

Dieu soit avec vous.

Jeudi 5 août [1700].

675. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 29 juillet [17001.

Monsieur,

Je suis ravi d'apprendre que vous êtes revenu en bonne santé. Ma joie est intéressée, car j'espère de ne laisser point passer la belle saison sans avoir l'honneur de vous voir à Maubeuge. Ce plaisir sera aussi grand pour moi que le zèle, l'attachement cordial, et l'estime singulière avec laquelle je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

Votre dernière lettre, Madame, m'a fait un sensible plaisir. Je vois que Dieu vous éclaire, et vous nourrit. Prenez ce qu'il vous donne. Demeurez à la mamelle. Vous avez vu des saints que l'amour a instruits sans science. Il n'y avait là aucune oeuvre de main d'homme. Fait-il s'étonner que l'amour apprenne à aimer? Ceux qui aiment sincèrement, et que l'esprit de Dieu enivre de son vin nouveau, parlent une langue nouvelle'. Quand on sent ce que les autres ne sentent point, et qu'on n'a point encore senti soi-même, on l'exprime comme on peut, et on trouve presque toujours que l'expression ne dit la chose qu'à demi. Si l'Eglise trouve qu'on ne s'exprime pas correctement, on est tout prêt à se corriger, et on n'a que docilité, que simplicité en partage. On ne tient ni aux termes, ni aux pensées. Une âme qui aime dans le véritable esprit de désappropriation, ne veut s'approprier ni son langage ni ses lumières. On ne saurait rien ôter à quiconque ne veut rien avoir de propre'.

Quand vous éprouvez un attrait de paix amoureuse, qui est gêné par l'arrivée de l'heure où vous faites une oraison réglée, continuez sans scrupule cette paix autant qu'elle pourra durer. Elle sera une très bonne oraison. Si

94 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

15 août 1700

15 août 1700 TEXTE 95

vous apercevez qu'elle tombe, et que vous soyez oisive ou distraite, prenez alors la règle d'oraison pour vous relever doucement.

L'avarice du temps est une vraie imperfection. C'est un empressement naturel, et une recherche des goûts spirituels. Mais Dieu se sert de cette imperfection, pour tenir les commençants dans un plus grand dégoût, et dans une séparation plus fréquente de tout ce qui est extérieur. Le temps de l'enfance est celui où l'homme se nourrit à la mamelle presque à toutes les heures. Il tête même quelquefois étant presque endormi. Il n'y a point de repas réglés. L'enfant est avide. Mais il se nourrit, et croît sensiblement'. L'unique chose à observer, est de ne manquer jamais à aucun devoir extérieur pour contenter cet attrait.

Je ne suis point pressé de ravoir les livres. Ne les lisez que quand vous n'avez rien de meilleur à faire. Peut-être ne serez-vous pas fâchée de les relire en certains moments, ou du moins d'en revoir des morceaux. Ces traits de grâce, qui sont si originaux, ne sont pas précisément ce qu'on éprouve. Mais c'est quelque chose de la même source. Les paroles propres des saints sont bien autres que les discours de ceux qui ont voulu les dépeindre. Ste Catherine] de G[ênes] est un prodige d'amour. Le F[rère] Laurent] est grossier par nature, et délicat par grâce. Ce mélange est aimable, et montre Dieu en lui. Je l'ai vu, et il y a un endroit du livre, où l'auteur, sans me nommer par mon nom, raconte en deux mots une excellente conversation, que j'eus avec lui sur la mort, pendant qu'il était fort malade, et fort gai'.

678. A LA COMTESSE DE FÉNELON

A C[ambrai] 15 août 1700.

Je dois, ma chère soeur, vous parler sur deux chapitres avec une entière ouverture de coeur. Celui de M. Roquet sera le dernier. Commençons par celui de M. votre fils'.

Il ne m'incommode en rien céans, et je suis au contraire très aise de l'avoir, car je l'aime fort. Il est très poli, très complaisant, très caressant, et très empressé pour moi. Plût à D[ieu] qu'il fît aussi bien pour lui-même, qu'il fait pour moi dans notre société. J'ai très peu de temps pour le voir, pour lui parler, pour le faire parler, pour le faire agir naturellement devant moi, et pour le redresser. Mes occupations presque continuelles m'en ôtent la liberté. D'ailleurs il ne voit personne à Cambray. Il aurait besoin de voir et d'entendre des gens propres à le former. Il ne peut voir ici que des ecclésiastiques.

Comptez que ses études n'ont été presque rien jusqu'ici, et qu'à l'avenir il ne faut pas se flatter de l'espérance qu'elles lui soient plus utiles, quoique M. de la Templerie2 n'y néglige rien. L'enfant a l'esprit vif et ouvert, avec de la facilité pour comprendre toutes les choses extérieures, et beaucoup de curiosité pour les choses qui se passent autour de lui. Mais il a l'esprit encore fort léger. Il ne fait guère de réflexion sérieuse. Il n'a ni goût de curiosité pour aucune étude, ni application, ni suite de raisonnement. Toutes ses inclinations se tournent aux exercices du corps et aux amusements de son âge. Il est déjà grand. Son corps se fortifie, et tous les exercices lui font beaucoup de bien. Je crois bien qu'il ne les lui faut permettre qu'avec modération, car il est encore fluet, délicat, et d'une santé très fragile; ce qui pourra bien lui durer toute sa vie.

Je le garderai encore avec grand plaisir, si vous le souhaitez, jusqu'au printemps prochain. Mais c'est à vous à bien examiner si vous ne pourriez pas le lui faire employer plus utilement ailleurs tant pour les exercices du corps, que pour la société propre à lui former l'esprit et à le mûrir.

Les voyages sont fort dangereux à la jeunesse, d'une grande dépense, quand on veut les bien faire, et absolument inutiles, quand on n'a pas encore des pensées sérieuses et solides. S'il fallait quelque voyage, ce devrait être après l'académie. Le temps qu'il passerait en province avec vous à voir la nature de vos biens, de vos embarras, et le mauvais état de ses affaires, pourrait être très utilement employé. Il s'ennuie horriblement à Cambray', et quoi qu'on puisse lui dire, il s'imagine toujours que, quand il ira à Paris, ou dans vos terres, il sera un seigneur bien brillant. Cette faiblesse de cerveau est assez naturelle à quatorze ans. Vous avez grande raison de ne faire de séjour à Paris que le moins que vous pourrez. Il vous sera néanmoins difficile d'éviter d'y demeurer un peu dans le temps qu'il sera à l'académie. Si vous aviez un honnête homme à mettre auprès de lui, vous pourriez peut-être vous en dispenser. Les deux points principaux sont 1° que votre compte soit bien fini, qu'il ait besoin de vous, et que vous n'ayez aucun besoin de lui; 2° que vous lui témoigniez une amitié solide, et qu'après lui avoir montré à fond le triste état de ses affaires, vous lui fassiez du bien'. Vous pouvez, si vous voulez absolument reculer à toute extrémité, le laisser ici jusqu'au printemps, le faire aller alors dans vos terres, et ne le mettre à l'académie que l'hiver suivant. Tout cela n'est point impossible pendant la paix. Mais il s'ennuiera étrangement ici, et n'y fera presque rien.

Pour M. Rocquet 5, je n'en fais aucun usage, et n'en puis faire aucun pour le présent. Quand je l'ai gardé céans, ç'a été uniquement par rapport à vous. J'ai plus d'ecclésiastiques qu'il ne m'en faut. Après vous avoir mandé que je le garderais autant que vous le souhaiteriez pour M. votre fils, j'ai dû lui parler en conformité, quand il est venu me témoigner sa peine: je l'ai fait dans ces termes précis. Il a très bien entendu que je me chargerais seulement de le nourrir dans la maison autant que vous souhaiteriez qu'il y demeurât, et il n'a jamais compris autre chose. On ne peut pas être au fait plus qu'il y est, et qu'il y a toujours été. Il sait bien que je ne me suis chargé de rien, que de vous faire plaisir en sa personne. C'est ce que je continuerai de faire autant que vous le souhaiterez. Mais je vous supplie de croire que je ne lui ai jamais rien fait espérer au-delà, et qu'il n'a jamais pu ni dû croire qu'il eût à compter qu'avec vous. Ayez la bonté, s'il vous plaît, de vous éclaircir à fond avec lui, et de décider. Sa bonne conduite et son affection méritent que vous ne le laissiez pas plus longtemps sans savoir quel est son état, ni les mesures qu'il a à prendre. Plus la chose deviendrait équivoque, plus je la veux rendre certaine pour ce qui me regarde. Je n'ai que deux choses à faire. L'une, de le garder fort honnêtement tant qu'il vous plaira, quoique je n'en fasse aucun usage. L'autre, de penser à lui, ou de loin ou de près, quand j'aurai quelque occasion convenable, pour lui faire du bien. Agréez, s'il vous plaît, que je me borne à ces deux choses, et que tout le reste se traite entre vous et lui. Je ne saurais aller plus loin.

96 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 septembre [1700]

4 septembre [1700?]

TEXTE 97

Je partirai dans peu de jours pour aller faire des visites de paroisses vers Bruxelles, et je n'en reviendrai que pour l'hiver. Ma santé ne fut jamais aussi bonne qu'elle l'est. Le travail la fortifie. J'éviterai l'épuisement. Mais ce diocèse demande qu'on agisse beaucoup. Votre attention pour ma santé me touche très vivement. M. l'abbé de Ch[antérac] m'a mandé combien vous êtes sensible à tout ce qui me regarde. Je ne le suis pas moins à tous vos intérêts, qui seront les miens jusques à la mort. J'embrasse tendrement mon frère, que j'aime du fond du coeur, et je suis à ma chère soeur autant que je dois y être, c'est-à-dire sans réserve et à jamais.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

679. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai], 2 septembre [1700].

Je suis ravi', Madame, non seulement de ce que Dieu fait dans votre coeur, mais encore du commencement de simplicité qu'il vous donne, pour me le confier. Je voudrais que vous fussiez aussi simple pour vos confessions, que vous l'êtes dans votre oraison. Mais Dieu fait son oeuvre peu à peu. Cette lenteur avec laquelle il opère, sert à nous humilier, à exercer notre patience à l'égard de nous-mêmes, à nous rendre plus dépendants de lui. Il faut donc attendre que votre simplicité croisse, et qu'elle s'étende insensiblement jusque sur la manière dont vous vous confessez, et où je vois que vous écoutez trop vos réflexions scrupuleuses. Il n'y a aucun inconvénient que vous alliez à la communion, sans vous confesser, les jours de communion, où vous n'avez aucune faute marquée à vous reprocher depuis la dernière confession. C'est ce qui peut vous arriver dans les courts intervalles d'une confession à l'autre. Dieu veut qu'on soit libre avec lui, quand on ne cherche que lui seul. L'amour est familier. Il ne réserve rien. Il ne ménage rien. Il se montre dans tous ses premiers mouvements au bien-aimé. Quand on a encore des ménagements à son égard, il y a dans le coeur quelque autre amour qui partage, qui retient, qui fait hésiter. On ne retourne tant sur soi, avec inquiétude, qu'à cause qu'on veut garder quelque autre affection, et qu'on borne l'union avec le bien-aimé. Vous qui connaissez tant les délicatesses de l'amitié, ne sentiriez-vous pas les réserves d'une personne pour qui vous n'en auriez aucune et qui mesurerait toujours sa confiance, pour ne la laisser jamais aller Z au-delà de certaines bornes? Vous ne manqueriez pas de lui dire: Je ne suis point avec vous comme vous êtes avec moi; je ne mesure rien: je sens que vous mesurez tout. Vous ne m'aimez point comme je vous aime, et comme vous devriez m'aimer. Si vous, créature indigne d'être aimée, voudriez une amitié simple et sans réserve, combien l'époux sacré est-il en droit d'être plus jaloux ! Soyez donc fidèle à croître en simplicité. Je ne vous demande point des choses qui vous troublent, ou qui vous gênent. Je suis content pourvu que vous ne résistiez point à l'attrait de simplicité, et que vous laissiez tomber tous les retours inquiets, qui y sont contraires, dès que vous les apercevez.

Suivez librement la pente de votre coeur pour vos lectures, et à l'égard de l'oraison que l'épouse ne soit point éveillée, jusqu'à ce qu'elle s'éveille d'elle- même. N'y ménagez que votre santé qui peut souffrir dans cet exercice, quoique le goût intérieur vous empêche de le remarquer. Amusez un peu votre imagination, et vos sens, quand vous éprouverez que vous aurez besoin de quelque petite occupation extérieure, qui les soulage. Ces amusements innocents ne troubleront point alors la présence amoureuse de Dieu.

Vous pouvez compter, Madame, sur les deux choses dont nous avons parlé. Je ne vous manquerai jamais, s'il plaît à Dieu, en rien. Je suis sec et irrégulier Mais Dieu est bon dans ceux qui ont besoin de bonté pour faire son oeuvre, et dont il se sert. Confiez-vous donc à Dieu, et ne regardez que lui seul. C'est le bon ami, dont le coeur sera toujours infiniment meilleur que le vôtre. Défiez-vous de vous-même, et non de lui. Il est jaloux. Mais sa jalousie est un grand amour, et nous devons être jaloux pour lui contre nous, comme il l'est lui-même. Fiez-vous à l'amour. Il ôte tout. Mais il donne tout. Il ne laisse rien dans le coeur que lui, et il ne peut y rien souffrir. Mais il suffit seul pour rassasier, et il est lui seul toutes choses. Pendant qu'on le goûte, on est enivré d'un torrent de volupté', qui n'est pourtant' qu'une goutte des biens célestes. L'amour goûté et senti ravit, transporte, absorbe, rend tous les dépouillements indifférents. Mais l'amour insensible, qui se cache pour dénuer l'âme au dedans, la martyrise plus que mille dépouillements extérieurs. Laissez-vous maintenant enivrer dans les celliers de l'Epoux.

680. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Souffrez, Monsieur, que je prenne la liberté de vous importuner encore une fois en faveur des habitants de Solesme ', en vous suppliant d'avoir la bonté de leur accorder une grâce qu'ils auront l'honneur de vous expliquer, si vous voulez bien leur donner une petite audience, et qui leur avait été autrefois accordée par M. Voysin2. Je suis, Monsieur, très parfaitement votre très humble, et très obéissant serviteur.

680 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

A Marly ce 17 septembre 1700.

Monsieur,

Le Roi a vu par le rapport que je lui ai fait de tous les mandement de M" les archevêques et évêques dont les diocèses sont dans les provinces de mon département, qu'il ne manquait que le vôtre et celui de M. l'évêque d'Arras. J'ai eu ordre de Sa Majesté de lui parler avant son départ pour lui témoigner que le Roi était étonné de ce que, nonobstant la résolution qui fut prise au mois de mai 1699 dans l'assemblée provinciale de Cambray, ainsi qu'il paraît par le procès-verbal, il n'avait point fait de mandement conforme au projet qui avait été fait dans ladite assemblée. Il a promis d'y satisfaire incessamment après s'être excusé par des raisons assez faibles.

A Cambray 4 septembre [1700?].

98 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 septembre 1700 22 septembre 1700 TEXTE 99

A votre égard le Roi sait bien que par votre mandement du 9e avril 1699 vous vous êtes soumis à la constitution, mais Sa Majesté a remarqué avec étonnement que nonobstant la déclaration qu'elle a fait expédier après avoir été informé du résultat de toutes les assemblées provinciales de son royaume, par laquelle Sa Majesté enjoint à tous les archevêques et évêques conformément aux résolutions qu'ils avaient prises eux-mêmes de faire lire et publier incessamment ladite constitution en forme de bref dans toutes les églises de leurs diocèses, de l'enregistrer dans leurs officialités, et de donner tous les ordres qu'ils estimeraient les plus efficaces pour la faire exécuter ponctuellement, vous n'ayez rien ordonné sur cette matière dans votre diocèse depuis que cette déclaration a été enregistrée au Parlement de Tournay'. Sa Majesté s'attend que vous réparerez incessamment cet oubli et m'a ordonné de vous écrire qu'elle désire que vous m'envoyiez deux des mandements que vous ferez à cette occasion pour satisfaire à sa déclaration afin que je puisse les lui remettre.

681. AU CARDINAL GABRIELLI

[22 septembre 1700].

Etiamsi parcus in scribendo sum, tamen frequens in recolenda jucundissima qua me dignaris benevolentia. Nunc vero res magni momenti ad silentium intermittendum animum impellit. Quapropter de muftis pauca dicam

Quœ tanto molimine tantoque tumultu triumviratus2, in nomine Cleri Gallicani in lucem edidit acta, haud dubie jam lecta sunt ab Eminentia vestra. Geminum prodit opus; alterum quo card[inalem] Sfondratum cum casuistis3, alterum quo me profligatum volunt4.

1° A biennio jactitabant universœ theologiœ moralis purissimœ collectionem ad umbilicum adduci. Verum spes illa excidit omnis, ex varies censuris excerpta typis mandarunt. Quanto utilius ac modestius Alex[andri] VII et Innoc[entii] XI decreta colligi ac denuo excudi jussissent !

2° Queruntur has propositiones a Pontificibus fuisse damnatas omisso antiquo usu... more majorum, et canonico ordine. Hinc metuunt ne dirum virus serpat. Quapropter suis quasque censuris configendas ducunt. Ita canonicus ordo Pontificum desuetudine interturbatus ab antistitibus restituitur. Ipsi vero Papam docentes suum officium, expectant fore ut tantum opus perficiat6.

3° In scenam invehitur liber ccetui dedicatus, qui Nodum dissolutum impugnat'. Graves, inquiunt, notae inuruntur semipelagianismo saepius imputato8. Hujus libri auctor episcopi Meldensis observationum sex propositiones carpserat. Neminem latet quam impatiens contradictionis sit episcopus ille. Promiserant quidem antistites audacissimi censoris dogmata in conventu, cui dedicatio solemnis facta est, condemnanda esse. Hoc sperabant omnes optimae note theologi. Sed mince Meldensis mere offucie. Dum in propositiones casuistarum jamdudum a superiore judice damnatas incassum detonat, repullulanti hœresi parcit. Quœ de sensu obvio, etc., dixerunt, quœstionem facti, quam vilipendunt, attinent. At de questione juris, scilicet de doctrina fidei, que tot scriptis et cavillationibus deluditur, nusquam ne

quidem vocula9. Unum est quod acerbissime repudiant, scilicet facienti quod in se est Deum gratiam Salvatoris omnium non denegare, liberalitate mere gratuita1°.

4° Qua prœsules quinque in cardinalem Sfondratum dixerant, conventus solemniter approbat, et ratum facit. Quin etiam judicium super hoc libro a Papa quinque delatoribus promissum affingunt " : quo nihil optatius, inquiunt omnes uno Meldensis ore locuti. Quare, pergunt, et a libro examinando nos abstinere par est. Nec interim oblivisci doctrinae adversus Pelagianos a s. August[ino] traditae, quam et Ecclesia Romana suam fecit, et Ecclesiae Gallicanae jam inde ab initio commendavit. Ita annuunt censori Sfondrato, semipelagianismum saepius imputanti. Hanc pestem exscindere tenetur Ecclesia Romana Augustini sententiœ tuendœ adscripta 12.

Hactenus de censura quœ piœ memoriœ vestrum amicum offendit ", nunc de gestorum narratione que me attinet, tria observanda subjungam.

1° Aperta et iterata variatio occurrit. Absit, Eminentissime Domine, ut librum meum a summo Pontifice condemnatum indirecte tueri velim. Sed, incolumi censura, Meldensis in libello impugnando hallucinari potuit. In Instructione de statibus orationis inculcatum voluerat nefas esse per interesse proprium beatitudinem intelligere; ea vili locutione abusi erant Quietistœ. Apostolus Spiritu sancto instinctus ita loqui vetabat. Dabatur spes omnino desinteressata". Verum immutata post editionem mei libelli controversia, immutanda fuit locutionum regula. Ubi sensit me (calva beatitudine semper optanda) exclusum voluisse a perfectis interesse quatenus proprium, quod antea nefas, repente factum est veluti consecrata locutio 's. Quod Anselmus, quod Scotus, quod alii omnes scholastici interesse proprii vocabulo designant, est ipsamet beatitudo. Hanc non designare eo nomine est haeresis formalis. Hanc vero abdicare his vocibus est impia et horrenda desperatio. His artibus, quoquo me verterem, hereticus esse cogebar. Si interesse proprium in libello significaret ipsammet beatitudinem, Quietistarum more locutus, Paulo, S. Spiritui, totique Ecclesiœ contradicebam, amputabam spem omnem, in haeresim formalem impingebam. At contra si dicerem proprium interesse in libello non significare beatitudinem, sed mercenaritatem, exclamabat adversarius. Anselmus, Scotus, aliique omnes theologi ipsammet beatitudinem interesse proprii vocabulo designarunt. Ha2C est a multis seculis trita et consecrata locutio, quemadmodum Consubstantiale et Deipara'. At nunc libello jamdudum condemnato interesse proprium, quod primis temporibus beatitudinem significare vetabat, et postea ut consecratum adhibuit ad significandam beatitudinem, iterata metamorphosi ad pristinum sensum tandem transtulit. Pontificie censurœ in hoc aperte derogavit, quod in libello proprium interesse (contra mentem auctoris) beatitudinem sonare visum fuerit ; conventus autem neget hoc vocabulum beatitudinem ipsam sonare. Protheus autem, ut videre est, mutata impune forma, quidquid dixerit frater, crimini vertit Episcopi vero, quidquid ipse dictet, cœco et servili obsequio scribunt. Quœ omnia dicta velim, illœsa simplicissima '' et absolutissima animi demissione, qua Pontificiœ in meum libellum censurœ constanter adhereo.

2° Quœ nova ac falsa Meldensis docuerat de unica amandi ratione, nimirum beatitudine, qua sublata Deus ipse non esset amandus, hœc eadem conventus nomine fucatis verbis repetit. Quœ si non advertant episcopi, quis

100 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 septembre 1700

custodum Israel mentis sopor? Si advertant, quœ flagitiosa servitus? Si Deus ablata illa supernaturali beatitudine amandus non esset, accidentali dono seipsum amabilem facit. Aut potius donum illud non fuit liberum. Sed hoc donum supernaturale naturœ ipsi intelligenti debetur '9.

3° In gestis narrandis de nostra controversia a conventu deligitur adversarius ille meus, qui necdum expleto odio omnia maligne confingat. Confinxit, at Deo justo permittente, sibi ipsi multoties contradixit. Inter multa unum exemplum proferam. In Declaratione solemni affirmaverat, me in examinanda domina Guyon cum aliis tribus quartum judicem accessisse20. Hoc autem a me candidissime pernegatum fuit. Nunc ipse sibi minime constans, una mihi et huic feminœ tres illos censores datos fuisse affirmat 2'. Multa hujusmodi secum aperte pugnantia refelli apologeticis scriptis, quœ scripta ut oblitterentur, nullum lapidem non movet. Dum causam dicere mihi licuit, adversarius in gestis discutiendis obmutescere coactus est. Ubi vero sensit me Sedis Apostolicœ reverentia ad silentium adigi, vocem impune attollit, fratrem vinctum, humanitatis oblitus, jugulare nititur. Silebo tamen, et uni Deo intus dicam. Domine, vim patior: responde pro me". In illa animœ amaritudine preces oro vestras, E. D., measque Patri luminum jugiter fundo, ut Ecclesiœ gravissime laboranti opem strenue feras, Petri sedes toto orbi illuceat, et si vacet", sufficiatur pontifex ad omne opus bonum instructus. Hœc omnia arcana tutis ac fidis auribus instillanda esse mihi visum est, ut piissimus et sagacissimus cardinalis qui bonique consulens, quidquid expediat vel non, tempore et loco, aut loquatur, aut silentio prœtermittat.

Intima cum observantia et perenni animi cultu subscribor.

Athi in Hannonia 22 septembris 1700.

A BARBEZIEUX

Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date du 17 de ce mois'. C'est avec le plus profond respect et le zèle le plus sincère que je veux me conformer aux intentions' du Roi. Mais je dois vous dire avec sincérité, que ce n'est nullement par oubli que je n'ai pas fait un second mandement sur la condamnation de mon livre. Il m'a paru qu'il ne pouvait être question de faire deux fois la même chose. Mon mandement n'était point, comme il semble, Monsieur, que vous l'avez cru, un simple acte de soumission au bref du Pape'. Un mandement est un acte d'autorité épiscopale. En adhérant dans le mien au jugement de mon supérieur, je condamnais mon livre avec les mêmes qualifications, j'en défendais la lecture sous les mêmes peines, en un mot je faisais par avance ce que notre assemblée provinciale' a réglé dans la suite que chaque évêque ferait par son mandement particulier. Ce qui était alors à commencer pour tous les autres évêques, était donc déjà fini par avance pour moi. Un mandement qui contient tout ce que la délibération de l'assemblée provinciale et la déclaration du

11 octobre 1700 (?) TEXTE 101

Roi' demandent, ne satisfait pas moins à ces deux actes, en les prévenant, qu'en les suivant. Il est même beaucoup plus fort que tous les autres, en ce qu'il a prévenu la règle. Aussi avais-je fait clairement entendre dans notre assemblée, qu'il ne me restait plus rien à faire, après ce que j'avais fait. Voici, Monsieur, mes propres paroles dans le procès-verbal: M l'archevêque a dit que pour lui il n'avait point à délibérer pour savoir s'il recevrait la constitution en forme de bref puisqu'il l'a déjà reçue avec tout le respect et la soumission due au S. Siège, par un mandement qu'il a publié le 9 du mois dernier dans son diocèse'.

Au reste la publication de mon mandement ne pouvait être plus forte que je la fis, pour ne m'épargner en rien. J'en fis faire deux éditions, l'une française, et l'autre latine, dont je distribuai à mes dépens plus de sept cents exemplaires. J'en envoyai à tous les Doyens de districts pour en faire part à tous les curés de ce diocèse. De plus l'imprimeur en vendit un très grand nombre. Quinze jours après on en fit encore deux autres éditions, l'une à Bruxelles et l'autre à Louvain', qui furent d'abord répandues dans tout le pays.

Dans la suite je fis imprimer le procès-verbal de notre assemblée provinciale, avant qu'on l'eût imprimé à Paris, et j'y insérai tout du long le bref du Pape avec mon mandement. Ainsi cette publication du procès-verbal fut une publication réitérée du mandement même. J'y avais inséré le bref pour me conformer plus exactement par cette circonstance à la délibération de notre assemblée'.

Enfin j'ai ajouté la dernière formalité qu'on pouvait attendre de moi, savoir l'enregistrement du bref au greffe de notre officialité. Si on veut le vérifier, on le trouvera précisément en sa place.

Ainsi, Monsieur, j'ose dire que jamais chose de cette nature n'a été consommée avec plus d'exactitude et de bonne foi. Il ne me reste donc rien de réel à exécuter pour satisfaire ni à la délibération de notre assemblée, ni à la déclaration du Roi. Mais je n'expose tout ceci que pour justifier la droiture de ma conduite. Il suffit que Sa Majesté souhaite que je recommence, pour m'engager à recommencer. Je paierai sans peine une seconde fois la dette que j'avais payée d'abord par avance de si bon coeur. J'envoie dès aujourd'hui à Cambray les ordres nécessaires afin qu'on publie dans toutes les églises, sans attendre mon retour, un mandement9 où le bref sera inséré en français, et afin que vous en puissiez recevoir au plus tôt deux exemplaires. Pour M. l'év[êque] d'Arras, tout ce qui le regarde m'est entièrement inconnu, et ne peut être mis sur mon compte.

Je suis, M., votre très humble et très affectionné serviteur.

F. A. D. D. C.

683. A...

A Cambray, 11 octobre 1700 (?).

[Il lui exprime combien il est touché et édifié de l'attention charitable qu'il a eue pour les intérêts des pauvres de Priches.]'

A Lessines le 30 septembre 1700.

682.

M.

102 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 octobre 1700

684. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

Mons, 25 octobre 1700.

Les visites que je suis obligé de faire dans cette partie de mon diocèse, m'ont donné occasion, Madame, de voir Mme la princesse de Darmstadt et je ne puis m'empêcher de vous représenter qu'elle m'a paru de plus en plus digne de compassion et de secours '.

Madame la duchesse d'Havré, sa mère, ne peut plus la faire subsister. Toutes les terres de cette maison, qui sont sur cette frontière, ont souffert, pendant dix ans de guerre, non seulement une confiscation continuelle, mais encore des déprédations de bois et des ravages sans ressource. Il a fallu vivre et faire pendant cette longue désolation beaucoup de nouveaux créanciers, au lieu de payer les anciens. Cette maison n'a pu obtenir du côté de l'Espagne aucune grâce pour la dédommager de ces pertes si accablantes. Elle a souffert, du côté de la France, toutes les rigueurs que la guerre autorise. Enfin elle succombe et je ne vois plus rien qui puisse éviter sa ruine totale. Madame la duchesse d'Havré, dans un état si déplorable, souffre, outre ses propres malheurs et ceux de ses autres enfants, toutes les peines de Mme la princesse de Darmstadt qui se voit sans bien, sans consolation, à charge à sa mère et abandonnée de son mari. Elle est jeune, elle a de l'esprit, du mérite et de la vertu. Sa naissance est grande, sa figure est agréable, quand l'extrême langueur que lui causent ses déplaisirs ne la flétrit point. Il n'y a rien en elle qui doive dégoûter M. le prince de Darmstadt, ni attirer son mépris.

Elle souffre ses peines avec un courage très noble et une religion très sincère. Son fils est le plus joli enfant qu'on puisse voir. Que deviendra-t-il? la mère et l'enfant me paraissent mériter toute la compassion de l'empereur' et de l'impératrice'. Le besoin presse et ne peut plus souffrir de retardement. Mme la D. d'Havré s'est épuisée et sa fille ne peut plus attendre d'elle aucune subsistance. Cette jeune personne se consume de tristesse, et toute cette famille est un spectacle qui fait pitié aux personnes les plus indifférentes. Je suis persuadé, Madame, qu'elle vous en fera beaucoup, car je ne saurais jamais oublier ce que j'ai vu de la bonté de votre coeur. La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et l'extrait que j'y ai trouvé de celle de Monsieur le prince de Salm, donnent de grandes espérances. J'y vois les marques les plus touchantes de la piété et de la générosité de leurs majestés impériales. J'y vois aussi avec joie le zèle et les soins empressés de Monsieur le prince de Salm, qui ont un grand mérite devant Dieu et devant les hommes. Mais ne pourriez-vous point, Madame, écrire encore un mot pour faire souvenir des personnes accablées de tant d'autres affaires plus grandes, que le mal est dans une si grande extrémité qu'il ne peut plus attendre un remède lent.

Après que j'eus reçu la lettre pleine de bonté, dont vous m'honorâtes, et qui a été, depuis ce temps-là, l'unique consolation de Mme la princesse de Darmstadt, je vous fis une réponse que j'envoyai par l'adresse que vous m'aviez marquée, et je mandai à M. l'abbé de Langeron ce que vous m'aviez écrit d'obligeant pour lui. Je compte le revoir dans peu de jours à Cambray. Je prie beaucoup Dieu, Madame, qu'il vous comble de ses grâces. C'est avec 26 octobre 1700 TEXTE 103

respect que je suis, pour toute la vie, votre très humble et très obéissant serviteur.

F. ARCHEVÊQUE DUC DE CAMBRAY.

684 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

A Fontainebleau le 26 octobre 1700.

Monsieur,

J'ai reçu deux jours après la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18 de ce mois les deux exemplaires de votre mandement au sujet de la constitution du Pape sur le livre de l'explication de la Maxime des saints. J'en ai rendu compte au Roi, et il ne me reste qu'à vous assurer que je suis...

685. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray 31 octobre [1700].

Je n'arrivai qu'hier, Madame. Je n'ai appris que dans ce moment par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire l'heureuse naissance du nouveau-né'. Je m'en réjouis de tout mon coeur. Ne serait-il pas permis, Madame, d'aller un de ces matins après la fête, dîner avec vous pour revenir le soir à Cambray'? Le 13 de novembre' est encore bien éloigné. Répondez, s'il vous plaît, en toute simplicité, et en abjurant toute politesse contraire. Vous savez, Madame, avec quel respect je vous suis dévoué.

FRANÇ. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

686. A LA MÊME

A Cambray 2 novembre [1700).

J'attends, Madame, sans impatience, mais de bon coeur, samedi ou lundi'. Vous avez bien raison de compter sur moi. Dieu ne laisse aucune cérémonie entre les siens, quand ils sont siens sans réserve. Il met à la place des délicatesses de l'amour-propre celles de la charité, qui sont infinies, sans être gênantes ni contraires à la simplicité. Je me réjouis des bons sentiments de Mile... 2, et j'espère qu'elle se soutiendra dans le bien, puisque Dieu a soin de redoubler ses coups. Pour Mme de N...', prenez tout pour vous, s'il vous plaît, Madame, et ne me renvoyez rien. Je l'honore assez sincèrement pour être bien aise qu'elle pense ce qu'il faut sur vous, et je me réjouis encore davantage de ce que l'attention du monde ne vous touche guère.

104 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

687. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

[vers le 7 novembre 1700?]'.

Nous avons eu des jours charmants. Jamais automne' ne fut si belle. Mes visites se sont passées plus heureusement qu'il n'était permis de l'espérer. Je craignais la saison et les chemins. Tout a surpassé mes espérances. Depuis mon retour même j'ai eu deux beaux jours où nous nous sommes promenés, mais vous n'y étiez pas.

Je voudrais bien que vous pussiez voir Mad. de Montmege, qui est notre parente'. Elle m'a écrit une lettre pleine d'honnêtetés. Mais je ne sais comment lui répondre, faute d'être instruit de son adresse. Vous la découvrirez facilement. Mes amitiés à votre soeur.

Mille fois tout à vous, mon cher neveu. 11 novembre 1700

légèreté d'esprit, et par indolence. Je vois tout ce que je porte. Mais le monde me paraît comme une mauvaise comédie, qui va disparaître dans quelques heures'. Je me méprise encore plus que le monde. Je mets tout au pis aller, et c'est dans le fond de ce pis aller pour toutes les choses d'ici-bas, que je trouve la paix. Il me semble encore que D[ieu] me traite trop doucement et j'ai honte d'être tant épargné. Mais ces pensées ne me viennent pas souvent, et la manière la plus fréquente de recevoir mes croix, est de les laisser venir et passer, sans m'en occuper volontairement. C'est comme un domestique indifférent, qu'on voit entrer et sortir de' sa chambre, sans lui rien dire. Du reste je ne veux vouloir que D[ieu] seul pour moi, et pour vous aussi, Madame. Qu'est-ce qui suffira à celui à qui le vrai amour ne suffit pas9?

688 A. ANTOINETTE JAMET A FÉNELON

[7 novembre 1700?]

TEXTE 105

[11 novembre 1700].

F. A. D. C.

Monseigneur,

688. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche au soir 7 novembre [1700]. Cette lettre est écrite d'hier soir, lundi 8 novembre.

On ne peut, Madame, être plus touché que je le suis de ce qui vous regarde. Il m'a paru dans notre conversation que vos scrupules vous ont un peu retardée et desséchée. Ils vous feraient des torts irréparables, si vous les écoutiez. C'est une vraie infidélité. Vous avez la lumière pour les laisser tomber ', et si vous y manquez, vous contristerez en vous le S. Esprit. Où est l'esprit de Dieu, là est la liberté'. Où est la gêne, le trouble, et la servitude, là est l'esprit propre, et un amour excessif de soi. O que le parfait amour est éloigné de ces inquiétudes ! On n'aime guère le bien-aimé, quand on est si occupé de ses propres délicatesses ! Vos peines ne sont venues que d'infidélité. Si vous n'eussiez point résisté à Dieu, pour vous écouter, vous n'auriez pas tant souffert. Rien ne coûte tant que ces recherches d'un soulagement imaginaire. Comme un hydropique en buvant augmente sa soif, un scrupuleux en écoutant ses scrupules, les augmente, et le mérite bien'. Le seul remède est de se faire taire, et de se tourner d'abord vers Dieu. C'est l'oraison et non pas la confession qui guérit alors le coeur. Travaillez donc à réparer le temps perdu; car franchement je vous trouve un peu déchue et affaiblie'. Mais cet affaiblissement se tournera à profit. Car l'expérience de la privation, de l'épreuve, et de votre faiblesse, portera sa lumière avec elle, et vous empêchera de tenir trop à ce que l'état de paix et d'abondance a de doux et de lumineux. Courage donc. Soyez simple. Vous ne l'êtes pas assez, et c'est ce qui vous empêche souvent de tout dire, et de questionner.

Pour moi je suis dans une paix sèche, obscure et languissante, sans ennui, sans plaisir, sans pensée d'en avoir jamais aucun, sans aucune vue d'avenir en ce monde', avec un présent insipide, et souvent épineux, avec un je ne sais quoi qui me porte, qui m'adoucit chaque croix, qui me contente sans goût. C'est un entraînement journalier6; cela a l'air d'un amusement par

Je prends la liberté d'écrire à Votre Grandeur' pour vous dire ce que vous ne sauriez pas si je ne vous le disais, c'est à savoir QUE JE VOUS AIME.

Vous penseriez sans doute en lisant ces trois derniers mots, à vous tenir aussitôt sur vos gardes, si j'étais quelque belle jeune fille, de crainte qu'une telle déclaration ne fût le préambule de quelque tentation.

Ou si j'étais quelque grande dame, vous vous sentiriez peut-être embarrassé comment et avec quelles cérémonies il vous faudrait accepter, ou refuser un tel compliment.

Ou bien enfin si j'étais une gueuse, vous pourriez me soupçonner de vouloir attraper quelque chose des biens de Votre Grandeur par mes flatteries. Mais Monseigneur, je ne suis rien de tout cela.

Premièrement je n'ai besoin de rien. Et je suis si éloignée de vouloir m'attirer des présents que tous ceux qui me fréquentent savent que c'est peine perdue de m'en offrir; parce que je n'en veux recevoir ni petits ni grands de qui que ce soit que de mon frère: qui est un chanoine d'Evreux suffisamment accommodé qui ne désire point plus de richesses ni plus de dignités qu'il en a

Pour de la beauté je n'en ai jamais guères eu. De la jeunesse je n'en ai plus. Il y a pour le moins trente ans que mon père est mort. Et lorsqu'il mourut il y avait déjà quinze mois que j'avais fait profession dans l'abbaye de Saint-Sauveur d'Evreux. Ergo les hommes n'ont plus de tentations à craindre avec moi de ce côté-là.

Pour ma condition je ne suis que la fille d'un médecin. Ainsi vous ne serez jamais obligé d'user de beaucoup de cérémonies envers moi.

Mais j'ose vous dire, Monseigneur, que comme les esprits n'ont point de sexe, et que toutes les âmes sont d'une égale noblesse, la mienne en vérité est aussi intelligente sur votre mérite, et aussi encline à l'honorer que celle de plusieurs gens savants et de qualité qui se disent de vos amis.Et je vous assure que je vous donnerais de mon estime, et de l'affection que je vous porte des preuves qui vous seraient agréables et aussi glorieuses que les leurs, si j'avais là dessus autant de pouvoirs qu'ils en ont.

106 CORRESPONDANCE DE FÉNELON TEXTE 107

[11 novembre 1700]

11 novembre 1700

lbut ce que j'ai pu faire jusqu'à présent pour votre service a été de composer un manuscrit pour votre justification, dont la principale pièce est un

parallèle de quelques endroits de votre livre des maximes que j'ai mis à côté

des articles d'Issy avec plusieurs arguments et réflexions de ma façon: où il ne se rencontre rien d'offensant contre vos adversaires : et ce n'est point non

plus un fruit de rébellion et de désobéissance; cet ouvrage s'étant trouvé achevé avant qu'il fût défendu par aucune loi de lire et de transcrire le livre de Votre Grandeur.

J'avais bien envie dès lors que mon parallèle fut fait de vous l'envoyer. Mais ma clôture religieuse que je garde encore plus étroitement que pas une autre de mes compagnes à cause de mon humeur solitaire et studieuse: mon peu de commerce avec les gens tant du dehors que du dedans même de notre monastère ne s'est pas trouvé propre à me faire découvrir quelque occasion favorable à vous prévenir et à commencer à vous demander un peu de part à l'honneur de votre communication. Reconnaissant donc après quelques petites tentatives qui ont été inutiles, que ce serait en vain que j'attendrais plus longtemps un autre meilleur moyen de saluer Votre Grandeur, et de vous entretenir que par la poste, je m'en sers à cet effet, Monseigneur. Si ma lettre vous tombe entre les mains; que vous m'y répondiez; que vous me témoigniez souhaiter d'avoir le manuscrit que j'ai tout prêt à vous donner; que vous me marquiez une personne à Paris ou à Evreux entre les mains de qui je le puisse faire porter pour vous être rendu: j'en aurai bien de la joie, je vous en remercierai, et je tâcherai de vous satisfaire.

Je joindrais même si je pensais que vous le voulussiez à ce manuscrit qui vous regarde particulièrement, un autre qui me regarde plus spécialement puisque c'est pour mon propre usage et pour le bon règlement de mon âme que je l'ai mis en l'état où il est. Il pourrait en un besoin servir de preuve que pour être du parti de l'amour désintéressé, on n'est pas pour cela ennemi des actes méthodiques.

Je crois si peu, Monseigneur, que vous nous vouliez empêcher de faire des actes méthodiques, des réflexions et des raisonnements lorsque nous en avons besoin pour nous exciter à la poursuite des vertus que nous n'avons pas, ou à la conservation de celles que nous avons : que je ne ferais pas de difficulté d'exposer à votre examen, et de corriger sur les avis que vous me donneriez quatre ou cinq actes fort amples de foi, d'espérance, de charité, et d'humilité que j'ai composés dans un temps où j'en avais un grand besoin, dans lesquels je mets en oeuvres les plus fortes raisons que mon esprit a pu apercevoir pour exciter en moi le désir de ces vertus, ma ferveur à les demander à Dieu, et mon courage à m'en mettre sans retardement dans la pratique, au moins en la manière qu'un sage philosophe s'y pourrait mettre naturellement.

Quitte après cela à aller puiser dans les instructions de saint Paul, de saint Augustin, et de saint Thomas des remèdes propres à préserver de l'orgueil pélagien, ceux qui ressemblant à Pélage seraient fort contents d'eux-mêmes de s'être si industrieusement acquis toutes ces sortes de vertus qu'ils priseraient autant que si la grâce médicinale du Sauveur les leur avait infuses.

Si cette lettre qui vous promet de tels écrits quand vous les voudrez voir, s'égare en chemin; qu'elle ne vous parvienne point jusques à votre palais; ou que vous la dédaigniez: je me consolerai de n'y avoir perdu qu'une feuille de papier dont la perte ne me pourra pas causer beaucoup d'inquiétude puisque je ne machine rien contre Dieu ni contre le Roi et que je ne blesse ni la charité ni aucune autre vertu dans tout ce qui est dans ma lettre. Je serais pourtant bien aise qu'elle ne fût point perdue, et en priant Dieu qu'elle ne le soit point je la recommande à sa divine providence. Mais quand après toutes mes dévotes recommandations et malgré toutes mes précautions elle le serait, et que quelques curieux infidèles la décachetteraient, qu'en pourrait-on inférer après l'avoir lue? sinon que vous, Monseigneur, qui parlez si saintement de l'amour désintéressé avez dans toutes les provinces plusieurs personnes qui vous aiment véritablement sans autre intérêt que de rendre de bon coeur justice à votre mérite. Entre lesquelles personnes qui vous aiment et qui vous honorent sincèrement je supplie très humblement Votre Grandeur de me faire la grâce de compter toujours, Monseigneur, votre très humble et très obéissante servante.

De l'abbaye de Saint-Sauveur d'Evreux l'onzième novembre 1700 jour de Saint Martin

ANTOINETTE JAMET.

Certaines raisons, Monseigneur, m'obligent à faire plus de secret de cette lettre que je vous adresse que je n'en ai fait de quelques écrits que j'ai composés sur votre sujet, lesquels ont été un peu vus ici et à Paris. Mais pour cette présente lettre je n'en parlerai point ni à mon frère ni à personne de peur d'être traversée dans son envoi par diverses sortes de gens et de motifs. Et afin que Votre Grandeur ne soit pas mal édifiée de ce silence, je lui apprends que je suis Dieu merci dans un couvent mitigé où l'un des articles de notre mitigation regarde les lettres. C'est la coutume de cette maison que de toutes nos lettres les unes partent de nos mains et les autres y viennent d'ordinaire toutes cachetées. Nous n'en parlons et nous ne les montrons qu'autant que nous le voulons. Mais aussi c'est nous-mêmes, qui les payons et non pas la communauté. Or la libéralité de mon frère qui me donne tous les ans à mes étrennes 15 ou 20 francs me suffit pour satisfaire à mon aise à toutes ces sortes de petites dépenses. C'est pourquoi, Monseigneur, si vous voulez bien m'honorer d'une de vos lettres comme je vous en supplie, vous pourrez me la faire tenir par la poste. Il faudra néanmoins qu'après avoir mis sur le dessus «A Madame Jamet religieuse de St-Sauveur d'Evreux» et l'avoir cachetée d'un cachet qui ne vous désigne point elle vienne depuis Cambray jusques à Paris ou à Rouen enveloppée dans une autre. Et j'espère que de cette sorte ne paraissant point à Evreux qu'elle vienne de plus loin que de Rouen ou de Paris notre poste me l'apportera aussi fidèlement qu'elle m'en apporte d'autres que je reçois de temps en temps de ces deux villes-là.

Si quelqu'un du pays où vous êtes venait quelquefois en celui-ci et qu'il demandât à me voir, il n'aurait qu'à dire si on l'interrogeait de quelle part il me demande, que c'est pour me parler de Madame Riotte Religieuse cordelière de Gournay. Et pour que nous ne mentissions pas je lui parlerais effectivement de cette Dame. Nous n'avons point ici de soeurs écoutes à nos parloirs.

Je suis touché, Monsieur, comme je dois l'être de toutes les marques de la bonté de votre coeur. Mais elles ne me surprennent point, et vous auriez bien de la peine à surpasser mon attente.

Je reviens d'un voyage d'environ deux mois dans le Hainaut espagnol'. C'est ce qui m'a empêché de vous remercier plus promptement.

Quelque séparation qu'il y ait entre nous, je ne cesserai jamais de vous aimer et de vous honorer plus sincèrement que les gens qui vous environnent tous les jours.

C'est de tout mon coeur et pour toute ma vie que je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBR.AY.

687. A DOM FRANÇOIS LAMY

A C[ambrai] 14 novembre 1700.

Je n'ai le temps, mon Révérend Père, que de vous dire combien j'ai eu de joie d'apprendre de vos nouvelles par M. l'A. de L[angeron]. Ce qu'il m'a dit de votre bonne santé, et de la continuation de votre amitié pour moi, m'a fait sentir un vrai plaisir dans un temps où je n'en sens guère. Je ne vous dis rien sur votre livre contre le P. Malebranche. Le succès qu'il a eu dans un temps où il paraissait devoir être si violemment contredit, est le plus grand de tous les éloges qu'il pouvait recevoir'. Cette date est bien importante pour le motif propre de la charité. Je souhaite qu'elle vous consomme en J[ésus-] C[hrist] et que nous n'ayons plus ni vous ni moi d'autre vie que celle de la nouvelle créature cachée dans le sein du Père. Tout à vous, mon cher Père, à jamais.

24 novembre 1700 TEXTE 109

mérite, qui est notre châtelain' a déjà tout examiné, et a réglé exactement sur les lieux tous les travaux à faire. Les habitants sont prêts à s'y appliquer sans relâche, dès que la saison le permettra. Vous savez, Monsieur, qu'elle ne le permet pas maintenant. Rien ne presse. Voici la paix bien affermie. On ruinerait sans ressource ces pauvres gens, et on ferait périr toutes leurs voitures, si on les contraignait de travailler à ces ouvrages en plein hiver. J'ose dire que le vrai service du Roi demande qu'on attende jusqu'au printemps, puisque la chose n'est pas d'une nécessité pressante. Selon les apparences, ceux qui pressent tant veulent qu'on les apaise par quelque somme d'argent. Mais j'espère que vous voudrez bien leur imposer silence, et faire attendre la saison où le peuple ne manquera pas de faire son devoir.

Voici une autre affaire importune. Le procureur du Roi du Quesnoy' presse mes gens de leur donner un plan figuratif de nos bois du Casteau, pour prendre connaissance de ces bois. C'est attaquer directement nos privilèges. Il doit savoir que nous avons un arrêt du conseil qui nous maintient dans nos franchises à cet égard, et qui déclare que nos bois ne sont en rien assujettis à la maîtrise des eaux et forêts du Quesnoy, ni d'ailleurs. Cet arrêt est de l'an 16821e 22 de juin, et fut donné au rapport de M. Le Peletier, intendant de Flandre'. M. le procureur du Roi peut d'autant moins prétendre l'avoir ignoré, qu'il fut enregistré au Quesnoy, en présence de tous les officiers de la maîtrise, le 9 décembre de la même année'. Ne puis-je pas espérer, Monsieur, que vous engagerez cet officier à respecter l'arrêt du conseil et la volonté du Roi.

Je suis revenu si tard du Hainaut espagnol, et avec un équipage si fatigué de mes visites, que je n'ai pu passer par Maubeuge'. J'en ai tout le regret possible; et rien n'est plus sincère que mon impatience de vous aller dire avec quels sentiments je suis pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 20 novembre 1700.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

108 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 novembre [1700]

689. AU MARQUIS LOUIS II D'ESTOURMEL'

A Cambray 12 novembre [1700].

A C. 14 novembre 17002.

FR. ARCH DUC DE CAMBRAY.

691. A MAIGNART DE BERNIÈRES

692. Au MÊME

[24 novembre 1700].

Monsieur,

[20 novembre 1700].

Monsieur,

Je vous importune le moins que je puis. Mais je ne puis l'éviter, autant que je le voudrais, et vous avez la bonté de le souffrir.

Les gens préposés pour faire raccommoder les chemins veulent obliger les habitants de la terre de Solesme de réparer dès à présent les leurs. Il est vrai qu'ils en ont besoin. Mais M. du Barlet gentilhomme de naissance et de

M. le pasteur de Poix ' se trouve depuis longtemps dans l'impuissance de remédier à la pauvreté et à l'indécence de son église, parce que les fonds dus à cette église sont entre les mains de ceux qui les ont administrés, et qui ne veulent pas en rendre compte. Il est certain, Monsieur, que le curé est non seulement en droit, mais encore en obligation d'assister aux comptes de fabrique, et qu'on ne peut les rendre légitimement sans son intervention. Les placards des Rois d'Espagne autrefois souverains du pays l'ont décidé en termes formels. Le Roi a montré par son édit de 1695 que son intention est encore plus favorable au pasteur. Quoique cet édit qui avait été reçu au

8 décembre 1700

694. A BARBEZIEUX

TEXTE 111

[8 décembre 17001.

Monsieur,

Il me semble qu'il est de mon devoir dans la conjoncture présente de donner au Roi d'Espagne' des marques de mon profond respect, et de lui demander sa protection pour l'Eglise dans la moitié de ce diocèse, qui est sous sa domination. Nous avons tous les jours sur cette frontière des affaires difficiles, où la juridiction ecclésiastique serait en péril de souffrir beaucoup, si Sa Majesté Catholique n'avait pas la bonté de montrer une particulière attention pour protéger les intérêts de la religion en ce pays.

Je ne prendrai néanmoins, Monsieur, la liberté de lui écrire, qu'en cas que le Roi veuille bien m'en accorder la permission. J'attendrai là dessus ses ordres, et j'espère que vous me ferez l'honneur de me les envoyer. Je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble, et très affectionné serviteur.

110 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 novembre 1700

parlement de Tournay, ait été suspendu par sa Majesté pour ce pays, il suffit pour montrer l'intention du Roi 2.

D'ailleurs les anciens placards sont décisifs, et en pleine vigueur. Je ne pourrais donc, Monsieur, me dispenser de soutenir le pasteur dans une fonction qui est pour lui et de droit et d'obligation. Mais comme j'apprends que ceux qui ont administré ces fonds de l'église sont les officiers de Madame Chastelain3 que j'honore beaucoup, et pour qui je sais que vous avez une considération particulière, je prends la liberté de vous supplier de vouloir bien engager Mad. Chastelain à faire en sorte que ces personnes qui dépendent d'elle rendent compte de l'administration des biens de l'église avec l'intervention du pasteur, qui a droit et obligation de s'opposer à tout ce qui ne serait pas régulier dans cette administration. De ma part je recommanderai fortement au pasteur de se conduire dans cette affaire de la manière la plus douce et la plus pacifique, pour ménager les administrateurs avec amitié, et pour marquer les plus grands égards à Mad. Chastelain qui les protège. Pardon, Monsieur, de cette opportunité que je n'ai pu éviter de vous donner.

Je suis toujours très parfaitement, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 8 décembre 1700.

A Cambray 24 novembre 1700. FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

695. A LA COMTESSE DE MONTBERON

693. A Mme DE NOYELLES (?)

28 novembre 1700.

Madame,

Je consens de tout mon coeur que vous fassiez dire la messe dans votre chapelle et que vous l'entendiez toutes les fois que votre médecin vous obligera de garder la maison. Les dames qui logent chez vous peuvent en user de même dans le même cas, et la permission s'étend aussi jusque sur les domestiques malades qui peuvent profiter de la messe qu'on dira pour les dames.

Cette lettre, Madame, vous servira de permission par écrit. Je connais trop votre piété pour craindre qu'une telle permission se tourne jamais chez vous en abus. Il ne me reste qu'à souhaiter des occasions plus importantes pour vous persuader du zèle avec lequel je serai parfaitement toute ma vie, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

Dimanche 12 décembre 1700.

J'ai toujours pour vous, Madame, au coeur ces paroles: comme l'eau éteint le feu, le scrupule éteint l'oraison. Ne vous écoutez point vous-même sur vos scrupules, et vous serez en paix. Il y a deux choses qui doivent vous ôter toute crainte. L'une est l'expérience de votre vivacité, de votre subtilité, de vos tours ingénieux pour vous troubler vous-même sur des riens. Vous l'avez souvent reconnu. Tous vos directeurs et confesseurs vous l'ont unanimement déclaré. C'était une tentation reconnue pour telle, avant que vous fissiez oraison'. L'oraison n'y doit rien ajouter. Pour faire oraison, vous n'en devez pas moins rejeter vos scrupules, comme des tentations anciennes, qu'on vous a de tout temps ordonné de n'écouter plus. L'oraison ne fait pas que ce qui était autrefois très innocent, devienne mauvais ou dangereux. L'oraison ne fait pas que vos anciens directeurs aient mal réglé ce qu'ils ont réglé indépendamment de toute oraison, et sur quoi ils sont uniformes. La seconde chose qui doit vous rassurer, est le préjudice qui vous vient de ces scrupules. Toutes les fois que vous voulez, contre l'obéissance, et contre votre attrait intérieur, rentrer dans ces examens tant de fois condamnés par vos directeurs, vous vous distrayez, vous vous troublez, vous vous desséchez, vous vous éloignez de l'oraison, et par conséquent de Dieu, vous rentrez en vous-même, vous retombez dans votre naturel, vous réveillez vos vivacités', vos délicatesses, et vos autres défauts, vous n'êtes presque plus occupée que de vous. En vérité tout cela est-il de Dieu? est-ce en suivant l'attrait de sa grâce qu'on s'éloigne tant de lui? A mon retour je vous trouvai si déchue, et si prête à vous dissiper entièrement, que je ne vous connaissais presque

112 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 13 décembre 1700

20 décembre 1700 TEXTE 113

plus'. Est-ce là l'ouvrage de Dieu? y reconnaissez-vous sa main? L'amour détourne-t-il d'aimer? D'ailleurs, dans la vie simple et régulière que vous menez depuis que vous faites oraison encore plus qu'auparavant, vous ne pouvez repasser dans votre esprit que des vétilles pour plusieurs années. Ne seriez-vous pas bien coupable devant Dieu, si vous vous détourniez de sa société familière dans l'oraison, par la recherche inquiète de toutes ces vétilles que vous grossissez dans votre imagination? Je les mets toutes au pis, et je les suppose de vrais péchés. Du moins elles ne peuvent être que des péchés véniels, dont il faut s'humilier, et travailler fortement à se corriger, mais que la ferveur de l'amour dans l'oraison efface promptement. Mais vous devriez tourner votre délicatesse scrupuleuse principalement contre vos scrupules mêmes. Est-il permis, sous prétexte de rechercher les plus légères fautes, de se troubler, de faire tarir la grâce de l'oraison, et de se faire tant de grands [maux'] pour en subtiliser de petits? Ce n'est pas pour le temps présent que je vous dis toutes ces choses. Vous n'en avez pas besoin maintenant. Mais le besoin en peut revenir. Le scrupule est une illusion en mal, comme la fausse oraison est une illusion en bien. Pour l'oraison qui met en paix, qui nourrit le coeur, qui détache, qui humilie, qui ne cesse que quand on tombe dans le scrupule, et qu'on ne peut quitter qu'en s'éloignant de l'amour, elle ne peut être que bonne. Il ne peut y avoir aucune illusion à croire sans voir, à aimer sans s'attacher à ce qu'on sent, à recevoir simplement sans s'arrêter à ce qu'on reçoit, à renoncer à toute imagination, au propre sens et à la propre volonté.

Voici une lettre qui était déjà faite, Madame, et à laquelle je n'ajouterai rien, sinon que je me servirai d'une voie particulière, qui se présente, pour faire la réponse qu'on attend, sans craindre l'inconvénient que vous craignez.

696. A DOM FRANÇOIS LAMY

A C[ambrai] 13 déc[embre] 1700.

Je suis surpris, mon Révérend Père, qu'on laisse écrire le P. Mal [ebranche] contre vous, et qu'en même temps on vous impose silence. Quelle autorité engage votre Père général à vous lier les mains pendant qu'on vous frappe, et qu'on vous impute des principes qui ont des conséquences impies? Vous avez raison d'obéir, et c'est dans votre silence qu'est votre force. Mais il faut que quelque personne puissante ait parlé au P[ère] général '. D'ailleurs je ne comprends pas comment le P. Mal ebranche] veut écrire contre un auteur à qui on a fermé la bouche. L'amour-propre bien éclairé sur ses intérêts (s'il y en avait un tel au monde)2 suffirait pour ne prendre jamais un si mauvais parti. Je plains votre adversaire de ce qu'il [se] fait tort par cette conduite, et je vous trouve fort heureux de n'avoir qu'à vous taire, en obéissant. Nous devons quelquefois à la vérité, de parler pour elle, faute de quoi nous manquerions à un devoir pressant. Mais elle n'a jamais besoin de nous, et elle est dans les mains de D[ieul ou, pour mieux dire, elle est D[ieu] même, qui n'a jamais besoin de personne. Votre Père général aura eu selon les apparences de fortes raisons pour vous empêcher d'écrire plus longtemps.

Pour le R[oi] d'Espagne, son état est bien grand', mais bien périlleux. Prions pour lui, afin qu'il fasse les biens, et qu'il ne fasse aucun des maux, que sa place le met à portée de faire. Beaucoup de jeunesse et d'autorité sont bien redoutables, quand elles se trouvent ensemble. Encore une fois prions pour lui.

Ne prions pas moins pour le nouveau Pape*, afin qu'il soit plein de l'esprit de grâce, non seulement pour remédier aux abus extérieurs sur la discipline, mais encore afin qu'il inspire au troupeau de J[ésus-]C[hrist] l'amour des vertus intérieures et de la prière, faute de quoi la discipline extérieure n'est que comme la lettre de la loi une vaine apparence de religion. Pour moi, je n'ai à parler qu'à Dieu, et mon état me dispense de parler aux hommes, excepté mes diocésains. Votre attention et votre sensibilité pour tout ce que vous croyez qui peut avoir quelque rapport à moi, me touche vivement. Mais rien de ce monde ne me regarde'. Ce qui peut m'être utile et consolant, c'est qu'un ami tel que vous continue à m'aimer, et à prier pour moi. De mon côté je ne cesserai jamais de prier pour vous, de vous honorer, et de vous aimer très cordialement.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

697. A MAIGNART DE BERNIÉRES (?)

20 décembre 1700.

[Relative à la chapelle de Notre-Dame-aux-Arbres qui est située à la porte de Landrecies et que Louis XIV a fait rétablir.] «Le Roi désire que les pères carmes la desservent à l'intention des soldats de la garnison; mais il faut penser aux fondateurs et à l'instruction des paroissiens qui l'avoisinent. » '

698. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

Cambray, 20 décembre 1700.

Je suis, Madame, dans une véritable et sensible affliction sur les nouvelles que vous me donnez de votre santé. J'espère néanmoins que les médecins qui devront examiner votre mal l'auront trouvé moindre que vous ne l'aviez cru. Il me tarde bien de savoir ce qu'ils auront jugé de votre état et je souhaite de tout mon coeur que vous puissiez m'en donner au plus tôt de bonnes nouvelles. Nous avons écrit à Paris pour savoir exactement comment est-ce qu'une dame de notre connaissance a été guérie d'un mal qu'on croyait incurable en ce genre. C'est Mad. de Chatillon ' que vous avez pu voir ou à S. Sulpice ou avec Mad. la Duchesse Douairière d'Usez2. Elle était fort mal et les médecins n'avaient pu la soulager. Un aventurier', ce me semble, lui fit un remède avec des cloportes et elle est parfaitement guérie. Dieu veuille que vous puissiez bientôt être de même. Il n'y a point de joie que je désire ressentir plus que celle-là. Nous garderons le secret là-dessus.

Pour la jeunesse il ne faut jamais être surpris des mécomptes qu'on y trouve. Il vient un âge où les jeunes personnes n'ont que le goût du plaisir, sans réflexion et sans expérience, avec la jalousie de leur liberté. Elles ne croient ni n'écoutent rien de ce qu'on leur dit. On leur est incommode, et il

114 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 décembre 1700 [1700] TEXTE 115

n'y a guère alors d'autre remède que celui de la patience pour laisser écouler le torrent. Mais l'âge amène peu à peu ce que l'autorité, l'exemple et l'instruction n'ont pu faire d'abord. Cette première pointe de jeunesse s'émousse, on s'accoutume à réfléchir, on éprouve du mécompte partout. On se rappelle insensiblement tout ce qu'on n'écoutait autrefois qu'à demi et dont on se moquait. On mûrit comme un fruit vert. La jeunesse bien instruite revient de loin après de grands égarements. Il faut la laisser un peu se fatiguer et s'embarrasser elle-même dans les indocilités. Il faut alors se borner à les édifier, à leur être aimable, sans les flatter, à prier pour elles, et à attendre que Miel') fasse sur elles ce que nous ne pouvons y faire'.

Mad. la P. de Darmstadt est allée faire un voyage à la hâte. A son retour, je lui offrirai ce qui dépend de moi. Les affaires de Mad. sa mère sont dans la dernière désolation. La fille n'aura aucune ressource si l'Impératrice n'a pitié d'elle tout au plus tôt 5.

Je suis fâché d'apprendre que Monsieur le Prince de Salm6 est goutteux. Je voudrais qu'un homme si droit, si éclairé, si utile au public n'eût aucun mal qui interrompît sa santé et ses travaux.

Ce qui vient d'arriver dans l'Europe est bien extraordinaire. D[ieu] fait des coups qu'on ne peut prévoir. La paix est un bien plus désirable que tous les autres de cette vie'. La vie elle-même n'est rien. Elle est déjà presque écoulée. La mienne ne finira point, Madame, mon zèle et mon respect pour vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

698 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

A Versailles 20 décembre 1700.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 8e de ce mois, de laquelle ayant rendu compte au Roi, Sa Majesté m'a commandé de vous faire savoir qu'elle ne croyait pas qu'il fût nécessaire que vous écrivissiez au Roi d'Espagne pour lui demander sa protection pour l'Eglise dont la moitié de votre diocèse est sous sa domination', et qu'elle lui en ferait parler par Monsieur le Duc d'Harcourt' lorsqu'il serait arrivé en Espagne. Je suis...

699. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche 26 déc[embre] 1700.

Vous ne vous trompez point, Madame, en disant que l'élévation que l'amour donne n'enfle point le coeur. C'est une marque qui rassure contre la crainte de l'illusion. L'amour, selon l'expérience intime, est bien plus Dieu que nous. C'est D[ieu] qui s'aime lui-même dans notre coeur'. On trouve que c'est quelque chose qui fait toute notre vie, et qui est néanmoins supérieur à nous. Nous n'en pouvons rien prendre pour nous en glorifier. Plus on aime

Dieu, plus on sent que c'est D[ieu] qui est tout ensemble l'amour et le bien-aimé. O qu'on est éloigné de se savoir bon gré d'aimer, quand on aime véritablement. L'amour est emprunté'. On sent qu'il fait tout, et que rien ne se ferait, s'il ne nous était donné pour tout faire. Hélas! qu'aimerais-je, si ce n'est moi-même, si je n'aimais que de mon propre fond? Dieu qui sait tout assaisonner, ne donne jamais le plus sublime amour sans son contre-poids. On éprouve tout ensemble au dedans de soi deux principes infiniment opposés. On sent une faiblesse et une imperfection étonnante dans tout ce qui est propre. Mais on sent par emprunt un transport d'amour, qui est si disproportionné à tout le reste, qu'on ne peut se l'attribuer. Un enfant qu'on enlève bien haut, loin de s'en croire plus grand, a peur de tomber, si on ne le tient à deux mains dans cette élévation. C'est l'amour qui rend véritablement humble, car il avilit infiniment tout ce qui n'est point le bien-aimé. Il en occupe tellement qu'il fait qu'on s'oublie. Enfin il fait sentir quelque chose de si différent de la nature, qu'il convainc de sa corruption et de son impuissance'. Il reproche intimement avec une vivacité perçante jusqu'aux moindres recherches de la nature.

Tenez ferme, Madame, pour vos communions°. Les consciences scrupuleuses ont besoin d'être poussées au-delà de leurs bornes, comme les chevaux rétifs et ombrageux. Plus vous hésiterez dans vos scrupules, plus vous les nourrirez secrètement. Il faut les gourmander pour les guérir. Plus vous les vaincrez, plus vous serez en paix. En passant au-delà, vous trouverez non seulement une paix véritable, mais encore une paix lumineuse, qui vous apportera un profond discernement sur le piège de vos scrupules, et qui sera suivie de fruits solides. Voilà la marque qu'une conduite est de Dieu. Rien n'est si contraire à la simplicité que le scrupule. Il cache je ne sais quoi de double et de faux. On croit n'être en peine que par délicatesse d'amour pour Dieu. Mais dans le fond on est inquiet pour soi, et on est jaloux pour sa propre perfection par un attachement naturel à soi. On se trompe pour se tourmenter, et pour se distraire de Dieu sous prétexte de précaution.

699 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

[17001.

Je n'ai point eu l'intention' de diminuer les privilèges des habitants du Cateau-Cambrésis par l'arrêt du 20 avril dernier qui a été rendu pour faire exécuter l'édit de l'établissement du contrôle des actes dans le département de M. Debagnols ; et sur ce que vous m'avez représenté par votre lettre, qu'elle a toujours été distinguée des autres châtellenies dans les impositions qui se sont faites et qu'elle a été exemptée dans de pareilles occasions', je ferai expédier un arrêt pour faire exempter du contrôle les actes qui seront passés par les juges, notaires et greffiers de cette châtellenie, quoiqu'elle soit comprise dans le précédent dont vous vous plaignez.

116 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 janvier 1701

700. A MAIGNART DE BERNIÈRES

[2 janvier 1701].

Monsieur,

On ne peut ressentir plus vivement que je le fais, toutes les marques d'amitié, que vous me faites l'honneur de me donner en toute occasion. Jugez par là comment je reçois vos souhaits pour la nouvelle année et combien j'en fais devant Dieu, afin qu'il vous comble de toutes sortes de bénédictions spirituelles et temporelles. Je le prie de les répandre aussi sur Madame de Bernières. J'aurai une véritable joie, quand la saison et mes projets de visites me permettront d'aller à Maubeuge vous remercier de tout ce que vous faites pour moi. Cependant, Monsieur, je puis vous assurer, qu'il ne tiendra pas à mes soins, que M. le pasteur de Poix ne fasse son devoir non seulement par rapport au service du Roi, et du public, mais encore par rapport à la Dame de sa paroisse qu'il doit honorer'. Je lui ai mandé de venir ici, afin que je puisse lui donner mes avis sur sa conduite. On ne peut rien ajouter aux sentiments à' l'estime singulière, et au zèle avec lequel je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. 10 janvier 1701 TEXTE 117

volonté, qui paraît moins, et qui est beaucoup plus que ce qu'on appelle d'ordinaire courage. La bonne eau ne sent rien. Plus elle est pure, moins elle a de goût. Elle n'est d'aucune couleur. Sa pureté la rend transparente', et fait que n'étant jamais colorée, elle paraît de toutes les couleurs des corps solides où vous la mettez. La bonne volonté qui n'est plus qu'amour de celle de Dieu, n'a plus ni éclat ni couleur par elle-même. Elle est seulement en chaque occasion ce qu'il faut qu'elle soit, pour ne vouloir que ce que Dieu veut. Heureux ceux qui ont déjà quelque commencement et quelque semence d'un si grand bien.

C'est à vous, Madame, à préparer, à ouvrir, à façonner peu à peu l'homme nouveau dans votre prochain, qui vous est si cher'. Ne hâtez rien, ne prévenez rien, ne vous empressez sur rien. Mais suivez pas à pas tout ce que D[ieu] commence. Il y a une espèce de signal qu'il donne. Il faut y être attentif et être aussi éloigné de la négligence et de la retenue politique, que de l'empressement. Je souhaite que votre malade' ne nous empêche point d'avoir l'honneur de vous revoir samedi '°. Aurez-vous la bonté de dire un mot pour moi aux deux personnes chez qui vous êtes?

702. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

A Cambray 2 janvier 1701. De Cambray, 10 janvier 1701.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

701. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray 5 janvier 1701'.

Je suis touché, Madame, de ce que votre malade souffre. Mais je me réjouis de ce qu'elle souffre si bien 2. Souvenez-vous de ce que dit le [Chrétien intérieurl: Ceux qui ne veulent point souffrir n'aiment point car l'amour veut toujours souffrir pour le bien-aimé. Vous ne vous trompez point, en distinguant la bonne volonté du courage. Le courage est une certaine force et une certaine grandeur de sentiment', avec laquelle on surmonte tout. Pour les âmes que D[ieu] veut tenir petites, et à qui il ne veut laisser que le sentiment de leur propre faiblesse, elles font tout ce qu'il faut sans trouver en elles de quoi le faire, et sans se promettre d'en venir à bout. Tout les surmonte selon leur sentiment, et elles surmontent tout par un je ne sais quoi, qui est en elles sans qu'elles le sachent, qui s'y trouve tout à propos au besoin', comme d'emprunt, et qu'elles ne s'avisent pas même de regarder comme leur étant propre. Elles ne pensent point à bien souffrir. Mais insensiblement chaque croix se trouve portée jusqu'au bout dans une paix simple et amère', où elles n'ont voulu que ce que Dieu voulait. Il n'y a rien d'éclatant, rien de fort, rien de distinct aux yeux d'autrui, et encore moins aux yeux de la personne. Si vous lui disiez qu'elle a bien souffert, elle ne le comprendrait pas. Elle ne sait pas elle-même comment tout cela s'est passé. A peine trouve-t-elle son coeur, et elle ne le cherche pas. Si elle voulait le chercher, elle en perdrait la simplicité et sortirait de son attrait. C'est ce que vous appelez une bonne

Je vous envoie, Madame, un mémoire exact sur le remède qui a guéri Mme de Chatillon' et qui n'a pas eu un moindre succès pour d'autres. Le remède est si simple, si facile, si innocent et éprouvé par une personne si estimable, qu'il mérite bien, ce me semble, sur un tel témoignage, que vous essayiez s'il pourra vous guérir. Vous n'aurez été nommée nulle part et vous ne le serez jamais. Il n'y a que l'abbé de G.' et moi qui gardons fidèlement votre secret. L'espérance que votre médecin vous donne me remplit de joie. Mais, mon Dieu, de quoi nous réjouissons-nous en ce monde, et que nos amitiés se réduisent à de faibles souhaits ! Nous nous désirons les uns aux autres un peu plus de langueur et de misère, en nous désirant un peu plus de vie. C'est souhaiter au malade qu'il aille jusqu'au dixième jour et qu'il ne meure pas le septième. M. de Barbezieux qui vient de mourir tout à coup, dans une florissante jeunesse et dans une éclatante fortune, étonne beaucoup de gens et ne corrige personne'.

Votre habile médecin a raison, Madame, de craindre pour vous la mélancolie. Rien ne ruine tant la santé des personnes vives et sensibles, elle cause ces humeurs âcres et corrosives qui font des impressions si profondes. Un bon régime, avec un peu de consolation, dans la société de personnes pieuses et affectionnées, vous guérirait mieux que tous les remèdes. Plût à Dieu que vous puissiez être six mois, en ce pays, en parfait repos'.

On assure que l'empereur' a déclaré la guerre au nouveau roi d'Espagne', voilà toute l'Europe que nous allons voir aussi agitée qu'elle l'était, il y a quelques années'. Pour moi, je ne sais que lever les mains' et demander à Dieu la paix, que le monde ne peut nous donner. Celle de Remiremont sera peut-être aussi difficile que celle de l'Europe. Ce n'est pas la grandeur des objets, mais la faiblesse des hommes qui rend leurs dissensions si irrémédiables. II ne faut à l'orgueil jaloux des hommes qu'un pouce de terre, qu'un sou

118 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 janvier [1701]

de revenu, qu'une vaine économie, qu'un fantôme d'autorité pour causer des contestations violentes et perpétuelles. Je vous plains s'il faut que vous rentriez dans des procès, avec une santé attaquée. Engagez-vous-y le moins que vous pourrez. Procurez à Madame votre soeur' des secours qui vous épargnent le danger d'agir vous-même. Bornez-vous à donner des conseils et des instructions aux solliciteurs. Travaillez, s'il est possible, à l'accommodement ; Madame votre soeur doit racheter votre santé 1°, pour son propre intérêt. Le procès de Rome n'est pas comme celui de Paris, vous ne pourrez y aller. Vous ne pourrez aller qu'à Remiremont, encore est-ce trop pour votre mal, pendant que les esprits y seront échauffés. Dieu veuille vous donner la paix! Il connaît, Madame, jusqu'où va mon zèle et mon dévouement pour vous.

703. A [MAIGNART DE BERNIERES?]

A Cambray, 12 janvier [1701].

Je ne puis m'empêcher, Monsieur, de vous importuner pour les intérêts de l'ecclésiastique qui aura l'honneur de vous rendre cette lettre. C'est un des meilleurs ouvriers de ce diocèse, et quoique la nature de son affaire me fasse craindre quelque difficulté, sa vertu m'engage à hasarder un peu en sa faveur. Vous voyez bien, Monsieur, que je n'en veux pas être moins retenu dans mes demandes. Je suis plus parfaitement que personne, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Illusme Domine,

Summopere me exhilaravit humanissima Dominationis tuœ illustrissime epistola' tam fausta mihi afferens nuntia de D. meo Sebastiano [archiep. Camerac.], et de restituta tibi optima valetudine, quam ab omnium bonorum largitore Deo diuturnam tibi apprecor.

Ad alteram mandati D. Sebastiani jam ab biennio undequaque disseminati impressionem, et promulgationem tua in epistola contentam obstupui2, et minime diffido, quod his quoque Deus dabit finem quo magis nunc forte ignotum, eo magis D. Sebastiano feliciorem, et suis œmulis molestiorem3. Jam de attentatis proxime elapso autumno4 in Morimundo [Gallia] quoad gravissimas materias et dignissimas personas commissis probe instructus fuis, et deflevi coram Deo insanas hominum cogitationes. D. Sebastianus apud omnes optime audit, ejusque animi prœclarissimœ dotes, pietas, eruditio, doctrina, robur, constantia, pastoralis zelus publico ubique efferuntur prœconio, et Julius [ipse Gabriellius] cum omnibus indiscriminatim, et assidue et palam de D. Sebastiano elogia concinnat6.

Complura in tuis litteris perlego de novi Pontificis meritis et electione, et quidem condigna et egregia, sed infra tanti viri prœrogativas, et talis elec 22 janvier 1701 TEXTE 119

tionis dignitatem': non quod velim eloquentiae tuœ vires extenuare, sed quia thema istud omni laude longe superius est; et ob id tanti viri et tam eximiœ electionis conditiones vix fidem ab auditoribus obtinebunt.

Ipse Urbini, anno 1649 die 22 julii nobilibus parentibus ortus est'. Ab infantia, maxima probitatis, ingenii, prudentiœ, et comitatis specimina prœ se tulit, ingentemque de se prœbuit expectationem. Septemdecim annos natus canonicatu basilicœ S. Laurentii in Damaso ab Alexandro septimo cohonestatus fuit, et omni litterarum genere prœcipue grœcarum, et sacra theologia excultissimus, ac utriusque juris, philosophie ac theologiœ laureas vigesimo etatis anno adeptus, ad varios prœlaturœ gradus, et ad complurium civitatum ditionis ecclesiasticœ gubernia a Clemente nono destina-tus fuit. His muneribus eximie perfunctus, et communi Status Ecclesiastici Aulœque Romane plausu celebratus, Romam redux ab Innocentio undecimo Basilics Vaticane vicarius constitutus, et postmodum a Brevium secretis destinatus, eidem Pontifici, et aliis duobus successoribus eodem in munere inservivit, atque ab iisdem ad graviora quœque Christiane Reipublicœ negotia adhibitus tam prœclare se gessit, ut ab ejus ore prœlaudati Pontifices unice penderent : est quippe indolis suavissimœ, famœ integerrimœ, inculpatœ vitae, capacissimœ mentis, mirificœ solertiœ, exactissimœ statuum ac negotiorum Principum Christianorum peritiœ, et maxime incomparabilis beneficentiœ omnibus prœcipue doctis viris paratissimœ, qua omnes sibi devinctissimos repente ipso primo affatu reddit, omni procul semota affectatione ac verbositate. Excelsis ac inclytis his donis condecoratus, ab Alexandro octavo sacra purpura insignitus fuit', ac in Reipublicœ ministerio confirmatus candidis suis moribus, ac beneficiis erga omnes profusis tot sibi amicos paravit, quot fere homines novit.

Deveniam modo ad ejusdem in summum Pontificem exaltationem. Die 19 novembris nulla affulgebat de creatione summi Pontificis spes; vota electorum adeo inter se diversa, ac dissona, ut communis omnium opinio esset de protrahenda ad plures menses Papœ electione", cum vespere ejusdem diei, evulgata in conclavi Regis Hispaniarum morte, obortus quidam rumor de necessitate, que novi Pontificis declarationem quam primum postulabat, ut laboranti his rerum angustiis Christiane Reipublicœ quantocius succurreretur. Ab aliquibus Cardinalibus illico arrepta de Pontifice creando tractatio, expensi quidam candidati, sed variis de causis rejecti. Propositus fuit in medium Cardinalis Albanus ", et unius horœ spatio comperta fuere vota requisitum numerum excedentia. Hora ejusdem noctis sexta per Conclave nuntius de futura in crastinum Pontificis electione innotuit. Horum omnium ignarus Cardinalis Albanus sua in cella quiescebat, cum sub sequentis diei auroram de re tota instructus, impossibile dictu est, que dixerit, que peregerit per totos tres sequentes dies ad avertendos Cardinalium animos a meditata electione. Mane diei 20 admoniti monachi Morimundi hujus resolutionis, cum sibi certo persuasissent, hujusmodi opus non nisi ipsis auctoribus inchoandum et perficiendum, vel ipsis adversantibus concludi nullatenus posse, cum contra sententiam suam rem peragi et jam conclusam viderunt, ad artes quibus hanc rem vel turbarent, vel electum sibi propitium redderent, convolarunt, et bene conscii beneficio dilationis, et temporis mora injecta sœpe dissolvi, palam querebantur de tam inopinata electione, et cum nihil haberent, quod eligendo objicerent, declararunt, quod etiam ipsi in idem

703 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

[22 janvier 1701].

120 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 janvier 1701 TEXTE 121

22 janvier 1701

consentirent, sed quod res tota prius deferenda esset Demetrio ab Urbe itinere duorum dierum per expeditissimum cursorem conficiendo distanti. Hoc prœtextu dilata per quatuor dies electio fuit; quamvis gravissimi vira testati fuerint, nullum ad Demetrium cursorem missum; sed hoc jactatum, ut tempus meditatum opus dirimeret '2. Inter hœc plerique electores fremebant, et aperte contestati sunt se nec amplius horam expectaturos ad electionem peragendam. Quod vero Cardinalium animos maxime angebat, et suspensos tenebat, erat constantissima et fere insuperabilis renitentia et contradictio Cardinalis Albani, qui cella suie inclusus nullum ad sermonem admittebat. Cogitatum fuit, Confessarium ad ipsum inducere, qui ei exponeret Cardinales omnes ab ejus electione omnino removeri non posse, nec ipsum absque gravis peccati reatu in his rerum circumstantiis hanc supremam dignitatem declinare posse. Ad has voces sœpius per Confessarium repetitas, ejusque auribus inculcatas visus est Cardinalis Albanus aliquantisper asperitatem et pontificatus horrorem deponere. Tum ad insigniores Urbis theologos scriptum fuit, ut suam sententiam hac de re promerent, et scriptis mandarent, quœ deinde Confessarius ad D. Cardinalem Albanum detulit 13, qui nihil ad hac respondens obmutuit, et totus lacrymis obrutus luctu et suspiriis concidebat, ac febri valida vexatus medicorum cura premebatur. Demum post scrutinium vespertinum diei 22 novembris resolutum fuit ad electionem novi Pontificis proximo mane devenire, parataque omnia ad hujusmodi functionem necessaria. Mane ejusdem diei Cardinales longioris morœ impatientes agmine facto in cellam Cardinalis Albani irruperunt, quem vultu pallidum et totum lacrymis perfusum intuiti in sacram capellam pertraxerunt. Omnes Cardinales in conclavi erant quinquaginta octo, et post celebratum a singulis sacrum de Spiritu sancto deventum fuit ad electionem, quœ in primo ipso scrutinio completissima, et cum omnibus votis apparuit, nimirum, vota quinquaginta septem Cardinali Albano obtigerunt. Datis schedulis, eisque enumeratis, et de more recognitis, D. Cardinalis Decanus, sacri Collegii aliis Cardinalibus comitatus ad D. Cardinalem Albanum accessit, eique electionem de ipso plenissime, et ne uno quidem refragante, factam aperuit, illiusque consensum in electionem tam canonicam et legitimam expetiit. Ad has voces exhorrere visus est Cardinalis Albanus, et ingenti lacrymarum copia oborta vix verbum proferre poterat, omnibus aliis Cardinalibus in fletum effusis. Postea a Cœremoniarum Magistris electus in pedes erectus altare versus petere volebat, sed nimio tremore concussus gressum figere non pote-rat ; sed ab aliis adjutus ante altare sese prostravit, et diu ibi jacens suspiriis et fletu colliquescebat, non desinentibus aliis Cardinalibus lacrymas effundere, et metu torqueri de electi dissensu. Prolixo temporis intervallo transacto, ope eorumdem cœremoniarum Magistrorum electus in pedes sublevatus lacrymarum imbre vix permittente, clarissime contestatus est, sese ad consensum sue electioni prœstandum hac prœcise ratione adigi, ne gravi culpa se obstringeret, ut plures magni nominis Theologi per suas lucubrationes gravissimis auctoritatibus et rationibus demonstrarant ; mox binas sententias s. Gregorii Magni14, et alteram s. Leonis 15, quibus acceptationem summi pontificatus expresserant, pronuntiavit. Pro certo habeat Dominatio tua, me talia admirantem vix oculis meis credidisse, et manifeste hac nostra tempestate conspexisse, Ecclesiam eodem Spiritu ac nascentem et primitivam animatam mentique mea obversatum fuisse illud sancti Cypriani de

sancti Cornelii papa electione elogium: «Episcopatum nec postulavit, nec voluit, nec invasit, non quidem vim fecit, ut episcopus fieret, sed ipse vim passus est ut episcopatum coactus exciperet '6. » Utinam hœretici, et alii Romana Ecclesiœ subinfesti propriis oculis aspexissent hanc electionem undequaque sanctissimam, tum ex parte electorum, ex quibus saltem quindecim electo etate majores communiter ea dignitate dignissimi censebantur ; tum ex parte electi omnibus animi corporisque dotibus exornatissimi; tum ex parte electionis, quœ per quatuor dies protracta rarissimo exemplo plenissime, ne uno quidem dissentiente, imo omnibus mire exultantibus conclusa fuit, adeo ut inservire et statui possit pro exemplari electionis canonicœ, legitimœ ac pacificœ. Ad hoc etiam accessit, quod hujusmodi electio terminata fuit absque ulla prorsus previa conventione, aut alicujus nationis satisfactione, que alias permittebantur, neque indigna reputabantur, quod maximopere displicuit Monachis Morimundi '8, qui tanquam alii de collegio absque ailla prœrogativa, aut super alios cardinales partialitate, et electi benemerentia vel inviti concurrerunt : quod ego maximi facio. Hoc totum evidentissimum est, et magis magisque omnibus patefactum est ex subsequenti ministrorum prorsus indifferentium, et nulli parti adscriptorum, deputatione ab ipso Pontifice facta '9. Item summus Pontifex a die electionis usque in prœsentem diem non desinit identidem in fletus prorumpere, nec pristinam hilaritatem recuperare potest, quod et omnibus displicet, ipsique medici improbant propter bonze valetudinis jacturam20. Nihilominus s. Pater nec temporis momentum transigit, quo Ecclesiœ univers bono non prospiciat ; semper in actione est, eadem humanitate et affabilitate, qua prius, cunctos amplectitur, nullumque moestum dimittit; in functionibus ecclesiasticis assiduus est, easque explet mira gravitate, modestia, ac pietate, et vultus personœque majestas vere pontificalis universos œdificat et allicit, omni penitus seclusa affectatione. Communis est omnium certa spes, quod SS.D.N. Clemens XI. ceu Pater et princeps summo zelo, equitate, ac vigilantia omnem, quœ sub coelo est, Ecclesiam recturus sit, et deformatam Christiane Reipublicœ faciem pristino decori redditurus. Rogo demum Dominationem tuam, ut meo nomine salutem plurimam dicas meo venerabili, dilectissimo domino et amico D. Sebastiano, quem semper prœ mentis oculis habeo, et in cordis visceribus gero, eique constanter attesteris, mihi compertissimum esse, quod summus Pontifex ipsum plurimi facit, et maximopere diligit, qua de re mihi complura, eaque evidentissima suppetunt argumenta. Piaculum censerem, si silentio prœterirem, quod mihi tum antea tum post obitum D. Basilii [Innocentai XII] persuasissimum fuit, nimirum, Deum nunquam permissurum fuisse, quod Basilio succederet Monachus [cardinalis] aliquis, qui manus suas inquinavit in sigillo contra Thecam D. Sebastiani, et hoc ipsum pluries amicis meis insinuavi, quamvis multi Monachi abbatiœ s[ancti] Dionysii [cardinales S. Officii] 2' communiter promulgarentur Basilii loco proximi, quod et postea reapse divina ope, ac justo supremi Numinis judicio executum video; tametsi non hoc solum coelestis justitiœ prodigium ea in re admiratus fuerim. Queso de nimia prolixitate me excusatum habeas, Illustrissime Domine, cui omne bonum a Deo optimo maximo exopto. Dominationis vestrœ illustrissime addictissimus ex corde.

Rome 22 januarii 1701.

1.M. CARD. GABR1ELLIUS.

122 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 janvier 1701

704. A DOM FRANÇOIS LAMY

A C[ambrai] 23 janvier 1701.

Je viens, mon Révérend Père, de recevoir dans ce moment la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire en date du 19 de ce mois. Elle m'apprend que vous m'envoyez par quelque voie sûre un ouvrage, que vous avez fait nouvellement Il sera le très bienvenu, et je l'attends avec impatience. On ne saurait trop vous louer de votre silence à l'égard du P. Malebranche, pour obéir à votre Général. Se taire et obéir sont deux choses fort édifiantes. Qu'importe que le public ne sache pas le tort de ce père? Il est bon même de le cacher. C'est peu pour un chrétien, que d'avoir raison. Un philosophe a souvent cet avantage. Mais avoir raison, et souffrir de passer pour avoir tort, et laisser triompher celui qui a tout le tort de son côté, c'est vaincre le mal par le bien. Ce silence si humble et si patient, dans lequel on se renferme après avoir rendu témoignage à la vérité, pendant que le supérieur l'a permis, est encore plus convenable à un solitaire, comme vous, mon Révérend Père, qu'aux personnes qui ne sont pas entièrement hors du monde. On fait plus pour la vérité en édifiant, qu'en disputant avec ardeur pour elle. Prier pour les hommes qui se trompent, vaut mieux que les réfuter'.

L'extrait des Homélies du P. Le Nain' est très remarquable. C'est un langage fondé sur une vérité qui est de tous les temps. Tel a parlé ce langage par sentiment ou par imitation, qui n'en a jamais pénétré le sens, et qui s'effarouche dès qu'on le lui explique. Ce langage est même souvent excessif. Mais on sait bien à quoi il se réduit, selon l'intention des bonnes âmes.

M. l'ab[bé] de L[angeron] vous remercie de tout son coeur, et sera ravi de voir ce que vous nous envoyez. Nous vous aimons ici, et nous vous révérons de tout notre coeur. Pour moi, mon Révérend Père, je suis tout à vous sans réserve en N.S.J.C.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

Vendredi au soir 28 jan[vier] 1701.

Puisque vous êtes faible, Madame, reposez-vous, et ne sortez point. Le bon saint que nous aimons tant sera avec vous au coin de votre feu '. Vous savez combien il s'accommodait à toutes les faiblesses des corps et des esprits. L'amour aime partout. La faiblesse du corps ne diminue point la force du coeur. L'amour n'est jamais si puissant, que quand il se repose dans le sein du bien-aimé. Vous avez apparemment' trop pris sur vous dans votre voyage. C'est un reste de courage naturel et de délicatesse de sentiment qui vous a menée au-delà de vos forces corporelles. Les hommes pourront vous en tenir compte. Mais Dieu veut des choses moins belles et plus simples. Si vous sentez que votre langueur ne vous permette pas d'aller demain à la messe, renoncez-y bonnement. Souvenez-vous que si s. François de Sales était au monde, et qu'il fût votre directeur, il vous défendrait d'y aller en ce cas. Il ne vous le défend pas moins du paradis. En quittant la solennité de sa 29 janvier 1701

fête, vous suivrez son esprit. Vous le trouverez dans la faiblesse et dans la simplicité bien plus que dans une régularité forcée. Aimons comme lui, et nous aurons bien célébré sa fête. Si vous croyez pouvoir aller à l'église, n'y demeurez que le temps d'une messe. Mais défiez-vous de vous-même, et condamnez-vous à n'y aller pas, si peu que la chose vous paraisse douteuse selon la première pente' de votre coeur sans réflexion. Bonsoir, Madame, je n'ai pas eu un moment pour vous répondre plus tôt. Je vous irai voir dès demain, si je le puis.

706. A LA MÊME

Samedi matin 29 jan[vier] 1701.

Je vous conjure encore une fois, Madame, de ne songer point encore aujourd'hui à entendre la messe, si votre faiblesse et votre langueur ne vous le permettent pas. Vous manqueriez à Dieu] et au saint par ce défaut de simplicité, vertu que le saint a tant aimée et recommandée. Mais si votre santé se trouvait assez fortifiée pour entendre une messe, venez simplement à onze heures et demie entendre la mienne dans la chapelle de céans. Nous nous unirons ensemble au bon saint. Il m'a donné le jour de sa fête les prémices de mes plus grandes croix. Ce fut ce même jour, il y a précisément quatre ans, que mon livre' fut publié. Je dois faire de bon coeur l'anniversaire de ce jour crucifiant pour moi. Je reviens à votre santé. Si elle demande que vous ne partiez point du coin de votre feu, ne hésitez pas à le faire. Pour la langueur intérieure, vous ne la guérirez point avec le P. S.', ni par vos recherches. La paix en la souffrant est le vrai remède.

706 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles ce 29 janvier 1701.

Monsieur,

La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 15e de ce mois m'a été rendue. Je suis très sensible aux marques qu'il vous plaît de me donner de votre amitié' sur la nouvelle grâce que le Roi vient de me faire'. Je vous supplie d'être persuadé que j'aurai toujours beaucoup d'attention à tout ce qui pourra contribuer à votre satisfaction et à vous témoigner que je suis très parfaitement...

TEXTE 123

705.

124 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

3 février [1701]

3 février [1701] TEXTE 125

706 B. DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON

3 février [1701].

Monseigneur,

Je suis bien honteux d'avoir excité votre attente et même votre impatience pour un ouvrage ' que vous trouverez assurément peu digne de votre attention. Dès là2 je rougis pour lui, quand il aura l'honneur de paraître devant votre Grandeur; car je n'avais pris la liberté de vous l'envoyer, que pour vous faire toujours un peu souvenir de mon respectueux attachement, et pour avoir l'honneur de me rendre auprès de vous, au moins par quelque chose de moi-même, ne le pouvant par le tout. Je rougis d'écrire, Monseigneur, pendant que vous gardez le silence, et si toutes les fois que je veux prendre la plume, je songeais bien à la justesse, à la netteté, à la facilité, à l'éloquence, à la solidité, à l'onction de celle que vous laissez reposer, je n'aurais jamais la force de soutenir la mienne. Mais, Monseigneur, croyez-vous donc pouvoir en conscience supprimer un aussi grand talent? N'est-ce point assez de ne pas écrire sur les matières que l'on a agitées? Faut-il supprimer les lumières que Dieu vous donne sur tant d'autres sujets? Croyez-vous n'être redevable qu'à votre diocèse? Tout le corps de l'Eglise n'est-il pas confié à tous les évêques? Au moins écrivez donc pour vos diocésains, et qu'il ne tienne qu'aux autres d'en profiter 3. Je sais que vous lui rompez souvent, de vive voix, le pain de la parole; mais vous n'êtes ni immortel ni d'une santé inaltérable; et il me paraît que votre charité et votre soin pour votre troupeau doit s'étendre au-delà même de votre carrière; et que vous devez songer à leur parler après même que vous ne serez plus. Pardon, Monseigneur, de ma liberté. Il y avait trop longemps que j'avais cela sur le coeur, et je ne fais, en cela, que servir d'interprète à mille gens qui le pensent et le disent comme moi. Tout ce que vous me faites l'honneur de me dire sur le chapitre du R.P. Malbranche5 me fait regretter jusqu'aux pensées que j'ai eues de faire connaître son tort. Que vous seriez propre, Monseigneur, à me détourner du mal et à me porter au bien, si j'avais l'avantage d'être plus près de vous !

Dans mon dernier voyage de Paris' j'ai eu la curiosité de voir Mile Rose, cette fameuse béate' de M. Boileau, qui fit, il y a quatre ou cinq ans tant de bruit à Paris'. Elle y est revenue il y a près d'un an9, et y passe présentement pour une fille miraculeuse: c'est-à-dire qui fait des prodiges, et qui pénètre les dispositions des coeurs'. MM. Boi[eau] et Du guay passent pour ses garants; et elle m'a dit elle-même qu'elle est toujours sous la direction du premier ". J'ai passé près d'une heure et demie avec elle, pendant ce temps elle ne m'a guère entretenu que de ses miracles : ou des maladies surnaturelles qu'elle eut la première fois qu'elle vint à Paris '2. Elle me les dépeignit comme des convulsions' périodiques, pendant lesquelles elle n'apercevait rien de ce qui se passait au dehors, et ne sentait rien des remèdes qu'on lui faisait: mais son esprit était tout occupé de Dieu 14. Elle m'assura que désormais il ne lui arriverait plus rien de semblable" ; et sur ce que je lui demandai quelle assurance elle en avait, puisque Dieu était toujours le maître de faire sur son corps les impressions qu'il y avait déjà faites; elle me fit entendre que c'était le temps des épreuves: et que ce temps était passé. Après cela, elle en vint au chapitre de ses miracles, et m'en conta plusieurs que j'avais déjà appris d'ailleurs, me disant néanmoins qu'elle voudrait qu'ils ne fussent point connus, qu'elle souhaiterait être cachée, qu'on l'importunait; qu'on ne lui parlait que de faire des guérisons; et sur cela elle me demanda si l'on pouvait lui commander de faire des miracles' . Je lui dis que je ne comprenais pas que cela pût tomber dans l'esprit de personne; qu'on pouvait bien lui commander de prier pour les malades; et laisser le reste au bon plaisir de Dieu. C'est ce que je dis aussi, reprit-elle; pour entreprendre de faire un miracle, il faut s'y sentir porté par l'esprit de Dieu. Enfin fatigué, je vous l'avoue, du chapitre de ses miracles, je la priai de me faire part de ses sentiments de piété et de ses voies d'oraison: mais elle déclina toujours ce chapitre; et comme j'y revins deux ou trois fois, elle me répondit qu'elle n'avait pas le loisir de prier" et que depuis le matin jusqu'au soir on l'occupait et on la sollicitait pour des malades. Je lui dis: Mais au moins vous ne perdez point la présence de Dieu pendant tout cela. Elle me répliqua que l'esprit avait toujours son vol". Je ne doutai point qu'elle ne l'entendît de son vol vers Dieu. Quoi qu'il en soit, il me paraît toujours que son esprit naturel voltige " beaucoup; car elle tient peu ferme sur un même sujet, et elle me donna bien des fois le change. Enfin désespérant de la pouvoir amener où je voulais, je pris congé d'elle. Elle me dit néanmoins qu'elle devait faire un voyage à S. Denis", et que nous pourrions nous y voir encore une fois. Je suspends donc mon jugement jusqu'à cette seconde entrevue, particulièrement en considération de ses deux garants'. Cependant, jusques ici l'esprit m'en paraît peu arrêté, et elle parle beaucoup. Il y a des gens qui en sont épris au-delà de tout ce qu'on peut imaginer: épris, dis-je, de sa sainteté, car tout son air, son visage et ses paroles ont quelque chose de hagard". Mais voilà trop abuser de votre patience, et d'un temps qui vous est si précieux". Je suis avec une vénération infinie, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 3 février.

F. F. L.

Je viens de tomber sur un mot du R Quenel qu'il faut encore que je vous transcrive ici": «Ne cherchons que la gloire de Jésus-Christ dans notre propre salut. Ne désirons d'être glorifiés qu'en lui, en lui rapportant tout le bien qu'il fait en nous. C'est la justice qu'un membre doit à son chef. Un chrétien doit désirer chrétiennement les vertus chrétiennes : c'est-à-dire, regarder principalement le dessein que Dieu a d'honorer son Fils et de s'honorer en lui, en nous rendant conformes à son image par l'imitation de ses vertus, pour la perfection de son corps mystique, dans lequel toute la religion de la vie bienheureuse sera renfermée.» Sur le dernier verset du premier chapitre de la seconde Epître aux Thessaloniciens.

Ayez la bonté, Monseigneur, de donner cette lettre à M. l'abbé de Langeron.

126 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 février 1701

707. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi 8 février] 1701.

Je vous rendrai, Madame, en main propre la lettre de M. le C...' . Vous pouvez compter que j'accepte de plein coeur ce que D[ieu] m'envoie. Soyons fidèles à le suivre.

Je crois que vous pouvez vous confesser un de ces jours-ci, mais à condition que vous bornerez votre confession à dire les fautes qui se font remarquer sans peine, et qu'après les avoir dites simplement selon la lumière que vous en aurez alors, vous n'y penserez plus après votre confession, et que vous en laisserez tomber la pensée avec la même fidélité qu'il faut avoir contre une pensée de tentation'. Je prie D[ieu], Madame, qu'il vous fasse telle qu'il veut que vous soyez.

708. A UN DOYEN DU DIOCÈSE DE CAMBRAI

A Cambray 12 février 1701.

Le mémoire que vous avez pris la peine de m'envoyer, Monsieur, n'est pas précisément ce que je vous avais prié de faire. Je demande, outre cette simple liste des curés de votre district, les qualités personnelles de chacun d'entre

eux à côté.

M. l'official' procédera contre vos deux adultères. Il faut bien s'attendre de voir toujours, jusqu'à la fin, des scandales dans le royaume de Dieu. J'espère que je ferai cette année la visite de votre doyenné'.

Je suis toujours, Monsieur, cordialement tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

709. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi 19 fév[rier] 1701.

Les personnes qui ne s'aiment que par charité, comme le prochain, se supportent charitablement, sans se flatter, comme on supporte le prochain dans ses imperfections. On connaît ce qui a besoin d'être corrigé en soi comme en autrui. On y travaille de bonne foi, et sans mollesse. Mais on fait pour soi comme on ferait pour une personne que l'on conduirait à Dieu. On fait le travail avec patience. On ne se demande, non plus qu'au prochain, que ce qu'on est capable de porter dans les circonstances présentes. On ne néglige rien pour se corriger. Mais on ne se décourage point à force de vouloir être parfait en un seul jour. On condamne sans adoucissement ses plus légères imperfections. On les voit dans toute leur difformité. On en porte toute l'humiliation et toute l'amertume. On ne se chagrine point dans ce travail. On n'écoute point les dépits de l'orgueil et de l'amour-propre, qui mêlent leurs vivacités excessives avec les sentiments forts et paisibles que la grâce 3 mars 1701 TEXTE 127

nous inspire pour la correction de nos défauts. Ces dépits si cuisants ne servent qu'à décourager une âme, qu'à l'occuper de toutes les délicatesses de son amour-propre, qu'à la rebuter de servir Dieu, qu'à la lasser dans sa voie, qu'à lui faire chercher des ragoûts et des soulagements contraires à sa grâce, qu'à la dessécher, qu'à la distraire, qu'à l'épuiser, qu'à lui préparer une espèce de dégoût, et de désespoir de pouvoir ' achever sa route. Rien n'arrête tant les âmes que ces dépits intérieurs, quand on s'y laisse aller volontairement. Mais quand on ne fait que les souffrir, sans y adhérer, et sans se les procurer par des réflexions d'amour-propre, ces peines se tournent en pures croix, et par conséquent en sources de grâce. Elles se trouvent au rang de toutes les autres épreuves, par lesquelles Dieu nous purifie et nous perfectionne. Il faut donc laisser passer cette souffrance, comme on laisse passer un accès de fièvre, ou une migraine, sans faire aucune chose qui puisse exciter ou entretenir le mal. Cependant il faut demeurer dans son occupation intérieure, et dans ses devoirs extérieurs, autant qu'on en conserve la liberté. L'oraison en est moins douce, et moins aperçue, l'amour en est moins vif et moins sensible, la présence de Dieu en est moins distincte et moins consolante, les devoirs extérieurs même en sont remplis avec moins de facilité et de goût'. Mais la fidélité en est encore plus grande, lorsqu'elle se soutient dans ces circonstances pénibles, et c'est tout ce que Dieu demande. Un bâtiment à rames va de plus grande force de rameurs, en ne faisant qu'un quart de lieue contre vent et marée, que quand il fait une lieue à la faveur de la marée et d'un bon vent. Il faut traiter les dépits de l'amour-propre comme certaines gens traitent leurs vapeurs'. Ils ne les écoutent point, et font' comme s'ils ne les sentaient pas.

Je vous conjure bien sérieusement, Madame, de ne supprimer point les lettres que vous m'écrivez. Il est bon que je vous voie au naturel dans ces premiers mouvements. Les supprimer, c'est une mauvaise honte de l'amour-propre. Les tours et retours sont contraires à la simplicité. Faut-il s'étonner que nous soyons faibles, inégaux, et épineux?

A LA MÊME

Vendredi 3 mars 1701.

Il s'en faut bien, Madame, que je ne sois rebuté. Je vous plains, et je ne songe point à vous gronder. Je n'ai d'autres peines que celle de ne pouvoir guérir les vôtres. Mais je voudrais que vous fussiez fidèle à faire ce qu'il me semble que D[ieu] demande de vous. Les choses que vous vous reprochez, et dont vous dites que vous avez horreur, ne sont que des faits' sans malignité, et sans aucune véritable conséquence pour le prochain, que vous dites en conversation. En vérité est-ce là de quoi se troubler? Ces bagatelles excitent vos scrupules. Vos scrupules excités troublent votre oraison, vous éloignent de Dieu, vous dessèchent, vous dissipent, réveillent vos goût naturels, et vous mettent en tentation contre votre grâce. Voyez combien le remède est pire que le mal. Le mal n'est qu'imaginaire; le remède est un mal réel. Je ne m'étonne point que votre imagination trop vive, et une habitude de vous laisser trop aller à vos réflexions, qui n'a point été assez réprimée', vous fassent de la peine. Mais il serait temps de vaincre ces obstacles, qui vous arrêtent

710.

128 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 mars 1701

dans la voie de Dieu. Au moins vous devez vous défier de votre imagination, sentir le mal qu'elle vous fait, reconnaître combien elle vous occupe de bagatelles, et vous dérobe la vue des plus grandes choses, enfin être docile, et demeurer ferme dans la pratique des conseils qu'on vous donne. Loin de vous abandonner, je vous persécuterai sans relâche. Je ne me décourage point pour tous vos scrupules. Ne vous découragez point de les vaincre. C'est de tout mon coeur que je vous conjure de communier demain, sans vous confesser'. Vous manquerez à Dieu, si vous ne faites pas ce que je vous demande en son nom, et pour l'amour de lui.

711. AU PAPE CLÉMENT XI

[8 mars 1701]

Sanctissime Pater,

Sollicitudine omnium Ecclesiarum occupatum pectus gravare piaculum foret. Verum quœ dicenda occurrunt, ipsam Ecclesiarum sollicitudinem, ni fallor, maxime attinent.

Nuntia per Gallias late dispersa, et Roterodami typis excusa ferunt vestram Beatitudinem ea quœ in Conventu Cleri Gallicani adversum me scripta sunt, sua auctoritate confirmare noluisse', eo quod mea erga Sedem apostolicam docilitas et obedientia illi fecerit satis. Quibus positis, si per paternam patientiam liceat, quam brevissime potero, selecta colligam.

I

D. Meldensis episcopus totius Conventus ore ita locutus est': On a pénétré à fond la nature du faux amour pur, qui effaçait toutes les anciennes et les véritables idées de l'amour de Dieu, et que nous trouvons répandues dans l'Écriture et dans la tradition. Celui qu'on veut introduire et établir en sa place, est contraire à l'essence de l'amour, qui veut toujours posséder son objet, et à la nature de l'homme, qui veut nécessairement être heureux. Qua verba sic latine sonant : «Penitus investigata est natura puri hujus amoris ficti, qui divini amoris antiquas omnes ac veras notiones, tum in traditione, tum in Scripturis passim occurrentes oblitterabat. Is autem, quem substituendum invehunt, adversatur, tum essentiœ amoris, qui semper vult potiri suo objecto, tum nature hominis, qui beatitudinem necessario exoptat. »

His profecto liquet Meldensem episcopum huc collineasse, scilicet, ut quœ, reclamantibus fere omnibus scholis, ipse dixerat de una amandi ratione, quae aliter explicari nequit3, scilicet adipiscenda beatitudine, a solemni Conventu adoptata videantur. Ita aperte docetur beatitudinem supernaturalem, seu visionem beatificam (namque de ea sola disceptatum fuit), esse motivum essentiale, etiam in propriis caritatis actibus. Neque enim ea virtutum theologicarum princeps, vel in tantulo actu, sine amoris essentia amare unquam potest.

Hec est Meldensis caritas, quam in verbis Conventus agnosco. «Deus, inquiebat hic auctor in nostra controversia, nostrum bonum est, et quidem totale. En essentiale amoris motivum. Atqui certissime de caritatis amore hic

8 mars 1701 TEXTE 129

agitur. »5 Id ex loco S. Thome in alienissimum sensum detorto inferebat. Eo loco Doctor angelicus ait, Deum, si non esset totum hominis bonum, non fore

illi amandi rationem. Quapropter ex interpretatione Meldensis sequitur Deum non fore amandum, si non esset totum bonum hominis, sive, aliis terminis, si non esset illius beatitudo6, id est, si noluisset largiri homini supernaturalem beatitudinem, de qua una orta est disputatio. Subinde ita exclamat Meldensis: «Quid autem assignari potest magis essentiale, et amori magis conveniens, quam esse unitivum? »' Hœc autem vox, nempe unitivum, ex mente auctoris aperte significat, illam unionem in qua voluntas semper vult potiri suo objecto, et in eo beatitudinem necessario exoptat.

Jam antea dixerat impossibile esse caritati, ut sit desinteressata erga beatitudinems Certe si caritas9 erga beatitudinem proprii interesse immunis esse non possit, spes que ac caritas gratuita dici debet : neque enim spes ullum aliud interesse, nisi beatitudinem, expetit.

Dixerat beatitudinem «esse ultimum hominis finem, quem omnes

volunt, et propter quem volunt omnia;... voluntatem naturaliter tendere in ultimum finem, eo quod omnis homo beatitudinem naturaliter velit, atque de ea voluntate cetera omnes voluntates formentur; si quidem homo, quidquid vult, propter finem vult. »"

De conditionatis vero Moysis, Pauli, cœterorumque sanctorum votis in abdicanda beatitudine, modo inducit quosdam dicentes has esse amantes ineptias, amoris deliria. Modo ipse ait, sanctos beatitudinem conditionate abdicasse, ut ea abdicationis formula beatitudinem ipsam tutius consequerentur. «Nihil aliud sunt, inquit, quam genus desiderii, eo ardentioris, quo latentioris. » " Ita sancti aut insaniebant contra amoris essentiam, nequidem exceptis Paulo ac Moyse; aut ipsi Deo illudere sperabant, dum simulata beatitudinis abdicatione conditionata beatitudinem ipsam, quo latentius, eo ardentius captarent. Hac autem vota, quœ in Paulo ac Moyse pios excessus appellat, in Mysticis increpat licentius. «Nihil est facilius, inquit, ea sui derelictione, cujus executionem impossibilem esse norunt. Vanus est hic sermo, proprii amoris esta. »'

Dixerat, usurpato contra auctoris mentem Augustini loco, «non tantum omnes beatos esse velle, sed etiam nihil prœter hoc velle, et propter hoc velle omnia. »13 Sic urgebam : Voluntne glorificare Deum propter beatitudinem, an beatitudinem ipsam volunt propter Dei gloriam? Quid ad hœc? « Speras, inquit, nos ea quœstione maxime angendos. Uno verbo respondetur, hœc duo esse inseparabilia. »14 O indecens responsum, quod nullatenus respondet Neque immerito se ita interrogari eum tœdebat. Verum hujus quœstionis, alfa de causa, me pudet. Qua fronte enim quis dubitaret beatitudinem formalem, quam Doctor Angelicus et scholœ aliquid creatum vocant, ut subalternum finem, ad finem simpliciter ultimum, nimirum Dei gloriam, esse referendam? Finem vero subalternum ad ulteriorem referri non posse, ipsius finis subalterni causa, neminem latet. Quapropter actus ille in religione purissimus, quo beatitudo ad gloriam Dei refertur, sic prœcise sumptus, beatitudinis ipsius motivum includere nequit. Alioquin illa beatitudinis relatio ad Dei gloriam, fieret propter ipsam beatitudinem, ac proinde beatitudo esset finis ulterior ipso fine simpliciter ultimo.

Verum quidem est beatitudinis motivum non esse semper tique explicitum, juxta Meldensis sententiam.Id est, actus non sunt œque expressi. «Vici-

130 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

8 mars 1701

8 mars 1701 TEXTE 131

bus, inquit, aut tantisper premunt, aut actu eliciunt. Summam autem ipsam nunquam non retinent. »15 Hoc idem aliis verbis: «Beatum fieri velle, est confuse velle Deum: velle Deum est beatitudinem confuse velle. »16 Ita haec duo sunt inseparabilia, scilicet Deus, et beatitudo. Ex his conflatur objectum individuum, quod est finis ultimus. Quasi vero creator, et beatitudo formalis, quœ dicitur aliquid creatum, possint simul constituere individuum finem ultimum. Sic dicendum esset caritatem esse spem confusam, et spem vicissim esse confusam caritatem.

Alibi sic me impugnat. «Nonne hoc discrimen inter amorem caritatis et spem, est essentiale, quod caritas spectet Deum, ut conjunctum; spes vero, ut absentem? Quid autem assignari potest magis essentiale, et amori magis conveniens, quam esse unitivum?... Frustra ingenium torques. Neque enim assignari potest has inter virtutes differentia magis profunda et radicalis. »'' Si caritas spectat Deum ut totum hominis bonum, vel", aliis terminis, ut suam beatitudinem, potestne dici caritatem spectare suum objectum ut praesens ac sibi unitum? Nonne objectum illud, quatenus beatificum, procul abest ab anima, sive speret, sive caritate diligat? Quantum ab episcopo dis-sentit Angelicus Doctor, dum ait : «Fides autem et spes attingunt quidem Deum, secundum quod ex ipso provenit nobis vel cognitio veri, vel adeptio boni. Sed caritas attingit ipsum Deum, ut in ipso sistat, non ut ex ipso aliquid nobis proveniat, et ideo caritas est excellentior fide et spe etc. »19 Sane hœc differentia magis profunda et radicalis est".

Sententiam tamen temperasse tandem aliquando videtur Meldensis, dum duplex motivum assignat. Primum est Dei gloria; secundum nostra beatitudo. Continuo crederes motivum secundum non esse essentiale in propriis caritatis actibus. Sed motivum illud est inseparabile. Principale vero et primitivum ideo tantum primitivum appellatur, quod perfectio Dei absoluta sit fons a quo nostra beatitudo fluit. Ea ratione pulchritudo et perfectio divina dicenda est motivum principale et primitivum, in actibus omnium virtutum. Neque enim, exempli causa, Deus timendus est, nisi quia illius absoluta perfectio est fons a quo profluit impiorum poena. Quid autem absurdius eo motivo secundo et minus principali, de quo dictum 21 jam legimus : «Deus nostrum bonum est, et quidem totale. En essentiale amoris motivum. Atqui certissime de caritatis amore hic agitur. »" Alibi eum sic exclamantem audivimus: «Quid autem assignari potest magis essentiale, et amori magis conveniens, quam esse unitivum. »" Ego vero sic arguo : Quomodo dici potest minus principale, quod magis est essentiale amori? Numquid magis et minus opponuntur? Motivum illud, quod nomine tenus tantum est minus principale, idem est ipse hominis finis ultimus, propter quem omnes volunt omnia". Nihil his verbis excipitur, nequidem Dei gloria. Finis ultimus estne minus principalis? «Non tantum, inquit, hoc volunt, sed etiam nihil prœter hoc volunt, et propter hoc volunt omnia.»" Si praeter hoc nihil velint, si propter hoc omnia velint, hoc motivum non tantum est principale, sed etiam unicum in quocumque humano actu. Dictumne unquam fuit hanc voluntatem de qua coeterae omnes formantur, esse minus principalem, in quibusdam actibus de ea ipsa formatis? Hec doctrine adumbratilis adtemperatio26, mera ludificatio, merœ offuciœ.

«Punctum hoc, inquit, est decretorium, eoque solo totius controversiœ nodus secatur. »" Alibi sic me compellat : «In eo is te perditum.» Hœc est autem illius conclusio : «Ad exstirpandum adeo absurdum et periculosum errorem, absolute determinare oportet caritatem praeter primitivum et principale motivum glorie Dei in se spectati, habere etiam hoc motivum secundum, minus principale, et ad alterum relativum, scilicet Deum, quatenus suœ creaturœ communicabilem, et communicatum. »28 Dicere non audet, quatenus beatificantem. Sed hoc ipsum mitiori locutione insinuat. Verum quidem est Deum, si nullatenus se communicasset, amatum non ire. Sublata enim quacumque Dei communicatione, nulla existeret creatura, quœ illum amare posset. At si per communicationem Meldensis intelligat supernaturalem beatitudinem, seu visionem beatificam, de qua sola hactenus disputatum est, nego Deum, eo sensu communicatum, esse essentiale amoris motivum in quolibet caritatis actu. Sic illa capitalis conclusio Meldensis episcopi, aut nugatoria dicenda est, quippe quœ extra controversiœ fines vagatur, aut aperte docet caritatem essentialiter dependere a motivo visionis beatificœ, quam si Deus non fuisset largitus, minime amandus fuisset. Siccine Quietismus exstirpatur? Siccine Meldensis Petri successorem docet? Absolute, inquit, determinare oportet caritatem, etc. Oportetne absolute determinare29 Doctorem Angelicum Quietistam fuisse, dum diceret, caritatem attingere ipsum Deum, ut in ipso sistat, non ut ex ipso aliquid nobis proveniat, et ideo caritatem esse excellentiorem fide et spe"?

Hec singula vero, Sanctissime Pater, absit ut hic colligam disputationis iterandœ causa. Absit. Sed clam semel hœc dicenda puto, ne quœ ab episcopo docto scripta manent, et quœ a Conventu Gallicano incaute adoptata videntur, sensim prœvaleant. Unde triplex hœc consequentia liquido fluit.

1° Si Deus largiri noluisset homini visionis beatificoe accidentale donum, minime fuisset ab illo amandus. Neque enim quidquam amari potest, denegata essentiali amandi ratione. Atqui si Deus non esset totum hominis bonum, sive alio nomine, illius beatitudo, non esset illi ratio amandin ; neque enim" quis amare quempiam potest, amputata amoris ipsius essentia. Ergo homo, visione beatifica sublata, Deum amare nec posset, nec teneretur. () monstrum, quod excogitare nefas esset ! Sapienti et justo Creatori neutiquam licuit hominem condere, a quo non esset amandus. Ergo natura ipsa hominis, et amoris essentia postulant, ut donum, quod supernaturale vulgo et male dicitur, nature intelligenti affluat. Quod autem naturae hominis, et amoris essentiae, stricto jure debetur, nequaquam est gratia. Ita duplex ille ordo, nimirum naturalis et supernaturalis, quem scholœ omnes maxime distinctum volunt, jam non esset vere duplex; imo essentialiter simplex, et individuus. Unde certe damnandus esset" Romanus Catechismus, qui pastores quietistico veneno gregem sic necare jubet :

«Neque id quidem silentio prœtereundum est, vel in hoc maxime suam in nos Deum clementiam, et summœ bonitatis divitias ostendisse, quod cum sine ullo prœmio nos potuisset ut suœ gloriœ serviremus cogere, voluit tamen suam gloriam cum utilitate nostra conjungere34. Sunt enim qui aman-ter alicui serviant, sed tamen pretii causa, quo amorem referunt. Sunt prœterea, qui tantummodo caritate, et pietate commoti, in eo, cui dant operam, nihil spectant, nisi illius bonitatem, atque virtutem, etc. »"

2° Vota conditionata, que a Moyse, a Paulo, a tot sanctis cujusque œtatis emissa ad celum usque laudibus extulit Ecclesiœ constans traditio, essent amantes ineptiae, aut potius impia contra amoris essentiam deliria;

132 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

8 mars 1701

8 mars 1701 TEXTE 133

horum experimenta, fanaticœ Quietistarum illusiones; horum locutiones, blasphemiœ. Quis autem æquo animo audiet Paulum ac Moysen aut delirasse contra amoris essentiam, aut sancto Spiritui fuisse mentitos beatitudinis tutius captandœ causa, dum se beatitudinem conditionate abdicare affirmarent, cujus ficte abdicationis neque volitionem sinceram, neque vel tantulam velleitatem elicere poterant? Num etiam dicendum erit sanctum Franciscum Salesium in his ineptiis, aut potius blasphemiis contra amoris essentiam, perfectionis summam sexcenties posuisse, ac proinde in illius festo quotannis ineptissime et periculosissime ab universa Ecclesia decantari : «Suis itaque scriptis coelesti doctrina refertis Ecclesiam illustravit, quibus iter ad christianam perfectionem tutum et planum demonstravit »? Num et hœc in sanctœ Theresiœ Officio eradenda sunt: «Cœlestis ejus doctrine pabulo nutriamur »"?

3° Nullus erit verus amor, nisi ille concupiscentiœ supernaturalis, quem comparative ad amorem amicitiœ, Doctor Angelicus imperfectum dicit, et quem scholœ, a sacramento poenitentiœ adjunctum, insufficientem esse docent ad peccatoris justificationem. Sic nulla erit, nisi adumbratilis, caritatis prœcellentia, quippe quœ non minus quam spes ipsa, mercedem quœrit, et circa illam est interessata. Namque, ut ait Conventus, semper vult potiri suo objecto, et in eo beatitudinem concupiscit" . Atqui omnis amor sibi aliquod bonum concupiscens prœsupponit, quasi essentiale fundamentum, benevolum sui ipsius amorem. Neque enim quisquam, quod bonum est concupisceret sibi ipsi, nisi jam sibi bene vellet, seu38 amore benevolentiœ se prosequeretur. Certe si ea sit natura hominis, et amoris essentia, ut caritas ipsa nunquam non velit potiri suo objecto, et in eo beatitudinem concupiscat, absolute determinare oportet Adamum in Paradiso voluptatis positum, primo seipsum amasse, puro39 amore benevolentiœ, deinde Deum, amore beatitudinem in eo concupiscente. Sic amor pure benevolus, quem erga Deum impossibilem ex ipsa amoris essentia dicunt, erga nos verum affirmant. Sic amor nostri primus est, perfectior est, absolutus est, et amorem Dei gignit. Amor autem Dei imperfectus, secundarius, ad alterum relativus, ex ipso profluit. Certe amor ille nostri essentialiter presuppositus amori divino, ei subordinatus esse nequit. Ea estne amoris essentia, et natura hominis? Isne ordo amoris quem Adamus innocens in Paradiso secutus est, dum rectus permansit ?

In eadem doctrina adstruenda totus aperte fuit D. cardinalis Noallius, cujus verba luculenta hœc sunt":

«Quo pacto ens intelligens Deum glorificare potest, nisi illius notitia et amore? Igitur tenemur optare Dei visionem et possessionem. »4' En illius implicitum argumentum. Natura omnis intelligens ad hunc finem essentialiter refertur, ut Deum notitia et amore glorificet. Atqui ipsa Deum nosse et amare non poterit, nisi ilium videat atque possideat. Ergo ex suo fine essentiali quodcumque ens intelligens visionem Dei atque possessionem optare tenetur.

«Unica via qua ad finem itur, huic fini inseparabiliter annexa est. Caritas me impellit ut Deum in se glorificem. Deo ut fini ultimo me devincit. Sed unicum hoc est medium, ut Deum glorificem, scilicet illius possessio. »42 Sic beatitudo supernaturalis proponitur ut unicum medium, quo ens intelligens Deum glorificare possit.

«Deus non amaretur, si non optaretur unio cum illo, illiusque possessio". Possidendi Dei votum, est votum sui ipsius beandi.»44

«Non licet dicere nos salutem non optare, nisi prœcise et exclusive, quatenus Deus eam vult... Ita cum restrictione tantummodo optantur, ea que ex natura sua indifferentia sunt, quœ non essent bona, et quœ minime vellemus, nisi ea optari preceptum esset. Quod absolute bonum est, absolute velle oportet. »" Restrictio quam a me appositam egre tulit, hœc est. Visionem beatificam opto, eo quod Deus, qui potuisset eam non largiri, gratis largiri voluit, ut" ex promissis constat. Quod si noluisset hoc supernaturale donum hominibus concedere, sua clementia, ut ait Catechismus Romanus, sine ullo praemio nos potuisset, ut suae gloriae serviremus, cogere' . Tùm certe donum illud velle non licuisset contra Dei nolentis determinationem. Quare ergo asseverat salutem non esse optandam praecise eo quod Deus eam velit, et nos ipsos velle jubeat. Oportetne velle absolute, quod Deus nolle potuisset? Illa absoluta voluntas hunc implicitum affectum includit: Ita absolute, meam salutem volo, ut si Deus eam noluisset, nihilo tamen minus eam vellem.

«Quandoquidem nostris mysticis persuasum est salutem suam non optandam esse, nisi quatenus Deus eam vult, brevi etiam persuasum erit Deum eam nolle. »" Quasi vero omnes illi suam salutem respuant, Deumque eam nolle somnient, qui hoc donum supernaturale et gratuitum esse norunt ! Donum illud nature intelligenti non esse debitum credo. Attamen ex ipsa fide certissime scio hoc donum indebitum, et mihi gratis oblatum, impensissime esse optandum. Illud opto non quidem absolute, et nulla promissi gratuiti ratione habita, sed praecise eo quod Deus id velit, et me velle jubeat. Qua arte efficiet auctor, ut brevi mihi sit persuasum Deum meam salutem nolle? nonne voluntas Dei Scripturis, traditione, et Ecclesiœ oraculis declarata immota manebit ? Caelum et terra transibunt, verba autem mea non praeteribunt". Existimatne D. Cardinalis tutius esse, ut omnes, non attenta gratuita Dei largitione, suam salutem, ut summum commodum absolute concupiscant?

« In quovis statu beatos esse volumus, infelices esse nunquam volumus. Et hœc sunt, quibus efficacissime moventur homines. »" Putatne etiam sanctos efficacius motos fuisse sui commodi, quam divine gloriœ intuitu ? Adjicit continuo, nulla facta exceptione. Igitur nequidem Paulum, nequidem Moysen exceptum voluit. Omnes, omnino omnes in Deum pura benevolentia, minus " quam sui commodi concupiscentia, affecti sunt.

«Caritas includit respectum desiderium possidendi Dei... Æque impossibile est nos per caritatem bonitatem supremam spectare absque beatitudinis motivo, ac impossibile nos unicum bonum nostrum cognoscere, non volito nostro bono. »" Notandum est donum supernaturale" a D. Cardinali semper inculcari, ut nostrum unicum bonum. Ea autem locutio impossibile aperte adstruit beatitudinis motivum ipsis caritatis actibus esse essentiale, ita ut amoris pure benevoli actus sint somniantis deliria. «Quod absolute bonum est, absolute optari oportet.» (De salute, scilicet supernaturali beatitudine, expressissime hic loquitur.) «Cum Deus sit summa justitia, impossibile est eum non semper velle, quod essentialiter justum est. Atqui essentialiter justum est, ut verum nostrum bonum velimus. Non tantum hic est sapientissimus legislatoris ordo, et gratuita, ac salutaris impressio liberatoris, sed etiam, ut ita dicam, ipsamet invincibilis, et necessaria auctoris nature

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impressio. Hœc est veluti voluntatis essentia. Quid vellet, si non vellet suum bonum ? »" Verum sic insto : Quod nos semper velle essentialiter justum est,

quod invincibilis et necessaria naturae auctoris impressio non minus postulat,

quam gratuita liberatoris promissio, hoc procul dubio naturœ nostrœ ex ipsius essentia debetur. Atqui salus seu visio beatifica tale est donum, ut

essentialiter justum sit illud a nobis optari. Imo ipsamet invincibilis et necessaria auctoris naturae impressio hoc votum nobis inspirat. Haec est denique veluti voluntatis essentia. Ergo salus, seu visio beatifica naturœ nostrœ ex ipsius essentia debetur. Possetne Deus denegare nature hominis suum unicum bonum, quod ab homine exoptari essentialiter justum est, et cujus votum ab invincibili et necessaria auctoris naturae impressione formatur? Possetne Deus justus et sapiens deludere votum, quod, ipso auctore, est veluti voluntatis essentia?

«Quid opponunt, inquit, his religionis principiis ? inanes metaphysicœ argutias... Amor purus Deum amat sine relatione ad nos. »" Argutiœ vero illœ Angelico Doctore depromptœ sunt : ut in ipso sistat, non ut ex eo aliquid nobis proveniat, et ideo caritas est excellentior fide et spe".

«Sancta sponsa (hoc tuto affirmari potest) nunquam usa est his prœcisionibus sophisticis, quas neoterici doctores jactitant. »"

« Notum sit semper et certum caritatis perfectionem his sophisticis prœcisionibus nullatenus esse metiendam. »" Qua alia igitur mensura vult ipse metiri caritatem, nisi illius definitione propria?

Sic pergit : «Quanta illusio ! van argutiœ fanaticis relinquendœ". Cunctœ religionis notiones confunduntur, si amorem abstractis novorum spiritualium notionibus accommodare velis. Sancti Francisci Salesii tractatum perlegas, miraberis, quod ad confirmandas mysticorum id genus speculationes, hunc auctorem sibi vindicare ausi fuerint. Quantum abest, ut a caritate excluserit Deum spectatum quatenus nostrum bonum est. Ipse, ipse docet expressissimis verbis quemlibet amorem unice fundatum esse in convenientia objecti amati cum voluntate, quœ illud cognoscit, et amat. »" Hoc certe gratis dictum est, scilicet, quod a cantate excluserim Deum spectatum quatenus nostrum bonum est. Imo sexcenties dixi caritatem posse hoc motivum admittere, illudque6' ad suum proprium finem, scilicet Dei gloriam, passim referre, sed motivum illud propriis caritatis actibus non esse essentiale. Adjeci hoc motivum beatitudinis, dum verbi gratia abest in votis ipsius beatitudinis conditionate abdicandœ, omitti abstractive tantum, non exclusive. Ipsemet D. Cardinalis hoc manifeste agnoscit. Namque iisdem locis acerrime reprobat abstractas, que mihi imputat, novorum spiritualium notiones, sophisticas praecisiones, et inanes metaphysicae argutias". Ergo ex confesso de abstractione aut prœcisione metaphysica, non de exclusione hujus motivi agitata fuit quœstio. Concludit ex loco S. Francisci Salesii contra universam illius doctrinam in sensum alienissimum adducto, quemlibet amorem (nullo excepto) unice fundatum esse in convenientia objecti", id est in nostro bono, seu commodo. Hœc est ipsissima Meldensis episcopi amandi ratio, quae aliter explicari nequit. Hœc est veluti voluntatis essentia. Hœc est hominis natura, et essentia amoris, quam Conventus solemnis prœdicat. Semper vult, inquiunt, potiri suo objecto,... beatitudinem necessario exoptat64.

Sapientissimum Patrem pacifico animo clam alloquor. Ipsa coram Deo viderit Beatitudo vestra, quo in periculo jam vertetur in Galliis Mosaïca et

Apostolica traditio, quœ per Patres, per Ascetas, per scholas omnes ad nos-tram œtatem usque viguit incolumis. De perfectionis summa agitur; quinetiam de amore de quo dictum intelligitur : Qui non diligit, manet in morte". Hanc auream traditionem nemo, prœter me, damnatum, tueri ausus est. Controversia nostra per totam Europam late insonuit. Causa, inquiunt, jam definita est. Nihil ulterius scrutantur plerique hominum. Jam omnino illis persuasum est amorem benevolum, benigne quidem, scandali declinandi causa, in aliquot indoctis sanctorum libris, exempli gratia, in operibus sancti Francisci Salesii, haberi excusatum ; has autem amantes ineptias quœ amoris essentiae repugnant, ut Quietismi fontem virulentum, in scriptis meis reprobatas esse". Hoc adversarii omnium auribus nunquam non instillant. Ea autem est in illis ingenii dexteritas et solertia, ut dum impugnando meo libello incumberent, errores textui imputatos in immensum exaggeraverint. Nunc vero, voti compotes damnatum dogma minus late accipi volunt. Arte contraria, censurœ fines coarctant, ut ipse benevolus amor implicitus videatur. Si quis autem ilium censurœ apostolicœ immunem dixerit, hunc Scripturis, traditioni, naturae hominis et amoris essentiae infensum conclamant Conventus episcopi". Quid, si Sedes apostolica hoc sancitum sua auctoritate confirmaret? actum esset de illo purissimo igne, quem Dominus Jesus voluit vehementer accendi, et quem extinctum Meldensis vellet.

Absit, Sanctissime Pater, absit ab Ecclesia Romana, ut ipsa olim locuta est", vigorem suum tam profana facilitate dimittere, et nervos severitatis eversa fidei majestate dissolvere.

II.

Omnia susdeque versant adversarii, ut apologetica mea scripta, ad Sedem apostolicam per controversiœ curriculum transmissa, cum ipso libro sine discrimine damnata vulgo reputentur. Eo fine inclamitant viginti tres propositiones libri damnatas in apologeticis acerrime propugnari". Atqui nihil est a veritate manifestius alienum. Nulla est enim ex his propositionibus, quam, prout in Brevi jacet, apologetica scripta tantillum excusata haberi velint. Imo singulœ propositiones, prout in Brevi jacent, in apologeticis, vehementissime quam potui, refelluntur.

Verum quidem est, Sanctissime Pater, me in apologeticis protulisse multa contextus libri temperamenta, singulis propositionibus consulte affixa, ne male unquam sonare possent. Hœc autem temperamenta non sufficere declaravit Breve pontificium, cui docili ac simplici animo sum obsecutus. Neque eo tamen minus aperte constat, nullam ex viginti tribus propositionibus, prout in Brevi jacent, in apologeticis propugnari. Quapropter temere prœdicant, apologetica tum pontificio Brevi implicite damnata, tum regio edicto prohibita esse. Sic enim habet ipsum edictum:« Insuper hunc librum unaque scripta typis excusa, atque in lucem edita, ad tuendas, quas continet et quœ damnatœ sunt propositiones, de medio tolli jubemus. »"

Apologetica vero minime tueor, ut edicti interpretatione facta, hœc opera libere circumferantur. A die qua Breve pontificium mihi innotuit, nequidem unum apologeticorum exemplar distribui. De hoc severissime inquisitum fuit a legato Regis Cameracum misso''. Defuit malevolis vel minima querelœ ansa. Pacis quœrendœ studio asperrima quœque silens pertuli. Hoc unum Beatitudini vestrœ perpendendum clam propono, nimirum adversarios

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librum damnatum cum apologeticis minime damnatis ex industria confun-

dere, ne benevolus amor in apologeticis tantopere propugnatus, censure immunis reputetur. Plerique hominum ita secum argumentantur : Archiepis-

copi " Cameracensis doctrina de amore puro ab apostolica Sede damnata est. D. Cardinalis Noallius et D. episcopus Meldensis, in hoc prœcise Cameracensem impugnaverunt, quod ipse negasset beatitudinis coelestis motivum esse essentiale quibuslibet caritatis actibus. Hoc erat punctum decretorium,

quo totius controversiae nodus secabatur73; in hoc exstirpandus erat Quietismus. In hoc pervicerunt. Pontifici inanes amoris chimerici argutias dam-

nanti applaudit Gallicanus Conventus. Declarat eam esse amoris essentiam,

ut semper velit potiri suo objecto, eamque naturam hominis, ut beatitudinem necessario exoptet74. His sancitis aperte adversantur archiepiscopi Camera-

censis apologetica. Ergo apologetica ab apostolica Sede, et a Conventu Gallicano reprobata sunt. Ea scripta affirmant caritatem ex suis propriis actibus in Deo sistere, non ut ex eo aliquid sibi proveniat, nequidem adeptio boni.

Contra vero Conventus docet essentiam amoris, ac proinde caritatis ipsius, eam esse, ut in Deo sistere non possit, nisi velit semper potiri suo objecto;

et ex eo beatitudinem sibi provenire optet. Hic apostolica Sedes, et Conventus Gallicanus; illic solus archiepiscopus Cameracensis. Causa jam definita est. Valeat ille quietisticus amor, qui in Deo sistere affectat, non ut ex eo salus œterna sibi proveniat".

Quocirca, Sanctissime Pater, per Christum, cujus legatione fungeris, et per custodiendum doctrine depositum, Beatitudinem vestram supplex iterum atque iterum oro, ut si quid in apologeticis erraverim, me docere et emendare dignetur.

Doctoris Angelici sententiœ de amore qui in Deo sistit, etc., hoc unum in apologeticis adjunxi ex decimo tertio Articulo Issiacensi depromptum,

scilicet «in vita et oratione perfectissima hos omnes actus (puta virtutum

omnium) in sola caritate coadunari, quatenus ipsa omnes virtutes animat, atque imperat illarum exercitium, etc. »" Sic autem temperata volui multa

antiquorum loca, ubi dictum est perfectos sola caritate agi, ut dixerim in

statu perfectissimo caritatem tum maxime vigentem cœteras virtutes plerumque prœvenire, earumque actus" imperare, ad eos ad suum finem, nempe

Dei gloriam, explicite referendos. Porro constat ex divo Thoma actus virtutis

imperatœ transire in speciem, aut assumere speciem" virtutis imperantis, salva tamen et incolumi propria specificatione. Ita assignavi statum habitua-

lem, nec tamen variationum expertem, in quo spei actus a caritate imperante nobilitantur. Possuntne mitius ac tutius explicari Patrum locutiones, quibus caritate sola perfectos agi asseverant, et spem imperfectis relinquere videntur.

Docent etiam Patres triplicem esse justorum ordinem, alios timore servos, alios" coelestis prœmii voto mercenarios, alios denique purissima cari-

tate perfectos filios. Luce ipsa clarior est hœc omnium temporum, et in Oriente et in Occidente traditio. Velint, nolint adversarii, traditio illa respui non potest. Altius, si possunt, eam vestigent, sensumque genuinum, ac liquidum proferant.

1° Dixi eos justos, quos Patres mercenarios nuncupant, plerumque elicere actus spei supernaturales a caritate tum adhuc infirma non expresse imperatos, eosque prœtereo sœpe emittere actus mere naturales amoris sui ipsius in expetenda beatitudine, quibus citra peccatum sibi indulgebant. 2° Dixi perfectos filios plerumque amputare hos" actus mere naturales circa beatitudinem, dum ipsam beatitudinem optant per actus spei supernaturalis, a caritate tum vegeta explicite imperatos. Ita affectum mercenarium ilium esse dixi, qui in actibus mere naturalibus consistit, et quem ab exercitio spei supernaturalis omnino diversum esse constat. Sic spei virtutis supernaturalis et theologicoe exercitium non tantum incolume, sed etiam frequens in perfectissimis animabus esse inculcatum volui. Certe, quidquid adversarii obstrepant, reperiendum est aliquid", quo quidam justi mercenarii constituuntur, et quod in perfectis filiis resectum est. Neque enim alii sine aliquo mercenario affectu mercenarii dicuntur, neque alii, nisi abjecto illo mercenario affectu, ad superiorem perfectorum filiorum ordinem transvolant. Dixerunt adversarii hunc affectum mercenarium, qui mercenarios constituit, spectare beatitudinem aliquatenus extra Deum, et praeter bona a Deo promissa". Dixerunt his primis sœculis fuisse aliquot Christianos ita rudes, ut nimium moverentur his commodis, aut veris, aut fictis, extra Deum, ita ut haec plus quam Deum ipsum in se possessum saperent, eosque potuisse spectari ut mercenarios. Dixerunt eos dictos fuisse mercenarios qui magis affecti erant bonis a Deo profluentibus, quam a Deo ipso, dum minus arrideret luis vera, et substantialis merces. Hœc autem commoda aliquatenus extra Deum et praeter bona a Deo promissa, vocant externas mercedes, LES RÉCOMPENSES ÉTRANGÈRES; vulgares animas in amando Deo quacumque ope indigere et uti83, asseverant.

D. Cardinalis Noallius hœc fuse exposuit. «Plures sunt, inquit, quam" expediret, Christiani, qui ad arbitrium rudem beatitudinem, eamque, ut ait Augustinus, œternam sibi ipsis fingunt. Ea quidem essent contenti, si a Deo concederetur, Deo ipso carentes85. Cum ipsi jucunde non vivant, nisi voluptatibus quibusdam afficiantur, excogitant, et concupiscunt" in eternitate hujus generis beatitudinem. Si Christiani non sunt singuli rudes, que ac Mahumetani, saltem non sunt ita eruditi ac spirituales, ut fideles deceret. Quantum abest ut singuli beatitudinem spectent ea purissima notione Dei cogniti et amati ! Quœrunt commoda que sensus magis afficiant. Quapropter in coelum quodammodo transferunt has beatitudinis ideas, quas in terra coluerunt... Paradisus, ut a Christiano mediocriter edocto intelligitur, locus est voluptatis, quo procul abest omne incommodum, quo omne commodum affluit. Neque altius sese erigunt. Hec notio vera est, etiamsi imperfecta sit. Sœpe, et justi, quorum affectus nondum puri sunt, aliquatenus distinguunt gaudium de Deo œternum cognito et amato, a beatitudine quam sibi pollicentur. »"

Hœc legens, poetarum campos Elysios, aut Mahummetis paradisum videre mihi videor. Siccine sperant justi mercenarii, quos salvari Patres affirmant? Num fabulosa hœc paradisi imago, et fidei christianœ, et Dei super omnia dilectioni aperte repugnant ? Quœnam sunt hœc commoda aliquatenus extra Deum, et praeter bona ab eo promissa, que si Deum daret, seipso minime dato, his contenti essent? Potestne aliquod bonum, excogitari extra et praeter veram beatitudinem, scilicet omnium bonorum perfectam ac simplicissimam aggregationem ? Hanc Gentilium fabulam ipsi Deo si anteposuissent mercenarii", neque fide christiana imbutos, neque caritate incensos eos fuisse quisquam diceret. Atqui hujusmodi justi, ita justi sunt, ex Patrum

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testimonio, ut justorum servorum ordine jam superiores, inferiores tantum sint prœcelsissimo filiorum gradu. Qui vero altius eo paradiso poetarum aut Mahummetis sese non erigerent, Gentiles aut Mahummetani essent dicendi. Hœc fere incredibilia docere satius adversariis" visum est, quam confirmare meam de illa traditione simplicem ac genuinam interpretationem. Sensit tamen D. Cardinalis se rem non ita liquido expediisse. «Tametsi, inquit", Patres non ita prœcise semper locuti fuerint, easdem tamen notiones sectatos fuisse omnibus persuasum sit. »9' Quis sic non eluderet evidentissimam, aut de consubstantialitate, aut de gratiœ necessitate traditionem? Licetne traditionem unanimem omnium temporum nihili facere his verbis : Patres non ita praecise locuti sunt, sed omnibus persuasum sit, etc. ? Atqui Patres luculentissime locuti sunt de justis mercenariis, qui salvantur. De his dictum est ab Ambrosio: « Angustœ mentes invitentur promissis; erigantur speratis mercedibus. »92 Dictum est a Chrysostomo : «Deus voluit sic virtutem nos posse colere, ut infirmitati nostre sese accommodaret. Quod si quis imbecillis sit, etiam in prœmium spectet. »93 Licetne dicere Deum infirmitati nostrae sese accommodare, dum sinit justos Mahummetico paradiso extra Deum, et praeter bona ab ipso promissa, delectari? Licetne dicere his promissis et mercedibus invitari et erigi angustas mentes? Imo hac impia et absurda fabula delusœ mentes, altius, inquit D. Cardinalis, non eriguntur. Licetne dicere Deum voluisse, ut virtus ipsa ita colatur, nempe dum voluntas plus movetur bonis a Deo profluentibus, quam Deo ipso ? Licetne dicere his Mahummetici paradisi adminiculis infirmas animas indigere, et ad perfectionem comparandam adjuvari? Licetne dicere hoc fabulosœ beatitudinis idolum extra Deum, et praeter vera promissa, non esse abominationem in loco sancto? Siccine angustae mentes invitantur et eriguntur, nimirum94 gravissime peccando? Siccine ut infirmi evadant fortiores, in praemium spectare oportet ? Que fere incredibilia nisi dicant adversarii, hanc traditionem cum suis principiis conciliare nequeunt. Hoc unum superfuit illis perfugium, ne mihi assentiri cogerentur. Hœc autem eo tantum fine hic recenseo, ut Beatitudo vestra meminerit95 quantum religioni periculum impenderet, si, confirmata Conventus doctrina, Apologeticorum sententia damnata videretur. Tum certe funditus rueret illa Moysis, Pauli, Ascetarum et scholarum traditio. Quod si in Apologeticis vel minimus" error obrepserit, in quo praecise erraverim, quis me docebit, nisi Ecclesia cœterarum magistra et mater? Filium docilem, et nolentem errare, non repellet Pater benignissimus.

Facile judicabit vestra Beatitudo, unde gravius immineat periculum, an ex Mysticorum adversariis, an ex inepta et ridicula Quietistarum illusione? Quietistœ paucissimi, alii aliis ignoti, illitterati, turpe ac vile fanaticorum genus, diversimode abrepti delirant. At contra Critici (absit ut quemquam indigitare velim) numero, ingenio, linguarum peritia, litteris etiam humanioribus, gratia, fama, eloquentia prœstantes, sapiunt quidem, sed non ad sobrietatem evangelicam. Alta sapientes, humilibus non consentiunt97. Quae ignorant blasphemant9B, simplicitatem fastidiunt ; Sanctorum experimenta, ut aniles fabulas derident, de vita contemplativa pifs idiotis rudiores. Quorum criticorum" si valeat auctoritas ac censura, protinus arescet vitae inte rioris unctio. Una nobis supererit sicca, jejuna, aspera ac tumens philosophia; atque in hanc partem jam Taxis habenis précipites ruunt juvenes, quos scientia inflari juvat.

Aliud occurrit hominum genus, veri ac sine fuco mystici, simplices anime, et pacis amantes, disputationibus et negotiis inhabiles, sed orationis peritœ. Has cum Quietistis confundere nefas esset. Quae enim societas luci ad tenebras? quae conventio Christi ad Belial'"? Candide, dociles, pavidœ columbœ, quarum gemitu Deus placatur, quas, si vel minimi erroris arguas, continuo sese gravissime culpant : came Deo, sibi ipsis viles, traditœ gratiœ Dei, excellentiorem viam œmulantur. Natio illorum obedientia, et dilectioun Patris est has egregias animas gremio fovere, amplecti, quasi pupillam oculi tueri delicatissime. Sed heu ! quis dicere queat, quam aspere hisce temporibus ab imperitis directoribus exterritœ discrucientur, si gratiœ intus allicienti tantisper obtemperent ? Sunt illis lacrymae panes die ac nocte, dum ab increpantibus dicitur : Ubi est Deus vester'"? Passim audiunt doctos dicentes, amorem benevolum contra Scripturas, traditionem, naturam hominis et amoris essentiam insanire I". Audiunt contemplationem esse vacuœ, et illusœ mentis otium, quietistico gurgite jam sese perditum ire, sponsumque Christum se repudiasse. Quid paterna miseratione dignius ?

IV.

Jam fere a biennio pontificie censure absque ulla restrictione adhaesi, meumque libellum, iisdem praecise qualificationibus affixis ter damnavi.

1° In exarando Mandato singulos Galliarum Conventus provinciales, et regium edictum, ego solus ultro antecessi.

2° In nostro provinciali Conventu hoc ipsum expressissime repetitum legitur.

3° Non ita pridem, petente Rege, Mandatum gratis iterare non piguit.

Ita per biennium nequidem vocula a me emissa fuit, nisi ad inculcandam absque ulla excusationis specie libelli condemnationem. Omitto loqui sin-

gula, que nihilo tamen minus a fratribus pertuli. Auctoribus id condonetur,

quotidianis precibus oro. Ab omnibus optimœ note vires, et ipsa infima plebe conclamatum erat nullam vocem, nisi consolatoriam, a fratribus in

fratrem deinceps emitti decere. At contra a Gallicano Conventu demandata

est 1" scribende Relationis provincia D. episcopo Meldensi, huic scilicet, quem adversariorum infensissimum fuisse neminem fugit. Ita unus ille fuit

simul actor, testis, judex, commissariorum prœfectus, et suce controversiœ scriptor. Protinus nomine alieno impune me discerpit, et tacenti insultat. Falsa, absurda, sibi ipsis aperte pugnantia, et jam in Apologeticis confutata repetit. Decuitne Conventum, dictante actore, in reum jam suis responsis purgatum, acriter invehi?

Nullatenus in ea Relatione'" dubitant episcopi, quin damnatis erroribus ex animo adhœserim, et libellum scripserim hujus delirii propugnandi causa.

Quo pacto id noverint, dicant, si possunt. Si non possunt, dixisse pigeai.

Sciuntne melius ipso auctore reclamante, quid ipse sua intima conscientia senserit? Neque in hoc sibi ipsis constant. Modo enim me, ut Sedi aposto-

licœ candide obsequentem, laudaverunt. Modo affirmaverunt me amplexum fuisse errores, a quibus animum semper maxime abhorruisse, Deo teste invo-

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22 mars 1701

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cato, sexcenties declaravi. Ita dum me inani laude demulcent, hypocritam ac perjurum prœdicant. Quid enim scelestius, aut impudentius foret, quam pudere debitœ confessionis, et peccati minime pudere? Quid magis flagitiosum, quam negare coram Deo me propugnasse 106 errorem, si revera ilium propugnassem? Id mihi imputant, ut adversariis obsequantur. Verum si hœc contumeliosa gestorum Relatio a vestra Beatitudine confirmaretur, continuo adversarii Regis patrocinio freti ad ulteriora pergerent. Peterent procul dubio, ut huic confirmationi, veluti formulario subscribere cogerer. Nonne satius esset extrema quœque perpeti, ipsamque fundere animam, quam fateri me sensisse, quod nunquam sensi, imo semper impugnatum volui. Veritas et conscientia vetant mihimet immerenti inferre hoc dedecus sempiternum. Ipsi autem magis ac magis in dies sentiunt se suce famœ, nisi meo dedecore, [non] consulere posse 1". Namque pii, probi, et cordati omnes indigno animo ferunt fratres in fratrem hactenus inaudita asperitate, invectos esse '".

Extrema hœc tandem, Sanctissime Pater, quasi jamjam essem moriturus, in sinum paternum fundo. Qui futurus judex, ipse cordium et renum scrutator, testis erit Deus: scit quod non mention

1° De mystica theologia nunquam excessi fines 1", quos in Apologeticis fuse, et prœcise positos Romana Ecclesia jamdudum examinavit.

2° Nulium errorem excusatum haberi volui. Imo librum candidissime scripsi, ut, salva et incolumi sanctorum traditione, Quietismi singulos errores aperte, et efficacissime refellerem.

3° In libro severius castigando, ne quid meticulosum lectorem offenderet, D. cardinali Noallio, ut intimo amico, et illusioni infensissimo, simplicissime usus sum. Ipse tres theologos peritos, et sibi fidos adhibuit, qui in retractando opere sententiam dicerent. Nimia, ut ipse tum aiebat, docilitate illis per singula obsecutus sum

4° Illis œque ac mihi visum est tum temporis, interesse proprium, quod mercenarii spiritus reliquias, ambitionem et avaritiam spiritualem"' liber nuncupat, nunquam significare posse salutem, sive Deum, quatenus nobis beatificum. Siquidem spem, illiusque formale objectum ab interesse proprio in tantulo opere 12 septuagies expressissime secreveram. Interesse proprium et affectus interessatus, ut postes 13 Carnotensis episcopus annotavit, sunt voces, quibus constat totum opusculum. Voces autem illœ sexcenties repetitœ, tum D. Cardinalis, tum theologorum aciem fugere non poterant. Eas igitur ita acceperunt, ut nequidem in mentem venerit, his significari posse salutis abdicationem. Quid autem mirum si ea vocabula sincere intellexerim eo sensu pio, quo ipsi unanimi consensu ea intelligenda arbitrati sunt? Igitur si in ea locutione usurpanda hallucinatus sum, saltem fraudis purus et integer id feci. D. ipse Cardinalis in hoc plus hallucinatus est, quippe quem decuisset me prœoccupatum admonere.

5° Huic voci, quœ Christum spectat, perturbatio, male adjecta fuit hœc altera, involuntaria. Neminem culpare est animus. Sed quod mihimet, quemadmodum et alii debetur, reddendum puto. Non mea est hœc vocula '14. Testes protuli omni exceptione majores, qui autographum circiter per mensem habuerunt, etiam editione jam '15 peracta. Nusquam in contextu occurrebat hoc vocabulum. Me absente libellus typis excusus est, excusa etiam errata. Ubi Parisios repetii, jam venum ibant. Continuo palam declaravi hoc vocabulum, ut alienissimum 16, resecandum esse. Quod si vocis hujus alienœ causa aliqua censurœ nota toti operi inspersa esset, meminerit œquissimus Pater, de mendo quod me nihil attinet, me gravissimas luere pcenas. Hœc propositio, me reclamante, tum verbo tum scripto, cœteris viginti duabus adjuncta fuit, et illa propositionum collectio dicta fuit respective erronea. Neque tamen palam id queror. Sed filius cœteris tacitus uni Patri clam pectoris vulnera nudat.

6° Tametsi ' ' ' propositiones singulœ, prout in Brevi jacent, destituuntur omnibus temperamentis, quibus eas in ipso contextu munitas existimabam, et quœ complures theologi Romani l g maximi fecerant, facta tamen propriœ mentis cœca abdicatione, intimam, œternam, et absolutissimam obedientiam, et docilitatem, iterum atque iterum voveo.

7° Ita me affectum profiteor, ut si in Apologeticis vel levissima erroris nebula offusa sit, errorem fateri clara voce, et quamprimum ejurare velim. Ergo Beatitudinem vestram impensissime oro, ne mihi humillime petenti nudam veritatem deneget. Labia sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus'19. In insi pientia dito' 20, summa tamen cum verecundia, et demissione animi, id muneris incumbit Petro, qui conversus fratres confirmare'n tenetur. Nullum aliud beneficium, solatiumve postulo. Patris est, si erret filius, eum suo errori non permittere, si non erret, confirmare, ne tantis in œrumnis a vero deficiat. Quod si Pater filium nec docere, nec solari velit, nihilo tamen minus, filiali affectu, et cultu, ad extremum usque spiritum obsequar. In silentio et spe erit fortitudo mea' 22.

Verum procul esto quod me attinet. Caritas ipsa per Spiritum sanctum diffusa in cordibus nostris impugnatur. Deridentur sanctorum experimenta. Adspicis hœc, o custos Israel ! Purus ille amor male audit. Traditioni, inquiunt, Scripturis, naturae hominis, amoris essentiae repugnat. Verus amor vult semper potiri suo objecto, et in eo beatitudinem necessario exoptati". Applaudunt asseclœ innumeri gratiam captantes. Mcesti silent theologi veri et recti tenaces. In sua suprema sede aliquando loquetur Petrus. Cum transie-ris per aquas, tecum ero, et flumina non operient te. Cum ambulaveris in igne, non combureris, et flamma non ardebit in te... Ab oriente adducam semen tuum, et ab occidente congregabo te. Dicam Aquiloni: Da; et Austro: Noli prohibere. Affer filios meos de longinquo, et filias meas ab extremo terrael".

Pedes humillime deosculans, apostolicam benedictionem peto. Ero œternum cum summa reverentia, observantia, et submissione animi, Sanctissime Pater, Beatitudinis vestrae humillimus, et obedientissimus servus ac filius.

Cameraci, 8 Martii 1701.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

712. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi 22 mars 1701.

Monseigneur le Dauphin tomba dimanche en apoplexie, et on lui tira d'abord cinq palettes de sang. Nous n'en savons pas davantage. Mais cette

142 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

24 mars 1701 TEXTE 143

2 avril 1701

nouvelle se répandra bientôt avec toutes ses circonstances'. En attendant je vous supplie, Madame, de n'en point parler.

Mon bon ami M. de Croisilles 2 est mort en vrai chrétien. J'en suis bien touché. Mais Dieu prend ce qui est à lui, et non pas à nous.

Vous n'êtes point simple avec moi, et vous supposez que je ne veux point entrer simplement dans les desseins de Dieu sur vous. Vos besoins sont des droits que vous avez de me demander du secours. Puisque D[ieu] le veut je le veux aussi. Mais je vous demande deux choses. L'une est de ne rien cacher, et l'autre de faire ce que je vous dirai pour vaincre vos scrupules. Que si'veus y manquez, au moins faut-il m'en avertir de bonne foi. Je prie N[otre] S[eigneur] qu'il vous élargisse le coeur, qu'il vous désoccupe4 de vos vains scrupules sur des bagatelles, et qu'il vous empêche de lui manquer véritablement en résistant à son attrait. Rien ne guérit tant du scrupule que de le forcer sans hésitation. Dieu vous aidera. Rien ne lui est impossible. Croyez et vous recevrez suivant la mesure de votre foi.

713. AU DUC DE CHEVREUSE

714. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi 2 avril 1701.

Je vous envoie, Madame, ma réponse pour madame... '. Il me paraît qu'elle hasarde trop, en écrivant avec confiance par la voie d'un petit garçon. Je lui fais néanmoins réponse, de peur de la peiner, en la laissant trop en suspens.

Pour vous, Madame, je vous conjure de communier demain, sans vous confesser, et de forcer tous vos scrupules, pour donner à Dieu cette preuve de votre sincère docilité à son ministre. Vous pouvez croire que je n'ai envie de charger ni votre conscience ni la mienne. Mais votre conscience a besoin d'être un peu élargie. L'amour, quand il se perfectionne, chasse la crainte', et quand il ne le fait pas, c'est qu'on le gêne, et qu'on l'arrête dans sa pente. Voulez-vous par crainte étouffer l'amour, et par une délicatesse déplacée pour Dieu, résister à Dieu même? J'aurai l'honneur de vous voir, dès que vous croirez en avoir besoin'.

Communiez demain, je vous supplie, et priez pour quelque chose que je recommande à Dieu. J'ai les Lettres de madame de Chantal': les voulez-vous lire? Pardon du mécompte pour ma réponse à Oisy. Dieu soit avec vous, et toutes choses lui seul en vous.

24 mars 1701. 715. AU MARQUIS DE BLAINVILLE

Jamais rien ne m'a touché plus vivement, mon bon [Duc], que votre lettre écrite, moitié à...', et moitié à Versailles. Dieu vous bénisse, et se complaise en vous pour votre petitesse. Ne cessez point de vous défier de votre esprit curieux et de vos raisonnements. Craignez ce goût des gens d'esprit et des savants. Vous savez même qu'il y a certains dévots secs, critiques, dédaigneux, et pleins de leurs lumières qui sont d'autant plus à craindre pour vous, que votre goût, votre habitude et votre confiance vous ont tourné longtemps de ce côté-là'.

Pour vos affaires n'y faites que ce qui vous paraîtra, devant Dieu dans l'oraison, que vous y devez faire pour l'éclaircissement des difficultés, et pour mettre les juges en état de vous rendre justice. Comptez que les arrangements de raisons étudiées, les efforts empressés de sollicitations, les tours persuasifs, etc., ne feront pas autant qu'une application modérée, paisible et simple, où vous n'agirez qu'à mesure que la grâce vous fera agir sans ardeur naturelle'. Surtout réservez-vous des heures certaines pour prier, pour lire autant qu'il le faut, afin que la lecture nourrisse l'oraison, et pour apaiser l'ébranlement naturel que la multitude des affaires pressées cause. Tout dépend de là et vous ne sauriez être trop ferme pour vous faire un retranchement contre le torrent des affaires qui entraîne tout. Puisque la petitesse de Jésus enfant` vous fait trouver dans une très bonne personne, et meilleure qu'il ne paraît d'abord', une société qui vous soutient, et qui ranime votre grâce, ne manquez pas à chercher ce commerce, et à le faciliter. Il vous attirera une particulière bénédiction.

4 avril 1701.

Je serais ravi de vous embrasser, mon cher Monsieur ; mais vous ne devez point venir présentement sur cette frontière, à moins que le service ne vous y mène '. Pour moi j'irai recommencer mes visites au-delà de Mons, dès que la saison sera un peu adoucie. La vente de votre charge' m'a fait plaisir; sachant combien elle vous en faisait, j'en ai ressenti un grand'. Pour le service, vous ne devez point penser à le quitter présentement'. Le goût d'ambition y est fort dangereux. S'il ne soutenait, on tomberait bientôt de lassitude; et quand il soutient, il mène trop loin. Il faudrait servir le Roi par pure fidélité à Dieu, sans chercher aucune gloire mondaine'.

Ne vous découragez point dans l'expérience de vos infidélités. Rien n'est si humiliant que la hauteur6 quand Dieu la fait voir, et qu'il en montre toute la déraison. Du moins quand vous apercevez qu'elle vous a échappé, ramenez-vous, rapetissez-vous, rabaissez-vous, et qu'alors la pratique réelle soit le fruit de votre bonne volonté. Autrement vous n'auriez qu'en paroles la haine de la hauteur et l'amour de la petitesse. Un grand point, c'est d'être simple et de bonne foi dans le désir de se corriger. Alors on ne déguise, on ne soutient, on n'excuse point les hauteurs. On recule, on répare, on avoue qu'on s'est trompé, ou qu'on a été trop vif. On fait sentir que la hauteur n'est pas du fonds, et qu'on en souffre plus de confusion, que ceux qu'on a fait souffrir. Ce qui n'est que dans la promptitude de l'humeur n'est que faiblesse. Il faut s'en corriger. Mais ce mal n'est pas le plus dangereux. Pour

144 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [4 avril 1701]

la hauteur, elle vient de plénitude. C'est un fonds d'orgueil de démon. Ce fonds rend faux, âpre, dur, tranchant, dédaigneux, critique.

Soyez retenu avec le prochain pour ne prendre aucun ascendant, pour éviter la décision' et la moquerie. Rappelez la présence de Dieu. Humiliez-vous devant lui, pour demeurer humble devant les hommes. Ne prenez des hommes que ce qu'il vous en faut pour le besoin de la société. Priez, lisez, et tournez vos lectures en une espèce d'oraison. Défiez-vous de vos goûts pour le service, et en même temps de vos dégoûts pour le monde. Ne comptez pour rien aussi vos goûts pour une retraite belle en idée. En un mot ne comptez pour rien tous vos goûts, et toutes vos pensées. Bornez-vous à votre devoir de chaque jour, qui est votre pain quotidien'. En voyant moins la... 9, vous la verrez plus utilement que vous ne faisiez. Mille fois tendrement à vous.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi [4 avril 1701].

27 avril [1701] TEXTE 145

718. A LA MÊME

Mercredi 27 avril [1701].

Je suis ravi, Madame, de vos bonnes nouvelles. J'attendrai sans peine jusqu'à une heure, l'arrivée de Mr [le comte de Montberon] '. Aussi bien ai-je beaucoup de longues affaires ce matin au vicariat et je ne pourrai sortir qu'à midi, pour aller commencer ma messe. Voulez-vous bien que nous envoyions mon carrosse au devant de notre courrier. Je le ferai, si vous le permettez. Réponse, s'il vous plaît, tout à l'heure'. Il ne faut qu'un mot au porteur de ce billet pour toute réponse, sans vous donner la peine d'écrire. Je vous demande à dîner Mlle de... Si Mlle de...3 est chez vous, n'hésitez point à nous la donner aussi.

719. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Der mai 1701].

Monsieur,

716.

Ne hésitez point, Madame, à communier aujourd'hui. O la grande et l'aimable fête' ! C'est l'anéantissement du Verbe fait chair. Anéantissons-nous avec lui. Cet anéantissement est le prodige de l'amour. O que la vie du Fils de D[ieu] était cachée en cet état ! O que ce mystère est intérieure!

Ce qui n'est point du tout volontaire, et que nous avons sujet de croire de bonne foi étranger à notre volonté n'est ni péché ni imperfection. Ne craignez point ce que vous ne voulez pas.

717. A LA MÊME

Mardi 26 avril 1701.

Tout est pot au lait en ce monde. Chacun de nous est la pauvre Perrette' . Qu'y faire, Madame? Se consoler, perdre en paix ce que la Providence nous ôte, et ne tenir qu'à celui qui est jaloux de tout. En perdant tout de la sorte, on ne perd jamais rien. La jalousie qui est si tyrannique, et si déplacée dans les hommes, est en sa place en Dieu. Là elle est juste, nécessaire, miséricordieuse. En ne nous laissant rien, elle nous donne tout 2. Ne communiâtes-vous pas dimanche? Je crois que vous devriez prendre des règles fixes avec le bon père', surtout pour le temps de mon absence. Vous le mènerez au but mieux que personne.

Si M. le [comte de Montberonl pouvait arriver dimanche, ou même lundi', nous pourrions encore dîner ensemble, et cela serait fort joli. Sinon, il sera bien joli d'en être privé, car tout est joli dans la volonté qui décide.

D[ieu] vous bénisse. J'aurai l'honneur de vous voir et de vous écrire avant mon départ6.

Je vous envoie l'avis signé de ma main selon votre projet pour les maladreries'. Votre pensée est si favorable au vrai bien du public, que je suis ravi de m'y conformer, et qu'il serait impossible, ce me semble, de rien désirer de meilleur. J'espère, Monsieur, que votre voyage à Paris servira à appuyer cet avis, et à le faire recevoir au Conseil. On ne peut ressentir plus que je le fais la bonté avec laquelle vous avez protégé les habitants de Solesme'. Il faudrait que j'eusse des affaires bien pressées à Maubeuge, Monsieur, pour y aller avant votre retour. Mais je m'imagine que nous n'aurons pas la joie de vous voir revenir si tôt et que vous profiterez de votre voyage pour passer l'été à Paris. Ce qui est certain est que vous devez quelque amitié à ce pays, car il me revient de tous les côtés que vous, Monsieur, et Madame de Bernières y êtes aimés et honorés universellement'. Mais personne ne peut égaler le zèle avec lequel je suis pour toujours du fond du coeur, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 1 mai.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

720. Au PAPE CLÉMENT XI

Sanctissime Pater,

Quod me jamdudum decuit silentium, etiamnum in tanta lœtitiœ causa me decere putaveram. Quapropter, dum tot alii certatim plauderent mirificam vestram electionem coram Deo tacitus mirabar. Verum a quibusdam

Cameraci 6 maii 1701.

146 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 mai 1701

fide dignis viris jam certior factus paterno pectore nondum elapsam esse benevolentiam, qua me dignata est superioribus annis Beatitudo vestra2, mihi temperare nequeo, quin gratum et devinctum animum, summa cum reverentia, significem3. Que vero me attinent, tempore alienissimo commemorare puderet4: namque matris Ecclesiœ triumphus dolere vetat. Jam5 (nec vana fides) candidissimi nascentis Ecclesiœ dies iterum illuxisse mihi videntur. Flores apparuerunt in terra nostra. Non semetipsum clarificavit, ut pontifex fieret, qui repentino et unanimi omnium voto per triduum vim passus est6. Non sic homines, non sic. A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris7. Sciant gentes quia manus tua hœc, et tu, Domine, fecisti eam. Patrem luminurn 8oro, ut qui coepit opus bonum, perficiat usque in diem Christi Jesu9. Adsit constans et prospera valetudo; aurei anni affluant; tardo pede accedat virens e veneranda senectus. Mediis in scopulis ac tempestatibus frontem serenet pax illa, quam mundus neque dare neque auferre potest. Eluceat Spiritus sancti gaudium''. Sis, o Pater, sis omnibus omnia factus ", ut omnes Christo lucrifacias '2. Audiant hœretici, eosque pudeat matrem in ipsa senectute decoram ac fecundam sprevisse. Audiant impii, et sponse a sponso promissum œternœ juventutis florem mirentur ". Neque deinceps in ipso matris sinu audiantur hœ deflendœ voces : Ego quidem sum Pauli, ego autem Apollo, ego vero Cephœ '4; sed omnes sint perfecti in eodem sensu, et in eadem sententia, consummandi in unum. Hoc oro diu noctuque; hoc contra spem in spem credo 15. Neque enim, post insperatam illam, et desuper datam electionem, credentibus et orantibus quidquam impossibile videtur. Evangelizantis pacem beatissimos 16 pedes amantissime amplexus, apostolicam benedictionem intima cum observantia et singulari animi demissione peto.

Ero œternum, Sanctisime Pater, Beatitudinis vestrœ humillimus et obedientissimus servus ac filius.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

Au CARDINAL PAOLUCCI

[6 mai 1701].

A LA COMTESSE DE MONTBERON

Vendredi 6 mai 1701.

Il faut que je parte de bonne heure, Madame, pour aller dire la messe à Saulzoir ', où je vais faire la visite en passant; mais je vous donne la bénédiction de D[ieu] notre père, et de n[otre] S[eigneur] J[ésus-]C[hrist]. La paix soit avec vous. Elle y sera, si vous êtes simple, et vous mériterez de la perdre, si peu que vous sortiez de cet attrait de simplicité. Vous en avez l'expérience, et cette expérience si sensible vient d'une bonté qui veut convaincre et vous faire honte de vos hésitations dans la foi. Le raisonnement subtil pour vous tourmenter vous-même est pour vous comme le fruit défendu. Dès que vous

7 mai 1701 TEXTE 147

apercevrez que vous vous serez écoutée vous-même, laissez tomber vos raisonnements, et revenez à votre vrai centre, hors duquel vous ne trouverez aucun repos. Le bon père, que vous avez vu depuis peu 2, vous sera utile, pour vous faire passer outre, quand vos subtilités vous arrêteront.

Je vous envoie une lettre pour Mad. [d'Oisy] 3, mais je crains que vous vous incommoderez à l'aller voir. Rien n'est plus opposé à votre grâce que de prendre trop sur votre santé, car c'est aux dépens de votre corps déjà faible nourrir votre esprit naturel et votre amour-propre, qui se plaît à ces sortes de délicatesses et de politesses pour le prochain. Tâchez de faire entendre au P...4 le mal qu'on vous fait en vous écoutant. On fait que vous vous écoutez, et on vous accoutume à ne supprimer jamais ce qui ne se surmonte jamais bien qu'en le supprimant.

Ne m'oubliez pas, je vous conjure, en écrivant à Tournay et à Malines'. Je vous manderai au plus tôt le temps précis de mon séjour à S. Denis6. Je suis véritablement fâché de n'avoir pas vu Mme la comtesse de Souastre'. Je prie D[ieu] qu'il vous garde contre vous-même. C'est la seule chose, dont je suis en peine. Il voit, Madame, et il fait tout ce qui est dans le fond de mon coeur par rapport à vous.

722. A LA MÊME

A Valenciennes 7 mai 1701.

Je dois, Madame, vous rendre compte de mes projets. Je ne compte point de m'arrêter à Mons, et je vais droit à S. Denis. La mission ne peut commencer à Binch que le jour de la Pentecôte, ce qui me donne une semaine pour la visite des environs de S. Denis, et pour aller à Enghien voir Mad. la D. d'Aremberg '. Si M. le M. de M.2 veut venir au désert, nos deux abbés le posséderont à certaines heures, et je me délasserai le soir de mes visites de la journée, en trouvant une si bonne compagnie avec laquelle nous nous promènerons dans des bois assez agréables. Ne m'oubliez pas, s'il vous plaît, dans le lieu où vous voulez aller. Je suis fort touché de bien des choses, et entr'autres de la dernière lettre. Portez-vous bien, Madame. Ne regardez point derrière vous, si vous voulez aller en avant. Je ne vous dis rien de mon zèle, et de mon respect.

723. A LA MÊME

A Binch 15 mai, jour de la Pentecôte 1701.

J'ai reçu, Madame, deux paquets de vous et rien de vous-même. Pas un mot qui m'apprenne comment vous vous portez. Cela est bien sec. Mais tout est bon, pourvu que vous vous portiez bien, et que vous soyez en paix. J'eus l'honneur de vous écrire de Valenciennes, pour vous dire que je serais à S. Denis toute la semaine qui vient de finir'. En effet j'y ai passé tout ce temps-là, pensant souvent à M. le M. de M.2 que j'eusse été ravi de posséder dans

p.m.

[Texte disparu]

721.

148 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 juin 1701

TEXTE 149

7 juin 1701

cette solitude, où les promenades sont très agréables pendant les beaux jours. Mais je ne me flattais d'aucune espérance, sachant combien il doit être assujetti à sa résidence par le voisinage d'un certain homme, qu'il doit vouloir contenter, et qui ne se contente pas facilement 3. J'espère qu'il se trouvera quelque autre temps plus favorable que la Providence nous fournira pour nous voir en liberté. Me voici fixé pour une dizaine de jours. Je compte qu'après la fête du S. Sacrement' je pourrai aller vers Maubeuge. De là je me rapprocherai insensiblement de Cambray5, où je souhaite de tout mon coeur de vous trouver avec un coeur plus large que celui que vous rétrécissez si souvent. Si quelque peine vous arrête, ne hésitez pas à parler au P.R..., en cas que le P.S.... ne vous décide pas assez nettement'. Surtout que le soleil ne se couche point sur vos hésitations, car plus elles durent, plus elles deviennent difficiles à guérir.

Je vous envoie une lettre pour Mad. d'Oisy, qui a besoin d'être donnée sûrement en main propre. Mais n'y allez pas, je vous conjure. Il suffit d'y envoyer une personne sûre. N'allez pas faire des merveilles d'amitié, qui prennent trop sur votre santé. Ces merveilles sont des ragoûts d'amour-propre.

Mad le d'U...7 a besoin et mérite d'être soutenue par des lettres d'amitié et d'édification, qui la consolent et qui l'encouragent. Répondez-lui bonnement. Mad. la C. de S[ouastre] n'a-t-elle point passé à Cambray, et n'y est-elle point encore? Si elle y est, je vous conjure de lui dire mille choses, qui ne sont point des compliments. Je n'espère pas de la trouver chez vous à mon retour. Mais j'ai bien envie d'avoir l'honneur de l'aller voir chez elle'. Je souhaite fort que M. le C. de M[ontberon] fasse cet été de petits tours à Cambray, et que Tournay nous le prête.

Je suis toujours, Madame, l'homme du monde qui vous est le plus dévoué. Je souhaite que l'esprit de simplicité, de vérité, de paix et d'amour, descende et repose sur vous, que son feu consume en vous tout ce qui n'est pas de lui, et qu'il soit l'âme de votre âme.

723 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Die 4a vertentis mensis sub vesperum recepi humanissimas litteras Dominationis vestrœ illustrissimaz, iisque inclusas hesterno mane consistorio secreto apud S. Petrum tradidi clam domino meo cardinali Paulutio, ipsumque enixe rogavi, ut quam primum summo Pontifici directam ac inscriptam epistolam offerret, quod e vestigio se facturum esse sancte spopondit '. Equidem Dominationi vestrœ illustrissime me summe obstrictum contestari debeo propter benignissimas vestras litteras, qua me incredibili consolatione perfuderunt; repetere etenim impresentiarum libet quod alias significavi, nimirum, sicuti nihil mihi gratius contingere potest, quam mente revolvere, et ore omnibus indiscriminatim deprœdicare dignissimi archiepiscopi et ducis Cameracensis eximia merita et egregias dotes; ita nil mihi jucundius accidere potest, quam ejus perlegere litteras, ac de eo descripta

percipere nuntia2. Reverendissimus dominus episcopus Porphyriensis', sacrarii pontificii prœfectus, nuper Romam ex balneis Aquisgranensibus, Leodio, ac Lovanio redux, mihi retulit illis in regionibus undequaque personare celebrem famam vestrœ conspicuœ pietatis, clarissimœ sapientiœ, et vigilantissimi zeli pastoralis, cum omnimodo silentio, et totali oblivione prœteritarum controversiarum. D. quoque abbas de Montgaillard, nepos reverendissimi episcopi Sancti-Pontii, consanguineue et amicus vester, non diu differet viva voce vobis exponere sermonem quem ipse de Dominatione vestra habuit cum summo Pontifice, vestrœ personœ dignissimo aestimatore. Quocum ego etiam non desinam quamcumque arripere occasionem eamdem digne commemorandi, quotiescumque sese occasio obtulerit 5.

Interim nonnulla hic subtexam de D. nostro Papa, qui adhuc moerorem non deponit de dignitate sibi pene per vim illata, sed identidem suspiriis et gemitibus exaggerat et deplorat sibi et Ecclesiœ, ut ipse ait, adversam sortem sue exaltationis6. Superiori mense, inter recitandum officium sancti Petri Cœlestini', a lacrymis temperare non poterat, deflens quod sanctus ille vir eterna beatitudine fruitur ob pontificatus abdicationem; ipse vero, propter ejus acceptationem, incertus salutis manet. Hœc sunt assidua animi ejus humillima sensa, qua nihilominus minime interrumpunt indefessam et continuam ipsius vigilantiam et curam super universam Ecclesiam, innatam ejus erga omnes benignitatem et indulgentiam, atque suavissimam indolem cum pontificia majestate ac gravitate absque ullo artificio conjunctam. In solemni supplicatione pro festo SS. Corporis Domini', non in sella gestatoria evehi voluit, sed pedibus, capite penitus nudato, incessit, nunquam oculum a venerabili sacramento divertens, nec lacrymas temporis momento cohibens, que magna vi obortœ totam faciem jugiter rigabant. Octava ejusdem solemnitatis recurrente die, interesse decrevit supplicationi a clero basilics Vaticane instructœ, et nihili duxit objectiones magistrorum cœremoniarum, qui opponebant nullum hujus rei antecessorum Pontificum extare exemplum, ritumque ac cœremonias hoc in casu adhibendas nullatenus constare. Ipse enim in sententia perstans pedibus comitari voluit augustissimum sacramentum, facem accensam dextera gestans, capite prorsus detecto, oculisque solo defixis, universo populo inspectante et admirante. Quadragesimali tempore pluries nosocomia invisit, œgrotis cibaria prœbuit, eos omni ope spirituali et temporali adjuvit, nonnullis cum morte colluctantibus sacramentum extrema Unctionis administravit, eorumdemque animas usque ad extremum halitum precibus in Rituali Romano descriptis, genibus flexis, commendavit; nec omisit in Vaticana basilica publice quorumcumque fidelium sacramentales confessiones per plures horas excipere9. Hœc insignia pietatis humilitatisque pontificiœ opera, aliœque functiones ecclesiasticœ, maxima devotione ac gravitate omnis affectionis quantumcumque

exilis et minima nescia, quanta œdificationis consolationisque omnibus, nedum fidelibus, verum etiam heterodoxis, hanc in Urbem assiduo confluentibus sint, paucis exprimi non potest. Unde tum basilics, tum sacellum seu capella pontificia, ubi Pontifex sacris functionibus nunquam non interest, semper redundant exteris cujuscumque conditionis, qui admirari et efferre non cessant Prœsidis majestatem, gravitatem, modestiam, ac devotionem ex intimo ejus corde evidenter emanantem, clarisque elogiis ubique deprœdicant, quod caro et sanguis nihil hactenus ipsi revelaverit Hœc pauca pro

150 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 juin 1701

temporis angustia litteris consigno longe quamplura eaque potiora fame beneficio evulgata prœtermitto. Interea Dominationem vestram illustrissimam pro viribus rogo et obtestor, ut vestra jussa mihi frequenter impertiatis, ac vestris nuntiis animum meum vestris praeclarissimis meritis propensissimum sœpius reficiatis; ac nomine meo D. abbatem de Chanterac plurimum salvere jubeatis; demumque in perpetuum maneo, Dominationis vestrœ illustrissime et reverendissimœ servus addictissimus.

Rome 7 junii 1701.

JOANNES MARIA CARD. GABRIELLIUS.

724. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 10 juin 1701.

J'avais compté, Madame, que je vous trouverais ici, et cette espérance me faisait un grand plaisir. Mais Dieu vous a envoyée à... La bonne place est celle où il met. Toute autre est d'autant plus mauvaise, qu'elle flatterait notre goût, et serait de notre propre choix. Etes-vous libre à... pour être seule? D'ailleurs n'y êtes-vous point embarrassée par vos confessions? Je suis fort aise que l'homme que vous avez vu soit propre à vous soulager le coeur, et à vous aider'. Je l'aime, et je l'estime beaucoup. Je suis persuadé qu'il pourra souvent vous faire du bien. Mais je ne veux point cesser de vous donner mes soins. C'est une union que Dieu a faite, et qui étant de son ordre doit durer. Je ne vois rien qui puisse m'éloigner de ce pays, et ce qu'on vous a écrit ne peut avoir aucun fondement 3. Ne songez donc point à des choses éloignées. Cette inquiétude sur l'avenir est contraire à votre grâce. Quand Dieu vous donne un secours, ne regardez que lui seul dans le secours qui vous est donné, et prenez-le chaque jour, comme les Israélites prenaient la manne, sans en faire jamais de provision d'un jour à l'autre.

La vie de pure foi a deux choses; la première est qu'elle fait voir Dieu seul sous toutes les enveloppes imparfaites, où il se cache. La seconde est de tenir une âme sans cesse en suspens. On est toujours comme en l'air, sans pouvoir toucher du pied à terre. La consolation d'un moment ne répond jamais de la consolation du moment qui suivra. Il faut laisser faire Dieu dans tout ce qui dépend de lui, et ne songer qu'à être fidèle dans tout ce qui dépend de nous. Cette dépendance de moment à autre, cette obscurité, et cette paix de l'âme dans l'incertitude de ce qui lui doit arriver chaque jour, est un vrai martyre intérieur, et sans bruit. C'est être brûlé à petit feu. Cette mort est si lente, et si interne, qu'elle est souvent presque aussi cachée à l'âme qui la souffre, qu'aux personnes qui ignorent son état'. Quand Dieu vous ôtera ce qu'il vous donne, il saura bien le remplacer, ou par d'autres instruments, ou par lui-même. Les pierres mêmes deviennent dans sa main des enfants d'Abrahams. Un corbeau portait tous les jours la moitié d'un pain à S. Paul ermite dans un désert inconnu aux hommes6. Si le saint eût hésité dans la foi, et s'il eût voulu s'assurer un jour d'un autre demi-pain pour le jour suivant, le corbeau ne serait peut-être point revenu. Mangez donc en paix le demi'-pain de chaque jour que le corbeau vous apporte. A chaque jour suffit

TEXTE 151

son mal. Le jour de demain aura soin de lui-mêmes. Celui qui nourrit aujourd'hui est le même qui nourrira demain. On reverra la manne tomber du ciel dans le désert, plutôt que de laisser les enfants de Dieu sans nourriture. Mais encore une fois ce qu'on vous a mandé n'est rien. Les choses sont à une distance infinie de ce que vous craignez.

Je serai ravi de revoir M. le comte de... Ne pourrais-je point vous le mener à..., et l'y laisser? Je pourrai cet été aller faire quelque petit séjour au Casteau, et profiter de votre voisinage. La continuation des incommodités de Madame la comtesse de S. m'afflige: je l'honore du fond du coeur'.

Mon Dieu, que Mad. d'... me fait de pitié ! elle aurait besoin du corbeau de S. Paul. Elle n'avait de consolation que de vous. J'irai la voir. Mais je ne puis le faire qu'une fois. Ne pourriez-vous point l'inviter à vous aller voir à... Pour des lettres je n'en crois pas devoir confier à Mad de... pour les donner à une femme inconnue.

724 A. CLÉMENT XI A FÉNELON

[14 juin 1701].

Venerabilis frater,

Salutem et Apostolicam benedictionem. Quibus felicitatis auspiciis nostre ad Apostolicum solium exaltationi suffragata fuerit fraternitas tua, nos facile, te etiam reticente', ex veteri perspectoque tuo in nos studio conjecimus. Gratum nihilominus accidit nobis gratulationis officium, quod tuis ad nos litteris consignasti, dum tamen nobiscum sentias, justas esse nostrœ trepidationis causas ob susceptum a nobis, Deo ita jubente, pastorale officium, cujus gravitatem tu ipse usu deprehenderis, ad omnium prœsertim Ecclesiarum sollicitudinem in supremo hoc munere propagatum. Angit etiam cor nostrum expensa continenter a nobis virium nostrarum infirmitas, et non satis qua prœsentium temporum conditio, inprimis autem verendum illud divine vocis oraculum : Judicium durum eis qui prœsunt'. Que omnia profecto faciunt, ut quemadmodum eligeremus abjecti esse in domo Dei, ita exaltati modo humiliati simus, et conturbati. Animo tamen non deficimus, imo confidimus, daturum esse nobis virtutem, qui contulit dignitatem, ubi potissimum vota nostra fraternœ pietatis ope fulciantur. Nullum itaque addictœ nobis voluntatis, et singularis zeli, quo prœstas, prœclarius specimen nobis exhibere poteris, quam si tuis, et crediti tibi gregis precibus cœleste nobis praesidium concilies. Interim vero de propensa nostra in te caritate tam certum te esse volumus, quam amanter ejusdem pignus Apostolicam Benedictionem fraternitati tue impertimur.

Datum Rome apud Sanctum Petrum sub annulo Piscatoris die XIV Junii MDCCI, pontificatus nostri anno primo.

ULYSSES JOS. ARCHIEP. THEODOSIEN'.

14 juin 1701

152 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

15 juin 1701

16 juin 1701 TEXTE 153

724 B. LE CARDINAL PAOLUCCI A FÉNELON

[15 juin 1701].

Dedi Sanctissimo Domino nostro illutrissimœ Dominationis tue litteras, quas ipse libenter admodum legit, atque ex pontificio Brevi, quod ad te dari Sua Sanctitas jussit, plane cognosces, quam paterno erga te inclytamque istam Ecclesiam animo sit'. Perjucundum mihi sane erit, si in his, ac in omnibus rebus, que illustrissime Dominationis tue commoda, dignitatemque respicient, declarare tibi reipsa potero, et quanti faciam eximiam virtutem tuam, et quam de tua singulari pietate, perpetuaque in hanc Sanctam Sedem observantia prœclare sentiam. Interim vero illustrissime Dominationis tue manas deosculor. Illustrissime et reverendissime Dominationis tue servus.

ROMae, die 15 junii 1701.

724 C. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[15 juin 1701].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Transmitto Dominationi Vestrœ Illustrissimœ hic annexas litteras responsivas Summi Pontificis, et Domini mei Card. Paulutii', simulque libentissime arripio hanc novam occasionem renovandi imbecillam meam servitutem Vestrœ Amplissimœ Dominationi, quam indesinenter in corde et mente gero, cuique perpetuo exambio inservire. Hic ab ultimis meis litteris vobis directis usque dum nil novi contigit, sed semper in me perseverat vetus in vos benevolentia, et addictum obsequium, quo œternum manebo Dominationi Vestrœ Illustrissimœ et Reverendissime servitor ex corde.

Je suis ravi, mon bon et cher..., que vous trouviez dans la personne dont vous me parlez ce que vous avez besoin de chercher. Dieu met ce qu'il lui plaît où il lui plaît '. Naaman ne pouvait être guéri dans les fleuves de Syrie. Il fallait qu'il fût assujetti à celles de la Palestine'. Qu'importe par où viennent la lumière et le soutien? II n'est question que de la source, le canal ne fait rien. Ce qui exerce le plus notre foi, qui démonte le plus notre sagesse humaine, qui nous simplifie, qui nous rapetisse, qui nous désabuse le plus de notre propre esprit, a quelque chose de plus propre aux desseins de Dieu.

Recevez donc ce qu'il vous donne, et recevez-le avec dépendance de l'Esprit qui souffle où il veut. On ne sait ni d'où il vient, ni où il va'. Mais il ne s'agit pas de vouloir savoir ce que Dieu cache, il suffit d'être fidèlement attentif à ce qu'il montre.

Si vous pouvez vous sevrer de toute curiosité, et de tout raisonnement superflu, vous gagnerez beaucoup de temps pour l'oraison, et pour vos affaires. L'esprit d'oraison vous rendra simple, concis, décisif, sobre en pensées et en paroles, tranquille dans les embarras. Le propre esprit est actif, verbeux', vacillant, empressé, multipliant les vues, voulant toujours atteindre à tout et faire l'impossible, perdant le bien pour viser au mieux, espérant de persuader, de plaire, de concilier tout. L'esprit de grâce ne cherche en paix que la fidélité, sans craindre aucun des inconvénients que la fidélité ne pourra éviter. Voilà la paix que le monde ne peut ni donner, ni ôter et qui surpasse tout sens humain. Comment le monde la donnerait-il? Il ne peut la connaître. Il ne peut la croire dans ceux qui en jouissent.

Le raisonnement est une grande dissipation. Les raisonneurs, les savants etc. sans oraison éteignent l'esprit intérieur, comme le vent la bougie. Après avoir été avec eux, on se sent le coeur desséché, et l'esprit hors de son centre. Craignez ce genre d'hommes. Ils sont contagieux pour vous. Il y en a qui paraissent recueillis, et qui ne le sont guère. On confond aisément une certaine ferveur d'imagination avec le recueillement. Ces sortes d'hommes sont échauffés pour certains biens extérieurs, dont ils se passionnent. Ce zèle les dissipe, car ils sont continuellement occupés de divers objets, sur lesquels ils raisonnent, subtilisent, et s'épuisent. Mais ils n'ont point la paix intérieure, et ce silence où l'on écoute Dieu. Ainsi ils sont plus contagieux que les autres, parce que leur dissipation est plus déguisée. Approfondissez-les; vous trouverez des hommes inquiets, critiques, ardents, toujours occupés du dehors, âpres et roides dans tous leurs désirs, délicats par des réflexions excessives, pleins de leurs pensées, impatients dans les moindres contradictions, en un mot, des ardélions5 spirituels incommodés de tout, et presque toujours incommodes. Moins vous verrez de telles gens, plus vous serez libre pour agir selon votre grâce.

Pour votre voyage de Chaulnes, Dieu sait, mon bon Duc, quelle joie j'aurais s'il me procurait la consolation de vous voir: mais c'est à vous, qui êtes sur les lieux', à savoir mieux que moi ce qui peut être fait sans conséquence. Examinez-le, je vous conjure, avec le bon [duc de Beauvillier]. Et faites ensuite ce que vous croirez convenable, etc.

726. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 16 juin 1701.

Je suis ravi, Madame, de vous savoir en paix et en abondance. Mais ne dites point dans votre abondance intérieure: Je ne serai jamais ébranlée'. Quand on est orgueilleux pour des biens empruntés, le prêteur prend plaisir à confondre l'emprunteur ingrat. Profitez de l'abondance sans vous l'approprier.

Romœ 15 junii 1701.

J.M. CARD. GABRIELLIUS.

725. Au DUC DE CHEVREUSE

16 juin 1701.

F. CARD. PAULUTIUS.

154 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 juin 1701 27 juin 1701 TEXTE 155

[22 juin 1701].

Je suis ici depuis huit heures du matin jusqu'à sept heures du soir au concours. Dès que j'en serai sorti, j'irai voir cette pauvre recluse, qui me fait grand pitié. Elle a été ici gardée à vue'.

La mort de Monsieur a été un coup de foudre. Il est tombé comme roide mort. Dieu veuille qu'il ait eu à son jubilé les pensées sérieuses qu'on lui attribue. Mais le monde trouve bien sérieux ce qui ne l'est guère'.

Ne faites rien qui déconcerte votre petite santé. Pour la crainte des consolations, elle va trop loin. Prenez simplement celles qui vous viennent, au hasard d'en être châtiée si votre coeur n'y est pas assez sobre. Il ne faut jamais passer outre, dès qu'on sent intérieurement la jalousie de 1'Epoux sacré. Mais on retomberait dans les réflexions contraires à la simplicité, et dans le trouble, si on voulait prévenir toutes les jalousies de l'Epoux. Il y aurait même une volonté propre et une espèce de délicatesse pour soi-même à aimer mieux renoncer aux consolations pour être délivré des épreuves qu'elles attirent. Ce serait vouloir décider, et rejeter le bénéfice de peur des charges. Je conclus que je vous enverrai dimanche un relais à S...' pour venir coucher à Cambray. Je comprends que vous voudriez que j'allasse le mardi à...5, et c'est à quoi je suis tout prêt.

Souvenez-vous toujours de ce que vous dites : Mes dispositions sont moins sensibles, moins connues, et plus vraies. J'aime la jalousie de Dieu: il faut la laisser détruire tout autour d'elle. Elle ne divise que pour mieux réunir.

727. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Monsieur,

Je crois vous devoir représenter la violence qui a été faite à un paysan fermier de quelques terres de l'archevêché de Cambray dans la paroisse de Caudry'. M. de Caudry', dont M. le comte de Monbron pourrait vous dépeindre le caractère', n'est point seigneur de sa paroisse. La seigneurie appartient à sa mère, qu'il ne voit point, et malgré laquelle il s'empare de toute l'autorité. Il a fait une défense d'aller couper des herbes dans les blés, et comme le fermier de l'archevêché a coupé ses propres blés' dans son champ, M. de Caudrys a voulu le faire mettre à l'amende, comme s'il n'était pas permis à ce paysan de disposer, comme il lui plaît, de ce qui est à lui. Pour faire imposer cette amende, M. de Caudry a nommé dans ce fait particulier un bailli différent de celui de sa mère, sur sa seule autorité. Le paysan n'ayant pas voulu payer cette amende, et ayant voulu faire ouïr des témoins, M. de Caudry l'a battu très rudement deux fois, et l'a menacé de faire encore pis. Voilà, Monsieur, le fait que cet homme raconte. L'exposition qu'il en fait, et le caractère de M. de Caudry, le rendent très vraisemblable. Je crois bien que la terreur que tout le monde a d'un homme si violent empêchera la plupart des témoins de parler. Mais enfin à moins qu'on ne prouve que ce paysan a coupé du blé ou de l'herbe dans un champ différent du sien, peut-on le punir, et M. de Caudry qui n'a pas même l'autorité de vrai seigneur, peut-il faire des vexations si odieuses? Si elles étaient impunies, il n'y a rien que M. de Caudry n'osât entreprendre. J'espère, Monsieur, que vous aurez la bonté d'examiner cette affaire pour empêcher l'oppression d'un pauvre homme, qui n'a ni assez de bien pour plaider, ni assez de force pour encourager des témoins à déposer contre une partie terrible, et qui enfin courra risque d'être assommé sur un chemin, ou dans sa propre maison, à moins que votre autorité et votre protection n'arrête M. de Caudry'. Pardon, Monsieur, de cette importunité. Personne au monde ne peut être avec plus de zèle ni avec plus d'attachement que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray, 22 juin 1701.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

728. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] 27 juin 1701.

La lettre de Mad... est fort touchante, Madame. Il était trop tard, quand je la reçus, pour l'avertir que je prêchais hier. Mais je prêcherai encore dimanche prochain, et je l'en avertirai de bonne heure. Il me tarde beaucoup d'aller à... Mais j'ai plusieurs chevaux boiteux, qui me font retarder. Mon impatience regarde plus Madame la... que vous, Madame. Je suis presque fâché depuis votre départ d'ici. Vous ne voulûtes jamais me promettre ce que j'avais raison de vous demander. Il est vrai qu'il ne faut pas promettre, sans vouloir tenir. Mais il faut vouloir tenir tout ce qui est bien demandé. La docilité est la seule ressource contre le scrupule. Vous êtes scrupuleuse sur des bagatelles, et vous ne l'êtes point sur une si grande indocilité. Elle est très contraire au véritable esprit d'oraison. Pardonnez ce reproche. D'ailleurs j'entre dans vos peines, et je vous plains, mais il faut être fidèle, et ferme dans la voie droite.

729. A MICHEL CHAMILLART

2 juillet 1701.

Je ne puis m'empêcher de vous importuner par rapport à diverses entreprises que les gens qui lèvent les droits du Roi font tous les jours sur la châtellenie du Cateau-Cambrésis '. Je n'oserais vous fatiguer de ce détail dans des occasions si fréquentes ; mais je crois que vous savez que nos franchises ont une origine et des fondements si singuliers, qu'on n'en doit craindre la conséquence pour aucun autre lieu. Les Espagnols ont toujours reconnu que c'était la moindre consolation qu'ils pussent laisser à notre église, après l'avoir dépouillée'. Le Roi après avoir fait la conquête du Cambrésis sur les Espagnols, n'a cessé en aucune occasion de confirmer ces franchises, qu'ils nous avaient laissées. Je n'ai garde de demander aucune innovation en notre faveur. Je me borne à demander qu'on n'en fasse aucune contre nous, et

156 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 juillet 1701

qu'on nous laisse dans une possession si bien fondée, où S. M. a déclaré tant de fois qu'elle voulait nous laisser'. Un mot que vous aurez la bonté d'écrire à nos deux intendants de Flandres et de Hainaut, réprimera toutes ces fréquentes entreprises. Je ne puis que me louer beaucoup de l'équité de MM. de Bagnols et de Bernières, et même de leur zèle pour l'Eglise; mais un mot de votre main, qu'ils pourront montrer, décidera plus que toutes les meilleures raisons qu'ils pourraient alléguer. Je vous demande cette grâce d'autant plus librement qu'elle ne regarde point ma personne, ni aucun revenu dont je puisse profiter, mais seulement des franchises qui restent à cet archevêché'.

730. A MAIGNART DE BERNIÈRES

[10 juillet 1701].

Monsieur,

Je suis bien tenté de me mettre en mauvaise humeur contre Solesme', qui m'oblige si souvent à vous importuner. Les gens qui lèvent' les droits du Roi veulent, dit-on, qu'on supprime un cabaret de bière, qui est dans la dépendance de Solesme, de peur que ce ne soit une occasion de fraude pour les impôts établis dans les lieux circonvoisins. Permettez-moi, Monsieur, de vous représenter là-dessus trois choses. La première est que ce danger de fraude n'est pas plus grand aujourd'hui, qu'il4 l'était dans tous les autres temps, et que malgré ce prétendu danger on n'a jamais cru devoir troubler notre franchise. La seconde est qu'on peut trouver un remède contre le prétendu danger de fraude, sans nous déposséder de notre franchise; par exemple on le peut, en imposant de grosses amendes contre ceux des villages voisins, qui viendront en fraude boire dans ce lieu-là. La troisième est que l'on ne pourrait nous ôter la franchise pour ce cabaret, sans la faire tomber par une conséquence inévitable sur tout Solesme, et puis sur la châtellenie entière du Casteau. On ne manquera pas d'alléguer partout également le danger de fraude. Ceux qui lèvent les droits du Roi' ne cessent d'entreprendre 6, et il faut être à toute heure sous les armes, pour les repousser. Ils ne cherchent que des prétextes pour crier, et pour se faire donner ce qu'ils n'ont jamais eu. J'aimerais mieux souffrir toutes choses, que d'empêcher le véritable intérêt du Roi. Mais nos franchises ont des fondements singuliers' dans l'état, dont notre Eglise est déchue. Le Roi a eu la bonté de les confirmer en toute occasion. La chose dont il s'agit n'est rien pour Sa Majesté, et c'est beaucoup pour l'archevêché de Cambray. Il nous est capital de ne nous laisser jamais entamer'. J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien nous délivrer de cette innovation toute manifeste. Vous ne sauriez honorer de votre amitié un homme qui en sente plus le prix que moi, ni qui soit avec un zèle et une inclination plus sincère, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 10 juillet 1701.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

11 juillet 1701 TEXTE 157

731. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrail 11 juillet 1701.

J'ai fort au coeur cette parole: la personne que vous aimez est malade'. Vous m'êtes en vérité très chère en N[otre] S[eigneur]. Jugez par là, Madame, combien il me tarde de vous savoir guérie. Je crains que vous ne vous soyez épuisée sans y prendre garde. On prétend même que vous avez fait diverses austérités. Si vous les avez faites sans consulter, votre propre volonté s'y trouve. C'est cette propre volonté qu'il était bien plus important de mortifier, qu'un corps déjà si affaibli. Ménagez vos forces, je vous en conjure. Je ne perdrai pas un moment pour vous aller voir. Je suis ravi de penser que Mad.la C. de S. est unie de coeur avec vous dans votre solitude'. Ne me faites aucune réponse, et ne songez qu'à rétablir votre santé.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

732. A UN ECCLÉSIASTIQUE DE SON DIOCÈSE

A Cambray, 12 juillet 1701.

Vous avez su, Monsieur ', que je n'ai pu refuser à M. l'évêque d'Arras de vous laisser encore à Douay, pour empêcher la ruine d'une oeuvre que votre présence soutient ; mais comme cette condescendance, dont j'ai usé jusqu'ici par déférence pour ce prélat, doit avoir ses bornes, et qu'il n'est pas juste de préférer toujours une oeuvre étrangère, aux besoins de notre séminaire diocésain, je vous prie de penser bien sérieusement à venir bientôt nous aider. Il serait même fort à désirer que vous profitassiez du reste du temps de votre séjour à Douay, pour y prendre des degrés dans l'Université, comme vous m'aviez assuré que vous le feriez. Je compte que vous viendrez avant la fin de l'automne. Je vous aime et je vous estime véritablement. Ainsi vous ne devez nullement douter de l'affection avec laquelle je serai toujours entièrement à vous.

733. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 17 juillet 1701.

Monsieur,

Je vous suis sensiblement obligé de la bonté avec laquelle vous vous laissez importuner par nos gens de Solesme, et j'espère que votre décision vous débarrassera d'eux pour longtemps '.

A l'égard de la capitation, M. de Chamillart me presse de la régler, afin qu'il puisse en rendre compte au Roi'. Ainsi je suis ravi que vous soyez de votre côté engagé à solliciter cette affaire pour les bénéficiers de votre intendance 3. Si vous voulez bien les faire tous avertir, je me rendrai dans le

158 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 juillet 1701

lieu qui vous sera le plus commode, au jour précis que vous me marquerez. J'irai ou au Quesnoy ou même à Maubeuge, suivant que les affaires du Roi, qui vous assujettissent, le demanderont. Choisissez, s'il vous plaît, Monsieur, et faites-moi l'honneur de me mander au plus tôt le lieu où nous pourrons traiter la chose avec tous les bénéficiers de ce diocèse et de votre département`. Personne ne sera jamais avec plus de zèle que moi, ni plus sincèrement du fond du coeur, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

TEXTE 159

l'ordre de Dieu. Je n'ai garde d'entrer dans votre conduite, ni même de demeurer uni à vous, si vous ne me promettez les choses suivantes:

1° Vous ferez tout ce qu'on vous dira pour augmenter votre sommeil et votre nourriture, afin de rentrer à cet égard dans le premier état.

2° Vous suivrez la règle du P.R. pour vos confessions.

3° Vous chercherez simplement les consolations et les soulagements d'esprit, qui vous conviennent.

Je demande là-dessus une réponse prompte, franche, et décisive. D[ieu] sait la peine que vous me faites.

1 août 1701

A LA MÊME

736.

734. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 1 août 1701.

A Cambray 26 juillet 1701.

J'irai, Madame, jeudi prochain' au Quesnoy et je passerai à...2 en attendant que je puisse y aller du Cateau. L'irrésolution où je suis depuis quinze jours', me fait de la peine par rapport à mon désir de vous aller voir. Je suis fort touché de la lettre de Mad. la...4, il me paraît en elle une candeur et un fonds de grâce qui promettent beaucoup. Vous ne me dites rien de vous. N'en est-il plus question? Ne vous confessez-vous plus comme auparavant? Jeudi je vous presserai de m'en dire de nouvelles. J'ai été à...5 où tout va bien. J'ai écrit au grand prieur de S. Wast6. Vous ne dites rien de votre santé, non plus que de votre intérieur. Je prie Dieu qu'il ait soin de l'un et de l'autre. J'irai dîner avec vous jeudi, mais je demande votre repas ordinaire.

A LA MÊME

A C[ambrai] 30 juillet 1701.

Je ne fais, Madame, aucun remerciement, ni à vous, ni à Madame la comtesse de... '• Il y en aurait trop à faire, et je ne suis pas bien préparé à cette fonction. Venons à vous, dont je suis fort en peine. Vous vous consumez en plusieurs manières, qui sont toutes contraires à Dieu, étant contraires à l'obéissance. Vous vous ôtez les consolations que Dieu ne vous ôte point. Il est aussi dangereux de s'ôter ce qu'il n'ôte pas, que de se donner ce qu'il ne donne point. D'ailleurs le scrupule vous dévore, et c'est ce scrupule qui ne vous laisse ni joie, ni repos, ni soulagement, ni respiration. En même temps il vous rejette dans des confessions perpétuelles de vétilles, qui doivent casser la tête à vous et à votre confesseur. Il n'y aurait que l'obéissance qui pourrait remédier à un mal si pressant. Mais elle vous manque, et j'avoue que j'en suis scandalisé. Si vous étiez simple, vous obéiriez sans raisonner et sans vous écouter. Les vrais enfants se taisent, et font ce qu'on leur dit. L'amour véritable ne sait ce que c'est que de hésiter dans l'obéissance. C'est un grand malheur de souffrir par infidélité. Ce qui mine votre santé minera tout votre intérieur, et vous réduira à une certaine vivacité d'imagination sur l'amour, sans aucune docilité. Pour moi, je souffre de voir ce que vous souffrez contre

Si mes paroles sont dures, Madame, n'oubliez pas, s'il vous plaît, mes expériences. Les termes modérés ne sont pas assez forts pour réprimer vos scrupules. Vous savez bien que mon coeur est très éloigné de vous traiter durement. Ma peine très sensible sur votre état montre assez qu'il n'y a en moi rien de dur que l'expression. Voulez-vous que je vous laisse dépérir pour l'intérieur et pour l'extérieur par vos scrupules? Puis-je être uni à vous en N[otre] S[eigneur] contre l'attrait de la grâce de N[otre] S[eigneur] même? Je puis bien continuer à vous honorer, respecter, et plaindre. Mais pour cette union intérieure de grâce, c'est vous qui la rompez par votre indocilité obstinée dans vos scrupules. Si j'étais plusieurs jours de suite avec vous, je vous contraindrais à me dire certaines vérités sur le prochain, que vous regardez comme des médisances, et qui ne sont rien'. Je ne m'effraie point de votre activité involontaire, mais seulement de votre indocilité et de votre réserve volontaire, qui rend inutiles tous les secours de la direction, et qui vous replonge dans vos maux. Vous désobéissez, et ensuite vous ne parlez plus, parce que vous craignez qu'on ne vous ramène de votre égarement, et que vous ne voulez pas être redressée. La docilité serait le remède de tous vos maux. L'indocilité rend tous les remèdes inutiles. Par là on est toujours à recommencer. Vous avez comme un bandeau, qui vous couvre les yeux, et vous ne voyez pas combien vous devriez être scrupuleuse sur vos vains scrupules, pendant que vous vous endurcissez sur les désobéissances les plus contraires à l'esprit de Dieu. C'est quelque chose, que vous reconnaissiez et confessiez de bonne foi votre tort sur la diminution du sommeil et des aliments. Mais vous y retomberez bientôt, si vous continuez à écouter vos scrupules qui vous rongent, et à faire des confessions qui vous épuisent. Je reviens donc aux règles du P.R., et je demande absolument pour condition essentielle, que vous les observerez, et que vous tournerez vos scrupules de ce côté-là.

Je compte que j'irai mercredi au C..., et de là à...2. Nous parlerons du lieu où vous devez demeurer, et je vous déclare par avance, quoiqu'il ne faille pas prévoir de si loin, qu'...3 ne me paraît point un lieu, qui vous convienne. Je prie N[otre] S[eigneur] de vous faire surmonter ce qui vous éloigne de lui. Dès le moment que vous reviendrez sur vos pas, vous sentirez le besoin de la communion, et vous en serez affamée. Dès que la maladie cesse, le besoin de la nourriture se fait sentir.

735.

160 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler août 1701

737. Au DUC DE CHEVREUSE

le' août 1701.

J'ai appris avec une sensible douleur, mon bon Duc, la perte que vous avez faite'. Dieu l'a permis, et il faut se taire. Il ne nous reste qu'à prier Dieu pour celui que nous avons perdu. Vous savez que je l'aimais beaucoup, et que j'ai toujours été sensible à ce qui le regardait'. Je suis persuadé que vous portez en paix cette croix, et que vous avez d'abord sacrifié à Dieu le cher enfant qu'il lui a plu de reprendre. Mais je suis en peine de la tendresse de Madame la Duchesse: quoique je ne doute nullement de sa conformité à la volonté de Dieu, je crains que son coeur n'ait beaucoup à souffrir, et je prie notre Seigneur de la consoler. Les douceurs de cette vie ne sont guère consolantes, et elles nous mettent presque toujours en danger de nous y attacher trop. Mais pour les amertumes dont la vie est pleine, elles sont véritablement mortifiantes. Tout notre chemin est semé et bordé d'épines. Nous ne sommes ici-bas que pour souffrir, et pour aimer celui qui nous éprouve par cette souffrance. Tous nos attachements les plus légitimes se tournent en croix. Dieu les rompt, pour nous unir plus purement à lui, et en les rompant, il nous arrache les liens du coeur, auxquels tenaient ces objets extérieurs. Il faut laisser faire à la main de Dieu, en toute occasion, cette opération douloureuse. Je dois plus qu'un autre sentir les peines de la bonne duchesse, qui a tant senti les miennes'. Je viens d'apprendre que de bonnes gens sont allées vous voir à...4, et j'en suis ravi dans l'espérance que cette visite aura servi à soulager les coeurs. J'aurais voulu pouvoir être transporté invisiblement dans votre solitude. Mais il me semble que nous sommes bien près lors même que Dieu nous tient éloignés. C'est en lui que je ne cesse de vous porter dans mon coeur: je le ferai, mon bon et cher Duc, jusqu'au dernier soupir de ma vie.

738. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Au C[ateaul 7 août 1701.

Je vous envoie, Madame, une lettre pour Mad. d'... '. Je vous conjure d'y ajouter un bon commentaire de votre façon. Elle a besoin de ce secours, et le mérite fort. Plus je la vois, plus je l'estime, et espère que Dieu] la prendra toute à lui. Ce qui se passera dans les repas... ne sera point sur son compte, et la compagnie ne saura que trop, que rien ne roule sur ses soins. Ainsi ce qu'elle sacrifiera à M...2, ou plutôt à D[ieu] même, en cette occasion, n'est pas grand chose.

Je vous conjure, Madame, de demeurer dans votre lit, autant que vous y demeuriez autrefois, et d'y attendre le sommeil, quand il vous a échappé. Il revient, quand on l'attend en paix. Mais quand on suit son imagination, on l'éloigne de plus en plus. Je n'aurai bonne opinion de votre état intérieur, que quand vous posséderez assez votre âme en patience, pour bien dormir. Je ne vous demande que calme et docilité. Vous me direz que le calme de l'imagination ne dépend pas de nous. Pardonnez-moi. Il en dépend beaucoup. Quand on retranche toutes les inquiétudes auxquelles la volonté a quelque part, on diminue beaucoup celles-là mêmes qui sont involontaires. Moins on s'agite volontairement, plus on se met en état de ne s'agiter d'aucune façon, et de tempérer une imagination trop émue. Une petite pierre qu'on fait tomber dans l'eau, la trouble quelque temps, et on ne pourrait d'abord en arrêter l'agitation. Mais cessez de l'agiter, elle se calme peu à peu d'elle-même. D[ieu] aura soin de votre imagination, dès que vous n'en entretiendrez plus le trouble par vos réflexions scrupuleuses.

J'aurais voulu pouvoir parler hier à Mad. la C...3, et je me sentais le coeur fort ouvert pour elle. Mais l'occasion ne fut pas favorable. Il fallait se séparer. Dites-lui, je vous prie, que je suis véritablement occupé d'elle devant N[otre] S[eigneur], et que je lui souhaite une simplicité au-dessus de toute sagesse humaine, et de tout courage naturel. Si vous voulez être enfant devant D[ieu], et bien petite, vous ne devez avoir en partage que docilité et obéissance.

740. A LA MÊME

A Cambrai] 14 août 1701.

Au Casteau', vendredi 5 août [1701].

C'est avec le plus sensible regret, Madame, que je vous ai affligée'. Mais j'ai été le premier affligé par votre indocilité, et par votre véritable résistance à Dieu. Je lui manquerais, si je vous laissais sans scrupule sur ces résistances, pendant que vous êtes scrupuleuse sur des riens qui vous tuent.

Je compte d'aller aujourd'hui à...3, et j'y arriverai en effet au sortir de votre dîner, après avoir achevé quelques affaires que j'ai ici. Si vous voulez me venir voir demain, j'en serai ravi. Il me tarde infiniment de me raccommoder avec vous, Madame, et beaucoup plus encore de vous raccommoder avec Dieu, dont vous vous éloignez à force de vouloir hors de propos vous en rapprocher par des confessions scrupuleuses. Pardonnez-moi des duretés que vous avez rendues inévitables.

Je voudrais bien,Madame, n'avoir qu'à vous consoler. Mais souffrez que je commence par vous gronder un peu. Vous en avez besoin. Vos peines qui devraient m'engager à vous épargner, sont ce qui me presse de vous en faire un reproche. Faut-il que vous soyez si longtemps à passer comme vous le dites par le fer et par le feu, sans en dire un mot? Est-ce être simple? est-ce être fidèle à l'attrait de Dieu? est-ce être sincère? Si vous cachez votre coeur, on ne peut en guérir la plaie. Une plaie cachée ne fait que s'envenimer. Je voyais bien en gros que vous souffriez. Mais vous faisiez tout ce qu'il fallait pour me le laisser ignorer. Au nom de Dieu ne soyez point si forte pour vous passer de conseil et de consolation, et soyez-le un peu plus contre vos scrupules.

162 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 août 1701

J'avoue néanmoins que votre dernière lettre me fait un sensible plaisir, et qu'elle achève de nous raccommoder. Non seulement vous me dites que vous avez souffert de longues peines, mais encore vous ajoutez un trait de vraie ingénuité contraire à votre naturel. C'est de me demander sans façon quelque lettre qui vous console. O je prie le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation de répandre abondamment la sienne dans votre coeur! Que la paix de J[ésus-]C[hrist] soit avec vous. Amen.

Si je savais en détail vos peines je tâcherais de vous dire en détail des choses proportionnées à vos besoins. Mais nous sommes encore trop heureux de savoir en gros que vous avez le coeur malade. Si c'est de scrupule, j'avoue que c'est un martyre. Mais l'obéissance seule peut finir toutes vos douleurs. Ecoutez-vous vous-même, vous vous rongerez le coeur, et dépérirez tous les jours. Ecoutez la voix de D[ieu] dans ceux qui vous le représentent, la paix renaîtra. Mais quand on s'écoute contre l'attrait intérieur, et contre l'autorité extérieure, on sent la vérité de cette parole : Qui est-ce qui a résisté à Dieu, et qui a eu la paix'? Vous avez voulu vous donner ce que Dieu ne vous donnait pas, et vous ôter par courage ce qu'il ne vous ôtait point, et qui vous était nécessaire. Vous étiez un petit enfant à la mamelle, qui par fantaisie quitte le lait, et veut manger du pain dur sans avoir des dents. Revenez à la mamelle des divines consolations. Voyez et goûtez combien le Seigneur est doux'. Vous le sentirez, pourvu que vous vous jetiez entre ses bras sans raisonner, et que vous obéissiez à son serviteur. Essayez-le. Croyez-moi du moins pour l'essai. Priez bonnement et ingénument D[ieu] de vous soulager, et de vous élargir le coeur. Cette prière simple et familière ne peut que lui être agréable.

Je ne manquerai pas de dire tout ce qu'il faut à Mad...3 Je n'ai rien appris de M. de... par M. de...4 L'avenir n'est pas à nous. Laissons-le à Dieu. Soyons-lui fidèles dans le présent, qui nous est donné.

741. A UN ECCLÉSIASTIQUE DE SON DIOCÈSE

A C[ambrai] 17 août 1701.

Ne vous hâtez point de revenir, Monsieur '. Votre affaire est importante et difficile. Le voyage est très long. On ne saurait le faire souvent. Pendant que vous êtes sur les lieux, n'oubliez rien pour la finir. Vous ne sauriez vous défier trop de la vivacité de votre naturel, qui doit être bien excitée par une affaire de cette nature. Il est très difficile de résister à cette tentation, et il serait très dangereux d'y succomber. Je vous donne le conseil que je voudrais qu'on me donnât en pareil cas. C'est maintenant que vous devez suivre jusqu'au bout toutes les preuves que vous pouvez espérer, car elles ne sauraient que diminuer et dépérir par le retardement. Si vous pouvez acheter chèrement la paix, vous ne devez pas y hésiter. Vos frères, quelque tort qu'ils puissent avoir, sont vos frères. Vos neveux sont votre famille, et n'ont aucun tort. Tout ce que vous ferez se tournera ou contre vous-même, si vous ne réussissez pas après un si grand éclat, ou contre votre propre famille si vous réussissez. Il s'agira encore plus de l'honneur que du bien. Songez-y devant D[ieu], comme si vous alliez mourir. A l'égard de votre personne, l'intérêt ne doit pas vous tenir. Vous ne manquerez pas du bien convenable à votre

18 août 1701 TEXTE 163

subsistance, quand vous vous donnerez tout entier à l'étude et au service de l'Eglise. Le procès aura des suites infinies qui vous éloigneront de toute étude et de tout travail pour votre profession. Votre jeune frère sera beaucoup mieux ayant peu, mais travaillant de jeunesse à se pousser, que s'il s'engageait à poursuivre de grosses prétentions. Jugez par la sincérité de cette lettre combien vos intérêts me touchent.

F. A. D. C.

742. AU DUC DE CHEVREUSE

18 août 1701.

J'ai reçu, mon bon et cher Duc, votre lettre sur la perte que vous avez faite, et je crois que vous aurez reçu aussi celle que je vous écrivis sur le même sujet, dès que je trouvai une occasion sûre'. Je ressens et cette perte, et la douleur dont vous me paraissez pénétré. Mais je ne saurais être en peine de votre coeur, ne doutant point qu'il ne soit dans la vraie paix qui est toujours inséparable de l'amour de toutes les volontés de Dieu. Je vous plains seulement de cette plaie secrète dont le coeur demeure comme flétri. Mais la souffrance est la vie secrète des âmes ici-bas, car ce n'est que par un sentiment de mort que se forme en nous le principe d'une nouvelle vie. Tout ce qui semble faire pourrir dans la terre le grain, le fait germer et croître pour la moisson'.

Au reste, il ne faut point se laisser aller à des pensées trop affligeantes. Les fragilités d'un âge si tendre', et d'une vie si dissipée n'ont pas un aussi grand venin que certains vices de l'esprit, que l'on raffine, et que l'on déguise en vertus dans un âge plus avancé. Dieu voit la boue dont il nous a pétris, et a pitié de ses pauvres enfants. D'ailleurs quoique le torrent des passions et des exemples entraîne un peu un jeune homme, nous pouvons néanmoins en dire ce que l'Eglise dit dans les prières des agonisants: // a néanmoins, ô mon Dieu, cru et espéré en vous. Un fond de foi, et des principes de religion qui dorment au bruit des passions excitées, se réveillent tout à coup dans le moment d'un extrême danger. Cette extrémité dissipe soudainement toutes les illusions de la vie, tire une espèce de rideau, ouvre les yeux à l'éternité, et rappelle toutes les vérités obscurcies. Si peu que Dieu agisse dans ce moment, le premier mouvement d'un coeur accoutumé autrefois à lui, est de recourir à sa miséricorde. Il n'a besoin ni de temps, ni de discours pour se faire entendre et sentir. Il ne dit à Magdeleine que ce mot : Marie'; et elle ne lui répondit que cet autre mot : Maître. C'était tout dire. Il appelle sa créature par son nom, et elle est déjà revenue à lui. Ce mot ineffable est tout-puissant. Il fait un coeur nouveau et un nouvel esprit au fond des entrailles. Les hommes faibles, et qui ne voient que le dehors veulent des préparations, des actes arrangés, des résolutions exprimées. Dieu n'a besoin que d'un instant, où il fait tout, et voit ce qu'il fait.

Il y aurait une présomption horrible à attendre ces miracles de grâce'. Mais celui qui défend de les attendre, se plaît quelquefois à les faire. Vous trouverez dans la cinquième des cinquante' Homélies de saint Augustin et en d'autres endroits que la vie elle-même est une grâce, puisque Dieu ne la

164 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 août 1701

prolonge que pour nous inviter jusqu'au dernier moment à nous convertir. N'en doutons donc point. Celui qui veut sincèrement sauver les pécheurs ne les attend que pour les sauver, et en vain les attendrait-il, s'il leur refusait dans la dernière heure du combat décisif le secours nécessaire pour rendre leur salut possible. Consolamini in verbis istis'.

Je prie l'Esprit consolateur d'adoucir les peines de madame la Duchesse et les vôtres. Je vous porte tous deux tous les jours dans mon coeur à l'autel avec toute votre famille qui me sera chère jusqu'au dernier soupir. Je n'ai garde d'y oublier le pauvre enfant que vous avez perdu. Je suis en celui qui nous a tant aimés et que nous voulons tous aimer plein de zèle et d'attachement, mon bon Duc, pour vous et pour madame la Duchesse.

TEXTE 165

25 août 1701

Mad. la C. de ...3 m'a promis de gouverner votre santé. Je la conjure de me tenir parole, et de prendre malgré vous à cet égard une véritable autorité. Vous déshonorez le pur amour'. Vous faites croire qu'il est sans cesse occupé de toutes nos vétilles, au lieu qu'il va toujours droit à Dieu en pleine simplicité. Je prie N[otre] S[eigneur] de vous soutenir contre vous-même, et de vous rendre la véritable paix.

744. A LA MÊME

A C[ambrai] 25 août 1701.

Je ne voudrais, Madame, vous donner que de la consolation, et je ne puis éviter de vous contredire. Votre vivacité vous fait imputer aux hommes comme à Dieu ce qu'ils n'ont jamais pensé. Sur quel fondement pensez-vous que je veuille me décharger de votre conduite, et vous renvoyer au père... '? Je n'ai en vérité jamais eu cette pensée. Je crois bien qu'il peut vous être fort utile pour vous soutenir en mon absence contre vos scrupules, et contre vos impatiences de vous confesser. Mais je ne vais pas plus loin, et si vous vouliez me quitter pour vous mettre absolument dans ses mains, je crois que je vous dirais avec simplicité: Ne le faites pas. Quoique j'estime fort sa grâce et son expérience, il me semble qu'il ne vous convient pas tout à fait, et que vous manqueriez à D[ieu] en quittant l'attrait qu'il vous a donné pour me croire. Demeurez donc en paix, n'écoutez point votre imagination trop vive et trop féconde en vues. Cette activité prodigieuse consume votre corps, et dessèche votre intérieur. Vous vous dévorez inutilement. Il n'y a que votre inquiétude qui suspende la paix et l'onction intérieure. Comment voulez-vous que D[ieu] parle de cette voix douce et intime, qui fait fondre l'âme, quand vous faites tant de bruit par tant de réflexions rapides'? Taisez-vous, et D[ieu] reparlera. N'ayez qu'un seul scrupule, qui est d'être scrupuleuse en désobéissant. Loin de vouloir quitter l'autorité, je voudrais la prendre, et c'est vous qui me la refusez, en ne voulant pas me croire sur vos confessions.

J'ai dit à M. le C[omte de Montberon] que j'apercevais combien vos scrupules nuisaient à votre santé, afin qu'il sentît combien vous avez besoin du séjour de Cambray. Il m'a paru croire que la lecture de sainte Thérèse et des autres livres spirituels avaient réveillé vos scrupules par des idées de perfection. Je n'ai pas insisté, de peur qu'il ne me crût prévenu. Vous voyez ce que fait votre activité, sur laquelle vous n'êtes point docile. Vous demandez de la consolation. Sachez que vous êtes sur le bord de la fontaine, sans vouloir vous désaltérer. La paix et la consolation ne se trouvent que dans la simple obéissance. Soyez fidèle à obéir contre vos scrupules, et les fleuves d'eau vive couleront, selon la promesse. Vous recevrez selon la mesure de votre foi, beaucoup si vous croyez beaucoup, rien, si vous ne croyez rien, et si vous continuez à écouter vos vaines réflexions, qui se multiplient à l'infini.

M. l'abbé de...' a égaré la lettre de recommandation, que vous aviez eu la bonté de lui donner pour monsieur votre frère'. Son procès presse, et je vous supplie, Madame, de vouloir m'en envoyer promptement une autre pour ce bon abbé. Je sais comment vous faites, dès qu'il s'agit d'amitié. Ainsi je n'ai rien à ajouter. Vous n'avez que trop de vivacité et de délicatesse pour vos amis. N'allez pas croire que c'est une louange que je vous donne. Non, c'est un vrai blâme. Dieu ne veut cette vivacité et cette délicatesse ni pour lui, ni pour les siens. C'est ce qui fait faire tant de dépense en réflexion superflue, et ce qui cause tant d'insomnie. C'est ce qui cause tant de scrupule sur les devoirs vers Dieu et vers les hommes. Je prie D[ieu] qu'il vous fasse sentir la vérité de cette parole de David. J'ai couru dans la voie de vos commandements, quand vous avez élargi mon coeur'.

744 A. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

A Vaucresson', le 26 août 1701.

Toutes nos mesures pour notre voyage de Picardie sont rompues, mon bon Archevêque, et nous n'aurons point la joie de vous voir cette année. Nous sommes obligés maintenant à un séjour assidu auprès du Roi après une absence aussi longue, et le vidame' étant allé joindre son régiment en Italie parce que Mgr le duc de Bourgogne dont il était aide de camp ne marche point 3, madame de Chevreuse est bien aise de demeurer où arrivent d'abord les nouvelles et les courriers. Elle est plus sensible que je ne vous puis dire aux marques de votre amitié sur la perte que nous avons faite', et ce qui lui vient de vous fait sur elle une vive impression. Sa foi et son abandon paraissent avoir maintenant enfin surmonté entièrement la nature.

Le vidame se tourne tout à fait de manière à nous donner du contentement. Sa vie est réglée, le mauvais exemple ne l'ébranle pas, il s'occupe fort chez lui, la raison, l'honneur, la droiture sont devenus ses motifs dominants, il fait des réflexions bien sérieuses sur la religion qui paraissent des effets de grâce, et il désire d'être marié. Ainsi nous croyons devoir lui donner une épouse cet hiver au plus tard, et il n'est question que de la choisir. C'est sur ce choix, mon cher Archevêque, que nous demandons votre avis, madame de Chevreuse et moi. Nous ne pensons plus aux filles de M. Chamillard s. On les croit engagées ailleurs, et Dieu nous a déterminés sur cela par diverses

743. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 21 août 1701.

166 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 août 1701

raisons et inconvénients. Suivant votre avis, nous regarderons principalement dans ce choix la personne avec un bien raisonnable et une naissance honnête, et nous ne songerons pas à la prétention du duché', afin qu'il n'y ait point de mécompte. Trois sortes de personnes se présentent à nos yeux, des filles de grande maison ou illustrée, des demoiselles plus riches, des filles de robe et de bon lieu avec du bien. Parmi les premières, je n'en vois que deux, M11e de Noailles', avec deux cent mille livres, et Mile de Tourbe 8, avec quatre cent mille. Car je ne compte pas Mile de Melun', qui est dans le grand jeu de la cour, et dont le bien est fort diminué. Vous savez mieux que personne les raisons qui m'éloignent naturellement de l'alliance de Noailles "'; mais le bon D. a voulu que je vous la nommasse quand je lui ai dit que je vous écrivais toutes mes vues. Cette demoiselle a quinze ans, est bien faite, douce, spirituelle, sage. Le vidame n'y a pas grand penchant, à cause des beaux-frères ", mais n'en a néanmoins nul éloignement. Mile de Tourbe a quatre ou cinq ans de plus que le vidame, et est depuis deux ans dans une piété qui se soutient. On doute si son humeur ne tient pas de race '2: ses amies disent que non, on le peut approfondir. Parmi les demoiselles, on parle de quelques héritières de Guienne et de Bretagne, mais dont jusqu'à présent les qualités personnelles ne me sont pas connues. Mais vous avez Mlle du Forest '3 dans votre voisinage, dont vous m'avez assuré ce printemps que vous sauriez des nouvelles exactes, et je vous prie de vous en souvenir. Je n'ai pu rien apprendre à Paris de sa maison. Enfin, dans la robe, on parle de Mlle de Varangeville '4 qui sera riche mais dont la naissance est bien peu de chose, et Mlle de Némon '5, fille du marquis qui est lieutenant-général de marine, laquelle aura cinq ou six cent mille livres parce que la présidente sa tante la mariera, et dont on loue l'éducation et l'humeur. Je serai fort aise, mon bon Archevêque, d'être conduit par vous dans le choix d'une de ces personnes '6, et j'ajouterai seulement pour n'oublier aucune réflexion sur ce sujet, que le vidame a vingt-cinq ans accomplis dans la fin de cette année et aura environ quarante mille livres de rente toutes dettes payées.

Je ne vous en dirai pas davantage aujourd'hui. J'envoie cette lettre à la B.D. [duchesse de Beauvillier] pour vous la faire tenir par la première occasion sûre et je ne vous puis assez marquer combien je suis content d'elle en toutes manières. Je le suis bien aussi du B.P. Ab. [de Langeron] qui avance beaucoup, ce me semble. Plaise à Dieu que j'imite de si bons exemples et que je profite des lumières qu'il me donne par eux et par lui-même pour n'agir et ne vivre que pour son amour et sa gloire. Je suis à vous, mon cher Archevêque, avec un dévouement du fond du coeur et sans réserve.

TEXTE 167

745. A MAIGNART DE BERNIÉRES

[28 août 1701].

Monsieur,

Je suis honteux de ne vous avoir point fait mes très humbles remerciements sur la copie de la lettre de M. de Chamillart, que vous avez eu la bonté de m'envoyer si obligeamment. Il m'a paru dans la réponse que j'ai reçue de lui de mon côté, qu'il était content de ce qui s'était passé au Quesnoy pour la capitation'. C'est votre lettre qui a donné cette bonne impression, et je n'entreprendrai point, Monsieur, de vous dire ici combien j'en ai le coeur touché. Je vois avec plaisir en toute occasion que vos premiers mouvements vont à obliger et à servir. C'est votre pente, et votre naturel. Heureux qui tombe en de telles mains. M. de Chamillart m'a enfin nommé M. de Monbron pour assister à notre assemblée du clergé du département de M. de Bagnols. J'attends M. de Monbron, et dès qu'il sera venu nous finirons notre affaire. Mais comme le fermier général qui a reçu la capitation de la guerre passée nous presse pour quelques non-valeurs, notre clergé qui est effarouché sur ce que ce fermier veut nous rendre tous solidaires demande que nous réglions eux et moi une manière de faire lever à l'avenir la capitation, qui soit si exacte pour éviter les non-valeurs, et pour éviter la solidité', que je crois devoir prendre cette précaution avec eux dans notre petite assemblée. Je doute fort que nous puissions faire mieux que ce que vous me faites l'honneur de me proposer. Dès que nous aurons pris une résolution pour le côté de Cambray, je vous en rendrai compte, Monsieur, afin que vous trouviez bon que l'on s'y conforme dans le côté de votre département. Ce retardement n'ira qu'à très peu de jours. Cependant je me flatte toujours de l'espérance que nous vous posséderons à Valenciennes pour la fête prochaine'. Vous n'aurez que le spectacle sans embarras, et vous pourrez éviter la foule. M. du Rancher' la craint beaucoup jusqu'à la table de M. de Magalotti 5. Sans compliment personne au monde ne peut vous honorer du fond du coeur plus que je le fais, ni être avec plus de zèle, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 28 août 1701.

746. AU PAPE CLÉMENT XI

[septembre 1701].

5° Omnes me flagitii clam evictum credent. Olim inquiunt in conciliis oecumenicis vivi antistites qui de divinis pessime ac subdole scripserant, ad explicanda solummodo scripta, compellebantur. Archiepiscopus Cameracensis de spe cautius quam sancti ascetœ scripsit. Quœ de interesse proprio asseruit, ea ipsa sancti, ea ipsa Meldensis episcopus passim docuit. Libellus igitur per se innocuus est, sed per auctorem clam evictum male sonat. Auctor

28 août 1701

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

168 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 1er septembre 1701

Archiepiscopus Sedi Apostolicœ totum se dedidit. Purissimam ascetarum traditionem aperte et periculosissime impugnatam pro virili defendit. Adversarius de caritate aperte errans, in collegam asperrime, in Sedem apostolicam minus reverenter se gessit. Qui de spe sese purgavit damnatus est, qui de caritate obfirmato animo errat, victoriam reportavit. Qui tantum patientiaz, et devoti in Sanctam Sedem animi exemplum fratribus prœbuit, a Sancta Sede ut quietismi fautor emendatus est. Qui vero tam aspere in fratrem invectus est, et judicium apostolicum tot machinationibus antevertit, laurea donatur. Hinc patet eum qui damnatur maxime damnandum esse, eumque qui vincit, maxime dignum fuisse qui vinceret.

6° Si quis forte non ita sentiret, conjiceret S. P. quod ne quidem a catholico excogitari fas est, nempe Ecclesiam cœterarum matrem ac magistram in re dogmatica tempori aliquatenus obsequi voluisse, et judicium suum ita temperasse, ut qui manifesto errat vincere, qui traditionem sanctorum propugnat vinci videatur, ne exoriantur schismata. Sed absit ut ea hominum acceptio in judicio doctrinali illibatœ Ecclesiœ umquam imputetur. Imo potius ego ipse devovear œternumque improperium solus portem, o Ecclesia mater, ne hœc de te ab impiis dici possint. Nullum est S.P. nullum omnino schismatis periculum. Neque timendum est ubi non est timor. Periculum non est de unitate Ecclesiœ sed de perfectione caritatis quam altis machinationibus petit adversarius. Rex sapientissimus, piissimus, et Sedi Apostolicœ addictissimus quœque edixerit B. vestra continuo rata haberi jubebit. Ita numquam occurrit felicior temporum circumstantia, ut Petrus in Beatitudine vestra vivus ac loquens ad veritatem sine ambiguitate tuendam, ac firmandam pacem sanctorum experimenta et locutiones a Quietistarum deliriis prœcise secernat.

Hœc forsan liberioribus prœcordiis protuli. Sed filialem affectum, reverentiam, docilitatem, animique demissionem respicere dignetur B. vestra. Dum hœc liberius dico, impensius etiam Apostolicœ Sedi et Pontifici tot virtutibus ornato omnem obedientiam, et intimum cultum voveo. Ita affectum me vivere ac mort certum est. iEternum ero qua possum reverentia, animi gratitudine, et observantia.

747. A MAIGNART DE BERNIERES

Per septembre 1701].

Monsieur,

Je suis très fâché de l'indiscrétion et de l'importunité des habitants de Solesme. S'ils n'avaient importuné que moi seul, je le leur pardonnerais plus facilement. Mais je trouve fort mauvais qu'ils m'aient engagé à vous demander des choses qu'ils ne devaient pas attendre de vous '. Je prendrai à l'avenir de grandes précautions, Monsieur, pour réprimer leurs inquiétudes. Mais comme un peuple grossier ne sait pas ce qu'il fait, je vous supplie d'avoir la bonté de l'excuser, et de lui continuer même la protection que vous lui avez déjà plusieurs fois accordée.

1er septembre 1701 TEXTE 169

Pour le nommé Brocard' du village de Hors' de notre châtellenie du Casteau, j'avais donné les ordres à notre châtelain, de le faire prendre, avant que j'eusse reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Vous savez, Monsieur, qu'il est en fuite. On a pris toutes les mesures possibles, pour le surprendre, s'il est assez hardi pour revenir. Vous ne pouvez m'obliger plus sensiblement, ni me témoigner plus solidement l'amitié, dont vous m'honorez, qu'en m'avertissant de tels désordres, car je n'ai rien plus à coeur, que d'empêcher toutes les fraudes, qui se peuvent faire au préjudice des droits du Roi. Je serai toute ma vie avec l'attachement le plus sincère, et du fond du coeur, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 1 septembre. FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

747 A. L'ABBÉ DE CHANTÉRAC A FÉNELON

Paris ter septembre 1701.

Madame de Chevry ' et M. l'abbé de Langeron s'intéressent pour mon affaire, Monseigneur, de la manière du monde la plus obligeante. Ils me mènent chez mes juges, ils parlent fortement à leurs amis particuliers, et l'on voit bien qu'ils sont résolus à me faire gagner mon procès. On ne peut pas être reçu plus agréablement que Madame de Chevry le fut et moi avec elle de M. le premier président'. Je lui rendis votre lettre. Il me dit après l'avoir lue, pour me faire une honnêteté, que vous lui mandiez que je vous étais nécessaire à Cambray et que pour me débarrasser bientôt il donnerait le Bureau à mon rapporteur toutes les fois qu'il le demanderait. Il me pria deux et trois fois de vouloir bien faire réponse pour lui à la lettre que je lui avais rendue de votre part, espérant ajouta-t-il que je vous dirais mieux qu'il ne saurait faire combien il honorait tout ce qui venait de votre part. Et lorsque nous sortions de sa chambre il me dit encore d'un ton de voix à n'être presque entendu que de moi seul: Tout ce que M. de C[ambrai] assure, je le crois juste, je le crois vrai, cela me suffit. Je ne veux point l'examiner davantage'. Ces paroles convenaient fort bien aux demandes de mon procès, mais son air disait quelque chose de plus. Mr l'abbé de la Garde est mon rapporteur. Il s'est déjà acquis une grande réputation quoique jeune homme. Sa manière de me recevoir est bien différente de celle que les juges les plus civils peuvent prendre avec les plaideurs qu'ils veulent le plus distinguer. Il paraît fort attaché à Mr le duc de Larochefoucaud et me raconta une conversation qu'il avait eue avec lui depuis peu de jours qui regarde l'avenir et dont je vous ferai le récit à loisir dans une de nos promenades'. Mon affaire se juge par grands commissaires: c'est-à-dire les onze plus anciens du grand conseil. J'ai consigné' et cette après-dînée sera la quatrième vacation pour la lecture des pièces. On croit qu'ils commenceront à opiner lundi, et là-dessus on espère que l'affaire sera jugée la semaine prochaine'. Pour ce qui regarde l'insulte faite à mes soeurs', Mr l'abbé de L. et moi vîmes hier tout à loisir Mr le gouverneur de ces provinces' qui m'embrassa de très bon coeur. Il verra tout ce qui se peut faire et témoigne que ces violences ne sauraient être réprimées

7 septembre 1701

170 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

TEXTE 171

9 septembre 1701

avec trop d'autorité. Lorsqu'il est hors de son gouvernement il ne peut point faire d'ordonnance; mais il peut ménager cette affaire ou avec le secrétaire d'État, ou dans le conseil des dépêches, ou du moins la recommander à l'intendant ou au commandant des lieux. Je ne demande rien en particulier, et je ne veux que ce qu'ils peuvent sans s'embarrasser. M. L. de Langeron s'est chargé de faire un mémoire sur les deux informations, de voies de fait et de mauvaises moeurs, et sur l'impossibilité d'avoir justice dans aucun autre tribunal. Je vous rends compte Monseigneur de tout ce détail comme à la personne du monde qui prend plus d'intérêt à tout ce qui me touche et à laquelle aussi je suis uni par de plus forts liens. Mon respect et mon dévouement sont assurés très sincères 1°.

G. D. C.

748. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray, 7 septembre 1701.

On vous aura dit, Madame, la faute que je fis à... ', oubliant de dire que M. le C[omte] de M[ontberon] partait pour Tournay. Je suis le premier homme du monde pour supposer que j'ai dit ce que je ne dis point, et pour vouloir que l'on comprenne sans que je parle. Vous avez vu une troupe assez joyeuse. Comment ne le serait-elle pas? On marche sur sa foi, mais il faut être bien sage, pour ne réveiller aucune inquiétude'.

Je reviendrai ici, comme vous le savez, après la procession de Valenciennes', pour traiter la capitation avec M. le C[omte] de M.' En attendant que j'aie l'honneur de vous revoir, soyez ferme contre vous-même. L'ange de Satan se transforme en ange de lumière'. Il se présente à vous sous la belle apparence d'un amour délicat et d'une conscience tendre. Mais vous connaissez les troubles et les dangers où il vous jette par des scrupules violents. Tout dépend de la fidélité à repousser simplement les premières impressions. Dès qu'elles sont reçues, vous n'êtes plus maîtresse de vous. Je prie N[otre] S[eigneur] de vous garder.

748 bis. L'ABBÉ DE BEAUMONT A L'ABBÉ DE LANGERON

Voilà, mon cher Abbé, une lettre de madame la D. d'Aremberg' par laquelle vous verrez que M. Aud.2 est toujours le même et qu'on a pris le parti de le renvoyer. Depuis qu'elle a été écrite, le père Ange', confesseur de madite Dame, est venu ici, elle était encore à demi ébranlée sur le sujet de cet homme, ou du moins elle ne voulait prendre aucune résolution absolue sans avoir bien consulté. Il paraît en tout cela qu'elle est bonne, aisée à attendrir, et qu'elle n'agit point par humeur ni par passion. Les trois sujets qu'on lui avait proposés étaient: 1° l'homme de chez M. d'Alègre4 2° M. Collo' 3° M. l'abbé de S. Remy6; c'est ce dernier qu'elle dit ne lui paraître pas convenir. Mais elle le dit sur le portrait qu'on lui en avait fait qui n'était guère avantageux alors; et depuis vous nous avez écrit beaucoup de bien de lui. S'il se trouvait avoir les qualités nécessaires d'ailleurs, je suis persuadé, et M. de Cambray le croit aussi, qu'il conviendrait mieux que personne. Mad. d'Aremberg serait ravie d'avoir un homme accoutumé à entendre parler de négociations et d'intérêts des princes, et qui pût en entretenir son fils de bonne heure'. Elle n'a pas moins à coeur cette sorte d'éducation que celle qui va à le former pour la guerre. Vous serez peut-être surpris qu'elle ait pris un Jésuite' en attendant. C'est apparemment faute d'autre, mais il n'est pas mauvais qu'elle l'accoutume un peu à gens de cette robe; ainsi examinez à loisir les sujets qu'on lui propose, sans pourtant y perdre de temps. Je ne crois pas que M. Collo pût lui convenir, et M. de Cambray ne le croit pas non plus. Je compte toujours de partir vers le 15 mais je voudrais bien que le bon abbé de Chanterac fût de retour auparavant, parce que Matou et Minet demeureraient absolument seuls dans la maison avec quelques valets'. Tout à vous mille fois, mon cher abbé.

Vous comprenez bien par tout ce que je vous mande que l'avis de M. de Cambray a été que M. d'Audigier ne pouvait plus être utile dans sa place, tant à cause de son humeur incorrigible, qu'à cause de l'aversion extrême que l'enfant a conçue de lui. Ainsi c'est une chose conclue, et sur laquelle vous pouvez compter. Je crois même que cet homme partira incessamment. On vous prie de laisser entendre qu'il a demandé lui-même son congé.

Voilà une lettre que j'ai reçue pour vous par la poste; je ne sais ce que c'est, ni d'où elle vient si ce n'est qu'il a dessus de Thiers.

749. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Valenciennes, 9 septembre 1701.

Je n'ai qu'un moment, Madame, pour vous remercier. Je pars d'ici quand la bonne compagnie ' y doit arriver. J'avoue néanmoins que je ne suis pas fâché d'en partir, car je trouve ici trop de gens à voir et trop de choses inutiles à dire. Pendant mon voyage je déroberai des moments pour vous demander de vos nouvelles et de celles de votre amie'. Ce que vous me mandez de votre état me donne une joie sensible. Vous voyez que D[ieu] a la patience de revenir, toutes les fois que le scrupule ne lui ferme point votre coeur. Il n'y a rien à vous dire sinon que vous demeuriez comme vous êtes. J'aime de tout mon coeur la femme forte', et vous n'avez rien à souhaiter de moi là-dessus. D[ieu] l'aime. Pourquoi ne l'aimerais-je pas? Si elle avance, comme elle le doit, elle deviendra moins forte d'une certaine façon, et plus petite. D[ieu] soit toutes choses en vous, Madame, et nous une seule en lui.

7 septembre 1701.

172 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 septembre 1701

A LA COMTESSE DE FÉNELON

A Cambray 10 septembre 1701.

Je souhaite de tout mon coeur, ma chère soeur, que vous ayez achevé votre voyage en parfaite santé'. Si vous en êtes aussi contente que je le suis, vous ne serez pas éloignée de nous venir revoir dans la suite. Me voici revenu pour travailler à notre capitation', après laquelle je repartirai pour faire des visites jusqu'à la Toussaints. Songez pendant que vous êtes à Paris, à y finir vos principales affaires avec les plus grandes précautions. M. votre fils' sera ravi d'aller dans vos terres pour y chasser le reste de l'automne. Mais il sera un peu affligé, s'il y passe l'hiver. Je vois bien néanmoins qu'il ne peut demeurer à Paris que pour ses exercices de l'académie, et je ne sais s'il est assez fort pour les commencer cette année'. Je l'embrasse de tout mon coeur, et je l'aime véritablement. S'il veut s'appliquer, s'instruire, faire des réflexions sérieuses, écouter les conseils des personnes qui ont de l'amitié pour lui, et de l'expérience, agir en toutes choses d'une manière simple et naturelle, fuir les mauvaises compagnies, travailler à se rendre digne des bonnes, ne prendre des hommes que le bon sens et la vertu, sans affecter de les imiter dans les petites choses, il nous donnera à vous et à moi une véritable consolation'. Je serai ravi si mon frère peut gagner son coeur et sa confiance. Le coeur de mon frère est bon et désintéressé. Ainsi je ne doute point qu'il ne fasse tout ce qui dépendra de lui pour se faire aimer de M. de Laval, et pour entrer avec vous dans tout ce qui sera utile à M. votre fils'. Je vous envoie une lettre pour ma soeur la religieuse', que je vous prie de lire, et de fermer, avant que de la faire partir. Je suis, ma chère soeur, pour toute ma vie tout à vous sans réserve comme j'y dois être.

F. A. D. C.

Une des choses que je recommande le plus fortement à M. votre fils, c'est qu'il ne parle jamais avec légèreté. Par là on tombe insensiblement dans l'inconvénient de dire des choses qui ne sont pas exactement vraies, faute de les avoir examinées avant que de parler, et on acquiert, en entrant dans le monde, une réputation, qui fait un tort irréparable.

751. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Je suis honteux, Monsieur, de retarder si longtemps la réponse que je vous dois sur la manière de lever notre capitation'. Mais j'ai encore' besoin de deux ou trois jours pour pouvoir vous en rendre bon compte. Nous venons de tenir ici une assemblée pour le département de M. de Bagnols, où nous n'avons pas trouvé des facilités aussi grandes que dans le vôtre'. Je vous supplie d'avoir la bonté de m'envoyer' l'état qui regarde les curés de ce diocèse dans votre département. Ils ne sont point marqués dans la feuille que vous me donnâtes au Quesnoy. Il faudra que leur taxe et celle de ce côté-ci soient 18 septembre 1701 TEXTE 173

conformes, autrement les uns se plaindraient d'être plus mal traités que les autres. De grâce, Monsieur, faites-moi l'honneur de me mander la somme qui fut réglée au Quesnoy, et le nombre des curés de ce diocèse qui sont de votre département. Si je pouvais rapprocher Cambray de Maubeuge, je me trouverais fort heureux d'un tel voisinage. Si j'osais, je vous dirais combien j'ai le coeur attendri. Vous n'en êtes pas moins parfaitement honoré, Monsieur, par votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

752. A L'ABBÉ DE LANGERON

A C[ambrai] 18 septembre 1701.

J'ai reçu, mon t[rès] c[her] e[nfant], une lettre pour vous, que j'ai ouverte, pour voir si c'était quelque chose qui le méritât, et que je n'ai point lue, dès que j'ai aperçu dans les premières lignes qu'il ne s'agissait de rien où je dusse entrer. Bullot vous dira que nous nous portons bien'. La capitation me retiendra ici jusque vers la fin de ce mois. Alors j'irai faire mes visites jusqu'à la Toussaints. Je prie D[ieu] qu'il vous rende tout ce que vous avez fait pour le bon abbé de Ch[antérac]. Il aurait été bien embarrassé sans vous. Je commence à être en peine de lui et de son procès. Suivant vos lettres' il devait être jugé incessamment, et je n'en reçois aucune nouvelle. Ce long silence m'alarme un peu. Vous savez que je ne suis plus si tranquille, et que peu de chose' suffit pour me blesser le coeur. Ce que je voudrais le plus que vous pussiez trouver dans M. de S. Remy serait un fonds sincère de religion. Je ne demanderais pas tant une certaine dévotion toute dressée, qu'un coeur droit, et sans hauteur contre la simplicité évangélique. J'ai tout écrit à Mad. la D[uchesse] d'Ar [enberg], qui est charmée de vos soins. Vous pouvez-vous souvenir de la préface sur Télémaque. «C'est dommage que D[ieu] ne puisse être servi de la sorte et que la faiblesse de la nature fasse que l'amour-propre soit la base de toutes les vertus. » Voilà une étrange théologie. Il croit que l'amour de charité est une vision de quelques contemplatifs qui avaient la tête échauffée'. C'est avoir le coeur un peu froid'. Je souhaite fort que la bonne D. retrouve à S. Denis le calme, la santé, l'embonpoint'. Quelle nouvelle a-t-elle de son fils'? Mille amitiés à Madile de Langeron' et au grand abbé'. Tout à vous sans mesure.

753. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT'

21 septembre 1701.

Je vous remercie de tout mon coeur, Monsieur, des écrits que vous m'avez envoyés; je les lirai en carrosse pendant mes visites; maintenant je ne saurais rien lire de suite; l'ordination et la capitation m'occupent'. Je n'ai pas manqué d'agir vers M. de Bedmar3 qui doit donner un abbé au Val-des-Ecoliers4; il me promet d'avoir de grands égards pour ce que je lui représenterai, mais

A Cambray 13 septembre [1701].

750.

174 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [septembre 1701]

il faut que vous me mettiez au plus tôt s en état de faire ce qu'il attend de moi. Envoyez-moi donc promptement un mémoire sur le caractère de chaque religieux de la maison, et sur les bons sujets de l'ordre et des maisons voisines qu'on pourrait choisir ; la chose presse, ne perdez pas un instant; je vous garderai le secret inviolablement, et je vous prie de le garder aussi. J'ai vu depuis peu le P. Capucin votre oncle; on ne peut en être plus content que je le suis, ni plus édifié; je vous aime bien tous deux; priez l'un et l'autre pour moi. Je compte que vous nous reviendrez voir librement. Cordialement tout à vous en N[otre] S[eigneur].

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

753 bis. LE CHANOINE ROBERT A P. QUESNEL

[entre 1696 et 1703].

Je vous remercie du petit écrit que vous m'envoyez. Je le trouve fort beau, mais je le relirai encore. Je m'étais déjà servi à Cambrai d'une partie de ces réflexions en témoignant à un des régents du séminaire que je ne savais trouver du bon sens dans cet endroit aussi bien que dans plusieurs autres, car il est aisé de faire voir qu'il ne répond point par là à ce qu'on lui avait objecté, et la lecture que j'avais faite récemment de la Défense de l'Eglise Romaine me fournit aussi des preuves convaincantes que tout ce que disait notre prélat était faux.

Plus je lis ses ouvrages, moins je m'approche de ses sentiments. [...].

N'avez-vous pas considéré aussi ce qu'il dit dans la réponse à la déclaration d'un certain auteur qu'il ne nomme pas touchant l'oraison de simple présence de Dieu, auquel il trouve tant à redire. Je crois que c'est M. Nicole qui parle de la manière qu'il dit de cette oraison dans le L. 2 de la réfutation des quiétistes et surtout ch. 17 et 18. Certainement si c'est à lui qu'il en veut, il a grand tort, car il ne se peut rien de plus solide et de plus circonspect que ce qu'il dit dans le livre de cette oraison, et je ne pense pas qu'il lui soit jamais avantageux ni honorable de s'opposer à ce livre [...].

M. de Cambrai ne manquera pas de profiter de tout ce qu'il trouvera de favorable dans les livres de ses adversaires. C'est à mon avis ce qu'il fait de mieux; car pour (sic) tout ce qu'il apporte pour fonder et fortifier son sentiment me paraît très faible; je suis même surpris que ceux qui l'attaquent ne viennent pas à ce qu'il croit de plus fort, comme est la gratuité des promesses, la liberté de Dieu à anéantir l'âme, etc.

754. A FRANÇOIS HÉBERT

A Cambray 27 septembre 1701.

Puisque vous le voulez, Monsieur vous serez en faveur de mesdemoiselles de La Chastaigneraye mon créancier pour trois cents francs. Mais vous ne le serez que jusqu'à votre retour des eaux. Je dois plus qu'un autre plaindre ces demoiselles, car je suis leur parent. Mais je ne puis approuver qu'elles 27 septembre 1701 TEXTE 175

aient quitté leur pays pour aller à la cour. Des filles de naissance sans bien trouvent toujours dans leur province des parents ou des amis, qui leur donnent à peu de frais de petits secours. On y vit presque de rien. D'ailleurs il est plus honnête à toute extrémité de tenir sa subsistance du travail de ses propres mains, que de la devoir aux libéralités d'autrui. En quittant sa province pour aller à la cour, on multiplie ses besoins, au lieu de les diminuer, on se remplit de vaines espérances, et on s'accoutume à un genre de vie, auquel on ne devrait point s'accoutumer. Je vous supplie, Monsieur, de faire entendre à ces demoiselles que les grandes dépenses que je ne puis retarder pour mon diocèse ne me permettront de leur donner aucun secours après celui-ci.

Je n'aurai jamais de peine à recevoir, comme je le dois, la lettre que vous me mandez que M. l'évêque de Chartres me veut écrire. Dieu merci, je n'ai rien sur le coeur pour le passé. Si je hésitais là-dessus, je croirais manquer aux devoirs de la religion'. (Je prie Dieu tous les jours pour ce prélat. Je lui souhaite toutes les plus abondantes bénédictions dans ses travaux, et dans l'usage de son crédit. Je crois seulement que je ne dois jamais faire certains pas, qui persuaderaient au monde que je reconnais qu'on a eu raison d'attaquer ma sincérité en matière de foi. M. l'évêque de Chartres ne doit pas vouloir que je paraisse avouer contre moi ce qui ne fut jamais véritable, et au lieu de rechercher mon commerce, il devrait le fuir avec horreur, s'il me croyait capable d'une si lâche politique. Ma délicatesse à cet égard n'est pas de point d'honneur, mais de conscience et de religion. A cela près, je veux' ne me compter pour rien, et être souple comme un enfant.

Je n'ai jamais cessé d'honorer très sincèrement M. l'évêque de Chartres, et je serais ravi de l'en persuader.) Ne soyez donc nullement en peine de ma réponse en cas qu'il m'écrive. Je tâcherai de l'édifier, et de lui montrer un coeur de véritable confrères. Vous pouvez juger par la confiance avec laquelle je m'ouvre à vous, Monsieur, avec quelle estime cordiale je suis votre t. h. et t. o. s.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

755. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 27 septembre 1701.

Voilà, Madame, une lettre de votre amie. Quelque petit nuage avait obscurci les derniers jours; mais M... a tout raccommodé. Il faut souvent recommencer avec certaines têtes. Je prends part, Madame, à votre joie sur l'arrivée de M. le M. de M. Il me paraît capital qu'il s'explique à fond en honnête homme'. Il ne lui est point permis de laisser aller les choses plus loin, sans les vouloir mener de bonne foi et de tout coeur jusqu'au bout. Il doit cette franchise à M. son père, qui est si passionné pour ses intérêts, et à une famille qui montre tant d'inclination pour le préférer à d'autres. Il n'y a pas un moment à perdre là-dessus. D[ieu] veuille que tout se tourne heureusement.

Je me console des incertitudes et des longueurs qui me tiennent ici', dans l'espérance que vous y reviendrez peut-être avant mon départ. Demeurez comme D[ieu] vous met, et souvenez-vous que vous serez en paix, toutes les

8 octobre 1701 TEXTE 177

gulier en soi. M. de Bagnols2 est fort bien intentionné. Je n'en saurais douter. M. le M. de Bedmar me donne sujet d'espérer qu'il aura les égards possibles à ma proposition... [Il fait ses compliments à M. le comte de Roeux.]

758. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A C[ambrai] 8 octobre 1701.

J'ai corrigé mon thème, mon cher neveu. Nos raisons me paraissaient bonnes. Mais il faut céder à autrui '. J'ai écrit à l'amie de M. de Clerfey2 pour avoir une prompte réponse. Cependant il faut compter par avance que tout est fait, et qu'on n'avait pas besoin d'un nouveau pouvoir. L'ex-pédagogue a eu un canonicat vacant à L. Cela est fort honnête', et bon à dire pour encourager M. de S. R[émy4]. Je souhaite fort que ce successeur, s'il n'a pas une piété fervente, ait au moins avec des moeurs régulières, des principes de solide religion, et une sincère estime pour la vertu. Dès que j'aurai une réponse, je vous l'enverrai pour M. Ludon 5, qui me paraît de loin un assez honnête homme. Je me prépare à partir. Il est bien temps. J'ai un second thème à composer. Mais personne ne le corrigera, et j'y laisserai tous mes solécismes. Pour les éviter je prendrai le style laconique. Mille compliments à ma nièce et à M. de Chevry6. Le bon abbé' paraît gâté de toutes les douceurs qu'on lui a fait goûter à Paris. Nous allons le sevrer. Portez-vous bien, et revenez sans vapeurs. Tout à vous.

759. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi au soir', 8 octobre 1701.

Je suis ravi, Madame, de vos prospérités intérieures. Elles vous sont données pour vous apprendre tout ce que vous perdez, quand vous vous livrez à vos réflexions scrupuleuses, et combien Dieu veut vous attirer à une sainte liberté. Les grâces doivent être reçues avec fidélité pour exécuter ce qu'elles inspirent, ou pour le leur laisser opérer sans résistance. Mais il y a une manière de les recevoir, et de n'y point tenir. C'est de n'être point attaché à la consolation qu'elles donnent, et d'être tout prêt à en porter la privation, quand il plaira à Dieu] de les ôter.

J'aime mieux que vous veniez demain communier de ma main, à la chapelle de N[otre]-Dame, après la grande messe. Bonsoir, Madame. Dieu] sait ce que je vous suis à jamais en lui.

176 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 septembre 1701

fois que vous ne sortirez point de votre place par inquiétude. On quitte Dieu pour chercher sa sûreté en soi-même.

Je ne saurais révérer ni chérir en N[otre] S[eigneur] plus que je le fais la femme forte'. Il me semble qu'elle va toujours uniment comme une bonne pendule. La fidélité simple au moment présent est le trésor du coeur. C'est la manne du désert, qui a tous les goûts selon les divers besoins, et qui rassasie sans cesse. On a tout ce qu'on veut, car on ne veut que ce qu'on a. Le moment présent est une espèce d'éternité, qui prépare à la véritable, et qui en est un avant-goût.

756. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Cambray 28 septembre 1701.

Je pense comme vous, Monsieur, que M. Du Mont' ferait beaucoup mieux qu'un autre au Val des écoliers. C'est pourquoi je vous conjure d'aller promptement trouver de ma part M. le C. du Roeux2 et de le supplier d'écrire à M. le M. de Bedmar et aux autres qui peuvent faire réussir ce dessein. Il n'y a pas un moment à perdre. De ma part je fais toutes les démarches qui dépendent de moi pour cette bonne oeuvre. Il serait bon que M. le C. du Roeux eût la bonté de représenter fortement le mérite de M. Du Mont, sa naissance sous la domination du R[oi] Catholique, son séjour auprès de son frère, ce frère qui a toujours servi l'Espagne, et qui commande à Courtray3, enfin le désordre de la maison du Val, le pressant besoin de la régler, et le peu de ressource qu'on doit espérer des sujets de la communauté'. Je n'oublierai rien pour appuyer toutes ces bonnes raisons. Témoignez je vous prie à M. le C. du Roeux que j'ai pour lui un attachement et un zèle singulier. Mandez-moi des nouvelles de sa santé. J'aurais bien voulu aller cette automne à Mons. Mais il faut que j'aille faire des visites du côté de Tournay. La capitation ecclésiastique me tient même ici malgré moi depuis cinq semaines'. Je salue toute votre famille, et suis tout à vous, Monsieur, du fond du coeur.

Cambray, 4 octobre 1701.

760. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Gardez s'il vous plaît, le secret sur notre dessein pour M. du Mont, et priez M. le C. du Roeux de n'en parler à personne.

757. Au MÊME

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

J'ai cru, Monsieur, devoir écrire à M. de [Sandonl] pour le faire concourir à notre dessein. Peut-être ai-je agi en cela trop humainement, mais enfin cela est fait. Il m'a paru que la démarche qu'il ferait pouvait être innocente. On dit qu'il est homme de bien. Il ne parlera que pour un bon sujet. Il n'y a pas de simonie à craindre. Ceux qui ont l'autorité temporelle ont besoin d'être aidés et déterminés au bien, pourvu qu'on ne fasse rien qui soit irré-

A Cambray 9 octobre 1701.

On ' me mande qu'on ne peut expliquer sa joie sur le succès des soins de M. Ludon2. On consent qu'il promette, outre la table, telle somme qu'il jugera à propos. Je ne laisserais pas, dit-on, échapper un homme de mérite

178 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 octobre 1701 TEXTE 179

10 octobre 1701

pour de l'argent: il n'y a donc plus qu'à conclure, et qu'à nous faire savoir comment tout aura été conclu. Je suis en peine de Mr de Chevry3, et je vous prie, mon cher neveu, de nous en mander des nouvelles. Je m'y intéresse de tout mon coeur. Vous savez comment je suis pour ma nièce. Votre M. Ludon est un fort honnête homme. Faites-lui mes baise-mains. Il faut que cet homme-là ait son mérite. Je pars après-demain. Tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

761. AU MARQUIS DE LOUVILLE'

A Cambray, 10 octobre 1701.

Il y a longtemps, Monsieur, que je diffère à vous répondrez. Les raisons en seraient trop longues, et inutiles à expliquer. Elles n'ont aucun rapport à vous. Je vous aime et vous honore toujours du fond du coeur. Vos lettres sont arrivées ici sans accident. Ne soyez en peine de rien. J'ai pensé à un canal encore plus assuré. C'est celui du P. de Montazet, provincial des Carmes chaussés à Bordeaux'. C'est un homme de condition et de mérite, très secret, très sage, et fort ami de M. l'abbé de Chanterac. Il est, je crois, proche parent de M. de Montviel4 qui est avec vous. Mais il ne faut point vous ouvrir à M. de Montviel là-dessus. Le bon père ne sera même d'aucun secret. Il saura seulement que son ami M. l'abbé de Chanterac recevra quelquefois par son canal quelque lettre d'Espagne, et il est trop discret pour en parler. Vous n'aurez qu'à mettre à monsieur, monsieur l'abbé de Chanteraque. Cette orthographe, différente du vrai nom de Chanterac, avertira d'abord le bon père de faire tenir soigneusement la lettre, et il ne saura pourtant point qu'elle sera pour moi. Il l'enverra par la poste à Paris, à un neveu de son norn5, qui est aussi neveu de M. l'abbé de Chanterac, et qui est homme de bon esprit, soigneux et très affectionné pour son oncle. Les lettres des particuliers inconnus ne courent aucun risque par la poste depuis Bordeaux jusqu'à Paris. Le neveu de M. l'abbé de Chanterac donnera les lettres à M de de Chevry6 ma nièce, qui ne les mettra jamais à la poste, mais qui me les enverra soigneusement par les fréquentes voies particulières et très sûres, que nous avons depuis Paris jusqu'ici. Vous n'aurez donc, Monsieur, qu'à faire votre paquet, où vous mettrez à monsieur, monsieur l'abbé de Chanteraque, puis vous ferez une seconde enveloppe, où vous mettrez au R. P de Montazet, provincial des Carmes chaussés, à Bordeaux. Le père, après avoir ôté l'enveloppe qui sera pour lui, y en remettra une autre à monsieur de Montazet son neveu, à Paris. Mad. de Chevry enverra ici ce paquet par voie sûre sous son enveloppe, et M. l'abbé de Chanterac sera bien averti que les lettres qui viendront ainsi de Paris avec cette orthographe de Chanteraque ne seront pas pour lui, mais pour moi. C'est l'homme du monde le plus sage et le plus affectionné. Ainsi il exécutera tout très religieusement, et sans vouloir rien pénétrer. De plus, comme vos lettres viendront dans le paquet de Mad. de Chevry, ce sera moi qui ouvrirai toujours le paquet, et je ne donnerai à M. l'abbé de Chanterac aucune des lettres où il y aura cette orthographe de Chanteraque et je les ouvrirai. Voilà, Monsieur, bien des précautions pour le plus innocent de tous les secrets ! Nous ne voulons, ni vous ni moi, nous en servir pour aucune intrigue ni vue humaine. Il ne s'agit que de commerce d'amitié, de consolation et d'épanchement de coeur. Si les maîtres le voyaient, ils ne verraient que franchise, droiture et zèle pour eux.

Je vous dirai, sans rien savoir, par aucun canal, de ce qui peut se passer dans votre cour, que vous ne sauriez trop vous borner à vos fonctions précises, ni trop vous défier des hommes. C'est par excès d'amitié, que je me mêle de vous parler ainsi. Rendez votre esprit patient; défiez-vous de vos premières et même de vos secondes vues; suspendez votre jugement; approfondissez peu à peu. Ne faites de mal à personne, mais fiez-vous à très peu de gens. Point de plaisanterie sur aucun ridicule; nulle impatience sur aucun travers; nulle vivacité pour vos préjugés contre ceux d'autrui. Embrassez les choses avec étendue pour les voir dans leur total, qui est leur seul point de vue véritable. Ne dites jamais que la vérité; mais supprimez-la toutes les fois que vous la diriez inutilement par humeur ou par excès de confiance. Evitez, autant que vous le pourrez, les ombrages et les jalousies'. Si modeste que vous puissiez être, vous n'apaiserez jamais les esprits jaloux. La nation au milieu de laquelle vous vivez est ombrageuse à l'infini, et l'est avec une profondeur impénétrable. Leur esprit naturel, faute de culture, ne peut atteindre aux choses solides, et se tourne tout entier à la finesse: prenez-y garde'. Songez aussi à tout ce que vous écrivez. N'écrivez que des choses sûres et utiles; ne donnez les douteuses que pour douteuses. Ecrivez simplement, et avec une certaine exactitude sérieuse et modeste, qui fait plus d'honneur que les lettres les plus élégantes et les plus gracieuses. Proportionnez-vous au maître que vous servez. Il est bon, il a le coeur sensible au bien; son esprit est solide, et se mûrira tous les jours: mais il est encore bien jeune. Il n'est pas possible qu'il ne lui reste, malgré toute sa solidité, certains goûts de cet âge, et même un peu de dissipation. Il faut l'attendre, et compter que chaque année lui donnera quelque degré d'application et quelque autorité. Ne lui dites jamais trop à la fois; ne lui donnez que ce qu'il vous demandera. Arrêtez-vous tout court, dès que vous douterez s'il en est fatigué9. Rien n'est si dangereux que de donner plus d'aliment qu'on n'en peut digérer: le respect dû au maître, et son vrai bien qu'on désire, demandent une délicatesse, un ménagement et une douce insinuation que je prie Dieu de mettre en vous. S'il vous paraît ne désirer point vos avis, demeurez dans un respectueux silence, sans diminuer aucune marque de zèle et d'affection: il ne faut jamais se rebuter". Quand même la vivacité de l'âge le ferait passer au-delà de quelque borne, son fonds est bon, sa religion est sincère, son courage est grand, et il aimera toujours les honnêtes gens qui désireront son vrai bien, sans le fatiguer par un zèle indiscret. Ce que je crains pour lui, c'est le poison de la flatterie, dont les plus sages rois ne se garantissent presque jamais. Ce piège est à craindre pour les bons coeurs. Ils aiment à être approuvés par les gens de mérite, et les hommes artificieux sont toujours les plus empressés à s'insinuer par des louanges flatteuses. Dès qu'on est en autorité, on ne peut plus se fier à la sincérité d'aucune louange. Les mauvais princes sont les plus loués, parce que les scélérats, qui connaissent leur vanité, espèrent de les prendre par ce côté faible. On a bien plus à craindre et à espérer auprès d'eux, qu'auprès des bons princes, parce qu'ils sont capables de prodiguer les honneurs et de pousser loin la violence. Jamais empereurs ne furent autant loués que Caligula, Néron, Domitien. Si les meilleurs rois y faisaient bien réflexion, ces exemples les rendraient

180 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 octobre 1701

10 octobre 1701 TEXTE 181

timides sur les louanges les mieux méritées. Ils craindraient toujours d'y être trompés, et prendraient le parti le plus sûr, qui est de les rejeter toutes. Les vrais honnêtes gens admirent peu, et louent même avec simplicité et modération les meilleures choses. Cela est bien sec pour les princes, accoutumés aux exclamations, aux applaudissements, à l'encens prodigué sans cesse. Les malhonnêtes gens ne louent un prince que pour en tirer quelque bienfait. C'est l'ambition qui se joue de la vanité, et qui la flatte pour la mener à ses fins. C'est le tailleur qui appelle M. Jourdain monseigneur, pour lui attraper un écu". Un grand roi doit être indigné qu'on le suppose si vain et si faible. Nul homme ne doit être assez hardi pour le louer en face; c'est lui manquer de respect. Vous savez que Sixte V défendit sévèrement de le louer.

Un roi n'a plus d'autre honneur ni d'autre intérêt que celui de la nation qu'il gouverne. On jugera de lui par le gouvernement de son royaume, comme on juge d'un horloger par les horloges de sa façon, qui vont bien ou mal.

Un royaume est bien gouverné' 2, quand on travaille sans relâche, autant qu'on le peut, à ces choses: 1° à le peupler; 2° à faire que tous les hommes travaillent selon leurs forces pour bien cultiver les terres; 3° à faire que tous les hommes soient bien nourris, pourvu qu'ils travaillent; 4° à ne souffrir ni fainéants, ni vagabonds; 5° à récompenser le mérite; 6° à punir tous les désordres; 7° à tenir tous les corps et tous les particuliers, quelque puissants qu'ils soient, dans la subordination; 8° à modérer l'autorité royale en sa propre personne, de façon que le Roi ne fasse rien par hauteur, par violence, par caprice ou par faiblesse, contre les lois; 9° à ne se livrer à aucun ministre ni favori. Il faut écouter les divers conseils, les comparer, les examiner sans prévention; mais il ne faut jamais se livrer aveuglément, en aucun genre, à aucun homme: c'est le gâter, s'il est bon; c'est se trahir soi-même, s'il est mauvais.

Par cette conduite, un roi fait véritablement les fonctions de roi, c'est-à-dire, de père et de pasteur des peuples. Il travaille à les rendre justes, sages et heureux. Il doit croire qu'il ne fait son devoir, que quand il est la houlette en main à faire paître son troupeau, à l'abri des loups. Il ne doit croire son peuple bien gouverné, que quand tout le monde travaille, est nourri, et obéit aux lois. Il y doit obéir lui-même; car il doit donner l'exemple, et il n'est qu'un simple homme comme les autres, chargé de se dévouer pour leur repos et pour leur bonheur.

Il faut qu'il fasse obéir aux lois et non pas à lui-même. S'il commande, ce n'est pas pour lui, c'est pour le bien de ceux qu'il gouverne. Il ne doit être que l'homme des lois et l'homme de Dieu. Il porte le glaive pour se faire craindre des méchants. Il est dit que tous les peuples craignirent le Roi, voyant la sagesse qui était en lui" (c'est Salomon). Rien ne fait tant craindre un roi, que de le voir égal, ferme, se possédant, ne précipitant rien, écoutant tout, et ne décidant jamais qu'après un examen tranquille.

Si un jeune prince est assez heureux pour n'avoir ni favoris ni maîtresse, et s'il ne croit aucun de ses ministres, qu'autant qu'il reconnaît devant Dieu que son avis est meilleur que celui des autres, il sera bientôt craint, révéré et aimé. Il doit être fort attentif aux bonnes raisons d'un chacun; mais il ne doit jamais se laisser décider ni par la qualité des personnes, ni par certains tons décisifs qui imposent. Il doit accoutumer les premières personnes à proposer simplement leurs pensées, et à attendre en silence sa résolution. Cet ascendant sur ceux qui l'approchent est le point capital; mais il ne peut le prendre tout à coup. Un jeune roi, quoiqu'il ne soit pas moins roi et maître qu'un autre plus âgé, ne peut avoir la même autorité sur les hommes. Par exemple, le Roi Catholique sera fort heureux s'il peut, dans quarante ans, se faire obéir comme le Roi notre maître est maintenant obéi dans tout son royaume. Un jeune roi qui arrive dans un royaume où il est étranger, et d'une nation que l'Espagnol regardait comme ennemie, doit se faire à la nation, se plier aux coutumes, s'accommoder aux préjugés, surtout s'instruire des lois du pays, et les garder religieusement. A mesure que son application et son expérience croîtront, il verra croître aussi son autorité. D'abord il doit se ménager et n'entreprendre que les choses d'une nécessité absolue. Ce qu'il est impossible de redresser aujourd'hui, se redressera dans dix ans, peu à peu et presque de soi-même. Qu'il écoute facilement, mais qu'il ne croie que sur des preuves claires. Qu'on ne gagne jamais rien ni à lui parler le premier, ni à lui parler le dernier. Le premier et le dernier parlant doivent être égaux; c'est le fond des raisons qui doit décider. Qu'il étudie les hommes; qu'il ne se fie jamais aux flatteurs; qu'il examine les talents de chacun; que les bonnes qualités d'un homme ne lui fassent jamais perdre de vue ses défauts; qu'il craigne de s'engouer. Chaque homme a ses défauts; dès qu'on n'en voit pas dans un homme, on le connaît mal, et on ne doit plus se croire. La grande fonction d'un roi est de savoir choisir les hommes, les placer, les régler, les redresser. Il gouverne assez, quand il fait bien gouverner par ses subalternes'

Si le Roi doit tant prendre sur lui, être si modéré, si appliqué, que ne doivent pas faire ceux qui ont l'honneur d'être auprès de lui! Je prie Dieu tous les jours pour Sa Majesté, et aussi pour vous, Monsieur, que j'aime et que j'honore du fond du coeur.

J'oubliais de vous dire, que personne n'est plus persuadé que moi que le Roi Catholique est né avec une parfaite valeur, et même avec de grands sentiments d'honneur en toutes choses. J'en ai vu des marques dès sa plus tendre enfance. J'avoue que c'est un grand point à un roi, que d'être intrépide à la guerre. Mais le courage de la guerre est bien moins d'usage à un si grand prince, que le courage des affaires. Quand se trouvera-t-il au milieu d'un combat? Peut-être jamais. Il sera au contraire tous les jours aux prises avec les autres et avec lui-même au milieu de sa cour. Il lui faut un courage à toute épreuve contre un ministre artificieux, contre un favori indiscret, contre une femme qui voudra être sa maîtresse. Il lui faut du courage contre les flatteurs, contre les plaisirs, contre les amusements qui le jetteraient dans l'inapplication. Il faut qu'il soit courageux dans le travail, dans les mécomptes, dans le mauvais succès. Il faut du courage contre l'importunité, pour savoir refuser sans rudesse et sans impatience. Le courage de guerre, qui est plus brillant, est infiniment inférieur à ce courage de toute la vie et de toutes les heures. C'est celui-là qui donne la véritable autorité, qui prépare les grands succès, qui surmonte les grands obstacles, et qui mérite la véritable gloire. François I" était un héros dans une bataille; mais c'était la faiblesse même entre ses maîtresses et ses favoris. Il dépensait honteusement dans sa cour toute la gloire qu'il avait gagnée à Marignan. Aussi tout allait de travers, et rien ne réussissait 's. Charles dit le Sage ne pouvait aller à la guerre à cause de ses infirmités; mais sa bonne et forte tête réglait la guerre même: il était

182 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

11 octobre 1701

11 octobre 1701 TEXTE 183

supérieur à ses ministres et à ses généraux. Le Roi notre maître s'est acquis plus d'estime par sa fermeté pour régler les finances, pour discipliner les troupes, pour réprimer les abus, et par les ordres qu'il a donnés pour la guerre, que par sa présence dans plusieurs sièges périlleux. Son courage patient à Namur y fit plus que la valeur même de ses troupes.

Dites toutes ces choses, Monsieur, comme vous le jugerez à propos. Je vous les donne telles que je les pense. Vous saurez les accommoder au besoin, et je ne doute point que vous n'ayez parfaitement à coeur la réputation et le bonheur du roi auquel vous êtes attaché. Pour moi, je souhaite ardemment qu'il soit un grand roi et un vrai saint, digne descendant de saint Louis.

Je vous ai proposé l'ordre à garder pour les enveloppes, afin qu'il y en ait le moins qu'il se pourra. Le bon père Montazet trouvera sous l'enveloppe qui s'adressera à lui la lettre pour M. l'abbé de Chanteraque. Il en remettra une autre pour son neveu à Paris. De là jusqu'ici tout marchera en sûreté. La multitude des enveloppes donne du soupçon, parce qu'on sent les cachets, et que les paquets en sont même plus épais. De la façon que je vous propose de faire, il n'y aura jamais que deux enveloppes. Si vous aviez quelque adresse à nous marquer bien sûre à Madrid, avec une orthographe pour un quelqu'un de ce pays-là, comme celle que je vous propose pour M. l'abbé de Chanteraque au lieu de Chanterac, les lettres iraient tout de même jusqu'à vous, sans qu'il parût jamais à la poste qu'elles sont pour vous, et sans courir le risque qu'elles fussent jamais ouvertes par celui à qui elles paraîtraient s'adresser ". Mais je ne vous conseille pas de montrer le moindre air de mystère à des gens qui pourraient soupçonner qu'il y en a, et s'en prévaloir en vous trahissant. Le cachet de ce paquet-ci est un oiseau avec une couronne en chef, deux oiseaux pour support et un casque.

Je serai toute ma vie, Monsieur, sans réserve, votre très h. et t. o. s.

F. A. D. C.

762. A L'ABBÉ DE LANGERON

A C[ambrai] onze octobre 1701.

Le curé de Vers[ailles] m'a écrit que M. de Chartres ayant su que Mlle de Châtegneraye était ma parente, il avait pris de grands soins d'elle, qu'il le chargeait de me faire bien des compliments, et de m'assurer d'un attachement sincère et cordial. J'ai répondu que j'étais édifié de la charité qu'on avait témoignée à cette pauvre demoiselle, que je priais le curé de faire mille remerciements pour les compliments, dont il s'était chargé vers moi, et que ceux dont je le suppliais de se charger aussi, étaient très sincères. Cela n'est-il pas assez court '?

Notre capitation est conclue à trente mille francs. Il a fallu que M. de Chamillart ait décidé. Tout s'est passé ici de manière que le clergé a sujet d'être bien content de M. de Monbron et de moi'. Je pars pour Tournay3 bien fâché de n'avoir pu partir plus tôt, dans l'impatience de revenir vous recevoir à la Toussaints.

Ne hésitez point à conclure pour Mad. la D[uchesse] d'Ar[enberg] avec M. de S. Remy. Vos pouvoirs sont pleins, et il vaudrait mieux vous en servir sans attendre une réponse, que de laisser échapper un bon sujet, qu'on ne pourrait remplacer'. La duchesse a donné à M. d'Audigier3 partant un canonicat de Leuze. Cela est noble, et mérite d'être dit au successeur. Mais je ne sais si le prédécesseur justifie par son mérite ce choix devant Dieu. Il n'est point venu me voir en passant.

Je prie l'abbé de Beaumont de voir pour l'amour de moi M. l'abbé Pucelle6. Je dois quelque chose à la famille de feu M. de Croisilles', sur tout ce qui est arrivé à M. le maréchal de Catinat'. Si Panta oublie l'agenda que je lui ai donné', je le livrerai aux plus noires vapeurs, et je n'aurai plus aucun soin de lui défiger le sang. C'est un homme perdu comme le malade imaginaire livré à tous les maux en ie'° .

Quelque impatience que j'aie de revoir et d'embrasser mon cher Gavache ", j'aimerais mieux en être privé, que de l'ôter à la bonne P. D. ou à Mlle de L.12 dans leur besoin. Excepté ces deux cas, il n'est rien tel que d'enlever. Panta, le grand Panta, n'a qu'à le prendre sur ses épaules ''. Je voudrais qu'il eût des bottes de sept lieues. Si j'en avais j'irais une fois la semaine à S. Denis 14, il n'y paraîtrait pas. Je verrais aussi la digne soeur de Pantaléon, et celle du P. abbé, et le grand abbé, et le joyeux Calas '5. On dit que vous pergréquez' tous ensemble. Ces moeurs antiques pour les cènes ne m'édifient pas. La Toussaints s'approche. Employez bien le temps, et revenez nous voir : nous philosopherons l'hiver. D[ieu] sur tout"!

J'ai reçu une lettre du père Sanadon qui est très bonne. Vous en seriez tous deux bien contents '8. Je prie mon Panta de n'oublier pas des amitiés à Mlle de Pagny, ".

Depuis cette lettre écrite, je vous ai mandé que Mad. la duchesse] d'Ar[enberg] accepte à toute condition pour la table et pour les appointements M. l'abbé de S[aint]-R[emi]. Je vous envoie une lettre d'elle pour M. l'abbé de L. et celle qu'elle m'écrit". Ma pensée serait que M. l'abbé de S[aint]-R[emi] vînt à peu près en même temps que vous, et que nous le gardassions ici quinze jours, après quoi nous l'enverrions à Enghien.

J'envoie au cher Panta 600 livres pour ma soeur, que M. le marquis de Monbron lui donnera'.

J'apprends dans ce moment que l'abbé du Casteau est mort cette nuit". Voilà un embarras pour moi. Il n'y a point de prieur. Dom Charles, comme sous-prieur, se fera valoir. Il a un grand zèle pour l'élection, et voudrait bien gouverner en qualité d'abbé, pour le bien, dit-il, de la maison.

Je vous envoie ma lettre pour Louville23. Mettez-y le cachet que vous me faites promettre.

Souvenez-vous des ouvrages de M. du Bellay", Carithée, etc; j'en ai un vrai besoin. Tendrement aux deux abbés"; embrassez pour moi le grand. Mille compliments à Mile de Langeron et à ma nièce.

184 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 octobre 1701

763. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Tournay 16 octobre 1701.

Vous me pressez, Madame, de retourner voir les personnes dont je dois prendre soin, et vous, qui m'attendez, vous ne songez qu'à vous enfuir, dès que je serai revenu. Je n'ai pas le temps aujourd'hui d'écrire à Mad... ' Mais j'espère que vos lettres ne lui manqueront pas. Elle a du courage et de l'amitié. Ces deux choses la portent au-delà de ses forces. Elle croit pouvoir plus qu'elle ne peut. Ce que vous lui dites la touche. Mais son fond n'est pas encore capable de tous les sacrifices que vous lui demandez. J[ésus]-Christ] qui connaissait mieux ses disciples qu'ils ne se connaissaient eux-mêmes, leur disait : Vous ne pouvez à présent porter ces choses'. Il leur disait : Vous serez tous scandalisés de moi cette nuit. S. Pierre soutenait que pour lui il n'en serait rien. Quand même, disait-il, tous les autres seraient scandalisés, pour moi je ne le serai pas. Quand même il faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai jamais'. J[ésus]-C[hrist] insiste et lui prédit qu'il le reniera trois fois, avant que le coq chante, et en effet l'interrogation d'une servante lui fait renier son maître avec serment. Voilà l'homme. Voilà ce qu'il donne dès qu'il donne du sien, et qu'il promet quelque force de soi.

Laissez Mad...* lire, goûter, prier, se nourrir. Il faut donner patiemment aux âmes, avant que de leur demander. Il faut qu'elles aient été nourries intérieurement de l'oraison, et avoir mis en elles un certain trait d'amour, avant que de pouvoir espérer qu'elles fassent certains travaux extérieurs. Que fait la mère à son petit enfant? elle l'allaite et le porte. Si elle voulait d'abord le faire marcher, il tomberait. Quand le lait l'a fortifié, vous voyez que de lui-même il cherche à former ses premiers pas. Il faut donc attendre et porter l'enfant, pendant qu'il est encore à la mamelle. Quand Dieu commencera à se faire sentir assez pour demander un dernier adieu au monde, ce sera le moment où il faudra aider l'âme pour cette douloureuse décision. Mille sincères compliments à la femme forte'. Je vous suis dévoué sans réserve.

764. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Anvain, 19 octobre 1701.

Je profite de l'occasion de M. le D. de Charost', mon cher Panta, pour vous donner de mes nouvelles. Je fais mes visites sous les tristes Hyades ou sous l'aqueux Orion'. Je tiendrai bon le plus tard que je pourrai. Mais à la fin il faudra regagner nos pénates. M. le Prieur 3 rétrécit son haut de chausses' à Tournay. J'y retourne prêcher dimanche. Vous pouvez compter que si je n'arrive pas à Cambray pour la Toussaints, au moins j'y arriverai deux jours après. M. le D. de Charost, à qui je donne vingt louis, vous les donnera à Paris. Ainsi vous aurez quelque petit secours. Mais je ne veux pas vous en envoyer trop de peur que vous ne demeuriez trop longtemps loin de nous. Je compte que vous ne reviendrez point sans le vénérable M. Ludon5. Vous seriez mal reçu sans lui. Mille amitiés à votre soeur. N'oubliez pas je

22 octobre 1701 TEXTE 185

vous prie les livres de M. du Bellay6. Je voudrais bien aussi les oeuvres de sainte Cath[erine] de Sienne. Mille fois tout à mon cher et unique Pantaléon.

765. AU MÊME

A Tournay 22 octobre 1701.

Je suis charmé, mon bon Panta, de votre pensée pour M. Chalmette'. Elle m'avait passé quelquefois par la tête. Mais je ne m'y étais pas arrêté, ne connaissant point le sujet, et supposant qu'il n'avait pas assez de fond pour soutenir l'emploi'. Cette place demande de la tête, et au moins un savoir médiocre de théologie. Je ne doute plus de la tête, puisque vous me le donnez sage, ferme, clairvoyant, expérimenté, et gouvernant avec une autorité douce, une populace assez difficile. Mais il faut un peu de savoir pour observer ceux qui enseigneront, pour douter dans les cas douteux, pour décider sagement, et sans se commettre en certaines occasions délicates, pour se donner quelque poids et quelque réputation, dans un lieu, où l'on cherchera à le critiquer, et à l'avilir; enfin pour faire certains entretiens où il faut parler juste et précisément, pour inspirer la saine doctrine. Il faut même qu'il ait un peu le talent de la parole, et quelque habitude d'instruire d'une manière familière et affectueuse.

Vous me parlez de lui donner un canonicat de Notre]-Dame. A cela je réponds: 1° je n'en ai point; 2° si j'en avais, je voudrais avant que de le lui donner, essayer si nous nous conviendrions l'un à l'autre. Mon inclination et ma prévention pour lui sont très grandes. Mais c'est beaucoup hasarder, que de se marier d'abord ensemble. Serait-il impossible qu'il nous vînt voir? Ne pourriez-vous lui proposer aucun essai'? Tâtez-le, ou parlez-lui ouvertement. J'aime toujours mieux l'ouverture entière, quand les gens en sont capables.

Reviendrez-vous sans avoir vu M. Brenier? Il mérite de l'amitié*. Si vous pouvez voir le père... qui est parent de mademoiselle Maunourry6, sans lui attirer aucun démérite, j'en serai fort aise. Mais ne hasardez rien à ses dépens. Je voudrais fort qu'il pût me procurer un exemplaire d'un écrit du R Le Tellier sur le péché philosophique', qu'il m'a mandé être fort bon. Comment va leur procès de la Chine à Rome'? Je vous ai mandé par M. le D. de Ch[arost], que je serai à Cambray au plus tard deux jours après la Toussaints. Comptez là-dessus. Si vous ne pouviez vous y rendre si tôt, mandez-le moi sans façon au plus tôt. Je retarderais peut-être' de mon côté mon retour, et allongerais peut-être un peu mes visites, si la saison me le permettait. Mais je n'espère guère de beaux jours, ni des chemins praticables. Mille amitiés sincères et tendres à votre soeur. J'embrasse M. Ludon jusqu'à l'étouffer. O qu'il me tarde de me revoir entre vous deux dans notre promenade! D[ieu] soit, mon cher enfant, lui seul toutes choses en vous.

186 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 octobre 1701

765 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[23 octobre 1701].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Aliquandiu distuli jucundissimœ epistolœ Dominationis vestrœ illustrissime respondere, ex materiœ quidem inopia, nullatenus autem ex diminutione affectus, quem dignissimœ persone vestrœ mihi tot titulis dilectissimœ jamdiu integrum ac inviolabilem devovi. Interea mecum ipse mente frequenter revolvi immensum solatium, quo Dominationem vestram illustrissimam merito perfundendam novi ex Brevi amantissimo et gravissimo SS. D. N. Pape ad vos directo, quod tamen mihi tenui admirationi fuit, ut pote qui pro comperto habeo altissimam existimationem, quam de vestris eximiis meritis condigne fovet Beatissimus Pater, et ob id vobis ex intimo cordis gratulor

Abbas ille mihi clam indicatus a Dominatione vestra illustrissima notissimus in hac aula erat2, ejusque factionis apertum studium cunctis exploratum, atque adeo nihil inde timeri poterat. Summus Pontifex sagacissimœ mentis et emunctissime naris princeps ab hujusce tincturœ hominibus falli omnino nescius talem de ipso ad amussim efformaverat ideam, qualem graphice delineatam ejusdem imaginem in limatissimis vestris litteris perspexi. Ea enim externa benevolentie signa ipsi exhibita alio prorsus tendebant, nec illius amicis proficua, nec illi exosis noxia.

Mitto Dominationi vestrœ illustrissime exemplar Homiliœ die festo Principum Apostolorum inter missarum solemnia in basilica Vaticana a SS. D. N. pontificalibus insignibus decorato cum summa gravitate et majestate habite 3, adstante sacro collegio cardinalium, et coetu complurium antistitum sacris vestibus indutorum, et coram christianorum principum ministris, et immensa populi omnis generis multitudine. Dum autem jussiones vestras anxius prœstolor ex animo glorior subscribi, Illustrissime et Reverendissime Domine, Illustrissime Dominationis vestrœ addictissimus servus.

Rome die 23 octobris 1701.

A Tournay 26 octobre 1701.

Pardon, mon Révérend Père, de n'avoir pas répondu à votre question'. Il n'y a eu dans mon silence rien qui doive vous faire aucune peine, ni qui vienne d'aucune réserve. Voici simplement ce que je pense là-dessus.

Notre [corps2] n'a besoin que d'être nourri. Il lui suffit que l'âme qui le gouverne, soit sensiblement avertie de ses besoins, et que le plaisir facilite l'exécution d'une chose si nécessaire. Pour l'âme, elle a un autre besoin. Si elle était simple, elle pourrait recevoir toujours une force sensible, et en bien user. Mais depuis qu'elle est malade de l'amour d'elle-même, elle a besoin

26 octobre 1701 TEXTE 187

que D[ieu] lui cache sa force, son accroissement, et ses bons désirs. Si elle les voit, du moins ce n'est qu'à demi, et d'une manière si confuse qu'elle ne peut s'en assurer. Encore ne laisse-t-elle pas de regarder ces dons avec une vaine complaisance, malgré une incertitude si humiliante. Que ne ferait-elle point, si elle voyait clairement la grâce qui l'inspire, et sa fidèle correspondance? D[ieu] fait donc deux choses pour l'âme au lieu qu'il n'en fait qu'une pour le corps. Il donne au corps' la nourriture avec la faim et le plaisir de manger. Tout cela est sensible. Pour l'âme, il donne la faim qui est le désir, et la nourriture. Mais en accordant ses dons il les cache, de peur que l'âme ne s'y complaise vainement : ainsi, dans les temps d'épreuve où il veut nous purifier, il nous soustrait les goûts, les ferveurs sensibles, les désirs ardents et aperçus. Comme l'âme tournait en poison par orgueil toute force sensible, D[ieu] la réduit à ne sentir que dégoût, langueur, faiblesse, tentation. Ce n'est pas qu'elle ne reçoive toujours les secours réels. Elle est avertie, excitée, soutenue pour persévérer dans la vertu. Mais il lui est utile de n'en avoir point le goût sensible, qui est très différent du fond de la chose. L'oraison est très différente du plaisir sensible qui accompagne souvent l'oraison. Le médecin fait quelquefois manger un malade sans appétit. Il n'a aucun plaisir à manger, et ne laisse pas de digérer et de se nourrir. Sainte Thérèse remarquait que beaucoup d'âmes quittaient par découragement l'oraison dès que le goût sensible cessait, et que c'était quitter l'oraison, quand elle commence à se perfectionner. La vraie oraison n'est ni dans le sens, ni dans l'imagination. Elle est dans l'esprit et dans la volonté'. On peut se tromper beaucoup en parlant de plaisir et de délectation. Il y a un plaisir indélibéré et sensible qui prévient la volonté, et qui est indélibéré. Celui-là peut être séparé d'une très véritable oraison. Il y a le plaisir délibéré qui n'est autre chose que la volonté délibérée même. Cette délectation qui est notre vouloir délibéré est celle que le Psalmiste commande, et à laquelle il promet une récompense: Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis tui5. Cette délectation est inséparable de l'oraison en tout état, parce qu'elle est l'oraison même. Mais cette délectation qui n'est qu'un simple vouloir n'est pas toujours accompagnée de l'autre délectation prévenante et indélibérée qui est sensible. La première peut être très réelle et ne donner aucun goût consolant. C'est ainsi que les âmes les plus rigoureusement éprouvées peuvent conserver la délectation de pure volonté, c'est-à-dire le vouloir ou l'amour tout nu, dans une oraison très sèche, sans conserver le goût et le plaisir de faire oraison. Autrement il faudrait dire qu'on ne se perfectionne dans les voies de D[ieu] qu'autant qu'on sent augmenter le plaisir des vertus, et que toutes les âmes privées du plaisir sensible par les épreuves, ont perdu l'amour de D[ieu] et sont dans l'illusion. Ce serait renverser toute la conduite des âmes, et réduire toute la piété au plaisir de l'imagination. C'est ce qui nous mènerait au fanatisme' le plus dangereux. Chacun se jugerait soi-même pour son degré de perfection par son degré de goût et de plaisir. C'est ce que font souvent bien des âmes sans y prendre garde. Elles ne cherchent que le goût et le plaisir dans l'oraison. Elles sont toutes dans le sentiment. Elles ne prennent pour réel que ce qu'elles goûtent et imaginent. Elles deviennent en quelque manière enthousiastes. Sont-elles en ferveur? elles entreprennent et décident tout. Rien ne les arrête, nulle autorité ne les modère. La ferveur sensible tarit-elle? aussitôt ces âmes se découragent, se relâchent, se dissipent et reculent. C'est toujours

J. M. CARD. GABRIELLIUS.

766. A DOM FRANÇOIS LAMY

188 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 octobre 1701 TEXTE 189

30 octobre 1701

à recommencer. Elles tournent comme une girouette à tout vent. Elles ne suivent J[ésus]-C[hrist] que pour les pains miraculeusement multipliés'. Elles veulent des cailles au désert'. Elles cherchent toujours comme S. Pierre à dresser des tentes sur le Tabor, et à dire: O que nous sommes bien ici9! Heureuse l'âme qui est également fidèle dans l'abondance sensible, et dans la privation la plus rigoureuse! Sicut mons Sion non commovebitur'. Elle mange le pain quotidien de pure foi et ne cherche ni à sentir le goût que D[ieu] lui ôte, ni à voir ce que D[ieu] lui cache. Elle se contente de croire ce que l'Eglise lui enseigne, d'aimer D[ieu] d'une volonté toute nue, et de faire quoi qu'il lui en coûte, tout ce que l'Évangile commande et conseille. Si le goût vient, elle le reçoit comme le soutien de sa faiblesse. S'il échappe, elle en porte en paix la privation, et aime toujours. C'est l'attachement au sensible qui fait tantôt le découragement, tantôt l'illusion. Au contraire, c'est cette fidélité dans la privation du sensible qui préserve de l'illusion. Quand on perd, sans se procurer cette perte par infidélité, le goût sensible, on ne perd que ce que perd un enfant que ses parents sèvrent. Le pain sec et dur est moins doux, mais plus nourrissant que le lait. La correction d'un précepteur fait plus de bien que les caresses d'une nourrice.

Cessons de raisonner en philosophes sur la cause, et arrêtons-nous simplement à l'effet. Comptons que nous ne devons jamais tant faire oraison, que quand le plaisir de faire oraison nous échappe. C'est le temps de l'épreuve et de la tentation, et par conséquent celui du recours à D[ieu] et de l'oraison la plus intime. D'un autre côté, il faut recevoir simplement les ferveurs sensibles d'oraison, puisqu'elles sont données pour nourrir, pour consoler, pour fortifier l'âme. Mais ne comptons point sur ces douceurs où l'imagination se mêle souvent et nous flatte. Suivons J[ésus]-C[hrist] à la croix comme S. Jean. C'est ce qui ne nous trompera point. S. Pierre fut dans une espèce d'illusion sur le Tabor. Il est aisé de se dire à soi-même: J'aime D[ieu] de tout mon coeur, quand on ne sent que du plaisir dans cet amour. Mais l'amour réel est celui qui aime en souffrant: Noli credere affectui tuo qui nunc est".

Je suis fort aise, mon Révérend Père, d'apprendre que vous êtes content et édifié de la personne que vous avez vue'. J'espère que l'abbé de B[eau-

mont] m'apportera de vos nouvelles " . Quand D[ieu] suspend vos études il vous réduit à faire quelque chose de bien meilleur que d'étudier. Priez pour moi, comme je prie pour vous. Mille fois tout à vous sans réserve. Ne montrez, je vous prie, ceci à personne"; il ne me convient point qu'on voie rien

767. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Tournay 26 octobre 1701.

Je vous envoie, mon cher neveu, une lettre pour ma soeur de la Filolie que je vous prie de faire partir par la route que je ne sais point. Je compte toujours de m'en retourner à Cambray quelques jours après la Toussaints. Je prêcherai ici le jour de cette fête, et je ne pourrai éviter d'y séjourner encore deux jours au-delà tant pour la confirmation, et pour les visites des couvents de religieuses, que pour certaines civilités à rendre. Mille et mille fois tout à mon Panta, à sa soeur, à M. de Ch., à M. Ludon2 que j'espère d'embrasser, et à nos bons amis en petit nombre.

F. A. D. C.

768. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Tournay dimanche 30 octobre 1701.

Je n'ai eu, Madame, aucun moment à moi, et je suis encore aujourd'hui surchargé de travail. Pardonnez mon silence. Je l'ai gardé avec beaucoup de peine. Voilà mes visites finies. Je serai encore ici trois ou quatre jours, pour les communautés de la ville, et pour les civilités à rendre. Ainsi j'arriverai à Cambrai] avant la fin de la semaine. Mais je ne vous y trouverai pas. C'est de quoi je suis bien fâché. Je ressens encore plus la cause de votre absence', que votre absence même, car je suis plus sensible à ce qui vous afflige, qu'à ce qui me prive d'une grande consolation. Je vous offre tout ce qui dépend de moi. C'est le plus grand plaisir que vous me puissiez faire, et si vous êtes simple, vous en userez simplement.

J'aime beaucoup en notre Seigneur votre bonne et chère fille. Cultivez-la pour lui. Je plains votre pauvre amie', et je souhaite qu'elle puisse vous aller voir à...3 Je ne négligerai rien pour sa consolation. Mais je ne puis presque rien tout seul. Dieu supplée, et on ne manque de quelque chose, que quand on manque de foi. Ma santé s'est soutenue comme le beau temps. Je crains pour la vôtre les politesses et les complaisances. Mettez-vous en liberté pour le dedans et pour le dehors.

769. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Vous pouvez compter, mon cher neveu, que je serai à Cambray vendredi 4e de novembre. Je souhaite de tout mon coeur que je puisse vous y embrasser ce jour-là ou bientôt après. Je ne voudrais pourtant pas vous gêner par rapport à votre soeur, qui peut encore avoir besoin de vous, ni par rapport à notre cher petit bon homme', qu'il vaudrait mieux attendre pour ne revenir point sans lui. La personne pour laquelle il a cherché avec succès, lui est très obligée et en témoigne une grande reconnaissance. Elle accepte tout et fera ce qu'on n'a point promis, pourvu qu'elle ait sujet d'être contente. Elle prie instamment que l'on se hâte de venir, parce qu'en attendant la fonction est abandonnée. Je vous conjure de hâter tant que vous pourrez le départ de l'homme. Si vous pouvez nous apporter les factums de Mrs de Guimené et de Rohan, je serai bien aise de les voir'. Mille amitiés à votre soeur. Tout à vous sans réserve.

F. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

de moi. F. A. D. C.

A Tournay 31 octobre 1701.

[6 novembre 17011

771. A LA COMTESSE DE MONTBERON (?)

[Vers le 6 novembre 1701?].

TEXTE 191

190 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

770. AU MÊME

4 novembre 1701

A C[ambrai] 4 novembre 1701.

J'arrive ici, et je me hâte, mon cher N[eveu], de vous le dire. Ma pensée est que vous proposiez comme de vous-même, à l'homme dont il s'agit', ce que vous croyez bon, avec l'espérance de ce qu'on désire faire pour lui dans les occasions, quand son travail aura commencé à mériter, et que le pays sera déjà préparé. Jusque-là il pourra vivre sans établissement assuré, comme il vit et travaille sans établissement fixe dans la place où il est actuellement. Mais je ne voudrais qu'une simple proposition, sans nous engager. Vous verriez quelle serait sa réponse, et elle nous servirait à mieux juger du parti à prendre. Quand vous auriez une fois su sa disposition, nous serions en état de conclure en deux jours. Mais je ne voudrais rien arrêter, sans vous avoir vu à loisir, et sans avoir examiné avec vous la réponse qu'il vous aura faite. Ce qu'il me paraît que vous devez bien approfondir avec lui, c'est s'il pourrait se résoudre à mener une vie solitaire, uniforme, et continuellement sédentaire, après en avoir mené une si active au dehors et si variée'. Aura-t-il la santé, le goût, la patience nécessaire pour cette vie égale et régulière, comme le mouvement d'une pendule? D'ordinaire les naturels propres aux emplois laborieux, qui regardent le peuple, ne sont point propres à ce travail secret et tranquille. C'est tomber dans un ennui et dans une langueur très difficile à soutenir. Il est vrai que cette personne connaît par expérience ces deux sortes de vies, et qu'elle peut vous dire, sans aucune nouvelle épreuve, si elle peut s'accommoder à la longueur d'un travail toujours insensible, et comme enterré. Voilà, si je ne me trompe, le point le plus essentiel. Il faut aussi le préparer aux manières épineuses du pays'. Quand vous aurez fait votre éclaircissement avec lui, nous n'aurons plus qu'à en parler dans une conversation, après quoi vous pourrez conclure avec lui sur les vues que vous lui aurez proposées, et sur les réponses qu'il vous aura faites', en sorte que le tout se fera aussi bien de loin par lettre, qu'en présence de vive voix. M. Ludon, qui me paraît homme de bon sens, pourra vous aider de ses conseils en cette occasion'. Ce que j'ai vu de lui là-dessus me paraît' fort à propos. Ne laissez pas de voir l'homme, dont on vous dit tant de bien, et qui est si attaché à son emploi. Il peut vous indiquer des sujets, en cas que celui dont il s'agit ne pût accepter. Faites vos affaires pendant que vous y êtes. Vous laissez ici un grand vide, dont j'ai presque autant d'horreur que la nature en a des siens, selon la philosophie vulgaire'. Mais j'aime mieux me priver d'un plaisir, et ne rien ôter à votre famille à laquelle vous devez un secours. Je m'y intéresse de tout mon coeur. Peut-être pourrez-vous nous mener notre ami'? Pour l'homme mort dans le temps de votre arrivée à Paris, vous pourriez savoir par le P. Br.' que son frère, qui est encore à Paris, vous ferait voir, s'il a laissé des papiers curieux, et si quelque ami a recueilli cette succession. Souvenez-vous du portrait que vous m'avez fait espérer. Mille amitiés à votre soeur, et autant de compliments sincères à M. de Chevry. Je suis ravi de ce que la B. P. D." est bien aise de vous voir. Je suis en peine de sa tristesse et de sa langueur. Cherchez ce qui pourrait lui donner quelque soulagement.

Cette tristesse, qui vous fait languir, m'alarme et me serre le coeeur. Je la crains plus pour vous que toutes les douleurs sensibles. Je sais par expérience ce que c'est d'avoir le coeur flétri et dégoûté de tout ce qui pourrait lui donner du soulagement. Je suis encore à certaines heures dans cette disposition d'amertume générale, et je sens bien que si elle était sans intervalle, je ne pourrais y résister longtemps'.

Je viens de faire une mission à Tournay: tout cela s'est assez bien passé, et l'amour-propre même y pourrait avoir quelque petite douceur; mais dans le fond le bien que nous faisons est peu de chose. Si on n'était soutenu par l'esprit de foi, pour travailler sans voir le fruit de son travail, on se découragerait ; car on ne gagne presque rien, ni sur les hommes pour les persuader, ni sur soi-même pour se corriger. O qu'il y a loin depuis le mépris et la lassitude de soi-même jusqu'à la véritable correction ! Je suis à moi-même tout un grand diocèse, plus accablant que celui du dehors et que je ne saurais réformer. Mais il faut se supporter sans se flatter, comme on doit le faire pour le prochain.

772. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A C[ambrai] 6 novembre 1701.

Voici un ami de M. Quinot, par lequel je vous donne de mes nouvelles. La lettre sera commune entre le grand Panta et le petit M. Ludon, que j'embrasse en esprit avec tendresse, en attendant de les embrasser réellement tous deux'. Notre mission de Tournay s'est assez bien passée, et la ville m'a paru assez contente de moi. Le contraste y fait un peu, et je crains bien que le suffragant' à son retour sentira aussi que le contraste lui fait tort. Je vois, je parle, je fais des civilités. Tout cela lui manque, et la contradiction est au comble. Je vous ai mandé ma pensée sur M. Chalmette'. Si vous lui parlez de votre chef, comme je vous le propose, mandez-moi quelle aura été sa réponse. Comptez que je n'ai que trop d'envie de l'attirer. Mais point de canonicat, en arrivant, je vous prie. Si vous avez des nouvelles de mes soeurs', je vous prie de m'en faire part. N'oubliez pas ce que je vous ai mandé pour le P. de La Ch[aise] par rapport à la religieuse'. Il faut lui représenter qu'elle ne sait où poser le pied. Je souhaite fort qu'on donne un vrai pasteur à ce pauvre diocèse6.

Réglez, je vous prie, avec notre bon nouvelliste ce qu'il faudra pour les frais de ses gazettes qui ne tarissent point. Il faut que ce soit un vrai bon homme'. Je sais que M. d'Audigier est de ses amis. Voyez si vous n'avez rien à lui dire sur le caractère de cet hommes, que je crois fort passionné contre la comp[agnie] des Jésuites.

La D[uchesse] d'Ar[enberg] presse pour avoir bientôt M. l'abbé de Saint-Remy'. Quand pourra-t-il partir? tiendra-t-il à quelque chose? Il ne serait pas honnête qu'il commençât par demander de l'argent. La D. doit lui en

192 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 novembre 1701 12 novembre 1701 TEXTE 193

offrir pour son voyage après son arrivée. Mais il ne doit pas, ce me semble, en prétendre avant que d'être là. Elle m'a mandé que s'il faisait bien, elle lui donnerait cinq cents écus d'appointements. Elle compte, et moi aussi, qu'il demeurera quinze jours à Cambray, en passant. Mais je voudrais bien que ce séjour fût quand vous serez tous deux ici.

Mambrun, qui a été bien malade, se porte mieux. Mais il est languissant, et ne peut se remettre. Ne nous amènerez-vous point Godin? N'oubliez pas les vues pour un cuisinier, si Mambrun me quitte, ni les consultations de dépense'''.

Je paierais chèrement le traité du P. Le Tellier sur le péché philosophique", que le P. San... estime fort. C'est une matière, qui a une liaison essentielle avec toutes celles de la grâce. S'il y a à Paris quelque chose qui mérite d'être vu, ne craignez point de me demander un peu d'argent. Je vous attends tous deux12en paix, et je serai prêt à ne vous point voir, si vous étiez nécessaires à notre bonne P. D. '3 Mais D[ieu] sait la joie que j'aurai de me voir entre vous deux. Mille amitiés à mademoiselle de Langeron et à ma nièce de Chevry. Je souhaite fort que la dernière nous vienne voir à son loisir. Pour l'autre je ne puis que la porter dans mon coeur devant D[ieu]. J'y porte avec une infinie tendresse mes deux abbés comme mes chers enfants.

770. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Nic-AUG. DE HARLAY-BONNEUIL

A Cambray, 12 novembre 1701.

Je suis, Monsieur, sensiblement touché de la perte que vous venez de faire'. Elle est grande pour le public, et je sais combien il est rare de trouver dans une place si importante tant d'estimables qualités. D'ailleurs je connais la tendresse et la sensibilité de votre coeur, et je comprends tout ce que vous souffrez dans une si triste occasion. Pour moi, je ne saurais jamais, ce me semble, sentir trop vivement tout ce qui vous touche. Plus j'ai éprouvé votre amitié pour moi', plus j'apprends par votre exemple à quel point on doit s'intéresser pour ses véritables amis. Que ne puis-je, Monsieur, être auprès de vous, pour prendre part à votre douleur, et pour tâcher de l'adoucir! Vous savez d'où peut venir la véritable consolation dans la perte des personnes qui nous sont chères. La religion ne peut nous mieux consoler, qu'en nous apprenant qu'elles ne sont pas perdues pour nous et qu'il y a une patrie, dont nous approchons tous les jours, qui nous réunira tous. Ne nous affligeons donc pas comme ceux qui n'ont point d'espérance'. Je suis privé du plaisir de vous voir, mais je compte sur l'écoulement de la vie, et j'espère que nous nous retrouverons bientôt pour toujours en Dieu. Ceux qui meurent ne sont de même à notre égard qu'absents pour peu d'années, et peut-être de mois. Leur perte apparente doit servir à nous dégoûter du lieu où tout se perd, et à nous faire aimer celui où tout se retrouve. La sincère religion, dont je sais que vous êtes rempli, me fait espérer, Monsieur, qu'un coup si rude vous sera salutaire. Dieu ne frappe que par amour, et il n'ôte que pour donner. Je le prie de vous consoler, de conserver votre santé, pour laquelle je crains dans cette épreuve, et de tourner entièrement votre coeur vers lui. Heureux qui vit de foi', qui ne compte que sur Dieu, qui est en ce monde comme n'y étant plusl Personne ne peut vous honorer du fond du coeur, plus que je le ferai toute ma vie. C'est un sentiment qui me fait plaisir, et je ne puis penser à vous sans attendrissement. Après ces termes, je dois, ce me semble, laisser tous les autres, qui sentiraient la cérémonie. Je vous les dois. Mais je suis sûr, Monsieur, que vous m'en dispensez, et que vous vous contentez d'un coeur dévoué sans réserve.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

F. A. D. C.

773. A MICHEL CHAMILLART

[Sur l'abbaye Saint-André du Cateau-Cambrésis'.]

8 novembre 1701.

775.

A C[ambrai], 9 novembre 1701.

J'ai fait, Madame, une faute ridicule, en oubliant de faire ce que j'avais promis à Mad. la C. D.1 Il s'agissait d'avoir l'honneur de vous écrire. Jugez si cette omission peut venir d'ailleurs que d'un pur défaut de mémoire. Raccommodez-moi, s'il vous plaît, avec la personne à qui j'ai manqué'. Vous n'aurez pas grande peine, car elle me paie de mes fautes par des présents. Si ces lapins sont bons, je courrai risque d'être souvent de mauvaise mémoire. J'aurais à vous demander des nouvelles de M. le C[omte] de M[ontberon3], et des affaires d'Auvergne'. Je voudrais aussi vous dire combien les causes de votre absence m'affligent, et combien vous devez user librement de tout ce qui est à moi. Mais je n'ai que le temps de fermer cette lettre. 776. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

12 novembre 1701.

Je vous envoie une lettre pour notre ami affligé'. Dites-lui pour moi tout ce que les lettres ne peuvent dire. Je n'ai pas eu le temps de mettre le dessus. Suppléez, je vous prie.

Vous savez les honnêtetés de M.' [et] de Mad.' Voysin pour solliciter en faveur du bon abbé de Ch.' Ne pourriez-vous point les voir pour les remercier?

Mambrun est si mal que je ne crois pas qu'il soit en vie dans trois jours. Supposé même qu'il ne mourût point de ce mal, il ne pourrait de très long-

194 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 novembre 1701

temps se remettre au travail de la cuisine. Je vous conjure de faire chercher un cuisinier habile et réglé. Si Godin est libre, M. l'abbé de L[angeron] ne peut-il pas nous le prêter en attendant? Il ne faut point donner l'alarme à la femme de Mambrun 5. Nous écrirons demain. Mille fois tout à vous.

Comme ma lettre à l'ami affligé est cordiale, je vous prie de faire en sorte qu'il la brûle après l'avoir lue, et qu'elle ne paraisse point6.

777.

A C[ambrai], 19 novembre 1701.

Vous trouverez, mon cher neveu, que je ménage mal mes intérêts. Mais je crois devoir penser à ceux d'autrui plus qu'aux miens. Mambrun est beaucoup moins mal. Je sais à n'en pouvoir douter, que sa peine serait extrême, s'il arrivait ici un homme qui ressemblât à un successeur. Ce coup serait capable de le faire retomber dans l'extrémité, d'où il n'est encore sorti qu'à demi. Je vois bien qu'un cuisinier habile fidèle et réglé est un trésor, qu'on ne retrouve point. Je compte que je ne suis que le pis aller de Mambrun, et qu'il me quittera dès que sa belle-mère lui cédera sa boutique, ce qu'elle promet de faire l'été prochain '. Mais enfin quelle apparence d'accabler un homme qui revient à peine des portes de la mort ! Je crois qu'il consentirait sans peine à voir venir un aide. Mais l'homme que vous proposez doit être fort au-dessus de cette fonction. S'il était d'humeur de s'accommoder de ce nom, je le traiterais d'ailleurs aussi bien que vos amis le jugeraient convenable. Dans le fond je doute que la santé de Mambrun le laisse longtemps à mon service. D'ailleurs il a des promesses bien positives de sa belle-mère. Voyez bonnement ce que vous pouvez faire et abandonnez le reste à la Providence. Il me tarde bien de vous embrasser, mais non pas seul. Mes amitiés à votre soeur, et mes compliments à M. de Chevry. Tout à vous.

777 A. DOM ALEXANDRE DUVAL' A FÉNELON 20 novembre 1701

de Reims ne possède présentement aucun bien ni aucun domaine dans le Hainaut espagnol et ne peut être sujette à la taxe du clergé du Hainaut 2. Il est vrai qu'autrefois, nous avions un domaine à Cimai, mais il y a plus de vingt ans que nous en avons fait un échange avec les messieurs de l'abbaye de Bonne-Espérance, et il ne reste plus rien dans le Hainaut espagnol à l'abbaye de St-Nicaise. Il est bien vrai que nous avions un domaine de trois cents livres de rentes au villages de Pantelles, aux portes de Philipeville, mais Votre Grandeur sait que ce canton ayant été cédé à la France il y a déjà du temps, nous ne pouvons être intéressés en l'affaire dont elle me fait l'honneur de m'écrire. Ainsi je la supplie de me pardonner si je ne me rends pas à Cambray à ses ordres où mon inclination me porterait pour voir et entendre un prélat dont les grandes lumières jointes à une insigne piété font un très grand honneur et donnent une très grande gloire à toute l'Eglise.

Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur,

F. ALEXANDRE DUVAL,

prieur de St-Nicaise de Reims.

778. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[Peu avant le 20 novembre 1701].

... santé, dont la conservation est très importante. Quand vous l'aurez vu, et que vous entretiendrez M. votre fils, vous pourrez pénétrer de quoi il est question'. En attendant, il n'y a qu'à demeurer en paix. Dieu supplée à tout, ou en faisant au dehors ce que nous ne savons pas faire, ou en nous faisant mourir au dedans à toutes les choses, auxquelles il ne lui plaît pas de remédier au dehors.

Ayez bien soin de notre chère pendule'. C'est pour l'amour d'elle seule, que je vous pardonne d'être à Arras. La voie de pure et sèche foi est la plus crucifiante, mais c'est la plus sûre. Il n'y a qu'à ne s'y point décourager. Celle de l'amour sensible et jouissant est délicieuse, mais elle est moins sûre et moins parfaite. C'est à vous à la consoler, à la soutenir, et à lui fournir l'aliment.

Votre amie, qui était d'abord un peu vive sur le voyage de Paris, et sur la facilité de son mari', pour le lui laisser faire, s'est ralentie sans peine. J'en suis édifié. Tout tombe peu à peu. Il n'y a qu'à ne se presser pas, et à laisser faire Dieu.

Je serai dans un véritable embarras pour notre cuisine. Si vous pouviez trouver un fort bon aide, je le paierais et traiterais bien, en attendant ce que Mambrun deviendra.

TEXTE 195

Au MÊME

F. A. D. C.

A St-Nicaise de Reims, ce 19 novembre 1701.

Monseigneur,

Je me serais estimé le plus heureux des hommes si quelque domaine de notre abbaye dans le Hainaut espagnol m'avait donné entrée dans l'assemblée que Votre Grandeur me marque à Cambray le 25 de ce mois, où j'aurais eu l'honneur de recevoir sa bénédiction, de profiter de ses lumières et de travailler à la grande affaire des rentes du clergé'. Mais l'abbaye de St-Nicaise 779. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A C[ambrai], 20 novembre 1701.

Du Breuil' vous dira de nos nouvelles, mon très cher Panta. Mais j'espère qu'avant son retour, vous nous aurez rapporté vous-même des vôtres'. Il me tarde bien de vous embrasser, aussi bien que notre cher petit bonhomme', pour lequel ma tendresse croît chaque jour, quantum vere novo viridis se

196 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 novembre 1701

subjicit alnus'. O que j'aurai le coeur élargi, quand je me verrai entre vous deux.

N'oubliez, je vous conjure, ni La Mar.' ni le P. San. pour le péché p[hiloso]phique, ni même Clérembeau pour les tables généalogiques', ni le P. Lamie, encore moins d'autres articles plus importants de votre agenda. Pour un cuisinier, je vous ai mandé hier samedi notre état présent, et ma pensée. Il ne faut plus songer à Godin, puisqu'il est nécessaire ailleurs. Je l'eusse fort souhaité, soit pour chef et pour toujours au défaut de Mambrun, qui ne sera pas longtemps à moi, soit par emprunt passager en attendant que Mambrun et moi nous soyons dégagés l'un de l'autre. Mais encore une fois il n'y faut plus songer, puisque Godin doit être fixe à Paris9.

M. de S. Rémy, quand le verrons-nous? Je n'écris point à la bonne P. D.10 ni à notre petit abbé", n'ayant su le départ de Dubreuil que dans ce moment. Si vous laissez après vous en partant de Paris quelque chose à faire, chargez-l'en afin qu'il vous en rende compte en revenant ici dans une quinzaine de jours' . Faites que M. Ludon '3 se souvienne de faire retirer S. Clem. " et l'écrit qui [est] entre les mains du Gr. M.' Mille et mille amitiés à votre soeur '6 et à nos amis. Tout à vous.

F. A. D. C.

21 novembre 1701 TEXTE 197

Il n'y a rien que j'espère, ni que j'envisage avec complaisance. Mon état ne me pèse point, et je suis surmonté des moindres bagatelles. D'un autre côté les moindres bagatelles m'amusent, mais le coeur demeure sec et languissant. Dans le moment que j'écris ceci, il me paraît que je mens. Tout se brouille. Dans ces changements perpétuels, je ne sais quoi ne change point, ce me semble'.

Je ne sais', si l'on prend garde à Paris que sept mille livres de rente en belles terres d'Auvergne, portables bon an mal an à Paris9, valent plus de deux cent trente mille francs, et même deux cent cinquante mille". Si peu qu'on y joignît de pierreries et de meubles avec l'espérance très solide de l'entière succession, cela ne vaudrait-il pas mieux que Mlle de..., avec cent mille écus sujets à des recherches "? Les terres d'Auvergne s'estiment communément au denier quarante, et ne se vendent guère moins. Vous n'avez pas tant besoin de revenu que d'autres pendant la vie de M. le C. de M[ontberon] qui a de gros appointements de charges 12. Ce serait un engagement pour garder souvent votre belle-fille auprès de vous ". La mère est hors d'apparence d'avoir des enfants. Il est naturel que cette famille s'affectionne à la vôtre. Si le père et la mère vivent ensemble encore un peu de temps, ils verront des enfants qui les attacheront. Le péril diminuera tous les jours, et l'espérance augmentera. Sans ce péril, ces gens-là trouveraient les plus grands partis 14.

780. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai], 20 novembre 1701.

Je ne crois point, Madame, que vous deviez vous gêner pour aller chercher les compagnies, mais seulement qu'il ne vous convient point de reculer quand les gens vous cherchent. Pour vos habits je ne vous demande aucune attention forcée. Contentez-vous de suivre la médiocrité et la bienséance, quand les avis d'autrui ou vos propres vues vous font penser.

Il me tarde bien de savoir l'état présent de notre mariage. Je le souhaite autant que je puis souhaiter ce que je ne sais point s'il est de la volonté de Dieu. Mais je vous avoue que je m'affectionne pour notre beau-père'. S'il compte qu'au défaut des deux cent mille francs de... 2, il trouvera vos biens et ceux de M. le C. de M[ontberon 3] pour la sûreté du douaire, etc., je souhaite fort qu'on prenne des mesures justes, afin qu'il ne coure pas risque de se mécompter. Pour M...4, il ne peut être que très bien reçu. Si l'affaire réussit, il sera triomphant, et vous savez combien on est d'humeur d'applaudir à ceux qui triomphent. Si au contraire tout va mal, je me croirai en obligation de le consoler. Quoi qu'il arrive il mérite de grandes louanges. L'affaire est excellente, possible, bien conduite. Le coeur de M... s attendrit le mien. Le malheur ajoute au mérite' un nouveau lustre.

Je n'ai rien à vous dire aujourd'hui de moi. Je ne sais qu'en dire ni qu'en penser. Il me semble que j'aime Dieu jusqu'à la folie quand je ne cherche point cet amour. Si je le cherche, je ne le trouve plus. Ce qui me paraît vrai en le pensant d'une première vue, devient un mensonge dans ma bouche, quand je le veux dire. Je ne vois rien qui soulage mon coeur, et si vous me demandiez ce qu'il souffre, je ne saurais vous l'expliquer. Je ne désire rien.

A LA MÊME

A C[ambrail, 21 novembre 1701.

Je ne puis m'empêcher, Madame, de vous envoyer les deux lettres que j'ai reçues, l'une de M. le comte de Monbron, et l'autre de Mad. d'Oisy. Vous verrez dans l'une et dans l'autre une candeur et une bonté touchante. Je suis ravi que le mariage ne soit point rompu par un mécompte de la part de Madame votre soeur'. Le procédé de M. votre fils vaut cent fois mieux que toutes les fortunes les plus éclatantes'. Je ne comprends rien à celui de M. de Colombines'. Sa femme et lui sont-ils de concert pour vouloir chacun se remarier, en cas de mort de l'autre?

Mandez-moi votre pensée sur ce voyage de Mad. d'Oisy à Paris. Je ne le goûte point. Il n'est pas nécessaire pour remercier. Elle n'a que trop son excuse. L'affaire même est trop incertaine et trop partagée, pour mériter tant de pas. S'il lui en revient quelque bonne somme, c'est ce qu'on ne pourra savoir de longtemps. Les frais du voyage seraient réels et grands; les profits petits et incertains°. Elle doit épargner les frais de son voyage à ses créanciers. Ce voyage pourrait réveiller les mauvais rapports, et les ombrages de M. d'Oisy. Je craindrais même que ce voyage ne facilitât la prétention d'entrer chez Madame'. Tout cela ne me plaît point. Mais il me semble qu'on peut lui conseiller d'attendre de voir clair dans le revenant bon6, et en attendant de ne parler plus d'aller remercier. Je laisserais le reste à la Providence, et j'attendrais que la grâce la disposât peu à peu à laisser tomber cette pensée. Ayez soin de notre excellente pendule'. C'est à vous à la monter. Le coeur est droit et réglé, mais sec. Il faut lui donner un peu d'onction au dedans.

781.

198 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

novembre 1701 TEXTE 199

[novembre 1701]

781 A.

DOM G. GERBERON A FÉNELON

[novembre 1701].

Monseigneur,

Un inconnu se donna l'honneur, il y a deux ou trois ans ', d'écrire à votre Grandeur, pour lui marquer d'une part avec quelle joie il voyait qu'elle soutenait le pur amour de Dieu avec une fermeté inébranlable; et de l'autre, avec quelle douleur il remarquait dans ses écrits des principes extrêmement opposés à ceux de saint Augustin, à qui les papes nous renvoient pour apprendre de lui quelle est la doctrine de l'Eglise Romaine touchant le mystère de la grâce'. Lorsque le foudre' du Vatican eut écrasé son premier ouvrage, sans avoir touché ceux où l'auteur s'était expliqué d'une manière très claire et très irréprochable': le même inconnu prit encore la liberté de suggérer à V.G. les moyens d'empêcher l'effet de ce foudre s, et qui l'auraient détourné immanquablement, dans un autre temps que celui où la France oubliait toutes ses libertés et ses privilèges, lorsqu'il s'agissait ou des Jansénistes ou de M. de Cambrai, contre qui tout était reçu. Un théologien à qui il est parfaitement uni de sentiments, et avec qui il a une étroite liaison', publia en même temps une Lettre adressée à M. de Meaux', dans laquelle il démontrait que V.G. n'a point tenu les erreurs ni les fausses maximes qu'on lui a imputées, et que ce n'est point au sens qu'elle a soutenu, qu'on a condamné son livre et les vingt-trois propositions que l'on prétend en avoir été tirées. Mais il a quelque crainte de n'avoir pas été heureux à distinguer votre véritable sens d'avec celui qui a été condamné; et la raison de sa crainte est qu'on lui a dit que V.G. ne témoignait pas approuver cette démonstration, puisqu'elle abandonnait cette Lettre et n'en faisait point chercher d'exemplaires'.

C'est le même inconnu, Monseigneur, qui après avoir reçu votre bénédiction dans une occasion imprévue' vient encore aujourd'hui se présenter à vous pour se plaindre de la liberté avec laquelle il voit que l'on continue de vous imposer les erreurs, les impiétés, et les extravagances qui ont été condamnées dans les vingt-trois propositions. Il vient de lire les six lettres des délibérations de la Sorbonne contre Confucius, et il y a trouvé que l'on y fait passer dans une ce qui a été condamné dans ces propositions, pour les erreurs de M. de Cambrai". Il a encore lu cette année un nouveau livre intitulé: Le Chrétien philosophe", qui est une satire contre le pur amour et contre ce prélat que l'on fait passer pour un fanatique, et un Quiétiste séduit et qui séduit les autres. Il a lu aussi les résultats des assemblées synodales des évêques de France au sujet de la censure de votre livre. Et il y remarque que l'on n'y loue la soumission avec laquelle V.G. a déclaré qu'elle la recevait, que comme une confession et une rétractation publique des erreurs qui sont condamnées dans les vingt-trois propositions, et comme un aveu solennel que vous les avez tenues et enseignées. Il est vrai qu'il trouve que vous avez déclaré très positivement dans votre assemblée, que votre conscience ne vous permettait pas de croire, ni par conséquent d'avouer, que vous ayez jamais tenu aucune erreur. Cette déclaration a donné à votre inconnu plus de joie qu'on ne le peut dire. Mais, Monseigneur, y a-t-on fait la moindre attention dans les assemblées suivantes? N'y a-t-on pas continué, malgré elle, de vous attribuer les erreurs à la condamnation desquelles vous aviez déclaré que vous vous soumettiez sincèrement et sans réserve? Ceux qui vous honorent, Mon- seigneur, et qui aiment la vérité, auraient souhaité que vous n'eussiez jamais déclaré votre soumission à la censure, sans protester qu'elle ne tombait point sur vos sentiments, comme vous les aviez expliqués au Saint Siège, qui n'y a rien trouvé qui méritât d'être condamné. Ils souhaitent encore aujourd'hui que vous fassiez retentir cette protestation partout où l'on a fait éclater cette censure'. C'est ce qu'ils croient que V.G. doit indispensablement à la vérité, à l'Eglise, et au rang qu'elle y tient. Vous pouvez être insensible à ce qui ne regarde que la réputation de votre personne particulière: mais il n'y a point de Pères ni de théologiens qui ne fassent à tous les chrétiens, et surtout aux prélats, dont la foi et la religion doivent affermir celles des fidèles, une obligation indispensable d'en rendre témoignage, et de ne souffrir jamais qu'on flétrisse leur réputation par un endroit qui leur doit être si sensible, et en quoi consiste la véritable gloire d'un disciple du Fils de Dieu. Il est sûr, Monseigneur, que si vous ne protestez hautement, vous et vos amis, que vous n'avez tenu ni enseigné aucune des erreurs ni des fausses maximes qui ont été condamnées dans les vingt-trois propositions, et que la censure qu'on en a faite, à laquelle vous vous soumettez, ne tombe nullement sur le sens auquel vous les avez avancées et soutenues, et que vous avez expliqué, mais sur le sens auquel les dénonciateurs les ont déférées et qu'ils leur ont donné '3, tous les fidèles croiront et tous les auteurs écriront que M. de Fénelon a été un fanatique et un chef des Quiétistes, dont l'Eglise a condamné les erreurs, qu'il a lui-même reconnues. Et V.G. peut le faire sans s'embarrasser en de nouvelles contestations, ne prétendant point donner d'autre preuve de la pureté de vos sentiments et de la sainteté des maximes que vous avez enseignées, que les écrits où vous vous en êtes expliqué au Saint Siège. C'est où V.G. se doit retrancher contre tout ce que ses adversaires pourraient dire ou écrire contre ses protestations' 4.

Le théologien qui a donné au public trois Lettres adressées à M. de Meaux" pour la défense du pur amour et des sentiments de V.G., a entre ses mains diverses pièces qui en sont une entière apologie. Et il les aurait déjà publiées; mais comme les libraires ne s'en veulent pas charger, parce que, disent-ils, ces disputes étant passées, ils craignent de n'en avoir pas le débit; et que d'ailleurs ce théologien n'a pas autant d'argent qu'il a de zèle; je 16 me suis engagé d'écrire à V.G. que, si quelqu'un voulait avoir la bonté de faire remettre à quelque marchand de Hollande ou à M. Frix '', que l'on dit qui a l'honneur d'être connu d'elle'', la somme de quatre cents florins pour celui qui lui ferait mettre entre les mains toutes ces pièces, on les ferait imprimer incessamment, sans que personne puisse jamais savoir que V.G. y ait eu aucune part et en ait eu aucune connaissance ". Néanmoins, afin qu'elle sache ce que l'on traite dans ces pièces, V.G. en trouvera ici les titres et la liste". V.G. doit être assurée que, dans tous ces écrits, on ne dit rien contre Rome, ni contre la censure; on soutient seulement qu'elle ne tombe point sur ses sentiments. Et si elle souhaite de voir tous ces écrits, on se fera un plaisir de les lui envoyer, et de lui en laisser la disposition.

Votre inconnu qui est persuadé que V.G. a conçu de l'amour pour saint Augustin, dans lequel on trouve la doctrine catholique de la grâce et la morale chrétienne, m'a chargé de faire tenir à V.O. deux petits écrits nouveaux où l'on montre évidemment que les vérités que ce saint docteur a défendues contre les Pélagiens sont des suites nécessaires des premiers princi-

200 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 décembre 1701

pes de la religion chrétienne, que personne ne conteste, et que nul fidèle ne saurait contester sans renoncer sa foi' ' ; et que loin que ces sentiments mènent au désespoir, ils fortifient la confiance que Dieu veut que nous ayons en sa miséricorde". Que V.G. ait la charité de la demander pour celui qui est, avec autant de respect que de sincérité, ce que lui doit être le moindre des prêtres et son plus attaché et fidèle serviteur.

Si V.G. a la bonté de me faire savoir sa disposition sur ce que j'ai pris la liberté de lui écrire, elle peut en faire adresser un billet à M. Frix à Brusselle pour le remettre à celui qui le lui fera demander.

782. A DOM G. GERBERON

3 décembre 1701.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire. Quoique je ne connaisse ni votre personne ni votre nom, je suis aussi sensible aux marques de votre amitié, que si je vous voyais tous les jours. Plus vous êtes inconnu à mon égard, plus je suis touché du désintéressement de votre zèle pour une personne avec qui vous n'avez nulle liaison humaine. Dieu sait combien je voudrais vous témoigner ma reconnaissance pour une action si louable. Venons au fond des choses.

Vous me proposez d'envoyer de l'argent pour l'impression d'un ouvrage fait pour justifier ma foi. Je suppose que cet ouvrage est tel que vous le dépeignez, qu'il traite solidement les véritables questions, qu'il ne justifie que mon sens, et qu'il ne défend ni directement ni indirectement celui de mon livre condamné. Vous pouvez croire que l'argent est ce qui me coûterait le moins, quand il s'agit d'une chose si importante. Mais autant j'ai eu d'application à écrire pour me défendre avant le jugement de Rome, autant suis-je attaché, depuis le jugement, à me taire, à souffrir en paix, et à abandonner ma réputation à la Providence.

Vous avez lu, sans doute, mes deux Lettres sur douze propositions' que beaucoup de docteurs de Paris avaient jugées dignes de censure. Je suppose que vous avez lu aussi le recueil de trente-deux Propositions que je tâchais de justifier par les autorités des saints'. Le véritable sens dans lequel j'ai eu intention d'écrire y est expliqué. Ces ouvrages, et mes autres écrits apologétiques, ont été vus à Rome, à Paris, et partout ailleurs. J'ai protesté devant Dieu, dans tous ces écrits, que je n'ai jamais rien cru au-delà de ce qu'ils contiennent, et que je n'ai voulu favoriser aucune des erreurs qu'on m'avait imputées. Depuis le jugement de Rome, j'ai répété la même déclaration solennelle dans le procès-verbal de notre assemblée provinciale, qui n'est pas moins public que les procès-verbaux des autres provinces, et que les actes mêmes de l'assemblée générale du clergé de France'. Que pourrais-je ajouter à tant d'éclaircissements, que des répétitions inutiles? Qu'y a-t-il d'équivoque dans cette conduite?

J'aimerais mieux mourir que de défendre directement ou indirectement un livre que j'ai condamné sans restriction et du fond du coeur par docilité pour le Saint Siège. Tout ce que j'écrirais sur mon sens personnel, en mettant à part le sens du texte, serait regardé comme une voie détournée pour rallu-

TEXTE 201

mer la guerre, et pour rentrer dans l'apologie de mon ouvrage. Il n'est ni juste ni édifiant qu'un auteur veuille perpétuellement occuper l'Eglise de ses contestations personnelles, et qu'il aime mieux continuer le trouble sans fin, que de porter humblement sa croix. Quand on n'écoute point un évêque sur ses propres intentions, qu'il a tant de fois expliquées par écrit, à quel propos parlerait-il encore? Il n'y a plus pour lui ni édification à donner, ni dignité à soutenir, que dans un profond silence. Je sais trop ce que l'Eglise souffre du scandale de telles disputes', pour vouloir les renouveler par une délicatesse de réputation. Dieu aura soin de l'honneur de son ministre', s'il daigne s'en servir pour le fruit du ministère dans ce diocèse. Il me semble même que les gens neutres et équitables sont édifiés de mon silence, et ne doutent point de ma bonne foi dans toute cette affaire. Nul écrit ne persuaderait ceux qui ne voudraient pas être persuadés.

Vous comprenez bien, Monsieur, qu'il y aurait une duplicité indigne d'un chrétien, à ne vouloir plus écrire moi-même, et à être en secret de concert avec un étranger qui écrirait pour moi. Ainsi j'espère que vous ne serez ni peiné, ni surpris de la résolution que j'ai prise de ne prendre aucune part ni directe ni indirecte à aucun ouvrage sur cette matière. Je n'ai pas moins de sensibilité' pour vos offres, que si je les acceptais.

Au reste, personne n'aime et ne révère plus que moi la doctrine de saint Augustin. Je puis, comme vous le croyez, l'avoir mal entendue. Si je voyais que je me fusse écarté de ses sentiments, je crois que je ne chercherais qu'à réparer ma faute; mais après avoir lu et relu, avec toute l'application dont je suis capable, les ouvrages de ce Père auxquels vous voulez me ramener, je ne me suis pas aperçu que je les aie contredits en rien. Je me borne à faire, pour le texte de saint Augustin, comme pour celui de l'Ecriture: c'est lui rendre le plus grand respect. Je ne veux point l'expliquer par mon propre sens: je l'explique, dans tous les endroits contestés, par les décisions formelles de l'Eglise'. Je suis, etc.

783. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai] 3 décembre 1701.

J'ai reçu avec joie, mon bon et très cher Duc, vos deux lettres. On ne peut être plus persuadé que je le suis du progrès de l'impiété et du pressant besoin de quelque remède pour arrêter les esprits. Mais rien n'est plus difficile que de donner au public un ouvrage proportionné aux différents caractères des hommes. Pendant que vous vous proportionnerez aux impies pour les ramener ', vous scandaliserez les dévots' ou blesserez les théologiens critiques. Un ouvrage si étendu, si difficile, si délicat, qui demande tant de preuves de divers genres mérite un long travail et d'exactes corrections. Ma situation convient à cette lenteur. Il ne me convient point d'imprimer et de me donner en spectacle. Le besoin pressant ne doit pas décider tout seul. Il faut attendre les ouvertures de Providence, qui sont les dernières marques de vocation'. Cependant je puis préparer peu à peu les choses et les faire d'autant mieux

3 décembre 1701

202 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [entre le 8 et le 15 décembre 1701]

que je les presserai moins. J'ai un engagement inévitable qui m'occupera cet hiver', outre diverses courses que je serai contraint de faire en divers endroits pour les besoins de mon diocèses, et qui interrompront mon travail. Je veux bien écrire, mais il ne me convient pas d'imprimer. Pour les matières de la grâce, je ne songe à rien donner au public, mais je crois que je ne puis trop approfondir l'examen de cette matière. Ce n'est pas ce qui m'occupe actuellement. Plus on examine la grâce, plus on est étonné de tout ce qu'on lit. Je serai ravi de vous entretenir. D[ieu] sait quelle consolation ce sera pour moi. Mais je ne veux point que vous fassiez aucun pas précipité. Vous savez que le lien qui nous unit nous arrête là-dessus. Comme on ne s'aime qu'en D[ieu] on ne veut se voir qu'autant qu'il arrange les choses pour se voir dans son ordre. Ne faites donc rien ni par générosité naturelle, ni par bienséance, ni par goût, ni par empressement d'amitié. Ne venez que quand D[ieu] vous mènera, et que les hommes ne vous arrêteront point'. Je demeure intimement uni à vous, mon très cher Duc, et je vous souhaite tout ce que D[ieu] donne quand on a le coeur pleinement ouvert pour recevoir sans mesure.

F. A. D. C.

Si le mariage dont il s'agit vous convient pour le bien et pour la personne, indépendamment de l'espérance du duché', j'en serai ravi. Vous avez un homme titré, qui a passé devant, pour vous aplanir le chemin'. Le prétendu beau-père a de fort bonnes choses9 que sa faveur ne doit pas empêcher de voir i°, mais prenez garde de bien près à la jeune personne qu'on vous donnera.

J'enverrai au plus tôt un écrit du temps passé que j'ai retouché et augmenté ". Il me paraît propre pour P. P. '2, en attendant autre chose. Les principales vérités de la philosophie mixte s'y trouvent avec celles de métaphysique qui regardent le pur esprit sans imagination' .

784. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[entre le 8 et le 15 décembre 1701]

Je me réjouis, Madame, de l'heureux accouchement de Madame la comtesse de Souastre', et j'en remercie Dieu de tout mon coeur. Mais je ne cesse point d'être en peine de votre santé. Vous avouez qu'il vous reste une petite fièvre. Elle ne peut être que dangereuse dans un état d'épuisement et de langueur. Vous ne dites rien des eaux de Spa, que M. Bourdon' vous conseillait. Je vous conjure de suivre ses conseils et de ne rien négliger pour le rétablissement de votre santé. Pour Madame la comtesse de Souastre, je lui souhaite après sa couche assez de santé et de calme pour pouvoir s'accoutumer un peu à suspendre les occupations extérieures, et à ne s'occuper que de Dieu dans des temps réglés. Elle sentira combien l'oraison nourrit le coeur, détache du monde, et prépare à faire en paix toutes les choses extérieures, qui sont dans l'ordre de la Providence. Vous la persuaderez mieux que personne, en lui racontant vos expériences.

Je souhaite fort pour Mad. d'Oisy, qu'elle puisse aller au plus tôt vous voir. C'est lui souhaiter consolation et profit. De plus j'espérerais qu'elle

TEXTE 203

prendrait soin de vous bien gouverner pendant que Mad. [votre fille] ne peut le faire. J'espère que nous verrons avant la fête' Monsieur le comte de Monbron. Je prie l'amour qui s'est incarné d'opérer son mystère en vous dans cette fête d'anéantissement, d'enfance, et de vie toute cachée.

785. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 9 décembre 1701.

J'ai reçu, Monsieur, une lettre de M. de Chamillart à peu près semblable à la vôtre. Ma réponse se réduit à lui représenter, que notre clergé du département de M. de Bagnols a offert dès le mois d'octobre 30.000 livres', et que lui M. de Chamillart, a eu la bonté de les accepter au nom du Roi, que le clergé après cet engagement n'a pas cru qu'il lui restât aucune démarche à faire, et que je lui promets qu'il n'entendra parler de nous, que pour savoir que nous payons bien.

Pour la manière de lever cette capitation', notre assemblée de Cambray m'a fait, Monsieur, les dernières instances, afin que nous ne nous livrassions jamais à aucun receveur laïque. Vous comprenez mieux que moi les dangereuses conséquences de cet engagement, et vous ne serez pas étonné que notre clergé alarmé cherche de grandes précautions à cet égard. Dans cet esprit notre assemblée a réglé les choses de manière qu'il ne paraît aucun receveur général en titre, mais que les divers corps conviennent entre eux de celui qui lèvera les taxes communes, et qui m'en rendra compte. Cet ordre ne me paraît pas mal établi de ce côté-ci, et je prends la liberté de vous proposer pour le vôtre à peu près la même règle, pour garder l'uniformité convenable.

Vous n'avez que trois abbés et les Dames de Maubeuge, qui soient des têtes considérables'. Ces quatre têtes paient bien*. Ils n'ont qu'à convenir entre eux de celui qui aura soin de donner la somme commune à l'homme que vous aurez chargé du recouvrement pour le Roi, et qui aura pouvoir de donner quittance. Vos deux doyens de Maubeuge et d'Avesnes5 lèveront facilement le reste, chacun dans son district, et paieront de même à l'homme que vous désignerez. Mais il serait fort à désirer, Monsieur, qu'on pût suivre le conseil que vous m'aviez fait la grâce de me donner pour éviter les non-valeurs. Ce serait de mettre le total des sommes un peu au-dessus de celle qu'on a promise au Roi. L'excédant servirait à donner une petite gratification aux deux doyens pour leur peine de la levée, pour les ports de lettres, pour les frais de poursuites, qu'on peut être contraint de faire, et pour des pertes qui peuvent arriver sur des particuliers qui meurent sans bien pour payer. Si vous voulez bien, Monsieur, régler sur chaque article une petite augmentation par proportion au tout, et me faire l'honneur de me l'envoyer, je signerai et arrêterai l'état avec vous. Alors on ne pourra plus varier, et l'ordre sera établi, afin que le Roi soit bien payé sans crainte de mécompte ni de retardement. En même temps notre clergé n'aura rien à craindre pour les conséquences, par rapport à des établissements de receveur.

Je compte de m'approcher de vous dans peu de jours. Mais il ne convient pas que j'aie l'honneur de vous voir dans cette occasion°. C'est de quoi je

9 décembre 1701

204 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 décembre 1701

suis véritablement fâché. Mais j'espère m'en dédommager dans la suite. Je ne saurais vous exprimer, Monsieur, avec quels sentiments je vous honore, ni avec quel zèle je suis, pour toute ma vie, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

786. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 15 décembre 1701.

Je vous envoie, Madame, la lettre que je viens de recevoir. Vous y verrez de très bons sentiments, et un triste état. Mais Dieu sait mettre tout à profit. Mad. d'Oisy' eût été ravie d'aller faire la cérémonie pour Mad. la maréchale de Boufflers', par rapport à vous et à Madame la comtesse de Souastre; mais vous savez combien elle est en tutelle'. Il y a des moments où sa patience paraît à bout; mais son naturel courageux et un sentiment de religion la soutiennent. On va encore bien loin, dit le proverbe, depuis qu'on est las. Pour moi je suis fort content des nouvelles que M. Bourdon me donne de votre santé. Il assure que votre mal est fini, et que vous êtes en très bon chemin. Dieu le veuille! mais je me défie un peu de vous. Ce n'est pas sans fondement. Vous avez, par scrupule et par délicatesse, des réserves, des duplicités, des indocilités, comme d'autres en ont par intérêt. Si vous deveniez ingénue et simple sur vos besoins, je croirais que vous auriez plus sacrifié à D[ieu] que si vous aviez souffert cent martyres. Tournez votre scrupule contre le retardement d'un sacrifice qui ferait tant de plaisir au coeur de Dieu. Le vrai amour hésite-t-il, quand il s'agit de plaire au bien-aimé? Vous ne lui voulez donner que des privations de soulagements dont vous avez un vrai besoin, et qu'il ne veut point recevoir. Mais pour le sacrifice de vos réflexions superflues, de vos raisonnements subtils, de vos délicatesses d'amour-propre, de vos pratiques de propre volonté, vous savez bien que c'est ce qu'il demande, et vous le lui refusez toujours sur de beaux prétextes. Je vous demande sérieusement et absolument que vous ayez soin de vous, comme vous auriez soin de Mad. la C[omtesse] de Souastre. On dit qu'elle se porte bien, et j'en ai une sensible joie. Je prie pour elle, et je désire fort sa sanctification aussi bien que la vôtre.

Monseigneur,

Votre conduite cadre si bien avec la sagesse, et il y reluit aussi tant de bonté, que quoiqu'il s'y rencontre de certaines circonstances que je souhaiterais qui n'y fussent pas, j'aime mieux penser à ce que vous jugez bien qui m'en plaît, et vous en remercier très humblement comme je fais de tout mon coeur, que de vous entretenir ennuyeusement du chagrin que je sens de la résolution que vous prenez de garder avec moi un éternel silence. J'ai reçu cette triste déclaration dès le matin du premier jour de ce mois de décembre.

TEXTE 205

Ainsi elle n'a été que 5 ou 6 jours en chemin. Elle est venue assez tôt pour me faire résoudre à ne plus chercher de moyens de vous montrer ce que vous m'assurez que vous ne pourriez voir sans quelque douleur; car il n'y a rien que j'appréhende tant que de vous en causer, mon cher Monseigneur ! Mais comme il y a présentement de cet ouvrage que vous ne voulez pas voir trois ou quatre manuscrits de mon écriture sans les copies que l'on en a tirées à mon insu qui se feuillettent en divers lieux', je vous demande par avance très humblement pardon s'il arrive que vous les entendiez quelque jour louer à Cambray. J'aurais pris des précautions pour vous préserver de cette affliction, si j'avais su plus tôt que ce vous en serait une. Je ne pouvais pas deviner cela. Et je ne comprends pas encore ce qui peut vous affliger dans la communication que je fais de cet innocent ouvrage, qui ne s'écarte en rien ni de la vérité ni de la charité divine, ni de la concorde fraternelle, ni des limites de l'obéissance soit divine, soit humaine. Si vous croyez que si, que je m'écarte sur son sujet de l'obéissance humaine, rendez-vous s'il vous plaît attentif à ce que je m'en vais vous dire pour vous ôter cette opinion et vous guérir de ce scrupule si vous l'avez.

Il y a deux raisons qui me disculpent de toute désobéissance dans la manufacture de mon parallèle. La première, c'est qu'il était fait et prêté avant les mandements. La seconde, c'est que je suis encore en droit de prétendre cause d'ignorance d'eux. Je me souviens que j'ai mandé une fois à Votre Grandeur, je pense que ce fut au mois d'avril ou de mars que vers le commencement du carême de cette année 1701, il était arrivé ici un certain événement, etc.

Cet événement fut une distribution de quelques papiers que M. notre évêque après s'en être longtemps laissé solliciter par des personnes qu'il ne put enfin contredire, se résolut il y a près d'un an de faire dans son diocèse. Mais par bonheur pour moi le nombre de ces feuilles imprimées fut si succinct, qu'il ne s'en trouva point de reste pour nous et on ne nous en envoya point. Personne ne s'est avisé chez nous de se plaindre de cette chicheté comme on s'en serait plaint s'il eût été question d'une Bulle de jubilé, ni de demander d'avoir part à un présent si extraordinaire plus appauvrissant qu'enrichissant. Si quelque jour quelqu'un parlait de cette omission à M. d'Evreux, il pourrait répondre en riant que nous ne sommes pas dans la réputation d'être si spirituelles ni d'une si sublime dévotion qu'il ait cru que nous eussions besoin de telles précautions. De quelque cause qu'ait procédé cet oubli que je n'ai fait remarquer, et dont je n'ai témoigné ma joie qu'à vous, Monseigneur : et à une autre personne qui se chargeait de mes écrits: je le regarde comme un effet très obligeant de la providence de Dieu envers moi, qui a voulu épargner à ma faiblesse l'obligation d'obéir, et la tentation de désobéir à des commandements désagréables, lesquels Dieu merci ne m'ont point été envoyés ni signifiés ecclésiastiquement, et dont je pense que mon prélat ne se soucie guère que je sois instruite.

Je ne sais s'il a lu mon traité sur l'amour désintéressé, comme il en a un peu lu d'autres, mais au moins il sait bien que j'ai fait aussi celui-là et que je le communique: on en a quelquefois parlé tout haut à sa table, et il n'en fait semblant de rien. Il y a quelquefois loué par occasion ma probité et mon exactitude à nos observances, en excusant la douceur de la morale qui se rencontre dans mes traités sur l'état monastique, qui n'est pas à la vérité si rigoureuse que celle des trappistes; de laquelle l'effroi que j'en eus me fit prendre

16 décembre 1701

786 A. ANTOINETTE JAMET A FÉNELON

Le 16 décembre 1701.

206 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 décembre 1701

la plume il y a environ quinze ans pour me prémunir par de bons raisonnements contre la tentation que leur rigide doctrine me suggérait de détester la profession religieuse. Mon Abbesse d'aujourd'hui ne me dit ni bien ni mal de mes livres. Mais la défunte faisait plus. Car aimant beaucoup la lecture elle les a tous lus et approuvés : et même celui que j'ai composé sur l'obéissance , quoique je n'y accorde point aux supérieurs le pouvoir de faire à leur gré des commandements sous peine de péché mortel. Cette dame d'un grand esprit naturel et d'une grande érudition acquise goûta mes raisons, et ne me sut point mauvais gré de les avoir écrites. Elle n'a pu voir que le commencement de mon dernier manuscrit qui n'était pas achevé lorsqu'elle mourut le 22 octobre 1698. Elle me conseilla bonnement de changer dans l'avertissement deux ou trois mots qui lui semblaient trop tendres pour une novice qui ne se doit pas montrer plus partiale d'un côté que de l'autre; et elle approuva tout le reste.

Je ne cache à personne l'estime singulière et l'affection toute sainte que je vous porte, Monseigneur! Je l'ai déclarée même tout ouvertement au père Mabillon qui passa il y a quelque temps par Evreux2, et qui me fit l'honneur de me venir voir quoiqu'il y eût plus d'un an que je fusse avertie qu'il n'était pas des plus cambrésiens d'entre nos pères. Personne n'ignore ici le grand cas que j'ai toujours fait de vos livres: le plaisir que j'ai pris à lire tous ceux que j'ai pu attraper : mon application à écrire votre Apologie. Car après en avoir préparé les brouillons dans ma chambre entre les intervalles de mes six heures d'assiduité au choeur, j'étais contrainte bien souvent de les aller transcrire correctement dans la chambre du tour, où je suis obligée par ma charge de passer 3 heures par jour en la compagnie de deux ou trois autres de mes compagnes, et de je ne sais combien d'autres gens au dehors tant pauvres que riches qui vont et viennent sans cesse, et à qui il faut continuellement parler par deux grilles qui y sont. Tous ces gens-là me voyaient écrire en leur répondant, et celles qui tournaient autour de moi, jetant les yeux sur mon papier y apercevaient votre nom en divers endroits et reconnaissaient bien à cette marque jointe à d'autres que c'était à des réflexions sur votre mérite que je m'occupais. Il n'y a que la liberté que j'ai prise, Monseigneur, de vous écrire des lettres à vous-même, et le bonheur que j'ai eu d'en recevoir deux de votre part dont je fais un secret ici à tout le monde, de peur comme je vous l'ai déjà mandé, que l'éclat que cette correspondance connue me donnerait, n'excitât des voleurs à me la ravir; en arrêtant peut-être toutes mes lettres jusqu'à ce qu'ils en eussent attrapé des nôtres, pour en troublant notre correspondance la faire ainsi finir. Depraedari ergo desiderat, qui thesaurum publice portat in via. Cette crainte et le motif qui me fait cacher comme un trésor les secrets entretiens que nous avons ensemble, n'a rien de désobligeant pour Votre Grandeur. Au contraire c'est à cause que vous êtes grand que l'on serait plus curieux de voir vos lettres, et assez envieux pour me les dérober : de quoi les plus malins ne seront point tentés tant qu'ils ne soupçonneront point que nous nous écrivons.

Ce que j'ai entrevu et remarqué de la générosité de votre coeur dans tout ce que je sais de vous me fait très facilement ajouter foi à ce que vous avez eu la bonté de me faire écrire; que si vous étiez à portée de me rendre quelque petit service vous le feriez avec joie. Mon esprit n'agit point académiquement sur cette proposition. Je ne refuse point de croire vraie au premier mot cette

16 décembre 1701 TEXTE 207

charitable disposition de votre volonté à mon égard que je désire tant qui le soit vraie à cause seulement de la cause qui la produit qui est votre bonté,

et non pas pour aucun effet que j'en attende. Dieu me fait la grâce d'avoir suffisamment tout ce qui est nécessaire à une personne de ma sorte, et il me fait aussi celle de n'avoir plus guère de désirs réels et véritables. Pour des imaginations et des velléités je n'en ai encore que trop. Mais elles ne me servent ordinairement que de divertissement et non pas de tourment comme font la plupart des vrais et obstinés désirs. Que si vous avez quelque envie de voir un peu clair dans mes imaginations et mes velléités, je veux bien, Monseigneur, vous en confesser deux.

Si je n'avais que 20 ans, ou si étant plus âgée j'avais sur les deniers du Roi ou sur ceux de ma famille une pension suffisante pour me fournir de pain et d'habits sans être à charge à personne en quelque lieu que je me retirasse: je roulerais encore plus souvent et plus vivement que je ne fais dans mon imagination l'idée du bonheur que ce me serait de dépenser sobrement cette pension avec mon Amie, une servante, et des livres dans un ermitage contigu à votre chapelle; où après avoir psalmodié matines, laudes, primes et tierce je pourrais par un trou grillé vous regarder dire la messe, et y recevoir votre bénédiction au travers de ma grille, laquelle en d'autres heures me servirait encore de parloir pour vous entretenir tête à tête de mes petits secrets en vous parlant tout bas comme à mon supérieur et à mon directeur. Que si cette prison érémitique se trouvait assez ample pour y contenir quelque pensionnaire de votre choix, d'une humeur aussi solitaire et aussi propre à se passer de tout le monde que je le suis, elle ne se trouverait peut-être pas mal d'y demeurer recluse avec moi: car je puis dire sans mensonge si ce n'est pas sans vanité que je suis d'une humeur commode, et ce n'est point par l'impossibilité de compatir aux faiblesses des autres et de supporter les imperfections du prochain que j'ai toujours aimé la solitude et soupiré dès l'âge de neuf ans après un ermitage. Je sais socratiquement souffrir tous les désagrements domestiques autant patiemment qu'aucun autre philosophe imitateur de Socrates, pour ne me pas comparer à de plus grands saints! quoique je ne désavoue toutefois pas que l'exemption de telles importunités me plairait davantage que ne fait leur souffrance. J'en patis cependant partout où je me trouve un peu moins que bien d'autres, parce que je ne m'étonne point d'elles, et que je ne m'y applique guère; ne m'étant jamais vue en place ni en obligation de contredire personne ni de rien réformer; obligation de laquelle je ne voudrais pas me charger pour cent mille livres de rente; ni préférer l'opulence et tous les honneurs d'une crosse à la demie solitude que je me suis ménagée au prix de quelques reproches que m'en font souvent mes compagnes dans notre monastère abbatial où il se rencontre toujours assez d'improbateurs qu'on laisse dire, mais peu de maîtres qu'on soit obligé d'écouter : et je ne pourrais pas me résoudre à quitter le poste tranquille où je vis ici, pour toute autre chose que pour un ermitage, bâti pourtant dans une ville à peu près comme celui qui est dans la petite ville de Laigle à huit ou dix lieues d'Evreux proche des boulangers et des blanchisseuses afin de n'être point obligée ni d'envoyer loin chercher mes nécessités ni de défrayer les allants et venants comme on est contraint de le faire dans les campagnes et les déserts.

208 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 décembre 1701

16 décembre 1701 TEXTE 209

Pardonnez, Monseigneur, tous ces petits contes à la fille d'un médecin, qui ayant été un peu instruite par son père des dogmes de la médecine sait que toutes nos facultés tant les spirituelles que les corporelles ont besoin de quelque relâche: et recevez de sa main à guise d'un remède anodin contre les lassitudes ces chimères volantes qu'elle vous envoie enfermées dans sa lettre comme dans une cage pour la même intention pour laquelle vous savez que saint Jean l'évangéliste s'amusait quelquefois à jouer avec un petit oiseau.

Une autre de mes velléités qui sans miracle pourrait facilement devenir d'une imagination une réalité, c'est, Monseigneur, que si Votre Grandeur ne demeurait point si loin de Paris, je la prierais que la première fois qu'il lui faudra une portière, ou une lingère, ou quelque autre semblable officière, elle prît pour lui en servir Mademoiselle Forestier qui loge dans la maison de Mademoiselle Chollart dans la rue Neuve-Saint-Etienne faubourg Saint-Marceau à Paris. Cette chère Amie, qui n'a pas commencé si jeune que moi à aimer la solitude, la goûte présentement qu'elle y est presque autant que je fais. Mais le contentement qu'elle y prend est troublé par la crainte que n'ayant point de fonds assuré pour sa subsistance, son petit trésor qu'elle a mis en main tierce à cause de la variation des monnaies, et qui ne consiste qu'en 7 ou 8 cents livres, qu'elle a amassé en élevant de jeunes demoiselles chez leurs mères à commencer par Mademoiselle de Nointel de Bechamel, ne se trouve enfin totalement consumé nonobstant sa sobriété, avant la fin de sa vie. Cette crainte fait qu'elle se remue un peu maintenant pour tâcher à se remettre en service à ce qu'elle m'a mandé dans sa dernière lettre. Mais son âge avancé qui lui a été un obstacle qui l'a empêchée depuis peu d'entrer dans la maison de Mme la chancelière où on lui avait fait espérer quelque emploi, la pourra bien encore empêcher d'entrer dans toute autre. Si cet obstacle pouvait être surmonté à votre recommandation, non pas pour entrer chez Mme la chancelière, mais pour être admise au service de quelque autre dame de votre connaissance, j'en aurais une triple satisfaction 1° parce que cette pauvre demoiselle serait placée. 2° parce que ce serait par votre faveur. 3° parce que ce serait dans une maison d'où je pourrais apprendre quelquefois de vos nouvelles que je ne puis pas espérer apprendre de vous-même puisque vous m'avez déclaré que vous ne m'écrirez point. Elle ne saura rien de la requête que je vous fais aujourd'hui pour elle s'il n'arrive quelque chose qui m'oblige de lui en parler. Mademoiselle Pigeon qui demeure chez Monsieur de Bechamel en qualité de sa gardeuse de meubles au Palais Royal était déjà domestique de Madame de Bechamel lorsque cette dame choisit pour avoir soin de sa petite fille de Nointel mon amie Forestier. Madame du Mens chez Madame la comtesse de Novion proche S. Sulpice connaît aussi et aime mon amie depuis plus de 30 ans. On se peut là informer d'elle. On pourrait même la voir et lui parler facilement comme par rencontre afin de juger si l'on s'en accommoderait sans qu'elle se doutât de rien: et entrer en discours avec elle en lui demandant comment je me porte et s'il y a longtemps qu'elle n'a eu de mes nouvelles, qu'on lui demande cela parce qu'on a entendu quelquefois parler de moi en bonne part à des Bénédictins. J'en connais en effet plusieurs et entre les autres les R. Pères Dom Antoine Beaugendre à Saint-Germain-des-Prés, et Dom François Lamy à Saint-Denis : nous nous sommes écrit quelques lettres les uns aux autres. Cependant, Monseigneur, si vous ne pouvez ou ne voulez vous mêler en aucune manière de recommander cette pauvre personne, je ne vous en saurai point mauvais gré; je n'attribuerai point cela à aucun défaut de votre volonté, mais à quelques autres causes et particulièrement à la détermination de celle de Dieu dont je demeurerai contente. J'ai expérimenté tant de fois et en moi, et en d'autres, la vérité de ces paroles de saint Paul aux Romains, 8. 26. nam quid oremus, sicut oportet, nescimus, que je n'oserais quasi plus ni désirer expressément, ni demander positivement soit à Dieu soit aux hommes quoi que ce soit : ne pouvant pas assez prévoir si ce que j'en aurais obtenu par mes prières ne me tournerait point un jour à déplaisir et à dommage.

Mon amie a présentement en sa garde deux de mes manuscrits dont l'un parle de Votre Grandeur : j'en envoyai un tout pareil vers la mi-novembre à un parisien qui m'a mandé qu'il l'a reçu, qu'il en aura grand soin, et qu'il m'en rendra bon compte. Ce parisien dans un voyage qu'il fit ici au mois de septembre me conta qu'il avait entendu dire à des gens qui vous ont vu à Cambray que vous y étiez toujours occupé à prêcher, catéchiser, confesser, faire les visites épiscopales, à pied le plus souvent comme un Apôtre; enfin qu'on vous adore presque dans votre diocèse tant vous vous y êtes acquis l'amour et la vénération de tous vos sujets. Vous pouvez juger si j'écoutais ce récit négligemment et sans attention, et si ce n'était pas plutôt avec une joie bien sensible que je m'applaudissais intérieurement d'avoir mis mon affection en une si sainte personne.

Au reste, Monseigneur, j'avertis Votre Grandeur qu'encore que ce soit moi qui vous ai prévenu de mon affection, je vous tiens déjà quitte de la reconnaissance qu'une telle prévention mérite. Vous m'en avez plus que suffisamment payée. Si ce n'est pas en la même monnaie, c'est en une autre plus précieuse que celle que je vous ai avancée en vous disant que je vous aime; puisque depuis que je me suis introduite dans votre connaissance et que je me suis procuré un peu de place en votre honorable souvenir vous avez eu la bonté de me servir d'appui et de protecteur auprès de la Divine miséricorde. J'attribue à vos charitables prières depuis un an que je m'y suis recommandée tous les bons sentiments et toutes les autres faveurs dont Dieu m'a gratifiée pendant mes douze derniers mois, et je pense vous en avoir une partie de l'obligation. Continuez, je vous en supplie très humblement, illustre pontife, à me rendre un si utile service, et favorisez-moi toujours auprès de Dieu de la grâce que je vous demande d'y être mon intercesseur. J'ajouterais si je suivais l'impétuosité de mon inclination: soyez aussi mon exhortateur à la vertu. Mais ce dernier emploi serait trop contraire à la résolution que vous avez prise de me plus rien dire. Je n'entreprends pas de vous la faire changer. J'essaie seulement à m'y soumettre aussi silencieusement que tristement sans en être moins que par le passé, Monseigneur, votre très humble et très obéissante servante.

Permettez-moi Monseigneur de remercier ici Monsieur Pinet de la peine qu'il prit pour moi le 25 novembre.

210 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 décembre 1701

787. A MAIGNART DE BERNIÉRES

A Cambray 18 décembre 1701.

Je mande, Monsieur, à nos Doyens de vous donner toutes les connaissances qui dépendent d'eux pour exécuter le plan que vous avez la bonté d'approuver'. Les cent écus me paraissent nécessaires, et c'est le moins qu'on puisse réserver, tant pour les petites gratifications pour ceux qui auront pris de la peine, que pour certains frais, comme des ports de lettres, et les non-valeurs qui viennent des morts de curés pauvres.

Vous comprenez, Monsieur, ce qui m'empêchera d'avoir l'honneur de vous voir avant ma visite de Liessies2. Mais je meurs d'envie de m'en dédommager après cette visite. Je partirai d'ici lundi 26 de ce mois, et j'arriverai à Liessies le lendemain mardi 27 avant midi. Je ne saurais dire combien ma visite durera, car j'y dépendrai des gens qui me parleront'. Mais ne pourriez-vous point avoir naturellement quelque fonction à remplir à Avesnes, quand j'y repasserai'. Au pis aller il est certain que la capitation demande que nous concertions plusieurs choses'. M. l'abbé de Liessies6 ne doit pas craindre que je veuille agir par préoccupation contre lui. J'écouterai, je pèserai toutes choses autant que je le pourrai, et je craindrai toujours encore plus d'opprimer l'innocence, que de flatter le relâchement'. Je suis, Monsieur, au-delà de toute expression, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

787 A. DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON

[Novembre-décembre 1701].

Monseigneur,

Il n'y a pas moyen d'attendre le retour' de M. l'abbé de B[eaumont] pour donner à votre Grandeur de nouvelles assurances de mon respectueux attachement. Elles n'ont été quelque temps suspendues, que par la crainte de vous être incommode. Je me souviens bien que ma dernière lettre était trop chargée. Je prenais la liberté de vous y faire des questions, de vous demander des instructions, des éclaircissements sur la nature de la grâce', etc. Ne méritais-je pas bien qu'un juste silence me fît sentir cet excès, et me donnât de la retenue? Cependant, Monseigneur, il est certain que la violence que je me suis faite n'a servi qu'à me rendre votre idée plus présente et plus vive, et qu'à me donner plus d'application à profiter des occasions de parler au moins de vous. Une illustre personne' qui depuis quelques mois a fait en cette ville un séjour assez considérable, pourrait bien vous en rendre témoignage. Car comme elle vous honore fort, je n'ai point appréhendé de lui être incommode, en lui demandant de fréquentes audiences sur votre sujet. Je ne puis mieux commencer que par là à me rendre à l'ordre que vous me faites l'honneur de me donner de vous dire de mes nouvelles : car il est vrai que ces conférences m'ont fait un bien que je ne puis vous exprimer. C'est une per- [Novembre décembre 1701]

sonne qui a beaucoup de grâce, et qui est d'une simplicité, d'une droiture et d'une fermeté pour Dieu, qui se font sentir, et qu'on ne peut voir sans être

ravi, touché, édifié'. Dans le sentiment actuel de cette grâce, je vous avoue,

Monseigneur, que je n'avais pas grand mérite à sacrifier à l'oraison l'étude et les raisonnements; ils me paraissent alors fort insipides; et je conçois par-

faitement le sens de cette parole : Si dederit homo omnem substantiam suam pro dilectione, quasi nihil despiciet eam5. Mais le coeur humain, et surtout le mien, est sujet à de grandes alternatives; et les hivers sont chez lui bien plus longs que les étés. On y manque souvent de bois; et l'on est obligé de travailler pour s'échauffer, et quelquefois même de travailler sans s'échauffer. Voilà, Monseigneur, la plus ordinaire cause de mes griffonnages; et je vous assure que je les quitterais avec bien du plaisir, si vous vouliez m'obtenir la grâce de me soutenir pour Dieu dans la désoccupation, ou du moins de supporter tranquillement les retardements de Dieu. Il a pourtant fallu m'en faire une nécessité depuis près de six mois : car j'ai eu des étourdissements qui m'ont ôté la liberté de l'application d'esprit 6, et qui m'ont obligé de chercher quelque appui dans celle du coeur; me sentant encore trop faible pour me soutenir dans un dénuement universel.

Il y a cependant longtemps que, pour me servir de votre terme, j'ai sur le métier un Tiaité de l'amour de Dieu', qui a pour but de faire voir que la perfection de la vie spirituelle est comprise dans l'amour: mais je ne touche nullement la question du motif. Chacun s'en formera l'idée qu'il lui plairas.

Je le commence par un discours, où (pour donner une idée de Dieu qui ait rapport au traité) par quelques traits des moeurs des Chrétiens, je démontre l'existence d'un Dieu infiniment aimable: je le fais regarder comme le Dieu du coeur, et l'unique terme qui peut calmer tous ses mouvements. Mais il faudrait avoir l'honneur d'être auprès de vous, pour ne rien dire que de juste sur tout cela, et pour apprendre de vous à travailler à sa propre perfection, comme vous faites à celle de votre troupeau, malgré la stérilité apparente du champ que l'on cultive.

Que d'évêques se tiendraient heureux d'avoir la paix dans leurs diocèses, et d'y être autant honorés que vous êtes dans le vôtre ! Mais votre bon coeur ne se contente pas de cela; il s'afflige si Dieu n'est pas autant honoré qu'il le mérite. Heureux le troupeau dont le pasteur déplore l'insensibilité9! Au nom de Dieu, Monseigneur, que j'aie un peu de part à ce bonheur. Continuez, s'il vous plaît, à intercéder pour moi: puisque personne n'est plus de votre troupeau par les dispositions du coeur, et par le profond et tendre respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et trés obéissant serviteur.

F. FRANÇOIS LAMY.

Je ne sais si vous savez que la demoiselle Rose" est enfin retournée en son pays, dans un bon carrosse que ses amis lui ont donné, après avoir perdu toute espérance de la garder en ce pays-ci; car, après l'ordre qu'elle reçut à Pâque, de sortir de Paris, madame de Vibrais l'ayant menée à Vibrais, au pays du Maine; M. du Mans a reçu ordre de la cour de la faire examiner. Il a donné cette commission à M. Thiers", curé de Vibrais, qui à ce qu'on dit l'a interrogée en forme. L'interrogatoire va paraître. Un des articles est

TEXTE 211

212 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 décembre 1701

qu'interrogée si elle avait été mariée, elle a répondu que non; et sur ce qu'on lui en a voulu donner des preuves, elle a répliqué, que si elle l'avait été, il y avait eu des protestations. Il y en a qui disent qu'elle s'est vantée d'aller à Rome pour faire condamner les idolâtries des missions chinoises.

787 B. LE MÊME AU MÊME

[19 décembre 1701].

Monseigneur,

Je n'ai reçu la dernière lettre dont votre Grandeur m'a honoré, qu'au départ de Mr l'abbé de Langeron pour son voyage '. Je suis confus de la bonté avec laquelle elle a bien voulu me faire l'honneur d'entrer dans mes difficultés et de les éclaircir. Je ressens infiniment cette grâce; et je ne diffère à vous le dire, que dans la crainte de vous donner, par ma réponse, nouvelle matière d'application; et ainsi, Monseigneur, je ne m'en acquitte aujourd'hui, qu'en vous priant très humblement de ne vous en embarrasser en nulle manière.

Rien n'est plus beau, ni plus vrai que ce que vous me faites l'honneur de me dire de l'incertitude où nous sommes sur nos dispositions surnaturelles; de l'utilité de la privation des douceurs sensibles; de la fidélité à ses devoirs dans les temps de sécheresse et d'épreuves et des caractères de la bonne oraison'. Il y a longtemps que je me dis, à moi et aux autres, une partie de tout cela; quoique pour moi, j'en profite peu, et que dans les temps de peines intérieures je sois toujours fort alarmé sur ma situation à l'égard de Dieu. Mais, Monseigneur, ce que j'avais particulièrement prétendu vous demander, regardait la nature de la grâce nécessaire pour chaque bonne action. Car comme on m'avait soutenu qu'il n'y en avait point d'autre que la lumière et le plaisir indélibéré3, j'avais maintenu au contraire, par toutes les bonnes oeuvres que les âmes fidèles font dans le temps des épreuves, qu'il fallait qu'il y eût une autre sorte de grâce; puisque en ces états elles ne goûtent aucune sorte de plaisir sensible; c'est-à-dire dont elles s'aperçoivent : car de vouloir admettre un plaisir qu'on ne sent point; il me paraît que c'est alléguer un plaisir qu'on n'a point. D'ailleurs, hors même les temps d'épreuves, on fait, par jour, quantité de bonnes oeuvres, dont chacune demande une grâce; et cependant on les fait, sans aucune délectation indélibérée. Il est vrai qu'on les fait volontiers: mais cette délectation de simple vouloir n'est pas la grâce nécessaire à chaque action: puisque cette délectation est commandée'.

Pour ce qui regarde l'oraison, je vous avoue que je suis aussi un peu embarrassé et pour moi et pour les autres : car quand une âme ne peut plus méditer, ni discourir; et qu'après avoir répandu, quelque temps avec facilité, son coeur devant Dieu s; elle demeure vide d'affections et de lumières, de sorte que malgré sa persévérance à frapper6 et à s'humilier non seulement on ne lui donne rien; mais qu'elle se sent même emporter dans des égarements d'esprit ; doit-elle continuer à demeurer en cet état ? et si son oraison est de deux heures par jour'; l'inutilité n'est-elle point à craindre pendant tout ce temps? S. Augustin remarque que les solitaires d'Egypte faisaient de fréquentes oraisons pendant la journée: mais toutes fort courtes et comme

TEXTE 213

autant de traits qu'ils lançaient vers le ciel: Brevissimas et raptim quodammodo jaculatas; et cela de peur qu'en les faisant plus longues leur attention ne se dissipât, et leur vivacité ne s'émoussât: ne illa vigilanter erecta, quae orant plurium necessaria est, per productiores moras evanescat atque hebetetur intentio. Il ajoute néanmoins que si l'ardeur de l'intention et de l'attention persévère, il ne faut pas l'interrompre: Si perduraverit, non cito esse rumpendam. Non desit multa precatio, si fervens perseverat intentio. Epis. ad probe. S. Benoît prescrit, en deux mots, la même chose dans sa règle. Il faut, dit-il, que l'oraison soit courte et pure; si ce n'est que le mouvement de l'esprit de Dieu nous porte à la faire plus longue. Brevis debet esse et pura oratio, nisi forte ex affectu inspirationis divinae gratiae protendatur, C. 20 Reg. : il ajoute même qu'en communauté, c'est-à-dire lorsqu'elle se fait en commun elle doit être très courte. In conventu tamen omnino brevietur oratio9. Par cette raison apparemment que dans une communauté l'attrait pour l'oraison est très différent; et que de les y laisser un temps considérable, c'est en exposer plusieurs à y demeurer dans l'oisiveté, ou dans la langueur; ce qu'il regardait aussi bien que S. Augustin, comme un grand inconvénient. Depuis cela, la méthode a changé et le moins qu'on donne présentement à cet exercice, dans les communautés, est une demie heure le matin et autant l'après-dîner; je ne sais s'il est avantageux de le prescrire ainsi à tout le monde: mais sans l'examiner, ce que je souhaiterais serait de savoir comment on en doit user à l'égard de certaines âmes, qui ayant quitté le degré de la méditation et du raisonnement et ayant même souvent goûté le don de Dieu dans une oraison plus simple, se trouvent ensuite dans les égarements d'esprit et les sécheresses de coeur que je viens de représenter, et qui au lieu de cette vivacité d'attention, de cette ferveur d'intention", et de ces touches de la grâce, qui, selon les saints, doivent porter à prolonger l'oraison; n'éprouvent plus que distraction, que tiédeur, que langueur, que dégoût? Elles vous disent d'ailleurs que ce ne sont point les douceurs, ou les consolations sensibles qu'elles cherchent, mais qu'elles voudraient bien au moins avoir quelque sorte d'assurance qu'elles ne perdent point leur temps en cet état; et qu'elles n'y offensent point Dieu. Voilà, Monseigneur, je vous l'avoue, sur quoi je suis assez embarrassé et pour les autres et pour moi-même. Je n'ose pourtant vous en demander l'éclaircissement, parce que, quoique je puisse vous répondre de ma retenue et de mon secret sur ce qu'il vous plaira me faire l'honneur de me confier, je respecte et votre temps que je sais être infiniment précieux et même votre délicatesse à laisser paraître quelque chose de vous. Je la respecte, dis-je, quoiqu'elle me mortifie infiniment. Au reste vous avez beau vous taire, la vérité trouvera, dans tous les temps des avocats qui parleront pour elle". Messieurs de l'Académie française viennent de faire imprimer les cinq discours qui ont été faits pour le prix sur ces paroles : qui modica speravit paulatim decidet". L'auteur du troisième fait extrêmement valoir le désintéressement de la charité. Je ne sais si c'est par là qu'il a su me charmer; mais j'avoue que je trouve sa pièce beaucoup plus solide, mieux prouvée, mieux soutenue et plus touchante que les quatre autres; quoique ce ne soit pas celle à qui Mrs de l'Académie ont adjugé le prix. Chacun, en ce monde, a son goût; mais je suis trompé si le reste du monde ne venge cet auteur de l'injustice qu'on lui a faite, de ne lui pas donner la préférence.

19 décembre 1701

214 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 décembre 1701

Il paraît un petit écrit de quelques circonstances fort édifiantes de la mort du feu roi d'Angleterre". Il est de la façon du Milord Perth '4. C'est une lettre qu'il écrit à l'abbé de la Priape", par ordre du roi qui vivait encore, et qui attendait à tous moments celui de sa délivrance. Si vous souhaitez cet écrit '6, j'aurai l'honneur de vous l'envoyer. Je n'ai point eu celui de voir M. l'ab. de B ''. Ç'aurait bien été à moi à le prévenir: mais je sors très peu présentement. Il y a un an que je n'ai mis le pied dans la grande ville. Si j'avais quelque chose à souhaiter, ce serait de le pouvoir mettre une seule fois dans la vôtre. Vous jugez bien ce qui m'y mènerait, mais je ne suis pas si heureux. Il faut se contenter de faire d'ici des voeux pour votre conservation, non seulement pour l'année où nous allons entrer, mais aussi pour un grand nombre d'autres, et de vous renouveler les assurances du respectueux attachement avec lequel je serai le reste de mes jours, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 19 décemb.

F. FRANÇOIS LAMY.

787 C. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

A Versailles, le 22 décembre 1701.

Enfin, mon cher Archevêque, je trouve une occasion favorable de rompre le silence où j'ai demeuré depuis quatre ans'. J'ai souffert bien des maux depuis; mais un des plus grands a été celui de ne pouvoir vous témoigner ce que je sentais pour vous pendant ce temps, et que mon amitié augmentait par vos malheurs, au lieu d'en être refroidie. Je pense avec un vrai plaisir au temps où je pourrai vous revoir; mais je crains que ce temps ne soit encore bien loin'. Il faut s'en remettre à la volonté de Dieu, de la miséricorde duquel je reçois toujours de nouvelles grâces. Je lui ai été plusieurs fois bien infidèle depuis que je ne vous ai vu3; mais il m'a fait toujours la grâce de me rappeler à lui; et je n'ai, Dieu merci, point été sourd à sa voix. Depuis quelque temps il me paraît que je me soutiens mieux dans le chemin de la vertu'. Demandez-lui la grâce de me confirmer dans mes bonnes résolutions, et de ne pas permettre que je redevienne son ennemi; mais de m'enseigner lui-même à suivre en tout sa sainte volonté. Je continue toujours à étudier tout seul, quoique je ne le fasse plus en forme depuis deux ans, et j'y ai plus de goût que jamais'; mais rien ne me fait plus de plaisir, que la métaphysique et la morale, et je ne saurais me lasser d'y travailler. J'en ai fait quelques petits ouvrages, que je voudrais bien être en état de vous envoyer, afin que vous les corrigeassiez6, comme vous faisiez autrefois mes thèmes. Tout ce que je vous dis ici n'est pas bien de suite; mais il n'importe guère. Je ne vous dirai point ici combien je suis révolté moi-même contre tout ce qu'on a fait à votre égard; mais il faut se soumettre à la volonté de Dieu, et croire que tout cela est arrivé pour notre bien. Ne montrez cette lettre à personne du monde, excepté à l'abbé de Langeron, s'il est actuellement à Cambray; car je suis sûr de son secret, et faites-lui mes compliments, l'assurant que l'absence ne diminue point mon amitié pour lui. Ne m'y faites point non plus de réponse, à 30 décembre 1701 TEXTE 215

moins que ce ne soit par quelque voie très sûre, et en mettant votre lettre dans le paquet de M. de Beauvilliers, comme je mets la mienne; car il est le seul que j'aie mis de la confidence, sachant combien il lui serait nuisible qu'on le sût. Adieu, mon cher archevêque; je vous embrasse de tout mon coeur, et ne trouverai peut-être de bien longtemps l'occasion de vous écrire. Je vous demande vos prières et votre bénédiction'.

LOUIS.

788. A MAIGNART DE BERNIÉRES

A Liessies, 30 décembre 1701.

Vous avez sans doute parfaitement compris d'abord, Monsieur, ce qui m'a fait souhaiter de n'avoir l'honneur de vous voir, qu'après que je serais parti d'ici. J'espère même que vous aurez la bonté d'approuver le motif, qui me faisait souhaiter ce ménagement '.

Mais après y avoir bien pensé, je crois vous devoir supplier de ne rien déranger dans votre retraite ordinaire de Liessies pour les derniers jours de l'année, et de ne retarder pas d'un quart d'heure votre arrivée ici. Puisque c'est aujourd'hui vendredi que vous y deviez venir naturellement, ayez la bonté d'y venir aujourd'hui même si vos affaires vous le permettent. Je crois que votre arrivée peut être fort utile aux affaires que je traite ici, et que vous pouvez contribuer beaucoup au bon ordre de cette maison. J'attends avec impatience, Monsieur, l'honneur de vous voir et de vous entretenir. Voici une occasion heureuse de passer deux jours auprès de vous, de profiter de vos lumières, et de vous témoigner avec quels sentiments je suis pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Recentes Eminentiœ vestrœ litteras hisce diebus accepi, hisque certior factus sum de illa constanti benevolentia, qua mihi quidquam jucundius esse nequit aut carius. In audiendis vero sanctissimi Patris laudibus, vix animus expleri potest. Illum enim et aspera totius Europœ negotia sensim mitigantem, et componendœ paci paterna patientia studentem ', et gregi invigilantem, et orationi instantem, et apostolica gravitate concionantem2, mihi videor videre, tacitusque admiror. Cui quidem sagacissimo et peritissimo Pontifici facile crediderim brevi exploratum fuisse ingenium hominis rimarum pleni 3. Factio autem, cui se totum devovit homo ille, indigno animo tulit quod summus Pontifex examini jampridem peracto adhœrere noluerit4, et iterata circiter per annum quœstionis discussione, nunc demum legatum mittat5, qui, trajecto immenso mari, et mature investigatis quœ Sinensium linguam, mores, ritusque attinent, nodum solvat. His artibus, inquiunt, eoque tardo molimine, impune abeunt apertœ et horrendœ idololatriœ patroni.

789. Au CARDINAL GABRIELLI

[Fin 1701].

Eminentissime Domine,

216 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

[Fin 1701]

At contra, quotquot sunt veri et recti amantes, œquissimo et sapientissimo decreto applaudunt. De dogmate, aiunt, nulla movetur quœstio. Quapropter de dogmate nullum judicium latum oportuit; siquidem, ex utraque parte, unanimi voce conclamatur nefas esse ullum Confucio aut parentum animabus religiosum cultum impendi. Tota igitur quœstio in solo facto posita est, nimirum, an cultus ille, ex mente, moribus rituque Sinensium, religiosus sit, an mere civilis. Quid autem aptius est ad elucidandam facti questionem, quam factum ipsum tutis oculis, fidisque auribus, cominus explorandum committere? Quid a tanta sapientia et œquitate magis alienum, quam ferre sententiam de facto cujus natura omnino pendet a lingua ignota, moribusque a nostris toto coelo distantibus? Quantum vero dedecus et scandalum metuendum esset, si lata quam impensissime flagitabant sententia, ex Sinensium testimoniis postea certissime constitisset hunc cultum mere esse civilem6, at piissimos fidei propagatores, ut idololatriœ patronos, immatura et iniqua censura fuisse damnatos?

Itaque quod olim de Salomonis judicio, hoc de Pontificis sententia dicere juvat : Audivit... omnis Israel judicium quod judicasset rex, et timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse in eo ad faciendum judicium7 . Et hœc libens adjecerim: Dedit quoque Deus sapientiam Salomoni, et prudentiam multam nimis, et latitudinem tordis quasi arenam quae est in littore maris... Et veniebant de cunctis populis ad audiendam sapientiam Salomonis, et ab universis regibus terrae, qui audiebant sapientiam ejus8.

Nunc autem liceat, quœso, uni vestrœ Eminentiœ clam dicere9, quanto cum religionis periculo per totum nostrum Belgium et Gallias late spargatur opus Lovanii nuper in lucem editum, cui titulus hic est : Via pacis, seu status controversiae inter theologos Lovanienses, etc. 1° Hœc autem est, ni fallor, non pacis, sed belli et dissensionis via. Neque enim cuiquam theologo catholico fas est hanc doctrinam tolerare. Duo autem, inter multa capita, hic enucleare est animus ".

Quod '2 autem maxime attendendum mihi videtur, Jansenii discipuli, hoc totum ab apostolica sede comprobatum jactitant, quod ipsa non condemnavit. Unde operœ pretium est, ut severissime condemnetur, quidquid ipsi contra sanœ doctrinœ temperamenta licentius scriptitant. Exempli causa, triumphum sibi ipsis decernunt, quod censuram omnem effugerint quinque Articuli ab ipsis olim Convenensi episcopo traditi, qui deinde Romam missi sunt '3. Eo tamen ipso in opere, qui Via Pacis inscribitur, quasi rata a summo pontifice nunc venditant, quœque Lovanii hisce annis scripta et excusa, ab apostolica sede damnata non sunt. Quin etiam scriptor ille confidentissimus, sanctissimum Patrem passim compellat ut singula vel confirmet vel respuat ; quasi ex silentio interpellati judicis arrogaturus sibi tacitam sui dogmatis confirmationem. Jam vero connivere et dissimulare quid esset, nisi effrenœ licentiœ blandiri? Absit, ut ad Cyprianum scribebat Ecclesia mater ac magistra, «absit ab Ecclesia Romana vigorem suum tam profana facilitate dimittere et nervos severitatis, eversa fidei majestate, dissolvere?»14

Quod autem tanta inter mala moerentem animum levat, hoc unum est, scilicet magnanimi pontificis sapientia, quœ singula loco et tempore agenda apprime novit's. Hœc omnia eo liberius quo tutius, tua perspecta prudentia, et erga me benevolentia, clam committo. Cœterum veniam oro, quod episto-

5 janvier 1702 TEXTE 217

lam, fusius ac propere scriptam, puriore charta non transcribam, manu jam defessa, neque secretario transcribendam credere velim. Perenni cum animi cultu, intima gratitudine, et singulari observantia ero, Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ humillimus et obedientissimus servus.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

790. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai], 5 janvier 1702.

Je reviens, Madame, d'un voyage de huit jours', et je trouve ici de vos nouvelles moins mauvaises que celles des temps passés. Mais il s'en faut beaucoup que je ne sois rassuré sur votre santé. M. [Bourdon] va vous voir, et je vous conjure au nom de notre Seigneur de faire pour vous remettre, tout ce qu'il réglera. Si vous avez quelque confiance en moi vous ne hésiterez pas à lui obéir. C'est une des plus sensibles peines que je puisse avoir, que celle de vous trouver indocile. Vous feriez encore plus de mal à votre âme qu'à votre corps, et vous résisteriez encore plus à Dieu qu'à M. [Bourdon]. Vous prenez le change en cherchant à contre-temps les mortifications corporelles. Ce n'est point ce que D[ieu] demande de vous. C'est votre imagination trop vive et non pas votre corps qu'il faut affaiblir. La moindre docilité contre vos scrupules vous ferait plus mourir à vous-même, que toutes les austérités. Passer par-dessus vos vains scrupules, ce serait l'holocauste de votre coeur. Encore une fois si vous croyez que D[ieu] nous ait unis en lui, je vous demande par son amour d'avoir soin de vous et de croire le médecin.

On travaille à votre petit tableau de Moyse exposé. Il sera très joli, et le peintre réussit très bien. Je vois avec attendrissement et complaisance dans cet ouvrage l'amour jaloux qui pousse aux plus affreuses extrémités ceux qu'il veut sanctifier, et qui sacrifie en apparence celui dont il veut faire de si grandes choses. C'est ainsi qu'il traite ses favoris. Voilà le fondement de ses ouvrages 2.

J'écrirai au plus tôt à notre bonne et digne pendule'.

Je ferai volontiers tout ce que voudra votre amie'. Mais il faudra prendre un temps où vous serez en tiers. Autrement nous serions fort embarrassés. Je l'estime et l'aime en n[otre] S[eigneur] de plus en plus. Mon D[ieu], qu'il me tarde de vous voir ! Quand sera-ce?

A LA MÊME

A C[ambrail, 6 janvier 1702.

Je vous supplie, Madame, d'avoir la bonté de me renvoyer l'écrit que je vous ai donné pour Monsieur votre fils, où j'ai ramassé diverses preuves de la Divinité, tirées de l'art qui éclate dans toute la nature'. J'aurais besoin de le revoir. Vous n'en avez aucun besoin présentement. Monsieur le comte de Monbron pourra me l'apporter à son retour.

791.

218 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

6 janvier 1702

[Vers le 6 janvier 1702] TEXTE 219

Au nom de Dieu ayez soin de vous. Je ne vous demande point des soins extraordinaires. Je souhaite seulement que vous ayez la pleine volonté de faire pour vous ce que vous feriez pour une autre, et de vous laisser sans réserve à la décision du médecin. Après quoi vous suivrez ce dessein sans vous gêner, suivant que vous en aurez la lumière en chaque occasion.

Je prie Dieu qu'il vous délivre d'un certain zèle qui n'est pas moins contraire à votre grâce qu'à votre faible santé.

792. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray, 6 janvier 1702.

Je ne puis m'empêcher de vous dire, Monsieur, combien je suis pénétré et édifié de tout ce que j'ai trouvé en vous pendant notre séjour de Liessies. Vous y avez agi en évêque, et je ne l'oublierai jamais '. Pour toutes les marques d'amitié que vous m'avez données, elles m'attendrissent le coeur, et je ne saurais vous en parler avec aucun terme de compliment. Je ne puis vous dire autre chose, sinon que je suis à vous, Monsieur, du fond du coeur pour toute la vie. Oserai-je après vous avoir parlé si librement me plaindre des cérémonies avec lesquelles vous ne vous lassez point de me faire l'honneur de m'écrire. J'en suis honteux.

Je suppose que M. l'abbé de Liessies n'aura pas manqué de changer son prieur et son sacristain, et de nommer les trois custodes à la communauté' dès le jour de mon départ, comme il nous l'avait promis. Vous savez, Monsieur, que je ne fis que gronder la communauté en plein chapitre, et que leur donner de fortes leçons sur l'obéissance qu'ils doivent à leur abbé'. Si M. l'abbé ne s'est point hâté de leur adoucir un peu une conclusion si amère par l'exécution du changement des officiers', toute la communauté sera mise à une trop rude épreuve. Ils croiront que j'autorise l'abbé même dans les choses les plus irrégulières. Mais j'espère que M. l'abbé aura fait non seulement les changements promis, mais encore les avances d'honnêteté pour gagner

les coeurs.

Je ne puis m'empêcher de vous représenter, Monsieur, que j'ai appris, en passant aux portes de Landrecies que le sieur Renversé ne doit point être dans la place qu'il occupe. Il est aumônier d'un hôpital sans être approuvé, ni capable de mériter une approbation pour confesser. Il demeure à la ville, et l'hôpital est toutes les nuits sans secours, puisqu'aucun prêtre n'y couche, et que les portes de la ville ne pourraient s'ouvrir assez tôt pour secourir ceux qui meurent subitement. Puisqu'on paie un aumônier, il semble juste d'en choisir un qui puisse faire ses fonctions, et secourir les malades pour le spirituel. Il y a longtemps que je connais le sieur Renversé par des voies non suspectes. Il ne sait rien. Il n'étudie jamais. Il n'aime que le jeu et les compagnies libres'. Je vous serai sensiblement obligé si vous avez la bonté de faire mettre dans cet emploi un bon prêtre, qui puisse le remplir avec fruit. Ma conscience me presse de vous représenter l'extrême besoin d'un prompt changement. Je sais par expérience récente quel est votre zèle pour la religion. Personne ne peut surpasser celui avec lequel vous sera intimement dévoué toute sa vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

793. A MICHEL CHAMILLART

[Vers le 6 janvier 1702].

Monsieur,

Quoique le Roi ne veuille point qu'on lui rende compte de l'affaire de l'abbé de Liessies', comme vous m'avez fait l'honneur de me le mander, je crois néanmoins devoir vous expliquer en gros ce que j'en ai connu, afin que si on retourne, comme on paraît le vouloir faire, vers Sa Majesté, pour renouveler les mêmes accusations, vous soyez en état de juger des choses'.

J'ai visité fort à loisir toute l'abbaye de Liessies. J'ai écouté tous les religieux en particulier. J'ai mis mot pour mot dans mon procès-verbal tout ce que chacun d'eux a voulu déposer contre l'abbé. Aucun d'eux n'a déclaré avoir vu aucune action impure, quoique plusieurs aient ramassé avec soin jusqu'aux choses les plus douteuses qu'ils croyaient pouvoir charger sa personne.

J'ai même entendu extrajudiciairement les témoins du dehors qu'on m'a indiqués, et je leur ai fait signer leurs dépositions pour m'assurer qu'ils ne varieraient point, et pour voir si j'aurais des choses assez fortes pour passer de la simple visite à une information criminelle. Mais je n'ai rien trouvé de concluant, et s'il était permis de déshonorer un abbé de soixante et treize ou quatorze ans, sur les choses que l'on m'a rapportées, il n'y aurait plus de saint prêtre au monde, qui ne pût être diffamé'.

Ainsi ne trouvant rien de proportionné aux preuves qu'on m'avait fait attendre, je n'ai pas cru devoir commencer l'information qui aurait causé un grand scandale, sans aucun fruit. J'avais appelé sur les lieux le sieur des Moulins de Mons', qui s'est rendu solliciteur contre l'abbé auprès de vous, Monsieur, et que vous avez vu à la suite de la cour. Il m'a avoué qu'il n'avait point de preuves plus fortes que celles que j'ai ramassées en sa présence, tant dans mon procès-verbal de visite à l'égard des religieux, que dans mon information extrajudiciaire et préparatoire à l'égard des témoins du dehors, et qu'il n'avait, au delà de ces preuves qui sont imaginaires, que des conjectures. La chose étant dans cet état j'ai cru faire beaucoup, en dressant un écrit que j'ai fait signer à l'abbé', où il s'est engagé à rétablir un ordre très exact pour le spirituel et pour le temporel de sa maison. Il y avait en effet quelques relâchements à réparer pour la discipline monastique', et l'autorité de l'abbé paraissait trop despotique pour le temporel. Il a exécuté d'une manière édifiante tout ce que j'ai voulu et a même changé d'abord plusieurs de ses officiers'. M. de Bernières intendant de la province a bien voulu à ma prière

220 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Il janvier 1702 14 janvier 1702 TEXTE 221

être présent à la conclusion de cette affaire, et je dois dire pour lui faire justice qu'il s'y est comporté avec la prudence et le zèle non pas d'un magistrat, mais d'un bon évêque. Après ce règlement, j'ai imposé silence aux religieux', et j'ose dire que certaines gens qui veulent recommencer le scandale, ne méritent pas d'être écoutés.

Je suis avec le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

794. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 11 janvier 1702.

Je ne savais pas, Monsieur, les choses que vous avez bien voulu me confier sur l'aumônier de Landrecy '. Je serais bien fâché d'entrer dans des desseins tels que ceux que vous me dépeignez'. Je m'arrête donc pour le présent, et je me contente d'attendre encore si le sieur Renversé pourra dans quelques mois se rendre capable d'entendre les confessions, et s'appliquer d'une manière édifiante. Je lui dirai avec une affection paternelle toutes ses vérités, et si vous avez la bonté de m'aider en cette occasion, comme vous avez fait en d'autres avec tant de succès 3, je ne désespère pas que nous n'ayons dans la suite sujet d'être plus contents que nous ne l'avons été jusqu'ici. Je suis ravi, Monsieur, de tout ce que vous avez fait depuis mon départ à Liessies, et plus encore de l'amitié que vous me promettez. Je suis à jamais sans réserve, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

795. A LA R. M. MARIE-JEANNE LAMELIN1

[12 janvier 1702].

Je ne puis plus différer, ma Révérende Mère, à vous écrire touchant la capitation: on me presse d'en faire faire au plus tôt le recouvrement, et on ne nous donne que le 8 du mois prochain pour tout délai ; j'espère que la Cour se contentera de la moitié de ce que nous devons payer pour l'année 1701. Ainsi je ne vous demande présentement que la somme de vingt livres qui est la moitié de votre cotisation; je vous prie de me la faire tenir avant le terme marqué ci-dessus ; vous savez aussi bien que moi combien il serait dangereux de différer ce paiement, par rapport aux exécutions rigoureuses qu'ordonnera M. l'Intendant contre ceux qui se trouveraient en défaut. Je n'ai donc point besoin de vous avertir qu'il n'y a pas d'autre parti à prendre

que celui de payer au plus tôt; c'est ce que j'attends de votre zèle pour le ser-

vice du Roi'. Je suis, ma Rde Mère, votre très affectionné serviteur.

Je ne puis plus m'empêcher de vous importuner pour une affaire que M. l'évêque de S. Orner a portée devant vous. Oserais-je vous supplier très humblement d'avoir la patience de lire les trois mémoires ci-joints, qui vous l'expliqueront'? Le premier est celui que je fis présenter au Roi, il y a environ deux ans, lorsque M. de S. Orner me demanda un official résidant en Artois. Le second est celui de ce prélat, auquel le mien fut communiqué et qui y répondit. Le troisième est la réponse que je fis à la sienne. Sa Majesté, après avoir vu mon dernier mémoire, ne jugea pas à propos de décider l'affaire. M. l'évêque de S. Orner la réveille maintenant. Il est vrai que la parfaite correspondance des deux couronnes de France et d'Espagne semble diminuer un peu la force des raisons dont je m'étais servi alors, par rapport aux intérêts du Roi'. Mais je me trouve heureux, Monsieur, de ce que vos vues ne se borneront ni à une interprétation littérale des ordonnances, qui n'ont été faites que pour les provinces de l'ancienne France, ni à la situation présente des Pays-Bas, qui peut changer un jour, et que vous étendrez votre prévoyance sur toutes les suites que pourrait avoir l'exemple de cette innovation dans un pays partagé entre deux puissantes nations. J'ose dire, Monsieur, que rien n'est plus digne de vos lumières supérieures aux règles communes, et de votre zèle pour l'Etat, qu'un peu d'attention à ces circonstances. Je n'ai pas cru devoir produire ces trois mémoires dans le procès, parce qu'ils n'ont été faits que pour Sa Majesté, et que c'est par son ordre exprès que M. de Barbezieux m'envoya celui de M. de S. Orner. Mais ce que je ne veux pas rendre public ne saurait être plus discrètement employé, Monsieur, qu'en le faisant passer dans vos mains. L'usage que vous en ferez ne pourra être que selon les règles, et vous pouvez compter qu'ils ont été tous trois fidèlement copiés. Il me reste à vous représenter, que les raisons pour lesquelles nos Rois ont ordonné en France la multiplication des officiaux ne peut (sic) avoir aucun lieu dans les Pays-Bas. Les évêques ne jugent point eux-mêmes en France, et comme le juge est différent de l'évêque, on peut vouloir multiplier le juge à proportion des ressorts de justice séculière. En ce pays notre possession est constante pour juger toutes les causes de nos officialités, même celles que nos officiaux ont commencées. Le Roi a eu la bonté de nous confirmer par une déclaration expresse dans tous les usages de notre officialité, et par conséquent dans celui-là en particulier'. En effet, je juge tous les jours des causes, surtout d'appellation. J'ai même jugé celle qui a fait naître notre contestation présente, et je jugerai pareillement en personne toutes celles qui me viendront

A Cambray le 12 de l'an 1702.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

796. A ACHILLE III DE HARLAY'

[14 janvier 1702].

Monsieur,

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

222 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Ce 14 de l'an 1702

de S. Orner. Ainsi nous sommes dans un cas entièrement singulier, et qui ne tire à conséquence pour aucune autre Eglise du royaume. Les ordonnances qui règlent la multiplication des officiaux à proportion des ressorts séculiers, sont manifestement fondées sur des raisons qui ne peuvent avoir aucun rapport à notre usage. M. l'évêque de S. Orner lui-même a reconnu ce droit dans son mémoire, et il y a déclaré, comme vous le verrez, Monsieur, qu'il offre de procéder au tribunal de Cambray, toutes les fois que je voudrai bien juger en personne des causes d'appel. C'est sur quoi je ne hésite point. Je juge toujours depuis longtemps moi-même, et je ne cesserai point de le faire. A quoi servirait donc un official métropolitain à S. Orner, puisque je jugerai ici toutes les causes et que je ne lui en laisserais jamais juger aucune? Quel fruit M. de S. Orner tirerait-il de l'établissement d'un official, qui ne le serait jamais que de nom? Cette innovation ne servirait qu'à donner un fâcheux exemple dont une domination étrangère ne manquerait pas de se prévaloir quelque jour contre nous'.

Je suis honteux d'une si longue lettre, et je me hâte de la finir en vous protestant que je serai toute ma vie avec le respect le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray 14 janvier 1702.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

796 A. LE MARQUIS DE DEYNSE' A FÉNELON

Bruxelles, ce 14 de l'an 1702.

J'ai eu un vrai chagrin de n'avoir pas pu avoir l'honneur de vous voir quand vous avez été à Bruxelles'. J'étais absent. J'espère que je serai plus heureux une autre fois. Je vous ai, Monseigneur, une infinité d'obligations de la manière dont vous voulez user à mon égard. Je vous assure aussi que c'est mon intention de finir l'affaire des dîmes de la manière que vous le jugerez convenir 3. Si vous le jugez à propos, Monseigneur, vous pourriez donner commission à quelqu'un de vos officiers ici et moi à un officier de cette terre sur laquelle est une prétention, lesquels après déjà parlé pourraient choisir deux ou quatre avocats ; enfin, Monseigneur, l'affaire se réglera comme vous l'ordonnerez, ne cherchant que les occasions de vous marquer avec combien de respect et de sincérité je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Monseigneur,

Je me donne l'honneur de vous envoyer les deux sentences de Mons que Votre Grandeur a demandées, l'une du 5 octobre 1654 qui ordonne au clergé d'Haynaut la production des octrois, et l'autre du 9 janvier 1655 qui surseoit le paiement de nos taxes' jusques à ce que le clergé eût satisfait à cette sentence.

Je n'ai pas osé envoyer ces sentences, Monseigneur, à M. de Bagnols avant vous les avoir fait voir, parce que la première m'a paru ne point avoir été rendue directement sur la contestation de la validité ou invalidité des rentes en général, mais seulement à l'égard des forains' qui prétendaient que leurs personnes et biens n'étaient pas valablement chargés de ces rentes par le clergé comme n'étant nommés ni compris dans les octrois. J'ai joint à ces sentences un extrait d'un très gros avertissement qui a été servi par les forains dans leur procès, qui fait voir qu'ils contestaient la validité des rentes puisqu'il y est dit que les octrois ou plutôt les accords qu'avait le clergé d'Haynaut ne lui accordèrent point la faculté de lever en rentes les sommes demandées par Sa Majesté mais seulement de les répartir sur les supports du dit clergé pour être par eux payées de leurs revenus. Comme le clergé d'Haynaut n'est pas bien instruit de ses affaires, si Votre Grandeur jugeait à propos, on pourrait n'envoyer à M. de Bagnols que la sentence du 9 janvier 1655 qui fait assez mention de celle de l'an 1654 et de son contenu, et qui ne découvre point sur quelle conclusion celle de l'an 1654 a été rendue. Cela suffirait pour notre but, qui est de faire voir que le clergé a été obligé par sentence de produire ses octrois et qu'à faute de les produire nous avons obtenu une surséance de paiement de nos taxes.

Si Votre Grandeur aurait la bonté d'envoyer elle-même ces sentences à droiture à M. de Bagnols avec quelque petit mémoire sur icelles et sur la bonté de notre cause, je me persuade que cela ferait beaucoup plus d'impression sur son esprit que si je les enverrais moi-même. Je suis cependant prêt d'exécuter en tout vos ordres Monseigneur comme étant avec un très profond respect, de Votre Grandeur, le très humble et le très obéissant serviteur.

Tournay, 14 janvier 1702.

BAYART DENNEQUIN.

Depuis ma lettre écrite j'ai jugé à propos, Monseigneur, de vous envoyer avec les deux sentences de Mons, tous les écrits que nous avons produits et fait voir à MM. les commissaires, pour que Votre Grandeur juge s'il n'y a rien à changer, augmenter ou diminuer et pour que vous ayez plus à la main, Monseigneur, les titres sur lesquels notre bon droit est fondé, au cas que Votre Grandeur voulusse (sic) se donner la peine de faire un petit mémoire sur le tout.

14 janvier 1702

796 B. LE CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN' A FÉNELON

[14 janvier 1702].

TEXTE 223

LE MARQUIS DE D'EYNSE.

224 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 janvier 1702

17 janvier 1702 TEXTE 225

Après, Monseigneur, que vous les aurez examinés, Votre Grandeur pourrait les faire tenir à M. de Bagnols puisque ce sont tous nos titres et pièces sur lesquels MM. les commissaires doivent porter leur jugement et qu'il n'a pas souhaité de s'en charger lorsque j'étais à Bruxelles. Et si vous trouviez à propos, Monseigneur, que je les envoyasse moi-même je vous prie très humblement de me les renvoyer. Je suivrai en tout ce qu'il plaira à Votre Grandeur de me prescrire.

797. AU DUC DE BOURGOGNE

A C[ambrai] 17 janvier 1702'.

Jamais rien ne m'a tant consolé que la lettre que j'ai reçue2. J'en' rends grâces à celui qui peut seul faire dans les coeurs tout ce qu'il lui plaît, pour sa gloire. Il faut qu'il vous aime beaucoup, puisqu'il vous donne son amour au milieu de tout ce qui est capable de l'éteindre dans votre coeur. Aimez-le donc au-dessus de tout, et ne craignez que de ne l'aimer pas. Il sera lui seul votre lumière, votre force, votre vie, votre tout. O qu'un coeur est riche et puissant au milieu des croix, lorsqu'il porte ce trésor au dedans de soi ! C'est là que vous devez vous accoutumer à le chercher avec une simplicité d'enfant, avec une familiarité tendre, avec une confiance qui charme un si bon père.

Ne vous découragez point de vos faiblesses. Il y a une manière de les supporter sans les flatter, et de les corriger sans impatience. Dieu vous la fera trouver, cette manière paisible et efficace, si vous la cherchez avec une entière défiance de vous-même, et marchant toujours en sa présence comme Abraham.

Au nom de D[ieu] que l'oraison nourrisse votre coeur, comme les repas nourrissent votre corps. Que l'oraison de certains temps réglés soit une source de présence de D[ieu] dans la journée, et que la présence de D[ieu] devenant fréquente dans la journée soit un renouvellement d'oraison. Cette vue courte' et amoureuse de Dieu ranime tout l'homme, calme ses passions, porte avec soi la lumière et le conseil dans les occasions importantes, subjugue peu à peu l'humeur, fait qu'on possède son âme en patience, ou plutôt qu'on la laisse posséder à Dieu. Renovamini spiritu mentis vestrae5 . Ne faites point de longue oraison. Mais faites-en un peu au nom de D[ieu] tous les matins en quelque temps dérobé. Ce moment de provision vous nourrira toute la journée. Faites cette oraison, plus du coeur que de l'esprit, moins par raisonnement, que par simple affection. Peu de considérations arrangées, beaucoup de foi et d'amour.

Il faut lire aussi, mais des choses qui vous puissent recueillir, fortifier, et familiariser avec D[ieu]. Vous avez une personne qui peut vous indiquer les lectures qui vous conviennent'. Ne craignez point de fréquenter les sacrements selon votre besoin et votre attrait. Il ne faut pas que de vains égards vous privent du pain descendu du ciel, qui veut se donner à vous. Ne donnez jamais aucune démonstration inutile'. Mais aussi ne rougissez jamais de celui qui fera lui seul toute votre gloire.

Ce qui me donne de merveilleuses espérances, c'est que je vois par votre lettre que vous sentez vos faiblesses, et que vous les reconnaissez humblement. O qu'on est fort en D[ieu] quand on se trouve bien faible en soi-même! Cum infirmor tune potens surn8. Craignez mille fois plus que la mort de tomber. Mais si vous tombiez malheureusement, hâtez-vous de retourner au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation, qui vous tendra les bras, et ouvrez votre coeur blessé à ceux qui pourront vous guérir. Surtout soyez humble et petit. Et vilior fiam plus quam factus sum, disait David, et humilis ero in oculis meis9. Appliquez-vous à vos devoirs, ménagez votre santé, et modérez vos goûts pour ne point épuiser vos forces. Je ne vous parle que de D[ieu] et de vous. Il n'est pas question de moi. D[ieu] merci, j'ai le coeur en paix. Ma plus rude croix est de ne point vous voir. Mais je vous porte sans cesse devant D[ieu] dans une présence plus intime que celle des sens. Je donnerais mille vies comme une goutte d'eau, pour vous voir tel que Dieu vous veut. Amen! Amen!

L. de L. [l'abbé de Longeron] est pénétré de reconnaissance pour vos bontés '°.

797 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles ce 17 janvier 1702.

Monsieur,

Je n'ai reçu qu'hier la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18e du mois passé sur le mariage de Made la duchesse de la Feuillade'. Je vous rends grâces des marques qu'il vous plaît de me donner de votre souvenir à cette occasion, et je vous supplie de croire que vous ne sauriez vous intéresser pour personne qui soit plus parfaitement que moi...

798. A MAIGNART DE BERNIERES

[18 janvier 17021.

Monsieur,

Il me paraît que vous avez répondu au sieur des Moulins ' avec une grande bonté. Selon toutes les apparences les amis de l'abbé ont voulu parler haut pour effacer tous les bruits répandus. Les discours qu'ils ont faits auront fait peur au sieur Desmoulins, et lui auront persuadé qu'il ne peut être en sûreté, qu'autant qu'il poussera les choses contre l'abbé2. Le vrai moyen de faire tomber toute cette affaire est que l'abbé fasse taire tous ses amis, et qu'il leur fasse entendre que le meilleur service qu'ils ont à lui rendre est de garder un profond silence, parce que la visite rigoureuse de l'évêque diocésain le justifie assez. Je crois que M. l'abbé aurait un extrême tort, s'il entreprenait de faire

226 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 janvier 1702

arrêter pour le passé le sieur Des Moulins, ou de lui demander réparation pour le même sujet. Mais, s'il revenait à la charge pour pousser l'abbé à la cour malgré ce que j'ai fait, alors l'abbé serait libre de prendre contre lui toutes les voies de justice qu'il trouverait à propos. Je vais écrire à Mons à un homme sage', afin qu'il puisse parler au sieur des Moulins, et lui faire faire de bonnes réflexions, dont il a grand besoin. Les cabales échauffées sont bien incommodes et bien redoutables. Vous voyez bien par là, Monsieur, que ce n'était pas sans nécessité que j'ai gardé les formes de la visite'. Encore même se plaint-on de ce que je n'ai pas fait prêter le serment aux témoins, ce qui ne se peut faire que dans la procédure rigoureuse. Je ne crois pas que M. de Chamillart écoute encore ces sortes d'accusations, et quand même la chose retournerait jusqu'au Roi, Sa Majesté est trop juste pour ôter sa fonction à un évêque diocésain, qui l'a déjà remplie authentiquement 5. Si je ne me trompe, l'abbé n'a qu'à laisser tomber cette affaire et qu'à nous bien tenir parole. Tout le reste s'évanouira. Si vous vouliez, Monsieur, que je vous envoyasse nos doyens de Valenciennes6 et de Haspres7 pour la répartition dont il s'agit, je vous les enverrais; mais ils sont fort loin de vous, sans voiture, et peu accoutumés aux voyages. Je ne doute nullement que votre subdélégué' ne vous ait donné tous les éclaircissements nécessaires.

Oserai-je vous importuner encore sur le cérémonial de vos lettres, auquel vous me contraignez de me conformer. Il ne convient point à l'amitié que vous m'avez fait l'honneur de me promettre.

Je suis sans mesure, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A C[ambrai] 18 janvier 1702.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

799. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray 18 janvier 1702.

Je comprends bien, Madame, qu'il ne faut songer qu'à vous consoler et qu'à vous guérir. Mais quel moyen de le faire si vous vous abandonnez toujours à vos ferveurs et à vos scrupules aux dépens de votre faible santé? Combien de fois m'avez-vous promis des merveilles ! C'est toujours à recommencer, et en recommençant vous vous poussez à bout. J'ai le déplaisir de vous voir tuer votre corps, et faire languir votre âme contre le véritable attrait de votre grâce. Puisque vous êtes persuadée que D[ieu] veut que vous me croyiez, pourquoi ne me croyez-vous pas? Pourquoi ne faites-vous point de scrupule de passer au-delà des règles que je vous ai données, pendant que vous en faites à tout moment sur des riens qui vous troublent ? Que peut-on faire de solide, quand le fondement de la docilité manque? Vous me faites entendre que vous avez souffert, parce que je n'ai pas continué à vous confesser, et que vous avez remarqué en moi une répugnance pour vous donner ce secours. Souffrez que je vous représente que quand on croit qu'une liaison est de D[ieu] comme vous supposez la nôtre, il faut s'éclaircir simplement, et ne vouloir jamais deviner. Toute mon hésitation ne regardait que M. le 20 janvier 1702 TEXTE 227

c[omte] de [Montberon] ', par rapport à la cour et au public'. Si vous m'eussiez ouvert votre coeur sur votre désir, je vous aurais répondu que de ma part je n'avais aucune mesure à garder pour vos confessions, et que toute ma pente était de vous donner les secours nécessaires. C'eût été à vous à prendre vos mesures du côté de M. le C. de [Montberon] 3. Quand on veut pénétrer, au lieu de demander ingénument, on devient ingénieux à se peiner soi-même, et la délicatesse se tourne en gêne d'esprit. Vous m'avez assez déclaré qu'...4 n'est point le lieu où votre coeur est au large, et que votre paix intérieure ne se trouvait qu'à [Cambrai] s. Cependant vous êtes partie sans m'avoir consulté. Je comprends bien que certains embarras...6

800. A MICHEL CHAMILLART

[20 janvier 1702J.

Monsieur,

Je ne puis m'empêcher de vous importuner pour un grand intérêt de mon séminaire. Feu M. l'arch. de Cambray l'avait mis dans un château à une journée d'ici vers la frontière d'Espagne et avait acheté des deniers du séminaire, ce château avec une petite terre qui y est jointe'. J'ai cru qu'il était absolument nécessaire de mettre le séminaire sous mes yeux en cette ville', n'ayant rien de plus capital dans mes fonctions que de m'appliquer moi-même à la bonne instruction de ceux qui doivent être les pasteurs des âmes. Ce château où le séminaire était autrefois demeure maintenant inutile et est d'un grand entretien. La terre qui est d'un très petit revenu ne sert presque qu'à payer l'entretien et les charges 3. Cependant elle tient lieu de quatre vingt mille francs à notre séminaire qui n'a aucun autre bien que celui-là. Les terres se vendent encore assez cher en ce pays, et si nous vendions celle dont il s'agit, nous pourrions par un bon remploi faire valoir ce fonds du séminaire jusqu'à mille écus de revenu. Les occasions de vendre commencent néanmoins à devenir très rares par la misère incroyable où le vil prix du blé réduit le pays. Il se présente une occasion singulière de vendre ce château avec la terre à des carmélites chaussées qui voudraient s'y établir, si le Roi avait la bonté de leur accorder des lettres patentes pour cet établissement. Je n'ignore pas, Monsieur, la répugnance très bien fondée que Sa Majesté a de permettre que les communautés déjà très nombreuses continuent à se multiplier. Mais il s'agit d'un cas unique et sans conséquence. J'ose dire qu'il importe beaucoup au service du Roi aussi bien qu'à la religion, que le clergé d'un si grand diocèse sur la frontière puisse s'élever et se former dans de bons sentiments. D'ailleurs je prendrai la liberté de représenter avec le zèle le plus sincère et le plus profond respect que Sa Majesté n'a dans son royaume aucune église vers laquelle elle ait d'aussi pressants engagements que celle de Cambray dont le dépouillement fait par les rois d'Espagne est encore si récent'. Il ne s'agit d'aucun intérêt que je veuille ménager pour ma personne. Il n'est question que d'un bien spirituel des sujets du Roi, qui est très important pour le service du Roi même dans cette frontière. Le besoin en est incroyable dans notre clergé; quelque bonne volonté que j'aie, il m'est impossible de soutenir ce

228 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 janvier 1702

31 janvier 1702 TEXTE 229

séminaire , où un très grand nombre de jeunes gens ne peuvent payer leurs pensions. Si le Roi avait la bonté d'accorder des lettres patentes à ces Carmélites, elles s'engageraient à enseigner les jeunes filles de Valenciennes, parce qu'elles seraient à la porte de la ville et nous vendrions notre château, en sorte que notre séminaire aurait un peu de pain. Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Cambray 20 janvier 1702.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

800 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Marly ce 24 janvier 1702.

Monsieur,

J'ai lu au Roi la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur ce que vous avez fait pour établir l'ordre dans l'abbaye de Liessies. Sa Majesté en a paru très contente, et s'il revient de nouvelles plaintes contre l'abbé après les diligences que vous avez faites, je saurai bien les dissiper '. Je suis très parfaitement...

J'ai lu au Roi la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 20e de ce mois. Quelque envie qu'ait Sa Majesté de vous faire plaisir et de contribuer au bien que vous voulez procurer à votre séminaire en l'établissant solidement, le Roi n'a pas jugé à propos d'accorder des patentes aux religieuses Carmélites chaussées pour acheter le château et la terre où feu Mgr l'archevêque de Cambray l'avait mis; mais si vous avez dessein de vous en défaire, vous trouverez aisément des particuliers qui achèteront ces héritages '. Je suis très parfaitement...

A Cambray 27 janvier 1702.

Ne croyez pas, je vous conjure, Madame, que votre lettre m'ait fait d'autre peine que celle de prendre part à ce qui vous afflige. Vos défiances sur mon zèle pour vous, vous ont coûté beaucoup de travail d'esprit, et vous pouvez juger par là de vos délicatesses. En vérité je n'ai jamais eu qu'une véritable pente à faire tout ce qui pourrait vous être bon, et je n'ai été retenu que par des égards pour votre situation. Puisque votre mal ne vous permet pas d'aller en carrosse, il faut demeurer tranquille à... ', jusqu'à ce que vous soyez en état de marcher. Alors ne vous gênez en rien pour la dépense: vous n'en ferez ici aucune de sensible au-dessus de celle que votre domestique y fait déjà. Vous pourrez vous servir de la raison de votre santé, qui n'est que trop bonne pour ne sortir point. Vous aurez même des chevaux et un carrosse de céans à vos ordres. De plus vous pouvez compter sur telle somme qu'il vous plaira, sans que personne en sache rien. Il n'y aura aucune exception. Vous me paierez à votre très grande commodité. Vous ne répondez rien à tout cela, et vous devriez bien répondre simplement. Vous devriez faire un vrai scrupule d'être si réservée, puisque vous êtes convaincue que Dieu veut de l'ouverture et une entière simplicité. Comment auriez-vous la paix pendant que vous résistez à Dieu?

M. B[ourdon]2 m'a soulagé le coeur en me disant qu'il croit que les remèdes qu'il vous a conseillé de prendre, en attendant les eaux, peuvent avancer beaucoup votre guérison, et qu'elle sera achevée par les eaux prises au mois de juin.

Votre amie' est bonne et s'affermit dans ses bons désirs. Ses croix sont grandes. Mais il les lui faut aussi grandes qu'elle les a. Il n'y a que Dieu qui sache bien prendre la mesure à chacun de nous. Vous en prendriez trop en un sens, et trop peu en un autre, trop sur votre santé, et sur votre courage naturel, mais trop peu sur votre délicatesse. Toutes ces mesures sont fausses. Il n'y a qu'à laisser faire Dieu. C'est profondément couper dans le vif, que de ne retenir rien de ce qu'il ôte, sans vouloir retrancher ce qu'il ne retranche pas. Ce qu'on y ajoute n'est pas un retranchement véritable. C'est, au contraire, une recherche déguisée. Car c'est pour se donner une vie fine et cachée, qu'on pratique une mort extérieure et consolante. Je ne saurais vous rien dire de moi; car très souvent je n'en sais pas de grandes nouvelles. Quand j'en cherche j'en trouve de fort tristes. Je suis fort occupé de détails d'affaires, et de lettres à écrire. Les heures et les jours coulent en paix sèche, avec un certain soulagement de me sentir bien loin du monde. Dieu vous fasse simple et petite!

802. Au CARDINAL GABRIELLI

[31 janvier 1702].

Eminentissime Domine,

Quamquam1 grandis epistola summa taciturnitate occultari debet, de hoc tamen adjuncto epistolio altius silentium Eminentiam vestram oro impensissime.

1° Jesuitarum adversarii ovantes praedicant 2, legatum de investigando Sinensium cultu designatum 3 revocari; hanc quidem fuisse benignioris Pontificis industriam et indulgentiam, ne Societas tanti sceleris convicta, œterno opprobrio afficeretur, sed sanctissimum Patrem, reclamante fere unanimi sacro collegio, ab incoepto tandem desistere', reosque pro merito mox damnatos iri. Jesuitarum causam orare non est animus'. Sed rumorem hune Tate'

LE MÊME AU MÊME

A Marly ce 26 janvier 1702.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

230 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 31 janvier 1702

tanta confidentia disseminatum, me egerrime tulisse fateor. Aut in instituenda, aut in revocanda tam solemni legatione, tantus Pontifex flexilioris et fluctuantis ingenii atque animi argueretur. Ipsi auctores immutandi" consilii in hoc sibi forte clam gratularentur, quod tum Paulo minor videretur summa gentium admiratio, et illa quam sibi metuunt Pontificis auctoritas. Insuper et fausto omine Alexandri septimi decretum de cultu Sinensi rescindP gauderent. Enim vero is ipse qui Jesuitarum prœstigiis illusus Sinicœ idololatriœ favisset, quidni et pari illusione fuisset adversatus Augustino Hipponensi in Yprensi redivivo?

2° Tametsi de controversiis Lovaniensium parcissime loquor, hos tamen frequens audio liberrime disceptantes. Alii affirmant Pontificum bullas contra Baïum et Jansenium subreptitias esse, atque adeo nullas. Alii9 queruntur se nihil intentatum reliquisse, ut sedes apostolica, quis sit precise bullarum sensus ingenue declararet. Nodum secet, inquiunt. Expresse definiat, quenam sit urgentis prœcepti actualis possibilitas, dum actualiter deest gratia efficax ad actum precepti pernecessaria. Expresse definiat quœnam sit actualis dissentiendi potestas '°, dum actualiter adest gratia illa per se, id est ex sua natura sive essentia, efficax, indeclinabilis, insuperabilis, et omni potentissima. Nos sedem apostolicam a viginti annis compellamus, provocamus, fatigamus, ut nostram doctrinam aut condemnet aut ratam habeat. Tacet, et consentire videtur. Quin etiam doctissimi cardinales, ne in tuenda Augustini doctrina spondeamus animum, clam nos adhortantur. Porro summi Pontifices plus sue auctoritati quam doctrine consulentes, ab omni peremptorio decreto temperant, ne fragilis, et procellis jamdudum quassata infallibilitas huit scopulo illidatur ". Unde vagis ambiguisque responsis utrarumque partium '2 animos demulcent. His equidem nullatenus obsequor. Imo candidus et dolens obsto, titra tamen haud" decentis controversie periculum, et quoniam dies mali sunt, tempus redimo.

3° Nuper in lucem prodiit in nostro Belgio libellus, quo auctor pro virili suadet, ut professores Lovanii suis cathedris pellantur, qui quatuor Cleri Gallicani de pontificia potestate Propositiones amplecti et docere recusabunt '4. Quocirca vult institui formularium, quo singuli doctores Ultramontensium placita, tanquam regum potestati et securitati infensissima, ejurare cogantur. Hinc liquet, quo animo factio illa Pontificum totiusque curie Romance gratiam captet '5.

4° Dictitant D. Casonium, factum nuper '6 sancti Officii assessorem, sibi esse addictissimum, ac brevi cardinalem fore '', hunc scientia, ingenio, eloquentia, singulari denique apud sanctissimum Patrem gratia pollere.

5° Horum studia, odia, ingenium, vires, machinationes, suffugia, artes, fautores, patronos, scripta, dicta jampridem novi. Perspectum habeo quid in Galliis, quid in Belgio sit illis prœsidii; quid valeant antesignani, quid asseclœ. Quo plus se metui sentiunt, eo plus audent. At vero, si se minimum metui sentirent, brevi sane vilesceret meticulosa et enervis illa factio. Contra quo plus timet Ecclesia mater, eo minus ipsa timetur.

Summa cum observantia, devotoque animi cultu ero perpetuum, Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ humillimus, et obedientissimus servus.

Cameraci 31 Jan. 1702.

4 février 1702 TEXTE 231

803. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 4 février 1702.

Je vous envoie, Madame, une lettre de votre amie '. En vérité elle est en bon chemin, et son coeur est trop droit, pour n'être pas agréable à Dieu. J'espère que nous la verrons telle, que ces bons commencements la promettent. J'irai la voir un de ces jours. Sa santé n'est pas bonne. Comment va la vôtre? Ne pourriez-vous point m'en mander simplement l'état, ou prier Mad. la c[omtesse] de S[ouastre] de le faire? J'attends le retour de M...2 pour en savoir la vérité. D[ieu] soit avec vous. Je voudrais bien vous voir, et je voudrais que vous voulussiez simplement tout ce que vous pourrez vouloir là-dessus. Quand il ne tiendra point à vous que cela n'arrive, je m'accommoderai de tout dans l'ordre de D[ieu]. Ce que D[ieu] empêche, est bien empêché. Mais ce que nous empêchons faute d'être assez simples, est un dérangement de sa providence qui ne peut causer que du trouble et de l'imperfection. Encore une fois D[ieu] soit avec vous, et rien en vous que son seul esprit.

J'ai été fâché de ne pas voir dans la promotion' M. le C. de... M. le M. de...4 y méritait une place; mais il y a de ses aînés qu'on veut bien traiter, et qu'on a laissés comme lui'.

804. A LA MÊME

A Cambray 15 février 1702.

Je crains, Madame, autant que je le dois, de vous fatiguer en l'état où vous êtes. Mais je ne puis m'empêcher de vous représenter l'obligation de conscience où vous êtes de renoncer à la consolation d'aller à l'église les jours ouvriers. On assure que vous y allez deux fois chaque jour, et M. Bourdon ne hésite pas à croire que vous ne pouvez point ces jours-là descendre de votre appartement, ni même sortir de votre lit. Je ne puis douter ni de l'habileté très grande, ni de la piété sincère et exacte de M. Bourdon. Il ne raisonne point sur votre rapport. Ainsi vous ne devez pas craindre de vous être flattée en lui rapportant l'état de votre santé. Il ne décide que sur ce qu'il a vu, et sur les faits dont personne ne peut douter. De plus quand même vous vous tromperiez en exagérant vos maux, et que M. Bourdon, trompé par vous, vous tromperait à son tour, et vous dispenserait d'aller à l'église les jours ouvriers sans nécessité, vous devriez suivre sans scrupule sa décision. Il ne s'agit que d'une chose qui n'est pas de précepte dans l'Eglise, et vous ne commettriez pas le plus léger péché véniel en obéissant. D'ailleurs je suis votre pasteur, et je vous connais beaucoup plus que la plupart des pasteurs et des directeurs ne connaissent les âmes qu'ils conduisent. Je prends entièrement la chose sur moi devant Dieu. Quand même vous croiriez voir clairement que vous vous êtes flattée, et que vous êtes cause que M. Bourdon vous flatte dans sa décision, vous devriez vous défier de votre fond scrupuleux. Ne vaut-il pas mieux obéir à votre médecin très habile, à votre époux très pieux, à votre pasteur qui vous connaît à fond, et qui ne veut point engager témérairement sa conscience? Autrement, à force de vouloir assurer votre conscience,

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

232 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 février 1702

vous l'exposerez par présomption au plus grand péril; car vous préférerez votre propre sens à l'ordre de Dieu et à l'autorité légitime de tous les supérieurs, que la Providence vous a donnés pour votre conduite. Que répondriez-vous à Dieu, s'il vous disait: Vos supérieurs ont décidé; vous leur avez représenté toutes vos raisons. Ils les ont pesées. Ils ne les ont pas crues suffisantes pour vous laisser aller à l'église? Vous avez persisté à désobéir, vous avez préféré vos scrupules à l'obéissance et à la docilité. Vous vous êtes tuée vous-même par indocilité. Vous auriez été déchargée à mon jugement, quand même vous auriez manqué à garder le précepte, ne le faisant qu'après avoir représenté toutes vos raisons, et par pure obéissance à vos supérieurs, qui ne les ont pas jugées bonnes.

22 février 1702 TEXTE 233

une chose, dont il ne pourrait faire aucun usage. Voudrait-il nuire à la métropole de sa province, sans procurer aucun avantage réel à son diocèse? J'espère, Monsieur, que vous aurez la bonté de peser toutes les circonstances d'un cas si singulier, et si éloigné de la discipline de France. Enfin l'intérêt du Roi sur cette frontière vous touchera; les conséquences en sont claires: vous voyez mieux que moi qu'on ne doit pas se borner à l'état présent, où la bonne intelligence des deux couronnes suspend les jalousies et les ombrages'. Votre zèle et vos vues s'étendent plus loin. Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray le 16 février 1702.

[16 février 1702].

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

806. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Cambrai] 22 février 1702.

805. A J.-O. JOLY DE FLEURY'

Monsieur,

Je me trouve fort heureux d'être dans vos mains, pour un procès que j'ai malgré moi avec M. l'évêque de S. Omer. II me demande un tribunal d'officialité sous le ressort du parlement de Paris. Si vous avez la bonté de jeter les yeux sur les mémoires donnés autrefois de part et d'autre au Roi, sur cette affaire', vous verrez, si je ne me trompe, qu'il importe au service de Sa Majesté, dans les Pays-Bas, qu'on n'y fasse point cette innovation. Le véritable intérêt du Roi ne peut avoir toute sa force, Monsieur, que dans votre bouche. D'ailleurs voici une raison courte et simple, qui me paraît décisive. En France, les évêques ne peuvent juger en personne; ainsi les officiaux sont des juges nécessaires, qu'on doit multiplier suivant les besoins des divers ressorts : de là viennent les nouvelles et anciennes ordonnances, qui règlent cette multiplication, et qui n'ont jamais été reçues ici. Elles ne peuvent avoir lieu dans ce pays, où notre possession incontestable et paisible est de juger en personne toutes les causes que nous voulons, même celles qui ont déjà été commencées par nos officiaux. M. l'évêque de S. Orner, qui ne peut révoquer en doute ce droit, l'a reconnu dans son mémoire au Roi, et ensuite dans le présent procès. Vous y verrez, Monsieur, qu'il convient de me reconnaître pour juge des causes d'appel, toutes les fois que je les voudrai bien juger en personne; et que, pour ces cas-là, il ne demande point de juge sur les lieux. Ce fondement étant déjà posé par lui-même, tout se trouve fini par avance. Un official n'est point un juge nécessaire en ce pays. Je puis, du propre aveu de M. l'évêque de S. Orner, juger toutes ces causes: je l'ai pris au mot; je juge actuellement en personne toutes les causes d'appel, pour lesquelles il me demande un juge. Je déclare que je continuerai à les juger toutes sans aucune exception. Ainsi je rends par avance inutile tout ce qu'on peut me demander. Quand même j'aurais un official à S. Orner, il ne jugerait aucune cause; je les jugerai toutes à Cambray. Il ne serait official que de nom; ce ne serait qu'un fantôme: mais ce fantôme, sans faire aucun bien à M. l'évêque de S. Orner, nous ferait un mal infini du côté de la domination d'Espagne. Il me paraît que ce prélat n'avait pas besoin de me faire un procès, pour obtenir

On me demande, Monsieur, un témoignage pour Rome en faveur d'un jeune homme de Mons nommé Joseph des Marais, qui a étudié à Louvain'. Je vous prie de savoir quelles sont ses moeurs, sa piété, et les espérances qu'on peut avoir de lui pour le service de l'Eglise. Vous me ferez même un vrai plaisir, si vous prenez la peine de le voir et de l'entretenir, sans qu'il paraisse que je vous en aie prié. Vous trouverez facilement quelque occasion naturelle d'entrer en conversation avec lui. Je compte que vous me manderez librement la vérité.

Les conversations que nous avons eues ici me reviennent souvent dans l'esprit. Je crois que nous devons tous beaucoup prier pour les besoins de l'Eglise. Soyons humbles, recueillis, détachés de notre propre sens, dociles, et soumis sans réserve à l'autorité de notre mère, plus occupés de' l'édification de nos frères que de la dispute. Aimons-nous les uns les autres. Demeurez unis dans ce que nous connaissons', en attendant que D[ieu] nous éclaire sur ce que nous ne connaissons peut-être pas encore*. Quand nous vous reverrons, j'en aurai une véritable joie, car je vous aime toujours de tout mon coeur. Cupio te in visceribus Christi J'este Je me recommande aux prières du Père Robert6, et je salue toute votre famille'. Je compte d'aller à Mons après Pâques.

F. A. D. C.

806 A. DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON

Quoique Monsieur Du Puy connaisse mieux que personne mes sentiments pour votre Grandeur ', et soit par conséquent plus propre à vous marquer combien je vous honore; je ne puis me défendre de vous dire moi-même

Monseigneur,

[3 mars 1702].

234 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 mars 1702

3 mars 1702

TEXTE 235

que c'est avec un attachement inviolable, et que j'aurais besoin de beaucoup plus d'indifférence' que je n'en ai pour ne pas souhaiter l'honneur et le plaisir de vous en assurer de plus près; ne fût-ce que pour vous épargner la peine de me donner, par une voie aussi incommode que celle des lettres, les éclaircissements que je prends quelquefois la liberté de vous demander. On m'a dit que vous songiez à m'en donner sur ma dernière lettre'. J'ai eu l'honneur de vous prier, et je le fais encore présentement, de n'en rien faire, pour peu que cela vous coûte. J'ai vu depuis peu et lu avec beaucoup de plaisir, un petit traité de votre façon, sur la prière, que l'on a mis à la fin de celui de la solide piété`; et il m'a donné bien de l'éclaircissement. Ce qui m'a le plus charmé est ce que vous dites de l'habitude de la charité cachée dans nos coeurs': car il y a longtemps que je suis persuadé qu'elle est plus active qu'on ne la fait communément, et je la regarde comme le battement du coeur spirituel qui, quoiqu'imperceptible, n'est pas moins continuel que celui du coeur corporel; et qui devient formel et perceptible, lorsque nous avons actuellement l'idée de Dieu. Ce principe me paraît très beau et d'une grande fécondité pour la morale; et vous en touchez même plusieurs effets bien considérables et bien consolants, pour ceux qui peuvent se flatter d'avoir ce trésor dans le coeur. Cependant, Monseigneur, voici encore un nuage qui me l'obscurcit un peu; c'est que cet amour caché au fond de l'âme; ce battement du coeur spirituel est quelque chose de nécessaire: car il se trouve même pendant le sommeil'. Comment peut-il donc passer pour une vraie prière qui attire les regards de Dieu, qui nous mérite ses grâces, et qui efface même nos fautes légères? Ce qui n'est point libre; ce qui se passe d'ordinaire en nous, sans que nous nous en apercevions, peut-il avoir de si merveilleux effets?

Voici encore une seconde difficulté sur un autre endroit du même traité; vous dites qu'il faut continuer de se nourrir (dans la méditation) de certaines vérités dont nous avons été touchés, tandis qu'il leur reste encore quelque suc pour nous, tandis qu'elles ont encore quelque chose à nous donner'. C'est une pratique qui, de tout temps, m'a été fort ordinaire, et où je suis entré comme de moi-même: car je ne me souviens point d'en avoir jamais ouï parler, ni rien lu que dans votre traité de la prière. Mais il y a aussi longtemps que je suis en peine d'où vient que ces vérités nous deviennent enfin stériles, et qu'elles cessent de nous répandre leur suc. D'où vient même que dans une même méditation, le suc d'une vérité se dessèche à mesure qu'on s'y arrête; et que telle vérité qui aura d'abord charmé et transporté devient insensiblement insipide, froide, indifférente. S'il s'agissait du goût de choses matérielles, comme des aliments, des fruits, des liqueurs ; je comprends bien que le long et fréquent usage, l'application excessive pourrait l'émousser et même le ruiner absolument, parce qu'il dépend des fibres de nos sens qui s'émoussent elles-mêmes, qui s'usent, ou s'endurcissent par l'usage. Mais le goût de la vérité ne dépend point des organes des sens : on ne voit donc pas que l'application à la goûter doive en rendre le sentiment moins vif, ni la rendre elle-même sèche et insipide. Au contraire: si Dieu n'a attaché ce goût qu'à la vue de la vérité: plus on la considère, plus on devrait la goûter; puisque, comme vous le dites vous-même, Monseigneur, en y enfonçant de plus en plus, on y découvre de nouveaux trésors; et que ces vérités creusant elles-mêmes de plus en plus pour entrer jusque dans la substance de notre âme,. un seul mot tout simple entre alors plus avant que les discours entiers; cepen-

dant, Monseigneur, l'expérience, au moins celle que j'en ai faite, est souvent contraire. Et ainsi vous voyez que sur divers sujets, je trouve souvent en mon chemin, diverses difficultés; et que j'aurais besoin d'être un peu plus à portée de votre lumière. Je vous prie cependant, Monseigneur, de ne vous point embarrasser de celles-ci. Il suffira, si vous vous en souvenez, d'en dire un mot à Mr du Puy, par manière de divertissement et de conversation.

On vient de m'apporter un Journal des savants qui débute par un trop bel endroit, pour n'avoir pas l'honneur de vous en faire part; c'est l'analyse

d'un traité de l'amour de Dieu' fait par un protestant'°. Et quoique Mr Du

Pin", qui est l'auteur de cette analyse, ne soit pas trop favorable au bon

amour '2, il ne laisse pas de donner une assez avantageuse idée de cet ouvrage,

du moins en ce qui regarde le point précis du désintéressement de l'amour.

Voici un extrait du commencement de cette analyse : car elle est assez longue.

L'auteur de l'ouvrage prétend que c'est une espèce d'idolâtrie que d'aimer,

dans le bonheur éternel, les plaisirs, les joies, les avantages qui peuvent l'accompagner et d'en faire l'objet de ses désirs et de ses espérances. Et que l'amour pur et désintéressé est nécessaire à tous les fidèles pour être en état de grâce et de salut.

L'auteur de l'analyse porte toutes ces propositions et bien d'autres semblables, sans oser leur donner aucun signe de censure. Mais quand il en vient

à la seconde partie de l'ouvrage, où l'auteur traite des sacrifices du bonheur

éternel; c'est là où M. du Pin croit pouvoir risquer sa censure: mais il le fait

de manière à montrer qu'il entend peu ces matières, et il s'y contredit même

manifestement en déclarant également fausses, extravagantes et impies des propositions visiblement contradictoires et qui, par la force de la contradiction, ne peuvent être toutes deux vraies, ni toutes deux fausses. Mais il faut qu'on vous envoie ce journal, et je vais demander à M. du P.1' de vous le porter.

S'il est faux 1. qu'il ne soit jamais permis ni possible de faire un sacrifice absolu de la béatitude considérée comme distinguée de la sainteté; ni 2. de

faire un sacrifice conditionnel de son salut en regardant la condition comme

possible; n'est-il pas vrai 3. qu'il sera permis et possible de faire un sacrifice

conditionnel de son salut à la gloire de Dieu, en faisant abstraction de la possi-

bilité et de l'impossibilité de la condition? Et cependant M. du Pin déclare

que cette dernière proposition a l'air d'un paradoxe aussi faux que le sont les

précédentes, et que plusieurs théologiens prétendent qu'elle ne leur cède ni en

extravagance ni en impiété. En vérité c'est donner beau jeu à M. Saurin.

Mais, je ne prends pas garde que je vous fatigue peut-être de plus d'une

manière, et par l'étendue de ma lettre, et par la nature de certaines matières

dont vous ne voulez peut-être plus entendre parler. Pardon, Monseigneur, je me flatte que mon coeur ne vous est pas inconnu, non plus que la parfaite vénération avec laquelle je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 3 mars.

L'occasion du voyage de M. du P.' ' est trop belle pour ne pas tenter de vous faire voir par là un morceau du traité de l'amour de Dieu dont j'ai eu

F. F. L.

3 mars 1702

l'honneur de vous parler '4. Je le prie donc d'étudier vos moments de loisir pour vous engager à jeter les yeux dessus, et au cas qu'il y puisse parvenir sans vous être incommode; agréez, Monseigneur, que je vous prie très humblement d'avoir la bonté de me marquer ce que vous pensez du dessein général et de cette première partie; qui n'est proprement qu'un prélude pour la suite.

806 bis. G. B. BUSSI AU CARDINAL PAOLUCCI

[3 mars 1702].

...Ho poi ' ricevute Lettere degli Ordinarii di diverse diocesi, che si lamentano assai di simil' attentato di laici, e più di tutti Monsignor Arcivescovo di Cambrai, corne quello, che hà molti luoghi nella sua diocesi soggetti alla Spagna, il quale implora la mia assistenza, mostrando per altro di non voler'ubbidire all'ordine de Laici. Le risposte, che hô date, sono state in termini di lodare il loro zelo2, e significare d'haver qui fatte le mie parti, medianti le quali sperano, che dovesse cessare tal'intrapresa... Brusselles, 3 Marzo 1702. 13 mars 1702

un procédé si peu soutenable. Je ne puis, Monseigneur, que m'adresser à vous, pour vous supplier instamment d'y mettre ordre. Vous avez la main si

bonne, que j'en attends un miracle'. Au reste, le sieur Desmoulins est venu me présenter une requête de plaintes contre M. l'abbé, sur ce qui le diffame. Je n'ai pu m'empêcher d'apostiller sa requête, suivant l'usage du pays; autrement il se serait pourvu sur le déni de justice; et j'ai cru qu'il fallait retenir cette cause, pour l'empêcher de faire trop de chemin. J'ai là-dessus la meilleure intention qu'on puisse avoir. Mon apostille se borne à ordonner que la requête soit communiquée à M. l'abbé, pour y répondre dans la quinzaine'. On assure que M. l'abbé a toujours ses nièces tout auprès de lui. Elles ne sont plus, dit-on, dans l'abbaye, mais à la porte, où le commerce n'est pas diminué. Il devrait songer aux paroles données. De plus, je ne dois pas souffrir dans le diocèse, des religieuses si étrangères, qui n'ont aucune bonne raison d'y demeurer, ni aucune permission de moi pour s'y arrêter. Enfin, on assure que son neveu, loin de se retirer, est maintenant receveur de l'abbaye, et gouverne toutes les religieuses'. Je ne sais faire qu'une seule chose, qui est de vous exposer ma peine, de vous ouvrir mon coeur, et d'attendre le remède de votre sage et charitable médiation. Je suis pour toute ma vie, avec le zèle le plus sincère, etc.

808. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 13 mars 1702.

807. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 12 mars 1702.

Vous avez bien voulu me permettre de vous importuner hier en ce qui regarde M. l'abbé de Liessies. Voici une chose qui mérite que je vous en rende compte. On m'a montré une copie certifiée véritable, et vidimée sur l'original par le greffier de la cour de Mons, d'un imprimé où l'on me fait parler dans la conclusion de ma visite de Liessies. On m'y fait dire beaucoup de choses que je n'ai jamais dites, et que je n'aurais pu dire que contre ma conscience'. On prétend que M. l'abbé de Liessies a fait imprimer ce discours, et même qu'il l'a envoyé à M. Chamillard. Quoi qu'il en soit, j'ai une copie de cet écrit, faite sur l'imprimé, et certifiée conforme par le témoignage du greffier de Mons. Après tout ce que vous savez, Monsieur, que j'ai fait pour M. l'abbé, lui était-il permis de donner au public mon discours imprimé, sans ma permission? Devait-il prendre cette liberté, pour un discours fait en chapitre, dans le secret d'une visite, pour finir les discussions d'une communauté? Pouvait-il me faire dire ce que je n'ai jamais dit ni pensé'? Le moins que je puisse demander de lui, c'est qu'il désavoue par écrit, et d'avoir fait imprimer ce discours, et qu'il reconnaisse qu'il n'est pas conforme à ce que j'ai dit. Autrement, je serais contraint de déclarer par quelque acte public, qu'on m'a imposé', et que cet imprimé est faux : ce qui ferait un tort infini à M. l'abbé, dans les conjonctures présentes. Je ne puis douter que cet écrit ne soit imprimé. De plus, on me fait espérer que je l'aurai dans deux jours entre les mains. En vérité, il est étonnant que M. l'abbé se soit engagé dans

Mad. d'Oisy ' me fit comprendre hier confusément et à la hâte, quand j'allais prêcher, ce que je n'avais pas encore2 compris. En vérité, Madame, j'en ai le coeur pénétré. Je ne raisonne point pour savoir si votre peine est bien fondée. Je commence par me donner un tort infini, et je ne songe qu'à compatir du fond de mon coeur à la peine du vôtre. Mais Dieu m'est témoin que je n'ai jamais cru vous manquer en rien. Je ne le dis ni par politesse, ni par envie de vous consoler. Il sait que rien ne pourrait me faire dire ce que je ne croirais pas exactement vrai. Mais laissons tout le passé, et ne regardons que le présent. Supposons que je vous aie manqué. Est-ce une bonne raison pour faire à Dieu ce que je vous ai fait, et pour lui manquer comme je vous ai manqué? Voulez-vous que Dieu soit aussi mécontent de vous que vous l'êtes de moi? Vous croyez que Dieu veut que je vous aide à le servir, et à faire sa volonté. Je suis prêt à le faire. Je m'y offre de toute l'étendue de mon coeur. Dieu voit que je ne saurais aimer en lui une soeur plus cordialement, et que je donnerais ma vie pour vous. Il voit combien vos peines m'affligent, et à quel point je souhaite de les guérir. Prenez-moi tel que je suis, sec, rebutant, irrégulier, négligent, manquant d'attention et de délicatesse. Je veux me corriger pour vous, et l'envie de bien faire à votre égard me redressera. Mais enfin regardez en moi, non mes défauts naturels, mais le dessein de Dieu, dont je ne suis que le vil et indigne instrument. Mes défauts serviront plus que mes bonnes qualités à vous rendre telle que Dieu vous veut. Je suis tout propre à vous faire mourir à vous-même par ma sécheresse. Votre délicatesse excessive a besoin de mes irrégularités et de mes négligences. Si vous cherchez à satisfaire votre goût, vous manquez à Dieu. Si vous ne cherchez que Dieu

238 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 14 mars 1702 18 mars 1702 TEXTE 239

seul, il faut me regarder d'une vue de pure foi, et sacrifier toutes les délicatesses de votre amour-propre. Encore une fois Dieu veut que je vous aide, et je veux vous aider. Ne vous serviriez-vous pas d'un Arabe ou d'un Chinois, si Dieu vous le donnait pour guide'? Je n'ai aucune peine à vous confesser. Je vous donnerai avec plaisir le temps nécessaire. En vous offrant ce secours, je ne crois vous rien offrir. Ne me comptez pour rien. Mais voyez ce que D[ieu] demande, et ne lui opposez pas vos délicatesses. C'est aux siennes que toutes les vôtres doivent céder. Ce que je vous demande pour la paix de votre coeur, et pour l'accomplissement des volontés de D[ieu] sur vous, c'est que vous reveniez ici dès le moment que votre santé vous le permettra. Je souffre beaucoup d'une très opiniâtre douleur de dents depuis près de trois semaines; mais rien ne m'empêchera de vous aller voir, si vous me laissez espérer que ma visite vous sera utile, et consolante. Au nom de D[ieu], Madame, ne lui résistez pas pour vous priver d'un secours auquel il veut vous assujettir.

A ACHILLE III DE HARLAY

[14 mars 1702].

Monsieur,

J'apprends que M. Vaillant' a dit dans son plaidoyer quelques paroles inutiles à ma cause, et qui peuvent déplaire à M. l'évêque de S. Orner'. La lettre que j'avais écrite à M. Vaillant, avant qu'il plaidât, était faite pour prévenir cet inconvénient. Je ne lui recommandais rien tant, que la douceur, la modération, et le respect pour mon confrère. Cette lettre sera mise en original dans vos mains, Monsieur, si vous le jugez à propos. Je ne prends la liberté de vous importuner de ce détail, qu'à cause que je crois vous devoir par respect rendre compte de ma conduite sur les choses qui se sont passées devant vous. Les ordonnances n'obligent point le parlement à faire multiplier les officialités. Elles le laissent libre d'examiner si ces multiplications sont nécessaires en chaque cas particulier. Ainsi, Monsieur, vous êtes juge de toutes les raisons qui peuvent s'opposer à ces nouveaux établissements. On peut assurer même que ces ordonnances ne peuvent avoir aucun lieu dans un pays où les officiaux ne sont pas des juges nécessaires, parce que l'évêque y est en paisible possession de juger tout immédiatement en personne. Les causes d'appel d'un aussi petit diocèse que celui de S. Orner, dont il n'y a qu'une partie qui soit du ressort du parlement de Paris 3, ne sont pas nombreuses, et il y a déjà cinq ans que je les juge toutes moi-même sans aucune exception. C'est ce que je continuerai avec la dernière exactitude. Ainsi l'official qu'on me demande ne pourrait jamais servir de rien au prélat qui l'a demandé. En l'obtenant il ne se procurerait aucun bien réel, et nous ferait beaucoup de mal pour les suites. Vous savez, Monsieur, que selon le style de Rome suivi dans les Pays-Bas, qui dit official, dit vicaire général, et qui dit vicaire général, dit official'. Quand les Espagnols ont voulu soustraire à la juridiction d'un évêque français la portion de son diocèse, qui était dans leurs Etats, ils lui ont demandé un official sur les lieux, c'est-à-dire un vicaire général official qui gouvernât tout, en sorte que l'évêque n'y allât pas même faire ses visites. C'est ainsi qu'ils avaient fait mettre un vicaire général official à Douay depuis qu'Arras était à la France, et c'est ainsi qu'ils pourraient, sur l'exemple très dangereux de M. l'évêque de S. Orner, me demander un vicaire général official, pour m'exclure du gouvernement de la moitié de ce diocèse; ce qui y ferait ici' une espèce de schisme. M. l'évêque de S. Orner voudrait-il nous faire ce mal, sans se faire aucun bien? M. l'archevêque de Malines n'a point d'official à Ypres6. Pourquoi l'archevêque de Cambray sujet du Roi serait-il moins favorablement traité en France, qu'un archevêque de domination étrangère? Nul Artésien n'entre dans la demande que M. l'évêque de S. Omer fait tout seul. Au contraire, ses diocésains, qui appellent de ses sentences, aiment beaucoup mieux venir plaider ici en liberté, que d'être réduits à procéder devant un official métropolitain, qui serait à Saint-Omer, et qui n'oserait condamner son propre évêque sous ses yeux. A l'égard des faits qu'on avance pour moi, Monsieur, je n'ose répondre qu'ils seront toujours exposés avec exactitude, parce que je suis réduit à les faire passer par le canal de gens qui ne sont qu'à demi instruits'. On peut aussi vous en alléguer de contraires, qui ne seront pas d'une parfaite exactitude. Mais outre que la réponse que je fis devant le Roi au Mémoire de M. l'évêque de S. Orner, fournit un éclaircissement sur la plupart des faits, et que j'ai eu l'honneur de vous l'envoyer, de plus je ne demande, Monsieur, qu'un temps très court, pour rapporter des preuves décisives de tous les faits que j'aurai soutenus°. Je suis honteux d'une si longue lettre. Mais j'espère que vous aurez la bonté d'avoir égard à l'importance de la matière et à l'absence d'une partie qui est presque sans secours.

Je suis avec le respect le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray le 14 mars 1702.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

J'ai envoyé, Monsieur, notre capitulation de Cambray, et l'arrêt du conseil qui confirme notre officialité dans la possession de juger selon ses coutumes, sans s'assujettir à celles de France. On m'a mandé qu'on avait produit un arrêt du Parlement de Paris, qui est conforme à la capitulation et à l'arrêt du conseil'. J'espère que ces pièces établiront le principal fait.

810. A AUGUSTINE LAMBERT', ABBESSE DES PRÉS, A TOURNAI'

A Cambray, 18 mars 1702.

Il y a quelques jours, Madame, que nos députés à Bruxelles pour l'affaire que nous avons avec le clergé du Hainaut espagnol, sont de retour de cette ville'. Ils ne peuvent continuer leurs diligences pour obtenir un règlement jusqu'à ce que les intéressés aient fait une nouvelle délibération sur un plan que Mess" les commissaires établis par les deux Rois, leur ont proposé. Ainsi nous ne pouvons nous dispenser de nous assembler ici une seconde fois, et j'ai cru qu'on le pourrait faire commodément le mardi e du mois

240 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 mars 1702

prochain. Prenez s'il vous plaît la peine d'y faire trouver quelqu'un suffisamment autorisé de votre part, afin de concerter tous ensemble les mesures que nous devons prendre pour finir cette affaire. Nous commencerons audit jour ci dessus marqué vers les neuf heures du matin. Je suis très parfaitement, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

811. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] 18 mars 1702.

Quoique votre réponse, Madame, ne me donne pas tout ce que je souhaite, elle ne laisse pas de me faire sentir une véritable joie. Vous voyez ce que D[ieu] demande de vous. Voudriez-vous le lui refuser? Vous voyez que ce qui résiste en vous à l'attrait de grâce, n'est qu'une délicatesse d'amour-propre. Oseriez-vous opposer aux miséricordes de Dieu les raffinements de l'orgueil, et les recherches les plus subtiles de vous-même? Vous, Madame, qui faites tant de scrupule d'une pensée involontaire, et par conséquent très innocente; vous qui vous confessez si souvent pour les choses qui ne méritent aucune confession, ne ferez-vous aucun scrupule, et ne vous confesserez-vous point d'avoir résisté au Saint-Esprit pendant une année', par une délicatesse d'amour-propre, qui rejette les dons de Dieu, à moins qu'ils ne viennent par un canal propre à vous flatter? Eh! qu'importe quand vous recevriez les dons de grâce, comme les pauvres mendiants reçoivent du pain? Ces dons n'en seraient que plus purs et plus précieux. Votre coeur n'en serait que plus digne de D[ieu] s'il attirait par son humilité et par son anéantissement le secours que D[ieu] lui prépare. Est-ce ainsi que vous vous désappropriez de vous-même? Est-ce ainsi que vous regardez l'instrument de D[ieu] en pure foi? Est-ce ainsi que vous mourez à toute vie au dedans de vous-même? A quoi vous servent les lectures sur l'amour le plus pur, et vos oraisons fréquentes? comment pouvez-vous lire ce qui condamne le fond de votre coeur? Non seulement l'intérêt propre, mais l'intérêt d'un orgueil raffiné vous domine, jusqu'à vous faire rejeter le don de Dieu, parce qu'il ne vous vient pas d'une manière à contenter votre délicatesse. Comment pouvez-vous faire oraison? Qu'est-ce que D[ieu] dit dans le silence amoureux de l'âme? Il ne demande que mort, et vous ne voulez que vie propre. Lui pourriez-vous dire dans l'oraison: Je ne veux de votre grâce qu'à condition que vous la ferez passer par un quelqu'un à qui je n'arrache rien, et qui contente la vaine délicatesse de mon coeur? Lui oseriez-vous dire: Je suis jalouse? Ne vous répondrait-il pas': Et moi, je suis jaloux. Mais la jalousie n'appartient qu'à moi seul, et c'est à la mienne qu'il faut sacrifier la vôtre'? O mon Dieu ! ramenez ce coeur. Montrez-lui l'horrible danger de cette tentation. Rendez-la jalouse pour vous et non pour elle. Ôtez-lui ces indignes délicatesses pour elle, et donnez-lui toutes celles de votre pur amour.

Mes dents ne me tourmentent plus. J'irai bientôt vous voir, et je compte qu'ensuite vous viendrez ici. Je loue D[ieu] de ce que le mal est découvert.

20 mars 1702 TEXTE 241

La découverte est la guérison. Ne vous troublez point. Mais soyez simple et petite. Abandonnez-vous à Dieu avec confiance.

812. A ACHILLE III DE HARLAY

A Cambray 20 mars 1702.

Je vous dois et vous fais avec une parfaite sincérité un très humble remerciement sur l'arrêt qui vient d'être donné dans l'affaire que j'ai avec M. l'évêque de S. Orner '. Il ne me reste qu'à vous supplier, Monsieur, d'avoir la bonté de nous donner un rapporteur tellement attentif à toutes les raisons du fond de la cause, que je n'aie rien à craindre, ni de l'habileté, ni du crédit, ni de la présence de ma partie sur les lieux, ni de mon absence, ni de ma situation2. Je ne saurais craindre aucun de ces inconvénients, dès que je pense que je serai dans les mains d'un rapporteur que vous aurez choisi.

Je suis avec la vénération et le respect le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

813. A MAIGNART DE BERNIÈRES A Cambray, 23 mars [1702?]'.

[« Pièce toute relative aux démêlés avec l'abbé de Liessies. »] Je ne cherche que paix et amitié...

814. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray, 30 mars 1702.

Votre lettre, Madame, me donne une des plus sensibles consolations dont je sois capable. J'y vois renaître dans votre coeur les principes de grâce, qui étaient comme étouffés par la peine d'esprit. C'est l'enfant qui revient à sa mère, et qui la reconnaît. Béni soit celui qui rend la paix à ses enfants! Ma joie présente vous répond de ma bonne intention passée. Je ne rappelle point le passé pour me justifier, mais seulement pour vous épargner une peine à vaincre, je veux dire celle de croire que j'ai bien voulu vous abandonner dans votre besoin. Donnez-moi tous les autres torts que vous croirez me devoir donner. Mais au nom de Dieu ne me donnez jamais celui d'avoir voulu vous refuser le secours que vous me demandiez. Mon intention n'a jamais été que de faire pour vous tout ce que votre besoin et mon attachement pouvaient demander. N'y pensons plus, et reprenons avec simplicité en parfaite union de coeur tout ce que la tentation a interrompu. Vous marchiez si bien, dit l'apôtre aux Galates ': vous auriez arraché vos yeux pour me les donner. Qui est-ce qui vous a enchantés, afin que vous n'obéissiez plus à la vérité? Ne

242 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1702

12 avril 1702 TEXTE 243

vous étonnez point que vos peines se réveillent et vous ébranlent. C'est une croix qu'il faut porter patiemment comme les autres. Elle diminuera chaque jour, si vous ne la grossissez point, en vous l'exagérant à vous-même, et si vous rentrez avec foi dans vos lectures et dans votre oraison. C'est là que vous trouverez tout ce qui vous manque. Il faut remettre peu à peu votre coeur flétri et resserré, comme on remet peu à peu un malade, en l'accoutumant par un régime presque insensible aux aliments solides dont sa langueur l'avait privé. Notre pendule' est excellente. Elle m'édifia et me contenta infiniment, quand je la vis dans votre cabinet. Je ne saurais la blâmer de m'avoir tout dit sur les lettres. Je n'en dirai jamais rien à votre amie', et ce que je sais est comme si je ne le savais pas. Je n'en ferai aucun usage que pour me corriger, et pour agir avec plus d'attention, si je le puis, et si vous le voulez. Il me tarde de vous voir ici. J'espère que j'en aurai la joie, si vous avez bien soin de votre santé pour pouvoir revenir d'abord après Pâques'. En attendant prenez quelquefois le bon saint que vous avez tant aimé'. Je ne saurais croire qu'il soit hors de votre coeur. Il vous parlera mieux que moi, et en faisant sa paix, il fera la mienne. Il n'est pas sec et irrégulier comme moi. Vous ne sauriez tenir contre lui. Il vous renouvellera en N[otre] S[eigneur] en vous faisant sentir l'onction de l'esprit de Dieu.

815. A LA MÊME

A [Oisy], 6 avril 1702.

Je ne saurais, Madame, assez louer Mad. la c[omtesse] de S[ouastre] qui m'a apporté vos deux lettres. La seconde avait besoin de la première, pour me consoler. On ne peut vous plaindre plus que je le fais, ni être moins en peine de votre état. Les deux personnes que j'aperçois en vous ne m'étonnent point. Chacune parle sa langue naturelle. Il faut que l'une cède à l'autre. C'est de quoi je ne saurais douter. Les sentiments et les discours de la personne révoltée ne sont pas de votre véritable fonds. L'autre personne est la véritable qui veut ce qu'elle pense et ce qu'elle dit. Vous le voulez lors même que vous ne croyez plus le vouloir. Et vous ne voulez ni ne croyez jamais ce qui passe par l'imagination et par le sentiment de cette autre personne qui assure tout ce qu'elle sent et imagine. Il n'y a que l'expérience des peines intérieures qui donne la clé de ce mystère. Encore une fois, je suis très sensible à votre peine, mais nullement en doute de ce que Dieu veut et fait en vous. Je vous réponds de votre coeur et je suis sûr de sa fidélité uniforme dans toutes ces variétés apparentes. Je vais savoir de M. [Bourdon] ' le temps précis où vous pourrez nous revenir voir. Dieu sait quelle sera ma joie. Je retarderai mon départ le plus que je pourrai, pour avoir l'honneur de vous entretenir à Cambray avant mon départ. Demandez à notre bon sainte, qu'il vous obtienne la paix et l'élargissement de votre coeur. Unissez-vous, je vous conjure, à mes intentions pour l'oeuvre de Dieu en vous. Notre visite se passe gaîment. Mais elle eût été bien plus jolie, si chacun n'eût pas senti que vous y manquiez. Notre bonne pendule' est toute d'or. Rendez-lui tous les secours qu'elle vous donne.

816. A LA MÊME

A Cambray, 12 avril 1702.

M. [Bourdon], que j'ai entretenu depuis son retour d'Arras, pense que vous pourriez, Madame, revenir ici la semaine de Pâques, c'est-à-dire avant le dimanche de Quasimodo. Mon Dieu, que je serais aise de vous y voir avant mon départ ! S'il ne fallait que le différer un peu pour vous attendre, je n'y manquerais pas. Mais j'espère que vous viendrez dans ce temps que M. [Bourdon] propose. Si vous ne venez point dans ce temps-là, il croit qu'il faudra retarder d'un mois votre retour. C'est sur quoi je conjure Madame la c[omtesse] de S[ouastre] de prendre des mesures justes, car je ne me fie à vous, Madame, qu'à demi sur ce chapitre. J'espère qu'elle examinera vos forces, pour décider du parti à prendre. J'avoue que je crains un peu le long séjour que vous feriez ici toute seule, si vous veniez tard. Mais d'un autre côté je serais ravi de vous voir dans votre place naturelle et de vocation, et de vous entretenir avant mon départ. Si vous ne voulez point m'écrire là-dessus, du moins faites-moi mander toutes choses par Mad. la c[omtesse] de S[ouastre]. Je sais que vous n'irez point du tout à l'église pendant ces fêtes. Je m'en réjouis, car c'est une précaution nécessaire pour la vie de votre corps, et Dieu permet ce besoin pour en tirer la mort de l'esprit. J'irai à l'église pour vous, et ne cesserai point de vous y porter devant Dieu pour lui demander la paix du coeur, dont vous avez un si grand besoin. II vous est dur de regimber contre l'aiguillon'. Toutes vos peines ne viennent que de résistance, et de travail d'esprit contre la simplicité de l'attrait divin. Qui est-ce qui a résisté à Dieu, et qui a eu la paix'? Ce trouble est un trait de la miséricorde, qui veut subjuguer votre coeur. Cédez, et la paix sera sur vous. Je la demande, demandez-la de votre côté. Que notre bonne et chère pendule' se joigne à nous dans cette demande. Trois assemblés en foi au nom du Seigneur' lui feront violence, et il ne pourra nous refuser. J'en ai la foi. Ayez-la aussi. Mais dites-le de plein coeur au maître, et puis ne vous écoutez plus. Je donnerais ma vie pour vous voir dans cette bienheureuse paix, où Dieu règne seul. Amen, amen.

Je ne saurais guère partir d'ici avant le 27 de ce mois; mais je serai alors fort pressé de le faire.

G. B. BUSSI' A FÉNELON

(13 avril 17021.

Illustrissime, ac Reverendissime Domine,

Ex relatione per me facta ad Sanctissimum Patrem et Dominum, de perspecta illustrissime ac reverendissimœ Dominationis vestrœ pietate et zelo, quo laicorum attentatui super nota quadragesimalis abstinentiœ dispensatione2, strenue sese opposuit, gratissima mihi ad illustrissimam ac reverendissimam Dominationem vestram scribendi occasio se profert. Significandum enim eidem habeo approbatam non minus, sed et summopere commendatam pastoralem vestram vigilantiam et fortitudinem, maximum

816 A.

244 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

17 avril 1702

TEXTE 245

17 avril 1702

Dominationi vestrœ illustrissime ac reverendissimœ meritum comparasse apud Sanctitatem Suam, que Prout idem constantis animi robur in aliis etiam laicorum conatibus contra libertatem ecclesiasticam experiri in illustrissima ac reverendissima Dominatione vestra non dubitat, sic ad eamdem semper firmiter ac vigorose tuendam, suam Sanctissimus Dominus assistentiam operamque non defuturam promittit. Lœtor insuper quod dum de hujusmodi laude singulari virtuti vestrœ dignissime collata gratulor, felices rerum eventus in Paschalibus solennitatibus3 illustrissime ac reverendissimœ Dominationi vestrœ apprecandi, honor mihi exhibeatur. Cui quidem obsequii debito, devinctissima erga prœclarum vestrum meritum observantia satisfaciens, inscribor, Illustrissime ac Reverendissime Domine, Illustrissime ac Reverendissime Dominationis vestrœ humillimus et obsequentissimus famulus.

Bruxellis, 13 aprilis 1702. JO. BAPT. BUSS1US.

Abbas S. Salvatoris.

817. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 17 avril 1702.

Je suis véritablement affligé, Madame, du fâcheux contre-temps du passage de Mad. la maréchale de Boufflers'. Mais je ne puis m'empêcher d'entrer dans la pensée de M. le comte de Monbron et de M. Bourdon. Si vous arriviez ici dans le temps de ce passage, vous auriez outre la fatigue de votre voyage, les peines, les inquiétudes, et les assujettissements que votre naturel rendrait inévitables. En voilà plus qu'il n'en faudrait pour vous faire retomber dans un mal qui pourrait être incurable. D'ailleurs, ce temps étant une fois passé, M. Bourdon n'oserait vous faire partir. Je lui ai dit tête à tête tout ce que je pouvais lui dire discrètement pour l'engager à vous faire partir dès que Mad. la maréchale sera passée. Il ne croit pas qu'il lui soit permis de vous mettre dans un si évident péril. Voilà donc la Providence qui décide absolument, et nous n'avons plus qu'à l'adorer en paix. Ce qu'il y a de bon, c'est que ma course ne peut être longue, parce que je suis engagé à revenir pour le concours à la Pentecôte' au plus tard. En attendant, malgré mes embarras de visites je vous écrirai souvent. Du moins je le ferai toutes les fois que j'aurai des occasions sûres par Cambray. A mon retour, j'espère que nous aurons ici Mad. la d[uchesse] de Mortemart, qui viendra aux eaux'. Je serai ravi° que vous puissiez faire connaissance. Vous en serez bien contente, et bien édifiée. En attendant je vous recommande à D[ieu] et à notre bonne pendule'. Ne vous défiez jamais de l'ami fidèle qui ne nous manque point, quoique nous lui manquions si souvent. Je suppose toutes les infidélités imaginables en vous, et je mets tout au pis-aller. Hé bien! que s'ensuit-il de là? Si vous avez manqué à Dieu, en vous éloignant d'ici, il n'y a qu'à ne plus lui résister, et qu'à rentrer dans votre place. Dieu n'est pas comme les hommes dont la vaine délicatesse se tourne en dépit et en indignation sans retour. Quand vous auriez manqué à D[ieu] cent et cent fois, revenez sincèrement, cessez de lui résister. Aussitôt il vous tend les bras. C'est lui-même qui vous a prévenue de miséricorde, et qui a mis dans votre coeur le désir de retourner vers lui. Comment ne recevrait-il pas avec bonté un sentiment de votre coeur que sa bonté même y a formé? Que craignez-vous, ô âme de peu de foi? Vous serez seule, il est vrai, cinq ou six semaines. Mais est-ce être seule que d'être avec Dieu? Quand il nous unit à quelque créature, et nous assujettit à cette union, il faut y être attaché non par espérance en la créature, mais par pure fidélité à Dieu qui veut se servir de cet instrument. Mais tout consiste à ne résister point à cet ordre de Dieu, et à le suivre avec petitesse. Désirez la chose, cessez d'y résister intérieurement, tout est fait. Dieu n'a pas besoin de la présence sensible pour tirer les fruits des unions qu'il opère: la seule volonté suffit. On demeure uni, la mer entre deux: on est intimement en société dans le sein de celui qui ne connaît aucune distance de lieux, et qui anéantit toutes les distances par son immensité. On se communique, on s'entend, on se console, on se nourrit, sans se voir, et sans s'entendre. Dieu prend plaisir à suppléer tout. Est-on ensemble, sans correspondre de coeur, et sans acquiescer à l'union que D[ieu] veut, on s'agite, on se dessèche , on s'épuise, on dépérit, et la paix fuit d'un coeur qui résiste à Dieu. Est-on à mille lieues les uns les autres, sans espérance de se voir ni de s'écrire, la seule correspondance de volonté détruit toutes les distances. Il n'y a point d'entre-deux entre des volontés dont D[ieu] est le centre commun. On s'y retrouve, et c'est une présence si intime, que celle qui est sensible n'est rien en comparaison. Ce commerce est tout autre que celui de la parole. Les âmes mêmes qui sont dans cette union sont souvent ensemble sans pouvoir se résoudre à se parler. Elles sont trop unies pour parler, et trop occupées de leur vie commune pour se donner des marques d'attention. Elles sont ensemble une même chose en D[ieu] comme sans distinction. D[ieu] est alors comme une même âme dans deux corps différents6.

Demeurez donc, Madame, en paix dans le lieu où D[ieu] vous retient. Mais que votre coeur soit tout entier où il vous appelle. La paix ne dépend que de la non-résistance de la volonté. Reprenez doucement vos anciennes lectures. Remettez-vous en commerce avec votre bon et ancien ami S[aint] Fr[ançois] de Sales. Faites comme une personne convalescente. Il la faut nourrir d'aliments délicats, et lui en donner peu et souvent. C'est une espèce d'enfance. La lecture ramènera peu à peu l'oraison. L'oraison élargira le coeur, et rappellera la familiarité avec l'Epoux. Laissez faire Dieu. Unissez-vous', je vous en conjure, à mes intentions. Pour moi je vous porterai devant D[ieu] partout où j'irai, et vous me serez partout présente en foi. Je ne saurais douter sur votre retour et sur les desseins de Dieu. Mais ne résistez pas. Continuez à vous ouvrir bonnement et simplement à votre chère fille. Je lui donne puissance pour vous consoler et soutenir, en attendant mon retour. C'est l'Esprit consolateur qui fait par lui-même tout ce qu'il lui plaît. Rien de tout ce qu'il ne fait pas dire n'est parole de vie. Ce qu'il fait dire par quelque bouche que ce soit, se fait sentir et opère jusqu'au fond de l'âme: c'est la voix toute-puissante du Créateur. Un mot dit tout et fait tout. Les plus solides discours ne disent et ne font rien. O qu'il me tarde de vous revoir! mais sans impatience. D[ieu] soit avec vous. Amen, amen.

246 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 avril [1702]

817 A. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

A Pérone, le 25 avril, à 7 heures [1702].

Je ne puis me sentir si près de vous, sans vous en témoigner ma joie, et en même temps celle que me cause la permission que le Roi m'a donnée de vous voir en passant'. Il y a mis néanmoins la condition de ne vous point parler en particulier; mais je suivrai cet ordre, et néanmoins pourrai vous entretenir tant que je voudrai', puisque j'aurai avec moi Saumery, qui sera le tiers de notre première entrevue, après cinq ans de séparation. C'est assez vous en dire, de vous le nommer, et vous le connaissez mieux que moi pour un homme très sûr et, qui plus est, fort votre ami'. Trouvez-vous donc, je vous prie, à la maison où je changerai de chevaux, sur les huit heures ou huit heures et demie. Si par hasard trop de discrétion vous avait fait aller au Casteau, je vous donne le rendez-vous pour le retour, en vous assurant que rien n'a jamais pu diminuer ni ne diminuera jamais la sincère amitié que j'ai pour vous'.

Louis.

818. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 26 avril 1702.

Je vous envoie, Madame, deux lettres de votre amie'. Elle était ici avant-hier, toujours en grande impatience de votre retour. Je ne l'attendrais pas moins impatiemment qu'elle si je ne devais partir après-demain. J'aimerai pourtant beaucoup mieux pendant mon absence vous savoir à Cambray qu'à Arras'. Donnez-moi de vos nouvelles, comme j'espère vous donner des miennes. Le temps de mes visites est si peu à moi, que je ne saurais vous répondre de faire dans cette agitation continuelle tout ce que je voudrais pour votre consolation. Mais au moins je ne perdrai aucun moment de libre, et lors même que je ne pourrai vous écrire, je vous porterai devant Dieu au fond de mon coeur. Votre dernière lettre m'a rempli de joie. J'en avais besoin, et vous m'avez bien soulagé le coeur, en m'apprenant ce que Dieu rétablit dans le vôtre. Quand vous souffrirez la peine intérieure, comme on souffre la fièvre ou la colique, sans la causer ni l'entretenir volontairement, votre peine sera modérée, et se tournera à profit. Le bon saint, auquel je vous ai renvoyée', aura soin de vous jusqu'à mon retour. Je le prie de garder votre coeur, et de ne le laisser plus échapper. J'espère que notre bonne pendule', qui est toute d'or, vous ramènera ici vers le 15 du mois prochain. Pour votre santé je n'en suis nullement en peine, pourvu que votre esprit soit simple et paisible. Soyez donc, je vous en conjure, telle que D[ieu] vous veut. J'ai vu aujourd'hui, après cinq ans de séparation M. le D. de [Bourgogne] mais Dieu] a assaisonné cette consolation d'une très sensible amertume, en voyant..." Je n'ai aucun plaisir qui ne porte avec lui sa croix'. Revenez dans votre place, où Dieu vous attend. Il me tarde de vous retrouver. Au reste je vous conjure de rendre à notre pendule ce qu'elle vous donne. Ayez soin de son avancement. D[ieu] soit avec vous et avec elle. Amen, amen. 27 avril 1702 TEXTE 247

819. A LA MÊME

A Cambrai] 27 avril 1702.

Je n'ai vu M. le D[uc] de B[ourgogne] ', qu'en public et un petit quart d'heure. Ce qui paraît un adoucissement n'en est pas un. Mais il faut prendre chaque chose comme elle vient, et se laisser sans réserve à la Providence. Je ne vous remercie point, Madame, de tout ce que vous pensez là-dessus. Je suis au-delà de tout compliment avec vous. Je pars, et je n'ai pas un moment pour répondre à Mad. la comtesse] de Souastre. J'espère de la trouver ici avec vous à mon retour, et d'aller ensuite la voir à Vendegies pendant l'été.

819 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[30 avril 1702].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Sparsus per Urbem rumor de nonnullis liberculis per aliquot Lovanienses nuperrime editis, tanquam Apostolicœ Sedi vehementer injuriosis spem mihi injecit, aliquo post tempore exinde pandendum mihi aditum ad disserendum de meritissima persona Dominationis vestrœ illustrissimœ cum sanctissimo D. N. Papa, ut re vera ex voto cessit. In longum namque protractus fuit sermo, cujus potiora momenta incertœ chartœ fidere prudentia non sinit. Perpauca levissime quidem et per transennam, sed candide ac sincere percurram. Constanter pergit summus Pontifex maximi facere et summo in pretio habere notissimam probitatem, profundam sapientiam, exactissimum obsequium erga Sanctam Sedem, invictam animi magnitudinem ac indefessum zelum pastoralem Dominationis vestrœ illustrissimœ, et per singulas eas prœrogativas evidenti internœ benevolentiœ significatione late excurrit, aliaque nonnulla attigit alto silentio premenda2. Hic me continere non potui, quin, exorata prius rei taciturnitate, ipsi indicarem opusculum mihi a Dominatione vestra illustrissima transmissum, sensumque meum super eximia ac plane admirabili ejus doctrina aperirem3; subjunxi, me illi copiam ejusdem scripti facturum, ni a vobis hoc mihi vetitum fuisset'. Hoc sibi perquam gratum esse respondit Pontifex, mihique semel atque iterum injunxit, ut hac de re permissionem a Dominatione vestra illustrissima exquirerem, quam equidem anxie prœstolor, venue tamen petitionem de innocenti et proficua arcani mihi commissi revelatione prœmittens.

Vanitatem gloriantium de revocatione legati ad Sinas destinati dissipabit quam primum ejusdem legati ab Urbe discessuss. Temeritatem vero effutientium subreptionem et nullitatem bullarum contra Baïum et Jansenium editarum jam redarguit recens damnatio voluminum his fabellis respersorum". Quœstus autem illi de majori dilucidatione difficultatum ad Christi gratiam spectantium vetus cantilena est, quam Apostolica Sedes merito semper despexit, et S. Cœlestinus papa celebri effato in calce suce epistolœ ad Galliœ episcopos' datte elusit. Verumtamen ut obstruatur os loquentium iniqua, et disseminantium periculosa per Belgium et Galliam hortor, atque exoro

248 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 mai 1702 5 mai 1702

Dominationem vestram illustrissimam, ut publici juris faciat sapientissimum suum opusculum mihi maximopere probatum, ne tanto praesidio veritas destituatur8; praecipue cum summus Pontifex illud jam typis editum credidit, quando ei ipsum primo nominavi9. Quœso nomine meo plurimam salutem dicas domino abbati de Chanterac; et interea œternum ero, Dominationis vestrae illustrissimœ et reverendissimœ, servitor ex corde.

Romœ die 30 Aprilis.

J.M. CARD. GABRIELLIUS.

Dirigere mihi visum est Dominationi vestrœ illustrissimœ effigiem graphice et ad vivum elaboratam Summi Pontificis, qua hactenus similior visa non est alia, simulque exemplar homiliœ ab eodem habitœ in dominica Resurrectionis Christi Domini inter missarum solemnia in basilica Vaticana ' ici entre gens bien animés, que j'aurai grande peine à accommoder'. Faites un bon usage de votre temps selon D[ieu]; nourrissez votre cœur'. Tout à vous sans réserve.

Au MÊME

A Val[enciennes] 5 mai 1702.

Lisez, mon cher enfant, la lettre que je vous envoie en cachet volant' pour M. Ludon, et ensuite fermez-la, pour lui envoyer par Deschamps'. Vous en verrez l'extrême conséquence. O que le monde est laid ! mandez-moi promptement votre pensée sur cette triste affaire'. J'en ai une autre qui n'est pas guère moins vilaine'. Portez-vous bien; faites presser nos ouvrages. J'embrasse le vénérable et les matous minets etc. et Panta5 tendrement.

822.

820. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Valenciennes 3 mai 1702.

La révérence que j'ai faite à M. le D[uc] de B[ourgogne]' n'est pas, Madame, ce que vous croyez. Il s'en faut bien que ce ne soit un véritable adoucissement de mes affaires. Mais il faut demeurer en paix. Demeurez-y aussi, puisque D[ieu] vous y met. Vous voyez comment Dieu vous ménage. Dès que vous résistez à votre attrait, le trouble suit la résistance; dès que la résistance cesse, la paix revient. Peut-on voir rien de plus sensible? C'est la colonne' de nuée le jour, et de feu la nuit', qui conduisait les Israélites. Gardez donc votre paix, et que votre paix garde votre coeur. Nourrissez-vous de bonnes lectures, pour rappeler l'oraison. Surtout soyez simple et ouverte. Défiez-vous de votre délicatesse, qui est pour vous le plus dangereux écueil. Il ne faut plus connaître qu'une seule délicatesse, qui est celle de Dieu. Il est juste qu'il soit délicat et jaloux. Notre partage doit être la simplicité toute pure, et la fidélité à la grâce. Je vous recommande Mad. d' [Oisy4]. Elle a grand besoin de votre secours. Son attachement, sa confiance, et sa situation méritent tous vos soins, quand vous serez à portée de les lui donner. Je suis plein de zèle et de vénération pour notre bonne pendule'. Que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment humain, garde votre coeur et votre esprit, en J[ésus]-C[hrist]6.

821. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Val[enciennes] 3 mai 1702.

Bonjour, mon Panta. Ayez soin de réjouir un peu le vénérable selon les uns, et selon les autres, le subtil docteur'. Badinez avec la gent féline', mais sans mutilation de membres. Faites veiller le maître d'hôtel' sur nos domestiques. Il faudrait occuper Barassy aux meubles, et le Duc à l'écriture*. Je suis A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Tournay 11 mai 1702.

M. le C[omte] de [Montberon] ' m'a demandé, Madame, de votre part, que je m'engageasse à vous confesser, quand vous en auriez besoin'. J'ai répondu un oui tout simple, et sans façon de très bonne grâce. Voyez combien je suis honnête homme. Vous voilà en liberté à cet égard, et il ne tiendra pas à moi que vous ne donniez à votre coeur toute la paix dont il a besoin. Il me tarde de vous savoir à Cambray, comme le poisson dans l'eau. Je souhaite fort que la chère pendule' vous y tienne un peu compagnie. O que je lui sais bon gré de tout ce qu'elle a fait pour vous! Dieu le lui rende avec usure. On dit que Mad. [d'Oisy] a été à [Arras]. Elle sera bien dans ses affaires quand elle vous aura à [Cambray]. Je suis fâché de ce que M. son frère* s'en retourne si promptement. Je n'ai fait jusqu'ici que des débauches' dans la ville de Tournay. Je vais demain visiter les villages. M. le comte de Monbron vous dira tous nos excès scandaleux.

822. A LA MÊME

A Vezon 13 mai 1702.

M. le comte de [Montberon] vient, Madame, de m'envoyer de [Tournay] un courrier dans ce village, pour me porter votre paquet. Voyez jusqu'où va la vivacité de ses soins. Vous en devez prendre la principale partie sur votre compte. Mais j'ose en prendre un peu sur le mien.

Je suis ravi de voir l'égalité et la fidélité de notre bonne pendule' dans la sécheresse qu'elle éprouve. On ne sait encore rien, quand on n'a point passé par les privations des ferveurs sensibles. Un jour de persévérance dans la peine est plus agréable à D[ieu] et avance davantage une âme, que plusieurs années dans l'enivrement des prospérités spirituelles, où l'on dit comme saint

250 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 mai 1702

Pierre: Nous sommes bien ici2. Votre amie' a besoin de vous, et vous voyez le bien que vous lui faites. Je vous la recommanderais de tout mon coeur, si ce n'était vous faire injure que de vous recommander une personne, qui vous est si chère. J'en espère beaucoup, et il me tarde bien de voir ce que vous avez fait dans son coeur. Mais vous qui faites du bien aux autres, ne vous faites plus de mal à vous-même. Ne vous écoutez plus. N'écoutez que celui dont la voix vivifie l'âme, en l'anéantissant. Surtout défiez-vous de votre délicatesse, comme de la plus dangereuse tentation. Dieu soit en vous, et vous possède, jusqu'à ne vous plus permettre de vous posséder.

E A. D. C.

825. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Perliez, mardi 16 mai 1702.

Je vous renvoie, mon cher neveu, les lettres du petit abbé' et de M. Chalmet. Je vous prie de faire savoir par voie sûre au dernier, que je suis fâché de l'embarras, où il s'est mis pour moi', que je lui suis très obligé, et que je le conjure de ne plus parler de moi à ces messieurs. Je ne leur impute ni leur changement, ni leurs alarmes'. Je vois bien qu'il faut remonter plus haut. Tout vient de M. l'évêque de Ch[artres], qui change, et qui voudrait me réduire, comme une place assiégée4.

Je vous prie de lire, et de montrer au vénérable l'article de la lettre du petit abbé, qui regarde M. Le Fèvre de S. Sulpice5. Ma pente serait d'attendre à écrire à cet ecclésiastique, jusqu'à ce que je fusse de retour à Cambray. Je crains les grimaces du visage' et l'ardeur du zèle. Mais je n'ai pas à choisir'.

Je vais envoyer à Enghien', et écrire à la duchesse] d'Ar[enberg] sur M. de S[aint]-Remi] dans le sens que le P.A. me propose, et qui est très bon. Je la prierai de veiller sur l'accusé, et je lui ferai remarquer tout ce qui est suspect dans l'accusation, afin qu'elle ne croie rien, que sur des preuves claires. Je ne manquerai pas de lui mander le silence de M. de S[aint]-R[emi], qui étonne ses amis, afin qu'elle examine si quelqu'un intercepte les lettres de cet abbé.

Vous avez très bien répondu à Mad. d'Estourmel. Je songeais à lui offrir de moi-même ce qu'elle demande. J'aime son fils, et je dois être ravi de faire plaisir à cette famille'.

Il est absolument nécessaire de mettre en couleur le parquet de mon appartement et de le faire frotter' faute de quoi tous les meubles périssent. Mais je vous prie de voir une chose à laquelle je n'avais point assez pensé; c'est ce qui regarde Clocher. Je veux lui être favorable, autant que les convenances le permettront. Voyez ce qu'il peut faire, et décidez sans façon". Ce qui me paraît très certain, c'est que le parquet doit être bien frotté. Le maître d'hôtel '2 me demande congé, pour aller du côté de Paris pour ses intérêts. Je le lui permets volontiers. Décidez avant son départ. Vous pourrez écrire par lui. Mandez au P[etit] Ab[bé] '3, que si on peut apprendre que l'aigreur soit augmentée contre moi, il examine avec la bonne P. D. ", si les gens qui 16 mai 1702 TEXTE 251

nous sont chers doivent s'abstenir de nous venir voir. Je ne veux causer de peine à aucun de nos bons amis, et je crains même pour la pension de votre soeur '5.

Je crois qu'il est à propos que vous réveilliez Bullot, pour nous faire payer de nos débiteurs '6. Cette langueur de nos affaires est bien pénible. Avez-vous touché cinq cents livres pour vos besoins? Si vous ne l'avez pas fait, faites-le par préférence à tout le reste. Je suis honteux là-dessus. Le blé avait enchéri à Tournay, avant mon départ, de dix patars sur la rasière. J'opine toujours à vendre, comme vous l'avez proposé. J'ai reçu une lettre de votre soeur, qui se plaint de sa santé. J'en suis en peine. Mandez-lui que je ne puis lui écrire dans l'agitation où je suis maintenant. J'embrasse le vénérable et subtil abbé: qu'il se modère dans sa périlleuse dispute ''. Tout à mon très] c[her] Panta sans mesure.

Je vous envoie une lettre pour M. de Sassenage '8, qu'il faut envoyer au P[etit] Ab[bél par Angagne, ou par quelque autre voie prompte.

825 A. LE CARDINAL SACRIPANTE' A FÉNELON

[16 mai 1702].

Illustrissime e Reverendissime Signore,

Il concetto, che sempre hô avuto della gran virtù e pietà di V. S. illustrissima palesato da me al signor abbate di Chanterach nel tempo che si trattenne in questa corte, si è accresciuto via più nell'animo mio per la di lei eroica rassegnazione a sentimenti e decreti della Santa Sede. Onde siccome sono stato sempre dispostissimo a servire al merito di V. S. illustrissima; cosi nella congiuntura che s'è compiaciuta porgermene nella vacanza del canonicato di cotesta metropolitana, con raccomandare tre soggetti, hô adempite le mie parti, con presentare la lettera stessa scrittami da lei a Nostro Signore, il quale hà destinato il canonicato suddetto al signor Antonio Boulanger', nominato da lei in primo luogo, col decreto della vacazione dell' incompatibili : havendo Sua Santità in cio voluta manifestare la sua clementissima propensione verso lei, distinguere la sua raccommandatione, e deferire all'attestatione fatta delle qualità del soggetto preeletto tra vintidue concorrenti, che aspiravano al canonicato. Sono perô a portare a V. S. illustrissima la notizia di tal provista, che ho procurato farle pervenire anco per altra parte, non avendola potuta communicare al suo agente3, per non sapere chi sia; ma ne far?) fare nuove diligenze per trovarlo, affinche si procuri che sia segnata la supplica da Nostro Signore. Intanto ella si compiacerà far palese questa provista, secondo il solito che si pratica ne' beneficii, ne' quali entrano li concordati di Germania, non essendo ancora spirato, tutto ch'e vicino il termine del trimestre, per essere la vacanza seguita nel mese di marzo, o ne' primi giorni di esso.

Non si manco di stare avvertito alli soggetti che propone lo spedizioniere Thiery4 nelle vacanze che succedono; ma per caminare con sicurezza maggiore, particolarmente in quelle di beneficii qualificati, se V. S. illustrissima haverà la bontà di significare li sogetti piu meritevoli, li rappresentarô a Nostro Signore, dal quale i haveranno in benigna consideratione, siccome da me

252 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 mai 1702

si haverà tutta l'attentione per la retta distributione di esti beneficii, secondo la santa mente di Sua Beatitudine, e pio desiderio di V. S. illustrissima. Baciandoli in tanto le mani, di V. S. illustrissima servitore.

19 mai 1702 TEXTE 253

M. le c[omte] de [Monbron] est le meilleur homme que je connaisse, et je ne puis songer à lui sans avoir le coeur attendri.

Roma, 16 maggio 1702. 828. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

G. CARD. SACRIPANTE.

A S. Ghislain 19 mai 1702.

826. Au CHANOINE J.D. BAYART D'ENNEQUIN

A S. Ghislain, le 18e mai 1702.

Je ne puis consentir, Monsieur, qu'on entre dans aucun projet d'accommodement pour se contenter d'une remise des arrérages. Je poursuivrais l'affaire moi seul plutôt que de prendre ce tempérament. La première résolution de notre assemblée est de faire examiner en toute rigueur la validité ou l'invalidité des rentes dont nous sommes chargés'. C'est ce qu'il faut nécessairement approfondir, et sur quoi nous devons tous agir de concert, afin qu'on n'ait point à recommencer dans la suite après la discussion exacte que nous aurons faite. Insistons donc là dessus pour obtenir un règlement de Mrs les commissaires. J'ai écrit ce soir une longue lettre à M. de Bagnols. Je vous ferai part de sa réponse si nous en pouvons tirer quelque instruction'. M. de Bagnols, qui m'a écrit, convient qu'il ne peut refuser de nous juger au plus tôt pour le fonds et de nous accorder en attendant une surséance. Ce parti vaut bien mieux que celui de la remise. Ce que je lui écris le presse très vivement ou de donner un jugement commun avec M. de Tirimont 3, ou d'envoyer au plus tôt son avis particulier à la cour en notre faveur. Je suis toujours, Monsieur, parfaitement tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

Il n'y a, Madame, trop de vivacité que dans la crainte d'en avoir eu trop. Ne craignez jamais, je vous conjure, de n'être pas assez mesurée avec moi. Quand je verrai du trop en quelque genre, je n'attendrai pas que vous me le demandiez. Je vous préviendrai très librement. Pour vos confessions, faites le moins mal que vous pourrez jusqu'à mon retour. Je n'ose vous donner aucune règle précise là-dessus, parce que toute règle peut se tourner chez vous en gêne et en scrupule. Tout dépend du confesseur. Le moins vous confesser est certainement le meilleur. O que je révère et aime en N[otre] S[eigneur] notre bonne pendulez! Je n'ai pas un seul moment pour écrire à [Oisy]. Mais je conjure Mad. la c[omtesse] de [Souastre] d'y mander que je suis ravi des larmes qu'on a versées, et de la joie que cause la guérison'. Il ne faut pas s'en applaudir, mais renvoyer tout à D[ieu].

Qu'il me tarde d'avoir l'honneur de vous revoir! mais hâtez-vous d'être bien guérie.

Me voici, Monsieur, dans votre voisinage. Mais j'en partirai demain de bon matin, pour continuer mes visites du côté de Crespin'. Je serais fâché de m'en retourner sans vous avoir vu de bonne amitié, et cependant je ne puis aller à Mons pendant ce voyage. Voyez si vous pourrez commodément nous venir voir ou à Crespin dans cette semaine avant l'Ascension, ou le jour de l'Ascension à S. Ghislain, où j'ai promis de venir ce jour-là bénir M. l'abbé du Val. Je ne serai point à Crespin pendant les journées. Mais j'y reviendrai tous les soirs.

Tout à vous sans réserve.

FR. ARCH. D. DE CAMBRAY.

829. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A S. Ghislain, 19 mai 1702.

Je mande au Rond de faire pour Blaugies le dépôt pur et simple, et nous réserverons la protestation pour l'établissement du bailli, etc'. La philanthropie consiste à faire du bien aux hommes, sans en espérer aucune récompense.

Je suis ravi de la guérison de M. d'Oisy, et de la joie qu'en a Mad. d'Oisy'.

Les nouvelles dont vous m'envoyez l'extrait sont bien fortes. Les Jésuites sont en mauvais état, si elles sont vraies'. Casoni4 et les Dominicains seraient les faiseurs d'extraits pour la décision du Pape. Nous verrons. D[ieu] sur tout 5.

Je vais demain coucher à Crespin, où je coucherai tous les soirs jusqu'à l'Ascension. Le jour de l'Ascension je bénirai ici l'abbé du Val'. Le même jour Mad. la D. d'Aremberg veut me venir voir ici. Elle me paraît recevoir très pieusement et avec une bonne tête l'accusation contre M. de S. R[emi], qui lui est fort suspecte'. Après l'Ascension j'irai à Bavay continuer mes visites du voisinage, et de là j'irai à Cambray revoir mon Panta, et la secte ambulantes. Je vous renvoie la crête de coq d'Inde, que M. le doyen goûte moins que la bourse et le chapeau de Fortunatus9.

Je vous prie de dire à M. le prévôt que je viens d'écrire selon ses intentions, et qu'apparemment ma lettre lui reviendra. Il ne sera commis" en rien. Je n'ai pas un moment, pour lui faire une réponse, et je lui en demande pardon de tout mon coeur.

Vous ne me mandez rien sur du B[reuil] et le Brun '2. Il ne faut rien plâtrer, ni faire à demi. Il faut que tout soit fini d'une manière ou d'autre avant mon retour. Tout à mon Panta. J'embrasse le vénérable" jusqu'à l'étouffer.

827. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A S. Ghislain', 19 mai 1702.

Il me tarde bien de le remettre en selle, dussiez-vous l'appeler Baron '4, et le charger de mottes". Mille amitiés aux jeunes Péripatéticiens.

254 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 mai 1702

26 mai 1702 TEXTE 255

832. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Bavay 26 mai 1702.

830. A H.G. DE PRECIPIANO

[24 mai 1702].

Monseigneur,

Puisque Charles Weuerbergh né dans ce diocèse, l'a quitté depuis longtemps, pour passer dans le vôtre, qu'il a demeuré, comme vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, trois ans dans votre séminaire, où il a très bien fait dans ses études, et a donné toutes les espérances d'un bon ecclésiastique, qu'il a obtenu dans votre diocèse deux bénefices, qui lui serviront de titre, et qu'enfin vous êtes content de l'admettre aux ordres comme votre diocésain, sur les témoignages du président de..., je prends la liberté de vous dire que rien ne doit vous arrêter dans cette bonne volonté que vous avez pour lui. Nous ne nous opposons qu'aux ordinations frauduleuses dans les diocèses étrangers. Mais quand un clerc passe de bonne foi de notre diocèse dans un autre pour y passer sa vie dans l'établissement qu'il y trouve, nous n'avons garde de nous en plaindre, et l'Evêque de ce diocèse peut sans difficulté l'ordonner, comme son diocésain. Si je ne vous envoie point, Monseigneur, un acte d'excorporation de ce jeune homme, c'est que vous n'en avez pas besoin, et que la présente lettre lève toutes les difficultés que vous pourriez avoir. Je regarde donc ce clerc comme le vôtre. Je vous supplie seulement de garder cette lettre, et de la faire mettre dans vos registres de secrétariat, si vous le jugez nécessaire, mais de ne la remettre point au jeune homme et même de ne la point montrer; car lui ou d'autres pourraient en abuser. Je vous souhaite, Monseigneur, une parfaite et longue santé. Personne ne s'y intéresse plus sincèrement que moi. Je suis avec un zèle, et un respect qui dureront autant que ma vie, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

Je ne suis point surpris, Madame, de tout le bien que vous trouvez de plus en plus dans le coeur de votre amie '. Son fonds naturel est bon,. et Dieu le fait croître chaque jour. O que les âmes toutes neuves, et qui n'ont point encore pris de travers sur la piété, sont agréables à Dieu, et susceptibles de progrès ! N'avez-vous pas grondé cette amie d'avoir fait à pied un pèlerinage à...2? C'était vouloir guérir une maladie par une autre aussi dangereuse. Mon Dieu que je voudrais que vous fussiez en état de commettre de pareilles fautes ! Quand reviendra le temps, où vous alliez en plein hiver à pied à...' Hâtez-vous, s'il vous plaît, de vous remettre dans le même état. Pour moi je jugerai de votre esprit par votre corps, et je ne° croirai Dieu content, que quand M. [Bourdon]5 le sera. Je ne prêcherai point à la Pentecôte, à moins que l'arrivée de M. le C[omte] de M[ontberon] ne m'inspire quelque sermon d'enthousiasme. Samedi veille de la fête6 j'aurai l'honneur de vous voir, et il n'y a que votre santé qui puisse rendre ma joie imparfaite.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

833. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Bavay, 27 mai 1702.

Je n'ai rien de nouveau à vous dire, mon cher Panta, sinon que c'est aujourd'hui samedi et que précisément le jour de la huitaine, veille de la Pentecôte, je reverrai la troupe amie. Je serai ici jusqu'à mercredi matin'. Ce jour-là j'irai camper à S. Sauve, près de Valenciennes. Vous pouvez me donner de vos nouvelles là et ici en envoyant vos lettres à Mr Hennon, qui en aura grand soin'. Il me tarde de savoir des nouvelles de votre soeur et de notre bonne P. D. 3 Rendez, je vous prie, mon billet' à Mad. de Monbron.

A Crespin 24 mai 1702.

831. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

AU MÊME

834.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

A Bavay, où se trouvent aqueducs et médailles antiques' 28 mai 1702.

A Crespin 24 mai 1702.

Rien que deux mots pour vous dire, mon cher Panta, faites comme vous croirez pour le mieux, sur la vente des blés. Mon oeil se porte beaucoup mieux. Vous m'affligez par les nouvelles de la santé de votre pauvre soeur, que j'aime tendrement '. J'embrasse le vénérable et les follets'. Je salue de vraie amitié le preux et gentil chevalier de Matines'. Nous voilà bientôt au temps de vous revoir. La veille de la Pentecôte' est l'extrémité.

Je n'écris rien à Paris.

La drogue pour les yeux' est venue trop tard, D[ieu] merci. Mais si vous en aviez une pour le rhume, elle serait la bienvenue. Peut-être arriverait-elle trop tard aussi bien que l'autre, car je me suis senti aujourd'hui moins encatharré. La poudre des chemins, et les crieries d'église en église ne sont sucre d'orge.

Un avocat de Mons, que je vis avant-hier, m'a promis que l'affaire de Blargnies finirait aujourd'hui'. D[ieu] le veuille.

J'ai reçu une lettre, du 17 de ce mois, de M. de Blainville,

256 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [début de juin 1702] [début de juin 1702] TEXTE 257

non aliter... quam si... relinqueret, Tendens Venafranos in agros, aut Lacedœmonium 'Parentum'.

Sa lettre est de trois pages très chrétiennes, sans dire un mot du siège'.

Pour Mad. d'Estourmel, mandez-lui que je recevrai avec joie M. son fils, et qu'alors je lui manderai toutes mes pensées avec zèle sur l'éducation de MM. ses enfants'.

Préparez Mad. d'Oisy au concours qui me tiendra depuis le matin jusqu'au soir toute la semaine d'après la Pentecôte'.

Je vous prie de voir un peu aux heures libres Mad. de Monbron.

Je suis en vraie peine sur votre soeur. Ecrivez de manière qu'on vous mande exactement son véritable état. Faites-lui savoir combien sa mauvaise santé m'afflige. C'est chose bien vraie'. D'où vient que le P. de V.' n'écrit point? Tout au cher Panta, au vénérable et aux ex-bambins 1°.

Vous seriez un grand homme si vous datiez vos lettres. Samedi nous nous embrasserons.

835. «L'ABBÉ DE CHANTÉRAC» AU CARDINAL GABRIELLI

[Début de juin 1702].

Eminentissime Domine,

Jucundissime legi, que vestra Eminentia ad nostrum archipraesulem de me, singulari cum benignitate, scribere dignata est '. Neque sane ullis vocibus exprimere possem, quantum demiror hanc vestram constantem erga me benevolentiam. Verum ut pro tenuitate mea gratum animum significem2, et huic qua jam in antistitem inclinaris amicitiœ novum incentivum adjiciam, que apud nos non ita pridem evenere, quam brevissime potero, expediam.

Dux Burgundiœ, indolis egregiœ, perspicacis ingenii, et sincerœ in Deum pietatis princeps' magistrum plurimi facit et constantissime amat. Cum autem profecturus esset in Belgium, Regem avum exoravit ut sibi liceret hunc in itinere videre et alloqui4. Annuit Rex suapte natura benignus, et sola adversariorum instigatione male affectus in presulem. Sed timuit Princeps, ne antistes, in perlustrandis suie dioeceseos parochiis frequens tum temporis Cameraco forsan abesset. Neque frustra ; namque jamjam proficiscebatur. Subito Cameracum advenit nuntius, quem Princeps ex itinere jam incoepto veredariis celerrime prœmiserat, ut epistolam propria manu scriptam ad archiepiscopum ferret. Vetabat regius discipulus ne prœsul verecundius abscederet. Asseverabat dulcissimis5 vocibus se illius videndi desiderio flagrare. Transiit, vidit, et allocutus est, sed parce, ac palam, ne recrudescerent adversariorum irœ6. Hoc nuntium longe lateque sparsum jucundissime audivit et Belgium, et Lutetia, et Gallia omnis. Singuli quippe cordati homines id optime factum prédicant, et summœ Principis laudi ducunt. Soli adversarii hoc indigno animo tulisse videntur7.

Nunc autem, eminentissime Domine, alia ex ordine narranda, et ab origine repetenda puto. Nemo nescit eo usque devenisse adversariorum potentiam, et episcoporum obsequium, ut primum in' plerisque provinciarum conventibus, ac postea in generali Cleri Gallicani conventu, dictante Meldensi episcopo, dixerint Cameracensem fuisse quidem amplexum damnatos errores, sed tamen in eo laudandum, quod hos demisso animo tandem abjecerit9. Aperte docuerunt eam esse naturam hominis amorisque essentiam, ut suo objecto potiri ac beari semper velit'° . Quemlibet amorem repudiarunt, ut Quietisticœ illusionis fontem, nisi essentiali beatitudinis motivo exstimuletur ad amandum. Nullus non est motus lapis, ut archiepiscopi apologetica cum libello Rome damnato pariter damnata vulgo reputentur, et ascetica tot sanctorum doctrina sordescat. Verum in hoc aperte secum pugnarunt ; namque" Cameracensis in apologeticis quidem sexcenties, et postremo in provinciali conventu expressissime declaravit, se nulli damnato errori unquam adhœsisse '2. Si in ea percelebri affirmatione mentitus est ipsi Spiritui sancto, quare laudatur '3? Subdola hypocrisis, et obstinata superbia, opprobria, non laudes merentur. At contra si de sua submissione vere laudandus est ut prœdicarunt, quare illum fraudis arguunt dum affirmant ipsum credidisse, quod se unquam credidisse negat? Sed quo jure intimum ipsius sensum, ipso reclamante, sinistre detorquent? Sciuntne melius ipso, quid ipse intra se senserit? Nonne Deus solus est cordium scrutator? Quis enim hominum soit quae sunt hominis, nisi spiritus hominis, qui in ipso est"? Heccine est fraterna caritas, que non cogitat malum? Si dixissent tantummodo viginti tres " propositiones respective sumptas quid erroneum sonare, pontificio Brevi reverenti et moderato animo adhesissent. Hoc ipse archipraesul docilis et ingenuus libentissime prœstitit. Nullus horum fratrem de his quœstionibus disserentem unquam audiit. Imo omnes norunt fratrem ab exordio controversiœ in apologeticis luculentissime declarasse, quantum studuerit singulos errores damnatos confutare. Num decuisset fratres fratrem patri obsequentem purgare, illique mentem candidissime aperienti fidem adhibere? Hinc laudant ; illinc fraudis arguunt. Plus secum, quam cum ipso pugnant. Verum id non fuit nisi ex industria factum ". Si archiepiscopus Quietisticos errores nunquam amplexus est, imo numquam non impugnatos voluit agitur tantum de textu libelli, quem archiprœsul bono animo candidissime scripserat, quem D. cardinali Noallio crediderat castigandum, quem theologi insignes, a D. cardinali delecti purum et utilem judicaverant, quem quinque doctissimi Ecclesiœ Romane theologi (excepta una vocula addititia INVOLONTAIRE, quam auctor a suo autographo 18 prorsus alienam ab initio declaraverat) orthodoxum, et recte sonantem arbitrati sunt. Num fuit indulgendum auctori, si de suo opusculo cum tot tantisque viris benignius sensit? Num decuisset fratres hoc unum clam et pacifico animo a fratre petere, scilicet ut additiunculis opus castigans, illud solummodo illustrare videretur? Qua de causa tanta asperitate in fratrem '9 invecti sunt? Itaque" jam nihil est mirum, si ex propalata libelli censura, neque auctor apud bonos sapientesque tantillum viluerit, neque adversarii de sua acerbitate purgati fuerint. Sed quo plus innocenti et afflicto antistiti laus omnium bonorum impenditur, eo plus exstimulatur adversariorum indignatio.

258 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [début de juin 1702]

Nunc vero conantur21 ipsum, modo tot erumnis fessum ad se trahere, modo inani quadam pacis et honoris spe lactare, ut perspecta illorum benignitate, omnibus persuasum sit eos non nisi ex urgenti necessitate asperius egisse22. Prœterea vellent ut ipse antistes tandem aliquando, quasi resipiscens eorum patrocinium, et aulicum favorem captare videretur. Hinc D. cardinalis Noallius non ita pridem denegavit abscedendi licentiam cuidam doctori Sorbonico 23, quem archiepiscopus noster, suis sumptibus, per totum studiorum curriculum in Sorbon exercitiis foverat, et in regendo clericorum seminario adjutorem accire voluit. Otiatur autem Parisiis doctor ille, qui Cameraci pernecessarius esset. Id autem omnes ex industria factum putant ; scilicet ut archiprœsul negatum doctori exitum a D. cardinali petere cogeretur.

Postea vero Carnotensis episcopus, qui immensa prœ cœteris omnibus apud Regem gratia pollet, variis artibus antistitem nostrum pellexit, ut discissa inter illos necessitudo resarciretur. Eo fine' quidam utriusque amicus viva voce nihil intentatum reliquit, plurima commoda Cameracensi in eo negotio peragendo clam ostentans. Quin etiam pastor Versaliensis, quo fidissimo amico Carnotensis utitur, ad Cameracensem archiepiscopum" his fere verbis iterum atque iterum scripsit. Sanctus prœsul jubet de hoc te per me fieri certiorem. Te impensissime colit, ac reveretur : intra paucos dies id ipsum ad te sua manu scripturus est. Hoc unum scire vellem, nimirum an litterœ, quo scripta essent animo, excipiendœ sint. Summopere cupit, ut velis in pristinam nempe intimam amicitiam concurrere. Rescribe velim aliquid tanto affectu dignum, quod ipsi legendum prebeam. Hœc vero, nec plura reposuit26 archiepiscopus : Si scribat ad me D. Carnotensis episcopus, de responso ne cures quidquam. Absit ut a fraterna concordia tantulum unquam recesserim, aut sim alienus. Mea responsione, uti spero, contentus erit, ipsaque œdificationi vertetur. Hœc pia et humanissima responsio, Carnotensi visa est, ut opinor, nimis jejuna oratio. Captabat enim responsum, quo videri posset archiepiscopus, tum fateri se tot aspera non immerito tulisse, tum patronum emendicare ad ineundam aulœ gratiam. Cum autem" id minime assequeretur, conticuit, neque tanto apparatu promisse litterœ huc advenerunt. Profecto sentiunt adversarii28, se in lubrico positos ; dum priorem acerbitatem retinent unanimi omnium voce vituperantur. At vero si ad reconciliationem candide peragendam, fratrem, ut deceret, ultro accerserent, sibi metuerent hœc duo incommoda: 1° Optimi quique viri, ut jam affecti sunt, inclamarent hos sibi male conscios facti tandem aliquando poenitere : 2° oculos lœderet fulgor emuli; namque huic reduci plauderent populus atque proceres. Noster autem antistes, nunc omnibus pifs probisque carus, repente vilesceret, si adversariis turpissime29 assentans, eorum adversum se gesta approbare, et aulicum favorem aucupari videretur. Quamobrem omnia sua dicta et facta ita temperare studet ", ut nullam animi œgritudinem, imo fraternam concordiam pro tempore et loco libentissime demonstret, sed hos fines nusquam excedat. In suo munere pastorali obeundo totus tranquille vivit, quasi oblitus omnium, que jam sibi sunt extranea. Hœc autem simplex et humilis animi œquabilitas, quam superbiœ arguunt, hos urit ac misere torquet.

Adhuc supersunt pauca de Telemacho dicende. Hoc opus antistes instar Iliados aut Odysseœ, aut iEneidos, olim scripserat, ita ut poemati nihil

TEXTE 259

preter metrum deesse videretur". Id autem carmen luserat, ut regii pueri aures demulcens, sensim instillaret purissima et gravissima de administratione regni prœcepta. Absit vero, ut poematis specie satiram scribere voluerit, aut Grecorum fabulis quemquam vivum indigitare voluerit". At propositum maxime attinebat, ut quidquid vulgo peccant reges, et administri, carperetur, quidquid vero sapiunt, laudaretur quam maxime. Porro manu scriptum uni Burgundo Principi legendum crediderat, neque unquam in lucem edendum arbitrabatur, unde liberius et minus caute scripsit, quœcumque futurum regem edocere possent. Sic ferme per decennium" ignotum fuit hoc opus etiam familiaribus archiepiscopi amicis, atque etiamnum id lateret omnino. Sed necesse fuit ut quodam cubiculario famulo, ad transcribendam ex autographo fabulam uteretur". Is vero fuit adeo turpis lucri cupidus, ut deceperit herum beneficentissimum, et clam accepta pecuniœ summa volumen bibliopolœ tradiderit". Sic invito auctore prodiit in lucem opus informe, et veluti inhonestis vulneribus detruncatum". Atqui in hac ipsa deformitate cuilibet lectori tamen arridet". Quid si ex integro nitidissime exararetur? Sed maluit Archiepiscopus id operis furto sibi ereptum quibuscumque exarantium injuriis permittere, quam suapte manu accuratam editionem adornare, nimirum ut omnes intelligant, quantum abhorruerit" a spe laudis in propalanda fabula, aut a satyrico quod" execratur ingenio, atque etiamnum quam vere studeat taciturnitati.

Silentio" denique prœtermittendum haud arbitror que per hiemem facta sunt42. Insignis quidam Jansenianarum partium scriptor jamjam typis mandare decreverat43 opus, quo nostrum antistitem purgans, tum Meldensis aliorumque scripta, tum provincialium conventuum, generaliumque comitiorum acta44 acerrime confutabat". In eo opere perficiendo auctor multo" plus partibus suis, quam archiepiscopo inservire studebat. Eo namque exemplo demonstrare sperabat, quam absurde et inique episcopi, totaque Ecclesia de quœstionibus facti sepenumero decernant. Simulatque id clam comperit" Archiepiscopus, ita egit cum precipuis harum partium viris, ut opus illud, quamvis inflexo asperrimi auctoris ingenio, Belgicis typis suductum fuerit. Neque tamen Antistes hœc a se gesta" a quoquam hominis resciri voluit. Hoc unum metuit, ne editio operis, quam in Belgio fieri vetuit, in Hollandia49, ubi auctor multis asseclis gaudet, peragatur.

Hœc omnia fuse quidem dixi, unde veniam oro. Sed singula enucleanda arbitratus sum", ut Eminentia vestra penitus noverit, quo loco sit res nostra. Singulari cum observantia, animi gratitudine, et perenni cultu ero.

836. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 5 juin 1702.

J'avais cru, Monsieur, que vous aviez entièrement conclu et arrêté le rôle de la capitation de notre clergé de votre intendance, en sorte qu'il n'y aurait plus qu'à faire payer'. Cependant j'ai remarqué que l'addition nécessaire sur chaque bénéficier, pour éviter les mécomptes des frais et des non-valeurs, n'est point encore réglée dans votre projet 2. Faute de cette addition, on ne saurait commencer la levée des sommes. Vous voilà, Monsieur, dans une

5 juin 1702

260 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 juin 1702

occupation loin de nous, qui ne vous permet guère de vaquer à notre capitation; voulez-vous bien que je règle cette addition, que vous m'avez vous-même conseillée, et qui est en effet si nécessaire pour le service du Roi et pour ceux qui ont soin de cette levée? Dès que j'aurai réglé l'addition sur un pied modéré, et proportionné à celui que nous avons pris pour le Cambresis, je vous en enverrai l'état. Personne n'a senti plus de joie que moi, Monsieur, de vous savoir dans une place de confiance, qui vous met à portée de tout ce que vous méritez'. Vous savez combien vous m'avez engagé à vous honorer très parfaitement, et à vous être dévoué du fond du coeur; mais vous ne sauriez croire jusqu'où vont l'inclination, la confiance en la bonté de votre coeur, et l'attachement sans réserve avec lequel je serai toute ma vie, etc.

13 juin 1702 TEXTE 261

entre ce vicaire et les chapelains. Un mot de votre part, Monsieur, finira cette petite affaire. Je suis honteux de vous en importuner. Mais votre autorité y est nécessaire, et vous êtes accoutumé à souffrir nos importunités. Personne au monde ne peut surpasser le zèle, avec lequel je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

839. Au MÊME

A Cambray, 13 juin 1702.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

837.

Mardi 6 juin 1702.

Vous voilà bien seule, Madame, et moi en trop nombreuse compagnie. Votre solitude est plus douce. Mais chacun doit être content de garder son partage. Il me tarde de retourner chez vous. Mais je n'en ai pas le temps aujourd'hui'. Ne touchez point du pied à terre, et demeurez en paix avec les bons amis que vous foulez aux pieds. Vous serez encore plus à votre aise, quand vous serez contente, sans avoir besoin d'eux. Je prie Dieu] qu'il soit lui seul toutes choses en vous.

838. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 10 juin 1702.

Quoique je craigne, Monsieur, autant je le dois, de vous interrompre dans vos grandes occupations, je ne puis m'empêcher de recourir à votre autorité, pour vous supplier d'empêcher que le magistrat' d'Avesnes ne traverse le pasteur2 dans le bien qu'il fait. Il a pris un second vicaire pour mieux servir sa paroisse. Il le nourrit à ses propres dépens, en quoi il est louable, et lui fournit des messes à dire pour achever sa subsistance. Ainsi ce second vicaire n'est en rien à charge à la ville. C'est à l'évêque, et non pas au magistrat à décider combien il faut d'ouvriers dans une paroisse, et quand même le pasteur aurait un vicaire au-delà du nécessaire, le magisrat n'aurait à en prendre connaissance, que pour lui en savoir gré, lorsqu'il le fait à ses dépens, pour mieux secourir le public. Cependant le magistrat excité par quelques esprits inquiets du chapitre', paraît vouloir s'opposer à ce second vicaire déjà établi. Le procureur du Roi' lui fait une autre difficulté sur ce qu'il est né sous la domination d'Espagne. Mais outre que l'union présente des deux rois ne demande plus les mêmes précautions à cet égard, d'ailleurs il n'en est pas d'un vicaire comme d'un curé. On n'a jamais demandé qu'un second vicaire, qui n'a aucun titre de bénéfice, ni aucun emploi fixe, ait des lettres de naturalité. C'est une chicane qu'on lui fait, non pour le service du Roi, mais pour favoriser le chapitre, qui a une contestation avec le curé pour régler le rang

Je me hâte, Monsieur, de vous demander pardon sur une méprise où je suis tombé', faute de relire l'état de la capitation que vous aviez eu la bonté de m'envoyer. J'y ai trouvé l'augmentation toute faite, et je n'attends pas votre réponse, pour avouer mon tort. Il me reste, Monsieur, à vous représenter deux choses. L'une que certains ecclésiastiques, dont nous avons recherché les biens, nous paraissent excessivement taxés, et qu'ils méritent, si je ne me trompe, une notable modération. Comme cette diminution ne doit pas être au préjudice de la somme promise au Roi, on pourrait reprendre facilement d'un autre côté sur les pasteurs que nous n'avions taxés qu'à 1011 10 P. et qui peuvent l'être à 1211 comme tous les pasteurs du Cambresis 2. Aussi bien serait-ce un véritable sujet de murmure pour ceux du Cambresis, s'ils voyaient leurs confrères dans leur voisinage moins taxés qu'eux, surtout ceux du Cambresis ayant moins de quoi payer que ceux de votre département, pendant que le blé est à un si vil prix. Cette uniformité remédiera à tout.

Je vous envoie, Monsieur, un projet d'état pour régler la capitation sur ce pied. Il faut se hâter de la faire payer. Je suis honteux de vous fatiguer dans vos grandes occupations. Personne au monde ne peut être avec plus de zèle et d'attachement que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

839 A. LE PRINCE DE BOURNONVILLE' A FÉNELON

Au camp de Domburg le 14° de juin 1702.

Permettez-moi, Monsieur, d'avoir l'honneur de vous envoyer le détail de ce qui s'est passé dimanche 1 le de ce mois. Je puis vous dire en vérité et sans aucune flatterie qu'on ne peut s'y prendre de meilleure grâce, avec plus de gaîté, de fermeté et de présence d'esprit, que fait Monseigneur le duc de Bourgogne. C'est une justice qu'on doit à la vérité, et que je suis bien aise de pouvoir vous mander par le plaisir qu'elle vous fera'. Je suis certainement plus que personne du monde, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

LE PRINCE DE BOURNONVILLE.

262 CORRESPONDANCE DE FÈNELON

840. AU DUC DE BEAUVILLIER

A Cambray 22 juin 1702.

Je crois, mon bon Duc, vous devoir dire ce que M. de Bagnols' m'a prié de vous faire savoir. Il souhaiterait de vous pouvoir écrire en secret, et par des voies sûres, pour diverses choses très importantes au service du Roi, qu'il croit nécessaire que vous sachiez par rapport au pays où il est. Il attend de savoir si vous le trouverez bon. Ce commerce de lettres ne vous exposera en aucune façon. 1° Il ne passera jamais par les hasards de la poste. 2° Vous ne serez jamais obligé de répondre rien qui ne pût être vu de tout le monde, si les lettres étaient ouvertes. 3° Il ne veut que vous informer du véritable intérêt du Roi sur les principaux points, afin que vous soyez plus en état de donner votre avis dans le conseil pour le bon succès des affaires. S'il y avait en tout cela quelque péril, il serait sur lui, et non pas sur vous; car c'est lui qui s'expliquera sur toutes choses, et vous ne ferez qu'examiner ce qu'il vous aura mandé. 4° Il ne s'agira point des affaires du Jansénisme; il proteste qu'il ne veut s'en mêler ni directement ni indirectement, et il n'a garde de vous rien proposer là-dessus'. D'ailleurs, c'est une bonne et forte tête dans les affaires; en parlant peu, il fait beaucoup. Ses manières sont douces, modérées, insinuantes. Il connaît bien les hommes, les ménage, et s'accommode avec eux. Il est né pour les affaires, et elles lui coûtent beaucoup moins de travail qu'à un autre. Il a fort étudié les inclinations, les moeurs, le génie, les lois et les intérêts de ce pays: s'il y a un Français aimé à Bruxelles, sans doute c'est lui. Vous pouvez donc, mon bon Duc, tirer de grandes lumières de ses lettres, et elles ne peuvent vous causer aucun inconvénient ; c'est même, si je ne me trompe, le moins que vous puissiez accorder à un homme de ce poids, de cette capacité et de cette expérience, et qui est si avant dans les affaires des Pays-Bas, que de recevoir d'une manière favorable et obligeante les lettres qu'il souhaite de vous écrire en secret pour le bien du service. Il prétend que les affaires ont un très pressant besoin qu'on ouvre les yeux sur beaucoup de choses qu'il faut redresser, et qu'on se hâte de prévenir divers grands mécomptes. Il doit' lui dire sans prévention et sur les relations de personnes très sages... que M. le Maréchal de Boufflers' est universellement haï et méprisé dans tous les Pays-Bas, et que sa conduite doit naturellement produire cet effet, quoiqu'il ait diverses bonnes qualités et qu'il se tue pour servir le Roi. Puységur5 n'est guère moins haï que lui. Il s'est livré à M. de Berghek6 avec lequel il gouverne le maréchal et M. de Berghek est un homme odieux à toute la nation'.

Tout ce que vous recevrez de lui sera net, juste, précis, court et exact. Du moins je n'ai rien vu de lui qui ne portât ce caractère. Je me suis borné à écouter ce qu'il a bien voulu me dire en conversation. Mais je ne lui ai demandé aucun détail, car il ne me convient point d'entrer dans les affaires, et il me suffit de vous supplier d'accepter le commerce qu'il vous demande, sans autre engagement de votre part, que d'examiner ses pensées, et de n'en suivre aucune qu'autant que vous le croirez utile au service du Roi. Vous verrez en détail quelle attention chaque chose méritera. Je vous demande seulement la grâce de me faire savoir par la première voie sûre qui se présentera, que vous agréez qu'il vous écrive. Ajoutez-y, s'il vous plaît, des marques de

TEXTE 263

considération et d'estime pour sa personne, afin que je sois par là en état de lui faire une réponse honnête et obligeante. J'aurai soin d'en mesurer les termes de manière que vous n'y soyez ni nommé ni désigné, et que ma lettre pût en toute extrémité être lue de tout le monde, sans aucun inconvénient pour vous.

841. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] vendredi 23 juin 1702.

En vérité, Madame, je ne saurais vous exprimer toute ma douleur sur votre état. Les choses que vous vous reprochez ne sont rien. Ce n'est pas l'esprit de Dieu, mais le vôtre, qui les rappelle. Dieu ne donne point de ces retours inquiets. Lors même qu'il nous montre nos fautes, il nous les représente avec douceur. Il nous condamne, et nous console tout ensemble. Il humilie, sans troubler, et il nous tourne pour lui contre nous, de manière que nous avons la confusion de notre misère, avec la paix la plus intime. Le Seigneur n'est point dans l'agitation'. Je suppose que le goût de la conversation vous a un peu entraînée, que vous avez donné trop de liberté à votre esprit, que l'amour-propre a voulu prévaloir. En un mot je suppose tout ce que la vivacité et la délicatesse de vos scrupules peut vous exagérer. Hé bien ! qu'en faut-il conclure? Voulez-vous renoncer à toute société? Voulez-vous fermer votre porte à vos meilleures amies, qui ont besoin de vous, et à ceux mêmes de qui vous êtes convaincue que vous avez besoin pour aller à Dieu? Voulez-vous rejeter les consolations mêmes, sans lesquelles vous ne pouvez raisonnablement espérer de guérir votre corps abattu et languissant? Voulez-vous achever de vous épuiser dans une vie solitaire, qui mine votre tempérament, et ne vous laisse aucune ressource? On dit que S. Bernard prêchant avec un grand succès, il se sentit flatté de vaine complaisance, et fut sur le point de descendre de chaire. Mais l'esprit de Dieu lui fit connaître que c'était une subtile tentation de scrupule, qui l'alarmait trop sur la tentation de vanité, et il se répondit à soi-même en continuant son sermon : Ce n'est point la vanité qui m'a fait monter ici, elle a beau me flatter. Elle ne m'en fera pas descendre. Supposé même que vous commettiez de véritables infidélités dans ces occasions, vous ne pouvez y renoncer. Il ne s'agit point de péchés mortels, ni considérables. Il ne s'agit que de ces fautes vénielles que l'amour-propre renouvelle si souvent, et qu'on n'évite jamais entièrement en cette vie. Les occasions que vous voudriez quitter sont nécessaires et de providence. Elles entrent dans votre vocation. En les retranchant vous vous rendriez responsable de la chute d'autrui, et de votre propre dommage spirituel. Vous vous fermeriez le coeur, vous vous le dessécheriez. De plus ne croyez pas qu'au sortir de telles conversations Dieu se retire de vous, pour vous punir, et qu'il vous prive des grâces de l'oraison. Non c'est votre scrupule seul, qui en vous agitant et en vous occupant de vos prétendues fautes, vous trouble, vous fait agir contre l'attrait de simplicité et de paix, vous dérobe la présence de Dieu, et fait tarir la source des grâces sensibles dans votre intérieur. N'écoutez point vos vains scrupules; tâchez de vous calmer; accoutumez-vous à compter pour rien ce qui ne mérite point de vous distraire de Dieu. N'admettez d'autre regret de telles fautes, que celui que la paisible présence de Dieu vous

22 juin 1702

23 juin 1702

264 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 29 juin 1702

inspirera. Vous verrez que cette privation des douceurs de l'oraison vous vient, non de Dieu, qui veuille vous punir de vos conversations, mais au contraire de vos retours sur vous-même, par lesquels vous vous desséchez, et résistez à l'esprit de grâce.

Je dois vous dire devant Dieu, que je ne connais point d'état plus dangereux, ni plus opposé à la perfection, que l'extrémité où vous voudriez vous jeter pour être parfaite. La véritable conduite des âmes de grâce est simple, paisible, commune à l'extérieur, éloignée des extrémités. Vous êtes scrupuleuse sans mesure pour des vétilles qui n'ont besoin que d'un seul remède, qui est de les laisser passer sans y songer; et vous ne faites aucun scrupule de tuer votre corps, de dessécher votre intérieur, de résister à votre grâce, d'être indocile, et de vous ronger de scrupules qu'on ne pourrait souffrir à un enfant de sept ans. Au nom de Dieu, croyez-moi, et essayez de passer pardessus vos peines touchant les conversations et autres choses semblables. Si vous pouvez parvenir à n'y avoir volontairement aucun égard, vous sentirez la liberté des enfants de Dieu; et loin de perdre votre oraison, vous la verrez plus forte et plus intime. Il suffit de s'arrêter, quand l'esprit de grâce fait voir paisiblement que ce qu'on dirait n'est pas au goût de Dieu, et de se condamner en paix, quand on a fait la faute de ne s'arrêter pas; après quoi il faut aller bonnement son chemin. Tout ce que vous y mettez de plus est de trop, et c'est ce qui forme un nuage entre Dieu et vous.

842. A LA MÊME

A C[ambrai] jeudi 29 juin 1702.

Le courage me manque pour vous aller voir. Donnez-le-moi ce courage, Madame. Je meurs d'envie de le tenir de vous. En attendant je prie celui qui peut seul tenir votre coeur, pendant qu'il échappe à tout ce qui devrait le modérer, et le mettre en paix. Ce qui me console dans la tristesse où vous me réduisez, c'est qu'il est bon de sentir toute notre impuissance de bien faire, et de ne voir plus de ressource humaine, pour ne compter plus que sur la seule grâce de Dieu. Vous faites bien tout ce qu'il faut, pour me mettre dans cet état de pure foi '. J'espère contre toute espérance, et je vous poursuivrai partout, pour ne vous laisser jamais écarter de la voie de Dieu. Lui seul sait et je le prie de vous faire savoir avec quel zèle je vous suis dévoué en lui.

A LA MÊME

ier juillet 1702.

Je viens, Madame, d'écrire à votre amie', et de lui mander qu'elle sera ravie de vous voir demain. Ce que vous cherchez n'est point dans le portefeuille, que vous m'avez rendu. Je l'ai visité très exactement. Ne faites rien pour le dîner de demain, qui vous gêne, ni qui dérange M. [Bourdon] 2 pour les besoins de votre santé. Comme il faut dire à d'autres de se contraindre, il faut vous dire sans cesse de ne vous contraindre pas. Tout se tournera pour vous en nourriture, dès que votre coeur ne se fermera point. Vous n'avez pas

ler juillet 1702 TEXTE 265

besoin de grands discours. Il ne vous faut que la paix et la simplicité avec la confiance. O que Dieu est loin de Danval', et que Danval est proche de vous-même ! Si la paix est dans l'occupation de soi, vous seriez en paix à Danval. Mais si la paix est en D[ieu], c'est à C[ambrai]4 que vous la trouverez'. N'en parlons plus de ce vilain Danval. L'air y est malsain, la terre ingrate, les eaux bourbeuses, les fruits amers. Un désert plein de nous-mêmes n'est plus désert. Tout lieu où Dieu habite, et nous invite à être avec lui, est la terre promise, d'où découlent le lait et le miel6.

844. A LA R. M. MARIE-JEANNE LAMELIN

A Cambray ler juillet 1702.

Je ne saurais différer plus longtemps, ma Révérende Mère', à vous demander le second paiement de l'année 1701 pour la subvention ecclésiastique. J'avais représenté à la Cour les plus fortes raisons, espérant qu'elle y aurait égard pour ne demander à notre clergé que la moitié de cette année. Mais les remontrances que j'ai faites ont été inutiles. On a payé l'année entière dans les diocèses de Tournay et d'Arras. On veut que nous la payions aussi et on nous sait mauvais gré d'être si en arrière. Dans les pressants besoins où l'Etat se trouve, on nous accorde comme une grâce le quinzième jour du mois prochain. Je vous prie, ma Révérende Mère, de prévenir ce terme en m'envoyant la moitié de votre cotisation le plus tôt que vous pourrez dans le commencement de ce même mois. Vous savez que la moitié est de vingt livres. Les contribuables ne sauraient différer d'un seul jour sans s'exposer à des contraintes rigoureuses. Leur défaut me jetterait dans le dernier embarras. Le Receveur des finances attend impatiemment le terme donné et il me demandera dès le lendemain la somme totale que je lui ai promise. J'ai cru devoir vous avertir de bonne heure, afin que vous ayez le temps de prendre vos mesures pour ce paiement'. Je suis très parfaitement, ma Révérende Mère, tout à vous de tout mon coeur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

845. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[Entre le 2 et le 6 juillet 1702?).

Je serai ravi, Madame, pour votre satisfaction et pour celle de votre amie', que vous alliez la voir. Je suis même très aise de voir que rien ne vous gêne. Mais je n'ose entreprendre de parler sur tout ce qui touche votre santé. C'est à M. Bourdon à décider, et à en rendre compte à M. le C[omte) de Monbron. Pour tout le reste je ne vois rien qui ne me paraisse à souhait. Mad. la D[uchesse] de Mortemart me mande que son humeur est très sauvage, mais que tout ce qu'on lui dit de vous ne lui fait point de peur'. Elle arrivera ici après-demain. Je ne vous dis point combien je sens tous vos soins pour

843.

266 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

8 juillet 1702

TEXTE 267

9 juillet 1702

Mad. de Chevry. Je vous dois là-dessus plus que des remerciements, et je vous supplierai de souffrir un paiement de somme avancée pour les eaux de Spa.

846. A LA MÊME

A Cambray 8 juillet 1702.

La personne sauvage' ne le sera point pour vous, Madame. Jouissez, tant qu'il vous plaira, du repos, du beau temps et de la bonne compagnie. Faites durer le plus que vous pourrez le plaisir d'une amie qui est ravie de vous posséder chez elle'. Ensuite quand vous reviendrez ici, je serai très aise que vous apprivoisiez les gens sauvages. Portez-vous bien. Ménagez vos jambes, et encore plus votre esprit. Occupez-vous beaucoup de Dieu, et peu de vous. Vous vous retrouverez assez en lui. J'ai couru dans la voie de vos commandements, quand vous avez élargi mon coeur'.

Le pain d'Oisy est de bon goût. Il sent le coeur de la personne qui l'a envoyé. Je n'ai pas un moment pour lui écrire. Mais elle me dispensera bien d'un remerciement. Je suis bien hardi, quand je compte sur vous. J'espère que vous voudrez bien rendre témoignage de mes sentiments pour M. et pour Mad. la C. d'Oisy. Je voudrais bien que vos bons offices s'étendissent jusqu'auprès de Mad. la marq[uise] de Risbourg4.

847. Au DUC DE BEAUVILLIER

A Cambray, 9 juillet 1702.

La bonne duchesse est arrivée ici, mon bon Duc, avec toute la santé qu'on pouvait espérer d'elle: elle y paraît avoir le coeur assez content, et j'espère que ce voyage ne lui fera point de mal'. Il m'est impossible de vous répondre aujourd'hui sur votre mémoire touchant mademoiselle votre soeur'. Depuis l'arrivée de la bonne duchesse, je n'ai pas eu un moment pour le lire: c'est ici aujourd'hui une fête qui m'a tenu en continuel office et sujétion'. Je vous rendrai compte de votre mémoire au plus tôt. Ce que j'ai appris par des voies non suspectes, marque que M. le duc de Bourgogne fait au-delà de tout ce qu'on aurait pu espérer, et qu'il est soutenu contre ses défauts naturels par l'esprit de piété. Il faut que cette expérience l'engage à commencer sur un nouveau ton à la cour, quand il y retournera: s'il ne s'établit sur ce nouveau pied en arrivant, il retombera dans l'état où il était, et tout l'ouvrage de l'armée sera perdu. Deux jours mal passés à Versailles l'aviliront. Si au contraire il soutient la réputation qu'il vient d'acquérir ; si on le trouve affable, obligeant, attentif, à Versailles comme à l'armée; s'il y conserve partout une certaine dignité sans hauteur ni humeur sauvage, même avec ceux qui ont été les moins prévenus en sa faveur, vous verrez que le public lui en saura bon gré, et que les personnes même les plus dégoûtées ne pourront s'empêcher de sentir son mérite. Quand il voudra s'en donner la peine, il se fera considérer de tout le monde: il n'a besoin que d'agir par religion; cette vue soutiendra tout'.

J'ai envoyé votre petite lettre ostensible à M. de Bagnols5. Je compte, comme vous, qu'il est très dévoué à un parti que nous n'aimons ni vous ni moi: mais qu'importe? il est très éclairé dans les affaires; vous profiterez de ses vues, et ne croirez rien sans preuve. Je vous supplie seulement de lui témoigner l'ouverture et l'estime qui peut être sincère en vous pour lui en un certain degré. A l'égard de M. de Bergheik, il a ébloui M. le maréchal de Boufflers et M. de Puységur ; mais tous les honnêtes gens du pays le croient un homme très dangereux : il a de l'esprit, de la souplesse; il flatte, il fait le zélé: mais approfondissez'. Je suis bien en peine de votre santé; ménagez-la, au nom de Dieu.

848. Au P. LOUIS LE COMTE (?)'

A C[ambrail, 9 juillet 1702.

Je suis ravi que vous ayez bien voulu donner quelques mois de votre temps' au jeune Prince'. J'avais déjà conçu, sur le rapport de plusieurs de mes amis, une merveilleuse espérance de son esprit et de sa vertu; mais puisque Mr le Cardinal' vous a choisi pour régler et conduire ses études, ce qui n'était qu'une espérance douteuse est devenu une confiance parfaite. De illa non spem tantum sed et fiduciam habeo5 . Je souhaiterais fort que mes lettres que vous voulez lui faire lire à ses heures de relâche' lui pussent donner pour moi quelque commencement de bienveillance. Si vous me procurez ce bonheur, je vous devrai un des plus sensibles plaisirs de ma vie et véritablement je ne désespère pas d'obtenir cette grâce quand je vois la grande opinion que vous avez prise de ce que je vaux'. J'ai beaucoup de honte de mériter si peu un bien que j'estime tant et néanmoins j'ai encore plus de joie de le posséder et je ne saurais m'empêcher d'en aimer presque autant la jouissance que le titre. Vous pouvez juger par là, mon Révérend Père, avec quelle passion je désire l'honneur de votre amitié puisque je me résous de la dérober plutôt que de m'en passer. Vous ne serez pas surpris que ma vénération pour une personne que vous connaissez encore mieux que je ne fais', me fasse entreprendre un travail long et pénible uniquement dans l'intention de lui plaire et de montrer par là à M. le Duc de Bourgogne que je suis toujours prêt à lui obéir aux dépens de ma santé et de mon repos, quand il demande une chose juste et utile pour le bien général'. C'est pourquoi, mon Révérend Père, je demande vos idées sur cela et vous prie de me croire avec une bien parfaite estime et à jamais votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. DE F. A. DE CAMBRAY.

849. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray 12 juillet 1702.

Je suis ravi, Madame, de savoir les beaux jours que vous avez passés à [Oisy]. Votre amie est charmée de vous y posséder encore. Je l'ai vivement

268 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 juillet 1702

24 juillet 1702 TEXTE 269

pressée pour l'engager à aller à [Arras] '. Demeurer chez soi pour les étrangers qui y sont, c'est la politesse ordinaire. Laisser chez soi son amie seule et maîtresse, c'est un trait d'amitié intime. C'est être au-delà de toute cérémonie. C'est la marque d'une confiance mutuelle. En parlant ainsi, j'ai cru être assuré de suivre votre coeur. Au nom de Dieu, ne laissez former aucun nuage qui trouble votre paix. Les grossièretés de l'amour-propre excitent beaucoup moins que ses délicatesses, la jalousie de Dieu. Oubliez-vous. Ne vous écoutez point. Laissez tomber les réflexions, et vous serez en paix. C'est ce que je demande souvent pour vous à Dieu. Si peu qu'il vous convienne que j'aille vous voir à [Ois)/ j'irai d'abord. Sinon j'attendrai votre retour pour avoir l'honneur de vous voir. Je suis toujours surchargé de menues occupations, qui sont assez épineuses. Mais aucune ne me retiendra, dès que vous me donnerez sans façon le moindre signal.

850. AUX CHANOINES DE SAINT-AMÉ A DOUAI A Cambray, 18 juillet 1702.

Nous ne pouvons, Messieurs, continuer nos diligences pour notre affaire de Mons avant que nous ayons pris une nouvelle résolution sur ce qui nous est proposé par MM. les Commissaires des deux Rois '. Ainsi je ne saurais vous épargner la peine de venir ou d'envoyer une procuration pour une assemblée qui se tiendra ici le premier jour du mois d'août 2. Nous commencerons à délibérer ce jour-là même sur les neuf heures du matin et nous prendrons les mesures les plus convenables pour le bien de cette affaire. Plus on m'a autorisé dans nos délibérations précédentes pour régler les procédures de nos députés, moins je veux prendre sur moi de choisir un parti sur les incidents nouveaux qui arrivent. Il sera beaucoup plus à propos que ce soit de l'aveu de tous les intéressés.

Je suis très parfaitement, MM., tout à vous de tout mon coeur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

851. A JACQUES-ALBERT DUBRAY'

A Cambray, le 19 juillet 1702.

Je vous prie, Monsieur, de prendre la peine de travailler à l'accommodement du pasteur de Jumont2 avec ses paroissiens. Il s'agit d'une procession que le pasteur n'a pas voulu faire, en y admettant des irrévérences que le peuple voulait y introduire, et que le peuple a faite tout seul, sans le pasteur et malgré lui. A l'égard des manants, je vous prie de leur déclarer de ma part, qu'ils ont fait une très grande faute, en osant faire seuls la procession malgré leur pasteur; que c'est une révolte scandaleuse contre l'Eglise leur mère, et que s'ils ne réparent un si grand scandale, par une soumission que quelque député d'entre eux me vienne faire, je ferai agir contre eux notre promoteur', qui les poursuivra rigoureusement, et que nous leur ferons sentir combien ils ont de tort. Mais s'ils veulent reconnaître leur faute et la réparer, il faudra que M. le pasteur use d'indulgence pour gagner les coeurs de son troupeau. Ce que le peuple voulait introduire dans la procession, c'est qu'il voulait battre le tambour, porter des drapeaux, et tenir des flèches en main. A la vérité il serait mieux qu'on ne fît point cette innovation, qui peut se tourner en abus et irrévérence; mais ce n'est pourtant pas une indépendance contre le culte divin, qui mérite un procès entre le pasteur et le troupeau. Je n'ai garde de vouloir décréditer un si bon pasteur, ni de le laisser exposé aux caprices d'un peuple entêté: mais vous ne sauriez lui représenter trop fortement combien ces bagatelles ruineraient tout le bien qu'il peut faire dans les matières les plus capitales. Il n'aura jamais ni autorité, ni confiance des peuples, ni paix dans ses fonctions, ni fruit de son travail, s'il ne ménage les peuples sur de pareilles choses. Tâchez de finir cette affaire d'une manière douce, pour apaiser les peuples à l'égard du pasteur dans son autorité. Surtout il faut que le peuple répare sa faute sur la procession faite contre toute règle de l'Eglise et par une espèce de révolte contre elle. Cette affaire délicate est en bonne main; je m'assure que vous la terminerez amiablement, avec dextérité et ménagement. Vous savez que je suis, Monsieur, tout à vous avec une estime cordiale.

852. AU DUC DE BEAUVILLIER

A C[ambray] 24 juillet 1702.

Je vous ai rendu compte, ces jours passés, mon bon Duc, de ce que je pense sur Madme votre soeur'. Aujourd'hui je crois vous devoir reparler des affaires de Doüay 2. Je sais que M. de Marillac' s'est souvent déclaré avec chaleur contre les Jésuites sur cette affaire. M. d'Argouges4 gendre de M. Peletier, ne leur sera pas favorable, selon les apparences. M. Voysin' a toujours paru prévenu contre eux. M. Le Blanc a été mis hors de l'intendance de Roüen, pour y avoir été convaincu de favoriser le passage des écrits du parti Janséniste6. Le Roi a-t-il oublié un fait si décisif? Enfin vous connaissez M. de Meaux. Ne pourrait-on point ouvrir les yeux du Roi'? Si on rétablit la liberté de cette université, elle fera en ce pays des maux irréparables, et ce diocèse sera inondé de jeunes gens pleins de ce poison. Pendant que le REM d'Espagne réprime l'erreur à Louvain', faudra-t-il qu'elle trouve son refuge à Doüay, et que le Roi l'y protège contre son intention? Dès qu'on les laissera faire, ils seront les maîtres de tout, et nous n'aurons plus d'études qui ne soient corrompues. M. de Chamillart est le secrétaire d'état de ce pays. Il me semble qu'il a des liaisons de famille avec les Jésuites9. Le Père de la Chaize peut agir de son côté. Vous pouvez parler du vôtre selon les ouvertures que la Providence vous donnera, et selon ce que Dieu vous mettra au coeur. Si l'ouverture et la pente du coeur viennent, ne reculez pas. Le Roi connaît déjà assez vos sentiments sur cette matière et il ne peut pas vous savoir mauvais gré, quand vous ne ferez que parler fortement, et dire avec douceur de bonnes raisons, contre un parti, qui ne lui déplaît pas moins qu'à vous. Dieu soit votre lumière, votre conseil, votre parole, votre force et surtout votre sagesse,

270 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 juillet 1702

en sorte que vous n'en ayez point d'autre que la sienne, qui est la seule véritable et sûre 1°.

Au nom de Dieu, mon bon Duc, tâchez de faire en sorte que M. le D. de Bourgogne] soutienne ces merveilleux commencements. Je souhaite qu'il retourne à Versailles le plus tard qu'il se pourra et qu'il s'affermisse dans sa bonne conduite, avant que d'y retourner". Si en y arrivant il retombait dans les défauts, dont il paraît guéri, on croirait qu'il n'a fait qu'un effort passager, qu'il n'est pas capable de se soutenir, et il demeurerait dans un triste état. Si au contraire il fait à Versailles ce qu'il fait à l'armée, il sera estimé, admiré du public et toutes les critiques tomberont. L'inclination publique est toute pour lui 12. C'est une grande avance. Tout est défriché. Il n'y a qu'à ne rien détruire. Ce qu'il fait si bien à l'armée, ne peut-il pas le faire à la cour? L'un n'est pas plus contraignant que l'autre.

Bonsoir, mon bon Duc, nous sommes ici bonnes gens qui vous aiment de tout leur coeur. Si vous étiez au milieu de nous, nous vous réjouirions et élargirions le coeur. Vous vous en porteriez mieux. Ayez soin de votre santé.

853. A MAIGNART DE BERNIÈRES

[27 juillet 1702].

Monsieur,

Je ne puis m'empêcher de recourir à votre autorité pour une affaire qui importe à la religion et au bon ordre des peuples. Voici le fait. Quelqu'un avait mis dans le creux d'un arbre au coin d'un bois une petite image de la S[ain]te Vierge dans un lieu du voisinage d'Avesnes. Le peuple des environs a cru voir beaucoup de miracles opérés par cette image; on y a accouru en foule de cinq ou six lieues de pays; on a dressé tout autour des tentes pour des cabarets où l'on s'enivrait; on passait la nuit autour de l'image dans des bois avec un danger manifeste de grands désordres. De plus les habitants de deux paroisses, savoir d'Anor et de Fourmies', se disputaient l'image miraculeuse et étaient sur le point d'entrer avec animosité en procès et peut-être en voies de fait sur ce que le territoire de l'image paraissait douteux entre ces deux paroisses voisines. Une grosse somme d'argent provenue des oblations des pèlerins augmentait beaucoup la chaleur de cette contestation. J'ai pris le parti, Monsieur, d'envoyer notre doyen de chrétienté d'Avesnes2, pour transporter l'image dans un lieu plus décent et pour la tenir en dépôt dans l'église d'Avesnes, jusqu'à ce que nous ayons examiné les miracles qu'on allègue, la situation de ce lieu pour savoir de laquelle des deux paroisses il est, et enfin les précautions qu'il convient de prescrire pour empêcher que cette dévotion commencée par le peuple sans aucune autorité de pasteur ne se tourne en licence et en superstition.

Notre doyen a exécuté mon ordre sans aucun bruit; il a laissé la somme provenante des oblations à celui que les peuples en avaient fait dépositaire, nommé le sieur Goulart'. L'image est actuellement dans l'église d'Avesnes. Le peuple ayant su cette translation de l'image s'est attroupé avec clameur, menaçant de tuer le curé de Fourmies' qui est un très pieux pasteur

27 juillet 1702 TEXTE 271

soupçonné de m'avoir averti. On a menacé aussi notre doyen de le tuer, et cette populace a porté dans l'arbre en la place de l'image transportée une autre image qu'ils honorent, comme aussi miraculeuse que la première. Ainsi voilà ce culte abusif qui a commencé avec un mépris et un soulèvement déclaré contre toute autorité ecclésiastique. J'ai mandé à notre doyen de tolérer dans un profond silence cette révolte des peuples contre l'Eglise, de peur que lui ou quelque autre pasteur ne se commît aux violences d'un peuple irrité. Mais vous voyez bien, Monsieur, qu'on ne peut pas laisser faire sous prétexte de dévotion à une image, des attroupements nocturnes dans des bois, où l'on assure qu'il s'assemble quelquefois des milliers de personnes. Cette licence est contraire aux bonnes moeurs et à la police aussi bien qu'à la religion et à la discipline de l'Eglise. Je vous supplie donc, Monsieur, d'avoir la bonté de donner des ordres efficaces afin que cette seconde image soit ôtée par l'autorité du Roi et qu'en même temps il soit fait défense aux peuples du voisinage de se rassembler pour y mettre encore quelque autre nouvelle image jusqu'à ce que nous ayons réglé ce qu'il conviendra sur le culte de la première qui est en dépôt. De ma part je n'attends que la suppression de la seconde et la tranquille soumission du peuple, pour faire procéder par notre doyen à l'examen des miracles, de la situation du lieu, et des circonstances de ce culte, pour accorder à l'empressement des peuples tout ce qu'on pourra lui accorder sans autoriser des abus et avilir l'autorité. Dès que vos ordres paraîtront et que les gens de justice parleront et agiront selon vos ordres au nom du Roi, tout sera soumis et paisible. Je ne vous propose rien, Monsieur, sur la manière dont cette exécution doit être faite, puisque vous savez mieux que personne ce qu'il faut pour tenir en respect une populace.

Permettez-moi d'ajouter à une si longue lettre la demande d'un ordre précis pour vos subdélégués de Maubeuge', d'Avesnes6 et du Quesnoy', afin qu'ils fassent exécuter ceux d'entre nos curés qui se refusent de payer leur capitation. Je serais bien fâché de nuire à quelques-uns d'entre eux en découvrant leur mauvaise volonté, mais leur refus de payer va à un tel excès et est accompagné de circonstances si choquantes qu'il est à propos même pour leur bien que quelque exemple leur apprenne à vivre. Vous pouvez compter que ce ne sera qu'à la dernière extrémité qu'on les livrera à vos subdélégués pour quelque contrainte. Je vous supplie même d'envoyer les ordres aux subdélégués, sans qu'il leur paraisse que je me sois plaint de personne. Ils pourront en venir à la rigueur quand je leur manderai quelque ecclésiastique, qui en aura besoin, car je ne le ferai qu'après avoir épuisé tous les moyens de persuasion et de douceur.

Je suis pour toute ma vie avec le plus sincère attachement du fond du coeur, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

A Cambray 27 juillet 1702.

272 CORRESPONDANCE DE FÉNELON TEXTE 273

27 juillet 1702 29 juillet [1702]

853 A.

PH. CHALMETTE A FÉNELON v[otre] S[éminaire], le retardement de votre détermination pourra donner lieu à empêcher la chose.

M. de Chartres est à Saint-Sulpice; il a envoyé quérir M. l'E[schassier] pendant que j'étais avec lui, ce qui l'a obligé à me quitter plus tôt qu'il n'aurait fait. Je suis etc.

A Paris, ce 27 juillet 1702.

M[onseigneur],

M. l'E[schassier] ayant apparemment réfléchi sur la conférence que j'avais eue avec lui le 25 dont je vous ai rendu le plus fidèle et le plus sincère compte qu'il m'a été possible', envoya hier plusieurs fois où je demeure pour me prier de lui aller parler. Comme je n'arrivai de ville qu'à 8 heures du soir, je n'y ai pu aller que ce matin; il m'a paru plus embarrassé après sa réflexion sur notre entretien de mardi qu'il ne me le parut ce jour-là. Il m'a dit que si Mr C[artier] revenait sans lui en avoir écrit, cela étant contre les règles de la maison, il ne pourrait plus espérer d'y être reçu s'il ne s'accommodait pas au lieu... Je lui ai répondu qu'il serait puni sans avoir manqué en rien puisqu'il connaissait devant Dieu, après ce que je lui avais confié, que ce n'était qu'avec une grande peine que M. C[artier] avait gardé à son égard l'inviolable secret que je lui avais demandé. Sur quoi il m'a dit : Mais cela ne paraîtra pas et je suis redevable à ma communauté. Je n'ai pas été fâché qu'il m'ait fait cette réponse à laquelle je lui ai répliqué, pour le lier davantage au secret et lui ôter tout moyen ou prétexte de s'opposer à la chose: Je conviens que vous ne pourrez en parler à qui que ce soit au monde; mais il reste toujours indubitable que M. C[artier] serait innocent et dans votre esprit et dans votre coeur. Ensuite il m'a dit ce que la sincérité et la candeur de Mt. C[artier] l'avait engagé à me déclarer dans la lettre dont je vous ai envoyé la copie; à quoi il m'a ajouté qu'il avait l'esprit bien vif, et qu'il avait besoin de quelqu'un en qui il eût une entière confiance. Sur quoi je lui ai demandé: Mais a-t-il le coeur ouvert et un esprit droit et docile; il m'a assuré que oui; et sur cela il m'a dit une chose de Mr C[artier] qu'il croyait, à ce que je me suis imaginé et à ce que peut-être il pensait lui-même, devoir diminuer mon désir d'attirer Mr C[artier] à C[ambrai]. Mais j'en ai jugé autrement. Voici le fait, afin que vous puissiez connaître, Mr, si mon jugement est juste ou faux, ce que je penserai comme vous le jugerez.

M. l'E[schassier] pour me faire connaître le caractère d'esprit de Mr C[artier] m'a dit qu'ayant enseigné dans ses écrits ou dans ses conférences quelque chose que la vivacité de son esprit lui avait fait croire plus certaine qu'il ne l'avait reconnue par après, il lui avait écrit lettres sur lettres pour lui demander s'il n'était pas obligé de dire ou d'écrire la chose à ceux qui l'avaient entendu de la manière qu'il l'avait reconnue depuis. Je vous avoue, M., que cela a augmenté l'estime que j'avais pour M. C[artier] au lieu de la diminuer; mais je soumets mon sentiment à celui que vous en porterez.

M. l'E[schassier] a poussé la chose plus loin en me disant que si c'était pour un autre lieu que Cambrai] où il n'eût pas sujet de craindre d'attirer quelque chagrin à sa maison, il se soucierait fort peu que Mr C[artier] la quittât'. Votre prudence, M., vous fera tirer, de tout ce que m'a dit M. l'E[schassier] touchant Mr C[artierj, les conséquences qu'elle jugera à propos, pour se déterminer sur Mr C[artier]. Je me sens porté et même obligé à vous dire que selon mon petit jugement il me paraît très pressé que vous me mandiez votre détermination sur Mr C[artier], car si vous le désirez dans A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi 29 juillet [1702).

J'ai fait revenir d'Arras nos lettres pour les envoyer aujourd'hui à Paris par M. de... qui part cet après midi. Mad. la C. de... ', à qui j'avais mandé de vos nouvelles, me répond deux mots de très bonne amitié. Comment vous portez-vous, Madame? j'en suis véritablement en peine.

853. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 21 août 1702.

Souffrez, s'il vous plaît, Monsieur, que je vous importune en faveur de quelques habitants de notre terre de Solesme, dont on a arrêté les chevaux qui portaient du blé à Namur'. Je n'ai garde de vouloir raisonner sur aucune des choses qui ont rapport à l'exécution des ordres du Roi, et je souhaite la punition de tous ceux qui les éludent par quelque fraude, Mais je prendrai la liberté, Monsieur, de vous dire en général, que le commerce de blé, qui est la seule ressource de ce pays ne saurait être trop libre, que les moindres sujétions le troublent et l'arrêtent, tant il languit, que c'est épuiser les sources d'argent pour le Roi, que d'empêcher la vente des grains de ceux qui doivent le payer'. Il me semble voir très clairement que le pays ne saurait continuer à bien payer ses charges, si on ne facilite le débit de ses denrées. Tout s'appauvrit à vue d'oeil, et ce pays, qu'on a cru si riche, sera bientôt plus pauvre que les provinces du coeur du royaume. Je ne parle si librement que par zèle, et à vous seul Monsieur, en grand secret. Je suis de plus en plus, et pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

855 A. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

A Malines, le 6 septembre 1702.

Je ne saurais repasser à portée de vous, sans vous témoigner le déplaisir que j'ai de ne point user de ma permission, et de ne point vous revoir, ainsi que je l'avais espéré. Cette lettre vous sera rendue par un moyen sûr: ne me chargez point de réponse par écrit par celui qui vous la rendra'; et si vous m'en faites, que ce soit par M. de Beauvilliers, sans y mettre de dessus'. Je

274 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 septembre 1702

vous prie d'être persuadé de la continuation de mon amitié pour vous, qui assurément ne peut être plus vive, et qui a toujours été telle, comme je ne crois pas que vous en doutiez, et de vous ressouvenir incessamment de moi dans vos prières. Peut-être sera-t-il encore mieux que je ne vous voie pas la veille ou le jour même que j'arriverais à Versailles'. Cela n'est pas la même chose, quand on doit être quelque temps dehors, et les idées sont plus effacées. Adieu, mon cher Archevêque; il n'est pas besoin de vous recommander le secret sur cette lettre, ni de vous assurer de la tendre amitié que je conserverai en Dieu pour un homme à qui j'ai tant d'obligations qu'à vous.

L.

856. AU DUC DE CHEVREUSE

A Cambrai] 7 septembre 1702.

J'envoie, mon bon Duc, à M. de Beauvilliers un mémoire sur l'université de Doüay'. Vous y verrez que le Roi est le maître de tout, et que nulle règle n'empêche qu'on n'opine', pour mettre la doctrine en sûreté. Vous seriez étonné si vous lisiez les thèses qu'on vient de soutenir au concours de Doüay. On ne parle en France et à Rome que du fantôme du Jansénisme' pendant qu'on ne cesse de le réaliser sans ménagement : si vous n'avez pas lu le panaegyris Janseniana4 et via Pacis5, il faut que le P[etit] abbé' vous les fasse lire. Pour moi, j'ai une commodité dans ce pays, c'est que j'y trouve fréquemment des gens qui me disent avec franchise ce que les prétendus Augustiniens de France ne disent qu'avec déguisement. De plus, je suis accoutumé à en trouver aussi qui savent donner des expressions spécieuses pour sauver tout le dogme, mais quand on sait les presser, on découvre que leurs adoucissements cachent le même excès qui est dans les autres. Excès pour excès, je souffrirais plus patiemment ceux qui parlent sans détour. Par exemple, je souffrirais plutôt le P. Gerberon que le P. Quesnel et le P. Quesnel que M. du Guet et que les Bénédictins auteurs de la dernière préface sur leur édition de S. Augustin'. Jamais gens n'ont été si animés contre les restrictions mentales. Jamais gens n'en ont tant usé en matière de foi pour éluder les bulles des papes reçues de toutes les églises catholiques.

La bonne D[uchesse], qui part d'ici', se porte, ce me semble, un peu mieux que quand elle y est venue. Elle a eu le coeur assez content. C'est ce qui adoucit plus le sang que le lait d'ânesse. Elle est très bonne et a une lumière qui surprend. On ne peut être plus simple et plus sage tout ensemble qu'elle l'est. Sa simplicité n'a rien d'imprudent, ni de léger, ni de crédule, ni de précipité. Sa sagesse n'est ni inquiète, ni méthodique, ni intéressée, ni multipliée, mais en chaque occasion elle suit fidèlement et en paix la lumière présente, sans présumer que rien vienne de Dieu. Elle agit comme naturellement, suivant cette lumière, sans réfléchir pour en juger. Au nom de D[ieu], mon bon et très cher Duc, faites de même. Si vous laissez un peu faire D[ieu] en vous, il sera le tuteur du tuteur9, et vous verrez qu'il y aura du temps pour tout, sans se presser. Ne vous pressez pas, mais soyez court en parlant peu. Vous vous pressez toujours et vous êtes toujours trop long. 7 septembre 1702

Vous n'êtes point lent, et on a tort de le croire; au contraire, vous avez l'action et la parole prompte. Mais vous mêlez en chaque chose trop de pensées ou étrangères ou non nécessaires au fait précis. Vous joignez à trop de pensées trop de paroles. Vous craignez trop de n'être pas assez clair et d'omettre quelque tour de persuasion. Les précautions ne finissent point. D'ailleurs, la curiosité de l'esprit, passion ancienne et dominante, qui a jeté secrètement de profondes racines dans votre coeur' vous prend plus de temps que vous ne croyez. Si je pouvais feuilleter vos livres et papiers, je trouverais peut- être bien des coups de crayon, des oreilles, des notes, etc... qui montreraient combien vous lisez à la dérobée. De plus, votre curiosité n'agit pas seulement dans la lecture. Elle prend sur vous, dans les méditations philosophiques ' 1, dans les conversations raisonnées, avec les gens d'esprit et presque dans tout le cours de la vie. D'ailleurs, vous traitez dogmatiquement les affaires comme les questions de théologie. Requiescite pusillum12, disait Jésus-Christ aux apôtres. Vacate et videte quoniam ego sum Deus". Cette cessation de l'âme est le plus grand sacrifice. C'est le vrai sabbat ". Amusez si vous voulez vos sens et votre imagination à quelque chose qui ne soit pas un piège à l'esprit curieux. Mais suspendez tout ce qui empêche la nourriture et le silence du fond, qui doit laisser faire Dieu. O mon bon cher Duc, je vous aime du vrai amour.

857. AU DUC DE BEAUVILLIER

A C[ambrai], 7 septembre 1702.

Je vous envoie, mon bon Duc, un mémoire sur les affaires de Doüay Il est certain que si on laisse la pleine liberté du concours, il n'y aura plus que le Jansénisme dans cette université, et par conséquent dans tout le pays'. Quoique M. d'Arras soit l'évêque diocésain, j'y ai beaucoup plus d'intérêt que lui; car les deux tiers du diocèse d'Arras ne reçoivent guère de sujets de Doüay, et nous en recevons six fois davantage. Il serait naturel qu'on' voulût savoir ce que connaissent les évêques les plus intéressés, qui sont sur les lieux. Mais nous sommes bien loin de là, et il faut se taire.

A l'égard de votre scrupule sur la règle', je crois que le mémoire suffit pour le lever. Le concours n'est point de l'institution de l'université. C'est le Roi seul qui l'a établi par rapport aux affaires de Rome, dont il ne s'agit plus 5.

Quand le Roi tourne en plaisanterie vos ombrages sur le Jansénisme', ne pourriez-vous répondre en riant, que vous avez été tenté de vous modérer là-dessus, mais que l'expérience vous a contraint de croire qu'il y a du Jansénisme caché et de sa cabale presque partout? Vous lui donneriez peut-être un peu à penser. S'il vous pressait de vous expliquer, vous pourriez lui faire entendre, sans nommer personne, que le parti est relevé depuis quelques années, et qu'il trouve de la protection partout'.

Vous savez ce que je vous ai souvent proposé sur les pas à faire ou à ne faire pas. Je ne demande point que vous forciez votre timidité par des efforts humains, et qui surpasseraient peut-être vos ressources présentes auprès du Roi; vous agiriez de cette sorte autant contre votre grâce, que contre votre

TEXTE 275

276 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 septembre 1702

naturel. Mais je voudrais seulement que vous laissassiez tomber toutes vos réflexions de sagesse, que vous n'eussiez aucun égard à tout ce que vous connaîtriez devant Dieu de votre timidité naturelle, et que vous fissiez et dissiez simplement, en chaque occasion de providence ce que l'esprit de grâce vous inspirerait alors. Je ne voudrais aucune démarche extraordinaire et démesurée par une espèce d'enthousiasme. C'est ce qui n'est point de votre grâce, et où vous courriez risque de prendre une chaleur d'imagination pour un mouvement de Dieu. Je ne voudrais que parler simplement, modérément, et selon les règles communes, quand Dieu vous en donnerait l'ouverture au dehors, avec une certaine pente du dedans, contre laquelle vous n'auriez que des réflexions humaines et intéressées. On se flatte quelquefois, et on se ménage trop par politique timide, sous le beau prétexte de se réserver pour de grandes occasions, qui ne viendront peut-être jamais, et dans le fond on recherche sa sûreté et son repos. Mais on ne voit pas ce repli du fond de son coeur, et on croit n'agir que pour le bien général, dont on a en effet le zèle sincère. Moins vous vous écouterez, pour écouter Dieu paisiblement en chaque chose, plus vous sentirez votre coeur s'élargir, et votre force s'augmenter: mutaberis in alium virum8. Faites-en l'essai, si vous osez. Ceux qui croiront, verront les fleuves d'eau vive couler de leurs entrailles. Mais vous ne recevrez que suivant la mesure de votre foi. C'est le peu de,foi qui resserre le coeur. C'est l'abandon à Dieu qui le soulage, et qui en étend la capacité. Saint Paul dit, dilatamini, élargissez-vous'. Dieu ne demande que de vous en épargner la peine. Laissez-le faire. Il vous élargira lui-même, pourvu que vous ne repoussiez pas son opération, en écoutant vos réflexions, ou celles d'autrui.

J'oubliais de vous dire que quand on ôterait le concours de Doüay, et que le Roi nommerait lui-même les professeurs, M. le Card. de N., M. l'Ar. de Reims et M. de Meaux ne feraient nommer que des gens du parti '°. Ne pourrait-on pas charger de ce choix M. l'Ev. de Chartres avec le P. de la Chaize? Peut-être que le Roi ne voudrait pas déclarer cette commission, de peur de peiner les autres ". Mais il lui serait facile, sans la déclarer, de régler ainsi la chose en chaque occasion. M. de Chartres proposé avec le P. de la Chaize serait le correctif, et montrerait qu'on n'a ni partialité ni entêtement '2. N'est-il pas pitoyable que le Roi soit à la veille de faire triompher le Jansénisme à Doüay contre son intention pendant que le R. d'Esp[agne] son petit-fils emploie toute son autorité à l'abattre à Louvain '3?

Quand le Roi se moquera de vous sur le jansénisme'', dites-lui ce que le Pape a fait qui est de révoquer l'arch. de Sébaste vic[aire] ap[ostolique] en Hollande parce que tout le clergé de Hollande est devenu Janséniste sous sa conduite 15. Dites-lui encore que l'arch. de Reims avait fait imprimer à Sedan ville de son diocèse une lettre qu'il écrivait il y a sept ans à Rome, où il favorisait le parti. Les Jésuites pourront vous fournir l'imprimé, si vous en avez besoin '6. Le clergé fit semblant il y a deux ans de parler contre le Jansénisme. Dans la vérité il ne dit rien d'effectif, et ne voulut jamais condamner des propositions hérétiques d'un livre que le P. Quesnel lui avait dédié ''.

Les thèses qu'on a soutenues ces jours passés à Doüay dans le concours sont toutes Jansénistes. Les juges ne font cas que de celles-là".

TEXTE 277

onze sept. 1702

A C. onze sept. 1702.

Depuis cette lettre écrite, j'ai vu un moment à la poste M. le D. de B[ourgogne]. Il me parut engraissé, d'une meilleure couleur, et fort gai '9. Il me témoigna en peu de paroles beaucoup de bonté. Il a pris beaucoup sur lui, en me voyant. Il me semble que je ne suis touché de tout ce qu'il fait pour moi que par rapport à lui et au bon coeur qu'il marque par là. Il m'avait écrit de Malines par M. de Denonville une lettre que celui-ci m'a rendue depuis le passage du prince". Je garderai là dessus le plus profond secret. Voici une lettre pour lui, sans dessus, que je vous supplie de lui donner'''. Je ne saurais recevoir tant de marques de sa bonté, sans lui témoigner ma reconnaissance, en lui disant ce qu'il me semble qu'il doit à Dieu'. Voici un temps de crise", où vous devez redoubler votre fidélité, pour n'agir que par grâce auprès de lui, et pour le secourir sans timidité ni empressement naturel. Donnez-vous bien tout entier sans réserve à D[ieu], mon bon Duc. Il fera tout en vous.

857 bis. MÉMOIRE SUR DOUAY

[7 ou 12 septembre 1702].

1° Il est certain que le concours pour les chaires de professeurs dans l'université de Doüay n'a été établi ni par le décret du Pape, ni par les lettres de Philippes II fondateur de cette université', ni par aucun statut. L'université de Louvain 2, dont celle de Doüay est une espèce de colonie, et sur le modèle de laquelle elle a été instituée, n'a jamais pratiqué, et ne pratique encore aujourd'hui aucun concours. Il n'y a ni règle, ni statut, qui autorise cet usage.

2° Il est vrai seulement que le Roi l'an 1681' ordonna par une déclaration le concours, à moins que les proviseurs du dot' ne jugeassent plus à propos de faire monter à la place vacante le plus ancien des professeurs qui restent au-dessous, et les autres qui le suivent, en sorte que le concours n'eût' lieu que pour la dernière de toutes les chaires, qui vaquerait en ce cas.

3° Ce changement fut fait en vue d'introduire dans les chaires de cette université des théologiens étrangers, qui pussent s'y introduire par la liberté du concours, et par les affiches qu'on en ferait en France de tous côtés, parce que les théologiens de l'université' refusaient d'enseigner la doctrine que le clergé de France voulait établir sur la' faillibilité du Pape, et sur l'indépendance du temporel des Rois à l'égard du S. Sièges. — En effet on y introduisit aussitôt dès le premier concours le sieur Gilbert', qui fut seul à se présenter pour concourir, et qui offrit d'enseigner les 4 propositions du clergé de France, pendant que tous ceux '° de l'université refusaient d'en faire autatit.

4° De plus, on envoya à Doüay M. D'Espalongue" docteur de Sorbonne, lequel fut chargé de veiller '2 sur tous les autres par rapport à cette doctrine contraire à celle des ultramontains. Voilà ce qui a commencé à changer l'ordre ancien et naturel de cette université. Jusques là le Roi était libre conformément aux lettres de Philippes II de ne choisir, ou du moins de n'admettre d'autres professeurs, que ceux qu'il jugerait propres à cette fonction. C'est encore le Roi d'Espagne qui choisit les professeurs à Louvain. On

278 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [7 ou 12 septembre 1702]

sait qu'il en est de même à Paris, dont l'université est la mère et le modèle de ces deux autres. On n'a jamais vu en aucune d'elles nulle trace de concours. II est donc tout nouveau à Doüay; il y est établi contre l'institution de l'université, et contre son usage depuis son origine. Il y est établi par le Roi seul, sans aucune confirmation du Pape. Il y est établi pour une occasion passagère, qui cesse. La même puissance qui l'a ajouté aux règles de l'université, est pleinement libre de le retrancher. Il faut bien moins de pouvoir, pour remettre les choses dans leur état naturel et originel, que pour le tirer de son institution, et de sa perpétuelle pratique. Le Roi est donc pleinement libre de révoquer ce qu'il a fait.

" Le Roi en ordonnant le concours pour des chaires de professeurs, n'a pas prétendu renoncer au droit de confirmer l'élu et" d'exclure les sujets suspects en matière de foi. Le Roi avait le droit de choisir, et de nommer. Il a bien voulu laisser choisir par les juges du concours, mais il lui reste au moins le droit de confirmation" et d'exclusion. Dans les lieux mêmes, où le Roi laisse faire des élections canoniques, comme dans les abbayes chefs d'ordre, il ne laisse pas d'avoir un commissaire, pour veiller sur l'élection, et pour exclure de sa part tous les sujets qui lui seraient suspects. On ne peut faire aucune comparaison entre les élections des concours, qui ne sont fondées que sur la pure concession du Roi fondateur de l'université, qui remet gratuitement son droit de nommer, et les élections canoniques dans lesquelles le Roi n'a aucun droit d'entrer. On peut juger par là, si le Roi doit avoir quelque scrupule de" se réserver le droit de confirmation et d'exclusion des sujets suspects ou non suspects" en matière de foi, lorsqu'il donne gratuitement la liberté du concours dans l'université de Doüay.

6° De quatre professeurs élus" par la voie du concours depuis l'an 1681, il y en a eu trois que sa Majesté a été obligée d'exiler pour le Jansénisme. Le premier fut le sieur Gilbert, qui donna publiquement dans l'école de Doüay des écrits d'une doctrine si outrée, que M. l'Ev. d'Arras '9, fort opposé aux Jésuites, et prévenu d'une grande confiance pour le parti opposé, ne crut pas se pouvoir dispenser de censurer ces écrits, et la faculté de Paris ayant été consultée, ce prélat condamna les écrits du sieur Gilbert. On sait que le même sieur Gilbert étant exilé à S. Quentin conservait un commerce de doctrine" avec les autres du même parti, qui éclata par l'affaire du faux Arnauld. Il ne s'agit pas d'examiner le tort de ceux qui se servirent de cette fiction pour découvrir les partisans du Jansénisme. Cette fiction est sans doute inexcusable et très odieuse. Mais l'extrême tort de ceux qui usèrent de cette indigne fiction ne diminue en rien le venin de l'hérésie, qui a été découverte par cette mauvaise voie". Trois des quatre professeurs élus par la voie du concours depuis vingt ans sont demeurés convaincus dans cette affaire du faux Arnauld, d'avoir souscrit à une doctrine manifestement hérétique. On peut juger par là, si22 la liberté du concours n'est pas très dangereuse dans cette université. L'expérience décide clairement. Tout au moins il est capital que le Roi, à qui demeure le droit de confirmation pour les professeurs élus, refuse sa confirmation à ceux qui seront suspects de favoriser une hérésie qui est si réelle en celui-là.

7° Si on veut remonter à la source, on trouvera que la plupart de ceux qui sont juges naturels du concours, sont tous dans les" mêmes sentiments, que le sieur Gilbert et les autres exilés ont tant soutenus. Ils pourront user

12 septembre 1702 TEXTE 279

d'équivoque et éluder les questions, mais si on veut les presser d'une manière exacte et précise sur' le vrai sens des propositions de Jansénius' et sur l'autorité de l'Eglise pour condamner un texte dans son sens naturel, on sera étonné de leurs restrictions mentales, et du fonds de la doctrine corrompue à laquelle ils sont attachés.

8° On en peut juger par les thèses que les concourants viennent de soutenir, depuis qu'ils se croient puissamment protégés, et que d'ailleurs les juges nommés leur sont ouvertement favorables. Malgré les termes captieux, dont ils veulent déguiser leurs sentiments, on verra qu'ils renouvellent la doctrine de Baïus et de Jansénius'. Que sera-ce, si on' abandonne cette université dans les mains de ses corrupteurs, et si elle forme dans ce même esprit tous les étudiants, qui rempliront les pastorats" et tous les autres emplois ecclésiastiques des diocèses voisins. On peut dire de ceux qui" feraient scrupule de conseiller au Roi d'user de son droit pour arrêter cette contagion manifeste: «Illic trepidaverunt timore ubi non erat timor".»

9° Il semble que le meilleur serait que le Roi pour quelque temps fit contre" le Jansénisme ce qu'il a fait" en faveur des propositions du clergé. Il envoya à Doüay des professeurs étrangers, qui étaient des docteurs de Sorbonne comme Mrs d'Espalongue, et Tournelli33. Aussi bien l'université de Paris est-elle la mère et la source des universités de Louvain et de Doüay. Il est naturel de rechercher des sujets dans la première source" pour renouveler les universités déchues. Des professeurs qui seraient choisis à Paris par le Roi, par exemple dans la société de Sorbonne, et qui seraient opposés au Jansénisme sans chaleur, redresseraient bientôt les études de" l'université de Doüay; après quoi on pourrait, si on le jugeait à propos, lui donner la liberté du concours.

858. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Au Quesnoy mardi 12 septembre 1702.

Je t'embrasse, mon cher Panta, mais avec tendresse. Voilà les nouvelles que M. du Rencher ' m'a données. Barassy2 te les porte pour la troupe curieuse'. Je te prie d'envoyer de l'argent au Père de Vitry'. Il est, ce me semble, à propos de se défier du marchand de du Breuil'. Je veux bien qu'on fasse avec lui un nouveau marché, sans égard au premier. Mais il faudrait consulter quelque expert, qui sache le commerce avec étendue. Après quoi je te prie de décider. Pour du Breuil je te prie de lui dire que je n'ai fait ce qui s'est passé, ni par humeur, ni par promptitude, et que j'ai eu besoin d'un grand sang-froid pour ne le congédier pas; que nous ne saurions avoir affaire plus longtemps ensemble, mais que je veux bien me souvenir de son voyage de Rome', et ménager son honneur, en lui donnant le temps d'achever son affaire de Bruxelles, pour laquelle j'écrirai à M. de Bagnols, qui me mande qu'il est en état de travailler'. J'embrasse la canailleuse race de nos enfants. Embrassade aussi pour le vénérable; mais serrez-le bien. Si le cher Calas n'est point parti, il faut l'étouffer de caresses'. Je l'aime au double du temps passé. Bien des compliments à M. le M[arquis] de Prie'. O mon Panta que tu m'es cher ! Cupio te in visceribus Christi Jesu").

280 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 septembre 1702

Si M. Le Fèvre vient, il faudra en prendre soin, en attendant mon retour ".

II y a sous mes fenêtres cinq ou six lapins blancs, qui feraient de belles fourrures. Mais ce serait dommage, car ils sont fort jolis, et mangent comme un grand prélat. Je vois aussi deux petits coqs, l'un noir, et l'autre à plumage de couleur d'aurore. Ils sont comme la France et l'Empire '2: le noir est Achille, et l'aurore est Hector.

Ludus enim genuit trepidum certamen et iram, Ira truces inimicitias, et funebre bellum".

858 A. LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON'

[12 septembre 1702].

Il me revient de Rome, par plusieurs endroits, que quelques personnes, qui se mettent moins en peine d'édifier l'Eglise que de décrier notre compagnie, ont osé y écrire à Sa Sainteté même, que toute l'Eglise Gallicane se soulevait contre le Saint Siège, sur sa lenteur à condamner les opinions des missionnaires de la Chine; et que si elle ne cassait promptement le décret par lequel le pape Alexandre VII, pour faciliter les progrès de la vraie foi, avait réglé les cérémonies qu'on pouvait ou qu'on devait y conserver 2, cela causerait toujours le plus grand obstacle qu'on trouve aujourd'hui à la conversion des hérétiques de France. Je ne crois pas que vous soyez de ce sentiment, ni que vous ayez autorisé ceux qui se sont voulu faire caution de tous les évêques du royaume, auprès de Sa Sainteté, sur un point si faussement et si malignement inventé. Vous savez le contraire, Monseigneur, puisqu'il est certain et manifeste qu'on ne pourrait faire de plus grand plaisir aux Protestants, ni rien de plus propre à les entretenir dans le schisme, que de leur faire voir dans les décrets et dans les décisions des papes, cette contradiction que les novateurs y cherchent avec tant de soin, et de laisser croire à tout le monde que l'Eglise a souffert, durant plus de cent ans, des idolâtries à la Chine, dont elle était bien informée.

Vous voyez, Monseigneur, combien ces exagérations sont de mauvaises voies de solliciter le Saint Siège, pour lui ôter, s'il se pouvait, la liberté de rendre encore un jugement avantageux à la religion, auquel les Jésuites seront assurément toujours les plus soumis, puisque de cette soumission dépend tout le fruit du zèle avec lequel notre compagnie sacrifie un si grand nombre de ses meilleurs sujets au ministère de l'Evangile dans les pays infidèles. Le sentiment d'un prélat de votre mérite et de votre capacité serait d'un grand poids dans cette occasion, et je vous supplie très humblement de vouloir bien me le marquer par la réponse dont vous daignerez m'honorer. Vous le devez au bien de l'Eglise, et j'ose attendre cette marque de votre zèle et de votre bonté. Je suis très respectueusement, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Paris le 12e septembre 1702.

DE LA CHAISE.

[Après le 14 septembre 1702]

Au P. DE LA CHAISE

[Après le 14 septembre 1702].

Puisque vous me pressez de vous dire ce que je crois des bruits que vous m'assurez qu'on répand à Rome, je vais le faire sincèrement.

1° Je ne comprends pas qui est-ce qui a écrit à Sa Sainteté même, « que toute l'Eglise Gallicane se soulevait contre le Saint Siège sur sa lenteur à condamner les opinions des missionnaires de la Chine; et que si elle ne cassait promptement le décret par lequel Alexandre VII, pour faciliter le progrès de la vraie foi, avait réglé les cérémonies qu'on pouvait ou qu'on devait y conserver, cela causerait toujours le plus grand obstacle qu'on trouve aujourd'hui à la conversion des hérétiques de France '». Pour moi, je serais très fâché qu'on crût que je suis soulevé contre le Saint Siège, sur la lenteur du Pape en cette occasion; et il me semble qu'on fait tort aux autres évêques, quand on leur attribue un tel sentiment. On connaît mal l'autorité de l'Eglise-mère, et la sage fermeté du Pape, quand on espère lui faire ainsi la loi. Il ne s'agit en cette affaire, comme nous l'allons voir, d'aucun point doctrinal, mais seulement d'une très importante question de fait, sur des missions dont tous les ouvriers sont envoyés immédiatement par le Saint Siège. N'est-il pas naturel que le Pape règle ses propres missions? N'est-ce pas le moins qu'on puisse donner à un juge dont le tribunal est si élevé, que de lui laisser le temps qu'il croit nécessaire pour instruire exactement le procès qu'il doit juger? Quoique je demande tous les jours à Dieu qu'il donne bientôt la paix à son Eglise, j'attends sans impatience que le Pape ait achevé ses informations pour assurer la gravité de son jugement 2.

2° Il ne s'agit point de condamner les opinions des missionnaires de la Chine; on ne dispute sur aucun point dogmatique. D'un côté, les Jésuites ne croient pas moins que leurs adversaires, que ce culte doit être retranché, s'il est religieux 3; d'un autre côté leurs adversaires ne reconnaissent pas moins qu'eux, que ce culte ne devrait point être retranché, de peur de troubler tant d'églises naissantes, et de casser le décret d'un pape comme favorable à l'idolâtrie, supposé que ce culte fût purement civil. Tout se réduit donc à une pure question de fait. Les uns disent : Un tel mot chinois signifie le ciel matériel; les autres répondent : il signifie aussi le Dieu du ciel. Les uns disent : Voilà un temple, un autel et un sacrifice; les autres répondent : Non, ce n'est, suivant les moeurs et les intentions des Chinois, qu'une salle, qu'une table, et qu'un honneur rendu à de simples hommes sans en attendre aucun secours. Qui croirai-je? Personne. Chacun, quoique plein de lumière, peut se prévenir et se tromper. Les relateurs non suspects assurent qu'il faut une très longue étude pour bien apprendre la langue chinoise. Les moeurs et les idées de ces peuples sur les démonstrations de respect sont infiniment éloignées des nôtres. D'ailleurs nous savons par notre propre expérience que les signes qui expriment le culte religieux peuvent varier selon les temps et les usages de chaque nation. Le même encens qui exprime le culte suprême quand on le donne à l'Eucharistie, ne signifie plus le même culte, dans le même temple et dans la même cérémonie, quand on le donne à tout le peuple et aux corps mêmes des défunts. On rend dans nos églises le Vendredi-saint à un crucifix d'argent ou de cuivre des honneurs extérieurs qui sont plus grands que ceux

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859.

282 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

[Après le 14 septembre 1702] TEXTE 283

16 septembre 1702

qu'on rend à Jésus-Christ même dans l'Eucharistie, quand on l'expose sur l'autel. L'officiant ôte ses souliers le Vendredi-saint, et tout le peuple se prosterne dans la cérémonie de l'adoration de la croix. Ainsi on donne les plus grands signes de culte en présence du moindre objet, et l'on donne des signes de culte qui sont moindres en présence de l'objet qui mérite le culte suprême. Quel Chinois ne s'y méprendrait pas, s'il venait examiner nos cérémonies? Les Protestants mêmes, qui sont si ombrageux sur le culte divin, et qui auraient horreur de saluer en passant une image du Sauveur crucifié, ont réglé néanmoins que chaque proposant se mettra à genoux devant le ministre qui doit lui imposer les mains. Autrefois c'était adorer une image que de se baiser la main devant elle. Adorare n'est autre chose que manum ori admovere. Aujourd'hui un homme ne serait point, suivant nos moeurs, censé idolâtre, s'il avait porté la main à sa bouche devant un autre homme en dignité, ou devant son portrait. Fléchir le genou est chez nous un signe de culte bien plus fort, que de baiser simplement la main pour saluer; et cependant la génuflexion est un honneur qu'on rend souvent aux rois, sans aucune crainte d'idôlatrie. Il est donc évident par tant d'exemples que les signes du culte sont par eux-mêmes arbitraires, équivoques et sujets à variation en chaque pays. A combien plus forte raison peuvent-ils être équivoques entre des nations dont les moeurs et les préjugés sont si éloignés4!

Toutes ces réflexions ne prouvent point que le culte chinois soit exempt d'idolâtrie; mais elles suffisent pour faire suspendre le jugement des personnes neutres. Elles ne donnent pas gain de cause aux Jésuites; mais elles justifient la sage lenteur, ou pour mieux dire la conduite précautionnée du Pape. Que ceux qui savent à fond la langue et les moeurs chinoises aient impatience de voir ce culte condamné, s'ils le croient idolâtre. Pour moi qui ne sais aucune de ces choses, je suis édifié de voir que le Pape veut s'assurer sur les lieux, par son légat, des faits qui sont décisifs sur une pure question de fait.

3° Quelle lenteur peut-on reprocher au Pape? Il s'agit de casser un décret d'Alexandre VII', qui fut dressé après avoir ouï les parties ; de flétrir tant de zélés missionnaires comme fauteurs de l'idolâtrie, et de faire un changement qui peut ébranler la foi naissante dans un si grand empire. Le Pape ne doit-il pas craindre la précipitation, aussi bien que la lenteur dans une affaire si importante? Que serait-ce si on venait dans la suite à reconnaître avec évidence, par un témoignage décisif de toute la nation chinoise, qui expliquerait sa propre langue, ses propres coutumes, ses propres intentions, que le culte contesté est purement civil, et que la religion n'y a aucune part'? Que serait-ce si le Pape paraissait avoir cassé par précipitation le décret de son prédécesseur, avoir troublé tant d'églises naissantes, et avoir flétri sans raison tant de saints missionnaires? Que diraient alors les impies et les hérétiques? Le Pape se consolerait-il en disant: J'ai craint le soulèvement de toute l'Eglise Gallicane sur ma lenteur? De plus, je ne vois aucune lenteur dans tout ce que le Pape a fait. D'abord il a voulu revoir ce qui avait précédé son pontificat', pour en pouvoir répondre devant Dieu et devant les hommes. Cette précaution n'est-elle pas digne de lui? Ensuite il a choisi un prélat pieux et éclairé' pour examiner à fond sur les lieux une question de fait qui dépend des coutumes et des intentions des Chinois infiniment éloignés de tous nos préjugés. N'est-ce pas aller au but par le chemin le plus droit, le plus court, et le plus assuré? N'est-ce pas montrer un coeur exempt de partialité et de prévention?

Puisque personne ne cherche que l'éclaircissement de la vérité, personne ne doit craindre le voyage du légat, qui va la découvrir sur les lieux. De quoi est-on en peine? L'Eglise Romaine n'attend cet examen que pour donner plus de poids et de certitude à sa décision. Après avoir éclairci les faits décisifs, elle ne tolérera point un culte idolâtre. Qui est-ce qui veut être plus zélé ou plus éclairé qu'elle?

4° Peut-on dire sérieusement, que la lenteur du Pape à casser le décret d'Alexande VII est le plus grand obstacle qu'on trouve aujourd'hui à la conversion des hérétiques de France? Il est vrai que les hérétiques attendent avec impatience cet exemple de variation dans l'Eglise Romaine; mais ils le font, comme ils souhaitent tout ce qui peut se tourner contre elle. Ils seraient ravis de pouvoir dire : Cette Eglise est enfin convaincue par son propre aveu d'avoir autorisé l'idolâtrie par un décret solennel. Au contraire ils seraient réduits à se taire, et le scandale cesserait, si on trouvait dans l'examen des faits que ce culte est purement civil. Il est vrai que, s'il est idolâtre, il faut, quoi qu'il en puisse coûter, arracher la racine d'un si grand mal. Je cesserais d'estimer les Jésuites, si je ne les croyais pas sincèrement disposés à sacrifier tout pour un point si essentiel à la religion. Mais si on se trouve actuellement dans ce cas extrême, il me semble qu'on doit casser le décret d'Alexandre VII, comme on se fait couper un bras gangrené pour sauver sa vie. Il serait même à souhaiter en ce cas, si je ne me trompe, que le Pape usât d'une absolue autorité pour faire exécuter sans bruit sur les lieux le changement qui serait nécessaire, et pour imposer un perpétuel silence en Europe à toutes les parties, de peur que les accusateurs ne triomphassent des accusés, et que leur triomphe ne devînt malgré eux par contre-coup celui des libertins et des hérétiques.

Enfin, mon Révérend Père, si vous me demandiez ce que je pense du fond de la question, je vous répondrais que j'attends d'apprendre par la décision du Pape ce qu'il faut en penser. Il apprendra lui-même par son légat quelle est la véritable intention des Chinois pour rendre ce culte ou religieux ou purement civil ; et c'est ce que j'ignore.

Plût à Dieu que les Jésuites et leurs adversaires n'eussent jamais publié leurs écrits, et qu'on eût épargné à la religion une scène si affreuse! Plût à Dieu qu'ils eussent donné de concert et en secret leurs raisons au Pape, et qu'ensuite ils eussent attendu en paix et en silence sa décision'

Je suis toujours avec une parfaite sincérité, mon Révérend Père, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce septemb. 1702.

860. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Au Quesnoy, 16 septembre 1702.

Je suis en peine de vous, Madame, et les expériences passées me rendent ombrageux. Quelqu'un m'a dit que vous vouliez aller avec Mad. la C[omtesse] de Souastre à Valenciennes. Votre santé permet-elle ce voyage? M. Bourdon l'approuve-t-il? Toute absence de Cambray m'est suspecte. J'y

284 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 septembre 1702

retournerai mercredi prochain', et je vous supplie de faire en sorte que je vous y trouve. Si vous avez quelque peine, tâchez de la vaincre, et de communier. L'obéissance est le seul remède à ces sortes de maux. Les peines ne sont qu'à demi peines, tandis qu'on ne les écoute point volontairement. Elles ne deviennent si dominantes, que quand on les fortifie contre soi-même, en leur prêtant l'oreille. Il ne faut donc pas s'excuser sur leur violence, puisque c'est de votre volonté qu'elles reçoivent ce qui vous entraîne'. Votre prétexte pour désobéir est de dire qu'on ne sait pas votre état, et qu'on n'a pas écouté toutes vos raisons. Mais quelle est la personne indocile dans ses vains scrupules, qui n'en dise pas autant pour s'autoriser dans sa désobéissance? Tournez votre scrupule contre votre indocilité. Vous avez l'expérience que vos raisons, dès que vous les dites, ne sont plus des raisons. Il ne faut donc plus les écouter, mais obéir simplement, et ne compter pour rien une imagination vive et inépuisable, à laquelle vous vous êtes livrée si longtemps. Je prie N[otre] S[eigneur] de vous donner sa paix, et je vous suis dévoué en lui sans réserve.

861. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Au Quesnoy, 16 septembre 1702.

Bonjour, mon cher Panta. Le temps de vous aller revoir s'approche, et j'en suis ravi. Vous savez beaucoup mieux que moi ce que le P. de Vitry' peut avoir dépensé. Il faut faire la chose un peu largement. Décidez-la comme vous feriez pour vous-même, sans façon et tout au plus tôt.

Je vous envoie la lettre de du Breuil, qui ne répond point à la vraie difficulté. Je vous ai déjà mandé que j'écrirais pour lui à M. de Bagnols. Il faut qu'il se retire de chez nous sans scandale, et qu'on lui facilite une honorable retraite. Mais il faut finir'.

Je me trouvai un peu incommodé avec de l'émotion' avant-hier. Mais cela n'a point eu de suite. Je me repose et me ménage beaucoup. C'est être en solitude. Je ne parle qu'à des paysans, qui ne font point partie de ce qu'on appelle le monde. Nos catéchismes vont bien. Mais ils fatiguent la poitrine de M. Provenchères4. J'ai vu quelques jolis paysages de vallons et de côteaux sur le bord de la forêt de Mormal5. J'embrasse le vénérable6 et les non vénérables marmots. Je suis tout à toi, mon cher et unique Panta.

862. Au CARDINAL GABRIELLI

[26 septembre 1702].

E. D.

Multum equidem vereor ne vestrœ Eminentiœ lucubrationes toti Ecclesiœ profuturas, litteris interrumpam : verum, ut opinor, operœ pretium est, ut ipsa quam primum legat quid regius confessarius ad me scripserit, et quid ipse responderim ad refellendos eos qui inclamitant Sanctissimi Patris cunctationes in rescindendo Alexandri VII de cultu Sinensium decreto, fore

29 septembre 1702 TEXTE 285

christianœ reipublicœ exitiosissimas. Uni vestrœ Eminentiœ liberrime loquar. Fabium, qui cunctando restituit rem, haud decet ponere rumores ante salutem. Enim vero qui futuram legati inquisitionem tantopere declinare student, sibi metuere videntur, ne pateat iniqua criminatio'. Quotquot vero sunt pii et cordati vira, qui pacem ac veritatem diligunt, tot sunt qui summi Pontificis prudentiam et œquitatem laudant, quod singula maturo legati examine explorari velit, ut gravior ac tutior sit Sedis Apostolicœ sententia. Neque sane unquam rectores seminarii Missionum exterarum prœproperum judicium tanta confidentia exigerent soli'. Jansenistœ, imperiosa factio, palam queruntur Pontificem moras ex industria nectere ut horrendae idololatriœ fautores impune abeant. Ipsi vero omnia susdeque vertunt, ut Alexander septimus, tum in decreto de Sinensi cultu, tum in bulla contra Augustinum Jansenii, errasse videatur. Jam mos ille pessimus pene invaluit ut instigante hac secta, judicia Sedis Apostolicœ Gallorum minis et clamoribus anticipentur4. Sic inverso ordine Ecclesia magistra non doceret cœteras, sed disceret a Gallicana quid esset definiendum. Petrus fratres non confirmaret, sed confirmaretur a fratribus5. Hanc autem ordinis inversionem incolumi tanto Pontifice nullam fore speramus. Quin etiam si quid Jesuitœ (quod quidem me penitus latet) in Sinensi negotio hallucinati fuissent, summopere optandum mihi videretur, ut illiciti cultus pernicies amputaretur a legato, citra opprobrium Societatis hostiumque triumphum6. Quo-modo autem Jansenistœ in Apostolicam Sedem affecti sint, jam omnino compertum habemus ex illo Hagœ Comitis 17a augusti dato edicto, quod Eminentia vestra haud dubie jam perlegit. Hœreticœ reipublicœ patrocinium sibi comparant ne mandatis apostolicis parere cogantur, atque ut vicarius apostolicus in alterius locum jure suffectus pellatur foras'. Dum Patri Sanctissimo quidquam persuasum ira sperant, centum artibus blandiuntur. Ubi vero nulla exorandi spes affulget, insultant. Metuis, proculcant. Terres, meticulosi corruunt. Patrem luminum enixe rogo ut Christi vicarium foveat, confirmet, dirigat, diuque servet incolumem. Singulari cum observantia, devotione et gratitudine animi ero perpetuum, Em. D. E. v. h. et o. s.

C. 26 7bris 1702.

863. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Haspres, 29 septembre 1702.

Je suis toujours en peine de vous, Madame, et je voudrais vous pouvoir garder à vue, tant je me défie de vos scrupules. J'espère néanmoins que vous aurez à l'avenir des vues qui n'étaient pas auparavant assez distinctes dans votre esprit, et que vous serez plus ferme dans la simplicité que Dieu demande de vous. Je ne puis arriver à Cambray que mercredi prochain'. Si vous pouvez vers ce temps-là dérober Mad. la C[omtessej de Soüatre à sa compagnie de Vendegis pour un jour ou deux, j'en serai ravi. L'arrivée de M. le C[omte] de Monbron, qui doit arriver à Cambray vers le même temps, pourra être une forte raison, pour faire agréer à ses amies qu'elle fasse une petite absence'.

286 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

[Fin septembre 1702?] TEXTE 287

5 octobre [1702 ou 1703?]

Je vous laisse la paix, dit J[ésus]-C[hrist]. Je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas, comme le monde donne la sienne'.

864. Au DUC DE BEAUVILLIER

[Fin septembre 1702?].

Je crois qu'il est capital que vous souteniez Mgr le duc de Bourgogne, afin qu'il ne retombe pas dans son premier état à son retour'. Il y a plusieurs choses à lui insinuer, mais doucement, et en se proportionnant à ce que vous connaissez de son besoin.

1° Il faut tâcher de modérer sa passion pour Mad. la duchesse de Bourgogne, non en lui inspirant aucun refroidissement, mais en lui représentant ce que Dieu demande dans les amitiés les plus légitimes 2; ce qui est nécessaire pour sa santé, son repos, sa réputation, enfin ce qui est le plus utile à la Princesse même, qui est encore si jeune.

2° Il faudrait trouver un milieu, afin qu'il ne fût ni trop ni trop peu chez Mad. de Maintenon'. Il ne doit jamais lui montrer le moindre éloignement. Il doit même lui marquer, quoi qu'elle puisse faire, une attention et des égards par respect pour la confiance que le Roi a en elle. Ainsi, il est à propos qu'il aille chez elle de temps en temps, d'une manière honnête et pleine de considération, sans paraître changer. Mais il ne convient pas qu'il y demeure oisif et rêveur dans un coin, comme un enfant ou comme un pauvre homme bizarre qu'elle ne daigne pas entretenir. Il ne doit pas choisir ce théâtre-là pour montrer ses rêveries, ses chagrins, ses humeurs'. S'il veut avoir de telles heures, il faut qu'il les aille cacher dans son cabinet. Il peut même aller chez Mad. la duchesse de Bourgogne, quand il voudra être avec elle, sans Mad. de Maintenon. En un mot, il faut qu'il s'accoutume à quelque dignité et qu'il y accoutume les autres. Cette nouvelle scène' est une crise pour prendre ce bon pli. Il n'y reviendra de longtemps s'il perd une si belle occasion. Plus il montrera de force, d'égalité et de raison, plus Mad. de Maintenon changera pour le bien traiter. Il deviendra le maître de sa femme, et tous les autres compteront avec lui. Sinon, tout ce qu'il vient de faire à l'armée se perdra dans l'antichambre de Mad. de Maintenon' et on l'avilira de plus en plus.

3° Comme il s'est familiarisé à l'armée avec beaucoup de gens, toutes les glaces sont rompues avec eux. Il n'a qu'à être avec ces mêmes personnes à Versailles à peu près comme à l'armée'. Peut-il croire ni dire qu'il lui soit impossible de continuer à prendre sur soi ce qu'il y a pris' déjà si longtemps et avec tant de succès? Mais il faut deux choses : l'une, qu'il proportionne son ouverture et ses manière obligeantes pour le reste des courtisans à celles qu'il vient de prendre avec les officiers d'armée; la seconde chose, que vous lui ouvriez de temps en temps les yeux sur les divers caractères des gens, et sur les choses qui se sont passées autrefois ou qui se passent dans le monde, afin qu'il ne tombe point en mauvaise compagnie et que, faisant grâce à tout le monde en gros, il sache faire justice au mérite de chaque particulier9. Je suppose qu'il se réservera toujours des heures pour prier, pour lire, pour s'instruire solidement de plus en plus sur les affaires.

4° Si Mad. de Maintenon venait à mourir ou à languir d'une maladie qui la mît hors des affaires ' °, je crois que Mgr le duc de Bourgogne devrait, sans empressement, accoutumer le Roi à lui, et se tenir à portée d'attirer sa confiance, soit pour entrer dans le Conseil ", soit pour soulager un homme âgé. Sa piété, sa modération, son respect, son esprit réservé et secret pourront faciliter ce progrès dans des temps où le Roi ne saurait où reposer sa tête '2.

5° En ce cas, vous ne devriez faire aucun pas marqué qui pût donner aucun soupçon d'empressement; mais il faudrait vous tenir le plus près que vous pourriez, avec un air simple, ouvert et affectionné pour le mettre en état de vous donner sa confiance". Dieu vous mènera par la main si vous ne reculez pas. Vous aurez devant vous, dans le désert, la colonne de nuée le jour et la colonne de feu la nuit 14, pour vous conduire.

865. Au MÊME

Au Casteau-Cambresis, ce 5 octobre [1702 ou 1703?]'.

N'agissez point, je vous en conjure, mon bon Duc, avec M. le duc de Bourgogne par les vues de politique, ni par des prévoyances inquiètes, ni par des arrangements humains, ni par des recherches secrètes de votre sûreté, ni par confiance en sa discrétion naturelle : tout vous manquerait au besoin, si vous agissiez par ces industries. Agissez avec lui tranquillement, sans inquiétude, et dans une simple présence de Dieu : ne le recherchez point trop; laissez-le venir à vous ; ne le ménagez point par faiblesse. D'un autre côté, ne gardez aucune autorité à contre-temps2; ne le gênez point; ne lui faites point de morales importunes : dites-lui simplement, courtement, et de la manière la plus douce, les vérités qu'il voudra savoir. Ne lui en dites jamais beaucoup à la fois ; ne les dites que selon le besoin et l'ouverture de son coeur. Tenez-vous à portée de pouvoir dans la suite devenir un lien de concorde entre lui et madame la duchesse de Bourgogne, si la Providence y dispose les choses : soyez de même à l'égard du Roi.

Ce que je vous demande instamment, et au nom de Dieu, c'est de veiller pour tout ce qui a rapport à la religion, et d'être l'homme de Dieu pour écarter tout ce qui peut augmenter le danger de l'Eglise. Mais ouvrez-vous à très peu de personnes là-dessus ; et agissez en silence, pour tâcher de saper les fondements d'une cabale si accréditée'.

La bonne petite duchesse' me paraît aller bien droit devant Dieu, selon sa grâce; elle est simple, elle est ferme. Comme elle est bien détachée du monde, elle voit par une sagesse de grâce ce qu'il y a à voir en chaque chose. Le pays où vous êtes court risque de les faire voir autrement. Si on n'y a point de désirs, du moins on y a des craintes; et en voilà assez pour donner des vues moins pures : on se fait des raisons pour se flatter dans ses petits attachements. Je prie Dieu qu'il vous garantisse de tels pièges : moriamur in simplicitate nostra'. Nul terme ne peut exprimer, mon très bon et très cher Duc, avec quels sentiments je vous suis dévoué pour la vie et pour la mort.

288 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 octobre 1702

866. A MM. DE BRISACIER ET TIBERGE

[5 octobre 1702).

Messieurs,

Il est vrai qu'on m'a écrit pour me demander ma pensée sur les bruits qui ont été, dit-on, répandus à Rome, que la lenteur du Pape à juger la question du culte de la Chine impatientait l'Eglise Gallicane, et empêchait la conversion des hérétiques '. J'ai répondu selon ma conscience, et voici à quoi se réduit ma réponse. Il me semble que le moins qu'on puisse attendre d'un pape pieux, ferme et éclairé, c'est qu'il ne voudra, pour aucune considération humaine ni prolonger le scandale, ni tolérer un seul moment l'idolâtrie, si elle est bien prouvée. Ainsi j'attends sans impatience sa décision, le croyant également éloigné de toute précipitation et de toute lenteur. Il est naturel qu'il veuille s'assurer de la vérité des faits, que les parties rapportent si diversement. Il s'agit des moeurs des Chinois très éloignées des nôtres, et de l'intention que ces peuples ont, en faisant les cérémonies sur lesquelles on dispute. Il n'appartient qu'au juge de décider, si les informations sont suffisantes, ou non, pour pouvoir prononcer. Pour moi, Messieurs, qui ne connais ni les moeurs, ni les intentions des Chinois, je ne puis savoir ce qu'il faut désirer. Quand le Pape aura jugé l'affaire, je conclurai qu'il aura' trouvé les faits suffisamment éclaircis. Quand au contraire il retardera le jugement, je supposerai qu'il n'aura point trouvé les preuves concluantes. A l'égard des hérétiques de France, je dois les connaître, ayant été chargé de leur instruction pendant toute ma jeunesse, tant à Paris qu'à La Rochelle et ailleurs. Je ne doute pas que le grand éclat de cette affaire n'ait attiré leur attention. Mais leur disposition n'est pas de chercher ce qui pourrait 3 lever leur scandale et faciliter leur réunion avec l'Eglise catholique. Au contraire ils seraient ravis de pouvoir dire à ceux qui veulent les convertir, que l'Eglise Romaine est enfin convaincue par son propre aveu, d'avoir autorisé depuis environ cinquante ans par le décret d'un pape l'idolâtrie manifeste des chrétiens chinois'. Mais leur critique ne doit, ce me semble, ni avancer ni retarder le jugement. Il ne s'agit que du fond de ce culte, qui ne doit pas être toléré un seul moment, s'il est idolâtre, et auquel il faut bien se garder de donner aucune atteinte, pour complaire aux hérétiques, si les preuves de l'idolâtrie' n'ont rien de concluant. Tout Calviniste un peu raisonnable qui entend parler d'une prétendue idolâtrie, ne saurait être scandalisé qu'on veuille vérifier le fait avant que de condamner les accusés'. Voilà, Messieurs, ce que je pense, sans prévention ni partialité. Vous savez que j'ai toujours aimé et révéré votre oeuvre et votre maison. Je conserve pour vos personnes toute l'estime qui est due à votre mérite et à votre piété'. C'est avec ce sentiment très sincère que je veux être parfaitement toute ma vie, Messieurs, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 5 octobre 1702.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

10 octobre 1702 TEXTE 289

867. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi, 10 octobre 1702.

Vous avez, Madame, deux choses qui s'entre-soutiennent, et qui vous font des maux infinis. L'une est' le scrupule enraciné dans votre coeur depuis votre enfance, et poussé jusqu'aux derniers excès pendant tant d'années. L'autre est votre attachement à vouloir toujours goûter, et sentir le bien. Le scrupule vous ôte souvent le goût et le sentiment de l'amour, par le trouble, où il vous jette. D'un autre côté, la cessation du goût et du sentiment réveille et redouble tous vos scrupules ; car vous croyez ne rien faire, avoir perdu Dieu, et être dans l'illusion, dès que vous cessez de goûter et de sentir la ferveur de l'amour. Ces deux choses devraient au moins servir à vous convaincre de la grandeur de votre amour-propre.

Vous avez passé votre vie à croire que vous étiez toujours toute aux autres et jamais à vous-même. Rien ne flatte tant l'amour-propre, que ce témoignage qu'on se rend intérieurement à soi-même de n'être jamais dominé par l'amour-propre, et d'être toujours occupé d'une certaine générosité pour le prochain. Mais toute cette délicatesse qui paraît pour les autres, est dans le fond pour vous-même. Vous vous aimez jusqu'à vouloir sans cesse vous savoir bon gré de ne vous aimer pas; toute votre délicatesse ne va qu'à craindre de ne pouvoir pas être assez contente de vous-même. Voilà le fond de vos scrupules. Vous en pouvez découvrir le fond par votre tranquillité sur les fautes d'autrui. Si vous ne regardiez que Dieu seul et sa gloire, vous auriez autant de délicatesse et de vivacité sur les fautes d'autrui, que sur les vôtres. Mais c'est le moi qui vous rend si vive et si délicate. Vous voulez que Dieu aussi bien que les hommes soit content de vous, et que vous soyez toujours contente de vous-même dans tout ce que vous faites par rapport à Dieu'.

D'ailleurs vous n'êtes point accoutumée à vous contenter d'une bonne volonté toute sèche et toute nue. Comme vous cherchez un ragoût' d'amour-propre, vous voulez un sentiment vif, un plaisir qui vous réponde de votre amour, une espèce de charme et de transport. Vous êtes trop accoutumée à agir par imagination, et à supposer que votre esprit et votre volonté ne font point les choses, quand votre imagination ne vous les rend pas sensibles'. Ainsi tout se réduit chez vous à un certain saisissement semblable à celui des passions grossières, ou à celui que causent les spectacles. A force de délicatesse on tombe dans l'extrémité opposée, qui est la grossièreté de l'imagination. Rien n'est si opposé non seulement à la vie de pure foi, mais encore à la vraie raison. Rien n'est si dangereux pour l'illusion, que l'imagination, à laquelle on s'attache pour éviter l'illusion même. Ce n'est que par l'imagination qu'on s'égare. Les certitudes qu'on cherche par imagination, par goût et par sentiment, sont les plus dangereuses sources du fanatisme'.

Il faut prendre le goût sensible, quand Dieu le donne, comme un enfant prend la mamelle quand la mère la lui présente. Mais il faut se laisser sevrer, quand il plaît à Dieu. La mère n'abandonne et ne rejette point son enfant, quand elle lui ôte le lait, pour le nourrir d'un aliment moins doux et plus solide'. Vous savez que tous les saints les plus expérimentés ont compté pour rien l'amour sensible, et même les extases, en comparaison d'un amour nu et souffrant dans l'obscurité de la pure foi. Autrement il ne se ferait jamais ni

10 octobre 1702 TEXTE 291

[mi-octobre 1702]

épreuve, ni purification dans les âmes. Le dépouillement et la mort ne se feraient qu'en paroles, et on n'aimerait Dieu, qu'autant qu'on sentirait tou-

jours un goût délicieux et une espèce d'ivresse en l'aimant. Est-ce donc là à quoi aboutit cette délicatesse, et ce désintéressement d'amour, dont on veut se flatter?

Voilà, Madame, le fond vain et corrompu que Dieu veut vous montrer dans votre coeur. Il faut le voir avec cette paix et cette simplicité, qui font

l'humilité véritable. Etre inconsolable de se voir imparfait, c'est un dépit

d'orgueil et d'amour-propre. Mais voir en paix toute son imperfection, sans la flatter ni tolérer; vouloir la corriger, mais ne s'en dépiter point contre soi-

même, c'est vouloir le bien pour le bien même, et pour Dieu qui le demande,

sans le vouloir pour s'en faire une parure, et pour contenter ses propres yeux. Pour venir à la pratique, tournez vos scrupules contre cette vaine recherche de votre contentement dans les vertus. Ne vous écoutez point vous-

même. Demeurez dans votre centre, où est votre paix. Prenez également le goût et le dégoût. Quand le goût vous est ôté, aimez sans goûter et sans sentir, comme il faut croire sans voir et sans raisonner.

Surtout ne me cachez rien. Votre délicatesse qui paraît si régulière se tourne en irrégularité. Rien ne vous éloigne tant de la simplicité et même de

la franchise. Elle vous donne des duplicités et des replis, que vous ne connais-

sez pas vous-même. Dès que vous vous sentez hors de votre simplicité et de votre paix, avertissez-moi. L'enfant dès qu'il a peur se jette sans raisonner

au cou de sa mère'. Si vous ne pouvez me parler, au moins dites-moi que vous ne le pouvez pas, afin que je rompe malgré vous les glaces, et que j'exorcise le démon muet.

Vous n'avez jamais rien fait de si bien que ce que vous fîtes l'autre jour. Gardez-vous bien de vous en repentir. Il ne faut ni s'en repentir, ni s'en savoir

bon gré. Le prix de ces sortes d'actions consiste tout dans leur simplicité. Il faut qu'elles échappent sans aucun retour. On les gâte en les regardant. Le vrai moyen de faire souvent des choses à peu près semblables, c'est de ne se souvenir point d'avoir fait celle-là.

De plus, je dois vous dire en présence de N[otre]-S[eigneur] qui voit les derniers replis des consciences, ce que vous n'avez jamais voulu croire

jusqu'ici, mais que je ne cesserai jamais de vous dire. C'est que je n'ai jamais

senti jusqu'au moment présent, ni répugnance, ni dégoût, ni froideur, ni peine pour tout ce qui a rapport à vous. Si j'en sentais, je vous le dirais et

je n'en ferais pas moins tout ce qu'il faudrait pour vous aider dans la voie

de Dieu. J'espérerais même qu'en vous l'avouant, j'apaiserais votre trouble intérieur; car cette franchise devrait vous toucher. On n'est pas maître de ses

goûts et de ses sentiments. Si on ne l'est pas à l'égard de D[ieu] faut-il s'étonner qu'on ne le soit pas à l'égard des hommes? Vous savez qu'on n'en aime et qu'on n'en sert pas moins Dieu, quoiqu'on soit souvent privé de tout goût dans son amour, et qu'on y éprouve des répugnances horribles. Dieu veut bien être aimé et servi de cette façon. Il y prend ses plus grandes complaisances: pourquoi n'en feriez-vous pas autant? Encore une fois, Madame, je vous l'avouerais, si Dieu permettait que je fusse dans cette peine à votre égard. Mais j'en suis infiniment éloigné, et je ne l'ai jamais éprouvée une seule fois. Mais tout ce que je vous dis ne peut' vous persuader. Vous voulez croire vos réflexions', plus que mes propres sentiments sur moi-même. Comment

pourriez-vous me croire avec quelque docilité sur d'autres choses, puisque vous refusez de me croire sur ce qui se passe en moi? Il ne s'agit point de certains' motifs subtils, qui peuvent se déguiser dans le coeur. Il s'agit de goût, et de dégoût sensible, journalier, continuel. Vous voulez deviner sur autrui" avec infaillibilité, et supposer que je sens à toute heure ce que je n'aperçois jamais. Ou bien vous voulez croire que je ne fais que vous mentir. Au reste, je vous déclare devant Dieu] que je ne vous ai jamais crue fausse, et que je n'ai jamais eu aucune pensée qui approche de celle-là. Mais j'ai pensé et je pense encore que votre délicatesse pour prendre tout sur vous, et pour cacher vos peines à celui qui devrait les savoir, vous fait faire des réserves que d'autres font par fausseté. Si c'est là dire que vous êtes fausse, j'avoue, que je ne sais pas la valeur des termes. Pour moi, je crois avoir dit que vous n'êtes pas fausse, en parlant ainsi. Oserai-je aller plus loin? Supposé même (ce qui a toujours été infiniment contraire à ma pensée) que j'eusse dit que vous étiez fausse en certaines démonstrations par délicatesse et par politesse, devriez-vous être si sensible à cette opinion injuste que j'aurais de vous? Plusieurs saintes âmes se sont laissé condamner injustement par leurs directeurs prévenus. Elles leur ont laissé croire qu'elles étaient hypocrites, et elles sont demeurées humbles et dociles sous leur conduite. Pourquoi faut-il que vous soyez si vive sur une prévention infiniment moindre, et que je ne cesse de vous désavouer devant Dieu? En vérité, Madame, Dieu permet en cette occasion que tout le venin de votre amour-propre se montre au dehors, afin qu'il sorte de votre fond, et que votre coeur en soit vidé. Vous ne l'auriez jamais pu bien connaître autrement. Pour moi loin d'être fatigué de vous, et du soin de vous conduire à Dieu, je ne le suis que de vos discrétions. Je ne crains que de n'avoir pas cette prétendue fatigue. Mais vous ne m'échapperez point. Je vous poursuivrai sans relâche, et j'espère que Dieu après que l'orage sera diminué, vous fera voir, combien je suis attaché à vous pour sa gloire. Du moins acquiescez en général à ce que vous ne voyez pas encore pendant le trouble de votre coeur. Unissez-vous à moi devant Dieu, pour le laisser opérer en vous ce que la nature révoltée craint. Défiez-vous non seulement de votre imagination, mais encore de votre esprit, et des vues qui vous paraissent les plus claires. Pour moi je vais prier sans relâche pour vous. Mais je le fais avec une amertume et une souffrance intérieure, qui est pis que la fièvre. Je vous conjure, au nom de Dieu et de J[ésus]-C[hrist] notre vie, de ne sortir point de l'obéissance. Je vous attends et rien ne peut me consoler que votre retour' 2.

868. Au CARDINAL GABRIELLI

[Mi-octobre 1702].

Eminentissime Domine,

Epistolam directorum seminarii, quod exterarum Missionum Parisiis vocant L, hisce diebus accepi. Admonentur, ut aiunt, me esse aut jam compulsum, aut brevi compellendum, ut scribam, moras Sanctissimi Patris in damnando Sinensi cultu, haud mihi videri 2 conversioni hœreticorum

292 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 octobre 1702

obfuturas. Contra vero, ipsi directores pro virili objiciunt hanc controversiam esse quam primum dirimendam. Quin etiam monent, ne quid prœter solius conscientiœ dictata, obsequioso in responso, adversariis indulgeam. Annui lubens; utrisque enim partibus' haud veritus sum significare sine fuco quid sentiam. Quemadmodum autem ad vestram Eminentiam exemplar mei ad regium confessarium responsi non ita pridem miseram°, ita et nunc persimilis ad directores responsi exemplar mittendum arbitror5. Quam quidem diligentiam a me deberi puto tum negotio gravissimi momenti, tum singulari huic et constantissime erga me benevolentiœ, que salle vetat quidquam quod ego fecero, aut me attinet, unquam a colendissimo Ecclesiœ Romance principe ignorari. Summa cum reverentia et gratitudine ero perpetuum...

869. A LAMBERT BOUILLON', ABBÉ DE LIESSIES

A Cambray, 11 octobre 1702.

Nous avons fait, Monsieur, une répartition exacte de ce que chacun des intéressés à notre affaire du clergé de Mons' doit contribuer pour les frais de la procédure. Vous devez pour votre part 145 livres 12 sols 2 deniers, monnaie d'Haynaut. Je vous prie, Monsieur, de les faire compter ici à M. l'abbé de S. Aubert avant le vingtième de ce mois. Nous ne pouvons plus différer à donner de l'argent à nos députés, surtout à Monsieur Bayart qui a fait beaucoup d'avances. Je lui ai promis que nous ne lui manquerons point pour le temps marqué. En priant quelqu'un de Cambray de payer cet argent à votre décharge, vous vous épargneriez la peine de l'envoyer, et vous me mettriez en état de tenir ma parole. Je suis très parfaitement, Monsieur, tout à vous de tout mon coeur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

[14-16 octobre 1702] TEXTE 293

ou dans un vase d'argile, pourvu qu'il soit présenté de la main de Dieu, et qu'il' contienne ses dons. Si j'agis sans goût et avec répugnance par pure fidélité, Dieu en sera plus purement et plus efficacement en moi pour vous. Que voulez-vous, sinon Dieu seul? Ne vous suffit-il pas? Voulez-vous lui faire la loi pour rejeter ses dons, à moins qu'il ne les fasse passer par une personne qui suive son goût, et qui contente votre amour-propre? Peut-on voir une tentation plus marquée que celle-là? Reconnaissez une miséricorde infinie en Dieu, qui veut par cet endroit vous convaincre d'un fonds d'amour-propre très vif et très raffiné. N'est-ce pas un grand bonheur, que vous nous ayez découvert votre peine? Vous ne pourriez jamais bien juger toute seule de votre coeur là-dessus.

Je conclus, Madame, que supposé même que je sois disposé comme vous l'avez cru, vous n'en devez être que plus fidèle et plus constante à vous assujettir à l'instrument que Dieu emploie pour vous exercer, et pour vous faire mourir à vous-même. Eh ! peut-il y avoir rien de plus propre à opérer la mort, que la docilité pour un homme qui ne donne aucun aliment à la vie de l'amour-propre! Reconnaissez donc en simplicité devant Dieu l'excès de la tentation, puisque ce qui vous soulève et vous déconcerte, n'est qu'une peine de la nature, qui ne trouve point de quoi se nourrir, et qui voudrait un appui flatteur.

871. A LA MÊME

[14-16 octobre 1702].

Je n'ai point lu, Madame, les lettres, que je vous envoie, quoique je les aie reçues toutes ouvertes Je souhaite qu'elles puissent vous encourager, et servir à vous délivrer de vous-même.

870. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Vendredi 13 octobre 1702.

Dieu m'a donné bien des croix, Madame. Mais je n'en ai jamais porté aucune avec plus de douleur que celle de ce soir. J'espère que Dieu fera tout seul ce qu'il n'a point fait par ma parole. Je le prie de vous faire sentir combien vos réflexions vous trompent, et combien je suis éloigné de tout ce que vous croyez voir en moi. Supposez même que je fusse tel que vous le croyez, vous ne devriez pas hésiter un moment à suivre le choix de Dieu, et à recevoir ses dons par le canal qu'il aurait choisi. Le canal n'en serait que plus pur à votre égard, et que plus sûr pour vous porter la grâce sans mélange. Votre délicatesse ne serait qu'une tentation d'amour-propre, qu'il faudrait rejeter, et vous devriez reconnaître à cette marque, combien vous êtes encore trop sensible aux choses auxquelles il faut mourir. La direction n'est point un commerce où il doive entrer rien d'humain, quelque innocent et régulier qu'il soit. C'est une conduite de pure foi, toute de grâce, de fidélité, et de mort à soi-même. Qu'importe que la médecine céleste soit dans un vase d'or 872. A LA MÊME

Lundi au soir, 17 (sic) [16] octobre 1702.

Vous m'avez causé, Madame, une peine que je ne saurais vous exprimer. Elle a été suivie d'une joie qui n'a pas été moindre. Au nom de Dieu ne la troublez pas. Dès que vous verrez naître la tentation sur quelque chose que vous croirez voir, ne vous laissez point aller à juger. Mais hâtez-vous de vous éclaircir avec moi. La simplicité et la fidélité avec laquelle vous m'ouvrirez votre coeur portera sa grâce avec elle, et sera votre contre-poison. Je ne vous déguiserai jamais aucun fait, et je vous avouerai les choses les plus capables de vous blesser, plutôt que de les adoucir par le moindre déguisement. Mais ne vous attachez jamais à des vraisemblances. Si on doit se défier de son propre sens, et s'en détacher avec une humble docilité dans les choses même les plus certaines, selon nos vues, à plus forte raison doit-on éviter la présomption, l'indocilité, et l'attachement à son sens, quand il s'agit de conjectures sur lesquelles on veut deviner contre le prochain. Vous avez même l'expérience de divers mécomptes dans cet art de deviner. Le scrupule doit se tour-

294 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 octobre 1702

ner contre ces sortes de jugements téméraires. La charité croit tout, espère tout, attend tout, et ne soupçonne point le mal'. Au contraire l'amour-propre est délicat, jaloux, soupçonneux, empressé à deviner, et ingénieux pour se tourmenter soi-même. O que la simplicité vous donnerait de paix, et que la paix vous ferait faire de progrès sans interruption ! Mon Dieu, agissons simplement, avec la confiance réciproque que donne l'esprit de Dieu à ceux qui n'écoutent que lui, et qui veulent bien s'oublier. Si je vous manquais, ce serait tant pis pour moi. D[ieuj ne vous manquerait pas. Des pierres mêmes il en forme des enfants à Abraham'.

872 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[20 octobre 1702].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Adversa corporis valetudo, qua postremis his mensibus summus Pontifex identidem laboravit, mihi opportunitatem prœcidit eidem exhibendi vestrœ illustrissimœ Dominationis lucubrationem quam haud dudum ipsi pristinam assecuto salutem obtuli. Hanc hilari lœtoque vultu ipse recepit, et cum primum per occupationes gravissimas eque ac molestissimas liceret, se illam avide perlecturum asseruit 2.

Quam libentissime Dominationi vestrœ illustrissimœ vices rependerem pro edito meo libello Dispunctionum Coloniae, etc., easque omnes cautelas vestris in litteris adnotatas3 quam sancte observandas in vestri opusculi impressione curarem, si intra Italiam istud prœstari posset. Cum enim ilium meum libellum primo cudi Papa Innocentius XII recolendœ memorie vehementer optaret ; hoc non nisi extra Italiam peragi potuit4, quandoquidem absque nomine et notitia veri auctoris nullum penitus scriptum hic typis mandandum permittitur; quod mihi maximopere dispiicet.

In Urbe quoque notissimi et pervulgati sunt astus artesque illius tincturœ hominum, quos in vestra epistola affabre delineatos intueor. Et profecto hujusce farine scriptorum libri sœpe in his sacris congregationibus configuntur; sed cum ii crambem centies recoctam, et sexcenties eversam regerant, mihi merito despiciendi, et silentio confutandi videntur5, ne ex datis responsionibus sese in pretio haberi, negotiumque non modicum aliis facessere sibi blandiantur.

SS. D. N. Papa divina ope modo fruitur integra valetudine, qua si minus commoda quandoque utitur, hoc non nisi ex assidua diu noctuque applicatione gignitur. Caetera in meis ad D. abbatem de Chanterac litteris excipiet Dominatio vestra, cui ex intimo cordis felicitates omnes apprecor.

Dominationis vestrœ illustrissimœ et reverendissimœ servus ex corde. 20 octobre 1702

872 bis. LE MÊME A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

[20 octobre 1702J.

Illustrissime Domine,

Operibus ipsis potius, quam verbis optarem meum erga Dominationem tuam illustrissimam constans studium demonstrare, si tuas jussiones mihi impertire dignareris. Jamdiu mihi notum erat, serenissimum Burgundiœ Ducem impensissime colere, et maximi pro merito facere illustrissimum Dominum archiepiscopum Cameracensem, a quo ipse pietatem eximiam, illibatam doctrinam, ac multiplicia documenta tanto principe digna, immortalia plane ac nunquam e regio animo obliteranda beneficia hausit; idque ipsum celsissimus idem Dux egregio et prorsus insigni argumento tuis in litteris diserte enucleato, et a me jucundissime perlecto, in media Galliarum et Belgii luce œmulis oculis haud dubie ingrata declaravit Cecutiant adversarii D. archiepiscopi, et cum proximum suum odisse non desinunt, puram et defecatam divini amoris ideam dediscere et ignorare pergant, et oculis malitia ac livore adversus collegam suum obtenebratis, a genuina et sincera Dei dilectione aberrare non cessent, suisque dictis ac factis invicem collidantur 2. Gratulor vero ex animo D. archiepiscopo Cameracensi, qui incomparabili prudentia erga suos œmulos se gerit, christiane charitatis tenax, ac timoris cupiditatisque nescius ; sicque plaudentibus amicis, bonisque viris exultantibus de suorum hostium insidiis, et hamatis donis invicte pariter, ac tempe-rate triumphat3.

Fraus famuli amanuensis, Thelemachum bibliopolœ prodentis, ejusdem operis auctori laudi et gloriœ cessit ; nam ipsum opusculum, in tua epistola informe et deformatum appellatum, apud eruditos ex ungue leonem conjicientes summo in pretio haberi jampridem accepi4.

Quo vero ad editionem illius libelli a te indicati, opera D. archiepiscopi impeditam, hoc factum ex hoc précise capite approbo, quod illationem, quam ejus auctor exinde eruere contendebat (quamvis neque istud adeo lœsivum credam), minime commendern5. Ceterum si aliunde veritas elucescat, et repagulum certe non objicerem, et hoc in negotio ejusdem modo sum sententiae, quam alias Rome viva voce tibi non semel exposui6. Nihil namque veritas erubescit, inquiebat Tertullianus, nisi solummodo abscondi. Dum autem alias tuas litteras prestolor, optime te valere exopto.

Dominationis tune illustrissimœ addictissimus.

Rome, die 20 octobris 1702.

J. M. CARD. GABRIELLIUS.

873. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche 22 octobre 1702.

Romœ 20 octobris 1702.

J. M. CARD. GABRIELLIUS.

Votre billet d'hier au soir, Madame, était excellent. C'est Dieu et non pas vous, qui l'écrivit. Je voudrais vous le faire relire toutes les semaines. Dieu

296 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 novembre 1702

10 novembre 1702

TEXTE 297

vous le produira pour vous condamner, si vous ne suivez pas tout ce qu'il contient. Dites-moi tout, mais d'abord, et tout ira bien. Les plaies qu'on n'ouvre pas d'abord par des incisions, ne font que s'envenimer. Il se fait des sacs d'apostume.

J'irai dire la messe et recevoir des filles à Prémy '. Mais je ne consens point que vous y veniez, à moins que vous n'en ayez une permission de M. Bourdon, qui ne soit point arrachée. Je veux lui donner à quelque heure un rendez-vous chez vous, Madame, pour convenir de règles certaines sur les moyens de vous guérir. Mais comme on dit que MM. de Magalotti et du Rencher2 arrivent ici ce matin, je ne puis compter que sur quelque heure vers le soir. Que la paix de Dieu qui surpasse tout sens humain garde votre cœur et votre intelligence en Jfésusi-C[hrist] 3.

874. A LA MÊME

Samedi, 4 novembre 1702.

Je ne puis vous parler utilement, Madame. Mais je parlerai à Dieu seul, afin qu'il vous persuade. Il n'y a que lui qui puisse se faire écouter par vous. Pour moi je ne me rebuterai jamais, et je croirais manquer à Dieu, si je vous laissais faire ce que vous projetez. Quand vous partirez de [Cambray], Dieu sera témoin, que vous le ferez malgré moi, et contre le fond de votre coeur, qui vous porterait à une entière docilité, si vous faisiez taire votre propre esprit, pour n'écouter que ce fond où Dieu règne, dès que tout est en silence, en simplicité, et en paix. Encore une fois je m'oppose, et je m'opposerai sans relâche pour Dieu à votre départ. Si vous voulez bien vous fier à Dieu, et à celui dont vous avez tant cru qu'il daigne se servir pour vous conduire à lui, je vous réponds que vous n'aurez aucun embarras, et que les choses que vous craignez ne seront rien dans la pratique. Dieu, quand on s'abandonne à lui, tempère toutes choses. Mais par défiance, et par attachement à nos propres vues, nous nous faisons des monstres, et pour des maux qui n'arriveront jamais, nous nous en faisons de réels, qui deviennent irrémédiables. Je vous conjure par les entrailles de N[otre]-S[eigneur]', et par son amour pour vous de ne me fermer pas votre coeur, et de ne vous livrer pas à vous-même.

875. AU CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

A C[ambrai] 10 novembre 1702.

Je suis fort aise, Monsieur, de vous savoir heureusement arrivé à Bruxelles'. Je savais par avance que les députés de Mons' refuseraient d'aller poursuivre de concert avec vous le jugement de notre affaire. C'est un détour qu'ils ont pris pour éluder la décision, et pour engager une discussion avec tous les créanciers, qui rende impossible aux commissaires chargés d'ailleurs d'affaires infinies, le jugement que nous leur demandons. Voici les principales choses, sur lesquelles je vous prie de faire attention.

1° Engagez M. de Bagnols à lire le grand mémoire que je vous ai envoyé.

2° Ne consentez jamais sous aucun prétexte qu'aucun juge de Mons' soit regardé dans cette affaire, autrement que comme partie directe ou indirecte.

3° Ne laissez point les créanciers entrer dans cette affaire pour engager une discussion. Il y a deux choses très différentes qu'on ne peut jamais confondre. L'une est l'examen de la créance de chaque créancier. J'avoue qu'elle ne doit pas être faite sans lui. La seconde est la décision du point général de droit par rapport à la chartre4 de Hainaut, aux déclarations du R[oi] catholique et aux canons de l'Eglise pour les aliénations sans octrois. Ce point général de droit est préliminaire, et n'a besoin d'aucune discussion avec les créanciers. C'est ici une espèce de loi ou du moins de déclaration générale du prince sur une loi déjà évidente, que nous demandons à M" les commissaires. Pour déclarer qu'une loi est loi, il ne faut point juger en détail tous les procès, qui y auront peut-être rapport. Ce serait rendre la loi même impraticable par une discussion sans fin.

4° Il ne faut pas seulement demander qu'on déclare que les ecclésiastiques ne peuvent aliéner le bien de leurs bénéfices par des constitutions de rentes, sans octrois, mais encore il faut demander qu'on déclare qu'un octroi présumé sans fondement, c'est-à-dire sans aucune preuve écrite, ne peut être censé octroi; autrement dès qu'un bénéficier aurait aliéné le bien de son église depuis 50 ou 60 ans sans octroi, le laps du temps et la confusion tiendraient lieu de règle et d'octroi. Les rentes constituées depuis cent cinquante ans auraient quelque preuve d'octroi, s'il était vrai qu'on en eût obtenu dans le temps. Les créanciers qui auraient exigé cette sûreté, n'auraient pas manqué de la faire exprimer dans leurs contrats. Quand on demande une sûreté, ce n'est pas pour n'en faire aucun usage. Les registres et autres monuments en feraient quelque mention. De plus on a réclamé il y a longtemps contre ces rentes'. Enfin il y en a beaucoup, qui ont été créées pour payer des arrérages, et on voit assez que le bureau de Mons croyait être en droit d'emprunter pour le clergé sans avoir besoin d'aucune autorité supérieure. On doit donc décider en général que toute rente est nulle, si l'octroi n'est prouvé par les contrats ou du moins par les registres publics du clergé qui en aient fait foi dans le temps.

5° Nous avons une seconde question de droit à faire décider. Un bureau peut-il aliéner le bien des églises, même avec un octroi, sans aucun consentement ni procuration des titulaires? Un octroi n'est pas un ordre d'aliéner, ce n'est qu'une simple permission dont l'emprunteur peut user ou n'user pas. Il faut donc une procuration spéciale du titulaire, pour celui qui constitue la rente à moins que le titulaire ne la constitue. L'assemblée générale des évêques et des députés du second ordre en France ne peuvent faire une aliénation sans procuration spéciale, à plus forte raison trois membres du clergé à Mons ne le peuvent sur l'archevêque et sur le clergé.

6° On assure que la règle de déclarer nulle toute aliénation des biens de l'Eglise sans octroi, demeurera certainement pour l'avenir, mais que pour le passé il faut présumer l'octroi dans des rentes anciennes. C'est ce que me disait M. l'abbé des Feuillans6. Je réponds que si la règle est admise pour l'avenir, il faut commencer par la reconnaître, et par la laisser confirmer par M' les commissaires; après quoi on examinera si elle ne doit pas avoir la même force pour le passé, et si on doit présumer un octroi des deux puissan-

ces spirituelle et temporelle avec un consentement des titulaires dans des créations des rentes, où aucune de ces choses n'ont aucune trace'.

7° En France toutes les aliénations du clergé, ont outre l'autorisation expresse du Roi, les procurations spéciales des assemblées provinciales des évêques et la délibération de l'assemblée générale, ce qui fait le plus authentique de tous les octrois de la part de l'Eglise. A Mons ce sont deux abbés et deux curés qui aliènent et taxent sans procuration l'archevêque et tout le clergé du pays.

8° Cette voie qui se réduit à décider le point général de droit, est d'autant meilleure, qu'elle est simple, courte, régulière, indépendante de toute discussion, utile à l'Eglise pour remédier à des abus innombrables, sans injustice pour les créanciers qui seront toujours reçus ensuite à plaider sur le fondement de la loi, et qu'enfin elle donnera facilement une bonne paix. Dès le moment qu'on aura déclaré de la part des deux Rois que toute rente est nulle, si elle n'a un octroi prouvé par écrit, le clergé de Mons qui n'ose maintenant se joindre à nous, par la crainte des conseillers et autres personnes accréditées et propriétaires de telles rentes', se réuniront à notre clergé forain', et seront bien aises d'être déchargés; d'un autre côté les créanciers se croiront trop heureux qu'on leur donne quelque consolation. M. de Bagnols sera le maître de l'affaire. Je donnerai l'exemple aux autres bénéficiers pour consentir à faire une grâce 1°. En un jour tout sera accommodé. Le clergé devra à M. de Bagnols sa délivrance, et les créanciers lui devront la générosité qu'on leur fera.

9° Si le clergé de Mons ne veut point envoyer ses députés, après que M. de Tirimont les aura mandés, Mn les commissaires n'auront aucun besoin de leur présence, pour prononcer sur le point de droit. Le clergé n'est point censé partie. Au contraire il a dans le fonds le même intérêt que nous. Ce qui se fera à notre profit, sera fait au leur. Ils ne peuvent jamais revenir contre une chose faite à leur avantage, et pour confirmer seulement une loi évidemment nécessaire, qui est déjà promulguée.

10° Enfin ne cessez de demander un prompt jugement de cette question fondamentale, et de faire souvenir M. de Bagnols qu'il a eu la bonté de me le promettre plusieurs fois très positivement. Si M. de Tirimont ne veut pas donner son avis, je demande à M. de Bagnols: 1° qu'il donne le sien 2° qu'il mande à la cour ", qu'il est obligé de le donner seul.

Voilà, Monsieur, ce que je vous conjure de lire à M. de Bagnols tout au long; mandez-moi, s'il vous plaît, ce qu'on fera. Vous savez avec quelle estime cordiale je suis tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

Je salue de tout mon coeur M. l'abbé de Liessies '2. S'il ne fallait pour finir bien cette affaire, qu'aller à Bruxelles, je ne plaindrais point ma peine dans ce voyage.

15 novembre 1702 TEXTE 299

876. A LA R. M. MARIE-JEANNE LAMELIN Cambray, 15 novembre 1702.

Vous avez pu apprendre, ma Rde Mère, par une de mes lettres à nos doyens de chrétienté que la nécessité de payer une demie année de capitation avant le quinzième du mois prochain est absolue. Mais de peur de mécompte, je vous en avertis encore par ce billet, et je vous prie instamment de nous envoyer ici la moitié de votre taxe le plus tôt que vous pourrez avant le temps marqué. C'est pour le premier quartier de l'année 1702.

Je suis, ma Rde Mère, très parfaitement tout à vous de tout mon coeur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

877. A L'ABBÉ DE LANGERON

A C[ambrai] 15 novembre 1702.

J'avais oublié, mon très cher fils, de vous mander que le P. Sanadon' m'a écrit que M. de Meaux avait dit à un de ses amis qu'il paraissait depuis peu un écrit de spiritualité composé par moi, dans lequel je recommençais à insinuer adroitement toutes mes erreurs'. Je ne saurais m'imaginer sur quel fondement il parle de la sorte. Car je n'ai donné au public' aucun ouvrage de spiritualité, surtout depuis notre dispute. Il est vrai qu'auparavant on avait imprimé à mon insu quelque discours sur la prière', qui était tiré de quelque copie informe de ce que j'avais écrit ou prononcé'. Mais M. de Meaux avait vu cet imprimé, il y a plus de sept ou huit ans, et n'y avait rien trouvé de mauvais. Pour moi je n'ai point ce petit livre', et je ne saurais dire ce qui y est, tant j'y ai peu pris de part. S'il contenait quelque proposition douteuse, M. de Meaux n'aurait pas manqué de me la reprocher dans notre dispute. Je voudrais bien que vous fissiez savoir ceci en secret au père Sanadon.

Pour les clefs de S. Aug[ustin]', je crois que la principale de toutes est d'exposer exactement le véritable état de la question entre lui et les hérétiques, tant Pélagiens que Semi-Pélagiens. Pour les Pélagiens, 1° ils ne reconnaissaient que le nom de grâce, qu'ils donnaient aux forces et aux lumières naturelles, parce que ce sont des dons de Dieu. 2° Tout au plus ils n'admettaient que certains secours extraordinaires pour faire plus facilement le bien. Pour les Demi-Pélagiens je ne crois pas qu'on puisse trouver dans les lettres de S. Prosper et d'Hilaire', rien de réel que ces deux points. 1° Ils niaient toute prédestination ou prédilection de D[ieu], c'est-à-dire toute élection différente de la vocation générale, et ne voulaient en Dieu qu'une volonté indifférente pour le salut de tous, d'où il résultait en chacun, ce qui était décidé par son libre arbitre'. 2° Ils voulaient qu'en conséquence de cette volonté égale, D[ieu] donnât la grâce à tous ceux qui par les forces naturelles de leur libre arbitre commençaient à croire et à prier : en sorte que tout le discernement vînt de cette source du libre arbitre '°. L'Eglise n'a adopté la doctrine de S. Aug[ustin], que dans ces points précis, où il parlait pour elle contre les hérétiques. De plus la méthode de S. Aug[ustin] est d'écarter toujours toute

298 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

10 novembre 1702

300 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 novembre 1702

question incidente, et de se renfermer dans les seuls points contestés. Aussi ce père n'a-t-il rien dit qui ne se réduise aux points ci-dessus marqués.

I. Il a voulu que la grâce ne fût pas donnée également à tous, comme la nature, et qu'elle ne fût pas donnée à nos mérites précédents, parce que les Pélagiens croyaient que D[ieu] accordait des lumières et des facilités à ceux qui faisaient déjà le bien par leurs propres forces. Il allègue l'exemple des enfants mourant sans baptême, qui est décisif pour prouver que la grâce n'est pas donnée également comme la nature. En effet ces enfants ont reçu la nature sans recevoir la grâce. S. Aug[ustin] évite d'entrer dans les autres exemples moins clairs. Mais il est pourtant vrai qu'à l'égard même des adultes la grâce est inégalement donnée, puisque les uns sont élus, et les autres ne sont qu'appelés ". Mais c'est ce que les Pélagiens eussent rejeté. C'est pourquoi S. Aug[ustin] se retranche dans l'exemple décisif des enfants qui sont privés du baptême, Deo nolente'. Voilà ce qui prouve que la grâce n'est pas donnée d'une manière égale et universelle, comme la nature; qu'ainsi elle' est grâce, c'est-à-dire donnée gratuitement sans aucun mérite qui ait précédé.

II. Il soutient que la grâce n'est point donnée par rapport aux mérites conditionnellement futurs 14, dans un état qui n'arrivera jamais. Il n'y a aucun homme qui n'eût de tels mérites et de tels droits sur la grâce, par rapport à cent cas futurs conditionnellement, dont la condition ne s'accomplira jamais. Ce serait éluder la gratuité des grâces, et rentrer sous ce nom dans une généralité de grâces, qui se confondrait avec la nature. De plus il faut toujours revenir au point essentiel. Ces mérites conditionnels seraient-ils acquis sans grâce? Si cela est, ce serait la nature à qui la grâce serait due, et qui en déciderait la distribution '5. C'est pourquoi ce père revient toujours à dire que c'est la grâce qui attire le mérite, et que ce n'est aucun mérite qui attire la grâce. Du reste il est évident que ces mérites conditionnellement futurs rejetés par S. Aug[ustin], sont très différents de ceux que certains théologiens admettent aujourd'hui '6. 1° S. Aug[ustin] ne nie jamais que Dieu voie les futurs conditionnels. 2° Ces théologiens ne veulent de mérites conditionnellement futurs que par le secours de la grâce. 3° Il ne s'agit pas des mérites conditionnellement futurs, dont D[ieu] n'a pas voulu la condition, et qui retombant" dans une vague possibilité ne peuvent faire aucun vrai ni mérite ni démérite. Il s'agit, chez ces théologiens, de futurs conditionnels moyennant la grâce, que D[ieu] a voulu rendre par elle absolument futurs, et c'est à quoi cadre juste ce que l'Apôtre enseigne, et que S. Aug[ustin] répète si souvent : Quos praescivit, hos et praedestinavit". Je ne dis pas que D[ieu] se borne à prédestiner ceux qu'il prévoit qui coopéreront. Je dis seulement que D[ieu] se sert de sa prescience, pour assurer l'effet de sa prédestination purement gratuite.

III. S. Aug[ustin] établit une prédestination ou prédilection, ou élection au-dessus de la vocation générale et indifférente. C'est une préparation de moyens, par lesquels sont très certainement délivrés tous ceux qui sont délivrés '9.

1° Quand S. Aug[ustin] dit : D[ieu] fait que nous fassions, etc., il donne le vouloir, etc., il opère la volonté, etc. Il s'explique en disant qu'il persuade20, qu'il aide, qu'il fortifie, qu'il prépare. En effet il est vrai de dire que celui qui prévient, qui excite, qui conseille, qui persuade, qui aide, qui donne les forces

15 novembre 1702 TEXTE 301

nécessaires pour agir, qui agit et concourt dans l'acte, en est non seulement une véritable, mais encore la première et principale cause.

2° Ce père ne dit jamais que D[ieu] détermine nécessairement la volonté. Il aurait dû même se servir du terme de cogere, qui dans le vrai latin ne signifie qu'une détermination invincible.

3° Tout au contraire il convient de l'idée que les Pélagiens avaient de la liberté, et suppose toujours qu'elle est dans l'homme avec la grâce, telle que ces hérétiques la voulaient conserver.

4° Il ne dit jamais ce qui aurait en deux mots tranché le noeud de la difficulté, savoir qu'on est nécessité comme les bienheureux, sans être contraint. Au contraire il veut un accord de la liberté telle que les Pélagiens la voulaient, et que les Manichéens l'avaient niée, avec la grâce, que très peu de gens pouvaient comprendre. Si tout 2' eût consisté dans l'exemption de contrainte sous la grâce, il n'aurait fallu que deux mots, que tout le monde eût d'abord compris.

5° Il dit que l'homme fait le bien indéclinablement, invinciblement, etc." Ce n'est pas que la grâce vainque le libre arbitre, mais seulement qu'elle surmonte la concupiscence, pour rendre à l'homme la même liberté qu'avait Adam innocent. Si ces termes indeclinabiliter, insuperabiliter, invictissime, etc., tombaient sur la nature ou essence de la grâce médicinale, par rapport au libre arbitre, le libre arbitre indéclinablement vaincu ne serait plus libre: indéclinabilité et nécessité sont termes évidemment synonymes. Si la grâce comme" cause est indéclinablement victorieuse de la volonté, elle est nécessitante, puisqu'elle est indéclinablement et invinciblement déterminante. Donc elle ne rend pas la liberté d'Adam, mais elle l'ôte.

6° Quand il est dit que D[ieu] opère par une volonté toute-puissante, omnipotentissima voluntate24, il ne faut croire que ce soit la toute-puissance de D[ieu] qui soit cause précise et réelle de la détermination de la volonté. Il n'y a aucun pouvoir de s'abstenir de ce qui est déterminé" par la toute-puissance de D[ieu]. En ces endroits, S. Aug[ustin] ne parle pas d'une opération de grâce 26 toute-puissante pour déterminer la volonté humaine, mais seulement d'une volonté toute-puissante, ce qui tombe précisément sur la prédestination et non sur la nature de la grâce.

7° Ce qui décide avec évidence, c'est que S. Aug[ustin] dit pour Saül, Achitophel, Pharaon, Nabuchodonosor", que la volonté de D[ieu] fait tout ce qu'il lui plaît sur la terre comme dans le ciel d'une manière invincible, indéclinable, toute-puissante. Ce n'est point par un principe qui de sa nature détermine la volonté, puisqu'on ne pourrait le dire sans impiété à l'égard des péchés des impies. Donc il ne s'agit que d'une volonté fondée sur la prescience, qui par une nécessité conséquente et identique a indéclinablement son effet. Réellement D[ieu] sait et choisit les moyens par lesquels ce qu'il veut arrivera indéclinablement. Il voit ce futur, qui est déjà présent à son égard. Or il est impossible que ce qu'il voit actuellement présent, qu'il veut et qu'il fait, manque d'arriver. Voilà la seule indéclinabilité ou nécessité qu'on peut admettre, je veux dire celle, qui est purement conséquente. Celle qui viendrait de la nature ou essence de la grâce, comme d'une cause du vouloir humain, serait antécédente, et ne laisserait point la liberté avouée par S. Aug[ustin] aux Pélagiens. Pourquoi vouloir ajouter cette indéclinabilité de la part de la cause, qui est antécédente", et pourquoi ne se contenter pas de

302 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 novembre 1702

celle qui ne vient que de la prescience et volonté de Dieu, qui est purement conséquente, et qui suffit pour rendre véritables dans toute la rigueur de la lettre toutes les plus fortes expressions de S. Aug[ustin]? Pourquoi ne se contenter pas d'une indéclinabilité, qui est commune au bien et au mal, puisque celle dont parle S. Aug[ustin] doit, selon lui, convenir à l'un et à l'autre, et qu'il ne dit rien de l'un qu'il ne dise de l'autre aussi fortement?

8° Le secours sine quo non, n'est point sine quo non par sa propre nature". Pendant tout le temps qu'Adam a persévéré, il a été un secours quo; mais sans diminuer il n'a pas été quo pour le temps de sa chute, c'est-à-dire qu'il n'a pas été quo pour sa persévérance finale. C'est pour cette seule persévérance finale que S. Aug[ustin] a distingué ces deux sortes de secours. L'un n'a pas été quo pour cet effet, parce que D[ieu] n'avait point de volonté prédestinante pour Adam innocent. L'autre secours qui est celui des élus en J[ésus]-C[hrist] est quo, parce qu'il est joint à une volonté prédestinante en leur faveur. A l'égard de l'homme sain, D[ieu], en lui donnant la grâce suffisante pour pouvoir persévérer, le laissait sans prédestination à son libre arbitre ainsi secouru. Mais pour l'homme faible et" malade, D[ieu] veut assurer sa persévérance, en lui donnant le secours précis, avec lequel il voit qu'il persévérera. Or ce que D[ieu] voit déjà présent, qu'il veut et qu'il fait, ne peut jamais ne point arriver. Il y a contradiction que ce qu'il voit, veut et fait, ne soit pas. Mais ce n'est qu'une nécessité conséquente, qui ne peut blesser la parfaite liberté de l'homme. Voilà le secours quo. Il est indéclinable conséquemment : car il est impossible que le consentement de la volonté n'arrive pas, si D[ieu] le voit présent, le veut et le fait dès l'éternité. On n'a pas besoin d'admettre un autre secours quo 31.

9° J'avoue que le secours nécessaire à l'homme malade pour persévérer doit être plus fort que celui dont il avait besoin, étant sain. Mais ce surplus ne va qu'à lui rendre sa liberté. Tout ce qui est médicinal n'est que pour le pouvoir, c'est-à-dire pour remettre l'homme dans l'équilibre et dans la main de son conseil, où était Adam, et dont la concupiscence l'avait fait déchoir. En ce sens la grâce médicinale est victorieuse, indéclinable, toute-puissante si vous voulez, mais elle n'est victorieuse que de la concupiscence, pour mettre l'homme en liberté de vouloir ou ne vouloir pas. Elle fait seulement que la concupiscence ne peut plus l'entraîner, et le laisse choisir.

10° Ce n'est point précisément la force de la grâce médicinale qui fait qu'elle est un secours quo, qui agit indéclinablement, car comme je viens de le dire, tout ce qui est médicinal ne va qu'à suppléer le pouvoir qui manque à l'homme malade, pour être libre comme l'homme sain. Quelque degré de force que vous supposiez dans une grâce médicinale, vous ne la pouvez rendre victorieuse que de la concupiscence, et non du libre arbitre. Enfin quelque force que vous supposiez dans la grâce, si vous ne la rendez pas cause nécessitante, il faut avouer que malgré toute sa congruité et toutes ses délectations, elle laisse encore la volonté libre de consentir, ou de dissentir3 2. Cette vérité de foi étant posée, où trouverez-vous l'indéclinabilité de la grâce, qui la constitue un secours quo? Il est impossible de la trouver. Vous ne pouvez même trouver aucune infaillibilité de l'effet. Qui dit infaillibilité, dit une impossibilité qu'une cause soit frustrée de son effet. Il faut une liaison nécessaire entre la cause et l'effet. Autrement l'effet ne peut être infaillible. Ce qui est purement contingent n'a en soi aucune infaillibilité. Si l'effet n'arrive

17 novembre 1702 TEXTE 303

point, il n'y a aucune contradiction. Donc il peut ne pas arriver. Donc celui qui l'affirme peut se tromper. Donc cet effet n'est point infaillible. Il faut donc une nécessité, qui fonde l'infaillibilité de l'effet. Si c'est une nécessité qui vienne de la nature de la cause, savoir la grâce, voilà une nécessité antécédente, et la foi est renversée. Si ce n'est que la nécessité que ce que Dieu] 33 voit par avance comme présent, arrive, ce n'est qu'une nécessité conséquente, qui sauve la pleine liberté. La congruité ne fonde aucune réelle infaillibilité ou indéclinabilité, à moins qu'elle ne retombe dans la grâce nécessitante. Il n'y a donc d'autre infaillibilité de la persévérance finale de l'élu, sinon que D[ieu] ne peut se tromper, et que ce qu'il voit ne peut ne pas être.

IV. S. Aug[ustin] prouve que l'homme sans la grâce prévenante ne peut ni commencer à croire, ni commencer à prier. D'où il s'ensuit que quand il donne la grâce à l'un et non à l'autre, ou bien à l'un plus qu'à l'autre, ce discernement vient d'une volonté purement gratuite, dont on ne doit chercher dans l'homme aucune raison. C'est sur ce seul point que tombe O altitudo!

etc.

34

Je conclus de tout ceci que quand on se renferme dans la nécessité de la grâce ad singulos actus35, dans la pure gratuité de la grâce et dans la prédestination purement gratuite qui la prépare, on a entendu tout l'essentiel de S. Aug [ustin] .

Au reste, que D[ieu] ait prédestiné ou non les anges, et qu'il ait donné aux uns plus qu'aux autres ou non (outre que S. Aug[ustin] semble en douter) '6 ; de plus, c'est ce qui n'importe en rien: car il est toujours certain qu'il n'y avait aucune prédestination pour Adam innocent, et qu'il y en a une pour ses enfants élus, ce qui suffit pour établir nettement la distinction du secours sine quo non, ou sans prédestination d'Adam, et du secours quo ou joint à une prédestination de ses enfants élus. Voilà à quoi se réduit toute la preuve de S. Aug[ustin] contre les Semi-Pélagiens, qui rejetaient toute prédestination ou prédilection gratuite, pour mettre le discernement des élus dans des mérites de foi et de prière, qui précédaient toute grâce.

Je vous conjure de savoir par M. de Harlay" si les filles de la Visitation de Melun sont bien fondées, et si leurs affaires sont en bon état. Une famille que je considère beaucoup a intérêt de le savoir au plus tôt.

Depuis cette horrible lettre écrite', j'ai appris ce qui est arrivé à MM. Le Fèvre et Chalmette2. J'en suis véritablement affligé surtout pour le dernier. Je vous conjure de lui faire offrir tout ce qui dépend de moi. S'il veut venir ici, je lui donnerai le choix de demeurer ou céans, ou au séminaire. S'il ne veut pas venir ici, je lui paierai volontiers une pension dans son pays, et partout où il ira. Mais faites-lui parler, sans vous exposer à lui parler vous-même. Tout ceci m'alarme pour vous, et c'est ce qui m'attriste le plus. Je crains que, dans l'excès d'aigreur où l'on est', on ne prenne quelque parti d'autorité contre vous, pour me causer la plus grande douleur, pour épouvanter ce qui me reste d'amis, et pour me déconcerter. Au nom de Dieu ne

A C[ambraii, 17 novembre 1702.

304 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 novembre 1702

paraissez en aucune affaire, si petite qu'elle puisse être. Il ne leur faudrait qu'un très léger prétexte. Vous savez que la passion quand elle a l'autorité ne garde point de mesures'. Je vous conjure donc d'être simple là-dessus, et de ne faire rien, sans voir avec la B. D.' s'il n'y a rien de trop pour les conjonctures présentes. Je vous écris par la voie de M. le marquis de Janson, qui revient de l'armée'.

Voilà une lettre de Mad. de Monbron, qui m'a été donnée toute ouverte. Je vous l'envoie de même.

878 A. LE MARÉCHAL DE TALLARD' A FÉNELON

A Metz, ce 21 de novembre 1702.

Je reçus hier, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12e de ce mois. Je fais tout le cas que je dois d'une marque de l'honneur de votre souvenir, elles me sont précieuses, et je vous supplie très humblement, Monsieur, d'être persuadé que je penserai comme cela toute ma vie.

M. le duc de Bourgogne a été si au goût de tout le monde, que je regarderais comme une chose bien flatteuse pour moi d'avoir eu le bonheur d'être au sien.

J'ai bien fait du chemin depuis que ce prince est parti de l'armée, mais je ne suis point content de mes voyages puisqu'ils n'aboutissent point à me faire repasser à Cambray, et que je n'aurai point occasion cette année de vous assurer moi-même que je mérite les bontés que vous me témoignez et que j'ai l'honneur d'être avec tout le respect qui vous est dû, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

TALLARD.

879. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 22 novembre 1702.

Monsieur,

On ne peut être plus touché que je le suis des marques de l'honneur de votre amitié, et je ne saurais croire que les gens qui ont avec vous les plus anciennes dates, puissent être plus sensibles que je le suis sur tout ce qui vous regarde. Les personnes que j'ai vues passer, Monsieur, m'ont fait un grand plaisir, en me racontant combien toute l'armée a trouvé de secours et de choses agréables de votre part. On se loue et de votre attention continuelle à faire plaisir, et de votre travail pour le service'. Je souhaite quelque occasion qui me procure la joie de vous aller embrasser, avant que vous retourniez en campagne'. Personne au monde sans exception ne peut être avec plus de zèle et d'attachement que moi je le suis pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

Je vous prie, Monsieur, d'appuyer fortement sur les choses suivantes, et comme il serait inutile de les dire deux fois, je vais les expliquer dans cet espèce de mémoire, dont vous ferez part s'il vous plaît, à M. l'abbé de Liessies que je salue de tout mon coeur.

1° Une création de rentes est une véritable aliénation du temporel de l'Eglise. D'un côté elle en a tous les inconvénients, puisque sous ce nom, on pourrait ruiner tous les bénéfices sans qu'il y eût aucun remède. D'un autre côté, c'est une réelle diminution du fonds de l'Eglise: par exemple un bien qui vaut cent mille francs, en l'estimant au denier vingt, ne vaut plus pour l'Eglise que cinquante mille francs, quand vous le chargez d'une rente de deux mille cinq cents francs, qui ne peut être éteinte que par un remboursement de cinquante mille francs. C'est une réelle aliénation de la moitié du fonds de ce bien. Ainsi cette création de rente a besoin des mêmes formalités. Il faut que le titulaire du bénéfice, qui en est le tuteur légitime, contracte par lui-même, ou par un procureur chargé de procuration spéciale, et que son acte soit autorisé par l'octroi des deux puissances supérieures.

2° Un bureau de chambre ecclésiastique, ou bien les députés du clergé d'une province, qui sont membres de l'Etat, n'ont aucun pouvoir d'aliéner le fonds de l'Eglise. Ils peuvent agir pour le cours ordinaire des affaires communes entre le clergé, la noblesse et le tiers état, comme par exemple régler des impositions annuelles. Mais dès qu'il s'agit d'emprunter par création de rentes, et aliénation de fonds, il faut une procuration spéciale du clergé, ratifiée par lui et autorisée par les supérieurs; autrement un coup de plume donné frauduleusement par trois députés pourrait ruiner sans ressource tout un clergé. Par exemple les états de Languedoc, quoique tous les évêques de la province y soient, ne peuvent point créer des rentes sur le clergé de cette province sans procuration spéciale de tout le corps du clergé, tant du second ordre que du premier. A plus forte raison l'état de Mons, où il n'y a que trois ou quatre députés du second ordre, sans aucun évêque, ne peut sans procuration spéciale, aliéner le fonds de tous les bénéficiers, même de leur archevêque, à leur insu, sans procuration spéciale, sans ratification et sans octroi.

3° Supposer et présumer une procuration spéciale, une ratification et un octroi sans preuve écrite, c'est supposer l'observation tacite de toutes les règles, où il est manifeste qu'aucune n'a été observée, pour couvrir un abus pernicieux. D'ailleurs ceux qui auraient eu en main la procuration, la ratification, l'octroi, n'auraient pas manqué d'en faire mention pour leur décharge, et les créanciers n'auraient pas manqué de mettre en oeuvre ces sûretés qu'ils auraient exigées pour leur rente. On trouverait ces choses dans les contrats, ou dans les registres. De plus on voit des rentes qui ont des octrois prouvés. Si les autres en avaient eu, on les trouverait avec les mêmes preuves. Le Grand Bailly de Hainaut a même distingué les rentes sans octrois, d'avec celles qui en ont, ce qui montre une notoriété que les unes en ont et que les autres n'en ont pas. Il n'a point connu cette chimère nouvellement inventée d'octroi présumé. D'ailleurs l'octroi sans procuration spéciale des titulaires des bénéfices ne peut rien opérer. C'est ce que le Parlement de

24 novembre 1702 TEXTE 305

880. Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

A Cambrai] 24 novembre 1702.

306 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 novembre 1702

27 novembre 1702

TEXTE 307

Paris a décidé depuis quelques années pour l'abbaye. Elle était autorisée même par l'octroi du Roi. Mais la communauté des religieux n'avait ni signé le contrat, ni donné procuration spéciale. Le parlement a déclaré la rente nulle, et je crois que le conseil du roi a confirmé ce jugement. C'est le frère de M. l'abbé d'Hasnon2, qui gouverne les affaires de l'abbaye de S. Waast3, qui m'a raconté ce fait.

4° Toutes les anciennes rentes créées à Mons ne paraissent point créées pour satisfaire à des demandes d'argent faites par le Prince. Les premières n'ont aucune cause marquée. Les suivantes ne furent faites apparemment, que pour payer des intérêts accumulés par une mauvaise administration. Les comptes si on les compulsait, découvriraient bien des choses. De plus quand le prince demande un secours, les bénéficiers doivent le prendre sur leurs revenus annuels, et non pas sur le fonds de leurs bénéfices et sur leurs successeurs, à moins que la demande ne soit exorbitante par rapport aux revenus; auquel cas il faut un acte de délibération du clergé, et un contrat signé par les bénéficiers ou par des procureurs spéciaux. L'assemblée même du premier et second ordre du clergé de France ne peut créer des rentes, qu'autant qu'elle a des procurations spéciales des provinces, et que les assemblées provinciales ont été autorisées par des délibérations et des procurations spéciales des diocèses. Toute autre conduite est inouïe.

5° En ce pays tous les chapitres et abbayes sont actuellement dans l'usage de n'acheter, ni vendre, ni charger aucun fonds, sans être autorisés par nous. J'en ai cent exemples depuis sept ans que je suis dans ce diocèse. Rien n'est plus important que cette règle. Autrement chaque abbé pourrait par des créations de rentes ruiner son abbaye au profit de ses parents. Le service du prince n'en souffre rien. Au contraire cet abus ruinerait les bénéfices, qui sont à sa nomination, et souvent de fondation royale. D'ailleurs l'intérêt du prince est que chaque bénéficier prenne avec économie sur ses seuls revenus annuels les subventions que le prince lui demande, et qu'il évite autant qu'il se peut d'aliéner le fonds de son bénéfice au préjudice de ses successeurs. Que si la subvention est trop forte, pour n'être prise que sur les revenus annuels, il importe du moins au prince, comme fondateur, ou comme nominateur, que l'évêque examine sur les lieux, si ce fait est vrai de peur que les bénéficiers n'allèguent à faux le besoin d'aliéner le fonds.

6° Enfin l'intérêt de toute une nation est en ce point d'accord avec celui du prince et de l'Eglise, car il importe à tout un pays que ces grandes fondations ne dépérissent point par des aliénations faites sans une vraie nécessité.

Ainsi tout est d'accord pour maintenir la règle. Il s'agit d'une chose que les saints canons de l'Eglise universelle prescrivent à tous les pays, sur le fondement d'une évidente nécessité et contre laquelle nul pays chrétien ne peut alléguer aucune exception, qui ne soit manifestement odieuse et abusive. Les saints canons sont joints à la chartre` de Hainaut, et à la déclaration expresse du Roi catholique. En fait il tient pour une loi qui parle d'elle même, et qu'on devrait supposer comme naturelle à cause de son évidente nécessité, quand même elle n'aurait jamais été écrite.

Le point de droit n'a besoin d'aucune discussion. Il ne faut ni entendre des parties, ni lire des pièces, ni examiner des écritures. Les parties, les pièces, les écritures ne peuvent jamais faire révoquer en doute ce point de droit.

Montrez, je vous prie, Monsieur, ce mémoire à M. de Bagnols. Tout à vous et à M. l'ab. de Liessies.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

881. Au MÊME

A C[ambrai] 27 novembre 1702.

Je vous envoie, Monsieur, une lettre sur le ton le plus pressant à M. de Bagnols. Lisez-la. Elle est à cachet volant. Fermez-la, et rendez-la lui en main propre. Vous verrez ce qu'il vous dira en la lisant, ou après l'avoir lue. Surtout criez, parlez respectueusement, mais n'épargnez aucun terme fort, sans blesser personne. Faites même entendre que toutes nos églises seraient contraintes de refuser un accommodement et de demander aux deux Rois que les commissaires donnent un avis rigoureux sur le point de droit.

Pour la remise des arrérages, il ne faudrait pas manquer de crier les hauts cris pour l'obtenir entière si par malheur nous n'avions pas sur le fond ce qu'on doit nous donner. Vous savez mieux que moi toutes les raisons, ravages de guerre, confiscations, contributions, années où l'on a été contraint de faire de prodigieuses modérations ; enfin défense de payer depuis environ 20 ans. Cette protection du Roi se tournerait en ruine et en accablement par les arrérages accumulés.

A l'égard des questions entre les domiciliés et les forains ', je ne les connais point assez pour en pouvoir parler. Je courrais risque de donner de mauvais conseils. Tout ce que vous pouvez faire, ce me semble, pour vous disculper, est de représenter tout ce que votre corps' vous a chargé de dire, et en cas qu'on fasse un projet, de demander qu'on attende, que vous en ayez fait part à vos messieurs, avant qu'on le publie.

Je salue de tout mon coeur M. l'ab. de Liessies et je suis toujours, Monsieur, tout à vous avec la plus cordiale estime.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

881 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[27 novembre 1702].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Duo ex geminis litteris Dominationis vestrœ illustrissimœ mihi nuper comperta sunt, sane scitu dignissima'. Alterum, de edicto Hagœ Comitis 17

Ne vous étonnez d'aucun bruit, ne vous montrez facile sur rien, et ne vous laissez entamer pour aucune négociation d'accommodement, ne vous chargez pas même de propositions. Criez que vous n'êtes là que pour obtenir un jugement de rigueur.

308 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 novembre 1702

1er décembre 1702 TEXTE 309

augusti proxime elapsi impresso 2; alterum, de objurgata palam istis in regionibus summi Pontificis in damnandis Sinensium ritibus mora3. Utrumque mihi paucis perstringendum. Primum prœterire cogit congregationis de Propaganda fide, cui hactenus adscriptus non sum, ignota ea de re sententia, quamquam mihi penitus, et jamdiu perspectum, planeque huic aube cognitum est, Jansenianœ factionis in Belgio et finitimis locis prœdominantis ingenium et indoles. Alterum funditus promere vetant tum sacramentum in hac suprema Inquisitione a me prœstitum4, tum egregie prœoccupata in vestris disertissimis litteris momenta omnia, que illi falso rumori exscindendo quoquomodo conducere possunt. Unum duntaxat reponere hic libet, quod in casu non absimili ohm Stephanus quintus papa in epistola secunda ad Orientales episcopos descripsit inquiens : «Romana Ecclesia instar speculi et exemplaris reliquis ecclesiis constituitur, et quodcumque definierit, in sempiternum manet incorruptum, et hac de causa sententias cum magna inquisitione ferre docet. »5 Istud autem consultissimum documentum, et necessariam fere praxim hac in controversia potissimum observandam evincit Dominatio vestra illustrissima tot gravissimis ac solertissimis rationibus, ut proesens apostolice sedis ceconomia extra detractorum cavillos posita sit. Quamobrem prœlaudatœ epistolœ vestrœ summo Pontifici jam a patribus Societatis exhibite fuerunt, et in italicum idioma verse ab iisdem communicatœ aliis plurimis, mihique sunt, et quomodolibet hujusmodi lucubrationes vertantur, mirifice sapiunt palato meo6, idcirco mihi gratissimœ semper erunt, una cum jussionibus vestris, quas dum enixe efflagito, œternum ero, Dominationis vestrœ illustrissime et reverendissimœ servus ex corde.

Rome 27 novembris 1702.

J. M. CARD. GABRIELLIUS.

sur les grands chemins et partout ailleurs avec une femme mariée qu'il a corrompue, et avec laquelle le mari l'avait surpris au Casteau. Votre seule autorité peut réprimer les excès et les emportements de cet homme. Je vous supplie d'avoir la bonté d'en prendre connaissance.

Vous savez, Monsieur, que l'année dernière je ne voulus faire aucune difficulté au sieur Renversé de Landrecies4, parce que vous souhaitiez alors qu'on n'entrât point dans ce que certaines gens pouvaient désirer. Maintenant que rien ne se remue, je dois vous représenter 1° que le sieur Renversé est incapable d'entendre les confessions, et que c'est une des fonctions d'un aumônier d'hôpital. 2° que j'ai fait ce qu'il a désiré lui-même, qui est de m'informer de sa conduite par d'autres que par le pasteur du lieu'. D'autres gens très sages, très pieux, et fort opposés au pasteur, m'ont appris que le sieur Renversé continue à boire, à jouer, à s'amuser dans des compagnies indécentes et à mener une vie contraire à sa profession, sans aucune étude pour se rendre capable des fonctions de son emploi. Ainsi je vous supplie instamment, Monsieur, de vouloir bien enfin le lui ôter. Tout prêtre irréprochable, et suffisamment instruit pour entendre les confessions, me conviendra, s'il vous est agréable. Choisissez selon Dieu.

Peut-on vous demander à qui on doit remettre les deniers de la capitation ecclésiastique de votre département ? Il faut que celui qui les recevra puisse nous donner une décharge avec une entière sûreté.

Mon Dieu, que je voudrais que Maubeuge fût un peu moins éloigné de Cambray. Vous me verriez plus d'une fois cet hiver au coin de votre feu. Personne ne peut vous honorer plus parfaitement que moi, Monsieur, ni être avec plus de zèle, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 28 novembre 1702.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

882. A MAIGNART DE BERNIÈRES

[28 novembre 1702].

Monsieur,

Souffrez, je vous supplie, que je vous importune sur plusieurs affaires de votre département, et de ce diocèse.

Notre doyen de Maubeuge' vous dira, Monsieur, qu'il y a dans la paroisse du vieux Mesnil un nommé Belleville, qui sous apparence de mariage vit dans un grand désordre avec une femme, dont on ne sait point si le mari est mort. Ce Belleville a falsifié des preuves de mariage. Ce sont des gens errants et fugitifs. Un mot que vous aurez la bonté de dire épargnera de longues procédures, et nous délivrera de ce malheureux concubinage. Il s'en iront ailleurs.

M. de Caudry' continue à Caudry sa vie scandaleuse et ses violences. Il n'est point seigneur du lieu. Tout appartient à sa mère, qu'il opprime, et qui m'en a fait souvent des plaintes. Il bat tous les paysans jusqu'à se mettre en risque de les tuer. Mes fermiers sont les premiers battus. Il menace et traite indignement le curé, vénérable vieillard de quatre-vingt-quatre ans'. Il paraît 883. Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

A C[ambrai] ter décembre 1702.

Ne vous étonnez, Monsieur, ni des froideurs qu'on vous montre, ni des alarmes qu'on' pourra vous donner. On veut vous intimider, et vous réduire à consentir que les rentes subsistent, en remettant les arrérages.

1° Messieurs les commissaires doivent au moins déclarer que les rentes de l'an 1643 sont nulles. Ce sera quelque petite chose, que d'établir la règle de ce point.

2° Ce n'est pas d'aujourd'hui que M. de Bagnols sait que les plus anciennes sont centenaires. Il savait bien qu'elles étaient de plus de cent ans, quand il me disait clairement qu'elles sont nulles dans la rigueur du droit. Il savait donc tout ce qu'il sait, et il n'a rien appris qui puisse l'obliger à changer de sentiment.

3° Ces rentes centenaires ont été contestées, comme vous le remarquez très bien, dès l'an 1643, en sorte qu'il fut dans la suite ordonné à Mons que les octrois en seraient produits. Ainsi voilà d'un côté la cour de Mons qui a reconnu par son jugement que ces octrois étaient essentiels à produire',

310 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler décembre 1702

faute de quoi les rentes seraient nulles, car nul tribunal n'ordonne de produire des pièces quand elles sont superflues et que sans elles le droit est assez établi. D'un autre côté voilà la possession centenaire qui disparaît; car l'an 1643 ces rentes n'étaient pas centenaires. Il y a déjà 60 ans qu'on les conteste. Enfin, outre qu'il ne s'agit point d'une possession centenaire, qui soit paisible et non interrompue par des actes, de plus une origine vicieuse et odieuse ne peut être couverte par aucun laps de temps. On prescrit sans titre contre l'Eglise, quand la bonne foi y est toute entière, mais quand le titre est vicieux, contraire aux règles essentielles, et d'une si dangereuse conséquence pour tant d'autres aliénations abusives, la prescription n'a aucun lieu, et il faut toujours remonter au vice du titre. Or rien n'est plus abusif et plus pernicieux que de laisser à un bureau de quatre députés sans procuration et sans octroi le pouvoir d'établir des rentes, et détourner insensiblement en droit légitime cet abus pernicieux, dès qu'il a vieilli à la faveur des temps de trouble et de confusion. M. de Bagnols a eu grande raison de vous demander cette sentence de Mons qui ordonnait de produire les octrois et qui accordait sur-séance des taxes, jusqu'à ce que ces octrois essentiels à la validité des rentes fussent produits; car cette sentence est décisive.

4° M. de Bagnols n'a pas moins de raison de vous demander de produire vos extraits des anciennes coutumes du Hainaut', car la moderne de l'an 1619 ne pourrait annuler les rentes précédentes, qui sont de l'an 1573 ; mais peut-être trouvera-t-on que l'ordonnance de 1619 ne fait que répéter et confirmer ce qui était déjà dans l'ancienne. Cette ancienne doit se trouver facilement à Mons et ailleurs. On ne saurait supprimer une chose si publique. Je serais bien plus en peine de la sentence de Mons pour la production des octrois, si vous ne me paraissiez compter que vous la trouverez à Mons ou, au pis aller, à Tournay. Prenez bien garde à vos papiers.

5° Ne laissez rien décider que ces deux pièces ne soient produites, car elles sont invincibles.

6° Les commissaires peuvent prononcer un jugement de rigueur, ou envoyer leurs amis à la cour' malgré nous, mais ils n'ont aucun pouvoir de nous réduire à un accommodement. Tout au plus ils dresseraient un plan pour terminer l'affaire à l'amiable sans décision de droit, mais ils ne le donneraient pas comme une chose prononcée entre eux avec autorité. Ils nous pressentiraient là-dessus. Ils nous proposeraient leur projet. Ils tâcheraient de nous y faire consentir. Au pis aller, si nous refusions de les croire sur ce projet, ils manderaient à la cour, que c'est le meilleur parti, et que nous n'avons pas voulu le suivre. ... mais vous n'auriez qu'à leur répondre que vous n'avez aucun pouvoir de consentir, et que vous pouvez seulement rapporter aux intéressés leurs propositions. Pour moi je me soumettrai toujours à un jugement suprême de rigueur sur le point de droit, mais je ne saurais croire qu'on voulût renverser toutes les lois de l'Eglise et celles mêmes du pays pour autoriser des rentes centenaires créées sans octrois et sans procuration. Mais pour un expédient ambigu, qui élude la question, je ne l'accepterai jamais, et quand tous les autres intéressés m'abandonneraient à cet égard, je poursuivrai tout seul comme chef de la province ecclésiastique la décision d'un point si capital à toutes nos églises. Je croirais faire une extrême injustice à M. de Bagnols, dont je connais à fond la droiture, et la profonde capacité, si je doutais des paroles qu'il m'a tant données dans ses lettres de décider

2 décembre 1702 TEXTE 311

en rigueur le point de droit, et de ne nous donner point le change par ces sortes de tempéraments que les Italiens nomment mezzi termini. Lisez-lui, je vous prie, Monsieur, toute cette lettre. Tout à vous avec une très forte estime.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

884. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi, 2 décembre 1702.

Je voudrais bien vous aller voir, Madame. Mais je n'en ai pas le temps. Il faut que je confère avec le Chapitre pour un procès, que j'expédie, que j'écrive des lettres, que j'examine un compte. O que la vie serait laide dans un détail si épineux, si la volonté de Dieu n'embellissait toutes les occupations qu'il nous donne! C'est être libre, que de consentir à ne l'être pas, par' porter un joug si aimable. Il vaut mieux essuyer des chicanes dans l'ordre de Dieu, que d'être dans la plus sublime contemplation de Dieu même sans son ordre. On retrouve Dieu, en paraissant le perdre, pour lui obéir. Pour vous, Madame, vous êtes dans la liberté entière que donnent le silence et la solitude. Jouissez-en en pleine paix. Mais malheur à quiconque est avec soi-même ! il n'est plus seul. Il n'y a plus de vrai silence, dès qu'on s'écoute. Après s'être écouté, on se répond, et dans ce dialogue d'un subtil amour-propre, on fait taire Dieu. La paix est pour vous dans une simplicité très délicate. Mandez-moi de vos nouvelles, si vous le pouvez. Deux mots me mettront en repos pour vous. Il me tarde de vous aller voir au désert de la Thébaïde.

885. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 4 décembre 1702.

Monsieur,

Je suis averti qu'on craint pour les clercs maîtres d'écoles par rapport aux enrôlements que vous faites faire dans les paroisses'. Je n'ignore pas le pressant besoin d'hommes où l'on se trouve pour le service de Sa Majesté, et personne n'entre avec plus de zèle que moi dans cet intérêt public. Mais permettez-moi, Monsieur, de vous représenter avec toute la confiance que la bonté de votre coeur et votre affection pour l'Eglise m'inspirent, qu'il nous est capital de ne perdre point nos clercs maîtres d'écoles. Ils sont la vraie ressource de tous les villages pour le catéchisme. Les curés seuls ne font presque rien. Les bons clercs attirent et règlent tous les enfants pendant l'hiver. La plupart même de nos pasteurs assujettis à biner, ne peuvent vaquer suffisamment à l'instruction de la jeunesse. D'ailleurs les enfants, qui n'ont point appris à lire, ne savent jamais bien les mystères. Il s'agit des vérités nécessaires au salut. Ainsi j'espère que vous voudrez bien protéger cette oeuvre. Je

312 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 décembre 1702

23 décembre 1702 TEXTE 313

vous le demande instamment et je suis avec le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur. mais vous aimez à faire le bien. Je suis avec le zèle le plus sincère et le plus fort, pour toute ma vie, etc.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

886. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai], 18 décembre 1702.

Les moindres commencements de peine me font peur pour vous, Madame. Ce n'est pas la peine que je crains, mais l'infidélité qui la fait écouter. Au nom de D[ieu] ne vous y laissez pas aller, et demeurez dans cette heureuse simplicité, dont la paix est le centuple promis dès cette vie. Surtout n'interrompez point vos communions. Mandez-moi, s'il vous plaît, comment votre coeur est aujourd'hui, et si vous avez communié ce matin. Tandis qu'on ne peut supporter avec paix les imperfections où l'on est tombé, c'est un reste d'amour-propre soulevé et dépité de ne se trouver point parfait. Au contraire l'amour de Dieu donne une humiliation profonde, mais paisible et sans trouble, parce qu'elle est exempte de tous les dépits de l'orgueil. L'amour-propre gâte tout, quand il veut raccommoder le passé. Il voudrait faire de belles choses, et prendre sur lui plus qu'il ne pourrait porter. Il cherche à flatter les hommes, pour se flatter soi-même par un subtil contre-coup, et il le veut faire contre l'attrait de Dieu ; parce qu'il craint moins de résister secrètement à D[ieu] sous de beaux prétextes, que de choquer les hommes en manquant de délicatesse et de régularité. Si vous voulez faire crever toute la grandeur de l'amour-propre par une véritable petitesse, tâchez, quand vous verrez Mad. [d'Oisy] ', de lui montrer à nu la misère de votre coeur, et de lui dire ce que vous ne pouvez plus faire, en ajoutant tout ce que vous pouvez lui offrir, sans sortir de vos bornes. J'irai demain vous demander2 ce que D[ieu] fait en vous, et ce que vous faites avec lui. Je le prie souvent pour vous.

887. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 20 décembre 1702.

Je ne puis m'empêcher de vous demander un secours en faveur de l'Eglise. M. le doyen d'Avesnes ' aura, si vous le lui permettez, l'honneur de vous expliquer qu'il y a dans sa paroisse, et dans une autre de son doyenné, deux commerces incestueux qui sont d'un grand scandale. Les juges laïques ne veulent point se donner la peine d'en connaître. Les coupables se jouent de l'autorité ecclésiastique, et ne paraissent craindre aucune peine spirituelle. Vous voyez, Monsieur, la conséquence de ces sortes d'exemples. Ils sont contagieux dans les villages, et saperaient les fondements de la religion et de la police. Deux mots que vous direz, pour faire agir la justice séculière, ou pour menacer d'un coup d'autorité, rendront ces malheureux dociles et soumis. C'est avec regret que j'ajoute cette peine à tant d'autres que vous prenez; 887 bis. L' ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

A Cambray, le 23 décembre [1702].

L'abbé de Maulevrier ' ne sait ce qu'il dit, Madame; mais je n'en suis pas étonné. N'ayant aucun commerce avec M. de Cambrai, il a ignoré quelle était sa conduite'. Il est seulement vrai qu'il écrit le moins qu'il peut; mais il est bien éloigné de vouloir manquer à ce qui ne serait même que de bienséance à l'égard de qui que ce soit.

Jugez par là, Madame, s'il ne ferait pas réponse à une personne comme vous'. Vous me demandez quel compte vous pouvez faire sur lui: je ne connais personne plus capable de répondre à cette question que vous-même. Ce n'est point par ce qu'on nous dit des autres, mais c'est par ce que nous en avons éprouvé, que nous pouvons savoir à quoi nous en tenir avec eux. Avez-vous connu un meilleur ami, plus sûr, plus zélé? Levez donc vous-même votre scrupule. Il me charge de vous assurer que son respect est toujours très sincère et très constant pour vous. Il ne vous écrit point le premier, parce qu'il s'est imposé cette règle générale. Il croit qu'il convient à ses amis qu'il en use ainsi. Je suis, avec le respect que vous m'avez toujours connu, Madame, votre, etc.

L'ABBÉ DE LANGERON.

888. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT (?)

A Cambray 27 décembre 1702.

Je ne puis consentir, Monsieur, qu'on envoie une copie de ma lettre. Je dois être juge, et un juge ne peut ni ne doit s'ouvrir, surtout par écrit. Il n'y a que la confiance singulière que j'ai en vous qui ait pu me faire passer par dessus la règle. Aussi je vous prie de me renvoyer la copie que vous m'avez mandé avoir gardée. Mais comme je désire très sincèrement éviter le scandale et témoigner jusqu'au bout une véritable affection à l'Oratoire, je viens d'écrire au P. Général pour le prier de faire une singulière attention à l'affaire que le P. Piquery doit lui expliquer. Je vous prie de dire à celui-ci que je me réjouis de sa guérison et que je m'y intéresse de tout mon coeur.

F. A. D. C.

J'ai appris fort tard, Madame, la grande perte que vous avez faite de Madame votre soeur, mais j'en suis vivement touché. Je regrette une abbesse si vénérable '. Je prends part à votre juste douleur et je connais trop la bonté de votre coeur pour n'être pas en peine de votre santé, dans une si rude épreuve. Mais j'espère que Dieu, qui vous exerce, vous soutiendra. Il ne frappe que par amour et c'est l'amour même qui mesure ses coups. Que doit-on craindre d'une main si sûre et si bienfaisante? Il ne veut nous faire souffrir que pour nous rendre dignes de lui, et que pour nous détacher de tout ce qui nous environne. La vie n'est qu'un spectacle au milieu duquel Dieu nous a posés, pour nous enlever peu à peu tout ce qui flatte notre coeur. Dès que l'épreuve est achevée, le spectacle disparaît, mais bientôt nous nous retrouvons avec ceux que nous avons aimés, sans crainte ni de les aimer trop ni de les perdre.

On m'assure, Madame, que vous êtes chargée du gouvernement de votre chapitre pour plusieurs années'. Je m'en afflige pour vous et je m'en réjouis pour Remiremont. J'espère que vous y aurez une autorité douce et insinuante, que vous ménagerez les esprits sans les flatter, qu'en faisant pratiquer les règles, vous les ferez aimer, sans quoi la pratique la plus régulière n'est qu'une illusion, puisque la plus essentielle de toutes les règles est l'amour sincère des règles mêmes.

Je prie Notre-Seigneur qu'il répande son onction sur vous, afin que vous faisant toute à tous, vous puissiez avec douceur, discrétion et patience lui gagner tous les coeurs.

Ménagez vos forces et ne faites rien que modérément. Je suis toujours, Madame, avec un zèle à toute épreuve, votre très obéissant serviteur.

F. ARCHEVÊQUE DE CAMBRAY.

INDEX DES NOMS

Nota. Certains personnages n'étant désignés que par des périphrases, et quelques noms des lettres à Mme de Montberon ayant été découpés, on a marqué d'un (?) les identifications simplement probables.

Académie française, 213.

AGUIRRE (cardinal José Saenz d'), 45.

Aix-la-Chapelle, 149.

ALBANI (cardinal Jean François): lettre à,

1699, 6 juillet, 14 - lettre de, 1699, 11

août, 19. Voir CLÉMENT XI.

ALBERT de LUYNES (Louis-Auguste d'), 165,

166, 202.

ALBERT de LUYNES (Louis-Nicolas d', dit che-

valier d'Albert), 160, 163.

ALÈGRE (Jeanne de GARRAUD de DONNE-

VILLE, marquise d'), 10.

ALÈGRE (Yves, marquis d'), 170.

ALEXANDRE VII, 40, 98, 119, 230, 280-285.

ALEXANDRE VIII, 119.

ALEXANDRE (Noël), 28, 29, 38, 45.

ALFARO (Joseph), 75.

Allemagne, 251.

AMBROISE (saint), 22, 138.

ANCELIN (Humbert), 191.

ANGAIGNE, 248, 250, 251.

Anor, 270.

ANSELME (saint), 99.

ARENBERG (Marie-Henriette DEL CARETTO,

duchesse d'), 147, 170, 171, 173, 177, 183,

189, 191, 192, 250, 253.

ARGOUGES de RANNES (Jean-Pierre d'), 269.

Arras, 11, 36, 189 (?), 195, 227 (?), 239, 243,

246, 249, 265, 268, 273, 275.

ARROS (Jacques de GONTAUT-BIRON, seigneur

d'), 86, 87.

Artois, 221.

Ath, 17, 25.

AUDIGIER (M. d'), 170, 177, 183, 191.

AUGUSTIN (saint), 9, 38, 39, 66, 67, 99, 106,

129, 137, 163, 198-200, 212, 213, 230, 274,

299-303.

Autun, 83, 84.

Auvergne, 192, 197.

Avesnes, 16, 260, 270, 271 - CHAPITRE DE

SAINT-NICOLAS: lettre au, 1700, 22 juil-

let, 88 - mention, 260.

Aymeries, 18, 48.

BAGNOLS (Dreux-Louis Du GuÉ de), 52, 77, 79, 86, 115, 156, 167, 172, 177, 203, 220, 223, 224, 239, 252, 262, 267, 268, 279, 284, 296-298, 307, 309, 310.

BAIUS (Michel de BAY, dit), 230, 247, 279. BARASSY, 248, 279.

BARBEZIEUX (Louis-François-Marie LE TEL LIER, marquis de): lettres à, 1700, 30 juin, 83 - 30 septembre, 100-101 - 8 décembre, 111 - lettres de, 1699, 3 juin, 8 - 30 septembre, 26 - 1700, 12 février, 58 - 27 février, 62 - 29 mars, 70 - 26 juillet, 92

- 17 septembre, 97-98 - 26 octobre, 103

- 20 décembre, 114 - mentions, 17, 117, 221

BAUDEQUIN (Philippe de), 29.

Bavay, 253, 255.

BAVIÈRE (Maximilien-Emmanuel, électeur de), 17, 25.

BAYART D'ENNEQUIN (Jean-Dominique): lettres à, 1702, 18 mai, 252 - 10 novembre, 296-298 - 24 novembre, 305-307 - 27 novembre, 307 - ler décembre, 309-311 - lettre de, 1702, 14 janvier, 223-224 mention, 292.

BEAUGENDRE (dom Antoine), 208.

BEAUMONT-GIBAUD (Pantaléon de): lettres à, 1700 (?), vers le 7 novembre, 104 - 1701,

8 octobre, 177 - 9 octobre, 177-178 - 19 octobre, 184-185 - 22 octobre, 185 - 26 octobre, 188-189 - 31 octobre, 189 - 4 novembre, 190 - 6 novembre, 191-192 12 novembre, 193-194 - 19 novembre, 194

- 20 novembre, 195-196 - 1702, 3 mai, 248-249 - 5 mai, 249 - 16 mai, 250-251

- 19 mai, 253-256 - 24 mai, 254 - 27 mai, 255 - 28 mai, 255-256 - 12 septembre, 279-280 - 16 septembre, 284 - lettre de à LANGERON, 7 septembre 1701, 170-171 - mentions, 85, 86, 147, 173, 183, 188, 210, 214.

Beaurepaire, 42.

BEAURIEUX (Jean-Jacques de), 126.

BEAUVILLIER (Henriette-Louise COLBERT, duchesse de), 42, 166.

BEAUVILLIER (Marie-Françoise de, marquise de MARILLAC), 266, 269.

BEAUVILLIER (Paul de): lettres à, 1699, 5 octobre, 27-28 - 30 novembre, 37-43 30 novembre (? 2s lettre), 43-44 - décembre (?), 44-45 - 1702, 22 juin, 262-263 -

9 juillet, 266-267 - 24 juillet, 269-270 -

316 INDEX DES NOMS INDEX DES NOMS 317

7-11 septembre, 275-277 - fin septembre, 286-287 - 5 octobre, 287 - mentions, 51, 55, 64, 153, 166, 196, 215, 273, 274.

BEDMAR (Isidore-Jean-Baptiste-Dominique de LA CUEVA Y BENAVIDES, marquis de), 25, 173, 176, 177.

Belgique, 52, 216, 230, 247, 256, 259, 295, 308.

BELLEVILLE, 308.

BELLISSEN (Joseph): lettre à CHANTÉRAC, 1699, 4 juillet, 13-14.

BÉNÉDICTINS, 38, 39, 45, 208, 274.

BENOIT (saint), 213.

Bérelles, 61.

BERGEYCK (Jean VAN BROUCHOVEN, comte de), 262, 267.

BERNARD (saint), 20, 49, 50, 263.

BERNIÈRES (Charles-Etienne MA1GNART de):

lettres à, 1699, 2 juin, 7-8 - 6 juin, 8-9 -12 juin, 11 - 10 juillet, 14-15 - 9 août, 18

- 7 octobre (?), 28 - 1700, 8 janvier, 48 - 2 mars, 62-63 - 20 mars, 69-70 - 31 mars, 70 - 21 avril, 72-73 - 29 juillet, 92

- 4 août (?), 93 - 4 septembre, 97 - 20 novembre, 108-109 - 24 novembre, 109-110 - 20 décembre (?), 113 - 1701, 2 janvier, 116 - 12 janvier (?), 118 - ler mai, 145 - 22 juin, 154-155 - 10 juillet, 156 - 17 juillet, 157-158 - 28 août, 167

- ler septembre, 168 - 13 septembre, 172-173 - 9 décembre, 203-204 - 18 décembre, 210 - 30 décembre, 215 1702, 6 janvier, 218-219 - 11 janvier, 220

- 18 janvier, 225-226 - 12 mars, 236-237

- 23 mars, 241 - 5 juin, 259-260 - 10 juin, 260-261 - 13 juin, 261 - 27 juillet, 270-271 - 21 août, 273 - 22 novembre, 304 - 28 novembre, 308-309 - 4 décembre, 311-312 - 20 décembre, 312-313 -

mentions, 7, 68, 69, 156, 219, 220. r_

BERNIÈRES (Catherine-Esther PILASTRE DE LA

MOTTE, dame de), 15, 18, 48, 116, 145. BERRY (Charles, duc de), 25. Bersilly-l'Abbaye, 61.

BERTET (Jean), 14.

BERTIER (David-Nicolas de), 41.

Beuvrages, 227, 228.

BIDIER, 271.

BILLARD (Pierre), 198.

Binch, 147.

BISSY (Henri Pontus de THYARD de), 41. BLAINVILLE (Gabrielle de ROCHECHOUART, marquise de), 89.

BLAINVILLE (Jules-Armand COLBERT, marquis de): lettres à, 1700, 15 juin, 80-81 25 juillet, 88-89 - ? 89-90 et 90 - 1701, 4 avril, 143-144 - mentions, 84, 85, 255-256.

BLAINVILLE (Marie-Madeleine de), 89. Blaregnies, 255.

Blaugies, 253.

BOILEAU (Jean-Jacques BEAULAIGUE, dit), 41, 45, 124.

BOISTARD D' INGRANDES (dom Evroul Claude), 112, 122.

Bordeaux, 87, 178.

BOSSUET (Jacques-Bénigne), 21, 30, 37-42, 44, 45, 52, 64, 74, 87, 98, 99, 128-132, 134-136, 139, 140, 167, 168, 198, 199, 257, 269, 276, 299.

BOSSUET (l'abbé Jacques-Bénigne), 50, 58, 74.

BOUCHER (Joseph), 41, 84.

BOUFFLERS (Catherine-Charlotte de GRA-

MONT, maréchale de), 204, 244. BOUFFLERS (Louis-François, maréchal de), 7,

262, 267.

BOUILLON (Emmanuegrhéodose de LA TOUR D'AUVERGNE, cardinal de), 14, 37, 267.

BOUILLON (dom Lambert): lettre à, 1702, 11 octobre, 292 - mentions, 210, 218, 219, 225, 226, 228, 236, 237, 241, 298, 305, 307.

BOULANGER (Antoine), 251.

BOURBON (Guillaume), 26, 32.

Bourbon, 45, 204.

BOURDON (Amé), 202, 217, 218, 229, 231,

242-244, 255, 264, 265, 283, 296. BOURGEOIS (Adrien), 109 (?).

BOURGOGNE (Marie-Adélaïde de SAVOIE, duchesse de), 28, 286, 287. Voir LOUIS, duc de BOURGOGNE.

BOURNONVILLE (Alexandre-Albert-FrançoisBarthélemy, prince de): lettre de, 1702, 14 juin, 261.

Braine-le-Comte, 34, 35, 59, 60.

BRENIER (Antoine), 84-86, 185.

BRETONNEAU (François de Paule), 190 (?). BRIAIS, 93.

BRISACIER (Jean-Charles de) et TIBERGE (Louis): lettre à, 1702, 5 octobre, 288 lettre de, 1700, 19 juin, 82 - mentions, 41, 285, 291, 292.

BROCARD, 169.

BRÛLART DU RANCHER (Charles), 167, 279, 296.

Bruxelles, 17, 26, 29, 32, 52, 78, 96, 101, 200,

222, 224, 239, 262, 279, 296, 298.

BRYAS (Jean-Théodore de), 34, 227, 228. BuLLor, 173, 251.

BuLTOT (Lambert), 271.

Busse (G.B.): lettre de, 1702, 13 avril, 243-244

- lettre au cardinal PAOLUCCI, 1702, 3 mars, 236.

CADEROUSSE (Just-Joseph-François de TOUR-NON DE CADART D'ANCEZUNE, duc de), 85.

- Mlle de, 86.

CAILLEBOT DE LA SALLE (François de) : lettre à, 1700, entre juin et novembre, 77-79 lettre de, 1700, 25 mai, 75-76 - mentions, 11, 191.

Cambrai, 8, 11, 21, 52, 59, 68, 76, 84, 85, 94,

95, 97, 101-103, 107, 135, 148, 154, 156, 164, 167, 169, 173, 174, 184, 185, 188, 189, 190, 192, 194, 195, 203, 205, 209, 214, 222, 227, 232, 239, 242, 244, 246, 249, 250, 253, 255 (?), 256, 258, 272, 283, 285, 292, 296, 304, 309.

Cambrésis, 260, 261, 265.

CAMUS (Jean-Pierre), 183, 184.

CANTELMI (cardinal Jean), 38.

CAPUCINS, 65-70.

CARTIER (Pierre-Joseph), 272.

CASANATE (cardinal Jérôme), 38-40, 45, 74. CASONI (Lorenzo), 230, 253.

Cateau-Cambrésis, 85, 92, 93, 109, 115, 151, 155, 156, 158, 159, 169, 183, 192, 246, 309. CATHERINE de Gênes (sainte), 94.

CATHERINE de Sienne (sainte), 185.

CATINAT (Nicolas, maréchal), 183.

CAUDRY (Charles de LIGNIÈRES, sieur de),

154, 155, 308, 309. Caudry, 154, 308. CÉLESTIN Ier, pape, 247. CÉLESTIN V, pape, 149. CHALMETTE (Philippe): lettre de, 1702, 27

juillet, 272-273 - mentions, 88 (?), 185,

190, 191, 250, 303.

CHAMILLART (Michel): lettres à, 1701, 2 juillet, 155-156 - 8 novembre, 192 - 1702, vers le 6 janvier, 219-220 - 20 janvier, 227-228 - lettres de, 1700 (?), 115 1701, 29 janvier, 123 - 1702, 17 janvier, 225 - 24 janvier, 228 - 26 janvier, 228 mentions, 27, 157, 165, 167, 182, 202, 203, 226, 236, 269.

CHANTÉRAC (Gabriel de LA CROPTE de): lettres à, voir BELLISSEN, GABRIELLI - lettre de, 1701, le' septembre, 169-170 mentions, 12, 14, 18, 19, 22, 24, 41, 49, 74,

96, 150, 165, 171, 173, 177, 178, 182, 184

(?), 193, 248, 249, 251, 253, 254, 256, 294.

CHANTÉRAC (Mesdames de), 169.

CHARLES II, roi d'Espagne, 119.

CHARLES V, roi de France, 181.

CHAROST (Armand de BÉTHUNE, duc de), 42,

184, 185.

Chartres, 41.

CHASTELAIN (Mme), 110, 116.

CHÂTILLON (Marie-Rosalie de BROUILLY DE PIENNES, marquise de), 113 (?), 117 (?). Chaulnes, 23, 153.

CliÈVREMONT (Jean-Baptiste de): lettre à, 1699, 2 juillet, 12 - mentions, 29-32.

CHEVREUSE (Charles-Honoré d'ALBERT, duc de) : lettres à, 1699, 31 août, 23 - après le 14 septembre, 25-26 - vers le 4 novembre, 33 - 30 décembre, 46-48 - 1700, 27 janvier, 54-56 - 1701, 24 mars, 142 - 16 juin, 152-153 - ler août, 160 - 18 août, 163-164 - 3 décembre, 201-202 - 1702, 7 septembre, 274-275 - lettres de, 1700, 11 janvier, 50-51 - 1701, 26 août, 165-166 - mention, 169.

CHEVREUSE (Marie:Thérèse COLBERT,

duchesse de), 23, 48, 160, 164, 165. CHEVRY (Adrien-Pierre de), 177, 178, 189,

190, 194.

CHEVRY (Madeleine-Françoise-Geneviève de BEAUMONT, dame de), 169, 177, 178, 183, 189, 190, 192, 194,196, 251, 255, 256, 266.

Chine (cérémonies de la), 39, 82, 185, 198, 212, 215, 216, 229, 230, 280-285, 288, 291, 292, 308.

CHOISEUL (Gilbert de), 216.

CHOISY (Anne-Marie GRUYN, dame de), 197. CHOLLART (Mlle), 208.

CHRISTINE de Suède, 29.

Cimay, 195.

CLAIRAMBAULT (Pierre), 196.

CLÉMENT XI: lettres à, 1701, 8 mars, 128-141

- 6 mai, 145-146 - septembre, 167-168

- lettre de, 1701, 14 juin, 151 - mentions, 112, 118-121, 149, 152, 186, 215, 216, 229, 230, 243, 244, 247, 248, 251, 252, 276, 280-285, 288, 291, 294, 308. CLERFAY (M. de), 177.

CLOCHER, 250.

CODDE (Pierre), 276.

COLBERT DE CROISSY (Charles-Joachim), 27. COLLOREDO (cardinal Léandre): lettre de,

1699, 18 août, 22-23 - mention, 53. CoLLur (Pierre), 170-171 (?).

COLOMBINES (Jean d'AuBELLE, marquis de), 196, 197.

COLOMBINES (Jeanne-Henriette d'AURELLE de), 196, 197.

CORIACHE (Aimé-Ignace de), 34, 35, 59. CORNEILLE (saint), 121. Courtrai, 176. Cousolre, 61. Crespin, 253. CROISILLES (Guillaume CATINAT, sieur de),

86, 142, 183.

CROY (Ferdinand-Gaston-Lamoral de, comte de Roeulx), 176, 177.

CYPRIEN (saint), 120, 121, 216.

DANIEL (Gabriel), 44. Danval, 265.

318 INDEX DES NOMS

INDEX DES NOMS 319

DARmsrADT (Marie-Thérèse-Joseph de CROY,

princesse de), 76, 102, 114.

DARmstAur (Philippe, landgrave de HESSE-),

76, 102 - Son fils Joseph, ibidem.

DAUPHINE (Marie-Anne-Christine-Victoire de

BAVIÈRE, dite Madame la), 26.

DE HEEST (Bernard), 253.

DELFINI (Marc-Daniel), 38.

DENONVILLE (Pierre-René de BRISAY, comte

de), 273, 277.

DENYS (Henri), 292.

DEPÉRIE (Antoine), 109, 116.

DESCHAMPS (Etienne Agard), 86.

DESCHAMPS (Pierre), 249.

DES FONTAINES (Anne-Marie), lettre de,

1700, 20 juillet, 87-88.

DES MARAIS (Joseph), 233.

DESMOULINS (Guillaume ?), 219, 225, 226,

237.

DESP1NOY (Charles), 183.

DEYNSE (Maximilien de MÉRODE, marquis

de): lettre de, 1702, 14 janvier, 222.

DOMINICAINS, 38, 39, 253.

Douai, 34, 157, 239, 269, 274-279 - CHAPI-

TRE DE SAINT-AMÉ : lettre au, 1702, 18

juillet, 268.

Du BARLET (Jean-Louis BLONDEL), 108, 109,

169.

DUBRAY (Jacques Albert): lettres à, 1699, ler

juin (?), 7 - 1700, 22 février, 61 - 1702,

19 juillet, 268-269 - mentions, 69, 70,

203, 308.

Du BREUIL (Jean), 7 (?), 195, 196, 249 (?),

253, 279, 284.

DUCHESNE, 28.

DUGUET (Jacques-Joseph), 124, 274.

Du MENS (Mme), 208.

Du MONT, 176.

DUNS SCOT, 99.

Du PÉRAY (Charlotte de GUICHARD), au Car-

mel Charlotte de Saint-Cyprien, 88.

Du PIN (Louis Ellies), 235.

Du PUY (Isaac), 233, 235, 236.

DUVAL (dom Alexandre): lettre de, 1701, 19

novembre, 194-195.

Ecriture sainte, 71, 201, 301 - Genèse, 33 Exode, 188, 240, 248, 265, 287 - Deutéronome, 240 - Josué, 240 - I Rois, 43, 50, 276 - II Rois, 225 - III Rois, 164, 180, 216, 263 - IV Rois, 152 - Job, 57, 162, 243 - Psaumes, 20, 22, 33, 49, 97, 139, 153, 162, 165, 187, 188, 266, 275, 279 - Proverbes, 18, 24, 171 - Ecclésiaste, 33, 57 - Cantique, 20, 80, 146, 211 Sagesse, 151 - Ecclésiastique, 139, 213 Isaïe, 43, 100, 141 - Nahum, 210 Malachie, 119 - I Macchabées, 287 Matthieu, 33, 56, 61, 83, 89, 133, 146, 149, 151, 188, 243, 250, 275, 294 - Marc, 184 -- Luc, 49, 141, 150, 212, 224 - Jean, 153,

157, 163, 184, 188, 286 - Actes, 243 Romains, 74, 81, 138, 146, 193, 209, 300, 303 - I Corinthiens, 33, 146, 162, 257, 289, 294 - II Corinthiens, 19, 22, 48, 55, 104, 139, 141, 170, 225, 276 - Galates, 42, 241 - I Thessaloniciens, 146, 164, 193 II Thessaloniciens, 125 - Colossiens, 193

Ephésiens, 49, 224 - Philippiens, 146, 233, 248, 279, 296 - Tite, 18 - Jacques, 20, 146, 162 - Jude, 138 - I Jean, 135, 143 - voir aussi MOÏSE, PAUL (saint), SALOMON.

ÉLÉONORE DE BAVIÈRE-NEUBOURG, impératrice, 76, 114.

ÉLISABETH-CHARLOTTE (Madame), duchesse d'ORLÉANS, 197.

Empire, 280.

Enghien, 147, 183, 250.

Espagne, 26, 30, 102, 178, 221, 227, 232, 236, 238, 260.

ESPALUNGUE (François d'), 277, 278. ESPINOY (Anne-Julie d'), demoiselle de MELUN, 166.

ESTOURMEL (Louis, marquis d'): lettre à, 1700, 12 novembre, 108.

Es-rouRma. (Louis-Charles-Marie d'), 250, 256.

ESTOURMEL (Marie-Aimée de HAUTEFORT-

TEMPLEUX, marquise d'), 250, 256. ESTRÉES (cardinal César d'), 37, 75 (?). ESTRÉES (Elisabeth-Rosalie, demoiselle de

TOURBES), 166.

ETIENNE V, pape, 308.

Europe, 114, 117, 135, 215, 283.

Evreux, 105, 106, 205-207.

FABRONI (Charles Ambroise): lettre de, 1699, 10 ou 11 août, 18-19.

FÉNELON (François II de), 87.

FÉNELON (l'abbé François de), 183, 251 (?). FÉNELON (François-Barthélemy de), 171, 183,

248, 249, 254, 256, 279.

FÉNELON (Gabriel-Jacques de), 171, 248, 249, 254, 256, 279.

FÉNELON (Henri-Joseph, comte de), 16, 172. FÉNELON (Louise de), 172, 191.

FÉNELON (Marie-Françoise, comtesse de) : let-

tres à,1699, 30 juillet, 16 -1700, 15 août,

94-96 - 1701, 10 septembre, 172. FÉNELON (Pons de), 87.

FERRARI (cardinal Thomas Marie), 38, 74. FIESVET (Adam), 308.

Flandres, 156.

FONTAINE (OU DESFONTAINES, Jean), 226. FOREST (Anne-Marie-Eugénie de ROISIN de), 166.

FORESTIER (Mlle), 208.

Fourmies, 270.

France, 26, 30, 39, 40, 52, 74, 77, 78, 82, 102,

118, 128, 134, 195, 216, 221, 230, 232, 233, 239, 247, 256, 274, 277, 280, 281, 285, 295, 297, 298, 306.

FRANÇOIS DE SALES (saint), 56, 71, 73, 122,

123, 132, 134, 135, 242, 245, 246. FRANÇOIS le r, 181.

FRANÇOIS-SÉRAPHIN de Paris: lettre au P.***, 1700, 15 mars, 65-68.

FRANCQUEVILLE (Jean-Baptiste de), 253. FRICX (Eugène-Henry): lettres à, 1699, 9

octobre, 28-30 - 21 octobre, 30-32 -

mentions, 199, 200.

GABRIELLI (cardinal Jean-Baptiste): lettres à, 1700, vers le 15 janvier, 52-53 - 22 septembre, 98-100 - fin 1701, 215-217 1702, 31 janvier, 229-230 - début juin, 256-259 - 26 septembre 284-285 - mi-octobre, 291-292 - lettres de, 1700, 9 janvier, 48-49 - 1701, 7 juin, 148-150 - 15 juin, 152 - 23 octobre, 186 - 1702, 30 avril, 247-248 - 20 octobre, 294 - 27 novembre, 307-308 - lettres à CHANTÉRAC, 1699, 11 août, 21 - 1700, 9 janvier, 49-50 - 6 février, 57-58 - 1er mai, 74-75 - 1701, 22 janvier, 118-121 - 1702, 20 octobre, 295 - mention, 38.

GAISSE (Jean), 226.

GAND (Jean-François de), 109 (?).

Gand, 34.

GERBERON (dom Gabriel): lettre à, 1701, 3

décembre, 200-201 - lettre de, 1701,

novembre, 198-200 - mentions, 259, 274. GILBERT (Jacques), 277, 278.

GODET-DESMARAIS (Paul), 37, 40-42, 45, 140, 175, 182, 250, 258, 273, 276, 303. GODIN, 85, 192, 194, 196.

GONZALEZ (Tyrso): lettre à, 1699, 3 juillet, 13 - lettre de, 1699, 11 août, 19-20. GOULART, 270.

Gournay, 107.

GOZZADINI (Ulysse-Joseph), 151.

GRAMONT (Elisabeth HAMILTON, comtesse de), 43.

GRAWEZ (Louis), 34, 35.

GRÉGOIRE LE GRAND (saint), 120.

GRUYN DE VALGRAND (Pierre), 165.

GUYON (Jeanne BOUVIER DE LA MOTTE, dame), 100.

Hainaut, 108, 109, 156, 194, 195, 223, 239, 292, 297, 305, 306, 310.

HANIVEL DE MANNEVILLETTE (Adrien-Alexandre), 193.

HARCOURT (Henri, duc d'), 114.

HARLAY (Achille III de): lettres à, 1702, 14 janvier, 221-222 - 14 mars, 238-239 - 20 mars, 241 - mention, 169.

HARLAY-BONNEUIL (Nicolas-Auguste de): lettre à, 1701, 12 novembre, 193 - mention, 86, 303.

Haspres, 226.

HAVRE (Charles Antoine Joseph de CROY, duc d'), 76.

HAVRE (Marie Joséphine Barbe d'HALLuIN,

duchesse de CROY et d'), 76, 102, 114.

HÉBERT (François): lettre à, 1701, 27 septem-

bre, 174-175 - mention, 45, 182, 258. HENNEBEL (Jean-Libert), 186, 215. Hestrud, 61.

HILAIRE (saint), 299.

HIRSON, libraire, 52.

Hollande, 45, 52, 199, 259, 276. HONORÉ-FRANÇOIS de Paris, 66. HORACE, 256, 280.

Hors, 169.

HUGUES de Paris, 65.

HUSTIN (Marie-Madeleine), 58.

Imitation de Jésus-Christ, 71.

INNOCENT X, 40.

INNOCENT XI, 98, 119.

INNOCENT XII, 11, 12, 21, 29, 31, 36, 38, 50,

52, 58, 74, 99-101, 121, 294.

Issy (articles d'), 106, 136.

Italie, 165, 294.

JACQUES II, roi d'Angleterre, 214.

JAMET (Antoinette): lettres de, 1700, 11 novembre, 105-107 - 1701, 16 décembre, 204-209.

JANSÉNISTES, 23, 27, 28, 37-41, 43-45, 47,

142, 186, 198, 215, 216, 229, 230, 259, 267,

269, 274-276, 285, 308.

JANSÉNIUS (Cornelius), 39, 45, 230, 247, 279,

285.

JANSON (cardinal Toussaint de FORBIN de),

37, 38, 75 (?).

JANSON (Joseph, marquis de FORBIN de), 304.

JASU (F. de): lettre de, 1699, 6 juin, 9-11.

JEAN (saint), 91.

JEAN XXII, 22.

JEAN BAPTISTE (saint), 91.

JEAN CHRYSOSTOME (saint), 10, 138.

JEAN CHRYSOSTOME de Beauvais (MACRE),

66.

JEANNE DE CHANTAL (sainte), 143.

JÉSUITES, 38-41, 44, 45, 82, 191, 229, 230,

253, 276, 277, 280-283, 285, 308.

JOLY DE FLEURY (Joseph-Omer): lettre à,

1702, 16 février, 232-233.

Jumont, 268.

JURIEU (Pierre), 30, 31.

LA CHAISE (François d'Aix de): lettre à, 1702, après le 14 septembre, 281-283 lettres de, 1699, 18 juillet, 16 - 2 août, 17 - 1702, 12 septembre, 280 - mentions, 37, 41, 42, 191, 269, 276, 284, 292.

LA CHARITÉ (Guillaume de), 158.

LA CHASTAIGNERAYE (Mlles de), 174-175, 182.

LA COUR (dom Jacques de), 214.

320 INDEX DES NOMS

INDEX DES NOMS 321

LA FEUILLADE (Louis d'AUBUSSON, duc de), 202.

LA FEUILLADE (Marie-Thérèse CHAMILLART, duchesse de), 225.

LA FILOLIE (Angèle-Hippolyte de SALIGNACFÉNELON, dame de), 188.

LA FONTAINE (Jean de), 144.

LA GARDE (Jean-Baptiste VOILLE de), 169. La Haye, 285, 307.

LA LANDELLE (Jean-Baptiste de, dit l'abbé de SAINT-REMY), 170, 173, 177, 183, 189, 191, 192, 196, 249, 250, 253.

LA MARVALIÈRE (J.-B.-L.-A. de), 51, 55, 196. LAMBERT (Augustine): lettre à, 1702, 18 mars, 239-240.

LAMELIN (Marie-Jeanne): lettres à, 1702, 12 janvier, 220-221 - ler juillet, 265 - 15 novembre, 299.

LAMY (dom François): lettres à, 1700, 4 février, 57 - 14 novembre, 108 - 13 décembre, 112-113 - 1701, 23 janvier, 122 - 26 octobre, 186-188 - lettres de, 1701, 3 février, 124-125 - novembre-décembre, 210-212 - 19 décembre, 212-214 - 1702, 3 mars, 233-236 - mentions, 196, 208.

Landrecies, 113, 218, 220, 309.

LANGERON (Charlotte ANDRAULT de), 85, 87, 173, 183, 184, 192.

LANGERON (François ANDRAULT de): lettres à, 1700, ter juillet, 83-85 - 20 juillet, 86-87 - 1701, 18 septembre, 173 - 11 octobre, 182-183 - 1702, 15 novembre, 299-303 - 17 novembre, 303-304 - voir aussi BEAUMONT - lettre de, à la maréchale de NOAILLES, 1702, 23 décembre,

LA REYNIE (Gabriel-Nicolas de) et sa femme

(née Gabrielle de GARIBAL), 41.

LARME (Engelbert), 268, 269.

LA ROCHEFOUCAULD (François VII, duc de),

169.

La Rochelle, 288.

LA TEMPLERIE (Louis GUÉZET de), 14, 21, 74,

94.

LA TOUR D'AUVERGNE (Frédéric-Constantin

de), 267.

LAURENT de la Résurrection, 94.

LAVAL (Guy-André, comte de), 94-95, 172.

LE BLANC (Claude), 269.

LE BRUN, 253, 279 (?).

LE BRUN (François), 62.

LE COMTE (Louis): lettre à (?), 1702, 9 juillet,

267 - mention, 82.

LECOMTE (Paul), 88, 203, 260, 270, 271, 312.

LE DANOIS DE NEUFCHÂTEL (François), 253.

LE DROU (Pierre-Lambert), 21, 74, 149.

LE Duc, 248. LE FÊVRE (François), 250, 280, 303.

LE MEUR (Joseph), 41.

LE NAIN (dom Pierre), 122.

LÉON (saint), 120.

LÉOPOLD Ier, empereur, 76, 117.

LE PELETIER (Claude), 269.

LE PELETIER DE SOUZY (Michel), 109.

LE ROND, 253.

LESCHASSIER (François), 83-86, 272, 273.

LESCHELLE (Camille de VÉRINE de), 84.

LE TELLIER (Charles-Maurice): lettre à,

1699, 20 novembre, 36 - lettre de, 1699,

18 novembre, 35-36 - mentions, 12,

37-40, 45, 87, 276.

LE TELLIER (Michel), 185, 192, 196.

Leuze, 183.

LE VAILLANT (Antoine), 238.

LE VALOIS (Louis), 37, 41-43, 45, 190 (?).

Liège, 16, 149.

Liessies, 210, 215, 218, 220, 228, 236, 237.

Lorette (à Issy), 26, 32.

Los (Rupert de), 306.

Louis IX (saint), 182.

Louis XIII, 26, 70.

Louis XIV, 8, 11, 14-17, 21, 26, 28, 37-41, 43,

45, 52, 58, 62, 68, 70, 77, 83-85, 92, 97, 98,

100, 101, 103, 107, 111, 113, 114, 116, 123,

135, 139, 155-158, 165, 168, 181, 182, 203,

219, 221, 226-228, 232, 233, 239, 246, 256,

258, 262, 269, 271, 273-279, 286, 287, 298,

307.

Louis, Grand Dauphin, 141.

Louis, duc de BOURGOGNE: lettre à, 1702, 17

janvier, 224-225 - lettres de, 1701, 22

décembre, 214-215 - 1702, 25 avril, 246 -

LOUVILLE (Charles-Auguste d'ALLONVILLE, marquis de): lettre à, 1701, 10 octobre, 178-182 - mention, 183.

Louvois (Camille LE TELLIER, abbé de), 42. LUDON, voir LANGERON (François ANDRAULT de).

MABILLON (dom Jean), 206.

Madrid, 25, 182.

MAGALorri (Bardo di Bardi, comte de), 168, 296.

MAGDELEINE (sainte), 91, 163. MAHOMET, 137, 138.

MAILLARD DE TOURNON (Charles-Thomas),

229, 247, 282.

MAINE (Louis-Auguste de BOURBON, duc du), 82.

MAINTENON (Françoise d'AUBIGNÉ, marquise de), 37, 38, 40-43, 45, 286, 287, 303, 304. MALEBRANCHE (Nicolas), 108, 112, 122, 124. Malines, 78, 147, 239, 277.

MAMBRUN, 192-194, 196.

MANICHÉENS, 301.

MARESCHAULX (Jean-Baptiste), 41.

MARILLAC D'OLLAINVILLE (René de), 269.

Marly, 54.

MASSOUL1É (Antonin), 13, 38, 74.

MASTAING (Charles-Joseph de JAUCHE,

comte de), 176.

Maubeuge, 7-9, 11, 15, 18, 28, 48, 61, 62,

68-70, 92, 109, 116, 145, 148, 158, 173,

271, 309 - CHAPITRE DE, 7, 8, 11, 16, 68,

203.

MAULÉVRIER (Charles ANDRAULT DE LANGE-

RON, abbé de), 313.

MAUNOURY (Mlle), 185.

Melun (Visitandines de), 303.

MEURIN (dom Anselme), 183.

MOÏSE, 129, 131-133, 138, 217.

MOLIÈRE (Jean-Baptiste POQUELIN, dit), 180,

183.

MOLINOS (Michel), 29, 31.

MONACO (Louis GRIMALDI, prince de), 37,

120.

MONDION (M. de), 87.

Mons, 17, 28, 34, 76, 143, 147, 176, 219, 223,

226, 233, 236, 253, 255, 268, 292, 296-298, 305, 306, 309, 310 - Val des Ecoliers, 173, 176.

Montaigu, 60.

MONTAZET (Charles de), 178, 182.

MONTAZET (Jean-Joseph de), 178, 182. MONTBERON (Charles-François-Anne, marquis de), 147, 175, 183, 195-197, 217, 231.

MONTBERON (François, comte de), 7, 8, 11,

63, 64, 72, 126, 144, 145, 148, 154, 164,

167, 170, 175, 182, 192, 196, 197, 203, 217,

227, 231, 244, 249, 253, 255, 265, 285.

MONTBERON (Marie GRUYN, comtesse de): lettres à, 1700, 29 janvier, 56-57 - 22 février, 60-61 - 3 mars, 62-64 - 15 mars, 65 - 15 avril, 70-72 - 16 avril, 72 - 30 avril, 73-74 - 13 juin, 79-80 - 17 juin, 81-82 - 23 juin, 82-83 - 26 juillet, 90-91

- 28 juillet, 92 - 5 août, 93-94 - 2 septembre, 96-97 - 31 octobre, 103 - 2 novembre, 103 - 7-8 novembre, 104-105

- 12 décembre, 111-112 - 26 décembre, 114-115 - 1701, 5 janvier, 116-117 - 28 janvier, 122-123 - 29 janvier, 123 - 8 février, 126 - 19 février, 126-127 - 3 mars, 127-128 - 22 mars, 141-142 - 2 avril, 143 - 4 avril, 144 - 26 avril, 144 27 avril, 145 - 6 mai, 146-147 - 7 mai, 147 - 15 mai, 147-148 - 10 juin, 150-151

- 16 juin, 153-154 - 27 juin, 155 - 11 juillet, 157 - 26 juillet, 158 - 30 juillet, 158-159 - 1er août, 159 - 5 août, 160 7 août, 161 - 14 août, 161-162 - 21 août, 164-165 - 25 août, 165 - 7 septembre, 170 - 9 septembre, 171 - 27 septembre, 175-176 - 8 octobre, 177 - 16 octobre,

184 - 30 octobre, 189 - vers le 6 novembre (?), 191 - 9 novembre, 192 - avant le 20 novembre, 195 - 20 novembre, 196-197

- 21 novembre, 197 - entre 8 et 15 décembre, 202-203 - 15 décembre, 204 1702, 5 janvier, 217 - 6 janvier, 217-218

- 18 janvier, 226-227 - 27 janvier, 228-229 - 4 février, 231 - 15 février, 231-232 - 13 mars, 237-238 - 18 mars, 240-241 - 30 mars, 241-242 - 6 avril, 242

- 12 avril, 243 - 17 avril, 244-245 - 26 avril, 246 - 27 avril, 247 - 3 mai, 248 I1 mai, 249 - 13 mai, 249-250 - 19 mai, 252-253 - 26 mai, 255 - 6 juin, 260 23 juin, 263-264 - 29 juin, 264 - ler juillet, 264-265 - entre 2 et 6 juillet, 265-266

- 8 juillet, 266 - 12 juillet, 267-268 - 29 juillet, 273 - 16 septembre, 283-284 - 29 septembre, 285-286 - 10 octobre, 289-291

- 13 octobre, 292-293 - 14-16 octobre (?), 293 - 17 octobre, 293-294 - 22 octobre, 295-296 - 4 novembre, 296 - 2 décembre, 311 - 18 décembre, 312 mentions, 255, 256, 304.

MONTMEGE (Louise de SOUILLAC de, épouse de Jean de REILLAC), 104.

MONTVIEL (Jacques de VASSAL, marquis de), 178.

Mormal, 284.

MORTEMART (Louis de ROCHECHOUART, duc de), 85, 86.

MORTEMART (Marie-Anne COLBERT, duchesse de), 26 (?), 42, 51, 55, 56, 84-86, 90, 144, 173, 183, 188, 190, 192, 196, 210, 211, 244, 250, 255, 265, 266, 274, 287, 304.

Namur, 273.

Naples, 13.

NESMOND (Marie-Louise-Catherine de), 166. NICOLE (Pierre), 174.

NIGRONI (cardinal Jean-François): lettre de, 1699, 6 septembre, 23-24 - mention, 38.

NOAILLES (Louis-Antoine de), 27, 37-41, 43, 45, 65-68, 74, 132-134, 136-138, 140, 257, 258, 276.

NOAILLES (Marie-Françoise de), 166. NOAILLES (Marie-Françoise de BOURNONVILLE, maréchale de), 313.

NOINTEL DE BÉCHAMEIL (Mlle de), 208. NORIS (cardinal Henri de), 38-40, 45. NovioN (comtesse de), 208.

NOYELLES (Claire-Hyacinthe de): lettre à (?), 1700, 28 novembre, 110 - mentions, 16, 69.

OisY (Jean-Eustache d'AssiGNIEs, comte d'),

161, 195, 197, 252, 253, 266.

OisY (Marie-Antoinette de RouvRoY, comtesse d'), 103 (?), 143 (?), 147, 148, 151,

154 (?), 155 (?), 161, 162, 171, 175, 184,

189 (?), 192, 195, 197, 202, 204, 217 (?),

313 - mentions, 41, 42, 102, 108, 122, 6 septembre, 273-274 - mentions, 21, 25,

125, 147, 166, 169, 170, 177, 178, 184, 185, 28, 42, 165, 202, 246, 248, 256, 259, 261,

189-191, 194-196, 212, 214, 225, 249-251, 266, 267, 270, 277, 286, 287, 295, 304.

274. Louvain, 39-41, 44, 101, 149, 216, 230, 233,

Laon, 85. 247, 269, 276, 277.

322 INDEX DES NOMS INDEX DES NOMS 323

229 (?), 231, 237, 242, 246, 248-250, 255,

256, 264-266, 273 (?), 312.

OISY, 143, 154, 158 (?), 159 (?), 170 (?), 252, 266-268.

OPSTRAET (Jean), 216, 274.

Oratoire de Bérulle, 34, 35, 59, 313. Oratoire de saint Philippe Néri, 34, 59, 60.

PAMFIL1 (cardinal Benoît), 48.

Pancelles, 195.

PAOLUCCI (cardinal Fabrice): lettre à, 1701, 6 mai, 146 - voir Busst - lettre de, 1701, 15 juin, 152 - mentions, 148, 152.

Paris, 20, 38, 40-42, 44, 50, 52, 68, 83, 95, 101,

106, 107, 113, 118, 124, 140, 145, 172, 177,

178, 184, 192, 195-197, 200, 208, 232, 238,

239, 254, 256, 258, 273, 278, 279, 288,

306.

PASCAL (Blaise), 45.

PAUL (saint), 10, 55, 99, 106, 129, 131-133,

138.

PAUL, ermite (saint), 150, 151.

Pays-Bas, 221, 232, 238, 262, 285.

PÉLAGE, 106.

PÉLAGIENS, 299-301.

PERCIN DE MONTGAILLARD (Charles-Maurice

de), 149.

PERCIN DE MONTGAILLARD (Pierre-Jean-

François de), 149.

PERTH (Jacques DRUMMOND, duc de), 214.

PHILIPPE II, roi d'Espagne, 277.

PHILIPPE V, roi d'Espagne, 111-114, 117,

179-182, 269, 276, 277, 298, 307.

PHILIPPE DE FRANCE, duc d'ORLÉANS, dit

Monsieur, 154.

PHILIPPE de Saint-Nicolas: lettre de, 1699, 8

août, 17-18.

Philippeville, 195.

Picardie, 165.

PIERRE CÉLESTIN (saint), 149.

PIGEON (Mlle), 208.

PINET (M.), 209.

PIQUERY (François), 313.

PLAYOUL (Jean-Baptiste), 313.

POIGNY (Marguerite d'ANGENNES de), 183

Poix, 109, 116.

PONTCHARTRAIN (Louis PHÉLYPEAUX, comte

de), 27, 78, 79.

PONTCHARTRAIN (Marie de MEAUPEOU, Com-

tesse de), 208.

Port-Royal, 43.

PRÉCELLES (Claude de), 41, 44, 84-86.

PRECIPIANO (Humbert-Guillaume de) : lettres

à, 1699, 11 novembre, 34-35 - 1700, 14

février (?), 58-59 - 18 février, 59-60 - 20

février (?), 60 - 1702, 24 mai, 254 -

mention, 40.

Prémy, 58, 296.

Priches, 101.

PRIE (Louis de), 279.

PROSPER (saint), 299. PROTESTANTS, 27, 45, 280, 282, 283, 288. PROVENCHÉRES (Bonaventure de), 284. PUCELLE (René), 183.

PUYSÉGUR (Jacques-François de CHASTENET, marquis de), 262, 267.

QUESNEL (Pasquier), 125, 274, 276.

QUESNOY (LE), 109, 158, 167, 172, 173, 271.

QUIÉTISTES, 30, 99, 132, 138, 139, 168, 199.

QUINOT (Joseph-Jean-Baptiste), 41, 42, 45, 191.

RACINE (Jean), 43.

RADOLOVIC (Nicolas): lettre de, 1700, 26 jan-

vier, 53-54 - mentions, 21, 50, 58. RATABON (Martin de): lettre de, 1700, 25 mai,

75-76.

Recquignies, 61.

Reims (abbaye de Saint-Nicaise), 194, 195. Remiremont, 117, 118, 314.

RENAUDOT (Eusèbe), 27.

RENON (Jean), 34, 35, 58-60.

RENVERSÉ, 218, 220, 309.

REUSMES (Norbert de), 297.

RiorrE (Mme), 107.

RISBOURG (Marie-Françoise d'URSEL, marquise de), 266.

ROBERT (le P. Ange), 170, 174, 233.

ROBERT (Philippe-Charles): lettres à, 1701, 21 septembre, 173-174 - 28 septembre, 176 - 4 octobre, 176-177 - 1702, 22 février, 233 - 19 mai, 253 - 27 décembre (?), 313 - lettre de, à P. QUESNEL (1696-1703 ?), 174 - mention, 226 (?).

ROHAN (Charles II de, prince de Guéméné) et ROHAN (Louis CHABOT, duc de), 189.

Rome, 12, 21, 29-31, 37-41, 44, 45, 50, 52, 53,

64, 67, 74, 118-121, 149, 185, 199, 200, 212,

216, 233, 238, 247, 257, 274, 276, 279-281,

288, 292, 295.

SABATIER (Pierre de), 83-86.

SACRIPANTE (cardinal Joseph): lettre de,

1702, 16 mai, 251-252. Saint-Denis, 125, 173, 183. Saint-Denis-en-Brocqueroie, 147. Saint-Ghislain, 253.

Saint-Germain-en-Laye, 83. Saint-Orner, 11, 36, 221, 222, 239. Saint-Quentin, 278.

SAINT-REMY, Voir LA LANDELLE.

Saint-Sauve, 255.

Saint-Sulpice, 26, 32, 83-85, 88, 113, 250, 272, 273.

Saint-Thierry, 35.

Saint-Waast, 158, 306.

SALM (Charles-Théodore-Othon, prince de), 76, 102, 114.

SALM (Dorothée-Marie de), 118, 314.

SALM (Marie-Christine de): lettres à, 1700,

28 mai, 76-77 - 25 octobre, 102-103 - 20

décembre, 113-114 - 1701, 10 janvier,

117-118 - 1702, 28 décembre, 314. SALOMON, 33.

SANADON (Nicolas), 183, 185, 190 (?), 192, 196, 299.

SANDON, Voir MASTAING.

SASSENAGE (Ismidon-René de), 251.

Saulzoire, 146.

SAUMERY (Jacques-François de JOHANNE DE

LA CARRE, marquis de), 246.

SAURIN (Elfe), 235.

SCORION, 260.

Sedan, 276.

SERRY (Hyacinthe), 29, 38, 44, 45.

SÈVE DE ROCHECHOUART (Guy de), 11, 62,

75-79, 97, 101, 157, 275, 278.

SFONDRATI (cardinal Célestin), 38, 39, 75, 98,

99.

SIMON (Richard), 38.

SIXTE V, 180.

Solesmes, 72, 93, 97, 108, 156, 157, 168, 273.

Solre-le-Château, 28.

Solrinnes, 61.

Sorbonne, 40, 198, 279.

SOUASTRE (Anne-Charlotte de GLANES de),

72, 145 (?).

SOUASTRE (Charles-Eugène de GLANES, comte

de), 72, 151, 231 (?).

SOUASTRE (le P. Joseph-François-Antoine

de), 123 (?), 144 (?), 147 (?), 148 (?).

SOUASTRE (Marie-Françoise de MONTBERON,

comtesse de), 61, 72, 103 (?), 116-117 (?),

147, 148, 151, 155 (?), 157, 158, 161, 165,

171, 176, 184, 189, 195, 202-204, 217, 231,

242-249, 252, 283, 285.

SOUASTRE (Marie-Louise-Ursule, demoiselle d'AGNY), 103, 145 (?).

Spa, 202, 266.

SPADA (cardinal Fabrice): lettre à, 1699, 10 juin, 11 - mention, 74 (?).

SPERELLI (cardinal Sperello), 58.

TAILLARD (Camille de LA BAUME D'HOSTUN,

maréchal de) : lettre de, 1702, 21 novem-

bre, 304.

TARGET (Antoine), 83.

TÉRENCE, 215.

TERTULLIEN, 295.

THÉRÉSE (sainte), 132, 164, 187.

THIERS (Jean-Baptiste), 211.

Thiers, 171.

THIÉRY (Jacques), 251.

THOMAS D'AQUIN (saint), 106, 129-132, 134,

136.

TIBERGE, Voir BRISACIER.

TIBULLE, 64.

TIRIMONT (Louis-Alexandre SCHOCKAERT, comte de), 239, 252, 268, 297, 298, 309, 310.

TORCY (Jean-Baptiste CoLaEirr, marquis de), 27.

TORILLON (Jacques), 231 (?).

Tournai, Il, 36, 77, 78, 98, 110, 147, 148, 170,

176, 182, 184, 188, 191, 249, 251, 265. TOURNELY (Honoré), 279.

Trente (concile de), 77.

TRONSON (Louis): lettre à, 1699, 4 octobre, 26-27 - lettre de, 1699, début novembre, 32 - mentions, 41-45, 83.

URSEL (Angélique-Florence-Honorine d'), 148.

Uns (Marguerite d'APOEHEN, duchesse d'), 113.

VAILLANT, voir LE VAILLANT.

VALBELLE (Louis-Alphonse de), 11, 42, 62,

221, 222, 232, 238, 239, 241.

Valenciennes, 147, 167, 170, 226, 228, 255,

283.

VARANGEVILLE (Jeanne-Angélique ROQUE

de), 166.

Vaucresson, 160.

Vendegies, 150 (?), 151, 155 (?), 159, 160, 229

(?), 247, 285.

Venise, 21.

VERJUS (Antoine), 37.

Versailles, 52, 85, 142, 266, 270, 274, 286.

VIBRAYE (POlyXène LE COIGNEUX DE BELA-

BRE, marquise de), 211.

Vibraye, 211.

Vieux-Mesnil, 308.

VILLAMEZ, 251.

VIRGILE, 13, 196.

VITRY (Edouard de), 256, 279, 284.

VOYSIN (Charlotte TRUDAINE, épouse), 193.

VOYSIN (Daniel), 97, 193, 269.

WALICOURT, 226.

WALLERAND (?), 271.

WEUERBERGH (Charles), 254.

WITTE (Gilles de), 274.

Ypres, 36, 239.

ROQUET (Jean-Léon), 94, 95.

ROSE (Catherine DALMEYRAC, dite Mlle),

124, 125, 211, 212. Rotterdam, 128. Rouen, 107, 269. ROUVROY (Louis-Philippe de), 249.

TABLE CHRONOLOGIQUE DES LETTRES

614 A M. [LE DOYEN DE MAUBEUGE?], 1er juin 1699 7

615 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 2 juin 1699 7

615 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 3 juin 1699 8

616 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 6 juin 1699 8

616 A Le P. DE JASU A FÉNELON, 6 juin 1699 9

617 Au CARDINAL SPADA, 10 juin 1699 11

618 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 12 juin 1699 11

619 A L'ABBÉ [DE CHÈVREMONT], 2 juillet 1699 12

620 Au P. TYRSO GONZALEZ, S. j., 3 juillet 1699 13

620 bis LE P. BELLISSEN A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 4 juillet 1699 13

621 Au CARDINAL ALBANI, 6 juillet 1699 14

622 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 10 juillet 1699 14

622 A LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON, 18 juillet 1699 16

623 A LA COMTESSE DE FÉNELON, 30 juillet 1699 16

623 A LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON, 2 août 1699 17

623 B LE P. PHILIPPE DE S. NICOLAS A FÉNELON, 8 août 1699 17

624 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 9 août 1699 18

624 A C.A. FABRONI A FÉNELON, 10 (ou 11) août 1699 18

624 B LE CARDINAL ALBANI A FÉNELON, 11 août 1699 19

624 C TYRSO GONZALEZ A FÉNELON, 11 août 1699 19

624 bis LE P. GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 11 août 1699 21

625 A UN PRÉLAT ROMAIN, 16 août 1699 22

625 A LE CARDINAL COLLOREDO A FÉNELON, 18 août 1699 . 22

626 Au DUC DE CHEVREUSE, 31 août 1699 23

626 A LE CARDINAL NIGRONI A FÉNELON, 6 septembre 1699. 23

627 Au DUC DE CHEVREUSE, après le 14 septembre 1699 .. 25

627 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 30 septembre 1699 26

628 A M. TRONSON, 4 octobre 1699 26

629 Au DUC DE BEAUVILLIER, 5 octobre 1699 27

630 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 7 octobre 1699 28

631 A [EuG. H. FRICx], 9 octobre 1699 28

632 Au MÊME, 21 octobre 1699 30

632 A M. TRONSON A FÉNELON, début novembre 1699 32

633 Au DUC DE CHEVREUSE, vers le 4 novembre 1699 33

634 A H. G. DE PRECIPIANO, 11 novembre 1699 34

634 A CHARLES-MAURICE LE TELLIER A FÉNELON, 18 novem-

bre 1699 35

635 A CHARLES-MAURICE LE TELLIER, 20 novembre 1699 36

66335 A X*** A FÉNELON, 20 novembre 1699 36

6 Au DUC DE BEAUVILLIER, 30 novembre 1699 37

637 Au MÊME, 30 novembre 1699 (?) (2. lettre) 43

638 Au MÊME, décembre 1699 (7) 44

326 TABLE CHRONOLOGIQUE

Au DUC DE CHEVREUSE, 30 décembre 1699 46

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 8 janvier 1700 48

LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 9 janvier 1700 48

LE MÊME A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 9 janvier 1700 49

LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON, 11 janvier 1700 50

Au CARDINAL GABRIELLI, vers le 15 janvier 1700 52

LE CARDINAL RADOLOVIC A FÉNELON, 26 janvier 1700 53

Au DUC DE CHEVREUSE, 27 janvier 1700 54

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 29 janvier 1700 56

A DOM FR. LAMY, 4 février 1700 57

LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 6

février 1700 57

644 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 12 février 1700 58 ,

645 A H. G. DE PRECIPIANO, 14 février [1700?] 58

646 Au MÊME, 18 février [1700?] 59

647 Au MÊME, 20 février [17001 60

648 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 22 février 1700 60

649 Au DOYEN DE CHRÉTIENTÉ DE MAUBEUGE, 22 février

[1700?] 61

649 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 27 février 1700 62

650 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 2 mars [1700] 62

651 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 3 mars [1700] 63

652 Au P.***, 9 mars 1700 64

653 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 15 mars [1700] 65

653 bis FRANÇOIS-SÉRAPHIN DE PARIS AU P.***, 15 mars 1700 65

654 Au GARDIEN DES CAPUCINS DE CAMBRAI, 20 mars [1700] 68

655 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 20 mars [1700] 69

655 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 29 mars 1700 70

656 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 31 mars 1700 70

657 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 15 avril 1700 70

658 A LA MÊME, 16 avril 1700 72

659 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 21 avril [1700?] 72

660 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 30 avril [1700] 73

660 bis LE CARD. GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 1" mai

1700 74

660 A FR. CAILLEBOT DE LA SALLE ET M. DE RATABON A FÉNE-

LON, 25 mai 1700 75

661 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 28 mai 1700 76

662 A FR. CAILLEBOT DE LA SALLE, juin-novembre [1700?] 77

663 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 13 juin 1700 79

664 Au MARQUIS DE BLAINVILLE, 15 (?) juin 1700 80

665 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 17 juin [1700] 81

665 A MM. DE BRISACIER ET TIBERGE A FÉNELON, 19 juin 1700 82

666 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 23 juin [1700] 82

P-m. A BARBEZIEUX, 30 juin 1700 83

667 A L'ABBÉ DE LANGERON, 1" juillet [1700] 83

668 Au MÊME, 20 juillet [1700] 86

668 A SŒUR ANNE-MARIE DES FONTAINES A FÉNELON, 20

juillet 1700 87

669 TABLE CHRONOLOGIQUE 327

Au CHAPITRE DE SAINT-NICOLAS D'AVESNES , 22 juillet

1700 88

670 Au MARQUIS DE BLAINVILLE, 25 juillet 1700 88

671 Au MÊME [1700?] 89

672 Au MÊME [1700?] 90

673 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 26 juillet 1700 90

, 667743 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 26 juillet 1700 92

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 28 juillet 1700 92

675 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 29 juillet [1700?] 92

676 Au MÊME, 4 août [17009] 93

677 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 5 août [1700] 93

678 A LA COMTESSE DE FÉNELON, 15 août 1700 94

-679 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 2 septembre [1700] . 96

680 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 4 septembre [1700?] 97

BARBEZIEUX A FÉNELON, 17 septembre 1700 97

680 A Au CARDINAL GABRIELLI, 22 septembre 1700 98

681

682 A BARBEZIEUX, 30 septembre 1700 100

683 A M..., 11 octobre 1700 (?) 101

684 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 25 octobre 1700 102

A BARBEZIEUX A FÉNELON, 26 octobre 1700 103

685 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 31 octobre 1700 103

686 A LA MÊME, 2 novembre 1700 103

687 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, [vers le 7 novembre 1700?] .. 104

688 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 7 novembre [1700] 104

688 A ANTOINETTE JAMET A FÉNELON, 11 novembre [1700] 105

689 Au MARQUIS LOUIS II D'ESTOURMEL, 12 novembre [1700] 108

690 A DOM FRANÇOIS LAMY, 14 novembre 1700 108

691 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 20 novembre 1700 108

692 Au MÊME, 24 novembre 1700 109

693 A Mine DE NOYELLES (?), 28 novembre 1700 110

694 A BARBEZIEUX, 8 décembre 1700 111

695 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 12 décembre 1700 111

696 A DOM FRANÇOIS LAMY, 13 décembre 1700 112

697 A MAIGNART DE BERNIÈRES (?), 20 décembre 1700 113

698 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 20 décembre 1700 113

698 A BARBEZIEUX A FÉNELON, 20 décembre 1700 114

699 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 26 décembre 1700 .. 114

699 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, (1700) 115

700 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 2 janvier 1701 116

701 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 5 janvier 1701 116

702 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 10 janvier 1701 117

703 A [MAIGNART DE BERNIÈRES], 12 janvier 1701 118

703 bis LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 22

janvier 1701 118

704 A DOM FRANÇOIS LAMY, 23 janvier 1701 122

705 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 28 janvier 1701 122

706 A A LA MÊME, 29 janvier 1701 123

CHAMILLART A FÉNELON, 29 janvier 1701 123

706 B DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON, 3 février 1701 124

639

640 640 A 640 bis

640 B

641

641 A

642

643

644

644 bis

328 TABLE CHRONOLOGIQUE

707 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 8 février 1701 126

708 A UN DOYEN DU DIOCÈSE DE CAMBRAI, 12 février 1701 126

709 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 19 février 1701 126

710 A LA MÊME, 3 mars 1701 127

711 A CLÉMENT XI, 8 mars 1701 128

712 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 22 mars 1701 141

713 Au DUC DE CHEVREUSE, 24 mars 1701 142

714 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 2 avril 1701 143

715 Au MARQUIS DE BLAINVILLE, 4 avril 1701 143

716 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 4 avril 1701 144

717 A LA MÊME, 26 avril 1701 144

718 A LA MÊME, 27 avril 1701 145

719 A MAIGNART DE BERNIÈRES, lei mai 1701 145

720 AU PAPE CLÉMENT XI, 6 mai 1701 145

p.m. Au CARDINAL PAOLUCCI, 6 mai 1701 146

721 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 6 mai 1701 146

722 A LA MÊME, 7 mai 1701 147

723 A LA MÊME, 15 mai 1701 147

723 A LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 7 juin 1701 148

724 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 10 juin 1701 150

724 A CLÉMENT XI A FÉNELON, 14 juin 1701 151

724 B LE CARDINAL PAOLUCCI A FÉNELON, 15 juin 1701 152

724 C LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 15 juin 1701 . . . 152

725 Au DUC DE CHEVREUSE, 16 juin 1701 152

726 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 16 juin 1701 153

727 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 22 juin 1701 154

728 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 27 juin 1701 155

729 A MICHEL CHAMILLART, 2 juillet 1701 155

730 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 10 juillet 1701 156

731 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 11 juillet 1701 157

732 A UN ECCLÉSIASTIQUE DE SON DIOCÈSE, 12 juillet 1701 157

733 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 17 juillet 1701 157

734 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 26 juillet 1701 158

735 A LA MÊME, 30 juillet 1701 158

736 A LA MÊME, Lei août 1701 159

737 Au DUC DE CHEVREUSE, let août 1701 160

738 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 5 août 1701 160

739 A LA MÊME, 7 août 1701 161

740 A LA MÊME, 14 août 1701 161

741 A UN ECCLÉSIASTIQUE DE SON DIOCÈSE, 17 août 1701 . 162

742 Au DUC DE CHEVREUSE, 18 août 1701 163

743 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 21 août 1701 164

744 A LA MÊME, 25 août 1701 165

744 A LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON, 26 août 1701 165

745 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 28 août 1701 167

746 Au PAPE CLÉMENT XI, septembre 1701 167

747 A MAIGNART DE BERNIÈRES, Lei septembre 1701 168

747 A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC A FÉNELON, ler septembre 1701 169

748 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 7 septembre 1701 . . . . 170

TABLE CHRONOLOGIQUE 329

748 bis L'ABBÉ DE BEAUMONT A U ABBÉ DE LANGERON, 7 septem-

bre 1701

170

749 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 9 septembre 1701 .. 171

750 A LA COMTESSE DE FÉNELON, 10 septembre 1701 172

751 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 13 septembre 1701 172

752 A L'ABBÉ DE LANGERON, 18 septembre 1701 173

753 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 21 septembre 1701 173

753 bis LE CHANOINE ROBERT A P. QUESNEL, entre 1696 et 1703 174

754 A FRANÇOIS HÉBERT, 27 septembre 1701 174

755 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 27 septembre 1701 175

756 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 28 septembre 1701 176

757 Au MÊME , 4 octobre 1701 176

758 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 8 octobre 1701 177

759 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 8 octobre 1701 177

760 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 9 octobre 1701 177

761 Au MARQUIS DE LOUVILLE , 10 octobre 1701 178

762 A L'ABBÉ DE LANGERON, 11 octobre 1701 182

763 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 16 octobre 1701 184

764 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 19 octobre 1701 184

765 Au MÊME, 22 octobre 1701 185

765 A LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 23 octobre 1701 186

766 A DOM FRANÇOIS LAMY, 26 octobre 1701 186

767 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 26 octobre 1701 188

768 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 30 octobre 1701 189

769 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 31 octobre 1701 189

770 Au MÊME, 4 novembre 1701 190

771 A LA COMTESSE DE MONTBERON (?), vers le 6 novembre

1701 191

772 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 6 novembre 1701 191

773 A MICHEL CHAMILLART, 8 novembre 1701 192

774 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 9 novembre 1701 192

775 A NIC.-AUG. DE HARLAY-BONNEUIL, 12 novembre 1701 . 193

776 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 12 novembre 1701 193

777 Au MÊME, 19 novembre 1701 194

777 A DOM ALEXANDRE DUVAL A FÉNELON , 19 novembre 1701 194

778 A LA COMTESSE DE MONTBERON, peu avant le 20 novem-

bre 1701

195

779 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 20 novembre 1701 195

780 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 20 novembre 1701 .. 196

781 A LA MÊME, 21 novembre 1701 197

781 A Dom G. GERBERON A FÉNELON, novembre 1701 198

782 A DOM G. GERBERON, 3 décembre 1701 200

783 Au DUC DE CHEVREUSE, 3 décembre 1701 201

784 A LA COMTESSE DE MONTBERON, entre le 8 et le 15

décembre 1701 202

785 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 9 décembre 1701 203

786 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 15 décembre 1701 204

ANTOINETTE JAMET A FÉNELON, 16 décembre 1701 204

786 A A MAIGNART DE BERNIÈRES, 18 décembre 1701 210

787

330 TABLE CHRONOLOGIQUE TABLE CHRONOLOGIQUE 331

787 A

787 B

787 C

788

789

790

791

792

793

794

795

796 796 A

796 B

797

797 A

798

799

800 800 A 800 B

801

802

803

804

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806 806 A 806 bis

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817

817 A

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819 819 A

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220

220

221

222

DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON, novembre-décembre

1701

LE MÊMEU MÊME, 19 décembre 1701

LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON, 22 décembre 1701

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 30 décembre 1701

AU CARDINAL GABRIELLI, fin 1701

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 5 janvier 1702

A LA MÊME, 6 janvier 1702

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 6 janvier 1702

A MICHEL CHAMILLART, vers le 6 janvier 1702

A MAIGNART DE BERNIÉRES, 11 janvier 1702

A LA R.M. MARIE-JEANNE LAMELIN, 12 janvier 1702

A ACHILLE III DE HARLAY, 14 janvier 1702

LE MARQUIS DE DEYNSE A FÉNELON, 14 janvier 1702 .

LE CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN A FÉNELON, 14 jan-

vier 1702

Au DUC DE BOURGOGNE, 17 janvier 1702

MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 17 janvier 1702

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 18 janvier 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 18 janvier 1702

A MICHEL CHAMILLART, 20 janvier 1702

MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 24 janvier 1702

LE MÊME AU MÊME, 26 janvier 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 27 janvier 1702

Au CARDINAL GABRIELLI, 31 janvier 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 4 février 1702

A LA MÊME, 15 février 1702

A J.-O. JOLY DE FLEURY, 16 février 1702

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 22 février 1702

DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON, 3 mars 1702

G.B. BUSSI AU CARDINAL PAOLUCCI, 3 mars 1702

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 12 mars 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 13 mars 1702

A ACHILLE III DE HARLAY, 14 mars 1702

A AUGUSTINE LAMBERT, ABBESSE DES PRÉS A TOURNAI,

18 mars 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 18 mars 1702

A ACHILLE III DE HARLAY, 20 mars 1702

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 23 mars [1702?]

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 30 mars 1702

A LA MÊME, 6 avril 1702

A LA MÊME, 12 avril 1702

G.B. BusSI A FÉNELON, 13 avril 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 17 avril 1702

LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON, 25 avril 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 26 avril 1702

A LA MÊME, 27 avril 1702

LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 30 avril 1702 ..

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 3 mai 1702

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 3 mai 1702

Au MÊME, 5 mai 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 11 mai 1702

A LA MÊME, 13 mai 1702

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 16 mai 1702

LE CARDINAL SACRIPANTE A FÉNELON, 16 mai 1702

Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN, 18 mai 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 19 mai 1702

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 19 mai 1702

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 19 mai 1702

A H G DE PRECIPIANO, 24 mai 1702

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 24 mai 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 26 mai 1702

A L'ABBÉ DE BEAUMONT , 27 mai 1702

Au MÊME, 28 mai 1702

«L'ABBÉ DE CHANTÉRAC» AU CARDINAL GABRIELLI, au

début de juin 1702

A MAIGNART DE BERNIÉRES, 5 juin 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 6 juin 1702

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 10 juin 1702

AU MÊME, 13 juin 1702

LE PRINCE DE BOURNONVILLE A FÉNELON, 14 juin 1702

Au DUC DE BEAUVILLIER, 22 juin 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 23 juin 1702

A LA MÊME, 29 juin 1702

A LA MÊME, 1" juillet 1702

A LA R.M. MARIE-JEANNE LAMELIN, 1" juillet 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, entre le 2 et le 6 juillet

1702 [?]

A LA MÊME, 8 juillet 1702

AU DUC DE BEAUVILLIER, 9 juillet 1702

Au P. LOUIS LE COMTE (?), 9 juillet 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 12 juillet 1702

Aux CHANOINES DE SAINT-AMÉ A DOUAI, 18 juillet 1702

A JACQUES-ALBERT DUBRAY, 19 juillet 1702

Au DUC DE BEAUVILLIER, 24 juillet 1702

A MAIGNART DE BERNIÈRES , 27 juillet 1702

PH. CHALMETTE A FÉNELON , 27 juillet 1702

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 29 juillet [1702]

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 21 août 1702

LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON, 6 septembre 1702

Au DUC DE CHEVREUSE, 7 septembre 1702

AU DUC DE BEAUVILLIER, 7-11 septembre 1702

MÉMOIRE SUR DOUAY, [7 ou 12 septembre 1702]

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 12 septembre 1702

LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON, 12 septembre 1702

Au P. DE LA CHAISE, [après le 14 septembre 1702]

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 16 septembre 1702

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 16 septembre 1702

821

822

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825 825 A

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284

Composition:

Atelier de photocomposition Perrin CH-2014 Bôle

Imprimé en Suisse

Juillet 1989

332 TABLE CHRONOLOGIQUE

862 AU CARDINAL GABRIELLI, 26 septembre 1702 284

863 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 29 septembre 1702 . . 285

864 AU DUC DE BEAUVILLIER, [fin septembre 1702?] 286

865 AU MÊME, 5 octobre [1702 ou 1703?] 287

866 A MM. DE BRISACIER ET TIBERGE , 5 octobre 1702 . . . 288

867 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 10 octobre 1702 [ex 10

novembre] 289

868 Au CARDINAL GABRIELLI [mi-octobre 1702] 291

869 A LAMBERT BOUILLON, ABBÉ DE LIESSIES, 11 octobre

1702 292

870 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 13 octobre 1702 292

871 A LA MÊME [14-16 octobre 1702] 293

872 A LA MÊME, 16 octobre 1702 293

872 A LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 20 octobre 1702 . 294

872 bis LE MÊME A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC, 20 octobre 1702 . . 295

873 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 22 octobre 1702 295

874 A LA MÊME, 4 novembre 1702 296

875 AU CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN, 10 novembre 1702 296

876 A LA R. M. MARIE-JEANNE LAMELIN, 15 novembre 1702 299

877 A L'ABBÉ DE LANGERON, 15 novembre 1702 299

878 AU MÊME, 17 novembre 1702 303

878 A LE MARÉCHAL DE TALLARD A FÉNELON, 21 novembre

1702 304

879 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 22 novembre 1702 304

880 AU CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN, 24 novembre 1702 305

881 AU MÊME, 27 novembre 1702 307

881 A LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 27 novembre 1702 307

882 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 28 novembre 1702 308

883 Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN, ler décembre 1702 309

884 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 2 décembre 1702 . . . 311

885 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 4 décembre 1702 311

886 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 18 décembre 1702 . . 312

887 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 20 décembre 1702 312

887 bis L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, 23

décembre 1702 313

888 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT (?), 27 décembre 1702 . . 313

889 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 28 décembre 1702 314


TOME XII

Les nouvelles controverses

1703-1707

Commentaire de

JEAN ORCIBAL

avec la collaboration de

JACQUES LE BRUN et IRÉNÉE NOYE

publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

LIBRAIRIE DROZ, GENÈVE

1990

CORRESPONDANCE

DE

FÉNELON

TOME XII

Les nouvelles controverses

1703-1707

Commentaire de

JEAN ORCIBAL

avec la collaboration de

JACQUES LE BRUN et IRÉNÉE NOYE

publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

LIBRAIRIE DROZ S.A.

11, rue Massot

GENÈVE

1990

890. A MAIGNART DE BERNIÊRES

A Cambray, 5 janvier 1703.

Copyright 1990 by Librairie Droz S.A., 11, rue Massot, Genève.

All rights reserved. No part of this book may be reproduced in any form,

by print,

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Monsieur,

Les marques de l'honneur de votre souvenir, et de votre amitié me touchent vivement'. Aimez-moi toujours, je vous en conjure, et comptez que les gens de la plus ancienne date ne peuvent surpasser le zèle sincère avec lequel je serai à toute épreuve toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

891. Au MÊME

[Vers le 22 janvier 1703J.

Monsieur,

Je me suis informé de la conduite du sieur Renversé' par deux voies. La première est celle du curé du Quesnoy', qui est connu de vous. L'autre n'est pas moins sûre. Ce qui résulte de ces deux différents rapports, c'est que le sieur Renversé, qui paraît étudier, ne sait rien, et ne paraît avoir fait aucun progrès, ce qui me fait craindre que son étude ne soit qu'une illusion. Il voit des compagnies basses, et même suspectes. On ajoute seulement qu'il promet de les quitter. Il joue, et on l'accuse de jurer en jouant. On prétend même qu'il maltraite son père et sa mère, en sorte qu'on en offre des preuves. Mais sans avoir égard à ces faits odieux, je ne puis du moins, Monsieur, m'empêcher de voir, 10 que le sieur Renversé n'a profité d'aucune de mes corrections, quoique je lui en aie fait et fait faire de très fortes, et qu'il a toujours continué jusqu'à présent de courir hors de Landrecies, de jouer, de vivre en très mauvaise compagnie, et de fréquenter même une femme décriée. 2° Qu'il n'a rien appris malgré ses prétendues études, et qu'il est incapable des fonctions de chapelain d'un hôpital. Je n'entre dans aucune des autres accusations. Je ne veux croire que ce qu'il ne peut lui-même désavouer. En voilà, ce me semble, Monsieur, plus qu'il n'en faut pour désirer que l'hôpital ait un prêtre modeste, pieux, et suffisamment instruit pour entendre les confessions. Tout ce que je puis faire de plus indulgent, est de fermer encore un peu les yeux, et de laisser insensiblement écouler six mois, pour voir si le sieur Renversé se corrigera sur ses courses, sur son jeu, sur ses compagnies indécentes et suspectes, sur sa conduite légère et évaporée, enfin s'il se rendra, par une forte étude, capable des fonctions de sa place. Faute de quoi je vous supplierai alors très instamment d'avoir la bonté de le destituer, et de nous en donner un autre, qui puisse servir et édifier. Pardon, Monsieur, d'une si longue lettre. Je n'ai point d'expression pour vous dire avec quel zèle, et si vous me

1.•

8 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 janvier 1703

permettez de parler ainsi, avec quel tendre attachement je suis pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

892. A LA COMTESSE DE MONTBERON

25 janvier 1703.

J'envoie savoir de vos nouvelles, Madame, et je souhaite de .tout mon coeur que vous en ayez de bonnes à me donner. Mon Dieu, qu'il y aurait de plaisir à vous voir tranquille, simple, désoccupée' de vos retours et de vos vaines délicatesses sur vous-même! Vous faites votre trouble et votre supplice. Dieu ferait alors votre paix et votre consolation. Vous le quittez à toute heure contre son attrait pour discourir avec vous-même sur vos fautes. Hé bien! supposons ces fautes. Qu'y a-t-il à faire? Les réparer par l'amour, dans l'oubli de tout amour-propre'. Le trouble ne répare rien et gâte tout. L'oraison dominicale efface les péchés véniels. Par où le fait-elle? C'est par l'amour, qui dit: Notre Père qui êtes au ciel. Aimez ce Père. Dites-lui que sa volonté se fasse, et toutes ces fautes qui vous troublent seront consumées dans le feu de l'amour. Comparez ce qui vous occupe, à Dieu qui voudrait vous occuper. Il veut que vous soyez toute pleine de lui, et vous l'interrompez indignement en repassant sans cesse tout ce que vous avez, non pas voulu et cru, mais rêvé et songé. O quelle infidélité, dont vous ne faites aucun' scrupule! Vous coulez le moucheron, et vous avalez le chameau4.

D[ieu] ne peut rien faire en vous, parce que vous préférez votre imagination à sa grâce, et à la conviction intime de votre conscience. Vous me dites toujours : Que ferai-je? Ce que vous ne faites point, et ne voulez pas faire: c'est de laisser tomber la tentation dès sa première pointe. C'est de dire tout. C'est de ne douter jamais volontairement ni de ce qu'on vous dit, ni du secours de Dieu pour l'exécuter. C'est de vouloir faire quand vous n'avez point de goût consolant, et quand vous êtes obscurcie, comme quand vous êtes dans la lumière et la consolation. Croyez et il vous sera donné selon votre foi. Ecoutez D[ieu] et vous n'écouterez plus vos imaginations. Que ne donnerais-je point pour vous voir enfin respirer dans la liberté des enfants de Dieu.

Je suis ravi d'apprendre, depuis ma lettre écrite, par M. l'abbé de L[ange-ron] que vous avez le coeur en paix'.

893. A Louis DE SACY'

A Cambray, 26 janvier 1703.

Le présent qu'il vous a plu de me faire, Monsieur, et la lettre très obligeante dont vous l'avez accompagné, me touchent vivement. Le livre ne saurait mieux expliquer l'amitié, que la lettre la fait sentir. Après avoir lu la lettre avec grand plaisir, je me promets d'en goûter un nouveau en lisant le livre.

27 janvier 1703 TEXTE 9

Mais je vous déclare que je serai un lecteur peu critique, car je suis déjà entièrement prévenu pour l'ouvrage et pour l'auteur. Je me réjouis pour l'Académie de l'acquisition qu'elle a faite, et pour moi de la liaison que ce choix m'a donnée avec vous. Jugez par là, Monsieur, avec quelle sincérité je suis votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

894. AU DUC DE BEAUVILLIER

A Cambray, 27 janvier 1703.

Voulez-vous bien, mon bon Duc, que je vous souhaite une bonne année? Portez-vous bien. Point de remède, un peu de repos, de liberté et de gaîté d'esprit. Ce qui mettra votre coeur au large, soulagera aussi votre corps, et soutiendra votre santé'. La joie est un baume de vie, qui renouvelle le sang et les esprits. La tristesse, dit l'Ecriture 2, dessèche les os. Ne faites que ce que vous pouvez: Dieu fera le reste bien mieux que vous. Ayez soin de l'intérieur' encore plus que de l'extérieur de M. le D. de B[ourgogne]. Il faut nourrir son coeur, et le réveiller à propos sur la vie de grâce, afin que les goûts naturels, la vivacité de ses passions et le torrent du monde ne l'entraînent pas. Je ne lui compte pas tant d'avoir méprisé le monde, quand le monde était contre lui, que je lui compterai de vivre détaché du monde, quand le monde lui applaudit et le recherche avec empressement'. Il faut bien faire vers le monde, sans y tenir; et c'est de quoi on ne vient point à bout, si Dieu ne soutient par sa main toute-puissante un homme, comme s'il était suspendu en l'air 5. Qu'y a-t-il de plus flatteur, que d'être né un si grand prince, et cependant de ne devoir les hommages du public qu'à sa bonne conduite et à ses talents, comme si on était un particulier? Mais quel malheur si on s'appuyait sur ce faible roseau! L'estime des hommes vains est vaine, et elle se perd en un jour. Si ce prince était livré à son propre coeur, loin de Dieu et de l'ordre des grâces qu'il a éprouvées, tout se dessécherait pour lui; et le monde même, qui lui aurait fait oublier Dieu, servirait à Dieu d'instrument pour le venger de son ingratitude. J'aimerais mieux mourir, que d'apprendre jamais une si déplorable nouvelle. Il est certain qu'en manquant à Dieu, il tomberait dans un état où il manquerait ensuite bientôt au monde et où le monde se dégoûterait promptement de lui.

Puységur a passé ici, et m'a dit diverses choses qui m'ont paru fort bonnes. Il est capital, si je ne me trompe, que vous preniez des mesures justes pour la campagne de M. le duc de B6.

Je vous envoie une lettre de M. de Bagnols, qui est charmé d'une réponse que vous lui avez faite. Je ne sais rien sur les affaires; mais, quoique M. de Bagnols ne soit pas sans défaut, il me paraît avoir la tête bonne, et ses lumières méritent qu'on les reçoive avec attention. Il voit de près, et voit fort bien'.

Pour moi, je ne vois rien, et ne veux rien voir que Dieu, qui est tout, et les hommes rien. C'est dans notre tout, mon bon Duc, que je serai tout dévoué à vous et aux vôtres jusqu'à la mort.

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10 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Lundi,... février 1703

895. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi,... février 1703.

Je suis véritablement fâché, Madame, de ce que nous n'aurons point M. le marquis de M[ontberon]. Mais Dieu prend plaisir à déranger tout, et ce dérangement vaut mieux que tous les plans de notre sagesse. Il sait bien où il attend chaque homme, et il l'y mène, lors même que cet homme semble lui échapper. M. le marquis a le coeur bon. Il ne hait point la religion. Il ne met rien d'invincible entre lui et elle. Il faut faire comme D[ieu] et l'attendre. Dieu ne veut d'inquiétude ni pour nous, ni pour notre prochain. Comment vous portez-vous? C'est toujours votre faute, quand votre santé va mal. On peut dire de la paix du coeur ce que' le Sage dit de la sagesse: Tous les biens viennent avec elle'. D'une certaine fidélité simple et tranquille dépendent le sommeil, l'appétit, les digestions, la vigueur pour les promenades. S'il ne vous est pas permis de vous tuer, tournez votre scrupule contre vos scrupules mêmes qui vous tuent manifestement. Je ne crains que les retours volontaires et d'infidélité. Je ne vous demande que le retranchement de ceux-là. Le reste ne dépend pas de vous. Dieu saura bien le modérer, et tout ce qui vient immédiatement de lui seul sans infidélité de notre part, est sans trouble, et porte sa consolation. O que je voudrais vous voir pleine de D[ieu] et vide de vous-même

896. AU DUC DE BEAUVILLIER

A Cfambrai), 7 février 1703.

Je vous envoie, mon bon Duc, un mémoire d'une horrible longueur, sur la matière que vous m'avez proposée'. La précipitation, avec laquelle je l'ai fait, est cause qu'il est fort difficile à lire, et plus long qu'il ne le serait, si j'avais le loisir de le retoucher. Mais j'ai voulu inculquer certaines vérités principales. A tout prendre je crois que vous pouvez le faire lire tout entier'.

11 n'y a rien que de véritable, et hors de toute prise. Effacez néanmoins ce que vous voudrez)

M. l'ab. Fl. est bon', droit, opposé en gros au Jansénisme', mais très faible théologien, prévenu de plusieurs faux principes de M. de Meaux, qu'il n'a jamais pu approfondir', et fort opposé aux Jésuites. S'il veut parler de ces matières à M. le D. de Bourgogne] et si ce prince veut le faire parler là-dessus, on ne saurait l'empêcher'. Mais si la chose n'est point engagée, et si vous pouvez la détourner naturellement, je crois que ce serait le meilleur. J'aimerais bien mieux que le P. Martineau" fit dans des conversations° avec ce prince, un plan de la doctrine de l'Eglise sur la grâce, et une explication nette du Jansénisme. Il est essentiel de bien poser ce fondement. Je ne sais pas si ce père a le talent de rendre ces matières sensibles en conversation. Mais je sais bien qu'il est incomparablement plus théologien, et plus rempli des vrais principes que M. l'abbé Fleury.

Pour les Provinciales, je crois qu'il est à propos que M. le D. de B. les lise. Aussi bien les lira-t-il un peu plus tôt, ou un peu plus tard. Sa curiosité,

13 février 1703 TEXTE 11

son goût pour les choses plaisantes, la grande réputation de ce livre ne permettront qu'il l'ignore toute sa vie. S'il en a le désir, je le laisserais conten-

ter Mais j'y ajouterais tous les contrepoisons possibles. Une partie de mon

grand mémoire" lui fournit une anatomie des deux premières lettres, et une pleine démonstration de l'hérésie que M. Pascal a enseignée avec les applaudissements de tout le parti. En voilà plus qu'il n'en faut, pour découvrir à fond le venin caché dans un livre, et pour montrer combien le Jansénisme est éloigné d'être un fantôme. Vous pourriez aussi faire expliquer au prince par le P. Martineau les autres endroits où le prince aurait besoin d'être mis au fait. En général il est essentiel qu'il sache nettement cette matière, afin qu'il soit à l'épreuve de toute séduction, et de toute surprise. Il faut compter qu'on usera des insinuations les plus spécieuses, pour lui faire prêter l'oreille aux raisons du parti. Puisqu'il a le goût de lire, et la pénétration pour entendre, il lirait, et entendrait mal, si on n'avait pas le soin de le faire bien lire, et bien entendre. Avec de tels esprits la vraie sûreté consiste à leur montrer le fond des choses. Quand vous voudrez de moi d'autres éclaircissements par écrit, les occasions sûres ne manqueront pas, et j'enverrais plutôt à Paris exprès pour vous les faire tenir avec plus de précaution, et de diligence.

Quoique je sois fort persuadé qu'on éloignera autant qu'on pourra le Roi, de s'ouvrir à vous sur l'affaire des 40 docteurs'2, je crois néanmoins que si la Providence vous en fournit quelque ouverture, vous pourriez lui dire que la lettre imprimée de M. l'Arch. de Reims" est cent fois pire que l'écrit de ces 40 particuliers, et que si on ferme les yeux là-dessus, pour éviter le bruit, on renverse en un jour l'ouvrage de 60 ans, ayant ouï dire à M. de Meaux ce que je lui ai ouï dire souvent, même en présence de M. l'ab. de Langeron '4, je déplore sa mauvaise foi de faire le zélé contre les 40'5. Peut-être en aura-t-il dit autant à M. le duc de Chevreuse. Vous pourriez le demander à ce bon Duc.

Tentez d'inspirer à M. le D. de B. une certaine modération de régime pour ménager sa très délicate santé. C'est par fidélité à Dieu qu'il doit s'y assujettir. Ménagez aussi la vôtre, non par des remèdes, ou par des régimes compassés, mais par moins de gêne, et par un peu plus de liberté à vous relâcher l'esprit, quand vous êtes avec vos amis. Je prie N[otre] S[eigneur] qu'il dilate votre coeur par la liberté de son esprit.

897. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambray] 13 février 1703.

J'ai été fort aise, Monsieur, de recevoir de vos nouvelles avec la réponse de M. Van Espen'. Je vous prie de le remercier cordialement pour moi. Tout ce que vous m'avez dit de sa piété, de sa bonté de coeur, et de son humilité me touchent cent fois plus que ses talents et sa réputation'. Puisqu'il veut bien être importuné, il le sera, et nous aurons recours à lui dans les occasions qui le mériteront. Ce sera un service qu'il rendra [à] l'Eglise3.

Vous ne pouvez rien faire de meilleur, que d'inspirer aux pères de l'Oratoire de finir au plus tôt l'affaire du P. Playoul°, et d'apaiser, par les parents ou amis de ce père, Marie Rolland'. L'Oratoire peut ne paraître point dans

I-

12 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 février 1703

3 mars 1703 TEXTE 13

cette négociation. Mais il lui importe beaucoup que cette affaire finisse pendant l'éloignement de ce bon père; car je ne pourrais pas m'empêcher de procéder contre lui. Au nom de D[ieuj, faites en sorte que le P. Piquery6 emploie son autorité à faire prendre un bon parti là-dessus.

Pour votre ami, invitez-le de bonne amitié'. Mais ne le pressez pas trop. Il faut attendre les moments de la Providence'. Vous pouvez seulement lui expliquer avec quelle amitié, ouverture de coeur, liberté, franchise, confiance et secret tout se passera. Quicumque ergo perfecti sumus, hoc sentiamus, et si quid aliter sapitis, et hoc vobis Deus revelabit. Verurntamen ad quod perve-nimus, ut idem sapiamus et in eadem permaneamus regula9. Prions, aimons-nous les uns les autres, défions-nous de nos pensées. L'esprit de Dieu fera plus que toutes nos études. Vous savez, Monsieur, de quel coeur je suis en lui tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

898. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cfambrayl 21 février 1703.

Monsieur,

On m'assure que vous devez être déjà revenu de votre voyage de Paris, et je souhaite de tout mon coeur que ce soit en parfaite santé. Ce voyage a été bien court, et bien fatigant pour vous. En si peu de temps on ne saurait ni voir ses amis, ni régler ses affaires. On est accablé et on ne fait presque qu'aller et venir. Voilà le temps d'une autre fatigue, qui s'approche. La campagne viendra bientôt : je vous y souhaite, Monsieur, une continuation de succès qui vous rende de plus en plus utile au bien public '.

J'ai envoyé à Paris le procès-verbal touchant la maladerie du Quesnoy, après l'avoir signé, et j'ai suivi l'adresse que vous m'aviez marquée'.

Vous trouverez, Monsieur, dans le présent paquet un petit mémoire de mon secrétaire sur la diminution des monnaies par rapport à la capitation'. Il n'a point été en demeure' à cet égard-là. Nous attendons votre décision.

Je vous supplie, Monsieur, d'avoir la bonté d'écouter M. le Curé du Quesnoy' qui doit vous parler pour une affaire en faveur d'un gentilhomme, dont les intérêts me touchent véritablement, et à qui j'espère que vous voudrez bien faire sentir votre protection. Je suis pour toute ma vie avec le zèle le plus fort et le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

899. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Crambrayi 23 février 1703.

Je n'ai garde, Monsieur, de vouloir que votre ami expose sa santé aux fatigues d'un voyage dans une saison inégale. Ce sera beaucoup si nous pouvons vous posséder tous deux dans les beaux jours du mois d'avril. Vous ne

sauriez trop lui répéter avec quelle liberté, quelle paix, quel éloignement de tout dessein, les choses se passeront, s'il plaît à Dieu. En attendant prions les uns pour les autres, dans la vraie unanimité que l'esprit de D[ieu] donne'.

Je vous prie de faire savoir à un autre homme que vous vîtes, il y a quelque temps, et à qui vous expliquâtes mes vrais sentiments, que je n'oublierai jamais ce qu'il a voulu faire pour moi, que je l'aimerai et le considérerai très particulièrement toute ma vie. Vous savez même ce que je pense sur les gens qui ont une certaine roideur pour régler tous leurs sentiments conséquemment à leurs principes, et qui nomment les choses par leurs noms avec candeur, et sans adoucissement. J'avoue que c'est ce qui me plaît beaucoup plus que certains adoucissements superficiels. Lors même que je ne pense pas précisément comme ces personnes, je suis touché et édifié de leur droiture et de leur fermeté, dans ce qu'ils croient être la vérité toute pure'. Quand vous aurez quelque occasion, vous me ferez un sensible plaisir, si vous voulez bien faire passer jusqu'à cette personne une assurance sincère de cordiale amitié'. Pour l'ami, qui vous a écrit', je suis ravi de pouvoir espérer que nous le verrons au mois d'avril.

Je suis véritablement affligé de ce que la santé du P. Piquery 3 n'est pas bien rétablie. S'il vient à manquer, ce sera une grande perte. Je ne saurais m'imaginer que Marie] Rolland] tant de fois rebutée ici ne modère pas ses prétentions, quand on lui fera entendre que le P. Pllayoul] ne reviendra jamais. De plus la famille du P. Pl[ayoulj devrait faire un effort pour finir cette affaire, et pour rappeler dans le pays leur parent°.

Toujours tout à vous, Monsieur, mais du fond du coeur.

900. AU MÊME

A C[ambrayl 3 mars 1703.

Marie Rolland est ici, Monsieur, et elle me paraît bien éloignée des propositions, dont on vous a parlé'. Mais elle a offert à M. le pasteur de S. Nicolas de Mons', de se soumettre à la décision de quelques personnes. Je vous conjure d'entrer fortement dans cette négociation, pour tâcher de finir le scandale. Les parents et amis du P. Playoul doivent faire un effort pour le tirer de cet embarras; car il ne peut ni revenir dans le pays, ni demeurer dans l'Oratoire sans avoir fini ce procès ou en se représentant, ou bien en apaisant cette fille. Je n'oublie rien pour la rebuter, décourager, et abattre. Mais elle a la tête bien dure. Ménagez s'il vous plaît l'accommodement avec M. Maês qui est notre doyen', et avec M. Riquet, qui a la parole de Marie Rolland. Agissez vers les amis du Père Pl.' et ouvrez-leur les yeux sur les conséquences. Il ne faut pas que les Pères de l'Oratoire paraissent en tout ceci; mais ils doivent décider en secret, et éviter les suites.

Voyez je vous prie avec M. Bughin 3 et le P. Piquery quel confesseur il faut donner à une religieuse dont M. Bughin vous parlera, quand vous le lui

he

14 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 mars 1703? 11 mars 1703? TEXTE 15

demanderez. Je donne les pouvoirs' au confesseur que vous nommerez de

concert avec le P. Piquery'.

Toujours sans réserve tout à vous et à jamais.

. AR. D. DE C.

Mille amitiés au P. Ange'. Je me recommande à ses prières.

901. AU DUC DE BEAUVILLIER

[11 mars 1703r).

J'entends dire, mon bon Duc, que M. le D. de B[ourgogne] augmente ses pratiques de piété. C'est pour moi un grand sujet de joie que de voir la grâce dominer dans son coeur. Que ne peut-on point espérer, puisque le désir de plaire à Dieu surmonte en lui les passions de la jeunesse, et l'enchantement du siècle corrompu? Je rends grâces à D[ieu] de ce qu'il lui a donné ce courage pour ne rougir point de l'Evangile2. Il est capital qu'un prince de son rang fasse publiquement des oeuvres, qui excitent les hommes à glorifier le père céleste'.

Mais on prétend que M. le d. de B. va au delà des oeuvres nécessaires pour éviter tout scandale, et pour vivre avec régularité en chrétien'. On est alarmé de sa sévérité contre certains plaisirs. On s'imagine même qu'il veut critiquer les autres, et les réformer selon ses vues scrupuleuses. On raconte qu'il a voulu obliger Mad. la D. de B. à faire le Carême comme lui' et à se priver de même tout ce temps de tous les spectacles'. On ajoute qu'il commence à retrancher son jeu', et qu'il est presque toujours renfermé tout seul'. Enfin on prétend qu'il a refusé à Mgr de le suivre à l'opéra pendant le Carême'.

En écoutant de tels discours, j'ai compté sur l'exagération du monde, qui ne peut souffrir la règle, qui la craint encore plus dans les grands que dans les particuliers, parce qu'elle y tire plus à conséquence, et qui appellent (sic) souvent excessif en piété, ce qui est à peine suffisant. Mais je craindrais d'un autre côté que la piété de ce prince ne se tournât un peu aux pratiques extérieures, qui ne sont pas d'une absolue nécessité '°. Voici mes pensées que je vous propose sans vous les donner pour bonnes.

1° Je croirais que M. le D. de B. ne devrait pas gêner Mad. la D. de B. 11 doit se contenter de laisser décider son médecin sur la manière dont elle doit faire le Carême. Il est bon de renvoyer ainsi toutes choses aux gens qui ont le caractère et l'autorité pour décider. On décharge sa conscience. On satisfait à la bienséance. On évite l'inconvénient de passer pour rigide réformateur de son prochain. Si ce prince veut inspirer de la piété à cette princesse, il doit la lui rendre douce, et aimable, écarter tout ce qui est épineux, lui faire sentir en sa personne le prix de la vertu simple et sans façon ", lui montrer de la gaîté et de la complaisance dans toutes les choses, qui ne relâchent rien dans le fond, enfin se proportionner à elle, et l'attendre. Il faut seulement ne tomber pas en tendant la main à autrui.

2° Il ne doit donner au public de spectacle sur la piété, que dans les occasions de devoir, où la règle souffrirait, s'il ne la suivait pas aux yeux du monde. Par exemple il doit être modeste et recueilli à la Messe, faire librement ses dévotions toutes les fois qu'il lui convient de les faire pour son avancement spirituel, s'abstenir de toute moquerie, et de toute conversation libre, imposer silence là-dessus aux inférieurs par son sérieux et par sa retenue. Tout cela lui donnera beaucoup d'autorité. Mais quand il fait ses dévotions hors des grands jours, il peut choisir les heures et les lieux, qui dérobent le plus cette action aux yeux des courtisans 12. Du reste il ne doit jamais sans nécessité donner aucune démonstration de ses sentiments. On les sait assez. Sa seule régularité pour les devoirs généraux, et sa retenue à l'égard du mal, décideront assez pour l'édification nécessaire.

3° Il doit, si je ne me trompe, s'accommoder à l'inclination de Mgr pour les choses, qu'il peut faire sans pécher. Si les spectacles étaient tels en eux-mêmes, que personne ne pût jamais y assister, sans offenser Dieu, il ne faudrait jamais y aller non plus au Carnaval, que pendant la semaine sainte. Il est vrai qu'il est très convenable que ce prince se propose de n'y aller pas au moins pendant les temps consacrés à la pénitence et à la prière. Mais la complaisance bien placée est une aimable vertu, et si elle sort quelquefois de la lettre de la règle, c'est pour en mieux suivre l'esprit. N'aller point aux spectacles de son propre mouvement pendant le carême, et y aller en ce même temps, pour plaire à Mgr quand il le propose, c'est le parti qui me semblerait le plus à propos '3.

4° 11 est utile et nécessaire que ce prince se réserve des heures de solitude pour prier, pour lire, pour se rendre de plus en plus capable des plus grandes affaires. Mais il faut des heures données au public, où il paie d'airs gracieux, de manières obligeantes, de distinctions bien placées, et de conversations agréables sur des matières sans conséquence, les gens qui lui font leur cour. Il y a des heures nécessairement perdues comme celles du lever, du coucher, des repas. Dès qu'il a autour de lui trois hommes de la chambre et de la garde-robe, il n'est plus libre, et peut donner quelque accès aux gens de mérite.

5° Quand il sera à l'armée, il aura raison de ne vouloir souffrir aucun excès de vin à sa table''. Mais il lui convient fort de continuer cette longue société de table, et cette liberté de conversation pendant les repas, qui a charmé tous les officiers dans la dernière campagne. Il est bon de continuer cette affabilité aux autres heures de commerce. Le prétexte naturel de se renfermer pour écrire à la cour lui donnera toujours des heures de retraite pour les choses les plus solides.

6° Quand il y aura à l'armée quelque désordre de moeurs, il peut donner des ordres généraux bien appuyés 'spour les réprimer sévèrement. Mais il ne faut point qu'il descende dans les détails. On l'accuserait de tomber par scrupule dans la minutie, et dans la rigidité. Il faut même qu'il tourne ses ordres du côté de la discipline militaire, qui a besoin de cette fermeté.

7° Il faut qu'il n'effarouche point M. le Mai de Villeroy qui est un homme de représentation, de plaisir et de société'. Il peut lui témoigner de l'estime, de l'amitié, et même de la confiance et du goût jusqu'à un certain point, sans se livrer à lui. Par là il l'apprivoisera avec sa piété gaie et sociable, et il l'engagera à apprivoiser aussi le public, où ce Mal sera assez cru.

16 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 mars 1703

Enfin je vous conjure de n'oublier rien pour faire en sorte que ce prince ménage sa santé, qu'il s'épargne à l'armée" toutes les fatigues inutiles, qu'il dorme, qu'il mange bien, qu'il ne se dessèche par aucune tristesse. Qu'il marche en présence de Dieu avec la paix et la joie du S. Esprit. Toutes choses lui seront données selon le besoin, s'il ne les attend que d'en haut. Levavi oculos meos in montes, unde veniet auxilium mihi?" Voici encore d'autres paroles faites pour lui : Oculi mei semper ad Dominum," et ipse evellet de laqueo pedes meos".

902. A LOUIS DE SACY

A Cambray, 23 mars 1703.

Quelque envie que j'aie, Monsieur, de n'écrire point sans nécessité, je ne puis refuser une réponse à la question que vous me faites avec une déférence si obligeante'. Mais je vous conjure de ne prendre point cette réponse pour une décision. Vous ne me connaissez point, et vous connaissez d'autres personnes plus propres à décider. Je dois croire que je puis facilement me tromper, et je le suppose volontiers en cette occasion, où je suis affligé de ne suivre pas votre sentiment. Voici l'état de la question comme vous l'exposez dans votre livre.

Quelqu'un vous a confié un secret, et en vous le confiant il vous a engagé par serment à ne le révéler jamais. Il y va de la vie pour votre ami d'avoir connaissance de ce secret. Violerez-vous vos serments pour le lui révéler? —C'est la question. Page 138.

Dans la suite, vous parlez ainsi : Ne vaut-il pas infiniment mieux relâcher quelque chose d'une cruelle sévérité pour sauver un ami innocent que d'outrer cette sévérité pour le perdre, et pour favoriser un homme injuste qui abuse de la surprise qu'il nous a faite? Page 142.

Ainsi, Monsieur, vous supposez 1° que votre ami est innocent, 2° que l'homme qui a exigé de vous le serment est injuste; 3° qu'il abuse de la surprise qu'il vous a faite; 4° qu'en le laissant abuser de cette surprise, vous perdez votre ami innocent. Voici mes réflexions.

23 mars 1703 TEXTE 17

n'ajoute rien à la simple promesse et est annulé avec elle, si la chose promise est mauvaise.

La loi de Moyse nous donne à cet égard une décision très remarquable. Si une femme a fait un voeu confirmé par un serment de jeûner ou de faire quelque autre mortification, son voeu et son serment sont nuls, à moins que son mari ne les ratifie. Si voverit et juramento se constrinxerit, ut per jejunium vel caeterarum rerum abstinentiam affligat animam suam in arbitrio viri erit, ut faciat sive non jaciat. Num 30, 11.

Vous voyez que le devoir d'une femme d'obéir à son mari jusques dans les moindres choses est préférable à un voeu confirmé par un serment. Qu'y a-t-il de plus léger et de plus véniel qu'un jeûne pratiqué par une femme un seul jour de sa vie sans la permission de son mari? La loi veut néanmoins qu'elle compte pour rien son voeu et son serment, à moins que son mari ne les approuve. Tout devoir naturel, et antérieur aux voeux et aux serments pro-missoires, les annule, s'il se trouve une véritable incompatibilité entre ce devoir et ces engagements postérieurs. Dieu se déclare dans sa loi. Il ne compte point pour promis à lui-même, ni pour promis en sa présence, tout ce qui est promis contre l'ordre de la justice, de la charité et des autres règles qu'il a établies dans la société humaine.

Il est inutile de dire: Si vous aviez des conditions à mettre à votre promesse, c'était avant que d'en rendre Dieu garant qu'il fallait s'en expliquer. Page 142. La femme dont parle Moyse est supposée avoir rendu Dieu garant de sa promesse. Cependant la promesse est sujette à une condition sans laquelle tout demeure nul. Il faut que cette femme obtienne le consentement de son mari. Quoiqu'elle ait rendu Dieu garant de sa promesse, il est encore au choix de faire exécuter ou de laisser sans exécution la chose promise. In arbitrio viri erit. Il est libre de poser la condition et de ne la poser pas. Dieu n'accepte, pour ainsi dire, la fonction de témoin et de garant qu'après que le mari a ratifié. 11 en est de même de toutes les autres règles des bonnes moeurs. Dieu n'entre jamais comme garant dans aucune de ces promesses, que quand elles se trouvent entièrement dignes de son témoignage et conformes aux lois qu'il a données à la société humaine. Il ne reste plus qu'à savoir si, dans le cas dont on dispute, la chose promise est licite, ou non.

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Le serment qu'on nomme promissoire est entièrement relatif à la promesse qu'il confirme et à laquelle il est joint. Ainsi, toutes les fois que la chose promise est illicite, le mal qui se trouve dans cette chose promise annule tout ensemble la promesse et le serment. Dieu ne veut point servir de témoin et interposer son nom pour assurer l'accomplissement d'une chose contraire à sa loi. Si un homme a eu l'impiété ou l'indiscrétion de prendre Dieu à témoin qu'il ferait une action par laquelle Dieu est offensé, Dieu ne veut point entrer comme témoin dans cette promesse, ni exiger qu'on l'offense, quoiqu'on ait promis en sa présence de faire l'action par laquelle il serait offensé. Ainsi le serment, qui ajoute à la simple promesse une très rigoureuse et très inviolable obligation quand la chose promise est licite,

Le silence que vous garderiez et qui ferait périr votre ami innocent est contraire à l'humanité, à la charité chrétienne, à la bonne foi, et à la sûreté des hommes dans la société. Tout homme est mon prochain et mon frère. Je dois l'aimer comme moi-même, et faire pour lui ce que je voudrais qu'il fit pour moi. Nous sommes tous ensemble une seule famille, dont Dieu est le père. Si vous êtes obligé de donner du pain à un homme qui en manque et s'il est dit que vous donnez la mort à celui que vous refusez de nourrir, combien plus êtes-vous coupable de sa mort, si vous le laissez périr sous vos yeux, lorsqu'il ne vous en coûterait qu'une parole pour lui sauver la vie, et que vous ne voulez pas lui donner ce secours?

Ne dites pas que vous ne lui faites aucun mal et que vous vous abstenez seulement de lui donner un secours que vous ne lui devez pas. Permettez-moi

18 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 mars 1703

de vous dire, Monsieur, que si vous devez votre pain, votre industrie, votre travail, votre conseil, votre autorité, à tout homme dans son besoin extrême, vous lui devez à plus forte raison une parole qui ne vous coûte rien et qui sauve sa vie.

Attendite ab omni iniquo, dit le Saint-Esprit, et mandavit illis unicuique de proximo suo. Eccli., c. 17, v. 12. Suivant cette règle, vous êtes chargé de tout homme, parce qu'il est votre prochain, surtout dans le cas du péril extrême, pour le garantir des pièges d'un autre homme méchant et injuste, qui veut le perdre, ab omni iniquo.

Voici une autre décision de l'Ecriture qui est bien forte: Vous ne passerez point outre, quand vous verrez le boeuf ou la brebis de votre frère qui s'égarera, mais vous les ramènerez à votre frère, quoique votre frère ne soit point votre parent, et que vous ne le connaissiez pas. Vous conduirez (ces bêtes) dans votre maison, et elles demeureront chez vous jusqu'à ce que votre frère vienne les chercher et les reprenne. Vous ferez de même de l'âne et de toute autre chose que votre frère aura perdue. Si vous l'avez trouvée, ne la négligez point comme une chose étrangère. Si vous voyez l'âne ou le boeuf de votre frère tomber dans le chemin, ne le méprisez pas, mais aidez à votre frère pour relever avec lui sa bête. Deut. c. 22 y. 1, 2, 3, 4.

Si vous êtes obligé à ramener, à conserver et à nourrir le boeuf, l'âne, la brebis d'un homme inconnu, et si les moindres choses qui lui appartiennent ne peuvent vous être jamais étrangères, si vous êtes chargé par le père commun de servir à votre frère de tuteur dans ces cas si peu importants, que sera-ce lorsqu'il ne s'agira, ni de ramener avec peine, ni de nourrir avec dépense de vils animaux, mais seulement de dire un mot pour sauver la vie de ce frère, qui vous doit être cher comme vous-même?

Il est donc vrai que votre silence est contraire à l'humanité, à la charité ordonnée dans l'ancienne loi, et qui est l'âme de la nouvelle, enfin à la bonne foi, à la sûreté des hommes dans la société, et à l'amitié promise à votre ami. Cette amitié est promise avant le silence qui la violerait. Cet ami est en droit de compter sur vous, comme il veut que vous comptiez sur lui. Il se fie aux engagements mutuels qui vous lient ensemble. Cette amitié, si elle est fondée sur la vertu, comme je le suppose, est encore un nouveau lien ajouté à ceux de l'humanité et de la charité, et il est consacré par la religion même. Votre serment n'a aucune force qu'autant que votre promesse est licite, et la promesse d'un silence si inhumain étant illicite, la promesse et le serment sont également nuls. Vous avez prévenu, Monsieur, tout ce que je prends la liberté de vous représenter, en disant vous-même dans l'objection: Sacrifier la vie de son ami à de tels scrupules, ce n'est pas religion, c'est férocité. Ce n'est pas faire assez d'honneur au souverain Etre, que de prétendre régler ses jugements par nos faiblesses. Ses voies sont trop différentes des nôtres, pour croire qu'il nous suive ainsi dans nos égarements. Page 141.

L'obligation de sauver un ami innocent est un devoir naturel, fondé sur l'humanité, sur l'intérêt de tous les hommes, pour la sûreté et pour le bon ordre de la société, sur la charité qui est la plus parfaite de toutes les vertus, qui est la fin de toutes les autres, et qui par conséquent est la plus inviolable, enfin sur une amitié pure, juste, mutuelle et promise avant la promesse de ce silence pernicieux. Ainsi promesse pour promesse, devoir pour devoir, ce qui est naturel, capital à toute société, essentiel à la charité et aux lois d'une

23 mars 1703 TEXTE 19

amitié mutuelle, est sans doute infiniment préférable à ce qui n'est que postérieur et contraire à toutes les lois divines et humaines. D'ailleurs, Dieu a décidé dans sa loi sur la religion des serments, si une femme ne pouvait point jeûner un jour sans la permission de son mari, quoiqu'elle eût fait voeu et juré de pratiquer ce jeûne, à combien plus forte raison est-il vrai qu'un homme ne peut pas laisser périr son prochain, son frère, son ami innocent, en lui refusant une parole qui sauverait sa vie. C'est le trahir que de se taire; c'est se rendre complice de sa mort.

III

La promesse, ni par conséquent le serment, ne tombent point sur le silence dès qu'il cause la mort de l'ami innocent. Celui qui a exigé la promesse n'a pu l'exiger dans cette étendue. Celui qui l'a faite n'a pas pu la faire en ce sens. Il est vrai seulement que la promesse est captieuse de la part de celui qui l'exige et qu'elle est vague et indiscrète de la part de celui qui la fait. Mais pendant tout le temps où les hommes ne se sont donné aucun signe de vouloir violer les lois, les promesses que les uns exigent et que les autres font, sont toujours censées restreintes dans les bornes de l'humanité, de l'honnêteté et de la religion. Cette borne doit être toujours sous-entendue, et elle n'a pas besoin d'être toujours formellement exprimée. Ce serait troubler la paix de la société et en bannir la sûreté, que d'assujettir tous les hommes à ne promettre jamais rien qu'en y mettant toutes les clauses nécessaires contre les cas imprévus. La plupart des hommes, simples et peu précautionnés, ne peuvent point parler toujours comme on fait dans les contrats par devant notaires. Si on prenait chaque homme en toute rigueur de logique sur toute l'étendue de ses promesses vagues, on lui ferait déshonorer sa personne, ruiner sa famille, conspirer avec ses ennemis contre ses amis, attenter contre le prince et contre l'Etat, enfin violer toutes les lois de la religion. La bonne foi et la liberté de la société civile demandent donc absolument que cette borne des bonnes moeurs et de l'honnêteté soit toujours sous-entendue dans toutes les promesses vagues. En effet, cette borne se trouve d'ordinaire dans l'intention de ceux qui promettent. Vos paroles, Monsieur, me semblent remarquables. Les voici : On ne peut point lui reprocher d'avoir su ce qu'il promettait. Il ne savait point que la vie de son ami dépendrait de violer ce serment. C'est donc avec justice qu'on soutient qu'il n'a point parfaitement consenti. Si les lois décident que le consentement de ceux qui errent n'est point un consentement légitime, comment pourra-t-on se persuader que le serment de celui qui a erré sur les personnes contre qui on le doit appliquer, soit un véritable serment? Page 140. Dans la suite vous dites, qu'on a reçu le secret sous des conditions... indéfiniment confirmées par serment. Page 143.

La promesse n'est donc selon vous qu'indéfinie, c'est-à-dire vague et nullement précise pour le mauvais dessein qu'on en veut tirer. De plus ce dessein est absolument contraire à la véritable intention que vous avez eue en faisant cette promesse trop vague, et il est clair comme le jour que vous n'auriez jamais promis le silence, si vous aviez pu prévoir à quoi on prétendait le faire servir. Que si vous dites que l'homme, qui a fait la promesse, a bien voulu la mort d'un autre homme, mais non pas celle de son ami, en sorte qu'il a

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20 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 mars 1703

erré sur les personnes contre qui on devait appliquer ce serment, je réponds que cet homme s'est rendu coupable s'il a promis de faciliter par son silence la mort d'un homme innocent, quelque étranger et inconnu qu'il fût à son égard, et qu'il doit encore moins souffrir qu'on passe, en vertu de sa promesse, de l'inconnu à son ami.

Voici un exemple qui éclarcit la question : Si vous aviez promis par mégarde avec serment en des termes trop vagues, de garder un secret, et qu'ensuite l'homme qui vous aurait demandé ce secret vous déclarât qu'il s'agit d'une conspiration pour tuer le prince ou pour renverser la forme du gouvernement de la république, ne croiriez-vous pas être obligé de révéler ce secret pour sauver le prince ou l'Etat? Alors vous ne pourriez pas dire: Si j'avais des conditions à mettre à ma promesse, c'était avant que d'en rendre Dieu garant qu'il fallait m'en expliquer. Tout au contraire vous diriez: Je n'ai jamais voulu promettre de faciliter par mon silence, qui serait une affreuse trahison, la mort de mon prince ou le renversement de ma patrie. Non seulement Dieu n'est pas témoin que j'aie promis cette trahison, mais lui, qui voit le fond des coeurs, il est témoin que je ne l'ai jamais promise. Ni votre promesse ni votre serment, ni le dépôt du secret, ne vous empêcheraient pas d'avertir quelqu'un pour sauver le Prince ou l'Etat.

J'avoue que le salut du souverain ou de la Patrie nous doivent plus toucher que la vie de notre ami. Mais le devoir de l'humanité, de la charité et de l'amitié pour sauver son ami, quoiqu'inférieur à celui de sauver le Prince et l'Etat, est néanmoins un devoir naturel aussi ancien que nous-mêmes, puisque nous sommes nés sous les lois dans le sein de la société. Ce devoir est clair, précis, antérieur et préférable à un engagement injuste, qui ne résulte d'une promesse vague que par une vaine subtilité, contre la véritable intention de l'homme qui a promis. Ainsi l'exemple dont je me sers prouve évidemment que ni la promesse ni le dépôt du secret ne lient point un homme pour lui faire faciliter par son silence les plus grands crimes. De là il faut conclure que ni sa promesse, ni son serment, ni le dépôt du secret, ne le lient point pour faciliter par son silence d'autres crimes qui ne laissent pas d'être crimes véritables, quoiqu'ils ne soient pas si énormes. A l'égard de tous ces crimes plus ou moins grands, l'homme, qui a fait une promesse trop vague, est en plein droit de prendre Dieu à témoin qu'il n'a jamais promis ce qu'on veut envelopper dans sa promesse. Il n'a voulu ni pu promettre. Il ne peut point vouloir accomplir. Cet homme est dans le cas où était Jépheté, qui n'avait pas prévu le crime qu'il s'imagina renfermé dans la généralité de son voeu. Il est dans le cas d' Herodes qui s'imagina que son serment trop vague l'engageait à donner la tête de S. Jean. Ces promesses sont téméraires, mais elles sous-entendent toujours la borne des lois. Que si elles étaient faites avec intention de passer au-delà, il faudrait faire pénitence de cette promesse et de ce serment. La plus essentielle pénitence de cette promesse est de ne l'accomplir jamais.

IV

Il est vrai que le secret qu'on vous a dit est une espèce de dépôt. Puis-je, direz-vous, me servir du secret d'un homme contre cet homme même? Ce

23 mars 1703 TEXTE 21

dépôt est une chose si sacrée, et si étrangère pour moi, que je n'ai aucun droit d'en faire aucun usage. Comme je ne pourrais pas me servir de l'argent que cet homme aurait déposé dans mes mains, quoiqu'il s'agît de nourrir mon ami et de l'empêcher de mourir de faim, tout de même je ne puis user du secret de cet homme pour sauver la vie à mon ami. De plus en révélant le secret de cet homme, je tourne son dépôt et sa confiance contre lui: qu'y a-t-il de plus infidèle et de plus inhumain?

Voici, Monsieur, ce que je réponds à ces objections qui ont en effet de quoi toucher un coeur aussi délicat que le vôtre sur les règles de la plus pure vertu.

1° Ce n'est point un dépôt de confiance sincère, mais un piège qui vous est dressé pour vous forcer à être complice d'un crime. Or la société, qui a tant d'intérêt à la conservation des autres dépôts, et à la fidélité inviolable sur les autres secrets, a un intérêt capital que le dépôt frauduleux d'un secret si criminel ne soit pas gardé, et que ce dépositaire trompeur soit confondu dans sa propre tromperie. 11 importe infiniment à la société humaine que personne n'en ose plus troubler la sûreté et la bonne foi par de telles surprises. Ce n'est pas vous qui trompez cet homme en servant votre ami, car vous ne lui avez jamais véritablement promis de le lui livrer par votre silence. Vous n'avez soupçonné rien de semblable dans sa demande. Vous n'avez prétendu lui rien faire entendre de semblable dans votre promesse. Il n'a point dû donner à cette promesse une étendue au delà des bonnes moeurs, qu'elle n'avait pas naturellement. Il a creusé de ses propres mains le précipice où il tombe. C'est lui qui vous a trompé, et qui, en vous trompant, s'est trompé lui-même. Il n'a qu'à s'imputer la fraude imprudente qu'il a commise et qui retombe avec justice toute entière sur lui. Faut-il, comme vous l'avez remarqué vous-même, perdre un ami innocent... pour favoriser un homme injuste qui abuse de la surprise qu'il vous a faite?

2° Il est vrai que la fidélité sur le secret est une vertu, mais cette vertu est inférieure à l'humanité, à la charité, à l'ordre général de la société humaine. De plus, cette fidélité exercée à contre-temps dans le cas dont il s'agit, ne serait plus une vertu. La fidélité se doit à la confiance et r on pas à une confidence trompeuse qui se tourne en piège et qui abuse du lien de la société contre la sûreté de la société même. Cet homme injuste ne vous confie point son secret pour tirer de vous un conseil, une consolation, un appui. C'est vous lier les mains par ce piège d'un dépôt trompeur, afin que vous ne puissiez pas l'empêcher d'assassiner, ou d'emprisonner ou d'opprimer par la calomnie et de faire condamner à la mort votre ami innocent.

3° Pour la comparaison d'un dépôt d'argent avec le dépôt du secret, je réponds que, si vous supposez qu'un homme soit dans la plus extrême nécessité, et que vous n'ayez, pour l'empêcher de mourir absolument de faim, que le dépôt d'argent qu'un autre homme vous a confié, vous pouvez et vous devez dans ce cas d'une nécessité extrême, pourvu qu'elle soit bien réelle, donner à cet homme mourant de faim un peu de nourriture pour sauver sa vie, sur le dépôt d'argent que vous avez entre les mains. Le principe sur lequel est fondée cette décision est que la vie d'un homme est préférable à l'argent ou au secret d'un autre. L'humanité et la charité chrétienne sont les vertus essentielles et fondamentales de toute société, qu'on doit préférer, pour sauver la vie à son prochain, à la fidélité pour conserver le dépôt d'un peu d'argent ou d'un secret. Celui qui vous a confié l'argent ou le secret est censé,

22 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 mars 1703

dans ce cas de la plus extrême nécessité, pour sauver la vie de son frère, consentir que vous usiez de son argent ou de son secret pour satisfaire au devoir de l'humanité. Que s'il n'y consent pas, il [se met] hors des bornes de l'humanité même, et sa volonté toute injuste ne peut pas vous servir de loi. Dans ces cas extrêmes la loi fondamentale de l'humanité est au dessus des conventions arbitraires et des droits établis entre les particuliers.

4° Quoique la vie d'un homme soit préférable au secret d'un autre; quoiqu'on doive beaucoup plus à un ami innocent qu'à un homme injuste qui abuse de la surprise qu'il nous a faite pour perdre cet ami ; quoique l'humanité et la charité chrétienne soient des vertus supérieures à la simple fidélité pour un secret ; quoique ce secret, dans l'usage que cet homme en veut faire, ne soit point un dépôt confié, mais un piège tendu pour vous rendre malgré vous complice d'un crime; enfin quoique vous n'ayez jamais compris dans une promesse vague le secret pour perdre votre ami; je ne voudrais pourtant pas que vous tournassiez le secret contre cet homme injuste de qui vous le tenez. Pour éviter cet inconvénient, ne dites à votre ami que ce qui est absolument nécessaire pour sauver sa vie. Ne le dites qu'à lui seul. Ne lui dites qu'en vous servant de tout le pouvoir que vous donne l'amitié et de tout celui qui vous est acquis par le service singulier que vous lui rendez actuellement, pour l'empêcher de se venger. Engagez-le, s'il le faut, par le serment même à pardonner à celui qui a voulu le faire périr. Que si vous pouvez sauver la vie à votre ami sans lui découvrir le nom de l'homme injuste qui cherchait sa mort, ou bien en confiant le secret à quelque autre personne discrète et vertueuse, qui lui ferait prendre les précautions nécessaires, sans lui dire ce qui peut exposer le coupable à son ressentiment ou causer la divulgation du secret, ne manquez pas de garder tous ces ménagements pour mettre l'homme injuste en sûreté. Enfin ne parlez qu'après avoir épuisé tous les moyens de persuader l'homme injuste, afin qu'il cesse de vouloir abuser de la surprise qu'il vous a faite pour vous rendre complice de son crime.

V

Voici, Monsieur, une objection que vous avez faite dans votre livre, et qui mérite beaucoup d'attention. Examinez-bien. Vous trouverez que vous ne voulez violer le serment en faveur de votre ami que parce que voue ami est un autre vous-même. Page 144.

Agréez que je vous représente qu'il faudrait faire pour un chinois ce que je vous propose de faire pour un ami. Il est vrai seulement qu'on doit encore plus, dans l'ordre de la charité, sauver la vie de son ami que d'un inconnu, parce que le bien d'une amitié pure et vertueuse est un second lien ajouté à celui de l'humanité, et consacré par la religion même. Vous savez que J[ésus]-C[hrist] n'a pas dédaigné d'être ami de Lazare. L'amitié de David et de Jona-thas est louée par le S. Esprit. Les Païens qui ont eu une si haute idée des devoirs de la société, et qui ont cru que l'homme ne naissait, ne vivait et ne mourait point pour lui-même, mais pour la République à qui il appartenait tout entier, comme un membre au corps, n'ont pas laissé de regarder l'amitié, quand elle est pure, comme quelque chose de divin'. Socrate en parlait ainsi avec admiration par rapport à certains exemples, tels que celui d'Alceste qui

23 mars 1703 TEXTE 23

voulut mourir pour sauver la vie à son époux Admete. Vous connaissez, Monsieur, ces belles paroles de Ciceron Solem enim e mundo tollere viden-tur, qui amicitiam a vita tollunt, qua a dià immortalibus nihil melius habe-mus, nihil jucundius. Ce n'est point l'amour-propre qu'on cherche à contenter sous le nom d'amitié, quand l'amitié est pure et sincère. 11 est vrai que selon Ciceron notre ami est un autre nous-même. Est enim is amicus quidem, qui est tanquam alter idem. Mais ce n'est pas qu'on doive n'aimer un ami que pour s'aimer soi-même dans cette personne. C'est au contraire, dit Ciceron, qu'il faut aimer un véritable ami sans espérance et sans intérêt, comme on s'aime soi-même sans attendre de soi aucune récompense de son amour-propre. Ipse enim se quisque diligit, non ut aliquam a seipso mercedem exigat caritatis suae, sed quod per se quisque sibi carus est; quod nisi idem in amici-tiam transferatur, verus amicus nutnquam reperietur. Autrement il n'y aurait parmi les hommes aucune véritable amitié. Ce ne serait plus qu'un commerce de marchands, qui supputeraient les frais et les profits de la société. C'est ce que Ciceron appelle exiliter ad calculos vocare amicitiam. Les uns trafiqueraient pour les richesses et les autres pour le plaisir, tous pour eux-mêmes, et non pour les amis qu'ils paraîtraient aimer... Non amicum, dit Ciceron, sed se ipsum est amantis.

Je conclus donc qu'on doit sauver son ami innocent, non par amour propre, mais par une amitié pure et désintéressée, qui ajoute un nouveau lien à ceux de l'humanité et de la charité chrétienne. Il faudrait sauver de même un chinois. La vie d'un homme innocent est préférable au secret captieux d'un homme injuste qui, loin de se confier véritablement à vous, abuse de la surprise qu'il vous a faite pour vous envelopper dans son crime.

Voilà, Monsieur, ce qui me paraît le plus conforme aux principes; mais je croirai sans peine que je me trompe, si vous aidez par quelque éclaircissement l'inclination que j'ai à être de votre avis. Votre livre et vos lettres m'ont prévenu. J'y trouve de la délicatesse, du goût, de la connaissance des bons auteurs, avec une droiture et un amour de la vertu dont j'ai le coeur attendri.

Au reste, il ne me convient point que le public entende parler de moi en cette occasion. Je tâche de me borner à mes fonctions pour mon diocèse. Ainsi, je vous conjure de supprimer cette lettre, après que vous l'aurez examinée par rapport à la question de votre livre.

C'est avec l'estime la plus sincère que je veux être cordialement toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

902 A. ETIENNE BALUZE' A FÉNELON

23 mars 1703.

Monseigneur,

Quoique je sache très bien que c'est une grande hardiesse à moi, qui n'ai jamais rien mérité de vous, de m'adresser à vous pour chose qui regarde mon plaisir, j'ai pourtant tant de confiance en votre bonté et en l'amour que vous

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24 CORRESPONUANCli DU FÉNELON 30 mars 1703

avez pour l'Eglise et pour l'utilité publique des Lettres que j'espère que vous agréerai la liberté que je prends de vous faire une très humble supplication en faveur de mes études. Je travaille depuis quelques années à faire une édition bien correcte des oeuvres de S. Cyprien, que j'ai déjà conférées très exactement avec dix-neuf anciens manuscrits. Je suis présentement sur le vingtième. Il y en a encore ici un vingt-unième que je fais aussi état de conférer'. J'ai trouvé dans la Bibliothèque des Mss. de Flandres, qu'Antoine Sander a fait imprimer il y a longtemps', qu'il y a dans la bibliothèque de l'abbaye de Liesse' en Cambresis un ancien manuscrit des épîtres de ce saint, et encore un dans l'abbaye du Mont Saint Eloy près d'Arras'. Je souhaiterais donc, Monseigneur, qu'il vous plût de me procurer la communication de ces deux manuscrits, et qu'il vous plût aussi de vouloir être ma caution envers les possesseurs que je les leur rendrai de bonne foi incontinent après que je les aurai conférés avec les imprimés, ce que je ferai avec toute la diligence possible, ayant néanmoins égard à mon grand âge et à la très rigoureuse maladie que j'eus l'année passée, m'ayant été ordonné par mon médecin de modérer l'ardeur de mes travaux'. Ce que je ne vous dis pas, Monseigneur, pour me dispenser d'y travailler diligemment, mais pour me disculper si ce travail n'allait pas aussi vite que je le souhaiterais et que le pourraient souhaiter ceux qui me feront la grâce de me le prêter.

Je vous demande très humblement pardon, Monseigneur, pour ma témérité, et suis très assurément avec tout le respect possible...

903. A LA MARÉCHALE DE NOAILL

130 mars 1703).

Je suis aussi touché que je dois l'être, Madame, de cette lettre si obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Elle ne me surprend point en m'apprenant que M. l'Ab. de Maulevrier vous avait dit autrefois que je n'écrivais point sans nécessité'. En effet depuis 4 ou 5 ans j'ai tâché de suivre cette règle', mais je n'ai jamais cru pouvoir me dispenser de répondre aux lettres qu'on m'écrivait. Il ne m'est jamais entré dans l'esprit d'exiger d'aucun de mes amis, qu'il ne me donnât plus de ses nouvelles. Si je n'ai point eu l'honneur de vous écrire, ce n'est pas que j'aie cessé de vous souhaiter de tout mon coeur, en toutes occasions toutes sortes de bonheur dans votre personne, et dans votre famille. C'est seulement que le silence m'a paru un parti si naturel, et si convenable pour moi, qu'il n'avait aucun besoin d'excuse. Comment pourrais-je être peiné contre vous, Madame, de qui je n'ai jamais reçu que des choses obligeantes, puisque je ne connais, Dieu merci, personne en ce monde, sans exception, contre qui je ressente la moindre peine'? C'est avec une parfaite reconnaissance que je reçois le renouvellement des bontés, auxquelles vous m'aviez accoutumé. Vous avez souhaité une lettre que le coeur eût écrite, et où l'esprit n'eût aucune part. Je vous obéis, Madame, celle-ci n'a rien que de simple et de naturel'. Vous ne me

1er avril 1703 TEXTE 25

ferez pas justice si vous doutez de la parfaite sincérité, du zèle et du respect avec lequel je suis pour toute ma vie votre très...

A Cambray, le 30 mars 1702 [sic}.

903 bis. L'ABI3E DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

A Cambrai, le ler avril [1703j.

Vous savez, Madame, comme je vous ai toujours répondu, toutes les fois que vous m'avez fait l'honneur de me parler sur le sujet de monsieur de Cambrai. Je suis persuadé que vous trouverez sa lettre' conforme à tout ce que je vous en ai dit et que vous verrez qu'on est vrai en ce pays-ci. Il serait bien étonnant que la Flandre' eût diminué la sincérité d'une personne à qui vous en trouviez tant pendant qu'elle était à Versailles. Je suis le plus paresseux de tous les hommes; de plus, dans les sujets de joie, vous êtes accablée de compliments'. Vous ne doutez point de mon sincère attachement: je crois n'avoir plus besoin de vous faire ressouvenir de moi dans ces occasions; mais je souhaite très véritablement qu'elles arrivent souvent et c'est ce que peut-être ceux qui vous témoignent une plus grande joie ne souhaitent pas comme moi. Vous me demandez que je sois caution; je m'y engage bien hardiment, persuadé que jamais caution n'a couru moins de risque. La personne pour qui je réponds est bien plus sûre que moi, et je m'y fierais plus qu'à moi-même. Je vous souhaite, Madame, une parfaite santé, un sommeil comme celui dont vous avez été souvent témoin', et que vous soyez bien persuadée (car sans cela vous ne mériteriez pas de vous porter bien) que j'ai pour vous tout le respect et tout l'attachement possible.

904. Au CARDINAL GABRIELL1

2 avril 1703.

Eminentissime Domine,

Audito frequenti terrœ motu, quo concussa Roma ingemuit', penitus dolui, neque tamen unquam defuit spes, incolumem fore urbem sacram, orbis christiani caput, certam Petri sedem. Timui quidem, fateor, sanctis-simo Patri, cujus salus lux est domus Dei. Timui et Eminentiœ vestrœ, cujus carum caput, votis omnibus, sospitari optabam. Dum audiebantur luctuo-sissima hœc nuntia, Deum orabam, ut iratus misericordiœ recordaretur, et suo sanctuario parceret. Parce, Domine, aiebam, parce populo tua, et ne des haereditatern tuam in opprobrium'. Tum maxime publicas preces instituen-das existimabam. Enimvero cum Petrus in periculo versatur, orationem fieri oportet sine intermissione ab Ecclesia ad Deum pro eo3. At veritus sum, ne simplex illud debitœ pietatis officium, ob singularitatem mihi crimini ver-teretur a malevolis. Recordabar hujus propheticœ recordationis: Concu-tientur fundarnenta terme; confractione confringetur terra. Commotione

26 cokRt.sPONDANCE DE FESEWN 2 avril 1703

eommovebitur terra sicut ebrius, et auferetur quasi tabernaculum unius noc-lis, et gravabit eam iniquitas sue. Fundamenta vero terme concussit Domi-nus, ut concussa corda convertantur, ut urbs sancta, uti decet, omnibus aliis pietate, modestia, candidis denique moribus prœniteat. O utinam fiat quod nascenti Jerosolimis Ecelesiœ ohm felicissime contigit: et cum massent motus est locus, in quo erant congregati, et repleti sunt otnnes Spiritu sancto, et loquebantur verbuin Dei cum fiducie. Hœc futurs sane prœnuntiat miri-fica illa sanctissimi Patris constantia, qua Deum exorare, fratres con firmare, Urbi trepidanti consulere, sibi uni deesse visus est. Terruit itaque Dominus Urbem, ut Pontifex tanto magnanimitatis et pietatis exemplo summam apud omnes gentes existimationem, laudem, admirationem, auctoritatem sibi eompararet es. Rome dabitur corona pro cinere, oleum gaudii pro luctu, pallium laudis pro spiritu maeroris'. Consurge, cons-urge, induere fortitudine tua, Sion. Induere vestimentis gloriae tuae, Jerusalem, ci viras Sancti, quia non adjiciet ultra etc.'

Nunc vero, Eminentissime Domine, silentio prœtermitti haud me dece-ret, quam opportune ad nos omnes pervenerit Breve apostolicum9, quo dam-nata est X L doctorum Parisiensium Resolutio. Vix autem credibile est, quanto cum plausu et solatio omnes vire sane doctrine et apostolicœ aucto-ritatis studiosi legerint grave hoc aliud ac vehemens Breve, quo Pontifex Regem hortatur ad conterendam hœresim repullulantem. ln votis est omnium, ut hec aurea catholica traditionis monumenta, jubente edicto regio, per totam Galliam propalentur. Eo fine, si conjicere fas est, omissa sunt omnia verba que vel moturn proprium, vel Inquisitionem sonant. Beni-gnissimi sane Patris est, Breve sic attemperasse, ut filiis facilius prosit '°.

Eminentiam vestram apprime scire arbitror, que hac in re D. Archiepis-copum Rhemensem attinent. Jam fere circiter a septennio ipse scripserat, acrioribus quidem verbis, hoc idem precise, quod in Resolutione doctorum nunc demum merito damnatur. Exstat epistola Sedani typis excusa sub ocu-lis archiepiscopi ", cujus exemplar presto est mittendum. Porro hœc epistola graviorem censure notam commeruit quam doctorum Resolutio; si quidem antistitis antesignani dignitas atque exemplum doctores ad deponendam verecundiam impulit.

Quantum vero D. cardinalis Noalllius in Mandato pastorali secum pugnaverit ex sequentibus constat.

1° Damnat XL doctores quod apostolicis constitutionibus adversentur, quod debitam Ecclesiae submissionem enervent, quod contumeliose de Sede apostolica loquantur, quod illorum dicta ad renovandas quaestiones jam decisas tendant, quod denique aequivocationis, mentes restrictionis, necnon et perjuriorum praxi faveant; que quidem circa Formularium fidei ab Eccle-sia institutum pronuntiata, quam maximam XL doctoribus indignationem,

denuntiatoribus vero laudem et gratiam comparant. Verumtamen D. candi-nalis Nfoallius) denuntiatores acerbissime carpit. Atqui denuntiatores suis in

scriptis haud dixere quidquam asperius lis qua: a D. Cardinali in Mandato

dicta leguntur. Num oportuit eos denuntiari qui ad eludendas apostolicas constitutiones, et parvipendendam Ecclesiœ auctoritatem, perjuriorum

praxi favebant? Voluitne D. Cardinalis N[oalliusj ut se tamdiu tacente de re prorsus intolerabili, omnes pariter conticuissent? voluitne ut perjuriorum fautores, quaestiones jam decisas impune revocarent? Ecquis in posterum novatores denuntiare audebit, cum eos maneat damnationis porna

2 avril 1703 TEXTE 27

prœmii? Dam nabitne Ecclesia Athanasium, Hilarium, Cyrillum, Eusebium Doryloeum, acerrimos haeresum denuntiatores? Damnati sunt quidem, sed in hereticorum conciliabulis, Hinc D. C. Njoalliusj quasi invitus fatetur rem denuntiatam maxime dignam esse que denuntiaretur: illinc denuntiatores nihil acerbius quam ipsum loquentes, asperrime damnat. Quid minus co-hœrens?

«2° Quantum, ait D. C. Ntoalliusj, antea doluimus ob ingentem procel-lam, tantum nunc ex doctorum submissione erga nostram decisionem, sola-tio fruimur. Nobis traditi sunt actus authentici in supplicibus juxta formam libellis, quibus doctores nostro judicio suam privatam sententiam submit-tunt ; quin etiam illorum quidam ita mentem significaverunt, ut jam nullus sit dubitandi locus, quin pura sit illorum doctrina.» 0 quam tarde et invitus succensuit ! o quam cito ac lubens iram placat ! Ubinam sunt hi actus authen-tici quos publici juris esse oportuit? Porro supplex juxta formam libellus, quem allegat, neque tamen typis mandare ausus est, jam fortuito divulgatus, passim legitur.

«Quare, aiunt doctores, silentium quasi mere exterius et illusorium, nobis exprobratur? adjicitur reverentia et submissio. Silentium quidem exte-rius est, sed oritur ex reverentia et submissione Ecclesie sancitis debita, que sunt interiores ac sinceri mentis et pectoris actus. Ceterum quando dictum fuit deferentiam submissionis in consultatione expositam, non esse suffi-cientem denegandorum clerico sacramentorum causam, ob oculos nostros posita erat, tum pax a Clemente IX composita, tum epistola a XIX episcopis scripta. » Deinde fatentur antistitis officium esse ut in sua dicecesi praescri-bat regulas ad animarum directionem. Affirmant, se esse optime affectos ut dandis ab ipso regulis sese conforment atque suam privatam sententiam ipsius judicio submissuros pollicentur''. 1° Luce meridiana clarius est, hanc non esse ullius mentis assensus promissionem circa aliquod Ecclesiœ dogma, sed tantummodo esse obsequii significationem, ad uniformitatem quamdam discipline dioecesanœ in directione animarum. 2° Eo fine non Ecclesiœ, jam a quinquaginta annis toties judicanti, sed antistiti privato circa dicecesanam disciplinam, obsequium pollicentur. 3° De retractatione aut immutatione sententie, aut poenitentia facti, ne vocula quidem emissa est; imo ex pace Clementis IX et XIX episcoporum epistola, se victores, denuntiatores autem victos jactitant. Quin etiam laudi sibi vertunt quod ex singulari benignitate et moderatione, injuriam sibi illatam reparari non postulent: 4° egregiam vero laudem, quod reverentiam et submissionem silentio adjunxerunt. Pro-fecto ille qui silet, dum putat Ecclesiam errare, ideo silet quod Ecclesiœ etiam erranti quamdam reverentiam deberi putet? Agebatur de clerico declarante se nullatenus credere factum Jansenii, sed tantum ex reverentia silere: hœc itaque interior reverentia nullum mentis assensum includit circa factum Jan-senii. Siccine toti Ecclesiœ ludificatur? Posito hujus superbe et insultantis apologie fundamento, D. C. N[oalliusj optato solatio fruitur, neque arbitra-tur ullum esse dubitandi locum, quin pura sit illorum doctrina. Profecto haud temere prudentiœ antistitis sese permittebant, apprime scilicet gnari inau-dite indulgentie, qua connivere jam decreverat.

Nunc neminem latet quantum distet a pontificio Brevi archiepiscopale mandatum. Sanctissimus in Brevi ad Regem ait : « Audaci et subdola opera... libellum prodiisse. In id, inquit, nati esse videntur hi homines, ut Ecclesie

1011011111111.11111.11111111111r.,:i.

28 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 avril 1703 2 avril 1703 TEXTE 29

et reipublicœ pacem turbare non cessent.... Plura perniciosœ doctrinœ capita, erroresque damnati revocantur in lucem, et ipsa etiam hœretica Jan-senii dogmata non obscure foventur : apostolicœ constitutiones captiosis subtilitatibus eluduntur ;... novitatum pi urigine laborant ;... non amplius legibus et sanctionibus,... sed gravium potius adhibitione poenarum agen-dum videtur, ne malum toties compressum et quotidie reviviscens ulterius serpat. »15 D. cardinalis N [oallii] zelum excitat, monetque «in libelli auctores et evulgatores severius esse animadvertendum,... ut impune non liceat turbu-lentis ingeniis, et nunquam cavillandi finem facientibus, etc. »... Pessimae haeresis contagionen, hominumque vesaniam deflet. Hos inquietos, proter-vos et contumaces, suo nomine appellat. Vult denique illos quos Ecclesiae mansuetudo non flectit, regia potestate conteri. Hos autem ipsos, etiam in suo submissionis libello Ecclesiam aperte irridentes, et jamjam subsequenti-bus lineis perjuriorum in praxi fautores appellandos, D. Cardinalis blande fovet ac tutatur. Nullus, ait, jam superest dubitandi locus, quin pura sit illo-rum doctrina. Quare, quœso, dubitare nemini jam lices de candore animi ac sinceritate illorum, o D. cardinalis Noallii, quos tu ipse iisdem fere lineis damnas, uti fautores in praxi, tum aequivocationis, tum mentalis restrictio-nis, tum etiam perjuriorum, circa Formularium fidei ab Ecclesia institutum? At saltem, antequam te purge illorum doctrinœ vadem te constitueres, opor-tuisset, ut confessione humili et expressissima retractatione demonstrassent se penitus detestari hanc teterrimam doctrinam, qua favetur aequivocationi, mente restrictioni, necnon et perjuriis. aut physicœ aut mathematicaz-; quœstionibus. Quis autem philosophorum, exempli gratia, se obligatum putasset ad assentiendum penitus definitioni Ecclesiœ, si ipsa definisset nullos esse in alio hemisphœrio homines antipo-das '"? Porro ejusmodi definitiones ultra revelationis fines prolaue, summa quidem cum reverentia essent accipiendœ '9, quemadmodum, proportione habita, reverenti animo obsequi oportet supremœ curiœ sententiis, aut regio edicto, quanquam his pleno mentis assensu intus adhœrere nemo teneatur.

3° Operœ pretium est audire D. Cardinalem ita disserentem : «Quare tanta adversus ipsam Ecclesiam disputatio? quare tot controversiœ circa debitam submissionem? quare semper ab illa exigunt aut REVELATIONEM aut CERTAM EVIDENTIAM, UT CONSTET VERUM ESSE IPSIUS JUDICIUM.» 4° Si dixeris rem in se quidem omni certa evidentia, ac proinde omni certi-tudine carere, sed, accedente summa Ecclesiœ definientis auctoritate, fieri certam quoad nos; respondeo rem per se incertam, si incertam auctoritatem adjunxeris, incertam remanere. Auctoritas autem fallibilis, et auctoritas incerta, sunt voces mere synonyme. Ille enim absque certitudine loquitur de re aliqua, qui circa hanc rem actu falli potest. Cum actu falli possit circa hanc rem, incertum est an hic et nunc circa hanc rem fallatur, necne. Quantacum-que sit aliqua auctoritas, si fallibilis remaneat, circa hoc objectum quod hic et nunc examinat, circa hoc idem objectum illa auctoritas hic et nunc certitu-dinem gignere non potest. Neque enim fallibili sive incertœ auctoritati certus mentis assensus stricto jure unquam debetur.

Audis, Eminentissime Domine, hanc decretoriam locutionem, qua lecto-rem monere studet adhœrendum esse definitioni Ecclesiœ circa Jansenii factum, etiamsi ipsa Ecclesia, in ejusmodi definitione, tum revelatione, tum certa evidentia careat. «Quare, ait, tam angustis limitibus justum illud obse-quium coarctari volunt? » Vult itaque obsequii genus, circa Jansenii factum, longius extendi, nempe ultra revelationis et certœ evidentiœ fines. Fateor equidem certum mentis assensum merito dari posse auctoritati fallibili. Si res quam asserit certa in se videatur, et vice versa certum mentis assensum merito dari posse ac deberi auctoritati in fallibili sive certœ, etiamsi res quam proponit, per se incerta videatur. At vero si posueris hinc auctorita-tem fallibilem sive incertam, illinc rem pariter incertam ex se, utroque incerto certus mentis assensus minime debetur. Illa auctoritas tenetur rem spectare uti res ipsa se habet. Rem igitur incertam uti incertam habere ac reputare tenetur ea tanta auctoritas. Potest quidem opinative procedere circa meram probabilitatem, et opinari rem esse veram. Verum prœterquam quod Ecclesia in definienda palam re ex se incerta, et ex auctoritate quœ, ratione fallibilita-tis, incerta supponitur, sese gratis ac temere committeret periculo gravissime errandi, necnon et compellendi omnes homines in gravissimum errorem, insuper constat, rem incertam, adjecta auctoritate incerta, incertam rema-nere, atque adeo nullam esse certam rationem credendi hanc rem certo mentis assensu.

Profecto id omne quod certa evidentia caret (extra divinam revelatio-nem), nec evidens nec certum dici potest. Quidquid autem non est evidens, aliquatenus obscurum, et quidquid non est certum, aliquatenus incertum est. Quidquid vero nec evidens nec certum, imo aliquatenus obscurum et incertum est, ut probabile tantummodo poterit adstrui. Ergo quidquid (extra divinam revelationem) certa evidentia caret, intra fines merœ probabilitatis remanet. Quidquid autem intra fines probabilitatis remanet, quantumlibet probabile supponatur, veram de opposito probabilitatem relinquit. Quibus positis, si probabilissimum est Jansenianum textum esse hœreticum, multo minus quidem, sed tamen vere probabile est etiam hunc eumdem textum purum esse et orthodoxum. 5° Objici quidem potest, homines persepe certissimo assensu credere ea que a fallibili aliorum hominum auctoritate acceperunt. Sic, exempli causa, certissime credo, Cesarem olim floruisse, et etiamnum exstare urbem Romam. Hœc est certissima fides humana, quam cordati omnes fallibili auc-toritati adhibent.

Jam quœro a D. cardinali Noallio, qua ratione omnes teneantur ex inte-riore assensu omnino adherere definienti Ecclesiœ, si fidei divine nulla At nego hanc auctoritatem tum circa Cœsarem qui olim floruit, tum circa Romam etiamnum stantem, esse vere fallibilem sive incertam. Innumeri utriusque facti testes, neque in re tam perspicua falli, neque gratis consentire potuerunt, ut universum genus humanum fallerent. Itaque elucet tanta tot sapientium proborumque hominum consensio in re spectantium oculis per se evidenti, ut nulla subsit vel levissima fallibilitatis suspicio. Fateor quidem infallibilitatem a Deo inspirante et revelante datam, longe superiorem esse hac humana infallibilitate, qure ex evidentia rei et innumerorum testium can-didissima consensione oritur. Verumtamen hœc est perfectissima et absolu-tissima in genere humanœ certitudinis, sive in fallibilitatis certitudo, sive infallibilitas. Quamobrem si D. cardinalis N[oallius] dixisset factum Jansenii eadem certitudine constare, verbi gratia, qua constat exstare in Italia

revelatio'' , si rationi humanœ nulla certa evidentia affulgeat. Si deest revela-tio, et consequens infallibilitas, remanet tantum in Ecclesia definiente circa factum Jansenii eadem auctoritas qua ipsa Ecclesia polleret in definiendis

30 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 avril 1703

urbem Romam, hinc liquidissime sequeretur, omnes obligari posse ad eli-ciendum certum mentis assensum. At contra, ubi res per se incerta ex incerta auctoritate proponitur, nonnisi incertus et ex mera probabilitate opinativus assensus debetur. Quid autem absurdius, aut Ecclesia indignius excogitari potest, quam supponere Ecclesiam cogere ministros, ut reluctante illorurn conscientia ex mera probabilitate opinentur, et sese gratis et temere commit-tant gravissimi erroris periculo? Quis unquam ita somniare potuit?

6° Quispiam Jansenii discipulus D. Cardinali ita respondere posset: Desine indocilitatem animi nobis exprobrare, idipsum, quod tu credis, et nos credimus. 1° Credis Ecclesiœ auctoritatem, etiam extra fines revelationis et infallibilitatis promisse, esse singulari ac summa reverentia dignam. Credi-mus. 2° Credis Ecclesiam, etiam in his a revelato dogmate prorsus alienis, censendam esse multo plus sapere quam sapientissimum quemiibet privatum hominem, atque adeo prœcelsissimam hanc auctoritatem jure merito prœoc-cupare homines, ita ut sit hœc ipsa res veluti primo in limine exterius prœju-dicata. Credimus. Verum hœc prima reverentis animi prœoccupatio non est certus mentis assensus. Nos vero libentissime id totum credimus, quod tu in hac parte credis. 3° Credis hoc de Jansenii textu factum, esse extra divine revelationis fines. In hoc potissimum tibi assentimur. 4° Credis hoc idem factum omni evidentia certa carere, ac proinde esse in se incertum. Hoc et nos pleno mentis assensu amplectimur. Atqui credere rem esse incertam, non est ipsam certo credere, sed opinari de ipsa cum formidine de opposito. In hoc itaque inter nos plane convenit, quod rem incertam, uti incertam spectamus et auctoritatem pariter incertam, uti certitudine carentem credimus. Si hoc sit certo assensu credere, et nos tecum credimus. Si vero hoc non sit certo assensu credere, tu perinde ac nos credere recusas. Visne ut nos plus quam tu ipse credis, credamus? Jubes hoc ipsum, quod negas? De re per se incerta quis dubitare vetat? Ex auctoritate fallibili sive incerta, quis certus esse tene-tur? Tu fateris utramque esse incertam, tum auctoritatem definientem, tum rem definitam. Hoc totum credimus. Ex utroque hoc incerto nihil certum exsculpi potest. Quod si in re incerta opinare velis, tu ipse videris : sed nulla-tenus credibile est Ecclesiam jubere, ut omnes ministri inter ambas probabili-tates opinentur, et sese committant gravissimi erroris periculo, neque credere fas est, ipsam Ecclesiam ita philosophice opinari, et philosophicam opinio-nem imperare.

Fides quidem divine revelationi, et humanœ certae evidentiae debita precipi potest. Opinio autem nusquam gentium imperatur. Temere procedit illa qui certo assensu credit rem incertam ex auctoritate incerta. Qui vero opi-natur rem incertam, uti incertam spectat, ac proinde neminem cogere potest, ut inter duas probabilitates alteri prœ altera adhœreat. Tantœne exœstuant ire? Tantine audiuntur tumultus, ut omnes theologi de re penitus ex con-fesso incerta, cum Ecclesia in hoc plane fallibili, opinentur? Illi sane rectius et prudentius sese gerunt, qui ex puro veritatis studio, de re penitus incerta, et probabiliter falsa, mentis assensum suspensum tenent, neque periculosœ fallibilis Ecclesiœ definitioni sese permittere volunt. Ita affecti sunt quadra-ginta doctores. Quidquid certo credis et ipsi credunt. Quidquid revereris, reverentur. Quidquid certa evidentia carere putas, carere putant. Unde tuam laudem non immerito nacti sunt. «Jam nullus est, inquis, dubitandi locus, quin pura sit illorum doctrina. »

2 avril 1703 TEXTE 31

7° Sic pergere posset ille Jansenii discipulus: Dum affulget divina revela-tio, et consequens definientis Ecclesiœ infallibilitas, nostrum est captivare intellectum in obsequium fidei", quoniam divina hœc auctoritas omni humanae rationi in immensum prœponderat. Hoc est sacrificium fidei, ut loquitur Apostolus 2'. Nihil vero recta ratione dignius est, quam rationem fallibilem infallibili auctoritati postponere. Hic est perfectissimus rationis usus, videlicet hœc justa vilis et infirme rationis nostrœ abdicatio, ut ipsi Deo veracissimo credatur. Verum, ubi nulla affulget revelatio, nulla certa evi-dentia, intellectus moveri non potest, nisi ex mera probabilitate. Probabilitas vero quœ major videtur alii homini, videri potest alii longe minor. Unde fieri potest ut quispiam accurate et candide pensata, tum rei incertœ probabili-tate, tum Ecclesiœ fallibiliter definientis auctoritate, videre sibi videatur rem esse probabilius falsam. Ita ille qui primus homines antipodas aliud hemisphœrium incolere existimavit, reclamante omnium hominum auctori-tate, in ea sententia non immerito perstitit. Ita ille qui primus sanguinis cir-culationem exploratam habuit, contradicente unanimi omnium, tum philo-sophorum, tum medicorum consensu, haud temere suam opinionem tueri conatus est. Ingens quidem erat tot tantorumque hominum una voce contra-dicentium auctoritas : sed hœc auctoritas, utpote fallibilis, in hoc tum falli, tum fallere poterat. Incertum erat an actu falleretur et falleret, necne. Ergo incerta erat hœc auctoritas. Quamobrem, pensata hac omni auctoritate, res ipsa quœ incerta per se videbatur, incerta remanebat. Tum vero indagator homo ille, illœsa ea, quœ debetur tante omnium doctorum ac sapientium auctoritati reverentia, libere secutus est opinionem, quœ ipsi visa est proba-bilior. Quantum abest, ut in hoc ex prœsumptione erraverit, imo alios omnes errantes ab errore sensim revocavit. Sic, in rebus humanis, ubi deest tum reve-latio tum certa evidentia, intellectus fertur in partem quœ sibi probabilior videtur, etiamsi opposita aliis hominibus videatur probabilior. Summa qui-dem est auctoritas Ecclesiœ, etiam extra revelationis fines fallibiliter defi-nientis. Sed nihilo tamen minus tum fallibilis est, tum falli ac fallere potest, tum incertum est an actu fallatur ac fallat, necne: tum igitur incerta est hœc tanta auctoritas prœjudicans. Neque enim ex hypothesi magis repugnat, ut Ecclesia fallatur et fallat circa Jansenii factum, quam ut omnes physicorum et medicorum scholae fallantur et fallant circa sanguinis circulationem, aut ut omnes docti ac sapientes circa antipodas olim erraverint. Quamobrem, accuratissime et candidissime pensata hac omni incerta Ecclesiœ prœjudi-cantis auctoritate? res per se primitus incerta, post adjunctam incertam auc-toritatem, incerta remanet. Itaque si necesse sit ex mera probabilitate opi-nari, opinandum est sane, adhœrendo huic parti que tibi visa fuerit probabi-lior. Enimvero opinari nihil aliud est, quam spectare ut probabiliorem hanc partem, quœ revera probabilior visa fuerit. Quemadmodum autem intellec-tus, seclusa revelatione, certo assensu credit id omne, quod certum sibi vide-tur, ita etiam opinative credit id omne, quod sibi videtur probabilius. Neque enim penes liberum hominis arbitrium est, ut dicat intra se: Hoc quidem videtur mihi probabilius ; attamen opinor hoc esse falsum, et contradictoriœ propositioni opinative adhœreo. Ita profecto liquet, unumquemque homi-num in speculatione ferri in partem quœ ipsi videtur probabilior, si opinari velit. Opinari quippe est alteram partem ut altera probabiliorem spectare. Fateor equidem, unumquemque posse, aut non opinari, quoniam utrobique

32 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 avril 1703

adest sufficiens dubitandi ratio, aut in praxi ad minus probabilem partem, relicta probabiliore, declinare (quod certe nec prudens, nec certum mihi vide-tur), sed in mera speculatione inter duas probabilitates opinari, nihil est aliud, quam spectare alteram partem, ut probabiliorem altera. Non est autem penes liberum hominis arbitrium, ut aliud plus, aliud minus probabile ipsi videatur prout gratis voluerit. Persœpe enim homo invitus ex argumento-rum efficacia, aut ex involuntaria intellectus dispositione, id quod sibi minus arridet, ut probabilius, et id quod sibi plus arridet, ut minus probabile spec-tat. Quibus positis, fieri potest, ut circa Jansenii factum, quod tum ex se, tum ex fallibili Ecclesiœ auctoritate, penitus incertum remanet, homo pius, docilis, candidus, reluctante intellectu, opinari nequeat sicuti opinari jubet Ecclesia. Id enim quod Ecclesiœ fallibiliter prœjudicanti videtur probabi-lius, videri potest huic homini, etiam invito et conanti ad obsequium, multo minus probabile, imo improbabile et falsissimum. Tum certe ad arbitrium fallibilis Ecclesiœ opinari non poterit.

8° Hœc autem singula, quœ jam exposui, argumenta in immensum cres-cunt, simul atque adjunxeris Formulario juramentum". Qua ratione, quœso, Ecclesia jam a quinquaginta circiter annis coegisset ministros, ut jurarent se certo credere rem per se incertam, ex incerta auctoritate? Hœc sane fuit hactenus apud omnes pios atque doctos juramenti religio, ut non-nisi de re omnino certa jurare cuiquam liceat. Hoc Meldensis episcopus nun-quam non inculcat in sua Disputatione cum Claudio Protestantium pastore23, ut constet Protestantes haud licite jurare, se finali resolutioni nationalis synodi adhœrere velle, nisi auctoritas synodi sit certa et infallibilis. Duplex autem requiritur certitudo ad juramentum Formularii. Prima est cer-titudo rei de qua juratur: secunda, certitudo assensus hominis jurantis. Oportet itaque, ut certo constet Jansenianum textum, in vero, germano et obvio sensu, esse hœreticum. Oportet prœterea ut homo jurans rei certa ex certo mentis assensu penitus adhœreat. Si res de qua juratur incerta est, homo jurans sese temere committit periculo jurandi de re falsa. Quin etiam probabile est ipsum de re falsa gratis jurare. At vero si jurantis hominis assen-sus sit opinativus tantum, non autem certus, falso jurat; quippe qui Deum testem adhibet se penitus ac certo credere, quod non certo credit.

Quibus positis, sic arguo: Juxta D. cardinalis Noallii mandatum, utraque certitudine caret juramentum Formularii. 1° Res per se incerta est, tum intrinseca omnis certae evidentiae carentia, tum ex defectu revelationis, ita ut Ecclesiœ definientis auctoritas in hoc sit fallibilis et incerta, quemadmo-dum incerta est scholarum omnium de physica quœstione auctoritas. Duplex autem, ut ita dicam, incertitudo nullam certitudinem gignere aut eliquare unquam potuit. Itaque si de re penitus incerta jures, te ipsum temere ac gratis committis periculo jurandi de re falsa et indigna testimonio.

Quod si dixeris te jurare non de re extra te posita, sed de tuo interiore assensu, iterum atque iterum contendo assensum tuum, quisquis ille sit, non esse rationem jurandi, nisi is assensus in rem certam cadet. Enimvero nemini jurare fas est, se credere rem incertam, et forte absurdam. Haud decet Deum invocari testem de tuo assensu incerto circa rem incertam. Quando autem sic juratur, ad religionem juramenti pertinet, ut saltem tibi attento res penitus certa videatur.

2 avril 1703 TEXTE 33

Prœterea de re ex confesso incerta et probabiliter falsa, nullus potest elici certus mentis assensus. Potes quidem pendere animi, dubitare, opinari, alte-ram probabilitatem altera potiorem existimare. Sed hic est opinativus tan-tum, cum formidine de opposito, non autem certus ac plenus mentis assen-sus. Falso autem juras, si jures te certo credere id, de quo solummodo opina-ris. Juramentum autem, quo juras absolute et absque ulla restrictione te cre-dere hanc rem, manifesto prœ se fert declarationem, qua affirmas te certo credere. Hœc est constans apud omnes juramenti interpretatio. Eo genuino sensu jurant omnes; eo sensu sese ab aliis intelligi volunt ; eo sensu omnes aliorum juramenta accipiunt. Ille qui jurat se aliquid credere, jurare censetur se id certissimo mentis assensu credere, remque sibi videri certissimam. Quod si alta voce dixerit: Juro me id credere; demissa autem voce adjiciat: Id est, juro me sic opinari, etiamsi res videatur mihi omnino incerta, et pro-babiliter falsa: tum certe in praxi equivocatione, restrictione mentali, nec-non et perjurio Deum gravissime offendit. Ita D. cardinalis Noallius ipse impingit in scopulum, in quem quadraginta doctores illisos deflet.

Itaque quilibet homo, qui de Jansenii facto jurat, ablata omni tum reve-latione tum certa evidentia, jurat : 1° frustra et temere, quoniam de re per se penitus incerta, atque etiam ex incerta auctoritate jurat; 2° jurat falso, quo-niam ex nativa adeo solemnis juramenti significatione, omnibus innuit, se certo credere quod non certo credit, imo quod probabiliter falsum existimat. Ergo vana est et fraudulenta hœc juratio.

Profecto Ecclesia, quœ suos ministros ita jurare cogit, ipsa etiam sic jurat. Enimvero Ecclesia quatenus docens, imperans, approbans ac dam-nans, nihil est aliud quam ipsa ministrorum collectio. Eadem autem est ministrorum collectio, quœ singulos jurare jubet, et in singulis jurat. Itaque si valeret D. Cardinalis assertio, tota Ecclesia, a quinquaginta circiter annis, temere ac falso sexcenties jurasset ore ministrorum, quod ad jurandum cogit. Quœro autem quo jure juberet, id ipsum tanquam certum a ministris credi, quod ipsa ut incertum haberet? quo jure illos cogeret ad jurandum se penitus ac certo credere rem ex confesso incertam, et forte falsam? quo jure illos cogeret ad jurandum se certo credere, rem quœ ipsis incerta, et forsitan falsa, non immerito videtur? Quid efficacius ad purgandos eos omnes, qui jurare olim recusaverunt, reluctante conscientia? quid subtilius, ad vilipendendam Ecclesiœ auctoritatem et praxim, asseri unquam poterit? Profecto vicerunt Jansenistœ, et victa est Ecclesia, si constet Ecclesiam episcopos et doctores tamdiu vexasse, ut jurarent se credere rem per se omni certa evidentia caren-tem, et sola fallibilis definitionis auctoritate prolatam.

Ecclesia sane, dum aliquid definit intra revelationis fines, est columna et firmamentum veritatis. Huic autem supremœ et infallibili auctoritati, certis-simo mentis assensu semper adhœrendum est. Verum, ubi Ecclesia aliquid gratis definiret extra revelationis, ac proinde infallibilitatis fines, in hoc esset tantum collectio quedam hominum doctorum quidem, et sapientium: usu vero, et frequenti experientia constat sapientissimorum doctissimorumque hominum collectionem, circa quœstiones aut physicœ aut aliarum scientia-rum atque artium errasse. Nefas autem est jurare de re incerta ex incerta auc-toritate, sive incerto aliorum hominum forte errantium testimonio. Nefas etiam est, ut jam fuse dixi, hominem jurare de re circa quam solummodo opinatur. Juramentum enim apud omnes prœ se fert certum mentis assen-

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34 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 avril 1703 8 avril 1703 TEXTE 35

sum circa rem de qua juratur. Quid denique esset magis ridiculum ac frivo-lum, quam hœc solemnis juratio ab omnibus Ecclesiœ ministris extorta, ut jurent se circa rem penitus incertam, ex incerta auctoritate opinari cum for-midine de opposito? Sic certe ludibrio verteretur tum Ecclesiœ extra suos fines vagantis auctoritas, tum jurandi religio.

9° Quam rectius et cautius solemnis Ecclesiœ Gallicane conventus olim fassus est, Ecclesiam quidem decipi posse a subdolis hominibus circa quœdam facta a dogmate fidei prorsus aliena : verbi gratia, circa quasdam «causas privatas ac speciales, ut loquitur sanctus Leo. At vero ne in aliis infirmi hallucinentur, docendi sunt hoc non ita se habere in quœstionibus facti, quod a materia fidei aut ab universœ Ecclesiœ moribus est insepara-bile; quœ quidem innituntur Scripturis sacris, quarum interpretatio pendet a catholica traditione, testimonio Patrum singulis in sœculis comprobata. Hec autem traditio, quœ in factis consistit, declaratur ab Ecclesia ex eadem infallibili auctoritate, qua de fide judicat. Alioquin contingeret ut christianœ veritates in dubio ac incerto remanerent ; quod constanti veritati et fidei immotœ opponitur". » Ita loquebatur Ecclesia Gallicana, dum Jansenia-nam hœresim strenue profligabat, et jure merito eliminabat sophisticas de quœstione facti cavillationes. Ita constitutionem Innocentii X tum recens promulgatam, abjectis Jansenistarum argutiis, simplici et candida fide accipi et coli voluit. Eadem die, eodem fine, eodem spiritu, missum fuit a conventu ad singulos absentes episcopos percelebre hoc Formularium, quod postea Sedes apostolica a se veluti adoptatum, ab omnibus subscribi jussit. Heu! quam distat ab hac sententia Ecclesiœ Gallicane, novus D. Cardinalis sermo Jansenianum, quod vulgo vocatur factum, declaratur ab Ecclesia, inquit conventus, ex eadem infallibili auctoritate qui de fide judicat. At contra hoc idem factum, ait D. cardinalis N[oallius], tum revelatione, tum certa evi-dentia caret. Quare cardinalis S.R.E. archiepiscopus Parisiensis tantopere studet Cleri Gallicani sententiam, ab apostolica Sede in praxi confirmatam, labefactare, et funditus evertere? Quare tam sollicite et anxie veretur, ne quemquam lateat, Ecclesiam in ea contra Jansenianum textum definitione, omni revelatione et certa evidentia esse destitutam; ac proinde id non definire ex eadem infallibili auctoritate qua de fide judicat?

10° Videtur D. Cardinalis amplecti sententiam hujus Lovaniensis theo-logi, cujus opusculum sic scriptum legitur: Via pacis, etc". Hic docuit Eccle-siam esse quidem infallibilem in quœstione juris, videlicet, in judicando qua-lis sit sensus hujus textus dogmatici. In hoc autem Lovaniensis videtur cau-tius, quam D. cardinalis N[oallius] scripsisse, quod, negata Ecclesiœ matri infallibilitate circa factum Jansenii, saltem de certa evidentia tacuit. At vero

D. cardinalis N[oallius] etiam certam circa Jansenii factum evidentiam Ecclesiœ abjudicare non est veritus. QUae sententia de fallibilitate Ecclesiœ in judicando quis sit sensus cujuslibet textus dogmatici, si in posterum valeat, nulla erit unquam in praxi infallibilitas Ecclesiœ in judicando qualis sit sensus. Enim vero qualitas, ut clamant omnes scholœ, a quidditate pen-det, eamque necessario sequitur : sic Ecclesia dicetur chimœrice infallibilis in qualificando nescio quo sensu, quem certo assignare nunquam poterit. Sed in assignando hoc ipso sensu, circa quem qualificandum dicetur infalli-bilis, ipsa semper fallibilis reputabitur. Cui cavillo nisi diligentissime occur-ratur, actum est de auctoritate Ecclesiœ, in interpretandis omnium sœculorum textibus, quibus vera traditio elucet. His artibus nullus erit here-ticus, qui infallibilitatem Ecclesi2e sic enervatam non admittat; sed admis-sam ludibrio vertet, et voce obtemperans, singulas Ecclesiœ definitiones deludet et irridebit. Ergo altissime investiganda est, ni fallor, ea quœstio, an Ecclesia sit infallibilis in judicando tum qualis, tum quis sit sensus, quœ fons est et caput totius controversiœ. Quod si benignissime annuas, quamprimum mittam brevissimam Dissertationem, in qua pro modulo id operis aggressus sum.

905. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambray] 8 avril 1703.

Je serai ravi, Monsieur, de vous voir avec votre ami, que je regarderai avec plaisir comme le mien'. Pourvu qu'il garde le secret, comme je le garderai inviolablement, tout ira, comme il le désire. Je prends sincèrement part à ses peines. Vous savez dans quel esprit je compatis, et quoique vous connaissiez mes pensées, vous voyez bien une manière, dont ceci est très véritable. En vérité mes paroles ne sont pas de simples paroles. On peut les prendre toutes à la lettre sans exception'. Je voudrais bien que votre ami pût au moins arriver dès le premier jour de mai. Proposez-le-lui au plus tôt, je vous conjure, et mandez-moi de même sa réponse. C'est que j'ai besoin de prendre de bonne heure des mesures justes et certaines. S'il aimait mieux ne venir qu'au Cateau, je m'y rendrais avec très peu de personnes, et nous n'y verrions aucun étranger. En un mot nous ferons ce qui lui conviendra le mieux. Nous prierons D[ieu] ensemble. Nous serons unis cordialement en N[otre] S[eigneur]. Nous ne disputerons jamais. Nous ne parlerons de rien que quand il le voudra et par de simples questions très paisibles'.

Je vous recommande de plus en plus l'accommodement du P. Pl. Où est-il donc? Il m'écrit sans date. S'il est caché à Thuin il a tort'. Il faut finir. Au nom de D[ieu] finissez ce scandale, et pressez ses amis. Mille et mille fois tout à vous.

F. A. D. C.

906. A MAIGNART DE BERNIÉRES

[13 avril 1703].

Monsieur,

Nous n'avons, ce me semble, aucun besoin d'un arrêt, puisque l'édit de l'an 1693 dit que les commissaires du conseil procéderont sur nos avis communs, pour les revenus des maladeries'. Quand il vous plaira, Monsieur, me donner là-dessus vos lumières, je serai ravi de les suivre, et de former un avis commun avec une entière déférence pour vos sentiments. J'attendrai vos instructions, et je voudrais bien être libre de les aller chercher à Maubeuge. Je compte toujours d'y aller cet été, et de vous y assurer que personne ne sera

36 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler mai 1703 7 mai 1703 TEXTE 37

jamais avec plus de zèle, et d'attachement que moi, mais du fond du coeur, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 13 avril.

FR. AR. Duc DE CAMBRAY.

907. Au CHAPITRE MÉTROPOLITAIN

[et à la R.M. JEANNE-MARIE LAMELINI

A Cambray 1 mai 1703.

Il y a plus de quatre mois, Messieurs, qu'on m'a fait presser pour la seconde moitié de notre subvention ecclésiastique de l'année 1702. Nous n'avions pas encore payé les six premiers mois, qu'on me faisait demander les six derniers. Enfin j'ai obtenu du temps et fait en sorte qu'on ne nous inquiétera point avant la fin du mois dans lequel nous entrons. Je vous prie, Messieurs, de prendre vos mesures pour nous faire toucher votre taxe avant que le mois soit fini. Vous savez qu'elle est de 2000 1. monnaie de France, pour cette moitié d'année. Ce n'est que par notre exactitude à bien payer dans le temps promis que nous pourrons obtenir quelque délai pour le premier terme de 1703, qui sera échu le dernier de juin prochain. Je sais combien il est difficile de trouver de l'argent dans le mauvais temps où nous sommes; mais aucune de nos bonnes raisons ne serait écoutée. Le Roi et l'Etat ont besoin d'être secourus dans les pressants besoins où ils se trouvent. Je suis toujours avec une estime très parfaite, Messieurs, tout à vous de tout mon coeur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

908. Au CHANOINE PH.-CH.ROBERT

4 mai 1703.

J'ai reçu lettre du 1 de mai. Voici l'article qui vous regarde. Je me console, Monsieur, de ne point voir la compagnie que vous m'aviez promise' par l'espérance qu'elle viendra dans la suite. Je pars pour mes visites que je suis très pressé de faire; elles m'occuperont jusques à la Pentecôte2; après cette fête viendra l'ordination et le concours. Ainsi, je conclus que le bon parti à prendre est que vous veniez au Casteau d'abord après notre concours, c'est-à-dire quelques jours avant la Saint-Jean. Nous serons dans une solitude et une liberté à souhait. Votre compagnie aura tout le loisir à finir ses affaires et de se préparer à ce voyage. En attendant, je vous prie de faire savoir que je suis sincèrement touché d'un projet qui montre une véritable confiance. Dieu sait combien je suis éloigné d'en vouloir faire aucun mauvais usage; comme je vous ai ouvert mon coeur sans réserve, vous en savez là-dessus autant que moi. Prions bien Dieu, aimons-nous les uns les autres, demeurons tranquilles, recueillis, en défiance de nos faibles lumières'. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Vaucelles, 7 mai 1703.

Je suis revenu aujourd'hui d'assez bonne heure et je me suis consolé aux complies du vide que vous avez laissé en partant. Le Mont Saint-Martin' m'a paru fort joli; les solitaires y font de leurs propres mains un jardin potager qui est fortifié de gazon. Il y en a aussi qui labourent. M. le doyen' est encore un peu langoureux'. Je vous conjure de faire en sorte que M. l'abbé de Saint-Aubert 4 presse M. Bayard de se rendre pour le 15 de ce mois à Bruxelles

909. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Vaucelles, mercredi 8 mai 1703.

Je ne saurais, Madame, être plus longtemps absent de Cambray, sans vous demander de vos nouvelles. Je souhaite que vous ne puissiez pas m'en dire, faute d'en savoir. Il y a une illusion très subtile dans vos peines, car vous vous paraissez à vous-même toute occupée de ce qui est dû à Dieu, et de sa pure gloire. Mais dans le fond c'est de vous dont vous êtes en peine. Vous voulez bien que D[ieu] soit glorifié. Mais vous voulez qu'il le soit par votre perfection, et par là vous rentrez dans toutes les délicatesses de votre amour-propre. Ce n'est qu'un détour raffiné, pour rentrer sous un plus beau prétexte en vous-même. Le vrai usage à faire de toutes les imperfections, qui vous paraissent en vous, est de ne les justifier ni condamner (car ce jugement ramènerait tous vos scrupules), mais de les abandonner à Dieu, conformant votre coeur au sien sur ces choses que vous ne pouvez éclaircir, et demeurant en paix parce que la paix est d'ordre de Dieu, en quelque état qu'on puisse être. Il y a en effet une paix de confiance que les pécheurs mêmes doivent avoir dans la pénitence de leurs péchés. Leur douleur est paisible et mêlée de consolation. Souvenez-vous de cette bonne parole qui vous a touchée: Le Seigneur n'est point dans le trouble'.

Si vous ne pouvez pas me mander des nouvelles de votre intérieur, mandez-m'en de votre santé. N'en avez-vous point de M. le C[omte de Montberon 2] ?

910. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrayj 11 mai 1703.

Je vous envoie, Monsieur, la dispense pour deux bans. Si je pouvais la donner de trois à quelqu'un, ce serait à M. votre frère'. Mais vous savez les règles de l'Eglise, et la loi générale que je me suis faite pour tout le diocèse sans exception. Je prie D[ieu] de tout mon coeur qu'il bénisse ce mariage, et toute votre famille. Une indisposition de M. le doyen de Franqueville2 m'a fait revenir ici de mes visites. Mais je vais les recommencer. J'ai un vrai

38 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 mai 1703

déplaisir de ce que la malheureuse affaire de Marie Rolland ne se finit point. Si vous vouliez essayer de la finir, il faudrait parler d'un côté à son avocat', et de l'autre aux amis ou parents du P. Playoul. On dit qu'il est encore à Thuin. Si cela est il a tort : cela est contraire à la parole qu'on m'a donnée et à l'intérêt de l'Oratoire. Jamais il ne finira qu'en s'éloignant. Je n'ai rien oublié pour rebuter Marie Rolland, et pour la décourager, quand elle est venue se jeter à mes pieds depuis peu de jours.

Je suis toujours, Monsieur, très cordialement à jamais à vous.

F.A.D.C.

912. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Havrincour, 16 mai 1703.

[Mentionne M. Le Fèvre et le bailli de Franqueville 1.]

912 A. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

A Dampierre, ce 16e mai 1703.

Voici, mon bon Archevêque, un paquet que le B.D. ' me charge de vous envoyer, en l'adressant au capitaine de Chaulnes2, avec ordre de vous le faire porter par un exprès, qui ne saura, non plus que le capitaine, que ce paquet vienne de lui. J'exécute à la lettre ce qu'il désire, et vous n'aurez qu'à remettre la réponse au porteur, avec une double enveloppe, dont l'apparente me sera adressée. La voie est sûre, parce que l'exprès qui porte de Versailles le paquet au capitaine de Chaulnes, attendra à Chaulnes même la réponse.

Vous trouverez aussi, sous mon enveloppe, deux paquets de la P.D.3, et du P. Ab.", qui sont ici pour quelques jours. Nous avons chargé le dernier de n'oublier aucune des objections faisables contre son idée du canon (qui paraît démonstrative pour l'infaillibilité sur la décision des sens), afin que vous jugiez si elle est telle en effet', et que vous n'oubliiez aucune de ces objections qu'il faudra prévenir dans un mandement. Car il y a toute apparence que, soit par la réception du bref (encore indécise)6, soit même sans cela, il sera à propos que vous en fassiez un', à l'exemple de plusieurs autres évêques, en prenant par rapport à nos libertés les mesures et restrictions convenables, dont le défaut fait maintenant attaquer et défendre par le Parlement le mandement de M. l'évêque de Clermont. Vous n'êtes pas à la vérité de l'église Gallicane', ni du ressort du Parlement de Paris; mais vous ne laissez pas, comme sujet du Roi dans votre métropole, d'avoir des mesures considérables à garder sur ce sujet'. Je n'en dirai pas davantage, de peur de raisonner par-delà le nécessaire. Ce que vous mande le P. Ab. est le résultat de ses conférences avec M. Quinot, qui est ici avec sa jeune compagnie '°.

Je suis plus content que jamais de la B.P.D. [de Mortemart] ". J'y trouve le même esprit de conduite qu'elle a reçu de vous, avec une simplicité et une 17 mai 1703 TEXTE 39

lumière merveilleuse. Rien de ce qui devrait la toucher ou peiner ne semble aller à son fond.

Je me suis chargé de vous dire quel plaisir Mad. de Chevreuse se fait de vous voir dans le mois d'août ou septembre prochain, si rien ne nous empêche d'aller à Chaulnes, suivant notre projet, et je vous embrasse ici par avance, mon très cher Archevêque, de toute l'étendue de mon coeur.

913. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Havrincour, 17 mai 1703 [le" lettre].

Le bref du Pape aux catholiques de Hollande' est à peu près du même style que ceux qu'il a écrits au Roi et à M. le Card. de N[oailles] 2. Les partisans de l'archevêque de Sebaste (quoi que leurs ennemis en puissent dire) doivent être de bonnes gens, puisqu'ils sont si faciles à contenter'. Le Pape doit bien leur donner souvent de pareilles consolations. Vous verrez l'arrêt du Parlement imprimé sur l'appel comme d'abus du mandement de M. l'évêque de Clermont'. Ce ne sera rien, pourvu que le Roi ordonne la réception du bref; mais hoc opus, hic labor est s.

Le serpent Python couvre les vastes campagnes. Je ne sais si Apollon le percera de ses flèches aujourd'hui, comme hier'.

Nous partons pour nous éloigner un peu de vous. Mais l'absence sera courte. Encore huit jours, et nous sommes à votre porte. Je voudrais bien à propos de porte que Clocher pût en mon absence faire celle que vous avez si savamment projetée pour aller de ma chambre grise au grand cabinet.

M. Le Fèvre est le Messie des Juifs d'à-présent. Il a passé tous les temps, et la Synagogue doit maudire quiconque voudra supputer les dates'. M. Chalmet8 prend assez sérieusement cette chronologie. Il a pensé à cause de sa modique taille être accablé par une multitude de filles pétulantes, qui voulaient l'envahir' au catéchisme dans un coin de cimetière. Ses coadjuteurs en ont ri jusqu'aux larmes. Il devient méchant à l'exemple d'autrui.

M. d'Arras m'a envoyé son placard contre le P. Taverne, et me parle d'union de la province contre la morale relâchée'°. Je vois bien qu'il faudrait tenir un concile provincial contre les Jésuites " ; mais je ne puis le faire sans en demander la permission au Roi.

Je salue M. de la Templerie en toute joyeuseté. J'embrasse nos deux apprentis 12. Tout à toi grand Panta.

Si vous voulez m'écrire, vous le pourrez, dit-on, par Saint-Quentin et par Péronne. Mais c'est un grand détour. Si rien ne presse, il vaudra mieux nous abandonner pour le peu de temps que nous demeurerons à Arrouëze". Je compte que le maître d'hôtel fera porter des matelas à Marquion " avant que j'y arrive.

40 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 mai 1703 22 mai 1703 TEXTE 41

914. Au MÊME

A Mez en Couture le jour de l'Ascension 1703.

(17 mai 1703, 2e lettre].

Je vous envoie l'arrêt du Parlement sur l'appel comme d'abus et je vous renvoie le bref du Pape aux catholiques de Hollande'. Je voudrais bien qu'on pût en avoir plusieurs exemplaires imprimés; car c'est une chose à garder, et il est à propos de conserver' de tels monuments. Demandez au père recteur si les textes condamnés par M. d'Arras sont dans le P. Taverne précisément comme il les rapporte, et sans correctif'. Il me semble avoir ouï dire que ce livre a été examiné et approuvé par les théologiens de Rome. Cependant je trouve diverses propositions bien raboteuses. Vous verrez que les gens du Roi ont mis bien des adoucissements à leur appel comme d'abus. Mais enfin c'est un coup fait avec art, pour empêcher les mandements des évêques'. C'est sans doute ce qui arrête M. l'évêque de Chartres. M. le Card. de Noailles veut boucher le chemin, et que personne ne parle après luis.

Ayez la bonté, mon bon fils, de faire écrire par M. l'abbé de Saint-Aubert, ou d'écrire vous-même à M. l'abbé de Cisoin6, afin qu'il vous renvoie promptement un certain factum ou mémoire imprimé de M. l'évêque d'Arras dans le temps du procès à Tournay, qu'il me semble que je prêtai à M. l'abbé cet hiver dans la conférence avec M. l'évêque, et que l'abbé ne m'a point rendu. J'en aurais grand besoin pour le Quaeritur que j'ai prié M. le bailli de Fran-queville" de dresser, afin que je puisse consulter à fond les plus célèbres avocats de Paris.

Plus je m'éloigne de vous, plus je m'en rapproche. C'est par l'Artois' le plus éloigné, que je dois retourner à Cambray. Ainsi je suis ravi de vous tourner le dos, pour vous voir en bref face à face. Dieu vous gard beau sire, accort, gentil et preux Panta.

915. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Harouèze, 21 mai 1703.

Voici une occasion, ma chère fille, pour vous donner de mes nouvelles. J'aurais bien voulu recevoir des vôtres. J'espère que Notre] S[eigneur] vous aura gardée contre vous-même pour vous conserver la paix. L'état des apôtres entre l'ascension du Fils de D[ieu] et la descente du S. Esprit', était un état d'oraison et de retraite, où ils attendaient la vertu d'en haut'. La préparation que je vous demande pour recevoir le S. Esprit, est de ne point écouter le vôtre. L'inquiétude est le seul obstacle que je crains. Je ne me défie que de vous. Laissez tomber toutes vos pensées de doute et de scrupule; laissez-les bruire dans votre imagination, comme des mouches' dans une ruche. Si vous les excitez, elles s'irriteront, et vous feront beaucoup de mal; si vous les laissez, sans y mettre la main, vous n'en aurez que le bourdonnement et la peur. Accoutumez-vous à demeurer en paix dans votre fond, malgré votre imagination agitée. Voici ma course bien avancée: je n'ai plus de visites à faire que pour peu de jours, et je serai samedi prochain' à midi à Cambray. Cependant je vous porte souvent devant Dieu, afin qu'il vous plie et vous rende souple à son gré. Laissez-le faire, et soyez fidèle. Il sait à quel point je vous suis dévoué.

915 A. ETIENNE BALUZE A FÉNELON

Du 22 mai 1703.

Monseigneur,

Dans le temps que je me proposais d'avoir l'honneur de vous écrire pour vous remercier de la très obligeante lettre dont il vous a plu m'honorer, un religieux de l'abbaye de Liessies m'a porté le manuscrit de saint Cyprien que vous avez bien voulu demander pour moi. Je lui en ai donné mon recepissé au bas de votre lettre à M. l'abbé', laquelle m'a été représentée par ce religieux, et me suis engagé à le rendre dans trois mois. Je vous assure, Monseigneur, que je tiendrai ma parole, ne fût-ce que pour faire voir aux Flamans qu'il ne faut pas accuser tous les Français de retenir les manuscrits qui leur viennent de Flandres. Je sais qu'on en a retenu quelques-uns'. Sed nos non habernus hanc consuetudinem3. J'ai fait venir en divers temps à Paris, un très grand nombre de manuscrits de divers endroits du dedans et du dehors du royaume, lesquels j'ai tous rendus très exactement, sans qu'il y ait jamais eu aucune plainte contre moi. J'ai mis dans la bibliothèque de feu Monseigneur Colbert une très nombreuse quantité de manuscrits de toutes sortes, que j'ai tous bien payés à la satisfaction de ceux qui en étaient possesseurs; et je n'en ai jamais eu aucun par supercherie ni par autorité'. Aussi bien cela aurait fort déplu au maître, qui ne savait ni ne voulait se servir de son pouvoir contre la justice. Je vous dis cela en passant, Monseigneur, bien assuré que cette digression ne vous déplaira pas.

A l'égard du Ms. de S. Cyprien qui est dans l'abbaye du Mont Saint Eloy, laquelle appartient à M. le cardinal d'Estrées, j'aurai l'honneur de vous dire, Monseigneur, que si S. E[minence] était dans le royaume, je la supplierais de me le faire prêter, et je suis assuré qu'il le ferait très volontiers. Car il y a bien plus de quarante ans qu'il m'honore de ses bonnes grâces. Mais il n'est pas en France'. Et c'est ce qui me fait prendre la liberté, Monseigneur, d'accepter l'offre qu'il vous a plu me faire de vous employer pour m'en faire avoir la communication, vous assurant que si les religieux de cette abbaye me font la faveur de me le prêter, je ne leur donnerai pas lieu de se plaindre de moi.

Après tout cela j'aurai encore l'honneur de vous dire, Monseigneur, que depuis la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire pour vous supplier de procurer la communication de ces manuscrits, j'ai acheté ici trois anciens manuscrits des oeuvres de saint Cyprien. De sorte que si j'ai celui du Mont Saint Eloy, comme je ne doute point qu'il ne vienne jusques à moi, il se trouvera que j'aurai revu et corrigé les oeuvres de ce grand martyr sur vingt-six manuscrits. Ce qui très assurément n'a jamais été fait ni entrepris par une seule personne avant moi'. Je ne demande néanmoins autre récompense de ce grand et pénible travail que l'utilité qui en pourra revenir à l'Eglise.

42 ( RESPONDANCI- DE FÉNELON 24 mai 1703 24 mai 1703 TEXTE 43

Cependant, je vous supplie très humblement, Monseigneur, d'être toujours bien certain de ma fidélité à vous honorer et du sincère respect avec lequel je suis...

J'aurai l'honneur de vous dire ici que je loge il y a trois ans auprès des Pères de la Doctrine chrétienne de S. Charles.

916. A L'ABBÉ DE LANGERON

A C[ambraiJ 24 mai 1703.

Vos lettres, mon très cher fils, m'ont fait quitter mes visites pour venir ici vous répondre' et travailler selon vos vues. Voici ce qui me passe par l'esprit.

I. Je m'en vais travailler à un mandement 2.Mais il me faut un peu de temps, pour tâcher de le bien faire. Il doit être différent d'une dissertation. La dissertation doit creuser jusqu'au premier principe métaphysique, et se sentir' de l'abstraction de l'Ecole. Le mandement doit être sensible, populaire, et néanmoins décisif'. J'y ferai ce que je pourrai, et Djieui fera par moi ce qu'il voudra. Mais plus les lecteurs ont de peine à entrer dans ce que je crois démonstratif, plus je dois être retenu pour ne vouloir pas tenter témérairement une chose impossible. J'aime bien mieux demeurer dans mon profond silence, que d'en sortir pour dire des choses qui seront contredites même par le bon parti, et qui par conséquent ne serviront de rien à la bonne cause. M. l'évêque de Chartres parlera autrement que moi. D'autres nous contrediront tous deux. Ce sera la confusion des langues'. Je ferai moins de tort à la vérité en la taisant, qu'en la proposant pour la faire mépriser et confondre par ceux-là mêmes qui veulent la soutenir. Je vois qu'on fait le plus grand de tous les éclats pour soutenir l'infaillibilité de ]'Eglise dans le jugement des textes doctrinaux, sans savoir précisément où l'on veut mettre cette infaillibilité. Si j'étais en la place des. Jansénistes, je demanderais aux évêques des déclarations' précises et uniformes de ce qu'on demande d'intérieur, au-delà du respect et de la déférence sincère, qui fait garder le silence, quand on croit voir que l'Eglise certainement faillible hors des bornes de la révélation, s'est trompée dans une question de fait grammatical et non révélé. Il n'y aurait pas trois évêques, ni peut-être deux, qui se trouvassent d'accord pour leur répondre. Cette contrariété ou incertitude déshonorerait la cause de l'Eglise. Ainsi j'avoue que je tremble pour la vérité. Elle ne fut jamais en si grand péril. Le Roi frappe. Mais l'Eglise n'éclaircit rien. On suppose toujours que tout est éclairci. Veut-on donner de plus en plus au Jansénisme l'avantage qui a séduit presque le monde entier en sa faveur, je veux dire qu'on le montre persécuté pour un fantôme qu'on n'ose éclaircir? Parlera-t-on de l'inséparabilité du fait et du droit, comme de la pierre philosophale? ou de la quadrature du cercle, ou du mouvement perpétuel?'

Il me convient moins qu'à un autre de parler. On m'accusera de vengeance contre les Jansénistes. Ils remettront sur la scène le quiétisme'. Je soulèverai tout le clergé de mon diocèse et des deux universités voisines. Je me trouverai seul, contredit par les autres évêques, et même par M. de Chartres'. On sera ravi de dire que j'ai été trop loin ".

Il n'y a que deux choses qui puissent autoriser mon mandement. L'une, que le Roi fasse savoir aux évêques qu'il attend cette démarche de leur zèle, et que je ne sois pas le premier évêque d'une certaine façon à publier mon mandement. L'autre que je sois assuré de convenir avec M. de Chartres. Je ne songe point à entrer en négociation avec lui, pour agir de concert. Mais les amis communs tel que M. de Précelles" doivent, ce me semble, supposé qu'ils le puissent, nous faire convenir sans négociation immédiate, pour accorder parfaitement nos deux ordonnances. Qu'on nous fasse convenir de tous les principes, et de toutes les conséquences. Qu'en un mot on s'assure que nos deux mandements seront entièrement d'accord, j'offre d'envoyer au plus tôt le projet du mien. M. de Précelles, qui connaît celui de M. de Chartres, verra tout ce qu'il croira devoir demander qu'on retouche dans l'un et dans l'autre. Il me trouvera plein de confiance et de facilité pour profiter de ses avis. S'il peut mettre à l'uni les deux mandements, je tiendrai le mien tout prêt, et je le publierai trois jours après que M. de Chartres aura publié le sien. Sans cela je ne dois rien hasarder. Il ne convient ni à ma situation, ni à la délicatesse d'une vérité si obscurcie, et si importante, que je fasse l'aventurier. Les évêques se contrediront comme les vieillards témoins contre Susanne '2.

II. Je ne puis m'empêcher de dire que le sentiment que vous me proposez, savoir que le fait n'est pas précisément le dogme révélé, mais que c'est comme une conclusion théologique, ne me paraît pas un sentiment soutenable. 10 La conclusion théologique est une conséquence immédiate et évidente du principe révélé. Ce qu'on veut nommer un fait, savoir l'orthodoxie ou hétérodoxie d'un texte, ne consiste qu'à savoir si c'est la révélation même, ou quelque chose de contradictoire. Il ne s'agit d'aucune conséquence du principe révélé, mais de la propre substance du principe révélé même, pour savoir si c'est lui ou non. 2° L'Eglise ne peut sortir de la révélation, pour en tirer une conséquence évidente, que comme des géomètres tireront une proposition d'une autre déjà donnée, en démontrant que l'une sort de l'autre. Mais dès lors l'Eglise n'agit plus que par raisonnement naturel et purement humain. On peut opposer des arguments au sien, et lui disputer sa prétendue démonstration ou évidence. Elle n'aura tout au plus à cet égard qu'une infaillibilité naturelle, semblable à celle des géomètres. Elle pourra condamner ceux qui ne se rendront pas, comme des esprits opiniâtres, présomptueux, de mauvaise foi; elle déclarera leur opinion erronée. Mais elle ne pourra jamais les qualifier d'hérétiques. Ce ne sera plus qu'une dispute philosophique. Il ne sera pas impossible qu'elle n'y ait tort, et qu'elle ne prenne une fausse lueur pour une évidence. Dès que l'Eglise sera réduite à alléguer une évidence naturelle du fait, les Jansénistes prendront droit de cet aveu décisif, et ils offriront cent démonstrations pour prouver que cette prétendue évidence n'est qu'une chimère. Il ne sera plus question de foi divine '3. Voilà le point principal abandonné, décrédité, et tourné à jamais en ridicule. On disputera cent ans à pure perte sur la prétendue évidence du fait.

III. Je crois devoir dire que ce que j'ai lu de l'Appendix de M. d'Argentré " ne me paraît pas plus solide.

I° Ce qu'il dit sur les auteurs que l'Eglise fait nommément anathématiser, se tourne clairement contre lui ". Son dessein est d'établir l'infaillibilité de l'Eglise dans les jugements de ce qu'on nomme faits. Or il est évident que

44 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 mai 1703

l'Eglise ne peut être infaillible sur la pensée ou intention personnelle des auteurs. Cependant, dira-t-on, l'Eglise oblige à anathématiser les personnes, comme hérétiques. Donc elle oblige à prononcer des anathèmes, sans être infaillible dans ces anathèmes qu'elle oblige à prononcer. Il en est de même des textes que des personnes, diront les Jansénistes. L'Eglise prononce sans infaillibilité sur l'un comme sur l'autre, en se fondant sur l'évidence qu'elle croit trouver dans le fait, et qu'elle peut n'y trouver pas réellement, quoiqu'elle le croie 16.

2° II veut que tous ceux qui ont approuvé dans un sens très pur une mauvaise locution d'un hérétique soient demi-sectaires de cette secte-là. Par exemple il veut que Jean d'Antioche et Théodoret '7 aient été demi-nestoriens pour avoir admis ou excusé les locutions de Nestorius, quoiqu'ils crussent exactement tout le dogme du concile d'Ephèse, et qu'ils ne crussent aucune des erreurs de Nestorius. Il est vrai que l'Eglise peut assujettir ses enfants à rejeter les locutions fausses ou ambiguës. Mais un particulier pourrait croire qu'un auteur, dont le livre est condamné, a entendu ses locutions dans un bon sens, quoiqu'elles fussent mauvaises dans leur sens propre et naturel. Alors ce particulier ne défendrait point la locution condamnée, mais seulement la pensée personnelle de l'auteur, qu'il croirait avoir employé dans un bon sens une mauvaise locution. Ce particulier ne serait point demi-sectaire. M. d'Argentré rapporte lui-même des passages décisifs, qui montrent que dans un tel cas on a reconnu que de tels particuliers étaient orthodoxes.

3° Quand on a parlé de Demi-Ariens, de Demi-Pélagiens, etc., on a toujours entendu de véritables hérétiques qui soutenaient une partie des dogmes impies d'Arius et de Pélage. Pourquoi nous venir faire une espèce de demi-sectaires sans fondements? M. d'Argentré affecte de justifier sur le dogme tous ceux qui ont favorisé les hérésiarques, pour pouvoir montrer qu'ils ont été demi-hérétiques de ces hérésies, dès qu'ils n'ont pas voulu condamner les hérésiarques. Les Jansénistes lui répondront toujours que l'Eglise a eu raison de les regarder comme des hérétiques déguisés puisqu'ils ne voulaient condamner ni des textes évidemment impies, ni les personnes des hérésiarques évidemment endurcies dans leur rébellion. La vérité est que l'Eglise ne condamne les noms et les personnes des auteurs qu'indirectement, et par une conséquence fondée sur la notoriété humaine". L'anathème infaillible ne tombe que sur l'hétérodoxie du texte. Faute d'avoir démêlé cela M. d'Argen-tré ne prouve rien, et donne prise. Il faut toujours se renfermer exactement pour l'infaillibilité dans les bornes précises de la révélation. Ce n'est point l'outre-passer, que de décider qu'un texte long ou court, qu'on met entre un si quis dixerit et un anathema sit pour former un canon de loi, exprime la vérité révélée, ou bien est une parole contradictoire à la révélation '9. Autrement l'Eglise aurait excédé les bornes de la révélation, et par conséquent de son infaillibilité, toutes les fois qu'elle aurait prononcé des canons ou anathé-matismes. Il ne s'agit point d'une liaison entre le droit et le fait. L'orthodoxie ou hétérodoxie d'un texte n'est point le fait. C'est le véritable droit. Ainsi il y a identité et non pas connexion entre les deux choses. Il n'est pas étonnant qu'on ne trouve point la connexion qu'on cherche. C'est l'identité, qu'il ne faut pas laisser échapper. L'illusion prise dans sa source consiste en ce qu'on veut toujours séparer le sens où l'on met le droit, d'avec le texte où l'on met le fait. Mais le sens séparé du texte est une chimère ridicule. Par cette

24 mai 1703 TEXTE 45

distinction on éluderait tous les canons de foi. Le dogme de foi ou point de droit n'est point un sens en l'air et hors de toute parole. Ce qu'on appelle la révélation, le dogme et le droit, est toujours quelque parole ou quelque composé de termes et de sens". Quand on ne va point jusque-là, on n'entend qu'à demi. On est toujours flottant, et ébranlé par les objections.

En un sens cette affaire paraît aller assez bien. Mais en un autre elle va très mal. Beaucoup d'autorité. Nul but, nulle décision claire et précise. Nulle liaison. Nulles mesures entre les chefs pour l'uniformité, ce qui est capital en toute matière, et singulièrement en celle-ci, qui paraît neuve, embrouillée, subtile, pleine d'écueils cachés, et où de mauvaises mains ont gâté l'ouvrage en donnant prise. L'endroit honteux de cette cause est la foi humaine de M. de Péréfixe. Ces mots de M. de Marca, pertinet ad partem dogmatis22, approchent du but. Mais ce n'est pas assez.

Si le bref n'est point accepté, il n'y aura qu'à faire des mandements, sans parler du bref.

M. de Meaux refusera-t-il d'en faire un et de s'expliquer"? J'offre de démontrer que les Jansénistes peuvent prétendre qu'on les persécute injustement, s'il ne s'agit point de la foi", et qu'il n'y a aucun milieu réel entre leur silence respectueux bien entendu, et la foi divine. Ce n'est plus qu'une dispute philosophique, toute séparée de la foi, dès qu'on se retranchera dans une évidence humaine, dont ils offriront de démontrer la fausseté. Ce n'est plus qu'une dispute de logique ou grammaticale. Il est ridicule et odieux tout ensemble qu'elle fasse tant de scandale, et qu'on ait fait jurer tant de gens qu'ils croient ce qui n'est que de raisonnement humain.

Je voudrais bien voir l'Ordonnance de M. de Péréfixe, où il se retranchait dans la foi humaine ecclésiastique. Ce fut une fâcheuse plaie faite à la vraie autorité de l'Eglise.

Plus j'y pense, plus je crois voir clairement que je dois désirer de ne sortir point de mon silence sans les conditions suivantes :

1° Que le Roi invite ou fasse inviter les évêques à faire des mandements; faute de quoi il ne me conviendrait d'en faire un que des derniers, après que tous les autres auraient passé devant".

2° Que le Roi fasse entendre, non dans une lettre, mais par les discours de gens autorisés", qu'il espère l'uniformité, et que le mandement de M. de Chartres est selon l'esprit du Pape, auquel Sa Majesté se conforme; en ce cas tous les évêques ou du moins le torrent prendra le mandement de Chartres pour modèle. Quand le P. de la Chaize le dira à dix ou douze évêques de la part du Roi, et que Mme de Maintenon appuiera en parlant à quelques-uns, tout ira bien.

3° Que je sache bien précisément, et sans danger de variation, par les amis de M. de Chartres, tout ce que son mandement devra contenir, qu'on vous l'explique à fond, et s'il se peut, que vous le lisiez en secret, afin que nous soyons pleinement assurés de convenir dans tous les points importants sur une matière si délicate".

4° Que la publication du mandement de M. de Chartres précède la publication du mien de quelques jours. Je suivrai de près.

Si Dieu voulait que je m'exposasse pour la vérité, je ne devrais pas hésiter un moment à le faire. Mais je ferais encore plus de tort à la vérité qu'à moi, en la disant hors de propos tout seul, le public étant prévenu des sophismes

46 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 mai 1703 26 mai 1703 TEXTE 47

des Jansénistes, et leurs adversaires mêmes me contredisant. En ce cas il vaudrait mieux taire la vérité, que de la commettre.

Pour M. de Chartres il ne me convient point de le rechercher. Il est même important au succès de cette affaire que les protecteurs du Jansénisme ne puissent faire soupçonner au Roi aucune liaison entre nous deux. Mais nous pouvons, sans aucun commerce ni négociation entre nous, faire précisément les mêmes choses pour l'intérêt de la saine doctrine, par les mesures que des amis communs peuvent prendre avec lui et avec moi.

M. Robert me mande que son ami n'a garde de reculer, et qu'ils viendront tous deux au Cateau d'abord après notre concours. Faudra-t-il faire sans vous cette conférence? J 'en serais affligé".

J'attends de vos nouvelles pour savoir ce que pensent précisément MM. de Précelles et Boucher"; ce que M. de Chartres a mis dans sa tête et dans son mandement ; ce que dit M. de Meaux et ce qu'il veut faire, comment il se porte; enfin ce qu'on fera sur la réception du bref, et les autres choses qui mériteront d'être mandées, comme par exemple l'état de l'affaire de Rouen".

Le retour de mon courrier à pied, ou au pis aller le bon Put" nous apportera vos nouvelles là-dessus.

Je croirais très important que vous eussiez une conférence secrète avec M. l'évêque de La Rochelle'. M. Chalmette" lui écrit pour la lui proposer. S'il l'accepte, ayez la bonté de vous trouver au rendez-vous rue du Temple chez M. Chalmette cousin du nôtre. Je ne vois aucun inconvénient que vous vous ouvriez très simplement à ce bon prélat, non seulement sur la doctrine, mais encore sur l'importance extrême qu'on parle avec uniformité, et que nous puissions dire précisément les mêmes choses que M. de Chartres. Afin que nous puissions dire comme lui, il faut qu'il dise bien. Témoignez à M. de La Rochelle combien je révère sa personne. S'il est bientôt sacré, il faudra qu'il se prépare à faire un bon mandement.

Ce qu'il y a de meilleur dans les brefs du Pape'', c'est qu'ils renversent de fond en comble l'objection tirée de la paix de l'Eglise faite en 1669, et de la conduite du S. Siège pour se contenter depuis trente-trois ans du silence respectueux sur le fait de Jansénius. La réponse du Pape décide bien mieux que toutes celles de M. du Mas". Mais ce n'est pas tout que de réfuter et de confondre. Quand est-ce qu'on voudra bien établir, développer, instruire à fond, en posant les principes?

Lisez de tout ceci à M. de La Rochelle et à M. de Précelles tout ce que vous jugerez utile. Outre que je les crois très discrets, très sûrs et pleins de bonne intention, de plus je n'ai aucun mystère à faire de tout ce que je pense.

11 est capital que ni vous ni aucun de nos amis ne puisse être soupçonné ni de discourir, ni de s'intriguer dans cette affaire.

L'abbé de S. Sépulchre" est très mal. Il souhaite ardemment la consolation de voir avant sa mort son prieur en sa place. Le prieur" a beaucoup de mérite. J'écris fortement au P. Magnan", afin que le P. de la Chaize fasse un effort auprès du Roi pour obtenir cette grâce. Je vous conjure de faire en sorte que M. l'abbé de Maulevrier" sollicite vivement. Embrassez-le tendrement pour moi. Je voudrais même que le P. de la Chaize] sût que je vous ai supplié de l'aller voir pour cette affaire où je m'intéresse beaucoup, mais que vous n'avez pas cru le devoir faire dans une conjoncture où il faut ôter tout prétexte de dire que nous nous donnons du mouvement contre les Jansénistes.

Voilà un horrible et sacré libelle. Pardon, mon très cher fils, mille et mille fois tout à vous, comme vous savez.

917. AU CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

A C[ambrayj samedi veille de la Pentecôte 1703 [26 mail.

Je vous avais bien dit, Monsieur, que M. de Bagnols ne se laisserait jamais ébranler au préjudice des règles. Puisque vous êtes demeuré à Bruxelles', n'en partez point, je vous conjure, jusqu'à ce que vous l'ayez engagé à faire partir son avis pour la cour. Il connaît mieux que personne combien la diligence est essentielle pour faire partir cet avis, et il a toute la bonne volonté que nous pouvons souhaiter. Mais vous savez qu'il est accablé d'affaires importantes. De plus il pourrait être surpris par la goutte. Pendant qu'il est en train sur cette affaire, et que vous êtes auprès de lui, pressez-le respectueusement de donner la dernière main à son ouvrage. Ne le quittez point jusqu'à ce qu'il ait achevé. Si vous pouvez parvenir à voir son avis, vous vous servirez de toutes les connaissances que vous avez du détail de l'affaire, pour prendre la liberté de lui représenter vos pensées, en cas que vous trouvassiez quelque difficulté.

Au reste il serait capital qu'il eût la bonté de nous donner dans la suite une copie de son avis. Elle sera un acte très important pour nous dans d'autres contestations semblables. Il faudra même lui demander s'il ne sera point à propos que quelque député aille solliciter à Versailles un renouvellement de l'ancienne défense de payer les rentes que M. de Louvois avait donnée de la part du Roi. M. de Bagnols peut d'autant mieux faire renouveler cette défense, que c'est lui qui l'a fait lever depuis deux ou trois ans'. Si le Roi renouvelle la défense, nos parties seront assez embarrassées.

Je suis toujours, Monsieur, avec beaucoup d'estime et de cordialité parfaitement tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

917 A. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

A Dampierre, le 2 juin 1703.

Dans la pensée qu'il peut y avoir à Paris d'un jour à l'autre quelque voie sûre pour vous écrire, mon très cher Archevêque, j'envoie à tout hasard cette lettre au B.P. Ab.'. Je n'ai point encore eu de ses nouvelles depuis que je lui ai fait remettre en main propre vos deux paquets. Mais votre lettre m'apprend que vous n'êtes ébranlé par aucune difficulté sur l'infaillibilité de l'Eglise touchant les faits doctrinaux, et que vous en croyez même la démonstration aussi claire que courte. Cela m'a fait un grand plaisir. Car il me semblait qu'il aurait manqué à l'Eglise quelque chose de nécessaire pour conserver le dépôt

48 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 juin 1703

de la révélation, si elle n'avait pas eu une autorité infaillible pour décider de tout ce qui y est conforme ou contraire, en quelque auteur qu'il se trouve2; et les propositions que nous vous avons envoyées, nous ont paru prouver sans réplique cette infaillibilité'. Il est étonnant que l'Eglise ne s'en soit jamais expliquée (ce qui vient sans doute de ce qu'il n'y en a pas eu de nécessité jusqu'à présent); et il ne l'est pas moins, non seulement de ce qu'avant l'affaire du jansénisme aucun auteur catholique ne l'a jamais enseignée, mais encore que, depuis cette grande affaire, il y en ait eu si peu qui l'aient soutenue parmi même les adversaires des Jansénistes. Par tout ce qui me revient maintenant, la plus grande partie des évêques et des théologiens tiennent au plus la nécessité d'une soumission du jugement de chaque particulier à celui de l'Eglise, comme infiniment plus clairvoyante, c'est-à-dire, d'une foi simplement humaine'; et il faut, pour les amener plus loin, une lettre pastorale qui prouve l'infaillibilité divine par des raisons claires, décisives et sans réplique. C'est ce que voudra faire M. l'évêque de Ch., et ce qu'il ne fera point'. Le P. Ab. vous en pourra, je crois, mander maintenant des nouvelles plus précises. Mais c'est ce que Dieu vous demande, à ce que je crois.

A mon égard, mon bon Archevêque, je suis pleinement persuadé de tout ce que vous me marquez sur les Jansénistes à la fin de votre lettre. Je vois la nécessité de les décréditer dans le public, en les poussant dans leurs derniers détours, pour les rendre visibles à tout le monde. Je vois aussi qu'on ne peut se fier à eux, et par conséquent qu'on ne doit les laisser en aucune place d'autorité'. Enfin, j'espère que l'éclat que Dieu permet maintenant, à l'occasion du Cas de Conscience, ne finira que par une décision de l'Eglise sur cette importante matière; et rien n'y peut contribuer davantage que le mandement approfondi que vous ferez pour démontrer la vérité, nonobstant l'habitude universelle où l'on est de penser autrement'.

Il serait même à souhaiter que l'Eglise en vînt jusqu'à décider ce qui est catholique, et ce qui ne l'est pas, dans ce qu'on entend par l'expression de grâce efficace par elle-même. Car la délectation victorieuse jansénienne, la prédétermination des nouveaux Thomistes, la congruité même qui emporterait infailliblement par sa nature le consentement de la volonté forment une vraie nécessité qui ôte le pouvoir effectif de dissentirm , et par conséquent la liberté requise pour mériter et démériter. On ne peut donc, ce me semble, éviter une espèce de science moyenne, c'est-à-dire, il faut joindre la prescience de Dieu avec sa grâce, pour former la grâce efficace; et il faut aussi marquer précisément en quel sens elle peut être appelée efficace par elle-même, si l'on veut conserver cette expression, qui (quoique peu ancienne et peu nécessaire) ne doit peut-être pas être rejetée, à cause de l'usage presque universel des docteurs catholiques des derniers siècles, hors les Jésuites'.

Je ne vous parlerai point de l'affaire de M. Coilet 1° ; car notre P. Ab." vous en mandera des nouvelles plus fraîches quand cette lettre partira, et la chose est encore indécise. Mais (entre nous et sous le secret, s'il vous plaît) ayant été engagé à le voir par son archevêque' 2, je l'ai entretenu amplement exprès sur toute la matière pour le sonder; et, quoiqu'il tienne effectivement les principes des nouveaux Thomistes sur la liberté, opposés à ceux de Jansénius, il est pourtant vrai qu'il ne croit pas la doctrine de cet évêque hérétique, parce qu'il y suppose des correctifs suffisants pour la retenir dans des bornes catholiques. Ainsi vous voyez que, si on le pousse jusque-là (et M. l'évêque

4 juin 1703 TEXTE 49

de Chartres n'y manquera pas), il deviendra assez suspect pour n'être pas laissé dans sa place' .

Au reste, mon très bon Archevêque, je n'ai point pensé à vous proposer de venir à Chaulnes '4; mais bien de vous aller voir de là à Cambray ou au Casteau vers la fin du mois d'août. Car, quoique vous ne soyez pas retenu dans les bornes de votre diocèse'', il ne conviendrait pas que vous en sortissiez sans des raisons très fortes; et un petit voyage, ou plutôt une promenade de Chaulnes à Cambray sera sans éclat. Nous en concerterons le temps précis quand il sera plus proche, et nous l'attendrons, Mme de Chevr[euse] et moi, avec toute l'impatience que nous donnent une amitié et un dévouement pour vous sans bornes, en celui à qui tout doit être uniquement rapporté.

918. A L'ABBÉ DE LANGERON

A C[ambrayl 4 juin 1703.

Je commence par vous dire, mon très] c[her] fils, que M. Robert me mande' que le pénultième de mai on a surpris à Bruxelles' le P. Gerberon, le P. Quesnel, et M. Brigode3, et qu'on les a mis dans la tour de l'archevêché par ordre du Roi, après avoir saisi tous leurs papiers. Il ajoute qu'on avait dit que M. Quesnel s'était sauvé par une porte de derrière, mais qu'il croit qu'il a été pris comme les deux autres'. On trouvera apparemment bien des gens notés dans leurs papiers, et il serait capital qu'on chargeât des gens bien instruits et bien intentionnés d'un tel inventaire'. Il faudrait pour bien faire y poser un scellé, et faire transporter le tout à Paris, pour examiner les choses à fond. Je conçois par les choses que M. Robert m'a dites très souvent, que ces gens-là avaient un commerce très vif avec les premières têtes de Paris', et qu'ils savaient beaucoup de choses secrètes, mais de source. Il faudrait' interroger les domestiques et autres affidés de la maison où ils ont été pris, pour savoir où sont tous leurs papiers; car des gens précautionnés et accoutumés à l'intrigue auront selon toutes les apparences mis dans quelque autre lieu écarté et de confiance, les choses les plus capitales'. Voilà notre entrevue du Casteau rompue'.

Le mémoire latin que vous m'avez envoyé ne m'a paru qu'un galimatias. Mais je me suis défié de ma pensée '°. Je l'ai montré à Panta et à M. Chalmet, qui en jugent encore plus désavantageusement que moi. On ne peut rien faire avec de tels raisonneurs, s'ils ne se réduisent à un parti clair et décisif. Ils sont entêtés de leur foi humaine, qui est insoutenable, et contre laquelle leurs adversaires feront sans peine les plus fortes démonstrations. L'autorité des brefs, des arrêts, des lettres de cachet, ne suppléeront jamais. On est toujours bien faible, quand on se met dans le tort. Cinq cents mandements, qui demanderont la croyance intérieure, sans rien développer, sans rien prouver, sans rien réfuter, ne feront que montrer un torrent d'évêques courtisans. On n'a déjà que trop vu de ces sortes de placards ". Ce n'est pas établir l'autorité, c'est l'avilir et la rendre odieuse. C'est donner du lustre au parti persécuté. Il ne faut des coups d'autorité que contre les principales têtes, pour abattre les chefs du parti. Encore ne le faut-il faire qu'en bornant le Roi à appuyer le Pape, et on ne doit jamais frapper qu'à mesure qu'on instruit. Si on peut

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7!'

50 CORRESPONDANCE DE FENELON 4 juin 1703 6 juin 1703 TEXTE 51

trouver des gens comme M. Boileau, M. du Gué" et le P. de la Tour '3, dans les papiers saisis à Bruxelles, il faut les écarter, et ôter toute ressource de conseil à M. le cardinal de Noailles. Si M. l'archevêque de Reims n'est pas attaqué sur sa lettre à M. Vivant 14, il faudrait au moins lui faire dire d'aller résider dans son diocèse ". Les docteurs du parti seraient étonnés faute de chef. Vous me direz que tout cela ne leur fera pas changer de sentiments. J'en conviens. Mais, d'un côté, cela les découragera pour les occasions, où l'on pourrait avoir besoin de faire délibérer la Faculté. D'un autre côté, cela changera la face des études. La mode ne sera plus pour les jeunes gens décidés par la faveur, de se jeter dans les principes de cette cabale abattue. Enfin cela encouragerait Rome, qui a besoin d'être encouragée. On peut juger de ce que fera ce parti si jamais il se relève, puisqu'il est si hardi et si puissant, lors même que le Pape et le Roi sont d'accord pour l'écraser '". Un homme du parti que vous connaissez ici, me disait il y a trois jours : Ils ont beau enfoncer. Plus ils chercheront, plus ils trouveront de gens attachés à la doctrine de S. Augustin. Le nombre les étonnera.

Vous ne me mandez rien ni de la santé de M. de Meaux, ni de ses opinions, ni de son procédé, ni du parti qu'il prendra pour se déclarer par quelque acte public. Si on fait des mandements, il faudra bien qu'il parle, ou que son silence découvre son fond '11.

Je travaille à un projet de mandement, et je fais une grande attention à toutes les vues que vous me donnez. Mais je ne puis épuiser toutes les objections tirées des monuments de l'antiquité: ce serait un gros livre. Il faut seulement donner des principes généraux et en faire l'application à quelque point principal. Je puis ajouter que si ces principes sont contestés, j'offre de montrer la vérité en détail à ceux qui les contesteront. J'avoue qu'un mandement ou ordonnance peut avoir une certaine étendue au-delà des bornes ordinaires. Mais il ne faut pas pousser cela trop loin, ni faire un gros livre, qui courrait risque d'en être moins lu, et moins entendu du public. Dès que cet ouvrage sera achevé je vous l'enverrai".

Je suis ravi de ce que M. de la Tour pense bien, et veut bien inculquer les choses à M. des Prez". Il faut de plus en plus le soutenir, et faire entrer dans les vrais principes M. de Précelles. Mais je vous recommande deux choses, mon très cher fils. La première est de ne vous commettre' en rien. Comptez qu'en cette conjoncture on vous observera plus que jamais, qu'on serait ravi d'avoir un prétexte de donner une nouvelle scène, qui fît diversion, et qu'on soupçonnerait même très facilement que c'est moi qui attise le feu

en secret. Ainsi ne faites aucun pas que pour le vrai besoin. Bornez-vous à. parler de temps en temps à M. de la Tour pour M. des Prez, et à M. de Précel-

les. Ma seconde demande est qu'il paraisse bien clairement à M. de Précelles

et à M. de la Tour que je cherche pour le seul intérêt de la vérité, de m'assurer d'une conformité de principes dans les mandements, mais que d'ailleurs je

ne recherche ni négociation, ni liaison personnelle, ni aucune des choses qui

tendent à quelque renouement. Mandez-nous, dès que vous le pourrez et comme vous le pourrez en termes mystérieux sans apparence de mystère, ce

que M. de Précelles aura dit sur moi, et ce qu'on lui aura répondu". Le capital est qu'on entre bien dans le vrai principe. La raison du canon est bonne. Mais il faut remonter jusqu'au principe; faute de quoi le canon ne prouverait pas plus que le reste".

Ce qui m'embarrasse, c'est que je sors d'une nombreuse ordination dont les examens m'ont tenu longtemps, et que je tombe dans un concours très pénible où j'aurai plus de trente-six cures à donner, et plus de six-vingts concourants". Cela me reculera encore de dix ou douze jours au moins.

N'oubliez pas de faire savoir au bon duc" et au P. de la Chaize ce qu'on doit chercher dans les papiers saisis à Bruxelles. Ce coup joint à la déclaration imprimée du Pape sur l'archevêque de Sébaste", va consterner tout le parti dans les Pays-Bas. Ils disent que le Pape s'expose à causer un schisme.

Mille compliments du fond du coeur à Made de Langeron, dont la santé et la consolation me sont très chères. La pauvre Princesse", dont vous savez que la conduite n'est pas toujours bien régulière, a trouvé un mâtin, dont elle aura bientôt postérité. Il faut attendre après sa couche pour l'envoyer à son futur maître que je salue, et que je voudrais bien embrasser.

L'abbé de Saint-Sépulchre est mort avec un courage simple et une paix dont je suis plus édifié que je ne le puis dire. Je vous conjure de remuer M. l'abbé de Maulevrier, le P. Magnan, et l'arrière-ban de la Société, pour procurer sa place à son prieur, qui a un vrai mérite, et de qui j'espère de grands biens pour cette maison". Mille assurances d'amitié et de sincère attachement à M. l'abbé de Maulevrier.

Bonsoir, mon très cher fils. Je crains bien que nous ne nous verrons pas si tôt. Mais la volonté de Dieu] soit faite. Les bras du véritable amour sont bien longs pour s'embrasser de loin. Cet amour immense rapproche et réunit tout. Vous verrez ma lettre à la bonne duchesse" selon les apparences; montrez-lui celle-ci. Qu'elle suive en toute liberté son coeur pour le voyage de Cambray.

J'ai reçu et lu le Commonitorium de M. de Précelles envoyé à Rome". Je ne saurais entrer dans ses opinions, et il me semble que je les réfuterais sans peine.

Renvoyez-moi, par la première occasion, ma dissertation, dont j'ai besoin pour mon travail.

919. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambraij 6 juin 1703.

Je suis très sensible, Monsieur, aux peines, que l'amitié, et la bonté de coeur vous font ressentir. J'avoue néanmoins que je suis fort soulagé d'apprendre, que vous n'avez nul sujet d'inquiétude sur tout ce qui est arrivé'. Il faut adorer Dieu dans tous ses desseins, et compter qu'il tirera quelque bien, de tout ce qui entre dans l'ordre de sa providence. Continuez, je vous prie, à me mander ce que vous saurez, et à me faire part de vos peines. Quand vous voudrez nous venir voir, je serai ravi de vous entretenir cordialement et de vous témoigner combien je vous aime'.

Ayez la bonté, s'il vous plaît, de parler promptement à M. Fleuru' pour l'affaire du curé d'Harvant4. Il y a longtemps qu'on devrait nous avoir produit les nouveaux faits, pour lesquels on a demandé une plus ample information. Ce retardement, comme vous le remarquez, est très nuisible à la paroisse. Il n'est point permis de demander à être admis à preuve, et de ne

52 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 juin 1703 24 juin 1703 TEXTE 53

prouver point. Quelque coupable que pût être le pasteur, on ne doit pas le laisser languir dans cette suspension, et nous ne devons pas lui refuser prompte justice. Enfin le concours est une occasion, que nous ne devons pas perdre. Si ce pasteur est coupable, comme on le prétend, je ne dois pas lui confier un autre troupeau. Mais si les informations ne prouvent point les principaux faits, il est capital de le faire passer à l'occasion de ce concours dans une autre cure. Je demande donc en toute diligence, ou une information concluante, ou un aveu qu'on ne peut la produire, afin que j'admette ce pasteur au concours. Quelque égard que j'aie pour M. Fleuru, je ne puis plus retarder. Très prompte réponse, s'il vous plaît.

Vous savez avec quels sentiments je suis à jamais tout à vous.

FR. ARCH. Duc DE CAMBRAY.

920. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 10 juin 1703.

Je vous envoie, Madame, une lettre que j'ai reçue pour vous. Je ne vous l'envoyai point hier, parce que j'espérais de vous l'aller rendre moi-même. Mais diverses occupations m'en ôtèrent la liberté. Me voilà embarqué dans notre concours' : pendant qu'il durera je serai presque hors d'état d'aller chez vous. Mais je ne laisserais pas de le faire, dès que je saurais que vous auriez le moindre besoin de moi. Je souhaite que ce besoin n'arrive pas, et que Dieu vous suffise sans sa petite et inutile créature. La simplicité de l'amour porte avec soi quelque chose qui se suffit à soi-même, et qui est un commencement de béatitude. Malheur à qui trouble cette simplicité par des réflexions d'amour-propre. Donnez-moi de vos nouvelles sans songer à ce que vous me manderez. Ce sont là les bonnes lettres.

921. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 12 juin 1703.

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, à quel point je suis touché de votre confiance, et édifié de vos sentiments. Je plains vos amis et je prends une extrême part à votre douleur. Je voudrais que vous pussiez venir vous consoler avec nous après notre concours'. Vos amis étaient depuis longtemps dans un état de précaution, d'alarme, et de contrainte, qui était très pénible, et qui les rendra un peu moins sensibles à leur captivité. Plût à Dieu que je pusse les voir. Je leur dirais, suivant l'ouverture qu'ils voudraient bien me donner, tout ce que je pense. Quoique nos sentiments soient très éloignés, je suis persuadé qu'ils seraient contents de mon amitié, et de ma bonne foi. N'étant point à portée de leur procurer aucune consolation, au moins je ne cesserai de prier pour eux. Si on leur donne toutes les commodités corporelles, avec de bons livres, ils adouciront leur captivité. Ils sont accoutumés à la solitude, et à la lecture. Mais tout cela ne diminue point ma peine sur leur état, qui est triste, et affligeant'.

Ne pourrait-on point m'envoyer l'exemplaire, que vous me mandez qu'on avait destiné pour moi? Je ne ferais pas semblant de savoir ni d'où, ni par où il me viendrait. On pourrait me l'envoyer, sans que personne parût en avoir été chargé. Je ne dirais même rien de cet ouvrage, à moins qu'il ne devînt public', et alors je ne commettrais jamais, ni ceux qui m'ont voulu envoyer cet écrit, ni ceux par qui il me serait venu.

Je crains que les affaires de Hollande n'aboutissent à un schisme'. Mon Dieu que la simplicité et la docilité à l'égard de l'Eglise sont nécessaires. La science et le raisonnement sont de grands pièges, quand on ne préfère point l'autorité de l'Eglise à son propre sens.

Bienheureux les pauvres d'esprit'. Prions, humilions-nous, défions-nous de notre sagesse et de notre zèle. Soyons de ces petits, en qui le Père se complaît'. Mille fois tout à vous, Monsieur, et sans réserve.

F. A. D. C.

922. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche, jour de la S. Jean [24 juin] 1703.

J'ai plusieurs carrosses et huit chevaux qui ne font rien. Le temps ne me permet pas d'aller me promener. De plus je n'y vais jamais qu'à deux chevaux. Ainsi je puis vous en prêter six avec un carrosse, sans me priver de rien pour mes promenades. Si vous n'acceptez pas cette offre, ma chère fille, je bouderai longtemps.

Puisque vous êtes emmaillotée, pourquoi n'êtes-vous pas petit enfant? Voulez-vous n'avoir de l'enfance que le maillot? Il en faut avoir la simplicité'. Votre amie' est bonne selon son degré. Mais il faut aimer D[ieu] plus qu'elle. Il vous veut dans la liberté de votre solitude. Il ne vous appelle point à la conduire. Il ne souffre point que vous vous gâtiez, et que vous la gâtiez pour contenter son amour-propre, et le vôtre par contre-coup. Demeurez donc en paix dans votre petit désert. Contentez-vous de la consoler et de l'édifier sans aucune suite de soins, quand elle vous va voir. Le surplus ne serait qu'un ragoût d'amour-propre pour vous et pour elle.

Pour moi souvenez-vous que je ne vous suis donné que pour vous appauvrir et vous dénuer 3. Vous voudriez vous trouver en D[ieu} toute parfaite, toute digne de lui, toute pleine d'amour, et sans aucun défaut: mais il faut dire à la vue de l'Epoux comme saint Jean: Il faut qu'il croisse et que je diminue'. Je ne vous suis bon qu'à vous faire décroître, qu'à vous rapetisser, qu'à vous accoutumer au vide, au néant, à porter les privations en pure foi. Quand vous y serez accoutumée, vous reconnaîtrez que ce n'est pas l'amour de Dieu, mais celui de nous-mêmes, qui nous rend si délicats et si désolés, dès que nous ne sentons pas en nous l'abondance spirituelle.

Dieu vous bénisse, et vous apprenne à être en paix, sans paix sensible et goûtée. Tout le reste est plus imagination que réalité d'amour et de foi.

1%.

54 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 juillet 1703

923. A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN

A Cambray, 2 juillet 1703.

J'avais supposé, ma Rde Mère, que vous vous croiriez suffisamment avertie des termes dans lesquels nous devons payer les deux semestres de notre subvention ecclésiastique. C'est depuis le commencement de juin jusqu'à la Saint-Jean pour le premier, et depuis le commencement de décembre jusqu'à Noël pour le second, tant que nous serons dans la nécessité de soulager par ce secours les besoins de l'Etat.

J'avais donné le même avis à tous les contribuables dans ma dernière lettre circulaire. Cependant vous êtes en défaut ainsi que plusieurs autres depuis la Saint-Jean. Je vous supplie, ma Rde Mère, de réparer en bref ce mécompte et de faire en sorte qu'il n'arrive plus pour les paiements que nous devons faire à l'avenir. Epargnez-moi, s'il vous plaît, la peine de vous importuner et tenez-vous avertie une dernière fois pour toujours.

Je suis avec le zèle le plus sincère, ma Rde Mère, très parfaitement tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY. 9 juillet 1703 TEXTE 55

quoque annexa prœfatis chartis mihi a beatissimo Papa exhibitis prolixa epistola inedita D. episcopi Carnotensis ad D. comitissam de Maintenon directa super ejusdem arresti injustitia4. Nudiustertius sanctissimus Pontifex me, ut ipsum adirem, admoneri jussit, statimque in ornatissimas laudes ac momentosa verba ex intimo ejus cordis derivata, de illustrissima vestra persona, probitate, doctrina, ac memoratis vestris lucubrationibus, quas semel atque iterum se cum ingenti admiratione legisse constanter contestabatur, effusus est; adjiciens, se pluries voluisse transcribere puicherrimam illam vestram epistolam5, et mihi expresse prœcepit, ut eadem scripta in loco tuto apud me reconderem, ad ejus nutum ipsi reddenda, et hœc omnia significa-rem Dominationi vestrœ una cum apostolica benedictione, quam vobis amantissime impertiebatur. Ex hinc facile conjiciet Dominatio vestra illus-trissima, quanto in pretio apud summum Pontificem et apud me sint dignis-sima vestra persona, spectatissima morum innocentia, et eximia sapientia, cujus partus erunt semper utrique maxime admirationi et consolationi, atque adeo nunquam non desiderandi et gratissimi: quos dum anxie prœsto-lor, coli cupio vestris jussionibus, ut factis ipsis profitear esse Dominationis vestrœ illustrissimœ et reverendissimœ servitor verus.

Rome, die 9 Julii 1703.

923 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[9 juillet 1703].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Litteras et lucubrationes Dominationis vestrœ 1 illustrissimœ consueta delectatione atque admiratione evolvi, tantaque in iterata earum considera-tione perfusus sum jucunditate, ut illam in sinu meo continere nequiverim; sed ejusdem compotem fieri summum Pontificem, illiusque oculis hunc dignissimum fetum vestrœ eximiœ eruditionis (quam ab ipso summopere suspici, eumque de ea mirifice oblectari, jamdiu novi) subjicere voluerim. Quamobrem non modicum sivi elabi tempus, ut opportunam ipsum allo-quendi nanciscerer occasionem, qua arrepta eidem, proemissis debitis caute-lis, obtuli disertissima vestra scripta, que ipse libentissime et benevolentis-sime recepit, stibdens, se eadem, cum primum per gravissimas assiduasque occupationes liceret, perlecturum, non quidem per transennam et perfunc-torie, sed maturo judicio, et considerate, mihique suum sensum super iisdem indicaturum, ut eumdem Dominationi vestrœ illustrissime patefacerem; ac deinde mihi legendum dédit Mandatum D. episcopi Claromontani adversus famosum Casum conscientiae, quod Mandatum erat typis impressum una cum Brevi pontificio. Exhibuit quoque arrestum Parlamenti Parisiensis' evulgatum contra idem Mandatum et Breve, quod sanctissimus Pontifex molestissime tulit, et jure merito de eo arresto gravissime conquestus est; mihique paucis abhinc diebus retulit, Status Hollandiœ nuper contra Breve pontificium de novo vicario apostolico pro illis regionibus constituendo edi-tum promulgasse arrestum, in quo iidem hœretici declarabant, se in eo actu secutos praxim Parlamenti Parisiensis, ejusque vestigiis institisse3. Erat J.M. CARD. GABRIELL1US.

923 B. LE CHANOINE FR. DE HAZE' A FÉNELON

Bruxelles, 9 de juillet 1703.

Monseigneur,

Par la procure que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'envoyer, j'ai été passer les dîmes avec les sieurs Demané et Haze lesquels nous avons tâché de passer avec le plus grand profit de Votre Grandeur. Mais les pluies continuelles et extraordinaires qui se font en ce pays sont cause que la récolte ne sera pas abondante. Outre le vil prix du blé, les tailles extraordinaires et le voisinage de l'armée qui ont commencé à fourrager après sont les raisons que nous n'avons pas pu les louer aux prix ordinaires; les voisins comme Messieurs de la Métropole de Malines, et autres qui ont leurs dîmes, les ont louées beaucoup moins que l'année passée'. Votre Grandeur verra les prix par la liste qui suit, savoir :

la dîme de Notre-Dame de Wawer louée pour le prix de 550 florins

Ste Catherine* 570

Put 5 600

1tegem' 50

56 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Eté 1703?

En outre le deux soub. aux florins pour le vin, qui font :

pour celle de Notre-Dame de Wawer 55 florins

Ste Catherine 57

Put 60

I teghem 5

Nous n'avons pu passer les dîmes qui sont à Castel' et lieux voisins, parce que l'armée ennemie y est campée, et selon toute apparence pourront être fourragés s'ils y restent longtemps. Sinon, on pourra y aller visiter si il y a espoir de dépouiller quelque chose. Votre Grandeur pourra prendre ses mesures là-dessus et croire que je suis, avec tout le zèle et tout le respect possible, Monseigneur, de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur.

F. DEHAZE.

30 juillet 1700 TEXTE 57

Mandez-moi très exactement et très précisément, je vous prie, si vous vous en souvenez, tout ce que vous pouviez avoir écrit à vos amis de Bruxelles par rapport à moi. On prétend avoir trouvé mon nom dans leurs lettres d'une manière qui ferait entendre beaucoup de liaison et de confiance'. Vous savez mieux que personne combien nous étions éloignés de cette situation: Ce serait une chose assez plaisante' qu'on me fît janséniste à la cour, où toutes ces choses sont examinées de près. Ne parlez, s'il vous plaît, de tout ceci à personne, sans aucune exception.

Je suis sans réserve tout à vous pour toujours. Cupio te in visceribus Christi Jeste.

926. A I.A COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] lundi 30 juillet 1703.

924. A L'ABBÉ DE LANGERON (?)

{Eté 1703?).

Je voudrais bien, mon cher abbé', que M. des Prez' fit une grande attention à l'Addition sur l'Histoire du Nestorianisme': elle est très importante. Il faudrait même savoir par qui cet ouvrage a été approuvé. Je voudrais bien que vous pussiez m'envoyer* les objections de M.B. S en les réduisant à un seul argument en forme'.

J'ai vu, il n'y a pas longtemps, une Théologie assez nouvelle d'un père de l'Oratoire nommé Jiiennin7, qui mériterait un grand examen. Elle est répandue partout, principalement à Paris, où elle a été imprimée et approuvée'. Il faudrait' aussi examiner le livre du P. Quesnel approuvé à Chaalons'°.

Je voudrais ravoir au plus tôt mes deux dissertations dont j'ai besoin pour achever mon travail. On pourrait les renvoyer par un cocher du carrosse, avec parole qu'on lui donnerait ici un écu.

925. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Cambrai] 12 juillet 1703.

Je vous envoie, Monsieur, la permission pour la chapelle de M. de Marque'. Le départ de M. des Anges, qui est allé en Normandie pour six semaines, et un petit voyage, que j'ai fait au Quesnoy, ont été cause du retardement. Je ne négligerai jamais volontairement aucune affaire, à laquelle vous vous intéresserez.

Il me paraît que vous ne devez pas nous venir voir si tôt. Quand je vous verrai, je vous en dirai les raisons. Mon inclination serait toute entière de vous voir dès à présent. Mais je crois qu'il faut attendre un peu. Je vous le manderai, sans perdre un moment, dès que les raisons de s'en abstenir auront cessé'.

Il y a longtemps, ma chère fille, que rien ne m'a fait un plus sensible plaisir que votre lettre d'hier. Elle vient d'un seul trait, comme vous le dites. C'est ainsi qu'il faut s'épancher sans réflexion. II faut vous accoutumer à la privation. La grande peine qu'elle cause montre le grand besoin qu'on en a. Ce n'est qu'à cause qu'on s'approprie la lumière, la douceur et la jouissance, qu'il faut être dénué et désapproprié de toutes ces choses. Tandis qu'il reste à l'âme un attachement à la consolation, elle a besoin d'en être privée. Dieu goûté, senti, et bienfaisant, est Dieu. Mais c'est Dieu avec des dons qui flattent l'âme. Dieu en ténèbres, en privations, et en délaissements, est tellement Dieu, que c'est D[ieu] tout seul, et nu pour ainsi dire. Une mère qui veut attirer son petit enfant, se présente à lui les mains pleines de douceurs et de jouets. Mais le père se présente à son fils déjà raisonnable, sans lui donner aucun présent. Dieu fait encore plus; car il voile sa face, il cache sa présence, et ne se donne souvent aux âmes qu'il veut épurer, que dans la profonde nuit de la pure foi '• Vous pleurez comme un petit enfant le bonbon perdu'. Dieu vous en donne de temps en temps. Cette vicissitude console l'âme par intervalles, quand elle commence à perdre courage, et l'accoutume néanmoins peu à peu à la privation. Dieu ne veut ni vous décourager, ni vous gâter. Abandonnez-vous à cette vicissitude, qui donne tant de secousses à l'âme, et qui en l'accoutumant à n'avoir ni état fixe ni consistance, la rend souple, et comme liquide pour prendre toutes les formes qu'il plaît à Dieu. C'est une espèce de fonte du cœur'. C'est à force de changer de forme, qu'on n'en a plus aucune à soi. L'eau pure et claire* n'est d'aucune couleur ni d'aucune figure: elle est toujours de la couleur et de la figure que lui donne le vase qui la contient. Soyez de même en Dieu.

Pour les réflexions pénibles et humiliantes, soit sur vos fautes, soit sur votre état temporel, regardez-les comme des délicatesses de votre amour-propre. La douleur sur toutes ces choses est plus humiliante que les choses mêmes. Mettez le tout ensemble, la chose qui afflige avec l'affliction de la chose, et portez cette croix sans songer, ni à la secouer, ni à l'entretenir. Dès que vous la porterez avec cette indifférence pour elle, et cette simple fidélité pour Dieu, vous aurez la paix, et la croix deviendra légère dans cette paix toute sèche, et toute simple. Mandez-moi votre fond. Envoyez-moi tout votre

58 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 août 1703

coeur. Ne craignez de me demander ni visite, ni lettre, ni autre chose plus forte. Tout est à vous sans réserve en Moire] S[eigneur].

927. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrail 5 août 1703.

J'ai reçu, Monsieur, votre dernier paquet. J'avais déjà l'ouvrage. Mais un second exemplaire me fait un sensible plaisir, et je vous en remercie de tout mon coeur'. Je vous avoue que l'auteur ne m'y paraît point avoir levé les véritables difficultés. Je me flatte que vous en conviendriez, si nous lisions l'écrit ensemble; tant je vous crois droit, et en garde contre toutes les préventions d'amitié. Quelque envie que j'eusse de vous voir et de vous consoler, je ne veux point que vous veniez ici dans la conjoncture présente. Le voyage pourrait vous commettre', et du côté de vos amis, et du côté des autres. Beaucoup de gens se sont imaginé que j'ai voulu favoriser en votre personne et en celle de vos amis, tout le parti janséniste. Vous savez mieux que personne combien j'ai toujours été éloigné des opinions de vos amis. Je sais aussi combien vous aviez de répugnance à penser comme eux, et je ne douterai jamais de votre parfaite sincérité'. Pour moi je cherche également et la douceur pour les personnes, et la fermeté pour le fond de la doctrine, sans y admettre aucun adoucissement équivoque. Je prie Dieu] qu'il vous console, et qu'il vous remplisse de son esprit. Vous ne sauriez pousser trop loin le silence et la cessation de tout commerce à Louvain et ailleurs; car on est attentif à tout ce qui vous touche. Mais ne cessez point de me donner de vos nouvelles. Je n'ai jamais été avec une estime plus cordiale, qu'à présent, Monsieur, tout à vous en Notre] S[eigneur].

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

927 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Marly le 6 août 1703.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'aviez fait l'honneur de m'écrire le 3e de ce mois sur la dispense de bans que vous demande Made la marquise de Merode frelon pour le mariage de Made sa fille aînée avec Mons' le Duc de Holstein'. J'en ai rendu compte au Roi qui m'a ordonné de vous faire savoir que vous pouvez la lui accorder. Je suis très parfaitement... 8 août 1703 TEXTE 59

928. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Crambraij mercredi 8 août 1703.

M. le comte de [Montberonj ' vient de me soulager le coeur, en m'assurant, ma chère fille, que vous êtes, aujourd'hui plus tranquille. Dieu en soit béni. Je suis trop sec, trop distrait, trop occupé d'ailleurs, trop peu compatissant. Mais j'ai bonne volonté, et les moindres rayons de consolation que j'entrevois en vous, me donnent une joie que je ne puis vous exprimer. Dieu nous a unis en lui. Supportez-moi et soyez persuadée que vous ne sauriez me fatiguer. Vous ne m'échapperez point, et D[ieu] ne le permettra pas. J'ai reçu une lettre de Mad. la D. de M [ortemarit z pleine des choses les plus fortes, et les plus cordiales pour vous.

929. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai) 8 août 1703.

Je vous renvoie, Monsieur, la lettre que vous avez bien voulu me confier. Je ne ferai jamais aucun usage de votre confiance, que conformément à vos intentions. La chose sur laquelle vous me demandez ma pensée, n'a en soi rien de mauvais. On peut toujours dire la vérité sur un fait dont on est témoin. Mais il faut examiner s'il est utile à vous et à votre prochain de rendre ce témoignage '. Vous êtes observé de près'. Cet homme ne veut une lettre de vous, que pour en faire part à ses amis, et les soulager dans leur peine: l'usage nécessaire de votre lettre la rendra publique. Vous savez ce que devient un secret, quand il est dans les mains de tant de personnes liées ensemble. La publication de votre lettre ferait un grand éclat: vous en comprenez facilement les suites. Pour l'homme qui vous écrit, cet éclaircissement ne doit pas lui être utile, comme il se l'imagine. Par exemple, s'il ne veut signer, ou persuader aux autres de signer, que sur l'autorité de M. Arnauld, j'avoue que je ne saurais approuver ni excuser de telles signatures. Elles n'ont ni le vrai motif de docilité pour l'Eglise, ni la pleine sincérité qui est essentielle à de tels actes. Un homme voit d'un côté l'Eglise, qui exige la signature pure et simple; d'un autre côté il veut savoir ce que M. Arnauld a pensé là-dessus, et l'avis de M. Arnauld est précisément ce qui le décidera pour obéir ou pour n'obéir pas à l'Eglise. J'avoue que j'aime mieux qu'on ne fasse point un tel acte, que de le voir faire avec des restrictions ou distinctions mentales, et plutôt sur la décision de M. Arnauld que sur celle de toute l'Eglise. Enfin j'avoue que je ne comprends point la décision de M. Arnauld'. Avant le bref d'Innocent XII, qui explique le sensus a Cornelio Jansenio intentus par le sensus obvias, M. Arnauld croyait qu'il n'était pas permis de signer sans restriction du fait, parce qu'il croyait que le livre de Jansénius ne contenait point une doctrine hérétique. Depuis ce bref, il n'avait point changé d'avis sur le livre de Jansénius ; il n'avait point rétracté tous les écrits faits pour prouver que Jansénius avait parlé comme S. Augustin, et qu'il n'était pas permis de signer avec restriction mentale ce qu'on ne croyait pas. Innocent XII n'a fait qu'expliquer que ce qui était nommé par Alexandre VII, dans

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60 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 août 1703

le Formulaire, le sens de l'auteur, est le sens de l'auteur dans le livre, c'est-à-dire, le sens véritable, propre, naturel et littéral du texte'. Pour tout le reste, Innocent XII confirme tout ce qu'Alexandre VII a fait et exigé. En vérité, par quelle direction d'intention M. Arnauld pouvait-il croire qu'on pouvait signer, dans une profession de foi, qu'on croyait que le texte de Jansénius contenait cinq hérésies dans son sens propre, véritable, naturel et littéral, quoiqu'on n'en crût rien? Vous savez ce que je vous ai dit souvent. Je suis très compatissant pour ceux qui se trompent, même dans les dogmes de foi, pourvu que je trouve deux choses en eux. La première est la bonne foi; la seconde est la soumission sans réserve à l'Eglise. Mais je déplore ce qui arrive presque toujours. D'abord on abonde en son sens; on est animé par le zèle de tout un parti: on s'embarque; on ne croit pas pouvoir reculer. On est condamné; on se trouve entre l'amour de son opinion, qu'on croit le pur dogme de S. Augustin, et l'autorité de l'Eglise, qui condamne ce qu'on soutenait: on se lasse de souffrir; on prête peu à peu l'oreille aux tempéraments qu'on rejetait d'abord avec indignation; on veut sauver son dogme, et n'avoir pas contre soi les anathèmes de l'Eglise; enfin on se résout à croire que ce qui paraissait autrefois trahir l'Eglise et la vérité, par une restriction mentale, est une soumission sincère et légitime. Pour moi, je trouve que le sensus obvius n'a rien changé d'effectif. Personne ne pensait et ne pouvait penser, qu'il fût question de l'intention personnelle de Jansénius'. Il ne s'agissait de lui, qu'en tant qu'il était l'auteur d'un tel texte. D'ailleurs le bref d'Innocent XII ne changeait en rien la doctrine de Jansénius. Si elle était augustinienne avant le bref, elle ne l'était pas moins depuis le bref publié: on ne pouvait donc pas signer après le bref, avec plus de sincérité qu'auparavant. Toutes ces contorsions du Formulaire ne me paraissent ni simples ni droites. Ceux qui sont les plus fermes dans leur résistance, sont ceux dont je me sens le moins éloigné'. Je serais bien fâché que vous vous exposassiez à de fâcheuses recherches', pour faciliter à des personnes ébranlées, des signatures captieuses et pleines de restrictions mentales. Voilà devant D[ieu] ma pensée. Je plains ceux qui sont en cet état ; mais je ne vois rien de bon, que l'absolue soumission et la docilité sans réserve pour l'Eglise. D[ieu] ne bénira jamais le reste; et c'est ce qui me fait le plus craindre pour tant de gens, qui paraissent d'ailleurs si réformés dans leurs moeurs, et si zélés pour ce qu'ils croient être la doctrine de S. Augustin.

Je vous conjure de consulter, sur le mémoire ci-joints, M. votre frère' et M. Rollé'°, pour me mander en secret leur avis.

Mille fois cordialement tout à vous, Monsieur.

930. AU MÊME

[8 août 1703] (fragment).

M.A. croyait-il que ce texte contînt effectivement dans son sens propre, véritable et naturel ces cinq hérésies? Avait-il changé d'avis là-dessus? N'aurait-il pas dû avouer humblement à toute l'Eglise qu'il s'était détrompé à cet égard? D'ailleurs croyait-il qu'on pût jurer que l'on croyait ce texte hérétique, supposé qu'on ne le crût pas'?

8 août 1703 TEXTE 61

Il est évident que le bref d'Innocent XII ne changeait rien de réel', et ne levait aucune des difficultés que M.A. avait faites cent et cent fois au nom de tout son parti pour la restriction du fait, contre la signature pure et simple. Clément IX ne demandait pas plus qu'Innocent XII la persuasion sur la pensée personnelle de Jansénius'. Il ne s'agissait que du sens exprimé par l'auteur dans son texte. Ainsi il s'ensuivrait de l'avis de M.L. dont vous assurez avoir été témoin', que les quatre évêques, au lieu d'exprimer par des procès verbaux cachés dans leurs greffes la restriction du fait, auraient dû signer et faire signer sans restriction comme tous les autres évêques dans des mandements publics; car certainement Clément IX n'aurait jamais refusé de dire aussi bien qu'Innocent XII qu'il ne prétendait point juger infailliblement du secret du coeur de Jansénius, mais seulement du sens véritable et naturel qu'il a exprimé dans son texte. Pourquoi donc vouloir croire et faire entendre au monde que l'Eglise se relâche et recule, quand elle ne le fait point, et déclare si hautement qu'elle ne le veut pas faire' ? Ne vaudrait-il pas mieux avouer humblement qu'on recule soi-même, qu'on ouvre enfin les yeux, et qu'on est prêt à réparer le scandale d'une si longue désobéissance par une signature sans restriction?

Faut-il nommer les choses par leur nom? on commence par supposer qu'on entend parfaitement le texte de S. Augustin et celui de Jansénius. On est soutenu et animé par un puissant parti. On méprise ses adversaires. On abonde en son sens. On croirait même trahir la vérité, si on déférait aux sentiments qu'on veut réfuter. Dans la suite on est condamné, on se trouve poussé à l'extrémité entre la doctrine qu'on suppose être celle de S. Augustin, et l'anathème de toute l'Eglise. On ne peut se résoudre à abandonner son propre sens, que l'on veut toujours confondre avec celui de S. Augustin, et on aurait horreur de rompre le dernier lien de l'unité. Dans cette lassitude, on prête enfin l'oreille à des tempéraments qu'on rejetait d'abord avec indignation; on reçoit tout sans rien croire'. On se fait catholique par un sens, qu'on croit ridicule in sensu thomistico, c'est-à-dire dans un sens, dont on se moque, et qu'on ne croit pas même un sens'. On va jusqu'à dire que le sens hérétique, qui n'était dans l'écrit à trois colonnes qu'un sens étranger, forcé, malignement imputé au texte de Jansénius et qu'il n'a point, quand il est pris, comme il doit l'être, est maintenant le sens naturel, propre et littéral du texte, sensus obvius8. On change ainsi dans le point essentiel, en soutenant toujours qu'on ne change point, et se récriant contre l'oppression que l'on souffre.

(Je vous l'avoue devant Dieu) ce que je crains le plus pour ces Mrs c'est de les voir jurer qu'ils croient ce qu'ils ne croient point. Leur zèle pour la discipline, la régularité de leurs moeurs, leur vivacité contre le relâchement, et surtout contre les restrictions mentales ne m'édifient point, pendant que je les vois penser d'une façon, jusqu'au point de me l'avouer, dès qu'ils me parlent librement, quoiqu'ils signent et jurent d'une façon toute opposée. Ils n'ont commencé cette guerre, il y a 60 ans, que pour ne faire pas ce qu'ils font maintenant, et ils le font enfin aujourd'hui, quoiqu'ils pensent encore comme ils pensaient il y a 60 ans. Voilà ce que D[ieu] ne bénira point. Voilà une source dont je crains de terribles suites. Je les plains, mais je tremble à la vue de leur état 9. Prions pour eux et pour nous-mêmes. Mille fois cordialement tout à vous.

62 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 août 1703 18 août 1703 TEXTE 63

Je vous conjure de consulter sur le mémoire ci-joint M. votre frère, et M. Roulé. Réponse prompte et secrète, s'il vous plaît, sur leur avis'. pour désavouer le mandement d'un seul évêque, qui semble s'être mépris sur l'état précis de la question? Opposera-t-on ce mandement à tant de bulles et de brefs reçus de toutes les églises? Veut-on que le Card. Laurea et M. de Perefixe aient mieux su l'intention du S. Siège, que le S. Siège même qui ne cesse de s'expliquer depuis 50 ans, et qui désavoue encore aujourd'hui" avec tant d'autorité et d'indignation toutes les vaines subtilités, par lesquelles on élude ses décisions?

930 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON 3° N'est-ce pas chercher visiblement à se flatter, et à se former une fausse

A Marly le 9 août 1703.

Monsieur, conscience en donnant des contorsions au formulaire, que de vouloir qu'il ne soit plus question du sens de Jansénius dans un acte si solennel qui n'a

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 4e de ce été dressé par le S. Siège, et qu'on ne continue à faire signer, que par rapport

mois sur ce qui vous est revenu des plaintes qu'un gentilhomme de Bruxelles au sens de cet auteur ? I' Les défenseurs de Jansénius déclaraient hautement

a faites au Roi de ce que vous avez obtenu à son préjudice en faveur du qu'ils croyaient les cinq propositions hérétiques dans leur sens propre et

nommé Dubreuil' l'un de vos domestiques une charge de forestier du bois naturel; ils ne disputaient que sur le texte de Jansénius '2. Ce n'était donc pas

de Soignes appartenant au Roi d'Espagne. J'en ai rendu compte à Sa Majesté pour les cinq propositions prises seules et '' en elles-mêmes, que le S. Siège

comme vous l'avez désiré, qui m'a fait l'honneur de me dire qu'elle n'en avait insistait encore et demandait la signature pure et simple du formulaire, sans

aucune connaissance, et n'en a point entendu parler. Je suis très parfaite- restriction, du prétendu fait. C'était le sens de Jansénius dans son livre que

ment... l'Eglise s'attachait à faire condamner. C'était là-dessus que roulait toute la dispute 14. En un mot elle voulait que le texte du livre ne demeurât pas moins condamné que celui des cinq propositions. Voilà tout le sujet réel et mani-

931. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT feste des contestations depuis 50 ans. 2° Innocent XII par son bref du 6 février 1694 n'a rien changé au formulaire ' '. 11 veut que l'on continue à jurer

A Cambray 18 août 1703. que l'on condamne les cinq propositions dans le sens de l'auteur. Voilà les paroles qu'il retient et qu'il confirme. Il déclare seulement que ce formulaire

Je commence, Monsieur, par vous renouveler tous les pouvoirs, que vous qu'il ne change point, tombe sur 16 le sens qui se présente d'abord, et que les

avez eus jusqu'ici, et en la forme la plus étendue, où je puis les donner. Plût paroles mêmes des propositions portent manifestement. In sensu obvio etc.

à Dieu que je pusse vous donner de plus grandes marques de confiance! Ce ne sont pas deux choses différentes'', dont il faille mettre l'une en la place

Venons au reste. de l'autre, savoir le sens de l'auteur (sensus ab auctore intentus), et le sens

1° Comment peut-on opposer un raisonnement du Card. Laurea' à tant qui se présente (sensus obvius). Ces deux choses n'en font qu'une. L'une est

de bulles et de brefs plus clairs que le jour? Que dirait-on des Jésuites par l'explication, et l'autre la chose expliquée. L'Eglise ne permet point de cesser

exemple, s'ils voulaient opposer à des bulles et à des brefs, un prétendu dis- de jurer que l'on condamne les propositions dans le sens de l'auteur. Elle

cours d'un cardinal de leurs amis? Les écouterait-on? Oseraient-ils se mon- déclare seulement que le sens de l'auteur n'est pas la pensée ou intention per-

trer dans le monde? Le raisonnement du Card. Laurea change-t-il le sens sonnelle de Jansénius, qui était le secret de son coeur, mais seulement le sens

naturel des termes dans un formulaire, qui est une profession de foi avec un de Jansénius, en tant qu'auteur du livre, et autant qu'on peut juger de la doc-

serment 2? Que penserait-on des Jésuites s'ils prétendaient qu'on pourrait trine d'un auteur, par le sens naturel de son texte (In sensu obvio)' . Il faut

signer purement et simplement un formulaire' sans croire le sens naturel des donc sur peine de parjure dans une profession de foi, croire, en signant le

paroles du serment, parce que le Card. de Lugo' ou quelque autre de leurs formulaire, que le livre, aussi bien que les cinq propositions qui en sont

amis aurait donné une contorsion' aux paroles de ce formulaire? Cette auto- l'extrait ou l'abrégé' g, est hérétique dans le sens propre et naturel des paroles.

rité change-t-elle le fond des choses? Empêche-t-elle qu'une signature si 3° Innocent XII dans ce même bref déclare qu'on doit jurer sincèrement sans

fausse n'autorise comme dit le Card. de N. les équivoques, les restrictions aucune distinction, restriction, ni exposition, en condamnant ces propositions

mentales, et les parjures'? extraites du livre de Jansénius dans le sens qui se présente etc. (In sensu obvio

2° Qu'espère-t-on de l'autorité de M. de Perefixe, arch. de Paris? II etc.) et il ajoute suivant que les Pontifes nos prédécesseurs ont condamné ce

a pris la question de la pensée de l'auteur, pour la question de l'orthodoxie sens, et ont voulu qu'on le tint pour condamné. Vous voyez qu'il fait trois

ou hétérodoxie du texte'. Eh bien, il s'est trompés. Voilà à toute extrémité choses. Il laisse le formulaire avec le serment en son entier. Il en exclut toute

et en toute rigueur ce qu'on sera réduit à dire'. Quand les évêques amis du distinction, restriction et exposition. N'est-ce pas décider contre ceux qui

parti, que vous connaissez, ont fait des mandements contraires au parti, a-t- n'ont tant disputé que pour la restriction du sens de Jansénius, et la distinc-

on conclu que ces mandements renversaient la cause commune"? Nulle- Lion du fait d'avec le droit ? On ne peut en douter, sans fermer les yeux à la

ment. Le parti s'est contenté de croire que ces mandements étaient injustes, et mal fondés? Pourquoi ne veut-on pas que l'Eglise entière ait le même droit lumière. Enfin il fixe le sens condamné, en l'exprimant d'une manière toute relative à ce que les Pontifes ses prédécesseurs ont décidé. Trouvera-t-on la

64 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 août 1703

moindre ambiguïté dans la constitution d'Alex[andre] VII? Innocent XII y déroge-t-il? ne la confirme-t-il pas? N'y renvoie-t-il pas en termes formels, quand il dit: suivant que les pontifes nos prédécesseurs etc. 20?

4° Alléguer ce bref d'Innocent XII, sans faire mention du second bref de ce Pape, qui le suit de près, c'est tronquer l'autorité de ce pape'', et séparer

deux choses, dont l'une est essentielle à l'autre. Le même pape Innocent XII parle ainsi dans son bref du 24 nov. 1696: Ce n'est pas sans étonnement que nous avons appris qu'on trouve dans ces diocèses (des Païs-Bas) des personnes qui ont osé dire et écrire que la constitution d 'Alex. VII, publiée le 16 d'oct. 1656, et le formulaire établi par lui, ont été altérés par notre susdit bref vu qu'au contraire l'un et l'autre est confirmé spécifiquement par notre dit bref que notre intention est de nous attacher à ces deux choses, et de ne permettre nullement qu'on ajoute ni qu'on retranche au dit formulaire, en l'altérant en aucune façon dans la moindre de ses parties. Mais nous ordonnons, comme nous avons ordonné qu'il soit exactement suivi en toutes, et en chacune de ses parties. Remarquez que le pape est étonné de l'interprétation qu'on voulait donner à son bref de l'an 1694 pour énerver le formulaire". Il proteste qu'il n'a prétendu l'altérer, ni l'affaiblir en rien, pas même dans la moindre de ses parties. En effet expliquer le formulaire pour en écarter une explication forcée et insoutenable" sur l'intention personnelle de Jansénius, ce n'est point l'altérer. L'explication contraire" était si manifestement juste, qu'on peut dire qu'elle n'était pas même nécessaire. Chacun savait et convenait, sans attendre le bref d'Innocent XII, que le sens de l'auteur ne peut être que le sens naturel de l'auteur dans son expression, c'est-à-dire le sens du texte. Ce pape ajoute que son intention est de demeurer attaché tant à la constitution d'Alex. VII qui condamne capitalement le sens du livre, qu'au formulaire, où la condamnation du livre est signée avec serment. Il confirme spécifiquement et le formulaire et la constitution. Il réfute l'interprétation captieuse, par laquelle on veut les éluder. Sera-t-il encore permis de revenir à cette interprétation rejetée par le pape"? Est-ce que le S. Siège ne pourra plus trouver de termes assez clairs pour se faire entendre, et qu'on les obscurcira tous malgré lui, pour l'empêcher d'être entendu? Veut-on mieux savoir l'intention d'Innocent XII qu'Innocent XII lui-même, qui se fait si bien entendre l'an 1696" et qui se scandalise de ce que certaines personnes l'ont voulu entendre si mal l'an 1694?

Rien n'est plus étonnant que d'entendre dire que le sens de Jansénius est connoté" seulement et non pas déclaré hérétique dans tous les décrets de I'Eglise. Quand une clause" n'est qu'une simple connotation, fait-on pour elle tant de bulles et de brefs? Fait-on exprès un formulaire pour faire jurer à tous les ministres de I'Eglise cette simple connotation? Traite-t-on d'hérétiques ceux qui distinguent la connotation d'avec la décision du décret"? Oserait-on dire contre l'évidence de tous les monuments ecclésiastiques, que toutes les constitutions et tous les brefs depuis la bulle d'Innocent X ont eu quelque" autre but que la condamnation du sens du livre intitulé Augustinus? Une simple connotation n'est qu'une simple indication, qui n'a rien d'essentiel à un décret. Au contraire l'Eglise s'attache essentiellement et uniquement à faire jurer que le texte du livre de Jansénius contient les cinq hérésies dans son sens propre et naturel. Chacun a dit dans le formulaire: Je...

me soumets... à la constitution... d'Alexandre donnée le 6 octobre 1656.

20 août 1703 TEXTE 65

Je regrette et je condamne d'un coeur sincère les cinq propositions extraites du livre de Corn. Jansénius intitulé Augustinus dans le sens de ce même auteur. Voilà ce qu'on jure dans une profession de foi, et ita juro. Voilà ce que le pape Innocent XII a déclaré qu'il ne prétend pas affaiblir dans la moindre de ses parties, alterando in cliqua ejus minima parte'. De quel front peut-on décider qu'il est permis de jurer, qu'on croit ce texte hérétique de cinq hérésies, quand on croit qu'il ne contient que la pure doctrine de S. Augustin? Qu'y a-t-il de plus affreux que cette doctrine qui pallie les parjures dans des professions de foi? Ne serait-il pas temps qu'on ouvrît enfin les yeux? Qu'attend-on? Met-on sa confiance, comme la lettre écrite sous le nom d'un évêque à un évêque" le dit clairement, en ce que Rome ne se résoudra jamais à décider pour l'infaillibilité de l'Eglise sur les textes, parce qu'elle emporterait la faillibilité des papes dans l'exemple d'Honorius"? S'imagine-t-on qu'un point si essentiel, et qui est le fondement de toute autorité réelle dans la pratique, demeurera à jamais indécis, et que l'esprit de Dieu n'y pourvoira point? Supposé que Rome craigne l'exemple d'Honorius, ne pourra-t-elle pas dire que c'est la personne d'un pape, qui a parlé sans précaution dans une réponse missive à un patriarche, sans aucune des formules, qui font un décret "? Peut-on penser qu'une si faible objection arrêtera le S. Siège, lorsqu'il s'agit de réprimer une subtilité, qui va à éluder tous les jugements de textes que l'Eglise pburra jamais faire?

Enfin quand même Innocent XII n'aurait point décidé aussi clairement qu'il l'a fait en faveur de la constitution d'Alex. VII, et du formulaire contre ceux qui s'efforcent de les éluder, les brefs du pape Clément XI renversent de fond en comble toutes les vaines allégations et de la paix de Clément IX et du bref d'Innocent XII. Le pape aujourd'hui fait clairement entendre que le S. Siège regarde avec horreur quiconque ne croit pas le texte de Jansénius indistinctement avec celui des cinq propositions hérétique dans son sens propre et naturel".

Je vous nomme les choses par des noms un peu durs, pour ne dérober aux choses rien de leur force. Mais mon coeur n'est pas dur comme mes paroles. Prions pour l'Eglise et pour nous-mêmes.

Tout à vous sans réserve.

932. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi 20 août 1703.

Je voulais vous aller voir, ma chère fille, et je n'ai pu le faire. Mille petites occupations me tiennent. J'ai pourtant une vraie impatience de vous revoir. Mandez moi comment vous êtes. Rien ne peut me donner plus de joie, que de vous savoir en paix. Que le Dieu de paix soit dans votre coeur, et que vous ne troubliez plus son ouvrage. Amen, Amen.

66 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 août 1703 2 septembre 1703 TEXTE 67

933. A LA MfME

Jeudi 23 août 1703.

Vous voyez bien, ma chère fille, que toutes vos peines ne viennent jamais que de jalousie, ou de délicatesse d'amour-propre, ou d'un fonds de scrupule, qui est encore un amour-propre enveloppé. D'ailleurs ces peines portent toujours le trouble avec elles. Leur cause, et leur effet montrent clairement qu'elles sont de véritables tentations. L'esprit de Dieu ne nous occupe jamais des sentiments de l'amour-propre, et loin de nous troubler, il répand la paix dans le coeur. Qu'y a-t-il de plus marqué pour la tentation, que de vous voir dans un demi-désespoir, révoltée contre tout ce qui vous est donné de D[ieu] pour aller à lui? Ce soulèvement n'est point naturel. Mais D[ieu] permet que la tentation vous pousse aux plus grandes extrémités, afin que la tentation soit plus facile à reconnaître. Il permet aussi que vous tombiez dans certaines choses très contraires à votre excessive délicatesse et discrétion, aux yeux d'autrui, pour vous faire mourir à cette délicatesse et à cette discrétion, dont vous étiez si jalouse'. Il vous fait perdre terre, afin que vous ne trouviez plus aucun appui sensible ni dans votre propre coeur, ni dans l'approbation du prochain. Enfin il permet que vous croyez voir le prochain tout autre qu'il n'est à votre égard, afin que votre amour-propre perde toute ressource flatteuse de ce côté-là. Le remède est violent. Mais il n'en fallait pas moins, pour vous déposséder de vous-mêmes, et pour forcer tous les retranchements de votre orgueil. Vous voudriez mourir, mais mourir sans douleur en pleine santé. Vous voudriez être éprouvée, mais discerner l'épreuve, et lui être supérieure, en la discernant. Les jurisconsultes disent sur les donations: Donner et retenir ne vaut. Il faut même donner tout ou rien, quand Dieu] veut tout. Si vous n'avez pas la force de le donner, laissez-le prendre.

Votre franchise sur Mad. [d'Oisy]2, loin d'être une faute, est ce que vous avez fait de mieux. Plût à D[ieu] que vous fissiez souvent de même! Mais vos entortillements vous empêchent de montrer votre mal. Comment voulez-vous qu'on le guérisse, quand on ne peut pas même le savoir? Croyez-vous qu'on devine? Parlez comme vous croyez que vous parleriez à la mort. Demeurons unis (D[ieu] le veut) avec ce qui nous est uni en lui et pour lui. Pardon de mes fautes.

934. A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

A Cambray, 30 août 1703.

J'avais compris, Madame, que le prieur de Turenne' avait des prétentions contre mon frère', et qu'il en avait aussi contre votre maison'. Mais on ne m'avait point parlé d'une garantie qui exposerait mon frère à un procès avec vous'. Je l'aime trop pour ne souhaiter pas qu'il l'évite. Il ne saurait rien faire de meilleur pour ses intérêts, que de les remettre entre vos mains. On ne peut ressentir, Madame, plus que je le fais, tout ce que vous avez la bonté de me dire pour lui. Au reste, j'avoue que je ne puis comprendre ce qui ne vous a pas contentée dans la réponse que j'ai eu l'honneur de vous écrire'. Elle était vraie, simple, naturelle, et selon mon coeur. Si elle n'était pas écrite d'un certain style, auquel vous m'aviez accoutumé autrefois, considérez, s'il vous plaît, que j'en ai perdu l'habitude depuis quelques années. Je ne perdrai jamais celle d'être à toute épreuve, avec le zèle et le respect le plus sincère, Madame, votre, etc.

934 A. DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON

[2 septembre 1703].

L'attachement respectueux que j'ai pour vous ne me permet pas de vous laisser ignorer rien de ce que j'apprends qui a quelque rapport considérable' à votre Grandeur. On fait courir dans le monde une liste d'éloges que certaines personnes' prétendent que vous leur avez donnés dans la chaire même de la vérité. Cela fait un fort grand bruit dans Paris, surtout par la rencontre de cette pièce avec l'extrait que le Journal des Savans vient de donner d'une censure de M. d'Arras qui est d'un ton bien différent 3. Les uns trouvant la liste outrée n'y ont nulle foi. Les autres y ajoutant foi en prennent occasion de blasphémer contre l'oint du Seigneur et d'en former de sinistres jugements. Rien de tout cela ne m'étant indifférent, je ne puis moins faire, Monseigneur, que d'avoir l'honneur de vous en donner avis et de vous envoyer la pièce en question, afin que vous voyiez ce qu'elle a de vrai ou de supposé'.

Rien toujours n'est plus vrai que le profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 2 septem. F. FR. LAMY.

935. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 21 septembre.

Vous connaissez mes sentiments, Monsieur. Je n'aime que la douceur, et je voudrais n'employer que les moyens de persuasion. Les supérieurs doivent ménager les personnes, leur éclaircir à fond la doctrine, et supporter patiemment ceux qui leur paraissent avoir quelque infirmité dans la foi. Mais ils ne peuvent jamais rien relâcher sur les dogmes décidés, ni souffrir qu'on élude les décisions, en les réduisant à des sens, qui n'ont rien de sérieux. Les inférieurs doivent être doux et humbles de coeur, simples, dociles, en garde contre leurs préventions, détachés de leur propre sens, éloignés de toute partialité et de toute intrigue, incapables de se moquer, de dire des injures, et de décider avec hauteur, disposés à sacrifier leur honneur personnel, pour la paix de l'Eglise, enfin toujours prêts à se taire et à obéir. Avec un tel esprit, les disputes qui scandalisent tout le monde, tomberaient bientôt. On a compris par les lettres, que votre ami devait me venir voir. On m'a demandé ce que c'était, et j'ai répondu ingénument d'une manière qui décharge pleinement sur ce point vous et vos amis. Ainsi ce n'est plus un mystère et vous n'avez qu'à

68 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 septembre 1703

parler librement. Vous pouvez aussi nous venir voir quand il vous plaira'. Je vous attends au commencement d'octobre. Nous parlerons à coeur ouvert. Ambulando qui ppe in quod pervenimus, et quo nondum pervenimus perve-nire poterimus, Deo nobis revelante si quid aliter sapimus, si ea quae jam reve-lavit non relinquamus2 . Je ne souhaite que la paix de votre coeur dans la connaissance de la vérité. Toujours cordialement tout à vous.

F. A. D. C.

936. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi au soir, 23 septembre 1703.

Je croyais, ma chère fille, vous aller voir ce soir. Mais je n'ai pu le faire. On m'a tenu malgré moi. J'en ai le coeur peiné; car je voulais m'aller consoler avec vous sur la pauvre Mad...', que j'aime fort, et qui est bien malade. Tout est croix. Je n'ai aucun goût que d'amertume. Mais il faut porter en paix ce qui est le plus pesant'. Encore n'est-ce point porter ni traîner. C'est demeurer accablé et enseveli. Je souhaite que D[ieu] vous épargne autant qu'il le faut pour vous donner de quoi souffrir. C'est le pain quotidien. Dieu seul en sait la juste mesure, et il faut vivre de foi sur les moyens de mort, pour croire, sans le voir, que Dieu proportionne' avec une secrète miséricorde l'épreuve au secours qui est en nous à notre insu. Cette vie de foi est la plus profonde de toutes les morts. Mon Dieu, qu'il me tarde de vous voir ! Croyez-le, et soyez docile. Croyez-le sans le voir. Foi sur cela comme sur tout le reste. O que vous m'êtes chère en celui qui le veut. Cela croît tous les jours en moi. Mais quand je vous verrai, je ne vous dirai peut-être rien.

936 A. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

A Fontainebleau, le 28 septembre 1703.

Le côté où j'ai été cette année n'a pas été compatible avec le rendez-vous que je vous avais donné la dernière. Mais je trouve l'occasion favorable de vous écrire ce mot par ma voie ordinaire: vous me ferez réponse de même quand il repassera'. Ma volonté d'être à Dieu se conserve, et même se fortifie dans le fond ; mais elle est traversée par beaucoup de fautes et de dissipation. Redoublez donc, je vous prie, vos prières pour moi. J'en ai plus de besoin que jamais, étant toujours aussi faible et aussi misérable: je le reconnais tous les jours de plus en plus. Je regarde cependant cette lumière comme venant de Dieu, qui me soutient toujours, et ne m'abandonne pas absolument, quoique souvent je ne sente que de la froideur et de la paresse, qu'il faut tâcher de surmonter moyennant sa grâce. J'ai eu aussi depuis quelque temps des scrupules, qui quelquefois m'ont fait de la peine'. Voilà à peu près l'état où je suis présentement. Aidez-moi donc de vos conseils et de vos prières. Pour vous, vous êtes tous les jours nommément dans les miennes. Vous croyez bien que ce n'est pas tout haut'. Remerciez Dieu aussi des bons succès dont il nous 28 septembre 1703 TEXTE 69

a favorisés°, et demandez-lui la continuation de sa protection dans une situation où les affaires en ont un pressant besoins. Je ne vous dirai rien de ce que je sens à votre égard: je suis toujours le même, et désirerais bien que ce ne fût pas à aller en Flandres, ou non, qu'il tînt de vous voir ou ne vous voir pas. Tout cela sera quand Dieu voudra. Si l'abbé de L[angeronj est à C[ambraij, dites-lui un petit mot de ma part, en lui recommandant le secret.

936 bis. L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

A Paris, le 28 septembre [1703].

Voilà, Madame, une réponse de M. de Cambray', que je garde depuis plusieurs jours; mais je n'ai voulu vous l'envoyer que par une voie bien sûre. Vous verrez par là combien vos soupçons étaient mal fondés'. Assurément la personne dont vous voulez quelquefois faire des plaintes' est bien éloignée de vous oublier, et vous savez ce que je vous ai dit là-dessus. Je suis persuadé que ce n'est pas sérieusement que vous me reprochez de n'avoir point voulu vous voir avant votre départ. Vous savez quelle joie je ressens toutes les fois que j'ai cet honneur. Quand vous me dites que je suis libertin', cela est plus ami: je conviens de la chose, d'autant plus que je ne la crois point un démérite auprès de vous'. J'ai un certain nombre de défauts, desquels, si j'étais corrigé, je ne me vanterais point du tout, lorsque je vous parlerais sur moi. Je vous souhaite, Madame, une santé parfaite, et de véritables sujets de joie. Vous connaissez l'attachement et le respect que j'ai pour vous.

937. Au CHAPITRE MÉTROPOLITAIN [et à la R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN]

A Cambray, ce 28 septembre 1703.

Je diffère le plus longtemps que je puis, Messieurs, à vous demander les six premiers mois de la subvention ecclésiastique de l'année courante. Mais je ne saurais plus reculer. La nécessité de les payer au Roi avant la fin du mois prochain est indispensable. Ainsi je vous prie instamment de nous faire tenir ici votre taxe avant le 20e du même mois, afin que toute notre somme soit prête pour les derniers jours. Vous m'obligerez sensiblement, et je serai toujours très parfaitement, Messieurs, tout à vous de tout mon coeur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

938. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

[Septembre 17031.

Voici une affaire dont je ne puis éviter de vous donner l'embarras. Un prêtre nommé M. Blaton' ayant été jugé par M. Maës2 pour un compte

70 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 octobre 1703?

qu'il devait à une famille, il se plaint du jugement de M. Maës et prétend y être visiblement lésé. Il dit même que M. Maës l'a suspendu' de vive voix ou du moins dit à tout le monde qu'il l'a fait. Pour moi, je ne puis imputer à

M. Maës une conduite si irrégulière. Prenez, je vous prie, la peine de le voir, d'éclairer les faits et les raisons qu'il a eues et de tâcher de finir amiablement cette affaire si c'est possible. C'est une commission un peu épineuse que je vous donne, mais il faut bien vous occuper et vous tirer un peu de votre cabinet où vous êtes trop à votre aise.

Je vous envoie le témoignage que vous désirez, mais je crois que si vous étiez simple et docile, vous vous contenteriez de ma permission qui suffit ; si vous nous veniez voir', je vous en dirais davantage et je crois que vous auriez le coeur en paix. On ne peut vous aimer plus que je le fais, ni désirer plus sincèrement de vous persuader. Cupio te in viscerihus Christi Jesu5.

FR. ARCH. D. D. C.

J'oubliais le plus essentiel sur l'Oratoire'. Au nom de D[ieul que le Père Piquery se hâte d'écrire fortement au P. Général et que toutes choses s'exécutent très promptement. Si on ne fait un effort très considérable pour apeurer N..., le scandale sera extrême, et si on n'en vient sans hésiter aux plus forts remèdes, on m'ôtera tous les moyens de montrer ma bonne intention.

939. AU MÊME

[3 octobre 1703?).

1° Je vous prie, Monsieur, de prendre la peine de voir en secret celui qui a servi de greffier à M. Maës dans le procès du prêtre Blaton et de vous assurer avec les plus grandes précautions de la manière dont la censure a été prononcée. Si M. Maës ne l'a prononcée que de vive voix, sans la faire écrire sur un registre par le greffier, et sans la signifier en forme audit prêtre Blaton, elle est nulle, contraire aux canons, et devient une faute grave de la part du juge. Mais je ne veux point' faire d'éclat, et je veux ménager la réputation d'un vénérable vieillard. Ainsi il faudra toujours que le P. Blaton me demande par une requête de lever la censure qu'il peut avoir encourue, et je la lèverai.

2° Je vous prie de dire à cet ecclésiastique que je trouve très mauvais qu'il ait continué de célébrer la messe, après cette prétendue censure, surtout si elle lui a été signifiée. On ne doit jamais mépriser ainsi la censure du supérieur. Il fallait m'exposer nettement tout le fait, et attendre à dire la messe, que j'eusse appris les raisons de M. Maës, et que j'eusse décidé entre eux.

3° Je vous prie d'éclaircir exactement quels sont les faits sur lesquels

M. Maës le tient suspect d'impureté.

4° Pour le procès du compte, il faut que le prêtre Blaton donne les contre-

dits que le conseil est d'avis qu'il donne, pour éviter la voie d'appel. Par ce

4 octobre 1703 TEXTE 71

moyen le procès reviendra ici, on verra ce qui charge et décharge le sieur Bla-ton, et on fera justice.

Je serai ravi de vous voir, de vous entretenir, et de vous témoigner, Monsieur, avec quelle cordialité je suis toujours tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

940. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] 4 octobre 1703.

Je vous plains, ma chère fille, quoique jamais douleur n'ait eu moins de fondement que la vôtre, n'importe, vous souffrez beaucoup, et je souffre avec vous. Mais souffrez que je vous représente l'illusion où vous êtes. D'un côté vous dites: Il faut vivre dans la simplicité de l'amour ou mourir dans le désespoir du travail. D'un autre côté vous dites: Je ne puis rester ici sans une humiliation affreuse et continuelle. C'est la crainte de l'humiliation qui vous trouble, et qui vous révolte contre l'ordre de Dieu, pendant que vous ne parlez que de vivre dans la simplicité de l'amour. Au reste, vous entrâtes dans la conversation avec moi étant tranquille, soumise à Dieu et à moi..., et très persuadée que rien ne vous empêcherait d'obéir, pas même la crainte de vous laisser voir avec toutes vos misères. Vous étiez donc bien dans ce moment-là. Qu'est-ce qui vous changea tout à coup? C'est votre imagination que vous suivez par infidélité. Dès que vous avez commencé à écouter la tentation et à résister à Dieu, vous êtes livrée à vous-même, et vous n'êtes plus la même personne. La résistance à Dieu vous met dans une espèce de possession. Mais je compte pour rien toutes vos saillies', et je ne me lasserai jamais de vous poursuivre, pour vous ramener. Demandez à Dieu, Dieu même, afin qu'il vous dompte. Je vous irai voir demain, et nous parlerons de tout. S. François' était bien éloigné de craindre l'humiliation. Il ne se serait guère mis en peine des jugements de Mad. [d'Oisy]'. O mon Dieu! que vous êtes encore vaine dans vos délicatesses, puisque l'idole d'un coeur généreux et romanesque' est ce que vous ne pouvez sacrifier à Dieu; et que vous voulez lui manquer plutôt que de paraître une amie imparfaite! Revenez à D[ieu] et sortez de vous. Il vous est dur de regimber contre l'aiguillons.

941. A LA MÊME

Mardi 9 octobre 1703.

Je crois que vous devez donner le dîner puisque vous y êtes engagée. Mais que ce premier engagement déjà pris n'ait, je vous conjure, aucune suite. Je tâcherai de faire en sorte qu'on vienne chez moi', et que vous soyez bientôt dégagée. Je vous donne le bonjour, ma chère fille, et vous suis tout dévoué.

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72 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 octobre 1703

942. A LOUIS DE SACY

A Cambray, 10 octobre 1703.

Je ne vois, Monsieur, aucune raison qui vous oblige à changer ce que vous avez mis de bonne foi dans votre livre'. L'autorité de ceux qui pensent autrement n'est point décisive pour vous, si vous n'êtes pas persuadé de leurs raisons. C'est ce cas où saint Paul permet à chacun d'abonder en son sens', malgré la défiance sincère qu'on doit avoir de ses propres vues, et la déférence qu'on doit à ses amis. Après tout, ceux qui ne sont pas de votre avis peuvent se tromper; et quand même ce serait vous qui vous tromperiez, votre droiture vous excuserait. Pour moi, si je pense quelque chose d'opposé à votre sentiment, je vous conjure de ne le suivre par aucune déférence, et de peser seulement les raisons que j'ai expliquées. J'avoue que celles de votre dernière lettre ne me font pas changer d'opinion: mais comme je ne me rends qu'aux raisons, quand elles me convainquent, je vous exhorte à demeurer dans la même liberté. C'est une tyrannie sur les esprits, que de vouloir les réduire à notre sens, dans les choses qui ne sont décidées ni par l'Eglise, ni par le consentement unanime de toutes les personnes sages. D'ailleurs si vous trouvez vos amis et les autres personnes d'esprit partagés sur cette question, laissez vider le partage aux disputants, et demeurez en possession paisible de votre sentiment. Il vous suffit de chercher la vérité, avec un coeur neutre entre votre propre avis et celui de vos adversaires. Je suis persuadé que vous suivrez toujours fidèlement votre lumière, et que, comme vous avez suivi une opinion dont vous étiez très persuadé, vous l'abandonneriez ouvertement si vous veniez dans la suite à vous apercevoir qu'elle serait mal fondée. Personne ne peut être tout à vous, Monsieur, avec une estime plus sincère et avec une plus forte inclination que je veux être toute ma vie, etc.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY. 28 octobre 1703 TEXTE 73

est si obligé? Je suis en vérité tout à vous, Monsieur, mais avec tous les sentiments les plus vifs d'une très forte estime.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

944. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Clambrail 28 octobre 1703.

Je vous prie, Monsieur, d'avoir la bonté de faire entendre à l'abbesse des Bénédictines', que je ne puis entrer dans tout ce qui regarde l'affaire de la femme de Tersaint. L'abbesse ne devait point se charger de la réfugier. La chose est faite. Il sera très odieux qu'elle la livre à la rigueur, et peut-être à l'inhumanité des créanciers, après lui avoir promis l'asile. Ce qu'elle devrait tâcher de faire, serait de lui faciliter son évasion. Un couvent n'est pas une prison, et l'abbesse n'est pas une geôlière responsable de la prisonnière. Elle n'a qu'à la laisser échapper. Alors elle sera débarrassée, sans avoir manqué à sa promesse sur l'asile. Mais il faut bien prendre garde qu'elle ne puisse citer ni vous ni moi pour le conseil donné.

M. de Noyon a publié un mandement à peu près comme celui de M. de Chartres'. Lisez, et priez. Mais que la prière domine sur l'étude, et que l'étude ne se fasse qu'en esprit de prière. Etudier, c'est chercher la vérité. Où peut-on la chercher, si ce n'est dans sa source? La chercher humblement en D[ieuj, c'est priera. A quocumque enim verum dicitur, illo donante dicitur, qui est ipso veritas (Ep. CLX VI ad Hieron.)'.

Cordialement à jamais tout à vous s.

945. A MAIGNART DE BERNIERES

[30 octobre 17031.

Monsieur,

943. AU MÊME

A Cambray, 28 octobre 1703.

Il ne m'appartient pas, Monsieur, de dire mon avis sur la cause que vous avez défendue; mais je ne puis m'empêcher de dire que vous avez donné à cette cause tous les avantages qu'elle pouvait recevoir. Tout y est dit avec justesse, précision, clarté, exactitude et force. La recherche des faits est curieuse. Vous m'avez donné l'envie de lire les factums opposés: c'est l'effet que la lecture des vôtres doit produire naturellement'. Rien ne marque tant qu'un ouvrage est bien fait, que quand il met dans le lecteur ce qu'il y doit mettre. Jugez, par le plaisir dont je vous ai l'obligation, combien je suis sensible à cette marque de votre amitié. On est heureux quand on a une cause à vous confier. Que ne vous doit pas celui qui plaide, puisque le lecteur même vous

Je dois vous remercier de l'honneur et du plaisir très sensible que Madame de Bernières m'a fait depuis peu, en passant ici. De telles occasions me seront toujours chères. Je voudrais bien me trouver aussi sur votre route, quand vous irez à Paris. De plus j'espère que mes visites me mettront à portée d'avoir l'honneur de vous aller voir à Maubeuge, avant que vous commenciez la campagne prochaine. J'ai pris très sincèrement part à tout ce que vous avez eu d'agréable dans celle-ci, et je serai toute ma vie très attentif à tout ce qui vous touchera. Ce que j'ai senti de la bonté de votre coeur m'y engage.

Permettez-moi de vous faire souvenir de la bonté que vous avez eue de me promettre qu'on ne prendrait point nos clercs de paroisse pour les milices'. Celui de Beaudegnies2 se plaint de ce que son mayeur veut le faire tirer au billet pour l'enrôlement. Puisqu'il y a d'autres hommes, avec lesquels on veut le faire tirer, il est juste qu'on prenne les autres, et qu'on le laisse. En prenant nos clercs on ruinerait sans ressource les écoles, les catéchismes, et

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. •

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74 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 novembre 1703

tout le bon ordre de l'office divin dans les villages. Personne ne peut surpasser le zèle avec lequel je suis, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 30 octobre 1703.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

946. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi soir, 3 novembre 1703.

Comment pouvez-vous vous imaginer que je puisse être tenté de vous abandonner? C'est moi qui ne veux pas que vous m'abandonniez. Aucun de vos défauts ne me lasse. Je voudrais que vous les pussiez voir comme je les vois, et que vous les supportassiez avec la même paix dont je les supporte. Ils se tourneraient tous à profit pour vous. Quand D[ieuj vous laisse un peu respirer, vous voyez sa bonté. Mais dès qu'il recommence en vous son ouvrage, vous défaites' ce qu'il fait à mesure qu'il y travaille. Vous écoutez votre imagination jusqu'à n'écouter plus ni Dieu, ni l'homme qui doit vous parler en son nom. Vous êtes alors indocile, révoltée, et comme possédée d'un esprit de désespoir. Ce n'est point la peine qui cause l'infidélité. Mais c'est l'infidélité qui cause la peine. Une certaine douleur paisible dans l'obscurité et dans la sécheresse ne serait rien que de bon. Il faut bien souffrir pour mourir. Le dépouillement ne se fait pas sans douleur, mais le trouble du fond ne vient que de l'infidélité avec laquelle vous écoutez la tentation. C'est dès le commencement qu'il faudrait lui fermer vos oreilles. Votre imagination qui vous tente, est ensuite ce qui vous punit, car elle fait votre supplice. Ne la croyez plus. Mais croyez-moi. Vous m'avez rendu triste depuis hier. Au nom de Dieu] consolez-moi. Il me tarde de vous aller voir, et de vous trouver meilleure que vous n'étiez hier. Faut-il que je vous rende méchante?

Ne vous rembarquez point avec Mad. d'Oisy2. Je n'y consens pas. Dieu ne le veut point, et il n'y a que l'amour-propre qui le veuille en vous. Je vais demain à quatre lieues d'ici voir M. de... Sans cela je vous irais voir. J'enverrai vos deux lettres, si je ne les brouille pas dans le chaos de mes paperasses.

947. Au DUC DE BEAUVILLIER

A C[ambrai] 4 novembre 1703.

Je profite avec beaucoup de joie, mon bon Duc, de l'occasion de M. de Denonville, pour vous souhaiter santé, paix, joie, et fidélité à Dieu, avec largeur de coeur dans toutes les épines de votre état. Plus les affaires deviennent difficiles, plus vous devez y agir avec foi. Ne hésitez point par respect humain. Ne prenez aucun parti, ni par timidité naturelle', ni par un certain sentiment soudain, qui pourrait ne venir que de vivacité d'imagination, mais

4 novembre 1703 TEXTE 75

par la pente du fond de votre coeur devant Dieu seul, après que vous avez écouté sans prévention les raisons des hommes. Ménagez beaucoup votre santé qui est très délicate, et qui pourrait très facilement s'altérer'. Non seulement l'effort d'un grand travail épuise, mais encore une suite d'occupations tristes et gênantes accablent insensiblement. L'ennui et la sujétion minent sourdement la santé. Il faut se relâcher et s'égayer. La joie met dans le sang un baume de vie. La tristesse dessèche les os; c'est le S. Esprit même qui nous en avertit'.

Je suis ravi de tout ce que j'entends dire de Mgr le D. de B. Tâchez de faire en sorte que ceux qui en sont charmés à l'armée le retrouvent le même à la cour. Je sais qu'il y a des différences inévitables. Mais il faut rapprocher ces deux états le plus qu'on peut'. Il faut que le vrai bien vienne en lui par le dedans, et se répande ensuite au dehors. Il en est de la grâce pour l'âme, comme des aliments pour le corps. Un homme qui voudrait nourrir ses bras et ses jambes, en y appliquant la substance des meilleurs aliments, ne se donnerait jamais aucun embonpoint. Il faut que tout commence par le centre, que tout soit digéré d'abord dans l'estomac, qu'il devienne chyle, sang, et enfin vraie chair. C'est du dedans le plus intime, que se distribue la nourriture de toutes les parties extérieures. L'oraison est comme l'estomac l'instrument de toute digestion. C'est l'amour qui digère tout 7, qui fait tout sien, et qui incorpore à soi tout ce qu'il reçoit. C'est lui qui nourrit tout l'extérieur de l'homme dans la pratique des vertus. Comme l'estomac fait de la chair, du sang, des esprits pour les bras, pour les mains, pour les jambes, et pour les pieds, de même l'amour dans l'oraison renouvelle l'esprit de vie pour toute la conduite. Il fait de la patience, de la douceur, de l'humilité, de la chasteté, de la sobriété, du désintéressement, de la sincérité, et généralement de toutes les autres vertus autant qu'il en faut pour réparer les épuisements journaliers. Si vous voulez appliquer les vertus par le dehors, vous ne faites qu'une symétrie gênante, qu'un arrangement superstitieux, qu'un amas d'oeuvres légales et judaïques, qu'un ouvrage inanimé. C'est un sépulcre blanchi'. Le dehors est une décoration de marbre où toutes les vertus sont en bas-relief; mais au dedans il n'y a que des ossements de morts. Le dedans est sans vie. Tout y est squelette. Tout y est desséché, faute de l'onction du S.Esprit. Il ne faut donc pas vouloir mettre l'amour au dedans par la multitude des pratiques entassées au dehors avec scrupule. Mais il faut au contraire que le principe intérieur d'amour cultivé par l'oraison à certaines heures, et entretenu par la présence familière de Dieu dans la journée, porte la nourriture du centre aux membres extérieurs, et fasse exercer avec simplicité en chaque occasion, chaque vertu convenable pour ce moment-là. Voilà, mon bon Duc, ce que je souhaite de tout mon coeur, que vous puissiez inspirer à ce prince qui est si cher à Dieu. La piété prise ainsi devient douce, commode, simple, exacte, ferme, sans être ni scrupuleuse ni âpre. Ayez soin de sa santé. Il manquera à Dieu, s'il ne ménage pas ses forces'.

Je vous suis toujours dévoué sans réserve comme je le dois.

76 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 novembre 1703

948. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mercredi 7 novembre 1703.

Je vous envoie, ma chère fille, un billet de M. le C. de [Monbron '], dont le dessus est pour M. l'ab. de Beaumont mais qui doit être pour M. Torillon2. Comment vous portez-vous? Comment êtes-vous avec celui qui doit être votre paix? Mandez-le-moi simplement. Il me tarde de vous aller voir, quoique mes visites vous causent de la douleur.

8 novembre 1703 TEXTE 77

Monseigneur, et chaque prélat de votre province en particulier, vous ferez ce que vous jugerez de plus conforme à la gloire de Dieu, à votre conscience et aux règles. J'y aurai satisfait de ma part et je crois que vous l'approuverez, et je n'aurai rien à me reprocher sur cette affaire dont il ne peut rien entrer sur mon compte, et que l'on croit dans le fond encore plus étendue qu'elle ne paraît.

Je suis, Monseigneur, avec bien du respect votre très humble et très obéissant serviteur.

A Arras le 7 novembre 1703.

948 A. G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART A FÉNELON

[7 novembre 1703].

Ce n'a point été, Monseigneur, une curiosité indiscrète qui m'a fait vous écrire dans ma dernière lettre au sujet de l'affaire de Valenciennes'. Mais comme j'y dois prendre quelque intérêt, lorsque je vois le feu dans les diocèses voisins, et que je suis sûr d'ailleurs qu'à Paris, où je dois aller dans peu, et à la cour ensuite, on m'en parlera, et que peut-être y serez-vous nommé, j'ai cru devoir me mettre en état d'en parler plus juste, et que la chose roulant sur vous et sur M. de Saint-Omer, étant parfaitement instruit par ce prélat avec une pleine ouverture de coeur, il m'a paru qu'il était à propos, et peut-être même de votre intérêt', que je le fusse de votre part. Sans une pareille raison, déjà trop chargé de mon diocèse, je n'aurais pas jeté les yeux sur le vôtre, très persuadé, comme vous me faites l'honneur de me marquer, que ni dans la matière dont il s'agit qui exciterait le prélat le moins zélé, ni dans aucune autre, vous ne voudriez rien tolérer qui vous parût contraire aux règles.

Je reçois, Monseigneur, sur cette même affaire, une lettre d'Aix' de M. de Saint-Omer, qui me paraît me mettre encore en obligation de vous en parler. Il se plaint beaucoup d'une ordonnance que vous avez faite, de porter à votre greffe les informations que ce prélat a faites contre le sieur Cuvilliers4 de Leussine, dont il prétend que vous avez vu toutes les lettres. Il ne me convient point de juger entre deux grands prélats que je respecte. Je crois même que vous avez, par rapport avec cet évêque, observé religieusement les règles de la procédure la plus exacte. Mais je ne sais si j'oserais vous représenter qu'il y a de certaines matières où summum jus summa injuria, et dans lesquelles il faut quelquefois aller vite et passer en faveur du fond par-dessus les formes; que celle dont il s'agit est très délicate, et de nature à faire un grand bruit ; que l'absence de ce prélat, qui est à plus de deux cents lieues d'ici, paraît affectée' par ce prêtre, qui est une espèce de fraude, à quoi un juge certainement peut avoir égard ; qu'avant de porter ordonnance, vous eussiez pu, sans blesser les règles, en faire savoir quelque chose à ce prélat, afin de lui ôter dans la suite tout sujet de plainte, et lui donner en même temps cette marque de considération. Enfin n'aurait-il pas été aussi juste et plus doux d'attendre son retour et surseoir jusque-là toute procédure? Après cela, mille fois plus éclairé que je ne puis être, et connaissant mieux que personne combien peut être importante l'union et la correspondance entre vous,

t GUI ÉVÊQUE D'ARRAS.

949. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai], 8 novembre 1703.

Lisez, je vous prie, Monsieur', les dix' premiers chapitres du 5e L. de la cité de Dieu. S. Augustin y réfute les astrologues et entre autres Possidonius. Les astrologues croyaient que la vertu des astres ôtait aux hommes la liberté. Ils ne croyaient pourtant pas qu'elle leur ôtât le vouloir ; car S. Aug. suppose', comme une chose qui ne peut être mise en doute par aucun astrologue', que Possidoniuss veut et ne veut pas. Si nolit, dit-il, imperitorum mentibus, in eis quas nesciunt rebus illudere (c. 2)6. Il parle souvent des jours que ces hommes choisissent (c. 7). In eligendis diebus...Eligitur dies... nisi eli-gatur etc.' Il suppose donc qu'ils ont selon eux-mêmes une volonté et même' une espèce d'élection.

Il est vrai que ce père suppose que le destin des Stoïciens, qu'il réduit à la volonté du D[ieu] suprême, contraint les volontés des hommes. Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (c. 8)9, mais cette contrainte dont il parle" tombe non sur le vouloir, mais sur les événements extérieurs de la vie. C'est ainsi que la volonté d'un homme est contrainte à souffrir la violence de ses ennemis. Mais vous voyez avec évidence dans cet endroit même que les Stoïciens reconnaissaient dans l'homme un véritable vouloir. Ut volens ducatur, ne nolens trahatur... Ducunt volentem fata. nolentem trahunt". Voilà la volition et la nolition, c'est-à-dire le vouloir, et le refus du '2 vouloir, bien établis de l'aveu de cette secte. Il n'était 13 question que de savoir si le destin nécessite l'homme à vouloir ou non. Encore même est-il certain suivant S. Aug. que les Stoïciens n'entendaient par le destin qu'une volonté de Jupiter, qui déterminait invinciblement les volontés. Ipsam itaque praeci pue Dei summi volun-tatem, cujus potestas insuperabiliter per cuncta porrigitur, eos appellare fatum sic probatur. Annaei Senecae sunt, nisi fallor hi versus:

«Duc summe Pater altique Dominator poli

Quocunque placuit. Nulla parendi mora est» (c. 8)".

Vous voyez que selon S. Aug. le destin des Stoïciens n'est que la volonté de Dieu, qui détermine invinciblement celle des hommes, insuperabiliter. C'est précisément ce que ce père impute à cette secte. C'est précisément ce qu'il

61"-15.? .

*

78 CORRESPONDANCE DE FENELON 8 novembre 1703

nie, et qu'il réfute, dans un ouvrage, qu'il a fait dans sa vieillesse depuis l'éclat de l'hérésie pélagienne, et sans avoir jamais affaibli cette doctrine dans ses rétractations. Ce destin des Stoïciens n'empêchait point les volontés de vouloir. 11 ne les faisait point vouloir, sans qu'elles voulussent. 11 n'était donc pas question de la contrainte, mais de la simple nécessité. Il ne s'agissait même que d'une nécessité qui venait de la seule volonté de Dieu première cause toute-puissante. N'importe, S. Aug. soutient que cette nécessité est incompatible avec l'arbitre de la volonté.

Ensuite il passe à la réfutation de Ciceron, qui niait la prescience de Dieu] pour sauver la liberté de l'homme. Nous venons de voir clairement que les astrologues mêmes n'étaient pas insensés jusqu'au point de croire la contrainte de la volonté, en sorte qu'elle voulût sans vouloir. Or S. Aug. déclare que leur opinion est plus tolérable que celle qui nie la prescience de D[ieu]. Afulto sunt autem tolerabiliores, qui vel sidera fata constituunt, quam iste qui tallit praescientiam futurorum (c. 9)". Donc S. Aug. suppose que les astrologues ne prétendaient point établir cette extravagante et inconcevable contrainte des volontés dans leurs propres actes. Car rien n'est moins tolérable que cette opinion.

Enfin S. Aug. rapporte ainsi le raisonnement de Ciceron. Il ne veut pas, dit-il, admettre le destin de peur de détruire la liberté. Ne fatum esse consen-

tiat, et perdat liberam voluntatem Il ajoute: Si certus est ordo causa-

rum, quo fit omne, quod fit..., quod si ita est, nihil est in nostra potestate, nul-lumque est arbitrium voluntatis. Quod si concedimus, inquit, omnis humana vita subvertitur, frustra leges dantur, frustra objurgationes, laudes etc". Voilà donc ce qu'il oppose à la nécessité, qui résulte de la prescience divine, savoir une volonté libre, qui est digne de louange ou de blâme, parce qu'elle a l'arbitre ou le choix en son pouvoir, pour vouloir, ou ne vouloir pas.

On ne peut point dire que Ciceron était persuadé que la simple prescience de D[ieu] contraindrait la volonté, et la réduirait à vouloir ce qu'elle ne voudrait pas. Ce serait lui imputer sans ombre de preuve le comble de l'extravagance et la plus palpable contradiction. D'ailleurs S. Aug. qui réfute avec tant de zèle l'impiété de l'opinion de Ciceron, n'aurait pas manqué de relever cette monstrueuse rêverie, et ne le fait jamais. Il dit seulement que Ciceron a nié la prescience de D[ieu] parce qu'elle ôterait à la volonté de l'homme l'arbitre ou choix. Tolli voluntatis arbitrium (ibid.)'s. Il ne parle que de nécessité. Non omnia necessitate fieri dicerent

Ce père dit que Ciceron était un grand et savant homme, qui avait une profonde expérience, et une grande prudence sur la vie humaine. Vir magnus et doctus et vitae humanae plurimum, ac peritissime consulens (ibid.)". Le moins qu'on puisse accorder à un si grand homme, c'est de supposer qu'il n'a pas cru que la volonté veut sans vouloir. Il ne serait rien moins que très21 expérimenté dans la vie humaine, s'il s'imaginait qu'on ne veut pas ce qu'on veut.

De plus il ne pouvait pas prétendre sérieusement que la simple prescience ôtât à la volonté la spontanéité, ou vouloir de ce qu'elle veut, puisque la prescience n'est que la prévision de ce vouloir même. On pouvait avec quelque couleur soutenir que cette prescience infaillible rend notre vouloir futur, nécessaire. Mais Ciceron ne pouvait pas extravaguer jusqu'au point de prétendre que la prévision de notre vouloir futur, nous empêchât de vouloir ce

8 novembre 1703 TEXTE 79

que nous voulons. Il est donc pleinement démontré que Ciceron opposait au libre arbitre, non la contrainte, mais la nécessité simple qu'il croyait" que la prescience imposerait à nos volontés. C'est cette liberté exempte de toute nécessité simple que Ciceron ne croyait pas pouvoir accorder avec la prescience. C'est cette liberté sans laquelle il disait qu'il n'y avait plus ni lois, ni blâmes ni louanges. Il voulait qu'on niât ou cette liberté, ou la prescience. Ut unum eligat ex duobus. 11 ajoute: Ex his duobus eligit liberum voluntatis arbitrium". Que fait S. Aug.? Nie-t-il cette idée d'un libre arbitre, qui a son propre vouloir en sa propre puissance, et à qui D[ieu] tout-puissant et tout prévoyant ne donne point cette détermination invincible, que les Stoïciens nommaient destinée. Tout au contraire S. Aug. dit: Religiosus autem animus utrumque eligit, utrumque confitetur et fide pietatis utrumque confirmat". Il ne pense qu'à montrer que la prescience n'a aucune causalité, pour parler comme l'école, qu'elle n'est point antécédente, qu'elle suit notre vouloir, sans le causer. De là vient qu'il parle ainsi: Deum dicimus omnia scire antequam fiant, et voluntate nos facere, quidquid a nobis nonnisi volentib[us] fieri senti-mus et novimus". Vous voyez qu'il oppose à son adversaire une vérité qu'il suppose que cet adversaire n'oserait nier, savoir que nous sentons et savons par conscience que nous voulons notre propre vouloir. Il ne prouve point cette vérité comme une chose disputée. Mais il la suppose établie.

Il avoue que dans l'ordre des causes la volonté de D[ieu] peut beaucoup. Ordinem autem causarum, ubi voluntas Dei plurimum potest, neque negamus (ibid.)". Il ajoute que les volontés des hommes sont au nombre des causes. Nostrae voluntates in causarum ordine sunt... humanae voluntates humano-rum operum causae sunt". Il soutient seulement que D[ieul qui a prévu les causes des événements, n'a pu ignorer nos volontés qui sont au nombre de ces causes. Remarquez que S. Aug. suppose comme une" vérité constante et qui ne peut être disputée que nos volontés sont des causes réelles. Il dit seulement que la première cause savoir la volonté de D[ieu] peut beaucoup, plurimum potest". En effet elle peut beaucoup par son concours tant naturel que surnaturel, tant par la congruité de ses secours, que par la toute-puissance avec laquelle il prend les justes dans les temps où ils persévèrent encore. Properavit educere eum etc". Mais il ne dit jamais que D[ieu] fait ce que les Stoïciens" attribuaient à Jupiter sous le nom du destin, pour déterminer nos volontés.

Il dit ensuite que la souveraine puissance qui est dans la volonté de D[ieu] consiste en ce qu'il aide les bonnes volontés, juge les mauvaises, et les arrange toutes. Vous voyez que si la grâce est efficace, victorieuse, toute-puissante, ce n'est qu'en ce qu'elle aide la volonté. Elle est victorieuse contre la concupiscence, elle est" efficace et toute-puissante, pour secourir la volonté humaine, et pour la remettre dans l'équilibre. C'est en quoi elle est médicinale. Elle ne peut guérir que ce qui est malade. La maladie est la concupiscence qui ôte l'équilibre, et la faiblesse qui empêche l'amour du vrai bien. La grâce est médicinale, en rendant la volonté forte contre cette concupiscence tyrannique, et en rétablissant l'équilibre.

S. Aug. revient encore à dire que nos volontés tiennent un grand rang dans l'ordre des causes. In ipso causarum ordine magnum habeant locum nostrae voluntates".

Puis il parle de la nécessité, que les Stoïciens ont craint d'établir (c. 10); c'est là qu'il établit que la volonté ne peut être contrainte dans ses propres

80 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 novembre 1703

actes. (Car nous ne voudrions pas, dit-il, si nous ne voulions pas. Non enim vellemus, si nollemus.)'4 En cet endroit il dit, il est vrai, que nous ne devons pas craindre cette sorte de nécessité simple selon laquelle nous disons qu'il est nécessaire qu'une chose soit ainsi, ou qu'elle se fasse de la sorte; car c'est une heureuse nécessité, que celle qui nous rendrait heureux, parfaits, impeccables, et immortels comme Enjeu] même. En effet nous ne devons point craindre cet heureux état de la béatitude céleste. C'est même un espèce de" défaut que de n'y être pas. Pouvoir défaillir, est une imperfection. Minores esset utique potestatis36. Mais ce père ne dit jamais que nous sommes déjà dans une nécessité, semblable à celle des bienheureux. Quoique nous ne devions pas la craindre, et qu'elle soit si désirable, notre état n'a rien de semblable.

Enfin S. Aug. loin de reconnaître qu'il y ait en D[ieu] ou dans ses secours aucune cause qui détermine invinciblement nos volontés, comme les écoles qui enseignaient le destin l'ont prétendu, soutient que la prescience divine ne fait que suivre la détermination ou choix propre de la volonté humaine. L'homme, dit-il, ne pèche point parce que Dieu] a prévu qu'il pécherait. Mais au contraire il est indubitable que l'homme pèche, quand il pèche, parce que celui dont la prescience ne peut être trompée, a prévu, non pas que le destin, ou la fortune, ou quelque autre chose, mais que cet homme même pécherait. Si cet homme ne veut pas pécher, il ne pèche point. Mais s'il ne veut pas pécher, Dieu a prévu cela même (c. 10)". Ainsi ce père ne prouve que la prescience n'ôte point la liberté, dont il s'agit pour le mérite et pour le démérite de la vie humaine, qu'en soutenant qu'elle n'est pas cause efficiente de nos vouloirs, et qu'elle ne fait que se conformer à ce que nos volontés choisissent sans aucune nécessité.

On ne saurait trop remarquer ce véritable état de la question, parce qu'il décide toutes celles qui font tant de bruit. S'il n'est permis selon S. Aug. d'admettre aucune cause nécessitante de notre vouloir pour le mérite, et encore moins pour le démérite, il s'ensuit tout d'un coup, mais avec une pleine évidence 1° qu'il ne peut y avoir de vrai démérite dans aucun vouloir produit sans aucune grâce véritablement suffisante pour l'acte commandé qu'on omet. Car il est de foi qu'on ne peut faire aucun des actes surnaturels commandés sans une grâce véritablement suffisante pour l'accomplir. 2° Qu'il ne peut y avoir aucun vrai mérite, à moins que la volonté n'ait une force véritablement suffisante, et un pouvoir plein de dissentir sous la motion actuelle de la grâce". Autrement l'homme ne pourrait jamais ni mériter ni démériter ; car il serait toujours nécessité tantôt au bien par la grâce efficace, tantôt au mal par le défaut de cette grâce, qu'on suppose être la seule véritablement suffisante. Ainsi la simple exposition du véritable état de la question de S. Aug. contre Ciceron, les Stoïciens et les astrologues, emporte avec soi une pleine démonstration de tout le système de ce père.

Des amitiés pour moi au bon père Ange". Je voudrais bien que votre famille ait soin des lettres de naturalité. Mandez-moi ce qu'on fera là-dessus.

Ne vous rebutez point pour inspirer ce qu'il faut à l'abbesse des Bénédictines", et pour faire en sorte que la communauté ait une suffisante liberté de conscience par les confesseurs extraordinaires.

Visitez, je vous prie, mais de votre chef seulement, et sans paraître avoir de moi aucune commission, de peur de peiner M. Maës41, les filles noires42,

novembre 1703 TEXTE 81

pour savoir si l'homme de M. Maês est en état de leur donner le secours nécessaire, et s'il ne faudrait pas outre cet ecclésiastique nommé M. Drapier" quelque autre secours.

949 bis. L'ABBÉ DE BEAUMONT A L'ABBÉ DE LANGERON

[Après le 8 novembre 1703].

Il y a quelque temps, mon cher Abbé, que je vous écrivis au long sur une affaire des prétendus Quiétistes qu'on veut trouver dans ce pays. Vous verrez par la copie d'une lettre de M. d'Arras à M. de Cambray combien ce prélat est vif et chaud là-dessus. Notre prélat est persuadé qu'il est important que le P. de la Chaise soit prévenu là-dessus. Ce sont les Jésuites qu'on attaque en la personne du P. Quinghien'. Rien ne serait plus au goût de ces Messieurs que de pousser les Jésuites tout à la fois sur la morale' et sur le Quiétisme. Quant à notre prélat il n'a aucun intérêt personnel dans cette affaire, n'ayant jamais connu les personnes dont il est question, si ce n'est le P.R. Quinghien, dont il s'est défait le plus tôt qu'il a pu. Non pour aucun soupçon qu'il ait eu de ce dont il s'agit, mais à cause de sa vivacité, et de son incompatibilité avec les autres missionnaires. Les Jésuites de ce pays disent qu'ils font les perquisitions les plus exactes et les plus sévères contre ce religieux. Mais de la manière dont j'en entends parler, il n'y a en tout cela qu'une noire et maligne calomnie. Il faut suspendre son jugement jusqu'au bout. Pour ce qui est de M. de S. Orner qui est le premier mobile de cette affaire mais à demi caché', je crois vous avoir mandé qu'après avoir fait quelques informations secrètes contre un ecclésiastique de son diocèse, il a décrété il y a quelque temps une prise de corps contre lui. L'ecclésiastique prétendant que sa procédure était violente, nulle et irrégulière, et d'ailleurs craignant, dit-il, de tomber entre les mains d'un homme qui ne garde ni règles ni mesures, quand il se croit le plus fort, s'absenta, et tout d'un coup vient paraître ici au milieu du vicariat pour y porter son appel, offrant de se mettre dans les prisons de l'archevêché. On n'a pu refuser de recevoir son appel. Voilà où en sont les choses. S'il se trouve coupable, on en fera justice ici aussi sévèrement qu'ailleurs. L'official de M. de S. Orner dit qu'il n'a point ce procès, et que son évêque l'a emporté avec lui quand il est parti pour la Provence.

950. A G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART

A Cambray (après le 8j novembre 1703.

Personne, sans exception, n'est plus éloigné que moi, Monseigneur, de vous soupçonner d'une curiosité indiscrète. Il ne tiendra jamais à moi que je ne vous montre une entière ouverture de coeur. Pour l'affaire sur laquelle vous m'avez fait l'honneur de m'écrire il n'y a encore rien d'éclairci, et vous pouvez compter que je vous communiquerai tous les faits qui mériteront d'être approfondis. Il est vrai que j'ai préféré les voies lentes et secrètes à celles qui eussent été moins sûres pour l'éclaircissement de la vérité, et qui

2

82 CORRESPONDANCE DE FÉNELON novembre 1703

auraient fait d'abord un grand éclat. Plus la nature de la chose est importante, plus j'ai cru devoir, selon Dieu, garder ces précautions. Mais je ne prendrai, s'il plaît à Dieu aucun parti ni de mollesse ni de politique pour flatter personne. A l'égard du Roi, dont vous me parlez', personne ne surpassera jamais mon zèle, mon respect, ma soumission, et ma reconnaissance. Mais permettez-moi, Monseigneur, de vous dire que c'est Dieu et non pas le Roi qu'il faut mettre devant les yeux des évêques, lorsqu'il s'agit des choses purement spirituelles. Je serais bien malheureux, et bien indigne de mon ministère, si ma conscience ne suffisait pas pour me déterminer à mes fonctions dans une matière si grave, et si on avait besoin de me presser par des réflexions de politique mondaine. Pour les curieux que vous trouverez peut-être, je ne crois pas être obligé à satisfaire leur curiosité. C'est assez que je veuille vous communiquer en esprit de sincère correspondance tous les faits qui seront prouvés, ou qui pourront être éclaircis par la liaison que les uns peuvent avoir avec les autres.

Pour M. l'évêque de S. Orner, j'avoue que je suis fort surpris de ses plaintes. J'ai reçu une appellation dans les formes. Je n'ai donné aucune clause d'inhibition pour suspendre ce qu'il a fait. Si j'eusse manqué à faire ce que j'ai fait, j'aurais violé les règles de l'Eglise. J'ai même manqué à la règle, en ne mettant pas d'abord une amende contre son greffier, en cas qu'il ne nous rapportât point le procès. Je ne l'ai voulu mettre qu'à l'extrémité la seconde fois, après que l'autorité du supérieur a été ouvertement méprisée, et que la désobéissance a été manifeste. Mon ménagement gardé contre les règles n'est compté pour rien. On crie comme si on souffrait une énorme injustice, pendant qu'on désobéit actuellement à la justice ecclésiastique. Il n'y a plus de métropolitain, et chaque évêque demeure indépendant même dans les causes d'appellation, si un métropolitain est réduit à n'oser recevoir les appelants et se faire rapporter le procès pour juger si le premier juge a excédé ou non. Les métropoles qui ont perdu presque toute leur autorité n'en auront plus aucune, si on achève d'en abattre ce dernier reste. Nous sommes des juges forcés: nous ne pouvons sans prévarication ni dénier ni retarder la justice aux appelants. Si les appelants paraissent en souffrance, nous leur devons sans aucun délai les soulagements de droit, sauf à les renvoyer au premier juge en toute rigueur, si les informations montrent que ce juge a bien procédé, et que la grièveté du cas mérite la procédure qu'il a faite. Si je manquais à ce devoir essentiel de métropolitain, vous devriez, Monseigneur, vous qui êtes le plus ancien évêque de notre province, me représenter le tort irréparable que je ferais à la discipline.

Je ne sais ce qu'on veut dire, quand on dit que j'ai vu des lettres. Je n'ai vu aucune pièce, ni ne connais rien, qui ait dû arrêter un juge d'appellation, qui est un juge de rigueur, obligé à ne rien faire que sur les preuves judiciaires'. De quoi pourrait se plaindre M. l'évêque de S. Orner? Nous voulons voir s'il a dû procéder comme il a fait, et si les griefs de l'appelant sont de droit ou non. Puis-je me dispenser d'agir de la sorte? Si ce prélat n'a point excédé, et si la grièveté du cas a mérité la procédure qu'il a faite, nous lui renverrons d'abord l'accusé, sans juger du fond, nous serons aussi rigoureux que lui pour les précautions sur la simple apparence de crime. Mais nous devons à un prêtre accusé des vices les plus énormes (dit-on) de ne le laisser pas dans un état si violent, en attendant que M. l'évêque de S. Orner juge à

novembre 1703 TEXTE 83

propos de revenir de Provence. Il n'est pas juste qu'un prêtre accusé ne trouve, en attendant, aucun recours auprès du juge supérieur, et que toutes les voies de droit lui soient refusées par le métropolitain que l'Eglise a établi exprès pour être son juge. Encore une fois, Monseigneur, il ne s'agit nullement du fond. Il n'est question que de savoir si M. l'évêque de S. Orner a procédé d'abord contre la règle ou non. Le greffier n'a qu'à nous rapporter le procès, s'il ne veut pas y être contraint par les voies de droit. Dès que nous verrons que le cas mérite ce qui a été fait, comme je suis ravi de le supposer en faveur de mon confrère, nous n'aurons pas moins de zèle que lui contre l'accusé, et nous ne perdrons pas un seul moment, pour le remettre entre ses mains. Si au contraire il se trouvait, ce que je ne veux pas seulement penser, savoir 3 qu'il eût excédé les règles dans sa procédure, n'aurais-je pas à me reprocher devant Dieu tous les délais par lesquels j'aurais frustré l'accusé du soulagement que les lois de l'Eglise me chargent de lui donner d'abord'? Il n'est pas seulement question d'attaquer le vice avec zèle. Il faut songer aux règles qu'on doit garder, et faute desquelles le bien n'est plus bien, parce que la discipline est troublée. Il faut se mettre en la place d'un métropolitain, qui doit la protection des lois à quiconque vient recourir à lui selon les formes. Quelque coupable que puisse être l'accusé, nous devons l'écouter, et le mettre à portée de faire valoir ses griefs, jusqu'à ce qu'il nous apparaisse par le procès, qu'on n'a point excédé contre lui.

De quoi se défie M. l'évêque de S. Orner? Est-ce de la procédure, ou du juge supérieur, qui est obligé de l'examiner? Si c'est de la procédure, pourquoi veut-il que nous ne la redressions pas, s'il sent qu'elle a besoin d'être redressée? Veut-il que le métropolitain connive, pour tenir l'accusé en souffrance? veut-il que le supérieur laisse désobéir l'inférieur, pour autoriser les manquements qu'il a commis contre une partie? Si au contraire c'est du métropolitain que ce prélat se défie, est-ce une raison qui doive interdire à ce métropolitain sa fonction la plus essentielle? L'inférieur n'a-t-il qu'à se défier sans raison du supérieur, pour lui lier les mains, contre toutes les lois de l'Eglise? Fais-je tort à M. l'évêque de S. Orner, ou à la cause dont il s'agit, lorsque je me borne à vouloir examiner par la lecture du procès, s'il y a grief ou non, à condition de lui renvoyer d'abord l'appelant, si le grief prétendu ne s'y trouve pas? Ce n'est point retarder sa procédure. C'est au contraire lui qui retarde la nôtre, en ne permettant pas à son greffier de nous obéir pour accélérer. C'est lui qui tient tout en suspens pendant une très longue absence. Mais enfin si ce prélat veut supposer que c'est gâter cette affaire que de laisser voir à son métropolitain s'il a bien ou mal procédé, qu'y a-t-il de plus injurieux et de plus injuste que cette persuasion? Est-ce par une persuasion si injurieuse qu'il veut m'engager à m'interdire moi-même' de ma fonction? N'est-il pas étonnant qu'on raisonne ainsi, et qu'on espère vous faire raisonner de même?

J'espère, Monseigneur, que vous jugerez de tout ceci avec votre prudence et votre droiture ordinaire, et qu'en répondant à M. l'évêque de S. Orner vous lui représenterez que s'il n'a point excédé, l'accusé sera par mes soins dans ses prisons, avant qu'il soit revenu de Provence, pourvu que le greffier ne continue pas à nous désobéir d'une manière très mal édifiante. Je serai fort aise toutes les fois que les évêques de notre province voudront s'unir avec leur métropolitain, et agir de concert dans les choses communes de discipline.

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84 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 novembre 1703

Ils ne me trouveront jamais, s'il plaît à Dieu, ni relâché ni politique, je crois même qu'aucun métropolitain ne pousse plus loin que moi le respect, les égards et les ménagements pour ses provinciaux. Mais je n'achèterai jamais cette correspondance par des condescendances qui violent les lois de l'Eglise, et qui dégradent le tribunal métropolitain. Je suis avec vénération et respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

951. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi 15 novembre 1703.

Votre lettre, ma chère fille, ne laisse rien à désirer. Envoyez-la tout-à-l'heure. Après avoir dit simplement et fortement votre pensée demeurez en paix, et prenez la belle fille' qu'on vous donnera. Elle viendra de la main de Dieu par celles des hommes. Je vous quitte pour interroger un de nos clercs.

952. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray 17 novembre 1703.

Rien ne saurait me toucher plus vivement, Monsieur, que les marques d'amitié dont vous avez rempli la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Dès le premier jour que je vous vis pour l'élection de Maubeuge, je vous honorai, et si je l'ose dire, je vous aimai de bonne foi'. Dans la suite notre petit séjour de Liessies acheva de m'attendrir pour vous'. Je n'oublierai jamais la droiture, la franchise, la bonté, la délicatesse, la sincère religion, que je trouvai en vous. Dès lors je me donnai tout entier à votre personne, et j'y serai fidèlement le reste de ma vie. Jugez par là, Monsieur, avec quelle joie j'entends dire aux plus honnêtes gens de l'armée, que vous avez trouvé le moyen d'y être universellement aimé'. J'irai avec joie jusqu'à Maubeuge pour avoir l'honneur de vous voir. Mais puisqu'il vous convient mieux que je n'aille pas si loin, ayez la bonté de m'avertir sans façon quand vous viendrez au Quesnoy, je m'y rendrai d'abord°. N'y ayez pas trop d'affaires, car je vous enlèverai à tous les présenteurs de requêtes, pour vous posséder. C'est avec le zèle le plus sincère, que je suis à jamais, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

Souffrez, Monsieur, que j'ajoute ici mille respects pour Madame de Ber-nières.

23 novembre 1703 TEXTE 85

953. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Cambray, 23 novembre 1703.

1° Il y a, Monsieur, selon S. Aug[ustin] (De civit. Dei li. 5)' deux sortes de nécessités à distinguer. L'une pourrait tomber sur les actes commandés par notre volonté aux autres puissances (Multa enim facimus quae si nolle-mus, non utique faceremus, c. 10)2. L'autre tomberait sur les actes propres de la volonté, c'est-à-dire sur le vouloir même (quo primitus pertinet ipsum velle. Nam si volumus est. Si nolumus non est; non enim vellemus, si nollemus)'. Ce père soutient que ni le destin, ni l'influence des astres ni la prescience de Dieu n'impose aucune de ces deux nécessités à l'homme, et il oppose également à ces deux espèces de nécessité, la notion vulgaire d'une liberté, par laquelle la volonté a en son plein pouvoir le choix, ou décision entre le vouloir et le non-vouloir, entre vouloir ceci et vouloir cela, sans y être déterminée, par aucune cause distinguée d'elle.

2° Il nie la première espèce de nécessité qui tomberait sur les actes commandés par la volonté aux autres puissances et qui composent la bonne ou la mauvaise vie en disant: Si enim necessitas nostra illa dicenda est, quae non est in nostra potestate... manifestum est voluntates nostras quibus recte vel perperam vivitur, sub tali necessitate non esse. Multa enim facimus, quae, si nollemus, non Utique faceremus (c. 10)4. Vous voyez qu'il n'a point d'autre idée d'une action libre, que celle d'une action qui est en notre pouvoir pour la faire ou ne la faire pas. In nostra potestate. En cet endroit il cite l'exemple de la nécessité de la mort. Or il est évident que s'il n'y avait dans l'état présent que des grâces efficaces par elles-mêmes, c'est-à-dire par leur propre essence pour chaque acte particulier ad singulos actus, il s'ensuivrait que tout homme qui n'aurait point dans le moment A la grâce efficace pour un tel acte précis serait actuellement sans grâce pour cet acte, et par conséquent que l'acte ne serait non plus en son pouvoir qu'il est en son pouvoir d'éviter la mort. Au contraire celui qui aurait actuellement dans le moment A la grâce efficace pour un tel acte précis, n'aurait point le non-acte en son pouvoir. Rien n'est moins en notre pouvoir que de violer l'essence des choses: secun-dum id quod magis nos delectat operemur necesse est'. La nature seule sans grâce pour un tel acte précis ne peut rien pour cet acte surnaturel et quand la grâce efficace pour cet acte précis arrive, le non-acte est incompossible avec elle, selon le système des défenseurs de Jansénius. Ainsi selon eux les actes que la volonté doit ou ne doit pas commander aux autres puissances ne sont pas plus en notre pouvoir que la mort et la vie. S. Augustin soutient au contraire que ces actes sont au pouvoir de notre volonté. Quae non est in nostra potestate... manifestum est voluntates nostras... sub tali necessitate non esse6.

3° Il continue à exprimer la liberté de ces actes commandés en disant (Sunt igitur nostrae voluntates, et ipsae faciunt quidquid volendo facimus, quod non fieret si nollemus... Nam si voluntas tantum esset, nec posset quod vellet potentiore voluntate impediretur)' . En effet il était capital pour les moeurs d'établir que ni le destin ni les astres ni la prescience divine n'empêchent point que ces actes commandés ne soient en notre pouvoir, en sorte que notre volonté en soit responsable.

86 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 novembre 1703

4° Quand ce Père dit: Ipsum velle... si volumus est, si nolumus, non est. Non enim vellemus, si nollemus8, il faut bien se garder de croire qu'il se réduise dans une matière si sérieuse et si fondamentale à une proposition que l'école nomme identique et nugatoire9 . Ce retranchement dans un jeu de mots puéril serait ridicule et scandaleux. Qui est-ce qui a pu jamais douter que les causes qui produiraient notre vouloir ne nous feraient point vouloir sans que nous voulussions? S. Aug. ne pense pas seulement que ses adversaires puissent jamais révoquer en doute cette vérité palpable. Il la suppose et il suppose qu'elle est pareillement supposée par eux. Voici comment il parle décisivement : Atque in his quas esse sub necessitate noluerunt, posuerunt etiarn nostras voluntates, ne videlicet non essent liberae si subderentur necessi-tati..." Vous voyez qu'il s'agit entre S.Aug. et ses adversaires qu'il réfute, de nos vouloirs, qui étaient supposés de part et d'autre de véritables vouloirs. Il n'était question que de savoir s'ils étaient nécessités et ce père prouve qu'ils ne sont point nécessités, parce que nous ne les formons que quand notre volonté choisit d'elle-même de les former.

5° Ce père, pour exclure toute simple nécessité, avait exclu ce que les Stoïciens nommaient le destin et qui était selon eux-mêmes une volonté invincible du Dieu souverain (Dei summi tribuunt voluntati... cujus potestas insuperabi-liter per cuncta porrigitur eos appellare fatum sic probatur)' 1. Selon les défenseurs de Jansénius la grâce efficace par sa propre essence ne serait pas une cause moins invincible de notre vouloir que le destin des Stoïciens. Ainsi selon l'idée de S. Aug. l'une des deux causes nécessitantes de notre vouloir ne doit pas être moins rejetée que l'autre. Il paraît que les Stoïciens croyaient non seulement que le destin, en nécessitant les hommes, ne leur ôte point le vouloir, mais encore leur laisse un vouloir libre et non nécessité en certaines choses (Et Stoici ut non omnia necessitate fieri dicerent, quamvis omnia fato fieri contenderent)u . On n'a qu'à lire les ouvrages des philosophes stoïciens qui nous restent, comme Sénèque, Epictète, Marc Aurèle, on y trouvera à chaque page des preuves démonstratives que ces philosophes croyaient que le destin, en nécessitant les volontés des hommes, ne les empêchait point de vouloir ce qu'ils veulent. Si S. Aug. leur avait imputé le contraire, on ne pourrait éviter de l'abandonner dans un point si insoutenable. Mais c'est le comble de l'absurdité que de leur imputer une chose si absurde.

6° Quand S. Aug. parle ainsi: Si volumus est, si nolumus non est. Non enim vellemus, si nollemus", il faut donc écarter le sens identique et nuga-toire qui n'est pas un sens en cette occasion. Il faut s'attacher à l'idée de liberté pour le mérite et pour le démérite que S. Aug. a tant inculquée et qu'il assure être uniforme dans tout le genre humain depuis les bergers qui chantent sur les montagnes jusqu'aux ministres qui enseignent la religion dans les temples (L. de 2 animab.)'` savoir la liberté par laquelle on peut ne faire pas ce qu'on fait. Il faut se fixer à dire avec ce Père que la volonté, quoi qu'elle voulût bien vouloir, ne serait plus libre, ni responsable de son vouloir si son vouloir même était nécessité par une cause distinguée d'elle, quelle qu'elle pût être (De lib. arbit. c.)". Autrement il serait inutile et ridicule de dire que la volonté ne voudrait pas ce qu'elle voudrait. Il est vrai que son vouloir serait en elle, mais il ne serait point à elle, c'est-à-dire dépendant de son choix. Il dépendrait uniquement de cette cause supérieure qui en déciderait seule. Aussi pour donner un sens sérieux aux paroles de S. Aug., il faut l'entendre

23 novembre 1703 TEXTE 87

comme s'il disait : «Notre vouloir est prêt quand nous voulons, et il ne vient point quand nous ne voulons pas, parce qu'il est entièrement au choix de notre volonté de le former ou de ne le former pas. » Ce sens n'est pas identique et nugatoire comme l'autre. Il est fondé dans les idées et dans les expressions naturelles de tout le genre humain. Il explique tout et décide clairement le véritable état de la question contre les adversaires de S. Augustin.

7° C'est ce que S. Aug. explique clairement par ces expressions: Quod si ita est, nihil est in nostra potestate, nullumque est arbitrium voluntatis'' , quod si concedimus, inquit, omnis humana vita subvertitur, frustra leges dantur, frustra etc." Le terme d'arbitre est synonyme avec celui de choix. Ainsi notre vouloir n'est laissé à notre libre arbitre qu'autant qu'il est laissé à notre libre choix de le former ou de ne le former pas. C'est forcer les termes les plus décisifs et s'en jouer indignement que de leur donner une signification moins forte et moins étendue. En vain nous avons des lois, des louanges, des corrections etc. si notre vouloir même est décidé par une cause différente de notre volonté propre. Aussi lorsque S. Aug. dit : Nihil est in nostra voluntate", c'est précisément comme s'il disait : Rien n'est à notre choix pour en former le vouloir ou pour ne le former pas. En ce sens très sérieux et très décisif il est vrai que nous ne voulons que quand et autant que nous voulons, parce que c'est notre volonté qui sans être décidée par aucune autre cause distinguée d'elle, se décide elle-même pour former chaque vouloir ou pour ne le former pas. C'est encore en ce sens qu'il faut entendre ces paroles : «Sic etiam cum dicimus necesse esse ut cum volumus libero velimus arbitrio, et verum procul dubio dicimus. »19 C'est par un libre choix que nous préférons le vouloir au non-vouloir quand nous voulons actuellement quelque chose dans l'état de la vie présente. Nous ne pouvons pas ne point vouloir ce que nous voulons actuellement dans un certain moment précis. Mais nous le voulons librement parce que nous choisissons actuellement de le vouloir, sans y être déterminé par aucune autre cause que notre volonté. C'est le choix ou arbitre de notre volonté qui décide. Ce choix ou arbitre est libre, parce que nulle autre cause ne lui donne la décision. Quand S. Aug. parle en ces termes: Et voluntate nos facere quidquid a nobis non nisi volentibus fieri sentimus et novimus c. 920, il veut sans doute exprimer la certitude que tous les hommes, sans en exempter ni les Stoïciens, ni les astrologues, ni même les Manichéens, ont par conscience que leur propre vouloir est toujours laissé à leur propre choix pour le former ou ne le former pas, et qu'il n'est décidé par aucune autre cause. C'est à cette certitude intime et invincible du fond de la conscience que S. Aug. rappelait ses adversaires pour les convaincre du libre arbitre qui était en eux.

8° Il est vrai que ce père parle d'une nécessité que nous venons de toucher en rapportant quelques-unes de ses paroles et qui est infiniment différente de celle qu'il a d'abord exclue tant des actes commandés par la volonté aux autres puissances que des actes propres de la volonté même. Cette seconde espèce de nécessité n'est que conséquente et identique comme parle l'Ecole. Si autem illa definitur esse necessitas secundum quam dicimus necesse esse ut ita sit aliquid vel ita flat, nescio cur eam timeamus ne nobis libertatem auferat voluntati. Neque enim et vitam Dei et praescientiam Dei sub necessitate poni-mus, si dicamus necesse esse Deum semper vivere et cuncta praescire, sicut nec potestas ejus minuitur cum dicitur falli morique non posse... Sic etiam cum

88 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 novembre 1703 24 novembre 1703 TEXTE 89

dicimus necesse esse ut cum volumus, libero velimus arbitrio, et verum procul dubio dicimus et non ideo ipsum liberum arbitrium necessitati subjicimus quae adimit libertatem. Sunt igitur nostrae voluntates et ipsae faciunt quid-quid volendo facimus, quod non fieret si nollemusn . 1° Il oppose cette espèce de nécessité à cette autre nécessité qu'il avait déjà expliquée comme une nécessité toute simple et sans contrainte. Voluntates ne videlicet non essent liberae, si subderentur necessitati". Cette première nécessité selon la supposition que S. Aug. rejette ferait que l'homme serait nécessité à vouloir, comme il est nécessité à mourir. Il voudrait l'objet de son vouloir et il voudrait son propre vouloir même. Mais une cause invincible le nécessiterait à vouloir comme une cause invincible nous nécessite à mourir. C'est à cette nécessité sans contrainte qu'il oppose une seconde espèce de nécessité. La première quoique exempte de toute contrainte détruirait selon lui la liberté. Mais pour la seconde nécessité, S. Aug. serait fort étonné si quelqu'un craignait qu'elle pût ôter la liberté de notre volonté à l'égard de son vouloir. 2° Il compare cette espèce de nécessité à celle par laquelle nous disons que Dieu étant supposé immortel et infaillible, il ne peut ni mourir ni se tromper. Il remarque seulement que ce n'est pas un défaut à craindre en Dieu que la nécessité de ne mourir et de ne se tromper jamais. 3° Il explique décisivement et sans ombre d'équivoque ce qu'il entend par cette seconde espèce de nécessité qu'il ne craint point pour le libre arbitre (Il est nécessaire que quand nous voulons, nous voulions par un choix libre), c'est-à-dire qu'il est nécessaire que nous voulions une chose quand nous en avons le vouloir actuel, et comme le vouloir que nous avons en cette vie est un vouloir au choix de notre volonté, il s'ensuit que quand nous choisissons actuellement de vouloir une chose, il est nécessaire que nous la choisissions dans cet instant-là. En un mot nous ne saurions ne pas choisir ce que nous choisissons actuellement quoique nous le choisissions sans y être déterminé par aucune cause distinguée de notre volonté. Il est impossible que le vouloir et le non-vouloir du même objet se trouvent ensemble dans le même moment. Comme il est impossible que Dieu soit Dieu infiniment parfait, immortel, infaillible etc. et qu'il se trompe, de même il est impossible qu'une volonté ne choisisse pas de vouloir ce qu'elle choisit actuellement.

Voilà la nécessité conséquente et identique par laquelle il est impossible de joindre ensemble les deux contradictoires. Voilà une nécessité beaucoup moindre que la nécessité antécédente sans contrainte que S. Aug. a expliquée quelques lignes au dessus. Voilà une nécessité qui s'accommode parfaitement avec le libre arbitre quoique l'autre ne s'y accommode nullement. 4° Si vous faisiez dire à S. Aug. que la nécessité qui nous déterminerait à vouloir ne blesserait en rien le libre arbitre, vous confondriez cette nécessité avec la première qu'il reconnaît incompatible avec la liberté et vous le réduirez à se contredire lui-même. Vous supposeriez une nécessité antécédente imposée à la volonté à l'égard de son propre vouloir par une cause distinguée d'elle, et vous supposeriez que cette nécessité est aussi invincible que celle qui empêche Dieu de mourir et de se tromper. Ce serait faire dire à S. Aug. une impiété encore plus folle que toutes celles qu'il veut réfuter. Il faut donc évidemment que la première espèce de nécessité soit à la vérité antécédente, mais simple, sans contrainte et néanmoins incompatible avec la liberté, et que la seconde soit purement identique et conséquente en sorte qu'elle puisse être aussi invincible que l'immortalité et l'infaillibilité de Dieu sans nuire au libre arbitre.

9° S. Augustin veut renverser l'argument de Ciceron qui disait qu'un enchaînement certain de causes détruirait la liberté. Il nie cette conséquence (non est autem consequens ut si Deo certus est omnium ordo causarum, ideo nihil sit in nostrae voluntatis arbitrio. c. 9)23. Voici tout le raisonnement de ce père. 1° Il dit que nos volontés mêmes sont au rang des causes qui sont dans cet ordre certain (et ipsae qui ppe nostrae voluntates in causarum ordine sunt)". En effet nos volontés produisent non seulement d'une façon immédiate leurs propres vouloirs, mais encore tous les actes des autres puissances qui sont commandés par elle. Voilà ce que S. Aug. suppose comme une vérité dont aucun de ses adversaires n'oserait douter. 2° Ce père suppose encore que la prescience de Dieu n'est cause de rien, qu'elle n'influe en rien, qu'elle ne prévient rien, et qu'elle ne fait que voir conséquemment la futurition de son objet, qu'elle suppose sans le déterminer (quia volituras atque facturas ille praescivit c. 9)". Voici la conclusion finale et décisive de S. Aug.: Proinde non frustra sunt leges etc. quia et ipsas futuras esse praescivit etc. neque enim ideo peccat homo quia Deus ilium peccatorem esse praescivit, c. 1026. En toute rigueur de dialectique, la particule négative non tombe sur ces deux termes ideo et quia. Ainsi elle nie absolument que la prescience de Dieu influe en rien comme cause ou raison de la futurition d'aucun de nos vouloirs. La liberté que les adversaires de S. Aug. niaient, était celle qu'il affirmait. Or est-il qu'il établit avec la prescience divine un vouloir qui n'est nécessité par aucune cause distinguée de la volonté. Donc c'est précisément cette liberté que les adversaires de ce saint docteur révoquèrent en doute. 3° Remarquez qu'il établit la même liberté pour tous les vouloirs de l'homme en tout état, tant pour les enfants d'Adam depuis son péché"

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déterminée par aucune cause distinguée d'elle. Alors ce père avait un principe de demi-pélagianisme qui lui faisait attribuer au libre arbitre seul le commencement et le point décisif de tout mérite et de tout démérite. Cependant il ne laissait pas de dire alors contre les Manichéens comme il le disait contre les Demi-pélagiens à la fin de sa vie: ipsum velle cum volumus est, cum nolumus non est". Sans doute ces paroles ne se bornaient pas au sens d'une liberté identique. Car il croyait qu'une liberté d'entière indifférence était essentielle pour trouver la vraie source du mérite ou du démérite, pour discerner les bons et les méchants. Ces expressions (la volonté veut quand elle veut etc.) signifiaient donc alors dans S. Aug. que le vouloir ou non-vouloir est laissé au pur choix de la volonté. Je conclus qu'il est naturel que ces expressions aient le même sens dans tous les autres.

954. A M***

A C[ambrai] 24 novembre 1703.

Si la compagnie dont on vous parle, Monsieur, vient me voir en passant', je ne manquerai pas de faire vos offres de la manière la plus engageante.

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88 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 novembre 1703 24 novembre 1703 TEXTE 89

dicimus necesse esse ut cum volumus, libero velimus arbitrio, et verum procul dubio dicimus et non ideo ipsum liberum arbitrium necessitati subjicimus quae adimit libertatem. Sunt igitur nostrae voluntates et ipsae faciunt quid-quid volendo facimus, quod non fieret si nollemusn . 1° Il oppose cette espèce de nécessité à cette autre nécessité qu'il avait déjà expliquée comme une nécessité toute simple et sans contrainte. Voluntates ne videlicet non essent liberae, si subderentur necessitati". Cette première nécessité selon la supposition que S. Aug. rejette ferait que l'homme serait nécessité à vouloir, comme il est nécessité à mourir. Il voudrait l'objet de son vouloir et il voudrait son propre vouloir même. Mais une cause invincible le nécessiterait à vouloir comme une cause invincible nous nécessite à mourir. C'est à cette nécessité sans contrainte qu'il oppose une seconde espèce de nécessité. La première quoique exempte de toute contrainte détruirait selon lui la liberté. Mais pour la seconde nécessité, S. Aug. serait fort étonné si quelqu'un craignait qu'elle pût ôter la liberté de notre volonté à l'égard de son vouloir. 2° Il compare cette espèce de nécessité à celle par laquelle nous disons que Dieu étant supposé immortel et infaillible, il ne peut ni mourir ni se tromper. Il remarque seulement que ce n'est pas un défaut à craindre en Dieu que la nécessité de ne mourir et de ne se tromper jamais. 3° Il explique décisivement et sans ombre d'équivoque ce qu'il entend par cette seconde espèce de nécessité qu'il ne craint point pour le libre arbitre (Il est nécessaire que quand nous voulons, nous voulions par un choix libre), c'est-à-dire qu'il est nécessaire que nous voulions une chose quand nous en avons le vouloir actuel, et comme le vouloir que nous avons en cette vie est un vouloir au choix de notre volonté, il s'ensuit que quand nous choisissons actuellement de vouloir une chose, il est nécessaire que nous la choisissions dans cet instant-là. En un mot nous ne saurions ne pas choisir ce que nous choisissons actuellement quoique nous le choisissions sans y être déterminé par aucune cause distinguée de notre volonté. Il est impossible que le vouloir et le non-vouloir du même objet se trouvent ensemble dans le même moment. Comme il est impossible que Dieu soit Dieu infiniment parfait, immortel, infaillible etc. et qu'il se trompe, de même il est impossible qu'une volonté ne choisisse pas de vouloir ce qu'elle choisit actuellement.

Voilà la nécessité conséquente et identique par laquelle il est impossible de joindre ensemble les deux contradictoires. Voilà une nécessité beaucoup moindre que la nécessité antécédente sans contrainte que S. Aug. a expliquée quelques lignes au dessus. Voilà une nécessité qui s'accommode parfaitement avec le libre arbitre quoique l'autre ne s'y accommode nullement. 4° Si vous faisiez dire à S. Aug. que la nécessité qui nous déterminerait à vouloir ne blesserait en rien le libre arbitre, vous confondriez cette nécessité avec la première qu'il reconnaît incompatible avec la liberté et vous le réduirez à se contredire lui-même. Vous supposeriez une nécessité antécédente imposée à la volonté à l'égard de son propre vouloir par une cause distinguée d'elle, et vous supposeriez que cette nécessité est aussi invincible que celle qui empêche Dieu de mourir et de se tromper. Ce serait faire dire à S. Aug. une impiété encore plus folle que toutes celles qu'il veut réfuter. Il faut donc évidemment que la première espèce de nécessité soit à la vérité antécédente, mais simple, sans contrainte et néanmoins incompatible avec la liberté, et que la seconde soit purement identique et conséquente en sorte qu'elle puisse être aussi invincible que l'immortalité et l'infaillibilité de Dieu sans nuire au libre arbitre.

9° S. Augustin veut renverser l'argument de Ciceron qui disait qu'un enchaînement certain de causes détruirait la liberté. Il nie cette conséquence (non est autem consequens ut si Deo certus est omnium ordo causarum, ideo nihil sit in nostrae voluntatis arbitrio. c. 9)23. Voici tout le raisonnement de ce père. 1° Il dit que nos volontés mêmes sont au rang des causes qui sont dans cet ordre certain (et ipsae qui ppe nostrae voluntates in causarum ordine sunt)" . En effet nos volontés produisent non seulement d'une façon immédiate leurs propres vouloirs, mais encore tous les actes des autres puissances qui sont commandés par elle. Voilà ce que S. Aug. suppose comme une vérité dont aucun de ses adversaires n'oserait douter. 2° Ce père suppose encore que la prescience de Dieu n'est cause de rien, qu'elle n'influe en rien, qu'elle ne prévient rien, et qu'elle ne fait que voir conséquemment la futurition de son objet, qu'elle suppose sans le déterminer (quia volituras atque facturas ille praescivit c. 9)". Voici la conclusion finale et décisive de S. Aug.: Proinde non frustra sunt leges etc. quia et ipsas futuras esse praescivit etc. neque enim ideo peccat homo quia Deus ilium peccatorem esse praescivit, c. 1026. En toute rigueur de dialectique, la particule négative non tombe sur ces deux termes ideo et quia. Ainsi elle nie absolument que la prescience de Dieu influe en rien comme cause ou raison de la futurition d'aucun de nos vouloirs. La liberté que les adversaires de S. Aug. niaient, était celle qu'il affirmait. Or est-il qu'il établit avec la prescience divine un vouloir qui n'est nécessité par aucune cause distinguée de la volonté. Donc c'est précisément cette liberté que les adversaires de ce saint docteur révoquèrent en doute. 3° Remarquez qu'il établit la même liberté pour tous les vouloirs de l'homme en tout état, tant pour les enfants d'Adam depuis son péché"

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déterminée par aucune cause distinguée d'elle. Alors ce père avait un principe de demi-pélagianisme qui lui faisait attribuer au libre arbitre seul le commencement et le point décisif de tout mérite et de tout démérite. Cependant il ne laissait pas de dire alors contre les Manichéens comme il le disait contre les Demi-pélagiens à la fin de sa vie: ipsum velle cum volumus est, cum nolumus non est". Sans doute ces paroles ne se bornaient pas au sens d'une liberté identique. Car il croyait qu'une liberté d'entière indifférence était essentielle pour trouver la vraie source du mérite ou du démérite, pour discerner les bons et les méchants. Ces expressions (la volonté veut quand elle veut etc.) signifiaient donc alors dans S. Aug. que le vouloir ou non-vouloir est laissé au pur choix de la volonté. Je conclus qu'il est naturel que ces expressions aient le même sens dans tous les autres.

954. A M***

A C[ambrai] 24 novembre 1703.

Si la compagnie dont on vous parle, Monsieur, vient me voir en passant', je ne manquerai pas de faire vos offres de la manière la plus engageante.

90 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 29 novembre 1703

Pour le discours dont on' vous prie de me demander des nouvelles, les personnes sages et sans partialité qui l'ont entendu, ont trouvé que j'avais loué beaucoup de choses très louables avec amitié et sans flatterie en y joignant des avis très importants. Ces sortes d'avis sont d'ordinaire bien reçus, quand on est persuadé qu'ils sont donnés sans aucun esprit de critique et avec une sincère affection. Celui qui vous écrit sait que je ne cherche à flatter personne'. J'ai tâché de ne rien dire qui ne fût exactement vrai. Il me semble même que je l'ai fait avec la gravité et l'autorité convenables à ma place. Après avoir rempli ma fonction le moins mal que j'ai pu, je me trouve bien de me taire, et je ne songe point à contenter les curieux. Je ne doute nullement des bonnes intentions de la personne qui vous écrit. Je les ressens comme je le dois, et je vous conjure de lui mander que je conserve une estime très cordiale pour son mérite°. Personne ne peut être plus sincèrement que moi, etc.

954 bis. L'ABBÉ DE BEAUMONT A... 30 novembre 1703 TEXTE 91

beaucoup d'un côté, ne gagne pas un peu de l'autre; — enfin il faut bien appuyer sur ce que ces choses qui se pèsent maintenant et ne se pesaient pas autrefois, doivent être pesées nécessairement à une balance publique selon tout droit et règle de police. Si elles ne se pèsent pas à la balance de l'Archevêque, le Roi en établira une pour ces choses, ce qui partageant ainsi le droit de balance, l'archevêque sera obligé de traiter avec le Roi de son droit afin de ne le pas perdre tout à fait à la longue, parce que la balance du Roi prévaudrait sur tout.

Il faut tâcher de faire bien entendre à ces messieurs la nécessité de ne pas se laisser éblouir à de petites subtilités de chicane qui réduiraient les seigneurs, surtout les ecclésiastiques, à traiter de leurs droits avec le Roi qui les ferait bien valoir plus heureusement, ce qui chargerait plus le commerce.

Vous verrez d'ailleurs, mieux qu'on ne vous saurait dire, tout ce qui peut s'ajouter à ces raisons, car vous êtes plus instruit du fond de l'affaire et de tout ce qui y a rapport.

Je suis, Monsieur, très sincèrement à vous.

[29 novembre 17031. Cambrai, 29 novembre 1703. L. DE BEAUMONT.

Monsieur l'Archevêque m'a chargé de vous écrire, Monsieur, pour vous prier de voir les juges de l'affaire de la chasse avant le jugement et de tâcher de leur bien faire entendre toutes les raisons.

Il vous prie aussi de rendre vous-même à M. le Premier Président et à M. le Procureur Général les lettres qu'il leur écrit. Il a voulu qu'on laissât à cachet volant celle qui est pour le Premier Président afin que vous la puissiez faire voir auparavant au Procureur Général, ce qu'il vous prie de faire.

Monsieur l'Archevêque souhaite encore que vous voyiez ceux qui seront juges de l'affaire des balances et que vous leur expliquiez les bonnes raisons qui fondent son droit. Il faut leur faire remarquer que le Roi s'attribuera tout ce qu'on ôterait à l'Archevêque sur le droit des poids et balances. La police et le bon ordre demandent qu'il y ait des balances publiques dans toutes les villes; aussi y en a-t-il dans toutes sans exception, et s'il n'y en avait pas à Cambrai, on y en établirait. 11 est notoire et prouvé qu'il n'y a jamais eu à Cambrai d'autres balances publiques que celles de l'Archevêque.

Quant à ce qu'on dit qu'il y a maintenant beaucoup de choses que l'on pèse et qu'on ne pesait point autrefois, on peut répondre:

1. que c'était un abus qui a été rectifié sur la nécessité qu'on a reconnue de les peser;

2. que ce n'est point les archevêques qui ont établi l'usage de peser ces choses, mais que, se pesant, elles ne peuvent être pesées qu'à la seule balance légitime de la ville qui est la sienne, qu'on ne peut tolérer d'autres balances chez les particuliers pour peser ces choses sans donner une occasion inévitable à toutes les fraudes qui se feraient au préjudice des balances de l'archevêque sur toutes les autres choses qui se sont pesées de tout temps. Enfin, comme il y a certaines choses qui se pèsent dans un temps quoiqu'elles ne se pesassent pas auparavant, il y en a d'autres qu'on cesse de peser ou qui ne viennent plus au poids qu'en très petite quantité, parce que les villes changent de commerce et qu'il n'est pas juste que la balance publique perdant A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 30 novembre 1703.

Monsieur,

Je prends la liberté de vous recommander les intérêts de Philippe Del-buire natif de Floyon ' près d'Avesnes, qui est mon domestique depuis plusieurs années. Il a une affaire de famille qui ne finit point, et on lui assure, Monsieur, qu'un mot que vous aurez la bonté de dire la finira d'abord. Celui qui vous rendra cette lettre vous présentera un placet où la grâce qu'on vous demande sera expliquée. Personne ne sera jamais avec plus de zèle que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

3. Au MÊME

A Cambray 1 décembre 1703.

La passion d'avoir l'honneur de vous voir m'engage à vous faire une proposition bien libre. Vous voilà au Quesnoy. Je n'ose y aller' de peur d'entendre les clameurs des affligés, et de me voir contraint par leurs importunités, de vous demander des grâces que vous ne pouvez pas accorder. D'ailleurs j'attends ici tous les soirs une compagnie qui va de Paris à Bruxelles, et qui doit passer à Cambray". On ne me pardonnerait point mon absence dans ce passage. Ne pourriez-vous point, Monsieur, avoir la bonté de dérober trois ou quatre heures de votre séjour au Quesnoy, pour venir à Saulzoir ou à Bermerain 3. Nous y arriverions de part et d'autre vers les onze heures du

92 CORRESPONDANCE DE FENELON 17 décembre 1703 17 décembre 1703 TEXTE 93

matin, je vous y donnerais un petit dîner de campagne. Je serais charmé de vous posséder tout seul pendant deux heures. Vous seriez de retour au Quesnoy pour y travailler tout le soir, et moi je reviendrais coucher ici, pour me tenir à portée des gens qui doivent y passer. Donnez vos ordres. Je les attends. Pardon de tant de liberté. Pourquoi donnez-vous tant d'envie de vous embrasser? Si vous le pouvez, choisissez le jour à votre commodité'.

Souffrez que je vous demande grâce dans la levée des milices pour le .fils de mon meunier de Solesmes. C'est une famille de bonnes gens attachés de père en fils au service de l'archevêché. Je ne puis me dispenser de vous supplier très instamment d'épargner les bons clercs de paroisse'. Vous rendrez un vrai service à la religion, si vous enrôlez ceux qui négligent l'instruction. Mais pour les bons clercs qui tiennent bien l'école, et qui aident soigneusement le pasteur pour catéchiser la jeunesse, ils sont la ressource de tout un village pour le spirituel, et ce serait tout perdre que de nous les ôter.

Je suis, avec le zèle le plus sincère pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

957. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrail 17 décembre 1703.

Ne croyez pas, Monsieur, que j'aie manqué un moment de bonne volonté pour vous et pour votre famille. Mais les embarras que j'ai eus plus qu'à l'ordinaire, ont été cause du retardement de ma réponse. Je vous envoie une lettre pour M. le C. du Reux'. Je lui mande que vous la lui rendrez, et que vous lui expliquerez de quoi il s'agit. J'avoue que j'ai beaucoup de répugnance à demander la place d'un homme, sans attendre qu'il soit mort. Je vois bien la raison, qui vous presse, et je m'y rends. Mais en vérité les personnes en autorité ne devraient jamais s'engager qu'après avoir tout écouté'.

Pour les Bénédictines', elles ont grand tort de ne vous laisser pas finir leur affaire. Mais dans le fond M. Pepin' n'est pas en droit de vouloir ni rendre l'abbesse responsable d'une personne, dont elle n'était pas geôlière, ni de rendre la communauté responsable des faits personnels de l'abbesse. Si vous pouviez faire entendre ces raisons à M. Pepin, vous feriez une très bonne oeuvre. Pour moi je n'ai rien appris du côté des Bénédictines depuis la lettre, que j'avais écrite à M. Maks'. La cour de Mons fera ce qu'il lui plaira. Mais indépendamment du plus ou moins de revenu de la maison, les règles de droit ne permettent nullement de s'en prendre à un convent de l'évasion d'une personne que la communauté n'a pu retenir dans le cloître, comme dans une prison. Je souhaite de tout mon coeur que M. Pepin soit satisfait. Mais à l'extrémité je ne pourrais pas m'empêcher de me plaindre à Bruxelles, si on voulait faire payer à une communauté des dédommagements pour cette évasion.

M. l'Internonce me mande que M. de Bedmar a reconnu qu'il est inouï, que les juges laïques fassent publier des dispenses des commandements de l'Eglise6. Le Pape renvoie absolument la chose arbitrio et conscientiae ordi-nariorum. Quand même Sa Sainteté] aurait accordé absolument la dispense, ce ne serait pas le juge laïque, qui devrait la publier. Il faudrait attendre notre mandement, comme celui de M. de Malines a été attendu. M. de Bedmar a promis à M. l'Internonce de faire réparer cette faute'. Je vous prie de le dire à M. le C. du Reux et à M. Maès, afin que la chose se répande et que personne ne mange de la viande les samedis'. Je verrai ce qu'il sera à propos de régler là-dessus.

Vous aurez bientôt de mes nouvelles sur etc. Donnez-moi de celles de vos travaux. Tout à vous.

958. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 17 décembre 1703.

Permettez-moi, s'il vous plaît, Monsieur, de vous importuner avec la confiance que vous m'avez inspirée. Messieurs des eaux et forêts sont venus dans tous nos bois marquer tous les arbres. C'est pour troubler nos marchands et pour nous empêcher d'être payés. Rien n'est moins juste que ce procédé. 1° Ce n'est qu'un ressentiment sur ce que nous n'avons pas eu recours à eux sur la question de la chasse. 2° C'est un ressentiment mal fondé; car je n'ai comparu au parlement que pour déclarer que je ne devais point y procéder. 3° C'est au parlement, et non pas à moi qu'ils doivent s'en prendre. Puis-je laisser donner au parlement un possessoire irréparable, qui ruinerait tout le gibier? 4° On assure que suivant leur ordonnance la juridiction en première instance ne leur est attribuée, que dans les cas où une partie se pourvoit devant eux. Les habitants se sont pourvus au parlement, et non par-devant eux. C'est ce qui n'est pas de mon fait 2. 5° Quand même j'aurais tort à cet égard, ce point de la chasse n'a rien de commun avec la coupe de nos bois. Nous avons un arrêt du conseil enregistré dans leur tribunal, qui nous rend indépendant d'eux dans ces coupes'. C'est en vertu de cet arrêt qu'ils nous ont toujours laissé en repos. Pourquoi ne continuent-ils pas à nous y laisser? Je ne puis pas tolérer qu'ils aient marqué tous nos arbres. C'est troubler nos ventes, et écarter à jamais les marchands. Il m'est capital d'empêcher une entreprise' d'une conséquence si dangereuse.

Je vous supplie très instamment, Monsieur, d'avoir la bonté de leur demander à quoi ils veulent se tenir. S'ils prétendent se rendre les maîtres de nos bois et en régler les coupes, je ne puis m'empêcher de me pourvoir au conseil', pour demander l'exécution d'un arrêt qu'ils ont eux-mêmes enregistré, et je serai contraint de pousser cette affaire avec vigueur. Mais j'espère qu'ils écouteront la raison, quand vous voudrez bien avoir la bonté de la leur représenter fortement.

Pardon, Monsieur. Personne au monde sans exception ne vous est plus fortement dévoué que votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

94 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 décembre 1703

958 A. REQUÊTE DE LOUIS-JOSEPH HERLEZ A FÉNELON

20 décembre 1703.

A Monseigneur, Monseigneur Illustrissime et Révérendissime archevêque et duc de Cambray.

Remontre en toute humilité Louis-Joseph Herlez prêtre, chanoine de l'église de S. Géry en Cambray', disant qu'il aurait eu ci-devant quelque démêlé avec le sieur Vanhoutte2 son confrère, ensuite duquel Messieurs du Chapitre de S. Géry auraient tenu des informations à leur charge', et seraient prêts à prononcer leur sentence; mais le dit Herlez, s'apercevant qu'il a tout lieu de craindre d'être molesté et grevé par les dits sieurs du Chapitre ses confrères pour les raisons qu'il expliquera en temps et lieu, a été conseillé d'avoir recours à votre Grandeur pour la supplier de vouloir prendre connaissance par elle-même de ce démêlé, et de se faire donner à cet effet lesdites informations pour porter sur icelles le jugement qu'elle trouvera convenable, ce que le suppliant espère qu'il lui sera d'autant plus facilement accordé, que tout particulier de l'église de S. Géry est en droit de se pourvoir ainsi par devant votre Grandeur suivant les privilèges accordés audit chapitre, savoir dans la concession de Jean de Bourgogne autrefois évêque de Cambray, où il est dit que si quelqu'un, dans les cas qui appartiennent aux prévôt, doyen et chanoines, se sentait grevé et opprimé ou appréhendait de l'être, pourrait évoquer sa cause par devant Monseigneur ou son official'.

Ce considéré, Monseigneur, il vous plaise accorder au suppliant sa très humble demande, promettant de se soumettre à telle pénitence ou correction qu'il voudra ordonner6.

J. HERLEZ.

Soit communiquée la présente requête au chapitre de S. Géry, pour les informations contre ledit Herlez nous être rapportées et ordonner ce que de raison.

Fait à Cambray, le 20e décembre 1703.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

par Monseigneur

DES ANGES, secréte.

L'appariteur soussigné a insinué cette présente à Messieurs du chapitre de S. Géry parlant à leurs personnes capitulaires assemblées, leur en ayant laissé copie.

Fait à Cambray, ce vingt-deux décembre 1703.

P. DEPERY. 21 décembre 1703 TEXTE 95

959. A LA DUCHESSE DE HOLSTEIN'

A Cambray, 21 décembre 1703.

Le respect et la discrétion m'avaient d'abord empêché, Madame, de vous témoigner ma joie sur votre heureux mariage. Mais l'extrême bonté avec laquelle vous avez bien voulu me faire l'honneur de me prévenir ne me permet plus de garder le silence. Personne sans aucune exception ne peut s'intéresser plus vivement que je le fais, à tout ce qui peut contribuer à votre satisfaction. Je souhaite de tout mon coeur, Madame, à Monsieur le duc de Holstein' tous les grands succès et tous les avantages convenables à sa haute naissance. Je vous souhaite tous les agréments et tout le bonheur que vous méritez. Mes souhaits se tournent en prières; car je demande souvent à Dieu qu'il vous comble de ses bénédictions, et qu'il vous donne avec les prospérités temporelles l'esprit de foi et de piété solide pour les mépriser. Nous avons vu passer ici depuis peu Mad. d'Alègre avec Mad. de Barbezieux'. Si elles eussent pu passer par Trelon, sans retarder trop leur arrivée à Bruxelles, elles auraient pris le chemin de Trelon.

Je serai toute ma vie avec le zèle et le respect le plus sincère, Madame, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

960. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 25 décembre 1703.

Je ne puis m'empêcher, Monsieur, de vous importuner encore une fois sur le procédé de messieurs les officiers des eaux et forêts. Ils avaient dit à mon secrétaire' que, quand ils avaient su que je répondais à Tournay2 ils avaient délibéré pour venir faire la visite de nos bois. Ainsi ils ne disent pas tout, quand ils assurent maintenant qu'ils ne le font que sur des ordres. De plus, pourquoi assignent-ils nos garde-bois à comparaître devant eux? En vertu de notre arrêt enregistré dans leur tribunal', ni nous ni nos gens n'avons jamais rien fait de semblable. Il m'est capital de ne commencer pas à les reconnaître. S'ils ont des ordres généraux, je doute fort qu'ils les aient pour les gens qui ont un arrêt enregistré dans leur tribunal contre leur tribunal même. Ils devraient nous le signifier ; car des ordres allégués sans preuve n'ont aucune autorité sur nous. Enfin, si le Roi a besoin de nos bois, il en est le maître, et je suis persuadé qu'il ne les prendra pas sans les bien payer à l'Eglise. Mais il y a quelques remarques à faire: 1° Cela est bon pour l'avenir; mais, à l'égard du passé, l'intention du Roi n'est pas de rompre nos marchés, de nous exposer aux dépens, dommages et intérêts que les acheteurs obtiendraient contre nous, et de détourner par ce trouble tous les marchands qui voudraient acheter les arbres dont le Roi n'aura pas besoin. 2° Il n'est pas juste que, dans l'incertitude si le Roi aura besoin de nos bois ou non, on fasse pourrir nos arbres coupés, et on suspende toutes nos coupes et nos ventes. S'il était vrai que ces messieurs agissent sans aucun chagrin et avec

96 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 29 décembre 1703

honnêteté', ils se contenteraient d'avoir fait les premières démarches ; après quoi, ils attendraient en paix que j'eusse fait communiquer à M. du Buisson' notre arrêt. C'est ce que je vais faire, sans perdre un moment. Auriez-vous bien la bonté, Monsieur, de les faire expliquer là-dessus? Je suis honteux de vous supplier si librement d'entrer dans ce détail; mais je ne puis être en doute sur votre patience dans les occasions de me témoigner l'amitié dont vous m'honorez6.

Personne, sans exception, ne sera jamais avec plus de zèle que moi, etc.

961. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 29 décembre 1703.

Je vous envoie, Monsieur, la réponse que j'ai reçue de M. le C. du Roeux'. Quoiqu'il n'exige de moi aucun secret, je vous prie néanmoins de la tenir secrète, parce que les choses se divulguent insensiblement, et qu'on ne peut plus en arrêter la divulgation, dès qu'elles ont passé à un certain nombre de gens. Il serait désagréable pour M. le C. du Roeux, et même pour votre famille, que cette lettre fût connue dans la ville de Mons. Il me saurait même peut-être mauvais gré de ce que je vous l'aurais envoyée. Mais ma confiance en vous m'empêche de garder des mesures. Aussi, n'est-ce nullement de vous dont je suis en peine. C'est seulement de certains parents et amis auxquels on est débiteur du secret pour l'intérêt commun de la famille'.

Vous aurez vu l'ordonnance de M. l'ar[chevêque] de Reims contre l'ouvrage de M. de Launoy3. Cet ouvrage méritait sans doute une très rigoureuse censure', mais que pensez-vous de celle du prélat 5? Que lisez-vous? Où êtes-vous? Donnez-moi franchement de vos nouvelles. Tout à vous.

F. A. D. C.

962. A LA COMTESSE DE MONTBERON

ter jour de l'an 1704.

J'ai beaucoup de peine à condamner à la mort ces trois petits innocents'. Blondel' a envie de les associer à sa troupe d'oiseaux. Ils chantent un peu, et ne connaissent pas le péril; car mon vieux chat a rappelé son ancienne vigueur et toutes ses finesses, pour les attraper.

O que je vous souhaite une bonne année toute simple et toute unie. Le sentiment ne dépend pas de nous. Il n'y a que la volonté. Notre volonté même ne peut pas être approfondie. On ne trouve point son propre vouloir, comme on trouve son gant dans sa main, en sorte qu'on puisse dire: Le voici. Vous qui aimez M. votre fils, vous ne vous tourmentez point pour trouver dans votre coeur cette amitié', comme vous vous tourmentez pour y trouver l'amour de Dieu. On se contente de vouloir aimer, et d'agir le mieux qu'on peut suivant ce fonds d'amour. Dieu n'a point une délicatesse épineuse comme nous. Allons droit avec lui, et tout est fait. 4 janvier 1704 TEXTE 97

963. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 4 janvier 1704.

J'ai écrit à Mons dans les termes les plus forts, Monsieur, pour faire dire au sieur Desmoulins qu'on m'assurait qu'il avait dit dans ses écritures' au parlement de Tournay que j'avais découvert dans ma visite de Liessies des crimes honteux de l'abbé, mais que vous m'aviez empêché de faire justice'. J'ai ajouté que s'il persistait à avancer ainsi sans fondement des choses si injurieuses non seulement contre l'abbé, mais encore contre vous et contre moi, je serais contraint de déclarer tout le contraire, et de le faire passer pour un calomniateur. En effet s'il persiste, l'abbé pourra demander à faire preuve contre la calomnie, et alors je donnerai une déclaration où je marquerai, selon ma conscience, tout ce qui peut aller à sa décharge. Mais je ne puis d'un autre côté m'empêcher de me plaindre de ce que l'abbé malgré toutes ses promesses démolit, remue, change, bâtit sans cesse et à Liessies, et à son refuge de Mons'. Ne saurait-il demeurer en repos à soixante-quinze ans? Sa maison n'a-t-elle pas déjà trop de bâtiments? A quel propos tant bâtir pour des religieux qui ne veulent point de ces bâtiments? N'est-il pas temps qu'il se repose, qu'il commence à prier Dieu, à se préparer à mourir, et qu'après s'être trop occupé du temporel, il cultive un peu le spirituel dans un âge si avancé? La bonté que vous avez pour lui me fait espérer que vous voudrez bien lui dire ces vérités. Mais ne lui donnez pas, s'il vous plaît, la présente lettre, car il serait tenté d'en produire un extrait contre Desmoulins, et je veux dresser à loisir ma déclaration, supposé que je sois obligé de la faire.

Je suivrai vos bons conseils, Monsieur, sur les officiers des eaux et forêts'. S'ils ont un nouvel arrêt contre le nôtre qu'ils ont enregistré, ils n'ont qu'à me le montrer. J'obéirai par provision, et je me pourvoirai au conseil. Mais s'ils n'ont que des ordres généraux, contre lesquels notre arrêt nous donne une exception formelle et décisive, ils ne doivent pas espérer que nous y ayons égard. Ils m'avaient menacé. Ils ont tenu parole. C'est un ressentiment qu'ils veulent déguiser. Je suis sans mesure, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

964. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 5 janvier 1704.

Je vous renvoie, Monsieur, la lettre que vous m'avez confiée. Vous ne vous repentirez jamais de ces sortes de confiances. Je n'en ferai jamais aucun autre usage, que celui que vous voudriez en faire vous-même. Vous savez jusqu'à quel point mes sentiments sur la grâce sont opposés à ceux de votre ami'. Vous connaissez combien je crois qu'il est capital à l'Eglise de déraciner les opinions qu'il soutient. Mais pour sa personne je ne voudrais que lui faire plaisir. Plût à D[ieu] que nous fussions à portée de travailler ensemble

98 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 janvier 1704 19 janvier 1704 TEXTE 99

â un éclaircissement pacifique'. Venons à nos réflexions sur les dix premiers chapitres] du Ve l[ivre] de la Cité de D[ieu].

Je n'ai point choisi cet endroit, comme celui qui fournit la preuve la plus courte et la plus sensible. Je n'ai prétendu que répondre à une objection entre

vous et moi, parce qu'il était naturel qu'elle vous arrêtât'. Il est vrai seule-

ment que je suis persuadé que cet endroit même, dont on veut se prévaloir contre nous, se tourne en preuve pour nous, quand on examine dans toute

son étendue la pensée des Stoïciens. Je ne discuterai point le détail dans cette lettre, parce que ce détail nous mènerait trop loin, et que nous éclaircirons bien mieux les choses en une demie heure de temps le livre à la main, quand vous reviendrez ici, que nous ne le pourrions faire en trente lettres'. Aussi bien faut-il que vous nous reveniez voir dans le carême'. Gardez jusqu'à ce temps-là vos remarques sur S. Aug[ustin]. Nous les traiterons toutes l'une après l'autre sur le texte, et j'espère avec l'aide de D[ieu] que S. Aug. lui-même nous instruira. En attendant faites une liste de vos difficultés avec une citation exacte des pages, où nous aurons besoin de chercher les textes, qui vous paraissent difficiles.

Je n'ai point encore vu l'ouvrage qui a été publié sous le nom de M. de Launoy. Mais si on en juge par les citations que M. l'archevêque de Reims en fait, il est très mauvais'. Ce prélat paraît vouloir donner la grâce efficace par elle-même, comme un dogme de foi. Cette grâce efficace par elle-même, est suivant sa première ordonnance', une délectation victorieuse qui ne peut être qu'indélibérée, prévenante, et efficiente du vouloir délibéré de l'homme. Quand une cause produit par elle-même, c'est-à-dire par sa propre essence, son effet d'une manière indéclinable et invincible, elle impose sans doute une nécessité antécédente, puisqu'elle est cause efficiente, et cette nécessité est la plus forte de toutes, puisqu'il n'y en peut avoir aucune de plus grande, que celle qui vient de l'essence des causes mêmes. Luther, Calvin, et le synode de Dordrecht n'ont jamais pu concevoir une plus grande nécessité dans l'opération de leur grâce irrésistible'. Peut-on dire en un tel sens que la grâce efficace par elle-même est de foi, et ne faudrait-il pas dire au contraire, qu'en la prenant dans un tel sens, la foi catholique rejette un tel dogme?

Les gazettes disent que M. le Card. de N[oailles] a donné à M. Boileau un canonicat de S. Honoré. A-t-il pris ce canonicat pour n'y résider point? Quittera-t-il l'archevêché qui est à une grande distance de ce chapitre? Est-ce une occasion de se séparer'? Chacun en raisonne.

Ne vous rebutez point, je vous conjure, de tâcher de persuader M. Pepin I°. Serait-il possible que ni M. Rollé, ni M. Fleuru, ni M. votre frère", ni aucun conseil ne pût lui faire entendre, qu'une supérieure indiscrète n'a pas pu, sans le consentement en forme de sa communauté assemblée, et sans l'autorisation de l'Evêque, rendre sa maison, et tous les biens des fondateurs, responsables de l'évasion d'une personne, qui fait banqueroute? Si les juges les plus éclairés pensent suivant les règles dans un point si clair, ils doivent lui parler tous en parfaite conformité. Pourrait-il résister à l'autorité de tant de personnes éclairées, non suspectes, et établies pour juger? Après tout ne pourriez-vous pas en entretenir ces Mrs? Peut-être que s'ils avaient fait une entière attention, ils seraient assez décidés en eux-mêmes pour décider M. Pepin.

Lisez, mais priez en lisant, et que toute votre lecture soit une véritable oraison. Etudier c'est chercher seul la vérité. Prier c'est la chercher avec D[ieu], c'est-à-dire avec elle-même. La vérité a promis de se montrer à quiconque la cherche d'un coeur pur pour elle seule. O qu'on est faible quand on travaille seul, et par vaine curiosité. O qu'on [est] sûr de trouver 1', quand la vérité elle-même est en nous pour nous faire trouver la vérité! O étude d'amour et de foi, où l'on a déjà au dedans de soi ce qu'on cherche.

965. A ETIENNE BALUZE

A Cambray 19 janvier 1704.

Les Religieux du Mont Saint-Eloi m'ont tenu fort longtemps, Monsieur, dans l'incertitude, pour les deux manuscrits de saint Cyprien. Enfin, ils me les ont envoyés depuis environ un mois; et j'ai attendu une occasion sûre d'un de mes domestiques, qui part demain à cheval pour Paris, et qui vous les rendra en main propre. Je suis ravi de pouvoir contribuer, par ce petit soin, au service très louable que vous rendez avec tant de zèle à toute l'Eglise. J'espère que vous voudrez bien renvoyer les deux manuscrits à madame de Chevry, ma nièce, logée dans la rue de Tournon, faubourg Saint-Germain', dès que vous aurez achevé de vous en servir. Elle aura soin de me les renvoyer, et je les rendrai très soigneusement à l'abbaye qui me les a confiés. Je vous souhaite une heureuse année, une bonne et longue santé, avec le courage de travailler toujours pour les lettres et pour la religion.

C'est avec beaucoup d'estime et de considération sincère que je suis, Monsieur, parfaitement tout à vous.

966. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray 22 janvier 1704.

Je ne puis m'empêcher, Monsieur, de vous demander une grâce en faveur d'un de mes domestiques, qui me sert depuis longtemps avec affection, et que j'aime fort'. Il a un jeune frère, qui, par légèreté et étourderie de jeunesse, a quitté son père, bon tapissier à Paris', et s'est enrôlé dans les troupes. Son vrai nom est Jean-Baptiste Barrassy3. Son nom dans les troupes est Devienne. Il est soldat dans la compagnie de M. de Fontaines, au régiment de Curzay, qui est maintenant en garnison à Givet, dans votre département. Si vous avez la bonté, Monsieur, de témoigner, pour l'amour de moi, que vous vous intéressez pour ce soldat, et qu'on vous fera un plaisir de lui accorder son congé, il l'obtiendra facilement par votre protection. Il est juste de dédommager le capitaine, afin qu'il puisse remplacer cet homme par un autre, en le renvoyant. Je donnerai pour ce dédommagement la somme que vous jugerez à propos de régler*. C'est avec le zèle le plus sincère que je suis, pour toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

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100 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 janvier 1704 29 janvier 1704 TEXTE 101

967. AU MÊME

A Cambray 25 janvier 1704.

J'avais écrit à Mons, afin qu'une personne de confiance' parlât au sieur Des Moulins par rapport à M. l'abbé de Liessies. Je déclarais, Monsieur, que je ne pourrais m'empêcher de contredire publiquement le sieur Des Moulins en deux' articles: 1° On ne m'a donné aucune véritable preuve de vice dans l'abbé; 2° votre intercession n'a point arrêté ma procédure pour lui procurer l'impunité. Le sieur Des Moulins répond plusieurs choses: 1° Ce n'est point lui, dit-il, qui a commencé le procès de Tournay. C'est l'abbé qui l'a attaqué. Il ne fait que se défendre, ce qui est de droit naturel, et de nécessité absolue. L'affaire n'avait point éclaté' dans les tribunaux. Il ne paraissait rien d'écrit, qui fût publié contre la réputation de l'abbé. La conclusion de ma visite le justifiait assez, puisque, après un examen rigoureux, je l'avais maintenu en pleine autorité, et j'avais parlé pour lui dans le chapitre à toute sa communauté. L'abbé doit s'imputer maintenant ce qui est dit à Tournay, puisque c'est lui qui réduit sans nécessité sa partie à alléguer ces choses pour se défendre. 2° Le sieur Des Moulins nie qu'il ait jamais avancé à Tournay que j'aie vu le mal, et que vous m'avez empêché de le corriger. Il soutient seulement qu'il m'a donné des témoins contre l'abbé. D'ailleurs il dit que l'abbé se prévaut partout de votre protection4. Enfin il m'offre de m'envoyer toutes les écritures' du procès pour vérifier qu'il n'y a rien mis de contraire au respect qu'il doit à vous, Monsieur, et à moi, qui suis son évêque. Je n'ai point voulu qu'il m'envoyât tout ce gros procès. Il serait à souhaiter que l'abbé ne l'eût point attaqué à Tournay. L'abbé l'a fait contre mon sentiment, et malgré toutes mes remontrances. Il devait se contenter de la conclusion de ma visite qui le justifiait pleinement dans une affaire où il ne paraissait rien d'écrit contre lui. Comme c'est lui qui est l'agresseur, et que l'autre ne fait que se défendre, il n'aurait qu'à laisser tomber cette procédure, où il ne fait que s'attirer beaucoup de cruelles railleries et de soupçons affreux au milieu de Tournay. Je vous supplie très humblement, Monsieur, de ne lui donner point la présente lettre, car elle serait produite au procès. Je veux bien empêcher qu'on ne le diffame. Mais s'il fallait à l'extrémité produire ma déclaration, je voudrais l'assaisonner6 selon le besoin.

Personne ne peut jamais être avec un zèle plus sincère et plus fort que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

968. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi, 28 janvier 1704.

Non, je ne saurais, ma chère fille, être en peine pour vous des choses qui vous agitent tant. Mais je suis bien loin de les mépriser. Au contraire j'y fais une singulière attention. Je sais que Dieu choisit exprès ces choses sans fondement pour nous éprouver d'une façon qui est tout ensemble rigoureuse et humiliante. La délicatesse de notre orgueil a besoin de cet assaisonnement de nos croix. Il faut qu'elles soient imaginaires, et qu'elles nous surmontent. Il faut que nous soyons accablés par notre propre imagination, et que nos propres chimères nous crucifient. Loin de mépriser ces choses, j'y reconnais le doigt de Dieu. C'était précisément ce qu'il vous fallait. Je vous plains de tout mon coeur. Mais je vois une grande miséricorde dans cette grande misère. Consolons-nous de la douloureuse opération, par le bien qu'elle fera. Nous ne sommes ici-bas que pour souffrir, mourir, sacrifier, perdre, sans aucune réserve. Comme la moindre partie morte dans les chairs vivantes fait souffrir des douleurs étranges, de même le moindre reste de vie dans une âme mourante fait un supplice affreux. Ne laissons donc rien de cette vie secrète et maligne en nous. Il faut que Dieu nous arrache tout. Ne repoussons pas sa main crucifiante; ce serait à recommencer. Je vous irai voir tantôt.

969. A LA MÊME

Mardi, 29 janvier 1704.

Je souffre, ma chère fille, de vous laisser seule. Mais je n'ose sortir de céans, parce que voici l'heure où il est naturel que M. le comte de M[ontbe-ron '] arrive, et que je ne dois pas le faire attendre. Il ne faut perdre aucun des premiers moments, pour le préparer, et pour adoucir sa surprise'. Pendant que je serai avec lui, Dieu sera avec vous. O le doux entretien, pourvu qu'on soit dans le silence d'acquiescement! Il se plaît avec les âmes affligées. Il est le Dieu de toute consolation'. Ne retenez ni ne nourrissez point votre douleur. Portez-la en esprit d'abandon. Dieu mesure la tentation aux forces que son amour donne. Il faut que l'amour se taise, souffre, et fasse tout lui seul.

969 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles le 31 janvier 1704.

Monsieur,

Les députés de Flandre qui sont ici ont représenté au Roi la difficulté que les peuples de la frontière auraient d'observer le carême à cause de l'interdiction de commercer avec la Hollande et l'Angleterre et des inondations extraordinaires qui sont arrivées au mois de juillet dernier qui ont fait périr le poisson d'eau douce par la corruption des eaux qui se sont répandues dans les prairies, et demandent avec grande instance qu'il plaise à Sa Majesté leur procurer la permission de manger de la viande ce carême. Elle a d'autant plus d'égard à leurs remontrances que les peuples des Pays-Bas Espagnols ont cette liberté suivant l'intention du Roi catholique. Toutes ces considérations ont porté le Roi à m'ordonner de vous dire que Sa Majesté est persuadée que vous aurez égard à leurs besoins, et que vous userez du pouvoir que vous avez pour contribuer au soulagement de ses peuples. Je suis très parfaitement...

102 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 février 1704

970. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche, 10 février 1704.

Je serai ravi que vous veniez au sermon, ma chère fille. Venez-y, je vous prie. Suivez librement ce qui vient dans l'esprit, pour vous soulager. Vous ne sauriez trop vous accoutumer à vous supporter. Pour moi je n'ai aucune peine à votre égard, que celle de vous voir souffrir. Il faut' user de patience avec vous-même, comme avec un autre. Le support' n'est pas moins pour nous que pour le prochain. On se supporte sans se flatter, de même qu'on le fait pour autrui. Bonjour jusqu'au sermon.

971. A LA MÊME

Dimanche au soir, 10 février 1704.

La souplesse de volonté pour céder à celle d'autrui vaut mieux que tous les sermons. C'est par un excès de précaution pour votre santé, ou par quelque délicatesse de bienséance que M. le c[omte] de M[ontberon] vous aura apparemment refusé cette complaisance. C'est la moindre chose du monde. Il faut s'accommoder à ses vues. C'est le moins que vous puissiez lui sacrifier, qu'un sermon. C'est le meilleur homme que je connaisse. Le sermon ne vous convenait point, et vous devez être bien consolée de ne l'avoir pas entendu. Quatre petits mots, qui échappent après un long silence au coin de votre feu, sont bien meilleurs. Elargissez, élargissez votre pauvre coeur. Dieu n'est point à son aise dans les coeurs rétrécis. Le vrai amour est trop simple pour être scrupuleux. Là où est le Seigneur, là est la liberté'.

972. A MAIGNART DE BERNIÉRES

A Cambray, 14 février 1704.

Je vous remercie très humblement, Monsieur, de l'extrême bonté avec laquelle vous avez bien voulu assurer le congé du jeune homme qui est à Givet', et pour lequel je vous ai demandé votre protection. L'homme qui va le chercher à l'hôpital, où il est encore malade, aura besoin d'un billet de vous, Monsieur, pour obtenir la liberté de le retirer et de l'emmener ici. Ainsi je vous demande la grâce d'achever votre ouvrage, et d'écrire un mot, afin qu'on le fasse partir au plus tôt. Si vous voulez bien rendre le bienfait complet, vous me ferez l'honneur de me mander la somme que vous aurez réglée pour le dédommagement du capitaine. Je m'engage à l'envoyer dès le jour que je saurai à quoi elle monte. Mais il est nécessaire que vous ayez la bonté de la régler précisément'. Je suis de plus en plus avec l'attachement le plus vif et le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY. 20 février 1704 TEXTE 103

973. A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN [et AU CHAPITRE MÉTROPOLITAIN]

A Cambray, 20 [et 25] février 1704.

Il est temps de vous avertir, ma Rde Mère, que nous devons payer le dernier semestre de la subvention ecclésiastique de 1703 avant le 15e du mois prochain. Vous avez pu remarquer que nous faisons nos paiements de cinq mois en cinq mois, pour rattraper peu à peu les termes dans lesquels on exige que nous les fassions. Ainsi nous en ferons un nouveau à la mi-août pour les six premiers mois de l'année courante et un autre pour les six derniers mois au mois de janvier suivant ; après quoi nous serons réglés comme partout ailleurs par les mois de juin et de décembre tant que durera cette fâcheuse nécessité de payer. J'espère que pour nous délivrer de l'importunité des receveurs vous ne manquerez pas à nous envoyer ici avant le temps marqué ci-dessus. Je suis, ma Rde Mère, très parfaitement et tout à vous.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

973 bis. MICHEL CHAMILLART A Du GUÉ DE BAGNOLS

A Versailles, le 23 février 1704.

Monsieur,

Je vous adresse une lettre de M. l'archevêque de Cambray et une de M. le comte de Montbron par lesquelles vous verrez l'usage qu'ils proposent de faire des biens de fondations de cette ville; le Roi avant de se déterminer étant bien aise d'avoir votre avis, je vous prie de me mettre en état d'en rendre compte à Sa Majesté en me renvoyant les dites lettres, et de me croire...

974. Au MARQUIS DE BONNEVAL'

A Cambray 26 févrr 1704.

Personne ne peut se réjouir plus sincèrement que moi, Monsieur, de la marque d'estime que le Roi vient de vous donner. J'espère que ce commencement sera suivi de tout ce qu'un homme de votre nom peut attendre, quand il se dévoue au service, mais j'aurais mieux aimé vous voir servir en Flandres qu'en Italie, pour l'intérêt de votre santé, et pour le plaisir que nous aurions de vous posséder en passant. C'est du fond du coeur que je suis, Monsieur, très parfaitement votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Permettez-moi, s'il vous plaît, d'assurer ici de mon respect madame la marquise de Bonneval.

104 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 1.' mars 1704

975. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambray I mars 1704.

Ce n'est point façon'. Je suis véritablement fâché de ne vous avoir pas vue aujourd'hui, ma chère fille. Mais j'avais voulu me promener, et j'en avais besoin. Il me semblait que je pouvais facilement tout accorder, et je me suis trompé. Les gens qui me sont venus chercher avant et après la promenade m'ont emporté tout mon temps, et ce n'est que dans ce moment, que je commence à être libre. Cependant voilà demain un jour de sermon où je ne pourrai aller chez vous. Il faut néanmoins que je vous parle sur une lettre de M. le C. de ...1 mais cela ne presse pas extrêmement. Comment est votre coeur? Mandez-moi ce qu'il vous fournira d'abord sans rien chercher.

976. A LA MÊME

Mardi, 4 mars 1704.

J'avais bien cru, ma chère fille, que j'aurais plus de joie que vous. Dieu soit béni. Voilà les créanciers' en sûreté, et Mad. la c[omtesse] de [Souastre]' aura une succession. J'espère que ce sera tard. Il faut songer à vendre au moins une terre. M. le C. de M[ontberon) m'y a paru disposé ce matin. Le voilà en repos, et il n'a plus rien à demander au monde. Pour vous, ma chère fille, je ne vous souhaite que le retranchement de vos réflexions. La vue de' nous-même cause le trouble. C'est la juste peine de l'amour-propre. Au contraire, la simple vue de Dieu] donne la paix. C'est la récompense d'un amour pur et direct. C'est un petit commencement du paradis. Sans plaisir sensible, et même avec des douleurs, on sent un je ne sais quoi très profond et très intime, qui ne veut rien au-delà, et qui fait un rassasiement de volonté. On ne sort de ce paradis, que par des subtilités inquiètes sur soi-même.

977. A LA MÊME

Jeudi 6 mars 1704.

Vos peines, ma chère fille, m'affligent jusqu'au fond du coeur. Mais elles ne font que redoubler mon attachement et mon zèle. O que vos douleurs seraient douces, si vous ne faisiez que sentir simplement, et qu'adorer sans résistance ni réflexion volontaire les coups de la main de Dieu! Mais les coups que votre propre main vous porte sont les plus douloureux. Unissez-vous, je vous en conjure, à ceux qui veulent la paix pour vous. Unissez-vous à eux avec petitesse et sans raisonner. Que devez-vous penser des peines qui ne viennent que d'un amour-propre manifeste? Que la paix de D[ieu] soit avec vous. Que celui qui commande aux vents et à la mer commande à votre imagination, pour y mettre le silence et le calme'.

6 mars 1704 TEXTE 105

977 A. ÉTIENNE BALUZE A FÉNELON

Du 6 mars 1704.

Si j'ai tardé si longtemps à accuser la réception de la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 19 janvier au sujet des manuscrits du Mont S. Eloy, je ne l'ai fait que parce que je faisais état d'y répondre après que je les aurais reçus, votre lettre, Monseigneur, me marquant que je les recevrais bientôt par un de vos domestiques qui devait partir le lendemain de Cambray pour venir à Paris, et qui me les rendrait en main propre. Mais enfin n'en ayant eu aucunes nouvelles depuis, il m'a semblé que je devais vous rendre ce compte, afin que vous sachiez, Monseigneur, la cause de mon retardement

à vous remercier de vos faveurs, et que vous donniez, s'il vous plaît, les ordres

convenables pour que ces manuscrits me soient mis en main'.

Je ne vous en dirai pas davantage si ce n'est pour vous assurer que je suis toujours avec toute sorte de respect...

978. Au PAPE CLÉMENT XI

Cameraci, 8 martii 1704.

Sanctissime Pater,

Pastoralem Epistolam ', qua Parisiensium quadraginta doctorum Senten-tia pro modulo meo refellitur et damnatur, ad pedes vestrœ Beatitudinis quam primum mitto. Decreveram equidem uni gregi viva voce docendo incumbere, et ab omni scriptionis genere temperare; verum duplex scribendi causa reluctantem animum impulit: altera est sapientissimi et piissimi Ponti-ficis auctoritas, que ad exstirpandos Jansenii errores, omnes episcopos paterna voce non ita pridem exstimulavit; altera est summum quod maxime nostro in Belgio imminet sana doctrines periculum. Vix enim credibile est, quanta cum pernicie, tum cleri, tum monastici ordinis, Jansenianum dogma in hisce regionibus inoleverit. Ausim tamen affirmare, Sanctissime Pater, quinque ipsas hareses, de quibus quœstio juris appellata est, fidei catholicœ minus adversari, quam hanc unam Ecclesiœ circa factum fallibilitatem, tanto verborum fuco insinuatam =. Enim vero, quoquo se verrat Ecclesia, non nisi de certis vocum formulis, sive textibus, quidquam definire unquam pote-rit. Neque minus perspicuum est, nullam vocum formulam, nisi male ac temere, aut approbari aut damnari, nisi prius recte accipi constet. Quis enim de re male intellecta bene judicat? Hœc sunt, Sanctissime Pater, vers in praxi auctoritatis fundamenta, qua si convellere fas sit, funditus ruit Eccle-sia Dei vivi, columna et firmamentum veritatis'. Porro, si Ecclesia, in inter-pretandis circa fidem textibus, tantillum cœcutire possit, omnes tum symbo-los, tum canones4, a cunctis passim hœreticis ludibrio verti necesse est. Sin-gula decreta, quantum ad quœstionem juris, in nescio quo sensu phantastico observata, ex errore circa factum delusa, jacebunt. Quidquid Ecclesia niti-dissime definiat, presto erit adversariis suffugium. Ecclesia, inquient, circa grammaticorum regulas, qua ad revelationem minime pertinent, errore facti

106 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 mars 1704 10 mars 1704 TEXTE 107

laborat, et sibi ipsi illudit. Hinc fit, ut profanas vocum novitates symbolis adoptet, sanorumque verborum formam canonibus exsecretur. Hœc tanta tenuis ego aggressus, me totum, cum opusculo, paternœ sapientiœ, filiali affectu et docilitate submitto ac devoveo. Petrus in successore vivit et loqui-tur : Petri munus est fratres aut confirmare aut emendare. Meum erit non mihi ipsi credere, sed Ecclesiœ matri ac magistrœ6 penitus obsequi.

Singulari cum reverentia et devotione œternoque animi cultu sum, Sanc-tissime Pater, Beatitudinis vestrœ humillimus et obedientissimus servus ac filius.

FRANCISCUS ARCH. DUX CAMERACENSIS.

979. Au CARDINAL PAOLUCCI

Cameraci, 10 martii 1704.

Eminentissime Domine,

Singularem vestram humanitatem ac benevolentiam non ita pridem jucundissime expertus, hanc ipsam gratus et supplex oro, ut opusculi a me typis mandati exemplar, a Sanctissimo Patre benigne excipi possit. Cujus quidem libelli alterum exemplar, si Eminentia vestra benevolo affectu acci-pere dignetur, magis ac magis ipsi devinctus ero. Verissima cum observantia et absolutissimo animi cultu sum,

Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ humillimus, et obsequentissi-mus servus.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

980. A C.A. FABRONI

[10 mars 1704].

Illustrissime ac Reverendissime Domine,

Quanquam jam pridem mihi perspecta est vestra singularis erga me bene-volentia ', nihil dubito tamen quin pastoralem epistolam huic adjunctam severo examine discutias. Arnica censura strenua est ac libera. Agitur contra Jansenii discipulos de palmari quœstione. Ab ipsis quippe convelluntur verœ in praxi auctoritatis Ecclesiœ fundamenta. Cur enim, quœso, Ecclesiœ defi-nienti auscultes et obsequaris, quandoquidem ipsa non nisi de certis vocum textibus quidquam unquam definire valet : porro si in interpretandis textibus cœcutire potest, quidni et in approbandis aut damnandis; neque enim approbatio aut damnatio legitima esse potest, nisi legitima interpretatione nitatur. Fateor equidem me tanto huic incoepto imparem esse. At saltem pro modulo veritati tuendœ operam navavi. Intimo cum animo, cultu et gratitu- dine œternum ero, Illustrissime ac Reverendissime Domine, humillimus et obsequentissimus servus,

Cameraci, 10a Martii 1704.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

980 A. L. LEDUC A FÉNELON

[10 mars 1704].

Monseigneur,

J'ai cru qu'il était de mon devoir d'informer votre Grandeur de l'état où étaient les affaires de notre hôpital'. Il s'est fait aujourd'hui un procès-verbal sur le différend à ce sujet, comme elle pourra voir par la copie de requête ici-jointe, laquelle tend à supplanter les curés. De plus elle est remplie d'impositions2, entre autres il y est dit que le Seigneur Prince n'a le plus souvent rien voulu ordonner sans l'avis des curés et gens de loi, et cependant il est constant et nous justifions que jamais il ne s'est fait aucune ordonnance que par les curés et gens de loi. A l'égard de ce qui y est dit que les Seigneurs ont été les fondateurs du dit hôpital cela ne paraît pas vraisemblable puisque la cense du seigneur à Vertain doit rente annuellement au dit hôpital, et il semble que les Seigneurs n'auraient pas chargé leur cense s'ils avaient donné tant de biens. D'ailleurs il y a charge par la fondation de décharger deux messes par semaine en la chapelle d'icelui hôpital pour les fondateurs; il semble qu'il devrait être dit pour les seigneurs fondateurs, et on aurait plutôt négligé le mot de fondateur que celui de seigneur.

Pour fin du procès-verbal nous avons justifié d'une possession par des comptes de trois siècles, les trois derniers comptes-rendus étant de ce conte'. Le procès-verbal étant achevé M. le subdélégué' a dit à M. Bataille' commis du prince6, que tout dépendait de voir si telle possession serait bonne. Le dit sr Bataille veut que non, disant qu'elle est préjudiciable aux droits du seigneur, mais M. le subdélégué rendra son verbal à M. l'Intendant et nous a dit que d'ici à huit jours ou environ nous pourrons avoir sentence.

Monseigneur nous ne pouvons douter nullement de notre droit et bonne possession, nous avons seulement à appréhender que M. l'Intendant ne soit mal informé, soit de la part du prince qui travaille à force à cette affaire, soit du dit sr subdélégué qui pourrait adoucir dans son verbal, car nous savons qu'il est importuné par les agents du prince et que l'on n'épargne rien. C'est pourquoi, et d'autant que bonne cause a bien souvent besoin de bonne assistance, nous réclamons les gens de loi et moi la protection de votre Grandeur par l'une de ses lettres pour M. l'Intendant, et une autre pour M. son subdélégué au Quesnoy, au moyen de quoi n'aurons rien à appréhender. C'est la prière que nous faisons très instamment à votre Grandeur et nous serons avec nos pauvres obligés de prier pour sa conservation, et moi en particulier qui

108 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 mars 1704

suis, Monseigneur, de votre Illustrissime Grandeur, le très humble, très obligé et très dédié serviteur.

Le 10e mars 1704.

L. LE Duc, Curé de Vertin.

981. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 12 mars 1704.

J'apprends, Monsieur, avec beaucoup de joie, qu'une affaire qui regarde la paroisse de Vertin est actuellement devant vous'. Je ne saurais vous la mieux expliquer, qu'en prenant la liberté de vous envoyer la lettre que le pasteur du lieu m'écrit. Si on laissait faire le bailli de M. le P. de Rubempré, il demeurerait, sous le nom de son maître, le seul en pouvoir de régler tout le bien des pauvres. Si vous avez la bonté, Monsieur, d'examiner en cette occasion comment il gouverne tous les biens de fondations, vous verrez que tout est mal administré, et qu'on donne de ce fonds d'aumône à divers riches. J'espère que vous parlerez d'un ton décisif contre cet abus. Un mot de votre bouche redressera cette administration. Je suis avec le zèle le plus vif et le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

982. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 12 mars 1704.

Vous ne devez jamais avoir nulle inquiétude, ma chère fille, sur ma persévérance à prendre soin de vous. Plus vous êtes peinée, plus je me crois obligé à vous soutenir. Vos peines ne font qu'augmenter mon union avec vous. Je vous quittai l'autre jour, non par impatience, ni par indifférence pour votre état, mais parce qu'il m'a paru que, dans ce temps-là, ma présence ne fait que redoubler vos réflexions et votre trouble. Au reste je suis très éloigné de vouloir que vous ne me disiez pas vos peines. Mais je ne voudrais pas que, sous prétexte de me les dire, vous vous en entretinssiez vous-même, ce qui est nourrir vos scrupules, et augmenter la tentation de trouble. Je vous irai voir demain. D[ieu] sait à quel point je vous suis dévoué.

983. A L.-A. DE VALBELLE

14 mars 1704.

[Magnifique lettre où il lui annonce l'envoi de son instruction pastorale.] C'est la cause de l'Eglise dont il s'agit. Tous ses décrets dogmatiques sont 24 mars 1704 TEXTE 109

éludés, si chacun est libre en toute occasion de supposer qu'elle se trompe dans le fait; chacun de ses enfants lui soutiendra sans cesse à elle-même qu'elle n'entend pas ce qu'elle condamne, et qu'elle ne le condamne qu'en le prenant à contre-sens... Ainsi toutes ses censures, et ses canons mêmes, s'en iront en jeux de mots et subtilités de grammaire'. Les grammairiens régleront à l'Eglise le sens de ses propres anathèmes, et lui apprendront ce qu'elle a voulu décider.

[Il le prie en terminant d'expliquer sa lettre et de la soutenir de son autorité.] Certains esprits sont si prévenus qu'ils chercheront toujours à se flatter par l'espérance imaginaire de quelque diversité de sentiments parmi les évêques, à moins qu'on ne leur montre que les évêques sont unis en ce point.

984. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A Cambrai] 24 mars 1704.

Je vais examiner très soigneusement, Monsieur, le cas proposé par le P. Ange', et je vous manderai tout au plus tôt ce qui me paraîtra selon Dieu. Mais je crois devoir consulter plusieurs personnes, pour me défier de mes propres pensées.

Je n'ai pas cru qu'il fût possible d'épargner à vos amis l'amertume de certaines discussions'. Mais je ne me suis servi d'aucun terme injurieux'. S'ils en emploient contre moi, je tâcherai de ne répondre à des injures que de bonnes raisons. Du reste il m'a paru qu'il était essentiel à la défense de la cause de l'Eglise de ne l'affaiblir point, en supprimant par un ménagement humain, certaines preuves démonstratives. Comme je ne cherche point à recommencer souvent l'impression, j'ai cru devoir rendre d'abord toute ma preuve complète. Si vos amis avaient contre nous de semblables preuves, de quel style hautain et foudroyant ne les écriraient-ils pas? Pourquoi donc tant de délicatesse sur ce qui les touche, avec tant d'âcreté contre' leurs adversaires? Ce qu'il y a de plus dur ne vient point de moi. Je ne fais que rapporter les paroles ou d'un protestants, ou de l'auteur du panégyrique de Jansénius', ou du P. Gerberon', ou du P. Quesnel' même. Plus vous trouvez de sensibilité, de douleur, et de résistance dans les esprits, plus il en faut conclure que le mal était extrême, et que le remède était nécessaire dans toute sa force. Ce

que j'ai dit de l'écrit à trois colonnes', et des lettres au provincial ne

démontre-t-il pas que c'est du point de droit, dont il s'est agi véritablement, et pouvais-je taire des preuves si décisives, sans énerver la vérité? Relisez, je vous prie, l'oeuvre imparfait de S. Aug[ustin] et avouez que ce père n'a pas eu les ménagements que vous voudriez qu'on eût ". Attendez la suite. Vous verrez selon les apparences, que vos amis seront les plus vifs, et que je serai le plus patient '2. Du moins je l'espère de la grâce de Dieu. Les pères de l'Oratoire" ont pu remarquer ces jours passés à l'examen public de l'ordination, que j'ai poussé la condescendance à un point, que vous auriez eu de la peine à me conseiller, si je vous avais consulté, en chargeant votre conscience de la décision. L'affaire du sieur Smal" vient à moi par nécessité et je ne puis me dispenser de l'examiner. M. l'év. de Namur' me la renvoie. Si vous étiez ici, je ne prendrais que les partis, que vous avoueriez vous-même être les plus

108 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 mars 1704 24 mars 1704 TEXTE 109

suis, Monseigneur, de votre Illustrissime Grandeur, le très humble, très obligé et très dédié serviteur.

Le 10e mars 1704.

L. LE Duc, Curé de Vertin.

981. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, 12 mars 1704.

J'apprends, Monsieur, avec beaucoup de joie, qu'une affaire qui regarde la paroisse de Vertin est actuellement devant vous'. Je ne saurais vous la mieux expliquer, qu'en prenant la liberté de vous envoyer la lettre que le pasteur du lieu m'écrit. Si on laissait faire le bailli de M. le P. de Rubempré, il demeurerait, sous le nom de son maître, le seul en pouvoir de régler tout le bien des pauvres. Si vous avez la bonté, Monsieur, d'examiner en cette occasion comment il gouverne tous les biens de fondations, vous verrez que tout est mal administré, et qu'on donne de ce fonds d'aumône à divers riches. J'espère que vous parlerez d'un ton décisif contre cet abus. Un mot de votre bouche redressera cette administration. Je suis avec le zèle le plus vif et le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

982. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 12 mars 1704.

Vous ne devez jamais avoir nulle inquiétude, ma chère fille, sur ma persévérance à prendre soin de vous. Plus vous êtes peinée, plus je me crois obligé à vous soutenir. Vos peines ne font qu'augmenter mon union avec vous. Je vous quittai l'autre jour, non par impatience, ni par indifférence pour votre état, mais parce qu'il m'a paru que, dans ce temps-là, ma présence ne fait que redoubler vos réflexions et votre trouble. Au reste je suis très éloigné de vouloir que vous ne me disiez pas vos peines. Mais je ne voudrais pas que, sous prétexte de me les dire, vous vous en entretinssiez vous-même, ce qui est nourrir vos scrupules, et augmenter la tentation de trouble. Je vous irai voir demain. D[ieu] sait à quel point je vous suis dévoué.

983. A L.A. DE VALBELLE

14 mars 1704.

[Magnifique lettre où il lui annonce l'envoi de son instruction pastorale.] C'est la cause de l'Eglise dont il s'agit. Tous ses décrets dogmatiques sont éludés, si chacun est libre en toute occasion de supposer qu'elle se trompe dans le fait ; chacun de ses enfants lui soutiendra sans cesse à elle-même qu'elle n'entend pas ce qu'elle condamne, et qu'elle ne le condamne qu'en le prenant à contre-sens... Ainsi toutes ses censures, et ses canons mêmes, s'en iront en jeux de mots et subtilités de grammaire'. Les grammairiens régleront à l'Eglise le sens de ses propres anathèmes, et lui apprendront ce qu'elle a voulu décider.

[Il le prie en terminant d'expliquer sa lettre et de la soutenir de son autorité.] Certains esprits sont si prévenus qu'ils chercheront toujours à se flatter par l'espérance imaginaire de quelque diversité de sentiments parmi les évêques, à moins qu'on ne leur montre que les évêques sont unis en ce point'.

984. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 24 mars 1704.

Je vais examiner très soigneusement, Monsieur, le cas proposé par le P. Ange', et je vous manderai tout au plus tôt ce qui me paraîtra selon Dieu. Mais je crois devoir consulter plusieurs personnes, pour me défier de mes propres pensées.

Je n'ai pas cru qu'il fût possible d'épargner à vos amis l'amertume de certaines discussions'. Mais je ne me suis servi d'aucun terme injurieux'. S'ils en emploient contre moi, je tâcherai de ne répondre à des injures que de bonnes raisons. Du reste il m'a paru qu'il était essentiel à la défense de la cause de l'Eglise de ne l'affaiblir point, en supprimant par un ménagement humain, certaines preuves démonstratives. Comme je ne cherche point à recommencer souvent l'impression, j'ai cru devoir rendre d'abord toute ma preuve complète. Si vos amis avaient contre nous de semblables preuves, de quel style hautain et foudroyant ne les écriraient-ils pas? Pourquoi donc tant de délicatesse sur ce qui les touche, avec tant d'âcreté contre' leurs adversaires? Ce qu'il y a de plus dur ne vient point de moi. Je ne fais que rapporter les paroles ou d'un protestant s, ou de l'auteur du panégyrique de Jansénius', ou du P. Gerberon', ou du P. Quesnel' même. Plus vous trouvez de sensibilité, de douleur, et de résistance dans les esprits, plus il en faut conclure que le mal était extrême, et que le remède était nécessaire dans toute sa force. Ce

que j'ai dit de l'écrit à trois colonnes9, et des lettres au provincial ne

démontre-t-il pas que c'est du point de droit, dont il s'est agi véritablement, et pouvais-je taire des preuves si décisives, sans énerver la vérité? Relisez, je vous prie, l'oeuvre imparfait de S. Aug[ustinj et avouez que ce père n'a pas eu les ménagements que vous voudriez qu'on eût". Attendez la suite. Vous verrez selon les apparences, que vos amis seront les plus vifs, et que je serai le plus patient' . Du moins je l'espère de la grâce de Dieu. Les pères de l'Oratoire" ont pu remarquer ces jours passés à l'examen public de l'ordination, que j'ai poussé la condescendance à un point, que vous auriez eu de la peine à me conseiller, si je vous avais consulté, en chargeant votre conscience de la décision. L'affaire du sieur Smal '4 vient à moi par nécessité et je ne puis me dispenser de l'examiner. M. l'év. de Namur" me la renvoie. Si vous étiez ici, je ne prendrais que les partis, que vous avoueriez vous-même être les plus

Asinimprnuee,e-

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110 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 mars 1704

doux et les plus modérés. Mais vous verrez qu'on nommera persécution tout ce qui ira à empêcher qu'on n'élude les décisions de foi faites par l'Eglise. Je prie N[otrej S[eigneurj qu'il vous donne la force nécessaire pour préférer la vérité connue à l'amitié pour vos anciens amis '6.

Tout à vous sans réserve de plus en plus.

FR. A. D. DE C.

985. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray, 25 mars 1704.

Trouvez bon, je vous supplie, Monsieur, que je vous demande une grâce sur une affaire dont je vous ai déjà importuné'. Il s'agit de messieurs les officiers des eaux et forêts, dont un des principaux est votre subdélégué au Quesnoy'. Oserai-je vous conjurer de vouloir bien prendre connaissance de notre affaire, par une négociation amiable? Je vous enverrai un homme instruit, qui vous remettra entre les mains notre arrêt qui nous affranchit de leurs règles ordinaires. Vous verrez si cet arrêt est borné à la vie de mon prédécesseur, et si j'ai besoin de le faire renouveler 3. Si mes raisons sont claires, j'espère que vous aurez la bonté de les représenter à M. Wallerand et aux autres, et qu'ils déféreront à vos lumières. Si, au contraire, vous trouvez que leurs prétentions sont justes, vous verrez quelle sera ma déférence et ma docilité pour votre sentiment. Je croirais, Monsieur, que si vous voulez bien me faire la grâce d'entrer dans cette négociation, il faudrait la nouer brusquement. Ayez la bonté, s'il vous plaît, de me mander le lieu où vous voulez que mon homme' se rende auprès de vous, soit au Quesnoy si vous devez y venir, ou à Maubeuge. Voudriez-vous bien y faire trouver M. Wallerand, et quelque autre, si quelque autre y est nécessaire? La chose sera examinée en un quart-d'heure devant vous; et je suis persuadé que personne ne vous dédira, pourvu que personne n'ait eu le loisir de prévoir et d'éluder cet engagement. Pardon, Monsieur, de tant d'importunités. Vous savez d'où me vient cette confiance; prenez-vous-en à vous-même. Personne ne sera jamais avec plus de zèle que moi, etc.

986. Au MÊME

A Cambray, 30 mars 1704.

Je vous envoie, Monsieur, un homme instruit et très sincère', en qui j'ai confiance, et qui vous rendra un compte exact de l'affaire, dont vous avez la bonté de vouloir prendre connaissance. Voici ce que j'en sais.

1° Notre arrêt' n'est point obtenu pour la seule personne de M. de Brias mon prédécesseur. Il a été donné pour l'archevêque, et d'une manière indéfinie pour le temps. On n'aurait pas manqué d'y marquer un terme précis, comme on en met un à beaucoup d'arrêts ou de surséance, ou de grâce bornée, qui ont besoin de renouvellement au bout du terme. 5 avril 1704 TEXTE 111

2° Ces messieurs des eaux et forêts laissent en paix l'abbé de Vaucelles3, et autres, qui ont des arrêts semblables sans terme, quoique leurs arrêts aient été obtenus sur des causes qui ne peuvent avoir aucune comparaison avec les nôtres. Quand on attaquerait tous les autres, on devrait nous épargner'. Serons-nous les seuls privilégiés attaqués, pendant que les autres sont à l'abri?

3° Notre arrêt a été homologué dans le tribunal des eaux et forêts', et ces messieurs l'ont expliqué eux-mêmes, de sorte que depuis neuf ans, ils ont cru qu'il n'était pas moins pour moi que pour mon prédécesseur. Cette interprétation et cette pratique de neuf ans sont décisives. Cette année n'est pas moins que les précédentes comprise dans notre arrêt.

4° Nous n'avons aucun intérêt de préférer le parlement au tribunal'. Au contraire le tribunal nous est bien plus commode que le parlement. Mais je n'avais de garde de résister au parlement dont j'ai besoin tous les jours dans une affaire où je devais me borner à laisser décider la question entre les deux tribunaux. D'ailleurs je ne m'oppose en rien à ce que ces messieurs désirent. Je veux seulement que notre arrêt homologué chez eux soit suivi. Voyez-en vous-même, s'il vous plaît, Monsieur, l'étendue pour nous régler amiable-ment. Je me soumets à votre décision.

Le sieur Bullot ' vous expliquera les choses plus exactement que cette lettre. Je crois que votre décision amiable finira une affaire où le chagrin' a plus de part que toute autre chose puisqu'il y a neuf ans qu'on trouve l'arrêt décisif pour ma personne, et qu'on ne change de sentiment qu'au jour où l'on croit que j'ai préféré un tribunal à l'autre.

Je suis toujours avec le zèle le plus vif et le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

987. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrail 5 avril 1704 (lère lettre).

Dieu m'est témoin, Monsieur, de la sincérité avec laquelle je désire ménager les esprits, et leur faire sentir une douceur paternelle.

Les réponses du sieur Smal étaient pleines de tours pour éluder, et de retranchements, pour ne développer point précisément le dogme catholique. La condamnation de Louvain me paraît trop bien fondée, pour le laisser encore enseigner. Que puis-je faire? Sa conversation avec moi n'a rien raccommodé. Si vous l'aviez entendue, vous auriez avoué son tort'.

Pour l'ordinand de l'Oratoire, il m'assura en termes formels que l'acte des bienheureux par lequel ils sont bienheureux a la liberté nécessaire pour le mérite'. Nos Mrs du vicariat dirent qu'il n'avait jamais étudié cette matière'. Pour lui en voulant s'excuser il me soutint que tous les théologiens de Louvain avaient jusqu'ici enseigné cette doctrine, mais que ceux qui prévalaient maintenant, voulaient changer l'école à cet égard-là. Les circonstances vous auraient fait rire`. Je parlai avec amitié au père qui avait présenté ce jeune

112 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 avril 1704 15 avril 1704 TEXTE 113

homme, et ce père pour m'apaiser, m'avoua qu'il était surpris que je voulusse recevoir l'ordinand après une telle réponse.

Pour le procès du pasteur de Harveng', j'en suis en peine. Je crains que celui qui doit le juger à Malines°, ne le traite favorablement, et ne passe un peu par dessus la rigueur des règles. Au nom de D[ieu] écrivez fortement à

M. votre oncle, qui est en autorité en ce pays-là', afin qu'il représente quel scandale ce serait, si ce prêtre vicieux rentrait dans la fonction de confesser les femmes. Il faut dire aussi que je lui ai offert de le faire permuter avec un chapelain qui a une chapelle de cent écus'. II l'a refusé.

Comme vous êtes des amis de M. l'abbé d'Orval', vous me ferez un vrai plaisir, si vous voulez bien lui écrire en faveur d'un religieux de l'ordre de Prémontré qui est sorti du mont S. Martin pour aller chercher à Orval une retraite pour toute sa vie. Je n'ai pu refuser à ce jeune homme une lettre pour

M. l'abbé d'Orval, quoique je ne le connaisse pas. Je vous prie de fortifier une si faible recommandation par la vôtre, puisque vous êtes ami de M. l'abbé. Vous ferez une très bonne oeuvre. C'est un homme très imparfait, mais ingénu qui a besoin d'être tenu avec fermeté et patience dans la règle, et qui le demande.

Cent fois tout à vous de tout mon coeur.

FR. A. D. D. C.

988. Au MÊME

A C[ambrai] 5 avril 1704 (2e lettre).

J'ai entretenu et écouté tout à loisir le sieur Smal, et je voudrais, Monsieur, que vous eussiez été témoin de cette scène. Il déteste les 5 propositions, dit-il, et retombe sans cesse dans leur sens naturel, qui est le fond évident et nécessaire de tout son système. Pour le livre de Jansenius, il n'a jamais fait cette lecture, dit-il, mais c'est pour pouvoir refuser de le condamner. Il dit qu'il' ne croira point l'Eglise infaillible sur les textes, pendant qu'elle ne le déclarera pas par une décision formelle. D'ailleurs il est plein de toutes les évasions les plus subtiles. Il n'a jamais rien lu de S. Aug[ustin] avec exactitude, mais il ne doute point qu'il ne l'entende bien. Comme il n'est pas de mon diocèse j'ai pris le parti de me borner à lui dire qu'il doit se retirer sans éclat. Ni ses cahiers, ni ses réponses faites à Louvain ne sont comme il faut. La condamnation de Louvain contre lui est très forte. Je lui ai déclaré que je ne pouvais après cette condamnation le laisser enseigner la théologie dans mon diocèse, et j'ai réduit tout à cette décision de Louvain, sans me charger de rien sur mon compte. Vous pouvez voir la lettre que j'écris à M. l'abbé du Val'. Pour moi je me tairai, car je ne recherche que la paix et la douceur. Mais si on crie, on causera le scandale que je veux éviter.

Donnez-moi de vos nouvelles. Priez pour moi, comme moi pour vous. Plût à Dieu que nous pussions vous posséder ici. Mais ce n'est pas encore le temps de le faire.

Tout à vous sans réserve. AU MÊME

15 avril 1704.

[...] Je ne pense pas que le P. Ange doive avoir de scrupules au sujet de la dot de la personne qui souhaite entrer en religion'. [...]

988. Au MÊME

A C[arnbrail 22 avril 1704.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre du sieur Smal, qui n'est à vous parler franchement ni correcte ni édifiante. Je suis persuadé que s'il vous avait consulté, vous ne lui eussiez pas conseillé de l'envoyer. Ses raisonnements ne vont qu'à prouver que S. Aug[ustin] et S. Bernard ont enseigné la 3e des cinq propositions condamnées'. D'ailleurs il compte pour rien l'avis doctrinal de la faculté de Louvain contre ses cahiers et contre ses explications'. Il fait entendre qu'il se pourvoira à Rome, comme M. Denis'. Il ajoute que` l'on contreviendrait au bref d'Innocent XII, en le faisant retirer, parce que ce bref veut qu'on ne dépossède ni d'office ni de bénéfice ceux qui n'ont enseigné aucune des cinq propositions'. Enfin il assure qu'il n'a jamais lu Jansénius, et par conséquent qu'il n'en peut juger. Jugez vous-même, Monsieur, si je puis consentir qu'il enseigne dans mon diocèse. Je vous prie de faire entendre à M. l'abbé du Val, ce que j'attends de son bon coeur en cette occasions. Pour le sieur Smal je n'aurai que de la douceur, s'il prend le parti de se retirer modestement'. Sinon je tâcherai de maintenir l'autorité, et la saine doctrine. Je serais véritablement affligé qu'il m'y réduisît.

Je suis en vérité de plus en plus tout à vous sans réserve.

F. A. D. D. C.

Je vous prie de dire à M. le C. du Reux8 que j'ai fait par des voies sûres ce qu'il a désiré, et que je l'ai fait avec tout le zèle possible, mais je n'ai pas pu adresser les lettres à son agent de Paris.

989. AU MÊME

A CIambraij 30 avril 1704.

J'ai reçu, Monsieur, le manuscrit que vous m'avez envoyé'. Ce qu'il avoue, est si décisif, et le retranchement qu'il cherche est [si] insoutenable que 2 je souhaiterais fort pour l'intérêt de la bonne cause, de le faire imprimer. Il serait très important de montrer au public ce que les plus éclairés défenseurs de cette doctrine sont contraints d'avouer, et les excès étonnants où ils sont forcés de se jeter, suivant leurs principes. Mais je n'ai garde de rien faire, qu'autant que vous m'assurerez que je le puis faire en liberté.

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114 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 avril 1704

Il ne convient point que j'entre en discussion par des lettres avec l'auteur. Mais vous pouvez lui écrire sur votre compte tout ce que vous jugerez utile pour lui ouvrir les yeux. Voici quelques courtes réflexions, que je vous propose à la hâte.

1° Il ne doit pas trouver mauvais, que je l'aie nommé: un des défenseurs de Jansénius'. C'est un terme qui n'a rien d'injurieux' suivant l'esprit de douceur que j'ai tâché de garder dans mon livre'. De plus son nom est entièrement inconnu au public et 6 je l'ignore encore actuellement. On en parle de deux façons. D'ailleurs il n'a fait l'écrit intitulé Via pacis, que pour excuser ceux qui croient que l'Eglise a pu se tromper sur les règles de la grammaire, en condamnant le texte de Jansénius. C'est défendre les défenseurs de ce livre, et par contre-coup le livre même. Pour moi je croirais avoir fait l'apologie la plus manifeste d'un livre, si j'avais entrepris de prouver, qu'on peut le croire très pur dans son sens propre, naturel, et grammatical, suivant l'usage commun de la langue pratiqué par tous les hommes, qui la parlent bien, et que l'Eglise n'a pu le condamner, qu'en se trompant sur les règles de la grammaire, et en s'attachant à une phrase contraire, qu'elle veut autoriser'.

2° L'auteur du panégyrique de Jansénius' a très bien démontré que quand l'Eglise consacre quelque terme un peu différent des termes vulgaires, elle ne le prend point contre les règles grammaticales, ni même dans un sens opposé à l'usage. Elle choisit seulement dans l'analogie de la langue un terme qui n'est pas alors actuellement vulgaire, comme par exemple celui de consubstantiel', et elle ne le choisit qu'à cause qu'elle le trouve suivant le génie et les règles de la langue, plus précis pour exprimer le sens catholique et pour exclure le sens des novateurs. Ainsi l'Eglise suit en cela même les règles de la grammaire, et l'analogie de la langue. Que si elle pouvait s'y tromper, elle pourrait tromper ses enfants sur le dogme qu'elle leur ferait entendre très mal. Ainsi rien n'est plus chimérique que ces deux phrases opposées subsistantes toutes deux ensemble, l'une fondée sur la grammaire et sur l'usage commun de la langue, l'autre fondée sur la seule autorité de l'Eglise I°. C'est à cet égard qu'on peut dire: Nova sunt quae dicitis etc. comme S. Aug[ustin] à Julien".

3° Quand l'Eglise introduit un terme, ou si vous voulez une phrase qui est au delà de l'usage vulgaire, mais qui loin d'être contre les règles, est au contraire choisi par elle, comme plus précise selon les règles que toute autre, elle le fait sans se tromper, sachant ce qu'elle fait, et pourquoi elle veut le faire. Elle en avertit tout le monde, et elle oblige tous les fidèles à se servir comme elle de cette même phrase. Il est vrai que pour les choses profanes l'Eglise laisse au monde une pleine liberté de parler selon les usages. Mais pour les dogmes de la foi l'Eglise seule en règle le langage. A cet égard sa phrase est celle de tous ses enfants sans exception '2. Elle la rend vulgaire, en la publiant et en défendant d'en employer d'autres. Cette phrase est unique parmi les fidèles. Il est donc faux qu'à l'égard des mystères il y ait deux phrases opposées, l'une du commun des hommes, l'autre de l'Eglise. Le commun des hommes fidèles n'a point pour les mystères d'autre phrase que celle de l'Eglise leur mère, qui leur apprend non seulement à croire, mais encore à parler pour transmettre leur foi.

30 avril 1704 TEXTE 115

4° Si l'usage que les hommes font d'un terme ou d'une phrase change, l'Eglise change aussi' son langage à cet égard, de peur que le changement des' hommes sur un mot n'introduise quelque changement dans ses idées sur la doctrine. De là vient qu'en un temps elle pourra condamner une expression dans le mauvais usage que les novateurs en font alors, et que dans un autre temps elle approuvera ce même terme, comme propre à éviter une équivoque de quelques autres novateurs opposés. C'est ce qui est arrivé au terme de consubstantiel". L'Eglise loin de montrer par ces changements de phrase qu'elle peut se tromper sur les règles de la grammaire, montre tout au contraire, qu'elle est aidée du S. Esprit, pour discerner tous les changements de signification des termes, et pour régler précisément ceux qui dans chaque changement d'usage conviennent à exprimer immuablement sa pure doctrine.

5° Supposé qu'on eût accordé à l'auteur tout ce qu'il avance sans ombre de preuve, il renverserait encore son système de ses propres mains. Il avoue

que l'Eglise est infaillible pour juger des textes selon sa phrase. Or est-il

que sa phrase doit nécessairement avoir ses règles de grammaire, aussi bien que celle du vulgaire. Voilà donc cet auteur retombé malgré lui dans l'infaillibilité de l'Eglise sur les règles de la grammaire. Dès que l'Eglise est infaillible sur les règles de la grammaire pour sa propre phrase, tout est décidé. Il n'y a point sur la foi d'autre phrase que celle-là pour le vulgaire même" des fidèles. Voilà les règles grammaticales qui ne sont point des vérités révélées, et sur lesquelles néanmoins l'Eglise a une infaillibilité promise. Voilà tout mon livre hors d'atteinte.

6° Ou l'Eglise connaît la double phrase et le double sens naturel, ou elle l'ignore. Si elle connaît cette double phrase, il est faux qu'elle se trompe sur les règles de la grammaire et sur l'usage. Au contraire elle établit sa phrase, sachant qu'elle est différente de la phrase vulgaire et voulant bien s'écarter de celle-ci. Comment peut-on espérer" de prouver que l'Eglise est faillible sur des règles, par un changement qu'elle fait à l'égard de ces règles, avec une pleine connaissance de cause? Si au contraire on dit que l'Eglise ignore la double phrase, et le double sens naturel, lorsqu'elle introduit cette duplicité de phrase, et de sens, elle est la seule à ignorer ce que nul particulier n'ignore. Car" nul particulier un peu instruit n'ignore les règles grammaticales de sa langue, et l'usage vulgaire, qu'on suppose très différent de la phrase ecclésiastique. L'Eglise sera-t-elle aveugle pour ne pas voir ce qui est vulgaire?" L'Eglise change-t-elle sa phrase, sans le savoir, et contre son intention? Quoi qu'il en soit, si l'Eglise ignore les règles de la grammaire pour la phrase vulgaire, qui est-ce qui nous répondra qu'elle ne pourra point les ignorer aussi 2' pour sa propre phrase? Ou bien si elle ne peut point les ignorer pour sa propre phrase, où prend-on qu'elle peut les ignorer pour la phrase vulgaire? N'est-ce pas la 22 même nature de règles dans les deux phrases? En vérité faudrait-il avoir besoin de réfuter sérieusement une chose si peu sérieuse? Quis ita sapit, disait S. Aug[ustin], nisi qui desipit?23

7° Dès qu'on se donne la liberté de supposer sans déclaration expresse et authentique de l'Eglise, qu'elle a prononcé un jugement dogmatique sur un texte contre le sens grammatical, et suivant une phrase, qu'elle établit hors du langage des hommes, la phrase de l'Eglise supposée sans preuve, devient arbitraire au gré des novateurs. Chaque hérétique condamné supposera

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116 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 avril 1704 30 avril 1704 TEXTE 117

toujours que l'Eglise n'a pu le condamner dans le sens naturel et grammatical de son texte", parce que le sens naturel et grammatical de son texte lui paraît conforme à l'Ecriture et à la tradition. De là il conclura que l'Eglise n'a pu le condamner, que dans le sens de sa phrase opposée au langage naturel et vulgaire des hommes. Il conservera le sens propre naturel et grammatical de son texte. Il ne changera jamais de croyance. Il embrassera seulement la phrase de l'Eglise, suivant cette phrase il signera et jurera toutes sortes de formulaires. Il n'y aura plus aucune ressource contre les parjures des hérétiques hypocrites dans leurs professions de foi.

8° L'auteur craint-il moins ces monstrueuses conséquences, que le" molinisme qui est son épouvantail? Si l'Eglise, dit-il, était infaillible sur les règles de la grammaire par rapport aux textes dogmatiques, les Jésuites qui sont de subtils grammairiens pourraient nous faire tout à coup malgré nous Molinistes, en nous prouvant que les textes condamnés par l'Eglise ne font" dans leur sens propre et naturel, que rejeter le molinisme. Mais cet auteur ne voit-il pas qu'il a peur de son ombre? 1° C'est l'infaillibilité de l'Eglise qui est l'unique remède à ces sortes d'inconvénients. Cette infaillibilité de l'Eglise sur les règles de la grammaire, qui est évidemment nécessaire pour empêcher qu'elle ne trompe ses enfants sur celles de la foi, la rend supérieure à toutes les écoles des grammairiens. Ainsi cette infaillibilité loin de causer le mal qu'on en craint, est la seule ressource pour empêcher que ce mal ne soit à craindre. 2° S'il est vrai que la doctrine qu'on veut imputer à S. Aug[ustin] soit celle de ce père et de toute l'Eglise, et qu'au contraire ce qu'on nomme le molinisme ne soit qu'un demi-pélagianisme déguisé, il faut conclure que l'Eglise ne se trompera jamais à cet égard sur les règles de la grammaire pour condamner les textes véritablement augustiniens ni pour approuver les textes molinistes", autrement les portes de l'enfer auraient prévalu contre elle, et elle enseignerait l'impiété, au lieu d'enseigner toute vérité à ses enfants. 3° Comme l'Eglise n'a pas approuvé aveuglément la doctrine du texte de S. Aug., elle ne l'a approuvé que dans un certain sens précis, qu'elle a eu distinctement en vue, et qu'elle ne cesse point d'approuver". Or qui est-ce qui peut savoir en quel sens elle a29 l'intention d'approuver le texte de ce père, si ce n'est elle-même? Qui est-ce qui peut savoir la pensée actuelle" de l'Eglise, si ce n'est l'Eglise? C'est donc elle seule qui doit décider de sa propre pensée en approuvant S. Aug. De là je conclus que si l'Eglise venait à décider que le sens imputé par notre auteur à S. Aug. n'est pas le vrai sens qu'elle prétend approuver dans ce père, et que ce qu'on nomme le molinisme est le véritable sens, qu'elle prétend" approuver dans le texte de S. Aug., notre auteur malgré sa distinction du sens grammatical, et du sens ecclésiastique, se trouvait tout à coup réduit à être moliniste, pour n'être pas hérétique, et rebelle à l'Eglise qui est la colonne de la vérité.

Vous voyez donc, Monsieur, combien cette subtilité est vaine dans la plus exacte spéculation, et pernicieuse dans la pratique. Encore une fois je crois qu'il serait fort utile de faire imprimer cet écrit, pour montrer l'extrême faiblesse de la mauvaise cause, et les excès insoutenables où elle entraîne. Mais je ne ferai rien que de votre consentement. Prions Dieu] pour ceux qui se trompent, et pour nous-mêmes qui nous trompons encore plus qu'eux, si nous avons quelque complaisance en ne nous trompant pas. Je suis en N[otre] S[eigneur] entièrement à vous.

FR. AR. D. DE C.

Je vous enverrai au plus tôt une copie de ce manuscrit et je ne doute pas du bon usage que vous en ferez pour l'éclaircissement de la vérité. Je suis bien édifié, et bien touché d'une réponse simple et cordiale que je viens de recevoir de M. l'abbé d'Orval. Je vous conjure de l'en remercier pour moi". J'ai une extrême envie de l'aller voir, et je serais ravi de vous y mener.

Au reste quand je parle du sens grammatical, après l'auteur du manuscrit, je ne prétends pas dire que l'Eglise fait par une opération surnaturelle la découverte de chaque règle de grammaire pour chaque mot d'un texte, mais seulement que le S. Esprit en vertu des promesses ne permet pas que le corps des pasteurs se méprenne sur les règles de la grammaire en sorte qu'il qualifie un texte, comme hérétique, en le prenant dans un sens étranger.

992. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 30 avril 1704.

Permettez-moi, Monsieur, de vous représenter que vous partez et que dans vos grandes occupations vous ne pourrez point, selon les apparences, régler avant votre départ l'affaire de Vertin, sur laquelle j'ai déjà eu l'honneur de vous écrire. La possession du curé est constante. Sur de telles possessions le parlement de Tournay et la Cour de Mons décident d'abord en faveur des pasteurs. Nous en avons de tous côtés des exemples récents. Le retardement fait qu'il n'y a point de compte rendu, et ce désordre peut nuire beaucoup à une fondation', dont le seigneur et son bailli veulent se rendre les maîtres absolus. Je vous supplie d'avoir la bonté ou de régler cette affaire avant votre départ ou de la renvoyer au parlement. Personne ne peut, Monsieur, vous souhaiter plus sincèrement que moi une heureuse campagne. Il est bien juste que vous y trouviez toutes sortes d'agréments, vous qui ne cessez point d'en donner à toute l'armée, depuis les premiers officiers à qui vous faites plaisir jusqu'aux soldats que vous soulagez par vos soins. Je viens d'apprendre que Madame de Bernières ne partira point de notre voisinage pendant cet été. Elle n'y peut guère trouver d'autre plaisir que celui d'être plus à portée de recevoir souvent de vos nouvelles. Je suis pour toute ma vie avec le zèle le plus vif et le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

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118 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 mai 1704

993. Au CARDINAL GABRIELLI

[12 mai 1704).

Eminentissime Domine,

Spero veniam ab Eminentia vestra facile datam iri, si vestram singularem erga me benevolentiam jamdudum expertus, circa rem quœ Ecclesiœ decus maxime attinet, intimum pectus clam aperire non dubitem'.

Ovantes Jansenistœ late disseminant catalogum typis editum, ubi legun-tur tituli operum quœ in Romano Indice nuper damnata sunt. Hos inter occurrit Lovaniensis censura adversus Resolutionem Casus a quadraginta doctoribus Parisiis datam2; quœ quidem censura minus nitida, imo incon-cinna mihi visa est. Verum dolui, nec diffiteor miserans pios sana doctrine propugnatores ita profligari. Si quid incautum irrepsit, digni videbantur indulgentia, quippe qui pondus diei et œstus jampridem portant 3, atque tuendœ Ecclesiœ auctoritati bono animo incumbunt. Hinc autem Janse-nistœ adversus sedem apostolicam pessime affecti, amplum sibi triumphum decernunt. Id vulgo putatur factum arte et industria D. Casonii, sancti Offi-cii assessoris, quem factio petulans ut suum patronum venditat4.

Prœterea, ut fractos suorum animos reficiant, palam pollicentur pastora-lia Carnutensis et Noviomensis episcoporum Mandata', jamjam pari censure nota configenda esse; eo quod hi antistites de infallibilitate Ecclesiœ multa locuti, de pontificia infallibilitate prorsus tacuerint. Nimirum hoc in votis est, ut sedis apostolicœ auctoritatem invidiosam faciant, eamque tyran-nidis insimulent. Hœc autem nuntia jam late sparsa animum impellunt, ut pauca queedam observanda explicem.

1° Ita a teneris unguiculis edoctus est Rex Christianissimus ut sedem apostolicam impensissime colat ac revereatur; neque tamen minus arbitretur regiam potestatem periculosissime convellendam esse, si pontificiam infalli-bilitatem in regni finibus tantillum pateretur. Hanc pariter aversantur supremœ omnes curie, que Parlamenta vocantur. Ita singuli regni consilia-rii sentiunt ; ita Galliarum antistites; ita, paucissimis exceptis, omnes docto-res et docti. Unde si quisquam hanc doctrinam vel indirecte insinuaret, una-nimi omnium gentis ordinum consensu statim condemnaretur. Itaque hanc assertionem non solum tuenda Romana auctoritati nihil profuturam, verum quam maxime obfuturam esse nemo non videt6.

2° Pace vestra dixerim, Eminentissime Domine, et summo cum honore Ecclesiœ matris ac magistrœ, quam totis visceribus, quoad spiravero, amare, colere, venerari, amplecti, singulari obsequio prosequi certum est. Nullo hactenus cujusquam vel concilii vel pontificis decreto definitum fuit, Papam esse infallibilem. Qua de causa, quœso, ad hoc in suis Mandatis docendum cogerentur singuli Galliarum episcopi, dum Ecclesiœ adversarios confu-tant ', quod nec ipsi Pontifices in docendis addictissimis sibi fidelibus unquam edixerunt?

3° Scriptores hujus infallibilitatis studiosissimi dixere tantum, hanc esse fere de fide: quis autem non videt id ex confesso de fide non esse, quod fere de fide esse dicitur8? Quidquid enim intra fidem non est, quantumvis ad illam propius accesserit, extra illam habendum esse constat. Quis autem 12 mai 1704 TEXTE 119

culpabit unquam Galliarum antistites, cœteroqui sedis apostolicœ amantis-simos, si in tuenda solius fidei doctrina et in refellendis verne fidei adversa-riis, tacuerint illud pontificia infallibilitatis dogma, quod ex confesso de fide non est, et cujus assertio, non sine dedecore et scandalo, una totius Gallicane gentis voce proscriberetur?

4° Cardinalis noster Perronius, sedi apostolicœ addictissimus, ut ex con-cione percelebri ad tertium quod appellant statum habita satis exploratum habetur9, neque in Responso ad majoris Britanniae regem, neque in aliis circa ecclesiasticam auctoritatem controversiis, hanc doctrinam adstruendam sibi proposuit 1°. Ita Richelius cardinalis"; ita omnes alicujus nominis Galli. Neque tamen unquam id œgre tulisse visa est sedes apostolica. Quidni et idem licebit antistitibus, qui in hanc sedem optime affecti, acerrimos illius adversarios, citra omnem inter Catholicos invidiam, impugnare student?

5° D. Bossuetus Meldensis episcopus opusculum cui titulus Expositio doctrinae catholicae, etc. typis mandavit. Profecto si pontificia infallibilitas ad fidem pertineret, grande foret piaculum, hanc silentio prœtermittere, dum singula fidei dogmata adversus hœreticos diligentissime recenserentur. Atqui de illa infallibilitate ne voculam quidem usquam emisit. Ipsi abunde est, modo ratum sit Papam esse pastorum caput, sedem vero apostolicam unitatis sive communionis centrum. Hic libellus ab Innocentio XI honorifi-centissime approbatus legitur, etiamsi pontificiam infallibilitatem ex numero dogmatum fidei affectato silentio expunxerit '2. Norunt omnes hunc antisti-tem ducem et auctorem fuisse in conventu cleri Gallicani 1682, qui propria manu quatuor propositiones contra pontificiam auctoritatem scripsit: is idem tum Variationes Protestantium'', tum alia circa Ecclesiœ potestatem opera in lucem edidit, omissa constantissime pontificiœ infallibilitatis doc-trina. Itaque vehementissime mirarentur Catholici una et Protestantes, si illud idem silentium quod in Meldensi aliquatenus videtur approbatum, in prœsulibus multo melius affectis crimini verteretur.

6° Absit, Eminentissime Domine, ut ex odio aut ex animi œgritudine quidquam sinistrum ac malevolum hic insinuem. Rem nudam candide loquor. Neminem latet cardinalem Noallium cum cœteris antistitibus anno 1682 sancitum voluisse, ut pontificum decreta circa fidei doctrinam non haberentur irrefragabilia, nisi accederet universae Ecclesiae auctoritas. Is idem pastorale Mandatum contra quadraginta doctores, molliore quidem et ambiguo sermone, contexuit, neque pontificiœ auctoritatis meminit in hoc opere. Eritne pondus et pondus in sanctuario? Certe si pontificiam infallibi-litatem tacere nefas est, quanto prœ cœteris prœsulibus peccavit cardinalis sacri Collegii membrum, qui non solum ob acceptam purpuram, verum etiam ob hanc ipsam infallibilitatem, non ita pridem a se negatam et explo-sam, acrius stimulari debuit ut ad saniorem sententiam se tandem aliquando revocatum demonstret !1°

7° Si hœc ita se haberent, nullus est Galliarum antistes, qui vellet dein-ceps operam dare ad refrœnandam Jansenistarum audaciam. Quis enim sana mentis, Scyllam inter et Carybdin infelicissime positus, a scribendo non deterrebitur? Si pontificiam infallibilitatem asseras uno totius gentis et cleri Gallicani ore proscriberis; si reticeas, Rom damnaberis. Nulla erit salus, nisi a confutandis Jansenistis caute quisque abstineat. Regnum Christi luctuosissima circa infallibilitatem dissensione divisum, brevi desolabitur:

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120 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 mai 1704

eo in bello civili, impune, late ac facile serpet Jansenianum virus. Quis in ani-mum inducet unquam ut scribat, quandoquidem nullo cum fructu, imo ingenti tumultu et scandalo, id fieri constet?

8° Hac deflenda Catholicorum discordia, Gallicanus clerus, suce veteris doctrines tenacissimus, a suo capite divelletur et dissiliet. Nonne horrendum schisma prœsentire cogimur, si Galli acriores aperte negare, verecundiores autem silentio omittere pontificiam infallibilitatem non desinant; Roma vero quotquot occurrent apud Gallos scriptores, nunquam non condemnet? In ea censurarum irrisione, utraque infallibilitas, tum unius capitis, tum cor-poris totius Ecclesiœ, apud impios et hœreticos ludibrio versa, sensim et apud omnes populos vilescere incipiet 5.

9° Nonne oportuit Jansenistas ab episcopis congrua argumentatione refelli? Nihil sane unquam profeceris , nisi, pro scholarum more, ex concesso ab adversariis medio, negatum consequens probetur. Alioquin mera, ut aiunt scholœ, petitione principii tibi ipsi et lectori illuderes. Constat vero pontificiam omnem infallibilitatem, tum de jure, tum de facto, a Jansenistis palam exsibilari. Commode quidem ita possunt impugnari : nulla est, o Jan-senistœ, ea quam fatemini Ecclesiœ infallibilitas circa dogmata, si negetur ea quam negatis, ejusdem Ecclesiœ infallibilitas circa textus qualificandos; siquidem ipsa dogmata nullatenus definire potest, absque infallibilitate in qualificandis textibus. Quorsum igitur hœc alienœ, advectitiœ et periculosis-simœ quœstionis intempestiva propositio exigeretur? Porro etiamsi hœc doctrina esset necessario adstruenda, tamen eo loci tacenda, utpote prœciso controversiœ limiti extranea, plane videretur.

Hac ego non mea causa, absit, neque ad ineundam aut Carnotensis aut Noviomensis gratiam dicta veliml". Nulla est hos inter et me societas, prœter episcopalem fraternitatem 17. Uni veritati consulatur impensissime oro. Quanto autem me sedi apostolicœ devinctiorem sentio, tanto liberius et sine ullo verborum temperamento, coram Deo in Christo loquor. Et hœc sint certa grati et devoti animi specimina, necnon et intima observantiœ, qua ad extremum usque spiritum ero, Eminentissime Domine, humillimus etc.

Cameraci 12 maii 1704.

994. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Vendredi, 16 mai 1704.

Comme je n'avais pas vu depuis longtemps M. le comte] de M[ontbe-ron], je n'osai point avant-hier vous proposer devant lui de me parler en particulier. Hier j'espérai de vous trouver libre. Mais il faut attendre que je sois débarrassé de l'ordination. En attendant je loue Dieu de la paix où il vous met. O qu'il est bon de n'espérer rien de soi, et de ne chercher rien pour soi-même ! Vivez, ma chère fille, dans cette bienheureuse simplicité, et vous aurez la plénitude de D[ieu] dans le vide de vous-même. Je vous porte tous les jours à l'autel avec une union intime.

19 mai 1704 TEXTE 121

994 A. DOM FR. LAMY A FÉNELON

Ce 19 mai [1704].

Quoique je n'aie point encore reçu l'exemplaire de l'Ordonnance qu'on' m'a écrit que votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'envoyer, je ne puis différer davantage à vous en faire mes très humbles remerciements, parce que j'en connais par avance le mérite. Une personne qui vous honore' a eu la bonté de me la donner, et après l'avoir d'abord dévorée, je l'ai ensuite repassée et goûtée avec plaisir. Je souhaiterais que tout le monde en fît autant. Mais une partie de ce monde est trop prévenue pour se donner même le loisir de la lire entière ; une autre partie est trop préoccupée pour la lire tranquillement ; une troisième se fait trop d'honneur de ses premiers engagements pour en revenir ; une quatrième a trop peu d'application, ou d'ouverture d'esprit, pour aller même un peu avant dans sa lecture: car il faut vous dire qu'il y en a un grand nombre qui en ont été rebutés presque dès le commencement. Les huit ou dix premiers feuillets, c'est-à-dire la comparaison des propositions avec le texte 3, les a tout d'un coup démontés, et leur a fait regretter la clarté et la facilité de vos derniers ouvrages'. Enfin il y en a d'assez injustes pour aller fouiller dans les intentions de l'illustre auteur et pour en former des jugements sinistres'. Heureux d'être comme il l'est, infiniment au-dessus de tout cela! C'est ce qui fait ma consolation, lorsque j'ai à essuyer de pareilles critiques'. Après tout, il y en a pourtant qui vous rendent justice, et qui ne croient pas, quoi qu'on en dise', qu'on puisse répondre solidement à l'Ordonnance. Au reste, Monseigneur, le R.P. R[ichebraque] 8 m'a fait un sensible plaisir, en m'apprenant que vous me faites l'honneur d'avoir toujours de la bonté pour moi'. J'y fais grand fond pour obtenir miséricorde du souverain Juge. Non enim amas, et deseris'°. C'est en lui que je suis avec le plus respectueux attachement, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 19 mai.

F. FRANÇ. LAMY.

Il y en a qui disent qu'on fait plusieurs cartons dans l'édition de Paris; mais je n'en crois rien.

995. A DOM FR. LAMY

A C[ambrai], 22 mai 1704.

On ne peut être plus touché ni plus édifié que je suis, mon Révérend Père, de la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire sur mon Instruction pastorale. Je suis ravi de voir que vous en trouvez les preuves concluantes. L'infaillibilité de l'Eglise ne serait plus qu'un beau nom, si on lui refusait ce que je demande pour la réaliser. Il m'est impossible de faire entendre aux esprits inappliqués les vérités qui demandent quelque application. Je ne saurais changer mon sujet. Il est abstrait et épineux. Puisqu'il est important à la

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122 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 mai 1704

religion, c'est à moi à m'y assujettir. Celui qui écrit sur une vérité, ne peut que l'exprimer par les termes les plus propres. Il ne saurait épargner au lecteur l'attention nécessaire pour tirer une conclusion de son principe, et souvent pour rassembler plusieurs principes, d'où la conclusion doit résulter. Je n'ai garde d'avoir la folle présomption de me comparer à S. Augustin. Mais enfin vous savez que ce grand docteur même sentait bien qu'il ne pouvait point épargner à son lecteur une attention suivie, quand il disait: Repetite assidue librum istum, et si intelligitis, Deo gratias agite. Ubi auteur non intelli-gitis, orate ut intelligatis' . Ce père n'ajoutait-il pas: Verumtamen semel lec-tum nullo modo arbitremini satis vobis innotescere potuisse? Si ergo eum fructuosissimum habere vultis, non vos pigeat relegendo habere notissimum2. J'ai tâché de montrer les vérités avec ordre, d'écarter toutes les questions étrangères au sujet, d'inculquer par divers tours les points principaux, et de mener mon lecteur pas à pas comme par la main. Si je n'y ai pas réussi, je souhaite qu'un autre le fasse mieux.

La comparaison' qui paraît obscure à des gens de votre connaissance, paraît à d'autres la preuve la plus simple, la plus courte, et la plus décisive. Et en effet faut-il un si grand effort d'application pour comprendre que l'héréticité du texte du livre n'est pas plus un fait que celle du texte des propositions? Qu'entendra-t-on, si on n'entend pas qu'on devrait se soumettre à l'Eglise pour l'un de ces textes comme pour l'autre? Si cette comparaison flattait les anciens préjugés de certains lecteurs, et si elle favorisait le parti qu'ils aiment, ils la trouveraient peut-être moins sèche et moins obscure. Pour moi je ne m'étonne ni de leur ennui en me lisant, ni de l'impatience qui les empêche d'achever la lecture de mon ouvrage. Je ne suis pas assez présomptueux pour espérer de ma parole un si prompt changement des esprits. D'ailleurs' les hommes n'ont pas assez de force sur eux-mêmes, pour s'arracher en trois heures de lecture des préjugés enracinés depuis tant d'années. Il faudrait rompre' les liens les plus doux et les plus flatteurs, faire un aveu infiniment douloureux à l'amour-propre, démonter toutes ses pensées, et mourir pour ainsi dire à toutes les choses dont on a vécu. Il faut attendre patiemment qu'ils se rapprochent peu à peu. Des éclaircissements doux et paisibles. Point de dispute. Beaucoup de prière et d'édification.

Pour ceux dont vous dites qu'ils vont fouiller dans mes intentions, je leur pardonne toutes les critiques les plus injustes et tous les traits les plus satiriques. Quand même tout ce qu'ils s'imaginent serait vrai, la vérité que j'ai dite en serait-elle moins vérité? Je leur abandonnerai tout ce qui ne touche que ma personne, et qui est étranger au fond de la cause, pour ne m'attacher qu'à l'autorité de l'Eglise. J'ai tâché de leur dire des vérités nécessaires, par les termes les plus doux. S'ils font contre moi des écrits injurieux, je tâcherai de ne répondre à des injures que par des raisons. Laissez-leur donc exhaler leur chagrin, et ne vous fâchez point par amitié pour moi, de ce qui ne me fâche nullement. Un torrent s'écoule bien plus vite, quand on ne fait rien pour le retenir.

Il est de notoriété publique que l'édition de Paris a été faite à l'insu de moi et de mes amis, et qu'on n'y a fait que copier mot pour mot celle que j'avais fait faire à Valenciennes. Je vous laisse à juger s'il peut y avoir des cartons dans une édition où l'on n'a fait que copier mot pour mot la précédente à l'insu de l'auteur et de tous ses amis6.

2 juin 1794 TEXTE 123

Au reste le P. R[ichebraque] m'a donné quelque espérance que vous pourriez bien nous venir voir. En vérité j'en aurais une sensible joie, et vous pouvez compter que pour vous adoucir la fatigue du voyage, que je craindrais beaucoup à cause de vos infirmités, je vous enverrais un carrosse fort doux jusqu'à S[aint]-Denis'. Personne ne sera jamais avec une vénération plus cordiale, et un attachement plus sincère que moi, mon Révérend Père, tout à vous à jamais.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

995 A. DOM FR. LAMY A FÉNELON

[2 juin 1704].

Monseigneur,

Malgré les fréquentes et longues visites d'une fièvre tierce, je me dérobe à ses assiduités pour avoir l'honneur d'assurer votre Grandeur que ç'a été avec une extrême sensibilité que j'ai reçu les marques de ses bontés pour moi et les offres avantageuses qu'elle veut bien me faire'. Rien ne pouvait me faire plus de plaisir que de me mettre à portée de vous rendre de plus près mes respectueux devoirs. Ce sera donc, Monseigneur, dans le temps qui vous sera le moins incommode. Une seconde raison de mon peu d'égard pour la fièvre tierce est l'inquiétude de Mme de M.' sur une lettre qu'elle a eu l'honneur de vous écrire. Vous en jugerez par celle qu'elle m'écrit, et vous m'ordonnerez sur cela ce qu'il vous plaira. On n'ouvre point ici mes lettres, elles me sont rendues vierges'.

Quoique je me fusse déjà dit une partie de tout ce que vous me faites l'honneur de me dire sur votre Ordonnance; j'admire, sur cela, vos sentiments. On ne parle que de réponses, et l'on n'en voit point encore. J'ai fait une espèce d'analyse de l'Ordonnance pour quelques personnes qui m'en ont prié; et j'ai depuis réduit ce qu'il y a de capital à un raisonnement d'une seule page*. Le supérieur des Vertus' et trois autres pères de l'Oratoire m'étant venus voir, trouvèrent ce raisonnement sur une table. Ils le lurent et relurent. Je les priai d'y donner une bonne réponse. Le supérieur dit qu'il était inutile de se fatiguer à la trouver; qu'on ne disputait point contre des faits certains: qu'il était constant que l'Eglise avait plusieurs fois erré en des faits doctrinaux. On ajouta6 que M. de C[ambrai] n'avait fait que glisser sur ces faits, et n'avait osé entrer dans leur discussion. Mais deux professeurs de théologie qu'il avait avec lui me parurent beaucoup plus retenus et plus frappés et je ne doute pas qu'ils n'y eussent donné les mains, si le supérieur n'avait pris les devants. Ils avouèrent même que ce qu'il avait dit n'était pas répondre directement à l'argument. Je prends la liberté, Monseigneur, de vous l'envoyer et d'y joindre l'éclaircissement que j'ai donné sur l'argument de comparaison à quelques personnes qui avaient peine à l'entendre. Il y a des esprits si étroits, qu'il faut nécessairement en leur faveur couper la matière en plusieurs morceaux. Ils ne peuvent souffrir qu'on suspende longtemps leur attention, avant que d'en venir à la conclusion.

124 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 juin 1704

Je prévois néanmoins que les J[ansénistesj ne s'embarrasseront pas de cet argument. Ils diront qu'il est vrai que ces cinq propositions prises en elles-mêmes et dans leur sens naturel sont hérétiques, et que l'Eglise les a justement condamnées; mais qu'ils ne reconnaissent pas, pour cela, son infaillibilité dans l'intelligence du sens des textes: parce que la plus simple lumière suffit pour l'intelligence du sens naturel des propositions, et que personne ne s'y peut tromper: au lieu que l'intelligence du sens du livre demandant beaucoup d'application et de longues discussions, il est très aisé qu'on s'y trompe.

Le pauvre P. R[ichebraque] est actuellement très mal'. Il a été saigné déjà sept fois pour une fluxion sur la poitrine. Il vous aura sans doute appris qu'il est présentement supérieur de S. Médard de Soissons où il a été, pour quelques raisons, transféré par la dernière diète qui s'est tenue à S. Germain-des-Prés. Je ne doute pas que la perte du voisinage de C[ambrai] ne l'ait beaucoup mortifié. Je ne le recommande point aux prières de votre Grandeur. Il suffit de vous avoir marqué sa disposition: non enim amas, et deserie J'ose bien avoir la même confiance pour moi-même, par l'expérience continuelle que je fais de vos bontés et par l'attachement respectueux avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 2 mai.

E FRANÇOIS LAMY.

8 juin 1704 TEXTE 125

Cependant les J [ansénistes] ne forment ni cette distinction ni cette question à l'égard des cinq Propositions: ils les reconnaissent purement et simplement hérétiques en elles-mêmes, et dans leur propre sens; l'infaillibilité de l'Eglise sur cela ne leur paraît point douteuse. Pourquoi donc n'en font-ils pas autant à l'égard du livre, et pourquoi se retranchent-ils sur le fait à cet égard?

995 B. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles, ce 8' juin 1704'.

Monsieur,

J'ai lu au Roi la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 30' du mois passé sur l'utilité que recevrait le Séminaire de Cambray s'il avait une maison dans cette ville. Sa Majesté m'a ordonné d'écrire à Messrs de Montbron et de Bagnols pour savoir si rien ne s'oppose à la vente de la maison qu'il occupe présentement et quel en est le prix. Lorsque j'aurai reçu leurs réponses, j'en rendrai compte à Sa Majesté et vous ferai savoir ce qu'il lui aura plu d'ordonner.

Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

CHAMILLART.

PREUVE DE L'INFAILLIBILITÉ DE L'ÉGLISE DANS L'INTELLIGENCE DU SENS DES ÉCRITS QUI REGARDENT LE DÉPÔT DE LA FOI'

1. Il est de foi que l'Eglise est infaillible dans ses décisions pour la conserva-

tion du dépôt de la foi.

2. La conservation du dépôt de la foi demande indispensablement qu'elle juge des ouvrages qui regardent ce dépôt, qu'elle les approuve si la doctrine en est saine; qu'elle les condamne si la doctrine est hérétique.

3. Or elle ne peut en juger ainsi sûrement, et sans danger de jeter les fidèles dans l'erreur, si elle n'est sûre d'en bien prendre le sens.

Donc l'infaillibilité que Jésus-Christ lui a promise dans ses décisions dogmatiques, emporte nécessairement l'infaillibilité dans l'intelligence du sens des ouvrages dont elle juge.

995 bis. LE CARDINAL PAOLUCCI A G. B. Bussi

24 juin 1704.

Ho ricevuto il piccolo libretto composto da Mons' Arciv° di Cambray; e Nostro Signore che hà molta stima di quel prelato, nè ha mostrato gradi-mento, e commendata l'attenzione di V.S. nel trasmetterlo...

995 C. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles 29 juin 1704.

ARGUMENT DE COMPARAISON ENTRE LES CINQ PROPOSITIONS

ET LE LIVRE DE J[ANSÉNIUSJ"

Les cinq Propositions ne sont pas moins que le livre de J[ansénius] susceptibles de la distinction entre le fait et le droit. Elles ne sont pas moins que lui le sujet de deux questions: l'une de fait, qui serait de savoir quel est leur sens propre et naturel; l'autre de droit, qui serait de savoir si ce sens est catholique ou non.

Monsieur,

Il me revient que dans les églises de votre diocèse, soit collégiales ou monastères d'hommes et de femmes, l'on n'y prie point pour le Roi dans les temps de la Semaine Sainte ni des rogations '. Sa Majesté voulant que cet usage soit établi dans votre diocèse de même que dans le Royaume, vous donnerez les ordres nécessaires pour que cela soit exécuté ponctuellement. Je suis très véritablement...

126 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 juillet 1704

996. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai], 4 juillet 1704.

Je reviens d'Enghien', Monsieur, et j'aurais été fort aise de ne finir point ce voyage, sans vous voir sur mon chemin. Mais j'ai fait cette course avec tant de hâte, que je n'ai eu aucun temps, pour vous donner un rendez-vous. 11 m'est venu du côté de France un petit écrit qui m'attaque, mais qui se contredit lui-même'. Je crois que je ne pourrai pas me dispenser d'en faire une courte réfutation. Il y a aussi un ouvrage imprimé contre la faculté de Doüay, où mes expressions sont ramassées en quelques endroits pour les combattre; apparemment vous aurez vu cet écrit'. On n'aura pas manqué de vous envoyer les lettres du père Quesnel au Roi', à M. le Chancelier 5, au p. de la Chaise', et à M. de Malines'. En approuvez-vous la vivacités? Pour moi je souhaiterais pour l'amour de l'auteur qu'il n'eût point fait ces libelles. Il ne prouve rien sur le procès, car son emprisonnement regarde le Roi catholique, et il se contredit même en assurant au Roi très chrétien, qu'il n'a jamais rien dit contre le respect dû au Roi catholique', puisque d'ailleurs il dit que c'est le Jésuite confesseur qui a dicté à ce jeune prince l'ordre pour l'emprisonnement". D'ailleurs il ne peut employer que des moyens de droit pour récuser M. de Malines". Est-ce une raison de droit pour me récuser, dira cet archevêque, de ce que je me suis déclaré depuis longtemps contre un parti rebelle aux constitutions du S. Siège reçues de toutes les églises? Un évêque sera-t-il récusable dès qu'il sera zélé pour la foi et opposé aux novateurs? Ne faudra-t-il donner pour juges aux Jansénistes, que des évêques qui favorisent le Jansénisme, ou qui y connivent lâchement? Tout le raisonnement du déclinatoire roule sur ce que le Jansénisme est un fantôme. C'est ce que le S. Siège et l'Eglise de France croit (sic) qu'on ne peut dire sans une témérité scandaleuse. Puisque le Jansénisme n'est pas un fantôme, ai-je tort, dira M. de Malines, de m'être déclaré contre une erreur si dangereusement soutenue? Un arien aurait-il été en droit de récuser S. Athanase à Alexandrie, ou un pélagien S. Augustin à Hippone? Enfin le P. Quesnel a toujours prétendu être domicilié en Brabant. Il était donc diocésain de M. de Malines et devait être jugé par cet archevêque sur sa doctrine. Il a écrit, imprimé, semé des libelles pour le Jansénisme". Il s'enfuit ": il ne donne pour raisons de droit que des injures, des satyres '4, des invectives vagues et sans preuve. C'est toujours le molinisme et les Jésuites qu'il met sur la scène. Remarquez encore qu'il soutient que le P. Gerberon n'a rien écrit qui ne soit bon Voyez à quoi il s'engage. Vous trouverez ceci dans une de ses lettres. Je crois même que vous conviendrez qu'il se donne trop de relief dans sa lettre au Roi, et que jugeant de lui-même par le parti dont il tient la plume, il prétend se donner un poids peu convenable à la modestie que doit avoir un simple prêtre de l'Oratoire fugitif depuis tant d'années. Comme je suis très éloigné d'entrer dans ces choses personnelles, je vous prie de me renvoyer cette lettre qui n'est que pour vous seul. Donnez-moi de vos nouvelles. Mille fois tout à vous.

FR. AR. D. DE C.

5 juillet 1704 TEXTE 127

996 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[5 juillet 1704].

Illustrissime et Reverendissime Domine,

Sub finem mensis junii proxime elapsi binas litteras Dominationis vestrœ illustrissime una cum ejus Epistola pastorali typis edita recepi, alteram scriptam die 10 martii', alteram 12 maii labentis anni.

Prima epistola continet gravissima motiva, et momentosas rationes, qui-bus Amplitudo vestra consultissime, et pro orthodoxe fidei incolumitate tanquam potissimo deposito episcoporum zelo commisso, ad Ordinationem Instructionemque pastoralem publici juris faciendam permota fuit. Hanc dissertationem vestram, cum primum per tempus licebit, semel atque iterum attentissima mente perlegam, haud dubius quod incredibili animi mei volup-tate eam admiraturus sim, simulque comprehensurus, nihil pro argumenti gravitate validius, nihil pro auctoritatum pondere fundatius, nihil pro ratio-num robore solidius ad orthodoxam religionem sartam tectam servandam, et Jansenianam pravitatem radicitus evellendam scribi potuisse. Hœc enim mihi certo certius prœsagit mens mea, jam alias vestras hoc de argumento elaboratissimas lucubrationes evolvere assueta, et non nulla in eadem Epis-tola pastorali carptim excursa, et primoribus labiis delibata'.

Alterius epistolœ Dominationis vestrœ illustrissime argumentum versa-tur circa proscriptionem Censure Lovaniensis adversus famosam Resolutio-nem Casus a XL doctoribus Parisiis datam. Cum in sacra congregatione de hac Censura examen peractum, et judicium latum est, ego gravibus et legiti-mis occupationibus detentus huic ccetui (quod forte a die meœ promotionis tum primum accidit) interesse non potui. Et sanctissimus Dominus noster Papa, quamvis prœdictœ meœ absentite causas antea approbasset, nihilomi-nus querelis super illius Censure confixione ad se perlatis excitatus, œgre postmodum tulit, et cum amico meo conquestus est, me illi conventui non adfuisse3. Quapropter ex solo nomine et epigraphe eadem Censura mihi innotuit, et idcirco meum de ea sensum aperire non possum. Unum tantum-modo atque a prœsenti materia abstrahens subjiciam, nimirum, haud raro evenire, similes Censuras nigro theta notari, eo quia ipsarum auctores in unum errorem recto fine investi, in alterum extremum, seu quid huic finiti-mum incauti impingunt, vel in convicia et maledicta erumpunt, vel intempes-tivis digressionibus privatas passiones amarissimo calamo ulciscuntur, vel bonam causam malis, atque alias reprobatis mediis tueri obnituntur. An autem aliquid ex his in prœdicta Censura contigerit, omni penitus notitia hac de re destitutus divinare non audeo°.

Prœterire in presenti nequaquam debeo, patrem Josephum de Alfaro Jesuitam5 nomine unius sui socii Galli' a me quœsiisse, an ipse responderim cuidam epistolœ Dominationis vestrœ illustrissime a tot mensibus mihi scripte'. ln hac verba respondi, que et Amplitudini vestrœ repetere mihi visum est, ne in minima re aliquid inurbanitatis contra eximia merita per-sonœ vestrœ commisisse, et contra jus sanctum amicitiœ, quam plurimi facio, et sincero corde Amplitudini vestrœ profiteor, peccasse videar. Equi-dem distuli aliquandiu justis de causis rescribere litteris vestris (et de hac

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128 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 juillet 1704

mora in respondendo me vobis pluries excusationem attulisse memini), nul-lam tamen ex litteris vestris sine responso abire permisi, sed semper omnibus vestris epistolis plerumque cum aliqua temporis dilatione rescripsi, measque litteras per meœ congregationis monachum amicum probatissimum, ad mer-catorem quemdam utrinque notum, prope collegium Germanicum commorantem 8, ut mihi injunctum fuerat, misi, istudque Amplitudo vestra oraculi loco habeat, et mea interposita fide firmissime credat. Verum acerbo animo tuli, meam ultimam epistolam responsivam periisse, et fortassis ad incertas manus pervenisse, cum in ea complura gravis momenti et pleraque a summo Pontifice suggesta fideli silentio custodienda continerentur9. Cum igitur epistola illa omni procul dubio intercepta fuerit, alia via deinceps ineunda erit, ne litterœ ultro citroque mittendœ infidis scopulis illidantur. Istiusmodi monitum ab Amplitudine vestra me brevi percepturum confido, una cum frequentibus vestris jussionibus mihi gratissimis, ut usque ad cine-res permaneam, Dominationis vestrœ illustrissimœ et reverendissimœ servi-tor ex corde.

Roma 5 julii 1704.

J.M. CARDLIS GABRIELLI.

997. Au CARDINAL GABRIELLI

12 juillet 1704 TEXTE 129

Il y a près de quinze jours que nos villes et nos campagnes ne retentissent que de sons et de bonds de joie et d'allégresse, sur la naissance de Mgr le duc de Bretagne'. Ils m'ont souvent rappelé l'idée de la joie particulière que vous en avez; et cela a servi à augmenter la mienne. Agréez, Monseigneur, que j'aie l'honneur de vous en faire mes respectueux compliments.

Le R. père Richebrac nous a enfin quittés et est allé jouir d'une meilleure vie. Apparemment la divine Providence l'avait conduit auprès de vous, peu avant son départ, pour y prendre des forces pour ce grand voyage. J'envie, en cela, son bonheur sans oser l'espérer. Mais je me flatte que vous aurez toujours un peu de bonté pour moi, et que vous voudrez bien me regarder comme l'homme du monde qui vous honore le plus, et qui est avec le plus de respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 10 juillet.

F. FRANÇ. LAMY.

[12 juillet 1704].

996 B. Dom FR. LAMY A FÉNELON

[10 juillet 1704].

Monseigneur,

Après m'être jusques ici agréablement flatté de l'espérance d'avoir l'honneur et la consolation de vous aller rendre mes respectueux devoirs, et de passer quelques jours auprès de votre Grandeur, les réflexions que vous m'avez obligé de faire m'arrêtent tout court'. Ce n'est pas que je n'eusse déjà entrevu quelque chose de ce que vous avez prévu; et je n'en avais point été ébranlé: car, pour ce qui me regarde, je n'ai, grâces à Dieu, rien d'humain à ménager: mais il est vrai que je suis d'un corps qui n'est pas si libre de toute politique; Tous les esprits n'y sont pas également raisonnables, et leur critique, qui me pourrait être assez indifférente, s'il ne s'agissait que de mes intérêts, me toucherait infiniment par la part que vous y voudriez prendre. C'est donc, Monseigneur, par la parfaite vénération et l'attachement respectueux que j'ai pour vous, que, suivant ce que vous m'avez fait l'honneur de me prescrire, je prends le parti de faire le sacrifice de la plus sensible consolation que je pusse avoir en ce monde. Vous jugerez assez de là ce qu'il me coûte; et je me flatte que vous aurez la bonté de me faire retrouver dans vos saintes prières de quoi m'en dédommager.

M. de Vert' m'a mandé que votre Grandeur travaillait à répondre à un écrit fait contre son Mandement. Je n'ai point encore vu cet écrit : car il est très rare dans Paris. Je vous dirai cependant qu'on n'en fait nul cas; je dis même les gens du parti. Mais ils en promettent un, dans peu, qu'ils prétendent devoir être incomparable et irréfutable'.

Eminentissime Domine,

Quamquam ex Eminentiœ vestrœ silentio moneri videor ', ne tempore forte alienissimo ad ipsam litteras scripsissem, urgens tamen rerum necessi-tas reluctantem animum cogit ad scribendum de apostolico decreto, quod, ut aiunt quidam, mox in lucem edendum est', Memoriale' propria manu propere ac minus nitide scriptum, necnon et multis lituris deforme, mittere non pudet : neque enim hoc ulli amanuensi transcribendum credere auderem4. Multo sane tolerabilius esset altum sedis apostolicœ silentium, et si dicere ausim, ad tempus conniventia, quam Bulla voce tenus fulminans, sensu autem enervis et ambigua. Quid enim spei relinqueretur, tum episco-pis, tum doctoribus sanam doctrinam propugnantibus, si in genere merœ probabilitatis ad arbitrium cujusque scholœ disputantis committeretur dogma, quo convulso funditus ruit in praxi omnis vera Ecclesiœ infallibili-tas, et Formularii juramentum impium censeri debet? Ex illa, inquiunt Jan-senistœ, infallibilitate circa textus hœreticos, evidentissime sequitur Papœ fallibilitas; siquidem Honorii textus a sexta synodo oecumenica hœreticus declaratur. Verum, ut Bellarminus annotavit, in exemplo Honorii agitur de privati hominis litteris, non autem de pontificio decreto. Absit, eminentis-sime Domine, ut de quœstione a nostro proposito alienissima, et quœ tanto disputationum œstu catholicos inter jampridem exagitata est, quidquam ex mea privata sententia dixerim5: hoc unum in votis est, nimirum ut plane demonstretur, ab utraque catholicorum disputantium schola que certum et indubitatum habendum esse, Ecclesiam promisso circa textuum ortho-doxiam vel heterodoxiam dono infallibilitatis gaudere. Itaque jungendœ sunt catholicorum dexterœ, et ineunda sunt foedera, dum ab hoste communi convellitur omnis decretoriœ auctoritatis fundamentum: postea benigno et

130 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 juillet 1704

pacifico animo expendi poterit, quid concilio oecumenico, quid Vicario Christi Christus ipse tribuerit. Sed ne adversarii ex nostro civili bello vires augeant, operœ pretium est unanimi consensu illos quam primum profli-gare. Ubicumque resideat promissa infallibilitas, citra omne dubium poni necesse est, hanc ipsam infallibilitatem in universa pastorum collectione inveniri: namque illa collectio, caput atque membra, nempe summum Ponti-ficem cœterosque omnes episcopos complectitur, quos Spiritus sanctus posuit regere Ecclesiam Dei6. Profecto in ea omnium pastorum collectione residet promissa infallibilitas, seclusa omni Papam inter et concilium contro-versia. Atqui Janseniani textus heterodoxia unanimi horum omnium pasto-rum consensu pronuntiata est. Neque objiciant Jansenistœ, hanc omnium pastorum collectionem, cujus Papa dux est atque caput, in interpretandis textibus haud esse infallibilem. Enimvero promissa Ecclesiœ infallibilitas, manca, mutilata, enervis et ludibrio versa in praxi semper jacebit, si cuilibet novatori liceat dicere de quocumque textu in controversiam adducto: Hunc textum Ecclesia male interpretata est, et in alieno sensu judicavit. Hoc ego tenuis pro modulo, paucos intra dies, enucleatum, typis excusum, ad vestram Eminentiam me missurum spero'. Deum enixe rogo ut res tanta a tanto Pon-tifice ad pacem Ecclesiœ comparandam, fidemque in tuto ponendam, feli-cissime perficiatur. Optarem etiam ut summus Pontifex, qui cooperantibus et comministris sibi religiose addictis uti non dedignatur, vestra pietate, peri-tia, solertia et eruditione insignem hanc quam omnes admirantur in illo sapientiam cumulet, ad tantum opus absolvendum'. Intimo ac perenni animi cultu studiosissime nunquam non ero, Eminentiœ Vestrœ, humillimus et obsequentissimus servus.

Cameraci 12 julii 1704.

FR. ARCH. Dux CAMERACENSIS.

998. A MICHEL CHAMILLART

A Cambray, 12 juillet 1704.

Monsieur,

J'ai pris une connaissance exacte des faits dont on vous a parlé par rapport aux prières pour le Roi dans ce diocèse'. J'ai même pris le soin de lire nos Missels, Processionnels, et autres livres de choeur. Voici ce que j'ai vérifié:

1. Il est vrai qu'on n'a jamais prié dans notre Eglise pour les rois d'Espagne, quoiqu'ils fussent en possession de la souveraineté depuis qu'ils en avaient dépouillé les archevêques. Comme l'archevêque ne leur prêtait aucun serment de fidélité, on ne reconnaissait pour souverain dans les prières publiques que l'Empereur et sous lui l'archevêque prince de l'Empire; mais depuis la conquête faite par le Roi sur les Espagnols, le nom de Sa Majesté a toujours été prononcé dans les prières publiques.

2. Il est vrai que les Missels de Cambray suivent le Missel Romain qui n'est pas moins répandu dans toute la France qu'en ce pays. Dans le Missel 12 juillet 1704 TEXTE 131

de Cambray de même que dans le Romain, l'office du Vendredi Saint contient une oraison pro Christianissimo Imperatore nostro, pour notre Empereur très chrétien; mais feu M. de Brias, mon prédécesseur, crut avec tout son clergé après la conquête qu'on ne devait point oser changer les paroles de l'office divin et qu'il suffisait d'appliquer très naturellement ces paroles au Roi qui devenait leur véritable Empereur et qui est très bien désigné par les termes de très chrétien. Ils crurent qu'on pourrait donner au Roi le nom d'Empereur parce que ses ambassadeurs le lui donnent dans certaines cours éloignées et qu'on dit même souvent par toute la France dans une prière publique, respice ad Francorum benignus Imperium, regardez favorablement l'Empire des Français. Enfin l'équivoque qu'on aurait pu craindre par le terme d'Empereur était très clairement levée par beaucoup d'autres prières du même office que je vais rapporter et qui expriment le propre nom de Sa Majesté.

Au reste, Monsieur, je rapporte ces faits en simple historien et sans y prendre aucun intérêt personnel, puisqu'ils sont arrivés dix-huit ans avant que je vinsse à Cambray; cet usage pour le Vendredi Saint avec cette application de la prière à la personne du Roi a toujours continué depuis vingt-sept ans.

3. On prie tous les jours de l'année pour la personne du Roi, pro Rege nostro Christianissimo, à Prime et à Complies. De plus le choeur dit tous les jours, même de férie, à la fin de la grande messe: Domine, salvum fac Regem, Seigneur, sauvez le Roi, avec l'oraison où l'on demande qu'il soit victorieux de ses ennemis, hostes superare.

4. Tous les dimanches et toutes les fêtes, le choeur chante pour le Roi le psaume Exaudiat, et le célébrant, après le verset Domine, salvum fac Regem, chante l'oraison ordinaire pour la personne de Notre très chrétien Roi Louis et pour la prospérité de ses armes.

5. Pendant les Rogations tout notre clergé prie deux fois pour notre Roi très chrétien et pour toute son armée, pro Rege nostro Christianissimo et omni exercitu ejus.

6. J'apprends que toutes les églises de ce diocèse qui sont sous la domination de Sa Majesté imitent exactement en ce point notre église métropolitaine.

Ainsi j'ose assurer, Monsieur, sans crainte d'exagération, qu'il n'y a aucun diocèse où l'on prie aussi souvent avec autant de solennité pour la personne du Roi qu'on le fait en celui-ci.

Si Sa Majesté veut qu'on fasse quelque changement pour le nom d'Empereur, qui est néanmoins dans le Missel Romain répandu par toute la France, et qui est évidemment déterminé à la personne du Roi par tant d'autres prières du même office où son nom de Louis est joint aux termes de notre Roi très chrétien, il semble que, pour adoucir ce changement dans cet office si solennel du Vendredi Saint, il vaudrait mieux laisser le nom d'Empereur et y ajouter celui de Louis. Alors on dirait pro Christianissimo Imperatore nos-tro Ludovico, pour notre très chrétien Empereur Louis. J'exécuterai ponctuellement ce que Sa Majesté jugera le plus convenable, dès que vous me ferez l'honneur de m'en instruire.

Enfin, je recommanderai très fortement à toutes nos églises de redoubler leurs prières pour sa conservation et pour sa prospérité. C'est avec un très

132 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 juillet 1704

grand plaisir que je tâcherai de leur inspirer un zèle dont je serai moi-même rempli jusqu'au dernier soupir de ma vie. Je suis, etc.

998 A. LE CARDINAL NIGRONI A FÉNELON

[12 juillet 1704].

Ill[ustrissi]mo e Rev[erendissi]mo Sig[no]re,

Non potea giungermi alle mani cosa piu grata, che l'opera di V.S. Ill [ustrissi]ma, che stimo Tesoro, benche mi venga in forma di lettera sotto-scritta gia sotto li 10 di Marzo, giontami hora solamente. Stara alle mie mani, e ne prendero il dovuto godimento. Se ne rendono a V.S. Ill[ustrissi]ma le dovute grazie e piu singolari e se fin'ora son stato tutto suo di rispetto, saro in avvenire suo con grado di obligatione. Qui resto con baciarle cordialmente le mani. Di V.S. Illustrissima e Reverendissima serv. part. e sempre

Roma, 12 Lug° 1704.

J.F. CARD. NEGRONE.

999. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 14 juillet 1704.

Je ne saurais vous exprimer, Monsieur, combien votre dernière lettre me touche et m'édifie. D[ieu] en soit béni à jamais'. J'avais chargé M. Des anges de vous envoyer trois' exemplaires de ma 2e édition'. Vous y verrez une addition considérable sur la condamnation directe du livre contre le connotatum4. Si vous avez des exemplaires de l'ouvrage contre M. l'évêque de Chartres, faites-m'en part, ou du moins mandez-moi les voies, par lesquelles je pourrai en faire acheters. L'esprit d'âpreté et de hauteur m'épouvante dans le père Q.6 et dans le parti. Rien n'éteint tant l'esprit de grâce qui est celui de douceur, d'humilité, et de déférence aux supérieurs. Cette disposition nous menace d'étranges suites. Mon Dieu qu'il me tarde de vous revoir! quand est-ce que vous pourrez nous revenir voir en liberté? En attendant priez pour moi, afin que Dieu] seul fasse sa volonté en toutes mes actions, et pour vos anciens amis', afin que l'onction qui enseigne toute vérité leur apprenne la bienheureuse science, qui désapproprie l'homme de toutes les autres'. 0 que la véritable oraison du coeur amortirait les disputes ! Mille fois tout à vous.

Quand vous écrirez à Orval, remerciez le vénérable abbé pour moi. Je l'aime et je le révère. Il m'a bien édifié'.

17 juillet 1704 TEXTE 133

1000. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi, 17 juillet 1704.

Vous êtes bien ingénieuse pour vous tourmenter. Tout ce qui est dans votre tête n'a pas seulement passé un instant par la mienne. J'ai pu craindre que quelque délicatesse sur les bienséances ne vous gênât. Mais je ne croirai jamais que vous ayez aucun ménagement politique'. Faut-il que ces sensibilités d'amour-propre vous rongent le coeur, pendant que l'amour de Dieu devrait le nourrir, l'élargir, le consoler, et le remplir de paix? Si j'osais, je vous gronderais ; mais il vaut mieux entrer dans votre peine, pour vous en soulager. Je prie Dieu qu'il vous occupe tellement de lui, que vous puissiez vous oublier vous-même.

1000 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles, ce 17 juillet 1704.

Monsieur,

J'ai lu au Roi la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 12 de ce mois, sur les différentes manières dont l'on prie pour Sa Majesté dans votre diocèse; comme il faut effacer entièrement de l'esprit des peuples soumis à sa domination le nom de l'Empereur, le Roi désire qu'au lieu de mettre Imperatore Ludovico, l'on dise pro Rege nostro Ludovico. Sa Majesté s'attend que vous rendrez ces prières si familières que ses sujets n'en connaîtront pas d'autres.

Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

CHAMILLART.

1001. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi 31 juillet 1704.

Je n'ai pas seulement nommé votre nom, ma chère fille. Mad. la D. d'Arg. ' me dit hier d'elle-même que M. son fils' s'en allait chez M. le C. de...3 où il s'en alla en effet, mais qu'elle ne vous enverrait faire aucun compliment, parce qu'elle croyait qu'il serait plus honnête de vous aller apprendre aujourd'hui elle-même son arrivée. Elle demanda ensuite, si j'y voyais quelque difficulté, et je répondis que non. Ainsi elle compte de vous aller voir cet après-midi. Je vous donne le bon jour. Mais de tout mon coeur, et je prie celui qui est le Dieu de paix, de vous donner celle de son esprit.

134 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 août 1704 9 aoùt 1704 TEXTE 135

1002. A GODET-DESMARAIS

(2 août 17041.

Monseigneur,

Je ne connais rien de mauvais dans les moeurs du sieur Cazier', sur lequel vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Mais il manque de savoir et de prudence pour les emplois qui regardent le prochain. Il était de la communauté de l'Oratoire de Chevres dans ce diocèse. 11 s'en dégoûta, et je lui permis d'aller se retirer à la Trappe, quoique je craignisse qu'il n'y persévérerait pas. Depuis deux mois sa famille, qui est composée de fort honnêtes gens', m'a fait savoir qu'il n'est plus à la 'frappe, et m'a prié très instamment de le faire rentrer dans sa communauté. J'ai répondu qu'il n'avait fait aucun voeu dans l'Oratoire, que je n'avais aucun emploi à lui offrir, et que je le laisserais en repos' dans le lieu où il est, pourvu qu'il y vécût en bon prêtre.

Je ressens comme je le dois, Monseigneur, tous les termes tendres par lesquels il vous a plu rappeler le souvenir d'une amitié intime de plus de trente ans'. Dieu sait que je n'ai jamais cessé de vous honorer avec les sentiments qui vous sont dus'. Je le prie de vous combler de ses grâces pour le service de l'Eglise, et' de vous consoler de la perte qu'on m'assure que vous venez de faire de monsieur votre neveu'. Vous ne recevrez en cette occasion aucun compliment plus vrai' que le mien. C'est du coeur le plus sincère que je serai avec respect' le reste de ma vie, Monseigneur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 2 août 1704.

FR. AR, DUC DE CAMBRAY.

1003. Au CARDINAL GABRIELLI

[9 août 17041.

Eminentissime Domine,

Dulcissima hœc epistola, qua tandem aliquando de vestra constanti erga me benevolentia certior factus sum, jucundius quam aut dici aut credi potest, me totum affecit. Attamen gravissime doleo, quod altera prior epis-tala, que de quibusdam rebus a Sanctissimo Patre suggestis me docuisset, vel fortuito amissa vel dolo intercepta sit'; quo quidem exemplo admonitus, ad investigandam certiorem viam animum converti. Porro nulla deinceps epistola per Belgicos veredarios tuto mitti potest2. Enim vero, prœterquam quod Germanicum iter in tanto Belgii tumultu periculis scatet, Bruxellensis veredariorum prœfectus Jansenianœ factioni cœco affectu cultuque ita inservit, ut ex ea parte nihil certum ac tutum sperare possim. Multœ siqui-dem litterœ, et maximi quidem momenti, Belgicis veredariis jampridem cre-ditœ, que casu aut incuria deperditœ putabantur, in Quesnellianis scriniis modo repertœ sunt. Unde patet eas aut dolo interceptas, aut ab ipso proefecto amici Quesnelli manibus traditas fuisse. Verum ne quid simile nobis accidat, per Gallicum iter litteras mittere multo tutius mihi visum est. Itaque, eminentissime Domine, in posterum amici pietate et prudentia insignes hoc totum prestabunt, nempe ut littere vestre Roma Lugdunum, Lug-duno Parisios, Parisiis Cameracum, vicissimque meœ Cameraco Parisios, Parisiis Lugdunum, Lugduno Romam, etiam via a veredariis diversa, quoties ad securitatem opus fuerit, cautissime gestentur. Ii quorum opera ultima mea hœc epistola ad vestram Eminentiam feliciter pervenit, ipsi sunt qui meas ad vestram Eminentiam propria manu laturi sunt, vestrasque ad me missuri 3. Absit autem ut ea commoditate unquam abutar, et minus sobrie scriptitem. Absit, procul absit, ut in publica commoda peccem, interrupta frequentius gravissima, qua tuendœ Ecclesiœ studes, mentis occupatione. Hoc unum mihi presto esse velim, ut me meaque semper oblitus, titra omne periculum leviuscule suspicionis in vestram Eminentiam redundantis, ea que solam religionem attinent candide interdum proponam. Hœc autem sunt que nunc repetenda arbitror, ne jam alias scripta intercepta fuerint.

10 Ex secunda meœ pastoralis Instructionis editione, in additionibus ad vigesimum secundum articulum4, ni fallor, constabit, Jansenii librum ab apostolica Sede, non minus quam impios Lutherane heresis textus a Triden-tina synodo, directe et immediate fuisse damnatum. Quamobrem accedente unanimi omnium ecclesiarum consensu, liquet utrumque textuum genus, Jansenianum videlicet et Lutheranum, pari anathemate et pari auctoritate, nempe infallibili, fuisse reprobatum, neque post hanc toties confirmatam definitionem, Sedi apostolicœ resilire aut tantillum retrogradi fas est.

2° Ipsummet Formularium, quod singulis diebus etiamnum subscribitur, et quod singuli Pontifices, nulla renitente ecclesia, hactenus tenacissime pro-pugnaverunt, abunde demonstrat infallibilem, quam Ecclesia hac in parte sibi ipsi arrogat, auctoritatem: hœc est enim juramenti religio, ut non nisi de re certissima, ac certissime cognita, cuiquam hominum jurare fas. Porro Jansenii discipuli sibi videntur absolutissima demonstratione jam eliquasse, Jansenianum textum nihil preter Augustinianam doctrinam significare, atque adeo purum esse et orthodoxum. Qua igitur, quœso, conscientia, qua fronte quilibet ex illis juraret se penitus credere ejusdem textus hetero-doxiam, que sibi falsissima videtur? Ecclesiœ auctoritas, inquies, ad hoc illos movet. At vero fallibilis auctoritas certœ rerum evidentiœ, que a disci-pulis Jansenii supponitur, prœponderare non potest. Auctoritas fallibilis, quantamlibet affinxeris, incerta est: namque ex illa fallibilitatis supposi-tione, circa rem de qua hic et nunc agitur, incertum est an actu fallatur, necne. Itaque incerta est ex se auctoritas definientis Ecclesiœ: hinc igitur incerta est exterior auctoritas: illinc incerta est res interior, nempe textus heterodoxia; imo certissime falsa videtur lis quibus credenda proponitur: ex duobus autem incertis, nihil certum gigni vel eliquari unquam poterit. Quod si desit certa et evidens rei veritas in objecto, et certa in definiente auctoritas, nonnisi temere jurari potest, et violatur juramenti religio'.

3° Nescio quis ille sophisticus mentis assensus, quem mitigati Jansenistœ tandem excogitant, ut quoddam medium, (idem inter Ecclesiœ infallibiliter definienti debitam, et verecundum rigidioris Jansenistarum scholœ silen-hum, nullus est omnino et mere adumbratilis. Quis enim sanœ mentis,

136 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 août 1794 9 août 1704 TEXTE 137

sincero, intime et certo intellectus assensu credere poterit, id quod sibi vide-tur perspicue falsissimum, et quod ex confesso ipsius judicis definientis fal-sum esse potest? Neque dicas Ecclesiam, quœ in se fallibilis est circa ejus-modi quœstiones dirimendas, in hac tamen quœstione tam certa evidentia moveri, ut hic et nunc falli nequeat namque fallibilitas, que hic et nunc sup-ponitur, hoc necessario secum affert, ut in ea quœstione numerice, ut ita dicam, sumpta, Ecclesia falli possit. Quid igitur repugnat, ut Ecclesia, quœ hic et nunc in ea questione falli potest, hic et nunc ita fallatur, ut credat se minime falli, nec sentiat sibi aut aliis ullum errorem subrepere? Profecto ex parte auctoritatis in se fallibilis, nihil obstat, quin casus ex con fesso actu pos-sibilis actu contingat. Quid vero si jam contigerit? Tenenturne Jansenistœ jurare de re falsissima, que falsissima ipsis videtur? Tenenturne certissime credere id quod certissime falsum est? Quod si argumenta ex ipsis rei visceri-bus desumpta objicias; respondebunt has argutiunculas peremptoriis argu-mentis facile confutari. Desine, inquiunt, ex Ecelesie auctoritate urgere; quippe qua, si sola est, fallibilis ac proinde incerta reputabitur. Quod si ex argumentis, que in Janseniano textu suppetunt, disputare velis, jam vere philosophica erit hoc disputatio; neque tantillum peccaverimus, si textus heterodoxia, que videtur Ecclesie perspicua, nobis certissime et evidentis-sime falsa videatur. Utut se habeat hœc controversia, nunquam elicies inti-mum ac certum intellectus assensum, si hinc auctoritas, illinc res ipsa de qua disceptatur, incerta apparent. Itaque si hune nescio quem intellectus assen-sum, quem subdole insinuant, quominus explores et discutias, ad verecun-dum, quod primitus promiserant, silentium plane redit. Nimirum Ecclesiœ minister, cui Formularii juramentum prœcipitur, Janseniani textus ortho-doxiam luce clariorem videre sibi videtur: de cœtero, inquiunt hujus causa propugnatores, minister ille non peccat ; sibi ipsi quidem candide diffidit; sexcenties rem jam sibi perspectam susdeque vertit, et denuo perscrutatur, veritus ne prœcipiti consilio sibi ipsi illuserit. Neque in dubium revocat quin Ecclesia sit se longe doctior et sapientior: verum re jam sincero animo sic prœjudicata, nihilo tamen minus metuit, ne Ecclesia, que hic et nunc falli potest, hic et nunc fallatur. Quod si fallatur in dirimenda questione, tum certe ipsa putabit se minime falli. Etenim si suspicaretur tantillum se forsitan falli, nunquam de re incerta decernere vellet. Ergo si aliquando casus, quem possibilem supponunt, contigerit, oportet ut tum temporis Ecclesia de re fal-sissima certissime judicet hanc esse veram. Num decet ministros Ecclesiœ de re fallibiliter definita, atque adeo forsan falsissima, ab omni certo mentis assensu et juramento temperare? Ipsi ministri hanc auctoritatem intimo animi cultu, citra infallibilitatis fines, reverentur; neque de hac fallibili auc-toritate, aliter ac ipsamet Ecclesia quidquam credunt aut cogitant, quando-quidem sese fallibilem esse confitetur. Verum non obstante summa hac reve-rentia, cautius et prudentius verum colere sibi videntur; dum de re, tum in se tum ex auctoritate definientis prorsus incerta, incerti remanent. Neque ex inani quadam probabilitate, contra islam, qua ipsis occurrere videtur, rerum perspicuitatem, et repugnante conscientia, jurare auderent. Licebitne minis-tros recti verique amantes, aut ad perjurium cogi, aut develli a corpore Dominico, et tradi Satanœ? Itaque si hunc interiorem mentis assensum, quem modo venditant, seria mente discusseris, nihil profecto eliquabis prœter verecundum silentiurn, quo Jansenistœ jamdudum polliciti sunt se reverituros Ecclesiam infallibilem, dum hic et nunc ipsa falli videtur. Que quidem si concesseris, jam nugatoria, turpis et ridicula erit controversia que per quinquaginta annos Ecclesiam exagitavit. Imo juramentum, quod in Formulario tam solenni ritu etiamnum exigitur, ut captiosa formula, ut tyrannica vexatio, ut absurdum et impium perjurium, obliterandum est'.

4° Singulari et insolito divine Providentiœ beneficio, jam penitus in hac parte concordant sacerdotium et imperium. Clemens pietate, doctrina, dex-teritate ingenii, animique fortitudine, Leonem, Gregoriumque refert. Ludo-vicus sedem apostolicam impense colit, et jansenismo infensissimus est. Phi-lippus nepos avo libentissime adherebit. Germania caterœque catholica gentes eo doctrine contagio expertes hactenus vise sunt. Procul dubio, quidquid Christi Vicarius (ordine canonico, ut aiunt Galli, et rite servatis procedendi formulis) definierit, apud omnes ecclesias ratum et immotum habebitur. Tum certe Jansenistarum fautores, deposita quam prœ se ferunt audacia, ad omne obsequium prompti certatim ruent. Ipsi ipsi nunquam non inclamitant, hoc esse Ecclesiœ officium, ut filios aperte ac precise tandem aliquando doceat, quam auctoritatem sibi arroget, et quem assensum elici velit, ne ambigua definitione insidias fidelibus struat. Quibus si peremp-toria definitio opportunissimo tempore detur, obmutescent: hoc est enim eorum ingenium; si conniveas, minantur ; si mineris, obtemperant. Quando-nam igitur factio illa tutius, facilius, felicius deleri poterit?

5' Quid Ecclesiœ salubrius unquam fieri potest; quid vero in hoc candi-dissimo pontificatu splendidius, quam certa et nitida definitio, qua declare-tur frustra Ecclesiam circa dogmata infallibilem appellari, nisi revera in praxi infallibilis reputetur, in dignoscenda sanorum verborum forma a profana vocum novitate7? quippe qua dogmata non nisi certis et congruis vocum for-mulis exprimere, servare, ab omni fuco secernere, atque transmittere unquam potest, ut ex Dominico prœcepto, gentes omnes ad consummationem usque seculi doceat'.

6° Si hanc definitionem, quœ inconcussum erit ceterarum omnium fun-damentum, loco et tempore opportune protuleris, nihil jam audebit protrita factio, neque in posterum repullulare poterit. At vero quanta mala et incendia Ecclesiœ immineant nemo non videt, si tanta rerum fauste concurren-tium opportunitas semel effluxerit. Neque enim perenni vita donantur Pon-tifex et Reges optime affecti9. Quœnam future sint successorum mentes, quœnam studia, quœnam adhibenda consilia, nullus hominum prœsagire potest. Quod autem compertum habemus, hoc est scilicet, factionem erudi-tione, eloquentia, gratia, fama, centumque artibus pollentem, haud sibi defuturam esse, ut principibus fucum faciat, eorumque mentes sensim prœoccupet. Neque jam absunt tum privati homines innumeri, qui in regali-bus œdibus, ut cancer, blando ac pio sermone serpunt; tum optimates, qui libros atque auctores palam tutantur. Hœc quidem fiunt, etiamsi Ludovicus terrorem late incusserit. Quid ergo, si mitius ac mollius hoc in negotio agere-tur? Verum ex uno disce omnes. A congregatione Sancti Officii semel abfuit Eminentia vestra: arripitur occasio; damnatur Censura a Lovaniensi Facul-tate contra quadraginta doctores Parisienses lata". Hinc luce clarius est, quanto favore, quanta gratia gaudeant. Jansenistœ, etiam in intimis Ecclesiœ matris ac magistrœ penetralibus. Eheu! quid si tantus Pontife( minus firme valetudinis immatura morte nobis eriperetur? Quid tum temporis non esset

138 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 13 août 1704

met uendum? quandoquidem nunc sub ipsis acutissimi et infensissimi Papa oculis, hœc audent, et impune perficiunt. Intimo œternoque animi cultu, atque verissima animi gratitudine, sum, etc.

Cameraci 9 augusti 1704.

1004. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 13 août 1704.

Je vous remercie, Monsieur, de la grâce que vous m'avez faite de m'envoyer l'écrit du P. Q. contre M. de Chartres'. Il est un peu gros, et je ne pourrai pas le lire aussi promptement que je le voudrais'. Si vous faites, en le lisant, quelque remarque, qui mérite d'être communiquée, je vous conjure de m'en faire part. Je ne vous nommerai jamais à personne sans exception. N'écrivez point, s'il vous plaît, à Orval, sans y témoigner combien je révère l'abbé et toute la maison'. Bien des amitiés au Père Ange'. Je m'ennuie de ne vous point voir. Ne viendrez-vous pas au moins l'hiver prochain? mais il faut attendre les moments de la Providence sans s'impatienter. Faites simplement et en liberté ce que vous croirez selon Dieu. Je vous manderai en gros ma pensée dès que j'aurai lu' le livre du P. Q. Mille fois tout à vous.

F. A. D. D. C.

1004 A. DOM FR. LAMY A FÉNELON

[16 août 1704].

Monseigneur,

Rien de ce qui regarde votre Grandeur ne me sera jamais indifférent. Je ne puis souffrir qu'on fasse courre dans Paris et répandre dans les provinces que vous ayez fait l'oraison funèbre de feu M. de Meaux, et que vous y ayez dit que vous lui aviez l'obligation de vous avoir retiré de l'erreur'. Je me tue de dire que tout cela est faux. On prétend que ce n'est que par prévention que je parle ainsi. Votre Grandeur me ferait donc un vrai plaisir de me donner de quoi fermer la bouche aux gens, d'une manière plus sensible.

Je ne sais si vous avez reçu les six lettres qu'on a faites contre votre Ordonnance. On m'a au moins assuré que vous les auriez le premier. Je ne pense pas qu'elles vous embarrassent fort'. Il serait à propos, si vous travaillez sur ces matières, particulièrement sur le droit', que vous vissiez les Instructions théologiques de M. Nicole, sur le Symbole. Elles paraissent depuis peu. J'y trouve bien du galimatias sur les matières contestées'. L'argument que j'ai eu l'honneur de vous envoyer' a été montré, à mon insu, à M. Du Guay6, et on l'a prié d'en donner la solution. Il l'a lu avec attention, et a répondu qu'il ne voulait point s'expliquer sur cela.

23 août 1704 TEXTE 139

Je le proposai encore il n'y a que quatre jours en bonne compagnie, où il y avait plusieurs docteurs de Sorbonne, et l'on n'y fit pas une seule réponse directe. Il y en eut seulement un d'assez de bonne foi pour reconnaître la vérité de la thèse prise généralement, et il se retrancha seulement contre l'application qu'on en ferait au texte de Jansénius. Cette dispute m'a obligé d'ajouter quelques termes à cet argument, et d'en faire un second. Je me donne l'honneur de vous envoyer l'un et l'autre' et je suis avec un profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 16 d'août.

F. FRANÇ. LAMY, R.B.

1005. A DOM FR. LAMY

A Cambrai] 23 août 1704.

Il est vrai, mon Révérend Père, que j'ai prié Dieu de bon coeur pour feu M. de Meaux. Mais je n'ai jamais songé à ordonner pour lui des prières dans mon diocèse. Ce n'est point un usage établi entre les évêques, et vous savez que je n'aime point l'affectation des choses extraordinaires. J'ai encore moins pensé à faire une oraison funèbre de ce prélat. Pour le discours qu'on m'impute, je ne pourrais l'avoir fait que contre ma conscience. Jamais homme n'eut dans le coeur une soumission et une docilité plus sincère que je l'ai pour le Saint Siège. Mais j'ai tout dit dans le procès-verbal de notre assemblée provinciale, et j'y renvoie les curieux. Ceux qui ont tant d'empressement à répandre cette fable, et à la soutenir dans le public, ont leurs raisons pour le faire. Je ne sais si leurs intentions sont droites devant Dieu'.

Vous aurez vu dans la seconde édition de mon Instruction pastorale une addition au XXII' article qui prouve que l'Eglise a condamné directement le texte de Jansénius, et que la simple connotation est insoutenable'.

L'ouvrage du P. Quesnel contre M. l'évêque de Chartres est de 540 pages'. C'est une très vive et très forte récapitulation de tout ce qui a été écrit depuis cinquante ans. Il y donne tous les tours les plus insinuants avec les figures les plus véhémentes. Mais on doit être bien aise de trouver cet abrégé du plaidoyer de toute la cause, car ceux qui le réfuteront nettement ne laisseront rien à éclaircir. Cet ouvrage est hardi, et il donne, malgré l'art qui y règne, de très grandes prises, parce que ceux qui se trompent ne peuvent défendre leur principe faux, sans se jeter, à mesure qu'ils sont poussés, dans de plus grandes extrémités. Je ne m'étonne point qu'on ne réponde pas à votre argument. Plus on l'approfondira, plus on le trouvera simple et concluant'. On criera, on cherchera des exemples éblouissants. On exagérera certaines conséquences. C'est ce qu'on peut faire aisément pour toutes les plus mauvaises causes. Mais on ne montrera jamais un dénouement clair et précis, pour empêcher que le corps des peuples ne soit séduit, quand le corps des pasteurs lui donnera la forme des paroles saines, pour la nouveauté profane des paroles etc.'

J'ai regretté véritablement le P. de R.6, dont vous m'avez appris la mort. Il m'avait paru plein de mérite.

140 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 août 1704

Je me recommande à vos prières avec une particulière confiance et je suis à jamais, mon Révérend Père, avec l'estime la plus cordiale tout à vous sans réserve.

F. A. D. D. C.

1006. AU CARDINAL GABRIELLI

[25 août 1704].

Eminentissime Domine,

Vestra epistola, quam amissam doluimus, decimo tertio postquam data est mense, ad me ex insperato tandem pervenit'. Miserabilis belli tumultus,

quo Germania convellitur, ni fallor in causa est cur iter tamdiu occlusum fue-rit. Quamobrem, ut Eminentiam vestram non ita pridem monui, litteras fidis amicisque viris tradi et per Galliam mitti, multo tutius etiamnum videtur.

A D. Bruxellensi Internuntio aliisve fide dignis viris didici Sanctissimum Patrem œgre tulisse, quod frequens asserta infallibilitate corporis pastorum, pontificiam auctoritatem in Mandato prœtermiserim2. Sed promptum erit dicere, quis in ea re fuerit animus.

1° Quœstio quam hinc inde exagitant theologi circa summi Pontificis et concilii oecumenici auctoritatem 3, a quœstione quam tractandam suscepi de infallibilitate Ecclesiœ in dijudicandis textibus, est omnino diversa et aliena. Alteram igitur seorsim ab altera perpendi et discuti oportuit. Profecto circa pontificiam infallibilitatem neutram opinionem negare, neutram affirmare volui. Quamobrem si ab hoc tramite tantillum exorbitaverim, (quod quidem me fecisse nequaquam arbitror) hoc prœter et contra mentem factum candi-dissime pronuntio. Absit, Eminentissime Domine, ut tanto Pontifici, quem impensissime colo, amo, admiror et revereor, intimum pectoris sensum dissi-mulare velim. Ex evangelica promissione et traditione apostolica credo, et ad extremum usque spiritum, Deo dante, profiteor, Petri successores sternum fore Ecclesiœ caput, atque adeo illorum fidem in Romana sede nunquam defecturam esse. Imo in hoc unitatis catholicœ centro, propter princi palio-rem potentiam, necesse est alias omnes Ecclesias convenire4. Ipsa erit, ad extremum usque diem, Ecclesia mater cœterarumque omnium magistra. Et hac sunt pro quibus tuendis sanguinem animamque fundere juvaret : cætera quœ concilii aut summi Pontificis superioritatem attinent, in scholis dispu-tanda relinquo.

2° In nostra controversia nihil profeceris nisi argumente, ut aiunt scholae, ad hominem adversarios urgeas. Quid concedunt Jansenistœ? uni-versalem Ecclesiam circa dogmata fidei errare non posse. Quid vero negant? summum Pontificem eadem infallibilitate donari. Quid denique nobis pro-bandum incumbit? idipsum quod Jansenistœ pernegant, nimirum totum Ecclesiœ corpus, Pontificem scilicet cum universali omnium episcoporum concilio esse infallibile in judicandis textibus. Hoc negant; hoc prœcise pro-batum oportuit. Ex concessis negata optime probantur: ex infallibilitate uni-versalis Ecclesiœ circa dogmata fidei concessa, optime arguo concedendam

25 août 1704 TEXTE 141

esse pariter ejusdem universalis Ecclesiœ circa textus infallibilitatem; quan-doquidem nulla est in praxi, ac mere ludicra circa dogmata infallibilitas, nisi vigeat et circa textus. Neque enim ullum dogma, nisi aliquo vocum textu, significari et transmitti unquam potest. Quod si, negata Pontificis circa dog-mata infallibilitate, infallibilitatem Pontificis circa textus inferre velles, ludi-brio verteretur hac inepta disputatio. Hoc enim hominum genus pontifi-ciam etiam circa dogmata infallibilitatem palam irrident et exsibilant.

3° In hac nostra controversia nullatenus quœritur, quis sit circa textus infallibilis, an summus Pontifex, an concilium, sed plane quœritur an aliquis sit, qui ea circa textus infallibilitate gaudeat. Nos vero ita procedimus: sal-tem totum Ecclesiœ sive pastorum corpus ea circa textus aut approbandos aut damnandos infallibilitate donatur. HaeC est certe causa communis. Si valeat Jansenistarum opinio, neque sedes apostolica, neque concilium ea infallibilitate gaudebit; utrumque tribunal circa omnes textus errori obnoxium putabitur : cum autem de dogmate definiri nunquam possit, nisi de aliquo vocum textu certa definitio pronuntietur. Hinc inferendum est nul-lam et delusoriam fore in praxi utriusque tribunalis auctoritatem, si valeat Jansenistarum opinio. Itaque, dum subdole discordiam inter ambas potesta-tes disseminant, utramque funditus subvertere moliuntur. Quamobrem opera pretium est ut, cessante scholarum circa utrumque tribunal contro-versia, in communem hostem communi studio irruamus. Hœc autem com-munis decertandi ratio hac est, ut demonstretur saltem totum Ecclesiœ corpus in textibus dijudicandis errare non posse. Postquam vero hœc assertio plane confirmata fuerit, tum certe explorandum erit utri potestati, nimirum Pontificis aut concilii annexa sit ea infallibilitas. Quod si alio ordine proce-das, ex civili tumultu infelicissimum erit contra hostem communem bellum; ex inutili et aliena quœstione, nostra capitalis quœstio evanescet; ex disputa-tis intra Catholicorum scholas, ea qua in dubium revocari nefas est, incerta jacebunt .

40 Adversarii aucupabantur vel leviusculum in meo pastorali Mandato prœtextum, ut me in sermone caperent, et expostularent quasi pontificia infallibilitatis assertorem5. Regni Cancellarius, Jansenianœ factioni addic-tissimus, necnon et Parisiensis, Rhemensis, Rothomagensis, compluresque alii antistites inclamitassent Regis regnique jura et placita ea machinatione subrui. Itaque in declinanda hac alienissima quœstione, non solum mihi ipsi, non solum causa fidei tuendœ, verum etiam et sedis apostolica reverentiœ atque dignitati consulere mihi visus sum. Nihil enim in Jansenistarum votis aut prius aut vehementius fuit, quam ut ex ea adventitia controversia, nostra disputatio nullum haberet exitum, et utraque potestas, pontificia scilicet et regia, collideretur.

5° Id mihi facile crimini vertissent, tum apud Regem, tum apud optimos quosque ac pios omnis ordinis viros, quod, occulta ambitione ductus, Ponti-ficis benevolentiam turpi adulatione captarem6.

6° Nec mireris denique quod de corpore pastorum interdum disseruerim. Vocabulum illud, Ecclesia, sape sœpius mihi prœsto fuit. At vero ubi ventum est ad hunc casum in quo corpus pastorum supponitur corpori populorum textus hœreticos ut catholicos tradere, nullatenus licuit illud Ecclesiœ voca-bulum tum demum usurpare. Enimvero eo loci Ecclesia est ipsamet totalis collectio, tum pastorum, tum gregis laici. Tribunal autem de quo tum tempo-

142 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 août 1704 31 août 1704 TEXTE 143

ris disputabam non est ea totalis Ecclesia, quœ pastoribus et grege constat. Tum certe necesse fuit, ut alia locutione utramque Ecclesiœ partem lector distinguere posset. Itaque corpus pastorum definiens, opponi oportuit cor-pori populorum definitionibus datis obtemperanti. Altera pars Ecclesiœ docet, nempe ministrorum collectio ; altera credit et obsequitur, nempe col-lectio gregis laici. En simplicissimam hujus locutionis rationem, que omni dolo vacat. Quemadmodum vero dum Ecclesiae vocabulum audis, continuo intelligis corpus pastorum, quod capite et membris, videlicet Christi Vicario cœterisque antistitibus constat, ita etiam simul atque audieris locutionem illam, corpus pastorum, continuo intelligis caput idem eademque membra, videlicet Pontificem cœterosque antistites, quos ea locutio evidentissime complectitur. Par est utrobique ratio et sententia.

7° Si pontificiam infallibilitatem exceperis, quam affirmare ne mihi qui-dem suasisset eximia Eminentiœ vestrœ prudentia, luce clarius est me de cœtero quam maximam apostolicœ sedi auctoritatem tribuisse'; quippe qui passim ac palam docui pontificia decreta, accedente vel tacito Ecclesiarum consensu, eadem omnino auctoritate pollere, qua poilent et Tridentini cano-nes

8° Hœc est Jansenistarum versutia. Parisiis inclamitant me pontificiœ infallibilitati non obscure favisse. Romœ et in Belgio obmurmurant, eo quod de corpore pastorum, non autem de pontificia auctoritate sim locutus. Hinc Quesnellius, in recenti ad Carnotense Mandatum responso, apud laicorum tribunal accusat eos omnes, qui contendunt Ecclesiam de Janseniani textus heterodoxia jamdudum pronuntiasse. Hi omnes, inquit, pontificiam infalli-bilitatem contra regni jura et placita docent, quandoquidem definitionem facti a solo summi Pontificis tribunali factam, universali Ecclesiœ tribuere non verentur8. Illinc ipsemet Quesnellius, aliique ejusmodi scriptores dicti-tant, actum esse de pontificia infallibilitate, si constet Ecclesiam esse circa textus infallibilem ; siquidem Ecclesia in sexta synodo textum Honorii ut hœreticum damnavit°. His artibus sperant se tum Romanis tum Gallis vano metu fractis facile illusuros.

9° Jam tres occurrunt hujus factionis scriptores, quorum princeps et antesignanus est Quesnellius, et qui mei Mandati doctrinam impugnant '°. Hos quamprimum refellere certum est. In ea vero lucubratione percommode explanari poterit, qua ratione pontificiœ infallibilitatis assertores objectio-nem ex Honorii papœ condemnatione petitam, duce Bellarmino, facile solvant. Ac revera inane et ridiculum est hoc terriculum, quo student Ultramon-tanos a nostra assertione alienos facere. Neque sane in solvenda hac objec-tione, ultra tuendœ causœ fines quidpiam dixero; etenim ad tuendam cau-sam evidentissime pertinet, ut pateat utramque scholam, tum eorum qui pontificiœ infallibilitati astruendœ student, tum eorum qui hanc adversan-tur, in hoc unanimes esse debere, ut infallibilitas in dijudicandis textibus sal-tem universo Ecclesiœ corpori arrogetur. Hinc profecto liquebit me ita affec-tum fuisse, ut vel umbram altercationis inter sanœ doctrinœ theologos cau-tissime declinare voluerim, neque alterutri parti quidquam indulserim; imo medius et quasi sequester, utriusque scholœ theologos ad communem cau-sam certatim propugnandam impellere studui.

10° Non diffiteor equidem argumenta quibus tum regni cancellarius, tum prœcipui antistites Regi suaserunt amandandum esse apostolicum Breve" contra quadraginta doctores editum, mihi videri nulla, falsa, absurda. Quin etiam Ecclesiœ libertati, quam subdole ostentant, infensissima sunt. Neque enim propria nobis ac perpetua sperari potest in regibus hœc pietas, qua Ludovicus noster Ecclesiam matrem colit, fovet ac tutatur. Quanta vero esset catholicœ fidei pernicies, si regnante alio principe hœreticis obsequente, cassa et nulla reputarentur quœlibet apostolica decreta quœ ab ejusmodi Rege non peterentur ? Quasi vero medicus a curatione morbi sese abstinere debeat, si egrotus delirans salutem aversetur. Imo quo miserabilius gens nostra Gallicana suœ curationi repugnaret demens, eo impensius beneficen-tissimus Pater hanc ultro curare teneretur. Deo optimo maximo immortales gratias, quod piissimum regiœ stirpis ingenium hoc fidei periculum a nostra œtate procul arceat.

11° Ad umbilicum fere adduxeram opusculum, quo quœdam reliquœ circa infallibilitatem in dijudicandis textibus objectiones solvuntur: verum adveniente novo Quesnellii contra Carnotense Mandatum libro, multa addenda mihi videntur '2. Certe nihil vehementius, aut acerbius, aut arrogan-tius unquam lectum est eo Quesnelliano volumine. In hoc quidem Ecclesiœ gratulor quod totum virus aperte evomuerit. Hœresim quam phantasticam appellat, ipse, ipse veluti palpandam prœbet. In hoc lucidissimo Jansenianœ doctrinœ compendio, facile prœsto est quidquid refellere et damnare opor-tet. Singulari cum animi cultu, gratitudine et observantia nunquam non ero, Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ humillimus et obsequentissimus servus.

Cameraci, 25 aug. 1704.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

1007. A ***

Cambray, 31 août 1704 (?).

[Il s'excuse de ne pouvoir donner son avis sur un ouvrage qui lui a été soumis, parce que le règlement de quelques affaires épineuses de son diocèse lui prend tout son temps.]

1008. AU CARDINAL GABRIELLI

[2 septembre 1704J.

Eminentissime Domine,

Nisi jam omnino perspecta atque usu confirmata esset vestra singularis erga me benevolentia, Eminentiœ vestrœ patientia abuti mihi viderer. At vero ad scribendum hodie tum invitat tanta benignitas, tum necessitas ipsa compellit.

TEXTE 145

144 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 septembre 1704 19 septembre 1704

Ex litteris Lutetiœ scriptis certior factus sum Jansenistas nullum lapidem non movere, ut pastorale quod nuper edidi Mandatum, in Indice prohibito-

rum operum Romœ scribatur. Libellus, inquiunt, falsis criminationibus sca-

tet. Exempli gratia dictum legitur in secunda pagina, Michadem Baium (ante et post censuram) damnatas propositiones propugnasse, etc.' Atqui ex ipsa Baianœ retractationis formula, hoc falsissimum esse patet, siquidem

Baius dicit, olim, et ante emanatam super ils censuram. Itaque illœ voces et

post sunt fictitiœ, et mala arte ementitœ. Secunda vero editio Mandati pas-toralis, in qua illœ addititiœ voces, et post, resectœ sunt, primam editionem

calumniœ arguit. Neque posterior hœc editio impedire potest, quominus lec-tor, in legenda priore editione, contra candidissimam et absolutissimam Baii submissionem iniquissime prœoccupetur. Quamobrem damnanda est hœc prior editio, quœ turpissimam immerenti doctori notam inurit.

Verum ita res se habet. Jampridem typis edita venum ivit actorum collec-tio, in qua Baianœ retractationis formula gallice versa legitur cum his vocu-lis, et même après, etc.2 Huic versioni, nemine contradicente jamdudum pro-palatœ, fidem adhibendam duxi. Ubi vero ex latino fonte patuit has voculas male additas esse, continuo in secunda editione hoc mendum erasi. Quid candidius? quid a fraude aut a malo adversus Baii memoriam animo magis alienum? Errore alieno deceptus, simul atque hunc errorem sensi, procul a me depellere conatus sum. Quin etiam emendatio latius et clarius quam venialis hic error innotuit. Enim vero ejusmodi emendatio, ultro, et nemine tum temporis conquerente facta, ob oculos lectoris ponit mendum quod lec-tor forte nunquam observasset. Prœterea ex ipso rumore, quod arte Janse-nistarum percrebuit, jam vulgi ore decantatur, alteram editionem ab altera in his voculis resecandis emendatam fuisse. Quapropter nullatenus dici potest Baianum nomen ex eo mendo solenni expurgatione deleto, tantillum lœdi. Unde probi omnes et cordati vire ridiculam hanc contra pastorale Man-datum machinationem palam exsibilant3.

In ea causa equidem, eminentissime Domine, de me haud secus ac de alio quovis homine alienissimo, pace vestra, liberrime dixerim. Si archiepiscopo sedi apostolicœ addictissimo, et pro ipsa contra petulantem factionem sum-mis viribus decertanti, ejusmodi argutiœ crimini verterentur, quis unquam hominum adduci posset, ut cum tanto sui detrimenti periculo, audacissi-mam hanc factionem aggrederetur. Quid tum catholici? quid hœretici? quid impii omnes, si factioni infensissimœ gratiam ac palmam, militi tuo poenas et censuram reserves? Profecto quo plus sedes apostolica huic hominum generi indulgebit et obsequetur, eo acrius et petulantius insultabunt. Exem-plum recens et insigne datur liber ille, quo Quesnellius pontificiis Bullis ac Brevibus passim ac palam probra ingerit4. Quidquid connives, suœ causœ invictissimœ, et tune exploratœ infirmitati adscribunt. Actum est, omnino actum est, de vera qualibet in praxi, tum redis apostolicœ, tum con-ciliorum omnium auctoritate, si Jansenistis liceat affirmare, Ecclesiam in judicando de quovis textu a Scripturis sacris diverso errare posse. Quin etiam perpetuo ludibrio sedem apostolicam verti necesse est, si cuiquam hominum in Formulario jurare liceat, se certo credere quod minime credit, et religio juramenti impiis cavillorum offuciiss eludatur. Si rem tantam vel tantulo temperamento emollias, omnes auctoritatis nervi dissolvuntur.

Intima cum observentia, reverentia et animi gratitudine nunquam non ero, Eminentissime Domine, Eminentiœ vestrœ humillimus et obsequentissi-mus servus.

Cameraci 2 sept. 1704.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

1009. AU DUC DE CHEVREUSE

A Cambray 19 septembre 1704.

O mon bon Duc, que je suis frappé de la triste nouvelle'. Je regrette avec amertume celui que vous venez de perdre. Je ressens votre douleur et je crains que notre bonne Duchesse ne soit accablée de la sienne. Je rappelle tout ce que j'ai connu de bon, de droit, de commode, de vrai, de noble et d'aimable dans le cher défunt. J'ai [vu] en lui, quand il a passé ici plusieurs fois, un fond de respect pour la religion et de sincère persuasion de toutes les plus fortes vérités. J'espère que Dieu aura eu pitié d'un jeune homme plongé dans la dissipation de la cour et de la guerre', quia in te speravit, in te credidie. Son coeur était disposé d'une manière qui me fait espérer qu'il aura fait un bon usage des derniers moments. Je vais dire la messe et j'offrirai avec attendrissement l'Agneau qui ôte les péchés du monde pour expier ceux d'une personne si chère. Je ne doute point, mon bon et cher Duc, que vous n'ayez baisé la main qui vous a frappé'. Le vrai amour adoucit les plus profondes plaies du coeur. Quand on n'aime plus rien qu'en Dieu, pour Dieu, et de son amour même', on aime mieux la volonté de Dieu qui nous arrache les choses les plus chères que ces choses les plus chères qui nous sont arrachées. Vous avez perdu ce que votre maison avait de plus précieux, mais qui est-ce qui vous l'enlève? C'est celui-là même que vous aimez mille fois mieux que toute votre maison ensemble et que votre propre personne. La main qui frappe et qui arrache console de toute la douleur qu'elle cause. Ses coups les plus rudes sont miséricordieux. Saint Paul, comme saint Aug[ustin] l'a remarqué, ne dit pas absolument: Ne vous affligez point; il ajoute: Comme ceux qui n'ont point d'espérance. Ce père dit que la douleur des enfants de Dieu doit trouver en lui son remède, Dolore sanabili; les larmes qu'ils versent ont leur consolation, consolabiles lacrymas. C'est la joie de la foi qui les modère, quas cito reprimat fidei gaudium6. Hélas ! où est-elle cette joie de la foi qui adoucit les douleurs? On se réjouit des prospérités qui trahissent; on se réjouit des vanités qui devraient nous faire pleurer, mais la foi est comme morte et elle ne vit point assez en nous pour nous faire sentir ses pures consolations. Ce qui nous sépare des morts n'est qu'une toile d'araignée qu'un souffle de vent emporte. Il n'y a plus qu'un moment entre nous et l'éternité où ceux qui nous ont précédés nous attendent. Il n'y a de vrais morts que ceux qui croient vivre dans le monde et qui n'aiment pas Dieu. Je le prie d'essuyer de ses propres mains les larmes de notre bonne Duchesse et de vous conserver tous les deux dans la paix.

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146 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 septembre 1704

1010. AU MÊME

28 septembre 1704.

Votre douleur, mon bon Duc, et celle de notre bonne Duchesse m'est toujours présente. Je ne perds point de vue la grande perte que vous avez faite; mais Dieu prend ce qui est à lui, et non pas à nous. Qui est-ce qui lui dira: Pourquoi le faites-vous? Vous êtes bien éloigné de le lui dire. Son bon plaisir est la suprême raison. Ce qui est un caprice insupportable en toute créature qui est de dire: Sit pro ratione voluntas' , je mets ma volonté en la place de la raison, cela même est en Dieu la parfaite justice. D'ailleurs nous entrevoyons toujours, dans les coups les plus rigoureux de sa main paternelle, un dessein secret de miséricorde. Il enlève dans les bons moments certains hommes fragiles que l'enchantement du siècle aurait peut-être fait retomber: Raptus est;... properavit educere ilium de medio iniquitatum2. Il s'est hâté pour prévenir une chute funeste. O que nous verrons de merveilles dans l'autre vie, qui nous échappent en celle-ci! Alors nous chanterons le cantique de joie et de reconnaissance éternelle, pour les événements qui nous font pleurer ici-bas. Hélas ! nous ne voyons dans les ténèbres présentes ni le vrai bien ni le vrai mal. Si Dieu faisait ce qui nous flatte, il perdrait tout. Il sauve tout en brisant nos liens, et en nous faisant crier les hauts cris. Le même coup qui sauve ce que nous aimons, en l'ôtant du milieu de l'iniquité, nous détache, et nous prépare, par la mort d'autrui, à la nôtre. Que pouvons-nous vouloir, pour nous et pour les nôtres, de ce monde vain et contagieux? S'il est vrai que la foi et l'amour de Dieu fassent toute la vie de notre coeur, devons-nous pleurer, parce que Dieu nous aime mieux que nous ne savons nous aimer nous-mêmes? Nous plaindrons-nous de ce qu'il tire de la tentation et du péché ceux qui nous sont chers? Nous fait-il du mal en abrégeant les jours de misère, de combat, de séduction et de scandale? Que voudrions-nous? Un plus long danger, des tentations plus violentes, où les élus mêmes, s'il était possible, succomberaient? Nous voudrions tout ce qui flatte l'amour-propre, pour oublier dans ce lieu d'exil. Dieu nous arrache le poison, et nous pleurons comme un enfant à qui sa mère ôte un joli couteau dont il se percerait le sein.

M. le D. de M[ontfort] réussissait au milieu du monde empesté': c'est ce succès qui afflige, et c'est ce succès qui a fait trancher le fil de ses jours, par un conseil de miséricorde pour lui et pour les siens. Il faut adorer Dieu, et se taire. Que ne puis-je vous aller voir, mon bon Duc, et vous montrer à quel point je ressens la profonde plaie que je voudrais guérir ! Il n'y a que l'oraison qui console. Il n'y a que l'oraison où l'on soit véritablement avec Dieu. Dès qu'on est avec Dieu par l'union du coeur dans la simple vue de foi, on est en oraison, et toute occupation des choses même les plus saintes, qui ne nous met point avec Dieu dans cette présence et dans cette société d'amour, est plutôt une étude qu'une oraison. Or il n'y a que le vrai consolateur dont la société puisse vous consoler. Demeurons donc en silence avec lui; il nous consolera, nous retrouverons tout en lui seul. Heureux qui ne veut point d'autre consolation! Celle-ci est pure et inépuisable. Je donnerais ma vie pour mon bon Duc et ma bonne Duchesse.

30 septembre 1704 TEXTE 147

1011. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi, 30 septembre 1704.

Je n'évite le hasard de la poste, ma chère fille, que par rapport à l'affaire présente de la pension'.

Ne vous inquiétez ni sur vos fautes, ni sur vos confessions. Aimez sans cesse, et il vous sera beaucoup remis, parce que vous aurez beaucoup aimé'. On cherche des ragoûts d'amour-propre, et des appuis sensibles, au lieu de chercher l'amour. On se trompe même en cherchant moins à aimer, qu'à voir

qu'on aime. On est, dit S. Fr[ançois] de Sales, plus occupé de l'amour que du bien-aimé'. C'est pour le bien-aimé seul qu'on s'occupe directement de

lui. Mais c'est par retour sur soi qu'on veut s'assurer de son amour. Les fautes' vues en paix en esprit d'amour, sont aussitôt consumées par l'amour même. Mais les fautes vues avec un dépit d'amour-propre troublent la paix, interrompent la présence de Dieu et l'exercice du parfait amour. Le chagrin de la faute est d'ordinaire encore plus faute que la faute même. Vous tournez tout votre scrupule vers la moindre infidélité. Je juge de votre fidélité par votre paix et par la liberté de votre coeur. Plus votre coeur sera paisible et au large, plus vous serez unie à Dieu. Ce que vous craignez est ce que vous devriez le plus désirer.

Je viens de voir un homme qui ayant lu dans le noviciat des Bénédictins la vie de S. Benoîts, se dépita tellement de ne lui point ressembler, qu'il sortit du noviciat.

1012. A LA MÊME

Samedi, 11 octobre 1704.

Je donne avec joie à l'ecclésiastique dont il s'agit, le pouvoir de confesser cette novice autant de fois que lui et Mad. l'abbesse le jugeront à propos'. Je suis consolé de voir, ma chère fille, que' vous reconnaissez que Dieu est glorifié par votre humiliation. Nous ferions du poison de toutes nos vertus, si nous ne trouvions en nous rien dont l'amour-propre ne fût content. Accoutumez-vous peu à peu à n'être pas si délicate sur vous-même. La délicatesse du pur amour est simple, douce, paisible: celle de l'amour-propre est ombrageuse, inquiète, et tout auprès du désespoir. Supportez-vous vous-même, comme le prochain; vous ne vous devez pas moins la charité qu'à autrui. Pour moi loin d'être las de vos peines je ne les ressens que par rapport à vous.

1013. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai] 12 octobre 1704.

Je profite de cette occasion, mon bon Duc, pour vous dire combien je suis uni à vous dans toutes vos peines et combien je ressens celles de Madame la

148 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 octobre 1704

duchesse de Chevreuse. Dieu ne frappe point ses grands coups sur ceux qu'il aime sans en vouloir tirer un grand avancement dans la perfection. La croix est le plus grand don de Dieu en cette vie; car la croix nous unit à J[ésus]-C[hrist]. Je ne parle point de la croix seule. Je la mets avec la grâce qui y est attachée, pour nous faire mourir à nous-même; plus la croix est accablante, plus le dessein de Dieu est miséricordieux. O qu'il veut de détachement des âmes, quand il travaille par des coups si terribles à les détacher; ô que sa jalousie est grande, quand il lui sacrifie les choses mêmes les plus innocentes, que nous aimons le plus ! Il veut tout, c'est pourquoi il ôte tout ce qui pourrait faire un partage dans notre coeur ; ne réservons rien et la paix se trouvera dans les pertes les plus douloureuses; je le prie d'éclairer, de soutenir, de consoler et de détacher les siens'.

1014. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrail 20 octobre 1704.

Si vous pouvez, Monsieur, contribuer par vos bons conseils à l'accommodement de l'affaire de Marie Rolland, vous ferez une très bonne oeuvre'. M. Maës doit encore recommencer cette difficile entreprise de concert avec M. Grouf en qui cette fille se confie et qui est son protecteur. J'ai écrit à M. Maës tout ce que j'ai cru propre pour la décourager sur son procès et pour la réduire à des conditions très modérées dans un accommodement, afin qu'il fasse sentir la force de ces raisons à M. Grouf. Vous voyez que je n'oublie rien pour servir l'Oratoire'. Mais il faut que les amis du P. Playoul fassent un effort pour finir. Vous en connaissez toutes les conséquences. Parlez fortement si vous le pouvez*. Il y a longtemps que je m'ennuie de ne vous point voir. Du moins mandez-moi de vos nouvelles. Que pensez-vous sur la lecture du livre contre l'ordonnance de M. de Chartres'? Si nous étions ensemble en repos je vous dirais bien des choses là-dessus. En vérité le P. Quesnel va beaucoup trop loin. Ceux de France pensent à peu près comme lui. Mais comme ils sont sous le joug, ils cherchent de faux tempéraments entre le silence respectueux et l'infaillibilité. Ils n'en trouveront aucun. Ils ne sauraient où poser le pied entre deux. Le P. Q. a raison à cet égard. Leur mitigation n'est qu'une dissimulation palliée. Prions Dieu, aimons la vérité et la paix qui ne se trouve que dans une humble docilité. Tout à vous du fond du coeur.

FR. A. D. DE C.

1015. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi 21 octobre 1704.

Je remercie Dieu dans mon coeur. Mais je ne dirai rien: c'est à M. le C. de M. à parler, quand il le jugera à propos'. Soyez bonne. Vous écoutiez un peu ce soir certains raisonnements d'une subtile tentation. Ne sortez point de votre simplicité, et vous ne sortirez point de la paix, ma chère fille. Le Dieu] de paix soit à jamais avec vous. Amen, amen.

22 octobre 1704 TEXTE 149

1016. AU VIDAME D'AMIENS

22 octobre 1704.

J'ai ressenti, Monsieur', avec une grande amertume la perte que vous avez faite. J'en ai encore le coeur malade. Vous avez vu de près dans un exemple si touchant, la vanité et l'illusion du songe de cette vie. Les hommes tiennent beaucoup au monde. Mais le monde ne tient guère à eux. La vie qui est si fragile pour tous les hommes, l'est infiniment davantage pour ceux de votre profession. Ils n'ont aucun jour d'assuré, quelque santé dont ils jouissent. Ils ne s'occupent que des amusements de la vie, qu'ils exposent continuellement. Ils ne pensent presque jamais à la mort, au-devant de laquelle ils vont, comme si elle ne venait pas assez vite'. On est sans cesse dans la main de Dieu sans songer à lui, et on se sert de tous ses dons pour l'offenser. On ne voudrait' pas mourir dans sa haine éternelle. Mais on ne veut point vivre dans son amour. On avoue que tout lui est dû, et on ne veut rien faire pour lui. On lui préfère les amusements qu'on méprise le plus. On n'oserait nommer les choses qu'on met souvent dans son coeur au-dessus de lui'. On connaît l'indignité du monde, et on le sert avec bassesse. On connaît la grandeur et la bonté infinie de Dieu et on ne lui donne que de vaines cérémonies. En cet état on est autant contraire à sa raison qu'à la foi. Vous connaissez la vérité, Monsieur ; vous voudriez l'aimer. Vous auriez horreur de mourir comme ceux qu'on appelle honnêtes gens n'ont point de honte de vivre. Mais le torrent vous entraîne. Vous n'êtes pas d'accord avec vous-même, et vous ne pouvez vous résoudre à faire ce qui mettrait la paix dans votre coeur. Que tardez-vous? Tous les tempéraments qu'on imagine pour se flatter sont faux. Dieu veut tout, et tout lui est dû. Il n'y a ni partage du coeur, ni retardement, que vous puissiez vous permettre. Le moins qu'on puisse faire pour celui de qui on tient tout, et à qui on doit tout, c'est de se livrer à lui de bonne foi. Voulez-vous faire la loi à Dieu? Voulez-vous lui prescrire des bornes sur votre dépendance? Voulez-vous lui dire: Je vous trouve assez aimable pour mériter que je vous sacrifie un tel intérêt et un tel plaisir; mais je ne saurais me résoudre à vous aimer jusqu'à vous sacrifier cet autre amusement? Attendez-vous que vos passions soient épuisées' pour les lui sacrifier? Voulez-vous en attendant que vos goûts pour le monde s'usent', passer votre vie dans l'ingratitude, dans la résistance au Saint-Esprit, et dans le mépris des bontés de Dieu? Voulez-vous tenter l'horrible événement de ces morts précipitées, où Dieu surprend les pécheurs ingrats et endurcis? Il ne s'agit pas seulement de s'abstenir des grands péchés. Il faut se tourner sérieusement vers le bien, le faire constamment, ne plus regarder derrière soi, se résoudre à se contraindre de suite, nourrir sa foi de lecture solide, de prière du coeur, et de présence de Dieu dans la journée. Il faut se défier de sa faiblesse, et plus encore de sa présomption, sans laquelle la faiblesse humilierait, et ferait sentir le besoin de prier. Il faut craindre et éviter, autant que l'état où l'on est le peut permettre, toute société dangereuse. Quand on n'aime point le mal, on n'en retient ni l'occasion, ni l'apparence, ni le souvenir. Il faut se mettre en état de recevoir souvent avec fruit et consolation les sacrements, pour sortir d'un état de langueur et de dissipation funeste. On est dégoûté jusqu'au découragement, et jusqu'à la tentation de désespoir. Cependant on ne veut point

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150 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 octobre 1704

chercher la force où elle est, ni puiser la céleste consolation dans ses sources. O que vous auriez le coeur content, si vous aviez rompu tous vos liens'! que vous béniriez Dieu de vous avoir arraché à vous-même, si ce coup était achevé! L'opération est douloureuse. Mais la santé qu'elle donne rend heureux. Je prie N[otre] S[eigneur] de vous donner ce courage. Demandez-le lui très souvent. C'est en lui, Monsieur, que je vous suis dévoué sans réserve.

1017. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

A C[ambrai] 28 octobre 1704.

Vous ne sauriez, Monsieur, venir trop tôt nous voir, si vous ne consultez que mon goût et mon amitié. Mais vous êtes libre de garder des mesures par

rapport à vos amis', car j'entrerai toujours sans peine dans les ménagements que vous croirez convenables pour ne blesser point leur délicatesse et pour demeurer à portée d'être utile à les rapprocher. Prenez donc votre parti selon Dieu pour le plus grand bien.

Les autorités qu'on nous objecte des anciens et des nouveaux théologiens ne sont que de vaines apparences'. Vous le verrez clairement, plus on approfondira, plus on verra deux choses. L'une que toute la tradition n'a fait qu'une seule infaillibilité sur le tout sensible qui est composé du sens et de la parole, et que toutes les autorités qu'on vante ne vont à rien. L'autre qu'on se jouera éternellement de toute décision, si on peut contester' le fait, en faisant semblant de recevoir le droit'.

Marie Rolland malgré toutes mes remontrances a encore des prétentions exorbitantes. Je voudrais bien que vous pussiez parler avec Maes et avec M. de Groufe qui la protège, afin qu'on tâchât de conclure un accommodement'. Tout à vous, Monsieur, mais du fond du coeur.

Je n'ai point songé à aller donner à Noél les ordres à Mons.

1018. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 30 octobre 1704.

Trouvez bon, je vous supplie, Monsieur, que je vous témoigne ma joie sur votre heureux retour. Il me tarde de profiter de la première occasion de vos voyages au Quesnoy, pour avoir l'honneur de vous y aller voir. Cependant je ne puis éviter de troubler votre repos dès le premier jour de votre arrivée. M. le curé d'Avesnes ', qui vous rendra cette lettre, aura l'honneur de vous expliquer sa conduite à l'égard de la ville et du chapitre'. L'un et l'autre de ces deux corps a innové. Quand vous aurez eu la bonté d'écouter le curé, et puis ses parties, deux mots que vous direz décideront, et nous vous devrons la paix. Personne ne sera jamais avec plus de zèle que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY. 4 novembre 1704 TEXTE 151

1019. Au MÊME

A Cambray 4 novembre 1704.

Ayez, s'il vous plaît, Monsieur, la bonté de souffrir, que je vous importune en faveur des religieuses de Ste Elizabeth du Quesnoy. Je ne saurais vous mieux expliquer leur affaire, qu'en prenant la liberté de vous envoyer la lettre que Mad. l'abbesse' m'a écrite pour me prier de vous demander pour elle votre protection. Cette communauté est réglée, paisible, et pieuse. Elle mérite d'être maintenue dans sa franchise, qui ne tirera nullement à conséquence. Je vous supplie de faire pour elle tout ce que vous pourrez, et je suis toujours, Monsieur, avec le zèle le plus sincère, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1020. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi, 17 novembre 1704.

Je vous envoie, ma chère fille, une copie de la lettre que j'ai écrite à M. de...', afin que vous ayez la bonté de la faire tenir à M. le Comte] de M[ont-beron] 2, et qu'après l'avoir lue, il puisse, avant son départ, prévenir là-dessus M. de...3

Vos peines m'affligent sensiblement. Non seulement je suis sensible à votre extrême souffrance, mais encore je suis en peine sur l'infidélité avec laquelle vous vous livrez à la tentation. Dans ces moments je vois en vous` tous les sentiments d'un amour-propre révolté. Cela seul devrait vous faire apercevoir combien vous sortez de l'ordre de Dieu sous le beau prétexte d'y vouloir rentrer. Je ne saurais vous empêcher de manquer à D[ieuj; mais j'espère qu'il vous en empêchera malgré vous. Pour moi je ne veux point lui manquer, et je croirais le faire. si je ne vous poursuivais pas doucement mais sans relâche, pour vous ramener à la vraie paix par la simplicité à laquelle il vous attire. Ne faites rien sans mon consentement, je vous en conjure. Je demeurerai fidèlement uni à vous. Ne me refusez pas cette union de coeur en N[otre] S[eigneur] hésus[-C[hrist].

1021. A LA MÊME

Mardi, 18 novembre 1704.

On ne peut être plus en peine que je le suis de vous, ma chère fille. Consolez-moi, si vous le pouvez. Mandez-moi quelque bonne nouvelle de votre coeur. Si j'étais libre j'irais tout à l'heure vous voir. Mais il faut que j'aille à l'hôpital S. Jean. Ecoutez Dieu. Ne vous écoutez point. Dès que vous vous écoutez, tout est perdu. C'est un amour-propre désespéré qui cause toutes vos peines. Il est visible, et vous ne le voyez pas, tant il vous préoccupe.

152 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 novembre 1704 16 décembre 1704 TEXTE 153

Si vous pouviez le voir, vous reconnaîtriez la tentation où il vous jette. J'attends de vos nouvelles. Que ne donnerais-je point pour vous voir toujours dans la paix et dans la fidélité où je vous vois, quand vous êtes simple. 1024. A LA MÊME A C[ambrai] 16 décembre 1704.

1022. A LA MÊME

Mercredi, 19 novembre 1704 aère lettre).

Votre lettre d'hier au soir, ma chère fille, m'afflige plus que tout le reste. Les premiers mouvements de peine ne sont rien. Ils ne viennent pas du fond du coeur. Mais vous vous livrez à la tentation sans mesure. O si vous ouvriez un moment les yeux vous verriez la fureur de votre amour-propre! Il n'en faudrait pas davantage pour vous montrer que ce que vous voulez regarder comme un retour à une règle plus sûre n'est qu'une illusion grossière, et un égarement manifeste'. Mais j'espère en D[ieu] malgré toutes vos infidélités. Vous ne lui échapperez pas. Pour moi, je vous poursuivrai sans relâche jusqu'à ce que vous rentriez dans la petitesse, dans la mort à votre amour-propre, et dans l'obéissance aveugle que D[ieu] demande de vous. Répondez-moi, je vous le demande au nom de D[ieu] même. Obéissez, et souvenez-vous que vous ne trouverez jamais ni paix ni ressource que dans l'obéissance. Dès que vous en sortez, vous êtes comme une personne possédée. Dès que vous y rentrez, D[ieu] est avec vous. Vous êtes bonne, simple, douce, et petite comme un enfant. Réponse, je vous conjure, et ne résistez pas plus longtemps à Dieu.

1023. A LA MÊME

Mercredi, 19 novembre 1704 (2. lettre)'.

Je n'ai aucune peine à croire, ma très chère fille, que vous ne trouvez pas en moi ce que vous cherchez selon Dieu. Mais D[ieu] lui-même suppléera. Si je connaissais ici un homme qui vous convînt, je vous le donnerais, et je demeurerais aussi intimement uni à vous que je le suis. Mais je ne connais personne qui vous soit propre, et à tout prendre je dois vous dire simplement que je suis ici le plus en état de vous secourir. Je crois même que notre liaison est de vocation et de providence'. Vous le croirez vous-même toutes les fois que vous serez hors de la tentation.

Je vous irai voir demain au matin, et je verrai avec vous ce qui est à propos. Mais je veux absolument vous faire communier. Vos fautes vous font mille fois plus de mal par vos réflexions d'amour-propre, que par elles-mêmes. En quel état, en quelle voie, sous quelle direction vous flattez-vous de ne faire plus aucune faute ni contre D[ieu] ni contre les hommes? Espérez-vous de vous délivrer de votre amour-propre, en vous abandonnant à ses saillies, et en vous retirant de la mort à vous-même. Si vous aviez fait ce pas, ce serait une espèce d'enfer. Le mal est que vous vous écoutez et que vous n'êtes point docile. Mais courage. Tout ceci ne sera rien. J'espère que demain D[ieu] vous rendra la paix. Il sait avec quel zèle je le désire.

Je vous supplie, ma très chère fille, d'avoir la bonté d'écrire dès ce soir à M. le C. de Monbron, pour le prier d'écrire très promptement au magistrat de Cambray afin qu'ils ne fassent point, le jour de S. Thomas', la distribution du revenu de leur fondation, parce que s'ils font leur distribution ce jour-là, suivant leur coutume qui ne soulage en rien les pauvres, ils n'auront plus de quoi donner à la Charité', qui en a un besoin très pressant. Deux mots que M. le C. de Monbron leur écrira ou leur fera dire pour les prier de différer jusqu'à son retour suffira (sic) pour avoir le loisir de prendre ensuite des mesures pour cette bonne oeuvre.

Comment vous portez-vous? comment va la faible santé de Madre de Souastre3? Madlle du Mesnil est-elle en humeur de bien jouer avec mon manchon'?

1025. A DOM FR. LAMY

A Cfambrail, 17 décembre 1704.

Vous savez mieux que moi, mon Réverend Père, qu'il n'y a aucun milieu réel entre le sens véritable d'un texte considéré absolument en lui-même, et le sens personnel de l'auteur'. Personne ne peut s'imaginer que l'Eglise soit infaillible sur le sens personnel de l'auteur, car c'est le secret de sa conscience, dont Dieu seul est le scrutateur. Cet auteur peut avoir changé plusieurs fois de sentiment, en composant son texte. Il peut avoir voulu cacher sa pensée pour la rendre impénétrable. Il peut même s'être tellement trompé sur la valeur des termes, que le sens qui était actuellement dans son esprit n'avait aucune proportion avec celui qui résulte du tissu des paroles qu'il a écrites. Mais enfin ce sens personnel n'est que le secret d'un coeur, qui n'est pas mis à la portée de l'Eglise pour en pouvoir juger et qui demeurant caché', n'importe en rien à la conservation du dépôt de la foi. Pour le vrai sens du texte, c'est celui qui sort pour ainsi dire des paroles prises dans leur valeur naturelle par un lecteur sensé, instruit et attentif, qui les examine d'un bout à l'autre dans toutes leurs parties, pour y peser tous les tempéraments, tous les correctifs, toutes les preuves, toutes les réponses, toutes les figures, avec tous les caractères du style. Tout cela entre dans le corps du texte, et concourt à en former le vrai sens. Tout cela demeure fixe sous les yeux de chaque lecteur dans le texte, indépendamment des pensées que l'auteur a eues en le faisant. Ainsi tout ce qui fait partie du texte sert à former le sens du texte même. Ces circonstances peuvent souvent être des signes de la pensée personnelle de l'auteur, mais signes équivoques, parce que l'auteur a pu ou vouloir tromper, ou se tromper lui-même. Mais si l'ouvrage est écrit sensément, chacune de ces circonstances doit contribuer à former et à fixer le sens de ce texte, puisqu'on n'appelle sens du texte, que celui qui résulte de tout cet assemblage de paroles, en comparant toutes les parties les unes aux autres. Ainsi le sens personnel n'est que dans la seule tête de l'auteur, et tout le sens du texte ne

154 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 décembre 1704 19 décembre 1704 TEXTE 155

doit être cherché que dans le texte même. L'un est tout entier sous les yeux de l'Eglise, et peut corrompre la foi par sa contagion. L'autre est inconnu et impénétrable, et tandis qu'il demeure dans ce secret, où il n'est réduit à aucun tissu de paroles fixes, il ne peut faire périr le dépôt de la foi. Il n'y a point de milieu réel entre ces deux sens. On ne trouvera rien que d'imagination entre la pensée de l'homme qui écrit, et le sens qui résulte de son texte pris tout entier sans exception. L'Eglise ne prétend point être infaillible pour deviner le secret des consciences. Mais elle ne peut garder avec sûreté le dépôt, sans pouvoir juger avec sûreté des textes qui le conservent ou qui le corrompent. Il faut toujours venir aux symboles et aux canons'. On aura beau subtiliser. Dès qu'on admettra que l'Eglise pourra se tromper sur les textes qu'elle adopte et consacre, et sur ceux qu'elle anathématise, je démontrerai que le dépôt n'aura plus de ressource assurée. C'est démontrer que l'infaillibilité sur le dogme n'est qu'un fantôme ridicule sans l'infaillibilité sur la parole nécessaire pour l'exprimer et pour le transmettre.

J'ai lu les trois' Lettres nouvelles. Elles ne retarderont pas ma réponse. Ce n'est souvent' qu'une répétition presque mot pour mot de ce qui est dans la Défense de tous les théologiens', et dans leurs anciens écrits, sans entrer dans l'examen de mes preuves. Les écrivains n'ont rien d'original. Ils n'osent sortir des raisonnements de leurs prédécesseurs. Ils ne font que compiler les anciens écrits du parti. L'auteur des trois Lettres m'attaque sur la grâce. Mais je n'entamerai ces questions qu'après avoir fini celle de l'infaillibilité sur les textes'. Il ne faut pas prendre le change. Dès que j'aurai fini d'un côté, je serai prêt, s'il plaît à Dieu, à me défendre sur l'autre. Votre argument demeure hors d'atteinte et sans réponse'. Priez pour moi, mon Révérend Père, et croyez que je' suis plein de vénération pour vous.

1025 A. PH. FR. JELAIN' A FÉNELON

Ath, le 19 décembre 1704.

Monseigneur,

Dès que j'eus reçu la lettre que Votre Grandeur me fit l'honneur de m'écrire', je me transportai chez Monsr Charles à qui j'en ai fait lecture en lui représentant fortement qu'il ne devait entrer en procès après des offres si obligeantes que vous lui faisiez: d'autant plus qu'il ne devait attendre aucune issue favorable de ce différend que je croyais être déjà décidé par avance au Conseil de Mons par un préjugé d'entre feu Monsr l'Abbé de St Denis et le sr Leduc son bailly qui voulut se maintenir par voie de justice et qui fut condamné à tous dépens par le juge.

Il me dit que de son propre mouvement il n'était pas trop porté à le faire: mais enfin que toute la ville lui conseillant d'éviter une infamie par ce sorte de remerciement il devait conserver sa réputation, et quoi qu'il lui en pût arriver il prétendait s'opposer; qu'ayant servi l'espace de 25 ans avec toute la fidélité et l'exactitude possible, il ne lui paraissait pas juste d'être dépossédé de sa charge sur des faux rapports qu'on fit à Votre Grandeur, particulièrement qu'il n'exerçait pas cette charge par lui-même: ce qu'il offre de

jurer de ne l'avoir jamais exercée par aucun autre: de quoi il se sent vivement touché. Il est à croire que c'est plutôt l'office de greffier qu'il aura fait exercer par d'autres que sa charge de bailli comme j'ai pu apprendre. Et pour répondre aux articles de la lettre dont je lui fis lecture, il me dit: qu'il est prêt dès ce moment à remettre les cachereaux3 et autres lettrages qui concernent la recette de Melin pourvu que l'admodiateur lui donne un billet de sa main promettant de lui remettre ou au moins pouvoir s'en servir lorsqu'il en aura besoin pour se faire payer de ce qu'il lui est encore dû sur ladite recette. Il ajoute qu'il n'a pas de commission de Votre Grandeur que ses lettres seules qui lui permettent de continuer sa charge ainsi qu'il en a fait du temps de feu d'heureuse mémoire Monseig" de Brias; qu'il tient aussi des lettres de ce feu prélat : qui les confirment dans la commission donnée à son prédécesseur le sr Martin notre greffier échevinal. Et ayant enfin fait lecture de cette commission, j'ai remarqué qu'elle était jusqu'au rappel et jusqu'au bon plaisir de mondit feu seigneur de Brias. Pour ce qu'il regarde le 2e article de votre lettre, Monseigneur, il m'a fait voir un placard des Archiducs Albert et de l'Infante Isabelle où il est défendu d'affermer les charges des baillis et greffiers, mais la pratique est toute contraire aujourd'hui et je ne crois pas que vous l'eussiez rendu à ferme.

Au 3e article pour réponse il soutient qu'on ne peut pas le remercier sans blesser son honneur, et voilà le fort de son opposition: pour le surplus de cet article il me charge de vous dire, Monseigneur, qu'il vous a mille obligations. A l'article 4e de votre lettre il soutient toujours ne l'avoir jamais exercée par d'autres, et aux cinquième et sixième articles il répond que vous deviez, Monseigneur, avoir connu son exactitude en sa charge, et qu'ainsi il ne doit pas être mécompté; qu'il se commet à tout événement et que pour la recette, tant s'en faut qu'il s'attende à la ravoir qu'au contraire il n'a aucune peine d'en être dépourvu: mais que pour le bailliage il le souhaite pour son honneur dans la confiance de ne rendre jamais que des services à Votre Grandeur comme aussi à l'Amodiateur établi de votre part.

Enfin, Monseigneur, j'ai voulu le persuader à désister de ses prétentions: en considération des services qu'il pouvait attendre de vous: de la mauvaise issue qu'il devait attendre de ce différend, attendus la préjugé de feu Mons' l'Abbé de St Denis comme on m'a assuré; et d'ailleurs que de son propre aveu la chose n'était si grosse conséquence: je lui ai donné un jour de temps pour y penser sérieusement et pour lui faire voir qu'on ne voulait pas le surprendre, sur quoi il m'a demandé votre lettre, Monseigneur, pour la considérer: mais sur le refus que je lui ai fait de la mettre entre ses mains, la chose étant inutile puisque je lui en avais fait lecture et un détail pertinent de vive voix de son contenu, je le trouvai le lendemain et me dit enfin qu'il voulait s'opposer.

Je vous renvoie donc votre lettre, Monseigneur, en vous marquant le détail de ce qui s'est passé. Je suis fâché de ne pouvoir l'induire à désister, mais enfin je prie Votre Grandeur de me vouloir toujours honorer de ses commandements puisqu'elle doit être toute persuadée que je suis avec le plus profond respect et dans une parfaite reconnaissance, Monseigneur, de sa seigneurie illustrissime le très obligé et obéissant serviteur.

PH. FR. JELAIN. curé de St Julien.

156 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 décembre 1704 30 décembre 1704 TEXTE 157

Je serai ravi d'apprendre, Monseigneur, si vous avez reçu votre lettre sûrement avec ma réponse ainsi que vous me l'avez marqué. En même temps si vous avez reçu la lettre que je me suis donné l'honneur de vous écrire touchant les confessions des moniales et des réguliers qui les entendent; comme aussi si on n'a rien décidé en vicariat touchant plusieurs difficultés que j'avais envoyées à Mons' l'official pour y être proposées; et je prie enfin sa Grandeur de vouloir bien écrire à Mons' le curé de S' Martin afin que si point de droit, au moins par déférence il ne veuille plus recevoir les enfants de ma paroisse pour être inhumés dans son église: encore moins de le chercher sur ma paroisse publiquement. Le tout, Monseigneur, sans vous incommoder, mais au moins je le prie de réfléchir qu'un pasteur se trouve consolé, lorsqu'il reçoit deux lignes d'avis de son supérieur dans l'embarras. Après cela je vous demande mille pardons pour le tout.

1026. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray, 20 décembre 1704.

Je ne saurais, Monsieur, me dispenser de vous importuner pour notre doyen d'Avesnes 1. Le magistrat'. a innové manifestement sur la forme pour

la reddition' des comptes. Cette forme est plus importante qu'elle ne le paraît d'abord, surtout en un pays où les laïques ne cherchent qu'à gouverner tout le temporel des églises avec d'étranges abus, indépendamment des ministres de l'Eglise même. Au moins ne faut-il rien perdre de ce que la possession nous donne. La jurisprudence constante et notoire des deux tribunaux souverains du pays, savoir de Mons et de Tournay, qui doit être l'interprète le plus assuré des placards', est de maintenir inviolablement tous les curés dans leur possession; c'est que leur possession est d'être receveurs du compte, et même que les comptes leur soient adressés, si tel a été l'usage jusqu'ici. Ces deux tribunaux ne hésitent jamais à décider de la sorte. Mais il faudrait que notre doyen eût un procès avec la ville dont il est le pasteur, et ce serait le rendre inutile à son troupeau que de le mettre dans une si triste nécessité. Je vous supplie donc, Monsieur, avec les dernière instances, d'empêcher un si grand mal. La chose est claire. Le magistrat sait bien lui-même que son entreprise est insoutenable. S'il en doute, il n'a qu'à le demander à Tournay et à Mons. On ne manquera pas de lui répondre, qu'il serait condamné aux dépens, si ce procès était une fois commencé. C'est un vrai bien que vous leur ferez, en les modérant sur ce penchant à innover contre le pasteur. Quatre mots que vous aurez la bonté de leur dire, les engageront à demeurer en paix dans leur ancien usage. Si on leur permettait d'usurper ainsi, il n'y a rien qu'ils ne se donnassent insensiblement la liberté d'entreprendre'.

Nous avons, Monsieur, au milieu de la forêt de Mormal un gros hameau nommé le Loquignol, qui est loin de la paroisse, nommée Jolime. Les habitants de ce lieu ne sont occupés que du bois. Ils vivent sans instruction

comme des sauvages. Les chemins sont impraticables. Le pasteur' ne saurait y aller la plus grande partie de l'année pour y faire le catéchisme ni pour y

dire la messe. Ils ne veulent' ni ne peuvent guère aller à Jolimé. Il y a chez eux une chapelle, que feu M. Talon' avait pris soin de mettre en état, et où il tenait aux dépens du Roi un prêtre résident pour leur instruction, et pour leur administrer les sacrements. La cure de Jolimé est fort petite en revenu '°. Il n'y a point de dîmes au Loquignol, car tout le pays est en bois, et n'a point de moisson. Il serait bien juste que le Roi qui tire un si grand revenu de ces lieux-là", y mît un prêtre avec une portion congrue, pour y être pasteur de ce troupeau abandonné. Vous feriez une charité infinie, Monsieur, pour le salut de ces pauvres peuples, si vous vouliez bien régler la chose. Quand même vous ne voudriez pas décider tout seul une affaire où le besoin est si évident, et où la somme est si petite, au moins M. de Chamillart ne refuserait pas sur votre proposition d'autoriser une oeuvre si nécessaire. J'espère que vous aurez la bonté de nous procurer ce secours au plus tôt. En attendant, les malades meurent sans sacrements '2.

Personne ne peut vous honorer, Monsieur, plus parfaitement que je le fais, ni ressentir plus vivement l'amitié que vous m'avez témoignée d'une manière si obligeante. Aussi serai-je toute ma vie avec le zèle le plus sincère et le plus dévoué, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1027. A JOSEPH-CLÉMENT DE BAVIÈRE, ÉLECTEUR DE COLOGNE'

A Cambray, 30 décembre 1704.

Monseigneur,

C'est avec la plus vive reconnaissance que j'ai reçu la dernière lettre que votre Altesse Electorale m'a fait l'honneur de m'écrire'. Que puis-je faire pour mériter tant de bontés, sinon vous obéir, en vous parlant avec toute la liberté et toute la simplicité que vous exigez de moi?

Le Pape agit en vicaire de J[ésus]-Christ] qui porte dans son coeur la sollicitude de toutes les églises'. Il voit les maux déplorables, que plusieurs vastes diocèses souffrent. Des troupeaux innombrables y sont errants et y périssent tous les jours faute de vrai pasteur'. Les petits demandent du pain, et il n'y a personne pour le leur rompre'. Si chacun de ces grands diocèses, qui aurait sans doute besoin d'être partagé en plusieurs', avait au moins un bon évêque, cet évêque dépenserait peu à son église, et travaillerait beaucoup pour elle, il porterait le poids et la chaleur du jour, il défricherait le champ du Seigneur de ses propres mains à la sueur de son visage, il arracherait les ronces et les épines qui étouffent le grain, il déracinerait les scandales et les abus, il disciplinerait le clergé, il instruirait les peuples par sa parole et par son exemple. 11 se ferait tout à tous pour les gagner tous à J[ésus]-C[hristr. Vous occupez vous seul, Monseigneur, la place de plusieurs' excellents évêques sans l'être. Faut-il s'étonner qu'un saint Pape, qui est fort éclairé, gémisse pour ces grands troupeaux presque abandonnés?

Mais d'un autre côté rien n'est si terrible que de devenir évêque, sans entrer dans toutes les vertus épiscopales. Alors le caractère deviendrait comme un sceau de réprobation. Vous avez la conscience trop délicate pour ne craindre pas ce malheur. Plus les diocèses que vous devez conduire sont grands, et remplis de besoins extrêmes, plus il faut un courage apostolique, pour y pouvoir travailler avec fruit. Si vous voulez enfin être évêque, Monsei-

158 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 décembre 1704

gneur, au nom de Dieu gardez-vous bien de l'être à demi. Il faut être l'homme de Dieu, et le dispensateur des mystères de J[ésus]-C[hrist]9. Il faut qu'on trouve toujours sur vos lèvres la science du salut Il faut que chacun n'ait qu'à vous voir, pour savoir comment il faut faire pour servir Dieu.11 faut que vous soyez une loi vivante, qui porte la religion dans tous les coeurs. Il faut mourir sans cesse à vous-même, pour porter les autres à entrer dans cette pratique de mort, qui est le fond du christianisme. Il faut être doux et humble de coeur", ferme sans hauteur, et condescendant sans mollesse, pauvre et vil à vos propres yeux, au milieu de la grandeur inséparable de votre naissance. Il ne faut donner à cette grandeur, que ce que vous ne pourrez pas lui refuser. Il faut être patient, appliqué, égal, plein de défiance de vos propres lumières, prêt à leur préférer celles d'autrui quand elles seront meilleures, en garde contre la flatterie, qui empoisonne les grands, amateur des conseils sincères attentif à chercher le vrai mérite" et à le prévenir. Enfin il faut porter la croix dans les contradictions, et aller au ministère comme au martyre: sed nihil horum vereor, nec facio animam meam pretiosiorem quam me". Pour entrer ainsi dans l'épiscopat, il faut que ce soit un grand amour de J[ésus]-C[hrist] qui vous presse. Il faut que Jésus-Christ vous dise, comme à saint Pierre: M'aimez-vous? 11 faut que vous lui répondiez non des lèvres, mais du coeur: Eh! ne le savez-vous pas, Seigneur, que je vous aime? Alors vous mériterez qu'il vous dise: Paissez mes brebis". O qu'il faut d'amour pour ne se décourager jamais, et pour souffrir toutes les croix de cet état ! Il est commode aux pasteurs qui ne connaissent le troupeau que pour en prendre la laine et le lait. Mais il est terrible à ceux qui se dévouent au salut des âmes.

Il faut donc, Monseigneur, que votre préparation soit proportionnée à la grandeur de l'ouvrage dont vous serez chargé. Une montagne de difficultés vous pend sur la tête. A Dieu ne plaise que je veuille vous décourager. Mais il faut dire, A, a, Domine, nescio loquii°, pour mériter d'être l'envoyé de Dieu il faut désespérer de soi, pour pouvoir bien espérer en lui. Vous êtes natu liement bon, juste, sincère, compatissant, et généreux. Vous êtes même sensible à la religion et elle a jeté de profondes racines dans votre coeur. Mais votre naissance vous a accoutumé à la grandeur mondaine, et vous êtes environné d'obstacles pour la simplicité apostolique. La plupart des grands princes ne se rabaissent jamais assez, pour devenir les serviteurs en J[ésus]-C[hrist] des peuples sur lesquels ils ont l'autorité. Il faut pourtant qu'ils se dévouent à les servir, s'ils veulent être leurs pasteurs: nos auteur servos ves-tros per Jesum''.

Il n'y a que la seule oraison qui puisse former un véritable évêque parmi tant de difficultés. Accoutumez-vous, Monseigneur, à chercher Dieu au

dedans de vous. C'est là que vous trouverez'" son royaume: regnum Dei intra vos est". On le cherche bien loin de soi par beaucoup de raisonnements. On

veut trop goûter le plaisir de la vertu, et flatter son imagination, sans songer

à soumettre sa raison aux vues de la foi, et sa volonté à celle de Dieu. 11 faut lui parler avec confiance de vos faiblesses et de vos besoins. Vous ne sauriez

jamais le faire avec trop de simplicité. L'oraison n'est qu'amour. L'amour dit tout à Dieu, car on n'a à parler au bien-aimé que pour lui dire qu'on l'aime, et qu'on veut l'aimer: non nisi amando colitur, dit S. Augustin". Il faut non seulement lui parler, mais encore l'écouter. Que ne dira-t-il point, si on

30 décembre 1704 TEXTE 159

l'écoute? II suggérera toute vérité. Mais on s'écoute trop soi-même pour pouvoir l'écouter. Il faudrait se faire taire, pour écouter Dieu: audiam quid loquatur in me Dominusn . On connaît assez le silence de la bouche, mais on ne comprend point celui du coeur. L'oraison bien faite, quoique courte, se répandrait peu à peu sur toutes les actions de la journée. Elle donnerait une présence intime de Dieu, qui renouvellerait les forces en chaque occasion. Elle réglerait le dehors et le dedans. On n'agirait que par l'esprit de grâce. On ne suivrait ni les promptitudes du tempérament, ni les empressements, ni les dépits de l'amour-propre. On ne serait ni hautain ni dur dans sa fermeté, ni mou ni faible dans ses complaisances. On éviterait tout excès, toute indiscrétion, toute affectation, toute singularité. On ferait à peu près les mêmes choses qu'on fait. Mais on les ferait beaucoup mieux, avec la consolation de les faire pour Dieu, et sans recherche de son propre goût.

Il me semble, Monseigneur, que vous pourriez lire les Epîtres de S. Paul à Timothée et à Tite, le Pastoral de saint Grégoire, les livres du Sacerdoce de S. Chrysostome, quelques épîtres et quelques sermons de S. Augustin, les livres de la Considération de S. Bernard, et quelques lettres aux évêques, la vie de S. Charles, les ouvrages et la vie de S. François de Sales. Vous savez, Monseigneur, que pour lire avec fruit, il faut plus songer à se nourrir, qu'à contenter sa curiosité. Il vaut mieux lire peu, afin qu'on ait le temps de peser, de goûter, d'aimer, et de s'appliquer chaque vérité. On doit tâcher de tourner une lecture méditée en une espèce d'oraison. Vous pourriez ajouter à ces lectures de pure piété, celle du concile de Trente et du Catéchisme Romain, qui est une espèce de théologie abrégée. L'histoire de l'Eglise bien écrite en français par M. l'abbé Fleury est utile et agréable.

Enfin l'homme de Dieu qui doit être prêt à toute bonne oeuvre", a besoin de se nourrir fréquemment du pain descendu du ciel pour donner la vie au monde. Il faut donc se mettre en état par un détachement sans réserve, de recevoir un si grand don. Un confesseur" qui a la lumière de grâce et l'expérience des choses de Dieu, doit en régler les temps. Il doit avoir égard tout ensemble à la perfection d'une âme et à son besoin. Il ne doit pas accorder aussi souvent la communion aux commençants qu'aux parfaits. Mais quand une âme est docile à la grâce, qu'elle ne veut tenir à rien qui l'arrête dans sa voie, et qu'elle ne cherche qu'à se soutenir avec fidélité, il ne faut pas seulement avoir égard aux vertus qu'elle pratique, mais il faut accorder aussi la communion au désir qu'elle a de vaincre ses défauts.

Pour ce genre de vie, il faut, Monseigneur, réserver certaines heures de retraite, autant que les bienséances, les grandes occupations de votre état, et le besoin de délasser votre esprit vous le permettront. Vous pouvez en cet état faire une épreuve sérieuse de vous-même, et vous accoutumer peu à peu à la vie épiscopale; car rien ne peut mieux vous y préparer, que de la commencer par avance. J[ésus]-C[hrist] nous a dit : A chaque jour suffit son mal; le jour de demain aura assez soin de lui-même". Il me semble, Monseigneur, que vous pourriez ne songer maintenant qu'à vous préparer, et qu'à profiter de la nouvelle dispense, pour faire cette épreuve". Si dans huit ou dix mois vous croyez n'avoir pas encore assez vidé votre coeur de tout ce qui est séculier, et n'être pas encore assez dans l'esprit apostolique qui convient à l'épiscopat, vous pourrez alors représenter encore au Pape votre besoin. Il est bon. Il sera sensible à votre droiture, et à votre respect pour le caractère. Il aura

160 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 décembre 1704 2 janvier 1705 TEXTE 161

égard à votre demande. Je n'en saurais douter. Vous pourriez même recourir à lui, non seulement comme au dispensateur suprême, mais encore comme à un père tendre et compatissant que vous consulteriez. Sa décision serait alors votre règle de conduite pour la plus grande démarche de votre vie". Ainsi il n'y a qu'à vous bien préparer dès aujourd'hui, comme si vous deviez vous faire sacrer dans un mois, et qu'à différer néanmoins votre consécration, autant qu'il le faudra pour la sainteté du ministère, pour votre salut, et pour celui des peuples de vos églises".

Je serai le reste de mes jours avec le zèle le plus sincère, l'attachement le plus fidèle, et le plus grand respect, Monseigneur, de votre Altesse Electorale le très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray 30 décembre 1704.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Monseigneur, et vous verrez par la copie ci-jointe, de la lettre que M. le Prieur' a écrite à M. le Procureur général du conseil d'Artois', que ces Messieurs ont bonne envie de faire à M. l'Intendant le plaisir qu'il leur a demandé pour moi. Ce qui me persuade en même temps qu'ils ne trouveront pas mauvais que je reçoive ces manuscrits par vos soins, et que M. l'Intendant sera très content pourvu qu'il sache que je le suis. Je vous supplie, Monseigneur, de faire ce que vous estimerez le plus convenable, soit en m'envoyant vous-même ces manuscrits, soit en les renvoyant à ces Messieurs afin qu'ils puissent les faire mettre ès mains de M. l'Intendant6.

Je suis cependant, avec tout le respect et toute la reconnaissance possibles...

1029. A ETIENNE BALUZE

A Cambray, 2 janvier 1705.

1028. A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN

A Cambray, le 30 décembre 1704.

Souvenez-vous, s'il vous plaît, ma Révérende Mère, de payer votre capitation pour le second semestre de cette année avant le quinze du mois prochain. Quoique vous en soyez avertie par mes précédentes lettres, je ne saurais me dispenser de vous donner de nouveau cet avis, tant il est essentiel que tout notre argent soit prêt pour les pressants besoins où il se trouve. Vous savez, ma Révérende Mère, avec combien d'estime je suis très parfaitement tout à vous de tout mon coeur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Je viens, Monsieur, de recevoir la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire. Je suis honteux du mécompte. Les manuscrits ont demeuré six mois à Paris chez une personne chargée de vous les envoyer'. J'étais tout étonné de ce que vous ne m'en accusiez point la réception. Enfin, cette personne, par un malentendu, vient de me les renvoyer. Je vais les faire repartir par la première occasion sûre, et vous les recevrez tout au plus tôt. Plût à Dieu que j'eusse de meilleurs moyens de seconder votre zèle, et de vous témoigner à quel point je suis, Monsieur, parfaitement et pour toujours, tout à vous.

1030. AU DUC DE CHEVREUSE

13 janvier 1705.

1028 A. ETIENNE BALUZE A FÉNELON

Du 30 décembre 1704.

N'ayant eu aucunes de vos nouvelles depuis la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire il y a environ un an, par laquelle vous me donniez avis que vous me feriez remettre en main propre, par un de vos domestiques, les deux manuscrits de S. Cyprien que vous aviez eu la bonté d'emprunter pour moi des religieux du Mont S. Eloy', je me persuadai que vous aviez sans doute été obligé de les rendre, et que c'était la cause qui empêchait que je ne profitasse de votre bonne volonté pour moi et pour mes études. Cela fit que Monseigneur le cardinal d'Estrées étant de retour à Paris, je suppliai S.E. d'interposer son autorité pour me faire prêter ces manuscrits. Il reçut ma supplication très favorablement et, j'ose dire, avec amitié, m'honorant depuis près de cinquante ans de son affection'. Mais il me parla franchement et me dit qu'il était si mécontent de ces Messieurs et, par conséquent, si mal avec eux que le vrai moyen de ne les avoir pas serait qu'il les demandât, et que je ferais mieux de m'adresser à M. l'Intendant'. C'est ce que j'ai fait,

Je ne crois pas, mon bon Duc, que vous deviez examiner la question qui regarde madame la...' du côté d'un cas de conscience à décider pour vous. Quoiqu'elle soit fort jeune', et dépendante de vous', il est néanmoins vrai qu'une des plus importantes parties de son éducation est de lui donner peu à peu insensiblement la liberté qu'elle ne devra avoir toute entière qu'à un certain âge. La liberté qu'on donne tout à coup sans mesure à une personne, qui a été longtemps gênée, lui donne un goût effréné d'être libre, et la jette presque toujours dans l'excès. Lorsqu'une personne doit être bientôt sur sa foi4, il faut la faire passer de la dépendance où elle est, à cette liberté par un changement qui soit presque imperceptible, comme les nuances des couleurs. La sujétion révolte: la liberté flatte et éblouit. Il faut faire peu à peu à une jeune personne des expériences modérées de sa liberté, qui lui fassent sentir que sa liberté n'est point tout ce qu'elle s'imagine, et qu'il y a une illusion ridicule dans le plaisir qu'on se promet en mangeant le fruit défendu. Je voudrais donc commencer de bonne heure à traiter Mad. la vidame en grande personne qu'on accoutume à se gouverner, et à n'en abuser pas. Ne lui décidez point qu'elle ira à l'opéra et à la comédie, et ne vous chargez jamais de ce cas de conscience qu'elle traitera avec son confesseur. Mais laissez entrer

162 CORRESPONDANCE DE FFNELON 17 janvier 1705 17 janvier 1705 TEXTE 163

un peu d'opéra et de comédie de temps en temps dans l'étendue de la liberté que vous lui laisserez. Permettez-lui d'aller avec madame de...' ou avec d'autres personnes qui lui conviennent, et qui la mèneront peut-être quelquefois aux spectacles. Ne faites point semblant de l'ignorer: ne déclarez point que vous l'approuvez; mais sans affectation, laissez ces choses dans le train de demi-liberté où vous commencerez à la mettre. Si elle vous en parle, ne vous effarouchez de rien, et n'autorisez rien. Mais renvoyez-la à un bon confesseur, qui ne soit ni relâché ni rigoureux. Elle reconnaîtra tout ensemble votre piété ferme, et votre condescendance pour attendre qu'elle se désabuse. Voilà, mon bon Duc, ce qui me paraît ni charger votre conscience, ni celle de notre bonne duchesse', et qui pourra toucher le coeur de cette jeune personne. Vous verrez l'usage qu'elle fera de cet échantillon de liberté, et vous vous réglerez pour la suite sur cette expérience.

Rien ne m'a tant fait de plaisir, que d'apprendre que vous entendez autrement que par le passé les mêmes choses de la vie intérieure, que vous croyiez alors bien entendre. Le maître du dedans instruit bien mieux que ceux du dehors. Quiconque n'a point appris par ces leçons intimes, ne sait rien comme il faut : c'est la même différence que d'avoir ouï parler d'un homme, ou de l'avoir vu. Ecoutez sans cesse Dieu au dedans, et ne vous écoutez point. Le silence de l'âme pour écouter Dieu seul, fait tout.

1031. A MAIGNART DE BERNIÉRES

A Cambray, 17 janvier 1705.

Je suis véritablement affligé, Monsieur, de toutes les importunités que les affaires de notre doyen d'Avesnes' vous causent. Vous avez eu une patience et une bonté infinie de vous laisser longtemps fatiguer d'un si petit détail. Mais je ne saurais éviter de vous lasser moi-même encore une fois, en vous représentant pour la justification de notre doyen, qu'il n'a hésité sur les propositions d'accommodement que vous avez bien voulu lui faire avec tant de charité, que pour me renvoyer la chose, et pour décharger sa conscience, dans un point où il avait besoin d'être décidé par l'autorité de son évêque. 11 m'a mandé qu'il est prêt à suivre' tout ce que nous réglerons vous et moi là-dessus, et il sera très content, dit-il, pourvu qu'il ne fasse rien sans être autorisé. Il m'avertit seulement, qu'il paraîtra par les comptes originaux, que sa possession est incontestable depuis l'an 1671 jusqu'en l'an 1702, c'est-à-dire pour trente et un ans. Voilà, dit-il, le temps de la plus rigoureuse prescription. D'ailleurs le Parlement de Tournay et la cour de Mons ne demandent pas un si long terme pour maintenir les pasteurs en possession. Malgré ces preuves, qui ne demandent, dit-il, qu'une simple inspection des comptes, il est prêt à tout céder pour vous obéir, pourvu que j'en décharge sa conscience, et que je prenne tout sur moi. Je me servirais volontiers, Monsieur, de l'expédient que vous avez bien voulu me proposer, qui est d'entrer en matière avec le magistrat. Mais je n'ai garde de vouloir qu'ils prennent la peine de m'envoyer ici des députés, comme vous me le proposez. Il vaut bien mieux que le pasteur aille chercher le troupeau, et que je fasse tous les pas. J'irai donc à Avesnes dès le premier beau temps, quand je saurai que vous devrez y être. L'honneur et le plaisir de vous y voir me dédommagera des mauvais chemins'. Vous aurez encore une fois la patience d'entendre parler de cette malheureuse affaire. Nous verrons en un quart-d'heure les endroits dont il s'agit dans les comptes originaux depuis 1671 jusqu'en 1702, après quoi tout sera fini en deux mots, comme vous le jugerez à propos. Personne ne sera jamais avec plus de zèle et d'attachement que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1031 A. ETIENNE BALUZE A FÉNELON

Du 17 janvier 1705.

Je reçus hier matin les deux manuscrits du Mont Saint Eloy que vous avez eu la bonté de m'envoyer, dont je vous rends les très humbles grâces que je dois. Mais il n'y en a qu'un qui contienne les oeuvres de saint Cyprien. Il y a dans l'autre les lettres d'Hildebert, évêque du Mans', et celles de Symmaque', avec quelques autres petites choses de peu de conséquence. J'ai déjà commencé à travailler sur celui qui contient les oeuvres de saint Cyprien, et j'espère que j'en aurai bientôt fait. Ce qui me fait vous supplier, Monseigneur, de me faire savoir à qui vous voulez que je remette ces deux manuscrits après ce travail. Je voudrais être assez heureux pour pouvoir vous marquer ma reconnaissance par mes services. Mais il faudrait être plus grand seigneur que je ne le suis. Toujours est-il assuré que je suis, avec un entier respect et avec une parfaite reconnaissance...

1032. A LOUIS DE SACY

A Cambray, 20 janvier 1705.

Je ressens, Monsieur, une véritable joie toutes les fois que vous me donnez si obligeamment de vos nouvelles. Vous pouvez compter que je vous enverrai tout ce qu'il me paraîtra que vous pouvez désirer de voir', et je vous supplie aussi de me faire part de tout ce que vous donnerez au public. Vos factums pour M. le duc de Rohan' m'ont laissé une grande curiosité pour vos ouvrages. Je suis en vérité, Monsieur, tout à vous pour toujours, avec tous les sentiments que vous inspirez.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1033. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi 26 janvier 1705.

Il n'est question, ma très chère fille, ni de moi, ni d'aucune autre personne. Il s'agit de Dieu seul. Si vous pouviez, sans lui manquer, faire la

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164 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 février 1705

rupture que vous projetez', je vous laisserais faire, et je serais ravi de vous voir dans la fidélité et dans la paix, par une autre voie. Mais c'est un désespoir d'amour-propre, qui veut rompre tous les liens de grâce, pour chercher un soulagement chimérique. Votre désespoir redoublerait, si vous aviez fait cette démarche contre Dieu. Mais si vous vous livrez à lui sans condition et sans bornes, le simple acquiescement en esprit d'abandon sans réserve vous remettra en paix. Je vous pardonne d'avoir contre moi les pensées les plus outrageantes. Je me compte, Dieu merci, pour rien. Mais malgré cet outrage que je n'ai jamais mérité de vous, vos véritables intérêts me sont si chers, que je donnerais de bon coeur ma vie pour vous empêcher de détruire en vous l'oeuvre de Dieu. Vous ne pourriez le faire sans perdre la vie, et sans la finir dans une résistance horrible à la grâce. Jamais tentation de jalousie', et de fureur d'un amour-propre ombrageux, ne fut si manifeste. C'est pendant que vous êtes livrée à cette tentation affreuse, que vous voulez faire les pas les plus décisifs. Au moins laissez un peu calmer cet orage. Attendez d'être tranquille, comme les gens sages l'attendent toujours, pour prendre une résolution de sang-froid. Ou, pour mieux dire, ne vous défiez que de vous-même, et nullement de Dieu. Mettez tout au pis-aller. Supposez comme vraies toutes les étranges chimères que votre imagination vous représente. Acceptez tout sans réserve. N'y mettez aucune borne pour la durée. Assujettissez-vous à moi par pure fidélité à Dieu, sans compter sur moi. Demeurez dans cette disposition du fond en silence, sans vous écouter, et n'écoutant que Dieu seul, je suis assuré que la paix, qui surpasse tout sentiment humain', renaîtra d'abord dans votre coeur, et que les écailles tomberont de vos yeux. Faites-en l'expérience, je vous conjure. Dieu permet qu'avec le meilleur esprit du monde, vous soyez dans l'illusion la plus grossière et la plus étrange sur un seul point. C'est une chimère qui fait le plus réel de tous les supplices. Il ne fallait rien moins pour démonter cet amour-propre si délicat et si déguisé. L'opération est crucifiante. Mais il faut mourir. Laissez-vous mourir, et vous vivrez.

1034. A DOM FR. LAMY

A C[ambrai] 11 février 1705.

J'ai reçu avec joie, mon Révérend Père, la nouvelle de votre guérison. Je ne vous dirai pas à quel point j'ai été en peine pour vous. Ne vous fiez pas trop à ce petit retour de santé'. Vous avez usé vos forces par une vie austère, et par de longs travaux. L'application vous épuise et vous mine. Au nom de Dieu ménagez-vous, et faites-le avec simplicité dans un besoin si évident. Vous qui parlez aux autres avec tant d'amitié, laissez vous dire ce que vous leur avez dit. J'espère que vous verrez bientôt beaucoup de choses éclaircies. Tout est réduit maintenant à la notoriété humaine, dont on veut faire l'unique fondement de toute la certitude des symboles et des canons. Mais on verra s'il plaît à Dieu, que c'est la chimère la plus insoutenable et la plus dangereuse, à laquelle on puisse réduire cette controverse'. Je ne m'étonne point qu'on parle ainsi, ni qu'on le fasse d'un ton si décisif. On n'a plus que cette

Février 1705 TEXTE 165

notoriété [pour faire] illusion, et ce ton affirmatif pour se soutenir. Priez pour moi, mon Révérend Père, et aimez toujours l'homme du monde qui vous aime et qui vous révère le plus.

1035. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray, [vers le 18) février 1705.

Je suis très fâché, Monsieur, de ce que nous n'avons dans ce diocèse aucune maison forte', pour faciliter la bonne oeuvre que vous voulez faire. Mais il me semble qu'il y en a une à Lille, où vous pouvez trouver une place, quand vous voudrez bien agir pour l'avoir. Je vous offrirais mes soins, si je ne croyais que vous ferez beaucoup plus facilement que moi ce qu'il faut pour y réussir.

Je vous suis très obligé de la bonté avec laquelle vous avez bien voulu procurer du secours au peuple du Loquignol2. Il était digne de grande compassion, et vous aurez devant Dieu tout le mérite de l'instruction qu'il recevra à l'avenir. L'ecclésiastique qui aura l'honneur de vous présenter cette lettre, est celui que je crois le plus propre pour cet emploi. Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien l'agréer, et de lui accorder votre protection, Comme il sera dans les bois au milieu d'un peuple très pauvre, il ne peut y espérer aucun casuel. Cent écus sont une somme un peu médiocre pour un honnête homme qui sera obligé de tenir son petit ménage loin de toutes les commodités qu'on trouve ailleurs. Ces raisons me font espérer que vous voudrez bien achever votre ouvrage, en lui procurant un peu de bois pour se chauffer dans une forêt où le bois est si abondant. Ce ne sera rien pour le Roi, et ce sera un grand soulagement pour un pauvre prêtre, qui aura d'ailleurs une rude fatigue à supporter. Je suppose que vous voudrez bien lui accorder un logement dans la maison où est la chapelle'.

Souffrez, s'il vous plaît, Monsieur, que je vous supplie très humblement de jeter les yeux sur le Mémoire ci-joint. Il s'y agit des intérêts de M. des Anges, mon secrétaire, à qui je dois beaucoup d'estime et d'affection°. Je suis véritablement fâché de ce que vous êtes importuné d'une telle affaire et je voudrais de tout mon coeur avoir pu vous épargner la peine d'en entendre parler. Mais je ne puis m'empêcher de vous demander la grâce de décider sommairement, si vous le pouvez. Je ressentirai très fortement cette marque de votre bonté.

11 faut que vous me permettiez encore, s'il vous plaît, de dire ici à Madame de Bernières que personne ne peut l'honorer plus parfaitement que je le fais. Je vous dirai même, Monsieur, ce qu'on ne dit guère des dames, qui est que je révère son mérite très solide'.

M. le maréchal de Villeroy a passé ici ce matin en bonne santé comptant, dit-il, de repasser dans quinze jours'. M. de Bedmar avait passé dès hier. Mais il va bien moins vite avec quatre carrosses pleins d'Espagnoles'.

H faut attendre que les chemins soient moins horribles pour aller à Aves-nes. Il n'y a que Mad. d'Oisy qui puisse avoir le courage d'aller en ce temps-ci. Mais elle a raison, puisque c'est à Maubeuge qu'elle est allée'. Quand je saurai votre temps d'aller vers Avesnes, je m'y rendrai avec joie. C'est avec

166 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 février 1705

le zèle le plus sincère que je suis, Monsieur, pour toute ma vie, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1035 A. Dom FR. LAMY A FÉNELON

25 février 1705 TEXTE 167

profiter toujours en faveur des lettres, je me suis donné la peine de conférer le manuscrit des lettres de Symmaque. Il est fort imparfait, non pas en soi, car il est entier, mais parce que celui qui les a copiées n'a pas trouvé à propos de les y mettre toutes, mais seulement celles qui étaient de son goût. Il y manque encore les inscriptions' de la plupart de ces letttres. Il peut néanmoins être utile, y ayant plusieurs bonnes diverses leçons. Je suis, avec le respect et la reconnaissance que je dois, Monseigneur, votre...2

Monseigneur, [21 février 1705]. 1036. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Il ne m'est pas possible d'exprimer à votre Grandeur tout ce que je ressens de l'intérêt si plein de bonté qu'elle veut bien prendre à ma misérable santé. Si j'avais l'honneur d'être plus près de vous, je ne sais si vous ne trouveriez point que je la ménage trop. J'aurai cependant une attention particulière à faire simplement ce que vous me faites l'honneur de me marquer.

J'ai fait un petit voyage à Paris, où j'ai eu la consolation de voir un bon nombre de personnes qui vous honorent singulièrement, et qui m'ont agréablement annoncé ce que vous avez la bonté de me faire espérer'. Il y a cependant sur cela bien des incrédules, et la prévention est grande, et soutenue par des autorités bien imposantes. Mais l'évidence doit tôt ou tard l'emporter. Vous aurez sans doute vu la relation de ce qui s'est passé dans l'assemblée provinciale de Languedoc pour nommer des députés à l'assemblée prochaine du clergé, où M. de Saint-Pons2 a parlé d'une grande force contre l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits. M. de Narbonne' a appuyé son sentiment. Il a dit (M. de Saint-Pons) que cette affaire avait été finie dans la paix de Clément IX; qu'on avait dessein de la renouveler dans la prochaine assemblée du clergé, et qu'ainsi il ne pouvait donner à ceux qu'on avait nommés pour cette assemblée, une procuration absolue pour ce qui regarde le spirituel. Si vous n'aviez pas cette relation, j'aurais l'honneur de vous l'envoyer. En attendant voici un paquet qu'on me recommande fort de vous envoyer bientôt. Il m'a cependant été rendu bien tard. Je suis avec tout le respect et l'attachement imaginable, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 21 février.

F. FRANÇ. LAMY.

1035 B. ETIENNE BALUZE A FÉNELON

24 février 1705.

Avant que j'eusse reçu la lettre par laquelle vous m'avez fait l'honneur de me dire qu'il y avait une personne à Paris, laquelle avait ordre de retirer de mes mains les deux manuscrits que vous avez eu la bonté de m'envoyer, j'en avais déjà fait l'usage que je m'étais proposé d'en faire. Ainsi, il y a du temps que je ne m'en sers plus. Même, pour ne perdre pas d'occasion de

A Cambray, 25 février 1705.

Je ne puis refuser, Monsieur, à la paroisse de Pomereuil, qui est de notre châtellenie du Cateau, de vous demander votre protection pour elle. L'église a une rente sur la paroisse de Berlaimont', qu'on refuse de lui payer. Quand même le paiement des autres rentes serait suspendu pour des raisons de bien public, il semble que celle-ci doit être fort privilégiée. C'est tout le revenu d'une pauvre église, qui tombe presque en ruine, et qui ne peut être réparée, pour y pouvoir dire la messe avec décence et sûreté, qu'autant qu'elle jouira de son revenu. J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien la protéger dans un besoin si pressant. Je ne puis vous exprimer avec quel zèle je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1036 A. Louis MONNIER DE RICHARDIN A FÉNELON

Mardi 17 mars 1705.

Monseigneur,

Je ne sais si le bruit de ma disgrâce' est parvenu jusqu'à V.G. Quelque soumis que je sois aux volontés du Roi, rien ne me fait tant de peine que la prévention dans laquelle est M. le comte de Montbront sur mon sujet'. Comme je sais, Monseigneur, qu'il a beaucoup de confiance en vous, et que vous aimez la vérité, je prends la liberté de vous adresser ce Mémoire', afin de ne manquer à rien de tout ce qui peut contribuer à la lui faire connaître. Les impressions violentes qu'on lui a données de ma conduite, quoiqu'irréprochable, m'inspirent une crainte respectueuse qui m'empêche de m'adresser directement à lui. J'aurais l'honneur de me justifier par moi-même dans son esprit, si je pouvais croire que ma lettre fût bien reçue. On peut faire examiner par qui l'on voudra le Mémoire que je prends la liberté de joindre. Je supplie seulement M. le comte de Montbront de faire quelque attention sur la qualité que les PP. Jésuites ont à mon égard: ce sont mes accusateurs et mes parties; et il est des règles de l'équité de ne pas les croire tout à fait sur leur parole. M. de Pommereuil lui-même, quoique fondateur de la chaire qui a causé tout ce bruit', m'a fait l'honneur de me dire, lorsque je passai

166 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 février 1705

25 février 1705 TEXTE 167

le zèle le plus sincère que je suis, Monsieur, pour toute ma vie, votre très humble et très obéissant serviteur.

profiter toujours en faveur des lettres, je me suis donné la peine de conférer le manuscrit des lettres de Symmaque. Il est fort imparfait, non pas en soi, car il est entier, mais parce que celui qui les a copiées n'a pas trouvé à propos de les y mettre toutes, mais seulement celles qui étaient de son goût. Il y manque encore les inscriptions' de la plupart de ces letttres. Il peut néanmoins être utile, y ayant plusieurs bonnes diverses leçons. Je suis, avec le respect et la reconnaissance que je dois, Monseigneur, votre...2

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1035 A. DOM FR. LAMY A FÉNELON

[21 février 1705].

1036. A MAIGNART DE BERNIÈRES

Monseigneur,

Il ne m'est pas possible d'exprimer à votre Grandeur tout ce que je ressens de l'intérêt si plein de bonté qu'elle veut bien prendre à ma misérable santé. Si j'avais l'honneur d'être plus près de vous, je ne sais si vous ne trouveriez point que je la ménage trop. J'aurai cependant une attention particulière à faire simplement ce que vous me faites l'honneur de me marquer.

J'ai fait un petit voyage à Paris, où j'ai eu la consolation de voir un bon nombre de personnes qui vous honorent singulièrement, et qui m'ont agréablement annoncé ce que vous avez la bonté de me faire espérer'. Il y a cependant sur cela bien des incrédules, et la prévention est grande, et soutenue par des autorités bien imposantes. Mais l'évidence doit tôt ou tard l'emporter. Vous aurez sans doute vu la relation de ce qui s'est passé dans l'assemblée provinciale de Languedoc pour nommer des députés à l'assemblée prochaine du clergé, où M. de Saint-Pons' a parlé d'une grande force contre l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits. M. de Narbonne' a appuyé son sentiment. Il a dit (M. de Saint-Pons) que cette affaire avait été finie dans la paix de Clément IX; qu'on avait dessein de la renouveler dans la prochaine assemblée du clergé, et qu'ainsi il ne pouvait donner à ceux qu'on avait nommés pour cette assemblée, une procuration absolue pour ce qui regarde le spirituel. Si vous n'aviez pas cette relation, j'aurais l'honneur de vous l'envoyer. En attendant voici un paquet qu'on me recommande fort de vous envoyer bientôt. Il m'a cependant été rendu bien tard. Je suis avec tout le respect et l'attachement imaginable, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 21 février.

F. FRANÇ. LAMY.

1035 B. ETIENNE BALUZE A FÉNELON

24 février 1705.

Avant que j'eusse reçu la lettre par laquelle vous m'avez fait l'honneur de me dire qu'il y avait une personne à Paris, laquelle avait ordre de retirer de mes mains les deux manuscrits que vous avez eu la bonté de m'envoyer, j'en avais déjà fait l'usage que je m'étais proposé d'en faire. Ainsi, il y a du temps que je ne m'en sers plus. Même, pour ne perdre pas d'occasion de A Cambray, 25 février 1705.

Je ne puis refuser, Monsieur, à la paroisse de Pomereuil, qui est de notre châtellenie du Cateau, de vous demander votre protection pour elle. L'église a une rente sur la paroisse de Berlaimont', qu'on refuse de lui payer. Quand même le paiement des autres rentes serait suspendu pour des raisons de bien public, il semble que celle-ci doit être fort privilégiée. C'est tout le revenu d'une pauvre église, qui tombe presque en ruine, et qui ne peut être réparée, pour y pouvoir dire la messe avec décence et sûreté, qu'autant qu'elle jouira de son revenu. J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien la protéger dans un besoin si pressant. Je ne puis vous exprimer avec quel zèle je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1036 A. Lows MONNIER DE RICHARDIN A FÉNELON

Mardi 17 mars 1705.

Monseigneur,

Je ne sais si le bruit de ma disgrâce' est parvenu jusqu'à V.G. Quelque soumis que je sois aux volontés du Roi, rien ne me fait tant de peine que la prévention dans laquelle est M. le comte de Montbront sur mon sujet'. Comme je sais, Monseigneur, qu'il a beaucoup de confiance en vous, et que vous aimez la vérité, je prends la liberté de vous adresser ce Mémoire', afin de ne manquer à rien de tout ce qui peut contribuer à la lui faire connaître. Les impressions violentes qu'on lui a données de ma conduite, quoiqu'irréprochable, m'inspirent une crainte respectueuse qui m'empêche de m'adresser directement à lui. J'aurais l'honneur de me justifier par moi-même dans son esprit, si je pouvais croire que ma lettre fût bien reçue. On peut faire examiner par qui l'on voudra le Mémoire que je prends la liberté de joindre. Je supplie seulement M. le comte de Montbront de faire quelque attention sur la qualité que les PP. Jésuites ont à mon égard: ce sont mes accusateurs et mes parties; et il est des règles de l'équité de ne pas les croire tout à fait sur leur parole. M. de Pommereuïl lui-même, quoique fondateur de la chaire qui a causé tout ce bruit', m'a fait l'honneur de me dire, lorsque je passai

168 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 mars 1705 14 avril 1705 TEXTE 169

à Paris, qu'il ne se mêlerait en aucune manière de nos contestations ni pour ni contre, et que puisque nous étions en Justice réglée au Parlement de Tour-nay, il en fallait attendre la décision de ce tribunal, où les PP. Jésuites eux-mêmes nous ont attirés. Je vous demande très humblement pardon, Monseigneur, de cet excès de liberté, que je n'aurais jamais eu la hardiesse de prendre, si je n'étais parfaitement convaincu de votre justice. Si V.G. veut m'honorer de ses ordres, je les attendrai à Bourges chez M. Tovenet vis-à-vis l'Abbaye royale de S. Laurens. Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de V.G. le très humble etc.

1037. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 19 mars 1705.

Je crois, ma très chère fille, que vous ferez très bien d'envoyer votre équipage à Mad. [d'Ois)] pour soulager le sien. Mais le lieu où vous êtes vous dispense de lui donner à dîner. Aussi bien ai-je entendu dire que Mad. de...2 doit venir au sermon ce jour-là. Vous ne pouvez point donner à dîner à toute la troupe. Le prêt de l'équipage ne vous causera aucun embarras. Mais le dîner vous mènerait plus loin. Vous êtes toujours dans un penchant, prête à glisser, et à faire trop bien.

Je suis ravi de ce que S. Joseph nous réunit. Je l'aime au delà de toute expression. C'est un saint tout intérieur. Il me tarde de vous voir dans le silence de ce bon saint'. Je le prie de vous obtenir la délivrance de vous-même.

1038. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray 26 mars 1705.

J'ai été bien surpris, Monsieur, quand j'ai appris un mécompte qui est arrivé par rapport à une grâce que vous m'avez faite de la manière la plus touchante. Il s'agit du soldat que vous eûtes la bonté de faire renvoyer à sa famille sur ma supplication'. Je fis aussitôt donner onze louis d'or, selon votre décision, à un honnête homme de Cambray qui les envoya sans retardement à un marchand de Maubeuge nommé le Fevre. Celui-ci se chargea de payer dès le lendemain cet argent à quelqu'un de vos domestiques, pour le faire tenir au capitaine, qu'il fallait dédommager et que nous ne connaissions pas. Mais j'apprends que ce marchand nommé le Fevre n'a point fait ce paiement. Il allègue des excuses qui me paraissent très mauvaises, et je suis réduit, Monsieur, à vous importuner encore une fois pour vous supplier d'avoir la bonté de faire retirer cet argent de ses mains, pour l'envoyer au capitaine, qui se plaint avec raison de ne l'avoir point reçu. Je ne saurais vous exprimer avec quels sentiments vous est dévoué pour toute la vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

1039. AU MÊME

A Cambray 14 avril 1705.

Quelque juste crainte, que j'aie, Monsieur, d'interrompre vos occupations importantes au bien public, je ne puis m'empêcher de vous faire de véritables plaintes du procédé de M. l'abbé de Liessies. Vous savez mieux que personne sans exception tout ce que j'ai fait en sa faveur; et vous n'aurez pas sans doute oublié qu'il s'est engagé à prendre tels et tels officiers dans son monastère, et de ne les changer point sans ma participation. J'ai tenu cet engagement très secret, quelques efforts qu'on ait pu faire pour m'engager à en donner quelque marque dans le public'. Je n'ai eu rien tant à coeur dans cette affaire, que la réputation de cet abbé, et plût à Dieu qu'il en eût eu autant de soin que moi ! Je n'ai ouvert la bouche ni à Liessies, ni ailleurs, que pour soutenir absolument son autorité. Il a publié de mauvaise foi un écrit imprimé, où il me faisait parler ridiculement, et j'ai mieux aimé souffrir un imprimé si ridicule fait contre la bonne foi et contre le respect dû à mon caractère, que d'en donner un désaveu public, qui l'eût déshonoré sans ressource'. Cette indulgence excessive n'a servi qu'à le rendre plus hardi, au lieu qu'elle devait le pénétrer de la plus vive reconnaissance. Il a changé son prieur', sans prendre aucune mesure avec moi. Je suppose que ce prieur a mérité par ses indiscrétions d'être déposé. Plus cette déposition était nécessaire, plus l'abbé devait supposer que j'aurais égard à la nécessité. Le moins qu'on puisse donner à un supérieur, dont on vient d'éprouver tant de fois l'indulgence excessive et l'amitié secourable, est de croire qu'il ne s'obstinera pas contre de bonnes raisons. Il n'y avait qu'à me les mander, ces bonnes raisons. J'aurais été le premier à m'y rendre, et j'aurais été ravi d'un changement de prieur fait avec cette précaution. Mais cet abbé a-t-il pu s'imaginer que je lui laisserai passer un procédé si odieux, et si contraire à sa parole? Au moins fallait-il me faire agréer la déposition d'un prieur que j'avais choisi en votre présence et avec votre approbation*. Après tout ce que j'avais vu de la conduite suspecte et tout au moins très indécente de cet abbé, je ne pouvais plus en conscience le laisser continuer son gouvernement contraire à l'esprit de sa règle et à l'ancienne discipline de sa maison, à moins que je ne m'assurasse de faire suppléer par un prieur ferme et zélé, tout ce qu'on ne pouvait point espérer d'un abbé de soixante et quinze ans qui n'a jamais pratiqué la régularité monastiques. Il fallait ou prendre cette sûreté en secret, ou pousser en rigueur des informations, qui l'auraient diffamé inévitablement, quand6 elles n'eussent pas fourni assez de preuves rigoureuses pour le déposer. J'ai pris de concert avec vous, Monsieur, le parti d'une douceur peut-être excessive, pour sauver cet abbé, et il m'ôte l'unique fondement de conscience sur lequel je puis l'épargner. Laissons à part toutes les raisons de piété, d'honneur et de reconnaissance. Bornons-nous à celles d'intérêt propre. Il n'est guère prudent d'oser me mettre à une si périlleuse épreuve. J'ai son écrit, et il ne faut que le produire pour le déshonorer à jamais. Je sais qu'il dit qu'il s'est vu contraint de changer ce prieur, pour montrer que Des moulins avait dit faussement à Tournay que je l'avais mis en tutelle, en lui donnant des officiers'. Mais que sera-ce donc si je montre au public par sa propre signature, que Des moulins n'a rien dit que de vrai, que c'est l'abbé qui fait un

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170 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 14 avril 1705

mensonge à tout le public, en niant un fait véritable, et qu'il a trompé indignement son évêque qui l'a sauvé d'une horrible affaire? Veut-il me contraindre à le couvrir de cet opprobre? 11 faudra bien que je le fasse malgré moi, s'il m'y réduit, en m'ôtant toute sûreté de conscience pour le gouvernement de sa maison, où toutes choses retombent dans l'ancien désordre. Il est temps de faire en sorte que la finesse ne lui réussisse plus, et de le réduire à une sérieuse pénitence avant sa mort. Je ne pourrai pas m'empêcher d'aller recommencer une autre visite et une autre information, pour laquelle je sais qu'on m'offrira des preuves plus étendues'. L'acte que j'ai dans les mains donnera même un étrange poids à toutes les dépositions de témoins. Car il sera manifeste qu'un abbé si fier n'a eu garde de se réduire à porter un tel joug, et à reconnaître si ouvertement ses fautes dans un temps d'information affreuse contre sa personne, sans se sentir bien accablé par sa propre conscience. Voilà, Monsieur, ce qu'il me contraindra de faire malgré moi, s'il espère encore de me jouer, et de continuer à abolir toute règle dans sa maison.

Je sais que le curé de Solre S. Géry9 qui lui a fait un tort irréparable pour sa réputation, est souvent à Liessies. Je sais même qu'il y a confessé sur une ancienne admission non révoquée de mon prédécesseur. En vérité cet abbé pousse l'indiscrétion à bout. J'ai fait savoir que je révoquais cette vieille admission, et que j'étais fort surpris que l'abbé eût souvent chez lui un homme qu'il ne devrait jamais y attirer.

Au reste, Monsieur, je suis infiniment éloigné de croire aveuglément les rapports des têtes échauffées qui ont attaqué cet abbé"; mais sans approuver les excès de ces esprits inquiets, je ne trouverai que trop de bonnes preuves selon les règles de droit, pour corriger un homme qui ne se corrige point. Comme vous avez eu la bonté de le protéger, je vous supplie, Monsieur, de lui en donner la marque la plus essentielle, c'est de lui faire ouvrir les yeux sur son tort, et de lui faire entendre combien il se rendra indigne de vos bontés, quand il manquera aux paroles qu'il m'a données en votre présence. Encore une fois, Monsieur, j'écouterai avec plaisir et sans prévention toutes les raisons de changements qu'il me proposera. Mais je ne souffrirai jamais ni qu'il se joue de son supérieur, ni qu'il fasse un changement sans me consulter, parce que je ne puis répondre à Dieu de lui et de son monastère, qu'autant que je serai assuré d'un prieur ferme et droit.

Rien ne sera jamais plus sincère et plus fort que le zèle et l'attachement avec lequel je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Dès que l'abbé voudra prendre un bon parti et suivre vos conseils, vous serez, Monsieur, le maître de ma conduite.

16 avril 1705 TEXTE 171

1039 bis. DOM LAMBERT BOUILLON AU P.***'

[16 avril 1705].

Mon Révérend Père,

Après avoir été persécuté autant que je l'ai été, ma patience est enfin poussée à bout, et j'ai résolu à tout hasarder pour me bien défendre'. Je rends très humbles actions de grâces à M. l'Intendant de la part qu'il veut bien prendre à mes afflictions. Si je pouvais espérer l'honneur de sa protection', je ne craindrais nullement toutes les menaces de Monseigneur l'Archevêque, il est surprenant qu'un juge comme lui se soit laissé prévenir jusques à me condamner toujours d'avance depuis qu'il est à Cambray sans m'avoir entendu, et qu'il veuille se prévaloir d'un écrit, qu'il m'a forcé par une espèce de force majeure' de signer contre nos règles et constitutions, que j'ai été obligé de désavouer, pour empêcher un procès que mes religieux me voulaient faire pour avoir signé cet acte'.

11 se plaint d'un imprimé où, dit-il, on le fait parler ridiculement. Ma communauté a signé que mon dit Seigneur avait dit en plein chapitre toute la substance de cet imprimé'. Je l'attends sur ce fait. Je vous prie seulement de faire que M. l'Intendant me fasse la grâce de trouver un moyen pour faire différer quelque temps la visite que Monsieur l'Archevêque médite et de lui faire entendre que mes religieux se sont opposés à l'écrit que j'ai signé comme je le prouverai par la requête qu'ils m'ont présentée à ce sujet. Il peut appuyer sur cela la lettre qu'il écrira à mondit Seigneur conformément à ce qu'il a eu la bonté de suggérer'.

J'ai résolu de récuser Monseigneur l'Archevêque comme vous verrez par cet écrit commencé dans les formes de droit que je vous prie de rapporter avec vous': il se montre véritablement partie de tous côtés; il entend mes ennemis contre moi et les croit' et pour m'intimider il se sert de son crédit et de son éloquence pour me donner les injures les plus atroces. Je trouverai justice quoi qu'il puisse m'en coûter.

Je vous envoie une voiture et je vous attends impatiemment pour ce soir. Présentez, s'il vous plaît, mes respects les plus humbles à Monsieur et

Madame de Bernières et remerciez-les des bontés qu'ils ont pour moi. Je suis avec vénération, mon Révérend Père, votre très humble et très

obéissant serviteur.

Liessies, le 16 avril 1705.

LAMBERT, ABBÉ DE LIESSIES.

1040. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray 25 avril 1705.

On ne peut être plus sensible que je le suis, Monsieur, à la lettre très cordiale et très obligeante que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire'. Après

Ib

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172 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 avril 1705 25 avril 1705 TEXTE 173

l'avoir lue attentivement je me suis mis devant Dieu pour examiner, non ce que mérite le procédé de M. l'abbé de Liessies, mais ce qui convient davantage au bien de la religion. Souffrez, je vous supplie, que je vous représente encore une fois, ce que je vois dans cette triste affaire.

1° L'abbé s'est servi des promesses qu'il nous a données à vous et à moi par écrit, pour éviter l'orage, et dès qu'il croit l'orage passé, il espère pouvoir impunément nous manquer de parole. Quand vous voudrez bien, Monsieur, vous plaindre hautement de sa mauvaise foi, et lui faire sentir que vous ne lui passerez jamais une conduite si contraire' à ce qu'il vous doit, il ouvrira les yeux, et rentrera dans son devoir 3.

2° 11 fait semblant de croire' que je n'ai que de la prévention contre lui, et que je l'ai maltraité en toute occasion. Le fait est tellement contraire à la vérité, qu'il est impossible que M. l'abbé même puisse se l'imaginer, et le dire sincèrement. Je n'ai eu que de l'envie de le servir et de le justifier. Vous l'avez vu mieux que personne. Quand même je ne l'aurais pas fait par considération pour lui, je l'aurais fait par indignation contre un parti plein d'intrigue et d'emportement'. Depuis mon départ de Liessies j'ai soutenu tout ce que j'y avais commencé. Ma patience est allée jusqu'à l'excès de souffrir que M. l'abbé ait fait imprimer un discours ridicule, comme si je l'avais prononcé'. J'ai gardé un secret inviolable sur l'écrit dont vous êtes dépositaire', de peur qu'il ne fit quelque tort à la réputation de cet abbé, ou à l'autorité qu'il doit avoir dans son monastère. On m'a pressé du côté de Liège d'en donner une copie. Je l'ai refusée, et j'ai répondu en véritable ami de M. l'abbé'. Ma récompense de tant de services est un manquement de parole. Quand on veut être ingrat, on commence par se plaindre de son bienfaiteur. Il ne saurait vous citer un fait, qui marque de ma part le moindre défaut de considération pour lui.

3° Il cherche une raison imaginaire, pour se plaindre que l'autorité abbatiale est blessée en sa personne par l'acte que je lui ai fait signer. Je n'ai jamais songé à faire paraître cet acte, et j'en ai refusé copie à ceux qui me l'ont demandée. Il ne s'agissait donc nullement de l'acte, puisque je ne songeais qu'à en faire un usage doux', salutaire et secret, pour M. l'abbé. Il ne s'agissait pas même d'en tirer contre lui un droit rigoureux. Je ne prétendais nullement le gêner' dans tous les points qui n'auraient pas été manifestement déraisonnables et dangereux. Par exemple, s'il m'eût mandé quelque preuve du défaut de talent de son prieur, j'aurais consenti sans peine qu'il en prît un autre, pourvu que cet autre eût été un homme régulier et prudent. Ce changement se serait fait avec mon approbation secrète, sans que M. l'abbé parût me consulter. Telles sont mes dispositions en sa faveur, et il ne sait pas s'en prévaloir. Il croit des conseils flatteurs. Il met toute sa ressource dans la finesse et dans la chicane. 11 s'effarouche sur un écrit qui ne nuirait jamais en rien à son autorité, et qui demeurerait à jamais supprimé, s'il ne me contraignait pas de faire à mon grand regret un éclat terrible contre sa personne.

4° A l'âge où il est, il sait si peu se modérer, qu'il ne voit pas qu'il va se faire à lui-même tout le mal qu'il veut éviter, et que ses ennemis les plus envenimés n'ont pu lui faire, pendant que nous l'avons protégé vous et moi. Je crois, Monsieur, que vous ne souffrirez pas que cet abbé dise en pleine justice, que j'ai usé de violence pour lui extorquer l'acte dont vous êtes déposi- taire ", et qu'il a signé si librement en votre présence, en protestant qu'il m'était très obligé de mon affection pour lui. Il aura beau dissimuler, inventer des fables, déguiser l'affaire. Le fait évident et notoire à tout le pays, est qu'il était actuellement accusé pour ses moeurs sur les choses les plus terribles, qu'on l'avait impliqué dans les informations faites contre son ami'', que de mon côté j'informais actuellement dans ma visite contre sa personne, que j'avais déjà plusieurs dépositions diffamantes, et que dans cette extrémité M. l'abbé ayant recours à la protection dont vous l'honoriez, je voulus bien, à vos instantes prières, sauver l'honneur d'un vieillard abbé depuis tant d'années, et épargner au public un si grand scandale, qu'enfin cet abbé de peur de voir pousser les informations, m'offrit cet écrit, où il reconnaissait une partie de ses fautes '3, et se liait les mains pour se mettre à l'avenir dans l'impuissance d'abuser de son autorité. Voilà ce que tout le monde croira comme une chose qui saute aux yeux, malgré les procédures captieuses de cet abbé, et le procès qu'il fera pour sauver son honneur achèvera de le perdre. D'ailleurs le langage sincère que vous ne manquerez pas, Monsieur, de tenir, quand il vous aura manqué si indignement de parole, et quand il se plaindra d'une oppression, dont il faudra que vous paraissiez aussi coupable que moi, achèvera de le rendre odieux '4. En vérité j'ai pitié de son aveuglement, qui l'empêche de voir le coup mortel qu'il va se donner.

5° Pour moi qui vois les extrémités où il me pousse, je n'agirai qu'avec lenteur et compassion. Mais je ne m'amollirai en rien. J'irai faire une visite à Liessies. Je verrai s'il est à propos de recommencer les informations. J'écouterai la communauté, qui ne sera peut-être pas toute entière aussi complaisante, ou pour mieux dire aussi timide que quelques particuliers auxquels il a fait signer cette requête fausse et injurieuse". Je ferai mes ordonnances de visite dans toute la rigueur de la règle, des constitutions, etc. M. l'abbé se flatte étrangement s'il s'imagine qu'il sera trouvé irrépréhensible. L'écrit qu'il a signé paraîtra avec les procès-verbaux de mes deux visites, et il sera profondément humilié selon son besoin.

Je ne saurais croire, Monsieur, qu'il me contraigne de faire cet éclat, si vous voulez bien avoir encore une fois la charité de lui dire de vive voix la nécessité où il nous met, vous de rendre témoignage contre lui, et de l'abandonner comme indigne de votre protection, et moi de procéder contre lui d'une façon rigoureuse et déshonorante, dans le temps où je ne cherche que des tempéraments pour l'épargner et pour le servir.

Pardon, Monsieur, de cette horrible" lettre. Je serai toute ma vie avec le zèle le plus sincère et le plus parfait attachement, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1041. AU PÈRE R.-J. DE TOURNEMINE'

A Cambray 27 avril 1705.

M. l'abbé de Langeron, mon Révérend Père, m'a souvent raconté les conversations que vous avez eues ensemble. Ainsi on ne peut être plus

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174 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 avril 1705 2 mai 1705 TEXTE 175

I

prévenu que je l'étais de tous les sentiments qui vous sont dus. Jugez par là avec quelle joie j'ai appris par la lettre très obligeante que vous m'avez fait la grâce de m'écrire, toutes les liaisons de parenté et d'amitié, qui vous unissent avec M. l'évêque de Tournay2. J'espère que vous le viendrez voir quelquefois, et que nous en profiterons. Il trouvera les difficultés inséparables d'un diocèse partagé entre deux dominations différentes. Les coutumes de ce pays sont en plusieurs points assez éloignées de celles de France. Les peuples du pays jaloux de leurs usages craignent naturellement la vivacité, la hauteur, et l'impatience des Français. Ils s'imaginent facilement que nous voulons tout changer, et tout réduire à notre mode. Les ménagements et les manières douces du prélat les charmeront. Ils le trouveront affable, commode, égal, et sachant tempérer les règles par certains égards, qui loin de les énerver les autorisent davantage, en les rendant aimables'. M. Le Brun4 m'avait mandé ces jours passés qu'on voulait entreprendre de faire établir un vicaire général à Courtray pour le côté d'Espagne. C'est ce qui serait très dangereux. Mais je ne crois pas que l'alarme soit bien fondée. La présence du prélat tiendra chacun dans sa place. Vous aurez le plaisir, mon Révérend Père, d'être le témoin du respect qu'on aura pour lui, et du bien qu'il fera. Pour moi je serai ravi de l'aimer, de le respecter, de l'imiter, et d'agir de concert avec lui pour le bien commun de notre province. J'aurais une véritable joie de vous voir venir quelquefois ici en passants, et de vous dire combien je suis, mon Révérend Père, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1041 A. TYRSO GONZALEZ' A FÉNELON

28 aprilis 1705.

Haud pridem advenerunt, quas Illustrissime ac Reverendissime Domi-nationi Vestrœ libuit ad me dare, aviti erga Societatem nostram studii bene-volentiœque singularis testes, si unquam, luculentissimas reddo grates, quas illa omni reverentia digna merebantur, cumulatissimas.

Quid post exactum officii triennium de P. Gabriele Daymeriques' aut etiam P. Balduino Wauquier 3 Cameracensis collegii adhuc rectore ac de eorundem successoribus diligendis statuendum sit, necdum liquet: illud cer-tum, nos suo tempore eam, qua Illustrissima Dominatio Vestra alterutrum sibi deinceps prœsentem cupit, voluntatis propensionem illo pariter loco habituros, qualem decet nostra erga tantum patronum nostrum observantia tot nominibus obstricta.

Scio autem quod Ipsa Illustrissima Dominatio Vestra etiam desiderium suum haud aliter a nobis approbari velit, nisi salvo Societatis nostrœ de suis alumnis disponendi liberrimo semper arbitrio; id enim vero cum primis nobis potentissimo stimulo erit, ut id omne quod licebit promptissimo animo conferamus, memores videlicet cui nos potissimum gratos esse opor-teat.

Deus optimus maximus Illustrissimam Dominationem Vestram et bono rei catholicœ publico ac perinde etiam nostro persistat quam diutissime servare incolumem, atque benevolentissimis favoribus porro me nostrosque omnes demississima cum veneratione iterum iterumque commendo.

Rome.

1042. A MAIGNART DE BERNIÈRES

A Cambray 2 mai 1705.

Je suis vivement touché, Monsieur, de toutes les choses très obligeantes que je trouve dans la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Puisque vous voulez bien avoir encore la patience de faire avant votre départ' un dernier effort pour détromper M. l'abbé de Liessies, je vous supplie de considérer les choses suivantes.

1° M. l'abbé se flatte beaucoup, s'il croit que j'aie pu écrire à la cour en sa faveur', comme s'il imitait le saint abbé Blosius son prédécesseur'. Je me serais déshonoré à pure perte pour lui, si je l'eusse dépeint, contre la notoriété publique, comme un abbé' mort à lui-même, et tout adonné à la vie intérieure. Tout le monde sait dans le pays, qu'il n'assiste jamais de suite' aux offices divins, qu'il ne mange guère au réfectoire, qu'il ne console point ses religieux dans leurs peines, qu'il n'est pas même en état de leur parler avec onction, qu'il se contente de les flatter, quand il croit avoir besoin d'eux, qu'il est tout occupé de son bien temporel, de ses procès, de ses bâtiments, de ses peintures, de sa musique, de sa famille, de ses compagnies'. Il fallait bien au moins avouer qu'il avait été trop amusé', et qu'il n'avait pas assez gardé certaines bienséances. Tout le pays crie sur l'énorme différence qui saute aux yeux, entre la régularité fervente et exemplaire de ses prédécesseurs, et son relâchement. Le vrai moyen de me rendre croyable contre les vices infâmes dont on l'accusait, était de me montrer sincère et exempt de prévention. J'ai dit qu'il était innocent sur ces vices affreux, quoiqu'il ne fût pas aussi régulier que ses prédécesseurs. Peut-on parler autrement au Roi?

2° M. l'abbé nous vient citer la règle de S. Benoist, comme si elle rendait les abbés indépendants des évêques, excepté les cas extraordinaires d'un scandale notoire. Il devrait voir que la règle ne développe pas tout, et qu'il en est de cette loi comme des autres lois écrites que la pratique explique. La pratique constante et universelle est que, sans attendre les cas de scandale, nous visitons les abbayes aussi souvent que nous le jugeons à propos'. Nous examinons, nous interrogeons, nous corrigeons le chef et les membres, l'abbé et les religieux dans toute l'étendue de la règle et des constitutions ou usages locaux. C'est ce qui ne fut jamais mis en doute par aucun abbé un peu instruit. De plus les endroits de la règle que cet abbé cite sont décisifs contre lui. D'un côté l'évêque peut déposer un abbé élu par la communauté, et en choisir un autre, quand le désordre de la maison sera venu à sa connaissance. D'un autre côté l'abbé ne peut point renvoyer un sujet incorrigible sans l'autorité de l'évêque. Enfin M. l'abbé ne voit pas que tout gouvernement spirituel dans un diocèse est pleinement soumis à la juridiction de l'évêque, par le droit commun, que l'évêque n'a besoin d'aucun titre qui lui soit donné par la règle, et qu'on ne pourrait prétendre aucune exemption de lui, qu'en la

176 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 mai 1705 8 mai 1705 TEXTE 177

prouvant par des concessions expresses qui dérogeraient en ce point à la règle universelle'. Nous n'avons donc aucun besoin que notre autorité nous soit

donnée par la règle. Outre que la règle, comme nous venons de le voir, nous

en donne une très absolue dans les points les plus capitaux. D'ailleurs quand la règle n'aurait jamais dit aucun mot de l'évêque, il n'en serait pas moins

par le droit commun de toute l'Eglise, le père, le supérieur, le correcteur natu-

rel de l'abbé et des religieux. Quand M. l'abbé flatté par des conseils mal instruits osera mettre en doute une vérité si incontestable, il me réduira malgré

moi à l'en convaincre. Il ne fera que montrer au monde qu'il ignore son devoir à l'égard de son supérieur, et qu'après avoir relâché la discipline de sa maison, il cherche à secouer le joug de celui qui doit maintenir cette discipline.

3° Il n'a qu'à mettre à part tous les prétextes frivoles dont il veut couvrir

son manquement de parole, son ingratitude, et son relâchement. Si la religion et l'honneur ne le retiennent pas, au moins qu'un amour-propre bien sensé sur son propre intérêt le retienne un peu. Il n'a qu'à choisir entre ces deux partis. L'un est très doux et très sûr pour lui. Il en sera quitte pour me consulter en secret sur le choix de ses" principaux officiers; moyennant quoi je lui laisserai faire tout ce qui ne paraîtra pas absolument mauvais. S'il y a le moindre doute, je pencherai en sa faveur. Je prendrai toujours le parti de le laisser essayer, et vous serez vous-même, Monsieur, le juge de ma condescendance pour lui. D'ailleurs son autorité demeurera hors de toute atteinte, car personne ne saura jamais que M. l'abbé me consulte sur ces choses principales, et j'en garderai un secret inviolable. L'autre parti est de manquer de parole à vous, Monsieur, autant qu'à moi, de dire que nous lui avons extorqué par violence un écrit contre ses droits, et de nous mettre par conséquent vous et moi dans la nécessité de démentir cette oppression, et de publier les raisons pour lesquelles nous avons cru devoir exiger de lui cet écrit'. Dans ce dernier parti il faut ou qu'il nous convainque vous et moi d'être ses oppresseurs et de l'avoir tyrannisé, ou bien qu'il paraisse à tout le public, qu'étant accusé, dans des informations, d'être tombé dans les vices les plus honteux, il n'a pas osé soutenir ces accusations, et nous a apaisés par l'écrit où il s'est dégradé volontairement lui-même en secret pour éviter sa déposition publique. S'il prend le premier parti, il ne doit craindre ni éclat, ni sujétion gênante. Je ne parlerai jamais que pour le justifier et pour le soutenir. Il ne doit attendre qu'amitié, secours et concert, avec le plus profond secret sur l'écrit. Si au contraire il prend le second parti, il cause tout le scandale qu'il veut éviter, il se diffame, il rompt avec vous tout autant qu'avec moi. Il nous met dans la nécessité de le noircir aux yeux de tout le monde. Il nous réduit à faire voir qu'il a menti à la justice, quand il a nié à Tournay, contre Desmoulins, l'écrit qui paraîtra signé de lui ". 11 me contraindra d'aller à Liessies informer en rigueur contre sa personne, et ordonner pour la discipline claustrale tout ce qui ne s'y pratique point assez exactement selon la règle et selon les constitutions ou usages.

Il sera bien aveugle et bien ennemi de lui-même si son entêtement va jusqu'à ne savoir pas choisir entre ces deux partis. Plus j'ai de quoi l'accabler, moins je veux m'en prévaloir. De grâce, ouvrez-lui les yeux' .

Pardon, Monsieur, de tant d'importunités. Je vous souhaite une heureuse campagne, où vous fassiez toujours le même plaisir à tous les honnêtes gens pour le bien du service. Personne ne s'y intéressera jamais avec plus de zèle que votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1043. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Vendredi [8 mai 1705].

Je suis véritablement en peine de toi, mon cher fils. Je n'ai qu'un Panta au monde. Conserve-le-moi, je t'en prie. Laisse le bois aller comme il pourra '. Reviens nous voir. Il court un bruit que l'Empereur est mort'. On n'en mande rien de Paris. M. le maréchal de Villeroy passe ici lundi'. J'embrasse les deux bambins'. Tout à mon fils Panta.

1044. A CHARLES MAQFOSSE'

A C[ambrai] 23 mai 1705.

Je ne crois pas, Monsieur, qu'on doive avoir aucun égard à un voeu fait inconsidérément par pur chagrin et dans un dépit pour une passion. Ainsi vous pouvez faire connaître à cette personne la faute qu'elle a commise en faisant à Dieu une promesse si indiscrète. Mais vous devez lui faire entendre qu'elle est libre, et lui imposer quelque pénitence salutaire, qui soit proportionnée à ses besoins. Je suis très sincèrement, Monsieur, tout à vous.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1045. A DOM FR. LAMY

A C[ambrai] 25 mai 1705.

Vous ne me devez aucun remerciement, mon Révérend Père': c'est moi qui dois vous remercier. Car je ne cesse jamais de recevoir des marques de votre amitié qui m'est précieuse. Vous aurez vu, si je ne me trompe, dans la troisième Instruction que les autorités qu'on nous oppose ne sont point contre nous, et que toute la tradition est concluante en notre faveur'. Vous aurez vu dans la troisième' que l'Eglise ne serait pas sainte dans ses commandements, si elle n'était pas infaillible sur les textes, parce qu'en ce cas le Formulaire serait un acte impie et tyrannique, qui extorquerait manifestement des parjures, et qu'il faudrait révoquer. Le parti criera, et éblouira les esprits superficiels. Mais à la longue une vérité si claire et si fondementale prévaudra, et l'on sera enfin étonné qu'elle ait pu être si longtemps contestée. On répond à mes raisons par des injures. Pour moi je laisserai à part les injures, et je ne m'arrêterai qu'aux raisons. On verra de quel côté est la véritable grâce, ou du côté de ceux qui montrent tant de hauteur et d'esprit satirique,

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178 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 mai 1705 28 mai 1705 TEXTE 179

ou du côté de ceux qui tâchent de défendre avec humilité, douceur et patience ce qu'ils croient être la vérité.

Vous me parlez d'un très digne prélat qui m'aime depuis longtemps, et que j'honore du fond du coeur'. Je ne doute nullement que M. l'abbé de Mangeronj ne lui ait envoyé un exemplaire. S'il l'avait oublié, contre son intention et contre la mienne, je vous conjure d'avoir la bonté d'envoyer au prélat, de ma part, votre exemplaire, et je ne manquerai pas de vous en envoyer un autre, et même plusieurs, si vous le souhaitez.

Prions, mon Révérend Père, pour les esprits prévenus, et loin de nous irriter comme eux ne songeons qu'à les plaindre, qu'à les attendre, qu'à chercher les moyens de les guérir de leur prévention. Il faudrait n'être pas homme pour ne pas sentir combien il est facile de s'engager dans l'erreur, et combien il en coûte' pour en revenir. Priez aussi pour moi afin que je ne soutienne la vérité que dans l'esprit de la vérité même. J'aurais une sensible consolation si je pouvais vous embrasser et vous entretenir. Mais votre santé et vos engagements ne vous permettent pas de venir ici et il faut se priver de plus chers amis, quand Dieu] nous en sépare. C'est en lui que je vous retrouverai toujours malgré la distance des lieux. Je suis de plus en plus avec tendresse et vénération, mon Révérend Père, tout à vous.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1046. Au BARON JEAN-FRÉDÉRIC KARG'

[25 mai 1705].

Je me réjouis de tout mon coeur, et pour S.A.É. de Cologne et pour vous, du succès de votre négociation'. D'un côté, ce Prince n'a rien à craindre pour l'entière restitution de ses Etats, puisque le Roi veut prendre soin des intérêts de ses Eglises', d'un autre côté, il a sept mois qui lui sont accordés par le Pape, pendant lesquels il peut se préparer à sa consécration. Plus il fera bon usage du temps si précieux, plus il aura sujet d'espérer que le Pape, qui ne regarde que sa sanctification personnelle et le bien de ses Eglises, lui accordera un nouveau délai, à la prière du Roi, s'il croit en avoir encore besoin à la fin de l'année'. Il faut seulement souhaiter qu'un prince naturellement si bon et qui a d'ailleurs tant de religion, se tourne tout entier vers la profession qu'il veut embrasser. Quand ces grands princes se donnent de bonne foi à l'Eglise, non seulement ils la protègent dans les pays où elle a un pressant besoin de protection contre les protestants, mais encore leur vertu édifie plus que celle des autres évêques d'une moindre naissance'. Le point principal est que S.A.É. emploie le temps qui lui reste, sans aucune irrésolution et sans regarder derrière lui', ne songeant qu'à se préparer et à vivre par avance dans la régularité qu'il se propose d'observer après sa consécration'. J'espère qu'il le fera d'une façon exemplaire, car je viens de le voir à Bruxelles dans des dispositions très édifiantes.

Je me réjouis, Monsieur, de ce que vous n'irez point en Normandie'. Vous en retournerez plus tôt auprès de l'Electeur, et je profiterai de votre passage.

C'est avec la plus parfaite sincérité que je suis, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 25 mai 1705.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1047. Au VIDAME D'AMIENS

28 mai 1705.

Je suis ravi, Monsieur, d'apprendre que vous ne vous éloignez point de notre frontière, et que je demeure à portée de vous tourmenter par mes lettres. Je ne veux ni vous flatter ni vous décourager sur l'affaire en question. Vous n'aurez de vrai repos, que quand elle sera achevée. La comparaison que vous faites est très juste. Elle dit tout. Mais quand on se connaît comme vous vous connaissez, on a grand tort si on ne s'exécute pas soi-même. Ce que je vous demande n'est pas un effort de courage. C'est seulement de commencer ce que vous voyez bien qui ne saurait être fait trop tôt, et de ne vous plus écouter vous-même. Vous vous épargnerez beaucoup de douleur et de danger, vous en épargnerez même beaucoup à autrui, en tranchant tout d'un coup. On ne peut adoucir les opérations douloureuses, qu'en les rendant très promptes. On ne peut même les assurer, quand on se défie sincèrement de soi, comme on doit s'en défier après tant d'expériences, qu'en se mettant d'abord dans l'heureuse nécessité de ne pouvoir plus reculer sous aucun prétexte. Si on veut de bonne foi venir à l'exécution, pourquoi hésite-t-on avec tant de subtilité pour la retarder, et pour la rendre plus difficile? Réservez-vous, chaque jour, un quart d'heure' de liberté le matin, et autant vers le soir pour vous accoutumer à puiser dans la vraie source. Si vous le faites fidèlement, vous serez tout étonné de vous trouver beaucoup plus fort et plus décidé que vous n'oseriez l'espérer. Essayez-le avec persévérance, et vous m'en direz des nouvelles. Je pense à vous, Monsieur, dans toutes les heures de la journée. Je vous porte au fond de mon coeur, et je ne puis vous exprimer avec quel zèle je vous suis dévoué pour toute ma vie.

1047 A. G.B. BUSSI A FÉNELON

[7 juin 1705].

Illustrissime ac Reverendissime Domine,

Falsus rumor de mea ad nunciaturam Coloniensem promotione, veram Dominationis vestrœ illustrissimœ ac reverendissimœ excitavit humanita-tem, ad me benignissimis suis litteris honestandum Dicam confidenter quid sit, atque in amicum sinum secretum deponam. Sanctissimus Dominus noster misertus missionum Hollandiœ, quœ per intestinas sacerdotum dis-cordias funditus evertuntur, vult mea opera uti ad tranquillitatem illuc, si

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180 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 juin 1705

fieri potest, inducendam2. Mittor ergo ad Batavos tanquam privatus, ac quo-cumque charactere spoliatus. Discedam hac nocte; premor enim mandatis

apostolicis et missionum necessitate. Arduam sane provinciam, vir illustrissime, suscipio, et cui me penitus imparem agnosco, sed inoptatam et solo obedientiœ merito spectabilem aggredior tamen fiducialiter, si res ex voto succedat, mercedem maximam consecuturus salutem animarum. Patere igi-tur, Prœsul dignissime, ut tuam tanto in negotio opem implorem. Tercentum mille catholici illas provincias incolunt, quibus, nisi opportune succurratur, imminet religionis ruina. Dominationis vestrœ illustrissimœ precibus rem enixissime commendo, subque tali ac tanto patrocinio itineri me committo'. Si quid sit ad obsequium in illis partibus, honorem mandatorum illustris-simœ Dominationis vestrœ operiar impatiens. Immensas interim pro tot in me collatis beneficiis grates rependo. Oblitus eram Instructionum pastora-lium, quarum magnam partem jam legi non saliens: opus vere dignum tanto auctore, et per quod semper honos, nomenque tuum laudesque manebunt. Veniam interim petens, quod raptim scripserim, cum obsequiorum meorum sincera oblatione, jugem cultum et observantiam perspecto Dominationis vestrœ illustrissime merito semper prœstaturus inscribor,

Illustrissime ac reverendissime Domine, Illustrissime ac Reverendissimœ Dominationis vestrœ humillimus et obsequentissimus famulus,

Bruxellis 7 junii 1705.

JO. BAPT. BUSSIUS, ABBAS S. SALVATORIS.

1047 B. P.-J. DE PERCIN DE MONTGAILLARD I A FÉNELON

[9 juin 1705].

Le désir que j'ai, Monseigneur, que vous receviez avec bonté la liberté que je prends de me plaindre à vous des intentions et de la conduite que vous m'attribuez dans les dernières Instructions qu'on m'a écrit de plusieurs endroits que vous venez de publier contre le Cas signé de XL Docteurs, m'oblige de prier M. le comte de Fénelon votre frère aîné, de joindre une de ses lettres à celle-ci. Il me mande de Toulouse qu'il était parti de Fénelon pour me venir dire le dernier adieu, son âge ne lui permettant pas d'espérer de pouvoir faire une autre fois ce voyage, mais que sa famille le presse de n'aller pas plus loin. Dans l'incertitude où je suis s'il viendra ici, je le prie de vous faire savoir qu'il y a plus de 55 ans que nous sommes liés d'une amitié étroite, que je suis son proche parent, et que j'ai toujours fait une profession publique d'être attaché à votre personne, et d'estimer les grandes qualités qu'il a plu à Dieu de vous donner.

A S. Pons ce 9 juin 1705.

...La crainte que j'ai que cette lettre n'arrive pas à temps à Toulouse pour y trouver M. le Comte de Fénelon votre frère, fait qu'à peine j'ai eu le loisir de la relire'.

12 juin 1705 TEXTE 181

1048. A UN PROTESTANT NÉERLANDAIS

A Cambray, 12 juin 1705.

Vous me faites une vraie injustice, Monsieur, si vous me croyez capable de vous oublier. Rien ne peut effacer de mon coeur l'impression que vous y avez faite. Mon estime pour votre personne durera autant que ma vie; ainsi je ne puis être que très sensible au plaisir de recevoir de vos nouvelles, et de vous donner des miennes. Plût à Dieu qu'une bonne paix vous mît en liberté de nous venir voir '! nous parlerions à coeur ouvert sur la vraie Eglise. Vous la connaissez et vous l'aimez. Vous n'êtes point du nombre de ceux qui veulent par un zèle amer arracher tous les scandales'. Vous n'avez pas oublié que Jésus-Christ nous a dit. Laissez croître le mauvais grain avec le bon jusqu'à la moisson, de peur que vous n'arrachiez l'un avec l'autre'. En se séparant de l'épouse, les Protestants ont perdu l'esprit de l'époux. Ils récitent des prières; mais l'esprit de prière est loin d'eux. Ils ne sont ni humbles ni dociles; faut-il s'en étonner? Les branches séparées de la tige se dessèchent et ne reçoivent plus de sève pour se nourrir. S. Cyprien, qui vivait si près du temps des apôtres, et qui était si rempli de l'esprit de grâce, disait: Deus unus est, et Christus unus, et una Ecclesia, et cathedra una super petram Domini voce fundata. Aliud altare constitua, aut sacerdotium novum fieri praeter unum altare et unum sacerdotium, non potest. Quisquis alibi collegerit, spargit4, etc. Il dit ailleurs: Te judicem Dei constituis, et Christi, qui dicit ad apostolos, ac per hos ad omnes praepositos, qui apostolis vicaria ordinatione succedunt: Qui vos audit, me audit', etc. A Dieu ne plaise, Monsieur, que je vous rapporte tout ceci pour vous troubler dans votre situation présente! Je me borne à vous inviter de chercher le sein de la vraie épouse, pour y sucer les mamelles de sa consolation. J'attends pour vous les moments de Dieu, et en les attendant je le prie de consommer son oeuvre en vous, pour sa gloire.

Le portrait que vous me faites de l'église catholique de Hollande, est déplorable. Je suppose avec vous, que les Réguliers ont pu faire des fautes par indiscrétion, par hauteur, par jalousie. Il ne faut point être surpris que les hommes soient hommes, et qu'ils mêlent avec le zèle de la religion ces misères de l'humanité. Mais il faut remonter à la source, et examiner les règles de droit :

1° Le clergé de Hollande ne saurait, dans l'état présent, exercer aucun droit d'élection, pour se donner des évêques. J'avoue que suivant les anciens canons, tout clergé peut, avec le témoignage du peuple, élire un nouvel évêque pour remplacer celui qu'il a perdu. J'avoue même que la Hollande a diverses églises, qui furent érigées en titres l'an 1559. Alors Utrecht évêché fort ancien fut érigé en archevêché. On érigea en même temps en évêchés suffragants de cette province, Haarlem, Middelbourg, Deventer, Leuwarden et Groningue. Mais il y a très longtemps que la Hollande n'a aucun évêque titulaire. Ainsi, quand même le clergé de ces églises voudrait entreprendre de faire des élections suivant les canons, ils n'auraient point d'évêques compro-vinciaux pour consacrer l'élu et par conséquent leurs élections demeureraient sans aucun effet'.

2° Un évêque ne pourrait point être le vrai pasteur de plusieurs de ces églises épiscopales; par exemple celui qui aurait le titre d'Utrecht ne pourrait

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point, selon les canons, et sans une dispense expresse de Rome, avoir celui de Haarlem ou de Middelbourg. Un évêque ne pourrait être titulaire et pasteur propre, que d'une seule église. Ainsi il demeurerait étranger aux autres églises dont les titres sont incompatibles avec le sien'.

30 Les évêques qu'on a vus en nos jours dans la Hollande, n'ont pas pu l'être en vertu d'une élection du clergé, qui les attachât aux titres de ces églises; car outre qu'une élection faite par le clergé et une consécration faite par des évêques de la province, n'auraient pu attacher chaque évêque qu'à une seule église, sans aucun droit sur aucune de toutes les autres; de plus le fait incontestable et notoire est que ces évêques étaient des évêques qu'on nomme in partibus, c'est-à-dire des évêques auxquels Rome avait donné des titres tirés des églises de certains pays, où la religion catholique est éteinte. C'est ainsi, par exemple, que le Pape a donné à M. Codde le titre d'archevêque de Sébaste en Arménie. Le titre d'archevêque de Sébaste est incompatible avec celui d'archevêque d'Utrecht, ou d'évêque de Haarlem. Ainsi, puisqu'il a le titre d'archevêque de Sébaste, il est évident qu'il n'a aucun titre d'épiscopat dans aucune des églises de Hollande, et qu'il ne peut y être qu'un évêque étranger, qui a exercé en ce pays-là une simple commission du S. Siège. Aussi voyons-nous que selon les qualités qui lui ont été données, il n'est, par titre canonique, archevêque titulaire qu'à Sébaste en Arménie, et que pour la Hollande il n'y est que vicaire apostolique, c'est-à-dire un missionnaire étranger à ces églises, qui est venu, par une pure et simple commission du Pape, pour travailler en son nom. Or il est visible que, qui dit un simple vicaire, dit un agent qui n'a aucun pouvoir que celui de la puissance qui l'envoie, et qui n'a ce pouvoir, qu'autant qu'il lui est continué. Il est révocable ad nutum et sans procédure: comme vous n'avez pas besoin de faire un procès à votre domestique, quand vous lui avez donné une commission pour exécuter vos ordres dans votre maison, et que vous jugez à propos de ne continuer plus à lui confier cet emploi.

4° De là il s'ensuit, Monsieur, que le Pape n'a eu besoin ni de faire un procès dans les formes contre M. l'archevêque de Sébaste, ni de prononcer une sentence contre lui, ni de rendre aucune raison de la révocation, ou cessation de ses pouvoirs'. Il suffit que le Pape ne juge pas à propos de lui continuer une commission qu'il lui avait librement confiée, et qu'il ne lui doit en aucune façon. Il est vrai, que s'il voulait lui ôter le titre d'archevêque de Sébaste, il faudrait auparavant procéder selon les formes canoniques, à sa déposition. Mais il n'en est pas de même de la simple commission apostolique que cet archevêque avait en Hollande. Cette commission est purement arbitraire et révocable au gré du Pape, qui l'avait confiée à cet archevêque, sans aucune obligation de le faire. Il suffit que la confiance, qui avait fait donner cet emploi à M. Codde ait cessé, pour faire cesser l'emploi. Le moins qu'on puisse accorder au chef de l'Eglise, est qu'on le laisse libre pour donner sa confiance à qui il lui plaît et qu'on ne veuille pas lui faire la loi sur le choix des hommes de confiance, par lesquels il conduit ses propres missions.

5° De là il s'ensuit aussi qu'on aurait eu un étrange sujet d'être scandalisé de M. l'archevêque de Sébaste, s'il eût osé continuer des fonctions pour lesquelles il n'avait plus aucun pouvoir. Cette continuation aurait été une usurpation manifeste, et une entreprise purement schismatique. La piété que vous louez en lui, Monsieur, et que je suis ravi d'y supposer, ne permettait pas à un homme instruit des règles, d'exercer depuis la révocation, le vicariat

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du S. Siège, malgré le S. Siège même'. Ce prélat a dû '° même faire entendre au clergé et au peuple de ces provinces, qu'un simple vicaire révoqué par le S. Siège, n'est plus à leur égard que comme un évêque étranger qui passerait dans le pays. Si sa vertu est aussi sincère que je le suppose de tout mon coeur, il ne doit plus faire aucun autre usage de son autorité, et de la confiance des catholiques, que celui de leur inspirer la docilité et la soumission due au S. Siège dans ce changement. Il ne doit craindre que la division, que le scandale des Protestants, et que le danger de quelque diminution du respect, que les catholiques doivent conserver inviolablement pour le chef de la véritable Eglise; il doit vouloir comme Jonas, être précipité dans la mer pour apaiser cette tempête. C'était la disposition de S. Grégoire de Nazianze, quand il quitta Constantinople et sa chère Anastasie, où il avait fait les fonctions épiscopales avec tant de zèle et de fruit. Après tout, pourquoi les églises de Hollande avaient-elles reçu M. l'archevêque de Sébaste? C'était à cause que le Pape le leur avait donné comme son vicaire parmi eux. S'ils le recevaient alors, non à cause de sa mission apostolique, mais à cause de l'amitié personnelle qu'ils avaient pour lui, ils agissaient par prévention humaine dans l'oeuvre de Dieu, et ils ne regardaient point le ministère dans l'esprit de l'Eglise. Cette mauvaise disposition a préparé la division et le scandale dont tous les gens de bien doivent maintenant gémir. Si au contraire ils ont reçu l'envoyé du Siège apostolique par l'amour de ce Siège, et par la foi du ministère même, pourquoi hésitent-ils à laisser retirer ce vicaire que le S. Siège rappelle, et pourquoi rejettent-ils le provicaire, qui vient par l'autorité du même Siège "? Quand on entre dans l'esprit de subordination, que le christianisme demande, c'est l'amour de la règle, et non pas l'inclination pour les personnes, qui détermine à recevoir ou à rejeter ceux qui viennent pour exercer le ministère sacré. Suivant cette règle le vicaire et le provicaire doivent être également reçus ou rejetés, puisqu'ils ont été tous deux également établis par le Pape avec une simple commission révocable. Que si on rejette l'un pour s'attacher à l'autre, il est visible que ce n'est plus la règle qu'on suit, mais qu'on se détermine par une inclination personnelle qui est très suspecte. Les Réguliers ont fort assuré que la plus grande partie du clergé séculier de Hollande suivait aveuglément la doctrine de Jansénius; que le père Quesnel et le père Gerberon avaient un grand crédit dans ce clergé '2; que M. l'archevêque de Sébaste était attaché à cette doctrine, et favorisait ce parti. Qu'est-ce qui peut confirmer davantage cette accusation, que de voir le clergé séculier de Hollande faire tant d'efforts pour retenir M. l'archevêque de Sébaste, après que le Pape a cru voir que ce prélat favorisait les sentiments du parti; et de voir en même temps ce clergé rejeter le provicaire qui est opposé au jansénisme? Le prétendu droit d'élection est, comme je viens de vous le montrer, insoutenable et hors de toute apparence; il sert seulement de prétexte pour couvrir la véritable raison qui fait refuser le provicaire, je veux dire son anti-jansénisme 13.

6° Le clergé de Hollande dira en vain que ce n'est pas lui qui résiste au Pape, et que cette résistance vient des Etats-Généraux. Les Etats-Généraux ne prétendent point le droit d'élection pour un évêque; c'est le clergé qui prétend ce droit, et qui l'allègue contre le S. Siège. C'est donc le clergé qui fait une véritable résistance pour ne recevoir pas le provicaire. Quand ce clergé d'un côté oppose au Pape son prétendu droit d'élection, et que d'un autre

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côté il proteste que ce n'est pas lui qui résiste au S. Siège, on aperçoit qu'il veut tout ensemble et résister, et paraître ne résister pas. On voit que ce clergé s'entend avec les Etats-Généraux pour rejeter le provicaire, et pour réduire Rome à rétablir M. de Sébaste '4. Après tout n'est-il pas vrai que les Etats-Généraux ne se fussent jamais mêlés de cette affaire, si le parti ardemment attaché à M. de Sébaste n'eût pas eu recours à cette puissance séculière '5? Le seul intérêt des Etats-Généraux était d'avoir un vicaire ou un provicaire apostolique qui fût du pays. Mais qu'importait-il aux Etats-Généraux, que l'homme autorisé par le Saint Siège fût vicaire ou provicaire, et que ce fût ou M. Codde ou M. Cock? Les Etats-Généraux n'ont pu prendre parti entre ces deux choses, qu'autant qu'on a eu recours à eux, et qu'on a fait trouver un intérêt politique à protéger M. de Sébaste, avec son parti, pour diviser les catholiques et pour les soulever contre Rome.

7° L'intérêt politique dans lequel on peut très naturellement faire entrer les Etats-Généraux, est que le parti attaché à la doctrine de Jansénius est moins éloigné que l'autre de la doctrine des Protestants de Dordrecht, sur la liberté et sur la grâce; qu'au contraire, le parti des Réguliers est dans les maximes des théologiens de Rome, et que ce parti tout dévoué au Pape, nourrira toujours les catholiques du pays dans une espèce d'indépendance des Etats-Généraux; au lieu que le parti de M. de Sébaste ne dépendra de Rome que d'une manière très faible, s'il peut venir à bout de maintenir son droit d'élection.

8° Il est naturel que les Etats-Généraux portent encore plus loin leur vue: ils doivent être ravis de fomenter cette division entre les catholiques; un schisme naît insensiblement. Les premières causes en sont d'abord presque imperceptibles ; dans la suite on se trouve peu à peu embarqué; on ne veut point reculer ; on s'échauffe; on se pique: sur les fins, on est réduit à prendre des partis extrêmes et de désespoir, dont on aurait eu horreur, si on les eût prévus quand on a fait les premiers pas '6. Les Etats-Généraux profiteraient volontiers de cette division, pour détacher du S. Siège cette multitude de catholiques qui leur sont toujours un peu suspects, pendant qu'ils les voient attachés par le lien de la religion au Pape, dont la puissance leur donne tant d'ombrage. On ne saurait être étonné que les Etats-Généraux aient cette vue; elle est conforme et à la religion protestante qu'ils ont embrassée, et à leurs principes de politique. Mais ce qui est triste, c'est de voir que le clergé séculier de Hollande craigne moins en cette occasion les Protestants que les Réguliers; et qu'ils aiment mieux recourir à la puissance séculière, qui est protestante, pour lui soumettre le ministère sacré, que de continuer à dépendre des envoyés de Rome, quand le Pape s'attache à leur donner, pour les conduire, des supérieurs opposés au jansénisme.

9° Vous dites, Monsieur, que «le Roi de France prétend avoir droit de faire des évêques, et d'exclure de l'épiscopat des sujets qui lui sont suspects». Vous ajoutez que «si un roi soumis à l'Eglise catholique a cette prétention, un souverain qui est par sa religion indépendant de cette Eglise, peut à plus forte raison prétendre qu'on ne fasse point dans l'étendue de ses Etats aucun évêque, qu'il n'ait choisi ou agréé». Mais souffrez, je vous prie, que je vous représente combien cette comparaison a d'inconvénients. L'Eglise catholique connaissant que le Roi de France est plein de zèle pour la vraie religion, ne craint pas de lui confier l'un de ses pouvoirs; elle veut bien lui laisser choisir les évêques, parce qu'elle est assurée qu'il ne voudra choisir que des sujets zélés pour la saine doctrine, et pour l'unité dont le S. Siège est le centre; c'est cette confiance qui fait que l'Eglise défère au choix du Roi. Elle lui donne volontiers un pouvoir dont elle ne craint aucun mauvais usage contre la foi, et elle en retire une puissante protection; mais ne voyez-vous pas qu'elle n'a garde de confier de même ce pouvoir aux autres souverains, qui se sont déclarés ennemis de l'unité catholique et de l'ancienne doctrine? Une mère doit-elle autant confier les clés de sa maison à ses ennemis qu'à ses enfants? J'avoue qu'il y a de la différence entre le choix et l'exclusion des sujets: un souverain zélé pour l'Eglise catholique peut sans doute mériter que l'Eglise lui confie le choix des sujets, au contraire il ne convient pas que cette Eglise confie au souverain qui est déclaré son ennemi, le choix des évêques: ce serait livrer le sanctuaire à ceux qui veulent le profaner. Mais un souverain protestant qui tolère par connivence la religion catholique dans ses Etats, peut ne vouloir continuer cette connivence, qu'autant que l'Eglise lui laissera la liberté d'exclure les sujets qui lui seront raisonnablement suspects de troubler le gouvernement temporel. Si la chose était précisément renfermée dans ces bornes, elle ne serait pas sans quelque fondement, mais un souverain opposé à l'Eglise catholique abusera facilement de ce beau prétexte, pour exclure tous les bons sujets, et pour réduire l'Eglise à se servir de ceux qu'elle doit rejeter. Par exemple, dans le cas présent, il est fort à craindre que les Etats-Généraux, d'intelligence avec le parti prévenu pour la doctrine de Jansénius, n'excluent M. Cock '', que pour réduire le Pape à confier ses pouvoirs à quelque ami de M. de Sébaste, qui soit dévoué au parti janséniste. Je ne sais point le détail, et je n'ai garde de me mêler d'avancer rien là-dessus; mais voilà ce qu'il est naturel que le Pape craigne. Remontons, Monsieur, à quelque exemple ancien, qui serve à rendre la chose claire et sensible. Si l'empereur Valens, qui était Arien, eût voulu exclure de l'épiscopat chez les catholiques, tous ceux qu'il lui aurait plu de déclarer suspects du côté de la politique, il aurait exclu chez les catholiques tous les bons sujets qui étaient capables de soutenir la pure foi contre l'hérésie arienne; et il aurait insensiblement réduit, par de telles exclusions, l'Eglise à ne pouvoir plus choisir que des sujets faibles, timides, ignorants, et peut-être même fauteurs secrets de l'arianisme. Vous voyez bien que dans un tel cas, non seulement l'Eglise catholique n'aurait pas confié à l'empereur Valens la nomination aux évêchés, mais encore qu'elle n'aurait point eu d'égard aux exclusions données à tous les bons sujets par ce prince ennemi de la pure foi. Vous voyez bien que l'Eglise catholique aurait regardé ces exclusions, colorées du prétexte de la politique, comme une persécution indirecte et très dangereuse; vous voyez bien que l'Eglise catholique aurait souffert cette artificieuse persécution jusqu'à endurer le martyre, plutôt que de se laisser priver sous un beau prétexte, de tous les sujets capables de soutenir la pure foi, et de réprimer la contagion de l'hérésie. Il est certain, Monsieur, que l'ancienne Eglise aurait cru devoir répandre son sang pour maintenir sa liberté contre un empereur hérétique, dans un tel cas, malgré le prétexte spécieux des exclusions nécessaires par rapport à la politique. Pourquoi donc ne voulez-vous pas que le S. Siège soit maintenant en garde contre un souverain protestant qui, sous prétexte d'exclure les sujets suspects du côté de la politique, réduirait le Pape à ne pouvoir choisir pour le vicariat apostolique, que des sujets faibles ou dévoués au parti janséniste? Faut-il

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qu'un clergé catholique recoure aux Etats protestants, et s'entende avec eux pour mettre le S. Siège dans cet assujettissement si dangereux à la vraie foi? Si ce clergé était sincèrement dans les dispositions où il devrait être, il devrait faire les derniers efforts pour obtenir le consentement des Etats-Généraux en faveur de la réception du provicaire apostolique. Ce clergé devrait dire:«Quand même la personne du provicaire ne nous conviendrait pas, et qu'il nous paraîtrait trop favorable aux Réguliers, nous devons sacrifier nos répugnances et nos contestations particulières, à certains points capitaux». Le premier de ces points est de ne s'exposer point par cette division naissante, à aucun danger de schisme pour les suites. Le second point est de ne pas laisser entrer le souverain protestant, sous aucun prétexte ni d'élection ni d'exclusion, dans tout ce qui regarde le choix des vicaires apostoliques, et par conséquent demeurer à cet égard intimement unis au S. Siège, pour conserver cette liberté de l'Eglise indépendamment d'une puissance protestante, qui doit être si suspecte, dans cette matière, à tous les vrais catholiques. Le troisième point est de montrer que l'alarme que le S. Siège a sur le jansénisme n'est pas bien fondée. Tout le clergé de Hollande devait se justifier sur ce soupçon, en ne s'attachant point à M. de Sébaste, que le Pape croyait prévenu de cette doctrine. Le clergé devait demander lui-même avec instance, que le Pape donnât tel provicaire ou tel visiteur extraordinaire qu'il jugerait à propos, pour examiner leur doctrine, pour veiller sur leur conduite, et pour en rendre compte à Rome. Voilà ce que doit faire un clergé éloigné de toute prévention pour la nouveauté, et qui ne craint rien tant que de donner aux Protestants une ouverture pour entrer dans le ministère des églises catholiques. Ce clergé devait aller à bras ouvert au-devant du provicaire, et dissiper tout ombrage par sa soumission; il devait répondre de ce provicaire aux Etats-Généraux, pour obtenir qu'on le laissât établir; il devait consentir qu'on écartât du pays le père Quesnel, M. de Witte's, et les autres qui refusent la signature du formulaire, et qui écrivent sans cesse contre l'autorité de l'Eglise. Mais qu'est-ce que ce clergé veut qu'on puisse penser de lui, pendant qu'il est notoire que tous les chefs du parti, qui sont fugitifs de France ou des Pays-Bas espagnols, pour ne vouloir pas obéir à l'Eglise, sous la distinction captieuse du fait d'avec le droit, n'ont point d'autre asile que le clergé de Hollande, et que ces églises de Hollande sont devenues comme le rempart de tout le parti janséniste? Que peut-on croire de ce clergé, pendant qu'on le voit tendre une main aux puissances protestantes, pour obtenir leur protection contre le S. Siège, et pour se mettre dans leur dépendance sur le choix des évêques, à l'égard duquel ils ne veulent plus dépendre du Pape; et pendant qu'il tend l'autre main aux disciples de Jansénius, pour leur offrir un refuge contre l'Eglise même?

10° Enfin la médaille que j'ai dans les mains forme un étrange préjugé contre le clergé de Hollande. D'un côté paraît le visage de M. de Sébaste avec son nom; dans le revers on voit un agneau que les foudres de S. Pierre et du Vatican menacent ; mais il est défendu par le ciel et par le lion de Hollande, et on lit ces paroles: Insontem frustra ferire parant". On n'aurait pas pu frapper une médaille plus injurieuse au S. Siège en Saxe pour Luther, ni à Genève en faveur de Calvin. Le clergé de Hollande pourra la désavouer; mais enfin elle ne peut avoir été faite que par des amis très zélés de M. de Sébaste. On sait par expérience, qu'en France même, le parti des disciples de Jansénius a

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connu l'art de se prévaloir des médailles, pour se donner du lustre, et pour vanter ses prétendus triomphes'. Ceci porte précisément le même caractère; un soin si affecté et une telle dépense ne peuvent venir que de certains esprits ardents et zélés pour un parti. Quoi qu'il en soit, M. de Sébaste et tout le clergé ne pourraient se disculper en cette occasion, qu'en publiant par des écrits aussi publics que la médaille, combien ils avaient d'horreur contre une chose si odieuse. Toute autre conduite qu'ils emploient pour désavouer la médaille, sans la condamner avec détestation, ne paraîtra qu'une comédie.

11° Vous me demandez, Monsieur, ce que je crois qu'on devrait faire pour apaiser cette tempête. Je vous répondrai qu'il ne m'appartient pas de parler sur une affaire qui a besoin de toute la sagesse et de toute l'autorité du Pape. D'ailleurs je ne vois les choses que de loin sur des bruits confus; il faudrait connaître les difficultés à fond et en détail pour en pouvoir juger. Il faudrait avoir vu de près quelle est la disposition de certains esprits, qui décident et entraînent les autres. En gros, il me paraît qu'on ne risquerait rien si on se confiait au Pape, et si on lui laissait choisir les expédients les plus utiles pour la paix. On n'a aucun sujet de croire qu'il veuille mettre un provicaire qui trouble l'état politique de la Hollande. Ainsi, supposé que les Etats-Généraux n'aient à reprocher à M. Cock aucune faute contre l'État, le parti le plus court et le plus naturel serait de le laisser dans cette fonction, au moins pour un peu de temps; ce serait respecter le supérieur ecclésiastique et l'engager par cette soumission à user dans la suite de quelque condescendance. Que si on avait de véritables raisons de craindre M. Cock pour la politique (chose que je ne saurais m'imaginer), il faudrait chercher quelque bon sujet qui fût notoirement opposé au jansénisme et zélé pour le S. Siège. On pourrait le proposer secrètement au Pape, qui ne s'éloignerait peut-être pas, par sa bonté paternelle, de ce tempérament. Si le clergé de Hollande était prêt à recevoir un tel provicaire, il se justifierait sur le jansénisme par cette conduite droite et édifiante. Si au contraire ce clergé, non content de rejeter M. Cock, rejetait encore tout autre sujet opposé au jansénisme, on reconnaîtrait avec évidence que ce serait l'entêtement du parti qui causerait tout le scandale. Représentez-vous combien le Pape doit être en peine des églises de Hollande. Il lui revient de tous côtés que la contagion du jansénisme ravage tout, que presque tout le clergé séculier du pays est dans ce parti. Ces bruits ne paraissent pas même sans fondement, car on apprend tous les jours par les personnes qui reviennent de Hollande, qu'il n'y a presque que les Réguliers qui soient opposés à ces opinions. Faut-il s'étonner que le Pape ne veuille pas confier son vicariat à la plupart des ecclésiastiques suspects que le clergé lui proposerait de concert avec les Etats-Généraux? S'il est vrai, comme on l'assure, qu'il y a dans toutes ces églises si peu de prêtres séculiers qui ne soient pas dévoués à ce parti, il n'est pas étonnant que le Pape se rende difficile pour le choix d'un sujet principal. Dans cette supposition il n'est guère en état de choisir. Supposez qu'il ait trouvé (chose que je ne sais nullement) en la personne de M. Cock un homme zélé pour la saine doctrine, avec les talents à peu près convenables pour un provicaire; il est naturel qu'il ait une grande répugnance à renoncer à un sujet, et qu'il tienne ferme pour le faire recevoir, faute de trouver dans tout le pays un autre prêtre séculier, qui joigne aux mêmes talents le même zèle sincère contre le jansénisme. L'affaire la plus pressante dont il paraît au Pape qu'il s'agit, est de déraciner le jansénisme

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qui séduit, dit-on, tout ce clergé. Le chef de l'Eglise n'aura-t-il ni autorité ni ressource pour empêcher cette séduction générale? se laissera-t-il lier les mains? s'assujettira-t-il, au gré des Etats protestants, à ne choisir qu'un prêtre janséniste, pour remédier au jansénisme? Ne serait-ce pas rendre le mal incurable, que de ne vouloir point envoyer d'autre médecin, que celui qui serait lui-même malade du mal contagieux? A quoi sert-il de vouloir que le S. Siège temporise et cherche de faux tempéraments pour pallier le mal, si la gangrène gagne jusque dans les entrailles? Pendant qu'on cherche de vains adoucissements, le clergé de Hollande achève, dit-on, de s'empoisonner. Que peut-on donc proposer au Pape qui puisse le persuader? Je ne vois qu'une seule proposition à lui faire: c'est celle de quelque sujet différent de M. Cock qui soit notoirement zélé pour la saine doctrine contre le jansénisme; peut-être que le Pape aurait la complaisance de le choisir". Un tel homme pourrait ramener insensiblement les esprits; il pourrait conférer avec les personnes sincères qui chercheraient à s'éclaircir sur leurs préjugés; il pourrait imposer silence à ceux qu'il ne pourrait pas détromper. En ce cas, il faudrait espérer qu'une autorité ferme et douce tout ensemble rétablirait la charité, et que la charité rétablie réduirait les esprits à l'unité de doctrine. Sans ce remède, le schisme se formera insensiblement, les esprits poussés iront plus loin qu'ils n'ont prévu et qu'ils ne veulent. Si dans la suite le Pape envoyait quelqu'un en Hollande pour éteindre ce feu, il y enverrait apparemment un homme sage, modéré et plein de zèle, pour remédier à tant de maux"; car le Pape paraît avoir beaucoup de prudence et de discernement. Ainsi vous pourriez aller trouver avec confiance l'homme que le Pape enverrait; vous pourriez lui ouvrir votre coeur, lui proposer les expédients que vous croiriez propres à finir cete division, et travailler à disposer les esprits pour lui faciliter ce grand ouvrage.

Jugez, Monsieur, par toutes les choses que je vous viens de dire, combien je me confie à la bonté de votre coeur. Je suis de tout le mien, et à jamais, parfaitement tout à vous.

1048 A. DOM FR. LAMY A FÉNELON

[12 juin 1705].

Monseigneur,

Du moment que j'eus reçu la dernière lettre dont votre Grandeur m'a honoré', j'écrivis à Mgr de Me[aux12 pour lui dire que j'allais me donner l'honneur de lui envoyer un exemplaire des Instructions pastorales, au cas qu'il ne les eût pas. Et il me manda qu'on les lui avait envoyées de votre part. Et ainsi j'en suis demeuré là. Mais je ne sais si on les lui aura envoyées comme à moi; car la quatrième manquait dans mon paquet, et je n'aurais pas su qu'il y en a une quatrième, si un ami ne me l'avait appris tout récemment'. Et ainsi, Monseigneur, je prends la liberté de vous prier très humblement de me la faire donner, et de vous demander encore deux exemplaires du tout. Un de mes amis qui vous honore infiniment, mais qui n'est pas opulent, ayant vu dernièrement un mot par lequel vous me faisiez l'honneur de m'en 12 juin 1705 TEXTE 189

offrir', me pria de vous en demander un pour lui. C'est M. D'Arnaudin doc: teur de Sorbonne'.

Au reste, Monseigneur, il ne faut pas vous dissimuler que le parti est dans un déchaînement le plus aveugle et le plus emporté qu'on puisse imaginer'. La plupart ne veulent seulement pas lire. Les autres disent que ce n'est rien moins qu'une tradition que ce que vous donnez comme tel; que vous appelez tradition les faibles réponses que vous faites à la tradition qu'on a publiée contre votre sentiment'. D'autres enfin traitent de sophismes la plupart de vos raisonnements, parce que vous appliquez, sans cesse, au texte de Jansénius ce que l'Eglise a fait uniquement contre l'héréticité des cinq Propositions qui ne sont dans Jansénius ni quant au sens, ni même quant à la lettre, si l'on excepte la premières. Cela me fait croire, Monseigneur, qu'il serait essentiel de faire voir qu'il est aussi aisé que vous l'avez dit', de trouver ces cinq hérésies dans tous les chapitres du livre de Jansénius, et de faire le parallèle des sentiments de cet auteur avec ceux de S. Augustin. Je m'imagine que tout cela ne dépend que d'une ou deux clés : mais il faudrait les établir. Si mes prières étaient de quelque considération auprès du Seigneur, je les emploierais de bon coeur pour lever les oppositions que les gens du parti ont pour la vérité que vous défendez: mais il faudrait pour cela, qu'ils commençassent par renoncer à l'esprit de cabale '°; car il paraît présentement d'une manière si sensible, que cela seul aurait suffi pour me rendre ses sentiments suspects. Les miens pour vous, Monseigneur, seront toujours d'une parfaite vénération et d'un inviolable attachement, et je ne désespère pas absolument d'avoir l'honneur et le plaisir d'aller vous assurer de vive voix du profond respect avec lequel je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Ce 12 juin.

F. FRANÇ. LAMY.

Je ne puis finir sans avoir l'honneur de vous dire que Mgr le duc de Bourgogne, ayant passé deux fois par ici, dans un voyage qu'il a fait à Chantilli", entra dans notre église sans qu'on s'y attendît, et alla se mettre en prière sur le marchepied du grand autel, où il fut assez longtemps. Notre communauté eut le loisir de s'assembler, et de le trouver dans cette édifiante situation, et nous eûmes la consolation de le voir se relever avec le recueillement peint sur son visage. On prit la liberté de lui offrir quelque rafraîchissement; mais il en remercia avec bien de la bonté, disant qu'il était jeûne ce jour-là. Je ne doute pas que cela ne vous fasse plaisir.

M. du Chesne, son médecin I', était venu dès le matin dîner céans. Je lui tins compagnie, et je connus bientôt qu'il vous honore d'une manière fort distinguée. Tout ce qu'il me dit sur cela me fit un plaisir infini, il me pria fort et je lui promis bien de vous le faire savoir.

190 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 juin 1705

1049. Au VIDAME D'AMIENS

16 juin 1705.

Je ne saurais, Monsieur, lire vos lettres, sans être ravi de voir combien vous connaissez l'homme dont vous dépeignez les faiblesses'. Vos lettres sont la condamnation formelle de cet ami, s'il ne se corrige pas. 11 ne doit jamais oublier la comparaison d'une dent', qu'on peut ou arracher tout à coup comme par surprise, ou qu'on décharne peu à peu, et qu'on n'ébranle qu'à plusieurs demi-secousses. Quand on voudrait mettre au rabais ce qu'il faut faire un peu plus tôt ou un peu plus tard, le meilleur marché serait de s'exécuter brusquement, et sans se donner le loisir de se reconnaître. D'ailleurs il y a dans ce fait particulier une ressource toute singulière qui favorise les gens lorsqu'ils ne gardent aucune mesure. La vraie sagesse est de n'en avoir aucune en ce point', et de ne se plus écouter. On sera soutenu puissamment, dès qu'on reconnaîtra sa faiblesse, et qu'on se jettera entre les bras du véritable ami, sans regarder derrière soi.

Ne craignez point les ennemis qui se déchaînent*. Leurs discours n'ont rien que de méprisable. Méprisez-les. Ils vous estimeront bientôt. Soyez simple et vrai, doux, modéré, commode, appliqué à tous vos devoirs, réservé pour l'essentiel, sans affectation, chacun se taira bientôt, et vous fera justice. Je ne saurais vous oublier, quand je suis avec l'ami auquel vous vous confiez'. Je fais ce que vous me marquez là-dessus. Rien ne peut surpasser mon attachement.

1050. A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN

A Cambray 2 juillet 1705.

J'avais supposé, Ma Révérende Mère, que vous vous croiriez suffisamment avertie des termes, dans lesquels nous devons payer les deux semestres de notre subvention ecclésiastique. C'est depuis le commencement de juin jusqu'à la S. Jean pour le premier, et depuis le commencement de décembre jusqu'à Noël pour le second, tant que nous serons dans la nécessité de soulager par ce secours les besoins de l'Etat. J'avais donné le même avis à tous les contribuables dans ma dernière lettre circulaire. Cependant vous êtes en défaut ainsi que plusieurs autres depuis la S. Jean. Je vous supplie, Ma Révérende Mère, de réparer en bref ce mécompte et de faire en sorte qu'il n'arrive plus pour les paiements que nous devons faire à l'avenir: épargnez-moi, s'il vous plaît, la peine de vous importuner et tenez-vous avertie une dernière fois pour toujours.

Je suis avec le zèle le plus sincère, Ma Révérende Mère, très parfaitement tout à vous.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

27 juillet 1705 TEXTE 191

1051. Au BARON J. E KARG

A Cambray, 27 juillet 1705.

Je vous remercie très humblement, Monsieur, des nouvelles dont vous avez bien voulu me faire part d'une manière si obligeante'. Nous avions été d'abord alarmés de ce qui était arrivé. Mais le détail nous montre que la perte n'a pas été fort grande'. Je m'y intéresse avec beaucoup de zèle non seulement pour les deux couronnes, mais encore pour les deux Electeurs. Je prie Dieu de protéger l'un dans les périls de la guerre, et de combler l'autre de ses grâces pour le bien de ses états et de l'Eglise. Personne ne peut être avec une sincérité plus parfaite que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1052. Au VIDAME D'AMIENS

A Cambray, 10 août 1705.

Votre silence, Monsieur, commence à m'attrister. Vous m'avez permis de le réveiller. Donnez-moi donc, je vous en conjure, de vos nouvelles. Si vous n'en avez point de bonnes à me mander, affligez-moi plutôt que de ne me rien dire. Je ne saurais être content de votre oubli. Je souhaite votre souvenir pour l'amour de vous-même. Vous ne sauriez m'écrire avec trop d'ingénuité. Plus elle sera grande, plus je serai consolé de tout ce qui peut d'ailleurs me mettre en inquiétude.

Votre campagne s'écoule insensiblement. J'espère que sa fin me procurera la joie de vous voir' repasser ici. En attendant je vous supplie de vous rappeler tous les jours quelque chose de ce que vous avez eu la bonté de me dire au printemps'. Vos paroles m'ont fait une vraie impression. Vous en font-elles moins qu'à moi? Personne ne vous sera jamais dévoué, Monsieur, au point où je le suis pour toujours.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1053. A LA COMTESSE DE MONTBERON

11 août 1705.

Je ressens, ma chère fille, une vraie peine de celle que je vous fis hier au soir. Je vous pressai trop. Je vous conjure de me le pardonner, et de ne perdre point de vue ce que Dieu demande de vous. Celui qui le demande le donnera. Il veut que vous le fassiez, et il le fera lui-même avec vous. Ne regardez que lui, et ne me comptez pour rien, qu'autant qu'il lui plaît de se servir de moi. Mais confiez-vous à lui. Il ne faut pas vous étonner que ce qui touche le vif vous cause beaucoup de douleur. Le vif en vous est une industrie' et un

192 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 13 septembre 1705

courage propre pour vous décider vous-même sans vous livrer à autrui. Dès qu'on attaque ce vif, on vous trouble. Mais vous vous imaginez les choses comme impossibles: Dieu, qui les veut, les adoucira. Le moment le plus douloureux est celui de laisser faire l'incision. Cette fidélité portera la grâce avec elle pour tout le reste. C'est l'infidélité qui vous cause tant de souffrances. C'est en vous livrant que vous vous soulagerez. Encore une fois, ne me regardez que comme un instrument d'épreuve auquel Dieu vous assujettit. Vous verrez un jour en lui à quel point je vous suis dévoué.

1053 A. L. MONNIER DE RICHARDIN A FÉNELON

13 septembre 1705.

Monseigneur,

La crainte que j'ai eue d'importuner Votre Grandeur m'a empêché de prendre la liberté de répondre à la lettre qu'il lui a plu de m'écrire le 23 mars'. Mais voyant que mon exil dure encore, et qu'apparemment ceux qui me l'ont attiré, continuent d'employer les accusations secrètes, dont ils se sont servis pour me noircir auprès de vous, et me faire passer pour tout autre que je ne suis, j'espère, Monseigneur, que vous me pardonnerez la hardiesse que je prends de recourir une seconde fois à Votre Grandeur. I1 est aisé de me justifier sur ces bruits vagues, inventés et mis en oeuvre par des gens, qui n'ont pas d'autres motifs pour s'attacher à me nuire, que la fermeté que j'ai témoignée en toute occasion pour la défense des droits et des usages d'un Corps célèbre dont j'ai l'honneur d'être un des principaux membres. Voilà, Monseigneur, l'unique parti que j'ai embrassé depuis dix ans, et la seule hérésie qu'on peut me reprocher; et je défie qui que ce soit au monde de cotter le temps et le lieu où l'on m'aurait entendu parler soit en public, soit en particulier, des contestations qui font aujourd'hui tant de bruit. La Théologie n'est pas ma profession, et je n'ai pas le loisir de m'attacher à autre chose qu'à la Jurisprudence Romaine. Je ne sais ce que c'est que les cinq fameuses Propositions, et je n'aurai jamais envie de le savoir. Il n'est pas besoin que j'approfondisse la nature de la grâce, pour mériter celle qui m'est nécessaire pour souffrir avec patience une persécution' aussi visiblement injuste que celle que l'on me suscite. Toutes nos provinces sont convaincues de mon innocence; ma propre conscience ne dément pas un témoignage si universel et si public: je sens d'ailleurs les miséricordes qu'il plaît à Dieu d'exercer à mon endroit: c'est plus qu'il n'en faut pour être consolé. La confiance avec laquelle j'ai l'honneur de vous parler, Monseigneur, ne part que de celle que j'ai de mon innocence: il est impossible qu'un coupable soit aussi assuré que je le suis. Cependant je ne puis être pleinement satisfait de toute la justice qu'on me rend en Flandre', tant que Votre Grandeur aura une opinion si peu avantageuse de mes sentiments: mais je suis persuadé qu'elle aura plus de bonté pour moi, si j'ai un jour l'honneur d'être connu d'elle. Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, de Votre Grandeur le très humble etc.

20 septembre 1705 TEXTE 193

1054. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Maubeuge, 20 septembre 1705.

Je suis ravi, ma chère et bonne fille, de vous savoir en paix. Il me tarde de vous revoir en cet état, où je vous souhaite depuis si longtemps. Demeurez-y. Ne vous écoutez point. Tout dépend des commencements. O qu'on est éclairé quand on est simple, et qu'on s'obscurcit en raisonnant! On a une pénétration et une subtilité infinie, mais toute tournée à se séduire et à se tourmenter. Vous écouterez toujours Dieu dès que vous vous ferez taire vous-même. Dieu parle toujours dans ce silence intime d'une âme qui n'est attentive qu'à lui. Mais au nom de Dieu plus d'esprit, ni de délicatesse, ni de courage, ni de goût du monde. Il n'y a plus que la simplicité de l'Evangile, l'enfance des petits, la folie de la croix, et le goût de la foi toute pure. C'est là que vous trouverez la paix durable, et le véritable élargissement de votre coeur. Je salue Mlle de S[ouastre] et ma chère filleule. Mille beaux discours à Meni'.

1055. A LA MÊME

A Maubeuge, 21 septembre 1705.

Je ne vois, ma très chère fille, que deux raisons qui puissent vous empêcher d'aller à Chaulnes'. La première est ce que vous savez du côté de la cour. M. le C. de Monbron n'en sait rien, et si par la suite le Roi venait à lui témoigner quelque chagrin sur votre voyage, M. le C. de Monbron pourrait se plaindre de ce qu'on ne l'aurait pas averti. Il est vrai que je crois seulement que la peine qu'on a inspirée au Roi ne regarde que le séjour de ces dames à Cambray' et que votre voyage à Chaulnes ne me regardant point ferait peu de bruit. Cependant je dois vous laisser examiner ce qui a rapport à M. le C. de Monbron.

Ma seconde difficulté est par rapport à Mad. votre fille et à M. le C. de Sotiastre pour Arras. Vous savez qu'après l'exemple de ce voyage, on pourra vous presser d'aller voir Mad. votre fille, et vous vous souvenez bien de ce qui doit vous empêcher de quitter jamais Cambray pour faire un séjour ailleurs'. Si vous avez de bonnes raisons pour vous défendre après ce voyage contre fille et gendre, je ne vois plus rien qui doive vous arrêter. Je souhaite infiniment votre consolation et l'élargissement de votre coeur.

Je n'ai pas un seul moment pour avoir l'honneur d'écrire à M. le C. de Monbron. Mais vous aurez bien la bonté de lui dire tout ce qu'il faut et de me faire excuser par lui. Je suis de plus en plus avec union et confiance sans réserve tout à ma t[rès] c[hère] f[ille].

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194 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Automne 1705

1056. Au DUC DE CHEVREUSE

[Début de l'automne 1705].

Je n'ai point encore reçu la lettre du gr. Ab.' que vous me promettez. Ce que j'avais appris par le P. Germon' me faisait attendre presque certitude de ce que le sieur Stiévenart3 mande. Le cardinal est dans une étrange situation auprès du Roi. Le Roi l'a fait reculer honteusement sur chaque chose le couteau sur la gorge. Il n'a rien fait qu'à toute extrémité*. Ainsi il a tout le démérite de la mauvaise volonté auprès du Roi, et toute la honte d'une rétractation manifeste dans le public. M. de Blois' l'a poussé à bout en pleine assemblée. Mais ce qu'il y a de déplorable, est que rien ne se fait que par pure autorité royale, et que le grand nombre des évêques est contre la bonne cause'. Je vous envoie le projet de ma lettre à M. de S. Pons'. Lisez, faites lire. Remarquez, mais ne gâtez rien', je vous prie.

Vous verrez quelque nouvelle scène pour les Mandements. Selon les apparences il y aura des évêques qui s'échapperont.

Il me tarde bien de me retrouver avec vous', et avec le P. abbé '°. Je voudrais bien que ce pût être aussi avec la bonne duchesse.

1056 A. PH.-FL. D'ENNETIÈRES DE LA PLAIGNE' A FÉNELON 30 septembre 1705 TEXTE 195

L'armée ennemie est allée ce matin vers Herentals et celle de l'Electeur vers Lier: les dîmes souffriront de ce voisinage '°. Je suis avec un très profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

D'ENNETIÈRES DE LA PLAIGNE.

1057. Au BARON J.F. KARG

[30 septembre 1705].

Monsieur,

Je dois à l'attention très obligeante que vous me témoignez en toute occasion un vrai regret de me trouver si près de vous, et de ne pouvoir aller jusqu'à Lille profiter du voisinage. J'ai l'honneur d'écrire à Son Altesse Electorale pour lui demander pardon de ce que je ne vais point lui faire ma cour. J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien m'aider à lui faire entendre avec quel zèle je quitterais tout pour me rendre auprès d'elle, si je pouvais lui donner par cet empressement une marque utile ou agréable de mon zèle'. Quelques affaires me rappellent du côté de Cambray. Je suis avec une entière sincérité très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Monseigneur, Bruxelles, le 29 de septembre 1705. A Tournay 30 septembre 1705.

Je me donne l'honneur de mander à Votre Grandeur qu'ensuite' des ordres qu'il lui a plu de me donner j'ai été parler en arrivant à Bruxelles à Monsieur de Bagnol, lequel m'a dit d'avoir reçu deux de vos lettres auxquelles il allait répondre, que le sr. De Blois& envoyé de la part des dames chanoinesses de Mons s'était adressé à Monsieur l'Electeur 3, et qu'il ne pouvait encore savoir si cette affaire* prendrait le cours ordinaire de justice et si elle serait renvoyée au Conseil royal.

Si je me croyais assez d'habileté pour solliciter cette affaire ou toute autre que Votre Grandeur pourrait avoir dans ces quartiers, je prendrais la liberté de lui faire offre de mes très humbles services pour être son agent': j'ose au moins l'assurer que personne n'apportera ni plus d'exactitude ni plus d'attention à les solliciter.

Monsieur l'internonce' n'est pas à Bruxelles: sitôt son retour, je m'acquitterai de la commission qui concerne le Père Noël.

Il est nécessaire que M. Lambert' prît la peine de m'envoyer un état des redevances du Sr Fay 8: je ferai la guerre à l'oeil et je prendrai soin que Votre Grandeur ne souffre aucun intérêt.

J'ai des très humbles remerciements à vous faire, Monseigneur, de la bonté que vous avez eue de passer par Ghilenghien. Ma tante' m'a paru sensiblement touchée de tous les honneurs qu'il vous a plu lui faire et moi j'en conserve toute la reconnaissance possible: reddo quod debeo et quod reddo adhuc debeo.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Le Père de Vitry', homme d'une érudition et d'une vertu distinguée, a bien voulu, Monsieur, se charger de cette lettre. Comme il est fort de mes amis je vous supplie de le recevoir non seulement avec votre politesse ordinaire, votre goût pour les belles-lettres et pour les monuments de l'Antiquité rendront sans doute superflue la prière que je vous fais en sa faveur.

1058. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Tournay, jeudi ler octobre 1705.

J'ai achevé les principales choses que j'avais à faire ici. J'espère que ce soir il m'en restera peu. Je tâcherai même de partir d'ici demain vendredi 2e d'octobre. Au plus tard ce sera après-demain 3e de ce mois'. Comme je ne saurais aller droit à Cambray à cause des chemins de Marchiennes qui commencent à être gâtés, et parce que la journée serait trop longue, je passerai par Douay, où il faut aussi bien que j'aille payer une visite à M. de Pomereu2. J'arriverai donc à Douay le 2 ou le 3 au plus tard, et je serai s'il plaît à Dieu le 3 ou le 4 au plus tard à Cambray. Dès que mes chevaux se seront un peu reposés, ils partiront pour Chaulnes, et serviront la bonne duchesse' jusqu'à Paris. Ce que vous me mandez de sa santé me fait un sensible plaisir.

196 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 octobre 1705

On n'a point arrêté ma lettre au cardinal Sacripante4. Il m'a fait réponse. C'est de son propre mouvement que le Pape, après avoir donné le canonicat de S. Géry à Roberts actuellement suspens et connu à Rome pour tel, a nommé Lagon6 pour le canonicat de mon domestique'. Il a même donné le canonicat de Lagon à S. Géry à un homme de Paris nommé Eglise', sur la recommandation de M. le Card. de Noailles. Comme le père provincial des Jésuites part pour Rome', je lui donnerai un mémoire sur ce détail, et je le prierai de parler au Pape en personne. C'est, ce me semble, le meilleur parti. Il faut qu'il y a là-dessous un mystère. On prétend que ce canonicat de M. de la T[emplerieJ a été refusé à la reine de Pologne '°. M. de Villamez" le mande à M. Amas '2. Il ajoute que c'est M. le Card. de Janson" qui a pressé pour Lagon. M. Amas croit que M. d'Avrincourt '4, ami intime de Lagon, lui aura procuré quelque recommandation de Mad. de Maintenon pour le Card. de Janson. Le Card. Sacripante" me mande que le Pape l'avait chargé de savoir de Villamez ''si Lagon m'était désagréable, et que Villamez lui avait répondu qu'encore qu'il ne fût pas recommandé dans mon mémoire, il m'était agréable. Villamez écrit à M. Amas que le cardinal lui ayant demandé si j'avais quelque chose à la charge de Lagon pour l'exclure de la métropole, il s'était contenté de répondre qu'il n'en savait rien. Ainsi vous voyez qu'on ment au-delà des monts"... comme en deçà. Il faut prendre patience.

Il me tarde bien, mon cher Panta, de savoir quel profit tu as tiré de ton séjour à Chaulnes. O que je t'aime, et que je te désire le vrai amour! Embrasse tendrement pour moi le cher petit abbé". Mille choses aux jeunes dames. Cent mille à la bonne duchesse". Je suis las. C'est ce qui m'empêche d'écrire. Il faut que j'écrive tout à l'heure à Bruxelles.

1059. A UN CONSEILLER DU CONSEIL SOUVERAIN DE MONS'

A Cambray, 6 octobre 1705.

Monsieur,

Je vous supplie de souffrir que je vous avoue ma surprise sur la provision d'aliments que le Conseil Souverain de Mons viens d'accorder contre moi au Sr Charles Noyelles autrefois pasteur de Goy'. Cette provision emporte le fond et elle est d'une conséquence infinie contre les archevêques dans tout le diocèse. Elle n'a pu, Monsieur, être accordée ou qu'à cause de l'ordination de ce prêtre, ou qu'à cause du défaut de son titre patrimonial ou qu'à cause de ce qu'il a été privé de sa cure. Or il est manifeste qu'aucune de ces trois raisons ne peut jamais militer contre moi. 1° Ce n'est pas moi qui l'ai fait prêtre. Il peut avoir recours, s'il le juge à propos, à la succesison de celui de mes prédécesseurs qui lui a imposé les mains. 2° Ce n'est pas moi qui ai accepté son titre. Qu'il ait recours pareillement à la succession de mon prédécesseur qui l'a accepté. Les successions de Mgrs Nemius3 et de Brias4 sont bonnes. 3° Il a été privé de sa cure longtemps avant que je fusse archevêque et la sentence qui l'en a privé a été confirmée sur ses appellations dans tous les tribunaux supérieurs selon les canons, en sorte que c'est un jugement consommé. Ainsi cette privation qui demeure reconnue juste et canonique ne

6 octobre 1705 TEXTE 197

peut jamais lui servir de titre contre son juge même pour lui demander des aliments. Encore moins peut-il les prétendre contre moi, qui n'ai jamais été son juge, puisque sa condamnation était consommée par mon prédécesseur avant que j'entrasse dans l'archevêché. Il ne peut donc pas avoir aucun prétexte de demander contre moi des aliments, ni du côté de son ordination que je n'ai pas faite, ni du côté de son titre que je n'ai jamais accepté, ni du côté de la privation de sa cure qui était consommée par l'ordre canonique avant ma promotion. Pourquoi donc s'adresse-t-il à moi, puisqu'il a deux successions très bonnes auxquelles il devrait naturellement recourir? C'est sur ces principes clairs et décisifs que le Parlement de Tournay, où il m'a fait plusieurs procès pour ses aliments, lui a toujours refusé toute provision et l'a condamné aux dépens. Que puis-je penser, Monsieur, lorsque je vois qu'il obtient sans peine à Mons ce qui lui a été plusieurs fois refusé à Tournay comme une prétention insoutenable? Que s'il prétend que l'archevêque le doit nourrir précisément à cause qu'il est prêtre et sans bénéfice, il est capital à l'archevêché de ne souffrir pas une prétention si extraordinaire et d'une si dangereuse conséquence. Il est capital qu'il ne paraisse jamais que le Conseil de Mons a supposé que cette prétention a un fondement et qu'elle mérite une provision. Que serait-ce, Monsieur, si tous les prêtres qui sont sans bénéfices pouvaient demander aux archevêques des provisions alimentaires! En ce cas nul archevêque n'oserait plus faire des prêtres pour remplir les cantuaires5, les obits et autres pieuses fondations. En ce cas un nombre prodigieux de prêtres qui se trouvent dans un si vaste diocèse, sans aucun titre de bénéfice, comme le sieur Noyelles, auraient tout autant de droits que lui de me demander justice des provisions d'aliments. De plus remarquez s'il vous plaît, Monsieur, que je lui ai offert de le recevoir au concours pour y venir librement comme tous les autres se présenter pour quelque cure. Ajoutez, je vous supplie, que je lui ai fait offrir un cantuaire à Mons, dans la paroisse de Ste Élisabeth. C'est M. de Bagnols à qui je l'ai offert pour en donner la parole à M. le comte de Tirimon6. Vous pouvez, Monsieur, vérifier la chose à Ste Élisabeth quand il vous plaira. Il ne peut donc pas même alléguer les raisons d'équité, de bienséance et de compassion, loin de pouvoir en alléguer quelqu'une de droit rigoureux. Il ne tient qu'à lui de pourvoir à ses besoins. Il est dans le cas d'un très grand nombre d'autres prêtres qui sont autant que lui sans bénéfices. Les deux seules différences qui se trouvent entre eux et lui, sont que tant d'autres prêtres n'ont jamais perdu comme lui par leur faute un bénéfice dont ils aient été privés par jugement consommé selon l'ordre canonique des appellations, et que tant d'autres prêtres n'ont pas l'avantage que je lui offre, savoir d'un cantuaire que je lui procure. Pourquoi aime-t-il mieux me demander des aliments par un procès, que d'accepter paisiblement les aliments qui lui sont procurés par ce cantuaire? Une provision si contraire à tout usage ne pourrait lui servir qu'à continuer de plaider comme il a fait toute sa vie. Enfin vous voyez, Monsieur, que si on lui accordait une provision parce qu'il est sans bénéfice, les archevêques seraient accablés par une multitude innombrable de prêtres non bénéficiers qui seraient bien plus en droit que celui-ci de former une pareille demande puisqu'ils seraient dans un cas plus favorable, n'ayant jamais été condamnés comme celui-ci pour leurs fautes à perdre leurs bénéfices par trois sentences conformes. Est-il juste de récompenser ainsi l'obstination et la chicane d'un prêtre qui depuis vingt

198 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 octobre 1705 31 octobre 1705 TEXTE 199

ans' court de tribunaux en tribunaux pour plaider contre ses archevêques, se faisant condamner sans cesse aux dépens pour sa procédure téméraire. J'espère, Monsieur, que le Conseil voudra bien avoir égard à l'extrême conséquence de cette affaire. il n'est nullement question du titre patrimonial du sr Noyelles. C'est une question dans laquelle je n'ai garde d'entrer. Encore une fois, elle regarde la succession de l'archevêque qui l'a accepté et qui est bonne pour en répondre, De plus cet ecclésiastique est en état de servir et de dire des messes, puisqu'il demande un bénéfice et des fonctions; ainsi à le regarder de la manière la plus favorable, il n'est que dans le cas de tous les autres prêtres non bénéficiers du diocèse. Je lui offre actuellement un emploi très doux, très facile, dans une bonne ville où il peut avoir de la commodité et du secours. C'est ce qui changerait entièrement l'état de l'affaire, et qui devrait faire surseoir la provision, quand même elle aurait d'ailleurs un vrai fondement. Je vous supplie instamment, Monsieur, de vérifier la chose sur les lieux, d'engager les juges à y faire une attention proportionnée aux conséquences, et de croire que je serai, Monsieur...

1060. A DOM FR. LAMY

A Ciambraij, 27 octobre 1705.

J'ai fait des voyages, mon Révérend Père, et je me trouve bien en demeure vers vous Mais vous aurez bientôt amplement de mes nouvelles. Il n'y a personne que j'oublie moins que vous. Rien ne fortifie tant la mémoire que l'amitié. Laissez crier le parti. Laissez-lui boucher ses oreilles de peur d'entendre. Laissez-lui entraîner une grande multitude d'esprits prévenus, et inappliqués. La prévention a ses bornes, et la vérité prévaut. Il faut seulement prier pour les besoins de l'Eglise, aider doucement et avec une patience infinie les gens qui veulent écouter, et attendre que Dieu fasse peu à peu le reste. Plus on écrira contre la vérité, plus on l'affermira par la faiblesse des preuves et des objections par lesquelles on s'efforcera de la combattre. Comme j'espère vous donner bientôt de mes nouvelles, je me borne aujourd'hui à vous prier d'excuser mon long silence et toutes mes irrégularités. Rien n'est à vous, mon Révérend Père, avec plus de cordialité que j'y serai jusqu'au dernier soupir.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1061. Au VIDAME D'AMIENS

A Crambraii, 30 octobre 1705.

Vous voilà, Monsieur, à la fin de votre campagne, et me voilà dans l'espérance de vous voir repasser bientôt. Je prendrai la liberté de vous faire bien des questions indiscrètes. Il faudra bien que vous me les pardonniez. Rendez ma joie complète, je vous en conjure. Que je serai content si je vous trouve décidé, et entièrement d'accord avec vous-même! On ne contente ni soi ni autrui, quand on porte au dedans de soi un fond qu'on ne peut ni suivre ni étouffer. On se tourmente, on se craint soi-même. On n'ose être seul avec soi, ni rentrer dans son propre coeur. On est comme un homme chassé de chez soi, qui est réduit à errer tout autour comme un vagabond. D'ailleurs on n'est point naturel dans le commerce des autres, car on marche avec des entraves. Mettez-vous donc en liberté. Elle consiste à n'être plus entraîné par faiblesse, malgré sa conviction, et contre le vrai fond de son coeur. 11 en coûte d'abord, mais bien moins qu'on ne s'imagine, et cette courte peine se tourne en consolation pour toujours.

Horace, quoique païen et libertin, a dit : Sapere aude; et encore Dimidium facti, qui coepit, habet` . Voulez-vous qu'il ne vous en coûte rien, pour vous délivrer de tout ce qui vous coûte tant? Je vous attends de pied ferme, et vous n'aurez pas aussi bon marché de moi que du milord Marleboroug.

1062. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

A Cambray, 31 octobre 1705.

Je suis sensiblement touché, Madame, de l'honneur de votre souvenir et de la continuation de vos bontés. Je prie souvent N.S. afin qu'il vous remplisse de son esprit et qu'il soit lui seul toutes choses en vous. Puisque vous êtes en paix dans votre solitude', il vaut mieux y demeurer qu'aller chercher bien loin ce qu'on ne trouve nulle part en ce monde. Le peu de jours qui nous restent ici-bas ne valent pas la peine de changer de place. La volonté de Dieu et la paix qu'elle donne se trouvent partout. Tout le reste n'est qu'illusion et inquiétude. Contentez-vous, Madame, du jour présent. Le jour de demain, comme J.C. nous l'assure, aura soin de lui-même'. Passez-vous en esprit de foi de tous les secours extérieurs dont la Providence vous prive. Quand Dieu ne les donne pas, il supplée par lui-même, ou bien s'il nous ôte entièrement une certaine consolation sensible, ce n'est que pour nous éprouver et pour nous purifier par l'épreuve. Alors la privation, si elle est portée avec une entière fidélité et un vrai délaissement de l'âme à Dieu, devient bien plus utile que le secours extérieur auquel on serait attaché. Nous voudrions toujours des secours pour nous appuyer. Mais Dieu qui sait bien mieux que nous nos vrais besoins, veut au contraire nous détacher de ces secours sur lesquels nous nous appuyons trop. O qu'on est bien, quand on est dans les mains de Dieu, content de ne pouvoir plus s'appuyer sur les hommes. Il faut être toujours prêt à dépendre d'eux par subordination, par docilité, par défiance de soi-même. Mais il faut être prêt aussi à perdre l'appui humain, quand Dieu l'ôte pour éprouver la foi. Contentez-vous, Madame, du peu de bien que vous pouvez faire sans trouble. On gagne peu sur les hommes. On ne vient guère à bout de les persuader, encore moins de les corriger, et de leur donner toute une conduite qui se soutienne'. Il faut se borner à tirer d'eux le plus qu'on peut, et attendre que Dieu fasse le reste; autrement on cause plus de révolte et de division qu'on ne fait du bien. Tout au plus on vient à bout de faire quelques changements extérieurs, mais ils sont forcés, ce n'est qu'une régularité judaïque et l'intérieur est pis qu'auparavant, car les coeurs sont aigris et aliénés. Faites-vous aimer pour faire aimer Dieu. Il faut prier qu'il

200 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 31 octobre 1705 31 octobre 1705 TEXTE 201

abrège ces jours de tempête et qu'il nous donne bientôt une heureuse paix. Je vous plains dans la situation où cette guerre vous met', et j'en repasse avec amertume toutes les circonstances les plus tristes pour vous. Mais la croix est notre partage en ce monde. Nous n'y sommes que pour souffrir. Heureux qui aime sa croix. Je serais ravi si la Providence permettait que j'eusse encore l'honneur de vous voir une fois en ma vie. C'est avec le zèle et le respect le plus sincère que je serai jusqu'à la mort, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1062 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

[31 octobre 1705].

Illustrissime Domine,

Initio vertentis mensis octobris recepi a communi nostro amico aliquot exemplaria quadruplicis Instructionis pastoralis a Dominatione tua illustris-sima elucubrate, una cum humanissima tua epistola 18 mensis martii laben-tis anni data'. Quamquam hoc mense, qui vacationum et feriarum tempus appellari solet, nulla mihi pro commode perlegendis iisdem sapientissimis lucubrationibus dies vacua, et a gravibus, iisque molestis occupationibus libera obtigit, illas tamen sparsim, et carptim evolvi, et inter caetera adverti, adhuc alia nonnulla in ipsis desiderari, ut amico nostro quam primum indi-cabo. Monita etiam a Dominatione tua illustrissima in supradicta epistola suggesta pro editione Bulle contra hœresim Jansenianam aliquot mensibus post ejusdem pontificiœ constitutionis promulgationem ad me pervene-runt3, et proinde ea sanctissimo Domino nostro Pape communicare non potui. Eidem tamen significavi, superiores pastorales Lifteras mihi missas, statimque Sanctitas sua mihi respondit, sibi in votis esse, ut eœdem latino idiomate translata ederentur, mihique expresse injunxit, ut Dominationem tuam de hoc enixo ipsius desiderio certiorem facerem, quod et communicavi amico nostro, a quo tradita mihi fuerunt quœdam folia a Dominatione tua illustrissima elaborata pro elucidatione et defensione nuperrima apostolicœ constitutionis adversus Jansenianam hœresim editœ", eaque avide et sedulo expendi. Verum quia, teste sancto Bernardo, vera recusat amicitia aliquid clausum in mente retinere, et amico non promere5; propterea candide et infu-cate aperiam, mihi in iisdem foliis quœdam occurrisse, levia quidem et facil-limœ correctionis, que nihilominus possent certo displicere summo Ponti-fici; cui proinde satius mihi visum est indicare pro nunc duntaxat, composi-tionem quamquam de hujuscemodi argumente a te esse conscriptam; quo audito multum gavisus est Pontifex, inquiens se eam perquam libenter visu-rum. Silui vero, eadem folia penes me esse', ne ipsa illa a me exposceret, memor illius sententiœ prelaudati Bernardi: Quod non venit gratum, perdi-tum est, non datura'. Ea vero que mihi aliqua animadversione digna visa sunt, alia via tibi innotescent 8. Hic impense rogo Dominationem tuam illus-trissimam, ut me pro tanta audacia excusatum habeas, et pro comperto teneas, me vero et sincero amicitiœ foedere tibi devinctissimum esse, et in per-petuum fore, nihilque mihi magis cordi esse, quam tue dignissimœ et merl-tissimœ persona decus, exaltationem, et omnigenam felicitatem, et idcirco oeternum permaneo, Dominationis tue illustrissime et reverendissime ser-vus verus.

Rornœ die 31 octobris 1705.

JOANNES MARIA CARD. GABRIELLI.

Quœso, salutem multam meo nomine dicas Domino Abbati de Chante-rac.

ANIMADVERSIONES DE QUIBUS AGITUR IN EPISTOLA

EMINENTISSIM1 CARDINALIS GABRIELLI AD FENELONIUM

Data Romœ, 31 octobris 1705.

Elucubratio a Reverendissimo œque ac sapientissimo authore mihi trans-missa tota versatur circa modernam constitutionem Summi Pontificis adver-sus Jansenianam hœresim editam; eaque duas in partes dividitur; in prima enucleare studet scriptor singula pene verba prœfatœ constitutionis, et mul-tiplicibus notis et observationibus eadem illustrare satagit; in altera vero contendit evertere omnes cavillos, et profligare omnia effugia ac themas jan-senistarum ; eorumque dicteria, et objectiones contra predictam Constitu-tionem diluere; ac genuinum ejusdem sensum optimo in lumine collocare, et extra hostilium telorum jactum in tuto ponere. Tametsi presens scriptum doctissimo Reverendissimi authoris calamo concinnatum, nullam penitus censuram, quinimmo communem approbationem, et encomia mereatur, nihilominus mihi ejusdem jussa executuro fas sit nonnulla leviuscula et exi-gui momenti adnotare.

ln procemiolo primae parti prefixo addendum putarem; hujuscemodi demonstrationem seu expositionem dumtaxat ad viros simplices et idiotas erudiendos assumi ex monito Apostoli ad Rom. p° v. 14: Sapientibus et insi-pientibus debitor sum. Cum enim Summus Pontifex in eadem Constitutione condenda potissime et ferme unice intenderit, ne Janseniste impune pergant simplicium ac pusillorum mentibus imponere, et ne apud eos, qui bona fide et falsis rumoribus decipi sese patiuntur, de mente ac sentientia Apostolicœ Sedis amplius ambigendi supersit locus; ac ut quœvis in posterum erroris occasio penitus prœcidatur, atque adeo suffugia quœque Jansenistarum modo non obscure precludantur, ut ipsemet author in eodem proemiolo fatetur, nihilosecius per susceptam in hoc scripte pradictle Bulle expositio-nem Zoilus et Cavillator quispiam obstrudere forte posset, vel ab authore supponi, Summo Pontifici per memoratam Constitutionem rem ex voto non successisse, atque adeo ipsum per hanc expositionem tali defectui supplere, vel authorem sibi penitus non constare; cum ibidem palam edixerit, quod si singuloe dicte Bulle voces perpendantur, suffugia queque non obscure preclusa sint.

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202 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 31 octobre 1705

Pagina 2a, asseritur quod exigatur in formula juramenti intima animi persuasio a Ministris, videretur aptius dictum, ab omnibus Ecclesiastici ordi-nis, juxta tenorem verborum Bulle.

Pagina 3a, attexuntur quedam verba Bulle, que unicam efformant periodum et locutionem cum istis aliis, Apostolico toties mucrone percussus; que tamen non supprimenda, sed potius adj ungenda prœjactis verbis crede-rem, cum exprimant supremam authoritatem, et attentissimam vigilantiam Apostolice Sedis in detegendis et condemnandis erroribus.

Pagina 8a, admirabundus opportune exclamat Rmus scriptor. O quantum me delectat pia Clementis indignatio ! adderem et justa Clementis indi-gnatio, nimirum ad retundendas inanes jactationes Jansenistarum in Historia Clementine pacis exaggeratas; qua de causa etiam istis verbis ibidem des-cript is pernegat Sedes Apostolica prœponerem hoc aliud jure, seu jure merito pernegat Sedes Apostolica.

Pagina 15a, sugillatur assertio quadraginta Doctorum facultatis Pari-siensis. Hic autem ex causis oretenus communi amico exprimendis opinarer esse addendum, quod eam assertionem SS.D.N. Clemens XI speciali diplomate primus omnium damnaverit, ejusque vestigiis insistentes complures gallicani episcopi in suis respective Dicecesibus ipsam doctrinam proscripse-rint.

Pagina 16a, omitterem quatuor primos versus illius pagine, qui sunt ultimi in numero nono; eo quia ad presens argumentum minime facere videantur, et tangant punctum non adeo clarum et eliquatum.

Pagina 23a, in principio verbis allatis Bulle adjungerem hec alia illis immediate connexa, videlicet simulque Apostolicae Sedis providentiam fa!-lere.

Pagina 30a, asserenda etiam, ibi existimarem verba illa ex libro primo Regum, cap. 2 desumpta, nempe: nam et impii in tenebris conticescunt, et hoc ex causis oretenus depromendis.

Pagina 39a, n° 39. Adducitur objectio Jansenistarum, cujusquidem directa et germana responsio videtur desumenda ex lis que infra ad pagin. 51 observabimus.

Pagina 50a, docetur quod Ecclesia suam circa sensus proinde ac circa tex-tus infallibilitatem nunquam ex professo definivit, nec eam expresso canone credendam proposuit, sed hanc infallibilitatem in exercitio quotidiano sibi vindicavit. Sed hic reponendum etiam censerem quod nunquam Ecclesia necesse habuit id ex professo definire, nec expresso canone istud credendum proponere, quia in Sacris Scripturis expresse habetur, quod Ecclesia est columna et firmamentum veritatis; et quod qui non audierit ejus mandata, sit habendus sicut ethnicus et publicanus, et alia ejusmodi non pauca ibidem occurrunt.

Pagina 51a, probatur constare ex sola promulgatione istius Constitutio-nis, quod Ecclesia exigit hunc certum mentis assensum, et intimam persua-sionem, adeoque quod ipsa arroget sibi infallibilitatem, crederem potius dicendum, quod id constet ex ipso textu et ex iisdem verbis prœsentis Consti-tutionis, absque eo quod immediate subjungatur tanquam ratio et causa, videlicet quia universalis Ecclesia unanimi consensu eam Constitutionem ratam habet, perinde ac si illius Constitutionis infallibilitas desumenda sit

31 octobre 1705 TEXTE 203

ex acceptatione et consensu Ecclesie universalis. Unde hic mihi liceat aliqua adnotare, que nisi temperentur in hoc tractatu, hic ex integro posset merito displicere.

Primo enim perperam supponi videtur, vim legis ecclesiastice a promul-gatione pendere, sed potius contrarium a doctissimis viris demonstratum est validissimis authoritatibus et invictis rationibus. Hoc enim dictum Gratiani distin. ultima: Leges institui, cum promulgantur; firmari cum moribus uten-tium approbantur, communiter a Juristis exponitur, ut tacitus superioris consensus adsit ad non exequendam, vel ad abolendam legem.

Deinde cum passim in hoc tractatu agatur de infallibilitate Ecclesiœ, eaque alternis paginis ingeminetur, non alium puto esse sensum illius vocis Ecclesiae, juxta mentem sapientissimi Authoris, et contextum scriptionis, quam Ecclesiae Romanae. Porro ex integra istius tractatus textura conceptis-simis verbis infallibilitas attribuitur Ecclesiœ, que condit constitutiones in materia fidei et morum, et obligat in conscientia omnes Christi fideles qui sub coelo sunt ad eas servandas; hujuscemodi autem Ecclesia est sola Romana Ecclesia, et idcirco expedire videtur interdum exprimere terminum ilium completum Ecclesiae Romanae, alioquin esse poterit multiplex equi-vocatio in voce illa Ecclesia, que ut notissimus est, ad plura eaque valde diversa designanda usurpatur in Sacris Scripturis et theologorum scriptis. Proeterea frequenter reperitur in hoc tractatu, et Constitutiones Pontificias seu Apostolicas in fidei dogmatibus esse infallibiles, quod eis Ecclesiœ consensus accedat ; sed potius e contra asserendum esset illis Constitutionibus accedere Ecclesie consensum, quod infallibiles sint; cum Ecclesie consensus non sit causa infallibilitatis judicii, sed duntaxat illius signum, eamque supponat ; et prius sit rem esse certam, quam Ecclesiam ei consentire. Insu-per vel nomine Ecclesie universalis in hoc tractatu usurpate venit Ecclesia seu Episcopi in Generali Consilio congregati, vel veniunt episcopi per totum orbem diffusi. Non primum quia innumere hereses solo Romanorum Pon-tificum judicio extinctœ sunt absque authoritate Conciliorum Generalium, que hodie difficillime congregari possunt, et nonnisi ad convincendam hœreticorum obstinationem, res iterum in Conciliis tractate fuerunt, con-sentiente ipso Romano Pontifice; adeoque si Romani Pontificis judicium errori obnoxium erit, perpetuis dissidiis turbabitur Ecclesia. Non secundum, quia eo modo nihil precipuum et singulare attribuitur Romano Pontifici, ejusque decretis, cum cujuslibet episcopi seu doctoris judicium sit irreforma-bile, accedente consensu Ecclesie, que est columna et firmamentum verita-tis, nullique errori fidei contrario obnoxia. Similiter implexissima est expli-catio istius Ecclesiœ universalis toto Orbe diffuse; an videlicet debeant intelligi omnes, prorsus Orbis christiani episcopi, vel quot Regnorum seu provinciarum presules consentire debeant : sic enim in tam modica inter diversarum et inimicarum ditionum ac nationum episcopos communione, lata heresibus et schismatis janua panderetur. Unde ad rem presentem optime faciunt bine litterœ a piurimis episcopis Gallicanis conscripte anno 1653 Innocentio X° Summo Pontifici super Constitutione Apostolica de damnatione heresis jansenianœ; et longe antea anno 1387 tota Universitas Parisiensis in Consistorio apud Ciementem, quem tanquam legitimum Pon-tificem colebat infallibile Romani Pontificis judicium in causis fidei professa est clarissimis verbis per magistrum Petrum de Alliaco, postea Cameracen-

204 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 novembre 1705

sem episcopum et Romance Ecclesiœ cardinalem habitis. Adverto autem, nullatenus hic a me expeti, quod author provinciam assumat in prœsenti edendi tractatum de suprema potestate Summi Pontificis, sed duntaxat observare placuit quœdam verba e re nata addi debere, nec ea omitti posse absque gravi offensione Sanctœ Sedis.

Pagina 68a, asseritur quod fideles Africani et Asiatici tempore celebra-tionis Conciliorum illarum nationum obligati erant ad negandam certam et intimam animi consensionem fallibili authoritati earumdem synodorum, donec ipsis certissime constaret de consensu universalis Ecclesiœ. Crederem esse addendum vel Ecclesiae Romanae propter rationes nuper adductas, et propter alias quœ passent afferri, presertim quoad errores Asiaticorum circa diem celebrandi Paschatis ex Eusebio lib. 5 hist. eccles., cap. 23 et 24, prœcipue attentis verbis ejusdem ex antiqua versione.

Pagina 70a dicitur quod si provinciales aut nationales Synodi id sibi arrogent ut vi suœ solius authoritatis, inconsulta Ecclesia, populos interius judi-care atque juramento judicium confirmare cogant, actum est de unitate fidei et Ecclesiarum subordinatione. Ubi dicitur inconsulta Ecclesia, adderem Romana; alioquin quomodo consuli debet Ecclesia per totum orbem diffusa, vel congregata in Concilio generali, quod non semper existit, et perraro convocatur ?

Pagina 71a quœritur quo fine appellatio a Provincialibus et Nationalibus Synodis ad plenaria universalis Ecclesiœ concilia libera sit etc.; mallem dici ad Sedem Apostolicam vel ad plenaria Universalis Ecclesiae Concilia etc. Ex eo quod illœ inferiores synodi errare possunt, et de facto errarunt, ab Apos-tolica Sede, vel a Conciliis Generalibus emendari debent.

Pagina 73a asseritur quod fallibili privatarum Synodorum authoritati non debetur certus mentis assensus, nisi manifesto accesserit superior et infallibilis authoritas Ecclesiœ ; adderem Romanae propter rationes supra dictas.

Tandem paginis 81 et 82 affertur duplex sententia de fallibilitate Ecclesiœ ejusque infallibilitate in Canonizatione sanctorum; opinor autem expedire in prœsenti quod author innuat, se non adhœrere sententiœ de fallibilitate Ecclesiœ in sanctorum canonizatione propter consectaria hujus sententiœ inibi a scriptore indicata, quamvis id non faciat ad ejus argumentum.

1063. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai] 5 novembre 1705. 6 novembre 1705 TEXTE 205

1063 A. LE P. JEAN-FRANÇOIS MALATRA ' A FÉNELON

[6 novembre 1705].

Monseigneur,

J'eus l'honneur d'écrire à votre Grandeur le 27 d'octobre, par la poste de Paris, adressant ma lettre au P. Sanadon 2, qui demeure au noviciat de cette ville-là. J'ai tâché de vous rendre compte, Monseigneur, de tout ce que j'avais pu entendre de la bouche du cardinal, qui m'avait fait l'honneur de me parler en deux différentes occasions, touchant l'écrit que je lui avais remis de votre part'. Mais il ne s'est pas contenté de cela, il me fit appeler hier matin pour me donner la lettre que V[otre] G[randeur] trouvera ici, avec un écrit tout ouvert, dont il me recommanda de faire faire une copie pour vous être envoyée avec sa lettre', souhaitant que je lui renvoyasse son original. Je le lui rapportai l'après-dînée; et j'eus par là encore l'occasion de l'entendre parler sur le même chapitre; ce qu'il n'avait pu faire le matin, ayant été obligé de partir aussitôt pour une congrégation de Monte-Cavallo. Il insista à peu près sur les mêmes réflexions, qu'il m'avait communiquées auparavant, et que V[otre] Grandeur] pourra voir maintenant plus au long dans la copie de son écrit. Il y en a deux (et ce sont celles à côté desquelles j'ai attaché une petite étoile) dont il m'a recommandé de vous dire la raison: laquelle se réduit enfin au désir extrême qu'a Sa Sainteté que V[otre] Ç[randeurj fasse mention de son premier décret en la forme qu'on a marquée dans cet écrits; et que vous n'oubliiez' pas aussi, Monseigneur, de faire quelque commentaire sur ces paroles: nam et impii in tenebris conticescunt6: parce qu'il s'est fait au palais une fête particulière pour cette application, quoique ces paroles n'y soient guère prises dans leur sens propre et naturel. Car il semblerait, ajoute-t-on, que V[otre] G[randeur] méprisât cette application, si faisant profession d'insister sur toutes les particules de la constitution, vous passiez tout à fait cet endroit. Sur quoi je vous dois dire, Monseigneur, que quoique le cardinal ne m'ait pas dit expressément qu'il avait fait voir votre écrit au Pape', il m'a fait néanmoins assez connaître qu'il le lui avait communiqué, et que comme Sa Sainteté a une très haute idée de votre capacité, aussi bien que de votre probités, il ne souhaite rien tant, que de voir tout ce qu'il a fait dans la matière de question, bien prouvé et soutenu par un prélat de votre sorte. Je prierai Notre Seigneur de vouloir continuer ses bénédictions sur des travaux si utiles à l'Eglise, et me fournir les occasions de témoigner à V[otre) G[randeur] que je suis avec un profond respect, Monseigneur, son très humble et très obéissant serviteur.

M. le vidame passe ici, mon bon Duc, et ne me laisse qu'un instant pour vous parler de lui. Il me permet de vous dire ce que je connais de son état. Il voit clairement tout ce qu'il doit à Dieu. Sa volonté même est touchée. Mais elle est si faible, et le pays où il retourne' est si périlleux pour sa fragilité, que je n'espère rien, à moins que vous ne l'accoutumiez à vous dire tout sans réserve, que vous ne le ménagiez avec une patience infinie, et que vous ne le gardiez, pour ainsi dire, à vue contre lui-même'. Il ne faut ni le flatter, ni le pousser au désespoir', Dieu vous montrera le milieu. A Rome le 6 de novembre 1705. J.F. MALATRA, S.J.

206 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 novembre 1705

1064. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi au soir, 7 novembre 1705.

Je suis véritablement affligé, ma chère fille, de ne pouvoir aller chez vous avant mon départ. Il faut que je sois bien pressé puisque je dérange tout', et que je n'attends pas même que Mad. d...2 ait passé. Notre cher petit abbé' vous aura dit mon embarras. Demeurez dans les mains de Dieu. Si vous préférez l'amour de foi à votre imagination et à votre amour-propre, vous serez en paix. O que la présence de D[ieu] qui va jusqu'à oublier toutes nos délicatesses est heureuse!

1065. Au BARON J.F. KARG

A Cambray 25 nov[embrej 1705.

Je vous suis très obligé, Monsieur, de la grâce que vous m'avez faite de m'envoyer la lettre nouvellement imprimée'. Je vous enverrai, s'il vous plaît, dans peu de jours quelques petites réflexions sur cet ouvrage. En attendant je vous supplie de vouloir bien faire ma cour à Son Altesse Electorale et de croire que je suis toujours très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1065 A. LE P. SANADON' A FÉNELON

Le 3 de décembre [17051.

Monseigneur,

En recevant ce paquet de Rome', j'apprends par une lettre qu'on y avait jointe, qu'on m'avait adressé une autre lettre pour votre Grandeur 15 jours avant que ce paquet partît. Je ne l'ai point reçue'; mais, Monseigneur, si elle vient, je ne perdrai pas un moment et vous l'aurez par la première occasion que je trouverai.

Je suis toujours en peine, Monseigneur, d'une lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire et que j'envoyai à l'hôtel de Mortemart. On la mit entre les mains de Madame de La Barre'. Madame la duchesse était allée à St-Denis pour y faire quelque séjour'. Dans cette lettre, Monseigneur, je nommais l'abbé dont vous vouliez savoir le nom. J'y nommais aussi Mentor, je ne sais à quelle occasion'. Ayez la bonté, Monseigneur, de me faire écrire si cette lettre vous a été rendue. Le paquet que j'avais envoyé par la voie d'Avignon a été très diligemment porté à Rome. Celui à qui V. Grandeur l'adressait' m'écrit qu'il l'a reçu et vous le verrez, Monseigneur, dans le paquet de lettres que j'ai l'honneur de vous envoyer. Jamais rien de tout ce qui me passera par les mains et qui regardera votre service ne sera retardé par ma faute. 10 décembre 1705 TEXTE 207

Voilà, Monseigneur, un coup bien rude pour Monsieur le Duc de Beauvillier. Dieu le soutient d'une manière admirable. Je ne doute point que Votre Grandeur ne soit vivement touchée de voir un ami si constant et si fidèle à la veille de perdre tout le soutien de sa maison'. Vous savez avec quel respect et avec quel dévouement j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de V[otre] G[randeur] le très humble et très obéissant serviteur en N.S.

P. SANADON,

1066. A R-J. DE PERCIN DE MONTGAILLARD

10 décembre 1705.

J'ai toujours été fort touché des liaisons de parenté et d'ancienne amitié qui ont donné à mon frère tant d'attachement pour votre personne'. Elles ne sont pas pourtant ce qui m'engage le plus à vous honorer. Quoique je n'aie point été à portée d'avoir l'honneur de vous voir, j'ai toujours révéré de loin les vertus épiscopales par lesquelles vous édifiez l'Eglise. Je me suis intéressé avec zèle en toute occasion à ce qui vous touchait', et j'ai été ravi d'apprendre que vous aviez la bonté d'être dans la même disposition à mon égard'. Jugez par là, je vous supplie, si je puis avoir eu l'intention de vous attaquer dans mes Instructions pastorales.

Je n'avais point encore ouï parler de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, quand je la reçus de Bruxelles où elle avait été imprimée [...] sur une édition précédente de Hollande. Ainsi l'original de votre lettre n'est arrivé ici, qu'après qu'on en avait fait successivement deux éditions, et qu'elle était déjà répandue depuis la Hollande jusqu'à Paris [...] Ces écrivains' [...] ont même changé dans l'impression divers endroits de votre original. Il est vrai que ces changements ne sont pas de grande importance; mais ils montrent une liberté peu mesurées.

1067. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] vendredi 11 décembre 1705.

Pouvez-vous bien, ma chère fille, me mander simplement de vos nouvelles'? Je serai véritablement soulagé, si votre coeur s'ouvre assez pour m'apprendre avec simplicité en quel état il se trouve. O que je souhaite que la fidélité à n'écouter point les réflexions de l'amour-propre vous mette en paix! Alors on souffre sans trouble. C'est le trouble, et non la souffrance qui nuit à l'âme. La souffrance sans trouble profite toujours. C'est la douleur' paisible des âmes du purgatoire'. Mais le trouble est une double peine; c'est une peine que la volonté repousse et qu'elle augmente en la repoussant; c'est une peine qui vient de résistance à Dieu, et qui loin d'être utile, est nuisible. Consolez-moi, ma chère fille, en m'apprenant que l'abandon vous soulage.

208 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 décembre 1705

1068. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

A C[ambrai] 12 décembre 1705.

On ne peut avoir plus de joie, Madame, que j'en ai ressenti, en lisant la lettre que vous avez écrite à M. l'abbé de Langeron'. Quoique je m'intéresse vivement à tout ce qui vous touche et que je prenne part aux croix, dont il paraît dans cette lettre que vous êtes environnée, je ne puis néanmoins m'empêcher d'être consolé en y voyant combien vous travaillez à vous détacher de la vie, et à mettre la ressource de votre coeur en Dieu seul. Vous avez bien raison de ne compter point sur les hommes, et de ne chercher point ailleurs ce que vous ne trouverez pas dans la place où la Providence vous a mise; on a bien plus tôt fait de se détacher et de s'accoutumer à la privation, que de trouver dans une vie si courte et si traversée les consolations qui nous manquent. Les unes ou les autres nous manqueront toujours en quelque lieu que nous les allassions chercher. Nous avons même souvent besoin qu'elles nous manquent. Ces mécomptes nous rappellent à Dieu, et nous tiennent dans une dépendance qui est son vrai règne en nous. Enfin Dieu ne nous manque point, quand les créatures nous manquent. Il supplée par lui-même, tout ce qu'il nous ôte du côté des hommes. Pour obéir à ses supérieurs, pour souffrir, pour s'humilier, pour se taire, pour mourir sans cesse à soi-même, pour vivre dans le recueillement et dans la prière, pour préférer Dieu à soi, il ne faut point de grands raisonnements, ni beaucoup de consolations au dehors'. Au reste j'entre, Madame, de tout mon coeur et avec une sincère édification dans votre pensée de laisser raisonner les savants et de demeurer en paix et en silence dans la plus simple docilité pour les décisions de l'Eglise, sans se mêler d'aucune dispute'. Rien n'est meilleur ni plus convenable à l'esprit de grâce que cette disposition. La curiosité est un piège très dangereux. La science qui enfle les plus saints docteurs serait encore bien plus à craindre dans les personnes que leur sexe ou leur vocation éloigne de ces recherches. Aussi ne veux-je point vous proposer des occupations d'esprit qui dissipent, qui dessèchent, qui diminuent le recueillement. Je souhaite seulement que vous entriez dans les principes qui vous apprendront non à raisonner, mais à ne raisonner pas, et à vous défier de votre raisonnement. Je ne vous propose point d'examiner entre deux partis également autorisés. Je souhaite seulement que vous connaissiez assez jusqu'où va l'autorité de l'Eglise pour ne prêter jamais l'oreille à ceux qui en sapent les fondements dans la pratique sous le prétexte des questions de fait. Ainsi c'est la plus humble et la plus simple docilité que je voudrais confirmer en vous, loin de vouloir vous engager dans des curiosités qui nourrissent la présomption humaine. J'avoue que les disputes entre les catholiques causent un grand scandale avec un déplorable triomphe des hérétiques et des libertins`, mais ce mal est bien ancien. Les Pères mêmes ont été quelquefois prévenus les uns contre les autres et ont contesté pour l'éclaircissement de la doctrine. Quand on ne peut éviter ces disputes, il faut au moins tâcher de les rendre courtes et charitables. Je vous trouve heureuse, malgré vos embarras dans votre solitude, d'y être loin de ce qu'on appelle le grand monde et les cours'. Vous n'y avez que les épines de la société. Instruisez peu à peu, reprenez doucement, encouragez, animez, supportez, édifiez, comptez que vous gagnerez peu sur

13 décembre 1705 TEXTE 209

les volontés du prochain. Mais enfin vous ferez beaucoup si vous faites avec une entière fidélité le peu qui dépend de vous'.

Je suis en peine de votre santé et si j'osais, je prendrais la liberté de vous en demander des nouvelles. Ne la mettez, je vous supplie, à aucune épreuve trop forte. La seule sujétion de répondre toute la journée à beaucoup de personnes qu'il faut ménager, persuader, redresser, et accorder entre elles, est un étrange obstacle pour faire de bon sang'. Si vous ne travaillez à cet ouvrage qu'en la présence de Dieu et sans vous laisser aller à l'activité naturelle de votre esprit, vous agirez tranquillement sans vous précipiter et sans vous épuiser. Vous travaillerez moins, et vous ferez beaucoup plus d'ouvrage, vous retrancherez l'inquiétude et l'empressement de l'amour-propre, vous ne déciderez ni n'exécuterez rien par votre propre sagesse, vous vous conduirez par celle de Dieu qui atteint en chaque chose d'un bout à l'autre avec force et douceur. Vous avancerez toujours comme l'aiguille d'une pendule, dont le mouvement est imperceptible, et qui marque tout'. Vous recevrez tout le bien qui résultera de votre travail, comme l'ouvrage de Dieu seul, et vous demeurerez en paix sans vous décourager sur les choses où vous n'aurez pu réussir. Les plus grands saints ont souffert des maux qu'ils n'ont pu empêcher et ont renoncé à des biens qu'ils n'ont pu faire. Rien n'est plus sincère, Madame, que mon zèle et mon respect pour vous.

1069. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Dimanche 13 décembre 1705.

Votre dernière lettre d'hier au soir, ma chère fille, m'a consolé. Je vois bien que vous souffrez une grande douleur. Mais la douleur, quand elle est seule, ne déplaît jamais à Dieu. Au contraire elle purifie l'âme et est très agréable à D[ieu] quand elle ne porte à aucune infidélité. La douleur même n'est jamais si violente ni si longue, quand elle est sans résistance à la grâce; car dès que la volonté ne lui résiste point, elle est sans trouble, et de plus elle ne dure pas, parce que D[ieu] ne la donne que pour rompre la propre volonté. Ainsi, dès que la volonté propre est rompue, Dieu finit l'épreuve qui n'était destinée qu'à opérer la désappropriation. On désarme D[ieul en lui cédant. La non-résistance est le remède à tous nos maux. Livrez tout à Dieu sans bornes et sans condition. Il ne faut pas le faire pour en avoir meilleur marché. Mais il est pourtant vrai que c'est ce qui modère et qui abrège les peines. Je voudrais vous soulager ; mais je ne le puis. Pour guérir le mal il ne faut point le flatter. Dieu sait combien je compatis à vos peines loin de m'en impatienter.

Bonsoir, ma très chère fille.

1070. A MICHEL CHAMILLART

22 décembre 1705.

L'extrême bonté avec laquelle vous m'avez offert d'entrer dans une question qui regarde un nouvel officier des eaux et forêts' me fait prendre la

210 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 décembre 1705 26 décembre 1705 TEXTE 211

liberté de vous envoyer, avec une entière confiance, le mémoire ci-joint'. J'espère que vous y verrez qu'il n'y a aucune terre dans le royaume qui ait des franchises aussi bien fondées, et aussi mieux conservées, que celles de notre châtellenie. Il y a longtemps que j'en ai envoyé les pièces justificatives; la plupart même de ces pièces se trouvent dans un livre imprimé qui est dans un assez grand nombre de bibliothèques. Si vous voulez néanmoins des copies en forme de toutes ces pièces, je ne manquerai pas de vous les envoyer au plus tôt. Ce que cet officier demande est très peu de chose pour lui, et serait d'une conséquence irréparable contre l'archevêché de Cambray. Notre sûreté ne consiste qu'à ne nous laisser entamer par aucun endroit; si nous étions une fois entamés sous quelque prétexte, tout tomberait insensiblement. Cet officier doit s'imputer à lui-même d'avoir demandé nommément au Roi, par une vraie surprise, une châtellenie' qu'il savait bien être en possession actuelle et immémoriale de ne connaître ni la juridiction des eaux et forêts, ni aucun de ses droits. Que si vous voulez examiner les pièces, vous les aurez bientôt examinées; mais, en attendant, je vous supplie très instamment d'avoir la bonté d'imposer silence par provision à cet officier. Vous n'avez qu'à penser à tout ce que votre bon coeur vous engage à faire pour moi, pour juger de ma vive reconnaissance'.

1070 A. LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON

A Paray, ce 26' décembre 1705.

Mon devoir, Monsieur, par la raison que je vous ferai connaître dans la suite de cette lettre (laquelle ne va pas par la poste, mais est portée par une personne sûre), me fait rompre aujourd'hui le silence exact que la raison, sans aucun changement dans mon coeur à votre égard, nous a prescrit à vous et à moi depuis 1697', que malheureusement pour moi, selon le monde, je partis de France pour aller à Rome par ordre du Roi, chargé du soin de ses affaires en cette cour, et y attendre la vacance du décanat du sacré collège: et lequel silence nous avons encore plus exactement observé depuis plus de cinq ans accomplis, que pour être retourné à Rome de Caprarole, qui n'en est distant que de dix à douze lieues; et cela uniquement pour y prendre possession, suivant mes obligations, du décanat du sacré collège, et y opter dans le premier consistoire l'évêché d'Ostie qui en est le complément ; j'ai été condamné (quoique absent et sans avoir été entendu, ni pu l'être jusques à présent, depuis près de cinq ans accomplis que je suis de retour en France) par un arrêt du conseil d'en haut rendu le 11 septembre 1700, à la perte de tous mes biens séculiers et ecclésiastiques, et de ma charge de grand-aumônier de France', la première des quatre grandes charges de la maison du Roi et de la couronne, à laquelle seule charge (à l'exclusion de toutes les autres) est attachée la dignité de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit', dont, par le même arrêt, j'ai été aussi dépouillé, et ensuite ma charge conférée à un autre, sans que j'en aie donné ma démission; toutes lesquelles marques excessives de l'indignation du Roi contre moi n'ont pour prétexte, dans l'arrêt même, qu'un prétendu crime de désobéissance, pour être retourné de Caprarole à Rome y prendre possession du décanat du sacré collège, et y opter dans le premier consistoire l'évêché d'Ostie: car, grâce à Dieu, ce crime est énoncé dans cet arrêt, comme le seul qui me puisse être imputé avec quelque fondement apparent; et lequel crime de la moindre petite désobéissance, supposé même qu'il fût véritable, ce qui n'est pas, serait au moins d'une nature bien singulière et qui par la singularité de son objet aurait paru devoir mériter quelque indulgence de la part de la justice du Roi quand bien même elle n'aurait pas été surprise lorsqu'il jugea pouvoir, sans rien faire qui fût contraire à cette vertu, non seulement rendre un tel arrêt sans m'entendre, chose inconnue jusques à moi, à l'égard même du plus avéré et du plus vil de tous les criminels de lèse-majesté; mais se devoir encore porter de plus à défendre à tous ses ministres et à son confesseur même de recevoir et d'ouvrir aucune de mes lettres, mais de me les renvoyer, aussi bien que celles que je pourrais leur adresser pour Sa Majesté même, ne voulant pas prendre connaissance de ce que je croirais me devoir donner l'honneur de lui écrire, soit pour ma justification, soit par rapport au bien de son service; ordres qui n'ont pas encore été levés par le Roi, depuis près de cinq ans accomplis que je suis de retour en France ne demandant pour toute grâce que de pouvoir être entendu pour me justifier, comme il m'est aisé de le faire d'une manière démonstrative, de ce prétendu crime de désobéissance et de mépris pour les ordres et volontés du Roi; et étant bien instruit, par une lettre de mon grand-père' à Henri IV que suivant le langage de l'Ecriture sainte la colère et l'indignation du Roi est pour l'ordinaire l'avant-coureur de la mort', et que sur ce principe il avait déclaré à ce bon et généreux prince, qu'il n'avait garde de revenir en France, lors de l'affaire de M. de Biron', tant qu'il saurait le Roi en colère contre lui : et néanmoins nonobstant toutes ces connaissances, j'ai pris un parti tout contraire à celui que la plupart du monde, sans excepter mes meilleurs amis, m'aurait conseillé de prendre, parce que j'ai voulu en cette dangereuse occasion, préférer à toute autre considération l'accomplissement de tous mes devoirs aux dépens de tout ce qui m'en pouvait et peut à tout moment m'arriver de plus terrible en ce monde.

C'est là la véritable situation, Monsieur, dans laquelle je suis depuis cinq ans, que je me suis rendu volontairement en France', me trouvant doyen du sacré collège, venant de faire pape (pouvant vous le confier avec vérité, pour y avoir plus contribué qu'aucun autre cardinal) le meilleur de mes amis et de mes plus déclarés de mes protecteurs', et cela à l'âge de cinquante-deux ans; et je me vois avec cela ayant un tel arrêt sur le corps qui n'est pas encore cassé et sans avoir non seulement la moindre parole par écrit, mais simplement labiale du Roi, qui mette ma liberté et ma vie même en assurance; n'ayant par conséquent d'autre sûreté sur l'une et sur l'autre de ces deux choses, qui sont néanmoins les plus capitales de cette vie périssable, que le témoignage intérieur de ma conscience en faveur de mon innocence et de toute la droiture de ma conduite, et la persuasion où j'ai toujours été et continue d'être, nonobstant tous ces faits, que Dieu avait plus mis dans le coeur du Roi en le formant, de droiture et d'amour de la justice, que dans aucun homme que j'aie jamais connu et tâché de connaître et d'approfondir plus particulièrement, si j'en excepte feu M. de Turenne mon oncle.

Après, Monsieur, tout ce préambule très véritable qui en vous affligeant ne laissera pas que de vous consoler, persuadé que je suis de la continuation de l'honneur de votre amitié, et lequel douloureux préambule ma plume n'a

212 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 décembre 1705

pu refuser à l'estime et profonde vénération que j'ai pour votre mérite, et à la vive tendresse que je conserve pour votre personne, malgré tous mes malheurs qui doivent leur origine aux vôtres, lesquels sont aussi d'une nature bien surprenante; je vous expliquerai pourquoi mon devoir m'oblige de rompre un silence à votre égard que j'observe si exactement aussi bien que vous à mon égard depuis que l'indignation du Roi a éclaté si publiquement contre moi, en premier lieu par l'ordre que Sa Majesté me donna il y aura six ans accomplis au mois d'avril prochain de partir de Rome pour m'en venir en France y être relégué dans mes abbayes de Clugni et de Tournus, et en second lieu par un arrêt du 11 septembre de la même année 1700. Je vous dirai donc, Monsieur, que les quatre ministres d'Etat, suivant ce que je vous ai marqué ci-dessus, ne pouvant pas en exécution des ordres du Roi recevoir encore aucune de mes lettres, et croyant toujours M. le duc de Beauviliers autant de vos amis et des miens, que quand je partis de France pour Rome en 1697g, et se trouvant un de mes juges '43 dans une affaire au sujet de ma juridiction, laquelle affaire m'est faite à l'occasion de ma disgrâce par plusieurs particuliers et quelques communautés des religieux" soi-disant de la réforme ou étroite observance de l'ordre de Clugni '2; vous rendrez sûrement, Monsieur, dans l'impuissance où je suis de le rendre, un très grand service à cet ordre, et ferez une action très méritante devant Dieu, de vouloir bien faire connaître à M. le duc de Beauviliers, ce que je connais pour très véritable, que le vrai moyen de détruire le peu de bien qui reste dans l'ordre de Clugni, parmi ceux qui se disent de l'étroite observance, et d'empêcher celui que j'y aurais déjà établi, si je n'en avais pas été empêché depuis mon retour en France, par ce procès qui ne m'a été suscité qu'à l'occasion et à l'abri de ma disgrâce, par une troupe de mauvais moines; car je suis obligé de vous le dire ici naïvement, que le plus grand nombre, pour ne pas dire tous, n'ont que le nom et l'habit de réformés, sans en avoir les moeurs, et que cela étant effectivement ainsi, M. le duc de Beauviliers, dans le jugement de cette affaire, doit être fort en garde, pour ne pas écouter ce que sa piété même lui pourra d'abord inspirer en faveur de gens dont l'extérieur impose facilement à ceux qui ne les connaissent pas, de même qu'à l'égard des sollicitations des personnes de piété, sans doute abusées, que ces moines se vantent de faire agir vivement auprès de lui en leur faveur, au préjudice d'une juridiction des abbés généraux de Clugni bien établie, et dont j'ai été dans une paisible possession depuis le jour de mon élection en 1683 jusques au jour de mon éclatante disgrâce arrivée en 1700 dans lequel temps, nonobstant tous les bienfaits dont je puis dire avec vérité que j'avais comblé ces mêmes moines soi-disant réformés, les croyant pour lors tels par leurs moeurs aussi bien que par leurs habits, ils commencèrent leur révolte par disputer à mon neveu, l'abbé d'Auvergne la plus régulière coadjutorerie '3 qui ne soit peut-être accordée dans l'Eglise depuis plus de huit cents ans, et en cela je vous dis vrai; et ensuite par me disputer à moi et à mes successeurs abbés de Clugni une juridiction sans laquelle il est impossible que le peu de bien qui reste dans cet ordre ne soit anéanti, et encore plus impossible d'y rétablir une véritable régularité tant dans les maisons de l'ancienne et mitigée observance autorisée par les bulles des papes, que de la nouvelle et étroite observance". Espérant avec la grâce de Dieu que ma juridiction m'étant conservée dans tout son entier par l'arrêt que le Roi rendra dans son conseil composé de MM. le

26 décembre 1705 TEXTE 213

chancelier, duc de Beauviliers, Chamiliard, Daguesseau ' 5, Pelletier de Sousi 16, d'Hermenonville" et Desmarets '8, tous du conseil de finance, auquel conseil pour cette affaire, qui avec raison a fait tant de bruit par la prévarication de M. de Vertamont, premier président du grand-conseil ", et de M. Henaud 2°, rapporteur, Sa Majesté y a joint MM. de Ribere 21, de Harlay" et Voysin23 conseillers d'Etat, et M. Turgot de Saint-Clair" pour rapporteur ; espérant, dis-je, que ma juridiction soit conservée, je pourrai bientôt après un tel arrêt décisif en ma faveur faire des statuts et règlements en vertu de mon autorité ordinaire comme abbé général de Clugni, et de mon autorité extraordinaire comme délégué du Saint Siège, par le bref revêtu de lettres-patentes du Roi et enregistré au grand-conseil", lesquel statuts et règlements, pour l'une et l'autre observance de l'ordre de Clugni, mettront les monastères et les religieux particuliers sur un pied de régularité sur lequel les monastères et les religieux particuliers n'ont pas été depuis bien des siècles: mais pour cela il faut que je sois autorisé, ce qui ne peut être que par un arrêt décisif en ma faveur, qui soumette entièrement ces religieux révoltés à ma juridiction ; en quoi je puis, Monsieur, vous assurer avec vérité que si je ne consultais pas mes devoirs et le bien véritable de l'ordre de Clugni, préférablement à mon repos et à mes intérêts, je souhaiterais que l'arrêt qui interviendra accordât à ces religieux révoltés leurs demandes. Si cela arrivait, contre mon attente, l'événement vérifierait la vérité de mon pronostic et ferait connaître à ceux qui (sous prétexte de quelque piété extérieure qui paraît dans les discours et l'extérieur composé de ces religieux soi-disant réformés) les auraient favorisés dans leurs prétentions et demandes", qu'ils en seraient dans la suite très fâchés et reconnaîtraient, mais trop tard, que la plupart, pour ne pas dire tous, ne désirent que d'empêcher une véritable réforme et étroite observance dans l'ordre de Clugni; car ils savent bien en leur conscience que personne ne désire plus que moi de voir établir une véritable et solide réforme dans l'ordre de Clugni, à la conduite duquel la divine Providence a permis que je fusse appelé.

Si je vous ai affligé, Monsieur, par vous faire connaître dans le commencement de cette lettre ma véritable situation, qui est des plus tristes pour ce monde et des plus extraordinaires persuadé comme je le suis de la continuation de votre amitié je crois vous en devoir consoler en vous disant qu'au milieu de tous les dégoûts et malheurs qui m'accablent depuis plus de sept ans (car je ne fus pas longtemps après mon départ de la cour que vos ennemis dont plusieurs étaient les miens avant que d'être les vôtres", s'acharnèrent à me persécuter, et lesquels malheurs durent avec aussi grand excès depuis près de six ans accomplis), je n'ai depuis plus de vingt ans joui de tant de santé et de tant de tranquillité d'esprit et de coeur que j'en jouis depuis le jour que je retournai de Caprarole à Rome qui fut le 21 juillet 1700 ce que je ne puis attribuer qu'à une visible protection de Dieu sur moi. Je vous demande, Monsieur, le secours de vos prières pour que j'en fasse mon profit par rapport à l'autre vie, que mon âge avancé et la délicatesse de mon tempérament me doivent faire envisager comme ne pouvant pas être bien éloignée".

Dans la pensée, Monsieur, de vous faire plaisir, et ne doutant pas que vous n'ayez entendu parler d'un écrit qui, bien à mon insu, a couru dans Paris sous le nom de mon apologie, lequel est bien composé et vrai en plusieurs point mais non pas en tous", je vous en envoie confidemment un autre

214 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [1701-1705?]

qui est vrai en tout, que j'ai toujours tenu fort secret et que je fis pour ma satisfaction particulière et pour ne le communiquer au moins dans le temps présent qu'à quelques-uns de mes amis sous le secret et lequel écrit je fis dans le moment que j'appris l'affaire arrivée à Crémone en 1702, et la récompense très juste qui avait été faite par le Roi à M. le comte de Revel, pour n'avoir pas exécuté l'ordre précis qui lui avait été donné par M. le maréchal de Villeroi, de faire un détachement de la garnison de Crémone". Ce premier, pour n'être aussi bien composé que celui qui a couru sous le nom de mon apologie', par l'exacte vérité des faits qu'il contient et la justesse des réflexions et des conséquences qui s'en tirent naturellement ne vous déplaira sûrement pas, et vous persuadera clairement aussi bien que tout homme raisonnable et désintéressé que, pour être malheureux je ne suis pas pour cela en rien criminel dans ce qui a fait tout mon prétendu crime de désobéissance et de mépris pour les ordres du Roi énoncé dans son arrêt du 11 septembre 1700. Croyez moi, Monsieur, jusques au tombeau par estime, vénération et tendresse plus absolument à vous qu'homme du monde.

LE CARD. DE BOUILLON, Den DU Sré COLe.

1071. A LA COMTESSE DE FÉNELON

[1701-17051.

Je souhaite, ma chère soeur, que M. votre fils' soit petit, simple et souple dans vos mains. Quelque tendresse que je ressente pour lui, je ne puis l'aimer qu'autant qu'il vous croira et qu'il sera fidèle à vous obéir. S'il vous laisse voir son intérieur sans réserve avec une naïveté de petit enfant, et s'il se laisse mener comme par la lisière, toutes ses faiblesses se tourneront à profit pour lui; car on n'est fort, qu'autant qu'on se sent faible et sans aucune ressource en soi-même. Les mendiants sentent leur misère, la faim les chasse de chez eux, et les réduit à la mendicité qui leur procure des aliments. Il faut que l'expérience intime, violente et continuelle de notre impuissance nous fasse sortir de notre coeur, pour nous faire mendier à la porte de celui qui est riche sur tous ceux qui l'invoquent': c'est là qu'il faut aller chercher conseil, secours et vie empruntée': il ne faut plus vivre que d'emprunt, même pour penser et pour vouloir. Malheur à qui vit du sien propre! Il ne faut plus vivre que du bien d'autrui. Malheur à quiconque se tient renfermé chez soi! Il en faut sortir comme Abraham, sans savoir où l'on va, et n'y rentrer jamais sous aucun prétexte.

Tenez donc M. votre fils pour le conduire pas à pas, sans le laisser jamais rien décider à sa mode. Il est votre enfant selon la grâce autant que selon la nature. Dès qu'il se soustraira de votre conduite, il n'éprouvera que faiblesse et que chute, avec un grand péril d'égarement. Si, au contraire, il ne s'éloigne jamais d'un pas de vous, s'il vous dit tout sans réserve et sans retardement, s'il remédie à la faiblesse par l'obéissance, ses misères se tourneront à profit par le désabuser à fond de lui-même. Au moins, quand on est dans une entière impuissance, faut-il se laisser soutenir et conduire. [1701-1705?] TEXTE 215

1072. A GUY-ANDRÉ DE LAVAL

[1701-17051.

Vous savez, Monsieur, combien N... est contredit et condamné dans le public: mais j'espère que, si on veut écouter le détail, on saura qu'il a été fort à plaindre. Bonum mihi quia humiliasti me'. C'est le fondement des oeuvres de Dieu, et le creuset où se purifient ceux dont il veut se servir. J'en ai de la joie et de la douleur. Courage sans courage, mon cher M... Soyez petit. Saint Augustin dit que Saul était grand, courageux, savant dans la loi, et zélateur des traditions; mais que devenant Paul, qui signifie petit, il devint effectivement petit, souple, insensé selon le monde; et que ce fut en le terrassant que Dieu l'instruisit pour l'apostolat. O la bonne instruction, que d'être terrassé et aveuglé! Soyez aveugle et abattu si vous voulez être Paul, c'est-à-dire petit'.

Votre petitesse doit paraître principalement dans une intime union avec madame votre mère, et dans une entière dépendance d'elle, mais il faut que ce soit une dépendance toute intérieure de jugement et de volonté; il faut une docilité sans ressource'. Si vous réservez dans votre docilité le moindre petit recoin de propriété de pensée ou de volonté secrète, vous mentez au Saint-Esprit, comme Ananias et Saphira, dans votre désappropriation. Numquid manens tibi manebat4? Vous étiez libre de demeurer homme de bien dans un train commun, en gardant vos pensées et vos volontés: mais une désappro-priation qui cache une ressource de propriété est un mensonge au Saint-Esprit et un larcin sur son propre sacrifice.

Que votre coeur soit donc nu comme le corps d'un petit enfant qui tette sa mère, et qui ne sait pas ce que c'est que nudité. Dites-lui tout, pour et contre vous, sans réflexion; et après l'avoir dit, ne croyez et ne voulez que ce qu'elle vous fera croire et vouloir. Vous n'aurez de paix que dans cette désappropriation universelle. Il me semble que je suis toujours avec vous deux, et que Dieu est au milieu de nous. Amen, amen.

1073. A LA COMTESSE DE MONTBERON

1 janvier 1706.

L'ordre de Dieu n'est point, ma chère fille, que vous vous rengagiez en communauté avec Mme...' Pour moi je ne lui dois dans cet ordre et je ne veux lui donner que les soins dont elle a besoin pour le spirituel. Laissez-la venir, si elle vient, et recevez-la avec amitié comme une personne que vous n'attendez nullement. Mais ne prévenez rien. L'empressement ne viendrait que de générosité humaine, et d'un raffinement d'amour-propre. Le même amour-propre qui serait empressé se tournerait bientôt au dépit et au désespoir. La vraie charité est simple, paisible, et égale pour le prochain, parce qu'elle est humble et sans retour sur soi. Tout ce qui n'est point cet amour pur doit être circoncis'. C'est la circoncision du coeur, qui nous rend les

216 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 janvier 1706

enfants et les héritiers de la foi d'Abraham pour aller comme lui sans savoir où, hors de notre patrie terrestre'. O le beau partage que de quitter tout, et de se livrer à la jalousie de Dieu qui est le couteau de la circoncision! Notre main ne fait jamais en nous que des retranchements superficiels. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, et nous ne savons pas où il faut frapper. Les endroits où notre main frappe ne sont jamais ceux où Dieu veut couper. L'amour-propre nous arrête toujours la main et se fait épargner. Il ne coupe jamais jusqu'au vif sur lui-même. De plus, il y a toujours un choix propre, et une préparation de l'amour-propre dans ce choix, qui amortit le coup, mais quand la main de Dieu vient, elle donne des coups imprévus, elle sait choisir précisément les jointures pour diviser l'âme d'avec elle-même'. Elle ne laisse rien d'intime qu'elle ne pénètre. Alors c'est l'amour-propre qui est le patient. Il faut le laisser crier. Le grand point est de ne se remuer pas sous la main de Dieu de peur de faire un contre-temps, et de retarder son opération détruisante. Il faut demeurer immobile sous le couteau. C'est tout faire que d'être fidèle à ne repousser aucun coup'. On n'agit jamais tant que quand la volonté veut ne résister point à Dieu, car toute notre action utile est dans la volonté. Les âmes sont merveilleusement purifiées dans le purgatoire, par leur simple non-résistance à la main de Dieu qui les fait souffrir. Que votre volonté veuille simplement ne résister point. C'est assez. Dieu fera son ouvrage de destruction. Portez vos misères et les coups de Dieu. C'est tout ce qu'il demande.

1074. A MAIGNART DE BERNIERES

A Cambray 4 janvier 1706.

Rien ne peut me donner une plus sensible joie, Monsieur, que de recevoir des marques de l'honneur de votre souvenir'. Vous me les donnez en des termes si touchants, que je ne puis vous exprimer à quel point j'en suis attendri. Fussiez-vous à deux cents lieues d'ici, l'éloignement ne ferait qu'augmenter ma sensibilité sur une telle perte. Jugez par là, Monsieur, avec quel plaisir je songe que vous n'êtes pas beaucoup plus loin de Cambray à Ipres, qu'à Maubeuge, et que je pourrai bien faire quelque jour une course de votre côté. Je vous souhaite tout ce que vos travaux, vos attentions à servir tous les honnêtes gens, à soulager toutes les troupes, à faire aimer le service, méritent du Roi. Personne ne peut être avec plus d'attachement et de zèle, que je le serai le reste de ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Vous ne sauriez jamais, Monsieur, me faire une plus grande grâce, vous qui m'en avez fait plusieurs, que celle de me conserver par vos soins l'honneur du souvenir de Madame de Bernières. Tout ce que j'ai vu de ses sentiments, de sa conduite et de l'usage de ses talents, m'a fait une impression d'estime extraordinaire.

10 janvier 1706 TEXTE 217

1075. Au BARON J. FR. KARG

[10 janvier 1706].

Monsieur,

Je ressens comme je le dois les marques très obligeantes qu'il vous plaît me donner de la bonté de votre coeur. Je voudrais les pouvoir mériter, mais contentez-vous, s'il vous plaît, des souhaits d'un homme inutile. Une affaire que j'ai à Bruxelles m'engage à partir au plus tôt pour y aller, j'espère que j'y ferai ma cour à Son Altesse Electorale de Cologne'. J'aurais été fort aise, Monsieur, de vous y trouver, et de vous assurer que je suis toujours très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray 10 janvier 1706.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1075 A. H. DE THYARD DE BISSY A FÉNELON

Paris, le 22 janvier 1706.

En vous assurant, Monseigneur, dans ce commencement d'année, de la continuation de mon ancien respect et attachement pour vous, après avoir lu (ensuite des visites de mon diocèse qui n'ont fini qu'à la Toussaint) les ouvrages que vous avez faits sur le jansénisme', je crois que vous avez dit tout ce qu'on pouvait dire pour établir l'infaillibilité de l'Eglise sur le sens des livres de religion, et comme il me paraît que vous avez beaucoup travaillé sur cette matière, je vous prie de me faire l'honneur de m'envoyer un mémoire de ce que vous avez pu ramasser sur une difficulté qui me reste et qui me fait de la peine.

Les Jansénistes s'appuient présentement beaucoup sur le raisonnement suivant: avant que d'établir si l'Eglise est infaillible ou non dans la condamnation des livres, pour en conclure qu'il faut se soumettre de coeur à la censure qu'elle a faite du livre de Jansénius, il faut établir avant toutes choses que l'Eglise a condamné ce livre: or c'est ce qu'on n'a pas encore prouvé, disent-ils, jusqu'à présent. Il est vrai qu'il a été condamné à Rome, que les constitutions des papes et le Formulaire ont été reçus en France par le plus grand nombre des évêques; mais ce n'est pas là l'Eglise: il faudrait que les évêques des autres Etats catholiques en eussent fait autant; et c'est ce qu'ils n'ont point fait, ajoutent-ils. A peine le livre de Jansénius est-il connu dans les églises de Portugal, d'Espagne, d'Hongrie, de Pologne, d'Allemagne, et même en Italie. Si l'on dit que le consentement tacite suffit', ils répondent que cela est bon dans les matières de foi, parce qu'on présuppose que chaque évêque peut connaître si le point nouvellement décidé est conforme à la foi de son église ou non, et que son silence est une preuve de son approbation; mais ils disent qu'on n'en peut pas faire de même d'un livre qu'on n'a point vu, dont on ne peut supposer qu'on en a approuvé la doctrine, qu'en

218 CORRESPONDANCE DE FENELON Février 1706

supposant qu'on l'a vu, lu et examiné. Je suis persuadé, Monsieur, que vous approuverez ma liberté et ma franchise. Je serai toute ma vie, Monseigneur, avec tout le respect possible, votre très humble et très obéissant serviteur.

HENRY ÉVÊQUE DE MEAUX.

1076. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi, ...février 1706.

Jamais je ne ressentis, ma chère fille, une plus grande joie que celle que vous me donnez. Béni soit celui qui tient votre coeur! O que vous serez en paix si vous vous livrez à lui sans condition et sans bornes! Ne cherchez que lui seul en moi, et vous l'y trouverez toujours. Mais si vous vous y cherchez vous-même, l'amour-propre sera votre tourment. Souffrez toutes mes fautes, contentez-vous de ma bonne volonté; regardez Dieu qui vous éprouve par moi, quand vous ne pouvez plus voir Dieu qui vous aide par moi. Que notre union soit toute de foi. 11 faut voir Dieu dans mon indigne personne, comme vous voyez J[ésusj-C[hrist] dans ce vil pain que le prêtre tient à la messe'. J'espère que tous ces ébranlements si violents serviront à affermir l'édifice. Mille fois tout à vous en celui qui veut que tout soit un.

14 février 1706 TEXTE 219

public ne comprendra jamais les raisons d'une telle singularité, qui est si contraire aux préjugés de toute la nation. J'en conclus que la situation de monsieur votre fils est bien violente. Il est réduit à l'une de ces deux extrémités, ou de désobéir à sa mère, qui a de bonnes raisons pour lui défendre de servir, ou de se laisser déshonorer dans le monde, parce que ces bonnes raisons n'y seront jamais comprises'. Pour moi je n'ai point d'autre parti à prendre que celui de me taire, d'être véritablement affligé, et de prier Dieu qu'il donne son esprit de sagesse à la mère et au fils. Ce qui est certain, c'est que je ne paraîtrai jamais en rien désapprouver votre conduite, et que j'aimerais mieux ne parler de ma vie que de laisser échapper une parole contre vous. C'est du fond de mon coeur, ma chère soeur, que je vous suis toujours dévoué'.

1078. A Mme ROUJAULT'

[14 février 1706).

Madame,

1077. A LA COMTESSE DE FÉNELON

A Cambray, 12 février 1706.

En arrivant ici de Bruxelles j'ai reçu votre lettre du 27 janvier. J'avoue, ma chère soeur, qu'elle m'a bien surpris et affligé '. J'espérais que vous me sauriez quelque gré de vous avoir représenté cordialement mes pensées dans une lettre qui n'était que pour vous, et sans me mêler de décider sur la conduite de monsieur votre fils. Il me semblait qu'il y a une grande différence entre décider et proposer avec zèle ce qu'on croit voir. Ainsi j'étais bien éloigné de croire que ma lettre pût m'attirer celle que vous m'avez écrite'. Mais je suppose que j'ai tort, puisque vous le jugez ainsi. Du moins ma faute sera courte, car je m'abstiendrai, puisque vous le souhaitez, de vous proposer mes pensées. D'ailleurs je recevrai toujours d'un coeur ouvert tout ce qu'il vous plaira de me mander de vos raisons. Personne ne sera plus content que moi de reconnaître qu'elles sont bonnes, comme personne ne serait plus affligé que moi si elles n'étaient pas décisives. Mais supposé qu'elles soient aussi fortes que vous les croyez, je trouve monsieur votre fils bien à plaindre; car en ce cas il se trouve entre une mère qui a de bonnes raisons pour vouloir l'empêcher de servir, et le public dans lequel il sera déshonoré sans ressource malgré ces raisons inconnues, s'il ne sert pas. Il est déjà dans sa vingtième année'. Les autres gens de condition se gardent bien d'attendre un âge si avancé pour commencer à servir. Ils servent dès l'âge de quatorze ou quinze ans. On ne trouvera en France aucun exemple d'un homme d'un nom connu, qui n'ait pas déjà fait quelques campagnes dans sa vingtième année. Le

Mon voyage de Bruxelles a retardé la réponse que je vous dois'. Permettez-moi, s'il vous plaît, de vous représenter que pour votre personne et pour celle de M. Roujault" vous n'avez qu'à suivre la décision d'un bon et pieux médecin, qui vous déclare ce que vous devez faire pour le carême. Je permets tout ce qu'il croira nécessaire. A l'égard des militaires qui peuvent manger à votre table, je ne vois aucune difficulté par rapport aux jours auxquels nous leur permettons l'usage de la viande. Mais il n'en est pas de même des jours, où ils n'ont pas cette permission. Je crois, Madame, que votre piété et celle de Monsieur Roujault vous empêchera toujours l'un et l'autre d'autoriser à votre table et dans votre maison le mépris de la loi de l'Eglise. Ainsi ceux qui iront manger chez vous ne doivent y être admis que pour y manger suivant la permission de mon mandement'. Il en doit être de même des domestiques, à moins qu'ils ne soient dans une infirmité qui persuade au médecin qu'ils ont besoin d'être dispensés de la loi. Vous désirez, Madame, que je vous expose la règle. J'en suis très édifié. Je prie N[otre] S[eigneur] qu'il vous comble de ses grâces. Personne n'honore Monsieur Roujault plus parfaitement que je le fais, et rien n'est plus sincère que le zèle avec lequel je suis pour toujours, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray 14 février 1706.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Souffrez, s'il vous plaît, Madame, que j'ajoute ici un très humble compliment pour Mademoiselle votre filles.

220 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 février 1706

1079. Au CARDINAL DE BOUILLON

A Cambray 16 février 1706.

J'ai reçu, Monseigneur, avec beaucoup de joie la lettre que votre Emi-nence m'a fait l'honneur de m'écrire. Si feu M. Vaillant' a fait ce qu'il m'avait promis, il ne vous a pas laissé ignorer mes sentiments. C'est uniquement par discrétion pour vos intérêts que je me suis abstenu depuis tant d'années de vous témoigner par mes lettres combien je vous suis dévoué; pour moi je n'ai rien à ménager. Je ne manquerai pas de chercher les voies de faire recommander le procès qui doit être jugé, et de faire parler, afin que l'extérieur de réforme n'impose point. Je vous supplie très humblement de croire, Monseigneur, que je ne négligerai rien pour tâcher autant que ma situation me le permettra de faire représenter très fortement les conséquences de cette affaire, avec vos bonnes intentions'.

Puisque Votre Eminence a bien voulu m'ouvrir son coeur, j'espère qu'elle ne trouvera pas mauvais que je lui ouvre à mon tour le mien avec respect'. Je vous trouve heureux dans votre malheur apparent, pourvu que vous en fassiez l'usage pour lequel Dieu l'a permis. Pendant que je vous voyais autrefois dans une prospérité dangereuse, je vous trouvais à plaindre, sans vous le dire. Maintenant vous êtes loin du monde trompeur, dans une solitude où vous pouvez écouter Dieu, vous détacher de la vie, faire un saint usage de vos grands revenus et faire honneur à la religion par des vertus dignes d'un doyen du sacré collège. On doit toujours être affligé d'avoir déplu au Roi, quelque bonne intention qu'on ait eue. On ne doit jamais cesser de prier pour lui avec zèle, et d'être prêt à donner sa vie pour son service. Mais on ne perd guère, en perdant l'amusement du monde; on ne perd que de faux amis ; c'est gagner beaucoup. Si peu qu'on pense sérieusement à Dieu, on doit sentir de la consolation à être loin de ses ennemis et de ceux de notre salut. Votre sort est dans vos mains, Monseigneur : soyez patient, non par des espérances trompeuses du côté du monde, mais par un sincère détachement, et par une véritable confiance en Dieu : occupez-vous utilement ; délassez-vous innocemment en certaines heures. Oserai-je achever? Oubliez le monde; laissez-le vous oublier. Votre disgrâce soufferte en silence, avec simplicité, humilité et persévérance vous fera plus d'honneur que toutes vos dignités et que toute votre faveur passée.

Je vous souhaite beaucoup de tranquillité d'esprit et de santé. C'est avec ces sentiments que je prie Dieu tous les jours pour votre Eminence. Il sait avec quel zèle je lui suis très respectueusement dévoué pour le reste de ma vie.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1079 A. LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON

[Février 1706].

Je vous dirai, Monsieur, dans cette lettre' toute de confiance, portée par une voie sûre, qui vous sera rendue confidemment en main propre, et qui par [Février 1706] TEXTE 221

conséquent, si vous le voulez ainsi, ne sera vue que de vous seul, et je vous le dirai avec la sincérité permise au plus véritable et au meilleur de vos amis, qui pour donner des preuves de son estime et de son amitié pour vous, et de la justice qu'il jugeait vous devoir être rendue, n'a pas fait de difficulté de sacrifier à de tels devoirs sa fortune, son élévation et celle de sa maison', et qui se trouve dans un âge beaucoup plus avancé que le vôtre', et constitué dans les premières dignités de l'Eglise et de l'Etat, dont on ne le jugeait pas indigne en ce temps-là, quoique devant Dieu il dût s'en reconnaître très indigne, dans lequel temps on n'envisageait pas encore les grandes places que vous avez occupées, et occupez depuis, selon moi, pour le bien de l'Eglise et de l'Etat, qu'encore bien que je fusse persuadé intérieurement, que les persécutions qui vous étaient excitées si violemment, à l'occasion de votre livre des Maximes, étaient l'effet des desseins de Dieu sur vous, pour votre parfaite sanctification, afin que par là il vous détachât du monde et de ses faux biens; quelque grand et ardent que fût mon zèle pour votre parfaite sanctification, aussi bien que pour la mienne, je n'eus garde pour lors de vous dire ces choses,... et encore moins de vous conseiller de vous laisser oublier, ni même de diminuer la juste ardeur que vous paraissiez avoir pour que le monde entier fût persuadé de la droiture de vos intentions et de vos sentiments, et de la pureté de votre conduite et de votre doctrine; persuadé que j'étais en premier lieu, que vous répondiez intérieurement très parfaitement au dessein que Dieu avait eu de vous humilier en cette occasion, d'une manière proportionnée au besoin que vous en pouviez avoir, pour ne vous pas égarer dans des voies de perdition, d'autant plus dangereuses qu'elles sont plus subtiles, et ne s'aperçoivent pas si aisément que celles qui sont plus grossières, et qui donnent plus dans la vue de tout le monde; et persuadé aussi, en second lieu, par des maximes bonnes, solides, conformes à celles de l'Evangile et à l'esprit de Jésus-Christ, qu'il y a des occasions, des situations, et des états dans lesquels le silence et l'oubli extérieur de soi-même, loin d'être chose louable aux yeux des hommes et agréable aux yeux de Dieu, serait un véritable crime et par rapport aux hommes et par rapport à Dieu'. C'est dans ces occasions que Dieu demande de nous que nous fassions deux personnages opposés: l'un tranquille au dedans de nous-mêmes, nous soumettant avec une parfaite résignation aux ordres de la divine Providence, sans prétendre même sur cela parvenir à une indifférence' que je n'ai jamais crue compatible en ce monde avec les mouvements de la nature humaine, depuis que le péché et la concupiscence ont été introduits dans tous les hommes excepté Jésus-Christ essentiellement, et la sainte Vierge par une grâce préventive, depuis la chute de notre premier père ; et l'autre agité par l'action et une vive et prudente agitation, s'agissant de la conservation de ce qu'on ne peut extérieurement sacrifier sans manquer à ses devoirs à l'égard de Dieu, de son Eglise, d'une réputation dont tout chrétien doit être jaloux, et surtout ceux qui comme nous se trouvent par leur naissance et leur dignité constitués dans les premiers postes de l'Eglise et de l'Etat, et dont ils ne se sont pas rendus indignes par aucune des actions qui peuvent les en faire priver légitimement par les hommes.

Sur de tels solides et évangéliques fondements, je vous avouerai, Monsieur, qu'autant que je me suis senti obligé de l'ardeur de votre zèle et de votre amitié pour moi, qui vous porte à désirer ma sanctification, ainsi que je désire la vôtre, avec cette différence que par principe d'une charité bien

222 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 23 février 1706

12 mars 1706

TEXTE 223

réglée et par la grande estime que j'ai de votre personne, dont la divine Providence n'a pas commis le soin à ma direction, j'ai une aussi bonne opinion de vous que je la dois avoir mauvaise de moi-même, me connaissant aussi parfaitement que je me connais et me dois connaître dans un âge plus que sexagénaire, et après avoir éprouvé tant et de si différentes fortunes.

1079 B. G.B. Bussi A FÉNELON

[23 février 17061.

Illustrissime, ac Reverendissime Domine,

Benignissimis, quibus me honestare dignata est Dominatio vestra illus-trissima, litteris injunctum recepi duplex exemplar Mandati mitigantis Qua-dragesimalem disciplinam in Cameracensi dicecesi Catholico Regi subjecta I, quod quidem Mandatum tanti archiprœsulis doctrina ac pietate dignum summa legi cum voluptate, gratesque habeo immortales illustrissime vestrœ Dominationi pro nova hac sue in me immerentem propensœ voluntatis significatione.

Obsequar perlibenter nutibus vestris, vir illustrissime, et primo cursore Italico scribam ad generalem Carmelitarum2, quatenus destinet commissa-rium ex ibronensi pro visitanda provincia Gallo-Belgica.

Egi cum serenissimo Bavarie Duce super improprietate verborum in noto hujus regii consilii decreto adhibitorum; inveni prœventum, diuque dis-putando contendimus. Addixit tandem se acturum in consilio, ut verbis Ecclesiœ dignitati magis accommodis eadem resolutio denuo concipiatur'. Nondum tamen habeo responsum, obstat enim genium principis, ad alia mirum in modum juveniliter distractum, et Tirimontii' odium adversus Ecclesiam senili pertinacia confirmatum. Urgere tamen pergam generose.

Sunt Bruxellis duo deputati cleri Hollandici qui tempus mihi subripiunt, patientiam exercent, vexantque caput, ac pacem internam turbant, nulla usquedum fructus spes.

Perenni jugique cultu semper ero, Illustrissime, ac Reverendissime Domine, Illustrissime ac Reverendissimœ Dominationis vestrœ humillimus, et obsequentissimus servus.

Bruxellis 23 februarii 1706.

JO. BAPT. BUSSIUS ABBAS S. SALVATORIS.

1080. Au PÈRE G. D'AYMERIQUES'

A Clambrail, 12 mars 1706.

Je ressens jusqu'au fond du coeur, mon très cher Père, les soins que vous avez pris malgré vos infirmités. Quelque attendrissement que j'eusse en voyant toutes les marques de votre amitié, je suis encore plus vivement touché du mauvais état de votre santé. J'en suis en peine au delà de tout ce que je puis exprimer. Au nom de Dieu, prenez tout le repos, et employez même tous les remèdes que les médecins jugeront utiles à votre guérison. Les embarras de Rome, les soins que vous donne la congrégation de votre compagnie, votre discrétion excessive qui vous fait trop prendre sur vous dans un pays étranger, m'alarment beaucoup. Je prie pour votre conservation, afin que nous puissions avoir le plaisir de vous revoir et de vous posséder ici en repos. Faites-moi donner toutes les semaines de vos nouvelles, et n'écrivez pas vous-même, afin de vous soulager.

Tout ce que je demande dans le pays où vous êtes, se réduit à ces points:

1° Si on souffre que les textes des décisions de l'Eglise soient réputés faits par une autorité faillible à cause de l'erreur de fait ou grammaticale, on comptera pour rien tous les symboles, tous les canons des conciles, et toutes les constitutions du S. Siège. La prétendue évidence n'arrêtera aucun novateur. On chicanera à l'infini sur les points et sur les virgules.

2° Si on voit l'extrémité de cet inconvénient, pourquoi n'y veut-on pas remédier? Outre le besoin manifeste et l'esprit de foi qui doit être au dessus de toutes les difficultés humaines, il faut se souvenir que Rome a deux avantages certains. L'un est que toutes les églises de toutes les nations catholiques recevront ce qu'elle décidera, et que l'Eglise de France ne fera pas moins que les autres églises. L'autre est que le Roi appuiera fortement ce que le Pape aura fait.

3° Il est aisé de voir que je n'ai aucun intérêt personnel à soutenir cette question, et que c'est le seul intérêt de l'Eglise, qui m'y engage.

4° Mrs les évêques de Clermont et de Sarlat sont les seuls qui avaient cité dans leurs mandements le premier bref. Vous savez que les parlements des ressorts desquels sont leurs évêchés ont condamné ces mandements d'une façon ignominieuse à leurs personnes et désagréable au S. Siège'. Convenait-il que j'attirasse au S. Siège le même désagrément? La même chose eût été cent fois plus vivement contredite en ma personne. Ni M. de Chartres ni aucun autre prélat connu n'a osé citer ce bref. Ceux qui ont dit le contraire sont mal informés'. Enfin les personnes les plus zélées pour le S. Siège m'écrivirent alors de Paris que je me gardasse bien de faire aucune mention de ce bref dans mon mandement, parce qu'on n'attendait qu'une telle occasion pour crier et donner le change°.

5° Il faudrait faire signer de nouveau, parce que tel qui a signé comptant qu'il ne s'agissait que du silence respectueux', ne voudrait peut-être pas jurer la croyance intérieure.

6° Il faudrait aller à la dernière source du mal, et décider sur plusieurs points touchant la grâce.

Je suis avec confiance, tendresse, et vénération, mon Révérend Père, à jamais tout à vous.

FR. AR. D. DE CAMBRAY.

224 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 mars 1706 19 mars 1706 TEXTE 225

1081. A C.A. FABRONI

[19 mars 1706].

Illustrissime, ac Reverendissime Domine.

Ex litteris eximii viri Patris Daymeriques Gallobelgici Jesuitarum Provin-cialis nudiustertius tantum didici, vestram Illustr[issimarn] Dominationem, accepto jampridem quod miseram primi documenti pastoralis exemplari', per humanissimam responsionem significavisse quid de opusculo sentiret. Gravissime doleo equidem, quod responsum aut casu amissum, aut dolo interceptum fuerit2. Prœterquam quod enim ex eo dulcissimum solatium percepissem, insuper arnica doctissimi viri monita amplecti juvasset. Que quidem jactura pensabitur, si prœcipua benigne monitionis capita repetere non dedigneris. Quod si tantum pristinœ benevolentiœ3 signum accepissem, continuo egissem gratias, et intimum pectus candide aperuissem. Neque vero diffiteor ex quibusdam theologis Rome commorantibus me audivisse, non-nulla contra primum quod edidi pastorale documentum, in Urbe dicta fuisse. Carnotensis Episcopus5, aiunt, et complures alii Galli Antistites in mandatis contra 40 Doctores apostolicum breve honorificentissime comme-moraverunt6. Cameracensis autem in mandato breve alto silentio pressit. Corporis pastorum decreta numquam non prœdicat, constitutiones apostoli-cas de quibus agitur, nusquam allegans. Hinc conjiciunt, Cameracensem non esse ut cœteros Sedi Apostolica addictum. At vero facile solventur ejus-modi objectiones.

1° Res ipsa quam affirmant, expresse negatur. Neque Carnotensis neque quisquam alius Antistes brevis in Gallia non recepti in mandato meminit. Atqui Carnotensis in posteriore mandato quod hisce diebus in lucem prodiit, narrat a Sanctissimo sibi fuisse significatum, quam probatum fuerit Sue Sanctitati prius Carnotensis mandatum. Hinc plane constat Episcoporum mandata Beatissimo Patri non displicuisse, etiamsi breve non receptum silentio prœtermiserint. Qua igitur de causa ego unus essem, cujus manda-tum cœteris non absimile minus placuerit. Nonne mihi plus quam cœteris succensuissent? Nemo nescit Claromontanum et Sarlatensem ob laudatum in mandatis breve, a Parlamentis acerrime fuisse damnatos'. Quid quœso, si Cameracensis eo recenti exemplo monitus in hoc idem offendiculum impe-gisset ? Nonne Sedes Apostolica jure merito me vituperasset, si ingratam hanc et indecoram de sua infallibilitate disputationem concitassem? Tum certe immutata controversia, Jansenistœ in tuto positi Gallicanum clerum mihi objecissent. Quamobrem Parisienses theologi Sedis Apostolicœ aman-tissimi tum temporis me admonebant, ne de brevi non recepto quidquam proferrem.

2° Si de corpore pastorum aliquando sum locutus, quid mirum'? Corpo-ris pastorum caput est Pontifex perinde ac Ecclesia[e]. Princeps est omnium pastorum. Idcirco autem de corpore pastorum disserui, ut constet populo-rum corpus necessaria contra fidem contagione pollui, si pastorum corpus circa dogmaticos textus grammaticali errore delusum, populos sibi creditos male doceat. Dum autem infallibilitatem Ecclesiœ generatim sumpta2 ads-cribo alii Romanam Sedem, alii universalem Ecclesiam intelligere poterunt. De disputatis inter orthodoxos disserere nolui. Hoc unum probandum sus-cepi, nempe constitutiones apostolicas, accedente ecclesiarum consensu, non minus infallibiles esse contra fusiorem Libri Janseniani textum quam contra breviorem quinque propositionum. Dixi equidem hanc auctoritatem esse falli nesciam, si accesserit ecclesiarum consensio. Absit vero ut usquam dixerim hanc falli posse, sicubi ecclesiarum consensio non accesserit. Quantum autem a se distent ambre illœ assertiones, luce clarius est. Porro mihi abunde erat, modo per argumentum, quod Scholœ vocant ad hominem refel-lerentur Jansenistœ. Unde posita ecclesiarum manifesta consensione, peremptoria erat simplex et brevis argumentatio. At contra si tantulam Pon-tificiœ infallibilitatis, quam palam exsibilant, imaginem vidisse sibi visi essent, opusculum ludibrio versum fuisset.

3° De Sede Apostolica in tantulo opere sexcenties locutus sum singulari cum veneratione, cultu, et demissione animi, dum de constitutionibus disse-rui.

4° Ex quinquagesimo tertii pastoralis documenti capite9, a pagina 701 ad paginam usque 730 multa proposui, quibus Honorius Pontifex purgari pos-sit, et Pontificiœ infallibilitatis assertores suam assertionem facile propu-gnent. Prœterea absque ullo vocum temperamento declaravi, singula a me prolata ita dicta esse ut hanc infallibilitatem neque adstruere, neque convel-lere voluerim.

5° In pastorali documento de accipienda constitutione jam typis edito et propediem propalando ", plurima adjiciuntur, quœ non solum intimam erga Sedem apostolicam venerationem aperte significant, sed etiam demonstrant, quam temere et inepte recentiores critici prœcelsam matris ac magistrœ Ecclesiœ auctoritatem labefactare conentur.

Et hœc sunt, Illustrissime Domine, quœ sapientiœ, et benevolentiœ jam pridem usu perspectœ committere juvat. Verum, ut minus sapiens dicam, mihi videntur quœdam perficienda quœ nisi perficiantur, Janseniana factio, quœ jam a sexaginta annis supra hominum fidem crevit, scholas omnes suo veneno magis ac magis inficiet. Hœc autem duo sunt que votis omnibus opto. Alterum est, ut Petri voce definiatur, Ecclesiam in textibus symbolo-rum, canonum, aliorumque ejusmodi errare non posse, ne dogma hetero-doxum pro orthodoxo fidelibus proponat. Alterum est ut apostolicus gladius cavillos amputet, quibus Tridentina anathemata, et apostolicœ constitutio-nes palam irridentur. Id vero prœstaretur, si Thomisticus sensus, quo velatur passim Janseniana heresis, certis finibus coerceatur, neque philosophica opinio de subordinatione causse secundœ respectu prime, revelatum dogma enervet et manifesto ludibrio vertat. Pronum vero esset, ut ea quœ ab Alvare et Lemosio in congregationibus de Auxiliis agnita sunt", ut certa fidei dog-mata, tamquam fidei dogmata expressissime definirentur. Declarari autem posset ceteras philosophicas de causse prime prioritate opiniones quœ in scholis agitantur, minime tolerari, nisi in quantum constabit his non eludi luculentissimam hanc fidei definitionem. Nihil est sane quod Thomistica schola conqueri posset. Imo etiam si id ei minus gratum foret, nulla compa-ratio fieri potest inter brevem hanc animi œgritudinem quorundam religioso-rum, qui ex instituto a nutu Sanctissimi pendent et imminens rei christianœ periculum, si pestis ingruens quam primum non exscindatur. Mihi videor audire, Illustrissime Domine, hœc optanda magis, quam speranda esse, sed

te'

226 CORRESPONDANCE DE FtNELON 22 mars 1706 26 mars 1706 TEXTE 227

absit ut tenuitati meœ non diffidam, multo perspicacior es. Cominus exploras quid Romœ fieri vetat prœsens agendi modus. Sed ea qua ob oculos petita sunt candide et verecunde propono. Sapientissimi autem viri multa procul a se distantia non satis comperiunt. O si pulcre nossent quid alio modo valeant perficere, quid alio non valeant, quam tute omnia peragerent ! Doctissimus et peritissimus Pontifex conspirante Rege potentissimo omnia ardua explanaret12. Quidquid certo quodam solemni ritu sanciret ab univer-sis Galliarum, quanto magis ab omnibus aliarum gentium antistitibus ratum haberetur. Quam quidem secundarum rerum optatissimam conjunctionem, si procrastinando semel amiseris, frustra deflebis amissum. Quod si felicis-simo huic tempori successerit minus fausta rerum conditio, idipsum quod tute et commode satis etiamnum fieri posset, tum temporis summo cum periculo ac detrimento, velis nolis, tentandum erit.

In his quidem nihil miror, si halluciner, utpote qui facile cœcutiam '3. Imo quam maxime opto ut vana sint mala quœ prœsagio. In his autem uni Ecclesiœ catholicœ securitati, et tanti Pontificatus gloriœ studeo. Neque si mihimet consulerem, tanta simplicitate intimum aperirem animi sensum.

Ex dictis collige, quœso, qua fiducia, existimatione, observantia, et vene-ratione perpetuo sim[...].

Cameraci 19 martii 1706.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

1082. A FRANÇOIS LESCHASSIER

A C[ambrail 22 mars 1706.

Je suis, Monsieur', dans un vrai tort à votre égard; mais' je vous supplie de croire que c'est par un mécompte, auquel mon coeur n'a eu aucune part, que je suis en demeure. Un long séjour à Bruxelles, où je n'avais pas un moment de libre', et divers autres embarras m'ont empêché de vous envoyer le dimissoire de M. Noiret'. Je ne puis réparer ma faute qu'en vous l'envoyant. Ma conscience est bien déchargée, quand je me repose sur la vôtre. Vous savez combien j'aime et révère la mémoire de M. Tronson, qui m'avait servi de père pour la vie ecclésiastique. Quoique je n'aie jamais vu M. Olier, je n'ai' rien ouï dire de sa conduite et de ses maximes, qui ne m'ait fait une profonde impression, et qui ne me persuade que l'esprit de grâce l'animait'. Je prie souvent Dieu que ce premier esprit de simplicité et d'éloignement du siècle se conserve dans S. Sulpice. Si le goût de l'esprit et de la science éclatante s'y introduisait insensiblement, l'ouvrage de M. Olier et de M. Tronson ne subsisterait plus. Vous savez d'ailleurs, Monsieur, quelle était leur horreur de la nouveauté'. Il faut espérer que votre zèle et votre fermeté soutiendront malgré tant de périls une maison qui est une source de grâce pour tout le clergé. Je serai toute ma vie avec un véritable attendrissement de coeur dévoué à S. Sulpice8. De plus je serai toujours avec la vénération que vous méritez, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Agréez, s'il vous plaît, Monsieur, que je me recommande aux prières de M. Bourbon' que j'aime cordialement. J'espère qu'il ne m'oubliera pas dans la chapelle de la sainte Vierge à Lorette '°. Je souhaite que toutes les personnes qui ont le plus de talent chez vous imitent la simplicité et le recueillement de ce saint prêtre.

1083. Au P. LE TELLIER(?)'

Cambray, 26 mars 1706.

[Il s'agit de la nomination d'un nouveau provincial des jésuites' pour la région rattachée à la France par la paix de Nimègue; elle souhaiterait un provincial wallon, car] «Les provinciaux français, quoique prudents, pieux et expérimentés, ne pourraient ni connaître parfaitement l'esprit et les coutumes des gens du pays, ni gagner leur confiance, ni se proportionner à leurs besoins, ni prendre sur eux l'autorité convenable, comme les provinciaux qui, étant nés et nourris au milieu d'eux, sont choisis sur leur demande par le général pour les gouverner »3.

[Ceci est le juste désir de ses fidèles, et c'est ce que Fénelon fait valoir en premier lieu. Il prévoit ensuite, pour la réfuter, l'objection de la sécurité et la nécessité de mettre sous le contrôle d'un provincial français un pays récemment occupé :]

«D'ailleurs, je ne vois pas en quoi on pourrait craindre pour le service du Roi... ; on pouvait douter dans les commencements s'ils étaient affectionnés à la France, parce qu'il faut du temps pour s'attacher à une nouvelle domination, mais maintenant ils sont plus accoutumés aux Français que tout le reste de la nation »... «étant redevables au Roi de plus de marques de bonté qu'ils n'en ont jamais reçu d'une autre domination».

[L'objet de la lettre est de recommander le candidat de l'archevêque, ou plutôt celui des autochtones :]

«Enfin on jetterait les yeux pour le provincialat sur le Père Wauquier` qui est en ce pays depuis bien des années le correspondant du Père de La Chaise... ; pour le Père Wauquier, il ne leur ferait sentir que les bienfaits du Roi »...

«... Je ne suis point politique et moins encore pour votre Compagnie que pour d'autres gens... En vérité, quand je serais opposé à votre Compagnie, ce que je vois du péril de l'Eglise du côté de vos adversaires me rendrait ami

des Jésuites'. Il faut avouer que c'est ce corps qui a soutenu le parti de la foi contre le parti le plus dangereux qu'on ait jamais vu... ».

«Je souhaite seulement que cet ordre demeure dans l'esprit de son saint fondateur, c'est-à-dire dans l'humilité, dans la simplicité, dans le détachement du monde, ... dans la fermeté contre le relâchement des moeurs»,

228 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 mars 1706 18 avril 1706 TEXTE 229

«qu'il ne se laisse tomber dans aucune indiscrétion et que les Jésuites ne 1084. Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

souffrent aucune mollesse dans les maximes de direction».

«Vous voyez le fond de mon cœur ». A Cambray 18 avril 1706.

1083 A. G.B. Bussi ' A FÉNELON [28 mars 17061. Je voudrais, Monsieur, être libre de travailler maintenant avec vous, pour faire un bon mémoire, et un plan d'accommodement convenable'. Mais d'un côté je suis fort pressé de partir pour mes visites, après avoir attendu jusqu'à l'extrémité'. D'un autre côté je suis réduit à attendre encore un peu la fin d'une affaire qu'il importe de finir avant celle-ci'. Ecrivez, je vous conjure, à M. de Bagnols toutes les difficultés que vous croyez qu'on doit régler avant que de donner une forme à toute cette affaire. Pendant que vous lui rendrez compte par lettres, je me hâterai de finir mes visites, alors je vous prierai de faire encore ici un dernier voyage, et vous pourrez partir d'ici pour aller à Bruxelles mettre la dernière main à cet ouvrage'. Je suis toujours, Monsieur, très parfaitement tout à vous avec tous les sentiments que vous méritez. Cette expression surpasse tout compliment.

Illustrissime, ac Reverendissime Domine,

Jure quidem merito pastoralis illustrissime Dominationis vestre sollici-tudo pro indemnitate sue ecclesiœ, effrenam, quam pro tempore deputati cleri Harmonie sibi contra omne jus arrogant, facultatem oppignorandi bona ecclesiastica absque prœvia legitimi superioris permissione2, emendare contendit, aut saltem ne idem abusus exemplo invalescat, in futurum prospi-cere ac prevenire. Apposite quoque hujus aube administros cavendos autu-mas, vir illustrissime, declinandasque difficultates indubie suscitandas ab illis, qui lucellum qualecumque Inde hauriunt, ideoque Sanctissimum Domi-num nostrum desuper consulendum decrevisti, me interprete. Quod quidem Dominationis vestre illustrissime mandatum opportune, dum expeditioni cursoris Italici incumbo, receptum immediate adimplere pergratum est; mihi decus, negotio presidium conciliaturus, originalem, qua me honestasti epis-tolam, Romam transmitto, de responso, suo tempore, Dominationem ves-tram illustrissimam certioraturus. Successor 3 in hoc apostolico ministerio erit Bruxellis feria tertia venture septimane. Quid de mea persona Sanctis-simus Dominus noster decreverit, compertum adhuc non habeo : unum scio, velle Sanctitatem Suam, et iterum mihi injunxisse ut tranquillandis Hol-landie missionibus pergam adlaborare, nec Belgio decedam sine novo mandato4.

Habes, patrone colendissime, totum quod ipse scio, ubi plura mihi inno-tuerint, confidenter et candide aperiam. Puto me Hollandie negotium per-fecturum ; quando tamen, et an feliciter, Deus scit. Benevolentie, qua me Dominatio vestra illustrissima dignatur, respondere, vel parem gratiam

referre frustra contenderem. Latebit arcana non enarrabile fibra obsequium erga te meum ; et donec vixero, si quid erit quo mea opella Dominationi

vestre illustrissime possit gratum facere, senties eam ad omnia jussa para-tissimam. Sum etenim jugi cultu et perenni veneratione, Illustrissime, ac Reverendissime Domine, Illustrissime ac Reverendissime Dominationis vestre humillimus, et obsequentissimus servus.

Bruxellis 5° Kal. Aprilis 1706.

J.B. BUSSIUS ABBAS S. SALVATORIS.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1085. Au PAPE CLÉMENT XI

Cameraci, 20 aprilis 1706.

Beatissime Pater,

Missionis Congregatio, de plerisque Galliarum ecclesiis optime merita, instat, ut complurium antistitum exemplo fretus, eximias institutoris Vin-centii de Paul virtutes vestre Beatitudini proponere non verear '• Spero autem ipsi non ingratum fore, si singula, que rescivi, summa cum reverentia et animi demissione candide hic recenseam.

Junior sum equidem, Sanctissime Pater, quam ut Vincentium nosse potuerim. Sed me jam patre orbatum, et a patruis educatum, adolescentem audire juvabat eos Vincentii facta dictaque admirantes.

Alter Sarlatensis episcopus, in levandis pauperibus et restaurandis eccle-siarum edificiis pro modico censu munificentissimus, pastor gregis amans, et gregi carus, benignus quidem, sed in laude hominum sobrius, venerandum senem ad vivum ita pingebat 2.

Prima fronte impolitus et rudis, sed unctione edoctus libenter audire; parce loqui, multa paucis dicere, omnibus sine adulatione obsequi, omnia loco et tempore aggredi, tranquille, ac sensim perficere consueverat.

Sic per viginti circiter annos florentissime Congregationis constitutiones scribi vetuit, ne quisquam immature definitionis impatiens refragaretur, donec omnes socii singula discipline jamdudum usu quotidiano confir-mate capita sanciri ultro peterent : ea patientia possidebat animam suam. Infimo loco natus, summa apud aulam gratia citra invidiam pollere visus est, et ardue clericorum reformationi, nemini asper aut infensus, continuam pro virili operam dedit. Jansenianum errorem, blandis abbatis San-Cyrani collo-quiis instar cancri serpentem, sensit simul, et exhorruit 3. Enituit in viro Dei

230 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 avril 1706

incredibilis spirituum discretio, et singularis constantia. Posthabito enim procerum favore, atque odio, uni Ecclesiœ consultum voluit, dum in consilio conscientiœ, jubente regina Anna Austriaca Regis matre, de habendo episco-porum delectu sententiam diceret. Cui quidem veluti futuri prœscio, si cœteri Regina consiliarii constantius adhœsissent, procul ab episcopali munere fuissent pulsi nonnulli homines, qui turbas ingentes postea concita-verunt.

Alter vero patruus4, non sine aliqua acris ingenii, et perspectœ fortitudi-nis laude, domi militiœque se gesserat. Olerio San-Sulpitiani seminarii insti-tutore, viro tradito gratiae Dei, et plane apostolico, directore conscientiœ ute-batur. Cum autem Olerius intima amicitia et veneratione Vincentio devinc-tus esset, patruus Olerio carus Vincentium familiarissime novit. Utroque autem propositum confirmante, ipse juvenis dux et auctor fuit, ut multi secum viri, bello et genere clari, impium duelli furorem in San-Sulpitiano seminario, solenni die Pentecostes ejurarent. Qua quidem tot fortium nobi-liumque militum pollicitatione scripta, opus tam felicibus auspiciis incoep-tum piissima Regina, suadente Vincentio, amplecti ac fovere nunquam desti-tit. Ubi vero Rex adolevit, tanta sapientia et auctoritate hanc perniciem rese-cuit 5, ut extinctio duelli tot triumphis prœniteat, et jam vix credatur reges nostros olim de amputando contagio desperasse; adeo jam obliteratus est mos ille insanus, quem vetusta barbaries invexerat.

Prœterea sape numero audivi Auscitanum archipraesulem de la Mothe-Houdancourt, scientia aliisque animi dotibus insignem, qui in consilio cons-cientiœ una cum Vincentio, de promovendis ad episcopatum viris, per ali-quot annos deliberaverat, ejusque simplicitatem, sapientiam, humilitatem et magnanimitatem passim admirabatur6.

Tronsonium denique, Olerii successorem, hœredemque virtutum audivi; nimirum ab ipso enutritus verbis fidei, et in clericali vita institutus, sub umbra alarum crevisse glorior. Is certe disciplina studio ac peritia, pruden-tia ac pietate, sagacitate denique in explorandis hominum ingeniis, nulli, ni fallor, impar fuit'. Dicebat autem Vincentium prœ se tulisse eam Christi mansuetudinem, atque modestiam per quam Paulus Corinthios obsecravir, eumque fuisse, ut Olerio visus est9, innovandœ apud Gallos hisce tempori-bus apostolicœ gratine fontem et caput.

Et hœc sunt, Sanctissime Pater, qua a testibus omni fide dignis tradita, vicissim tradenda arbitror. Quod si vox populi vox Dei dicenda sit, tot

cana gentis vota, qua paternum pectus commovent, omnia fausta nobis prœnuntiant. Nemo est enim apud nos vers pietatis amans, qui sanctum hunc virum exemplo fidelibus assignari, et ab iis invocari non optet.

Humillime dato pedibus osculo, et paterna benedictione petita, filiali cultu et affectu sternum addictus maneo, etc.

1086. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi 20 avril 1706.

Mandez-moi simplement, ma chère fille, si vous n'êtes point dans la peine. Vous ne sauriez m'affliger plus sensiblement qu'en ne m'ouvrant pas

30 avril 1706 TEXTE 231

votre coeur. Vous savez combien cette ouverture coûte à l'amour-propre, et par conséquent combien l'amour de Dieu en est jaloux. Cette fidélité fait seule cent fois plus mourir à soi que toutes les austérités que vous auriez envie de pratiquer au préjudice de votre faible santé. Deux mots, je vous prie, mais du coeur tout seul. Ils vous soulageront si vous le faites sans vous écouter.

1087. A LA MÊME

Vendredi 30 avril 1706.

J'espère, ma très chère fille, que l'esprit de grâce vous aura un peu calmée, ou du moins que votre trouble sera diminué. Vous ne tomberiez jamais dans ces extrémités, si vous n'aviez pas l'infidélité d'écouter intérieurement la tentation. Vous m'avez avoué plusieurs fois que ce trouble ne vient jamais qu'après avoir longtemps écouté le tentateur en vous-même. Ainsi la paix est dans vos mains. C'est vous-même qui vous l'ôtez. Quand le trouble est parvenu jusqu'à un certain degré, vous ne pouvez plus le finir ni vous posséder. Il faut que Dieu fasse un coup d'autorité sur votre coeur, pour commander aux vents et à la tempête. Tout ce que vous vous imaginez est comme le songe le plus creux et le plus bizarre. Mais Dieu permet qu'une tête naturellement très bonne ait cette espèce de songe, pour la punir de s'être écoutée elle-même, pour la vaincre de l'excès de son amour-propre par celui de sa jalousie, et pour la réduire à un entier renoncement à elle-même. La tentation aura son fruit. Je compatis à vos souffrances. Je respecte l'épreuve de Dieu. Rien ne me lasse. Je n'ai de peine que de ne pouvoir guérir la vôtre. Unissez-vous à ceux qui vous aiment, et qui vous portent sans cesse dans le sein de J[ésus]-C[hrist]. Je vais à l'autel vous mettre entre ses bras.

1088. A DOM FR. LAMY

A Cambray, 4 mai 1706.

Je crois, mon Révérend Père, qu'il faut moins raisonner, que prier Dieu pour ceux dont vous me dépeignez la prévention. Ils ne veulent pas voir dans la constitution l'unique chose que le Pape y a voulu établir avec évidence, savoir la nécessité de croire le prétendu fait, d'une croyance certaine et irrévocable'.

1° Le Pape ne déclare-t-il pas qu'il ne s'agissait point, dans les constitutions et dans les brefs de ses prédécesseurs, d'un sens des cinq Propositions, qui pût être distingué de celui du livre, mais du sens qui se présente d'abord au lecteur dans le livre même? de ipsomet obvio sensu, quem in Jansenii libro habent. Ainsi il dit clairement que le sens qui se présente d'abord dans le texte court, est le même qui se présente pareillement dans le texte long. C'est ce sens unique et évident des deux textes, qu'il nomme une doctrine hérétique. Il rejette la frivole distinction de ceux qui veulent que le pape Innocent XII

232 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 mai 1706

ait parlé du sens des cinq Propositions sans rien fixer sur celui du livre: perinde ac si... de alio quopiam diverso sensu cogitasset2.

2° Le Pape déclare qu'on n'obéit pas aux constitutions, à moins qu'on ne condamne intérieurement comme hérétique le sens du livre de Jansénius, qui a été condamné dans les cinq Propositions. Janseniani libri sensum... inte-rius ut haereticum damnet. Pourrait-on condamner avec l'Eglise, dans les cinq Propositions, le sens du livre, si le livre ne contenait pas le sens naturel des cinq Propositions, et s'il n'avait aucun sens véritable et naturel qui fût condamnable?'

3° Le Pape accuse d'impudence contre la sincérité chrétienne, et même contre l'honnêteté naturelle, ceux qui ne jugent pas intérieurement que la doctrine hérétique est contenue dans le livre. Qui interius non judicant... Jansenii libro doctrinain haereticam contineri. Voilà un jugement intérieur qu'il exige précisément sur l'héréticité du livre. Ainsi tous ceux qui signent sans former ce jugement intérieur, sont, selon la constitution, convaincus d'impudence, etc.

4° Le Pape ajoute qu'ils trompent l'Eglise par un serment, disant ce qu'elle dit, sans croire ce qu'elle croit; ipsam jurejurando decipere, etc. Elle ne veut point qu'on la trompe par un parjure; elle veut néanmoins que tous ceux qui refusent de jurer y soient contraints. Elle veut donc que tous croient, par un jugement intérieur, que la doctrine hérétique est contenue dans le livres.

5° Le Pape veut que l'on rejette intérieurement et que l'on improuve du coeur cette même doctrine de Jansénius, qui a été condamnée par le siège apostolique, et dont l'Eglise universelle a eu horreur: dum ipsam Jansenii doctrinam ab apostolica sede damnatam Ecclesia universalis exhorruit, adhuc interius abjicere et corde improbare detrectant. C'est le sens propre et naturel du livre sur lequel l'Eglise est saisie d'horreur, et exige une absolue condamnation. Comment peuvent-ils ne sentir pas des termes choisis avec tant de précaution et de force, pour les confondre ou pour les détromper?

6° Le Pape décide qu'on ne satisfait nullement aux constitutions par le silence respectueux, que le parti offre sans cesse depuis cinquante ans; mais qu'il faut rejeter du coeur, et condamner comme hérétique le sens du livre de Jansénius: obsequioso illo silentio minime satisfieri; sed damnaturn Janse-niani libri sensum... ut haereticum... corde rejici ac damnari debere. Remarquez que la particule sed, mais, oppose pour le même sujet précis, au silence respectueux qui est déclaré insuffisant, la condamnation du coeur qui est exigée. Or est-il que la condamnation du coeur tombe précisément sur le sens du livre de Jansénius. Donc c'est sur le sens de ce livre, que tombe l'insuffisance du silence respectueux tant de fois offert. Le parti demande sans cesse une formelle décision. En peut-il désirer une plus formelle que celle-là, sur une question disputée pendant la moitié d'un siècle?6

7° Au reste, le Pape a pris soin dans le prononcé, comme dans l'énoncé ou exposé de la constitution, d'exprimer que c'est uniquement le sens du livre que l'Eglise a condamné dans les cinq Propositions. Il n'est point permis d'imaginer, sous aucun prétexte spécieux, deux divers sens de ces deux textes. Ils n'en ont qu'un seul propre et naturel, les Propositions n'étant que l'abrégé du livre. Comme si, dit le Pape, Innocent XII avait eu en vue quelque autre sens différent dans les Propositions, qui ne fût pas celui du livre: perinde ac

4 mai 1706 TEXTE 233

si... de alio quopiam diverso sensu cogitasset. Il assure que le parti est inexcusable de croire que le sens qui saute aux yeux dans les cinq Propositions n'est pas le même sens qui se présente d'abord dans le livre; in sensu obvio quem ipsamet verba Propositionum exhibent... non de ipsomet obvio sensu, quem in Jansenii libro habent, etc. C'est ce que le Pape répète avec précaution, en disant que le parti a tort de vouloir qu'on ne soit pas obligé à condamner intérieurement comme hérétique le sens du livre de Jansénius condamné dans les cinq Propositions: Janseniani libri sensum in antedictis quinque Proposi-tionibus... interius ut haereticum damnat. Enfin le prononcé décide formellement que le silence respectueux ne satisfait nullement, mais qu'il faut rejeter de coeur, et condamner comme hérétique le sens du livre de Jansénius, qui a été condamné dans les cinq Propositions: sed damnatum in quinque praefatis Propositionibus Janseniani libri sensum... ut haereticum... corde rejici, etc. Le chef de l'Eglise ne cesse point d'inculquer que l'Eglise n'a eu en vue, dans les cinq Propositions, que le sens propre et naturel du livre contagieux, dont elles sont le fidèle abrégé. Ainsi dès qu'on a reconnu le sens qui saute aux yeux dans le texte court des cinq Propositions, on sait par avance, sans avoir vu le livre, quel est son sens véritable et manifeste. Tout de même, quiconque, en lisant un livre si clair, en a compris le sens qui se présente d'abord, est assuré d'avoir la plus exacte et la plus parfaite explication qu'on puisse désirer de ces cinq Propositions courtes et détachées. C'est ce sens unique des deux textes, que l'Eglise nomme la doctrine hérétique. Peut-on douter de bonne foi que l'Eglise ne veuille exiger la croyance de l'héréticité du livre, quand elle avertit si souvent qu'elle ne condamne les propositions extraites du livre, que dans le sens propre et naturel qui se présente d'abord dans le livre même: de ipsomet obvio sensu, quem in Jansenii libro habent?'

8° Enfin le Pape dit qu'il n'est point permis de signer dans un autre esprit, dans un autre sentiment, ou dans une autre crédulité; nec alla mente, animo aut credulitate supradictae formulae subscribi licite posse. Ainsi il ne suffit pas de déférer à l'Eglise, de la croire plus éclairée que nous, de présumer, sur le grand préjugé de sa sagesse, qu'elle ne se trompe pas, ni même de supposer, par une pieuse crédulité, qu'elle décide bien. Toute crédulité qui demeure tant soit peu en deçà d'un jugement certain et irrévocable, est déclarée insuffisante, et ne garantit point du parjure'. Comment ose-t-on dire que le Pape ne décide rien, pendant qu'il fait une décision si précise et si précautionnée, pour ôter tout prétexte d'évasion au parti? Il est inutile de présumer que l'Eglise a bien examiné le livre de Jansénius, qu'elle a trouvé ses expressions dures, excessives, peu correctes, et ses correctifs ou insuffisants ou trop éloignés de certains endroits qui en avaient un trop grand besoin'. Tous ces détours ne vont qu'à sauver indirectement le livre en paraissant l'abandonner. Il faut juger intérieurement par un jugement certain et irrévocable, que la doctrine hérétique est contenue dans le livre. Il faut rejeter de coeur et condamner comme hérétique le sens du livre. Il faut que cette absolue et irrévocable condamnation tombe précisément sur le sens propre, naturel et véritable du livre, qui s'y présente d'abord au lecteur: de ipsomet obvio sensu, quem in Jansenii libro habent. Jamais texte dogmatique, depuis la naissance de l'Eglise, ne fut condamné avec tant de précautions.

9° Les équivoques, par lesquelles on veut éluder une décision si évidente, seraient ridicules et scandaleuses dans le discours le plus indifférent. Elles

234 CORRESPONDANCE DE KNELON 4 mai 1706

font horreur, quand on songe qu'il s'agit d'un serment dans une profession de foi. Le parti n'a point de honte d'imputer au siège apostolique, dans une

constitution reçue de l'Eglise universelle, un jeu de paroles captieuses, qu'on n'oserait imputer à aucun homme qui a du sens, avec quelque pudeur. Voilà l'extrémité affreuse où se jette insensiblement le parti, plutôt que de vouloir se défier de ses préjugés sur la prétendue doctrine de S. Augustin

10° Le parti n'a donc aucun prétexte de dire que la constitution n'a pas décidé sur la nécessité de croire, par un jugement certain et irrévocable, l'héréticité du livre de Jansénius. Il pourrait seulement prétendre que la constitution ne décide pas que cette croyance doit être fondée sur une autorité infaillible". Mais outre que le vicaire de J[ésus]-Christ] a pris soin d'employer les termes qui expriment une autorité infaillible dans le langage de la catholicité, comme ceux d'une cause finie,... de l'Eglise qu'il faut écouter,... et de la véritable obéissance de l'homme orthodoxe; de plus comment est-ce que le parti ose maintenant révoquer en doute, pour se ménager un faux-fuyant, une vérité palpable qu'il a démontrée pendant cinquante ans dans tous ses écrits? L'Eglise déclare qu'elle exige dans le serment une croyance certaine et irrévocable, et qu'elle rejette toute crédulité inférieure à cette croyance absolue. Ici tous les écrits du parti se tournent contre le parti même pour l'accabler. Comment peut-on former un jugement certain sur une autorité incertaine? Comment peut-on jurer qu'on se croit certain d'une chose, quand d'un côté, elle paraît à celui qui jure évidemment fausse, et que, de l'autre côté, il n'a point d'autre motif pour la croire, qu'une autorité qu'il regarde comme faillible, c'est-à-dire douteuse en soi, et susceptible de l'erreur aussi bien que de la vérité? Est-il permis de jurer sur la périlleuse parole de l'Eglise capable de se tromper actuellement dans cette décision? Il est plus clair que le jour qu'on ne le peut pas. Cependant l'Eglise presse sans relâche, et veut excommunier quiconque ne jurera point. Elle sait bien ce qui est évident, comme le parti l'a démontré, savoir qu'il n'y a qu'une autorité infaillible qui puisse exiger le serment pour la croyance certaine et irrévocable d'un formulaire 12. Ainsi, en exigeant ce serment, elle exerce et s'attribue manifestement l'autorité infaillible dont il s'agit. Que si elle n'en fait pas la décision formelle par un canon ou décret particulier, c'est qu'elle agit pour son infaillibilité sur les textes, précisément de même que pour son infaillibilité pour les dogmes. Elle se contente d'une décision pratique qui est continuelle et évidente en toute occasion '

11° Au reste, le parti est un royaume divisé, qui montre une prochaine désolation. J'ai entre les mains deux lettres latines qui sont imprimées. L'une est douce, modérée, insinuante. Elle use de toute la souplesse que M. Pascal reprochait aux casuistes, pour ôter les péchés du monde '4. Elle prouve que ceux qui croient voir la pure doctrine de S. Augustin dans le livre de Jansénius, peuvent néanmoins signer et jurer qu'ils croient ce livre hérétique, sans aucun scrupule. Enfin l'auteur de cette lettre a des expédients commodes pour aplanir toutes les plus grandes difficultés. Il veut que les théologiens mêmes, qui, après avoir souvent lu le livre de Jansénius, sont dans la plus forte persuasion en faveur de son texte, entrent en quelque défiance de leur pensée, sur ce qu'ils n'ont peut-être pas assez examiné, en toute rigueur, si toutes les expressions de tous les endroits écartés du livre sont assez correctes, et si les correctifs sont assez forts en chaque endroit. En voilà assez, selon

4 mai 1706 TEXTE 235

ce casuiste commode, pour mettre un théologien en droit de jurer qu'il croit fermement que ce livre est rempli de cinq hérésies, et qu'il veut que l'Evangile de Dieu s'élève en jugement contre lui au jour de J[ésus]-C[hrist], s'il n'en est pas absolument persuadé' 5. L'autre lettre que j'ai entre les mains, est aussi aigre et aussi véhémente, que la première est radoucie et captieuse. La seconde, malgré son âcreté, est plus solide que la première; car au moins elle raisonne juste sur les faux principes du parti. Elle méprise ouvertement la décision du S. Siège. Elle regarde le Formulaire comme un acte impie et tyrannique de la part des papes, et comme une signature pélagienne confirmée par un parjure de la part des disciples de S. Augustin, qui signent et qui jurent contre leur conscience. Il dit que le Formulaire est tout hérissé de crimes, tot criminibus horridurn'6. Il va jusqu'à reprocher au Pape qu'il a avancé, dans sa véritable chaire, en prononçant un de ses sermons, une proposition formellement eutychienne 17. D'où il conclut que le Pape ne doit pas plus être cru sur le texte de Jansénius, que sur le sien propre. Ainsi le parti a des casuistes de deux façons 18: les uns rigoureux, pour ceux qui veulent de la rigueur; les autres mitigés et commodes, pour ceux qui ont besoin de quelque condescendance. Du côté de la Hollande et des autres pays libres, les casuistes sévères crient contre les constitutions et contre le Formulaire. En France, où l'autorité est à craindre, il faut un peu plus de souplesse. Le parti a besoin d'être soutenu par des personnes qui ne soient exclues ni des degrés, ni des emplois, ni des bénéfices. Beaucoup de gens se rebuteraient du parti, s'il fallait hasarder son établissement et son repos. Il faut donc des casuistes qui aplanissent toutes les difficultés et qui trouvent les moyens de faire jurer, sans parjure, qu'on croit ce qu'on ne saurait croire. Voilà les honnêtes gens de M. Arnauld. Ils veulent jouir de la réputation que le parti donne à condition de ne s'embarrasser jamais. Le parti les méprise; mais il a besoin d'eux, et il veut s'en servir. Il faut donc leur fournir des casuistes qui donnent des contorsions au serment le plus décisif. Le parti a résolu de ne laisser jamais signifier à ce serment que ce qu'il lui plaira. Quelque constitution que le Pape fasse, le parti n'y trouvera jamais rien qui décide clairement contre lui. M. Hennebel, célèbre député des Lovanistes du parti, qui a si longtemps soutenu à Rome que le silence respectueux suffit 19, me protestait à Bruxelles, il n'y a que trois mois', que la nouvelle constitution était précisément conforme à ce qu'il a toujours soutenu. Il prétend que personne ne peut hésiter sur la signature du Formulaire, que par un scrupule outré'. Vous voyez, mon Révérend Père, que le parti ne sait où poser le pied, et qu'il ne peut s'accorder avec lui-même. Vous voyez aussi qu'il tourne à profit sa division, pour avoir de quoi contenter et tenir dans ses intérêts tous les politiques qui ne veulent point se réfugier en Hollande.

Prions Dieu qu'il détrompe ceux que nous ne pouvons détromper. Prions Dieu que l'excès de prévention du parti ouvre les yeux à beaucoup d'honnêtes gens qui le favorisent. Vous savez, mon Révérend Père, avec quels sentiments je suis tout à vous.

236 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 mai 1706 31 mai 1706 TEXTE 237

1088 A. LE CARDINAL SACRIPANTE' A FÉNELON

(9 mai 17061.

Illustrissimo e Reverendissimo Signore,

Nella vacanza di due Canonicati di cotesta collegiata di S. Gieri, Nostro Signore hà havuto riguardo alla premure di V.S.Illma havendone destinato uno al sr Filippo Blanpain', raccomandato dà lei in primo luogo nella let-tera che si è compiaciuta scrivermi; l'altro poi è stato destinato dà sua Be al sigre canonico Bassilier sacerdote nobile d'Anversa, presente dà cinque ann î in curia, dottore dell' una e l'altra Legge, e di sacra teologia, raccoman-dato con premura dal sr Elettore di Baviera. In congiuntura d'altre vacante prego V.S. Illma ad'insinuarmi, non solamente i nomi, e cognomi de' sog-getti che propone, ma anche la loro età e altri requisiti, e specialmente se sono oriundi del luogo del beneficio, o almeno diocesani di Cambrai, per che io possa rapresentare il tutto alla Su' sua; e raffermando à V.S. Illma il desi-derio di servir la, le bacio le mani

D.V.S. 111r", Roma, 90 maggio 1706

Servitore.

G. CARD. SACRIPANTE.

1089. A PHILIPPE-HENRI BEAUVER

A Avesnes, 25 mai 1706.

Je vous envoie, Monsieur, une copie, tant de la lettre que j'ai reçue de Son Altesse Electorale de Bavière que de celle que le conseil royal' a écrite aux Dames chanoinesses de Mons, pour leur apprendre que leur dernière entreprise est désapprouvée'. Je vous envoie aussi le mandement que je viens de faire', et que je vous prie de faire imprimer en toute diligence à Mons, pour l'envoyer sans perdre un seul moment à tous ceux d'entre nos doyens de chrétienté dont les districts ont quelques paroisses sous la domination d'Espagne. Les doyens de Hall, de Binch, de Bavay, de Lessines, de Chievres, de Tournay, de Maubeuge et d'Avesnes sont de ce nombre. Je doute de celui de Valenciennes'.

Pour vous, Monsieur, dès que vous aurez fait imprimer mon mandement, vous prendrez, s'il vous plaît, la peine d'en aller porter un exemplaire à Mesdames les chanoinesses, avec les plus grandes civilités, leur protestant que je ne cherche qu'à leur marquer combien j'honore leur naissance et leur mérite. Mais enfin, il faut tenir ferme: et, conformément à la lettre qu'elles ont reçue, dont je vous envoie copie, il faut les assujettir doucement à recommencer avec les prières solennelles la procession générale'. Que si vous prévoyez quelque difficulté de leur part, que je ne puisse pas prévoir de mon côté, je vous prie de prendre les devants avec toutes les précautions que les gens sages et bien intentionnés croiront convenables. Je vous envoie le mandement signé de ma main, afin qu'il fasse foi en toute rigueur, si par hasard vous vous trouviez pressé de le produire avant qu'il fût imprimé, par rapport au jour d'assemblée du chapitre de ces dames. Mais souvenez-vous que, comme elles sont assujetties à exécuter le mandement émané par le révérend doyen, vous n'êtes point obligé à leur produire vos pouvoirs, et que c'est à elles à vous croire quand vous publiez mon mandement.

Je vous prie de communiquer à M. le comte de Roeux', à M. le marquis de Roisin', à M. le chef président'', à M. Petit 10, à MM. de Rollet ", Robert'', etc. les deux lettres dont je vous envoie des copies. Ce n'est pas pour en faire un éclat, mais seulement afin que ces Messieurs appuyent la bonne cause en suivant les intentions du conseil royal.

Vous enverrez, s'il vous plaît, le mandement imprimé, si vous en avez le temps, à tous nos doyens ci-dessus nommés; mais si le temps vous manquait, il faudrait leur en envoyer en diligence des copies manuscrites, plutôt que de manquer à faire faire partout les prières, le 31, en la manière marquée par le conseil.

Au reste, je n'ai garde de vouloir qu'il paraisse en tout ceci un commissaire délégué par moi pour tous les districts du pays d'Espagne"; car outre que le règlement du conseil ne parle que du mandement émané par le révérend doyen de chrétienté, de plus le Roi très chrétien ne veut pas permettre que j'établisse un commissaire délégué qui serait une espèce de vicaire général. Il l'a fait déclarer par M. de Bagnols à Son Altesse Electorale; et je ne crois pas que le conseil royal insiste désormais sur cette demande'.

Je paierai d'abord tous les frais que vous ferez. Le sieur Henry, mon receveur'', les paiera.

Mille fois tout à vous.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1090. A DOM FR. LAMY

A Cambray 31 mai 1706.

En arrivant ici de mes visites, j'y trouve, mon Révérend Père, la lettre où vous me marquez qu'on attend ma réponse'. Je puis vous assurer que je vous l'ai envoyée, il y a déjà plus de trois semaines. C'est ce qui me fait espérer que vous l'aurez reçue, quoiqu'elle ne fût point encore arrivée entre vos mains, quand vous avez pris la peine de me mander qu'on l'attendait avec impatience'. Je vous souhaite de tout mon coeur une santé parfaite. J'espère voir bientôt un de vos bons amis', et apprendre par lui de vos nouvelles. C'est la consolation qui reste en ce monde à l'égard des personnes qu'on aime et qu'on ne peut voir. Vous devez bien prier pour moi; car je suis véritablement attaché à vous par le fond du coeur. Je suppose que vous aurez été des premiers à avoir mon dernier Mandement'. Ce n'est qu'un commentaire net et précis de la constitution. Elle n'en avait aucun besoin. Mais j'ai cru qu'il fal-lair faire sentir la force de chaque parole aux esprits prévenus. Je suis à jamais et sans réserve, mon Révérend Père, tendrement tout à vous.

FR. AR. Duc DE CAMBRAY.

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238 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 juin 1706 28 juin 1706 TEXTE 239

1090 A. L'ABBÉ G. GRIMALDI' A FÉNELON

[6 juin 17061.

Illustrissime ac Reverendissime Domine,

Sero mihi redditœ sunt litterœ Dominationis vestrœ illustrissimœ, prop-terea quod novatis' hic publicis rebus stati cursores moram aliquam habue-runt, et ipse breve iter ingressus, non nisi nudiustertius Bruxellas reverti. Cogitaveram autem statim ac me huc recepissem, de suscepto munere, quod mihi Pontifex maximus demandaverat, certiorem facere Dominationem ves-tram illustrissimam, ut inde occasionem nactus, debitam possem tanto viro testificari observantiam, omnemque meam operam, studium, officium sine ulla exceptione deferre. Sed tua fecit, illustrissime Prœsul, singularis huma-nitas ut quœ meœ erant partes ipse prœriperes, omnique officiorum genere tuis ornatissime scriptis litteris me cumulares. Quanti autem me facere putas insigne istud benignitatis tuœ argumentum, quo me prior, magna cum signi-ficatione amoris et studii in me tui, es prosecutus. Sane nihil jucundius aut optabilius contingere poterat, quam sub meum in Belgium adventum eo cum viro gratiam inire quem genere, doctrina, pietate, omni demum virtute prœstantem, non modo propinquœ nationes, sed magno etiam locorum intervallo disjunctœ in oculis ferunt. Itaque tibi tantum debeo, quantum intelligo persolvi a me vix gosse. Nam etsi nihil erit tam grave, tamque arduum, quod non libenti alacrique animo suscipere tua causa velim, tamen par pari referre nunquam videbor. In ea autem parte litterarum Dominatio-nis vestrœ illustrissimœ, ubi de me perhonorifice sentit, facit id quidem abundantia humanitatis atque benevolentiœ: sed cum expetendum maxime sit laudari a laudato viro, tamen ea, quœ mihi tribuit, cum esse verissima cupiam, non agnosco. Conabor equidem, quantum mihi facultas erit, ne in hoc apostolico munere exercendo mea vel diligentia vel sedulitas desideretur; sed quam mihi difficile sit debitas explere partes meique prœdecessoris vesti-guis insistere nemo non videt. Interim pleno cultu et vera cum observantia sum, Illustrissime ac Reverendissime Domine, illustrissimœ vestrœ Domina-tionis humillimus et obsequentissimus servus,

Bruxellis 6 junii 1706.

HIERONYMUS GRIMALDUS ABBAS S. MAMIE.

1091. AU VIDAME D'AMIENS

A C[ambrai], 25 juin 1706.

On ne peut être plus touché, Monsieur, que je le suis de vos peines et de votre sincérité. J'espère que la manière dont vous ouvrez votre coeur servira à le guérir. C'est ce que je ne cesse point de demander à Dieu chaque jour. Sa miséricorde n'oublie rien pour rompre vos liens et pour vous faciliter une entière délivrance. Il est temps que vous répondiez à tant de grâces. Pourquoi voulez-vous aimer tant ce qui ne vous aime plus', et le préférer à Dieu, qui vous a aimé dans vos égarements, et qui ne se lasse point encore de vous attendre? Vous ne vous êtes pas assez défié de vous-même, lorsqu'il s'agissait de fuir et de rompre; et maintenant vous vous défiez trop de Dieu, lorsqu'il s'agit d'espérer qu'il vous soutiendra. La séparation que vous n'aviez pas le courage d'exécuter est toute faite malgré vous. Il ne reste plus qu'à la laisser durer, et qu'à ne recommencer pas ce que la bonté de Dieu a fini'. Voilà le temps d'espérer en lui. Ne craignez point de ne pouvoir pas demeurer dans cette situation. Dieu aura soin de l'adoucir. Amusez-vous innocemment. Donnez-vous de petites occupations qui vous trompent pour votre bien, et qui donnent le change à votre goût. Revenez tous les jours à un peu de prière et de lecture. Je vous pardonne de m'avoir craint, de m'avoir fui, d'avoir été ravi de ne me trouver pas'. Ce sont les suites naturelles de votre malheureux état. Je n'en cours pas moins après vous. Dieu vous veut. Voyez tout ce qu'il fait pour vous avoir, et tout ce que vous faites pour lui échapper. Ne lassez pas sa patience. Ne soyez pas méchant pour vous prévaloir contre lui de ce qu'il est bon. Jetez-vous entre ses bras, sans vous consulter. Que ne puis-je vous aller voir ! je donnerais ma vie pour votre solide conversion. Jugez par là, Monsieur, combien je vous suis dévoué.

FR. AR. D. DE C.

1092. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi au soir, 28 juin 1706.

Je ne suis point étonné de cet orage, ma chère fille. Il passera bien vite, s'il plaît à Dieu, pourvu que vous ne l'allongiez pas. Tout se tourne à profit, pourvu qu'on soit simple, en défiance contre soi et contre son amour-propre pour l'amour de Dieu. La jalousie, qui est le fond évident de ces tentations, montre combien elles sont des tentations manifestes, et combien la voie dont ces tentations détournent, est une voie de grâce pure et de mort à soi. Ne manquez pas de communier demain, et tout disparaîtra. Je vous en réponds au nom de celui qui commande aux vents et aux tempêtes. Que si vous hésitiez encore, j'irais d'abord' à Premy' dire la messe, et vous faire communier. Ne songez ni au passé ni à l'avenir sur les choses qui enveniment votre jalousie. Ne la flattez point, mais supportez-vous vous-même. Il y a bien des choses qui vous paraissent volontaires, et qui ne le sont pas. Abandonnez le tout à Dieu.

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240 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 juillet 1706 12 juillet 1706 TEXTE 241

1093. A MICHEL CHAMILLART

[4 juillet 1706].

Monsieur,

Le meilleur médecin de ce pays' me presse depuis longtemps pour m'envoyer aux eaux de Bourbon où M. Fagon2 me conseillait autrefois d'aller'. Si le Roi veut bien avoir la bonté de me permettre ce voyage dans le pressant besoin de ma santé, je m'y préparerai au plus tôt par rapport à beaucoup d'affaires de mon diocèse qu'il faut que je règle avant cette absence. En ce cas je partirai d'ici, Monsieur, dès le mois prochain, je m'en irai à Bourbon par le droit chemin sans passer par Paris, sans m'arrêter en aucun lieu et sans voir personne sur ma route'. L'infirmité et le régime des eaux me donneront la liberté d'être fort retiré pendant mon séjour à Bourbon, et je reviendrai d'abord ici de la même manière que j'en serai parti. J'espère que vous voudrez bien me faire l'honneur de m'apprendre les intentions de Sa Majesté et que vous me ferez aussi celui de croire que je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray, 4 juillet 1706.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY. longue. On dort dès que la dent est arrachée. C'est par cette vive douleur qu'on est soulagé. D'ailleurs on souffre plus par les retardements et par les irrésolutions, qu'on ne souffrirait par une prompte et violente opération.

Priez du coeur avec confiance. Rentrez souvent au fond de votre coeur pour y trouver Dieu. Malgré votre indignité recourez à lui avec une liberté et une familiarité d'enfant, qui ne peut douter des bontés de son père. Dites-lui toutes vos répugnances, tous les mauvais détours de votre amour-propre, tous les dégoûts que vous sentez pour la vertu, toutes les craintes que vous avez d'un engagement à ne pouvoir plus reculer, et conjurez-le de vous prendre puisque vous ne savez pas vous donner.

Vous ne m'avez point envoyé la lettre de M. le Duc de Chevreuse. Il faut que vous l'ayez oubliée'. Ayez la bonté de me l'envoyer par une voie sûre, et soyez persuadé, Monsieur, que je vous suis dévoué sans réserve à la vie et à la mort.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1094 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles le 12 juillet 1706.

Monsieur,

1094. Au VIDAME D'AMIENS J'ai lu au Roi la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 4e de ce mois sur le besoin que vous avez des eaux de Bourbon pour le rétablissement de votre santé. Sa Majesté vous laisse la liberté de les aller prendre quand vous le jugerez à propos'. Je souhaite qu'elles vous fassent tout le bien que vous en espérez. Je suis très parfaitement...

A C[ambrai], 5 juillet 1706.

Vous verrez, Monsieur, par la lettre que je vous envoie de vieille date', que je ne vous avais pas oublié. C'est ce que je serai incapable de faire, tant que je ne manquerai pas à Dieu. Mais je n'osais hasarder une telle lettre par la poste, ne sachant pas où vous seriez, et craignant quelque contre-temps par les mouvements que les troupes font d'une heure à l'autre. Je ne savais pas si vous seriez fixe à Tournay, pour y recevoir ma lettre'. Au reste, Monsieur, je ne crains nullement de vous être importun. Puisqu'il faut vous importuner, je ne manquerai pas de le faire régulièrement par toutes les voies sûres. Je vous sais même le meilleur gré du monde de me mander ingénument votre crainte d'être importuné, et de la surmonter en me pressant de faire ce que vous craignez. Il y a en vous deux hommes qui ne feront jamais de paix'. Si vous voulez être en quelque repos, il faut que l'un subjugue l'autre. L'homme raisonnable et chrétien ne sera jamais, s'il plaît à Dieu, tellement abattu par l'autre, qu'il ne vous fasse plus sentir aucun combat secret. Vous ne pouvez donc point avoir de véritable paix en le laissant abattre. Votre ressource ne peut donc se trouver qu'à le soutenir sans relâche, et quoi qu'il vous en coûte, contre l'homme aveugle, ensorcelé, et qui n'a rien de fort que sa passion déraisonnable. Plus vous dompterez celui-là, plus vous goûterez au fond de votre coeur de consolation et de paix. C'est une dent pourrie qu'il faut arracher'. Il y a un appareil qui fait peur. La douleur sensible n'est pas 1095. A JOSEPH-CLÉMENT DE BAVIÈRE

[15 juillet 17061.

J'ai un vrai déplaisir de ce qui est arrivé, et que votre Altesse Electorale a bien voulu me faire l'honneur de m'apprendre. Puisque les préventions de votre confesseur vous ôtaient la confiance nécessaire, il faut être bien aise qu'il ne soit plus auprès de vous'. Mais il est capital que votre Altesse Electo-rale ne précipite rien pour le choix d'un autre homme qui puisse remplir sa place avec fruit'. Il vous faut, Monseigneur, un homme de Dieu, séparé de toute intrigue et de toute affaire mondaine, qui soit doux et ferme pour éviter le relâchement et la rigueur, qui soit instruit des règles de l'Eglise, et qui puisse vous les proposer par rapport aux besoins de vos grands diocèses. Je ne manquerai pas de prier Dieu, afin qu'il vous inspire un choix selon son coeur. Il me paraît que vous n'avez qu'à laisser aller celui qui a disparu. Vous avez bien voulu le renvoyer avec tous les secours et toutes les marques de bonté qu'il pouvait attendre de votre Altesse Electorale. Il n'a voulu ni s'en

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242 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 juillet 1706

servir, ni se retirer régulièrement. Il ne vous reste, si je ne me trompe, qu'à vouloir bien ignorer ce qu'il est devenu, puisqu'il n'a pas voulu que vous le sussiez.

Permettez-moi, Monseigneur, de distinguer mon ministère' d'avec les conseils que vous pouvez me faire l'honneur de me demander sur votre ordination. Pour ce qui est d'un conseil, je ne pourrais prendre la liberté de vous le donner, qu'après avoir examiné en détail avec votre Altesse Electorale ce qu'elle voudrait bien me confier de ses dispositions présentes, et des mesures qu'elle a prises pour l'état qu'elle doit embrasser. C'est ce que je ne connais point assez depuis quelque temps'. Je crois seulement qu'elle ne doit pas perdre un seul moment du temps que le Pape lui a accordé, pour se dévouer entièrement à l'Eglise, et pour ne regarder plus, sous aucun prétexte, derrière elle dans ce chemin. Ainsi je persiste à lui dire les mêmes choses qui étaient contenues dans mon grand Mémoire'. Si elle est dans les dispositions et dans la pratique actuelle que la consécration demande, j'ose lui dire qu'elle ne saurait mieux faire, que d'exécuter avec foi et humilité le sacrifice absolu de sa personne à l'Eglise dans un si pressant besoin. Pour mon ministère, si votre Altesse Electorale me le demande, je n'ai garde de lui refuser ce que je ne refuserais à aucun particulier qui se présenterait à moi selon les règles. Je regarde comme une marque d'une bonté infinie, et comme un très grand honneur dont je suis indigne, le choix que vous daignez faire de ma personne pour cette fonction. Dieu sait avec quel zèle je prierai en vous imposant les mains, si vous voulez que je vous les impose. En ce cas, Monseigneur, je vous épargnerai jusqu'au moindre pas; car au moindre ordre je me rendrai auprès de vous, quand et où il vous plaira'. Que si vous vouliez absolument venir ici, je vous supplierais très humblement d'avoir la bonté de me le faire savoir un peu de temps avant votre arrivée, de peur que je ne me trouvasse absent, et afin que je sois prêt pour une telle cérémonie. Mais oserai-je prendre la liberté de vous représenter que la chose ferait encore plus d'éclat, si vous veniez recevoir ici l'ordination, que si j'allais vous ordonner à l'Isle ou aux environs? J'espère que Dieu que vous consulterez uniquement sur une affaire si capitale pour votre salut, et pour le bien de tant de grandes églises, ne permettra pas que vous fassiez rien ni trop tôt ni trop tard. Je serai toute ma vie avec le zèle le plus sincère et le plus respectueux dévouement, Monseigneur, de Votre Altesse Electorale le très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray, 15 juillet 1706.

1096. A DOM FR. LAMY

A Ciambrail 16 juillet 1706.

Je vous envoie, mon Révérend Père, une lettre pour Mad. de la M.', et j'espère que vous voudrez bien la lui faire tenir. La déclaration du P. Juénin est forte'. S'il entend les termes comme ils doivent naturellement être entendus, ce qu'il dit est aussi fort que ce que j'ai dit dans mon premier mandement sur le cas de conscience, en parlant du pouvoir prochain'. Pour la doctrine de S. Aug[ustin] et de S. Thomas je ne doute nullement qu'on ne doive 22 juillet 1706 TEXTE 243

la suivre. Mais il faudrait commencer par la fixer'. Les Protestants ne parlent que de S. Augustin] sur la grâce, et toutes les écoles tirent à elles S. Thomas. Rien n'est plus vague que d'alléguer leur doctrine. De plus il est manifeste que S. Augustin] n'admet aucune grâce efficace, qu'à cause du péché originel, et pour le seul état présent. Au contraire, les Thomistes ne veulent qu'une prédétermination physique, qui est une opinion philosophique, autant pour les actes naturels et vicieux, que pour les actes surnaturels, et autant pour Adam au paradis terrestre, que pour ses enfants affaiblis par le péché. Ainsi, à proprement parler, les Thomistes ne peuvent avec aucune couleur s'appuyer de S. Aug[ustin], et les prétendus disciples de S. Aug[ustin] ne sauraient jamais faire cadrer le texte de S. Thomas avec leur système. C'est donc' une illusion, que de nous donner ensemble S. Augustin et S. Thomas comme réunis dans le système de6 leurs prétendus disciples. Les Thomistes mêmes ne sont pas d'accord entre eux, et il faudrait commencer par les obliger à convenir ensemble pour fixer leur doctrine. Les anciens Dominicains, qui ont réfuté les Protestants, ne paraissaient pas prédéterminants'. On croit que Bannès8 est le premier qui a développé cette opinion. Alvarez' et Lemos ", qui l'ont soutenue dans les congrégations de auxiliis, ne sont point d'accord. Quelques auteurs modernes, qui se disent Thomistes ", n'ont aucune autorité, et ont pu favoriser le jansénisme sous le masque de l'école thomistique. Quoi qu'il en soit, il n'y a de mis hors de censure, que ce qui a été soutenu dans ces congrégations avec les tempéraments qu'on y a joints. Tout ce qui est hors de là et qui se rapproche du système de Jansénius, n'est pas du vrai thomisme. Je suis, mon Révérend Père, de plus en plus très cordialement tout à vous.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1096 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles, le 22 juillet 1706.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18' de ce mois. Le Roi serait bien disposé à donner satisfaction au clergé de la frontière si les ennemis avaient les mêmes égards pour eux et Sa Majesté consentirait volontiers à laisser les ecclésiastiques du pays nouvellement conquis par les ennemis jouir de leurs revenus s'ils voulaient faire la même justice à ceux qui sont sujets de Sa Majesté'. Mais il ne paraît pas qu'ils soient dans ces dispositions puisqu'ils ont déjà fait saisir partout et que le Roi a été obligé de donner à Mons. l'évêque de Tournay2 des représailles sur les biens de l'abbaye de St-Pierre de Gand; je suis très parfaitement...

244 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 août 1706

1097. A MARIE-HENRIETTE DE BEAUVILLIER,

DUCHESSE DE MORTEMART'

A C[ambrai] 4 août 1706.

Je crois, Madame, que le point principal pour vous est de ne désespérer jamais des bontés de Dieu sur vous, et de ne vous défier que de vous-même. Plus on désespère de soi pour n'espérer qu'en Dieu sur la correction de ses défauts, plus l'oeuvre de la correction est avancée. Mais il ne faut pas que l'on compte sur Dieu, sans travailler fortement de sa part. La grâce ne travaille avec fruit en nous qu'autant qu'elle nous fait travailler sans relâche avec elle. Il faut veiller, se faire violence, craindre de se flatter, écouter avec docilité les avis les plus humiliants, et ne se croire fidèle à D[ieu] qu'à proportion des sacrifices qu'on fait tous les jours pour mourir à soi-même dans la pratique. Puisque vous croyez avoir dit à M. le D. de M. quelque chose qui a pu lui faire de la peine par rapport à Mad. sa mère, c'est à vous à les raccommoder. Faites-le doucement et peu à peu. Il est important au fils qu'il ne s'éloigne point d'une si bonne mère, qui l'aime tendrement, et qui a tant d'attention à ses véritables intérêts. Elle peut faire quelquefois trop ou trop peu, comme cela peut arriver à toutes les personnes les plus sages et les mieux intentionnées. Mais, dans le fond, il est rare qu'une personne ait autant de piété sincère et de bonnes vues pour ses devoirs. Elle peut vous montrer quelquefois un peu de vivacité sur les choses qu'elle désirerait de vous pour votre bien'. Mais elle vous aime. Je l'ai vu' à n'en pouvoir douter, et le trop que vous croyez peut-être sentir n'est qu'un excès d'amitié. Vous devez donc, Madame, travailler sans cesse à unir le fils avec la mère pour l'intérêt du fils et pour le vôtre. Mais il faut le faire sans vous jeter dans le trouble. Supposé même que vous ayez fait quelque faute considérable à cet égard-là, comme la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le marque, il faut en porter l'humiliation intérieure, sans se décourager. Il suffit que vous évitiez à l'avenir tout ce qui pourrait vous faire retomber dans de tels inconvénients, et que vous ne négligiez aucun des moyens de réparer ce qui est passé. J'ai vu en vous, Madame, une chose excellente, qui est un coeur ouvert pour Mad. votre belle-mère. Dites-lui tout. Continuez quoi qu'il vous en coûte. Vous savez par expérience quel usage elle en fera. Dieu bénira cette droiture et cette simplicité. Vous voyez combien il vous fait de grâces malgré vos infidélités sur votre correction. Voulez-vous abuser de sa patience, et la tourner contre lui-même, pour mépriser ses miséricordes impunément? Ce n'est pas assez de dire tout. Il faut le dire d'abord, être sincère dès le' premier moment, et n'attendre pas que D[ieu] vous arrache ce que vous voudriez lui pouvoir refuser. O quelle joie pour moi, si je puis apprendre que D[ieu] ait élargi votre coeur, qu'il vous ait appris à mépriser votre imagination, qu'il vous ait accoutumée à travailler de suite pour tous vos devoirs, et à sortir de votre indolence! Alors vous auriez autant de liberté et de paix, que vous avez de trouble, de découragement et d'incertitude. Jugez, Madame, par la liberté avec laquelle je vous parle, avec quel zèle je vous suis dévoué.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY. 10 août 1706 TEXTE 245

1098. A FRANÇOIS LESCHASSIER

A Cambray, 10 août 1706.

Je vous supplie, Monsieur, de vouloir bien vous charger du dimissoire ci-joint, et de charger l'un des directeurs de votre séminaire de tout ce qui regarde l'ordination du jeune homme dont il s'agit'. Je ne vous donne cet embarras qu'à cause de la confiance en S. Sulpice que j'ai eue dès ma première jeunesse, et que je conserverai jusqu'à la mort'. Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1099. A MICHEL CHAMILLART

[18 août 1706].

Monsieur,

J'apprends de Bruxelles par un de nos chanoines, qui travaille aux affaires de notre chapitre', que les ennemis sont disposés à renoncer à la confiscation des biens ecclésiastiques, supposé que le Roi veuille bien y renoncer de sa part. Vous m'avez déjà fait l'honneur de me mander que Sa Majesté entrerait volontiers dans ce parti, pourvu que les ennemis y entrassent de leur côté. Ainsi, Monsieur, l'affaire paraît bien avancée de part et d'autre. Mais je n'ose déclarer ouvertement ce que vous m'avez appris des intentions de Sa Majesté, sans en avoir une permission expresse. Si vous me la donnez, je ferai d'abord savoir à ce chanoine, que le Roi veut bien entrer dans cette proposition d'un renoncement réciproque, afin qu'il le dise à Bruxelles, et qu'on puisse suivre les ordres que vous nous donnerez'. Je suis avec le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray, 18 août 1706.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1100. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A B[ourbon] 8 septembre 1706.

On n'est jamais moins seul, que quand on est dans la seule bonne société avec l'ami fidèle. On n'est jamais moins abandonné que quand on est porté dans les bras du Tout-Puissant. Rien n'est si touchant que les secours immédiats de Dieu. Ce qu'il nous donne par le canal de ses créatures ne tire aucune vertu de ce vil et stérile canal. C'est la source qui donne tout. Ainsi, quand la source coule immédiatement dans le coeur, on est bien éloigné d'avoir besoin du canal. Il ne ferait qu'un entre-deux '. J.C.2 avait parlé à son ancien

246 CORKFSPONDANCE DE FENELON 13 septembre 1706

peuple par l'organe des prophètes; mais enfin, dit S. Paul, il nous a parlé lui-même en son Fils'. Fallait-il alors regretter la faible voix des prophètes? que la communication immédiate est pure et puissante! D'ailleurs elle est certaine toutes les fois que la Providence retranche les canaux. Ne vous écoutez point, Madame, et vous n'écouterez pas l'amour-propre, car c'est l'amour-propre qui raisonne, qui murmure, qui fait le scrupuleux, et qui nous occupe de nous sous prétexte de nous occuper de Dieu. Vous serez en paix et au large, si vous n'écoutez point la tentation. Nous nous portons tous assez bien. Nous pensons souvent à vous. Il me tarde de retourner à C[ambrav ], et je n'y perdrai pas un moment. Drieu] seul sait ce que je vous suis en lui.

1101. A LA MÊME

A Bourbon, 13 septembre 1706.

J'écouterai ce que le Seigneur dit au dedans de moi, car il ne parlera que de paix sur son peuple'. Pourquoi donc (M.) écouterions-nous tout ce qui porte l'inquiétude et te trouble? J[ésusi-C[hrist] ressuscité n'entrait dans l'assemblée de ses disciples, qu'en commençant par leur annoncer la paix'. Ayez-la donc cette paix, afin qu'elle conserve votre coeur et votre intelligence en J]ésusj-C1hristi'. Nous nous portons tous assez bien, et nous buvons avec impatience de nous revoir à Cambray. Jugez de la joie que je ressentirai si je vous y trouve dans cette paix qui est le don de Miel]. Mille compliments, je vous supplie, à M. le C(omtej de Mfontberon), à Mad. la c(omtessej de Souastre, à M" ses filles, sans oublier la chère Menr.

1102. A LA MÊME

A Biourbon) 20 septembre 1706.

J'ai appris avec douleur par votre lettre, Madame, que vous vous écoutez. Eh! qu'espérez-vous en écoutant un amour-propre scrupuleux, et subtil pour se tourmenter? Ne voyez-vous pas que vous préparez vous-même la séduction' contre la lumière intime et l'attrait que Enjeu] vous donne! Si vous ne pouvez pas vous faire taire, du moins ne vous écoutez plus volontairement, O qu'il me tarde de vous revoir! Quelle joie, si je vous retrouve telle que je vous ai laissée et que Dieu) vous veut! Toutes les fois que vous ne gâterez point l'oeuvre de Dieu par z une imagination que l'amour-propre excite, vous serez dans une paix qui vous montrera d'où elle vient. Je donnerais toutes choses pour vous y voir affermie par n'écouter point' ce qui vous trouble si dangereusement.

Je me porte bien, et les eaux font assez leur devoir. L'ab[bé] de Beaumont a eu un peu de fièvre. Ce n'est rien. Je compte les jours. Point d'impatience: mais je ne perdrai pas un moment pour mon retour. Je suis en peine de notre pauvre M. Bourdon'. Je vous recommande de plus en plus sa bonne fille. C'est à vous et à moi à en prendre soin et à la consoler. Mille compliments très' sincères à M. le C[omte] de M[ontberon], à Mad. la Comtesse] de S[ouastre)", et à toute la famille.

24 septembre 1706 TEXTE 247

1103. Au DUC D'ORLÉANS

A Bourbon, 24 septembre 1706.

Monseigneur,

Je ne prendrais pas la liberté d'écrire â V[otrej Altesse] R[oyale] ' si la grâce qu'elle vient de faire à mon neveu' avec tant de bonté ne m'obligeait à lui témoigner une très vive et très parfaite reconnaissance. Oserais-je, Monseigneur, ajouter ici combien je suis alarmé pour une vie si précieuse que vous prodiguez avec tant de gloire dans les occasions les plus difficiles'? Je trouverai mon neveu trop heureux s'il peut se sacrifier pour se rendre digne de la grâce qu'il a reçue. Pour moi, je ne puis que faire des voeux. C'est avec le plus grand zèle et le plus profond respect que je serai jusqu'au dernier soupir de ma vie, Monseigneur, de Votre Altesse Royale le très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. Duc DE CAMBRAY.

1104. A H. DE THYARD DE BISSY

A Bourbon 28 septembre 1706'.

[Déplore que les évêques se laissent, dans leur combat pour la bonne cause, arrêter pour raisons futiles.] La question de l'infaillibilité de l'alise sur les textes est bien plus importante que celle des cinq hérésies du Jansénisme. Il n'y a ni symbole ni canon qui ne soit en l'air, si on tolère cette erreur fondamentale. D'ailleurs, on est plus reculé contre le Jansénisme qu'on ne l'était il y a cinquante ans du temps des assemblées de 1656 et 1657, si on lâche pied sur ce point essentiel...2

1105. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Bourbon) 28 septembre 1706.

Je ne suis ni mort ni malade, Madame. Mon impatience pour mon retour est grande. Je n'y perdrai pas un quart d'heure. En attendant, je prie le Dpeu] de paix de garder votre coeur, et de le garder contre vous-même. Je ne me défie que de vous. Le reste ne peut rien. O qu'on est bien, quand on ne résiste point à Dieu, et qu'on se résiste! Ecoutez Dieu et faites-vous taire. Hors de la paix point de fidélité véritable. Dès que vous mettez un os hors de sa place, il ne cesse point de vous causer de la douleur: mais remettez-le, vous êtes d'abord en repos. La paix est pour vous le signe de la fidélité. Qui est-ce qui a résisté à Dfieul, et qui a eu la paix'? Je vous donne, au nom de J[ésusl-C[hrist], celle que le monde ne peut ni donner ni ôter. Mille compliments à toute votre maison. Il me tarde de vous retrouver telle que Dfieul vous veut.

248 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 octobre 1706

1106. A LA MÊME

A B[ourbon], 2 octobre 1706.

Rien que deux mots, Madame, pour vous dire que je partirai dans très peu de jours, et qu'il me tarde bien de vous retrouver paisible dans la main de D[ieu]. N'en sortez sous aucun prétexte, et laissez faire celui qui fait bien. Je vous ramènerai le P.A. ' Je souhaite de tout mon coeur de trouver M. B[ourdoe en vie et moins malade. Soutenez sa bonne fille, qui le mérite. Mille et mille choses pour M. le C[omte] de M[ontberon], et pour tout ce qui vous appartient.

1107. A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

[Fin septembre 1706].

J'ai vu, Madame, dans la lettre que vous avez écrite à M. l'abbé de Lange-ron, toutes les marques de bonté dont elle est remplie pour moi. Je les ressens comme je le dois, et je souhaite de tout mon coeur que vous en soyez persuadée. Pour la demande que vous me faites d'un lieu sur ma route' où vous puissiez me faire l'honneur de venir, pour y avoir un éclaircissement avec moi, souffrez, je vous supplie, Madame, que j'y réponde avec une entière franchise. Outre que j'ai mandé à M. de Chamillart que je ne chercherais à voir personne sur mon chemin', et que je dois être exact à suivre cet engagement, de plus, je vous répéterai ce que j'ai déjà pris la liberté de vous répondre sur une semblable demande d'éclaircissement. Je n'ai, Dieu merci, aucune peine, même à l'égard de ceux pour qui le public pourrait me soupçonner d'en avoir'. A plus forte raison n'en puis-je ressentir aucune contre vous, Madame, de qui je n'ai reçu, dans tous les temps, que les marques du plus obligeant souvenir. Je proteste même, avec toute la sincérité que je voudrais avoir si j'étais au moment de ma mort, que je n'ai jamais su, ni ouï dire aucun fait qui me donne le moindre lieu de douter des assurances de bonté que vous me donnez avec tant de persévérance. Que pourrions-nous donc éclaircir? Il n'y a rien dont vous ayez aucun besoin de me détromper, puisque je ne suis prévenu sur rien; et vous n'avez rien à me prouver, puisque je n'ai aucun sujet de doute sur tout ce que vous me faites l'honneur de me dire de vos dispositions à mon égard. Je suis donc bien éloigné, Madame, d'entrer dans des plaintes et dans des éclaircissements, puisque je n'ai que des remerciements à faire. Contentez-vous, s'il vous plaît, de me continuer l'honneur de vos bonnes grâces, et de compter sur le zèle très inutile que je voudrais vous pouvoir témoigner. Si je ne pensais pas ainsi, nulle considération humaine ne serait capable de me faire parler comme je le fais. C'est avec le respect le plus sincère que je serai le reste de ma vie, Madame, votre...

3 octobre [1706] TEXTE 249

1107 bis. L'ABBÉ DE LANGERON A LA MÊME

A Bourbon, le 3 octobre [1706].

Pour obéir à vos ordres, Madame, je n'ai point voulu vous écrire par la poste. Je n'ai pu trouver une voie plus sûre que celle de ma soeur', qui part demain sans avoir ressenti ici aucun soulagement. Si vous n'êtes pas contente de la lettre de monsieur de Cambrai, vous avez tort; car elle est vraie, et il vous y dit ce que je sais qu'il a pensé toujours, et ce que j'ai eu l'honneur de vous dire bien des fois. Il est encore très vrai qu'il s'est engagé à ne voir aucune personne de ses amis sur la route. J'aurais été ravi que vous fussiez venue ici, sans être malade, et n'ayant besoin que d'y manger des poulets gras; je me serais offert à vous, pour être votre médecin sur ce régime, et je vous aurais donné l'exemple de tout ce que je vous aurais ordonné. Je vous souhaite, Madame, une fraîcheur de sang qui vous fasse si bien dormir, que vous n'ayez jamais besoin des Capucins'.

A propos de Capucins, il faut que je vous dise ce que j'ai fait aujourd'hui. Le père gardien m'a prié ce matin de faire leur salut à cinq heures du soir. Après avoir dîné et mangé des poulets gras, j'ai été me promener hors de la ville. Je suis revenu à près de six heures. Je n'ai non plus pensé aux Capucins de Bourbon, qu'à ceux qui sont à la Chine, s'il y en a. Le salut avait été fait par un autre, après que les bons pères m'avaient inutilement attendu'. Monsieur de Cambrai a bu ici fort régulièrement. Les eaux lui ont fort bien fait, et j'espère qu'il s'en trouvera bien. Je puis vous assurer, Madame, que vous n'avez point de serviteur plus attaché que moi, ni qui soit avec plus de respect, votre...

1108. A L'ABBÉ DUBOIS

A Bourbon, 4 octobre 1706.

J'ai appris, Monsieur', les bons offices que vous avez rendus â mon neveu, et je les ressens comme les marques de la plus solide amitié pour moi'. J'espère que le jeune homme ne négligera rien pour tâcher de se rendre digne des bontés du prince, et pour vous engager à continuer ce que vous avez bien voulu faire d'une manière si effective et si obligeante. Je n'oublierai jamais ce que nous vous devons, lui et moi, en cette occasion. Jugez combien je suis touché, lorsque je joins une chose si digne de votre bon coeur, avec toutes les autres qui m'ont rempli depuis si longtemps des sentiments les plus vifs et les plus sincères pour vous. Je ne puis faire que des souhaits pour la santé de Mgr le D[uc] d'Orléans, pour le succès de toutes les choses qu'il aura à faire, et pour votre satisfaction particulière dans votre guerre. J'ai craint pour vous, sachant combien vous vous exposez. Réservez-vous pour servir le prince d'une autre manière plus tranquille. Personne ne sera jamais, Monsieur, avec une plus forte passion que moi votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

L'état présent de ma santé ne me permet pas, Monsieur, (quelque plaisir que j'aie de vous faire, par une lettre qui vous sera rendue si sûrement', une entière effusion des sentiments de mon coeur), de vous écrire que très brièvement, mais à même temps très cordialement en vous remerciant bien sincèrement des conseils que votre amitié vous oblige de me donner, les croyant bons, utiles et même nécessaires', sur les discours que je ne doute pas vous avoir été tenus, quoique grâce à Dieu très contraires à la vérité, dont ceux qui me voient de près depuis plus de six ans et qui veulent parler de bonne foi, ne sont pas moins convaincus que moi. Je dois d'autant moins douter, Monsieur, des discours tenus sur mon compte par mes ennemis et sur leurs paroles par le monde qui se met peu en peine d'approfondir la vérité ou fausseté de ce qui se débite, surtout au désavantage de ceux dont on parle, que je vous dirai naïvement que l'on en tient, quoique je m'assure très faussement, de pareils sur votre compte'. Si mes ennemis avancent faussement contre leurs propres connaissances, que je suis inconsolable dans l'humiliation et que rien ne me peut calmer dans ma disgrâce, je les laisse dire sans songer à détruire par mes discours cette fausse peinture qu'ils font de ma situation présente et des dispositions dans lesquelles Dieu a mis mon coeur, depuis plus de six ans que le Roi rendit son arrêt du 11 septembre 17004, moi absent et non entendu, pas même par mes lettres; chose que je crois, Monsieur, n'être jamais arrivée qu'à moi. Je vous prie de demander à Dieu pour moi qu'il veuille nonobstant toutes mes indignités continuer et même fortifier les sentiments qui sont gravés bien avant dans mon coeur et lesquels je ne puis attribuer qu'à des grâces qu'il m'a bien voulu faire, dont je me reconnais très indigne.

Pour vous dire un mot de l'Apologie qui a couru dans le monde d'abord manuscrite et ensuite imprimée, elle parle de moi en tant d'endroits si faussement et si hors de propos et même de vraisemblance6, que ceux qui ne sont informés de mes malheurs et des injustices qui me sont faites, que par la lecture de cette Apologie, ne le sont que très imparfaitement et fort au désavantage de la vérité et de la droiture de toute ma conduite, dans le cas qui sert de prétexte à tous mes malheurs. Les exemples très récents que vous pouvez avoir de ce que le public a beaucoup moins besoin d'écouter mes éclaircissements, que d'être convaincu de ma patience', ne me font pas regretter ce que la seule raison bien pesée m'a fait faire, prévoyant parfaitement tous les inconvénients qui se rencontraient, comme à toutes choses de ce monde, lesquelles ont toujours deux faces ; et sur ce principe je tâche dans toute ma conduite de régler mes démarches. Je ne croyais pas vous en tant dire en réponse du premier article de votre lettre, dont je sens vivement tout le mérite, par rapport à la reconnaissance que je vous en dois et qui ne finira qu'avec ma vie.

Sur le second article de votre lettre, je vous dirai, Monsieur, que j'approuve entièrement, sans aucune restriction mentale, quoique vous et moi présentement soyons regardés pour être grands partisans des Jésuites', le renvoi que vous m'avez fait du papier que je ne vous aurais pas prié de faire tenir à mon neveu le prince d'Auvergne'', par le ministère de Mme la prin-

6 octobre 1706 TEXTE 251

cesse d'Aremberg °, si dans la seule lettre qu'il m'a écrite depuis le mauvais parti qu'il a pris, il ne m'avait marqué en propres termes, que sa lettre vous serait envoyée pour m'être rendue sûrement par votre canal et si cette lettre, Monsieur, ne m'ayant pas été envoyée directement par vous, elle n'avait été envoyée par M. de Bagnols " à M. de Coulanges12 [que] pour me la faire tenir promptement et sûrement. Toutes ces circonstances me faisaient croire, quoique faussement, que cette lettre m'avait été ainsi envoyée avec votre participation et de concert avec vous' .

Entre toutes vos grandes qualités, Monsieur, j'envie aujourd'hui plus que toute autre la beauté de votre caractère'', puisque vous aurez bien de la peine à déchiffrer le mien qui est pour ainsi dire diaboliques, terme que gens qui n'auraient que l'esprit de la dévotion à la mode, ne pourraient que beaucoup improuver, surtout dans la lettre d'un cardinal doyen à un des plus méritants archevêques et selon moi le plus méritant de l'Eglise de Dieu. Croyez-moi, Monsieur, absolument à vous, et soyez persuadé que je suis beaucoup plus tranquille que tout autre peut-être ne le serait s'il était à ma place, et beaucoup plus que ceux qui sont dans des états d'élévation extrêmement opposés au mien. La bonne santé dont j'ai joui depuis plus de six ans que je m'y trouve, en est une preuve qui n'est pas équivoque. Vu la faiblesse de mon tempérament et mon âge avancé, cette bonne santé a été troublée par une incommodité dont je ne suis pas encore entièrement quitte, laquelle m'a fait garder ici le lit durant douze jours, que M. le premier président '6 y a été, et un régime de bouillons et de privation de toute viande solide, avec purgations et une saignée, ce qui ne m'était pas arrivé qu'une seule fois depuis dix ans. Je comptais si peu d'écrire avant mon départ de ce lieu pour Paray qui sera, comme j'espère, demain que je ne me suis trouvé qu'avec une méchante plume et deux feuilles de papier inégales. Autant à vous qu'à moi-même.

LE CARD. DE BOUILLON, Den du Sacré Collège.

1108 B. LE MÊME AU MÊME

Ce mercredi au soir, 6 octobre 1706.

Il m'est, Monsieur, de très grande importance de savoir de vous confi-demment, si c'est par les discours que vous a tenus M. le premier président' sur mon sujet, dans les visites réciproques que vous vous êtes rendues, que vous savez que le public a beaucoup moins besoin d'écouter mes éclaircissements, que d'être convaincu de ma patience'. Autant qu'il me peut être utile d'être informé exactement de ce fait par vous et sans retardement; autant m'est-il indifférent de savoir ceux qui récemment vous ont pu tenir à Bourbon ou ailleurs les discours dont vous avez eu la bonté de m'informer. Faites mettre à la poste pour Paray-le-Monial, par la Pacaudière, un petit billet qui ne soit pas de votre main et qui ne soit pas cacheté de votre cachet, dans lequel vous mettrez simplement, C'est lui, ou, Ce n'est pas lui, ni son fils'.

Cette seconde lettre est un peu moins mal écrite que la première, parce que M. de Certe4 qui me sert à tout, est revenu, qui m'a donné une meilleure plume et du meilleur papier. Je fais dans le moment attention que votre

250 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 octobre 1706

1108 A. LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON

A Vichi, ce 6 octobre 1706.

252 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 novembre 1706

lettre étant datée du lundi 4' de ce mois, et M. le premier président n'étant arrivé à Bourbon que ce même jour, il est difficile que ce puisse être lui ou M. son fils qui vous ait pu fournir ces exemples récents. Plus à vous, Monsieur, s'il est possible, qu'à moi-même.

1109. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai], 12 novembre 1706.

J'ai été ravi, mon bon Duc, de voir en passant M. le vidame. Il est bon, vrai, aimable, et touché de Dieu. Mais il a un besoin infini d'être aidé, sans être trop pressé. Il faut soutenir sa faiblesse, sans le fatiguer. J'aurais bien souhaité de pouvoir être plus longtemps à mon aise avec lui. Mais il vous aura trouvé, et j'espère que vous le déciderez. Nous avons ici depuis quelques jours M. le C[omte] d'Albert', qui est doux, commode, plein de complaisance et d'agrément dans la société. Il paraît s'accommoder avec nous, et je lui dis qu'il est comme Alcibiade, qui savait être austère à Lacédémone, poli et savant à Athènes, magnifique et voluptueux chez les Perses. C'est un esprit doux, insinuant, souple, et qui prend toutes les formes selon les lieux et les personnes. Il sait penser très sérieusement, et sur des principes approfondis. On ne saurait lui dire aucune vérité, qu'il ne se soit dite avec force. Mais la même facilité d'esprit qui le tourne au bien, l'entraîne vers le mal dans le torrent du monde, où il est plongé'. Quand il nous quittera, je le regretterai.

Les Suisses, ou le Roi de Suède, ne pourraient-ils point, ou par leurs intérêts, ou pour la gloire d'une si importante négociation, entreprendre de faire la paix'? Il n'y a pas un moment à perdre. L'hiver s'écoulera bien vite. Il faut tout rétablir. Si l'argent vient tard, on sera surpris par le printemps, et on courra risque de se trouver dans une extrémité où l'on ne pourra faire ni la paix, ni la guerre. La Provence, le Dauphiné, Lion seront exposés aux efforts du duc de Savoie et du prince Eugène. Voilà une très grande frontière presque toute ouverte avec le danger des Huguenots de Dauphiné et des fanatiques des Cévennes, auxquels l'ennemi peut donner la main.

D'ailleurs, M. de Vendosme, qui a plus de vivacité et d'ardeur que d'attention au total des affaires, ne peut souffrir la supériorité des ennemis sur lui. C'est une honte et un dépit personnel. Les ennemis prendront des places très importantes devant lui, pour percer notre frontière et entamer le royaume; ou bien ils l'engageront à une bataille. C'est ce qu'il cherche. S'il la perd, il hasarde la France entière. C'est sur quoi on doit bien délibérer, sans l'abandonner à son impétuosité. Il faudrait un Charles V pour retenir Bertrand du Guesclin. 11 ne s'agit pas de la seule campagne de M. de Ven-dosme, mais de la fortune de l'Etat.

M. de Vendosme est paresseux, inappliqué à tous les détails, croyant toujours tout possible sans discuter les moyens, et consultant peu. Il a de grandes ressources par sa valeur et par son coup-d'oeil qu'on dit être très bon, pour gagner une bataille. Mais il est très capable d'en perdre une par un excès de confiance. Alors que deviendrait-on?

Ayez la bonté de me renvoyer mes cahiers' dans mon portefeuille cacheté, avec une lettre de deux feuilles, qui y est jointe dans le portefeuille, et qui est 15 novembre 1706 TEXTE 253

d'un certain prélat'. Cette lettre est un grand secret, que je ne croyais pas avoir laissé là. Mais ce qui est dans vos mains n'est en aucun danger.

J'ajoute, s'il vous plaît, mille respects pour Madame la Duchesse, presque autant pour Madame la vidame. Pour M. le vidame, beaucoup moins, mais mille tendresses. Il n'y a que vous, mon bon Duc, à qui je ne puis rien dire, sinon, D[ieu] seul soit toutes choses en vous !

1110. A DOM FR. LAMY

A C[ambrai] 15 novembre 1706.

Je ne suis pas encore mort, mon Révérend Père. Ce sera pour une autre fois '. Cependant vous avez encore un fidèle ami, qui vous révère de tout son coeur, et qui le fera toute sa vie. Si j'avais pu vous voir et vous embrasser sur ma route', je n'aurais pas manqué de le faire. Mais je n'ai averti personne, et je n'ai vu en passant que très peu de gens, qui sont venus me chercher sans aucun rendez-vous. D'ailleurs vous êtes homme de communauté, et je sais les grands ménagements qu'il faut avoir pour les particuliers les plus simples, quand ils dépendent de ces grands corps. Il y a près de trois mois que j'ai suspendu ce qui s'appelle étude et travail. Les eaux ne souffrent aucune application de tête, et je sens même encore à présent que la mienne a besoin de n'être pas d'abord dans un grand travail. Si jamais j'avais besoin de retourner à Bourbon, je voudrais bien que quelque légère indisposition déterminât votre médecin à vous y envoyer. Puisque vous avez vu ma Lettre à un évêque', je vous supplie de me mander en toute liberté ce que vous en pensez. C'est avec vénération et tendresse que je suis toujours tout à vous.

Je verrai avec grand plaisir votre ami, quand il viendra en ce pays, et je vous supplie de le remercier pour moi'.

1110 A. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

A Chaulnes, ce 16e novembre 1706.

Quand vous partîtes d'ici, mon cher Archevêque, vous ne me parûtes pas pressé des cahiers que vous me laissâtes. Ainsi au lieu de quitter toute autre occupation que leur lecture, pour les renvoyer deux jours après, je ne les ai examinés que dans les temps où les affaires de ce pays m'ont laissé libre, et je n'ai compté de vous les renvoyer qu'à mon retour de Picquigny. J'en revins hier au soir, et trouvai en arrivant votre lettre du 12e, que M. le duc de Char-rost avait laissée en passant pendant mon absence. Elle m'apprend que vous croyez avoir oublié dans le portefeuille une lettre de certain prélat, etc. Mais je n'y ai trouvé que ce que vous y verrez, c'est-à-dire des feuilles de la dépense de votre maître d'hôtel et deux cahiers qui paraissent être de la deuxième partie de l'ouvrage. J'ai tout feuilleté avec soin à deux reprises différentes depuis votre lettre, et il n'y a sûrement rien que ce que je viens de dire. Aucun papier n'a pu d'ailleurs s'en séparer. Car je n'ai manié le portefeuille qu'avec soin,

254 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 novembre 1706 16 novembre 1706 TEXTE 255

et il a toujours été enfermé sous la clef. Il faut donc que vous ayez mis la lettre dont vous parlez dans un autre portefeuille ou cassette.

Les préjugés me paraissent décisifs et sans réplique', au moins raisonnable. Il y a sans doute à craindre que ce qui y est dit, touchant l'autorité de S. Augustin, ne prévienne contre le corps de l'ouvrage ceux qui ne jurent que par lui, dont le nombre est grand. Mais d'ailleurs ces mêmes choses et tout le reste des préjugés sont d'une telle importance pour établir les principes par lesquels seuls on peut juger sainement sur cette matière, qu'on ôterait le principal ressort de persuasion, si on ne les montrait aux lecteurs qu'à la fin de l'ouvrage.

Depuis le V' préjugé jusqu'au il y a des endroits bien forts pour

diminuer l'autorité de S. Augustin. Ils peuvent, ce me semble, être adoucis en faveur de ceux qui en pourraient être blessés, sans diminuer la force de ce qu'on veut établir.

Il m'a paru que dans le VIII' préjugé certaines choses devaient être tempérées par d'autres pour éviter la contradiction.

Je ne sais si dans la fin du IX' préjugé sur l'Eucharistie, S. Augustin est assez justifié contre les Protestants. Car, quoiqu'il n'en soit pas question dans cet ouvrage, il est bon que ces hérétiques ni aucun autre ne puissent croire que vous ayez quelque doute à cet égard. Vous verrez si vous en dites assez pour cela.

Il y a encore des endroits un peu forts dans le XI' préjugé, où vous concluez avec raison que s'il était vrai que S. Augustin eût enseigné ce que le parti lui attribue, il faudrait abandonner ce saint docteur. Je ne marque ceci, et ce qui précède, qu'en général. Car vous avez tous ces endroits présents.

Du reste ces préjugés montrent clairement que l'autorité du texte de saint Augustin, regardé en lui-même, est bien infirmée par l'obscurité de ce même texte (qui est reconnue nettement de Jansénius même)', par les contradictions de ce saint, si l'on ne tempérait pas quelques-unes de ses expressions pour les accorder avec d'autres, par l'impossibilité de la prétendue contrariété de sa doctrine avec celle de presque tous les autres Pères, qu'on prouve avoir enseigné sur ce point le système anti-janséniste; et cela préparera merveilleusement le lecteur à l'explication qu'on donne ensuite de S. Augustin en exposant ce système', etc.

Enfin les passages de S. Prosper et de l'auteur du traité de la Vocation des Gentils qui sont décisifs pour le sens de S. Augustin en faveur de la grâce générale; les preuves du X I Ile préjugé, qui montrent clairement que ce grand docteur n'a jamais soutenu que l'exemption de simple nécessité, et non celle de contrainte, contre les Manichéens, Stoïciens, astrologues, Cicéron, etc. Et le XI V' préjugé, où l'on démontre, par l'état de la question entre saint

Augustin et les Pélagiens sur le libre arbitre, que le premier n'a jamais soutenu contre eux, ni une grâce nécessitante, ni une liberté qui consistait uni-

quement en ce que la volonté voulait ce qu'elle voulait, mais qu'il convenait

avec eux qu'elle n'est libre qu'en tant qu'elle peut réellement ne pas faire ce qu'elle fait ; tout cela, dis-je, me détermine absolument à souhaiter que vous

donniez dès le commencement de l'ouvrage ces réflexions, qui seules peuvent convaincre les lecteurs désintéressés, de tout ce que vous leur prouvez dans la suite, en sorte que ces dernières preuves achèveront la conviction entière dans des esprits qui auront été si bien préparés. En voilà assez sur ce sujet.

Souvenez-vous, mon bon Archevêque, 1° de prendre de temps en temps les moments nécessaires pour achever l'écrit des preuves de la religion pour les ignorants (dont vous nous avez dit ici la substance)S, et d'y insinuer l'essentiel de cette divine religion, qui est le culte du coeur. Car cela sera d'une utilité infinie. 2° de repasser votre métaphysique, pour achever ce qui manque aux attributs de Dieu', et pour changer ce qu'il faudra par rapport à votre système présent de la liberté'.

Ce que vous me mandez sur le roi de Suède' a déjà été pensé, et peut-être exécuté. Je n'en sais pas l'événement. Pour les Suisses, au moins seuls, ils n'ébranleraient pas ceux qui auraient de la peine à l'être. Je ne réponds rien sur le reste de vos réflexions. Tout en est excellent et trop vrai. Je m'en servirai selon toute l'étendue de mon pouvoir, etc. Dieu veuille que sa justice soit contente et que sa miséricorde lui succède.

Je ne vous répondis qu'en passant dans nos conversations, mon cher Archevêque, sur les questions que vous me fîtes touchant mes dettes présentes et mon bien futur. Car je ne voyais rien à consulter sur cela et je ne voulais pas vous fatiguer de détails inutiles. Mais ce que vous me dites sur la conservation de l'hôtel de Luynes' de Paris, et de Dampierre'', m'est revenu dans l'esprit, et je crois devoir vous expliquer ce qui me portait à m'en défaire dans l'occasion, pour savoir si vous persisterez ensuite dans le même sentiment qui sera ma règle.

J'ai essuyé des longueurs inouïes du conseil de M. le Comte) de Toulouse qui a fait durer quinze mois par des chicanes continuelles l'estimation de Montfort ", qu'on pouvait régler en six semaines et même en quatre jours, si l'on eût voulu trancher entre nos offres réciproques qui n'étaient pas éloignées. L'histoire de cette affaire est curieuse; mais ce n'est pas ce dont il s'agit maintenant. Depuis huit mois, les formalités retardent la consommation de ce qui a été réglé au bout de quinze; et l'on me mande de Paris que tout sera fini dans le mois prochain. Par cette vente, mes dettes seront payées. Il me restera (comme je vous ai dit) 50000 livres de rente au plus, sur quoi mes petits-enfants I' auront à payer 200000 livres à mes filles après moi". Ainsi reste à 40000 livres de rentes. Me de Chevreuse les absorbera par ses reprises; ce qui importe moins, car elle aura soin d'eux '4. Mais après elle, ils n'auront que ce revenu pour quatre. Quelque petite que soit la part des deux filles (si elles ne sont pas religieuses)' S, cette part diminuera celle de leurs frères, en sorte que l'aîné n'aura qu'environ 30000 livres de rente, compris le duché de Luynes (que je ne compte pas dans mon bien ci-dessus marqué, parce que madame de Montfort en jouit pour ses reprises)''. Je sais bien que si je vis quelques années, j'augmenterai considérablement la portion du duc de Luynes. Mais vous savez aussi qu'on ne peut compter sur l'incertitude de la vie". Or dès maintenant en vendant l'hôtel de Luynes, d'une part, pour avoir une maison honnête, comme celle de M. le D. de Beau[villieri", et en me défaisant de Dampierre 19 et Montfort pour acquérir une autre grande terre au denier vingt", comme il s'en trouve à vendre, je gagnerais au moins 20000 livres de rente. Je vendrais aisément l'hôtel de Luynes et Montfort ; Dampierre serait plus difficile, mais non impossible, et d'ailleurs en le gardant, on pourrait en tirer pour des mineurs un revenu approchant de celui que produirait la vente21. Sur tout cela, croyez-vous, mon cher Archevêque, qu'il vaille mieux garder l'hôtel et Montfort que de les vendre dans l'occa-

256 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 novembre 1706

sion, et même Dampierre, pour augmenter le revenu futur du duc de Luynes. Dix années de vie m'ôteraient cette nécessité, mais dans l'incertitude, que me conseilleriez-vous, si l'occasion d'une vente avantageuse se présentait?

Le paiement de mes dettes finissant tout l'embarras de mes affaires, et les enfants qui me restent étant pourvus, ou au moins leurs partages destinés, j'envisage une suite de vie plus tranquille que je ne l'ai eue jusqu'à présent. Je ne la désire point, car à la première vue de ce qui conviendrait à mon goût et à mon humeur, je sens en moi un état de non-vouloir, hors ce que Dieu voudra, qui éteint tout le reste. Mais s'il lui plaît que je sois libre et désoc-cupé, je n'envisage ni étude ni autre application, et tout mon attrait me semble être pour la retraite, le silence devant Dieu, l'abandon, l'intérieur enfin uniquement, dont l'essentiel consiste selon mon sens à écouter et à suivre les mouvements divins en tout ce qui n'est point volonté signifiée. Je ne sais ni pourquoi je ne vous ai point parlé de cela, ni pourquoi je vous en écris. Mais c'est là mon fonds, quoique j'y sois bien infidèle".

Je suivrai la conduite que vous me marquez à l'égard de mon fils. Il est bien différent de l'année passée, et sa femme le remarque sensiblement. Il n'a nul empressement pour Paris et il est ici fort à son aise. Mais surtout, son amour pour la vraie piété, et même pour la prière, semble prendre le dessus".

Pour mon frère, vous le connaissez et dépeignez à merveille. A la légèreté près, tout en serait bon. Je suis bien aise que la garnison de sa compagnie lui donne lieu de vous fréquenter. Car je ne crains pas que votre charité en soit fatiguée.

Votre souvenir pour Me de Chevreuse, son fils et sa belle-fille, leur fait un grand plaisir. Je me suis chargé de vous le témoigner. Vous ne doutez pas des deux premiers. Mais je vous assure que la vidame ne leur cède guère. Je n'ajoute rien pour moi, mon cher Archevêque, tout ce que je dirais serait trop au-dessous de l'union intime que Dieu a mise entre nous. Comme elle est de lui, qu'elle soit à toujours uniquement pour lui.

Si vous avez quelque chose à ajouter aux lettres que vous m'avez laissées, cette voie est sûre et je pars lundi prochain 22e pour aller en un jour à Paris. Le porteur attendra autant que vous voudrez, et il faut mettre au dessus du paquet : à M. Le Passeur, avocat au Parlement, procureur du Roi des traites, à Péronne". C'est mon baillif d'ici dont je suis sûr et qui par cette charge .des traites est à couvert de toute recherche ou visite pour ce qui lui est adressé etc.

J'écris avec une extrême hâte et outre les ratures, je serai sans doute obscur en des endroits. Mais vous connaissez les matières et suppléerez à tout etc.

1111. AU DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai] 18 novembre 1706.

Je vous remercie du fond de mon coeur, mon bon Duc, de m'avoir renvoyé mon portefeuille. Je ne manquerai pas de retoucher les endroits que vous me marquez, pour les adoucir, et pour les proportionner au besoin du lecteur prévenu. Je suis très aise de voir que vous me confirmiez dans la pensée où j'étais, que ces préjugés qui sont décisifs pour un lecteur équitable,

18 novembre 1706 TEXTE 257

préparent l'esprit à la discussion des passages de S. Augustin. Plus on approfondira sans passion, plus on reconnaîtra que le système de ce père est contre ses prétendus disciples'.

Je n'ai garde de vouloir vous donner un conseil positif pour vous empêcher de vendre votre hôtel de Paris. Vous devez supputer exactement avec vos gens d'affaires, craindre de vous flatter, et voir si vous pouvez payer vos dettes, et laisser un bien convenable à vos petits-enfants. Je ne sais point ce qu'on peut espérer ou craindre pour eux de Mad. la D. de Montfort leur mère. Je plains les filles qui n'auront peut-être' aucune envie d'être religieuses, et qui auront beaucoup de peine à se marier selon leur condition sans argent comptant. Mais d'un autre côté, si la mère avait assez de bien et de bonne volonté, pour songer à pourvoir ses filles, M. le D. de Luines3 se marierait bien plus avantageusement avec un si bel hôtel, dans le plus agréable quartier de Paris, quand même il n'aurait d'ailleurs qu'un bien médiocre, pourvu qu'il fût liquide, que s'il avait un peu plus de bien, sans avoir un tel avantage. J'en dis autant de la maison de Dampierre, qui est à la porte de Paris et de Versailles'. De plus, vous savez par expérience qu'on trouve bien des embarras et des longueurs, dès qu'on entreprend de vendre un bien pour en acheter un autre. Vous l'avez déjà fait avec de grands mécomptes. Enfin je doute que vous puissiez faire ces deux ventes aussi avantageusement dans le temps où nous sommes, qu'après la paix. Je croirais donc que vous pourriez songer à payer vos dettes autant que vous le pourriez sur vos revenus. Ce serait autant de fonds mis à couvert pour Mrs vos petits-enfants. Si vous vivez, vous mettrez l'aîné au large. Il aura deux duchés avec des maisons et des terres qui lui faciliteront un grand mariage. Si au contraire vous venez à mourir sans avoir eu le temps de le mettre au large, il pourra vendre dans un meilleur temps ce que vous courriez risque de vendre mal pendant ces temps difficiles. Voilà ma pensée, que je vous propose presque au hasard, ne sachant pas assez toute l'étendue de vos affaires pour me mêler de former un avis.

J'ai été ravi d'apprendre que M. le vidame est tranquille à Chaulnes, sans désirer Paris. C'est un bon commencement. Soutenez-le, occupez-le, appliquez-le à ses devoirs. M. le C[omte] d'Albert' en dit des biens infinis, et paraît l'aimer tendrement. Je lui en sais bon gré. Celui-ci vit céans comme nous, avec une gaîté et une complaisance charmante. Quand il aurait passé sa vie en communauté d'ecclésiastiques, sans avoir jamais vu le monde, il ne pourrait pas être plus accoutumé à nos usages. Il vient de partir pour Mons, et je crois qu'il en reviendra dans cinq ou six jours, après quoi nous vous le prêterons à Paris.

Je vous conjure, mon bon Duc, de dire à la bonne Duchesse' qu'elle doit croître en simplicité par la pratique à mesure que D[ieu] la fait croître en lumière. Il faut qu'elle travaille à laisser tomber ses réflexions, à n'écouter point son imagination vive, et à se rendre fort indulgente pour les défauts d'autrui.

Oserai-je ajouter ici mille choses pour M. et pour Mad. la vidame? Je leur suis parfaitement dévoué.

Pour vous, mon bon Duc, il ne me reste point de paroles.

M. l'ab[bé] de Langeron me presse d'ajouter ici mille respects'.

258 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 novembre 1706 lcr décembre 1706 TEXTE 259

1112. Au P. BONOMO

A Cambray, 26 novembre 1706.

J'ai reçu, mon Révérend Père, avec un vrai plaisir la lettre que vous m'avez fait la grâce de m'écrire. Vous savez combien j'ai ressenti à Bruxelles l'amitié que vous m'y avez témoignée, et votre zèle pour les intérêts de l'Eglise 1. Je dois sur ce fondement vous parler avec confiance sur la proposition que vous me faites. Voici mes réflexions, que je vous prie de considérer.

1° Le Pape n'a jamais donné aucun bref pour dispenser de l'abstinence. 11 a renvoyé la chose aux évêques diocésains des Pays-Bas, suivant la discipline générale. Ce que M. l'archevêque de Malines a fait les années dernières ne doit pas nous servir de règle, quoique j'honore fort la vertu et le mérite de ce prélat. 11 faut venir au fond, et examiner le besoin.

2° Je ne vois point que les troupes qui sont à Mons aient un plus pressant besoin de manger de la viande les samedis, que toutes nos troupes qui sont à Valenciennes, à Tournay, à Condé, au Quesnoy et à Cambray. Toutes nos troupes de ce pays ne demandent à cet égard aucune dispense, et on serait même mal édifié en France que je l'accordasse si facilement ; tant on y respecte une si sainte loi de l'Eglise. En vérité, que serait-ce si j'accordais cette dispense à Mons, sans l'accorder à Valenciennes, ou bien aux Bavarois et aux Wallons, sans l'accorder à nos troupes françaises?

3° Pour le Carême, je l'ai réglé les années dernières' de concert avec Mgr Bussi, très digne internonce apostolique, et il m'a mandé que le S. Père était content de ma conduite à cet égard'. J'ai tâché de contenter les troupes, et de n'abandonner pas néanmoins la loi du Carême, qu'on oublie insensiblement. Le temps de décider pour l'année prochaine est encore éloigné. A chaque jour suffit son mal'. Quand ce temps approchera, je chercherai les tempéraments les plus convenables pour accorder la pénitence avec le besoin des peuples et des troupes. Je ne ferai rien sans consulter les personnes les plus expérimentées et les plus sages du pays'.

4° Il est vrai que dans ce triste temps les peuples et les troupes souffrent. Dieu sait combien je désire leur soulagement. Mais en vérité voici le temps où Dieu nous frappe pour nous humilier et pour nous convertir. Il faudrait multiplier les pénitences pour apaiser Dieu, au lieu de demander à être dispensé des pénitences que l'Eglise impose à tous les fidèles. Il faudrait être dans la cendre et dans le jeûne, comme Ninive, pour détourner de dessus nos têtes la juste colère de Dieu.

5° Je ne doute, mon Révérend Père, ni de votre zèle ni de votre prudence. Ainsi je compte que vous parlerez avec une liberté apostolique, tempérée d'un profond respect, à S[on) Aptessej Eilectorale) de Bavière, pour empêcher certains désordres qui arrivent facilement dans les cours des princes, et

pendant les hivers. Je connais la bonté de coeur, la droiture, la modération de S.A.E. et son respect très sincère pour la religion. Mais il est environné

de tout ce qui flatte les meilleurs princes, et qui les tente si dangereusement d'oublier Dieu. Voici un temps où il faut songer à l'apaiser, et à attirer ses miséricordes'. Je sais que le Roi s'humilie sous sa main toute-puissante, et qu'il pense très sérieusement à obtenir son secours. C'est ce qui fera sa véritable gloire en ce monde, et son salut en l'autre'. Le zèle très sincère que j'ai au fond du coeur pour S.A.E., et ma vive reconnaissance pour les bontés dont il m'a comblé, me font désirer ardemment que les coups dont Dieu l'a frappé miséricordieusement servent aussi à le sanctifier. Les péchés des princes qui sont personnels ne sont que trop grands, sans y ajouter encore ceux qu'ils causent en les autorisant par leur exemple et leur facilité pour autrui. Dieu a la main levée sur nous, et nous ne cherchons qu'à détourner nos yeux. Hâtons-nous de quitter ce qui lui déplaît, et recourons à ce qui peut mériter ses grâces. Oserai-je le dire? la bienséance même le demande. Je ne le dis qu'en secret au seul confesseur du prince, que je connais plein de zèle et de discrétion pour lui. Je ne parle qu'à cause que je suis devenu le pasteur du prince'. Malheur au pasteur mou et timide qui ne parlerait pas dans un si pressant besoin. Je vous supplie donc, mon Révérend Père, de prendre un moment favorable pour insinuer doucement et avec un respect infini ce que je viens de vous représenter. Vous pouvez même montrer en secret ma lettre, si vous le jugez à propos. Je prie tous les jours pour un si bon prince. Je le porte dans mon coeur devant Dieu à l'autel.

Je suis, mon Révérend Père, plein de vénération pour vous, et tout à vous sans réserve.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1113. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

A Cambray, 1 décembre 1706.

J'ai prié M. Leschassier, mon cher neveu, de vouloir bien se charger de l'examen de la vocation et de la conduite des ecclésiastiques de mon diocèse qui se trouveront à Paris, et qui ne pourront pas venir ici recevoir l'ordination, après avoir passé par les épreuves de notre séminaire Comme ces cas-là reviennent assez souvent, j'ai cru, à l'exemple de plusieurs évêques, devoir m'adresser à quelque communauté fixe, dont le supérieur fît en quelque façon à cet égard les deux fonctions de supérieur de séminaire et de vicaire-général. D'ailleurs il m'a paru que je devais me fixer à S. Sulpice. C'est une maison où j'ai été nourri, que ma famille a toujours chérie et révérée, longtemps avant que je fusse au monde. Je connais la piété et l'exactitude qui y règnent'. Quoique je sois depuis longtemps hors de commerce avec eux, je ne puis ni cesser de les estimer, ni m'empêcher de les préférer à toute autre maison pour cet examen. J'ai même envoyé à M. Leschassier le dimissoire pour M. Gaignot`. Ainsi je ne puis plus changer cet engagement. M. Gaignot ne peut s'adresser qu'à M. Leschassier. C'est à lui à prendre ses mesures pour le contenter, comme mon grand-vicaire dans cette fonction. Si M. Leschas-sier décide pour son ordination, je n'examinerai rien après lui, et je croirai sa vocation bien éprouvée, quand il l'enverra pour recevoir les ordres. J'estime et j'honore avec une sincère affection les autres communautés; mais je n'y connais personne, et je ne veux avoir qu'un seul homme d'une piété et d'une sagesse connue, à qui j'adresse ces sortes d'affaires. Je vous conjure, mon cher neveu, de faire entendre tout ceci le plus doucement qu'il vous sera possible, aux personnes qui vous ont parlé. Je ne voudrais jamais que faire

260 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 décembre 1706 14 décembre 1706 TEXTE 261

plaisir; mais il faut suivre quelque ordre, et ne s'en départir pas facilement, quand on a cru avoir de fortes raisons pour l'établir, surtout quand on s'y est déjà engagé.

1114. A Mme ROUJAULT

[5 décembre 17061.

Je ne saurais m'empêcher, Madame, de vous témoigner à quel point j'ai été touché de voir passer ici M. l'abbé Pucelle Je savais à fond, par feu M. de Croisilles 2, combien il est solide et aimable. D'ailleurs je l'avais assez vu, pour reconnaître par ma propre expérience que M. son oncle, qui connaissait si bien les autres hommes, ne se flattait point sur un tel neveu. Mais je vous avoue que le petit nombre d'heures que nous l'avons possédé céans, m'a bien attendri le coeur. J'ai trouvé en lui une capacité rare, des talents qu'il ne songe jamais à montrer, une politesse et une délicatesse infinie, avec des manières simples et commodes. On remarque bientôt en lui que tout y est raison et sentiment. Rien ne lui échappe: il discerne dans les autres ce qu'il y a de meilleur, sans mépriser le bon. En vérité, Madame, c'est un grand dommage qu'un tel homme ne soit pas dans des emplois proportionnés à l'étendue de ses talents. L'estime que vous avez pour lui et l'attachement qu'il a pour vous et pour M. Roujault me font espérer que vous l'attirerez plus d'une fois dans ce pays. En ce cas, je serai ravi d'être son hôte sur sa route et de profiter de son passage. Je compte même que, quand je vous le mènerai à Maubeuge, je prendrai quelque petite part à une société si bien composée. Vous ne sauriez honorer de vos bontés un homme qui les désire plus que moi, ni qui soit avec plus de zèle, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

Cambray 5 décembre 1706.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY. remède. La jalousie la plus grossière et la plus honteuse vous guérira de l'amour-propre le plus raffiné et le plus flatteur. Dites tout. Cédez. Laissez faire D[ieul. Ne vous écoutez point vous-même. Bonsoir, ma chère fille. Je ne m'éloignerai de vous, que quand je manquerai à Dieu qui nous unit intimement en lui.

1116. Au MARQUIS DE BONNEVAL

A Cambray 14 décem. 1706.

Je ressens, Monsieur, plus vivement que je ne saurais vous l'exprimer toutes les marques de l'honneur de votre amitié pour moi, et de votre bonté pour mon neveu'. Il ne peut jamais me faire un plus grand plaisir qu'en travaillant à mériter toutes les choses dont vous le prévenez. J'espère que vous serez content de lui, il le désire, ce me semble, autant qu'il le doit. Je le trouve heureux de pouvoir apprendre son métier sous vous, mais ce qui m'afflige est la situation où vous vous trouvez, et ce qui me la fait encore plus sentir est qu'on ne voit point quand est-ce que vous en serez délivrés'. Comme vous êtes loin de chez vous, Monsieur, et que madame la marquise de Bonneval' peut se trouver dans des embarras imprévus, souffrez que je prenne la liberté de vous offrir tout ce qui dépend de moi. Vous n'avez que deux mots à écrire sans façon, je vous enverrai d'abord une lettre de change ou de crédit pour Milan', ou pour quelque autre ville de ce pays-là. Rien ne pourrait me toucher plus agréablement le coeur que cette preuve de votre confiance. Vous ne sauriez, Monsieur mon cher cousin, avoir aucun parent qui vous honore, qui vous aime plus que moi, et qui soit avec plus d'attachement pour toute la vie votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Oserais-je, Madame, prendre la liberté de mettre sous votre protection auprès de M. Roujault le nommé Lorrain', chirurgien aide-major de l'hôpital de Charleroi: il m'est fortement recommandé par des personnes à qui je dois de grands égards. 1117. A MICHEL CHAMILLART 20 décembre 1706.

1115. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi 13 décembre 1706.

-Souffrez-vous vous-même, et ce sera faire beaucoup. L'ulcère découvert est moins dangereux. Rien n'est plus terrible qu'un venin rentré. J'espère que celui qui vous a fait parler vous délivrera, si vous le laissez faire. O que vous avez besoin d'être jalouse! La jalousie est le remède spécifique contre un amour-propre qui se parait d'une merveilleuse délicatesse sur le désintéressement et sur la générosité. On est heureux quand le poison se tourne en

La lettre que vous avez écrite à notre clergé pour le presser de payer les 15000 livres d'une demi-année de sa capitation dont le terme échoira au premier jour de l'an, est venue fort à propos. Nous avions grand besoin de cette lettre, dont j'ai envoyé des lettres de tous côtés, pour exciter nos bénéficiers, dans un temps où les paiements leur deviennent de plus en plus difficiles et presque impossibles. Nous souffrons par le grand dégât que les troupes françaises', aussi bien que celles des ennemis, ont fait sur nos terres; d'ailleurs nous ne jouissons point de nos biens situés dans les pays espagnols, dont les ennemis se sont emparés et on compte qu'ils demeureront enfin confisqués'. De plus le blé qui est l'unique ressource de ce pays, a été réduit par les entrepreneurs du Roi à un si vil prix qu'on ne voit presque plus d'argent sur cette frontière. Tous nos fermiers sont si chargés par les impôts, par les pionniers, etc. qu'on leur demande, que nous ne savons plus comment nous faire payer

.. • •••••-.•

262 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 décembre 1706

par eux. Enfin tout le pays craint une ruine entière si, après avoir fait les lignes pendant l'hiver, on les laisse sans troupes pendant la campagne prochaine; car en ce cas les ennemis pourront, faute de contribution, venir en un jour brûler toutes nos fermes, ou nous faire du moins payer les arrérages de toute la guerre. J'espère néanmoins que notre clergé, malgré tant d'obstacles, fera encore un effort pour payer sa capitation; je ne néglige rien pour le presser sur votre lettre. Quoique je perde beaucoup à Bruxelles, à Ath, aux environs de Mons et de Condé, je serai néanmoins toujours prêt, non seulement à donner l'exemple pour la capitation, mais encore à sacrifier tous les revenus de cet archevêché pour le service du Roi.

1118. A FRANÇOIS LESCHASSIER

A Cambrai] 20 décembre 1706.

Je n'ai pas eu, Monsieur, la moindre pensée de vous donner aucun embarras pour les sujets de mon diocèse qui ne demeurent pas dans votre séminaire'. Je connais trop l'esprit de votre maison depuis le temps de feu M. Tronson, pour ne savoir pas que vous êtes absolument renfermé dans vos fonctions du dedans sans vous charger du dehors. Il y aurait de l'indiscrétion à vous demander des soins au-delà de ces bornes. Mais comme je ne connais point l'état présent des autres séminaires, et que je compte que l'esprit du vôtre n'est point changé, je suis bien aise de ne donner des dimissoires pour l'ordination à nos diocésains, qu'après qu'ils auront été éprouvés chez vous, s'ils demeurent à Paris. Voilà, Monsieur, l'unique chose que je vous demande. Elle se réduit à votre fonction de supérieur, sans y ajouter le moindre embarras. C'est avec estime et vénération pour votre maison et pour votre personne, que je suis toujours, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1119. A LOUIS DU FAURE DE CARIGNAN'

A C[ambrai] 21 décembre 1706.

Je suis très éloigné, mon cher Abbé, de vouloir diminuer la haute idée que vous avez de feu M. l'évêque de Tournay2. Je révère trop sa mémoire, pour n'être pas ravi de voir le zèle avec lequel vous voulez la défendre. Mais permettez-moi de vous dire que l'on peut, dans la liberté d'une conversation particulière', dire simplement de l'homme qu'on estime le plus, à un de ses meilleurs amis, qu'il semble qu'il s'est trompé en quelque point, quoique d'ailleurs on ne doute ni de sa capacité, ni de sa parfaite soumission à l'Eglise. Les exemples des plus savants et des plus saints d'entre les pères de l'Eglise, que vous citez vous-même, montrent assez ce que je dis.

Quand ce prélat disait que la doctrine de la grâce efficace paraissait à la raison humaine évidemment la même que celle des cinq Propositions, il 21 décembre 1706 TEXTE 263

était impossible qu'il voulût parler de la grâce qui ne serait efficace qu'au sens du P. Thomassin4, comme vous pencheriez à le croire. En voici la preuve.

La grâce efficace du P. Thomassin n'est que moralement efficace par le concours des circonstances tant intérieures qu'extérieures. Or la grâce efficace entendue de cette façon se réduit évidemment à la grâce congrue et à ce que le parti nomme molinisme. Il est clair comme le jour que la grâce efficace réduite à cette notion est absolument opposée à la doctrine des cinq Propositions. Ce serait faire injure à feu M. l'évêque de Tournay, que de supposer qu'il ait jamais pu penser que cette grâce efficace, dans le sens moliniste, soit, selon l'évidence humaine, la doctrine des cinq Propositions. Un prélat si éclairé n'a pas pu s'empêcher de voir du premier coup-d'oeil, que ces deux choses sont aussi manifestement opposées que la nuit et le jour. Quelle sera donc cette grâce efficace, qu'il paraissait à ce prélat que la raison humaine ne pouvait point distinguer de la doctrine des cinq Propositions? Ce ne peut être que celle du parti de Jansénius, sur laquelle le parti même disait au pape Innocent X que les cinq Propositions étaient conjointes avec la proposition de la grâce efficace par un lien inviolable et indissoluble'. Il est évident que la grâce efficace par elle-même, prise dans le sens d'une délectation prévenante et indélibérée, qui détermine inévitablement et invinciblement nos volontés6, qui n'est point laissée' au libre arbitre pour consentir ou pour dis-sentir, et à laquelle les volontés des hommes ne peuvent pas même résister', est évidemment la doctrine des cinq Propositions. Si vous ajoutez que cette délectation, qu'il est nécessaire que la volonté suive (secundum id operemur necesse est)9, est le secours quo dont parle S. Augustin, et que c'est l'unique

grâce intérieure et actuelle de l'état présent vous achevez de rendre le

système des cinq Propositions complet et si manifeste qu'il saute aux yeux. Dès qu'on admet cette délectation, qui détermine inévitablement et invinciblement nos volontés, parce qu'il est nécessaire que nous voulions ce qui nous délecte le plus, il faut avouer de bonne foi que les cinq Propositions non seulement sont pures et correctes, mais encore qu'elles expriment la doctrine de S. Augustin dans les termes les plus modérés. Ainsi il est naturel de penser que M. de Tournay, qui avait passé sa vie à être ami de ceux qui soutenaient le parti ", a cru, d'un côté, que cette délectation invincible au libre arbitre était la grâce efficace de S. Augustin approuvé par toute l'Eglise, et de l'autre côté que les cinq Propositions étant condamnées comme hérétiques, elles devaient avoir quelque différence mystérieuse et impénétrable d'avec cette grâce efficace, ou invincible, puisque l'Eglise condamne l'une de ces deux choses et approuve l'autre. Mais il n'est nullement naturel de penser qu'il ait cru que les cinq Propositions paraissent évidemment renfermées dans la grâce efficace, prise selon' le sens moliniste. Ce que je propose doit, ce me semble, être confirmé par la condamnation qui fut faite à Rome l'an 1654 de tous les livres faits pour la défense de la cause de Jansénius. On y trouve entr'autres la Lettre pastorale de Mgr l'archevêque de Sens, pour la publication de la constitution d'Innocent X, et l'Ordonnance de Mgr l'évêque de Cornminges, faite dans le synode diocésain de Comminges, le 9 d'octobre 1653, pour le même sujet. Cette condamnation faite à Rome avec tant d'éclat doit être fondée sur quelque apparence de conformité de l'Ordonnance avec la doctrine de Jansénius dont il s'agissait alors uniquement, surtout cette

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264 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 décembre 1706 29 décembre 1706 TEXTE 265

Ordonnance étant mise à Rome au nombre des livres qui favorisent ce novateur ". Depuis cette condamnation M. l'évêque de Comminges parut encore avec M. l'archevêque de Sens son intime ami, résister ouvertement aux délibérations des assemblées du clergé de France, et ils paraissaient tous deux craindre que la condamnation de Jansénius n'enveloppât celle de la doctrine de S. Augustin sur la grâce efficace opposée au molinisme. Mais enfin ils renoncèrent aux actes de protestations qu'ils avaient faits; et le P. Gerbe-ron ' s, en racontant ce fait dans son Histoire, les accuse d'avoir trahi par faiblesse la cause des disciples de S. Augustin, qu'ils avaient d'abord généreusement soutenue. A Dieu ne plaise, mon cher Abbé, que je rapporte tout ceci pour réveiller ce qui peut faire quelque peine aux amis d'un si grand prélat ! Je ne rapporte ceci que pour vous, et uniquement pour répondre à votre difficulté. l'Otites ces circonstances font assez voir quelle était cette grâce efficace, qu'il était impossible, selon lui, à la raison humaine de distinguer jamais de la doctrine des cinq Propositions.

II ne me reste qu'à vous représenter que je me suis borné à vous dire dans une conversation libre', et comme à l'ami intime de ce très vénérable prélat, qu'il avait donné au parti un avantage qu'il ne convient pas de lui donner, en disant que les cinq Propositions paraissent évidemment, non seulement semblables, mais encore identiques avec le dogme de la grâce efficace, que ce prélat regardait comme la foi de toute l'Eglise. Que dirait-on, si un théologien soutenait que le dogme des Ariens contre la divinité de Jésus-Christ, paraît évidemment identique avec le dogme de l'Eglise touchant ce point? Que penserait-on d'un théologien qui soutiendrait que l'absence réelle des Protestants paraît évidemment identique avec le dogme de l'Eglise sur l'Eucharistie? En vain ces deux théologiens ajouteraient qu'il faut néanmoins supposer aveuglément entre ces choses une différence mystérieuse et impénétrable. L'Eglise s'attacherait sans doute à vouloir que ces théologiens reçussent les notions précises et distinctes des deux dogmes, par lesquels elle distingue sa doctrine d'avec celle des Ariens et des Protestants. Tout de même il est naturel que l'Eglise veuille qu'on reçoive les notions précises et distinctes, par lesquelles elle distingue une certaine efficacité de la grâce, qu'elle enseigne comme révélée, d'avec cette autre efficacité imaginaire qui est identique avec les cinq Propositions. Autrement le parti dira toujours d'une manière spécieuse et éblouissante qu'on ne fait tant de bruit contre une hérésie chimérique que pour forcer les disciples de S. Augustin à condamner, sous de certains termes, la même doctrine que l'Eglise elle-même autorise sous d'autres termes équivalents.

Au reste, mon cher Abbé, il est inutile de dire que l'accord de la grâce efficace avec le libre arbitre est le mystère impénétrable sur lequel S. Augustin, après saint Paul, s'écrie: O profondeur des richesses!" etc. 11 est inutile d'en conclure que M. de Tournay a pu croire qu'il est impossible d'entendre comment est-ce qu'une grâce inévitable et invincible au libre arbitre ", qui est donnée comme l'unique grâce de l'état présent, n'est pas identique avec les cinq Propositions. 1° L'accord de la grâce efficace avec le libre arbitre n'est point la difficulté sur laquelle S. Augustin, après S. Paul, s'écrie: 0 profondeur!. Il y a une extrême différence entre ces deux questions, l'une de savoir pourquoi Dieu a une prédilection pour Pierre, qu'il prédestine à recevoir la grâce efficace, pendant qu'il ne la donne point à Paul. L'autre de savoir comment cette grâce efficace ne blesse point notre liberté. La première de ces deux questions regarde la seule volonté de Dieu. La seconde regarde la manière dont la grâce incline le coeur de l'homme sans le nécessiter. C'est uniquement pour la première question de la prédilection de D[ieu], que S. Augustin, après S. Paul, s'écrie: O profondeur'9! Quant à la seconde question, de la manière dont la grâce incline les coeurs sans blesser la liberté, S. Augustin n'y applique jamais l'exclamation de l'apôtre: O profondeur! etc. Tout au contraire, il dit seulement que peu d'hommes peuvent pénétrer cette question par leur intelligence", et que cette question est intelligible à peu d'hommes'. Or il est manifeste que ce qui est pénétré par l'intelligence de quelques hommes, quoique en petit nombre, n'est point cette profondeur impénétrable dont parle l'Apôtre. 2° S. Augustin dit sans cesse que la grâce est bien éloignée d'ôter à l'homme la liberté, puisque c'est elle au contraire qui la lui rend, et qu'en délivrant l'arbitre de la concupiscence qui le tenait captif, elle le rétablit en sa place. Ainsi, selon ce père, la grâce par sa propre opération ne fait que délivrer l'arbitre captif de la concupiscence, sans le mettre dans une autre nécessité semblable, et en se bornant à lui rendre son équilibre ou indifférence active; après quoi, étant ainsi délivré par pure grâce, il choisit lui-même, étant laissé dans la main de son conseil. 3° Si vous demandez comment Dieu s'assure que Pierre voudra le bien, persévérera, et sera sauvé, quoique Paul ne le soit pas; S. Augustin ne répond point, par rapport à la manière dont Dieu s'assure de l'événement, O profondeur! etc. Il dit seulement : Je ne vois point, si ce n'est par la prescience, comme il a été dit, etc." Ainsi la prescience est la clef et le dénouement de S. Augustin, pour expliquer comment Dieu s'assure qu'une grâce, qui n'est point invincible au libre arbitre, le persuadera néanmoins infailliblement. Il est vrai que la plupart des hommes s'embrouillent sur cette prescience, et ne peuvent point pénétrer par leur intelligence comment elle ne nécessite pas nos volontés. Cicéron même, ce génie sublime, ne l'a jamais pu comprendre, et a pris le parti de nier la prescience de Dieu, de peur de blesser la liberté des hommes".

Je ne puis vous exprimer, mon cher Abbé, combien je révère la mémoire de votre prélat, et avec quelle cordialité je serai tout à vous jusqu'au dernier soupir.

1120. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai] 29 décembre 1706.

Je ne saurais, mon bon Duc, me souvenir de notre séjour de Chaulnes, sans en avoir le coeur bien attendri'. O que je vous aime, et que je vous veux tout hors de vous-même en Dieu seul! J'ai achevé l'ouvrage sur S. Augustin, mais je le laisserai dormir dans mon portefeuille jusqu'à ce qu'il soit temps de le publier. Plus j'examine le texte de ce père, plus il me paraît évident que ce système l'explique tout entier, et que l'autre n'est qu'un amas d'absurdités et de contradictions.

Je souhaite de tout mon coeur que M. le vidame s'affermisse dans le bien, et qu'il rompe tous les liens qui l'ont privé de la liberté des enfants de Dieu.

266 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 janvier 1707

J'ai été fort aise de voir combien M. le C. d'Albert l'aime et l'estime. Je m'en réjouis pour tous les deux. Je prends plaisir à voir que M. le C. d'Albert sait estimer et aimer ce qui mérite d'être aimé et estimé. Pour Mad. la vidame, je ne saurais oublier ce que j'en ai vu à Chaulnes. Il m'y a paru du fonds d'esprit, de la noblesse des sentiments, de la raison, du goût, et une certaine force, qui est rare dans son sexe. Je prie Dieu qu'il la subjugue, qu'il la rende bonne, petite, docile et souple à ses volontés. Mais c'est un ouvrage que la main de l'homme ne fera point, et que celle de Dieu même ne fait qu'insensiblement. Il n'y faut toucher non plus qu'à l'arche. Il suffit de lui donner bon exemple, et de lui montrer une piété simple, aimable, et sans rigueur scrupuleuse sur les minuties. Il faut qu'elle voie, dans les personnes qui doivent lui servir de modèle, une justice exacte avec une charité délicate pour le prochain, l'horreur de la critique et de la moquerie, le support des défauts du prochain, l'attention à ses bonnes qualités, le renoncement à toute hauteur et à tout artifice, la vraie noblesse, qui consiste à être sans ambition et à remplir les vraies bienséances de son état par pure fidélité, enfin le mépris de cette vie, le recueillement, le courage à porter ses croix, avec une conduite unie, commode, sociable, et gaie sans dissipation. Une personne bien née, et qui a quelque principe de religion, ne saurait voir et entendre à toute heure et tous les jours de la vie de si bonnes choses, sans en être touchée un peu plus tôt ou un peu plus tard. Je ne saurais rien dire ici pour notre bonne Duchesse. Elle est bonne et elle a fait du progrès, car elle entend bien plus distinctement et d'une manière bien plus lumineuse pour la pratique ce qu'elle n'entendait qu'à demi autrefois. Mais il faut qu'elle devienne encore meilleure. Qu'elle ne s'écoute point: qu'elle se défie de sa vertu haute et rigoureuse. Qu'elle apprenne quelle est la vertu et l'étendue de ces paroles: Je veux la miséricorde et non le sacrifice'. Quand elle sera devenue petite au dedans, elle sera compatissante et condescendante au dehors. Il n'y a que l'imperfection qui exige la perfection avec âpreté. Plus on est parfait, plus on supporte l'imperfection de son prochain, sans la flatter. O mon bon Duc, que j'aurai de joie quand je pourrai vous revoir!

1121. A LA DUCHESSE DOUAIRIÈRE DE MORTEMART

A Cambray, 9 janvier 1707.

Nous apprenons chaque jour, ma bonne D[uchesse], que vous ne cessez point de souffrir. J'en ai une véritable peine et je crains les suites de cet état de souffrance si longue. D'ailleurs je suis ravi d'apprendre que M. le D[uc] de M[ortemart] fait bien vers vous et vers le public', et que la jeune duchesse est en meilleur train. Vous ne sauriez user de trop grande patience avec elle en-deçà de la flatterie, car je suis fort tenté de croire que la vivacité de son imagination, son habitude de se livrer aux romans de son amour-propre, et la médiocrité de son fonds pour résister à toutes ces difficultés, ne la mette souvent dans une espèce d'impuissance d'aller jusqu'au but'. Il me paraît bien plus important de ne rien forcer et de n'altérer pas la confiance en vous, que de presser la correction de ses défauts. Il faut suivre pas à pas la grâce, et se contenter de tirer peu à peu des âmes ce qu'elles donnent. Pour M. le

9 janvier 1707 TEXTE 267

D[uc] de Mortemart, on assure qu'il se conduit bien, et il m'a paru que M. le D[uc] de S. Aignan' estime sa conduite. Il loue même la noblesse de ses sentiments, et le fait d'une façon que je crois sincère'. Je souhaite que vous soyez soulagée pour l'embarras et pour la dépense sur votre table. Vous avez besoin de mettre un bon ordre à vos affaires. Mais puisque M. votre fils fait bien, je crois que vous ne voudrez montrer au public ni séparation, ni changement qui puisse faire penser que vous n'êtes pas contentes. Mandez-moi, quand vous le pourrez, en quel état il est avec M. le D[uc] de Beauvillier, et ce qu'il y a à espérer sur la charge'.

Je crois vous devoir dire en secret ce qui m'est revenu par une voie digne d'attention. On prétend que Leschelle' entre dans la direction de sa nièce et de quelques autres personnes, indépendamment de son frère l'abbé', qui était d'abord leur directeur; qu'il leur donne des lectures trop avancées et au-dessus de leur portée; qu'il leur fait lire entr'autres les écrits de N.9, que ces personnes ne sont nullement capables d'entendre ni de lire avec fruit. Je vous dirai là-dessus que, pour me défier de ma sagesse, je crois devoir me borner à vous proposer d'écrire à l'auteur, afin qu'il examine l'usage qu'on doit faire des écrits qu'il a laissés. N'y en a-t-il point trop de copies? ne les communique-t-on point trop facilement? chacun ne se mêle-t-il point de décider pour les communiquer comme il le juge à propos, quoiqu'il ne soit peut-être pas assez avancé pour faire cette décision? Je ne sais point ce qui se passe; ainsi je ne blâme aucun de nos amis 10. Mais en général je voudrais qu'ils eussent là-dessus une règle de l'auteur lui-même qui les retînt.

Il y a dans ces écrits un grand nombre de choses excellentes pour la plupart des âmes qui ont quelque intérieur; mais il y en a beaucoup, qui étant les meilleures de toutes pour les personnes d'un certain attrait et d'un certain degré, sont capables de causer de l'illusion ou du scandale en beaucoup d'autres, qui en feront une lecture prématurée. Je voudrais que la personne en question vous écrivît deux mots de ses intentions là-dessus, afin qu'ensuite nous pussions, sans la citer, faire suivre la règle qu'elle aura marquée. Je n'avais point encore reçu l'avis qui regarde Leschelle, quand il est parti d'ici. Vous saurez qu'il est capable d'agir par enthousiasme, et que naturellement il est indocile. Vous pouvez facilement découvrir le fond de tout cela, et le redresser s'il en a besoin. Il importe aussi de bien prendre garde à son frère, qui a été trompé plusieurs fois. Il veut trop trouver de l'extraordinaire. Il a mis ses lectures en la place de l'expérience; son imagination n'est ni moins vive, ni moins raide que celle de Leschelle.

Bon soir, ma bonne Duchesse; ménagez votre santé, et croyez que je ne fus jamais à vous au point que j'y suis.

M. Quinot " a dit à M. Provenchères 'que le cardinal de Noailles lui avait témoigné les plus belles choses du monde pour moi, jusqu'à faire entendre qu'il serait venu me voir à la Villette", s'il eût cru les choses bien disposées de ma part. Il ajoutait que ce cardinal voulait le loger chez lui, mais qu'il ne voulait pas le faire sans mon conseil. Pour ce qui est du premier article, voyez, ma bonne Duchesse, s'il n'est pas à propos que vous lui disiez que je suis très éloigné d'avoir le coeur malade contre M. le Card. de N[oailles]; que je voudrais, au contraire, être à portée de lui témoigner tous les sentiments convenables; mais que je ne crois pas devoir faire des avances, qui feraient croire au monde que je me reconnais coupable de tout ce qu'on m'a imputé,

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268 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 janvier 1707

et que j'ai quelque démangeaison de me raccrocher à la cour. Le bon M. Qui-not disait qu'il n'avait pas trouvé, ni en vous ni en M. le D[uc] de Beauvillier, de facilité pour ce raccommodement. Ainsi je serais bien aise que vous fussiez déchargés l'un et l'autre à cet égard-là. Ayez la bonté de dire tout ce qui doit édifier touchant la disposition du coeur, sans engager aucune négociation.

Quant à l'offre de M. le Card. de N[oailles], de loger M. Quinot chez lui, M. Quinot n'a qu'à l'accepter si elle lui convient. Je ne saurais lui donner un conseil là-dessus; car je ne sais ni les commodités qu'il en tirerait, ni les engagements où cela le pourrait mettre, ni le degré de confiance qu'on lui donne, ni le désir qu'on a de l'avoir, ni le bien qu'il serait à portée de faire dans cette situation. Ainsi c'est à lui à prendre son parti sur les choses qu'il voit et que je ne vois point. Mais ce qui est très assuré, c'est que s'il va demeurer chez M. le Card. de N[oailles], je ne l'en considérerai pas moins, et ne compterai pas moins sur son amitié pour moi. Cette démarche, s'il la fait, ne me causera aucune peine. Je n'en ai aucune contre le cardinal même, encore moins contre un très bon ecclésiastique que je crois plein d'affection pour moi, et qui peut très facilement loger chez ce cardinal, avec un grand attachement pour lui, sans blesser celui qu'il a pour moi. En un mot, c'est à lui à examiner ce qui lui convient. Pour moi tout est bon, et sa demeure dans cette maison ne me sera ni pénible ni suspecte. Je crois même que M. le D[uc] de Beauvillier ne doit nullement être peiné que M. Quinot prenne ce parti, s'il y trouve quelque commodité, ou quelque bien à faire pour l'Eglise.

1122. AU COMTE JÉRÔME DE CHAMILLART'

A Cambray, 10 janvier 1707.

Les choses obligeantes dont vous m'avez comblé, Monsieur, pendant notre séjour de Bourbon, ne me permettent pas d'être jamais indifférent pour ce qui vous touche. Recevez donc, je vous supplie, un compliment, qui ne vient que du coeur tout seul, sur la survivance accordée à monsieur votre frère pour monsieur votre neveu'. Je souhaite au fils, pour la satisfaction du père et pour le bien public, ce caractère d'honneur, de probité, de franchise, de douceur, de bonté et de religion sincère, qui paraît comme héréditaire dans votre maison. Je me souviens avec édification des vertus de messieurs vos oncles'. Tout ce que j'ai remarqué en vous, Monsieur, de vertueux et d'aimable ne s'effacera jamais de mon esprit. Je prie Dieu qu'il vous conserve, et qu'il vous conduise comme par la main, pas à pas, dans les emplois auxquels il vous destine. Je serai toute ma vie plein de zèle pour mériter l'honneur de votre amitié; et personne ne peut être plus fortement que moi, Monsieur, votre, etc.

20 janvier 1707 TEXTE 269

p.m. A MADAME ROUJAULT

20 janvier 1707.

[Texte disparu].

1123. A MICHEL CHAMILLART

[26 janvier 1707].

Monsieur,

Je ne puis me dispenser de vous représenter les plaintes d'un grand nombre de curés de ce diocèse, qui m'ont donné une requête dans les formes. Ils disent que dans la dernière campagne nos troupes ont traité avec une étrange inhumanité les personnes des curés, et ont ravagé les maisons pastorales'. C'est, disent-ils, une licence qui n'avait jamais été tolérée dans les troupes. En effet, Monsieur, je me souviens que le Roi ayant su les désordres que les troupes avaient faits contre les curés de cette frontière l'an 1696, Sa Majesté donna des ordres très rigoureux qui furent aussitôt exécutés par des punitions exemplaires. Je ne saurais douter que la piété du Roi ne lui inspire le même zèle pour réprimer cette licence qu'on assure être incomparablement plus grande qu'en ce temps-là. Rien n'est plus propre à attirer la bénédiction de Dieu sur les armes de Sa Majesté, que le soin de protéger les pasteurs de l'Eglise; faute de quoi ils abandonneraient leurs fonctions, et les peuples demeureraient privés des sacrements. Il importe même beaucoup pour attacher les peuples à la domination de France, dans ce pays, qu'on y voie l'Eglise protégée, et la religion exercée librement au milieu de la guerre. J'espère que Sa Majesté donnera les ordres nécessaires pour faire cesser ce désordre'. C'est avec le zèle le plus sincère que je suis, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

A Cambray 26 janvier 1707.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1123 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles le ler février 1707.

Monsieur,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 du mois passé en réponse de la mienne du 18 concernant les précautions auxquelles on devait se restreindre à l'égard des mariages des veuves de soldats; elle ne vous a point, Monsieur, été adressée en particulier, mais à tous les évêques en général pour prévenir les difficultés qui pourraient naître sur cette matière

270 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ter février 1707

dans leurs diocèses; c'est celui de Nevers qui a donné lieu à cette circulaire en envoyant la consultation d'un curé. Je ne crois pas que vous ayez rien trouvé dans ce que je vous ai mandé qui ne tende à faire des mariages solides; je serais bien fâché d'avoir pu contribuer en aucune manière à autoriser ceux qui sont contraires aux lois de l'Eglise. Je me flatte même que vous me rendez assez de justice pour en être persuadé. Je suis...

1123 B. GUY DE SÈVE DE ROCHECHOUART A FÉNELON

Del février 17071.

Oserais-je, Monseigneur, vous demander quelle est la pratique que vous suivez, et quel est l'usage que vous avez trouvé dans votre diocèse, au sujet de la lecture de l'Ecriture sainte, et particulièrement du nouveau Testament, en langue vulgaire'?

Je suis, Monseigneur, avec bien du respect, votre...

Le 1" février 1707.

GUY, ÉVÊQUE D'ARRAS.

1124. A G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART

[Février 1707?].

Puisque vous souhaitez, Monseigneur, que je vous dise ma pensée sur la lecture du texte sacré pour les laïques, je vais le faire avec toute la vénération et toute la déférence que vous méritez.

I. Je crois qu'on' s'est donné en nos jours une peine inutile pour prouver ce qui est incontestable, savoir que les laïques lisaient les saintes Ecritures dans les premiers siècles de l'Eglise. Pour s'en convaincre il ne faut qu'ouvrir les livres de S. Chrysostome. Il dit par exemple dans sa Préface sur l'Epître aux Romains, qu'il ressent une vive douleur, de ce que beaucoup de fidèles n'entendent pas saint Paul comme il le faudrait, et de ce que l'ignorance de quelques-uns va jusqu'à ne savoir pas le nombre de ses épîtres. Il ajoute que ce désordre vient de ce qu'ils ne veulent pas avoir assidûment ses écrits dans leurs mains. Il ajoute que l'ignorance des saintes Ecritures est la source de la contagion des hérésies, et de la négligence dans les moeurs. Ceux, dit-il, qui ne tournent pas les yeux vers les rayons des Ecritures, tombent nécessairement dans des erreurs et dans des fautes fréquentes'. Tout ce discours regarde les laïques qui écoutaient les sermons de ce Père. S. Jérôme parlant à Lreta sur l'éducation de sa petite fille', dit que quand cette enfant commencera à être un peu plus grande, il faut que ses parents ne la trouvent que dans le sanctuaire des Ecritures, consultant les prophètes et les apôtres sur ses noces spirituelles. Il ajoute: Qu'elle vous rapporte tous les jours son ouvrage réglé, qui sera un recueil des fleurs de l'Ecriture. Qu'elle apprenne le nombre des versets grecs, et qu'ensuite elle s'instruise sur l'édition latine. Il veut que cette

Février 1707? TEXTE 271

jeune fille aime les livres sacrés au lieu des pierreries et des étoffes de soie;... qu'elle apprenne les psaumes;... qu'elle s'instruise dans les Proverbes de Salomon sur la règle de la vie. Qu'elle s'accoutume dans l'Ecclésiaste à fouler aux pieds les choses mondaines, que dans le livre de Job elle suive les exemples de courage et de patience; qu'elle passe aux Evangiles pour ne les laisser jamais sortir de ses mains, qu'elle se remplisse avec une' ardente soif des Actes des Apôtres et de leurs Épîtres;... qu'elle apprenne par coeur les prophètes, les sept premiers livres de l'Ecriture, ceux des Rois et des Paralipomènes, avec ceux d'Esdras et d'Esther; qu'elle n'apprenne qu'à la fin et sans péril le Cantique des Cantiques, de peur que si elle le lisait au commencement, elle ne fût blessée, ne comprenant pas sous ces paroles charnelles le cantique des noces spirituelles de l'Epoux sacré. Il est visible que S. Jérôme ne prétendait point violer par ce plan d'éducation la discipline de l'Eglise de son temps, et qu'au contraire il ne faisait que suivre dans ce plan l'usage universel pour l'éducation des filles chrétiennes. Que si ce Père voulait qu'une très jeune fille apprît ainsi toutes les saintes Ecritures, et les sût presque toutes par coeur, que ne doit-on pas conclure pour tous les hommes d'un âge mûr, et pour toutes les femmes d'une piété et d'une discrétion déjà éprouvées? D'ailleurs en ces temps-là les saintes Ecritures, et même toute la liturgie étaient en langue vulgaire. Tout l'Occident entendait le latin dans lequel il avait l'ancienne version de la Bible, que S. Aug[ustin] nomme la vieille Italique. L'Occident avait aussi la liturgie dans la même langue, qui était celle de tout le peuple. Pour l'Orient c'était la même chose. Tous les peuples y parlaient le grec. Ils entendaient la version des Septante, et la liturgie grecque, comme nos peuples entendraient une version française. Ainsi sans entrer dans aucune question de critique, il est plus clair que le jour que tout le peuple avait dans sa langue naturelle la Bible et la liturgie; qu'on faisait lire la Bible aux enfants pour les bien élever; que les saints pasteurs leur expliquaient de suite dans leurs sermons les livres entiers de l'Ecriture; que ce texte était très familier aux peuples; qu'on les exhortait à le lire continuellement; qu'on les blâmait d'en négliger la lecture; enfin qu'on regardait cette négligence comme la source des hérésies et du relâchement des moeurs. Voilà ce qu'on n'avait aucun besoin de prouver, parce qu'il est clair dans les monuments de l'antiquité'.

II. D'un autre côté, Monseigneur, on ne saurait nier que l'Eglise qui usait d'une si grande économie pour ne découvrir que peu à peu' le secret des mystères de la foi, de la forme des sacrements, etc., aux catéchumènes, n'usât aussi par le même esprit d'une économie proportionnée aux besoins, pour faire lire l'Ecriture aux néophytes, ou aux jeunes personnes qui étaient encore tendres dans la foi'. Les Juifs avaient donné l'exemple d'une si nécessaire méthode lorsqu'ils ne permettaient la lecture du commencement de la Genèse, de certains endroits d'Ezéchiel, et du Cantique des Cantiques, que quand on était parvenu à un âge mûr'. Nous venons de voir que S. Jérôme gardait aussi une méthode ou économie pour donner à la jeune Lœta d'abord certains livres, et ensuite quelques autres, et que le Cantique des Cantiques devait être donné le dernier, parce que les paroles charnelles, sous lesquelles le mystère des noces sacrées de l'âme avec l'Epoux était caché, auraient pu blesser son coeur, si on les lui avait confiées avant qu'elle eût fait un certain progrès dans la simplicité de la foi et dans les vertus intérieures.

272 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Février 1707?

Ainsi, d'un côté, l'Ecriture était donnée à tous les fidèles. De l'autre, elle n'était néanmoins donnée à chacun qu'à proportion de son besoin et de son progrès.

111. Ce serait même un préjugé dangereux et trop approchant de celui des Protestants, que celui de penser que les chrétiens ne peuvent pas être solidement instruits de toutes les vérités, quand ils ne lisent point les saintes Ecritu-res. S. Irénée était bien éloigné de ce sentiment, quand il disait : Quoi donc? si les apôtres ne nous eussent pas même laissé les Ecritures, n'aurait-il pas fallu suivre l'ordre de la tradition qu'ils ont mise en dépôt dans les mains de ceux auxquels ils confièrent les églises? Beaucoup de nations barbares qui ont reçu la foi en ifésusj-Clhristl ont suivi cet ordre, conservant, sans caractères ni encre, les vérités du salut écrites dans leurs coeurs par le S. Esprit, gardant avec soin l'ancienne tradition, et croyant, par Jésus-Christ, Fils de Dieu, en un seul Dieu créateur du ciel, de la terre, et de tout ce qui y est contenu... Ces hommes, qui ont embrassé cette foi, sans aucune Ecriture, sont barbares par rapport à notre langage. Mais quant à la doctrine, aux coutumes et aux moeurs, par rapport à la foi, ils sont parfaitement sages et agréables à Dieu, vivant en toute justice, chasteté et sagesse. Que si quelqu'un parlant leur langue naturelle leur proposait les dogmes inventés par les hérétiques, aussitôt ils boucheraient leurs oreilles et s'enfuiraient bien loin, ne pouvant pas même se résoudre à écouter un discours plein de blasphèmes. Ainsi étant soutenus par cette vieille tradition des apôtres, ils ne peuvent même admettre dans leur simple pensée la moindre image de ces prodiges d'erreurs'.

On voit par ces paroles d'un si grand docteur de l'Eglise presque contemporain des apôtres, qu'il y avait de son temps chez les peuples barbares des fidèles innombrables qui étaient très spirituels, très parfaits et riches, comme parle saint Paul, en toute parole et en toute science'', quoiqu'ils ne lussent jamais les livres sacrés. Cette vérité ne diminue en rien le prix du sacré dépôt des saintes lettres, et ne doit en rien ralentir le zèle des chrétiens pour s'en nourrir avec une humble dépendance de l'Eglise. Mais enfin le fait est constant par un témoignage si clair et si décisif. La tradition suffisait à ces fidèles innombrables pour former leur foi et leurs moeurs de la manière la plus parfaite et la plus sublime. L'Eglise, qui nous donne les Ecritures, leur donnait sans Ecriture, par sa parole vivante, toutes les mêmes instructions que nous puisons dans le texte sacré. La parole non écrite qui est dans la bouche de l'épouse du Fils de Dieu suppléait au défaut de la parole écrite et donnait le même aliment intérieur. En cet état ces fidèles étaient si éclairés, qu'au premier discours contagieux ils auraient bouché leurs oreilles, tant ils étaient affermis dans la simplicité de la foi, et de la docilité pour l'Eglise, tant cette heureuse simplicité leur donnait de discernement et de délicatesse contre la séduction la plus subtile des novateurs. On se tromperait donc beaucoup, selon S. Irénée, si on croyait que l'Eglise ne peut pas élever ses enfants à la plus haute perfection, tant pour la foi que pour les vertus, sans leur faire lire les saintes Ecritures. Ce que S. Irénée nous apprend de ces fidèles de son temps, S. Augustin] nous le répète pour les solitaires du sien. Un homme, dit-il, étant soutenu par la foi, par l'espérance, et par la charité, n'a pas besoin des Ecritures, si ce n'est pour instruire les autres. C'est ainsi que beaucoup de solitaires vivent avec ces trois vertus, même dans les déserts, sans avoir les livres sacrés".

Février 1707? TEXTE 273

Voilà les solitaires mêmes, qui dans leurs déserts, étaient nourris de Dieu par l'oraison, sans Ecritures, et qui parvenaient à la plus haute contemplation sans ce secours. Nous voyons même qu'un de ces solitaires vendit jusqu'au livre sacré, où il avait appris à tout vendre, pour se livrer à l'esprit de pauvreté évangélique' 2. Après de si fréquents exemples, peut-on douter que les fidèles ne puissent atteindre à la perfection sans lire l'Ecriture, lorsque l'Eglise qui les instruit par l'esprit de son époux, leur devient une Ecri-ture vivante et distribuée en la manière la plus proportionnée à leurs besoins? C'est dans cet esprit que S. Aug[ustin] disait aux fidèles: Appliquez-vous à vous instruire des saintes Écritures Nous sommes vos livres: Intenti estote ad Scripturas. Codices vestri nos sumus".

C'est lire les Ecritures que d'écouter les pasteurs qui les expliquent et qui en distribuent aux peuples les endroits proportionnés à leurs besoins. Les pasteurs sont des Ecritures vivantes. Un particulier ne pourrait point en cet état murmurer, comme s'il lui manquait quelque chose, sans regarder la tradition de l'Eglise comme insuffisante, et sans se flatter de trouver par sa propre recherche dans le texte de l'Ecriture, ce qu'il supposerait que l'Eglise ne lui donnerait pas avec assez de pureté ou d'onction ou d'étendue. Ainsi toutes les fois que l'Eglise jugera à propos de priver ses enfants de cette lecture, pour leur en donner l'équivalent par des instructions plus accommodées à leur vrai besoin, ils doivent s'humilier, croire, sur la parole de cette sainte mère, qu'ils ne perdent rien; se contenter du lait comme du pain'', et se borner à recevoir avec docilité ce que l'Esprit qui a fait les Ecritures leur donne des vérités mêmes des saintes Ecritures, sans leur en confier le texte, de peur qu'ils ne l'expliquent mal. Toute curiosité, tout empressement, toute présomption, de quelque beau prétexte d'amour de la parole de Dieu qu'on veuille le colorer, ne peut être en ce cas qu'une tentation d'orgueil et d'indépendance.

IV. Pendant que l'Ecriture était lue de la sorte par une si grande multitude de fidèles, plusieurs choses empêchaient que la plupart d'entre eux n'en abusassent. 1° Les pasteurs expliquaient sans cesse le texte sacré, pour inculquer le sens de la tradition, et pour empêcher qu'aucun particulier osât jamais ni interpréter ce texte selon son propre sens, ni le séparer d'avec l'interprétation sobre et tempérée à laquelle l'Eglise le fixait. 2° L'usage était de consulter d'abord les pasteurs sur les moindres difficultés qui regardaient le sens de quelque endroit obscur de ce texte. 3° Dès que quelqu'un était suspect de nouveauté sur l'interprétation de quelque texte, les évêques qui s'assemblaient si fréquemment, levaient la difficulté. Enfin on consultait, surtout en Occident, le siège apostolique, pour ne souffrir aucune dissension. Ainsi la simplicité de la foi, la docilité des esprits, la grande autorité des pasteurs et l'instruction continuelle qu'ils donnaient aux peuples sur le texte sacré empêchaient alors les principaux abus qu'on pouvait craindre. Encore ne laissait-on pas de voir quelquefois des particuliers qui détournaient ce texte à des sens nouveaux, et qui causaient de très dangereuses contestations. Saint Pierre nous assure qu'il y a dans les Epîtres de saint Paul des endroits obscurs et difficiles, que des esprits inconstants tordent pour leur perte".

Origène paraît avoir abusé du sens allégorique, pour faire de ses pensées autant de mystères divins, comme parle S. Jérôme'. D'un autre côté, les Demi-Pélagiens se plaignaient mal à propos que S. Augustin expliquait

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274 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Février 1707? Février 1707? TEXTE 275

l'Epître aux Romains selon un sens nouveau et inouï dans la tradition ''. Mais enfin la licence des esprits, dans l'interprétation du texte sacré, n'était parvenue à rien d'approchant de la témérité des critiques qui osent en nos jours ébranler tous les fondements.

V. Il semble que les Vaudois et les Albigeois' ont obligé l'Eglise à user de son droit rigoureux, pour ne permettre la lecture du texte sacré qu'aux personnes qu'elle jugeait assez bien préparées pour le lire avec fruit. Je ne prétends pas dire que cette réserve n'a commencé qu'au temps de ces hérétiques. Il faudrait faire une exacte recherche pour pouvoir fixer le commencement de cette discipline. Mais enfin je vois qu'en ces temps-là l'Eglise sentit, par une triste expérience, que le pain même quotidien ne devait pas être abandonné aux enfants; qu'ils avaient besoin que les pasteurs le leur rompissent; et que ce même pain qui nourrit les âmes humbles et dociles, empoisonne les esprits indociles et présomptueux. Les Vaudois ou Pauvres de Lion prétendaient entendre mieux l'Ecriture que tous les pasteurs, et ils voulaient les redresser. Les Albigeois apprenaient aussi aux peuples à examiner par eux-mêmes le texte sacré indépendamment de l'explication des pasteurs, qu'ils accusaient d'ignorance et de mauvaise foi. C'est contre ces sortes de novateurs que le pape Innocent III écrivait ainsi aux fidèles du diocèse de Metz: Notre vénérable frère l'évêque de Metz nous a appris par ses lettres que dans son diocèse et dans sa ville une multitude considérable de laiques et de femmes, étant excités par le désir de lire les Ecritures, s'étaient fait traduire en français les Evangiles, les Epîtres de saint Paul, les Psaumes, les morales de Job et plusieurs autres livres... Quelques prêtres des paroisses ayant voulu les reprendre là-dessus, ils leur ont résisté en face, prétendant tirer de l'Ecriture des raisons pour prouver qu'on ne doit pas troubler ce qu'ils font. Quelques-uns d'entre eux méprisent avec dégoût la simplicité de leurs prêtres, et quand ceux-ci leur proposent la parole du salut, ils disent, dans leurs secrets murmures, qu'ils savent bien mieux que les prêtres expliquer cette parole, et qu'elle est bien mieux dans leurs libelles. Or quoique le désir d'entendre les divines Ecritures, et d'exhorter les peuples selon la doctrine de ces saints livres ne soit point blâmable, mais plutôt à louer, ceux-ci paraissent néanmoins répréhensibles en ce qu'ils font des assemblées secrètes, qu'ils y usurpent le ministère de la prédication, qu'ils y éludent la simplicité des prêtres, etc. Ce Pape ajoute: Les mystères secrets de la foi ne doivent point être exposés indifféremment à tout le monde, puisqu'ils ne peuvent pas être compris par tous les hommes, et qu'on les doit seulement exposer à ceux qui peuvent les concevoir avec fidélité. C'est pourquoi l'Apôtre dit aux plus simples: Je vous ai donné le lait à boire, et non la nourriture solide, comme à de petits enfants en Jésus-Christ; car l'aliment solide est pour les grands, comme le même apôtre le disait ailleurs: Nous annonçons la sagesse parmi les parfaits; mais parmi vous j'ai jugé que je ne savais rien que JfésusJ-C[hristi, et J[ésusJ-C[hrist] crucifié. Car la profondeur des divines Ecritures est si grande, que non seulement les simples qui n'ont pas étudié, mais encore les sages et les savants, sont incapables de la pénétrer pour en acquérir la pleine intelligence".

L'indocilité et l'esprit de révolte qui a éclaté dans les laïques a montré combien il était dangereux de laisser lire le texte sacré aux peuples, dans des temps où les pasteurs n'avaient plus ni l'ancienne autorité, ni l'ancienne vigilance pour interpréter l'Ecriture, et où les peuples s'accoutumaient à mépriser leur simplicité. On reconnaît même par expérience que le fanatisme de ces laïques était contagieux, et qu'ils séduisaient facilement la multitude en lui promettant de lui montrer par l'Ecriture combien les pasteurs étaient ignorants, trompeurs et indignes de leur ministère. Wiclef", Luther, Calvin et toutes les sectes du seizième siècle qui ont entraîné les peuples, abusaient de ces paroles, Scrutamini Scripturas, Approfondissez les Ecritures. Ils ont achevé de mettre l'Eglise dans la nécessité de réduire les peuples à ne lire les Ecritures qu'avec une permission expresse des pasteurs.

VI. Gerson ne peut point être accusé de favoriser trop les maximes des Ultramontains. Cet auteur a néanmoins parlé ainsi: «C'est de cette source empestée que sortent et croissent tous les jours les erreurs des Béguards, des Pauvres de Lion, et de tous leurs semblables, dont il y en a beaucoup de laïques qui ont une traduction de la Bible dans leur langue vulgaire, au grand préjudice et scandale de la vérité catholique. C'est ce qu'on a proposé de retrancher par le projet de réformation. »2i Il dit ailleurs qu'il faut empêcher la traduction des livres sacrés en langue vulgaire, principalement de notre Bible, excepté les moralités et les histoires". Il ajoute ailleurs que c'est une chose trop périlleuse que de donner aux hommes simples, qui ne sont pas savants, les livres de la sainte Ecriture traduits en français. Parce qu'ils peuvent, en les expliquant mal, tomber d'abord dans des erreurs. Ils doivent écouter cette parole dans la bouche des prédicateurs. Autrement on prêcherait en vain". Cet auteur se fonde sur la réflexion suivante: Comme on peut tirer quelque bien d'une bonne et fidèle version de la Bible en français, si le lecteur l'entend avec sobriété; au contraire, il en arrivera des erreurs et des maux innombrables, si elle est mal traduite, ou expliquée avec présomption, en rejetant les sens et les explications des saints docteurs". En effet, nous avons vu que c'est par les versions de la Bible et par l'interprétation arbitraire que les Protestants ont voulu renverser l'ancienne Eglise. Tous les peuples étaient entraînés par cette promesse flatteuse qu'ils verraient clairement la vérité dans le texte des Ecritures.

VII. C'est par la crainte de ces inconvénients que la Faculté de théologie de Paris censura, l'an 1527, quelques propositions d'Erasme", qui disait que si son sentiment était suivi, les laboureurs, les maçons et tous les autres artisans liraient la sainte Ecriture, et qu'elle serait traduite en toutes sortes de langues. La Faculté assurait au contraire que les Vaudois, les Albigeois et les 71.ir-lupins nous ont appris quel danger il y a d'en permettre indifféremment la lecture en langue vulgaire, etc., qu'encore qu'elle fût utile à quelques-uns, on ne devait pourtant pas la permettre sans choix à tout le monde. La Faculté ajoutait à l'égard des laïques que l'Eglise ne les empêche point de lire quelquefois quelques livres de l'Ecriture qui pourront servir à l'édification des mœurs, avec une explication qui soit à leur portée. Enfin elle remarque que le S. Siège a défendu, il y a déjà longtemps, aux laiques de lire ces livres, etc.

VIII. Le clergé de France parut suivre les mêmes maximes, lorsqu'il écrivit au pape Alexandre VII, l'an 1661, contre la traduction du Missel faite en français par le sieur Voisin. Nous avons été attentifs, disent les évêques, à cette nouveauté, et nous l'avons entièrement désapprouvée, comme contraire à la coutume de l'Eglise et comme très pernicieuse aux âmes. A ce propos le clergé rapporte et approuve la censure que la Faculté de Paris avait faite autrefois des propositions d'Erasme. Il remarque que les Vaudois ou Pauvres

-e,

276 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Février 1707?

de Lion, sont ceux qui ont abusé de la lecture familière du texte sacré; que c'est ce qui a produit dans la suite les sectes des Protestants; et que cette nouveauté avait même auparavant ouvert le chemin à l'erreur des Bohémiens; comme la Faculté de Paris l'avait dit dans sa censure. Enfin le clergé cite Vincent de Lérins, qui assure que l'Ecriture sainte était nommée le livre des hérétiques, à cause des subtilités par lesquelles ils en tournaient le texte contre l'autorité de l'Eglise. Le pape Alexandre VII, ayant reçu cette lettre du clergé, répondit en condamnant la témérité de ceux qui avaient osé traduire dans la langue vulgaire, savoir, la française, le Missel Romain pour le divulguer et le faire passer dans les mains des personnes de tout état et de tout sexe".

IX. Je conclus de tout ceci, que l'Eglise, sans changer de maximes fondamentales, s'est crue obligée de changer un peu sa conduite sur la lecture du texte sacré. Comme les pasteurs ont eu moins d'autorité et d'application à expliquer les Ecritures, et que les peuples ont été plus indociles, plus présomptueux, plus enclins à prêter l'oreille aux séducteurs, elle a cru devoir permettre avec moins de facilité et plus de précaution ce qu'elle permettait plus généralement dans des temps plus heureux. C'est ainsi que nous voyons que l'ancienne Eglise permettait aux simples fidèles d'emporter l'Eucharistie dans leurs maisons ou dans leurs voyages, parce qu'elle se tenait pleinement assurée de leur pureté, de leur retenue et de leur zèle, au lieu que maintenant elle ne leur donne la communion que dans l'Eglise avec beaucoup de précautions. Ce n'est pas l'Eglise qui change. C'est le peuple fidèle qui a changé, et qui rend nécessaire ce changement de discipline extérieure. Au reste, dans les premiers siècles l'Eglise ne permettait la lecture du texte sacré qu'avec dépendance de la direction des pasteurs qui y préparaient les particuliers, et qui ne les y admettaient qu'à mesure qu'ils les y trouvaient suffisamment préparés; encore même comme nous l'avons vu dans S. Jérôme, chacun ne lisait certains livres qu'après les autres, et quand les pasteurs jugeaient que le temps en était venu. Ce qui a été pratiqué dans les derniers temps ne va que du plus au moins. C'est la même économie de l'Eglise, la même méthode, la même dépendance. On a seulement augmenté la réserve et la précaution à mesure que l'indisposition des peuples a augmenté".

X. Pour nos Pays-Bas, on peut assurer que la crainte et l'improbation des versions de la Bible en langue vulgaire et de la lecture qu'en feraient indifféremment les laïques, y ont été encore plus grandes qu'ailleurs. Les maux que les hérétiques du pays y firent du temps de la duchesse de Parme", le voisinage de la Hollande, et la grande soumission que le pays a conservée pour le saint Siège, ont été cause de ce redoublement de précaution. C'est pourquoi le concile de la province de Cambray tenu à Mons l'an 15869, parle ainsi: Qu'il ne soit point libre à tout homme du peuple de lire les livres sacrés de l'Ecriture en langue vulgaire, contre la quatrième règle de l'Indice sur les livres défendus, si ce n'est avec la permission des évêques ou de leurs délégués. Le synode diocésain de Guillaume de Bergues" défend aux libraires de vendre la version de la Bible ou de quelqu'une de ses parties en langue vulgaire, à moins que les acheteurs ne leur produisent une permission par écrit pour cette lecture, qui soit donnée par l'archevêque ou par ses grands vicaires. C'est conformément à ces règles que feu monseigneur de Brias, mon prédécesseur immédiat, fit, l'an 1690, une ordonnance" pour apaiser quelques troubles survenus à Mons sur cette matière de la lecture de l'Ecriture en langue

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vulgaire, où il parle ainsi: Nous conjurons aussi de toute l'étendue de notre cœur toutes les personnes que Dieu a commises à notre conduite, d'écouter avec beaucoup d'attention et de piété la parole de Dieu qu'on leur annonce, soit par les catéchismes, soit par les prédications, où souvent elles peuvent puiser les lumières nécessaires pour leur conduite d'une manière plus proportionnée à leur faiblesse, que par la lecture qu'elles pourraient faire elles-mêmes de l'Ecriture sainte, qui ne doit être mise indifféremment entre les mains de toutes sortes de personnes. C'est pourquoi l'Eglise comme une mère sage et charitable s'est réservé avec beaucoup de raison le pouvoir d'en permettre la lecture ou de l'interdire; et il n'y a rien de si ridicule que l'insolence de ceux qui la veulent faire passer pour une mère cruelle, parce qu'elle refuse quelquefois à ses enfants la viande qu'ils ne peuvent digérer. Nous estimons être obligés d'user de la même précaution à l'égard des âmes, dont nous devons répondre un jour devant Dieu, et insistant à l'usage si louablement établi et si constamment observé dans ce diocèse, conformément au chapitre quatrième du premier titre du synode provincial de l'an 1586, nous recommandons aux curés de faire comprendre à leurs paroissiens que pour recueillir quelque fruit de la lecture de l'Ecriture sainte, il est très important que ceux qui la voudront lire en langue vulgaire, en obtiennent auparavant la permission de nous, de nos vicaires généraux, ou de nos doyens de chrétienté que nous députons particulièrement à cet effet, de crainte que, se fiant à leur propre lumière, ils ne veuillent contempler des mystères dont l'éclat leur serait tout à fait insupportable. Nous voulons aussi que cette permission ne soit accordée qu'aux personnes qui la pourront lire avec édification, prenant surtout égard à ce que les traductions aient les approbations requises. Nous défendons cependant aux personnes de l'autre sexe d'expliquer ou d'interpréter par elles-mêmes les Ecritures saintes dans leurs écoles, étant plus à propos d'y faire la lecture de quelque livre spirituel, que le siècle d'à présent a produits avec tant de fruit, et qui contiennent en substance les mêmes vérités, sans que l'entendement des personnes faibles en puisse être aucunement blessé.

XI. Ce pays est demeuré dans la maxime que Rome a cru être obligée de suivre dans ces derniers temps, pour empêcher la contagion des nouveautés, par le retranchement des versions en langue vulgaire. Cette maxime est expliquée dans la quatrième règle de l'Indice des livres défendus: Comme il est manifeste par l'expérience, dit cette règle, que si on laisse sans choix la lecture de la Bible en langue vulgaire, il en arrivera par la témérité des hommes plus de mal que d'utilité; il dépendra de la discrétion de l'évêque ou de l'inquisiteur de pouvoir accorder, sur l'avis du curé ou du confesseur, la lecture d'une version de la Bible en langue vulgaire, qui soit faite par des auteurs catholiques, pour ceux qu'ils connaîtront en état de tirer de cette lecture, non quelque dommage, mais une augmentation de foi et de piété: il faut qu'ils aient cette permission par écrit". Voilà les paroles de la quatrième des dix règles de l'Indice qui ont été faites en conséquence des ordres donnés par le concile de Trente, session XXV, pour l'Indice des livres défendus. C'est ce qui a fait dire à Sylvius, célèbre théologien", qui est né dans le diocèse de Cambray, et qui a enseigné dans celui d'Arras à Douay, que tous les hommes savants séculiers ou réguliers ne peuvent point sans la permission de l'évêque ou des autres à qui il appartient de la donner, lire la Bible en langue vulgaire. Pour prouver cette décision, il allègue la quatrième règle de l'Indice des livres défendus que

278 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Février 1707? Février 1707? TEXTE 279

je viens de rapporter. Il soutient que les prêtres qu'on ne destine ou qu'on ne prépare point aux fonctions de curés ou de prédicateurs, ne sont communément dans aucune nécessité de lire la Bible en langue vulgaire, et que la règle de l'Indice qui défend cette lecture les comprend. Il conclut qu'on doit à plus forte raison porter le même jugement sur les laïques qui savent le latin. Cet auteur rapporte encore un décret de Clément VIII sur la quatrième règle de l'Indice, qui défend de lire sans permission la Bible en langue vulgaire, ou des parties tant du nouveau que de l'ancien 7èstarnent, ou même des sommaires et des abrégés de la Bible, quoiqu'ils soient historiques, et en quelque langue vulgaire qu'ils soient écrits". Ainsi quoique la Faculté de Louvain ait eu soin autrefois de faire une version de la Bible en langue vulgaire", pour l'opposer à celles des Protestants qui étaient répandues partout, l'esprit de l'Eglise de Flandres était que les versions les plus approuvées ne fussent jamais lues sans permission.

XII. Je conclus de tout ceci, Monseigneur, que l'Eglise, en paraissant un peu changer sa discipline extérieure, n'a jamais changé en rien ses véritables maximes. Elle en a toujours eu deux très constantes. La première est de donner le texte sacré à tous ceux d'entre ses enfants qu'elle trouve bien préparés à lire avec fruit. La seconde est de ne jeter point les perles devant les pourceaux", et de ne donner point ce texte aux hommes qui ne le liraient que pour leur perte. Dans les anciens temps, où le commun des fidèles était simple, docile, attaché aux instructions des pasteurs, on leur confiait le texte sacré, parce qu'on les voyait solidement instruits et préparés pour le lire avec fruit. Dans les derniers temps où on les a vus présomptueux, critiques, indociles, cherchant dans l'Ecriture à se scandaliser contre elle, pour se jeter dans l'irréligion", ou tournant l'Ecriture contre les pasteurs, pour secouer le joug de l'Eglise, on a été contraint de leur défendre une lecture si salutaire en elle-même, mais si dangereuse dans l'usage que beaucoup de laïques en faisaient. Ma pensée est qu'il ne faut jamais séparer ces deux maximes de l'Eglise. L'une est de ne donner l'Ecriture qu'à ceux qui sont déjà bien préparés pour la lire avec fruit. L'autre est de travailler sans relâche à les y préparer". Si vous vous contentez de supposer que tous les fidèles y sont préparés, sans les y préparer effectivement, vous nourrissez la curiosité, la présomption, la critique téméraire, et vous lui donnez pour aliment l'Ecriture même. C'est ce qu'on ne voit que trop en nos jours. Si au contraire vous supposez toujours que les fidèles ne sont pas encore assez préparés à cette lecture, sans travailler jamais sérieusement à les y préparer, vous les privez de la consolation et du fruit que les premiers chrétiens tiraient sans cesse des saints livres. Ma conclusion est qu'il faut travailler sans relâche à préparer les fidèles à cette lecture; qu'on ne doit compter au nombre de ceux qui sont véritablement instruits et solidement affermis en J[ésus]-C[hrist], que ceux qu'on a mis en état de digérer ce pain des forts et qu'il faut, selon la discrétion des directeurs expérimentés, leur donner peu à peu les divers livres de l'Ecriture, suivant qu'ils sont capables de les porter, leur disant sur les autres: Non potestis portare modo, poteritis autem postea39.

X111. J'ai connu autrefois une personne qui avait beaucoup d'esprit avec une grande réputation dans le monde, et qui après avoir vécu sans aucun vice grossier dans un grand oubli de Dieu, cherchait à se consoler dans ses infirmités par la religion. Cette personne m'a avoué plusieurs fois que la lecture du texte sacré, loin de lui être utile, lui causait du trouble et du scandale. C'était sans doute son esprit hautain, présomptueux, et rempli de certains préjugés, qui l'indisposait à une si salutaire lecture. Mais enfin beaucoup d'autres se trouveront malheureusement dans la même indisposition". J'ai vu des gens tentés de croire qu'on les amusait par des contes d'enfant'', quand on leur faisait lire les endroits de l'Ecriture où il est dit que le serpent parla à Eve pour la séduire"; qu'une ânesse parla au prophète Balaam43; et que Nabuchodonosor paissait l'herbe comme les bêtes". S. Aug[ustin] a bien senti que beaucoup de lecteurs seraient d'abord surpris de la multitude des femmes que les patriarches avaient, et il a cru avoir besoin de montrer en détail ce qui pouvait les justifier là-dessus". Tout le monde sait combien ce Père s'est appliqué à prouver que Jacob n'avait pas menti, et qu'il n'avait pas trompé son père pour frustrer son frère aîné de la principale bénédiction". J'ai vu un homme d'esprit qui était indigné de voir le peuple qui se vantait d'être conduit par la main de Dieu, sortir de l'Egypte, après y avoir enlevé les richesses des Egyptiens47, se révolter dans le désert contre Moïse, adorer un veau d'or", et enfin n'employer cette mission céleste qu'à s'emparer des terres des peuples voisins, et qu'à les massacrer pour occuper leur place", sans être moins corrompus qu'eux. Il fallait que je réfutasse en détail toutes ces objections, pour réprimer cet esprit critique. J'en ai vu d'autres qui étaient scandalisés de David, parce qu'il recommanda, disaient-ils, en mourant, à son fils de faire la vengeance qu'il n'avait pas faite durant sa vies°. Il faut avouer que le commun des hommes, dont l'esprit n'est pas encore assez subjugué par l'autorité des saints livres, est surpris de voir les prophètes commettre je ne sais combien d'actions qui paraissent indécentes et insensées.

Il est vrai que ces choses extraordinaires sont mystérieuses et extraordinairement inspirées. Il est vrai qu'elles nous enseignent des vérités très profondes. Mais le commun des hommes sans humilité et sans vertu acquise, est-il capable de porters' ces exemples? n'est-il pas à craindre que chacun d'eux en abuse? Quand on n'est point accoutumé à ces profonds mystères, n'est-on pas étonné de voir Abraham qui veut égorger son fils unique, quoique Dieu le lui ait donné par miracle, en lui promettant que la postérité de cet enfant sera la bénédiction de l'univers"? On est surpris de voir Jacob, qui, étant conduit par sa mère inspirée, paraît faire le personnage d'un imposteur". On ne l'est pas moins de voir Osée chercher par l'ordre de Dieu la femme qu'il prend". Les hommes indociles et corrompus s'étonnent de ce qu'on leur propose pour modèle de patience Job qui maudit le jour de sa naissance, qui se vante de n'avoir jamais mérité la peine qu'il souffre, et qui paraît dans l'excès de sa peine murmurer contre Dieu même, après avoir rejeté la consolation que ses amis veulent lui donner en l'exhortant à se reconnaître pécheur. Rien n'est plus difficile que d'expliquer comment est-ce que Judith, que le Saint-Esprit nous fait admirer, a pu aller trouver Holoferne. Elle l'excite au mal, disent les libertins, elle le trompe, elle l'assassine. Il n'y a dans tout le Cantique des Cantiques aucun mot ni de Dieu, ni de la vertu. La lettre n'y présente qu'un amour sensuel, qui peut faire les plus dangereuses impressions, à moins qu'on n'ait le coeur bien purifié. Il est vrai que ceux qui ont les yeux illuminés de la foi, et le goût du saint amour, trouvent une allégorie admirable, qui exprime l'union des âmes pures avec Dieu. Mais il y a peu de

280 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Février 1707?

personnes assez renouvelées en J[ésus]-C[hristj pour entrer pleinement dans ce mystère des noces sacrées de l'épouse avec l'époux. Si on ne s'arrêtait qu'à la seule lettre de l'Ecclésiaste, on serait tenté de croire que c'est le raisonnement d'un impie, qui compte que tout est vanité sous le soleil", parce que l'homme meurt tout entier comme les bêtes". Les livres des Machabées nous montrent un peuple qui secoue le joug des rois de Syrie, et qui prend les armes pour pouvoir exercer librement sa religion, plutôt que de souffrir patiemment le martyre, comme les premiers chrétiens l'ont souffert sans se révolter jamais contre les empereurs". Un grand nombre d'anciens sont tombés dans l'erreur des Millénaires, en lisant le règne de mille ans dans l'Apocalypse; et S. Aug[ustinj avoue qu'il a été lui-même dans le faux préjugé des Millénaires modérés". Tbus ceux qui ont été prévenus des imaginations des Protestants, peuvent être tentés de croire que Rome est encore à présent la Babylone qui fait adorer les idoles, parce qu'elle fait honorer les images et invoquer les saints, et qu'elle est enivrée du sang des martyrs, parce qu'elle persécute les Réformés. J'ai vu des gens qui étaient frappés de la pourpre ou écarlate qui paraît avec faste dans cette Babylone. On a bien de la peine à leur faire entendre que S. Jean a peint la Rome païenne qui a persécuté les chrétiens pendant trois cents ans", Tous ceux qui sont prévenus par de semblables préjugés croient voir dans l'Epître aux Romains que Dieu hait et réprouve la plupart des hommes sans aucun démérite de leur part qui y détermine". Ces mêmes hommes à demi Protestants ne sauraient lire que Dieu donne le vouloir et le faire", sans conclure aussitôt que Dieu le fait par une grâce nécessitante. Ensuite ils cherchent je ne sais combien de vaines subtilités pour ne donner pas le nom de nécessitante à cette grâce qu'ils supposent que la volonté ne peut rejeter, dès qu'elle se présente, parce qu'il est nécessaire de suivre cette inévitable et invincible délectation". Les Sociniens, si nombreux et si dangereux en nos jours, se servent de l'Evangile pour montrer que J[ésus]-Christ] a déclaré qu'il n'a voulu être cru Dieu qu'au même sens impropre et allégorique où il est dit aux hommes, Vous êtes des dieux", et que J[ésusj-C[hrist] a dit en termes formels: Mon père est plus grand que moi".

Les Protestants prétendent démontrer par les Epîtres aux Romains, aux Galates et aux Hébreux, que la foi suffit sans les œuvres, quoique les oeuvres suivent la foi. Ils prétendent montrer par l'Epître aux Hébreux qu'il ne peut y avoir dans la loi nouvelle qu'une seule hostie, qu'un seul sacrifice, et qu'une seule offrande qui n'a plus besoin d'être réitérée, parce qu'elle n'est point insuffisante comme celle des victimes des Juifs. S. Jean semble aux Protestants autoriser dans ses Epîtres l'impeccabilité de ceux qui sont la semence de Dieu". D'autres y croient voir le fanatisme, quand il dit que l'onction enseigne tout". Ils disent que S. Paul confirme cette maxime, en disant que l'homme spirituel juge de tout et n'est jugé de personne". D'ailleurs ceux qui ont quelque pente vers l'incrédulité ne manquent pas de chicaner sur l'apparente contradiction qu'on trouve dans les différentes éditions de l'Ecriture pour la chronologie. Ils s'embarrassent de même sur la généalogie de J[ésusi-C[hristi, qu'un évangéliste nous donne très différente de celle qui nous est donnée par un autre". Ils sont scandalisés de ce que J[ésus]-C[hristl dit: Je ne monte point à cette fête, et de ce que bientôt après il y monte en se cachant": ils disent qu'il a peur, qu'il se trouble, qu'il prie son

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Père de l'exempter de sa passion, et qu'enfin sur la croix il se plaint d'être abandonné par lui. Ils ajoutent que les disciples de J[ésusj-C[hrist ne peuvent s'accorder entre eux; que S. Paul reprend S. Pierre en face" et qu'il ne peut compatir avec S. Barnabé''. Il faut avouer que si un livre de piété, tel que l'Imitation de J[ésus]-C[hrist], ou le Combat spirituel, ou la Guide des Pécheurs, contenait la centième partie des difficultés qu'on trouve dans l'Ecriture, vous croiriez en devoir défendre la lecture dans votre diocèse. L'excellence de ces livres ne vous empêcherait point de conclure qu'il ne faudrait pas les donner indifféremment à tous les esprits profanes et curieux, parce que cette nourriture, quoique merveilleuse, serait trop forte pour eux, et qu'ils seraient trop faibles pour la digérer. L'Ecriture est comme J[ésus]-C[hrist], qui a été établi pour la chute et pour la résurrection de la multitude. Elle est comme lui en butte à la contradiction de plusieurs en Israël'. La même parole est un pain qui nourrit les uns, et un glaive qui perce les autres. Elle est odeur de vie, pour ceux qui vivent de la Foi, et qui meurent sincèrement à eux-mêmes. Elle est odeur de mort, pour ceux qui sont aliénés de la vie de Dieu et qui vivent renfermés en eux-mêmes avec orgueil. Le meilleur aliment se tourne en poison dans les estomacs corrompus. Quiconque cherche le scandale jusque dans la parole de Dieu, mérite de l'y trouver pour sa perte. Dieu a tellement tempéré la lumière et les ombres dans sa parole, que ceux qui sont humbles et dociles n'y trouvent que vérité et consolation, et ceux qui sont indociles et présomptueux n'y trouvent qu'erreur et incrédulité. Toutes les difficultés dont je viens de rassembler des exemples, s'évanouissent sans peine, dès qu'on a l'esprit guéri de la présomption. Mors, suivant la règle de S. Aug[ustin], on passe sur tout ce que l'on n'entend pas", et on s'édifie de tout ce que l'on entend. On n'a aucune peine à croire que la parole de Dieu a une profondeur mystérieuse qui est impénétrable à notre faible esprit. Alors, on écoute avec docilité tout ce qu'on apprend des pasteurs pour justifier ces endroits difficiles. Alors on tourne toute son attention vers les principes qui servent de clés. Alors on se défie de soi, et on craint sans cesse de donner trop d'essor à sa curiosité et à son raisonnement. Mors on se laisse juger par cette parole, sans la vouloir juger. Alors on ne lit aucun endroit de l'Ecriture que par le conseil des pasteurs ou directeurs expérimentés, et on ne les lit que dans l'esprit de l'Eglise même. Alors on prie encore plus qu'on ne lit, on ne lit qu'en esprit de prière, et on compte que c'est la prière qui nous ouvre les Ecritures. Alors, comme Cassien l'assure, l'âme étant appauvrie de cette pauvreté qui est la première des béatitudes, elle pénètre le sens de cette parole sacrée, moins par la lecture du texte que par son expérience. Alors les Ecritures s'ouvrent plus clairement, et ses veines nous en communiquent la moëlle, parce que nous devenons comme les auteurs de ce texte, et que nous entrons dans l'esprit de celui qui l'a composé".

XIV. Ces difficultés ont fait dire à S. Augustin] que rien n'est mieux appelé la mort de l'âme que l'attachement servile à la lettre de ce texte". Il ajoute que si les hommes qui ont fait de certaines actions sont loués dans l'Ecriture, et si ces actions sont contraires aux coutumes des gens de bien qui gardent les commandements de Dieu depuis l'avènement de Jlésus]-C[hrist], il faut entendre ces choses dans un sens figuré, et n'appliquer point ces choses aux moeurs présentes; car beaucoup de choses qui se faisaient officieusement en ces temps-là, ne pourraient plus maintenant se faire que par une passion

282 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Février 1707?

criminelle". Ce Père avoue néanmoins que le sens figuré qu'un prophète a eu principalement en vue, en sorte que sa narration du passé est une figure de l'avenir, ne doit point être proposé aux esprits contentieux et infidèles". Il soutient seulement que l'Ecriture ayant tant d'issues ouvertes à ceux qui cherchent avec piété, pour ne critiquer pas témérairement une si grande autorité, les Marcionites, les Manichéens et les autres hérétiques sont inspirés par le démon, pour chercher de vains prétextes de scandale et de calomnie dans ces choses, qu'ils ne sont pas capables de pénétrer. La règle que ce Père donne dans la lecture de ce texte est bien remarquable: Quelque doute, dit-il, qui s'élève dans le coeur d'un homme en écoutant les Ecritures de Dieu, qu'il ne se retire point de J[ésus]-Christ] ; qu'il comprenne qu'il n'a rien compris jusqu'à ce que flésusi-Christ] lui soit révélé dans ces paroles, et qu'il ne présume point de les avoir comprises avant qu'il soit parvenu à y trouver Jtésusi-C[hrist]". Sans doute une telle pénétration des sens mystérieux surpasse la portée de nos chrétiens grossiers et indociles. Aussi ce Père dit-il dans le même sermon: Dieu présente de grands spectacles au coeur chrétien, et rien ne peut être plus délicieux, si toutefois on a le palais de la foi qui goûte le miel de Dieu". Mais tout dépend de la préparation des coeurs, et cette profondeur impénétrable du texte sacré n'a plus rien de caché à l'âme simple et humble. Celui dont le coeur est plein de charité, dit ce Père, comprend sans aucune erreur et sans aucun travail l'abondance pleine de diversité et la très vaste doctrine des Ecritures. En voici la raison simple et décisive. C'est que celui-là possède et ce qui est clair et ce qui est caché dans ce divin texte, qui possède la charité dans ses moeurs". Ce Père veut encore que le fidèle en lisant l'Ecriture laisse l'honneur à ce texte, et ne se réserve que le respect et la crainte, quand il n'en peut pas pénétrer le sens'. Or comme cette disposition est très rare, il arrive rarement que les hommes soient disposés à lire ce texte avec fruit. Toutes les divines Ecritures, dit ce Père, sont salutaires à ceux qui les entendent bien; mais elles sont périlleuses à ceux qui veulent les tordre pour les accommoder à la dépravation de leur coeur, au lieu qu'ils devraient redresser leur coeur suivant la droiture de ce texte". Le grand principe de ce Père, qu'il établit dans son livre de utilitate credendi, est de renverser l'ordre flatteur pour l'amour- propre que les Manichéens proposaient, qui était de savoir avant que de croire. Ce Père voulait au contraire qu'on commençât par croire humblement, en se soumettant à une autorité pour parvenir ensuite à savoir. Ainsi il voulait qu'on ne lût l'Ecriture qu'avec cet esprit de docilité sans réserve. Il faut encore observer que ce Père veut que l'intelligence des Ecritu-res aille par degrés à proportion de la simplicité, de l'humilité, et de la mort à soi-même où chacun est parvenu : In tantum vident, dit-il, in quantum moriuntur huic saeculo; in quantum autem huic vivunt, non vident". Suivant ce saint docteur, le plus savant de tous les théologiens qui croit entendre les Ecritures sans y voir partout la charité, n'a encore rien entendu ; nondum intellexit84. Au contraire, dit-il, un homme soutenu par la foi, par l'espérance et par la charité, n'a point besoin des Ecritures, si ce n'est pour instruire les autres. C'est ainsi que beaucoup de solitaires vivent avec ces trois vertus, même dans les déserts, sans avoir les livres sacrés". Il ne faut pas s'en étonner. En voici la raison que ce Père nous donne. Quoique les saints hommes chargés du ministère ou même les saints anges travaillent à instruire, personne n'apprend bien ce qu'il doit savoir pour vivre avec Dieu, si Dieu ne le rend

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docile à Dieu même... Ainsi les secours de l'instruction sont utiles à l'âme étant donnés par l'homme, quand Dieu opère pour les rendre utiles".

XV. On dira peut-être, Monseigneur, que les livres de l'Ecriture sont les mêmes aujourd'hui que dans les premiers siècles, que les évêques ont par leur ministère la même autorité, et que les fidèles doivent être nourris du même pain. Il est vrai que les livres de l'Ecriture sont les mêmes. Mais tout le reste n'est plus au même état( Les hommmes qui portent le nom de chrétiens n'ont plus la même simplicité, la même docilité, la même préparation d'esprit et de coeur". Il faut regarder la plupart de nos fidèles comme des gens qui ne sont chrétiens que par leur baptême reçu dans leur enfance sans connaissance ni engagement volontaire. Ils n'osent en rétracter les promesses, de peur que leur impiété ne leur attire l'horreur du public. Ils sont même trop inappliqués et trop indifférents sur la religion, pour vouloir se donner la peine de la contredire. Ils seraient néanmoins fort aises de trouver sans peine sous leur main, dans les livres qu'on nomme divins, de quoi secouer le joug, et flatter leurs passions. A peine peut-on regarder de tels hommes comme des catéchumènes. Les catéchumènes qui se préparaient autrefois au martyre en même temps qu'au baptême, étaient infiniment supérieurs à ces chrétiens qui n'en portent le nom que pour le profaner. D'un autre côté les pasteurs ont perdu cette grande autorité que les anciens pasteurs savaient employer avec tant de douceur et de force. Maintenant les laïques sont toujours prêts à plaider contre leurs pasteurs devant les juges séculiers, même sur la discipline ecclésiastique. Il ne faut pas que les évêques se flattent sur cette autorité. Elle est si affaiblie, qu'à peine en reste-t-il des traces dans l'esprit des peuples. On est accoutumé à nous regarder comme des hommes riches et d'un rang distingué, qui donnent des bénédictions, des dispenses et des indulgences. Mais l'autorité qui vient de la confiance, de la vénération, de la docilité et de la persuasion des peuples, est presque effacée. On nous regarde comme des seigneurs qui dominent, et qui établissent au dehors une police rigoureuse. Mais on ne nous aime point comme des pères tendres et compatissants qui se font tout à tous. Ce n'est point à nous qu'on va demander conseil, consolation, direction de conscience.(Ainsi cette autorité paternelle, qui serait si nécessaire pour modérer les esprits par une humble docilité dans la lecture des saints livres, nous manque entièrement. En notre temps chacun est son propre casuiste, chacun est son docteur, chacun décide, chacun prend parti pour les novateurs sous de beaux prétextes contre l'autorité de l'Eglise. On chicane sur les paroles, sans lesquelles les sens ne sont plus que de vains fantômes. Les critiques sont au comble de la témérité. Ils dessèchent les coeurs, ils élèvent les esprits au-dessus de leur portée4lls apprennent à mépriser la piété simple et intérieure. Ils ne tendent qu'à faire des philosophes sur le christianisme, et non pas des chrétiens. Leur piété est plutôt une étude sèche et présomptueuse, qu'une vie de recueillement et d'humilité. Je croirais que ces hommes renverseraient bientôt l'Eglise, si les promesses ne me rassuraient pas. Les voilà arrivés ces temps où les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine", et où ils auront une démangeaison d'oreilles pour écouter les novateurs. J'en conclus qu'il serait très dangereux dans de telles circonstances de livrer le texte sacré indifféremment à la téméraire critique de tous les peuples. Il faut songer à rétablir l'autorité douce et paternelle. Il faut instruire les chrétiens sur l'Ecriture avant que de la leur faire lire. Il

284 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 février 1707

faut les y préparer peu à peu, en sorte que, quand ils la liront, ils soient déjà accoutumés à l'entendre, et soient remplis de son esprit avant que d'en voir la lettre. H ne faut en permettre la lecture qu'aux âmes simples, dociles, humbles, qui y chercheront, non à contenter leur curiosité, non à disputer, non à décider ou à critiquer, mais à se nourrir en silence. Enfin, il ne faut donner l'Ecriture qu'à ceux qui, ne la recevant que des mains de l'Eglise, ne veulent y chercher que le sens de l'Eglise même.

Je suis avec un vrai respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

1125. A R. DE GAIGNIÈRES

A Cambray 3 février 1707.

On ne peut être plus vivement touché que je le suis, Monsieur, et des marques de votre amitié', et du fâcheux état, où vous m'apprenez que votre santé se trouve. Je vous conjure de me faire écrire sans façon ce que les remèdes opéreront pour vous soulager. De ma part je ne manquerai pas de prier Dieu pour votre conservation, qui m'est véritablement chère. Il est bien rare de trouver un coeur comme le vôtre. Vous vous souvenez trop d'une bonne volonté sans effet. Ce qui est certain, c'est que je vous ai toujours aimé et honoré. Votre droiture, votre bonté de coeur, et votre goût pour la vertu méritent ces sentiments. Je serai toute ma vie du fond du coeur, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1125 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Versailles le 7 février 1707.

Monsieur,

J'ai lu au Roi la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26e du mois passé sur les désordres et les mauvais traitements que les curés de votre diocèse ont reçus des troupes pendant la campagne dernière. Sa Majesté en parlera à M. de Vendosme de la manière que vous pouvez désirer pour empêcher qu'ils n'en souffrent autant la prochaine qu'ils ont fait la précédente, la licence est si grande parmi les troupes qu'il est bien difficile de faire tout ce que l'on voudrait pour le soulagement du public'. Je suis...

20 février 1707 TEXTE 285

Le temps de cet hiver est précieux pour vous. Que savez-vous, si ce ne sera pas le dernier de votre vie? Peut-être que les entretiens pleins de foi et de zèle, mais assaisonnés de tendresse et de modération, que M. votre père emploie pour vous affermir dans le bien, sont les dernières paroles de la vérité pour vous! Peut-être que les impressions de grâce que vous sentez encore, sont les dernières grâces que la miséricorde de D[ieu] fait à votre coeur. Hodie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra2 . Dieu a eu une si grande pitié de votre faiblesse, qu'il vous a arraché ce que vous n'avez jamais eu le courage de lui donner. Il a fait tomber malgré vous ce qui était à craindre. Il a rompu vos liens, et vous ne voulez pas encore être en liberté'. Que faut-il donc qu'il fasse pour vous faciliter votre salut? Voilà les temps périlleux qui s'approchent : Juxta est dies perditionis, et adesse festinant tempora4 . Vous ne craignez point pour votre corps. Mais au moins craignez pour votre âme. Méprisez les armes des hommes. Mais ne méprisez pas les jugements de Dieu. Hélas! je crains pour vous jusqu'à ses miséricordes. Tant de grâces foulées aux pieds se tourneront enfin en vengeances. Rien n'est si terrible que la colère de l'Agneau! Mais à quoi tient-il que vous ne serviez Dieu? Vous croyez ses vérités. Vous espérez ses biens. Vous connaissez l'égarement insensé des impies. Vous sentez la vanité, l'illusion de la vie présente, l'ensorcellement du mondes, le poison des prospérités, la trahison des choses flatteuses, l'écoulement rapide de tout ce qui va s'évanouir. Vous avez été délivré malgré vous de votre esclavage. Vos fers sont brisés, et vous ne voulez pas jouir de la liberté des enfants de D[ieu] qui vous est offerte. Vous ne sauriez nommer quelque chose qui puisse encore partager votre coeur'. Que tardez-vous à chercher la paix et la vie dans leur unique source? Gustate, et videte quoniam suavis est Dominus7. O que vous serez coupable, si vous résistez à tant d'avances que Dieu fait. Combien est-il patient avec vous ! combien l'avez-vous fait attendre! combien l'avez-vous rebuté pour des amusements indignes ! O mon cher vidame, ne tardez plus. Ouvrez-lui votre coeur. Commencez à le prier, à lire en esprit de prière, à régler vos heures, à remplir vos devoirs, à vaincre votre goût pour l'amusement. En ce point le monde même, tout corrompu qu'il est, est d'accord avec Dieu. Pardon d'avoir tant prêché.

Je ne saurais prendre Courcelles. Je ne sais point encore si mon tapissier me quittera, et il me faudrait un autre tapissier'.

Mille respects à Mad. la vidame. Je souhaite fort qu'elle conserve quelque bonté pour moi.

1127. A MICHEL CHAMILLART

[20 février 1707].

1126. AU VIDAME D'AMIENS

A Cambrai] 9 février 1707.

Si je vous réponds tard, Monsieur, c'est que je ne veux pas vous répondre par la poste'. D'ailleurs vous jugez bien de l'empressement que j'aurais pour vous témoigner combien je suis attendri de votre confiance.

Monsieur,

Je ne puis m'empêcher de vous importuner sur une affaire qui alarme tout notre clergé. Le Roi a ordonné qu'on saisît les revenus du chapitre de Ste Gudule de Bruxelles', qui sont auprès de Valenciennes. On m'assure que le Roi ne l'a fait, qu'à cause que les ennemis avaient saisi les revenus de quelques bénéficiers Français, qui sont dans la Flandres espagnole. D'ailleurs

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286 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 février 1707

j'apprends, Monsieur, que le conseil de Bruxelles fait espérer à ce chapitre que s'il demande des représailles, on lui en accordera sur les biens du Chapitre métropolitain de Cambray, qui sont dans le Brabant. Ces saisies et ces représailles entraîneraient bientôt une confiscation générale de part et d'autre. Tout notre clergé craint que ce mal ne soit sans remède jusqu'à la fin de la guerre, si on le laisse commencer. On ajoute que les ennemis font entendre qu'ils sont prêts à consentir à une main-levée réciproque, dès que le Roi y consentira. Ainsi il semble, Monsieur, qu'il n'y aurait qu'à accepter cette offre. Enfin on représente que cette offre est avantageuse en ce que les ennemis auraient beaucoup plus de revenus des bénéficiers Français à confisquer, que le Roi n'en aurait à confisquer des bénéficiers qui sont sous la domination des ennemis. Souffrez, s'il vous plaît, Monsieur, que j'ajoute que le clergé de ce pays a un pressant besoin de ce soulagement. Le vil prix du blé, les ravages déjà soufferts, le péril de ceux dont on est menacé, les contributions, dont la plus grande partie retombe sur les bénéficiers', la cessation de tout commerce, et l'impuissance où chacun se trouve de se faire payer par ses fermiers mettent notre clergé dans un état violent. Je prends la liberté de vous le représenter avec tout le zèle que je dois au service de Sa Majesté, et à l'intérêt de nos églises'. Personne ne sera jamais plus parfaitement que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Cambray, 20 février 1707.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1128. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai], 24 février 1707.

Je vous envoie, mon bon Duc, une lettre pour M. le vidame. Lisez-la: si elle est mal, supprimez-la simplement. Si elle est bien, ayez la bonté de la fermer et de la rendre'. Je pense souvent à vous avec attendrissement de coeur. J'augmente, ce me semble, en zèle pour Mad. la D. de Chevreuse. Je l'ai trouvée à Chaulnes plus dégagée qu'autrefois. Elle est bonne. Elle sera, comme je l'espère, encore meilleure'. Mettez paisiblement l'ordre que vous pourrez à vos affaires, et songez à vous débarrasser. Toute affaire, quelque soin et quelque habileté qu'on y emploie, n'est point bien faite quand on ne la finit point'. 11 faut couper court pour aller à une fin, et sacrifier beaucoup pour gagner du temps sur une vie si courte. O que je souhaite que vous puissiez respirer après tant de travaux! En attendant, il faut trouver Dieu en soi malgré tout ce qui nous environne pour nous l'ôter. C'est peu de le voir par l'esprit comme un objet. Il faut l'avoir au-dedans pour principe. Tandis qu'il n'est qu'objet, il est comme hors de nous. Quand il est principe, on le porte au-dedans de soi, et peu à peu il prend toute la place du moi. Le moi, c'est l'amour-propre. L'amour de D[ieu] est Dieu même en nous. Nous ne trouvons plus que D[ieu] seul en nous, quand l'amour de D[ieu] y a pris la place avec toutes les fonctions que l'amour-propre y usurpait. Bon soir, mon bon

ler mars 1707 TEXTE 287

Duc, ne vous écoutez point, et D[ieu] parlera sans cesse. Sa raison sera mise sur les ruines de la vôtre. Quel profit dans cet échange!

1128 bis. L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

A Cambray, le' mars [1707].

Quand ce n'est qu'une fille qu'on marie', il n'y a pas moyen de faire un compliment ; vous en seriez fatiguée', Madame: mais dans un cas comme celui-ci, où ce que vous deviez souhaiter le plus vous arrive, il n'y a pas moyen de se taire, et on ne saurait craindre de vous importuner. Ma joie est assurément bien sincère, et vous m'avez toujours paru trop persuadée, Madame, de mon attachement pour vous, pour croire que j'aie besoin de m'étendre sur cela. Voilà monsieur le duc de Noailles capitaine des gardes'. Je ne vous donne qu'un an pour n'avoir plus de filles à marier'; après ce temps, je ne vous vois plus d'autres occupations que les poulets gras'.

Il y a un article que je veux traiter avec vous, mais de vive voix ; car par lettres on n'avance rien. C'est celui du voyage pour lequel vous me fîtes l'honneur de m'écrire à Bourbon. Je vous garde une ample réfutation de tout ce que vous avez pensé sur cela, et des sujets de plaintes que vous croyez avoir; et j'espère que vous n'aurez rien à me répliquer, et que vous verrez qu'on ne pouvait faire autrement6.

Je m'en vais entendre un discours latin; il serait bien propre à vous endormir. Je vous le souhaiterais à onze heures du soir. Je suis, Madame, avec un sincère respect, votre, etc.

Oserais-je prendre la liberté de faire mon compliment à madame la duchesse de Guiche', et de la faire ressouvenir de l'homme du monde qui la respecte le plus?

1128 A. G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART A FÉNELON

[11 mars 1707].

J'ai reçu, Monseigneur, avec une parfaite reconnaissance, et lu avec beaucoup de plaisir la grande, belle, et savante lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de la lecture de l'Ecriture sainte en langue vulgaire'; et j'espère profiter, pour mon diocèse, des lumières que vous m'y donnez. Il ne me reste plus, pour ma dernière instruction, qu'à vous demander si vous en donnez la permission par écrit, comme il est porté par la quatrième règle de l'Indice; quel est sur cela votre usage, et si vous communiquez à vos grands vicaires et à d'autres, tels que les doyens et des supérieurs de religieuses, l'autorité de donner ces sortes de permissions aux personnes qui sont sous leur conduite'.

Je suis, Monseigneur, avec un respect très sincère, votre, etc.

A Arras, le 11 mars 1707.

GUY, ÉVÊQUE D'ARRAS.

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288 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 mars 1707

1129. A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

A Cambray, 18 mars 1707.

Permettez-moi, s'il vous plaît, Madame, de vous faire un très sincère compliment sur la grande marque d'estime que le Roi a donnée à M. le duc de Noailles'. Il ne peut jamais vous rien arriver d'agréable que je ne le ressente de tout mon coeur. C'est avec ces sentiments de zèle et de respect que je serai le reste de ma vie, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1130. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi 21 mars 1707.

On ne peut pas dire qu'une personne est malade, quand elle n'a besoin pour se bien porter que de n'user d'aucun remède. Une santé est bonne quand on n'a besoin pour l'entretenir que de n'y rien faire. Alors on n'a point d'autres maux que ceux qu'on se fait à soi-même, en voulant se guérir de ceux qu'on n'a pas. Voilà, ma très chère fille, votre véritable état. Si vous demeuriez sans vous croire malade, et sans vouloir vous guérir, vous vous porteriez bien. Mais vous voulez vous écouter, et vous tâter le pouls. Vous vous faites malade par vos retours inquiets sur vous-même'. Les remèdes spirituels auxquels vous avez recours sans besoin et contre votre grâce, ne font que troubler votre santé et votre paix intérieure. Pourquoi n'êtes-vous pas fidèle à couper court dans les commencements? Ce qui se grossit et qui vous coûte tant dans les suites, ne serait rien si vous ne le laissiez pas croître dans votre coeur.

Ne vous embarrassez point de l'avenir pour les dames dont il s'agit. Vous avez une bonne intention pour Mad. de Risbourg 2. Mais il ne faut jamais ni vous gêner, ni vous déranger pour elle. Là liberté extérieure est nécessaire à votre état intérieur. Aidez-la doucement en ce que vous pourrez. Mais comptez que vous ne le ferez utilement qu'en demeurant en votre place, et en agissant par pure grâce. Si vous y mêlez de la délicatesse d'amour-propre et de la générosité mondaine, vous ne ferez aucun bien à Mad. de R[isbourg]. Vous vous ferez beaucoup de mal; il ne vous en reviendra que mécompte et que trouble. Pour la manière d'accorder tout ceci avec Mad. d'Oisy3, Dieu y pourvoira. A chaque jour suffit son mal; celui de demain aura soin de lui-même'. Si vous demeurez dans la simplicité que Dieu demande de vous, [vous] ne ferez que ce qu'il vous fera faire de part et d'autre. Alors vous laisserez chacun s'accommoder ou ne s'accommoder pas de votre procédé. Pour Paris, vous ne pouvez en aucune façon y aller, et encore moins vous occuper de cette pensée. Délaissez-vous à Dieu, sans voir jamais au-delà du moment présent. C'est la plus grande de toutes les morts, et la plus opposée à toute l'illusion de l'amour-propre. Bonsoir. Dieu sera avec vous, si vous n'êtes pas avec vous-même.

Printemps 1707 TEXTE 289

1131. A PERCIN DE MONTGAILLARD

[Printemps 1707]'.

Monseigneur,

Je reçus l'été dernier une courte lettre que vous me faisiez l'honneur de m'écrire, pour m'en promettre une plus longue, qui était une seconde réponse à mes instructions pastorales, et que vous m'aviez déjà envoyée par la voie de Paris. J'ai toujours attendu inutilement cet ouvrage. Enfin j'ai appris qu'il était imprimé et je n'en ai eu un exemplaire que de la main de ceux qui le vendent... Il n'est pas juste que nous soyons, ni vous ni moi, responsables du chemin que nos lettres font après qu'elles sont sorties de nos mains'. J'avais envoyé la mienne par la poste faute de toute autre voie. Le paquet était cacheté avec mon cachet ordinaire. S'il a été ouvert sur la route, c'est ce que je n'ai pu ni prévoir ni empêcher; et vous êtes trop équitable pour me savoir mauvais gré de ce qui est arrivé contre mon intention.

1132. A DOM FR. LAMY

A C[ambrai] 25 mars 1707.

Je ne veux point, mon Révérend Père, former aucun sentiment sur la sincérité de la personne que vous avez examinée, ni me mêler de juger des choses qu'elle prétend éprouver. Vous pouvez bien mieux en juger après avoir observé de près le détail, que ceux qui comme moi n'ont rien vu ni suivi. En général je craindrais fort que la lecture des choses extraordinaires n'eût fait trop d'impression sur une imagination faible. D'ailleurs l'amour-propre se flatte aisément d'être dans les états qu'on a admirés dans les livres. Il me semble que le seul parti à prendre est de conduire cette personne, comme si on ne faisait attention à aucune de ces choses, et de l'obliger à ne s'y arrêter jamais elle-même volontairement. C'est le vrai moyen de découvrir si l'amour-propre ne l'attache point à ces prétendues grâces. Rien ne pique tant l'amour-propre, et ne découvre mieux l'illusion, qu'une direction simple, qui compte pour rien ces merveilles, et qui assujettit la personne en qui elles sont, de faire comme si elle ne les avait pas. Jusqu'à ce qu'on ait fait cette épreuve, on ne doit pas croire, ce me semble, qu'on ait éprouvé la personne, ni qu'on se croit précautionné contre l'illusion. En l'obligeant à ne s'arrêter jamais volontairement à ces choses extraordinaires, on ne fera que suivre la règle du bienheureux Jean de la Croix, qui est expliquée à fond dans ses ouvrages: On outrepasse toujours, dit-il, ces lumières, et on demeure dans l'obscurité de la foi nue'. Cette obscurité et ce détachement n'empêchent pas que les impressions de grâce et de lumière ne se fassent dans l'âme, supposé que ces dons soient réels, et s'ils ne le sont pas, cette foi qui ne s'arrête à rien garantit l'âme de l'illusion. De plus, cette conduite ne gêne point une âme pour les véritables attraits de Dieu, car on ne s'y oppose point. Elle ne pourrait que contrister l'amour-propre, qui voudrait tirer une secrète complaisance de ces états extraordinaires, et c'est précisément ce qu'il importe de

290 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler avril 1707

retrancher. Enfin, quand même ces choses seraient certainement réelles et excellentes, il serait capital d'en détacher une âme, et de l'accoutumer à une vie de pure foi. Quelque excellence qu'il puisse y avoir dans ces dons, le détachement de ces dons est encore plus excellent' qu'eux; adhuc excellentiorem viam vobis demonstro3. C'est la voie de foi et d'amour, sans s'attacher ni à voir, ni à sentir, ni à goûter, mais à obéir au bien-aimé. Cette voie est simple, droite, abrégée, exempte des pièges' de l'orgueil. Cette simplicité et cette nudité font qu'on ne prend point autre chose pour Dieu, ne s'arrêtant à rien'. Si vous n'agissez que par cet esprit de foi, que vous devez inspirer à la personne, Dieu vous fera trouver ce qui lui convient pour être secourue dans sa voie, ou du moins ce qui vous conviendra pour n'être point trompé. Ne suivez point vos raisonnements naturels, mais l'esprit de grâce, et les conseils des saints expérimentés, comme le bienh. J[ean] de la C[roix], qui sont très opposés à l'illusion. Dieu sait à quel point je suis, mon R[évérend] P[ère], tout à vous à jamais en lui.

1133. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

A Cambray, ler avril 1707.

Je vous plains fort, Madame, mais Dieu qui ne veut pas nous laisser égarer a bordé notre chemin d'épines, afin que nous ne sentions que la douleur dès que nous cherchons à droite ou à gauche quelque satisfaction de l'amour-propre. Cette rigueur est une aimable miséricorde. Le seul moyen d'apaiser ou du moins de ralentir la critique des hommes est de se taire, de s'abstenir de se mêler des choses où ils ont quelque part, et de laisser les affaires aller si mal qu'on ne puisse pas vous accuser de les conduire à votre mode. Le pis-aller est que les esprits inquiets fassent des rapports sans aucun fondement ou donnent des ombrages contre vous. On ne saurait être à l'abri de l'orage, quand on est exposé aux soupçons de personnes puissantes, qui sont crédules, inappliquées et obsédées par des flatteurs'. Il n'y a que la patience qui puisse remédier à ce mal. Tous les autres remèdes qu'on y chercherait seraient souvent pires que le mal même. La consolation qui doit nous soutenir dans ces embarras est que tout ce qui trouble notre repos sert à nous détacher de la vie et à nous désabuser du monde. S'il nous flattait, sa flatterie serait un poison pour nos coeurs. Nous sommes trop heureux qu'il nous rebute, qu'il nous tracasse, et qu'il nous force à nous éloigner de ses vanités. Il nous sert bien plus utilement en nous donnant des croix qu'en nous trahissant par de fausses amitiés. O Madame, laissons les hommes et n'aimons que Dieu. Du moins ne ménageons les hommes que pour l'amour de lui. Quand nous aurons fait vers les hommes ce que Dieu demande, le meilleur pour nous est que nous n'en ayons aucune récompense en ce monde. Il n'y a qu'un seul ami sur qui on puisse compter. Si quelqu'un est ami fidèle et solide, il ne l'est qu'en Dieu. Il n'est point de ce monde. Le silence, la paix, la retraite, l'oraison, la joie de n'être rien, l'union humble et familière avec le bien-aimé dédommagent au centuple de ce que les prospérités du monde donneraient. Un jour dans la maison de Dieu vaut mieux que mille dans les tabernacles des pécheurs'. Ménagez votre santé; accoutumez-vous à vous passer de tout

6 avril 1707 TEXTE 291

ce qui dissipe. Comptez que le plus grand bien qu'on puisse faire est de mourir à la vivacité, à sa délicatesse et au goût de faire de belles choses, si Dieu veut nous tenir dans l'inutilité. Vous ne me feriez pas justice si vous doutiez des sentiments avec lesquels je vous suis de plus en plus dévoué en N.S. Je serai jusqu'à la mort plein de zèle et de respect pour vous, Madame. Que ne puis-je vous en donner les marques!

1134. Au CARDINAL FABRONI

[6 avril 1707].

Eminentissime Domine,

Valetudo, quœ diu minus prospera fuit, necnon et longum iter factum ad salubres aquas per œstatem ad finem usque autumni multa denique alia quœ instabant, in causa fuere cur neutri epistolœ ab Eminentia vestra beni-gnissime scriptœ responderim. Priorem a me nunquam fuisse acceptam, posteriorem vero cum exemplo prioris tardius advenisse Deus ipse testis est'. Ex utraque jucundissime certior factus sum, constanter etiamnum perseve-rare carissimam hanc qua me dignatus es benevolentiam. Immensas autem gratias ago, Eminentissime Domine, quod cum tanta benignitate me admo-nueris, ne Sedis apostolicœ minus studiosus ‘idear. Verum, ut opinor, nulla jam quœstio superesse potest de his quœ in primo pastorali mandato deside-randa putabas.

I. Pater Daymeriques, doctissimus ac piissimus in nostro Belgio Societatis Jesu provincialis, antequam Rome mortem obiret, ad me scripsit, se ves-tram Eminentiam ex meo nomine salutavisse et fuse esse allocuturni; ita ut discussis rei visceribus, Eminentiœ vestre omnino perspectum fuerit me dicenda dixisse, et reticuisse tacenda.

II. Si non dedigneris perlegere alia pastoralia quœ edidi Documenta, facile compertum erit nullum, ne uno quidem excepto, antistitem esse apud Francos, qui in eo negotio tanta tamque studiose, quanta ego, de Sedis apos-tolicœ auctoritate dixerit. Videre est prœsertim LVIII caput tertii pastoralis Documenti (page 701)4, in quo aperte declaratur me in toto operis decursu, nihil assertum vel insinuatum voluisse, quod hujus sedis infallibilitati tantil-lum obesset. Quin etiam diligentissime explanavi qua ratione objectio ex Honorii litteris petita commode solvatur. Quid plura optanda sint, certe me fugit. Quidquid hos fines excedit, a disputata contra Jansenistas quœstione alienissimum est. Hoc unum igitur oro, ut ego, qui multo impensius, quam cœteri omnes Franci antistites in ea occasione Sedis apostolicœ auctoritatem prœdicavi, non sim solus qui eam minus laudasse dicatur.

III. In recentiore mandato' de accipienda apostolica constitutione, non solum retuli singulas voces quœ supremam auctoritatem in constitutione prœ se ferunt, sed etiam accersivi ea quœ in Brevi ad cardinalem de Noailles scripta sunt de pollicitatione Petro facta, et de prœstando fidei obsequio, dum Petrus loquitur. Neque certe quisquam alius antistes hœc commemo-rare ausus est 6.

292 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1707

IV. Verum quidem est me passim dixisse pastorale corpus falli nescium esse circa dogmaticos textus'. Sed prœterquam quod idem pariter dixi de Ecclesia generatim sumpta, insuper nihil mirum est, si perspicuitatis causa, in eo controversiœ decursu, pastorale corpus, quod docet, opposuerim popu-lari corpori, quod docetur. Cœterum luce clarius est hanc vocem pastorale corpus, hoc idem prœcise sonare, quod sonat et hœc alfa, Ecclesia universa-lis, si laicos excipias. Enimvero, exceptis laicis, pastorale corpus id totum eodemque ordine complectitur, quod universalis Ecclesia. lgitur utraque locutio œque complectitur atque membra capiti necessario adhœrentia, videlicet et sedem apostolicam, que ceteris membris celsiore fastigio praeeminee, et inferiores omnes ecclesias, ejus communione gaudentes. Ita-que qui dicit pastorale corpus, aperte dicit universalem Ecclesiam, semota laicorum turba, cujus est non docere, sed doceri. Quidquid vero de Sede apostolica subaudis dum loqueris de Ecclesia generatim sumpta, hoc totum pari jure subaudiri oportet, dum loqueris de pastorali corpore; siquidem hœc sedes non minus est pastoralis corporis, quam totius Ecclesiœ caput.

V. Si loquendo de infallibilitate Ecclesiœ, adjecissem hanc Ecclesiam infallibilem, esse Romanam, ingens tumultus obortus fuisset: ambiguam esse et subdolam ejusmodi locutionem inclamitassent malevoli. Necessum fuisset hanc interpretari. Si interpretatio pontificiam infallibilitatem non asseruisset, id certe Sedi apostolicœ fuisset multo ingratius, eamque magis offenderet ; si vero interpretatio pontificiam infallibilitatem insinuasset, continuo omnes regni ordines, facto impetu, in me irruissent. Neque sane opus est ut id conjectura assequamur. Res enim tota patet exemplo aliquot episco-porum qui non expectato Parlamentorum nutu, primum Summi Pontificis breve promulgaverant. Confestim damnata sunt a Parlamentis eorum mandata'. Nemo autem non videt, quam acrius in me invecti fuissent, si Regis gratia jamdudum privatus, volens tamen ac prudens impegissem in hoc idem quod in illis episcopis modo reprehendi noveram.

VI. Id ipsum quod Cisalpinorum animos gravissime offendisset, pariter a Transalpinis jure merito vituperaretur. Etenim sapientissimus Pontifex, qui episcopos in promulgando brevi promptiores asperrimœ Parlamentorum censure, pacis servandœ studio, permiserat, rigidiori censure me pariter permisisset. 'taque oppositis utrisque partibus visus fuissem homo inconsul-tus, improvidus ac leviusculœ mentis, qui supremam Sedis apostolicœ aucto-ritatem inverecundœ criticorum disputationi, et aperto ha2reticorum ludi-brio temere commisisset. At vero si me imprudentiœ non arguissent, id mihi gravissimo crimini versum fuisset, quod Pontificem inter et Regem dis-cordie incentiva quasi ex insidiis a me injecta viderentur.

VII. Si vel minima vocum ambiguitate controversiam movissem de Pon-tificia infallibilitate, statim Jansenistœ voti compotes, immutata scilicet vera quœstione, me toti Francorum genti et clero invisum fecissent. Man certe illi ipsi homines, qui verse controversiœ angustiis pressi jam nullum habent sue cause praesidium, conversa adversus me Francorum prœsulum acie, indi-gnum triumphum egissent.

VIII. Ea de causa insignes theologi qui colendœ Sedi apostolicœ in aca-demia Parisiensi prie cœteris omnibus student, tum temporis me litteris fre-quentibus monebant 1°, ne vel vocula emitteretur quœ Pontificiam auctorita-

6 avril 1707 TEXTE 293

tem insinuaret; quippe que foret huic Sedi inutilis et injucunda, inofficiosa patrie, et Jansenistis commoda ad declinandam disputationem.

IX. Hœc est autem hujus secte fraus et astutia, ut dum me Romœ quasi Sedi apostolicœ minus devinctum carpere student, Parisiis quasi turpissi-mum papalis infallibilitatis adulatorem obrodant. Jamvero per omnes regni provincias late spargitur libellus, cui titulus est: Secunda D. episcopi Sancti-Pontii epistola ad D. archiepiscopum Cameracensem, de papali infallibili-tate". Quasi vero de papali infallibilitate ulla quœstio esset, his artibus, his-que offuciis, utrique curie Romane scilicet et France periculosissime illu-ditur. Hic autem veniam oro, si ea ipsa quœ de Cœlestio dixerat olim Augustinus cum collegis, de Janseniana factione repetam. «Audivimus enim esse in urbe Roma nonnullos qui diversis de causis ei faveant. »12 Dum clandesti-nis fautorum susurris me Pontificiœ auctoritati minus addictum ROM32 simulant, nullum Parisiis lapidem non movent, ut singuli Sorbonœ professo-res quatuor propositiones in comitiis cleri Gallicani anno 1682 sancitas in scholis docere, et baccalaurei in thesibus tueri cogantur. Hujus autem factio-nis asseclœ, tum in Francia, tum in Belgio Sedis apostolicœ auctoritatem palam vilipendunt et irrident. Lovanii et Duaci mos ille jam invaluit, quam-vis Belgicœ hœ academiœ ex Pontificum gratia institut et munificentia illustratee sint.

X. Absit igitur, ut ab Eminentia vestra criticorum audaciam deflente dis-sentiam. Antesignanos hujus factionis Paulum Sarpi, de Dominis, Riche-rium '3, innumerosque alios nostrœ œtatis forte pejores horreo. Nihil est cer-tum quod non fastidiant et non impugnent, nihil abnorme et inauditum quod non asserant. Horum principiis imbuti doctores, qui nobilium juve-num studia moderantur, omnium studiorum fontes hoc veneno inficiunt. Ita juvenes fut uri aliquando episcopi vel prœcipui insignium ecclesiarum docto-res pessime instituuntur. Non sic majores, non sic. Sensim corrumpitur pura et antiqua cleri institutio. Jam oblitteratur, jam sordescit et jacet sobria hœc et temperata, quam commendat Apostolus sapientia ". Deridetur justorum simplicitas. Imminet horrendi schismatis periculum. Impudentissime dicti-tant, meticulosam esse Romam, atque incertam animi, ita ut de suis viribus diffidens, sola dexteritate polleat, neque quidquam nitide ac prœcise deter-minet, sed inani verborum fastu, uni suie auctoritati tuendœ consulat' . Jamdudum petulans hoc hominum genus in apertum defectionis scelus pro-rupisset, nisi obstaret ingenua Ludovici erga Sedem apostolicam pietas. Hos equidem homines plus quam hœreticos a nostra communione jampridem seclusos metuerim, quippe qui intra Ecclesiœ septa impune grassantur. Hos optarim vehementissime refelli a scriptoribus, qui sobriœ critices periti, ef-frœnatam hanc criticem retundant. Quo magis autem se metui et palpari putant, eo magis elati omnia sibi permittunt. Quidquid heterodoxum scriptis asseruerint, si Sedes apostolica taceat, ejus silentio comprobari gloriantur.

XI. Ego vero ingenue dicam (quandoquidem id rescire optas) neminem vere catholicum mihi videri, nisi sit penitus ei persuasum Sedem apostolicam esse universalis Ecclesiœ fundamentum, centrum atque caput. Nempe fun,- damentum est, super cujus fortitudine aeternum exstruitur templum16, ne porte inferi unquam prœvaleant. Centrum est, ad quod propter principalio-trm potentiam, necesse est omnem Ecclesiam de fide docenda convenire". Caput est, quo avulso jaceret detruncatum atque adeo exanime reliquum

294 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1707

Ecclesiœ corpus. Ergo supponere nefas est hinc caput, et illinc truncum dis-silire. Ex ipsa Christi pollicitatione, blasphema est hac suppositio. Quidquid sentit caput, sentit et corpus reliquum. Quidquid sentit corpus, vicissim et caput sentit. Unum os, una vox, una mens, unus idemque spiritus est, qui caput• et membra dirigit. Porro dissentire circa fidem, esset diverso spiritu agi, divelli ac dissilire. Cum autem corpus immortale discerpi ac dissilire non possit, hinc est quod caput Ecclesiœ, ac reliquum pastorale corpus circa fidem dissentire nequeant. Procul igitur absint scholarum argutiœ, quœ ex ea impossibili suppositione oriuntur. Quis unquam sana mentis dixerit, arcis fundamentum disjici posse, dum imposita arcis moles immota manebit. Quis unquam dixerit fidei docendae centrum posse corrumpi, dum incorrupta manebiti8 ipsa fidei doctrina, quœ instar sanguinis in corpore humano fluens, a centro ad extrema membra, et ab extremis membris ad centrum cir-culat ? Quis denique dixerit unquam in ea compage corporis, ex promissione nunquam intermorituri, caput a corpore, aut a capite corpus posse disjungi sive dissentire in fide docenda? Fides Petri, pro qua rogavit Christus, in Sede Petri nunquam defectura est. Imo Petrus ex sua prœcelsa sede fratres eccle-siarum omnium antistites, omnibus diebus usque ad consummationem sœculi confirmabit ", ne porta inferi adversus Ecclesiam prœvaleant". Seclusis igitur scholarum quœstionibus, quœ ex impossibili suppositione gignuntur, hœc credere, hœc amplecti, hœc tueri, his immori juvat. Neque certe desperarem nostros Cisalpinos (si acriorem criticorum turbam excepe-ris) cum Transalpinis vestris in temperatam sententiam descensuros esse, modo res tota non argute, sed pacato et pio animo discuteretur. Profecto (nisi forte mihi ipsi valde illuserim) nihil est quod in hac vita sperem aut metuam, unde in aperiendo intimo animi sensu, tardior aut mollior esse velim. Atta-men hœc Hieronymi ad Augustinum dicta usurpare mihi liceat : « Incidit tempus difficillimum, quando mihi tacere melius fuit, quam loqui. »21

XII. Valde metuo, nedum infallibilis auctoritas hinc Inde trahitur, ita ut alii conciliis, alii Pontificibus eam tribuant, ipsa, ipsa auctoritas infallibilis in praxi sensim vilescat, quoniam utrique tribunali œque illuditur. Quid enim, quœso, in praxi restabit vel concilio vel Pontifici, si novatores impune contendant Ecclesiam semper optime sentientem intra se, posse male loqui ac docere, ita ut textus definitionis sit propositio formaliter hœretica? Quid proderit recta Ecclesiœ sententia circa sensum revelatum, quisquis ille sit, si ipsa definitio qua sensus ille exterius assignatur, possit fideles in errorem inducere? Neque enim Christus ait: Euntes sentite, cogitate, credite, etc. ; sed Euntes docete omnes gentes... et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem saeculi". Porro docere est loqui, sive texere voces, atque adeo contextus edere. Docere est per grammaticœ regulas ipsam fidei regulam tradere. Ergo promisit Christus se omnibus diebus usque ad consummationem sœculi, esse Ecclesiœ affuturum, ut cum ea doceat gentes, et textus fidei servandœ congruos edat.

Prœcipui Jansenianœ factionis scriptores, hoc argumento permoti, diserte confessi sunt, Ecclesiam esse ex promissis infallibilem circa textus, quibus constat corpus sua traditionis, ac potissimum circa textus symbolo-rum, et canonum quos ipsa condidit. At vero si Ecclesia infallibilis est in explicandis symbolorum et canonum textibus quos olim condidit, quanto magis dum ejusmodi textus hic et nunc edit et promulgat ! Atqui canon nihil

6 avril 1707 TEXTE 295

est aliud quam condemnatio alicujus brevioris textus, quemadmodum con-demnatio libri Janseniani est veluti canon contra fusiorem textum editus. Ergo quisquis fatetur Ecclesiam esse infallibilem in condendo canone contra breviorem textum, nonnisi absurdissime negare potest eam esse pariter infal-libilem in edenda Janseniani libri condemnatione. Hœc quippe condemna-tio, ut jam dictum est, idem omnino preestat ac longior canon, cui ministros omnes absolutissime assentiri per juramentum Ecclesia cogit.

Eo usque tamen petulantiorum Jansenistarum audacia prorupit, ut in propugnandis Duaci thesibus asseruerint, fideles unicuique canoni conditio-nate tantum assentiri posse". Ideœ nescio cui volunt adhibendam esse fidem absolutam, siquidem sensus, quem Ecclesia in mente habet, dum canonem edit (quisquis sit sensus ille) est revelatum dogma: at vero cum Ecclesia in assignando per voces hoc sensu, possit in errorem facti impingere, fieri potest ut textus canonis sensum plane diversum ab eo quem Ecclesia intendit exterius proferat. Itaque unusquisque fidelis potest ita secum disserere: « Mihi certissimum est hanc doctrinam quam tueor, esse purissimum anti-quissimœ traditionis dogma. Hoc autem dogma toties ab Ecclesia compro-batum, ab ipsa damnari non posse lute clarius est. Igitur Ecclesia hunc sen-sum damnari certissime noluit. Sed potuit ex errore facti contra suam men-tem, huj us purissimi sensus condemnationem in textu minus congruo expri-mere. Itaque hunc textum ea lege et conditione accipio, ut doctrinœ, quam antiquitus traditam certissime scio, nullatenus incommodet. Si vero huic doctrinœ antiquitus tradite tantulum adversaretur, tum certe hunc canonis textum nonnisi in sensu improprio et sententia accommodato acciperem». Qua quidem novatorum deliria si toleres, canonum textus, quamtumvis nitidi, perspicui, et decretorii, jam non erunt absolutœ fidei regulœ, sed cavillantium ludibria. Ea conditione Socinianus occultus Nicœnum symbo-lum libens amplexurus est, modo textus ille Trinitatis et Incarnationis myste-ria non significet, aut in sensu allegorico tantum accipiatur. Ea conditione Calvinista apud Francos ficte conversus Tridentinos canones alacri animo suscepturus est, modo liceat textum ad minus proprios, videlicet illusorios sensus flectere. Sic nulla deinceps occurret secta, quœ in accipiendo symboli vel canonis textu unquam anceps heereat. Decreta omnia omnes in sensu improprio amplexuri sunt, nihil credituri, prœter ideam prœjudicatis opi-nionibus accommodatam. Quidquid credunt novatores nunquam condem-natum reputabitur, quantalibet perspicuitate Ecclesia id condemnaverit. Nulla unquam erit de sensu, sed de sola verborum significantia disputatio. Expressissimee definitiones subdola verborum contorsione semper eluden-tur. Conditionato assensu non deponitur error, sed absconditur. Vulnus tegi-tur, non curatur. Ecclesiae illuditur, non paretur24. His artibus Ecclesia catho-lica quœ non habet maculam aut rugam", dum omnes circa fidem a se dis-sentientes suo sinu pellit, fieret omnium sectarum colluvies.

Non ita docebat Chalcedonense concilium, quod Theodoretum coegit, nulla admissa exceptione, Nestorio propter scripta atque dicta absolutum anathema dicere. Non ita quinta generalis synodus, dum declarat trium tex-tuum condemnationem pronuntiari ex auctoritate falli nescia, quœ vi pro-missionum Ecclesiœ tribuitur. Non ita quadraginta antistites in comitiis cleri Gallicani, anno 1656, qui dicebant Jansenistas ad facti quaestionem, in qua Ecclesiam falli posse dotent, controversiam deducere niti...; sed decisionis

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296 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1707

auctoritatem ad juris quaestionem restrictam esse; dum declaratur, doctri-nam Jansenii, quam opera illo sua explicuit, in propositionum conjixarum materia pont' cia constitutione damnatam fuisse. Non ita iidem antistites, dum asseverabant Jansenianum factum, de quo unice tum disputabatur, ab Ecclesia declarori ex eadem irtfallibili auctoritate, qua de ipsa fide judicat" Hœc vero a comitiis Gallicani cleri pronuntiata, a sequentibus comitiis, annorum 1660 et 167527, con firmata sunt. Qua fronte igitur dici potest, me novam hanc et commentitiam circa textus infallibilitatem excogitasse, cum hœc ipsa tum in antiquissimis conciliis, tum in nuperrimis Gallicani cleri comitiis expressissime asserta fuerit? Hanc diserte innuit recens constitutio. flanc evidentissime sonat Breve ad cardinalem de Noailles scriptum, cujus ego solus inter tot alios antistites memini". Flanc nullus ante Jansenistas scriptor in dubium revocavit. Qua vero de causa recentiores quidam hanc infallibilitatem a majoribus traditam convellere studeant, promptum est dicere, scilicet extremum hoc suffugium Jansenistis prœcludi nolunt.

Nunc autem rninistri Protestantes arrectis auribus intentisque oculis ad-stant, ut controversiœ finem explorent. Porro secum ita disceptant. «Si Romana Ecclesia pronuntiet se esse ex promissis falli nesciam in condendis et explicandis definitionum textibus, in hoc sibi ipsi constabit. Quid enim mirum est si velit Ecclesiam in cogitando infallibilem ut supponitur, in docendo pariter infallibilem" esse? quid vero esset absurdius aut ineptius, quam ea manca infallibilitas circa nescio quem sensum, quœ ad assignan-dum per voces hune eumdem sensum fallibiliter applicaretur? Insulse igitur sibi ipsi deesset hœc Ecclesia, si se in judicando interius infallibilem prœdi-cans, se in docendo exterius fallibilem esse fateretur. At vero si in tantum ex-cœcata sit ut detruncatam hanc et in praxi nullam infallibilitatem sibi suffi-cere putet, hanc certe non impugnaturi, sed irrisuri sumus, neque ab ea rece-dere nobis unquam necessum fuisset, si hac vacua infallibilitatis imagine olim esset contenta. Ostentet quanto libuerit fastu se infallibilitate naturali prœditam esse circa textus evidentes: ea naturalis infallibilitas ex sola tex-tuum perspicuitate petita, cuivis homini sagaci et litterarum perito competit; quod si cuivis perito, quanto magis toti nostrœ Protestantium pastorum atque doctorum congregationi? Neque vero generalis Romanorum synodus generalem nostram synodum ingenio, labore, eruditione, peritia aut veri studio antecellit. Quamobrem si de sola hominum perspicacitate, et textuum evidentia nunc agiter nihil est sane, quod Romani prœsules primo intuitu cernant, nostrorum vero oculorum aciem fugiat. Ergo excusso formidandi imperii jugo, et admissa hac naturali infallibilitate, quœ utrique synodo eque competit, de textuum evidentia, liberrimo examine disputemus. Tum certe enervis hac infallibilitas, quœ tanto cum fastu ostentabatur, tandem aliquando redipiscentibus Romanis ludibrio versa, solis insipientibus et idio-

tïs exit.» Ita passim Hollandiœ doctos et criticos homines argumen-tari ex muftis litteris certior factus sure.

'taque semota omni exaggerata locutione, dilucide patet de summa rerum hic agi. Videat Petrus desuper, et labantes fratres confirmet. Virum

doctum, pium, veri rectique tenacem, splendidissima denique dignitate pro rnerito ipsius, votisque meis ornatum, vera cum reverentia compello. Confu-gio ad petram, qua fundatur Ecclesiee moles, ne prœvaleant port inferi. Hinc est quod contra spern in spem credere velim30. Neque certe doctissimus 6 avril 1707 TEXTE 297 et piissimus Pontifex, abjecta humanœ ambitionis industria, singulari et mirifico omnium consensu, ad supremam capessendam auctoritatem vim passes esti', nisi ut Petrus ejus ore loquens veram et in praxi decretoriam Ecclesiœ infallibilitatem in tuto ponat.

non esse velim, Eminentissime Domine, Eminentiœ Vestrœ humillimus et obsequentissimus servus.

Absolutissima cum observantia, et intimo devoti animi cultu nunquam

Cameraci, 6 aprilis 1707.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

Facile perspectum erit Eminentiœ Vestre, non divulgandam esse hanc epistolam, quœ si sensim compluribus notuisset, dum legenda committere-tur, ad omnes brevi perveniret, et asperrime impugnaretur. Unde impensis-

sime oro, ut eam celes32.

1135. AU CARDINAL GABRIELLI

16 avril 17071.

Eminentissime Domine,

Multa sunt quœ per annum obstiterunt ne ad Vestram Eminentiam scri-berem ', infirma scilicet valetudo, longum iter ad salubres aquas, imo et diu-tina lucubratio ad investiganda magis ac magis traditionis monumenta circa auctoritatem Sedis apostolicœ2. Prœterea rescivi epistolam ad me scriptam ab eminentissimo D. cardinali Fabronio, vel interceptam, vel casu amissam fuisse. Quo quidem experimento monitus, timui ne meœ ad Eminentiam Vestram litterœ pariter interciperentur. Nunc vero amici quidam de ia hac re periti asseverant nullum subesse periculum, modo litterœ per Francm non transeant, sed per Leodiensem viam Germaniœ veredariis committantur. His suasionibus eo libentius assentior, quod nonnulla quamprimum scribend esse mihi videantur.

I. Minime decet, ni fallor, ut lateat Eminentiœ Vestrœ quidquid emi-nentissimo D. cardinali Fabronio respondeam. Enimvero tanta benevolentia me prosequi dignatus es, ut me totum meaque omnia sibi debeam, ac debere juvet. Primo ipsi explicatur hoc idem quod œgre tulerat, nempe cur de pasto-rali cor ore fusius, parcius vero de Sede apostolica in primo pastorali Document° dixerim. Cum autem hec singula me jampridem ad Eminentiam Ves-tram scripsisse meminerim3, hic non esse repetenda puto. Postea vero ipsi candidissime declaratur quid de auctoritate Sedis apostolicœ sentiam. Nimirum ea Sedes singularis ex institutione Christi erit omnibus diebus usque ad consummationem saecule fundamentum, caput atque centrum universalis Ecclesiœ. maque quidquid promissum est toti Ecclesiœ, us qua

tenus est integrum corpus, hoc idem promissum est huic Sedi,immota sit moles quaten menti, capitis capitis ac centri munere functura est. Profecto, si

298 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1707

imposita, necesse est ut fundamentum, quo moles nititur, immotum perma-neat. Profecto, si pastorale corpus nunquam est intermoriturum, necesse est

ut caput immortalis hujus corporis nunquam moriatur5. Profecto, si pastorale corpus jugi incolumitate donatur, necesse est ut purissima traditio, instar sanguinis in corpore humano nunquam non circulantis, a centro ad extrema et ab extremis ad centrum, sine ulla intermissione circulet. Hœc est forma pastorali corpori a Christo indita, quam corrumpi, vel interrumpi, vel alterari nefas esset nos supponere. Si fundamentum disjiceretur rueret et moles imposita: si periret caput hujus corporis, jaceret corpus deforme, detruncatum et exanime. Si corrumperetur centrum traditionis quœ per extrema circulat, corrumperetur, cum suo fonte, et fomite, tota traditionis massa circulans6. Procul igitur absit a nobis hœc suppositio promissioni repugnans, videlicet truncum corpus a capite aut a corpore caput dissilire sive dissentire unquam posse. In corpore individuo una vox est, unum os, una mens, unus spiritus, qui individuam hanc corporis capitisque compa-gem regit. Quidquid sentit caput, sentit et corpus reliquum. Quidquid sentit corpus, vicissim sentit et caput. Unde ex sententia capitis certissime colligi-tur corporis consensio, ac vice versa ex sententia totius reliqui corporis cer-tissime colligitur consensio capitis indivulsi.

Id autem discriminis est inter Ecclesiam hanc quœ capitis officio fungi-tur, et cœteras omnes privatas Ecclesias, quod cætera, singulatim sumptœ, sint tantum partes integrantes, ut aiunt scholœ, hœc autem singularis Eccle-sia sit pars essentialis. Quid enim magis essentiale excogitari potest, quam pars ea quœ fundamentum, caput et centrum est? Singulœ aliœ abscindi possunt, quemadmodum pes aut manus corrupta resecatur. Sic plurimœ illœ Orientales Ecclesiœ, quœ tamdiu floruerant, in schisma et hœresim tandem prolapsœ sunt, ita ut jaceant amputatœ et exanimes. At vero caput aut cor, sive centrum corporis, est pars ita essentialis corpori, ut, ea resecata, nihil esset vitale residuum, nihil superesset, nisi deforme et instituto ordini repu-gnans. Igitur iterum atque iterum respuenda est ea perniciosa suppositio, videlicet caput a corpore et a capite corpus dissentire posse. Ex ea suppositions quasi fonte virulente diffluunt innumerœ quœstiones et argutiœ, quas si radicitus resecueris, jam nulla aut pene nulla supererit catholicos inter theologos œmulatio et discordia.

Verum ut exstirpetur infelix hœc controversia, pauca restant quœ eliquari necesse est, nempe quid sit ea sedes quœ apostolica nuncupatur, et quœ ab omnibus traditionis testibus tanta veneratione colitur; deinde in quo prœcise sita sit ea singularis promissio, qua constat hanc sedem nunquam convelli posse.

1° Hœc sedes est ea singularis Ecclesia in qua Petrus olim sedit, et in qua, ut aiunt Patres, zeternum sedebit ipse. Nimirum ea est Ecclesia quœ Petri suc-cessores ut suos peculiares episcopos agnoscit. Quemadmodum Neapolitana hase dicitur ecclesia, quœ Neapolitano antistite et clero constat, sic etiam Ecclesia mater ac magistra illa dicitur quam suo antistite et clero constare patet. Porro perspicuum est sedem a sedente multum differre, nec temere ab antiquis multo plura de sede quam de sedente prœdicantur7. Sedens moritur, sedens aliquando incertus est; sedes vero, etiamsi vacet aut ab incerto sedente occupetur, eadem immota manet. Jugi et 2equabili fastigio prœemi-net. Hac sede vacante, universalis Ecclesia suo capite carere non potest. Ergo

6 avril 1707 TEXTE 299

constat hanc sedem, sive quispiam sedeat, sive vacet, nunquam non esse caput universalis Ecclesiœ. Idem dicas necesse est de fundamento ac centro. Etiamsi per quinquaginta annos vacaret hœc sedes, obstinato schismate afflicta, nihilo tamen minus ipsa permaneret fundamentum, caput et cen-trum totius Ecclesiœ. Ergo fundamenti, capitis et centri officium atque auc-toritas remanet in sede, etiamsi nullus Pontifex sedet'.

2° Promissum est Ecclesiam super hac petra fundatam nunquam quati posse, ita ut port inferi, sive errores, prœvaleant 9. Promissum est Eccle-siam in ea forma permansuram esse incolumem, ita ut caput capitis officio et reliquum corpus corporis munere rite fungatur. Promissum est caput in hoc prœcise suo munere functurum esse, quod fides Petri in sua sede nun-quam defectura sit, imo fratres omnium gentium episcopos, si aliquando labare videantur, petrœ soliditate confirmet. Fides autem non solum intus servanda, sed etiam exterius docenda promittitur. Quemadmodum promitti-tur populari " corpori fides, qua intus credant populi, ita promittitur pasto-rali corpori fides quam pastores exterius doceant : Euntes, inquit Christus, docete omnes gentes..., et ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummationem saeculi". Itaque vi promissionis Christus docens erit una cum sponsa omnibus diebus. Hœc autem ipsissima fides quam docebit pastorale corpus, nunquam deficiet in sede Petri. Igitur nunquam deficiet in docenda fide Sedes hac in qua Petrus est caput pastoralis corporis. Quod si promissio pastorali corpori facta fidem docendam spectet, sequitur docen-dam fidem nunquam esse defecturam in ea sede, imo Petrum in sua sede gentes semper docentem omnibus diebus confirmaturum esse fratres in docenda fide, si in eo munere implendo minus prompti sint.

3° His positis, liquet concilia non esse oecumenica, id est, concilia Eccle-siam universalem non rite reprœsentari nisi prœsit ea sedes sive Ecclesia, quœ cœterarum omnium caput agnoscitur. Integrum Ecclesiœ corpus constat capite et membris: ergo oportet ut reprœsentatio caput et membra co-hœrentia reprœsentative complectatur. Alioquin reprœsentaret corpus ace-phalum. Absit tamen ut dicam concilium non esse oecumenicum, nisi adsit persona Pontificis. Persona Pontificis mortem obiisse potest, vel tempore schismatis potest esse incerta, vel potest in hœresim lapsa esse, ut plerique vestri Transalpini passim fatentur ". At vero clerus " principalis Ecclesiœ neque extingui, neque incertus esse, neque totus in hœresim corruere unquam poterit. Fides siquidem hujus sedis nunquam defectura est; etiamsi complures hujus Ecclesiœ ministri in apertam hœresim ruerent, prœcipua tamen pars hujus Ecclesiœ in fide docenda perstaret. Neque certe id conjectura assequor quandoquidem id tum ex promissione Christi expressissima, tum ex ipsa rei experientia constat. Hinc promissio nos certos facit fidem hujus sedis non esse defecturam, illinc experientia docet hanc ecclesiam Liberio aliquatenus labanti restitisse in faciem. Itaque, etiamsi persona Pon-tificis mortem obiret, et complures hujus Ecclesiœ ministri a vera fide descis-cere viderentur, esset tamen necesse ut hœc prima et singularis Ecclesia cœte-ris omnibus presse non desineret. Ea quippe Ecclesia per majorem sui par-tem in pura fide docenda omnibus diebus usque ad consummationem saeculi permansura est. Si vero hœc principia convellerentur, hujus Ecclesiœ prima-tus et capitis officium a Christo institutum funditus ruere mihi videretur.

300 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1707

4° Quibus quidem explanatis minime desperarem de conciliandis in tem-perata quadam sententia vestris nostrisque doctoribus. Hos tamen excepe-rim qui apud vos personalem pontificum infallibilitatem affirmant, et nos-trates pariter criticos, qui, effrœnatœ critices studio abrepti, Sedis aposto-licœ auctoritatem indigno animo ferunt. Et hœc sunt de quibus opusculum apparare inceperam ". At vero hœc alienissimo tempore perficere ac mittere inconsultum foret.

§Il. Ex dictis, jam omnino patet quo filiali cultu et affectu Sedi aposto-licœ devinctus sim. Idcirco liberius dicam quid sentiendum mihi videatur circa modum quo Gallicani cleri comitia constitutionem non ita pridem acceperunt '6.

1° Nihil insolitum sibi arrogant Gallicani antistites, dum doctrinale judi-cium sibi tribuunt. Procul dubio de fidei deposito loquebatur Apostolus, quando in persona Timothei singulis episcopis dicebat : Depositum custodi, devitans profanas vocum novitates, et oppositiones falsi nominis scientiae; quam quidam promittentes circa idem exciderunt". Is idem apostolus epis-copos sic allocutus est. Attendite vobis, et universo gregi, in quo vos Spiritus sanctus posuit episcopos regere Ecclesiam Dei'". Hac auctoritate freti Galli-cani prœsules, in accipienda olim Innocentii X contra Jansenium constitu-tione, hœc duo sibi arrogare non verebantur.

2019 Sibi vindicabant jurisdictionem ad judicandum, ut aiebant, in prima instantia circa dogmata fidei.

3° Ubi agebatur de brevi apostolico circa heterodoxiam Janseniani libri, ne expectata quidem summi Pontificis responsione, declararunt, ad munus episcopale pertinere... ut recens excitatas... contentiones definitione sua com-pescerent. Adjiciebant se suo judicio decrevisse, etc. Hoc ad ipsum summum Pontificem scribere non sunt veriti, tametsi de cœtero Sedi apostolicœ addic-tissimos eos fuisse nemo non videt. Igitur si Gallicani antistites, non ita pri-dem congregati, hoc solum munus sibi adjudicaverunt, nempe judicandi in prima instantia circa fidem, nihil est in quo majorum fines excesserint.

4° Affectaverunt, inquies, munus judicandi post latam ab apostolica Sede sententiam. Quid vero magis prœposterum? Quid canonico ordini magis repugnans, quam ea" aliquot episcoporum arrogantia, ut, ne coacto quidem nationali vel provinciali concilio, de sententia a suprema sede lata iterum examinent et decernant? Quandoquidem causa jam finita erat, qua fronte eam instaurari et denuo discuti velint? Porro tollenda est ea quœ sub-repsit œquivocatio. Verum quidem est, causam ita esse finitam per judicium a Sede apostolica pronuntiatum, ut nulli catholico antistiti deinceps liceat de hac definitione ambigere, vel deliberare an respuenda sit. Si res ita se haberet, singula episcoporum conventicula, imo singuli in suis privatis sedi-bus episcopi possent de apostolicœ sedis judicio judicare. Penes illos esset deliberare, an judicium hujus sedis emendari, vel etiam absolute reprobari oporteret. Sic inferiores superioris tribunalis judicium sua censura abroga-rent : quœ quidem si valeant, omnia susdeque verti nemo non videt. At vero si dixerint episcopi se velle via judicii pro credito sibi munere eamdem sen-tentiam una cum suo capite pronuntiare, nihil certe video quod sit ipsis exprobrandum. Nonne decet ut eluceat totius pastoralis ordinis unanimis consensio? nonne decet ut omnia membra cum suo capite una voce, uno ore, una mente, uno judicio decernant? Quid incommodi est si omnes pastores,

6 avril 1707 TEXTE 301

quos posuit Spiritus sanctus episcopos regere Ecclesiam Dei'', et qui fidei depositum custodiendum acceperunt, una cum principe pastorum declarant hoc aut illud dogma partem esse depositi quod commune asservatur? Exem-plo, ni fallor, peremptorio id omnino perspectum erit. Suppono concilium quod quingentis episcopis constat, et cui prœest per legatos ipse Christi Vicarius: suppono sanctissimi Patris legatos cum quadringentis et nonaginta prœsulibus jam locutos esse. Restant decem episcopi qui suo extremo ordine sententiam dicturi sunt. Nonne, pro antiquo et canonico conciliorum more, unusquisque illorum est dicturus : Definiens subscripsi? Neque enim dici potest ultimos antistites alia formula subscripturos esse, ac ipsa formula qua usi sunt cœteri omnes collegœ qui in subscribendo prœcesserunt. Atqui decem illi antistites apprime sciunt id quod ob oculos positum est. Nimirum aperte vident summi Pontificis legatos cum quadringentis et nonaginta prœsulibus hoc aut illud dogma jam asserere ac tueri. Neque certe fas est eos decem a cœteris omnibus dissentire ac recedere: apertum esset hoc schisma, aperta defectio, aperta hœresis. Ergo necesse est ut hi decem sua subscrip-tione cœteris adhœreant. Ergo nefas esset ut subscriptionem negarent, et vel-lent communem sententiam immutari. Ergo, velint, nolint, necesse est ut docili et subdita mente, non minus quam infima laicorum turba, communi sanctioni obsequantur. Ergo nefas esset ut deliberando dubitarent an com-muni definitioni jam conclamatœ assentirentur, vel contradicerent. Neque tamen minus constat eos una cum cœteris indiviso judicio definitionem communem pronuntiare. Definiens subscripsi, ait unusquisque illorum juxta ac cœteri qui prœcesserant. Ergo evidentissime patet ad episcopos pertinere, ut de fide definiant et judicent, etiamsi suprema et irrefragabilis auctoritas eorum suffragia jam prœverterit. Munus judicandi, quod ipsis eeque ac cœteris prœeuntibus collegis competit, nullatenus imminuit necessitatem assentiendi, neque necessitas assentiendi ullatenus imminuit judicandi munus.

5° Quod si auctoritas summi pontificis cum quadringentis nonaginta prœsulibus in legitimo concilio coactis, non adimit decem episcopis, infimo loco subscripturis, jus definiendi sive judicandi in subscribendo, luce meri-diana clarius est eumdem pontificem idem jus definiendi non adimere tri-ginta episcopis, dum ipse solus in sua constitutione pronuntiat. Enimvero dum episcopi, sive in concilio, sive extra concilium, deposito consulere volunt, eodem jure donantur et poilent, ut testentur se hoc sibi ita traditum a majoribus ad posteros ita tradere. Igitur si latœ a summo Pontifice et qua-dringentis nonaginta prœsulibus sententiœ suam definitionem adjungere possunt, qua de causa non possent suam pariter definitionem summa cum reverentia pontificiœ constitutioni adtexere?

6° Exemplum aliud proferre mihi liceat. Petrus apostolorum princeps in concilio Jerosolymitano sententiam dixit: postea Jacobus judicis officio pariter functus est. Apud omnes indubitatum est Petrum, afflante sancto Spiritu, fuisse tum temporis omnino infallibilem. Neque tamen minus coeteri apostoli tanquam judices una cum Petro convenerant, ut de communi depo-sito definirent. Non dictum fuit a solo Petro: Visum est Spiritui sancto et mihi; sed ab omnibus: Visum est Spiritui sancto, et nobis". Ea vox, nobis demonstrat communem omnibus apostolis esse definitionem. Jacobus ita-que post Petrum infallibili auctoritate definientem, disserere, examinare et

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302 CORRESPONDANCE DE FÉNEWN 6 avril 1707

definire non est veritus. Ergo post latam a suprema auctoritate sententiam, singulis episcopis adhuc licet suam definitionem adjungere.

7° Veniam oro si tertio exemplo hoc totum confirmari studeam. In multis generalibus conciliis hœc fuit solemnis decernendi forma, ut summus Ponti-fex sententiam pronuntiaret, sacro approbante concilio. Profecto non erat minor Pontificis auctoritas, dum concilio preesset et definiret quam dum constitutionem promulgat. Atqui Pontifex nihil sibi derogari existimavit, quando suce definitioni adjecta est episcoporum omnium in concilio assi-dentium approbatio. Ergo pontificiœ auctoritati nullatenus derogatur, etiamsi ejus definitioni accesserit episcoporum in suis sedibus commoran-tium approbatio. Porro hœc antistitum approbatio est definitio et judicium: sed necesse est ut ipsi ita approbent, definiant et judicent. Necessitas ita judi-candi non tollit judicii vim et formam; siquidem necesse est ut judices quoti-die juxta evidentissimam regiœ legis normam sibi prœscriptam judicent, neque tamen minus judicandi munere in hoc temporis puncto funguntur.

8° Quam maxime vero Sedis apostolicœ interest, ut ipsa neget ejusmodi approbationes vel confirmationes episcoporum supremam hujus Sedis auc-toritatem convellere; siquidem sœpissime contigit ut decreta Sedis aposto-licœ ab episcopis, sive in concilio sive extra concilium, approbata et confir-mata fuerint. Sic legimus Calcedonense concilium approbasse et confirmasse Magni Leonis ad Flavianum epistolam. Sic legimus alia concilia confirmasse definitiones Sedis apostolicœ. Aiunt complures Cisalpini hoc fuisse certissimum fallibilis in pontificibus auctoritatis signum, quod eorum defi-nitiones indiguerint conciliorum confirmatione. Quid vero respondent Transalpini vestri? Respondent ejusmodi confirmationem aut approbatio-nem nullatenus arguere insufficientiœ vel fallibilitatis pontificium decretum, sed eo tantum fine hoc fieri, ut omnibus pervicacissimis novatoribus, summo cum triumpho catholicœ fidei, perspectum sit omnia omnino mem-bra cum capite suo conspirare. Itaque, ne concilium in confirmandis pontifi-cum decretis videatur ipsa Sede apostolica superius, omnes Transalpini vestri tenentur dicere ejusmodi approbationes sive confirmationes nullatenus arguere insufficientiœ vel fallibilitatis" decreta Sedis apostolicœ. His de cau-sis minime puto summum Pontificem œgre tulisse quod cleri Gallicani antis-tites in accipienda constitutione sibi tribuerint judicium, ut ita dicam, approbativum sive confirmativum pontificiœ definitionis.

9° Attamen non diffiteor Gallicanos antistites in recenti constitutione recipienda multo parcius de auctoritate Sedis apostolicœ fuisse locutos, quam majores olim, dum Innocentii X constitutionem acceperant. In acci-pienda Innocentiana constitutione aiebant majores: «Perspectum enim habebat non solum ex Christi Domini nostri pollicitatione Petro facta, sed etiam ex actis priorum pontificum,... judicia pro sancienda regula fidei a summis Pontificibus lata super episcoporum consultatione, ...D1VINA iEQUE AC SUMMA PER UNIVERSAM ECCLESIAM AUCTORITATE NITI; CUI CHRISTIANI OMNES EX OFFICIO, 1PSIUS QUOQUE MENTIS OBSEQUIUM PRiESTARE TENEN-TUR. EA NOS QUOQUE SENTENTIA AC FIDE IMBUT1,... CONSTITUTIONEM DIVINI NUMINIS INSTINCTU A BEATITUDINE VESTRA COND1TAM,... ET PRO-MULGANDAM CURABIMUS. NOS INNOCENTIO DECIMO, CUJUS ORE PETRUS LOCUTUS EST, UT LEONI PRIMO ACCLAMABAT QUARTA SYNODUS, etc.» Aie-bant majores: «Cui refellendo revincendoque nihil opus sit multis ratio-

6 avril 1707 TEXTE 303

nibus, nihil disquisitione etiam mediocri aut levi, SEDE SOLA PONTIFICLE CONSTITUTIONIS QUIS PER SEIPSAM REM TOTAM APERTE DIRIMIT, LEC-TIONE. »24Aiebant majores de quœstione quam facti vocant Jansenistœ: «Iis vero ex ipsa constitutionis lectione, atque insuper ex opere Janseniano quod etiam, quantum ad quinque illas propositiones attinet, studiose legerunt expenderuntque, QUANQUAM SOLA PER SE AD ID SUFFICIAT CONSTITUTIO, manifestum et perspectum fuit illas quinque propositiones vere esse Janse-nii, etc.»" Itaque existimabant nihil disquisitione opus esse, neque esse quœrendam textus damnati evidentiam, sed posita solius constitutionis auc-toritate, nemini licere ut suœ privatœ rationi tantillum auscultet vel indul-geat, sed abdicata qualibet naturali evidentia et convictione animi, ex intima docilitate credendum esse id ipsum quod constitutio definivit. Sic quadra-ginta circiter antistites anno 1653, sic totidem postea anno 1654 conclama-bant. At vero tum temporis majores alacri animo sanctissimum Patrem sic alloquebantur : «Ut a capitibus suis fulminis apostolici amoliantur ictum (licet obfirmato animo quinque propositiones Jansenio iterum abjudicent) AD FACTI QUiESTIONEM, IN QUA ECCLESIAM FALLI POSSE DOCENT, controver-siam deducere nituntur. Quas quidem versutias vera prudentique verborum complexione infregit breve apostolicum, quod tricis illis syllabarum ad umbratiles scholarum disputationes relegatis, DECISIONISQUE AUCTORITATE AD JURIS QUJESTIONEM RESTRICTA, doctrinam Jansenii quam opere illo suo explicuit, in propositionum confixarum materia, pontificia constitutione damnatam fuisse declarat. »" Tum certe prompti erant antistites in dicendo breve apostolicum, sufficere ut captiosa hœc facti quœstio succideretur, et tota controversia restringeretur ad juris quaestionem de hœreticitate doctri-nae, quam Jansenius opere illo suo explicuit. Hinc est quod majores huic doc-trinœ Jansenianœ infensi, tum constitutioni, tum brevi apostolico, tanto mentis obsequio applauserint. At vero jam nonnulli vulgo existimantur velle

majorum fundamenta sensim et clam convellere. Ut autem mitius loquar, molliores sunt et novitatis minus impatientes, scilicet volunt constitutionem

non sufficere per se ad hœreticitatem Jansenii textus definiendam. Conten-

dunt vero id pendere ab evidentia, quœ quidem si veram evidentiœ vim habeat, lectoris mentem primo intuitu convincit, nolunt autem hoc totum a

sola auctoritate definientis pendere. Id certe in comitiis fuse explicari, actis

solemnibus inseri, eaque addititia interpretatione constitutionis promulga-tionem restringi satagebant. At vero Rex id fieri vetuit. Itaque nihil est

mirum si, intuitu tam optatœ restrictionis, voluerint aliquid alienissimo tem-

pore dici de jure episcoporum, ad quos, ut aiunt, pertinet, latam Sedis apos-tolicœ sententiam, de dogmate fidei suis suffragiis confirmare. Hinc est

quod in laudanda constitutione et auctoritate apostolica, tam sicca, tam jejuna, tam parca fuit comitiorum oratio. Quod œgro et reluctanti animo dicitur, pronum est parce dicere.

IO° Verum quidquid de fallibilitate pontificia asserant, nihilo tamen minus œque certum est ad episcopos, etiamsi veri judices sint in dogmate

definiendo, minime pertinere ut Sedis apostolicœ judicium suo privato exa-

mine reforment, et judicio posteriore convellant. Juxta Gersonii sententiam, quam acriores nostri Cisalpini sectantur, privati episcopi possunt quidem a

Papa ad generale concilium appellare. Tum vero procederent ut partes quœ de gravamine sibi illato conquererentur. At vero minime licet ut tanquam

.e-

Id •

304 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 avril 1707 11 avril 1707 TEXTE 305

judices de re a superiore sede jam judicata ipsi denuo judicent, et superioris potestatis judicium annullare présumant. Saltem quantum ad provisionem, suprema est Sedis apostolicœ sententia, donec universale concilium cogatur et pronuntiet. Et hœc sunt que apud Cisalpinos acriores pontificie infallibi-litatis adversarios indubitata habentur. Itaque, etiamsi supponatur eorum sententia, citra omne dubium, aliquot episcopis, extra generale concilium positis in privato conventu non liceret ut de judicio a Sede apostolica prolato ipsi judicent. Alterutrum ab ipsis fieri necessum est, vel assentiantur defini-tioni tanquam judices, vel si dissentiant, tamquam partes, concilium modeste appellent '7.

11° Nihilo tamen minus certum est ea que a comitiis scripta sunt, prœsu-les nunquam esse actis erasuros. Jamdudum soluta sunt hœc comitia, neque prœcipui antistites ita affecti sunt ut ejusmodi locutiones emendare aut tem-perare velint. Prœterea, ut jam dixi, œquivoca est locutio que Sanctissimi Patris animum offendit. In verum et optimum sensum facile vergit. Quod autem maximam doctrine perniciem jamjam imminentem nobis demons-trat, hoc est : omnes clari generis juvenes, qui episcopalibus infulis vel aliqua alia ecclesiastica dignitate donandi sunt, venenatis criticorum et Jansenista-rum opinionibus ita passim imbuuntur, ut Ecclesiam matrem ac magistram quasi invisam potestatem deprimere studeant. Hinc sane metuendum est ne Franci, non solum ab eadem locutione deinceps minime temperent, sed etiam licentius ea abutantur. Rex vero Christianissimus qui hanc sedem a puero impensissime coluit et etiamnum veneratur, questiones theologicas que hinc inde acerrime disputantur, eliquare non potest. Quamobrem, ubi de ea re disputatur, continuo hoc unum expedire putat, scilicet ut prœcipuos tum ecclesiastici ordinis prœsules, tum administros regni et magistratus supremos consulat, eorumque dicta sectetur. Si primores ecclesiastici ordinis gravitate, ingenio, novarum opinionum odio, et studio colende unitatis prœpolleant, omnia recte geruntur. Sin minus, laici togati deteriora quœque suadent".

§III. Quanquam hec epistola jam limites multum excessit, mihi tamen temperare nequeo, quin mentionem faciam meœ disputationis que cum D. episcopo Sancti-Pontii nunc acerrima est. Ipse episcopus per epistolam demonstrandum susceperat, quatuor episcopos et XIX alios qui ipsis opem tulerant, ita apposite obsequiosum silentium ohm propugnavisse, ut Cle-mens IX cum iis pacem occultam componere coactus fuerit. Id totum perne-gavi, id totum, ni fallor, dilucide confutatum est. Quin etiam demonstravi causam ejus obsequiosi silentii in persona XL doctorum jam omnino profli-gatam esse a constitutione apostolica, necnon et ab universe Ecclesiœ con-sensu. Jam vero episcopus altera recenti epistola me impetit, ita ut silentium obsequiosum nescio qua arte fucatum purgare velit. Quae quidem cavillatio-nes si tolerentur, aperto novatorum ludibrio vertetur recens constitutio. Hanc epistolam modeste quidem, ut decet, sed peremptoria argumentatione, ut mihi videtur, jamjam refello29. Sed operœ pretium est animadvertere quam mollior et imbecillior nunc jaceat in Francia ecclesiastica auctoritas quam olim fuit, dum Alexandri VII constitutio de subscribenda Formula accepta est. Tum strenue procedebant ordine canonico, ut quatuor episcopi constitutioni inobedientes et indulgentes obsequioso silentio deponerentur. Nunc autem unus est episcopus, qui recentem constitutionem suo fucato silentio palam deludit et irridet. Imo iterum atque iterum Clementi IX impingit turpem hanc conniventiam, quam et ab ipso Clemente negatam Clemens noster XI diserte abjicit et reprobat. Causam Sedis apostolicœ contra indignam hanc exprobrationem pro virili tueor. Verum nonne expediret, ut prœterea duplex adversarii epistola, que tum doctrine, tum auctoritati tuendœ infensa est, gravi Sedis apostolicœ censura notaretur? Si geminam hanc epistolam cum responsis meis conferre velis, luce clarius erit quanto cum dedecore et scandalo antistes Sancti-Pontii lectori, sibi et toti Ecclesiœ illuserit, ne genuinum constitutionis sensum accipiat, factio autem Janse-niana triumphum sibi decretura est, si duplex hœc epistola omnem Sedis apostolicœ censuram effugiat ".

Oro veniam de prolixiore epistola. Id sane condonari potest quod rarissime fit, maxime dum fit ex intimo purioris doctrine studio et singulari beneficentiœ et benevolentie vestre existimatione. Absolutissima cum observantia et impensissimo animi cultu nunquam non ero, Eminentissime Domine, Eminentiœ Vestrœ humillimus et obsequentissimus servus.

Cameraci, 6 aprilis 1707.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

Nulla admonitione opus est, ut tue sagacitati perspectum sit, non divul-gandam esse hanc epistolam que quidem, si in lucem prodiret, multa mihi incommoda, nullum Ecclesiœ commodum secum veheretn.

1136. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Lundi, onze avril 1707.

J'aime cent fois mieux, ma chère fille, une saillie qui échappe et qui est suivie du billet humble et ingénu que vous m'avez écrit, que la plus [grande]' régularité, et la plus parfaite symétrie de spiritualité. Rien n'est tel que de dire tout, et ensuite de ne tenir à rien. Il me tarde bien de vous aller voir. Je partagerai mon après-dînée en trois points comme un sermon. Compagnie céans pour la cérémonie, visite cordiale chez vous, et promenade au soleil'. Soyez bonne et petite. Tout ira à merveille.

1137. Au P. DE TOURNEMINE'

A Cambray 20 avril 1707.

Je suis, mon Révérend Père, véritablement affligé de la mort de notre bon prélat 2. Je le regretterai longtemps, et il sera difficile que son successeur rem-. plisse entièrement ce vide. En perdant un si vénérable confrère et comprovin-cial, je vous perds aussi. Il vous aurait attiré de temps en temps en ce pays'.

306 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 avril 1707 22 avril 1707 TEXTE 307

Du moins je vous supplie de ne m'oublier pas, et de compter que je serai toujours très sincèrement avec tous les sentiments qui vous sont dus, mon Révérend Père, votre très humble, et très obéissant serviteur. 1139. A LA MÊME A Cambrai] jeudi 22 avril 1707.1

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1138. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi au soir 21 avril 1707.

Je demeure devant Dieu, comme si j'allais mourir, ma chère fille, et je ne trouve dans mon coeur aucune des dispositions que vous y croyez voir. Au contraire malgré votre opposition, je suis toujours de plus en plus dans une pente à l'union fixe avec vous en N[otre] S[eigneur] que je ne saurais expliquer, et que vous pouvez encore moins comprendre. Toutes vos infidélités se réduisent à ne pouvoir vous résoudre à voir dans votre coeur des impressions humiliantes, et des sentiments qui font honte à votre amour-propre. En quelque terre inconnue que vous allassiez avec cette délicatesse d'amour-propre chercher le repos, vous ne l'y trouveriez jamais. L'Ecriture nous dit: Qui est-ce qui a eu la paix en résistant à Dieu'? Vous porteriez partout cet amour délicat et inconsolable sur ses misères. Vous y ajouteriez le desséchement, le vide, et le trouble d'un coeur égaré de sa voie, avec le reproche intime d'avoir manqué à Dieu pour donner du soulagement à votre orgueil. Dieu vous poursuivrait sans relâche. Dussiez-vous fuir devant sa face comme Jonas, vous seriez plutôt jetée dans la mer, et engloutie par un monstre. Il vous faudrait revenir au point où Dieu vous veut. Il n'y a qu'à consentir de se voir dans toute sa laideur. La laideur des misères est comme la beauté des dons de Dieu. L'une et l'autre disparaît dès qu'on la regarde. Le regard de complaisance fait disparaître le bien, et le regard d'humilité paisible fait disparaître le mal. Souffrez de vous voir, et tout sera guéri.

Ne me cherchez que comme le simple instrument de D[ieu], ne voyant que lui seul en moi. Regardez-moi comme la roche qui donnait de l'eau dans le désert au peuple d'Israël. Moins je contente la nature, plus je sers à la faire mourir, et à faire suivre la pure grâce. La tentation est évidente, mais vous avez les yeux fermés pour ne la pas voir, et vous vous roidissez contre Dieu. J'ai voulu aujourd'hui laisser couler le torrent. Si vous voulez demain vous confesser, je serai prêt à vous écouter et à aller chez vous. Mais votre principal et presque unique péché sera d'avoir écouté et suivi la tentation. Pour moi je ne vous laisserai point vous éloigner de moi. Je vous porterai sans cesse dans le fond de mon coeur. Je l'ai bien serré et bien abattu. Je vois bien que je fais votre peine, mais vous faites aussi la mienne, car je souffre de vous voir souffrir, et de trouver votre coeur retranché contre la grâce. O que ne donnerais-je point pour vous guérir !

Je remercie Dieu, ma très chère fille, de ce qu'il fait en vous. J'en ai le coeur infiniment soulagé. Ne songez point maintenant à vous confesser. J'ai le pouvoir de différer. Je prends tout sur moi. Quand votre coeur sera entièrement calmé, nous verrons ce qu'il faudra faire. Ne songez qu'à laisser tomber toutes vos réflexions, qui vous nuisent tant pour le corps et pour l'esprit. Vous savez où habite la paix. Allez l'y chercher, pour n'en plus partir. Les sentiments qui vous font horreur sont naturels et ordinaires. Tout le monde les ressent en soi comme vous. Mais personne ne s'en alarme et ne s'en trouble, comme vous le faites. Ce qui n'est que pente, que sentiment, qu'impression, n'est jamais péché. Vos réflexions mêmes, quand elles sont involontaires, ne sont rien. Il n'y a que la volonté qui cause toute votre principale peine. Vous avez trop de délicatesse, et vous tombez dans une espèce de désespoir, dès que vous' trouvez dans votre coeur quelque sentiment humiliant. C'est le commencement qui cause toute votre peine. Tous ces monstres ne sont point réels. Pour les faire disparaître il n'y a qu'à ne les voir ni ne les écouter jamais volontairement. Il n'y a qu'à les laisser s'évanouir. Une simple non-résistance les dissipera, et apaisera votre coeur. Non, en vérité, ma chère fille, vous n'êtes point telle que vous le croyez, et je ne suis nullement pour vous comme votre amour-propre vous le persuade. Vous n'avez que le seul sentiment involontaire des choses que vous vous reprochez. Pour moi je suis rempli de tout ce que Dieu peut me donner de zèle et d'affection pour vous. Mais il permet que vous n'en croyiez rien, afin que votre amour-propre se détruise.

J'entre dans la raison que vous m'avez mandée, et elle m'empêchera de vous aller voir aujourd'hui. J'espère que le glaive de douleur qui a percé votre âme servira à vous faire mourir, et à vous mettre en ce saint temps au pied de la croix avec la sainte Vierge'. Demeurons, je vous conjure, vous et moi, unis avec elle auprès de Jésus mourant.

1140. Au CHAPITRE DE TOURNAI

A Cambray, 22 avril 1707.

C'est avec une véritable douleur, Messieurs, que j'ai appris la perte que nous avons faite de votre bon et digne évêque. Je l'honorais infiniment, et j'étais persuadé qu'il m'aimait sincèrement. Je prie Dieu qu'il lui donne un successeur qui ait sa douceur, sa sagesse et sa bonté'.

J'ai fait la cérémonie des saintes huiles pour vous comme pour nous', et je ne perdrai jamais aucune occasion de vous témoigner, Messieurs, avec quels sentiments je révère tout votre corps et avec quel zèle je lui suis dévoué pour toute ma vie.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

308 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 avril 1707

1141. A NICOLAS-ÉTIENNE ROUJAULT

A Cambray, 27 avril 1707.

Je suis véritablement affligé, Monsieur', de l'état où est la santé de Mad. Roujault. Le médecin a raison de vouloir qu'elle aille à Paris. Rien ne peut la rétablir qu'un long repos avec un bon régime dans une liberté entière. Si elle veut passer par Cambray, je lui offre un lieu où elle sera la maîtresse, sans avoir aucun besoin de se contraindre. Vous savez à quel point je suis touché des qualités solides et rares que Dieu a mises en elle. On ne peut être plus fâché que je le suis de ne vous point embrasser à votre retour. J'espère que Mad. Roujault sera bien guérie et revenue au temps de vos vacations, et que vous viendrez me prendre en passant pour aller à Maubeuge. Personne ne sera jamais avec plus de vivacité et de sincérité que moi, Monsieur, votre très humble, et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1142. AU PAPE CLÉMENT XI

[8 mai 1707].

Sanctissime Pater,

Officio deesse mihi viderer, si factam a me, juxta mandatum apostoli-cum, serenissimi Coloniensis Electoris consecrationem', ea qua par est reve-rentia, et animi submissione, Vestrœ Beatitudini non describerem2. Insulœ locus; dies maii primus indictus est'. Adstiterunt Yprensis et Namurcensis episcopi; aderant Coloniensis et Leodiensis antistites suffraganei4. Advene-rat Bavarus Elector, comitante ornatissima aulicorum militumque caterva; venerabilium abbatum corona altare cingebat. Neque tamen hoc fuit prœci-puum festi decus. Prœnitebat certe, Sanctissime Pater, multo jucundius aliud spectaculum, nempe Principis electi modestia, demissi oculi, vultu depicta animi recollectio, et grata in sese devovendo alacritas. Ipse non solum ritus sacri, sed etiam piœ cujusque cœrimoniœ studiosus œque ac peritus, omnia a singulis observanda, suapte manu diligentissime scripta, jampridem ordinaverat. Unde nihil est mirum , si tanta hœc pompa nullo vel tantillum inverso ordine processerit. Porro singularis hœc solertia, piumque in ordinando divino cultu studium satis indicant, Principem a Deo ad sacra munia vocatum esse. Ex quo autem, Sanctissime Pater, ordines suscepit, temperavit a profanis quœ minime decent oblectamentis; proscripsit chanta-rum aleam; inverecundas histrionum fabulas, et cantilenas peccare docentes repudiavit. Pia substituit spectacula, quibus extingui vitia et virtutes accendi cupit. Aulx sollicitus invigilat, ne quid turpe mores inquinet. Dum suie domui cautus prœest, se Ecclesiœ Dei diligentiam habiturum prœnuntiat. Ilium, Sanctissime Pater, quam maxime juvat, infantes abluere, domesticos erudire, passim concionari, in singulis Insularum ecclesiis, prout dies festus invitai, missam celebrare. Hoc unum in votis est, ut accepto quam primum 8 mai 1707 TEXTE 309

pallio5, ad omnia pontificalis muneris exercitia se totum impendat. Spero equidem fore, ut Deus misericors, qui coepit opus bonum, perficiat usque in diem Christi6. Si pace tandem aliquando composita, Princeps ille suas ditio-nes repetat, nihil dubito, quin multa ad instaurandam disciplinam utilia acerrimo studio tentet. Nunc autem optanda duo mihi videntur, alterum ut Beatitudo Vestra optime affectum Principem paterna laude simul et adhor-tatione confirmet ; alterum, ut pia opera, quœ per vicarios incceperit, aucto-ritas apostolica tutetur. Veniam oro, quod intimum pectus forsan liberius aperuerim.

Christi Vicarii pedes filiali cultu et affectu deosculatus, œternum maneo, Sanctissime Pater, Beatitudinis vestrœ humillimus et obedientissimus servus ac filius.

Cameraci 8 maii 1707.

FR. ARCH. DUX CAMERACENSIS.

1143. Au CARDINAL PAOLUCCI

[8 mai 1707].

Eminentissime Domine,

Singulari vestra quœ jam pridem usu mihi comprobata est, humanitate et benevolentia fretus, supplex adeo vestram Eminentiam, ut epistolam huic adjunctam ad pedes Sanctissimi Patris sistere velit Quod quidem vestrœ beneficentiœ indicium si mihi dederis, magis ac magis futurus sum intima cum observantia, et impensissimo animi cultu...

Cameraci, 8 maii 1707.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

1143 A. NOËL RADOUX' A FÉNELON

Melin L'evecque le 9 mai 1707.

Monseigneur,

Je prie votre Grandeur d'avoir la patience à lire cet écrit, il est un peu long, il a fallu s'expliquer'.

Voici une copie trouvée dans les héritages de Monsieur Couvreur' notre chapelain qu'il n'a pas voulu recevoir, que j'ai jugé à propos d'envoyer à votre Grandeur pour y faire attention comment le sieur Foucart ° agit envers un prêtre, et qui ne peut être qu'un effet de sa vindication parce que ce monsieur avait été en compagnie de messieurs Blondel et Henri' visiter les bois de votre Seigneurie illustrissime dans leur dernier voyage encore tout récent, et pour avoir parlé à ces messieurs en présence même dudit monsieur Foucart

310 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 mai 1707 9 mai 1707 TEXTE 311

touchant les intérêts de votre Grandeur et les modérations prétendues en lui soutenant ce qui était de la justice en leur présence, il fut averti de cette poursuite le jour de l'invention Sainte Croix°, signifié le cinquième du courant pour vendre ses effets le 10, aujourd'hui le sieur chapelain est obligé d'aller chercher en justice une interdiction à cet exploit irraisonnable. Je dis irrai-sonnable, Monsieur Desanges vit encore, c'est un ecclésiastique irréprochable en tout et qu'on estime tel dans tout notre diocèse, il pourra faire rapport à votre Grandeur qu'il y a quelque année que lui-même m'est venu trouver pour aller au logis dudit sieur Foucart accommoder ce différend entre lui et ledit Monsieur Couvreur qui n'était de lors arrivé qu'au motif encore de quelque altération contre ledit chapelain, quoique je sais qu'à son arrivée et à la prise de la possession du bailliage de Meslin il lui permit l'usage de la chasse en ma présence, à laquelle pourtant ledit chapelain n'a pas été à l'avis de mon conseil depuis le temps que Monsieur Foucart est ici. Aujourd'hui après ce bon accommodement et la paix traitée par le zèle beaucoup loué de Monsieur Desanges, voici qu'on va renouveler une matière de lors toute apaisée pour chercher de quoi se venger contre un prêtre qui a parlé pour vos intérêts. Ainsi il faut, Monseigneur, demeurer dans cette paroisse, aveugle et muet patient pour être bien venu de Monsieur notre ballif. Le lundi des premières Pâques l'on a loué les bois de votre Grandeur, c'est une coutume aussi ancienne que la cure de Meslin, que le curé dudit lieu en est averti tous les ans pour y aller choisir un journel de bois après le demi bonnier7 de l'office. Cette année l'on ne m'en a pas averti; étant empêché aux confessions, j'envoyai mon frère en ma place pour demander audit sieur Foucart pourquoi il ne m'avertissait pas selon les bonnes et justes coutumes; il répondit qu'il n'était pas séant, et il me laissa lui-même à sa fantaisie un journel assez bon. L'arpenteur étonné de cette nouveauté m'est venu trouver le même jour pour me prier de ne me fâcher contre lui, qu'il n'en pouvait rien, qu'au reste ayant été dans cet honneur que de servir Monseigneur depuis long années dans le devoir d'arpenter ses bois, il n'avait jamais plus' vu cela, et qu'ayant demandé au sieur Foucart la raison de ce traitement en mon égard, il lui avait répondu qu'il choisirait un journel pour moi, aussi bon que moi, et qu'il ne souhaitait plus que nous irions voir ce qui se passe dans ses bois; qu'au reste ce vénérable vieillard me priait de ne lui pas rapporter ce qu'il me venait de dire, qu'il devait vivre d'un chacun. Il y a longtemps, Monsieur, que je m'aperçois, qu'il souhaiterait de me donner mes six cent livres, afin que nous n'aurions plus aucune part aux dîmes, ni que le petit bien appartenant à ma cure, serait plus dorénavant en ma liberté, et pourquoi, Dieu le sait, on ne pourrait pas juger peut-être comme aujourd'hui, quelle modération lui convient au sujet de la dîme. 11 est obligé de ramener ma part de dîme avec la sienne, il l'a ramenée l'an passé, et à proportion qu'il en ramène j'ai ma part; j'ai eu toute la dîme de soil, fourment, soucoron, épaute9, etc., et la plus grande partie des mars, j'ai tout fait battre avant l'arrivée des armées, et si le peu qui restait des avoines sur la campagne, et autres mars '°, peut-être un chariot ou demi pour ma part, qu'il ne tenait qu'à lui de faire voiturer, m'aurait été ramené, il aurait été également sauvé. J'ai pu sauver un peu de paille par des présents, lui a perdu toutes ses pailles, il est vrai, or la conséquence du profit qu'il a fait de la dîme, ne suit-elle pas d'elle-même du profit que j'ai fait de la mienne, eu l'égard que s'il n'avait pas battu toute la dîme à l'arrivée des armées, moi ne le sachant encore parfaitement, sa négligence ne doit pas comme je crois, préjudicier à Monseigneur. Au reste quoi qu'il en soit, je m'arrête uniquement aux biens de ma cure et du supplément, ainsi est d'intention la cour du Hainaut pour les cures. Et puisque ledit sieur Fou-cart me le refuse jusqu'à présent, nonobstant que lui-même l'a payé une fois sachant son obligation dans le contrat de l'amodiation, je prie votre Grandeur, de me faire faire une ordonnance par écrit pour être payé pour l'an passé, et me l'envoyer au plus tôt car je suis dans la nécessité. Si après cela il le refuse, je l'obligerai par la voie de justice sans que Monseigneur en soit, en cela, intéressé; il n'y a qu'à mettre ces mots : il est ordonné au sieur Fou-cart de satisfaire au contenu de son contrat d'amodiation touchant le supplément accordé chacun an à la cure de Melin; et c'est assez, Monseigneur, il viendra pour lors bientôt à son devoir. Car d'ordonner simplement qu'il me paie mon supplément, dans la pensée que votre Grandeur ferait, que s'il ne me payait pas selon la condition de son contrat, que vous vous pourriez par après retrouver en lui faisant condescendre à cette condition acceptée, il pourrait par matière de chicane vous le disputer, en disant qu'ayant une fois accepté cette condition de payer tous les ans ledit supplément, il n'était plus beson d'en faire une ordonnance, et qu'ainsi votre Grandeur, ayant fait lui donner une ordonnance simple sans faire mention de son obligation acceptée dans son contrat, cela devrait être censé fait sur ce qu'il vous doit. En un mot, il faut éviter tout lieu de disputer, quand on doit agir avec ceux qui se plaisent à la chicane.

Par cette ordonnance telle ou semblable ci-dessus exprimée, votre Grandeur se mettra à couvert d'une dispute qui pourrait arriver avec lui.

Nous cherchons tous les jours la paix, nous prions Dieu, pour monsieur le ballif, et il nous poursuit; quelle apparence pour un ballif qui ne devrait respirer que l'amitié de son curé et des autres prêtres de la paroisse, d'agir en leur endroit d'une manière si brusque? J'ai beaucoup de patience, Monseigneur, mais j'ai peur qu'à la fin, qu'étant trop exacerbée, elle ne me fasse venir à ce que j'ai de l'horreur, qui est d'entrer en procès avec lui s'il persiste à m'en vouloir de la manière touchant les biens de la cure dont je suis obligé d'en prendre la protection et la défense. Il n'y a que Dieu et vous, Monseigneur, qui peut remédier; je vous prie avec tout le zèle de mon coeur de me protéger et faire fin à toutes ces altercations qui ne peut que nous nuire dans l'affaire de notre salut. Car une fois, nous somme hommes.

Je vous supplie aussi, Monseigneur, d'avoir égard si peu qu'il vous plaira, aux frais que j'ai dû soutenir pour l'édification de la maison pastorale". Que si Monsieur le Ballif a de l'horreur de faire cette soumission, que de me donner à moi-même ce qu'il me doit, Monseigneur peut le lui faire compter entre les mains de monsieur le curé de Saint-Julien à Ath '2.

Je suis dans toute soumission, Monseigneur, de votre Grandeur le très humble et le très obéissant serviteur.

LE CURÉ ET DOYEN DE MELIN.

Pour la levrette dont il est ici mention '3, Monsieur le Chapelain l'a plusieurs fois présentée au sieur ballif, et quand on l'avertissait de s'en défaire, il disait aux sergents quand ils la trouveraient parmi les champs et les bois

312 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 mai 1707

comme il dit, ils n'avaient qu'à la tuer, qu'ils lui feraient plaisir; mais l'on voit d'où vient ce rapport : quoique ledit ballif et sergeants sont sûrs eux-mêmes de la levrette et qu'on n'en parlait pas ci-devant audit sieur chapelain, c'est qu'un certain Capeau, sergent d'Izier alors fait sergent de Meslin, avait accusé un homme pour un autre d'avoir volé dans les bois de Monseigneur, les bois des marchands; et c'était le marchand même qui en avait été chercher lui-même en prenant deux fagots à sa propre taille; lequel marchand est venu déclarer au sieur chapelain que l'accusé était du tout innocent, qu'en conscience il se trouvait obligé à le déclarer, puisqu'il trouvait tout son bois entier, et que c'est le même jour que lui-même en avait été chercher, qu'on accuse l'innocent. Le sieur chapelain prenant cette déclaration par écrit, il la donna à l'innocent pour s'en servir en justice à défendre son innocence; le sieur balli fâché de cela et le sergent de même, ledit sergent fit rapport entre les mains de son ballif de la levrette du sieur chapelain courante, et qui sait s'ils ne l'avaient pas peut-être eux-mêmes à la chasse... Le sieur bailli lui-même ayant une fois accusé faussement par une lettre et par écrit à un seigneur voisin dont j'ai lu la copie, notre sieur chapelain avoir été à la chasse sur son territoire la veille des Rois, et qu'il s'étonnait comment il laissait chasser des semblables gens. Ce qui était très faux.

25 mai 1707 TEXTE 313

Pour la vie intérieure je ne saurais vous recommander que deux points. L'un est d'accourcir tant que vous pourrez toutes vos actions et vos discours au dehors. L'autre, de jeûner de raisonnement. Quand vous cesserez de raisonner, vous mourrez à vous-même, car la raison est toute votre vie. Or que voulez-vous de plus sûr et de plus parfait que la mort à vous-même? Rien n'est plus opposé à l'illusion de l'amour-propre, que ce qui met la cognée à la racine de l'arbre, et qui fait mourir cet amour. Plus vous raisonnerez, plus vous donnerez d'aliment à cette vie philosophique. Abandonnez-vous donc à la simplicité et à la folie de la croix. Le premier chapitre de la première Ep[ître] aux Cor[inthiens] est fait pour• vous'. Tâchez de donner une forme à vos affaires, pour vous mettre en repos. Il faut tâcher de calmer la bonne duchesse quand elle s'empresse d'en voir la fin. Mais il faut supporter en paix son impatience et vous en servir comme d'un aiguillon pour vous presser de finir'. On gagne en perdant, quand on perd pour abréger. Sed ut sapientes redimentes tempus6. Si vous venez l'automne à Chaulnes, faites-le-moi savoir de bonne heure, et mandez-moi, avec simplicité, si je pourrai vous aller voir'. Dieu sait la joie que j'en aurai! Aimez toujours, mon bon Duc, celui qui vous est dévoué ad convivendum et commoriendumg.

1143 B. M. DE FONSECA' A FÉNELON 1145. AU VIDAME D'AMIENS

[sans date).

Monseigneur,

Ce que Votre Grandeur exige de moi par la lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire le 26 d'octobre dernier est trop juste pour manquer d'y donner mon suffrage. Je suis ravi d'avoir été assez heureux que d'y réussir. J'ai reconnu, Monseigneur, l'injustice qu'on faisait dans la taxation des bois de Meslin et, sur le rapport que j'en ai fait au Conseil, il a pris la résolution que vous pouviez souhaiter; rien ne peut égaler le sensible plaisir que j'ai de vous marquer, Monseigneur, l'attention et les égards que j'aurai toujours pour tout ce qui sera de votre service, ayant l'honneur d'être avec autant de vénération que de respect, Monseigneur, de Votre Grandeur, le très humble et très obéissant serviteur.

M. DEFFONSECA.

1144. Au DUC DE CHEVREUSE

A C[ambrai] 17 mai 1707.

J'ai attendu, mon bon Duc, tout le plus longtemps que j'ai pu, le passage de M. le vidame. Mais il ne vient point, et je ne puis plus retarder mon départ pour mes visites'. Notre P.A.2 vous dira bien plus que je ne saurais vous écrire. Il vous parlera de tout ce qui regarde la métaphysique et la théologie'.

Au Casteau Cambresis 25 mai 1707.

J'ai une vraie affliction, Monsieur, d'avoir perdu l'occasion de votre passage, pour avoir l'honneur de vous voir. J'avais attendu le plus longtemps qu'il m'avait été possible, pour ne perdre pas une consolation qui m'était si chère: mais je ne pouvais plus différer sans manquer absolument à mes visites jusqu'à l'automne, ce qui était d'une fâcheuse conséquence par rapport à divers besoins pressants. Ce qui me console de cette perte est la bonne lettre, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Elle m'a rempli de joie. Ne prenez pas celle-ci pour une réponse. J'attends quelque occasion sûre, pour vous dire amplement tout ce que je pense. Vous y verrez mon zèle et ma sincérité, dont j'espère que vous serez content'.

Au reste, s'il vous arrivait d'être blessé ou malade, faites-le-moi savoir promptement. Je vous enverrai un carrosse doux, et Cambray sera votre infirmerie. S'il le fallait, j'irais moi-même vous chercher. Dieu nous préserve de telles occasions de vous témoigner, Monsieur, à quel point je vous suis dévoué pour toute ma vie !

1146. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Au Casteau 25 mai 1707.

J'apprends à n'en pouvoir douter, ma bonne et très chère fille, que les religieuses de [Prémy] ' sont toujours agitées et dans le trouble sur l'affaire que

z.

314 ( ORRISPONDANCF D FÉNFION 27 mai 1707

vous savez. 11 n'est pas nécessaire que Mad. la Mfarquisel de [Risbourgj y loge, et il est nécessaire que la paix de la maison ne soit point altérée. Rien n'est si délicat et si fragile que l'union des coeurs. Il faut sacrifier tout le reste pour ce point-là. Je vous conjure donc de ne travailler plus à cette affaire qui a beaucoup plus ému les esprits qu'elle ne le méritait. Mad. la marquise de [Risbourgj a fait une chose très raisonnable et très édifiante en demandant ce petit logement. Mais elle est trop pieuse et trop bonne, pour vouloir mettre en péril la paix d'une communauté. Comme je connais parfaitement son coeur et sa prudence, je prends tout hardiment sur moi vers elle'. Montrez-lui, je vous supplie, sans façon cette lettre, afin qu'elle y voie combien il est nécessaire qu'elle renonce à ce logement, ou tout au moins qu'elle laisse tomber insensiblement la chose jusqu'à mon retour, qui s'approche beaucoup.

Je souhaite de tout mon coeur que le vôtre soit en paix. Vous savez ce qui l'y maintient. 11 n'y a qu'à n'y point toucher. Le ressort va tout seul. N'est-ce pas un état bienheureux que celui où l'on n'a besoin que de ne rien faire sur soi pour être comme il faut, et où l'on n'a aucune peine que quand on s'en fait tout exprès malgré Dieu? Je le prie de ne vous laisser point à vous-même. Il me tarde de vous revoir dans votre centre. Je vous donne le bonjour, et je vous supplie de dire mille choses pour moi à Mad. de R[isbourg]. Je vous recommande Madlle [Bourdon] 1.

1147. A LA MÊME

Au Clateaul 27 mai 1707.

J'ai le coeur affligé, ma très chère fille, d'apprendre la peine où vous êtes. Mais je vous conjure de ne point grossir vos croix par vos réflexions. La délicatesse et la vivacité de votre amour-propre ne manquerait pas de vous les exagérer très dangereusement. Ne prenez aucune résolution pour changer de demeure. N'écoutez pas même votre esprit là-dessus'. Je serai dans fort peu de jours à [Cambrayr, et nous verrons ce qu'il conviendra de faire. En attendant souffrez comme on souffre en purgatoire, sans repousser la souffrance pour se soulager, et sans l'augmenter en s'occupant de ce qui la cause. Ne projetez rien, ne formez même aucune opinion. Mais demeurez immobile sous la main de D[ieu] qui se cache sous celle des hommes. La croix diminue beaucoup, quand on la porte avec cette simplicité. Il y en a souvent plus de la moitié qui est de notre façon, et non de celle de E[jeu]. Souffrez, mais ne vous faites pas souffrir.

S'il fallait tout quitter pour vous aller revoir, je n'y manquerais pas. Mais il me reste peu de temps, et il serait fâcheux de manquer si tôt à des visites commencées si tard. Ne vous embarrassez point de Mad. de Risbourgj. Vous avez assez fait pour entrer dans ses vues. Elle aurait tort de n'être pas contente. Si elle ne l'était pas, il faudrait demeurer en paix. Je ne saurais croire qu'elle ne le soit pas. Bonjour ma très chère fille.

31 mai 1707 TEXTE 315

1148. Au VIDAME D'AMIENS

31 mai 1707.

Vous me demandez, Monsieur, la manière dont il faut prier et s'occuper de Dieu pour s'unir à lui, et pour se soutenir contre les tentations de la vie. Je sais combien vous désirez de trouver, dans ce saint exercice, le secours dont vous avez besoin. Je crois que vous ne sauriez être avec Dieu dans une trop grande confiance. Dites-lui tout ce que vous avez sur le coeur, comme on se décharge le coeur avec un bon ami sur tout ce qui afflige ou qui fait plaisir. Racontez-lui vos peines, afin qu'il vous console. Dites-lui vos joies afin qu'il les modère. Exposez-lui vos désirs, afin qu'il les purifie. Représentez-lui vos répugnances, afin qu'il vous aide à les vaincre. Parlez-lui de vos tentations, afin qu'il vous précautionne contre elles. Montrez-lui toutes les plaies de votre coeur afin qu'il les guérisse. Découvrez-lui votre tiédeur pour le bien, votre goût dépravé pour le mal, votre dissipation, votre fragilité, votre penchant pour le monde corrompu. Dites-lui combien l'amour-propre vous porte à être injuste contre le prochain, combien la vanité vous tente d'être faux, pour éblouir les hommes dans le commerce, combien votre orgueil se déguise aux autres et à vous-même. Quand vous lui direz ainsi toutes vos faiblesses, tous vos besoins, et toutes vos peines, que n'aurez-vous point à lui dire! Vous n'épuiserez jamais cette matière. Elle se renouvelle sans cesse. Les gens qui n'ont rien de caché les uns pour les autres, ne manquent jamais de sujets de s'entretenir. Ils ne préparent, ils ne mesurent rien pour leurs conversations, parce qu'ils n'ont rien à réserver. Ainsi ne cherchent-ils rien. Ils ne parlent entre eux que de l'abondance du coeur. Ils parlent sans réflexion comme ils pensent. C'est le coeur de l'un qui parle à l'autre. Ce sont deux coeurs qui se versent pour ainsi dire l'un dans l'autre. Heureux ceux qui parviennent à cette société familière et sans réserve avec Dieu.

A mesure que vous lui parlerez, il vous parlera. Aussi faut-il se taire souvent pour le laisser parler à son tour, et pour l'entendre au fond de votre coeur. Dites-lui: Loquere, Domine, quia audit servus tuus'; et encore: Audiam quid loquatur in me Dominus2. Ajoutez avec une crainte amoureuse et filiale: Domine, ne sileas a me'. L'Esprit de vérité vous suggérera' au dedans toutes les choses que J[ésusj C[hristj vous enseigne au dehors dans l'Evangile. Ce n'est point une inspiration extraordinaire qui vous expose à l'illusion. Elle se borne à vous inspirer les vertus de votre état, et les moyens de mourir à vous-même, pour vivre à Dieu. C'est une parole intérieure qui nous instruit selon nos besoins en chaque occasion. Dieu est le vrai ami qui nous donne toujours le conseil et la consolation nécessaire. Nous ne manquons qu'en lui résistant. Ainsi il est capital de s'accoutumer à écouter sa voix, à se faire taire intérieurement, à prêter l'oreille du coeur, et à ne perdre rien de ce que Dieu nous dit. On comprend bien ce que c'est que se taire au dehors, et faire cesser le bruit des paroles, que notre bouche prononce. Mais on ne sait point ce que c'est que le silence intérieur. Il consiste à faire taire son imagination vaine, inquiète, et volage. 11 consiste même à faire taire son esprit rempli d'une sagesse humaine, et à supprimer une multitude de vaines réflexions qui agitent et qui dissipent l'âme. 11 faut se borner dans l'oraison à des affections simples, et à un petit nombre d'objets, dont on s'occupe plus

316 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 31 mai 1707

par amour que par de grands raisonnements. La contention de tête fatigue, rebute, épuise. L'acquiescement de l'esprit et l'union du coeur ne lassent pas de même. L'esprit de foi et d'amour ne tarit jamais, quand on n'en quitte point la source.

Mais je ne suis pas, direz-vous, le maître de mon imagination, qui s'égare, qui s'échauffe, qui me trouble. Mon esprit même se distrait, et m'entraîne malgré moi vers je ne sais combien d'objets dangereux, ou du moins inutiles. Je suis accoutumé à raisonner. La curiosité de mon esprit me domine. Je tombe dans l'ennui dès que je me gêne pour la combattre. L'ennui n'est pas moins une distraction que les curiosités qui me désennuient. Pendant ces distractions mon oraison s'évanouit, et je la passe toute entière à apercevoir que je ne la fais pas.

Je vous réponds, Monsieur, que c'est par le coeur que nous faisons oraison, et qu'une volonté sincère et persévérante de la faire est une oraison véritable. Les distractions qui sont entièrement involontaires n'interrompent point la tendance de la volonté vers' Dieu. Il reste toujours alors un certain fonds d'oraison, que I'Ecole nomme intention virtuelle'. A chaque fois qu'on aperçoit sa distraction, on la laisse tomber, et on revient à Dieu en reprenant son sujet. Ainsi, outre qu'il demeure dans les temps mêmes de distraction une oraison du fond, qui est comme un feu caché sous la cendre, et une occupation confuse de Dieu, on réveille encore en soi, dès qu'on remarque la distraction, des affections vives et distinctes, sur les vérités que l'on se rappelle dans ces moments-là. Ce n'est donc point un temps perdu. Si vous voulez en faire patiemment l'expérience, vous verrez que certains temps d'oraison passés dans la distraction et dans l'ennui avec une bonne volonté, nourriront votre coeur, et vous fortifieront contre toutes les tentations. Une oraison sèche, pourvu qu'elle soit soutenue avec une fidélité persévérante, accoutume une âme à la croix. Elle l'endurcit contre elle-même, elle l'humilie, elle l'exerce dans la voie obscure de la foi. Si nous avions toujours une oraison de lumière, d'onction, de sentiment, et de ferveur, nous passerions notre vie à nous nourrir de lait, au lieu de manger le pain sec et dur'. Nous ne chercherions que le plaisir et la douceur sensible, au lieu de chercher l'abnégation et la mort. Nous serions comme ces peuples à qui J[ésus] C[hrist] reprochait, qu'ils l'avaient suivi non pour sa doctrine, mais pour les pains qu'il leur avait multipliés'. Ne vous rebutez donc point de l'oraison, quoiqu'elle vous paraisse sèche, vide, et interrompue par des distractions. Ennuyez-vous-y patiemment pour l'amour de Dieu, et allez toujours sans vous arrêter. Vous ne laisserez pas d'y faire beaucoup de chemin. Mais n'attaquez point de front les distractions; c'est se distraire, que de contester contre la distraction même. Le plus court est de la laisser tomber, et de se remettre doucement devant Dieu. Plus vous vous agiterez, plus vous exciterez votre imagination, qui vous importunera sans relâche. Au contraire plus vous demeurerez en paix en vous retournant par un simple regard vers le sujet de votre oraison, plus vous vous approcherez de l'occupation intérieure des choses de D[ieu]. Vous passeriez tout votre temps à combattre contre les mouches qui font du bruit autour de vous. Laissez-les bourdonner à vos oreilles, et accoutumez-vous à continuer votre ouvrage, comme si elles étaient loin de vous.

Pour le sujet de vos oraisons prenez les endroits de l'Evangile ou de l'Imitation de J[ésus] C[hrist] qui vous touchent le plus. Lisez lentement, et à

4 juin 1707 TEXTE 317

mesure que quelque parole vous touche, faites-en ce qu'on fait d'une conserve, qu'on laisse longtemps dans sa bouche pour l'y laisser fondre. Laissez cette vérité couler peu à peu dans votre coeur. Ne passez à une autre que quand vous sentirez que celle-là a achevé toute son impression. Insensiblement vous passerez un gros quart d'heure en oraison. Si vous ménagez votre temps de sorte que vous puissiez la faire deux fois le jour, ce sera à deux reprises une demie heure d'oraison par jour. Vous la ferez avec facilité, pourvu que vous ne vouliez point y trop faire, ni trop voir votre ouvrage fait. Soyez-y simplement avec Dieu dans une confiance d'enfant qui lui dit tout ce qui lui vient au coeur. Il n'est question que d'élargir le coeur avec Dieu, que de l'accoutumer à lui, et que de nourrir l'amour. L'amour nourri éclaire, redresse, encourage, corrige.

Pour vos occupations extérieures, il faut les partager entre les devoirs et les amusements'. Je compte parmi les devoirs toutes les bienséances pour le commerce des généraux de l'armée et des principaux officiers, avec lesquels il faut un air de société et des attentions. C'est ce que vous pouvez faire à certaines heures publiques, où étant à tout le monde par politesse, on n'est livré à personne en particulier. Hors de ces heures sacrifiées à la bienséance il faut être en commerce particulier avec un très petit nombre de vrais amis qui pensent comme vous, et qui servent D[ieu], ou du moins qui ne vous en éloignent pas. Il les faut choisir d'une naissance et d'un mérite qui conviennent à ce que vous êtes dans le monde.

Vous devez aussi lire outre les livres de piété, des histoires, et d'autres ouvrages qui vous cultivent l'esprit tant pour la guerre, que pour les affaires auxquelles vous pouvez avoir quelque part dans les emplois.

Une de vos principales occupations doit être, ce me semble, de voir tout ce qui se passe dans une armée, d'en faire parler tous ceux qui ont le plus de génie et d'expérience. Il faut les chercher, les ménager, leur déférer beaucoup, pour en tirer toutes les lumières utiles.

Pour les lectures de pure curiosité qui ne vont à rien qu'à contenter l'esprit, je les retrancherais dès qu'elles iraient insensiblement jusqu'à vous passionner. Il faut renoncer au vin, dès qu'il enivre. Je n'admettrais tout au plus ces amusements, auxquels on fait trop d'honneur, en leur donnant le nom d'étude, que comme on joue après dîner une ou deux parties aux échecs.

Le capital est de cultiver dans votre coeur ce germe de grâce. Ecartez tout ce qui peut l'affaiblir. Rassemblez tout ce qui peut le nourrir. Travaillez à force dans les commencements. Regnum Dei vim patitur, et violenti rapiunt illud'°. Occupez-vous des miséricordes de D[ieu] et de sa patience en votre faveur. An ignoras quoniam benignitas Dei ad poenitentiam te adducit"? Je ne cesse, Monsieur, aucun jour de le prier pour vous. Il sait à quel point je vous suis dévoué pour toute ma vie.

1148 bis. LOUVILLE A CH.-FR.-G. DE LAVAL-MONTIGNY'

De Paris, ce 4 juin 1707.

Je suis bien honteux, mon cher Abbé, de tous les délais de M. le comte de Bergheik2 et je n'ai osé écrire à M. l'archevêque de Cambrai avant qu'ils

- :•(•-• •

1,e,

318 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 14 juin 1707

fussent finis; ils le sont enfin et je vous écris ceci pour vous prier de faire savoir au receveur de mondit seigneur à Mons' qu'il prenne la peine d'écrire un petit mot au comte de Ribaucourt4 à l'armée, qu'il a ordre de Monseigneur l'archevêque son maître de recevoir quand il lui plaira les 1500 florins qu'il doit recevoir pour Mons. de Louville. J'écris dans le même moment au comte de Ribaucourt pour l'avertir que cet ordre lui viendra; ainsi ne manquez pas de lui écrire de trois quartiers que le comte de Bergheik me doit; c'en fera un de reçu; vous voyez qu'il y a grand dommage à être absent et grand profit à être importun et présent ; j'ai une médecine dans le corps qui,

jointe à une fluxion que j'ai sur m'empêche de vous écrire de ma main.

Ce sera pour la première occasion, mais comme ceci pressait, je n'ai pas voulu différer à le faire; je vous dirai en attendant que l'affaire dont vous vous êtes mêlé avance fort3; je vous en dirai davantage quand je le pourrai faire moi-même. Assurez bien Monseigneur l'archevêque de mes très humbles respects et n'oubliez pas son grand vicaire pour une petite portion desdits respects et dites-lui pareillement que, quoique tout Laval soit maigre et transparent, il est pourtant certain que Monsieur son cousin' et lui abusent de la permission qu'ils ont de l'être. [En] attend[ant], mon cher Abbé, je suis votre très dévoué et très obligé serviteur.

LOUVILLE.

23 juin 1707 TEXTE 319

éprouver ce qui humilie votre orgueil, et vous serez soulagée. Ne songez point à tous vos projets. Dieu ne les souffrira point et vous ne pouvez point échapper par là à ses poursuites pour vous faire mourir aux délicatesses de votre amour-propre. Laissez-vous traîner dans la boue. Jamais dévotion ne fut plus impatiente que la vôtre sur tous les sentiments que l'amour-propre voudrait n'éprouver pas. Croyez-vous qu'on n'aime point Dieu, dès qu'on sent une jalousie qu'on veut si peu avoir, qu'on est au désespoir dès qu'on la ressent? Ce que je vous demande avec la dernière instance, au nom du P.M. c'est de communier demain matin. Sans le vicariat 2, j'irais dès le matin vous faire communier. L'après-midi j'irai vous voir. La lettre de Mad. la Comtesse] de [Souastre] 3 me fait plaisir. Je compte que nous irons ensemble à... Nous en parlerons demain.

1151. A LA MÊME

Jeudi 23 juin 1707.

1149. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] 14 juin 1707.

Les nouvelles d'Arras sont très bonnes, ma chère fille, Dieu en soit loué. Mais il faut attendre la suite. Vous verrez jeudi l'état de la main, et les pensées du gentilhomme'. Pour faire prendre un bon parti rien ne sera plus utile que votre présence. J'y irais, si je croyais y pouvoir être utile. Je suis ravi de vous voir en paix. Elle ne vous manquera jamais du côté de Dieu. Le trouble ne peut vous venir que de vous-même par une tentation manifeste d'amour-propre. Ne soyez rien, ne veuillez être rien, vous trouverez Dieu sans bornes. Amen, amen.

1150. A LA MÊME

A C[ambrai] mardi au soir 21 juin 1707.

J'ai été bien fâché tantôt, ma très chère fille, de vous trouver sortie de chez vous. J'avais une véritable impatience de travailler à vous calmer le coeur. Ce que vous éprouvez n'est qu'un sentiment involontaire. Il ne vous troublerait pas tant, et vous le souffririez bien plus facilement si votre volonté y consentait. C'est seulement une sensibilité d'amour-propre qui vous tourmente. Au lieu de la porter avec patience et petitesse, vous êtes au désespoir de trouver en vous ce sentiment humiliant. Mais si vous vous en laissiez humilier, vous trouveriez bientôt le repos du coeur. Acquiescez à

Je prie la Sagesse éternelle qui s'est faite chair, mais chair d'enfant, et chair cachée sous les apparences du pain, de vous arracher votre fausse sagesse qui vous trouble et qui vous tourmente, pour vous donner son enfance, sa petitesse et sa paix'. Pourquoi voulez-vous vous éloigner de moi? C'est pour soulager votre amour-propre! Espérez-vous qu'en le soulageant vous trouverez Dieu? Ne voyez-vous pas que c'est vouloir vous guérir en flattant le fond de votre mal? Pourquoi croyez-vous que vous êtes loin de Dieu auprès de moi, puisque vous savez que je ne travaille qu'à vous faire mourir à vous-même, et que vous ne pouvez vous plaindre que d'une trop douloureuse mort, mais d'où vous vient cette douleur accablante? Avouez la vérité. Elle ne vient que de vos réflexions volontaires. Vous vous en prenez à Dieu et à moi de tout ce que vous vous faites souffrir malgré lui et malgré moi, en vous écoutant, en vous croyant, et en vous livrant à la séduction de votre amour-propre. C'est s'en prendre au médecin du poison qu'on avale contre sa défense. Si vous étiez loin d'ici, vous seriez dans un trouble à mourir. Dieu vous poursuivrait partout, et votre propre coeur ne vous laisserait point en repos. Les réflexions qui vous tentent se tourneraient alors contre vous pour venger Dieu. La paix ne se trouve qu'en cédant, et en cédant sans retarder ni hésiter. O que vous vous faites de maux! Vous en accusez la voie, et c'est contre la voie que vous vous les faites. Je vous demande au nom de N[otre] S[eigneur] et avec la pleine autorité du P[etit] M[aître], de venir communier à la grande messe. Je suis sûr que Dieu, si vous l'écoutez sans vous écouter, vous ramènera à la paix.

Les nouvelles d'Arras me font un sensible plaisir. Je vous irai voir l'après-midi au sortir des vêpres. Bonjour, ma chère fille. Vous la serez toujours malgré vous.

ler juillet 1707 TEXTE 321

1154. A ALEXANDRE TURPIN DE MARVAL

A Cambray ter juillet 1707.

Vous me ferez, Monsieur', un vrai plaisir si vous voulez bien me mander en conscience tout ce que vous connaissez du caractère d'esprit, des moeurs et des études du jeune fils de M. Jaquerie2, qui étudie actuellement en logique aux Jésuites de Douay, et qui demeure, si je ne me trompe, au collège d'Anchin. Je vous promets que vous ne serez commis en rien et que votre nom ne sera nommé en aucun lieu. Comme je suis persuadé de votre droiture, je compterai beaucoup sur un témoignage que vous me rendrez en secret, sans aucun respect humain.

Je profite avec joie de cette occasion, pour vous assurer de l'estime et de la considération parfaite, avec laquelle je suis, Monsieur, pour toujours tout à vous.

320 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 juin 1707

1152. A LA MÊME

Vendredi 24 juin 1707.

J'irai, ma chère fille, vous voir tantôt au sortir de vêpres. Cependant je vous invite à venir communier à ma messe après la grande, dans la chapelle de la sainte Vierge. J'aime fort S. Jean qui s'est sans cesse oublié pour ne penser qu'à Jésus] C[hrist]. Il le montrait. Il n'était que la voix destinée à l'annoncer. 11 lui renvoyait tous ses disciples. Aussi était-il par là, bien plus que par sa vie solitaire et pleine d'austérité, le plus grand d'entre les enfants de femmes'. Bonjour, ma chère fille, oubliez-vous, et vous serez Jean au désert.

FR. AR. Duc DE CAMBRAY.

1153. A LA MÊME

Lundi [271 juin 1707.

Ne soyez point en peine de votre confession, ma chère fille. Elle a été faite cent fois mieux que si vous aviez eu le loisir de vous envelopper dans vos réflexions. Vous y dîtes tout le principal avec une naïveté que vous n'avez jamais eue si parfaite. Vous y touchâtes même suffisamment les choses dont vous croyez n'avoir point parlé. Enfin vous acceptâtes et promîtes tout au moment de l'absolution. Ainsi vous n'avez jamais rien fait de si bon. Je me charge devant Dieu de cette confession la meilleure de toute votre vie. Bientôt après vous vous reprîtes en écoutant vos réflexions. Mais je crois que l'excès du trouble et de la peine diminue beaucoup la faute que vous faites en vous écoutant de la sorte. Il n'est question que de communier par pure obéissance, sans vous permettre de raisonner, et de laisser tomber doucement vos vaines imaginations, pour retrouver le silence et la paix.

Pour Mad. de [Risbourg], j'ai peine à croire qu'elle ait mal pris ce qu'elle a vu. Quand même elle en serait peinée, ce serait à moi à raccommoder tout. N'en ayez aucune inquiétude. Elle aurait grand tort, si elle se scandalisait de vous voir quelquefois triste et peinée. Il faut bien qu'elle s'accoutume à voir que chacun a ses peines. Au reste tout ce qui vous a éloignée de D[ieu] servira à vous en rapprocher si vous êtes simple et docile. Ces expériences doivent vous montrer combien il vous est pernicieux d'écouter votre imagination sur des chimères, puisque ces chimères vous mènent si violemment aux dernières extrémités. Communiez ce matin, et laissez faire le Petit] M[aître] '. Il vous calmera. Dieu vous gâte à force de vous flatter dès que vous revenez à lui. Communiez, communiez, et taisez-vous, ou du moins ne vous écoutez pas. Je vous irai voir tantôt. Je suis plus uni à vous, ma chère fille, que jamais, et vos écarts ne me fatiguent point.

1155. Au MARQUIS DE BONNEVAL

A Cambray 6 juillet 1707.

Monsieur,

Personne n'a désiré plus sincèrement que moi votre échange, et j'en ai une véritable joie'. Je suis même fort touché de l'amitié avec laquelle vous m'avez fait l'honneur de m'écrire cette bonne nouvelle. J'aurais bien souhaité que votre voyage m'eût procuré le plaisir de vous embrasser à Cambray, mais il est juste que tout cède au service que vous faites avec tant de zèle et d'exactitude. La perte de votre équipage m'afflige et vous m'en consoleriez si vous vouliez me permettre sans façon et en bon cousin de vous envoyer à Paris par une lettre de change l'argent dont vous avez besoin après un tel accident'. Pour mon neveu, je souhaite qu'il vous honore comme il le doit et qu'il travaille à mériter votre amitié. J'espère qu'il y réussira, je puis vous répondre de son coeur, et de son attachement pour vous. Diverses personnes de mérite distingué qui l'ont vu de près me font espérer qu'il pourra devenir un bon sujet. La bonté avec laquelle vous voulez bien en prendre soin', augmente en moi cette espérance. Je ne saurais finir sans prendre la liberté d'ajouter ici mille assurances de respect pour mad. la marquise de Bonneval. Je serai toute ma vie avec le zèle le plus sincère, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

322 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

1155 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Marly le 9 juillet 1707.

Monsieur,

L'on a arrêté à Petiviers comme déserteur le nommé Corneil François Motte natif de Mons qui avoue lui-même par le placet ci-joint qu'il a servi trois ans dans le régiment Royal Comtois et qu'il vient d'en déserter pour s'aller faire prêtre dans votre diocèse dont il est diacre. Je vous prie de faire vérifier si ce qu'il expose de son caractère ecclésiastique a quelque fondement et de me faire savoir en me renvoyant son placet ce qui vous en sera revenu avec votre avis pour en rendre compte au Roi. Je profite avec bien du plaisir de cette occasion pour vous assurer que je suis toujours très parfaitement...

1155 B. LE R DAUBENTON' A FÉNELON

[13 juillet 1707].

Monseigneur,

J'ai reçu avec autant de confusion que de respect la lettre que votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'écrire. J'ai discouru longtemps avec un cardinal du Saint-Office' sur ce qui en fait le sujet principal. Les Romains avouent que vos ouvrages sont écrits avec beaucoup d'élégance, d'érudition et de force. Mais, n'y trouvant pas leur infaillibilité, ils ne peuvent s'en accommoder. Peu leur importe que l'on confonde les Jansénistes, si ce n'est pas en établissant l'infaillibilité du Pape, ils ne comptent pour rien tout le reste au prix de cette chère prérogative'. Je leur ai fait observer qu'il faut bien distinguer deux choses, nier l'infaillibilité du Pape, et ne s'en servir pas dans la dispute; que Votre Grandeur ne nie pas, et n'a jamais nié cette infaillibilité, mais qu'elle ne la met pas en oeuvre contre les Jansénistes, parce qu'elle serait non seulement inutile, mais nuisible au dessein qu'elle se propose; qu'elle ne ferait en l'employant que multiplier ses adversaires°, que plusieurs évêques et théologiens de France se joindraient aux novateurs pour la combattre, et que par là tous ses efforts deviendraient inutiles. Qu'au contraire en établissant l'infaillibilité de l'Eglise, dont il faut que tous les docteurs catholiques conviennent, et qu'il est difficile même que les Jansénistes nient, elle pousse à bout l'erreur et lui ôte son dernier retranchement. Ces raisons, Monseigneur, quoique très convaincantes, ne font nulle impression sur eux. Ils ne peuvent surtout goûter que nous fassions tant valoir le corps des pasteurs'. Les évêques de France, disent-ils, présument beaucoup d'eux-mêmes, s'ils croient faire le corps des pasteurs, et que leur consentement soit seul capable de donner l'infaillibilité aux décisions du Pape. Que sont quelques évêques de France comparés aux évêques d'Italie, d'Allemagne, d'Espagne, du reste du monde'? Si l'infaillibilité est dépendante du consentement du corps des évêques, en quel moment précis les constitutions des papes obligeront-elles

TEXTE 323

les fidèles? qui, parmi les évêques, commencera à les recevoir? Chacun ne voudra-t-il pas voir ce que les autres feront? Les évêques qui sont en si grand nombre dans les Indes, et qui ignorent le parti que prennent les évêques de France, quel parti prendront-ils eux-mêmes? comment sauront-ils que le corps des évêques a consenti?

Voilà, Monseigneur, ce que j'entends dire tous les jours à nos Romains beaucoup plus attentifs à établir l'infaillibilité du Pape qu'à détruire le jansénisme. Ils prétendent que cette infaillibilité est une arme universelle pour combattre et anéantir toutes les hérésies, que c'est celle dont S. Augustin se servit contre les Pélagiens, à qui il ne voulait pas que l'on accordât un concile général, soutenant qu'ils avaient été suffisamment condamnés par les constitutions d'Innocent et de Zozime7. Quand on leur parle du corps des pasteurs, ils opposent les fréquentes et nombreuses assemblées des évêques qui ont approuvé et défendu les hérésies, les conciles des Donatistes, des Ariens, surtout celui d'Arimini, des Eutychiens à Ephèse, des Iconoclastes à Constantinople, les évêques sans nombre qui ont souscrit au décret de Basilisque, à Henoticon de Zénon, à 1'Ecthèse d'Héraclius, au Type de Constans, au schisme de Photius'. Voilà, ajoutent-ils, ce que c'est que ce corps des évêques en qui on fait résider toute l'infaillibilité de l'Eglise. Voilà encore une fois, Monseigneur, comme l'on parle et l'on pense à Rome. Il ne faut pas croire que le silence que cette cour garde à présent' soit une marque sûre de paix. Quand elle ne sera plus occupée avec les Allemands 10, il est certain qu'elle retombera sur nos évêques, à qui elle ne peut pardonner la manière avec laquelle ils ont reçu la dernière bulle du Pape d'aujourd'hui. Les zélés partisans de l'infaillibilité sont moins touchés des attentats énormes des Allemands que des sentiments du clergé de France. J'ai cru, Monseigneur, qu'il était à propos que votre Grandeur fût instruite à fond de la disposition de cette cour. Je voudrais pouvoir lui faire connaître également l'estime infinie et la très profonde vénération avec lesquelles j'ai l'honneur d'être, Monseigneur, de votre Grandeur le très humble et très obéissant serviteur.

A Rome ce 13 juillet.

DAUBENTON J.

1155 C. LE PAPE CLÉMENT XI A FÉNELON

[16 juillet 1707].

Venerabilis Frater, salutem et apostolicam benedictionem.

Replevit Fraternitas tua cor nostrum ingenti gaudio, posita veluti ob ocu-los nostros celebritate illius diei, qua venerabilis Frater Josephus Clemens, Archiepiscopus Coloniensis, S.R.I. princeps Elector, munus consecrationis in civitate Insularum, per tuas manus suscepit '. Et quamvis probe intelliga-mus contulisse admodum ad augendam ea occasione publicam lœtitiam, prœter tot Antistitum interventum, ecclesiasticorum hominum frequentiam, et multorum undique fidelium confluxum, ipsamque dilecti filii nobilis viri Ducis ac Electoris Bavarici prœsentiam; illud tamen, tanquam prœcipuum

9 juillet 1707 16 juillet 1707

Mer:Zef.

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324 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 juillet 1707

totius solemnitatis ornamentum spectamus, quod scilicet idem Archiepisco-pus sacros ejus actionis ritus tam sedulo ac devote peregerit, ut insignem de se edificationem in eorum omnium qui intererant animis, singulari sua pie-tate, excitaverit. Nam quia peculiari ilium benevolentia prosequimur, propter egregia decora, et satis nota promerita, inclytœ stirpis ad quam pertinet; nostra quodammodo interesse putamus, ut is, quo loco est, diligenti sacra-rum rerum cultu, et addicta ecclesiasticis muniis voluntate, veram sibi, con-gruamque laudem conciliet. Perlibenter itaque audivimus eum hanc viam alacriter iniisse, eamdemque non minori alacritate, post susceptum pontifi-calem ordinem, insistere, atque illa potissimum studia complexum esse, quœ se maxime deceant, rejectis iis que sœculum, vane prorsus, nec sine periculo insectatur; ita ut sperandum merito sit, quod, reddita aliquando temporum serenitate, prodesse iis possit quibus eum Deus preesse voluit. Scimus te prœclaram ea in re operam impendisse; quod non modo referimus ad ipsam manuum impositionem, sed ad salutaria consilia, quibus immissas desuper bonas cogitationes fovere ac promovere curasti. Post uberes gratias Deo red-ditas, gratum erga te animum profitemur, parati propensionem tibi nostre voluntatis, ubi suppetet facultas, luculenter testari2. Quod vero attinet ad ipsum Archiepiscopum Coloniensem, nihil certe tam optamus, quam ut nobis contingat aliquid in ipsius commodum prestare; nec irritas certe dimittemus occasiones, si que forte dabuntur, expiicandi ipsi magnitudinem nostrœ caritatis, hoc etiam nomine non parum aucte. Fraternitati tua inte-rim apostolicam benedictionem peramanter impertimur. Datum Romœ, etc. die 16 julii 1707, pontificatus nostri anno septimo.

CLEMENS PP. Xl. 18 juillet 1707 TEXTE 325

sibi competere professi sunt (et merito quidem), quoad regiam, adeoque lai-cam potestatem, interpretatus fueris, quoad auctoritatem Romani Pontifi-cis; quasi Galliœ prœsules sibi liberum, non vero debitum esse censuerint cathedra Petri judicium in materia fidei recipere5, quod revera nec assertum unquam ab illis est, nec asseri potuit, nisi intolerabili ausu se pauci episcopi supra primam sedem erigere tentassent ; quod nunquam licuit, nunquam factum est'. Et ista quidem, ut puto, tibi alio tendenti, citra ullam mali animi labem excidere, neque tamen sine emendatione prœtereunda videntur. Vides, optime Antistes, me aperte ac fidenter cordis mei sensa in sinum tuum effun-dere, quod singularis erga te amoris mei argumentum esse, puto, deprehen-des, ac non exigua soilicitudinis, qua de existimatione tua premor. Nolim scilicet adversariis tuis locum inde aperiri, te, doctrinamque tuam apud illus-triores hic viros et precipue sanctissimum Dominum nostrum carpendi, et in invidiam vocandi'. Litteras tuas, ut admonuisti, minime prodidi, idemque te de meis hisce facturum confido ; multa enim inter amicos privatim dici fas est, quœ palam vulgari non decet 8. Porro eximium, quo pro tuenda catholica fide ferves, zelum maxime laudo, sed multa sape desiderare possumus, quœ sperare non licet. Longiori hœc sermone tractanda forent, nisi temporis angustiis, instante itinere, et non firma satis valetudine urgerer. Vale tu, Prœsul amplissime atque amicissime, ac me amare perge, tuisque apud Deum precibus juva, qui sum ex animo, constanterque futurus, Illustrissime Dominationis tune servus.

Romœ, 16 julii 1707.

C.A. CARDINALIS FABRONUS.

1155 D. LE CARDINAL FABRONI A FÉNELON

[16 juillet 17071. 1156. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Illustrissime et Reverendissime Domine, Lundi 18 juillet 1707.

Humanissima epistola tua', Prœsul amplissime, licet multo ante lata, nuper ad me pervenit, et eo potissimum tempore, quo iter in Hetruriam vale-tudinis causa suscipio, nativi aeris beneficium experturus2. Paucis ergo me expediam, plura in aliud tempus rejiciens3. De tua erga Sanctam hanc Sedem observantia nullus dubito; ejus non pauca nec exigua, cum scriptione, tum actione, documenta prodidisti. Multa ego in libris tuis, cursim licet prœ tem-poris inopia perlustratis, deprehendi. Verum ut amice adeoque et libere sen-tentiam meam, ut soleo, aperiam, nonnulla in iis offendi, quœ nec mihi, nec, ut puto, aliis probe affectis placere valeant. Memini me legisse a te assertum (nec tamen vacat modo locum indicare), quod Gallicani antistites, cum Jan-senianum dogma ad Apostolicam Sedem detulere, sibi postmodum de eo judicium reservaverint4. Quo quidem, vir illustrissime, ut ingenue fatear, nihil a veritate magis alienum dici posse videtur, ut ex ipso litterarum tenore facile evincitur. Alterum quod probari mihi nequaquam potuit, illud est, quod eam libertatem, quam prœdicti episcopi in doctrina fidei dijudicanda

Je comprends, ma chère fille, par les choses que vous me dîtes hier et avant-hier, que votre coeur est dans la peine. Au nom de D[ieu] ne laissez pas grossir l'orage. Vous avez l'expérience de tout ce que la tentation fait sur votre coeur, dès que vous l'écoutez. Vous devez voir qu'il ne s'agit jamais que de votre amour-propre qui est dépité et au désespoir. Est-ce le moyen de suivre D[ieu] que de suivre un amour-propre désespéré' ? Cet amour-propre ne s'irrite que sur des chimères que votre vivacité vous représente comme réelles. De là vient un trouble et des résolutions manifestement contraires à Dieu. Dieu n'est jamais que dans la paix, et partout où la paix n'est point, Dieu n'y est pas, quoiqu'on s'imagine l'y mettre sous de beaux prétextes. Je vous dis tout ceci étant prêt à partir, et ne pouvant retarder mon départ pour le Quesnoy'. C'est que je crains pour vous les commencements de peine. Si vous comptez sur votre courage pour la surmonter, vous y succomberez. Si vous écoutez votre peine, cette infidélité en attirera d'autres avec un trouble horrible.

326 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 août 1707

Que faut-il donc faire? Ne rien écouter volontairement, et me dire tout avec simplicité dans une entière défiance de vous-même. Je vous voyais hier et avant-hier avec un certain courage naturel qui me fait peur. O ma chère fille, que je voudrais pouvoir vous aller voir avant mon départ ! mais il est impossible. Le temps me manque. Mon coeur est peiné par la crainte de votre peine. Que ne donnerais-je point, et que ne voudrais-je point qu'il m'en coûtât pour vous affermir dans la simplicité! Une peine non-écoutée ne serait plus qu'à demi peine. Une peine d'abord expliquée se dissiperait. Je vous conjure de vous tourner du côté du consolateur, et de croire que vous n'êtes en état de rien résoudre pendant la tentation. C'est dans un état d'oraison paisible qu'on peut prendre des résolutions selon D[ieu]. Tout le reste ne peut être que projets de tentation et égarement. Je ne manquerai pas de vous aller voir demain à l'heure qu'il vous plaira, et même dès aujourd'hui si je puis revenir d'assez bonne heure. D[ieu] sait combien je ressens tout ce qui peut vous troubler et vous détourner de votre voie.

1157. Au PÈRE LOUIS DOUCIN

A Cambray, 9 août 1707. 9 août 1707 TEXTE 327

1158. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Mardi 9 août 1707.

Je ne veux point, ma chère fille, vous entraîner par art, ni par aucune voie humaine. Je me contente de demeurer devant Dieu uni à vous malgré vous, et souffrant pour votre retour. Je vous laisse à Dieu, et je souhaite que vous vous y laissiez aussi. O si vous l'écoutiez, et si vous ne vous écoutiez point, quelle serait votre paix ! Mais vous commencez par prêter l'oreille aux délicatesses et aux dépits de l'amour-propre. Cette infidélité manifeste en attire cent autres qui sont moins faciles à découvrir. Vous cherchez à vous étourdir, et à autoriser votre égarement. Vous voulez vous soustraire à la souffrance, comme si l'amour-propre pouvait échapper au feu vengeur. Vous espérez du repos loin de Dieu. Vous fermez votre coeur, et vous employez toute votre industrie pour repousser la grâce. Eh ! qui est-ce qui a résisté à Dieu et qui a eu la paix'? Rendez-vous. Revenez. Hâtez-vous. Chaque moment de délai est une infidélité nouvelle.

J'irai chez vous, ou ce matin à P[remy], ou l'après-midi au g[ouverne-mentP, dès que vous me voudrez ouvrir votre coeur. Le mien est bien serré: c'est en vous que je devrais trouver un vrai soulagement. O ma chère fille, laissez-vous dompter par l'esprit de grâce.

1159. A LA MÊME

Mercredi 10 août.

Je vous remercie de tout mon coeur, mon Révérend Père', de l'attention très obligeante avec laquelle vous avez bien voulu m'envoyer la censure de M. l'évêque de Bayeux. Je suis fâché d'apprendre que ce prélat a attendu longtemps une explication des Pères Bénédictins sans pouvoir l'obtenir. Cette congrégation, qui travaille avec beaucoup de savoir pour la littérature ecclésiastique, aurait pu éviter cet éclat et redresser les particuliers du corps qui avaient fait ces thèses. Pour les dispositions générales, il me semble qu'elles ne tendent nullement à finir les disputes. Je sais que le parti remue plus que jamais tous les ressorts secrets pour se relever. Tous les tempéraments sont dangereux, et les personnes bien intentionnées qui admettent ces tempéraments captieux dans l'espérance de la paix font, sans le vouloir, un mal très réel en vue d'un bien imaginaire.

L'ordonnance de M. l'archevêque de Besançon' est bonne, pour avertir les lecteurs sans partialité. Mais il faudrait de plus marquer les endroits décisifs du Père Jésuite' qui lui font mériter cette censure. Il y a longtemps qu'on fait attendre quelque chose là-dessus.

Pour le mandement de M. le nouvel évêque de Gap', je ne l'ai point vu. Si par hasard vous en rassembliez plusieurs exemplaires, vous me feriez un vrai plaisir de m'en envoyer un.

C'est avec l'estime la plus sincère et la plus forte que je suis, mon Révérend Père, parfaitement tout à vous.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Souffrez, ma chère fille, que je vous représente ce qu'il me semble que D[ieu] veut que je vous mette devant les yeux. Le fonds que vous avez nourri dans votre coeur depuis l'enfance, en vous trompant vous-même, est un amour-propre effréné, et déguisé sous l'apparence d'une délicatesse et d'une générosité héroïque. C'est un goût de roman, dont personne ne vous a montré l'illusion'. Vous l'aviez dans le monde et vous l'avez porté jusque dans les choses les plus pieuses. Je vous trouve toujours un goût pour l'esprit, pour les choses gracieuses, et pour la délicatesse profane, qui me font' peur. Cette habitude vous a fait trouver des épines dans tous les états. Avec un esprit très droit et très solide, vous vous rendez inférieure aux gens qui en ont beaucoup moins que vous. Vous êtes d'un excellent conseil pour les autres. Mais pour vous-même les moindres bagatelles vous surmontent'. Tout vous ronge le coeur. Vous n'êtes occupée que de la crainte de faire des fautes, ou du dépit d'en avoir fait. Vous vous les grossissez par un excès de vivacité d'imagination, et c'est toujours quelque rien qui vous réduit au désespoir. Pendant que vous vous voyez la plus imparfaite personne du monde, vous avez l'art d'imaginer dans les autres des perfections, dont elles n'ont pas l'ombre. D'un côté vos délicatesses et vos générosités, de l'autre vos jalousies et vos défiances sont outrées et sans mesure. Vous voudriez toujours vous oublier vous-même pour vous donner aux autres. Mais cet oubli tend à vous faire l'idole et de vous-même, et de tous ceux pour qui vous paraissez vous oublier. Voilà le fond d'idolâtrie raffinée de vous-même que Dieu veut

328 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 août 1707 17 août 1707 TEXTE 329

arracher. L'opération est violente, mais nécessaire. Allassiez-vous au bout du monde pour soulager votre amour-propre, vous n'en seriez que plus malade. Il faut ou le laisser mourir sous la main de D[ieu], ou lui fournir quelque aliment. Si vous n'aviez plus les personnes qui vous occupent, vous en chercheriez bientôt d'autres sous de beaux prétextes, et vous descendriez jusqu'aux plus vils sujets, faute de meilleurs. Dieu vous humilierait même par quelque entêtement méprisable, où il vous laisserait tomber. L'amour-propre se nourrirait des plus indignes aliments, plutôt que de mourir de faim.

Il n'y a donc qu'un seul véritable remède, et c'est celui que vous fuyez. Les douleurs horribles que vous souffrez viennent de vous, et nullement de Dieu. Vous ne le laissez pas faire. Dès qu'il commence l'incision, vous repoussez sa main, et c'est toujours' à recommencer. Vous écoutez votre amour-propre dès que D[ieu] l'attaque. Tous vos attachements, faits par goût naturel, et pour flatter la vaine délicatesse de votre amour, se tournent pour vous en supplice. C'est une espèce de nécessité où vous mettez Dieu de vous traiter ainsi. Allassiez-vous au bout du monde, vous trouveriez les mêmes peines, et vous n'échapperiez pas à la jalousie de D[ieu], qui veut confondre la vôtre en la démasquant. Vous porteriez partout la plaie envenimée de votre coeur. Vous fuiriez en vain comme Jonas. La tempête vous engloutirait.

Je veux bien prendre pour réel tout ce qui n'est que chimérique. Eh bien! cédez à Dieu, et accoutumez-vous à vous voir telle que vous êtes. Accoutumez-vous à vous voir vaine, ambitieuse pour l'amitié d'autrui, tendant sans cesse à devenir l'idole d'autrui pour l'être de vous-même, jalouse et défiante sans aucune borne. Vous ne trouverez à affermir vos pieds qu'au fond de l'abîme. Il faut vous familiariser avec tous ces monstres. Ce n'est que par là que vous vous désabuserez de la délicatesse de votre coeur. Il en faut voir sortir toute cette infection. Il en faut sentir toute la puanteur. Tout ce qui ne vous serait pas montré ne sortirait point, et tout ce qui ne sortirait point serait un venin rentré et mortel. Voulez-vous accourcir l'opération? ne l'interrompez pas. Laissez la main crucifiante agir en toute liberté. Ne vous dérobez point à ses incisions salutaires'.

N'espérez pas de trouver la paix loin de l'oraison et de la communion. Il ne s'agit pas d'apaiser votre amour-propre en l'épargnant, et en résistant à l'esprit de grâce, mais au contraire il s'agit de vous livrer sans réserve à l'esprit de grâce, pour n'épargner plus votre amour-propre. Vous pouvez vous étourdir, vous enivrer pour un peu de temps, et vous donner des forces trompeuses, telles que la fièvre ardente en donne aux malades qui sont en délire. Mais la vraie paix n'est que dans la mort. On voit en vous depuis quelques jours un mouvement convulsif pour montrer du courage et de la gaîté avec un fond d'agonie. O si vous faisiez pour D[ieu] ce que vous vous faites contre, quelle paix n'auriez-vous pas6! O si vous souffriez, pour laisser faire Dieu, le quart de ce que vous vous faites souffrir pour l'empêcher de déraciner votre amour-propre, quelle serait votre tranquillité! Je prie celui à qui vous résistez de vaincre vos résistances, d'avoir pitié de cette force contre lui, qui n'est que faiblesse, et de vous faire malgré vous autant de bien que vous vous faites de mal. Pour moi, comptez que je vous poursuivrai sans relâche, et que je ne vous quitterai point. J'espère beaucoup moins de mes paroles et de mes travaux pour vous, que de ma peine intérieure, et de mon union à Dieu dans le désir de vous rapprocher de lui.

1160. A LA MÊME

A C[ambrai] 17 août 1707.

Jamais, ma chère fille, je n'ai rien fait de si contraire à mon intention que ce que je fis hier, s'il est vrai que votre petitesse' à me dire vos fautes n'ait trouvé en moi que du rebut. J'avoue que je ne trouvai pas vos fautes telles que vous les croyez, et que je voulus vous délivrer de vos scrupules. Mais j'étais infiniment éloigné de vouloir rebuter votre petitesse. Rien ne me fait tant de plaisir, rien n'est si agréable à D[ieu], rien n'est si important pour votre conduite vers lui. Cette petitesse me charma, et me parut beaucoup édifier Mad. de R[isbourg]. Pour ce qu'elle vous dit, je ne sais pas quelle fut son intention. Vous m'assurâtes que vous ne la soupçonniez point d'être mauvaise. La chose en soi ne méritait aucune attention. Rien n'est moins une humiliation que ce petit mot, s'il n'est pas dit à mauvaise intention.

Pour le dîner je n'avais pas compté de le donner sans vous. C'est vous qui décidâtes pour aujourd'hui, et je vous priai deux fois de ne vous contraindre en rien là-dessus. Je vous conjure encore de ne vous gêner point. Si vous n'y venez pas, je ne sais point si Mad. de R[isbourg] y viendra. Je la recevrai très bien, si elle vient. Mais je remettrais la partie à une autre fois, à cause que vous n'y serez point', si je ne craignais de vous faire de la peine par un changement. Tout m'est bon, pourvu que votre coeur rentre dans la paix, et que vous ne vous écoutiez point dans vos peines par amour-propre. En vérité, ma chère fille, je ressens vos peines au-delà de tout ce que vous pouvez croire. Je prie D[ieu] qu'il vous y soutienne.

1161. A LA MÊME

A C[ambrai], vendredi matin 19 août 1707.

Souffrez encore, je vous conjure, ma chère fille, mes importunités. Du moins elles vous montreront combien je suis éloigné de la hauteur et du dédain que vous m'imputez. D[ieu] sait que par sa grâce je n'aime et n'estime que la petitesse qui va jusqu'à l'enfance. Je serais bien infidèle, si j'avais d'autres goûts et d'autres sentiments. Jamais rien ne m'a fait tant de plaisir que votre ouverture de l'autre jour. J'en fus si gai et si content que je vous fis un compte de scrupules, vous croyant dans une disposition où il n'y avait qu'à se réjouir avec vous. En vérité pouvez-vous croire que j'aie voulu vous rendre ridicule devant Mad. de R[isbourg], moi qui n'espère son soutien et son avancement dans la piété que par son union avec vous? Si contre toutes mes intentions j'ai dit une chose de travers, je vous en demande mille pardons. Je condamne mon indiscrétion, puisqu'elle vous a blessée; mais je ne puis condamner mon intention, car D[ieu] sait à quel point elle a été pure et droite. Mais après toutes les marques de zèle que je tâche de vous donner,

330 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 août 1707

devez-vous être blessée sans retour, pour une indiscrétion qui m'afflige autant que vous, et que je cherche à réparer. Vous est-il permis, selon Dieu, de rompre, pour cette indiscrétion, une union de grâce que D[ieuj lui-même a faite, et de vous priver du secours auquel il lui a plu de vous assujettir? De telles sensibilités d'amour-propre doivent-elles faire rompre les liens spirituels, et abandonner toute la voie où l'on a senti Dieu? Ne dites point : Cela est fait. Cela est fini. C'est trop tard, comme vous le disiez hier au soir. Rien n'est trop tard pour D[ieu]. Il faut que tout lui cède. Il n'y a rien de fait qu'il ne défasse. Il n'y a rien de fini qu'il ne recommence. Vous êtes à lui, et non pas à vous. Est-ce à vous à dire: Cela est fini? Cette parole décisive' ne montre-t-elle pas un coeur propriétaire qui se reprend, et qui ne veut plus se livrer à Dieu pour mourir à soi-même? Je vous ai dit, il est vrai, un défaut qui vous ôte souvent l'usage de toutes vos excellentes qualités naturelles, et qui met en péril toute la grâce qui est en vous. Ce défaut est une ancienne habitude de vous tromper vous-même par un raffinement d'amour-propre, qui vous paraît une générosité sans aucun' retour sur vous. Voilà la source de toutes vos tentations. Eh! qui est-ce qui vous montrera ce défaut pour vous accoutumer à° vous en défier, si ce n'est l'homme qui vous conduit? Je tâche de vous mettre au-dessus de vos scrupules. Eh! n'est-ce pas ce qu'on fait aux plus saintes et aux plus grandes âmes, quand D[ieuj permet qu'elles soient troublées par de vains scrupules? Je méprise le fond du scrupule, afin que vous vous accoutumiez à le mépriser avec moi. Mais je sais combien les personnes les plus estimables sont scrupuleuses, et j'estime infiniment la petitesse qui vous a fait dire votre peine. J'espère que D[ieu] ne vous laissera pas à vous-même. Ecoutez non votre peine, mais le fond de votre coeur.

1161 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

A Marly 19 août 1707.

Monsieur,

Sur le compte que j'ai rendu au Roi de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 1" de ce mois', Sa Majesté n'a pas jugé à propos d'accorder à la famille' de Mr l'abbé de Bousies' la lettre de cachet qu'elle demandait pour faire enfermer cet ecclésiastique dans la maison de St Lazare à Paris. Comme il est chanoine de votre église, elle a laissé au Chapitre la liberté de procéder contre lui selon les canons'. J'en donne avis à Mr de Resigny' et profite de cette occasion pour vous assurer que je suis toujours très parfaitement...

1162. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Jeudi 1 septembre 1707.

Comme vos fautes, ma chère fille, consistent dans une résistance à Dieu, votre retour consiste à céder à la grâce. Ne craignez point de revenir trop 3 septembre 1707 TEXTE 331

légèrement. Quand il s'agit de revenir à D[ieu], on ne peut jamais revenir avec trop de promptitude et de simplicité. Voir sa faiblesse, la laisser voir, s'y accoutumer, désespérer à jamais de soi, et se livrer à D[ieu] sans mesures, c'est la plus parfaite pénitence de ses fautes, et la plus opposée à l'amour-propre. Comment voulez-vous que D[ieul se communique à vous pour vous faire connaître sa volonté, pendant que la vôtre lui résiste encore? En quelque état que vous soyez, et en quelque lieu du monde que vous alliez, il faut céder à D[ieuj, revenir au recueillement, et écouter Dieu malgré l'amour-propre. Jusque-là vous ne pouvez point espérer la lumière de D[ieu] pour marcher dans la voie où il vous appelle. Croyez-vous lui échapper? Fussiez-vous au bout du monde, il vous fera sentir votre amour-propre que vous voudriez vous déguiser, et dont il est jaloux. Espérez-vous la paix en flattant cet amour-propre qui est la cause de tous vos désespoirs, et que l'amour de D[ieu] poursuit sans relâche dans votre coeur? Est-ce moi qui suis la cause d'un combat si douloureux? N'est-ce pas vous qui le prolongez, en nourrissant en secret celui qu'il faudrait laisser mourir. Ce n'est pas moi; c'est D[ieu] qui vous presse. Au bout du monde, les principes que vous avez dans le coeur vous feraient sentir tout ce que vous sentez. L'amour-propre flatté se relèverait encore plus violemment. L'amour de D[ieu] vous reprocherait votre infidélité et votre fuite. Vous en mourriez de douleur. Dieu vous poursuit sans relâche. Puis-je, dois-je l'empêcher?

Pour moi, si vous y prenez garde, je ne fais que vous consoler, qu'attendre, qu'adoucir les plaies de votre coeur. Un autre qui les connaîtrait moins, ne pourrait pas avoir les mêmes ménagements. Voudriez-vous que D[ieu] vous fît mourir sans douleur? Voudriez-vous qu'il vous laissât trouver quelque ressource en vous-même, pour partager votre coeur entre vous et lui? Après avoir été infidèle en résistant à Dieu pour vous éloigner de moi, voulez-vous encore lui être infidèle en ne cédant pas à son attrait pour votre retour? Jetez-vous entre ses bras sans condition, les yeux fermés. Ne cherchez plus un moyen sûr de ne retomber pas. Il n'y en a point. L'amour-propre voudrait une sûreté, qui n'est point de l'état présent. L'unique sûreté est de n'en chercher point, de s'abandonner à D[ieu] et de ne se plus écouter soi-même. Dès que vous céderez, la paix reviendra. Vous vous en prenez à lui et à moi de tout le mal que vous vous faites. Cédez, et votre pénitence sera faite. C'est celle qui vous coûtera et servira le plus. J'irai vous voir quand vous voudrez. Ne tardez pas, ma chère fille.

1163. A LA MÊME

A C[ambrai] 3 septembre 1707.

Je comptais hier, ma chère fille, que vous étiez à l'ordinaire au gouvernement', et je n'osai y aller, de peur de vous y gêner. Si je vous avais sue à Premy, j'y serais allé plus librement. L'abbé de Beaumont', qui devait vous aller voir, se trouva incommodé. Rien n'est plus sincère que la douleur que je ressens de votre état. Vos projets ne sont qu'illusion. Vous voulez retrouver Dieu en quittant l'oraison. Hélas! l'oraison est Dieu même, ou du moins l'union avec lui. Vous voulez lui faire la loi, et ne vous plus donner à lui qu'à

332 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 septembre 1707

votre mode, pour adoucir votre souffrance. Espérez-vous qu'il sera content de ce partage de votre coeur? Vous croyez que l'amour-propre vous fera moins souffrir quand vous lui céderez, et vous ne voulez pas céder à l'amour de Dieu, de peur qu'il ne prenne trop sur l'amour-propre. En vérité ce dessein est-il selon Dieu? Prétendez-vous que Dieu consente que la jalousie de son amour cède à la jalousie de l'amour-propre? Prétendez-vous que l'amour-propre flatté et soulagé en soit moins jaloux, et moins tyrannique dans sa jalousie? O que vous vous trompez, et que vous manquez à Dieu! Est-ce donc là ce que vous lui avez promis tant de fois? Est-ce là ce que l'amour sincère demande? Voudriez-vous faire à une créature estimable ce que vous faites à Dieu? Voudriez-vous la quitter pour soulager les dépits de votre amour-propre? Si vous laissiez faire Dieu, vous souffririez infiniment moins. C'est dans les commencements de vos peines que vous pourriez ne vous écouter pas. Cette fidélité qui vous serait alors possible, vous attirerait une grâce merveilleuse, et vous élargirait le coeur. Faute d'agir ainsi vous êtes toujours occupée des délicatesses de votre amour-propre. Dieu jaloux de vous, vous livre à vous-même et à votre propre jalousie, pour vous montrer malgré vous, combien votre coeur, dont vous avez admiré le désintéressement, est jaloux de son intérêt.

Rentrez dans les desseins de Dieu. Livrez-vous à lui sans condition. N'espérez plus rien de vous-même. Ce désespoir fera votre paix. Tout ce qui flatte l'amour-propre ne peut plus être de saison. C'est une douceur empoisonnée. Revenez avec docilité et petitesse au recueillement. Vous aurez meilleur marché de Dieu que de vous. Ce n'est pas lui, c'est l'amour-propre qui vous tourmente. C'est au tourment que vous vous livrez en croyant le fuir'. Plus on donne à l'amour-propre, plus il exige. Il est insatiable et trompeur'. Entre ces deux jalousies, pourquoi craignez-vous davantage celle de Dieu? Elle est si juste, si sage, si miséricordieuse, si mesurée. Celle de l'amour-propre est aveugle, tyrannique, et sans bornes. Vous n'aurez point la paix en flattant l'ennemi; vous ne l'aurez qu'en donnant tout à D[ieu] seul, et en le laissant faire. O si vous aviez des yeux pour voir, et un coeur pour sentir le don de Dieu! Tout cela vous était donné. Mais vous n'en voulez plus. O ma chère fille revenez ! Que ne souffrirais-je point, pour obtenir votre retour!

1164. A LA MÊME 10 septembre 1707 TEXTE 333

pouviez me quitter sans quitter Dieu, je vous conseillerais de le faire dès ce soir. Mais vous ne me voulez quitter que pour vous reprendre, et épargner votre amour-propre. En me quittant vous résistez à la grâce et vous retombez dans une vie qui n'est plus intérieure. Voilà l'unique raison qui m'empêche de consentir à vos projets. Encore une fois l'acceptation simple et absolue de tout ce qui se présente de chimérique à votre esprit fera votre paix. D[ieu] vous attend là. Ce qui vous cause les plus violentes douleurs ne vous les causera plus, quand vous l'aurez pleinement accepté sans aucun adoucissement. O que ne puis-je vous épargner ! Mais D[ieu] veut tout, et l'amour-propre est furieux. Paix, paix. Dieu seul est la paix.

1165. AU MARQUIS DE BONNEVAL

A Cambray 10 septembre 1707.

Je suis ravi, Monsieur, de vous savoir en liberté et en repos à Paris. Jugez de la joie que je ressentirai si je puis vous embrasser en ce pays. Mais comme je m'imagine que Paris vous retiendra un peu après une si longue absence, et que vous passerez par les lieux où l'on vous arrêtera, je vais en attendant faire des visites pour le reste de ce mois. M. l'abbé de Beaumont qui restera ici se charge de m'apprendre de vos nouvelles, afin que je ne coure aucun risque de perdre l'occasion de vous posséder ici'. Personne ne sera jamais avec plus de zèle et d'attachement que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

Permettez-moi, Monsieur, d'ajouter ici les assurances très sincères de mon respect pour madame la marquise de Bonneval.

1166. AU PAPE CLÉMENT XI

[15 septembre 1707].

Sanctissime Pater,

Samedi 3 septembre 1707 (2' lettre).

Depuis les huit heures du matin je me tiendrai prêt, ma chère fille, pour vous recevoir, et j'irais avec plaisir chez vous, si cela vous était plus commode. L'unique source de la paix est l'abandon sans réserve. L'abandon ne permet plus de s'écouter volontairement. N'espérez point la paix ni en écoutant les délicatesses de l'amour-propre, ni en voulant fuir Dieu. Vous trouveriez dans les solitudes les plus éloignées tous les tourments de l'amour-propre, si vous y alliez pour vous soustraire aux jalousies de l'amour de Dieu, et pour flatter celles de l'amour-propre. Mais livrez-vous à Dieu. Mettez tout au pis-aller. Supposez la vérité de toutes les imaginations les plus fausses, et acceptez tout sans bornes. C'est dans ce désespoir qu'est la paix. Si vous

Viri pietate, scientia et dignitate clarissimi officiose monuerunt, se alios-que complures theologos Romœ degentes œgre tulisse, quod in pastoralibus contra Jansenistas Documentis, de auctoritate sedis apostolicœ minus stu-diose disseruerim. Obsequioso animo insuper optabant id a Vestra Sancti-tate ignorari '. Ego vero contra, rem omnem doctissimo et œquissimo Ponti-fici nudam ac perspectam esse quam maximum desidero2. Enim vero, Sanc-tissime Pater, si nihil est, ut hactenus mihi videtur, in quo peccaverim, quid decentius est aut jucundius, quam a supremo et perspicacissimo judice purgari'? Si autem minus recte sensero, quid utilius, imo quid dulcius, quam filium vere docilem a benignissimo patre doceri? Eo fine, Sanctissime Pater, ad Vestram Sanctitatem mittere non vereor opusculum", quo meas assertio-

334 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 septembre 1707 30 septembre 1707 TEXTE 335

nes tueri, et insignium virorum objectiones solvere conatus sum. Quam qui-dem scriptionem, brevitatis causa, a Vestra Sanctitate legendum esse non despero5. Venerandos Christi Vicarii pedes humillime et amantissime deos-culatus, intima cum observantia, et animi submissione œternum maneo, Sanctissime Pater, Sanctitatis vestrœ humillimus et obedientissimus servus ac filius.

Cameraci, 15 septembris 1707.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

1167. Au CARDINAL FABRONI

[15 septembre 1707].

Eminentissime Domine,

Vera cum gratitudine accepi ea singula quœ Vestra Eminentia ad me scri-bere dignata est. Sic certe juvat audire ea omnia quœ emendanda videntur viro candido et amico œque ac docto et sapienti. Neque enim nisi a benevolo et beneficentissimo censore hœc objici possunt. Verum per tantam humani-tatem mihi liceat pauca docili et obsequenti animo reponere. Cum autem multo plus carissimœ valetudini tuœ quam meœ privatœ defensioni consul-tum velim, apologeticum memoriale seorsim ab hac epistola scriptum mitto, quod oro minime legi quamdiu non omnino convalueris. Interea votis omnibus prosperam sanitatem, affluentes annos, omnia quœ fausta opto, ut Ecclesiœ matri ac magistrœ cui tanto studio te totum devovisti, diu profutu-rus inservias. Intima cum observantia et singulari veneratione nunquam non ero, Eminentissime Domine, Eminentiœ Vestrœ humillimus et obsequentis-simus servus

Cameraci, 15 sept. 1707.

FR. AR. DUX CAMERACENSIS.

1168. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Haumont 23 septembre 1707.

Je souhaite de tout mon coeur, ma t [rès] c[hère] fille, que Dieu seul parle en vous. Sa parole est silencieuse. Au contraire, la nôtre est toujours inquiète, tumultueuse, et semblable au bruit d'une halle. Dieu n'est que dans la paix. Dès que la paix se perd, Dieu se retire. Parlez à l'abbé de B[eaumont]. Dieu lui donnera en mon absence de quoi vous consoler '. Ne vous gênez point par complaisance humaine pour Mad. de R[isbourg], mais aidez-la par pure grâce. Mandez-moi de vos nouvelles, de celles de M. le C[omte] de M[ontbe-ron], et de celles de Mad. la comtesse de [Souastre]. Soyez exacte, je vous conjure, à ne renouer point avec Mad. [d'Oisy] un commerce humain qui n'irait qu'à l'amuser, et qu'à vous faire agir contre votre grâce. Vous nuiriez infiniment et à elle et à vous. Vous n'en tireriez que du trouble et des tentations contre votre état. Faites bien avec elle. Mais ne l'attirez point à venir troubler un silence qu'elle ne peut pas garder. Admettez Mad. de R[isbourg] à votre silence puisqu'elle y entre sans le troubler. Mais n'y mêlez aucune façon humaine. Pour M. le C[omte] de M[ontberon], après avoir représenté vos craintes, laissez décider M. [Bourdon]3 par rapport au voyage de...4 Dieu sait, ma chère fille, comment il fait que je vous suis tout dévoué en lui à jamais.

1169. Au MARQUIS DE SOURCHES

[30 septembre 1707].

Vous avez aperçu, Monsieur', que le sieur Sauvage, curé de Fressies2, a perdu l'esprit. Il s'est imaginé qu'il est prévôt du chapitre de Saint-Géry de Cambray, quoiqu'il n'ait jamais eu aucun prétexte de le prétendre, et que ce bénéfice soit rempli d'un très digne sujet qui en est en possession paisible depuis environ vingt ans'.

Nous avions donné à un prêtre qui dessert la cure de Fressies une moitié du revenu de cette cure, et l'autre moitié à la famille du curé malade d'esprit, pour le tenir renfermé. Il a échappé à ses proches et il est allé à Paris.

Pour moi, Monsieur, je ne saurais me charger de faire revenir un grand nombre de prêtres vagabonds de ce vaste diocèse, qui ont été ordonnés par mes prédécesseurs dans des temps de guerre et de confusion. Les uns sont fugitifs pour les mauvaises moeurs dont ils sont accusés. Les autres vont à Rome et ensuite dans tous les pays où ils espèrent quelque ressource. D'autres, comme le curé de Fressies, ont perdu la raison et sont errants de tous côtés. Il ne me serait pas possible d'envoyer chercher tous ces prêtres égarés. Si néanmoins le Roi souhaite que j'envoie chercher le sieur Sauvage, je ferai la chose à mes dépens, quoique nous ayons laissé dans les mains de sa famille son titre patrimonial et la moitié du revenu de sa cure pour le garder.

Je vous supplie, Monsieur, de représenter à Sa Majesté que nous sommes chargés de semblables prêtres de divers diocèses et entr'autres de celui de Paris, que leurs évêques n'envoient jamais chercher sur cette frontière. Je suis néanmoins tout prêt à faire ce que vous m'apprendrez des intentions de Sa Majesté.

Personne ne peut être plus parfaitement que je le suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

A Maubeuge, 30 septembre 1707.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

336 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

1170. Au MARQUIS DE BONNEVAL

A Cambray 7 octobre 1707.

J'ai un vrai déplaisir, Monsieur, de la triste aventure de votre régiment'. Quoique mon neveu y perde beaucoup pour sa compagnie', je puis vous assurer sans exagération, que je ne suis pas moins sensible à l'intérêt du Colonel, qu'à celui du petit Capitaine. Je souhaite fort que cet accident ne vous occupe pas trop dans le pays où vous êtes, et qu'il ne nous prive pas de l'honneur que vous m'aviez fait espérer. Je préfère néanmoins la plus légère satisfaction de madame votre grande mère' à toute la joie que je ressentirai, si je puis vous posséder ici. Plût à Dieu que mad. la Marquise de Bonneval y pût venir avec vous. J'enverrais un équipage au devant d'une si bonne compagnie aussi loin qu'il vous plairait. Rien ne me fait si vivement sentir la situation où je me trouve que de me voir dans l'impuissance de témoigner mon zèle à un parent que j'aime et que j'honore comme je le dois. Je serai toute ma vie très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1171. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] lundi 10 octobre 1707.

Je suis sensiblement touché de votre peine, ma chère fille. D[ieu] sait tout ce que je voudrais faire et souffrir, pour vous en tirer. Ne vous écoutez point volontairement. Vous avez très bien fait de me mander à coeur ouvert ce que vous souffrez. Une telle ouverture porte grâce avec soi. Si j'ai le goût de l'esprit, il faut m'en corriger. Je sais bien que rien ne me fait tant de peine, que quand je vous vois estimer les talents humains, et supposer que les autres doivent les estimer.

Pour Mad. d'Oisy ', je suis très éloigné de l'abandonner ni de la négliger. Au contraire je tâche de la servir de tout mon coeur pour le spirituel et pour le temporel. Mais que puis-je faire? Le peu qu'elle avait pour la piété paraît fort déchu. Quoiqu'elle veuille faire son salut, et vivre avec une certaine règle, elle est fort dissipée, et opposée au recueillement. Elle doit venir ici pour se confesser le jour de sainte Thérèse'. Pour Mad. de R[isbourg], ne soyez point unie à elle pour vous, mais pour elle-même. Ne comptez ni sur un ragoût d'amitié, ni sur une décharge de coeur pour la confiance, puisque vous n'y trouvez pas ce soulagement. Bornez-vous à la recevoir avec amitié, afin qu'elle trouve en vous un soutien dans sa faiblesse, et qu'elle puisse demeurer avec vous en silence. Si elle ne se taisait pas avec vous, elle se dissiperait d'abord avec Mad. d'Oisy3. Que si vous éprouviez qu'elle ne conservât point le recueillement auprès de vous, ou qu'elle vous gênât, je ne vous demanderais point de continuer un commerce, qui ne paraîtrait plus être de grâce.

Je vous conjure de communier à l'ordinaire. Vous n'en avez jamais tant de besoin, que quand vous avez le coeur pressé. Vous ne me dîtes hier aucun TEXTE 337

mot, qui doive vous faire hésiter. Vous craignez trop de pécher. Cette crainte sans fondement' trouble tout en vous par son excès. Je prie le D[ieu] de paix de calmer votre coeur.

1172. A LA MÊME

A C[ambrai] 211 octobre 1707.

Je vous envoie, ma chère fille, la lettre que je viens de recevoir de M. le C. de Gacé2. Il paraît qu'il n'a pas bien compris ce que j'avais prié M. son fils' de lui faire bien entendre. D'ailleurs vous verrez qu'il désire fort la conclusion, et qu'il donnera volontiers les 200000 livres'. Ainsi voilà un second marchand' qui vous donnera beaucoup d'avantage par l'émulation. C'est par un courrier exprès qu'il m'écrit. Cette vivacité me fait plaisir. Ayez la bonté d'examiner ma réponse. Si vous la trouvez bien, je l'enverrai pompte-ment. Demeurez avec Dieu, et vous serez en paix. Il n'est jamais dans le trouble, quelque prétexte de piété dont le trouble puisse être coloré.

1173. A MATTHIAS GOFFETTE

A C[ambrai] le 5 novembre 1707.

Vous savez bien, Monsieur', que j'ai de très fortes raisons pour ne vous donner aucun témoignage, que vous puissiez montrer pour vous en prévaloir'. Mais comme je ne cherche que les voies de douceur autant que les règles me le permettent, je suis prêt, sans savoir où vous êtes, à vous faire parler par celui de tous nos ecclésiastiques pieux et zélés qu'il vous plaira de choisir pour l'aller trouver, ou pour lui donner quelque rendez-vous secret. Il écoutera vos propositions, il m'en rendra compte, et je verrai ce qu'il se pourra faire sur les choses qu'il me proposera de votre part. Cependant je vous déclare que je demeure libre non seulement pour faire servir au plus tôt la cure de Dours que vous avez abandonnée, mais encore pour faire dès que je le jugerai à propos les informations contre vous que j'ai jusqu'ici retardées'. Je prie D[ieu], Monsieur, qu'il vous inspire tout ce que vous devez faire pour l'honneur de votre caractère et pour votre salut.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1174. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 9 novembre 1707.

Vous ne m'avez rien dit, ma très chère fille, qui doive vous faire la moindre peine. Ce n'est point pour se soustraire à la souffrance qu'on explique son état. C'est par pure et simple fidélité. C'est pour n'écouter point l'amour-propre, qui voudrait sous de beaux prétextes cacher ses misères. Il est vrai

7 octobre 1707 21 octobre 1707

338 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 14 novembre 1707 21 novembre 1707 TEXTE 339

seulement que cette simplicité, qui est selon Dieu, est souvent utile pour soulager le coeur, quoiqu'on ne la pratique pas en vue du soulagement.

Si vous ne conserviez pas au fond de votre coeur une vaine estime de l'esprit, vous ne craindriez pas tant d'en manquer, et de n'en montrer pas autant que les autres. Vous ne croiriez pas même que j'eusse ce grand goût de l'esprit, qui est si vilain, si corrompu, et si indigne de l'esprit de Dieu'. J'ai toujours remarqué que l'estime de l'esprit est enracinée dans votre coeur, et que vous ne la laissez point tomber. C'est néanmoins ce que l'esprit de grâce éteint le r`' us, quand on le laisse agir librement. Vivre d'oraison et d'amour est incompatible avec ce goût dépravé de l'amour-propre.

Il ne s'agit point maintenant de vous confesser, mais de céder à Dieu avec petitesse, pour vous calmer. Je connais en vous les deux personnes que vous y voyez. Il faut souffrir l'une avec patience, sans l'écouter volontairement. Il faut que l'autre demeure dans sa simplicité. La communion, le silence, la souffrance, comme vous le dites, sont ce qui lui convient. Quand elle a manqué, elle abandonne sa faute à Dieu, et se livre à lui en esprit d'amour.

Vous souffririez beaucoup moins, si vous laissiez passer vos imaginations et vos sentiments involontaires, sans en faire aucun cas, et sans vouloir vous assurer de leur résister positivement. Cette résistance positive est une recherche de votre propre sûreté, et une activité d'amour-propre, qui est contre votre grâce. C'est ce travail douloureux que Dieu ne vous demande point'. Il vous demande au contraire de le supprimer. Faut-il s'étonner que vous souffriez, quand vous vous donnez des contorsions continuelles, pour vous assurer de voir ce que Dieu ne veut pas que vous puissiez voir en cette vie' avec cette sûreté? On n'a jamais la paix en lui résistant.

Faites ce que vous dites très bien, et vous souffrirez moins. Quand vous craignez de manquer, abandonnez simplement le tout à Dieu. Un amour simple vous garantira bien plus du péché, que cet effort empressé, où vous vous recherchez vous-même. Cette vaine crainte d'un péché imaginaire vous jette dans un état réel et° affreux, où vous tentez Dieu, où vous ne vous occupez que de vous, où vous vous tuez, et où vous vous mettez en tentation violente contre l'attrait de Dieu. Ce n'est donc pas Dieu qui vous fait souffrir. Au contraire c'est malgré lui que vous vous martyrisez vous-même. O ma chère fille, cherchez la paix au lieu où elle est ! Vous la trouverez dans le simple non-consentement à vos sentiments involontaires de jalousie, et dans la patience à supporter ce sentiment honteux.

Je suis en peine de M. le C[omte] de M[ontberon] 3. Il a besoin, ce me semble, de toute votre attention.

1175. AU CARDINAL DE BOUILLON

14 novembre 1707.

Quoique je m'abstienne d'ordinaire d'avoir l'honneur de vous écrire, par pure discrétion pour vos intérêts, je ne puis m'empêcher de témoigner ma joie à votre Eminence sur la permission qu'elle a obtenue de se rapprocher de Paris'. Ce premier pas en fait espérer d'autres. Je souhaite du fond de mon coeur que les suites en soient promptes et heureuses. Votre patience, Monseigneur, aplanira les plus grandes difficultés. D'un côté, elle montrera au Roi quelles ont été dans tous les temps les intentions d'un doyen du sacré collège, qui lui montre tant de soumission. De l'autre, elle édifiera le public même le plus critique, et vous fera un honneur infini. C'est tout ce qu'il vous reste à désirer dans une place au-dessus de laquelle il n'y en a plus aucune autre dans l'Eglise, où un Français puisse monter'.

Pour moi, Monseigneur, je ne manque aucun jour de ma vie à demander à Dieu qu'il vous comble de ses grâces. Si j'étais à portée de vous rendre le moindre service, vous me verriez aussi vif et aussi empressé que vous me voyez maintenant réservé et discret. Personne ne sera jamais avec plus de zèle et de respect que moi, etc.

1176. A MICHEL CHAMILLART

A Cambray, 21 novembre 1707.

Je suis touché, comme je dois l'être, de toutes les choses polies et obligeantes que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire sur la question des aumôniers. Agréez, s'il vous plaît, que je vous représente que je n'y ai aucun intérêt, que celui de décharger ma conscience, et de ne permettre rien de douteux sur la validité des sacrements. Il ne s'agit nullement ici, Monsieur, d'un droit du Roi Catholique; il n'est question que de savoir quelle étendue le Pape a prétendu donner à la commission qu'il a donnée à M. l'archevêque de Malines'. Je souhaiterais, pour mon repos et pour ma commodité, qu'elle s'étendît aux troupes d'Espagne qui sont sur les terres de France. J'ai toujours désiré, et même cru très nécessaire, que les militaires français eussent un vicaire apostolique, comme les militaires espagnols. C'est ce que j'ai représenté très fortement et très fréquemment à la cour, en sorte même que le Roi avait résolu de suivre cette proposition. Jugez par là, Monsieur, si vous pouvez trouver aucun évêque qui soit plus favorable que moi au pouvoir du vicaire apostolique. Dieu m'est témoin que je souhaiterais ardemment qu'il y eût de part et d'autre de ces vicaires, qui nous délivrassent d'une infinité d'embarras. Mais je vous supplie de considérer les raisons suivantes :

1° En matière de juridiction spirituelle, et en matière de sacrements qu'il ne faut jamais s'exposer à rendre nuls faute de pouvoir certain, un commissaire, qui n'est pas l'évêque diocésain, n'a aucun pouvoir qu'autant que les termes formels de sa commission le lui donnent clairement. Je demande donc si la commission de M. l'archevêque de Malines porte en termes formels, qu'il aura la juridiction épiscopale sur les troupes du Roi Catholique, même hors des terres de sa domination, et en quelque domination étrangère qu'ils puissent aller. J'ai peine à croire que les termes de la commission expriment cette généralité pour tout pays étranger, sans aucune borne'.

2°11 y a une comparaison très naturelle à faire entre le vicaire apostolique et l'internonce. L'un et l'autre ont des pouvoirs du Pape pour les sujets du Roi Catholique des Pays-Bas. L'internonce ne les a pas moins étendus que le vicaire apostolique. Ces pouvoirs sont néanmoins tellement bornés aux sujets d'Espagne actuellement résidents dans l'étendue des Pays-Bas espagnols, qu'un sujet de Sa Majesté Catholique, qui passe de Mons à Valen-

ir-

340 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 novembre 1707

ciennes, ne peut plus recevoir aucune dispense ni aucun autre acte de juridiction de l'internonce. Il importe même de remarquer que Cambray, Tournay,

Valenciennes, etc., étant soumises à l'Espagne, étaient aussi soumises à

l'autorité de l'internonce, par rapport à ses fonctions, et que ce pays était renfermé dans sa commission ou internonciature: mais ces villes ont cessé d'être

comprises dans sa commission, dès le moment qu'elles ont cessé d'être au

Roi Catholique, parce que les termes de sa commission la bornent aux Etats de ce prince'. Il semble, Monsieur, qu'il en est précisément de même de

l'autre commission. Quoiqu'elle soit pour les personnes des militaires d'Espagne, elle n'en est pas moins bornée au territoire de la domination espagnole, puisqu'elle ne dit point que le vicaire apostolique pourra l'exercer dans un territoire étranger. Cette comparaison sert à démontrer que la même commission peut avoir, pour le territoire, des bornes qui se sont rétrécies, parce que la commission ne s'étend qu'au pays espagnol, qui a diminué. Je crois même, Monsieur, vous devoir représenter que le Roi m'a fait deux fois défense expresse de souffrir que l'internonce de Bruxelles donne jamais la moindre dispense à aucun de ses sujets des Pays-Bas conquis'.

3 °Le Roi pourra dire que la commission du Pape n'ayant été accordée qu'à la demande du Roi d'Espagne, pour le seul pays de sa domination, et pour la confier à un de ses sujets, on ne saurait présumer que le Pape ait voulu donner à ce sujet d'Espagne une juridiction qu'il puisse exercer sans le consentement de Sa Majesté jusque sur les terres de France. Je dois encore vous représenter historiquement, que les maximes communes des Parlements et du conseil du Roi sont qu'il n'est permis en France de reconnaître, et encore moins de laisser exercer aucune commission de Rome dans les Etats du Roi, sans qu'elle ait été examinée et acceptée dans les formes. On est si jaloux de n'admettre jamais aucune de ces commissions apostoliques, que le nonce même du Pape n'est reçu en France que comme simple ambassadeur du saint Père, sans qu'il puisse jamais exercer dans le royaume la moindre autorité en vertu d'aucune commission apostolique'. Vous voyez, Monsieur, la grande délicatesse où l'on croit devoir être sur ces matières. Personne ne peut juger mieux que vous combien il importe, surtout dans les temps présents', d'éviter ces sortes de questions.

4° Permettez-moi de vous dire, Monsieur, que la juridiction spirituelle ne se règle point sur l'autorité des commandants des troupes, ni même de la juridiction temporelle à l'égard des militaires. Le Roi, en appelant dans ses Etats les troupes auxiliaires du Roi Catholique son allié, accorde, en faveur du secours qu'il reçoit, tout ce qu'il lui plaît à son allié. Il est naturel qu'il lui prête le territoire, afin que le roi d'Espagne exerce sa puissance en France sur ses propres officiers et soldats: mais le Roi ne peut point, sans une nouvelle concession de Rome, étendre la commission apostolique de M. l'archevêque de Malines au-delà des bornes que les termes de l'acte lui donnent'. C'est à quoi je vous supplie, Monsieur, de faire une grande attention.

5° L'obligation où je suis d'empêcher l'administration nulle des sacrements dans mon diocèse, me réduit, malgré moi, à vous proposer une difficulté, que je proposerais moins librement à un ministre moins bien intentionné que vous pour l'Eglise. Remarquez, je vous supplie, Monsieur, que la commission apostolique est donnée à M. l'archevêque de Malines, qui est maintenant sous la domination usurpée par l'Archiduc, et que cette commis-

21 novembre 1707 TEXTE 341

sion lui est donnée pour les seuls militaires du roi d'Espagne. M. l'archevêque de Malines l'exerce actuellement néanmoins pour les troupes de l'Archiduc, qu'il reconnaît par là pour être les troupes du Roi Catholique. Vous voyez bien que les deux armées, ennemies l'une et l'autre, ne peuvent pas être tout ensemble les troupes du roi d'Espagne. M. l'archevêque de Malines, qui exerce sa commission pour les troupes d'un parti, ne peut point les exercer pour les troupes de l'autre. Puisque, selon lui, les troupes de l'Archiduc sont celles du roi d'Espagne, auxquelles son vicariat est destiné, il ne peut regarder les troupes du vrai roi d'Espagne Philippe V, que comme les troupes du duc d'Anjou : ainsi il ne peut exercer son vicariat sur ces troupes, qu'il ne croit pas celles du légitime roi d'Espagne. En un mot, il ne peut pas exercer son vicariat sur les troupes de deux partis incompatibles'. Voilà une difficulté qui m'embarrasse par rapport aux actes de juridiction que M. l'archevêque de Malines fait pour l'administration des sacrements à l'égard des militaires de Mons, et du reste du pays qui demeure soumis au véritable roi d'Espagne dans mon diocèse.

6° Souffrez enfin que je vous représente qu'il ne s'agit point d'ôter aux aumôniers ou chapelains d'Espagne la direction de leurs militaires, qui sont accoutumés à eux, et qui y ont mis leur confiance. Il ne s'agit que de les obliger à prendre nos pouvoirs, de peur de tomber dans la nullité des sacrements, ce qui serait terrible. Si vous jugez que les raisons ci-dessus expliquées ne sont pas aussi décisives qu'elles me le paraissent, au moins vous pouvez, dans le doute, prendre dans une matière si délicate le plus sûr parti, et leur faire accepter les pouvoirs que nous leur offrons, sans préjudice de ceux qu'ils prétendent avoir déjà d'ailleurs. C'est ainsi que nous accumulons souvent dans l'Eglise un droit sur un autre, sans nuire à aucun de deux. La surabondance des précautions ne saurait nuire. Vous pouvez d'autant plus facilement le faire, qu'il me revient que tous vos chapelains acceptent sans peine nos pouvoirs, excepté celui du régiment qui est à Valenciennes, et pour lequel j'ai eu l'honneur de vous écrire'.

J'espère, Monsieur, que vous verrez que, si je tâche de suivre les règles de l'Eglise, d'ailleurs je ne cherche que les expédients qui peuvent faciliter la bonne intelligence. En vérité, quoique je sois bon et zélé Français, j'agis en tout ceci comme si j'étais également des deux nations. Je crois servir l'Eglise et la France en cherchant ainsi tout ce qui peut être commode et agréable à nos alliés des Pays-Bas. D'ailleurs je suis lié par une très sincère affection à ceux qui sont de mon diocèse. Pardon d'une si longue lettre: j'aurais voulu la faire plus courte pour ménager votre temps, qui est précieux; mais il faut dire tout ce qui est important. Je suis pour toute ma vie avec le zèle le plus sincère, etc.

J'oubliais de vous dire, Monsieur, que les troupes françaises, quand elles sont sur les terres d'Espagne, sont soumises pour le spirituel aux évêques des lieux, et que les aumôniers en dépendent pour leurs fonctions.

342 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 novembre 1707

1177. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] 27 novembre 1707.

La lettre de Mad. la C[omtesse] de Souastre' est parfaitement bien, ma chère fille, et je vous la renvoie, afin qu'on y mette une enveloppe. M. de...2 s'en chargera. Je voulais ce soir vous entretenir. Mais Mile B...3 a emporté tout notre temps d'une triste et inutile façon. En vérité je suis bien touché de vos peines, et je désire de tout mon coeur tout ce qui peut soulager le vôtre. Il me semble que vous souffririez moins, si vous étiez moins en contention perpétuelle contre un danger imaginaire de pécher, et si vous cherchiez moins à vous convaincre de votre résistance sensible par des efforts empressés. Une paix toute unie en présence de Dieu en souffrant humblement un sentiment involontaire, vous épuiserait moins, et serait d'une beaucoup plus grande fidélité, parce qu'elle serait plus conforme à votre grâce. Je prie N[otre] Seigneur] qu'il vous ouvre le coeur à l'intelligence et à la pratique d'un si simple moyen.

J'irai vous voir demain. En attendant, je vous conjure de communier à l'ordinaire. Je vous envoie une lettre pour Mile B[ourdon]. Voyez si elle convient. Bonsoir. D[ieu] sait combien je vous suis dévoué.

1178. A DOM FR. LAMY

A Cambray, 28 novembre 1707.

Je suis sensiblement affligé, mon Révérend Père, du mauvais état de votre santé. Je prie Dieu de tout mon coeur qu'il vous soulage et vous conserve. Je lui demande encore plus pour vous le parfait détachement de la vie, et un amour qui porte avec soi la plus forte de toute les consolations. Si Dieu vous rend la santé, faites-moi donner au plus tôt une si bonne nouvelle; s'il décide autrement, je conjure les personnes qui sont auprès de vous de m'apprendre ce que Dieu aura fait, afin que je ne l'ignore pas, et que je puisse vous présenter à l'autel dans le sacrifice. Je suis à la vie et à la mort', mon Révérend Père, plein de tendresse et de vénération pour vous. Dieu sait combien vous m'êtes cher.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1178 A. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

[Avant décembre 1707]'.

... Tous les jours, et plusieurs fois chaque jour, et souvent des heures entières à chaque fois, j'entends des gens qui déraisonnent, qui parlent de guerre sans expérience, de finances sans vues, d'histoire sans critique, de tout sans principes. Je mets quelquefois sur les voies du vrai, mais sans mettre entièrement l'ignorance à découvert, pensant bien que l'humiliation, venant 30 novembre 1707 TEXTE 343

de ma part, serait trop cruelle. Je me contente de combattre de front les propos dangereux, ou que je crois tels. J'ai bien quelquefois à me reprocher la

complaisance et la faiblesse à cet égard. Et cependant je vois qu'on me fait, sur ce chapitre, une réputation d'austérité que n'a pas le Roi quoique certainement il la mérite mieux que moi. Si nous ne soutenons pas les vrais principes quand on les attaque en notre présence, qui osera le faire? A moins que ce ne soit mon vieux valet de chambre ; car je suis, selon lui, de la morale la plus commode pour ne pas dire la plus relâchée. Le bonhomme, quand j'ai le temps de l'écouter, me dit tout ce qu'il pense. Je sais tout ce qu'il ferait s'il était roi. Un certain archevêque, par exemple, serait bientôt dans son diocèse, et un autre n'aurait jamais eu de diocèse...

Louis.

1179. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A Cambrai] mercredi 30 novembre 1707.

Je vous envoie, ma chère fille, un billet pour Mademlle B[ourdon] '. Je crains qu'après avoir été d'abord courageuse, elle ne retombe dans le découragement par réflexion. Si mon billet vous paraît convenable, ayez, s'il vous plaît, la bonté de l'envoyer, afin qu'elle puisse venir communier à ma messe à Notre-Dame après la grande messe. Laissez Dieu élargir votre coeur. On n'élargit rien sans effort. Mais l'élargissement qui fait d'abord du mal, soulage pour les suites. Vous résistez à la main de D[ieu] qui vous presse pour élargir votre coeur. Vous le tenez resserré malgré lui par des délicatesses d'amour-propre et par de vaines craintes. O que l'amour élargit ! Bonjour.

1180. A LA MÊME

A C[ambrai] 3 décembre 1707.

J'ai compris, ma t [rès] c[hère] fille, que je vous blessai hier au soir jusqu'au fond du coeur, et que je vous laissai dans une extrême peine. Je vous en demande pardon, et je vous le demanderais encore avec plus d'instance, si je pouvais comprendre en quoi précisément je vous ai blessée. Dieu m'est témoin que dans la conversation dont je vous ai rendu compte si naïvement, il ne fut dit aucun mot de vous ni directement ni indirectement; qu'on ne m'y parut avoir aucune peine à votre égard, mais au contraire plein contentement de vos secours, et que je vous racontai simplement, comme une pure précaution, les causes de ma retenue, qui roulaient sur le public et sur Mad. [d'Ois)] I, afin que Mad. de R[isbourg]2 ne pût jamais, en aucun cas de chagrin et de peine, soupçonner que rien pût être sur votre compte. Si cette précaution prise avec tant de bonne volonté, et expliquée avec tant de candeur, vous blesse, encore une fois je vous conjure de me la pardonner. Au nom de Dieu, que ma faute ne vous éloigne point de ce que D[ieu] demande de vous,

344 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 décembre 1707 Décembre 1707? TEXTE 345

et de ce qui peut mettre votre coeur en paix. Lui seul sait à quel point je suis uni à vous, et sensible à toutes vos peines. Ecoutez-le, et ne vous écoutez point.

D[ieu] en réglera la mesure sur celles des forces qu'il vous donnera. Défiez-vous non de sa bonté, mais de votre amour-propre.

1181. A LA MÊME

A C[ambrai] 4 décembre 1707.

Non, en vérité, ma très chère fille, je ne veux point vous tourmenter. Je ne veux que souffrir en pensant à vos souffrances. Eh ! qui est-ce qui voudrait plus que moi soulager votre coeur et le mettre en paix? J'espère seulement que Dieu sera plus fort que vous, et qu'il vaincra vos résistances. J'espère que sa jalousie prévaudra sur la vôtre. Autant que la vôtre est injuste et ingénieuse pour vous accabler, autant la sienne est-elle pure, juste, aimable, et propre à vous rendre la paix.

Vous dites, ma chère fille, que vous allez changer de voie. Mais ne savez-vous pas que le S. Esprit nous enseigne que la voie de l'homme n'est point à lui'? Il ne lui appartient point de choisir sa voie sur ses prétendues convenances. Il doit suivre celle que l'attrait de grâce lui marque, quoi qu'il lui en coûte. Mais encore êtes-vous en droit de changer votre voie, parce qu'elle blesse la délicatesse de votre amour-propre? Eh ! on ne doit suivre une voie que pour mourir à l'amour-propre même. La voie qui avance le plus cette mort douloureuse est précisément celle que nous devrions préférer, s'il nous appartenait de faire aucun choix.

Vous voulez éviter la souffrance. Mais on ne l'évite jamais en résistant à Dieu. Au contraire c'est en lui résistant, tantôt plus, tantôt moins, que vous souffrez tant. Vous vous en prenez à l'amour de D[ieu] de tout ce que l'amour-propre vous fait souffrir. Un malade doit-il s'en prendre au remède des douleurs que son mal lui fait souffrir? Il faut bien que l'opération du remède l'expose à la souffrance. Mais la souffrance vient de la maladie que le remède ne peut déraciner sans quelque violence. D'ailleurs c'est votre amour-propre que vous écoutez et qui est ingénieux pour inventer de' faux sujets de peine. Voulez-vous comme le prophète Jonas 3 fuir devant la face du Seigneur, pour n'exécuter pas ses ordres. La baleine vous engloutira plutôt que de vous laisser échapper aux volontés de D[ieu]. J'espère qu'il ne vous abandonnera pas aux dépits et aux désespoirs de votre amour-propre.

Si je vous ai blessée, ç'a été, Dieu le sait, contre mon intention. Pardonnez mon indiscrétion en faveur de ma bonne volonté. Voudriez-vous être inexorable, si quelqu'un vous avait fait les injures les plus atroces? Je suis sûr que non. Quoi! devez-vous manquer à Dieu et lui résister, parce que j'ai fait une faute? Je ne veux point la justifier. J'en laisse l'examen entre Dieu et vous, quand vous serez tranquille devant lui, et que vous aurez les yeux ouverts, pour reconnaître la tentation' de votre amour-propre, qui est évidente. Pour moi je ne veux qu'avoir tort, qu'être confondu, et que me corriger, pour votre consolation. Je ne crains ni ma confusion ni ma peine. Je ne crains que votre infidélité, et votre résistance à des grâces infinies. O ma chère fille, abandonnez-vous à D[ieu]. Vos souffrances, loin d'augmenter, diminueront. 1182. A H.-G. DE PRECIPIANO

[Décembre 1707?].

Monseigneur,

Je me vois dans la nécessité très pressante de recourir à vous pour apprendre ce que je ne puis demander à aucun autre. Il s'agit de la validité des sacrements à l'égard des militaires d'Espagne qui sont actuellement dans mon diocèse. Leurs chapelains ne veulent recevoir aucun pouvoir de moi. Ils soutiennent qu'ils ont tous les pouvoirs nécessaires par vous, Monseigneur, qui êtes le vicaire apostolique pour les militaires des Pays-Bas Espagnols. Mais voici deux difficultés.

1° Je vous supplie d'avoir la bonté de me mander en quels termes précisément est conçu votre indult apostolique. Oserais-je même vous en demander au moins un extrait, qui puisse mettre ma conscience en repos? Il s'agit de savoir si cet indult regarde les militaires par rapport au territoire de la domination d'Espagne seulement', ou bien s'il s'étend sur ces militaires, en quelque ét[at]' royaume étranger de tout le monde qu'ils puissent aller. D'ordinaire une juridiction spirituelle est donnée en faveur des hommes, mais en la bornant à un certain territoire. D'ailleurs ces sortes de commissions ne s'étendent qu'autant que leur étendue est exprimée en termes formels.

2° Supposé même, Monseigneur, que votre indult vous donne une juridiction sur les militaires sujets de l'Espagne jusques dans le royaume de France, je prends la liberté de vous demander dans la simplicité épiscopale, et loin de toute politique mondaine, si votre intention est d'user de votre pouvoir de vicaire apostolique pour donner les pouvoirs aux chapelains des troupes d'Espagne, qui sont actuellement à Mons sous une domination opposée à celle dans laquelle vous vous trouvez° depuis plus d'un an. Je suppose que vous donnez les pouvoirs aux chapelains des troupes qui servent l'Archiduc, et je demande sans raisonner, simplement le fait. Votre intention est-elle de les donner des deux côtés? Voulez-vous les donner non seulement aux troupes du Roi d'Espagne qui sont à Mons, mais encore à celles qui passent l'hiver dans les places de France'? Je ne puis, Monseigneur, m'empêcher de vous faire ces deux questions pour ma sûreté de conscience, et sans vouloir vous commettre 6 en rien. Dieu le sait. J'ose même vous supplier d'approfondir cette question avec exactitude. J'ai un respect infini pour l'autorité du S. Siège. Mais je doute de son intention pour l'étendue de l'indult jusqu'à un cas si imprévu. J'attends que vous m'honoriez d'une réponse précise'.

J'ai appris tout ce que vous souffrez pour la bonne cause'. Rien ne peut vous être plus glorieux. Je m'estimerais heureux si vous vouliez accepter tout ce qui dépend de moi en cas qu'on vous ôte vos revenus. Je suis avec respect

346 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 décembre 1707 9 décembre 1707 TEXTE 347

et vénération singulière, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. AR. DUC DE CAMBRAY.

1182 A. LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON

A Rouen, ce 6e décembre 1707.

La lettre, Monsieur, que vous m'avez fait l'honneur et le plaisir de m'écrire le 14e du mois dernier, qui est la seule que j'aie reçue de vous depuis votre retour de Bourbon à Cambray', ne me fut rendue qu'avant-hier par l'ordinaire de Paris. Celle-ci est portée jusques à Paris par mon neveu le coadjuteur'. Sans aucun complimenta, ni la moindre exagération, votre lettre, Monsieur, m'a fait plus de plaisir que ne m'en ferait la vérité de la fausse nouvelle qui vous avait été mandée, et laquelle vous a donné lieu de m'écrire une si tendre et si obligeante lettre. Je vous dirai, Monsieur, avec la dernière sincérité et avec une entière confiance qu'à la réserve qu'un tel adoucissement de la part du Roi à mon égard me pourrait faire espérer la justice que j'ose dire qui m'est due de sa [part], et un retour sincère dans l'honneur de ses bonnes grâces, les deux lieux du monde où je me plairais le moins seraient la cour et Paris, et par conséquent tous les lieux qui m'en approcheraient hors la nécessité de mes affaires domestiques; les lieux plus près de la cour', loin de m'être plus agréables que mes déserts de Bourgogne, me seraient beaucoup plus désagréables. Mais je vous confierai, Monsieur, comme à un autre moi-même (à la réserve de l'estime que j'ai et dois avoir de votre personne et du mépris que je devrais avoir de moi) que, bien loin que le Roi ait pensé de m'accorder sur cela le moindre adoucissement, non seulement il m'a refusé, avec des marques que ma conduite n'a servi jusques à présent qu'à l'aigrir contre moi, d'aller passer trois ou quatre jours à Pontoise, sans y voir personne qu'un architecte que j'avais demandé à M. Mansard s, pour rétablir, suivant le dessin qu'il m'avait envoyé à Rome, des bâtiments qui sont étayés depuis cinq ou six ans, et qui paraissent tellement ruinés, qu'il y a lieu de craindre qu'ils ne viennent à tomber et n'entraînent avec eux les autres bâtiments d'auprès6. Mais de plus Sa Majesté me croyant parti pour, en m'en retournant en Bourgogne, passer par Arras, ordonna à M. de Torci d'expédier après moi un courrier pour me défendre de sa part d'aller à Arras et à Vicogne', où je comptais d'aller sans me donner la satisfaction de vous voir et de passer à Cambray, quoique ce fût le droit chemin pour m'en retourner de Vicogne ou en Bourgogne ou à Rouen où une banqueroute qui m'y a été faite de plus de vingt mille écus me retient par un procès qu'elle m'y a causé'. Quoique cette lettre, Monsieur, ne soit pas de nature à nous devoir faire ni à moi aucune affaire, je désire néanmoins qu'elle ne vous soit pas envoyée, que par une voie plus sûre que l'ordinaire de Paris à Cambray et ainsi je vous assurerai, sans crainte de vous faire aucun tort, seul motif qui m'eût empêché de vous voir si j'avais été à Arras, qu'il n'y a personne au monde qui vous honore, vous estime, et vous aime si véritablement et si cordialement que

LE CARD. DE BOUILLON, D. DU S.C.

Je dois vous faire, Monsieur, bien des excuses de la peine que vous causera la lecture de ma longue lettre, mon écriture étant aussi mauvaise qu'elle est; mais je n'ai pas jugé devoir confier à une autre main qu'à la mienne les choses que je vous y marque, et je suis persuadé que la recopiant, j'aurais beaucoup de peine à la mieux écrire, à quelques ratures et' mots près qui sont entre lignes, pour avoir été oubliés d'abord en écrivant trop vite, car cette lettre est la minute même. Elle vous sera rendue en main propre par un de mes religieux de Saint-Vaast d'Arras, en la vertu et au secret duquel je me fie autant qu'à moi depuis plus de vingt ans.

1183. A LA COMTESSE DE MONTBERON

A C[ambrai] 9 décembre 1707.

Vous voulez, ma chère fille, appliquer le remède à l'endroit où le mal n'est point. Votre mal n'est point dans vos sentiments. Il n'est que dans vos réflexions volontaires. Vos sentiments sont vifs, injustes et contraires à la charité. Mais la volonté n'y a aucune part, et par conséquent ils ne sont point des péchés. Ce qui montre qu'ils ne sont pas volontaires, c'est que la volonté ne s'attache que trop à les rejeter d'une façon positive et marquée. C'est que vous avez par délicatesse d'amour-propre trop horreur de ces sentiments; c'est que cette horreur va jusqu'à vous troubler. Ainsi vous vous en prenez à ce qui n'est que l'ombre du mal, et c'est le remède qui devient un mal véritable. Ce premier mal ne serait qu'une simple douleur, comme celle des dents ou de la colique. Elle n'aurait rien de raisonné; ce serait une amertume, une tristesse, une plaie douloureuse au travers du coeur. Mais ce qui la rend insupportable, c'est le désespoir de l'amour-propre que vous y ajoutez par vos réflexions. Vous ne faites que deviner, et deviner faux sur les autres, que subtiliser sur vous pour vous tourmenter pour des riens. Ensuite vous vous faites par réflexion un second tourment du premier tourment déjà passé. En laissant tout tomber, vous contenteriez Dieu tout d'un coup. C'est le plus grand sacrifice que vous lui puissiez faire, que celui de lui abandonner tout ce tourbillon de vaines pensées, et de revenir tout court à lui seul. Rien n'expiera tant vos prétendus péchés d'amour-propre, que le simple délaissement de vous-même. C'est le remède spécifique à l'idolâtrie de soi, que le délaissement de soi-même. Tout autre remède aigrit et envenime la plaie délicate du coeur, à force de la retoucher. C'est un dangereux remède contre l'amour-propre, que de faire souvent l'anatomie de son propre coeur. Enfin vous n'êtes point docile, et c'est de quoi vous devriez faire plus de scrupule, que de vos sentiments involontaires, dont je me charge devant Dieu. Je le prie de vous ramener sans détour à la simplicité. Vous résistez à D[ieu], vous refusez la communion que vous savez bien que D[ieu] demande de vous. Au nom de Dieu] finissez cette résistance.

348 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 décembre 1707

24 décembre 1707

TEXTE 349

Je voudrais vous aller voir. Mais j'ai aujourd'hui l'examen de tous nos séminaristes pour l'ordination, qui ne me laissera pas cette liberté. J'oubliai hier au soir cet examen, quand je dis à Mile Bourdon' que je la verrais aujourd'hui chez vous. Ayez la bonté de lui faire savoir que je ne le pourrai que demain au soir. En attendant donnez-moi de vos nouvelles avec simplicité, et soulagez-moi le coeur, ma très chère fille, en m'apprenant que vous avez rouvert le vôtre à l'attrait de la grâce.

1184. Au MARQUIS DE BONNEVAL

A Cambray 17 décembre 1707.

Vous ne sauriez, Monsieur mon cher cousin, me faire un plus sensible plaisir qu'en m'apprenant avec confiance la situation de vos affaires. Jugez par là combien je suis touché de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Il faut avoir patience et attendre les bontés du Roi. En le servant comme vous le faites, je ne doute nullement que les grâces ne viennent'. Je ne suis en peine pour vous que de votre santé qui ne me paraît pas aussi forte que vous la croyez. Il y a aussi les périls de la guerre, mais ils sont inévitables. Si Dieu vous conserve, j'espère que vos services vous mèneront loin, l'embarras est d'attendre les grâces du Roi, et la succession de Mad. votre grande mère'. L'offre que je vous ai faite n'est point un compliment. Vous ne sauriez me donner plus de joie qu'en l'acceptant sans façon. Je serais fort sensible à cette marque de votre confiance. Au reste je voudrais bien que vous puissiez par Mr de Vendosme qui a de la bonté pour vous' obtenir que votre régiment vînt servir sous lui en Flandres, vous seriez pendant toute la campagne à deux pas de nous, en sorte que si vous étiez blessé ou malade, je pourrais envoyer d'abord un carrosse pour vous mener ici. D'ailleurs vous passeriez et repasseriez par Cambray. Peut-être même que votre régiment n'en serait pas loin pendant l'hiver, songez-y et voyez ce que vous pouvez faire. Je suis fort touché de l'espérance que vous me donnez de voir ici Madame la Marquise de Bonneval avec Mr votre fils° et Made votre fille, souvenez-vous que c'est une parole donnée. Dites-lui je vous supplie que je l'honore et la respecte de tout mon coeur. Pour vous Monsieur mon cher cousin, je ne vous ferai aucun compliment. Je prétends être avec vous au delà des cérémonies, et je veux par un bon exemple vous faire honte sur la manière dont vous m'écrivez. J'espère que vous voudrez bien la changer.

C[ambray] l'aura examinée, et je vous manderai ce que je lui aurai entendu dire. Je crois qu'il est très utile de faire quelque démarche contre le jansénisme dans le diocèse de La Rochelle. Mais afin que la chose soit utile, je crois qu'il faut joindre à la censure, qui est un coup d'autorité, l'instruction, qui est un moyen propre pour la persuasion. La vue de Monsieur de La Rochelle', de séparer de la censure ce qui est dissertation, est très bonne; mais si la dissertation ne fait pas partie de la censure, il faut qu'elle l'accompagne. Supposé que l'instruction soit nécessaire, ne trouvez-vous pas que celle qui est dans la censure est bien succincte? J'y voudrais plus d'étendue, un plus grand développement de la doctrine de Jansénius, et de celle de l'Église à laquelle S. Augustin est entièrement conforme. Quand on frappe contre le parti, il faut frapper un grand coup. S'il faut éviter d'être court, il faut aussi prendre garde à n'être pas trop long. Vous pourriez dans un ouvrage d'une médiocre étendue, telle que celle de la première Ordonnance de M. de Cambray4, expliquer le fond de la controverse de S. Augustin contre les Manichéens sur le libre arbitre, faire voir qu'il a suivi les mêmes principes contre les Pélagiens. Ces deux controverses mises dans un grand jour, portent un coup mortel au jansénisme, elles font voir qu'il rend S. Aug[ustin] contradictoire à lui-même, rejetant comme hérésie contre les Pélagiens ce qu'il aurait soutenu comme vérité de foi contre les Manichéens. Vous avez lu tout ce qu'il faut pour cela. Vous avez tous les passages recueillis, il n'y a plus qu'à les mettre en oeuvre. Faites-nous bien voir que selon le système catholique ces deux controverses sont dans une conformité parfaite, et que selon celui de Jansénius, elles sont diamétralement opposées, et S. Augustin] y devient un docteur insensé. Ce projet vivement exécuté, et fortifié par un grand nombre de preuves, est peut-être ce qui peut faire plus d'impression sur les gens droits, qui se seront laissé prévenir en faveur du parti. J'honore infiniment Monsieur l'évêque de La Rochelle. Je respecte sa vertu, j'estime son savoir, et je vous serai très obligé de lui faire connaître le fond de mon attachement pour lui. Vous savez avec quelle amitié et quelle estime je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

L'ABBÉ DE LANGERON.

1185. A LOUIS DE SACY

A Cambray, 24 décembre 1707.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1184 bis. L'ABBÉ DE LANGERON A PHILIPPE CHALMETTE

A Paris, le 23 décembre 1707.

J'envoie demain, Monsieur, par une voie très sûre, la censure contre le Nouveau] Tjestament] du P. Quesnel', que vous m'avez confiée', à Cam-bray. J'y serai vers le 20 du mois prochain; alors M. l'archevêque de

Vous ne me faites pas justice, Monsieur, si vous croyez que les louanges données aux talents de feu M. de M[eaux] et à ses écrite contre les Protestants' puissent me blesser. Ma délicatesse serait injuste, si elle allait jusqu'à cet excès. Mes vrais amis, loin de la flatter, devraient travailler à m'en corriger. Je ne suis pas, Dieu merci, dans cette disposition. Il me semble qu'en toute occasion je loue sans peine et avec plaisir tout ce que je trouve de louable dans les ouvrages de ce prélat. Ceux qui me voient tous les jours pourraient vous dire que, quand on parle de théologie, de philosophie, de poésie ou d'éloquence, je tâche de faire bonne justice à un grand nombre de choses

330 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 24 décembre 1707

très estimables que j'ai remarquées dans les ouvrages de M. de M[eaux], ou que je me souviens de lui avoir ouï dire en conversation. Eh ! qui suis-je, pour vouloir empêcher qu'on ne loue tout ce qui est louable et utile? ne dois-je pas moi-même le louer? ne me rendrais-je pas odieux, si les meilleures choses ne pouvaient attirer mes louanges parce que celui qui les a dites avait quelque prévention contre moi? Je prie Dieu de tout mon coeur pour sa personne; je n'en parle jamais que pour approuver sans affectation beaucoup de choses excellentes qu'il a écrites. Je serais bien fâché que mes amis ne parlassent pas naturellement, dans les occasions, avec la même justice et la même sincérité. Jugez par là, Monsieur, combien je suis éloigné de vouloir les gêner dans leurs pensées.

Votre amie' se porte mieux: elle me le mande. Vous la reverrez, dès que vous la croirez nécessaire à Paris pour son procès. Personne n'est plus parfaitement que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

FR. ARCH. DUC DE CAMBRAY.

1186. Au DUC DE CHEVREUSE

24 décembre 1797.

Je ne veux point, mon bon [Duc], fatiguer notre bonne [duchesse] par une lettre de condoléance. Elle ne veut de moi aucun compliment, et elle ne doute pas, si je ne me trompe, de la sincérité avec laquelle je m'intéresse à tout ce qui la touche. J'ai véritablement senti la perte qu'elle vient de faire de monsieur [son frère]'; mais j'y ai adoré la main de Dieu. Ce prélat avait un fonds de foi, qui était mêlé de goûts naturels et de dissipation'. Dieu l'a préparé par une longue maladie, et il l'a enfin arraché à tout ce qui était dangereux pour lui. Vous savez, mon bon [Duc], combien nous avons vu de miséricordes semblables dans la même famille'. Il faut en bénir Dieu, et tourner ces pertes à profit pour se détacher de tout. Le détachement de grâce ne rompt ni n'affaiblit jamais les amitiés. Il ne fait que les purifier. Peut-on aimer mieux ses meilleurs amis, que de les aimer de l'amour de Dieu même, et d'aimer Dieu en eux? C'est ainsi, mon bon [Duc], que je veux vous aimer tous, et point autrement. Je ne veux voir en aucun de vous que le seul bien-aimé. Peut-on se plaindre de ceux qui aiment ainsi leurs amis? Ils les aiment du même amour dont ils s'aiment eux-mêmes. N'est-ce pas l'amour le plus sincère, le plus pur, le plus fort, le plus inaltérable? Je vous en dirais davantage, mais je ne suis pas encore assez affermi contre une petite fièvre de rhume qui m'a incommodé pendant trois jours. Mandez-moi, je vous conjure, à la première occasion, des nouvelles de monsieur [le vidame]. Je le porte dans mon coeur à l'autel avec attendrissement.

Bonjour, mon bon [Duc]: Dieu soit en vous, coupant, retranchant, ôtant tout le bois inutile, pour ne laisser que le seul tronc nourri de la pure sève. Qu'il soit tout en toutes choses!

29 décembre 1707 TEXTE 351

1186 A. DREUX-LOUIS Du GUÉ DE BAGNOLS' A FÉNELON

A Lille, le 29 décembre 1707.

J'ai reçu, M., la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28 de ce mois. Je me réjouis très sincèrement d'apprendre par vous-même que vous êtes en meilleure santé et je me réjouis encore de ce que vous n'avez plus de dragons au Cateau2.

M. Chamillart n'a rien répondu à la lettre par laquelle je lui avais représenté que depuis vingt-trois ans' je n'y avais point vu de troupes pendant l'hiver ; il n'y a plus rien à souhaiter sinon que pareille chose n'arrive plus. M. Chamillart m'a écrit une lettre dans le sens de celle dont vous m'avez envoyé la copie; je ne me suis pas pressé d'écrire à Gand, ni aux évêques, par deux raisons: la première que j'ai appris par les grands vicaires du diocèse de Tournai, qu'on leur avait promis de Gand qu'on ne ferait point de diligence pour l'établissement d'un grand vicaire à Courtrai, qu'après l'arrivée de M. l'évêque', qu'on m'assure avoir reçu présentement ses bulles expédiées gratis pour l'abbaye', et à moitié pour l'évêché; la seconde raison qui m'oblige de différer à écrire vient de ce que je doute que l'archevêché de Malines et les évêchés de Bruges, Gand et Anvers soient en partie sous la domination du Roi, je crois en répondre pour Malines, Anvers et pour Gand; je ne sais s'il n'y aurait point quelque partie de Bruges du côté de Rousselar -, en tout cas elle ne serait pas considérable. En cet état il serait inutile de les menacer si nous ne pouvons pas leur faire du mal; on les rendrait par là plus hardis à continuer ce qu'ils ont entrepris; on pourrait obliger M. de Malines d'établir un official métropolitain du côté d'Ypres. Tout cela est peu de chose, et je ne vois pas bien d'ailleurs par où nous pouvons les contregager dans un temps comme celui-ci. Nous ne sommes pas craints aujourd'hui comme nous l'étions autrefois dans le temps que le Roi catholique était maître de tout le Pays-Bas espagnol; il est vrai que la prétention de M. de Bergeick favorise celle des ennemis'; mais c'est ce qu'on ne voudra pas entendre.

Je ne sais plus, d'un autre côté, ce que nous ferons pour les rentes du Hainaut', et j'aurai bien besoin du conseil que j'espère vous aller demander dans la fin du mois prochain".

On ne peut être, Monsieur, avec plus de respect que je suis votre très humble et très obéissant serviteur.

DUGUÉ DE BAGNOLS.

1186 B. JACQUES MAHIEU' A FÉNELON

31 décembre 1707.

Monseigneur,

J'ai reçu aujourd'hui celle que votre Grandeur m'a fait écrire par Monsieur Stevenart, par laquelle Elle m'ordonne de ne plus informer à la charge de Monsieur Joffette curé de Dours: ayant reçu le même ordre de Monsieur

352 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 1707? INDEX DES NOMS

l'official le 29 du courant le soir, je n'ai plus tenu aucune information. J'avais auparavant reçu la déposition de six personnes que je tiendrai secrètes et jetterai au feu si votre Grandeur le souhaite'. Quant à celle que votre Grandeur a fait donner au définiteur de Bellignies 3, je ne l'ai pas encore reçue. Je prends la liberté de souhaiter à votre Grandeur une heureuse année, une parfaite santé durant icelle et l'accomplissement de tous ses saints désirs et la prie d'être persuadée que je suis avec un profond respect et soumission, Monseigneur, de votre Grandeur très humble et très obéissant serviteur. Nota. Certains personnages n'étant désignés que par des périphrases ou des allusions, on a marqué d'un (?) les identifications simplement probables.

J. MAHIEU, curé d'Elouges.

INDEX DES NOMS

Académie française, 9.

ADMÈTE, 23.

Aix-en-Provence, 76.

ALBERT Louis-Joseph, comte d'), 252, 256,

257, 266.

ALBIGEOIS, 274, 275.

ALCESTE, 22.

ALCIBIADE, 252.

ALÊGRE (Jeanne de GARRAUD de DONNE-

VILLE, marquise d'), 89 (?), 90 (?), 91, 95.

ALEXANDRE VII, 59, 60, 64, 65, 275, 276,

304.

ALFARO (Joseph), 127.

Allemagne, 137, 140, 217, 297, 322.

ALVAREZ (Diego), 225, 243.

AMAS (Jean-Albert), 196, 335.

AMIENS (Louis-Auguste d'ALBERT, vidame

d'): lettres à, 1704, 22 octobre, 149-150 -

1705, 28 mai, 179 - 16 juin, 190 - 10

août, 191 - 27 octobre, 198-199 - 1706,

25 juin, 238-239 - 5 juillet, 240-241 -

1707, 9 février, 284-285 - 25 mai, 313 -

31 mai, 315-317 - mentions, 204, 252,

253, 256, 257, 265, 286, 312, 350.

AMIENS (Marie-Anne-Romaine de BEAUMA-

NOIR de LAVARDIN, la vidame d'), 161,

162, 253, 256, 257, 266, 285.

Angleterre, 101.

ANNE d'AUTRICHE, 230.

Anvers, 351.

ARCHIDUC (Charles-François-Joseph d'AtrrRi-

CHE, dit 1'), 340, 341, 345.

ARENBERG (Léopold-Philippe-Charles-Joseph

d'), 133, 250, 251.

ARENBERG (Marie-Henriette DEL CARE1 10,

duchesse d'), 68 (?), 133.

ARIENS, 264, 323.

ARIUS, 44.

ARMENONVILLE (Joseph-Jean-Baptiste FLEU-

RIAU d'), 213.

ARNAUDIN (François-Arnauld d'), 189.

ARNAULD (Antoine), 59-61, 235.

Arras, 24, 193, 277, 318, 319, 346, 347.

Arrouaise, 39.

Artois, 40.

Ath, 156, 311.

ATHANASE (saint), 27, 126.

Aubervilliers, N.-D. des Vertus, 123.

AUBIGNÉ (Claude-Maur d'), 73, 118, 120.

AUGUSTIN (saint), 50, 59-61, 65, 73, 77-80, 85-89, 98, 109, 112-116, 121-123, 126, 135, 145, 158, 159, 189, 215, 234, 235, 242, 243, 254, 257, 263-265, 271-273, 279-283, 293, 294, 323, 349, 352.

AUVERGNE (François-Egon de LA TOUR, prince d'), 250, 251.

AUVERGNE (Henri-Oswald de LA TOUR, abbé d'), 212, 346.

Avesnes, 91, 150, 156, 162, 165, 236. Avignon, 206.

AYMERIQUES (Gabriel d'): lettre à, 1706, 12 mars, 222-223 - mentions, 174, 196, 224, 291.

BAGNOLS (Dreux-Louis Du GUÉ de): lettre de, 1707, 29 décembre, 351 - mentions, 9, 47, 125, 194, 197, 229, 237, 251. Voir aussi CHAMILLART.

BAGNOLS (Anne Du GuÉ, dame de), 206. BAIUS (Michel de BAY, dit), 144.

BAUUZE (Etienne): lettres à, 1704, 19 janvier, 99 - 1705, 2 janvier, 161 - lettres de, 1703, 23 mars, 23-24 - 22 mai, 41-42 1704, 6 mars, 105 - 30 décembre, 160-161 - 1705, 17 janvier, 163 - 24 février, 166-167.

BAREZ (Dominique), 243.

BARASSY (Jean-Baptiste), 99, 102, 168 - Son frère, tapissier, 99, 285 (?).

BARBER! (Charles-Philibert), 222.

BARBEZIEUX (Marie-Thérèse-Delphine-Eudo-

xie d'ALÉGRE, marquise de), 91, 95. BASSELIERS (Ou BASSILIER), chanoine, 236. BATAILLE, 107, 108.

BATAILLE (Pierre-André), 161.

Bavay, 236.

BAVIÈRE (Joseph-Clément de), électeur de Cologne: lettres à, 1704, 30 décembre, 157-160 - 1706, 15 juillet, 241-242 mentions, 178, 191, 195, 206, 217, 308, 309, 323.

BAVIÈRE (Maximilien-Marie-Emmanuel, électeur de), 191, 194, 222, 236, 237, 258, 259, 308, 323.

BAYART D'ENNEQU1N (Jean-Dominique): let-

1187. A P. QUESNEL

[1707?].

Je commence ma réponse en vous remerciant de tout mon coeur de vos honnêtetés. Quoique je n'aie jamais eu aucune occasion de vous voir, ni d'entrer en aucun commerce de lettres avec vous', je ne puis oublier le désir que vous eûtes, il y a quelques années, de me venir voir à Cambray2. Plût à Dieu que vous fussiez encore prêt à y venir ! je recevrais cette marque de confiance avec la plus religieuse fidélité et avec les plus sincères ménagements. Je ne vous parlerais même des questions sur lesquelles nos sentiments sont si opposés, que quand vous le voudriez; et j'espérerais de vous démontrer, par les textes évidents de S. Augustin, combien ceux qui croient être ses disciples sont opposés à sa véritable doctrine'.

Si nous ne pouvions pas nous accorder sur les points contestés, au moins tâcherions-nous de donner l'exemple d'une douce et paisible dispute qui n'altérerait en rien la charité.

Vous voulez me montrer que je me trompe. Que vous répondrai-je, sinon ce que saint Augustin m'apprend à vous répondre? «A Dieu ne plaise, disait ce saint et savant évêque, que je rougisse d'être instruit par un prêtre!» J'ajouterai avec ce père «que je sais bon gré à celui qui veut me détromper sur les questions où il croit ne se tromper pas, et que je dois ressentir avec affection les soins de celui dont je ne puis m'empêcher de contredire la doctrine»...

354 INDEX DES NOMS INDEX DES NOMS 355

Ires à, 1703, 26 mai, 47 - 1706, 18 avril, 229 - mention, 37.

BAYL E (Pierre), 109.

Beaudignies, 73.

BEAUMONT-GIBAUD (Pantaléon de): lettres à, 1703, 7 mai, 37 - 16 mai, 38 - 17 mai, 39 et 40 - 1705, 8 mai, 177 - ler octobre, 195-196 - 1706, ler décembre, 259-260 lettres de, à LANGERON, 1703, novembre, 81 - à X., 29 novembre, 90-91 - mentions, 49, 76, 194, 246, 331, 333, 334.

BEAU VAU DU R I VAU (René-François de), 351.

BEAUVER (Philippe-Henri): lettre à, 1706, 25 mai, 236-237.

BEAUVILLIER (Paul de): lettres à, 1703, 27 janvier, 9 - 7 février, 10-11 - 11 mars (?), 14-16 - 4 novembre, 74-75 - mentions, 38, 207, 212, 213, 255, 267, 268.

BEDMAR (Isidore-Jean-Baptiste-Dominique de LA CUEVA Y BENAVIDES, marquis de), 92, 93, 165.

Belgique, 105, 134, 142, 228, 238, 291, 293. BELLARMIN (cardinal Robert), 129, 142. Bellignies, 352.

BÉNÉDICTINS, 326.

BENOiT (saint), 147, 175.

BENTZERADT (Charles de), 112, 117, 132, 138. BERGER DE MALISSOLES (François), 326. BERGEYCK (Jean VAN BROUCHOVEN, comte

de), 317, 318, 351.

BERGHES (Guillaume V de), 276.

Berlaimont, 167.

BERLO de BRUS (Ferdinand-Maximilien-Paul de), 109, 308.

Bermerain, 91.

BERNARD (saint), 113, 159, 200.

BERNIERES (Catherine-Esther PILASTRE DE LA MurrE, dame de), 73,84,117,165,171, 216.

BERNIERES (Charles-Etienne MAIGNART de): lettres à, 1703, 5 janvier, 7 - vers le 22 janvier, 7-8 - 21 février, 12 - 13 avril, 35-36 - 30 octobre, 73-74 - 17 novembre, 84 - 30 novembre, 91 - ler décembre, 91-92 - 17 décembre, 93 - 25 décembre, 95-96 - 1704, 4 janvier, 97 - 22 janvier, 99 - 25 janvier, 100 - 14 février, 102

- 12 mars, 108 - 25 mars, 110 - 30 mars, 110-111 - 30 avril, 117 - 30 octobre, 150 - 4 novembre, 151 - 20 décembre, 156-157 - 1705, 15 janvier, 162-163

- vers le 18 février, 165-166 - 25 février, 167 - 26 mars, 168 - 14 avril, 169-170 25 avril, 171-173 - 2 mai, 175-177 1706, 4 janvier, 216 - mentions, 107, 171.

BERTIER (David-Nicolas de), 194.

BIGNON (Jérôme III), 160, 161.

Binche, 236.

BISSY (Henri Pontus de THYARD de): lettre à, 1706, 28 septembre, 247 - lettre de, 1706, 22 janvier, 217-218 - mentions, 178, 188, 237 (?), 253 (?).

BLANPAIN (Philippe), 236.

BLATON, 69-71.

Bwis (Louis de), 175.

BLOIS (N. ? de), 194.

BLONDEL (Louis-Charles), 96, 309.

BOCHART DE SARON DE CHAMPIGNY (François), 38, 39, 54, 223, 224.

BOILEAU (Jean-Jacques BEAULAIGUE, dit), 50, 98.

BONNEVAL (César-Phébus, marquis de): lettres à, 1704, 26 février, 103 - 1706, 14 décembre, 261 - 1707, 6 juillet, 321 - 10 septembre, 333 - 7 octobre, 336 - 17 décembre, 348.

BONNEVAL (César-Phébus II), 348. BONNEVAL (Marie-Angélique de HAUTEFORT-

TEMPLEUX, marquise de), 103, 261, 321,

333, 336, 348.

BONNEVAL (Marie-Marthe-Françoise de), 348.

BONOMO (le P.): lettre à, 1706, 26 novembre, 258-259.

BOSSUET (Jacques-Bénigne), 10, 11, 32, 45,

46, 50, 119, 138, 139, 349, 350.

BOUCHER (François) (et pseud. LA TOUR), 46, 50, 56 (?).

BOUILLON (Emmanuel-Théodose de LA TOUR D'AUVERGNE, cardinal de): lettres à, 1706, 16 février, 220 - 1707, 14 novembre, 338-339 - lettres de, 1705, 26 décembre, 210-214 - 1706, février, 220-222 - 6 octobre, 250-251 et 251-252 - 1707, 6 décembre, 346-347.

BOUILLON (Henri de LA TOUR D'AUVERGNE, duc de), 211.

BOUILLON (Lambert): lettres de, au P.***,

1705, 16 avril, 171 - mentions, 41, 97,

100, 169, 170, 172, 173, 175-176. BOURBON (Guillaume), 227.

Bourbon, 240, 241, 249, 251-253, 268, 287, 346.

BOURDON (Amé), 240 (?), 246, 248. BOURDON (Jean-Jérôme?), 335.

BOURDON (Mlle), 314, 342, 343, 348. BOURGOGNE (Marie-Adélaïde de SAVOIE, duchesse de), 14, 162 (?).

Bourgogne, 346.

BOUSIES (Jacques-Ferdinand de), 330. Brabant, 286.

BRANCATI (Laurent, «cardinal LAUREA»), 62-63.

BRETAGNE (le duc de), 129.

BRIGODE (Arnoul-Joseph DUBOIS de), 49. Bruges, 351.

Bruxelles, 47, 49-51, 56, 62, 91, 92, 95, 134, 178, 194, 196, 207, 217-219, 222, 226, 228, 229, 235, 238, 245, 258, 262, 340. - Chapitre de Sainte-Gudule, 285, 286. Conseil royal, 236, 237, 286.

BRYAS (Jean-Théodore de), 110, 131, 155, 196-198, 276.

BUGHIN (Louis-Ferdinand), 13.

Builer, 109-111.

Busst (G.-B.): lettres de, 1705, 7 juin, 179-180

- 1706, 23 février, 222 - 28 mars, 228 mentions, 92, 93, 140, 194, 258, 339, 340. Voir aussi PAOLUCCI.

BUSSY (M. de), 342 (?).

CAILLEBOT DE LA SALLE (François de), 40. CALVIN (Jean), 98, 186, 275.

Cambrai, 37, 40, 41, 49, 51, 69, 90, 91, 94, 105, 124, 125, 131, 135, 153, 168, 171, 193, 195, 210, 216, 246, 258, 308, 313, 314, 321, 340, 346, 348, 352. - Diocèse, 130, 131, 222, 236, 277. - Chapitre métropolitain: lettres à, 1703, ler mai, 36 - 28 septembre, 69 - 1704, 25 février, 103 - mentions, 286, 330. - Abbaye de Saint-Aubert, 37, 40. - Abbaye du Saint-Sépulchre, 46. Chapitre de Saint-Géry, 94, 196, 236. Charité, 153 - Hôpital Saint-Jean, 151.

- Saint-Jacques-au-Bois, voir LAMELIN.

CARDEVACQUES (François-Dominique de),

baron d'Havrincourt, 196.

CARIGNAN (Louis DU FAURE de): lettre à,

1706, 21 décembre, 262-265.

CASONI (Lorenzo), 118.

CASSIEN, 281.

Casterlé, 56.

Cateau-Cambrésis, 35, 36, 46, 49, 167, 351.

CAZIER (Quentin-Piat), 134.

CÉLESTIUS, 293.

CERTE, voir SERTE.

CÉSAR, 29.

Chalcédoine (concile), 295, 302.

CHALMETTE (Philippe): lettre à, voir LANGE-

RON - mentions, 39, 46, 49.

CHAMILLART (Gaston et Michel), 268.

CHAmitima (Jérôme, comte de): lettre à,

1707, 10 janvier, 268.

CHAMILLART (Michel): lettres à, 1704, 12 juil-

let, 130-132 - 1705, 22 décembre, 209-210

- 1706, 4 juillet, 240 - 18 août, 245 20 décembre, 261-262 - 1707, 26 janvier, 269 - 20 février, 285-286 - 21 novembre, 339-341 - lettres de, 1703, 6 août, 58 9 août, 62 - 1704, 31 janvier, 101 - 8 juin, 125 - 29 juin, 125 - 17 juillet, 133

- 1706, 12 juillet, 241 - 22 juillet, 243 1707, ter février, 269-270 - 7 février, 284

- 9 juillet, 322 - à DU GUÉ DE BAGNOLS, 1704, 23 février, 103 - 19 août, 330 mentions, 157, 213, 248, 268, 351.

CHAMILLART (Michel II, comte de CANY), 268.

CHAMPFLOUR (Etienne de), 46, 349. CHANTÉRAC (Gabriel de LA CROATE DE), 201. Chantilly, 189.

Charleroi, 260.

CHARLES V, roi de France, 252.

CHARLES XI, roi de Suède, 252, 255.

CHARLES BORROMÉE (saint), 159.

CHARLEZ (Jean-François), 154, 155.

CHAROST (Armand II de BÉTHUNE, duc de), 253.

CHAULNES (Paul de), 223, 224.

Chaulnes, 38, 39, 49, 193, 195, 196, 257, 265, 266, 286, 313.

CHEVREUSE (Charles-Honoré d'ALBERT, duc de): lettres à, 1704, 19 septembre, 145 28 septembre, 146 - 12 octobre, 147-148 - 1705, 13 janvier, 161-162 - début automne, 194 - 5 novembre, 204 - 1706, 12 novembre, 252-253 - 18 novembre, 256-257 - 29 décembre, 265-266 - 1707, 24 février, 286-287 - 17 mai, 312-313 24 décembre, 350-351 - lettres de, 1703, 16 mai, 38-39 - 2 juin, 47-49 - 1706, 16 novembre, 253-256 - mentions, 11, 241.

CHEVREUSE (Marie Thérèse COLBERT,

duchesse de), 39, 49, 145-148, 193-196,

253, 255-257, 266, 286, 350.

CHEVRY (Adrien-Pierre de), 177.

CHEVRY (Madeleine-Françoise-Geneviève de

BEAUMONT, dame de), 99, 161.

Chièvres, 134, 236.

CHOISEUL (Gilbert de), 61 (?), 262-265.

CICÉRON, 23, 78-80, 89, 254, 265.

CLAUDE (Jean), 32.

CLAUS (Gérard), 236.

CLÉMENT VII d'Avignon, 203.

CLÉMENT VIII, 278.

CLÉMENT IX, 27, 61, 65, 166, 304, 305.

CLÉMENT XI: lettres à, 1704, 8 mars, 105-106

CLOCHER, menuisier, 39.

Cluny, 212, 213.

CocK (Théodore de), 184, 187, 188.

CODDE (Pierre), 39, 51, 182-188.

COËTLOGON (Louis-Marcel de), 174, 243,

305.

COLBERT (Jacques-Nicolas), 141, 350.

COLBERT (Jean-Baptiste), 41.

Cologne, 179.

Condé, 258, 262.

Constantinople (concile de), 323.

COUET (Bernard), 46, 48.

COULANGES (Philippe-Emmanuel de), 251.

COURCELLES, laquais, 285.

Courtrai, 174, 351.

COUVREUR, (André), 309-312.

COXIE (Albert de), 237.

Crémone, 214.

- 1706, 20 avril, 229-230 - 1707, 8 mai, 308-309 - 15 septembre, 333-334 - lettre de, 1707, 16 juillet, 323-324 - mentions, 25-27, 39, 40, 45, 46, 49-51, 54, 55, 65, 92,

127, 128, 130, 137, 138, 140, 141, 157, 159,

160, 178, 179, 181, 183-188, 196, 200-202,

205, 210, 211, 223, 224, 226, 228, 231-236,

238, 242, 258, 292, 297, 304, 305, 309,

339.

356 INDEX DES NOMS

INDEX DES NOMS 357

CROISILLES (Guillaume CATINAT, sieur de),

260.

CUINGHIEN (Adrien et Ignace de), 81.

CUVILLIERS, 76, 81-83.

CYPRIEN (saint), 24, 41, 99, 160, 163, 181.

CYRILLE d'Alexandrie (saint), 27.

Cysoing, 40.

DAGUESSEAU (Henri), 213.

DAGUESSEAU (Henri-François), 90.

DAMBRINES (Joseph), 46, 51.

Dampierre, 255-257.

DAUBENTON (Guillaume): lettre de, 1707, 13

juillet, 322-323 - mention, 126.

Dauphiné, 252.

DE DECKER (Léger-Charles), 112.

DE HEEST (Bernard), 112.

DELBUIRE (Philippe), 91.

DELTENRE (Jean), 236.

DENONVILLE (Pierre-René de), 74.

DENYS (Henri), abbé de Saint-Aubert, 37, 40.

DENYS (Henri), théologien, 113, 234, 235.

DEPÉRY (P.), 94.

DES ANGES (Michel de BERNIÈRES), 12, 56,

94, 95, 132, 165, 310.

DESMARETS (Nicolas), 213.

DESMOULINS (Guillaume?), 97, 100, 169, 176.

DES PREZ, voir GODET-DESMARAIS.

DESQUEUX (François), 241.

DOCTRINAIRES, 42.

DOMINICAINS, 243.

DOMINIS (Marcantonio de), 293.

DONATISTES, 323.

Dordrecht (synode de), 98, 184.

Douai, 195, 277, 293, 295, 321 - Université,

126, 192.

DOUCIN (Louis): lettre à, 1707, 9 août, 326 -

mention, 56.

Dour, 337, 351.

DRAPIER, 81.

Duaols (Guillaume): lettre à, 1706, 4 octo-

bre, 249.

DUBRAY (Jacques-Albert), 236.

Du BREUCQUEZ (Hugues-François), 236 (?).

Du BREUIL (Jean), 62.

Du BUISSON (Nicolas HEUDEBERT), 96.

Du CHESNE (Pierre), 189.

Du GUESCLIN (Bertrand), 252.

DUGUET (Jacques-Joseph), 50, 138.

DUMAS (Hilaire), 46.

Du PERRON (Jacques DAVY, cardinal), 119.

DUPLESSIS D'ARGENTRÉ (Charles), 43, 44.

Du PUY (Isaac), 46.

Du ROEULX (Ferdinand-Gaston-Lamoral,

duc de CROY, comte), 92, 93, 96, 113, 237.

DUVERGIER DE HAURANNE (Jean), 229.

Écriture sainte, 270-284, 287 - Genèse, 215, 271, 279 - Exode, 279 - Nombres, 17, 279, 306 - Deutéronome, 18, 279, 285 I Rois, 22, 205, 315 - III Rois, 37, 275 - Judith, 279 - I et II Macchabées, 280 Job, 247, 279, 306, 327 - Psaumes, 16, 159, 215, 246, 280, 285, 290, 315 - Proverbes, 9, 75, 211 - Ecclésiaste, 280 Cantique, 57, 271, 279 - Sagesse, 10, 79, 146, 285 - Ecclésiastique, 18 - Isaïe, 25, 26 - Jérémie, 158, 344 - Lamentations, 157 - Ezéchiel, 271 - Daniel, 279 Osée, 279 - Joël, 25 - Jonas, 258, 306, 328, 345 - Malachie, 158 - Matthieu, 8, 14, 53, 75, 118, 137, 158, 159, 181, 258, 266, 278, 280, 288, 294, 297, 299, 317, 320 - Marc, 53 - Luc, 40, 106, 147, 158, 234, 246, 280, 281, 294, 307 - Jean, 53, 158, 234, 246, 278, 280, 315, 320 - Actes, 25, 26, 40, 71, 130, 158, 215, 230, 281, 300, 301

- Romains, 14, 72, 214, 240, 264, 265, 270, 274, 280, 293, 296, 317 - I Corinthiens, 41, 75, 157, 158, 272, 273, 280, 289, 306, 313, 316 - II Corinthiens, 31, 101, 102, 158, 230, 313 - Galates, 280, 281 - Ephésiens, 295, 313 - Philippiens, 12, 31, 57, 70, 164, 246, 280, 309 - I Thessaloniciens, 145 - I Timothée, 105, 137, 158, 200 - II Timothée, 159, 283, 352 - Tite, 159 - Hébreux, 215, 246, 280

- II Pierre, 273 - I Jean, 132, 280 -

Apocalypse, 280.

EGLISE, chanoine, 196.

Enghien, 126.

ENNETIÈRES DE LA PLAIGNE (Anne-Marie d'),

194.

ENNETIÈRES DE LA PLAIGNE (Philippe-Florent

d'): lettre de, 1705, 29 septembre, 194-195

- mention, 245.

Ephèse (concile), 44, 323.

EP1CTÈTE, 86.

ERASME (Didier), 275.

Espagne, 62, 217, 237, 322, 339-341, 345.

ESTRÉES (César, cardinal d'), 41, 160.

EUGÈNE (Eugène-François de SAVOIE-

CARIGNAN-SOISSONS, dit le prince), 252.

EUSÈBE de Dorylée, 27.

EUTYCHIENS, 323.

FABRONI (Charles-Ambroise, cardinal): lettres à, 1704, 10 mars, 106-107 - 1706, 19 mars, 224-226 - 1707, 6 avril, 291-297 15 septembre, 334 - lettre de, 1707, 16 juillet, 324-325 - mentions, 297, 322 (?).

FAGON (Guy-Crescent), 240.

FAYE (Charles), 194.

FÉNELON (Antoine, marquis de), 230.

FÉNELON (François II, comte de), 180, 207. FÉNELON (François de), évêque de Sarlat, 229. FÉNELON (Gabriel-Jacques de), 247, 249, 261,

321, 336.

FÉNELON (Henri-Joseph de), 66.

FÉNELON (Marie-Françoise, comtesse de): lettres à, 1701-1705 (?), 214 - 1706, 12 février, 218-219 - mention, 215.

FLAMENG (OU FLAMENT) (Pierre), 51, 52, 112. Flandre, 25, 41, 69, 101, 103, 192, 278, 285, 348.

FLEURU (Jean-Charles HANOT de), 51, 52, 98. FLEURY (Claude), 10, 159.

Floyon, 91.

FONSECA (Marc (?) de): lettre de, sans date, 312.

FONTAINE (J.), 236.

FOREST (Jean-François de ROISIN, marquis de), 237.

FOSSART (Richard), 7, 12.

FOUCART (Olivier-François), 309-312.

Founwou (Jacques), 132, 138, 139, 142, 143, 148.

France, 26, 130, 131, 143, 148, 174, 186, 210, 212, 218, 227, 229, 230, 235, 258, 269, 292, 293, 297, 304, 339-341, 345. - Clergé et Evêques de, 34, 118-120, 126, 194, 224, 226, 275, 276, 291, 292, 295, 296, 300, 302, 322-325.

FRANÇOIS DE SALES (saint), 147, 159, FRANCQUEVILLE (Jean-Baptiste de), 37, 38. Fressies, 335.

GABRIELLI (cardinal Jean-Baptiste): lettres à, 1703, 2 avril, 25-35 - 1704, 12 mai, 118-120 - 12 juillet, 129-130 - 9 août, 134-138 - 25 août, 140-143 - 2 septembre, 143-145 - 1707, 6 avril, 297-305 lettres de, 1703, 9 juillet, 54-55 - 1704, 5 juillet, 127-128 - 1705, 31 octobre, 200-204 - mention, 205.

GACÉ, voir GOYON-MATIGNON.

GAIGNIÈRES (Robert de): lettre à, 1707, 3 février, 284.

GAIGNOT, 245, 259.

GAISSE (Jean), 236.

Gand, 243, 351.

GÉNART (Florent), 169, 172.

Genève, 186.

GÉNIN (Marguerite-Monique), 151.

GERBERON (Gabriel), 13 (?), 49, 109, 126, 183, 264.

GERMON (Barthélemy), 194.

GERSON (Jean CHARLIER, dit), 275, 303. Ghislenghien, 194.

Ghoy-la-Bussière, 196.

Givet, 99, 102.

GLETTLE (Paul), 241.

GODET-DESMARAIS (Paul): lettre à, 1704, 2 août, 134 - mentions, 40, 42, 43, 45, 46, 48, 49, 55, 118, 120, 132, 138, 139, 142, 143, 148, 223, 224; sous le pseud. DEs PREZ, 50, 56, 73.

GOFFETTE (Matthias): lettre à, 1707, 5

novembre, 337 - mentions, 351, 352. GONDRIN (Louis-Henri de PARDAILLAN de),

263, 264.

GONZALEZ ('Irrso): lettre de, 1705, 28 avril, 174-175.

GOYON-MATIGNON (Charles-Auguste de, comte de GACÉ, et Louis-Jean-Baptiste de), 337.

GRAMMONT (François-Joseph de), 326. GRATIEN, 203.

GRÉGOIRE LE GRAND (saint), 137, 159, 274. GRÉGOIRE de Nazianze (saint), 183. GRENADE (Louis de), 281.

GRIMALDI (Jérôme): lettre de, 1706, 6 juin, 238 - mention, 228.

GROUFF (Jean-Thaddée de? ou le brigadier?), 148, 150.

GUICHE (Marie-Christine de NOAILLES, duchesse de), 287.

GUYON (Jeanne BOUVIER DE LA MOTHE, dame), 267.

Haarlem, 181, 182.

Hainaut, 228, 311, 3 51.

Hal, 236.

HARLAY (Achille III de), 90, 251, 252.

HARLAY (Achille IV de), 213, 251, 252.

Harvengt, 51, 112.

HAZE (François de): lettre de, 1703, 9 juillet,

55-56.

HENAUT (M. de), 213.

HENNEBEL (Jean Libert), 235.

HENRI IV, 211.

HENRY, receveur, 237, 309, 318.

HERLEZ (Louis-Joseph): requête à Fénelon,

1703, 20 décembre, 94.

HÉRODE, 20.

HILAIRE (saint), 27.

HILDEBERT de Lavardin, 163.

Hollande, 39, 40, 53, 54, 101, 179-188, 207,

222, 228, 235, 276, 296.

HOLSTEIN (Jean-Ernest-Ferdinand, duc de),

58, 95.

HOLSTEIN (Marie-Célestine-Philippine-José-

phine de MÉRODE, duchesse de): lettre à,

1703, 21 décembre, 95 - mention, 58.

Hongrie, 217.

HONORIUS, pape, 65, 129, 142, 225, 291.

HORACE, 199.

ICONOCLASTES, 323.

Imitation de Jésus-Christ, 281, 316.

INNOCENT Ier, 323.

INNOCENT III, 274.

INNOCENT X, 34, 64, 203, 263, 300, 302.

INNOCENT XI, 119.

INNOCENT XII, 59-61, 63-65, 113, 125, 231,

232.

IRÉNÉE (saint), 272.

Italie, 103, 217, 322.

Itteghem, 55, 56.

JACQUERIE (OU JACQUERYE) (Michel-Baudry, et son fils Pierre-François-Lamoral), 321. JACQUES (saint), 301.

358 INDEX DES NOMS INDEX DES NOMS 359

JANSÉNISTES, 31, 33, 34, 42-45, 47, 48, 58, 61-63, 85, 86, 118-120, 124-127, 130, 132, 134-137, 140-144, 148, 154, 177, 185, 186, 198, 201, 202, 217, 224, 225, 227, 229, 231-235, 243, 247, 263, 264, 291-296, 303, 304, 322, 333, 349.

JANSÉNIUS (Cornelius), 27-34, 46, 59-61,

63-65, 85, 86, 105, 111, 113, 114, 124, 130,

135, 136, 139, 142, 183-185, 189, 200, 201,

217, 225, 231-235, 243, 254, 263, 264, 295,

296, 300, 303, 324, 349.

JANSON (cardinal Toussaint de FORBIN de),

196.

JEAN d'Antioche, 44.

JEAN BAPTISTE (saint), 20, 53, 320.

JEAN de BOURGOGNE, 94.

JEAN CHRYSOSIUME (saint), 159, 270.

JEAN de la CROIX (saint), 289, 290.

JELAIN (Philippe-François): lettre de, 1704,

19 décembre, 154-156 - mention, 311.

JÉRÔME (saint), 270, 271, 273, 276, 294.

Jérusalem, 26, 301.

JESUITES, 10, 39, 48, 51, 62, 67, 81, 116, 126,

167, 168, 227, 250, 321.

JOFFETTE, voir GOFFETTE.

Jolimetz, 156, 157.

JOSEPH (saint), 168.

JUÉNIN (Gaspard), 56, 242, 326 (?).

JULIEN d'Eclane, 114.

KARG (Johann Friedrich Ignaz, baron): let-

tres à, 1705, 25 mai, 178-179 - 27 juillet,

191 - 30 septembre, 195 - 25 novembre,

206.

LA BARRE (Mme de), 206.

LA CHAISE (François d'Aix de), 45, 46, 51,

81, 126, 227.

LA COÉULLERIE (Kilien de), 161.

LAGON (Adrien-Philippe), 196.

LA MAISONFORT (Marie-Françoise-Silvine

de), 242.

LAMBERT (Alexis?), 194.

LAMELIN (Jeanne-Marie): lettres à, 1703, ler

mai, 36 - 2 juillet, 54 - 28 septembre, 69

- 1704, 20 février, 103 - 30 décembre, 160 - 1705, 2 juillet, 190.

LA MOTHE-HOUDANCOURT (Henri de), 230.

LAMY (dom François): lettres à, 1704, 22 mai, 121-122 - 23 août, 139-140 - 17 décembre, 153-154 - 1705, 11 février, 164-165 - 25 mai, 177-178 - 27 octobre, 198 - 1706, 4 mai, 231-235 - 31 mai, 237

- 1707, 28 novembre, 342 - lettres de,

1703, 2 septembre, 67 - 1704, 19 mai, 121

- 2 juin, 123-125 - 10 juillet, 128-129 16 août, 138-139 - 1705, 21 février, 166 12 juin, 188-189 - 1706, 16 juillet, 242-243 - 1707, 25 mars, 289-290 - 15 novembre, 253.

Landrecies, 7.

LANGERON (Charlotte ANDRAULT de), 51, 249.

LANGERON (François ANDRAULT de): lettres à, 1703, 24 mai, 42-47 - 4 juin, 49-51 été (?), 56 - lettres de, à Philippe CHAI, METTE, 1707, 23 décembre, 348-349 - à la Maréchale de NOAILLES, 1703, ler avril,

25 - 28 septembre, 69 - 1706, 3 octobre,

249 - 1707, ler mars, 287 - mentions, 8,

11, 38, 47, 48, 69, 173, 178, 194, 196, 206,

208, 248, 257, 312.

La Rochelle, 349.

LA TEMPLERIE (Louis GUÉZET de), 39, 196.

LA TOUR (Pierre-François d'ARÈREs de), 50.

LA TOUR, pseud. pour BOUCHER.

LAUNOY (Jean de), 96, 98.

LAURENT (Mare), 236 (?).

LAVAL (Guy-André de): lettre à, 1701-1705

(?), 215 - mentions, 214, 218, 219.

LAVAL-MONTIGNY (Charles-François-Guy de),

317, 318.

La Villette, près Paris, 267.

LAZARE, 22.

LAZARISTES, 229.

LE BRUN (François), 174.

LECOMTE (Paul), 150, 156, 162, 236.

LEDUC, 154.

LEDUC (Louis): lettre de, 1704, 10 mars,

107-108 - mention, 117.

LE FÉVRE (François), 38, 39.

LE FÈVRE, marchand à Maubeuge, 168.

LE Goux DE LA BERCHÈRE (Charles), 166.

LEMOS (Thomas de), 225, 243.

LE NOIRET (Alexandre), 226.

LENRÉ (Nicolas de), 236.

LÉON le GRAND (saint), 34, 137, 301.

LÉOPOLD ler, empereur, 177.

LE PELETIER DE SOUZY (Michel), 213.

LESCHASSIER (François): lettres à, 1705, 22

mars, 226-227 - 10 août, 245 - 20

décembre, 262 - mention, 259.

LESCHELLE (Camille et César-Michel de

VÉRINE de), 267.

Lessines, 236.

LE TELLIER (Charles-Maurice), 11, 26, 50,

96, 98, 141.

LE TELLIER (le P. Michel) (?): lettre à, 1706,

26 mars, 227.

Leussine (?), 76.

LE VAILLANT (Antoine), 220.

LE VASSEUR, à Péronne, 256.

LIBÈRE, pape, 299.

LIBOY (Louis-François de), 308.

LIEFRENCX (Jérôme-Quentin), 236.

Liège, 172, 297.

Liessies, 24, 41, 84, 97, 100, 169-173, 175, 176.

Lille, 165, 195, 242, 308, 323.

Locquignol, 156, 157, 165.

Lorette (à lssy), 227.

LORRAIN, chirurgien, 260.

Louis XI V, 11, 26, 36, 38-40, 42, 43, 45-47,

49, 50, 58, 62, 69, 82, 90, 91, 95, 101, 103,

118, 125, 126, 130, 131, 133, 134, 137, 141-143, 157, 165, 167, 175, 178, 184, 185, 193, 194, 210-214, 216, 220, 223, 226, 227, 230, 237, 240, 241, 243, 245, 250, 261, 262, 269, 284-286, 288, 291, 293, 303, 304, 322, 330, 335, 339, 340, 343, 346, 348.

Louis, Grand Dauphin, 14, 15.

Louis, duc de BOURGOGNE: lettres de, 1703, 28 septembre, 68-69 - 1707, 342-343 mentions, 9-11, 14-16, 75, 189.

Louvain, 58, 111-113, 118, 127, 137, 278, 293. LOUVILLE (Charles-Auguste d'ALLONVILLE,

marquis de): lettre de, à Ch.-Fr.-G. de

LAVAL-MONTIGNY, 1707, 4 juin, 317-318. Louvois (François-Michel LE TELLIER, mar-

quis de), 47.

LuGo (Jean de), 62.

LUTHER (Martin), 98, 135, 186, 275.

LUYNES (Charles-Philippe, duc de), 255-257. Lyon, 135, 252. Pauvres de Lyon, 274-276.

MAES (Zacharie), 13, 69, 70, 80, 81, 92, 93,

148, 150.

MAHIEU (Jacques): lettre de, 1707, 31 décem-

bre, 351-352.

MAIGNAN (Isaac), 46, 51.

MAINTENON (Françoise d'AuBIGNÉ, marquise

de), 45, 55, 196.

MALATRA (Jean-François): lettre de, 1705, 6

novembre, 205 - mentions, 127 (?), 206.

Malines, 55, 112, 351.

MANICHÉENS, 87, 89, 254, 282, 349.

MANSARD (Jules HARDOUIN-), 346.

MAQFOSSE (Charles): lettre à, 1705, 23 mai,

177.

MARBAIX (Louis de), 46, 51.

MARC AURÈLE, 86.

MARCA (Pierre de), 45.

Marchiennes, 195.

MARCIONITES, 282.

MARCQ (M. de), 56.

MARIE-CASIMIRE, reine de Pologne, 196.

MARLBOROUGH (Jean CHURCHILL, duc de),

199.

MARTIN, greffier,155.

MARTINEAU (Isaac), 10, 11.

Maubeuge, 35, 73, 84, 110, 165, 168, 216, 236,

260, 308.

MAULÉVRIER (Charles ANDRAULT de LANGE-

RON, abbé de), 24, 46, 51.

Meslin-l'Evêque, 155, 310-312.

MÉRODE TRELON (Mme et Mlle de), 58.

Metz, 274.

Milan, 261.

MINEZ (Alexis), 170, 173.

MONNIER de RICHARDIN (Louis): lettres de,

1705, 17 mars, 167-168 - 13 septembre,

192.

Mons, 96, 97, 100, 150, 236, 237, 257, 258,

262, 276, 318, 322, 339, 341, 345. - Cour,

92, 117, 154, 156, 162, 196-198. - Abbaye

La Paix-Notre-Dame, 73, 80, 92, 98. - Abbaye du Val-des-Ecoliers, 112. - Chanoinesses, 194, 236, 237. - Couvent des Filles noires, 80. - Sainte-Elisabeth, 197.

MONTBERON (Charles-François-Anne, marquis de), 10, 96.

Mor,rrBERoN (François, comte de), 37, 59, 76, 101-104, 120, 125, 133, 148, 151, 153, 167, 193, 246, 248, 318, 334, 335, 338.

MONTBERON (Marie GRUYN, comtesse de): lettres à, 1703, 25 janvier, 8 - février, 10

- 8 mai, 37 - 21 mai, 40-41 - 10 juin, 52 - 24 juin, 53 - 30 juillet, 57-58 - 8 août, 59 - 20 août, 65 - 23 août, 66 23 septembre, 68 - 4 octobre, 71 - 9 octobre, 71 - 3 novembre, 74 - 7 novembre, 76 - 15 novembre, 84 - 1704, ler janvier, 96 - 28 janvier, 100-101 - 29 janvier, 101 - 10 février Ore et 2e lettres), 102 - ler mars, 104 - 4 mars, 104 - 12 mars, 108 - 16 mai, 120 - 17 juillet, 133

- 31 juillet, 133 - 30 septembre, 147 11 octobre, 147 - 21 octobre, 148 - 17 novembre, 151 - 18 novembre, 151-152 19 novembre (ire et 2e lettres), 152 - 16 décembre, 153 - 1705, 26 janvier, 163-164

- 19 mars, 168 - 11 août, 191 - 20 septembre, 193 - 21 septembre, 193 - 7 novembre, 206 - 11 décembre, 207 - 13 décembre, 209 -1706, ler janvier, 215-216

- février, 218 - 20 avril, 230-231 - 30 avril, 231 - 28 juin, 239 - 8 septembre, 245-246 - 13 septembre, 246 - 20 septembre, 246 - 28 septembre, 247 - 2 octobre, 248 - 13 décembre, 260-261 1707, 21 mars, 288 - 11 avril, 305 - 21 avril, 306 - 22 avril, 307 - 25 mai, 313-314 - 27 mai, 314 - 14 juin, 318 21 juin, 318-319 - 23 juin, 319 - 24 juin, 320 - 27 juin, 320 - 18 juillet, 325-326

- 9 août, 327 - 10 août, 327-329 - 17 août, 329 - 19 août, 329-330 - ler septembre, 330-331 - 3 septembre, 331-332

- 3 septembre, 2e lettre, 332-333 - 23 septembre, 334-335 - 10 octobre, 336-337 - 21 octobre, 337 - 9 novembre, 337-338

- 27 novembre, 342 - 30 novembre, 343

- 3 décembre, 343-344 - 4 décembre,

344-345 - 9 décembre, 347-348.

MONTFORT (Honoré-Charles d'ALBERT, duc

de), 145, 146, 149.

MONTFORT (Marie-Anne-Jeanne de COURCIL-

LON, duchesse de), 255, 257.

Montfort, 255.

Mont-Saint-Eloy, 24, 41, 99, 105, 160, 163.

Mont-Saint-Martin, 37, 112.

MOREAU (Denis), 343.

MORENO (Richard), 111.

Mormal, 156.

MORTEMART (Louis, duc de), 244, 266, 267.

MORTEMART (Marie-Anne Cotsurr, duchesse

de): lettre à, 1707, 9 janvier, 266-268 -

--••••••••••••erm.

1•'•• ••••••

360 INDEX DES NOMS INDEX DES NOMS 361

mentions, 38, 51, 59, 121, 123, 193, 206, 237 (?), 244.

MORTEMART (Marie-Henriette de BEAUVIL-LIER, duchesse de): lettre à, 1706, 4 août,

244 - mention, 266.

MorrE (Corneille-François), 322.

NEMIUS (Gaspard DUBOIS, dit), 196.

NESMOND (François-Théodore de), 326.

NESTORIUS, 44.

Nevers, 270.

Nicée (concile), 295.

NIGRONI (cardinal Jean-François): lettre de,

1704, 12 juillet, 132.

NOAILLES (Adrien-Maurice, duc de), 287,

288.

NOAILLES (Françoise-Charlotte-Amable

d'AUBIGNÉ, duchesse d'AYEN, puis de), 162 (?).

NOAILLES (Louis-Antoine de), 26-30, 32-34, 39, 40, 50, 62, 98, 119, 141, 194, 196, 213, 267, 268, 291, 296.

NOAILLES (Marie-Françoise de BOURNON-VILLE, maréchale de): lettres à, 1703, 30 mars, 24-25 - 30 août, 66-67 - 1706, fin septembre, 248 - 1707, 18 mars, 288. Voir aussi LANGERON.

NOAILLES (Marie-Victoire de), 287.

Non (le P.), 194.

Normandie, 178.

NOYELLES (Charles), 196-198.

OISY (Marie-Antoinette de RouvRoY, com-

tesse d'), 66, 71, 74, 165, 168, 288, 335,

336, 343, 350 (?).

OLIER (Jean-Jacques), 226, 230.

OPSTRAET (Jean), 34, 58, 113-117.

ORATORIENS, 11-13, 38, 70, 109, 111, 123, 134,

148.

ORIGÈNE, 273?

ORLÉANS (Philippe, duc d'): lettre à, 1706, 24

septembre, 247 - mention, 249.

Orval, 112, 132, 138.

Pays-Bas, 51, 64, 101, 186, 258, 276, 339-341, 345, 351.

PÉLAGE, 44.

PÉLAGIENS, 254, 323, 349.

PELLAUT (Vincent), 123.

PÉPIN, avocat, 38 (?), 92, 98.

PERCIN DE MONTGAILLARD (Pierre-Jean-

François): lettres à, 1705, 10 décembre,

207 - 1707, printemps, 289 - lettre de,

1705, 9 juin, 180 - mentions, 166, 194,

293, 304, 305.

PÉRÉFIXE (Hardouin de BEAUMONT de), 45,

62, 63.

PETIT (Pierre), 237.

PHILIPPE V, roi d'Espagne, 126, 137, 339-341.

Picquigny, 253.

PIERRE (saint), 301.

PIERRE d'AILLY, 203.

PIQUERY (François), 12-14, 70.

PLAYOUL (Jean-Baptiste), 11-13, 35, 38, 148.

POMEREU (Alexandre-Jacques de), 167, 195.

POMMEREUIL, Voir POMEREU.

Pommereuil, 167.

PONTCHARTRAIN (Louis PHÉLIPEAUX, comte

de), 126, 141.

Pontoise, 346.

Portugal, 217.

POSSIDONIUS, 77.

PRÉCELLES (Claude de), 43, 46, 50, 51.

PRECIPIANO (Humbert-Guillaume de): lettre

à, 1707, décembre (?), 345-346 - men-

tions, 93, 126, 258, 339-341, 351.

Prémy, 239, 313, 327, 331.

PROSPER (saint), 254.

PROTESTANTS, 119, 181, 184, 243, 252, 254,

264, 275, 278, 280, 295, 296.

Provence, 83, 252.

PROVENCHÈRES (Bonaventure de), 267.

PUCELLE (René), 260.

Putte, 55, 56.

PUYSÉGUR (Jacques-François de CHASTENET,

marquis de), 9.

PAOWCCI (cardinal Fabrice): lettres à, 1704,

10 mars, 106 - 1707, 8 mai, 309 - lettre

de, à G.B. Busse, 1704, 24 juin, 125. Paray-le-Monial, 251.

Paris, 11, 12, 41, 47, 49, 67, 73, 91, 99, 105, 113, 121, 122, 135, 144, 161, 166, 168, 196, 205, 207, 213, 223, 240, 255-257, 259, 262, 288, 289, 293, 308, 321, 333, 335, 338, 346, 350. - Parlement, 38-40, 54. Docteurs de Sorbonne, 139, 203, 275, 276, 292, 293. - Resolutio de quarante docteurs, 26, 27, 30, 33, 105, 118, 127, 137, 180, 202, 224. - Saint-Lazare, 229, Séminaire Saint-Sulpice, 226, 230, 262.

PARME (Marguerite d'AUTRICHE, duchesse de), 276.

PASCAL (Blaise), 10, 11, 109, 234.

Saint-Denis, 123, 206.

Saint-Victor-en-Caux, 351.

SALM (Marie-Christine de): lettres à, 1705, 31

octobre, 199-200 - 12 décembre, 208-209

- 1707, ler avril, 290-291.

SANADON (Nicolas): lettre de, 1705, 3 décem-

bre, 206-207 - mention, 205.

SANDER (Antoine), 24.

SARPI (Paolo), 293.

Saulzoir, 91.

SAUVAGE, 335.

SCUPOLI (Laurent), 281.

Sedan, 26.

SÉNÈQUE, 86.

SERTE (Charles de), 251.

SÈVE DE ROCHECHOUART (Guy de): lettres à,

1703, novembre, 81-84 - 1707, février (?),

270-284 - lettres de, 1703, 7 novembre

76-77 - 1707, ler février, 270 - 11 mars,

287 - mentions, 39, 40, 67, 81.

SMAL (André), 109, 111-113.

SOCINIENS, 280, 295.

SOCRATE, 22.

Soignies, 62.

Soissons, 124.

Solesmes, 92.

SOUASTRE (Anne-Charlotte, demoiselle de),

153, 193.

SOUASTRE (Catherine-Henriette de), demoi-

selle du Mesnil, 193, 246.

SOUASTRE (Charles-Eugène de GUTNES, comte

de), 104 (?), 193.

SOUASTRE (Françoise-Dorothée de GUINES

de), 193.

SOUASTRE (Marie-Françoise de MONTBERON,

comtesse de), 104, 193, 246, 319, 334, 342.

SOURCHES (Louis-François Du BOUCHET,

marquis de); lettre à, 1707, 30 septembre,

335.

STIÉVENART (Simon-Pierre), 194, 351.

STOÏCIENS, 77-80, 86, 87, 98, 254.

Suède, 252.

SUISSES, 252, 255.

SYLVIUS (François Du Bois, dit), 277, 278.

SYMMAQUE, 163, 167.

RIBAUCOURT (comte de), 318.

RIBEYRE (Antoine de), 213.

RICHEBRACQUE (Nicolas), 121, 123, 124, 129, 139.

RICHELIEU (Armand DU PLESSIS de), 119. RICHER (Edmond), 293.

RICQUEZ (Pierre), 13.

Rimini (concile), 323.

RISBOURG (Marie-Françoise d'URSEL, marquise de), 168 (?), 215 (?), 288, 314, 320, 329, 334-336, 343.

ROBERT (le P. Ange), 14, 80, 109, 113, 138. ROBERT (Edouard-François), 196.

ROBERT (Guillaume-François), 37.

ROBERT (Jérôme-Alexis), 60, 62, 98, 237 (?).

ROBERT (Philippe-Charles): lettres à, 1703, 13 février, 11-12 - 23 février, 12-13 - 3 mars, 13-14 - 8 avril, 35 - 4 mai, 36 11 mai, 37-38 - 6 juin, 51-52 - 12 juin, 52-53 - 12 juillet, 56-57 - 5 août, 58 8 août, 59-60 et 60-62 - 18 août, 62-65 21 septembre, 67-68 - septembre (?), 69-70 - 3 octobre (?), 70-71 - 28 octobre, 73 - 8 novembre, 77-81 - 23 novembre, 85-89 - 17 décembre, 92-93 - 29 décembre, 96 - 1704, 5 janvier, 97-99 24 mars, 109-110 - 5 avril, 111-112, et 2e lettre, 112 - 15 avril, 113 - 22 avril, 113 - 30 avril, 113-117 - 4 juillet, 126 - 14 juillet, 132 - 13 août, 138 - 20 octobre, 148 - 28 octobre, 150 - mentions, 46, 49.

ROHAN (Louis CHABOT, duc de), 163. ROIS1N, voir FOREST.

ROLLAND (Marie), 11, 13, 38, 148, 150. ROLLÉ, voir RAULET.

Rome, 25, 26, 29, 30, 40, 50, 51, 65, 113, 119, 120, 135, 142, 143, 182, 184, 186, 196, 206, 210, 212, 213, 217, 222-224, 226, 228, 235, 263, 264, 277, 291-293, 323, 333, 335, 340, 346.

Rouen, 46, 346.

ROUJAULT (Anne-Elisabeth), 219.

ROUJAULT (Barbe-Madeleine MAYNON, dame): lettres à, 1706, 14 février, 219 - 5 décembre, 260 - 1707, 20 janvier, 269 mention, 308.

ROUJAULT (Nicolas-Etienne): lettre à, 1707,

27 avril, 308 - mentions, 219, 260. Roulers (Roeselare), 351.

RUBEMPRÉ (Philippe-Antoine, prince de), 107, 108.

QUESNEL (Pasquier): lettre à, 1707 (?), 352 mentions, 12, 13, 35, 36, 46, 49, 52, 56, 57, 67, 109, 126, 132, 134, 135, 138, 139, 142-144, 148, 183, 186, 348, 349.

Quesnoy (Le), 7, 12, 56, 84, 91, 92, 107, 110, 150, 258, 325. - Religieuses de Sainte-Elisabeth, 151.

QUIÉTISTES, 81.

Qunvar (Joseph-Jean-Baptiste), 38, 267, 268.

RADOUX (Noël): lettre de, 1707, 9 mai,

309-312.

RATABON (Martin de), 308.

RAULET (Barthélemy), 60, 62, 98, 237.

RENVERSÉ, 7.

RÉSIGNY (marquis de), 330.

REVEL (Charles-Amédée de BROGLIE, comte

de), 214:

TALON (Jean), 156.

TAVERNE (Jean-Baptiste), 39, 40.

TERLINCK (Philippe-Louis), 209, 210.

Tersaint, 73, 92.

THÉODORET, 44, 295.

THOMAS D'AQUIN (saint), 242, 243.

THOMASSIN (Louis), 263.

THOMISTES, 243.

Thuin, 35, 38.

TIRIMONT (Louis-Alexandre SCHOCKAERT,

comte de), 196.

TORCY (Jean-Baptiste CoLBEFcr, marquis de),

346.

TORILLON (Jacques), 76.

SACRIPANTE (cardinal Joseph): lettre de, 1706, 6 mai, 236 - mention, 196.

SACY (Louis de): lettres à, 1703, 26 janvier, 8-9 - 23 mars, 16-23 - 10 octobre, 72 -

28 octobre, 72-73 - 1705, 20 janvier, 163 - 1707, 24 décembre, 349-350. SAINT-AIGNAN (Paul-Hippolyte de BEAUVIL-LIER, duc de), 267.

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362 INDEX DES NOMS

TOULOUSE (Louis-Alexandre de BOURBON,

comte de), 255.

Toulouse, 180.

Tournai, 236, 240, 258, 340, 351. — Chapitre:

lettre au, 1707, 22 avril, 307. — Parle-

ment, 40, 93, 95, 97, 100, 111, 117, 156,

162, 168, 169, 176, 197.

TOURNEMINE (René-Joseph de): lettres à,

1705, 27 avril, 173-174 — 1707, 20 avril,

305-306.

Tournus, 212.

TOVENET, 168.

Trelon, 95.

Trente (concile), 135, 142, 159, 225, 295.

TRONSON (Louis), 226, 230, 262.

TURENNE (Henri de LA TOUR D'AUVERGNE,

maréchal de), 211.

Turenne, 66.

TURGOT DE SAINT-CLAIR (Marc-Antoine),

213.

TURLUPINS, 275.

TURPIN DE MARVAL (Alexandre): lettre à,

1707, Zef juillet, 321.

Utrecht, 181, 182.

VAILLANT, voir LE VAILLANT.

VALBELLE (Louis Alphonse de): lettre à,

1704, 14 mars, 108-109 — mentions, 76,

81-83.

Valenciennes, 76, 122, 236, 258, 285, 340, 341.

VALENS, empereur, 185.

VAN ESPEN (Zeger-Bernard), 11.

VANHourrE (Guillaume), 94.

Vaucelles, 111.

VAUDOIS, 274, 275.

VENDÔME (Louis-Joseph, duc de), 252, 284,

348.

Versailles, 25, 38, 47, 257.

VERT (Claude de), 128.

Vertain, 107, 108, 117.

VERTHAMON (Michel-François de), 213.

VEYDER (Johann Werner von), 308.

Vicogne, 346.

VICTOR-AMÉDÉE, duc de Savoie, 252.

VILLAMEZ (ou Willame?), 196.

VILLEROY (François de NEUFVILLE de), 15,

165, 177, 214.

VINCENT de Lérins (saint), 276.

VINCENT DE PAUL (Saint), 229, 230.

VITRY (Edouard de), 195.

VIVANT (Jean), 50.

VOYSIN (Daniel), 213.

VOYSIN (Joseph de), 275, 276.

VRANX (Antoine), 40.

WALLERAND (Jean-Baptiste), 107, 110. WAUQUIER (Baudoin), 174, 227. Wavre-Notre-Dame, 55, 56. Wavre-Sainte-Catherine, 55, 56. WirrE (Gilles de), 109, 114, 186, 235. WYCLIFFE (John), 275.

Ypres, 216, 351.

ZOZIME, pape, 323.

890

891

892

893

894

895

896

897

898

899

900

901

902

902 A

903

903 bis

904

905

906

907

908

909

910

911

912 912 A

913

914

915 915 A

916

917 917 A

918

919

920

921

922

923 923 A

TABLE CHRONOLOGIQUE DES LETTRES

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 5 janvier 1703 7

Au MÊME, vers le 22 janvier 1703 7

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 25 janvier 1703 8

A LOUIS DE SACY, 26 janvier 1703 8

Au DUC DE BEAUVILLIER, 27 janvier 1703 9

A LA COMTESSE DE MONTBERON, février 1703 10

Au DUC DE BEAUVILLIER, 7 février 1703 10

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 13 février 1703 11

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 21 février 1703 12

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 23 février 1703 12

Au MÊME, 3 mars 1703 13

Au DUC DE BEAUVILLIER, 11 mars 1703 (?) 14

A LOUIS DE SACY, 23 mars 1703 16

ETIENNE BALUZE A FÉNELON, 23 mars 1703 23

A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, 30 mars 1703 24

L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, 25

1er avril 1703

AU CARDINAL GABRIELLI, 2 avril 1703 25

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 8 avril 1703 35

A MAIGNART DE BERNIÈRES, 13 avril 1703 35

Au CHAPITRE MÉTROPOLITAIN, 1er mai 1703 [et à la R.M.

JEANNE-MARIE LAMELIN, 2 mai] 36

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 4 mai 1703 36

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 7 mai 1703 37

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 8 mai 1703 37

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 11 mai 1703 37

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 16 mai 1703 38

LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON, 16 mai 1703 38

A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 17 mai 1703 (lise lettre) 39

AU MÊME, 17 mai 1703 (2e lettre) 40

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 21 mai 1703 40

ETIENNE BALUZE A FÉNELON, 22 mai 1703 41

A L'ABBÉ DE LANGERON, 24 mai 1703 42

Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN, 26 mai 1703 47

LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON, 2 juin 1703 47

A L'ABBÉ DE LANGERON, 4 juin 1703 49

AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 6 juin 1703 51

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 10 juin 1703 52

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 12 juin 1703 52

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 24 juin 1703 53

A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN, 2 juillet 1703 54

LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 9 juillet 1703 54

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364 TABLE CHRONOLOGIQUE 55 958 A TABLE CHRONOLOGIQUE 365

923 B LE CHANOINE FR. DE HAZE A FÉNELON, 9 juillet 1703 56 959 REQUÊTE DE LOUIS-JOSEPH HERLEZ A FÉNELON, 94

924 A L'ABBÉ DE LANGERON (?), été 1703 (?) 56 960 20 décembre 1703 95

925 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 12 juillet 1703 57 961 A LA DUCHESSE DE HOLSTEIN, 21 décembre 1703 95

926 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 30 juillet 1703 58 962 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 25 décembre 1703 96

927 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 5 août 1703 58 963 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 29 décembre 1703 96

927 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 6 août 1703 59 964 A LA COMTESSE DE MONTBERON, ter janvier 1704 97

928 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 8 août 1703 59 965 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 4 janvier 1704 97

929 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 8 août 1703 60 966 AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 5 janvier 1704 99

930 AU MÊME, 8 août 1703 (fragment) 62 967 A ETIENNE BALUZE, 19 janvier 1704 99

930 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 9 août 1703 62 968 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 22 janvier 1704 100

931 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 18 août 1703 65 969 969 A AU MÊME, 25 janvier 1704 100

932 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 20 août 1703 66 970 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 28 janvier 1704 101

933 A LA MÊME, 23 août 1703 66 971 A LA MÊME, 29 janvier 1704 101

934 A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, 30 août 1703 67 972 MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 31 janvier 1704 102

934 A DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON, 2 septembre 1703 67 973 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 10 février 1704 102

935 Au CHANOINE PH: CH. ROBERT, 21 septembre 1703 68 973 bis A LA MÊME, 10 février 1704 au soir 102

936 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 23 septembre 1703 68 974 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 14 février 1704 103

936 A LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON, 28 septembre 1703 69 975 A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN , 20 février 1704 [et 103

936 bis L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, 69 976 AU CHAPITRE MÉTROPOLITAIN le 25 février] 103

28 septembre 1703 69 977 977 A MICHEL CHAMILLART A Du GUÉ DE BAGNOLS, 23 février 104

937 Au CHAPITRE MÉTROPOLITAIN [et à la R.M. JEANNE- 70 978 1704 104

MARIE LAMELIN], 28 septembre 1703 71 979 Au MARQUIS DE BONNEVAL, 26 février 1704 104

938 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, septembre 1703 (?) 71 980 980 A A LA COMTESSE DE MONTBERON, ter mars 1704 105

939 Au MÊME, 3 octobre (?) 1703 72 981 A LA MÊME, 4 mars 1704 105

940 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 4 octobre 1703 72 982 A LA MÊME, 6 mars 1704 106

941 A LA MÊME, 9 octobre 1703 73 983 ETIENNE BALUZE A FÉNELON, 6 mars 1704 106

942 A LOUIS DE SACY, 10 octobre 1703 73 984 Au PAPE CLÉMENT XI, 8 mars 1704 107

943 Au MÊME, 28 octobre 1703 74 985 Au CARDINAL PAOLUCCI, 10 mars 1704 108

944 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 28 octobre 1703 74 986 A C.A. FABRONI, 10 mars 1704 108

945 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 30 octobre 1703 76 987 L. LEDUC A FÉNELON, 10 mars 1704 108

946 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 3 novembre 1703 77 988 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 12 mars 1704 109

947 Au DUC DE BEAUVILLIER, 4 novembre 1703 77 989 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 12 mars 1704 110

948 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 7 novembre 1703 81 990 A L.-A. DE VALBELLE, 14 mars 1704 110

948 A G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART A FÉNELON, 7 novembre 81 991 AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 24 mars 1704 111

1703 84 992 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 25 mars 1704 112

949 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 8 novembre 1703 84 993 Au MÊME, 30 mars 1704 113

949 bis L'ABBÉ DE BEAUMONT A L'ABBÉ DE LANGERON, après le 8 85 994 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 5 avril 1704 (lère lettre) 113

novembre 1703 89 994 A Au MÊME, 5 avril 1704 (2e lettre) 113

950 A G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART, après le 8 novembre 90 995 AU MÊME, 15 avril 1704 117

1703 91 995 A 995 B 995 bis Au MÊME, 22 avril 1704 118

951 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 15 novembre 1703 91 Au MÊME, 30 avril 1704 120

952 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 17 novembre 1703 92 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 30 avril 1704 121

953 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 23 novembre 1703 93 Au CARDINAL GABRIELLI, 12 mai 1704 121

954 A M***, 24 novembre 1703 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 16 mai 1704 123

954 bis L'ABBÉ DE BEAUMONT A..., 29 novembre 1703 DOM FR. LAMY A FÉNELON, 19 mai 1704 125

955 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 30 novembre 1703 A DOM FR. LAMY, 22 mai 1704 125

956 Au MÊME, ler décembre 1703 Dom FR. LAMY A FÉNELON, 2 juin 1704

957 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 17 décembre 1703 MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 8 juin 1704

958 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 17 décembre 1703 LE CARDINAL PAOLUCCI A G.B. BUSSI, 24 juin 1704

366 TABLE CHRONOLOGIQUE

995 C MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 29 juin 1704

996 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 4 juillet 1704

996 A LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 5 juillet 1704 ...

996 B DOM FR. LAMY A FÉNELON, 10 juillet 1704

997 Au CARDINAL GABRIELLI, 12 juillet 1704

998 A MICHEL CHAMILLART, 12 juillet 1704

998 A LE CARDINAL NIGRONI A FÉNELON, 12 juillet 1704

999 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 14 juillet 1704

1000 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 17 juillet 1704

1000 A MICHEL CHAMILART A FÉNELON, 17 juillet 1704

1001 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 31 juillet 1704

1002 A GODET-DESMARAIS, 2 août 1704

1003 Au CARDINAL GABRIELLI, 9 août 1704

1004 AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 13 août 1794

1004 A DOM FR. LAMY A FÉNELON, 16 août 1704

1005 A DOM FR. LAMY, 23 août 1704

1006 AU CARDINAL GABRIELLI, 25 août 1704

1007 A ***, 31 août 1704 (?)

1008 Au CARDINAL GABRIELLI, 2 septembre 1704

1009 Au DUC DE CHEVREUSE, 19 septembre 1704

1010 Au MÊME, 28 septembre 1704

1011 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 30 septembre 1704

1012 A LA MÊME, 11 octobre 1704

1013 Au DUC DE CHEVREUSE, 12 octobre 1704

1014 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT, 20 octobre 1704

1015 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 21 octobre 1704

1016 AU VIDAME D'AMIENS, 22 octobre 1704

1017 Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT , 28 octobre 1704

1018 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 30 octobre 1704

1019 Au MÊME, 4 novembre 1704

1020 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 17 novembre 1704

1021 A LA MÊME, 18 novembre 1704

1022 A LA MÊME, 19 novembre 1704

1023 A LA MÊME, 19 novembre 1704 (2e lettre)

1024 A LA MÊME, 16 décembre 1704

1025 A DOM FR. LAMY, 17 décembre 1704

1025 A PH.-FR. JELAIN A FÉNELON, 19 décembre 1704

1026 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 20 décembre 1704

1027 A JOSEPH-CLÉMENT DE BAVIÈRE, électeur de Cologne,

30 décembre 1704

1028 A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN, 30 décembre 1704

1028 A ETIENNE BALUZE A FÉNELON, 30 décembre 1704

1029 A ETIENNE BALUZE, 2 janvier 1705

1030 Au DUC DE CHEVREUSE, 13 janvier 1705

1031 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 17 janvier 1705

1031 A ETIENNE BALUZE A FÉNELON, 17 janvier 1705

1032 A Louis DE SACY, 20 janvier 1705

1033 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 26 janvier 1705

1034 A DOM FR. LAMY, 11 février 1705 TABLE CHRONOLOGIQUE 367

125 1035 1035 A 1035 B 1036 1036 A A MAIGNART DE BERNIÈRES, [vers le 18] février 1705 ..

126 DOM FR. LAMY A FÉNELON, 21 février 1705

127 ETIENNE BALUZE A FÉNELON, 24 février 1705

128 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 25 février 1705

129 LOUIS MONNIER DE RICHARDIN A FÉNELON, 17 mars

130 1705

132 1037 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 19 mars 1705

132 1038 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 26 mars 1705

133 1039 AU MÊME, 14 avril 1705

133 1039 bis DOM LAMBERT BOUILLON AU P.*", 16 avril 1705

133 1040 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 25 avril 1705

134 1041 AU PÈRE R.-J. DE TOURNEMINE, 27 avril 1705

134 1041 A TYRSO GONZALEZ A FÉNELON, 28 avril 1705

138 1042 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 2 mai 1705

138 1043 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, 8 mai 1705

139 1044 A CHARLES MAQFOSSE, 23 mai 1705

140 1045 A DOM FR. LAMY, 25 mai 1705

143 1046 AU BARON JEAN-FRÉDÉRIC KARG, 25 mai 1705

143 1047 Au VIDAME D'AMIENS, 28 mai 1705

145 1047 A G.B. Bussi A FÉNELON, 7 juin 1705

146 1047 B R-J. PERCIN DE MONTGAILLARD A FÉNELON, 9 juin 1705

147 1048 A UN PROTESTANT NÉERLANDAIS, 12 juin 1705

147 1048 A DOM FR. LAMY A FÉNELON, 12 juin 1705

147 1049 Au VIDAME D'AMIENS, 16 juin 1705

148 1050 A LA R.M. JEANNE-MARIE LAMELIN, 2 juillet 1705

148 1051 Au BARON J.F. KARG, 27 juillet 1705

149 1052 Au VIDAME D'AMIENS, 10 août 1705

150 1053 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 11 août 1705

150 1053 A L. MONNIER DE RICHARDIN A FÉNELON, 13 septembre

151 1705

151 1054 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 20 septembre 1705

151 1055 A LA MÊME, 21 septembre 1705

152 1056 Au DUC DE CHEVREUSE, début de l'automne 1705

152 1056 A PH.-FL. D'ENNETIÈRES DE LA PLAIGNE A FÉNELON,

153 29 septembre 1705

153 1057 AU BARON J.F. KARG, 30 septembre 1705

154 1058 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, ler octobre 1705

156 1059 A UN CONSEILLER DU CONSEIL SOUVERAIN DE MONS,

6 octobre 1705

157 1060 A DOM FR. LAMY, 27 octobre 1705

160 1061 Au VIDAME D'AMIENS, 30 octobre 1705

160 1062 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 31 octobre 1705

161 1062 A LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON, 31 octobre 1705 .

161 1063 Au DUC DE CHEVREUSE, 5 novembre 1705

162 1063 A LE P. J.F. MALATRA A FÉNELON, 6 novembre 1705

163 1064 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 7 novembre 1705

163 1065 Au BARON J.F. KARG, 25 novembre 1705

163 1065 A LE P. SANADON A FÉNELON, 3 décembre 1705

164 1066 A P.-J. PERCIN DE MONTGAILLARD, 10 décembre 1705 .

165

166

166

167

167

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206

206

206

207

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ereetier L.5..;»44.-

368 TABLE CHRONOLOGIQUE TABLE CHRONOLOGIQUE 369

1067 1068 1069 1070 1070 A A LA COMTESSE DE MONTBERON, 11 décembre 1705 207 1104 1105 1106 1107 1107 bis 1108 A H. DE THYARD DE BISSY, 28 septembre 1706 247

A MARIE-CHRISTINE DE SALM, 12 décembre 1705 208 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 28 septembre 1706.. 247

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 13 décembre 1705 209 A LA MÊME, 2 octobre 1706 248

A MICHEL CHAMILLART, 22 décembre 1705 209 A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, fin septembre 1706 248

LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON, 26 décembre 210 L'ABBÉ DE LANGERON A LA MÊME, 3 octobre 1706 249

1705 A L'ABBÉ DUBOIS, 4 octobre 1706 249

1071 A LA COMTESSE DE FÉNELON, [1701-1705?] 214 1108 A 1108 B LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON, 6 octobre 1706 250

1072 A GUY-ANDRÉ DE LAVAL, [1701-1705?] 215 LE MÊME AU MÊME, 6 octobre 1706 (2e lettre) 251

1073 A LA COMTESSE DE MONTBERON, ler janvier 1706 215 1109 AU DUC DE CHEVREUSE, 12 novembre 1706 252

1074 A MAIGNART DE BERNIÈRES, 4 janvier 1706 216 1110 A DOM FR. LAMY, 15 novembre 1706 253

1075 Au BARON J.F. KARG, 10 janvier 1706 217 1110 A LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON, 16 novembre 1706 . 253

1075 A H. DE THYARD DE BISSY A FÉNELON, 22 janvier 1706 217 1111 AU DUC DE CHEVREUSE, 18 novembre 1706 256

1076 A LA COMTESSE DE MONTBERON, février 1706 218 1112 Au R BONOMO, 26 novembre 1706 258

1077 A LA COMTESSE DE FÉNELON, 12 février 1706 218 1113 A L'ABBÉ DE BEAUMONT, ler décembre 1706 259

1078 A Mille ROUJAULT, 14 février 1706 219 1114 A Mme ROUJAULT, 5 décembre 1706 260

1079 Au CARDINAL DE BOUILLON, 16 février 1706 220 1115 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 13 décembre 1706 ... 260

1079 A LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON, février 1706 220 1116 Au MARQUIS DE BONNEVAL, 14 décembre 1706 261

1079 B G.B BUSSI A FÉNELON, 23 février 1706 222 1117 A MICHEL CHAMILLART, 20 décembre 1706 261

1080 Au PÈRE G. D'AYMERIQUES, 12 mars 1706 222 1118 A FRANÇOIS LESCHASSIER, 20 décembre 1706 262

1081 A C.A. FABRONI, 19 mars 1706 224 1119 A LOUIS DU FAURE DE CARIGNAN, 21 décembre 1706 .. 262

1082 A FRANÇOIS LESCHASSIER, 22 mars 1706 226 1120 Au DUC DE CHEVREUSE, 29 décembre 1706 265

1083 Au P. LE TELLIER (?), 26 mars 1706 227 1121 A LA DUCHESSE DOUAIRIÈRE DE MORTEMART, 9 janvier

1083 A G.B. BUSSI A FÉNELON, 28 mars 1706 228 1707 266

1084 Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN, 18 avril 1706 229 1122 AU COMTE JÉRÔME DE CHAMILLART, 10 février 1707 .. 268

1085 Au PAPE CLÉMENT XI, 20 avril 1706 229 Pm- A Mme ROUJAULT, 20 janvier 1707 269

1086 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 20 avril 1706 230 1123 A MICHEL CHAMILLART, 26 janvier 1707 269

1087 A LA MÊME, 30 avril 1706 231 1123 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, ler février 1707 269

1088 A DOM FR. LAMY, 4 mai 1706 231 1123 B G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART A FÉNELON, ler février

1088 A LE CARDINAL SACRIPANTE A FÉNELON, 9 mai 1706 236 1707 270

1089 A PH: H. BEAUVER, doyen de chrétienté de Mons, 25 mai 1124 A G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART, février 1707 (?) 270

1706 236 1125 A R. DE GAIGNIÈRES, 3 février 1707 284

1090 A DOM FR. LAMY, 31 mai 1706 237 1125 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 7 février 1707 284

1090 A L'ABBÉ G. GRIMALDI A FÉNELON, 6 juin 1706 238 1126 AU VIDAME D'AMIENS, 9 février 1707 284

1091 Au VIDAME D'AMIENS, 25 juin 1706 238 1127 A MICHEL CHAMILLART, 20 février 1707 285

1092 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 28 juin 1706 239 1128 AU DUC DE CHEVREUSE, 24 février 1707 286

1093 A MICHEL CHAMILLART, 4 juillet 1706 240 1128 bis L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES,

1094 Au VIDAME D'AMIENS, 5 juillet 1706 240 ler mars 1707 287

1094 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 12 juillet 1706 241 1128 A G. DE SÈVE DE ROCHECHOUART A FÉNELON, 11 mars 1707 287

1095 A JOSEPH-CLÉMENT DE BAVIÈRE, 15 juillet 1706 241 1129 A LA MARÉCHALE DE NOAILLES, 18 mars 1707 288

1096 A DOM FR. LAMY, 16 juillet 1706 242 1130 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 21 mars 1707 288

1096 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 22 juillet 1706 243 1131 A PERCIN DE MONTGAILLARD, [printemps 1707] 289

1097 A MARIE-HENRIETTE DE BEAUVILLIER, duchesse de 1132 A DOM FR. LAMY, 25 mars 1707 289

Mortemart, 4 août 1706 244 1133 A MARIE-CHRISTINE DE SALM, ler avril 1707 290

1098 A FRANÇOIS LESCHASSIER, 10 août 1706 245 1134 AU CARDINAL FABRONI, 6 avril 1707 291

1099 A MICHEL CHAMILLART, 18 août 1706 245 1135 AU CARDINAL GABRIELLI, 6 avril 1707 297

1100 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 8 septembre 1706.... 245 1136 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 11 avril 1707 305

1101 A LA MÊME, 13 septembre 1706 246 1137 AU P. DE TOURNEMINE, 20 avril 1707 305

1102 A LA MÊME, 20 septembre 1706 246 1138 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 21 avril 1707 306

1103 AU DUC D'ORLÉANS, 24 septembre 1706 247 1139 A LA MÊME, 22 avril 1707 307

TABLE CHRONOLOGIQUE 371

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 30 novembre 1707 343

A LA MÊME, 3 décembre 1707 343

A LA MÊME, 4 décembre 1707 344

A H.G. DE PRECIPIANO, (décembre 1707?) 345

LE CARDINAL DE BOUILLON A FÉNELON, 6 décembre 1707 346

A LA COMTESSE DE MONTBERON, 9 décembre 1707 347

AU MARQUIS DE BONNEVAL, 17 décembre 1707 348

L'ABBÉ DE LANGERON A PHILIPPE CHALMETTE, 23 348

décembre 1707

A LOUIS DE SACY, 24 décembre 1707 349

Au DUC DE CHEVREUSE, 24 décembre 1707 350

D.-L. Du GUÉ DE BAGNOLS A FÉNELON, 29 décembre 351

1707

JACQUES MAHIEU A FÉNELON, 31 décembre 1707 351

Au P. QUESNEL, 1707 (?) 352

370 TABLE CHRONOLOGIQUE 307 11117809

1140 Au CHAPITRE DE TOURNAI, 22 avril 1707 308 1181

1141 A NICOLAS-ETIENNE ROUJAULT, 27 avril 1707 308 1182

1142 Au PAPE CLÉMENT XI, 8 mai 1707 309 1182 A

1143 Au CARDINAL PAOLUCCI, 8 mai 1707 312 1183

1143 A Non RADOUX A FÉNELON, 9 mai 1707 312 1184

1143 B M. DE FONSECA A FÉNELON, (sans date) 313 1184 bis

1144 Au DUC DE CHEVREUSE, 17 mai 1707 313

1145 AU VIDAME D'AMIENS, 25 mai 1707

1146 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 25 mai 1707

309

1147 A LA MÊME, 27 mai 1707 314 1185

1148 Au VIDAME D'AMIENS, 31 mai 1707 315 1186

1148 bis LOuVILLE A CH. FR. G. DE LAVAL-MONTIGNY, 4 juin 1707 317 1186 A

1149 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 14 juin 1707 318

1150 A LA MÊME, 21 juin 1707 318 1186 B

1151 A LA MÊME, 23 juin 1707 319 1187

1152 A LA MÊME, 24 juin 1707 320

1153 A LA MÊME, 27 juin 1707 320

1154 A ALEXANDRE TURPIN DE MARVAL, ter juillet 1707 321

1155 AU MARQUIS DE BONNEVAL, 6 juillet 1707 321

1155 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 9 juillet 1707 322

1155 B LE P. DAUBENTON A FÉNELON, 13 juillet 1707 322

1155 C LE PAPE CLÉMENT XI A FÉNELON, 16 juillet 1707 323

1155 D LE CARDINAL FABRONI A FÉNELON, 16 juillet 1707 324

1156 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 18 juillet 1707 325

1157 Au PÈRE LOUIS DOUCIN, 9 août 1707 326

1158 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 9 août 1707 327

1159 A LA MÊME, 10 août 1707 327

1160 A LA MÊME, 17 août 1707 329

1161 A LA MÊME, 19 août 1707 329

1161 A MICHEL CHAMILLART A FÉNELON, 19 août 1707 330

1162 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 1" septembre 1707 . 330

1163 A LA MÊME, 3 septembre 1707 331

1164 A LA MÊME, 3 septembre 1707 (2e lettre) 332

1165 Au MARQUIS DE BONNEVAL, 10 septembre 1707 333

1166 AU PAPE CLÉMENT XI, 15 septembre 1707 333

1167 Au CARDINAL FABRONI, 15 septembre 1707 334

1168 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 23 septembre 1707 . 334

1169 Au MARQUIS DE SOURCHES, 30 septembre 1707 335

1170 Au MARQUIS DE BONNEVAL, 7 octobre 1707 336

1171 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 10 octobre 1707 336

1172 A LA MÊME, 21 octobre 1707 337

1173 A MATTHIAS GOFFETTE, 5 novembre 1707 337

1174 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 9 novembre 1707 337

1175 Au CARDINAL DE BOUILLON, 14 novembre 1707 338

1176 A MICHEL CHAMILLART , 21 novembre 1707 339

1177 A LA COMTESSE DE MONTBERON, 27 novembre 1707 342

1178 A DOM FR. LAMY, 28 novembre 1707 342

1178 A LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON, (avant décembre

1707) 342

Composition:

Atelier de photocomposition Perrin

CH-2014 Bôle

Imprimé en Suisse



TOME XI

Fénelon dans la retraite

juin 1699 — décembre 1702

Commentaire de

JEAN ORCIBAL

avec la collaboration de

JACQUES LE BRUN et IRÉNÉE NOYE

publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

LIBRAIRIE DROZ S.A.

11, rue Massot

GENÈVE

1989

1

A.D. Dordogne: Archives départementales de la Dordogne (et ( tout autre département).

A.N.: Archives nationales.

A.S.S. : Archives de Saint-Sulpice, fonds Fénelon (sauf indicati fonds).

A.V.: Archives vaticanes.

BAUDRILLARF : A. Baudrillart, Philippe V et la Cour de 1890-1901, 5 vol.

BERTRAND: Correspondance de M Louis Tronson. Lettres cl tées et publiées par L. Bertrand, Paris, 1904, 3 vol. B.M.: Bibliothèque municipale.

B.N.: Bibliothèque nationale.

BOISLISLE: Mémoires de Saint-Simon, par A. de Boislisl 1879-1930, 43 vol.

BONTEMPS : A. Bontemps, Liste des curés des paroisses du dic

brai (1927) antérieurement à la Révolution, Lille, 19: Bull. Périgord: Bulletin de la Société historique et archéologique CLARK: Ruth Clark, Lettres de G. Vuillart à M.L. de

(1694-1700), Genève-Lille, 1951.

CONLON: P.M. Conlon, Prélude au Siècle des Lumières en f Genève, 1970-1975.

DANGEAU : Journal du marquis de Dangeau... avec les addition

duc de Saint-Simon, Paris, 1854-1860, 19 vol. DELPLANQUE : A. Delplanque, Fénelon et la doctrine de l'amol

sa correspondance avec ses principaux amis, Lille, DUBOIS-LAGANE: J. Dubois — R. Lagane, Dictionnaire de la

çaise classique, 2' éd., Paris, 1960.

f. Rome: Paris, Ministère des Affaires étrangères, Corresponda fonds Rome.

FURETIÈRE : A. Furetière, Dictionnaire universel, 2' éd. Rotterdam, 1702, 2 vol.

HASQUIN: H. Hasquin, L'Intendance du Hainaut en 1697: éa du mémoire rédigé «pour l'instruction du duc de Paris, 1975.

HILLENAAR: H. Hillenaar, Fénelon et les jésuites, La Haye, 1 H.O.S.: [H. Basnage], Histoire des ouvrages des savants, 1687-1709, 25 vol.

LACHAT: CEuvres complètes de Bossuet publiées par F. U 1862-1866, 31 vol.

LE BRUN: Jacques Le Brun, La spiritualité de Bossuet, Paris, LEDIEU: Les dernières années de Bossuet. Journal de Ledieu.

par Ch. Urbain et E. Levesque, Bruges, 1928, 2 vol. LE GLAY: A.J.G. Le Glay, Cameracum christianum, Lille-

Copyright 1989 by Librairie Droz S.A., 11, rue Massot , Genève.

All rights reserved. No part of this book may be reproduced in any form, by print, photoprint, microfilm, microfiche or any other means without mer itten permission.

8 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

ler juin 1699 COMMENTAIRE 9

LE ROY: A. Le Roy, La France et Rome de 1700 à 1715, Paris, 1892.

Mme LE ROY : Mme A. Le Roy, Un janséniste en exil. Correspondance de P Quesnel, Paris, 1900, 2 vol.

Mél. Arch. Hist.: Mélanges dArrhéologie et d'Histoire (Ecole française de Rome), Paris, LVII, 1940.

MOSSAY : Jean Mossay, Les intendants du Hainaut à Maubeuge, 1678-1720, Avesnes, 1971.

ms. fr.: Paris, Bibliothèque nationale, manuscrits français.

n. a. fr.: Paris, Bibliothèque nationale, ms. nouvelles acquisitions françaises. Nomina et ordo: Nomina et ordo magistrorum sacrae Facultatis Parisiensis, Paris, dates diverses.

0.F.: OEuvres complètes de Fénelon, Paris-Lille, 1848-1852, 10 vol. (par les soins de MM. Gosselin et Caron).

Procès: J. Orcibal, «Le Procès des Maximes des Saints devant le Saint-

Office », Archivio italiano per la storia della pietà, t.V. (28), 1968, pp. 411-536 (et tiré à part pp. 1-128).

Rev. Hist. EgL Fr.: Revue d'Histoire de l'Église de France.

Rev. Hist. litt. Fr.: Revue d'Histoire littéraire de la France.

SOURCHES: Mémoires du marquis de Sourches sur le règne de Louis XIV,

publiés par le comte de Cosnac et Edouard Pontal, Paris, 1882-1893, 13 vol.

TANS: J.A.G. Tans, Pasquier Quesnel et les Pays-Bas. Correspondance

publiée avec introduction et annotation, Groningue-Paris, 1960. URBAIN-LEVESQUE: Correspondance de Bossuet. Nouvelle éd. par Ch.

Urbain et E. Levesque, Paris, 1909-1925, 15 vol.

WILLAERT: L. Willaert, Bibliotheca janseniana belgica, Namur-Paris, 1949-1951, 3 vol.

614. A M*** [LE DOYEN DE MAUBEUGE?]

ler juin 1699.

Copie de Gosselin, A.S.S., t. VIII, f. 97.

1. On peut penser que cette lettre fut adressée à Jacques-Albert Dubray, curé de Saint-Pierre (1680-1719) et déjà doyen de chrétienté à Maubeuge en 1693. Il n'est pourtant pas exclu qu'un autre ecclésiastique de la ville connaissait mieux les chanoinesses et que ce soit à lui que Fénelon ait adressé cette lettre.

2. La vacance durait depuis longtemps puisque, le 21 novembre 1698, Barbezieux consultait l'intendant Bernières sur le remplacement de l'abbesse («la dame») défunte du chapitre Sainte-Aldegonde de Maubeuge. Il le chargeait de «s'informer si le Roi nomme de plain droit à cette abbaye, ou si comme Mesd. les chanoinesses le prétendent, elles ont coutume de faire une élection de trois d'entre elles, dont Sa Majesté en choisit une pour être abbesse» (Service historique de l'Armée, A' 1434, lève p., f. 154 r°).

3. La chose était moins sûre qu'on ne croirait. Le R Léonard note en effet quelques jours plus tard : «Le Roi a écrit à M. de Fénelon archevêque de Cambray qu'il eût à se rendre à Maubeuge présider à l'élection des trois dames chanoinesses de cette ville, afin que le Roi en nomme une pour abbesse. Les gens opposés à ce prélat ont tâché de faire nommer un autre évêque pour cette fonction; mais Sa Majesté a voulu que ce fût lui, et comme M. le duc maréchal de Boufflers qui est aux eaux devait y assister en qualité de gouverneur de la Flandre française, le Roi a nommé M. le comte de Monbron gouverneur de la ville de Cambrai pour y aller à sa place. M. de Bernières intendant doit aussi s'y rendre. M. l'archevêque de Cambrai partit de cette ville le 22» (A.N., M. 757, 3, p. 187). C'est Madame de Noyelles qui fut élue abbesse comme Dangeau (t. VII, p. 123) l'annonça le 31 juillet (cf. ESTIENNE, Arch. hist. et litt. du Nord, 3e s., t. I, 1850, pp. 484-486, et MosSAY, pp. 205, 277). L'Histoire journalière de Hollande du 11 juin contenait un article «de Paris, le 5 juin... Le Roi a nommé depuis quelques jours l'archevêque de Cambrai et M. de Montbron gouverneur de la même ville pour assister en qualité de commissaires à l'élection de l'abbesse de Maubeuge » (cf. aussi les Nouvelles extraordinaires du 30 juin 1699, article de Paris du 22 juin).

4. L'intendant de Maubeuge est Bernières et le gouverneur du pays, Boufflers: Fénelon ignorait encore que ce dernier était remplacé par Montberon, gouverneur de Cambrai.

A MAIGNART DE BERNIÈRES

2 juin 1699.

L.a.s , pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 3-4. La pièce avait déjà figuré dans les catalogues Silvestre, 1833, n. 38 — Et. Charavay, 20 à 22 décembre

10 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 juin 1699

1886, p. 40, pièce 296, et dans le Bulletin des autographes Et. Charavay, n° 280, septembre 1897, p. 9, n° 40810.

1. Issu d'une famille anoblie sous Louis XI, petit-fils de Charles III Maignart de Bernières (1616-1662), le «héros de la charité» mort en exil, CharlesEtienne de Bernières naquit à Rouen le 2 août 1667. Conseiller au Parlement de Rouen (1669) puis de Paris, son père Etienne (20 décembre 1642 - 25 octobre 1715) avait relevé la famille par son mariage (1666) avec Madeleine Faucon de Ris, fille du premier président du Parlement de Rouen qui sera «l'intime amie de Mme de Louvois», et il avait aussi obtenu en 1678 l'érection de certaines de ses terres en marquisat. Charles-Etienne étudia à Louisle-Grand et fut gradué en juillet 1685, licencié en droit le 9 septembre 1688. Conseiller au Grand Conseil le 25 août 1690, maître des requêtes le 11 septembre 1694, il épousa le 4 février 1697 Catherine-Esther Pilastre de la Motte âgée de vingt ans, qui lui apporta une dot de 300 000 livres. Le 18 août 1698 il était nommé intendant du Hainaut à la place de Voysin; mais la première lettre qu'il écrivit de Maubeuge est du 27 octobre. Au début de 1702 il devint en outre intendant aux armées de Flandres et d'Allemagne. Le 9 septembre 1705 il remplaça Barentin à Ypres et le 9 juin 1708 il fut chargé de l'intendance de Flandre où il resta jusqu'à sa mort à Lille le 22 décembre 1717 (Pierre HEURTEBISE, «Ch. Et. Maignart de Bernières» dans R. MOUSNIER, Le Conseil du Roi de Louis XIV à la Révolution, Paris 1970, pp. 293-329).

2. Pour présider à l'élection d'une abbesse des chanoinesses de SainteAldegonde à Maubeuge; cf. la lettre précédente, note 3.

3. Sans doute Du Breuil: cf. supra, lettre du 21 août 1698, n. 1.

BARBEZIEUX A FÉNELON

3 juin 1699.

Minute, de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, A1. 1445, 2e p., f. 17 r°. Inédite.

1. Le 7 juin 1699 Barbezieux adressait à Valbelle, évêque de Saint-Orner, une lettre révélatrice du rôle dont celui-ci était chargé par la Cour: «M., Le Roi a vu par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27 du mois passé à dix heures du matin que vous veniez de signer le procès-verbal de votre assemblée provinciale, et S. M. à qui j'ai eu l'honneur de le remettre m'a paru contente de tout ce qui s'y était passé. Je vous remercie de l'avis que vous avez bien voulu m'en donner et vous assure que je suis très véritablement...» (ibid., f. 27 v°). 6 juin 1699 COMMENTAIRE

616. A MA1GNART DE BERNIÉRES

6 juin 1699.

Copie Levesque, A.S.S., pièce 198, où il est précisé: «Collection de M. de Cassagnac».

1. La première partie de la lettre porte sur le choix d'une date (on verra au 12 juin 1699 celle qui fut retenue), la dernière traite de nouveau la question déjà abordée le 2 juin 1699.

2. Le concours prescrit par le concile de Trente pour les cures vacantes devait normalement se tenir à cette date, puisque le 24 juin marquait pour les gens d'Eglise la fin de l'exercice financier.

3. Louis XIV distribuait souvent évêchés et abbayes aux «bonnes fêtes», dont l'Assomption était l'une. En réalité, la nomination fut connue dès le mois de juillet (cf. infra, lettre du P. de La Chaise du 18 juillet, n. 3).

616 A. LE P. DE JASU A FÉNELON

6 juin 1699

L. a. s., A.S.S., pièce 199.

1. Le signataire se dit prieur du Breuil. Fondée en 1137, l'abbaye du Breuil-Benoît, de l'ordre de Savigny, embrassa celui de Cîteaux en 1148 et se mit sous la filiation de Clairvaux. Elle était située dans la vallée de l'Eure entre Dreux et Ivry-la-Bataille, au diocèse d'Evreux (P. LE NAIN, Essai de l'histoire de l'ordre de Cîteaux, Paris, 1697, t. IX, p. 224). Malheureusement «les titres, le cartulaire, les annales manuscrites de l'abbaye du Breuil ont péri» (J. BERGER DE XIVREY, Recherches historiques sur l'abbaye du Breuil-Benoît, Paris, 1847, p. 3). Nous savons seulement que l'abbé commendataire était à cette date Michel Poncet II de la Rivière (1670-1728) et que Jean-Baptiste Bouland fut prieur du Breuil en 1713 et en 1730 (ibid., p. 90).

2. Sans doute libre allusion à «Boni temporalibus affliguntur malis... ut sibi ipse humanus animus sit probatus et cognitus, quanta virtute pietatis gratis diligat Deum» (De Civitate Dei, I, 9, circa finem, P.L. 41, col. 23).

3. Allusion à la lettre de consolation écrite quelques mois plus tôt par Fénelon à Mme d'Alègre (supra, lettre 588, vers février 1699): on voit par là l'étendue de sa diffusion, d'ailleurs encore attestée par le grand nombre de copies manuscrites conservées.

AU CARDINAL SPADA

10 juin 1699.

L. a. signée, A.S.S., pièce 200. Bien que le nom du destinataire manque, il ressort assez du fait que seul le secrétaire d'Etat était qualifié pour faire auprès du Pape la démarche que sollicitait Fénelon.

615 A.

617.

12 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

12 juin 1699

3 juillet 1699 COMMENTAIRE 13

1. Scilicet, rayé.

2. Specimen a remplacé pignus.

3. Cum, en surcharge.

618. A MAIGNART DE BERNIÈRES

12 juin 1699

L. a. s., pliée, B. N., noue acq. fr. 24146, ff. 5-6.

1. L'élection semble donc avoir eu lieu le 28 juin. Dans une lettre à Montberon du 13 juin 1699, Barbezieux indiquait comment Louis XIV avait réglé un point de cérémonial: «Monsieur, J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 3e de ce mois sur le rang que vous devez tenir à l'élection qui se doit faire d'une abbesse des chanoinesses de Maubeuge. J'en ai rendu compte au Roi qui a décidé que M. l'archevêque de Cambray en qualité de prince de l'Eglise devait, tant à la séance qu'à la signature, être le premier» (Service historique de l'Armée, A' 1445, 2e p., f. 68).

2. Il semble que le voyage ait, en fait, duré plus longtemps : on voit Fénelon au Cateau dès le 22 juin, et le retour par Liessies et Maroilles semble l'avoir amené au Cateau seulement le 2 juillet et à Cambrai le 3. Cf. la Chronologie.

2 juillet 1699.

Copie de la main de l'abbé de Beaumont, A.S.S., pièce 201.

1. Celui qui prenait le nom d'abbé Jean-Baptiste de Chèvremont aurait été d'origine anglaise et serait né en Lorraine vers 1640. Bel exemple d'aventurier littéraire, il prétend avoir passé treize ans en voyages à travers toute l'Europe et une partie de l'Afrique et de l'Asie. Longtemps secrétaire du duc de Lorraine Charles V (1643-1690), il est surtout connu par son Testament politique du duc de Lorraine (1696). S'étant ensuite établi à Paris, il se lia aux économistes, surtout à Vauban, et on lui a même attribué le Détail de la France de Boisguilbert (1695). Il aurait lancé l'idée de la capitation, déjà appliquée en 1693 dans les états de Léopold II (BoisusLE, t. II, p. 459 n., t. XIV, p. 579 n.).

Mais cela ne l'enrichit pas, et il publia quelque temps des histoires orientales légères : Rhétima, 1695 — Khemiski, 1697 etc. En 1699 il fit un voyage en Pologne, mais il n'en rapporta qu'une dédicace à la veuve de Sobieski et un Etat actuel de la Pologne (1702). Le 20 février 1700, Quesnel annonçait à Du Vaucel qu'il se trouvait aux Provinces-Unies. Constatant la vogue de la polémique religieuse, Chèvremont parlait d'écrire une Histoire du jansénisme et venait de publier Le Christianisme éclairci sur les différends du temps en matière de quiétisme avec des Remarques abrégées sur le livre intitulé:

Traité historique sur la théologie mystique de M. Jurieu, Amsterdam, 1700 (Mme LE ROY, t. II, pp. 82-83). On trouvera dans J. LE BRUN, p. 692 n. (cf. aussi les Mémoires... offerts à M. René Pintard, 1975, p. 440 n.) un résumé du Christianisme éclairci. Voir sur les réfutations de R Poiret et de dom Gerberon notre article, Rev. Hist. Egl. Fr., 1957, pp. 198-201 et, sur Chèvremont lui-même, les notes du P. Léonard, B.N., ms. fr. 22581, f. 59 et H.-J. MARTIN, Livre, pouvoirs, et société à Paris au XVII' siècle, Genève, 1969, t. H, pp. 750 sq. De longues listes des écrits de Chèvremont ont été données dans BARBIER, Examen critique des dictionnaires historiques, t. I, p. 193 et dans la table de CONLON, t. V.

Il sera encore question de l'abbé de Chèvremont dans les lettres à E. H. Fricx des 9 et 21 octobre 1699.

620. Au P. TYRSO GONZALEZ

3 juillet 1699.

L. a. s., Archivio di Stato, Rome, Miscellanea di carte politiche et riservate, n. 373. A gauche de la 4' page, «P. G. Jés. » qui doit être du secrétaire de Fénelon.

Publiée par G. DE LUCA, Rivista di Storia della Chiesa in Italia, III, n° 3, sett.-dic. 1949, pp. 418 sq.

1. Il est naturel que Fénelon, renseigné par Chantérac, ait rapidement remercié le général des jésuites comme un de ses principaux défenseurs à Rome: le lundi 9 mars 1699, à la veille de la condamnation, ne s'était-il pas jeté aux pieds d'Innocent XII pour obtenir qu'on y substituât le projet de canons sur la vie mystique? (HILLENAAR, pp. 187 sqq.).

2. Hillenaar souligne (p. 216) le mot constanter qui ne s'appliquait pas à tous les confrères du P. Gonzalez, surtout pas au R de La Chaise.

3. Réminiscence virgilienne (Enéide, c. I, v. 26).

1. Né en 1647 à Calian (diocèse de Fréjus), Joseph Bellissen fit ses études au collège des Doctrinaires de Draguignan. Il était sans doute le neveu des frères Bellissen reçus chez les Doctrinaires d'Avignon en 1647 et 1648 (A. D. Vaucluse, H. 3, f. 40) et de Louise de Bellissen, veuve de Capron de Roger, sr de Malras, qui fonda une mission en 1670 (Jean de VIGUERIE, Une oeuvre d'éducation sous l'Ancien Régime. Les Pères de la Doctrine chrétienne en France et en Italie, 1592-1792, Paris, 1976, pp. 372, 378, 389). Joseph entra à son tour en 1667 au noviciat des Doctrinaires (A. D. Vaucluse, Reg. prof, 1667) et on rencontre un Bellissen secrétaire de la maison de Marseillie-iés-

620 bis LE R JOSEPH BELLISSEN A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

L. a. s., A.S.S., pièce 202. Au f. 2 v° : «A Monsieur / Monsieur l'abbé de Chantérac / vicaire général de M. l'archevêque de Cambray / à Cambray ». Et au revers d'une autre main: «par Chaumont».

619. A L'ABBÉ DE CHÈVREMONT

14 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 14 juillet 1699 4 juillet 1699 COMMENTAIRE 15

Limoux en 1675 (A. D. Vaucluse, H. 5, f. 30). Le premier emploi important de Joseph Bellissen semble avoir été, en 1687, celui de syndic de la maison de Saint-Jean d'Avignon et d'examinateur des postulants. Le chapitre conventuel d'Avignon d'avril 1694 lui donna le titre de «compagnon» du P. Aubouy, procureur général de la congrégation à Rome, et la province le choisit comme procureur spécial pour l'achat de la chapelle Saint-Bernard à Rome. Après la mort du R Aubouy, le définitoire général lui confia le 5 novembre 1694 la charge vacante, qu'il conserva jusqu'en 1706 (VIGUERIE, p. 119). Il se fit aussi connaître comme lecteur des cas de conscience pour le quartier de Saint-Jean-des-Florentins (mémoire au Pape de 1705 cité ibid.). Après avoir rendu compte de sa gérance en 1700 au chapitre général de Paris, il y «proposa différents moyens de s'établir à Rome: l'assemblée s'est arrêtée à parler particulièrement de l'union ou incorporation des Pères de la Doctrine chrétienne d'Italie à notre congrégation que S. E. le cardinal Carpegna », protecteur de la congrégation, «lui a recommandée» (voir sur les efforts des Doctrinaires français pour s'étendre à cette époque en Italie, VIGUERIE, pp. 85-88). Le cardinal Carpegna fit aussi charger Bellissen de la direction du couvent de N. D. des Sept-Douleurs où une nièce de Clément XI était religieuse. C'est peut-être à cette occasion que Bellissen publia une Istruzione a le monache per la via della perfezione. Malgré l'affaire obscure de la succession Valette (lettre de Rome à l'abbé Bertet du 30 mars [1700?], B. M. Avignon, ms. 1435, ff. 128 sq., cf. aussi f. 124r°), Bellissen, qui n'avait pas assisté en 1704 au chapitre général de Paris, resta à Rome après 1706. Il y fonda une Académie d'histoire ecclésiastique et d'explication de l'Ecriture Sainte et se vit offrir un évêché en Calabre qu'il refusa. Il mourut à Rome en juillet 1714 (VIGUERIE, pp. 119, 372, 378 et D. H. G. E., s.v.).

Destinée à solliciter un service (cf. infra, n. 5), cette lettre ne doit pas tromper sur les véritables sentiments de Bellissen à l'égard de Fénelon. Ses lettres à l'abbé Bertet (cf. infra, n. 4) montrent sans doute de l'attachement au cardinal de Bouillon, mais on y lit aussi: «Le discours de M. Daguesseau sur l'enregistrement du bref au Parlement a été trouvé très beau; mais il a fait gronder les Italiens, qui n'aiment point cette doctrine. Les verbaux de MM. les Archevêques n'ont pas fait moins de bruit; mais on se moque de tout ce qu'on peut croire contre une doctrine si saine, et je vois que la Cour de France et la Cour de Rome resteront toujours dans leurs maximes et dans leurs principes» (13 octobre 1699, B.M. Avignon, ms. 1435, f. 125r°). Le 7 décembre 1700 le religieux annonce que Clément XI «veut tout faire par lui-même; attendez-vous à voir M. de Cambray cardinal, vous savez qu'il est tendre ami de M. le C. de Bouillon, je ne vous en dis pas davantage» (ibid., f. 212v°, cf. aussi f. 125 r°).

2. Cf. supra, la lettre de Fénelon à Innocent XII du 4 avril 1699.

3. D'après la lettre de Chantérac du 23 novembre 1697, Massoulié «convenait» que Fénelon «aurait pu dire tout ce qu'il avait dit, mais» qu'il «le devait dire d'une autre manière, et sous d'autres expressions» (cf. aussi sa lettre du 31 décembre 1697). Massoulié reprochait surtout à l'archevêque ses alliances: «Il est surprenant que» les jésuites «osent avancer qu'ils ont travaillé à la censure de ce livre: on ne parle pas ainsi à Rome. Il est encore plus étonnant qu'après la censure donnée, ils aient entièrement abandonné M. de Chantérac, sans plus lui rendre aucune visite. Je n'ai pas agi de cette manière à son égard, car, quoique je fusse déclaré contre le livre, je ne laissais pas de voir toujours cet illustre abbé, qui est d'un mérite distingué. Je lui disais assez souvent qu'on s'y prenait fort mal... Toutes les choses pouvaient s'accommoder facilement, principalement au commencement, et M. de Cambrai aurait pu se tirer de cette méchante affaire à son honneur. Mais on a trop compté sur le pouvoir des jésuites» (lettre au P. Raymond François, provincial des dominicains aux Pays-Bas français, dans URBAIN-LEVESQUE, t. XI, p. 345 n.).

4. Originaire de Moustiers en Provence, mais établie à Tarascon, la famille Bertet avait été illustrée par quatre frères, également distingués par leurs ouvrages littéraires, en français et en provençal: 1° Le plus connu est le jésuite Jean Bertet (29 février 1622 - 26 juin 1692), ami de Théophile Raynaud dont il édita les oeuvres jusqu'en 1665. S'étant arrêté à Lyon, le cardinal de Bouillon fut charmé de sa conversation aisée et brillante et l'attacha à sa personne. Il fut en correspondance avec le grand-duc de Toscane, avec divers cardinaux, mais fréquenta aussi le cercle de l'abbé Bourdelot et fut exclu de la Compagnie par ordre de Louis XIV pour avoir vu la Voisin. 2° Son frère aîné Rostan, prédicateur, eut en 1669 le décanat de Sainte-Marthe de Tarascon et devint sans doute archidiacre premier et doyen de la cathédrale d'Avignon (A.D. Vaucluse, G. 450, pièces 12, 14 à 16, 21, 22, 31, 37, 82). 3° Leur frère Théodose fut capucin. 4° La coadjutorerie de Tarascon fut donnée en 1675 à un autre Bertet qui fut ensuite doyen. 5° La faveur du cardinal de Bouillon permit à celui-ci de résigner le prieuré de Saint-Vian à son neveu Jean que Son Eminence amena à Rome en qualité d'aumônier et dont il s'agit ici (B.M. Avignon, ms. 1435, ff. 1-7). Lorsque Jean fut revenu en France, l'évêque d'Alais lui contesta la possession de son prieuré (ibid., f. 110), mais il resta au moins chanoine-sacristain de Tarascon (ff. 116 sq., cf. ff. 76 sq., 86 sq.), ce qui ne l'empêcha pas de séjourner souvent à Paris. Nous ne savons si c'est son oncle ou lui qui résigna le 7 janvier 1707 le décanat de Tarascon à l'abbé de Bussy moyennant une pension de 1500 livres (SouRCHES , t. X, p. 245). Il ne faut sans doute pas l'identifier au Jean de Berthet qui fut en 1716 aumônier de Madame et pourvu de grosses abbayes (DANGEAU, t. XVI, p. 295, t. XVII, p. 184).

Lorsque Bouillon eut cessé d'être ambassadeur, il réduisit le personnel de sa maison et congédia J. Bertet le 20 juin 1699. La présente lettre attribue assez nettement cette disgrâce à son attitude dans l'affaire des Maximes. Il était certainement très lié à J. Phélipeaux qui projetait au même moment d'aller le voir à Tarascon : il l'avait introduit dans un cercle savant que dom Montfaucon appellera «le banquet des sept sages», et dont les autres membres, presque tous méridionaux, pouvaient être le chanoine Martin, dom Guillaume Laparre, le P. La Baume, Langlade, Latour-Guyon, Augier etc. (B.M. Avignon, ms. 1435, ff. 100 sq., 105 sq., 110, 119 sq., 122 sq., 130 sq., 249). Le 23 octobre 1698 il exaspéra les jésuites Charonier et Sardis en leur faisant, chez le cardinal de Bouillon à Frascati, lecture du fameux sermon du P. de La Rue (PHÉLIPEAUX, Relation de l'origine... du quiétisme, 1732, t. II, pp. 147 sq.). Cependant si le P. Charonier avait été cause de sa disgrâce, on comprendrait mal qu'il lui ait demandé un service, comme il le fit le 27 octobre 1699 (B.M. Avignon, ms. 1435, f. 127). Toutefois Montfaucon écrivait le 23 juin 1699 à l'abbé de Longerue, à Saint-Magloire: «Le 20 juin 1699,

16 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 juillet 1699

6 juillet 1699 COMMENTAIRE 17

notre bon ami l'abbé Bertet reçut son congé de M. le cardinal de Bouillon. Ce sont les jésuites d'auprès de cette Eminence qui lui ont attiré cette disgrâce, parce qu'il avait souvent parlé contre le livre de M. de Cambrai. Il n'a pas été fort étonné quand on lui a donné son congé, il s'y attendait depuis longtemps. Je ne crois pas que nous devions regarder cela comme une infortune. C'est un homme qui a de quoi vivre honorablement, trop amateur de vérité pour être bon courtisan. La liberté où il se trouve nous procurera le bien de le voir bientôt à Paris. Il m'a assuré qu'il s'y rendrait dans trois mois d'ici, et Dieu sait si nous nous verrons souvent dans votre lycée» (ibid., f. 104). J. Bertet lui-même reçut peu après deux lettres, l'une écrite le 4 juillet 1699 par le chanoine Martin: «Votre départ a fort fait parler ici, et tout le monde est convenu des mauvais offices que les personnes que vous entendez vous ont rendus auprès de M. le Cardinal, quoiqu'on ait voulu dans le palais attribuer votre congé à votre peu d'assiduité à faire votre cour. Parrelly a publié qu'on avait dit à M. le Cardinal que nous faisions fort souvent des assemblées chez moi pour l'affaire de M. de Cambrai où vous, M. Phélipeaux, le père La Baume, M. Langlade et d'autres assistaient. Jugez par cette fausseté, de celles dont on doit vous avoir accusé et de la malice des accusateurs» (ibid., f. 105), l'autre envoyée le 13 octobre 1699 par le P. Bellissen lui-même: «Vous devez être persuadé que j'ai mis tout en usage pour caver ce qu'on pensait de mon bon ami après son départ. Les audiences au petit coucher lui ont attiré des envieux; dès qu'on prit garde que le prince se déchargeait sur lui d'une partie de ses soins, on travailla à le supplanter; la falce gascona ha servito à taillar le gambe, on allait dire et redire bien des choses à ceux qui avaient conçu de l'envie; on a profité des apparences d'une contradiction à la doctrine appuyée par le maître, et on a tellement empoisonné ce qui ne se disait que pour avoir le plaisir de disputer, qu'on a fait croire qu'on tournait en ridicule celui qu'on doit infiniment respecter par tant de raisons; c'est là le nu de ce mystère, que vous développez bien; on a tourné sur la personne ce qui ne se disait que contre la nouveauté, et ceux qui avaient le coeur gros des nouvelles confidences, ou ceux qui n'aiment pas les rigoristes, ont su profiter de ces apparences. Je ne vous en dis pas davantage, vous entrez aisément dans le mystère, vous avez trop d'esprit pour ne point le pénétrer, et le coeur trop bon pour ne pas toujours aimer un prince si aimable, et dont je vous ai toujours entendu dire tant de bien» (ibid., ff. 124r°-125v°).

5. Le jour même où Bellissen écrivait cette lettre, le prince de Monaco, successeur de Bouillon comme ambassadeur, obtenait du Pape sa première audience publique.

6. M. de Viguerie a noté que Bellissen agit le plus souvent contre la majorité «janséniste» de sa congrégation. Cependant il avait, le 27 août 1697, reçu par M. de Certes, maître de chambre de Bouillon, la lettre dont Couët de Saint-Magloire avait chargé celui-ci et écrit au «sieur Couët qui est en Hollande» (f. Rome, t. 386, ff. 193, 199, 262). En tout cas, c'est leur réputation de jansénistes qui fit que Clément XI refusa aux Doctrinaires français la maison de S. Agatha in Trastevere (VIGUERIE, p. 87).

621. Au CARDINAL ALBANI

6 juillet 1699.

L.a.s., pliée, sceau, Collection René Faille. Précédemment Catalogue de lettres autographes Et. Charavay, Paris, 18 et 19 janvier 1869, n° 109 et CHARAVAY , Bulletin, juin 1973, n° 749. Pièce déchirée, probablement arrachée d'un registre. Quelques débuts de mots sur la gauche ont été reconstitués.

Adresse autographe au verso : Eminentissimo Domino / Domino Cardinal Albano.

1. Remerciements sincères et d'ailleurs justifiés, auxquels le futur pape (que nul ne considérait encore comme tel) répondra dès le 11 août.

622. A MAIGNART DE BERNIÈRES

10 juillet [1699].

L. a., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 101-102. Manquent les deux tiers inférieurs du f. 102, sans doute découpés pour garder la signature autographe.

1. Pour prévenir l'usurpation des titres de noblesse — et surtout sans doute pour procurer au trésor des ressources nouvelles — un édit de novembre 1696 avait créé un dépôt des armoiries, accompagné du versement de 100 livres pour les archevêchés, 50 pour les évêchés, chapitres et abbayes, 25 pour les prieurés etc. A la suite des vexations de divers subordonnés du contrôleur général, les agents du clergé remontrèrent au Roi que la plus grande partie des curés et du clergé inférieur n'étaient pas en état de prendre et de payer des armoiries. En conséquence Louis XIV enjoignit aux intendants d'établir avec les archevêques et évêques les listes des curés et autres ecclésiastiques qui seraient dans ce cas et devraient par conséquent être déchargés. Gosselin donne les références : Procès-verbal de l'Assemblée de 1700, p. 77 — Précis des rapports de l'agence du clergé, pp. 1549 etc. — Abbé MIGNOT, Puité des droits de l'État et des princes sur les droits du clergé, t. V, art. 35.

2. Etre en demeure, «se trouver en retard» (DuBOIS-LAGANE).

3. Il s'agit de la capitation générale, établie jusqu'à la paix par l'édit du 18 janvier 1695, et que le clergé, qui s'estimait exempt de toutes taxes moyennant le vote de son don gratuit, avait mal accueillie: cf supra, t. V, pp. 51 sq., ainsi que MIGNOT, ibid., art. 34 et BOISLISLE, t. II, pp. 458-468. La guerre de la succession d'Espagne amena le rétablissement de cet impôt avec des modalités nouvelles (cf. infra, lettres des 17 juillet 1701, n. 1, et 18 septembre 1701).

4. Rappel habile d'une consigne de Louis XIV aux évêques qu'il envoyait sur les nouvelles frontières. Leurs qualités bien connues de diplomates avaient d'ailleurs dû influer sur la nomination de Choiseul à Tournai et sur celle de Fénelon lui-même à Cambrai.

5. Lors du séjour que Fénelon fit à Maubeuge du 26 au 28 juin (cf. supra, lettres des 2 et 12 juin 1699).

18 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

622 A. LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON

1. Claire-Hyacinthe de Noyelles était la fille de Hugues, chevalier, comte de Noyelles, seigneur de Calonne, Ricouart etc., gentilhomme de l'archiduc Albert et chef des finances aux Pays-Bas. Nommée abbesse en juillet, elle fit son entrée le 16 novembre 1699 avec les honneurs militaires réglés par une lettre du secrétaire d'Etat Barbezieux et mourut le 8 mars 1719 (M. DUCAS, Les chapitres nobles de Dames. Recherches historiques... sur les chanoinesses régulières et séculières... de France et des Pays-Bas, Paris, 1843, p. 81 — GosSART, Précis de l'histoire des principaux établissements religieux... de l'arrondissement d'Avesnes, Valenciennes, 1859, pp. 70, 85 sq. — MOSSAY, pp. 205, 277 — ESTIENNE, «Election et installation de la comtesse de Hornes comme dame et abbesse de Maubeuge» (en 1719), Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, 3e série, t. I, 1850, pp. 472-491).

2. Notre-Dame et Sainte-Aldegonde, abbaye double de bénédictines, fondée vers 661 par sainte Aldegonde, fille de Walbert, soeur de sainte Waudru (COTTINEAU, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Mâcon, 1939, t. II, col. 1789-1790). Bien qu'elles appartinssent à la grande noblesse européenne, les Nassau, les Mérode, les Bernage (on exigeait d'elles vingt-quatre quartiers), les dames de Maubeuge se plièrent à la domination française: il est vrai que Louis XIV ne leur imposa jamais une abbesse et que celle-ci avait la préséance sur le lieutenant du Roi (HAsQuIN, pp. 57-64). La vacance était antérieure au 21 novembre 1698 (cf. supra, lettre du 1" juin 1699, n. 2).

3. Il semble donc bien que le nom de Mme de Noyelles figurât parmi les trois qui furent proposés à Louis XIV à la fin de juin. Il y aurait donc une erreur dans l'Histoire journalière du 23 juillet 1699 (article de Paris du 17 juillet): «Les Dames de l'abbaye de Maubeuge ont envoyé au Roi l'élection qu'elles ont faite de trois de leurs religieuses, savoir de Mmes de Nassau, de Rubanpré et de Horn, afin que S. M. en choisisse une pour être leur abbesse.» La nomination de la chanoinesse de Noyelles est annoncée par le même périodique le 6 août (article «De Paris, le 31 juillet»).

4. Le 20 juillet 1699, Barbezieux envoyait à Bernières la lettre que Mi" de Noyelles avait écrite au Roi sur sa nomination et demandait si l'usage est que S. M. fasse réponse à de pareilles lettres. Le 10 août, Bernières écrivait à Mme de Noyelles de la part du Roi (Service historique de l'Armée, Al 1446, f. 212r°, et 2e p., f. 75). Le 31 juillet Dangeau avait annoncé (t. VII, p. 123) que «le Roi a donné l'abbaye de Maubeuge à Mme de Noyelles, une des plus anciennes chanoinesses de sa maison».

COMMENTAIRE 19

A LA COMTESSE DE FÉNELON

30 juillet 1699.

L. a. non signée, A.S.S., t. III, ff. 94-95.

1. Indication intéressante, quoique incomplète, sur les étapes de la visite que Fénelon fit de son diocèse à partir de l'été 1699.

2. Les archives du Cateau (CC. 7) précisent que la première visite de Mme de Fénelon n'eut lieu que le 30 août 1701.

623 A. LE R DE LA CHAISE À FÉNELON

2 août 1699.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. VIII, ff. 26-27. Au verso du second feuillet, «Mgr l'Arch. de Cambray».

1. Comme le rappelle le P. de La Chaise, la même autorisation avait été transmise par lui, presque exactement dans les mêmes termes, dans sa lettre du 19 décembre 1697. On a l'impression que Versailles entendait déjà se servir des qualités diplomatiques de M. de Cambrai à un moment capital pour l'avenir des Pays-Bas.

2. Précision intéressante sur la chronologie de la visite de Fénelon: il n'avait sans doute pas franchi encore la frontière.

Cf. sur Barbezieux, supra, lettre du 5 décembre 1695, n. 3, et sur Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière, celle du 25 septembre 1697, n. 7.

L. a. s., A.S.S.., t. VIII, f. 99.

623 B. LE P. PHILIPPE DE SAINT-NICOLAS A FÉNELON

8 août 1699.

L. a. s., A.S.S., pièce 205.

1. Voir sur Nicolas Nuntii de Piro, général des carmes déchaussés qui avait rendu d'importants services à Fénelon, la notice de la lettre à Chantérac du 3 septembre 1697, n. 19 et l'Index des tomes VI et VIII.

624. A MAIGNART DE BERNIÈRES

9 août [1699].

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 7-8.

18 juillet 1699

18 juillet 1699.

30 juillet 1699

623.

1. En effet, l'intendant de Bernières se fit aménager une maison de campagne au prieuré d'Aymeries: proche de Maubeuge et situé dans la vallée de

20 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 ou 11 août 1699

11 août 1699

COMMENTAIRE 2

la Sambre, il dépendait de l'abbaye d'Anchin. Cf. L. LENGLET , «Le prieuré d'Aymeries», Mémoires de la société arch. et hist. de l'arrondissement d'Avesnes, t. 20, 1962, pp. 88 sqq. - Jean MOSSAY, p. 198.

624 A. MGR FABRONI A FÉNELON

10 ou 11 août 1699.

624 bis. LE P. GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

6. Ps. XC, 15.

7. C'est sa lettre du 22 octobre 1697 au P. Jean Hardouin qui prouve bien que le général avait toujours soutenu l'archevêque. La légère erreur de date s'explique mal, d'autant que la lettre de septembre 1697 d' Hardouin n'était parvenue à Gonzalez que le 19 octobre (HILLENAAR, pp. 120-123, 423).

L. a. s., pliée, A.S.S., pièce 204.

1. Cette réponse fait partie d'un lot de lettres écrites à Rome (en raison des courriers) presque toutes à la même date. Les auteurs en avaient reçu des lettres de Fénelon, envoyées en général du 3 au 6 juillet pour les remercier de leurs bons offices, que Chantérac venait de lui expliquer avec plus de détails qu'il n'avait pu le faire dans ses lettres. Il avait déjà été question de Fabroni, supra, lettre du 30 novembre 1697, n. 11 etc.

2. Tite II, 8.

3. Prov. XXIV , 12.

LE CARDINAL ALBANI A FÉNELON

11 août 1699.

L. a. s., A.S.S., pièce 206.

1. Ces éloges sans ambiguïté sont d'autant plus courageux qu'Albani savait que son attitude pendant le procès risquait de lui faire perdre les voix françaises au conclave qui ne pouvait plus être bien éloigné.

624 C. LE P. TYRSO GONZALEZ A FÉNELON

11 août 1699.

Copie de la lettre mise au net (avec une minute ou plutôt un brouillon autographe), Archivio di Stato, Rome, Miscellanea di carte politiche e riservate, n. 373 avec, à la fin, «Ill.mo ac R.mo Archiep°. et Dux (sic) Cameracensi ».

Publiée par G. DE LUCA, Rivista di Storia della Chiesa in Italia, III, n° 3, sett.-dic. 1949, pp. 419 sq. avec un relevé minutieux des variantes de la «minute autographe laborieuse» que nous jugeons inutile de transcrire ici.

1. II Cor., XIII, 8.

2. Cant. III, 4.

3. S. BERNARD, S. LXXXIII in Cant., n. 5 début.

4. Nette profession d'ultramontanisme.

5. Jac. I, 12.

11 août 1699.

L. a. s., pliée, A.S.S., pièce 203.

1. Cf. H. WALTHER , Proverbia sententiaeque, n° 25869 et 39581.

2. Radolovic et Le Drou étaient, comme le P. Gabrielli lui-même, du nombre des cinq examinateurs favorables aux Maximes des Saints. Cette phrase indique l'existence de liens personnels entre eux et Chantérac.

3. Ces lettres ne sont pas conservées, mais elles devaient faire partie du paquet envoyé de Cambrai qui arriva à Rome dans les premiers jours d'août.

4. Louis de Grimaldi, prince de Monaco, s'était, au dire de Bossuet, montré «véritablement aise» de la fin de l'affaire des Maximes. Peu de jours après son arrivée à Rome, le 25 juin 1699, il avait déjà reçu l'abbé Bossuet (URBAIN-LEVESQUE, t. XI, p. 298, t. XII, pp. 60, 66, 388).

5. Nicolas Erizzo, désigné en novembre 1693 pour aller en France, y était arrivé en décembre 1694; il fut désigné pour le poste de Rome en avril 1697, prit congé de Louis XIV le 18 novembre 1698 et quitta Paris en avril 1699 (BoisusLE t. VII, p. 7).

6. Cf. supra, la lettre du P. de La Chaise à Fénelon du 18 juillet 1699. Gabrielli avait donc été rapidement informé.

7. Gabrielli avait été aussi vite renseigné sur le Télémaque, mais il ignorait l'effet fâcheux qu'il avait produit sur Louis XIV.

8. Nous ne connaissons pas d'autre récit de cet épisode, mais il n'a rien d'invraisemblable.

9. Gabrielli était devenu général des feuillants. Le 26 mai 1699, l'abbé Bossuet avait écrit à son oncle : «Fabroni et sa cabale ont fait le P. Gabrielli, l'un des examinateurs les plus zélés pour M. de Cambrai, général de son ordre» (URBAIN-LEVESQUE, t. XII, p. 28).

625. A UN PRÉLAT ROMAIN

Minute autographe, signée, pliée, deux ratures, A.S.S., pièce 537.

1. La formule «Illustrissime Domine» (sans «et Reverendissime») implique que le destinataire n'était pas évêque. «Florentem aetatem tuam» indique d'ailleurs qu'il était jeune. «Memoriam» et, plus bas, «meminisse» sem-

624 B.

22 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 août 1699 31 août 1699 COMMENTAIRE 23

blent bien indiquer une connaissance personnelle: s'agit-il d'un auditeur de la nonciature que Fénelon avait rencontré à Versailles? 626. Au DUC DE CHEVREUSE

31 août 1699.

625 A. LE CARDINAL COLLOREDO A FÉNELON

18 août 1699.

Lettre, signature autographe, A.S.S., pièce 207.

1. C'est la seule lettre conservée d'un curialiste qui semble juger insuffisante la soumission de Fénelon (celui-ci eut bien cette impression, cf. infra, la lettre 641 signée de Chantérac à Gabrielli, vers le 15 janvier 1700, s. f). On pourrait s'en étonner, car «quelques-uns croyaient quiétiste» (Mercure hist. et pol., mars 1709, p. 259) ce cardinal rigoriste, créature d'Innocent XI, et surtout, Colloredo, lié au frère aîné de Fénelon (cf. supra, t. I, p. 122, n. 67), avait paru à l'abbé Bossuet lui-même favorable à celui-ci (cf. supra, Chantérac à Langeron, 20 novembre 1697, n. 6). Mais il faut noter d'autre part que Chantérac ne nomme plus le cardinal zelante pendant l'année qui précéda la condamnation et que Colloredo, protecteur des anti-régalistes, était, au moins depuis septembre 1688, en relations épistolaires avec Bossuet, directement et par l'intermédiaire de Mabillon (URBAIN-LEvEsQuE, t. III, pp. 307, 527, t. VIII, p. 14, t. XIV, pp. 420 sq., 462). D'ailleurs, le cardinal signale ici à bon droit l'illusion de Chantérac, puisqu'il ne fait que reprendre les idées qu'il avait développées à Fénelon dans sa longue lettre du 21 mai 1697 (supra, t. V, p. 186).

2. II Cor. VII, 9.

3. Le dernier paragraphe de la lettre de Colloredo du 21 mai 1697 insiste en effet sur l'importance des corrections à introduire dans la «nouvelle édition en latin» que Fénelon préparait alors: elle l'invitait «ut judiciaria qua-dam severitate tu ipse recenseas, si quae forte irrepserint, quae aliorum censurae sint obnoxia».

4. Colloredo place cette découverte après sa lettre de mai 1697. Il est probable qu'il la dut à Bossuet qui n'indique que le 2 novembre 1698 à son neveu «la bulle de Jean XXII contre les erreurs d'un nommé Ekard... où sont condamnées vingt-huit propositions, dont plusieurs ressentent beaucoup l'esprit du quiétisme d'aujourd'hui, principalement la septième, la huitième et la neuvième... L'histoire de la bulle est rapportée chez Rainaldus, tom. XV, an. 1329, n. 70, 71, 72» (URBAIN-LEVESQUE, t. X, pp. 266 sq., 280, 321). L'oratorien Oderic Rainaldi (1595-1671) est l'auteur de la continuation des Annales (1199-1569) de son confrère Baronius imprimée à Rome en neuf in-folio de 1646 à 1677. Avant lui on ignorait que la bulle Gregis dominici, publiée seulement dans l'archidiocèse de Cologne, fût dirigée contre Maître Eckhart et non pas contre des Béghards anonymes.

5. Ce passage indique bien que, si Colloredo exige une rétractation et non une simple soumission, c'est par suite de l'ultramontanisme que manifestait déjà la première partie de sa lettre à Fénelon du 21 mai 1697.

6. S. AMBROISE, In Ps. CXVIII, serm. XXII, n. 27: P L., t. XV, col, 1520.

Copie ancienne avec des corrections du marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 209, pp. 1-2. Si le second paragraphe figure tout entier dans l'édition des CEuvres spirituelles, Anvers, 1718, t. II, pp. 271-274, interpolé dans la lettre au même de la fin de l'été (lettre XX de Gosselin), c'est que le marquis, ne voulant pas publier le début et la fin de cette pièce et jugeant au contraire le milieu digne de l'impression, a eu recours à une «contamination» des deux lettres. Gosselin avait déjà rectifié.

1. Comme souvent dans les lettres au même destinataire, le mot duc est supprimé pour empêcher une identification trop facile.

2. L'allusion à l'arrêt du 22 août 1699 est heureusement éclaircie par Dangeau, à la date du 24 août: «M. le duc de Chevreuse perdit samedi son procès contre MM. de Mailly et de Vervins, pour la succession de M. le duc de Chaulnes. MM. de Mailly, comme héritiers de la maison d'Ailly, et M. de Vervins, de la maison d'Ognies, prétendent avoir de grands droits sur les terres de Chaulnes et de Pecquigny, et sur celles de Magny, que M. de Chevreuse a vendues à Guiscard» (t. VII, pp. 135 sq. ; cf. aussi Gazette d'Amsterdam, 1699, n° 70 et le recueil de Joly de Fleury, 2034 au département des Manuscrits de la B.N.). Les d'Albert tenaient en effet les terres de Chaulnes, Magny et Picquigny, de l'héritière de la maison d'Ailly (BoisusLE, t. III, p. 284 n. et t. V, p. 346, n. 6). Le copiste a supprimé le nom de Chaulnes pour la même raison que le mot duc.

Mais, malgré la crainte exprimée ici par Fénelon, «Chevreuse gagna» un an plus tard «au Parlement son grand procès contre le marquis de Mailly pour la succession de Chaulnes et de Picquigny, lequel ce duc auparavant avait perdu à la première chambre des requêtes du Palais» (SouRcHEs, t. VI, p. 283, 30 août 1700, cf. DANGEAU, t. VII, p. 365).

3. Chevreuse restait en effet propriétaire de Chaulnes qui sera le 8 octobre 1711 érigé en duché-pairie pour son second fils. On voit que Fénelon espérait pouvoir y aller lui rendre visite au bout de quelques années (cf. infra, lettre du 16 juin 1701, n. 6).

4. Les amis de Port-Royal qui avaient dirigé son éducation et avec lesquels il n'avait rompu, à cause de Mme Guyon, que vers 1693 (cf. supra, t. V, p. 18). Le portrait (ou la caricature) qu'en propose Fénelon vise surtout Pierre Nicole. Il y reviendra dans ses lettres du 30 décembre 1699, n. 10, et du 24 mars 1701, n. 2. Voir sur l'opinion de Saint-Simon à ce sujet, BOIS-

LISLE, t. XXIII, p. 191.

5. La saisissante indication psychologique ne doit pas faire négliger ce que Fénelon dit de sa santé: sa lettre du 28 février 1698 à M. Tronson avait souligné plus paradoxalement encore: «c'est le premier carême de ma vie fait régulièrement ».

6. L'expression «la bonne duchesse» désigne Mme de Beauvillier dans les lettres de Mme Guyon, mais Fénelon l'emploie également à propos de ses soeurs Chevreuse et Mortemart.

24 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 septembre 1699

[Après le 14 septembre 1699] COMMENTAIRE 25

626 A. LE CARDINAL NIGRONI A FÉNELON

6 septembre 1699.

Lettre, signature autographe, A.S.S., pièce 210.

1. Il a été question de Jean François Negroni ou Nigroni, supra, dans la lettre du P. Campioni à Fénelon du 29 octobre 1697, n. 4. On remarquera le contraste de cette lettre avec celle du cardinal Colloredo (autre zelante) du 18 août 1699: pour sa part Nigroni parle assez légèrement de «post antehabita rerum discrimina hilari tolerantia» et se contente d'une « jugis, etsi caeca... obedientia oraculis apostolicae sedis».

2. Prov. XXI, 28.

3. Traduction par l'abbé de Beaumont, A.S.S., pièces 211 et 212.

627. AU DUC DE CHEVREUSE

[Après le 14 septembre 1699].

Extrait, édition QUERBEUF des OEuvres de Fénelon, t. III, pp. 640-641.

Bien que la visite pastorale de Fénelon ne se soit terminée que par son retour à Cambrai le 15 octobre, il est à croire qu'il n'a pas attendu pour mettre, par l'intermédiaire de Chevreuse, Versailles au courant de sa rencontre historique du 14 septembre 1699 avec l'Electeur et Bedmar. On ne sait comment Gosselin a pu placer cette lettre — non datée dans Querbeuf — après celle du 4 novembre 1703 !

1. Le début de la lettre a évidemment été supprimé par Querbeuf. Elle devait rappeler ce qui avait immédiatement précédé l'audience de l'Electeur (cf. Chronologie). Les gazettes donnèrent du séjour de Fénelon à Bruxelles des nouvelles détaillées : il fut traité le dimanche 13 par l'archevêque de Malines G. H. de Precipiano et «visita l'après-midi avec ce prélat et l'évêque de Gand l'image miraculeuse de la Vierge, au village de Laeken. Le lundi matin, il alla au palais par un degré dérobé saluer l'Electeur de Bavière qui le reçut avec des démonstrations d'une estime particulière» (Nouvelles extraordinaires de Leyde, 22 septembre 1699, cf. Histoire journalière, 21 septembre 1699). C'est cette audience que Fénelon raconte ici en détail.

2. Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière (cf. sur lui supra, lettres des 25 septembre 1697, n. 7, 19 décembre 1697 et 2 août 1699), était depuis 1692 gouverneur des Pays-Bas pour Charles II dont il avait épousé la nièce et qui désigna le 14 novembre 1698 son fils pour légataire universel (cf. supra, lettre du 24 février 1699, n. 2). Le traité de Loo (28 août 1698) assurait d'autre part à l'Electeur l'appui de Provinces-Unies et Louis XIV ne lui était pas hostile. Mais, le 6 février 1699, la mort du petit prince électoral avait miné sa situation. Maximilien-Emmanuel n'osa pas renouveler au printemps 1699 son traité d'août 1698 avec Guillaume d'Orange qui «le trouvant si mal conseillé, ne voulut plus s'en mêler ». C'est que l'Electeur se savait mal en cour à Madrid et craignait de se voir enlever les Pays-Bas; ses administrés en étaient instruits et, déjà, lui manquaient de respect: en mai 1699 l'émeute avait grondé à Bruxelles et, en juin, Bergeyck reçut l'ordre de se rendre à Madrid et l'Electeur celui de ne rien innover en son absence. Le 16 juillet 1699, il essuyait des reproches sévères pour avoir incriminé le vieil esprit frondeur des Belges et caché son traité avec les Provinces-Unies (que venait de révéler son adversaire Quiros, ambassadeur d'Espagne à La Haye) (A. LEGRELLE, La Diplomatie française et la succession d'Espagne, Braine-le-Comte, 1896, t. II, pp. 166-175, 351). Fénelon a donc très bien senti et traduit d'une façon expressive l'embarras de l'Electeur.

3. Né le 23 mai 1652, Isidore-Jean-Baptiste-Dominique de la Cueva y Benavides, capitaine d'une compagnie de cuirassiers des gardes anciennes de Castille, général de bataille et gouverneur de Bruxelles (1681), commandeur de l'ordre de Saint-Jacques, gentilhomme de la chambre, capitaine général de l'artillerie, fut désigné comme governador de las armas en Flandres. Arrivé à Paris le 15 janvier 1698, il fut le 29 janvier présenté par Monsieur au Roi qui lui fit beaucoup d'honnêtetés, dont il fut fort content (DANGEAU, t. V, pp. 278-285). L'impression de Fénelon s'accorde avec les faits ultérieurs : dès le 25 novembre 1700, Bedmar vint à Versailles féliciter les deux rois de la part de l'Electeur; Louis XIV «le vit longtemps seul dans son cabinet». Chevalier de la Toison d'or le 27 janvier 1701, gouverneur général par intérim des Pays-Bas le 30 mars suivant, grand d'Espagne en 1702, conseiller d'Etat en 1703, il était revenu en février 1702 à Paris annoncer l'inauguration de Philippe V comme duc de Brabant. Invité à Marly, il plut fort à Louis XIV qui, ayant pris personnellement en mains les affaires de Flandres, maintint Bedmar dans ses fonctions : celui-ci participa aux campagnes de 1702 à 1704. Vice-roi de Sicile en 1704, il reçut l'ordre du Saint-Esprit à son départ de Bruxelles (12 février 1705). Il demanda en 1707 son rappel pour raison de santé, fut de nouveau recommandé par Louis XIV (BAUDRILLART, t. I, p. 372 n.), devint capitaine général de la Galice, président du Conseil de guerre (1709), puis membre de la junte. Il fut ensuite capitaine général d'armée et mourut le 2 juin 1723 (voir les tables de DANGEAU et de BOISLISLE).

4. Le caractère presque diplomatique de l'audience de Fénelon fut soupçonné par les gazetiers. Les Nouvelles extraordinaires de Leyde (du ler octobre) portent : «De Paris, le 25 septembre... On est ici surpris du voyage que M. l'archevêque de Cambrai a fait à Bruxelles sous prétexte de visiter son diocèse dont les confins sont voisins du Brabant » et, le 8 octobre, P. Bayle ajoutait dans une lettre à Janiçon : «Pour moi, je ne crois pas qu'il l'ait fait sans permission de la Cour» (cf. infra, n. 8).

5. Le mépris pour les Espagnols éclate dans les lettres de Montviel (BAUDRILLART , t. I, pp. 82 sq.), mais, inversement, Fénelon écrit dans un Mémoire de 1710 sur la guerre de la succession d'Espagne (0.F., t. VII, p. 160 d): «Les ennemis disent hautement que le gouvernement d'Espagne, que nous avons tant méprisé, n'est jamais tombé aussi bas que le nôtre. »

6. Portrait au vitriol qui rappelle la lettre anonyme à Louis XIV et certains des Dialogues des morts. Dès que Bedmar eut remplacé l'Electeur, il commença les inspections et procéda aux réformes nécessaires (Gazette d'Amsterdam, n'S 33 et 58).

26 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 septembre 1699

7. Ces ennemis ne pouvaient être alors que les Français: voir la fin de cette lettre.

8. Cette sorte de post-scriptum contient en fait l'essentiel du «rapport» de Fénelon dont Louis XIV n'avait sans doute autorisé le voyage que parce qu'il avait été précepteur des princes et pouvait en cette qualité mieux sonder les autorités bruxelloises ( et en particulier l'Electeur, frère de la Dauphine, morte en 1690) au sujet de la succession, qu'on s'accordait à juger prochaine, de Charles II (A. LEGRELLE, t. II, p. 83).

Il est à noter qu'à Rome Zarata, camérier secret d'origine espagnole, souhaitait l'avènement d'un prince français, mais aurait préféré le duc de Berry au duc d'Anjou (dépêche de Bouillon à Louis XIV, 16 août 1697, dans LEGRELLE, t. II, p. 387), sans doute parce qu'il était plus éloigné du trône de France.

En avril 1699, une émeute à Madrid avait amené l'exil d'Oropesa et la nomination d'un nouveau conseil où le cardinal Portocarrero, partisan d'un prince français, disposait d'une forte majorité. Mais ce n'est que le 8 juin 1700 que les ministres se déclarèrent en faveur du duc d'Anjou ; le 6 juillet 1700, Innocent XII, consulté par Charles II, se prononça pour le même candidat (LEGRELLE, t. II, pp. 337 sqq., 351 sqq., 362, 375, 385 sq.).

9. Fénelon ne semble pas s'être jamais réjoui de l'accession au trône de son ancien élève et déplora au contraire qu'elle entraînât une nouvelle guerre entre la France et l'Empire (lettres du 10 janvier 1701, notes 6 sqq., et du 12 septembre 1702, n. 12).

Des diverses gazettes, c'est celle de Leyde, les Nouvelles extraordinaires du 22 septembre 1699, qui est la plus explicite sur la fin du séjour de Fénelon à Bruxelles: «Lundi matin [le 14]... sur le midi, il fut traité par l'abbé Bussi internonce du Pape; et après avoir reçu de grandes civilités pendant son séjour en cette ville, il partit après-midi [en réalité le 15] fort satisfait, pour aller coucher à Enguien et continuer la visite de son diocèse» (cf. aussi la lettre du Du Bos à Nic. Thoynard du 17 septembre 1699 dans Paul DENIS, Lettres autographes de la collection de Troussures, Paris, 1912, p. 104 — Les Nouvelles extraordinaires du 17 septembre 1699, l'Histoire journalière — de La Haye, Leyde, Amsterdam — du 21 septembre, et les Lettres historiques, t. XVI, p. 459). D'après le P. Léonard rapportant les propos de «Cl. », «on a été fort édifié à Bruxelles des manières honnêtes et insinuantes, de la facilité à s'exprimer noblement, de sa piété solide, de son zèle pour le salut des âmes» (A.N., L. 729', pièce 37).

627 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

30 septembre 1699.

Minute, Service historique de l'Armée, A'. 1447, f. 285r°. Circulaire adressée aux ordinaires du département du ministre: Ypres, Saint-Omer, Arras, Tournai, Cambrai, Strasbourg, Metz, Toul, Verdun, Besançon, Lyon, Perpignan. Inédite.

Nous n'avons pas la réponse de Fénelon, mais Barbezieux réitérera le 29 mars 1700 son ordre dans des termes très voisins.

4 octobre 1699 COMMENTAIRE

628. A M. TRONSON

4 octobre 1699.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 56-57. M. Tronson a noté au y° du f. 57: «1699. 4 oct. Mgr de Cambray. Pour lui renvoyer ses papiers».

1. Il doit s'agir d'écrits destinés à prouver l'orthodoxie de Fénelon contre les adversaires des Maximes. Sa soumission les rendait inutiles, mais il n'avait pas trouvé jusqu'alors d'occasion sûre de les récupérer. L'intermédiaire quittait Fénelon qui l'avait mis au courant de ce qu'il avait appris à Bruxelles, sans doute surtout de la bouche de l'archevêque Precipiano.

2. La réponse de M. Tronson du 31 octobre fait croire que le canal sûr se confondait avec l' « ami » qui avait apporté cette lettre et devait ramener les «papiers» à Cambrai. Il ne peut s'agir de Langeron, mais peut-être de Mme de Mortemart, reçue par Fénelon dès le début d'octobre, et qui était le 15 à Guise sur la route du retour (A.D. Nord, 3 G. 1665*).

3. Le jansénisme était si fort dans son diocèse (même dans son vicariat, dira-t-il plus tard) que Fénelon devait feindre de l'ignorer. Il est certain qu'il se montrera aussi tolérant à l'égard de ses ouailles que violent à l'égard d'adversaires lointains.

4. Cf. déjà la lettre du 31 août 1699 au duc de Chevreuse, n. 5.

5. Dans la lettre à Chevreuse que nous venons de citer il parlait pourtant de «paix sèche et amère».

6. Il a déjà été question plusieurs fois de M. Bourbon à partir du 26 février 1696: directeur au séminaire, il était aussi secrétaire de M. Tronson.

7. Chapelle au séminaire d'Issy près de Paris, construite sur le modèle de la fameuse Santa Casa à Lorette en Italie.

629. AU DUC DE BEAUVILLIER

5 octobre 1699.

Copie du XVIIIe s., B.N., n. acq. fr. 6248, ff. 117r°-118r° («Fénelon au bon duc»). Inédite.

1. Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, (14 septembre 1665 - 2 septembre 1746), avait d'abord été chargé par son père Colbert de Croissy de diverses missions à l'étranger (1683, 1685, 1687, 1689). Il reçut le 25 septembre 1689 la survivance de son père comme secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et exerça effectivement cette charge après sa mort (26 juillet 1696) sous la direction d'Arnauld de Pomponne dont il avait épousé la fille Catherine-Félicité le 13 août 1696. Grand trésorier des ordres, surintendant des postes (1699), chancelier des ordres (1701), il siégeait au Conseil depuis 1699 et y resta jusqu'à la formation du Conseil de régence dont il se retira le 14 octobre 1721. Saint-Simon le juge hostile aux jésuites et à Saint-Sulpice. Peu aimé de Mme de Maintenon chez qui il se dispensait d'aller travailler, il

28 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 octobre 1699

était aussi peu lié avec Beauvillier à qui il s'opposa, surtout à la fin du règne, sur les affaires ecclésiastiques (cf. la table de Boislisle). Néanmoins Lizerand juge que «Torci, qui n'avait pas la vraie confiance du Roi, s'est toujours montré déférent pour Beauvillier, son parent par alliance, son ami et son ancien» (Le Duc de Beauvillier, Paris, 1933, p. 168). Cf. William ROTH, « J.B. Colbert, marquis de Torcy» dans R. MOUSNIER, Le Conseil du Roi de Louis XIV jusqu'à la Révolution, Paris, 1970, pp. 175-203.

2. Eusèbe Renaudot (1646-1720), petit-fils du fameux nouvelliste et lui-même continuateur de la Gazette de France, fit ses humanités chez les jésuites et entra chez les oratoriens, mais n'y resta que quelques mois et, s'il continua à porter l'habit ecclésiastique, il ne prit jamais les ordres sacrés. Il se rendit habile dans les langues orientales et eut même la connaissance alors exceptionnelle de diverses langues vivantes, dont l'anglais, ce qui facilita son travail de journaliste et lui permit d'exercer un rôle important dans la politique étrangère. Ami de Boileau et de Racine, il accompagna le cardinal de Noailles au conclave de 1700: il reçut le meilleur accueil de Clément XI et de divers prélats qui le retinrent près d'un an à Rome. Ce fut après cette date qu'il publia la plupart de ses ouvrages, en particulier les deux volumes de supplément à la Perpétuité de la foi d'Arnauld et Nicole (1711, 1713). Nous verrons Fénelon tenté de le dénoncer en 1705 pour jansénisme (Memoriale,

n. 9, 0.E, t. IV, p. 454). Toutefois ses imputations ne s'appuyaient que sur les amitiés, et non sur les ouvrages, d'E. Renaudot.

3. Charles-Joachim Colbert, second fils de M. de Croissy, né le 11 juin 1667, eut l'abbaye de Froidmont en 1684, accompagna le cardinal de Fürstenberg au conclave de 1689 et fut enfermé au retour par les Espagnols au château de Milan. Nommé en 1692 grand vicaire de son cousin l'archevêque de Rouen, il devint agent du clergé en 1695, reçut l'évêché de Montpellier en 1696 et ne sortit plus de son diocèse. Mais, dès 1698, il interdit un jésuite qui avait prêché contre le livre de la Fréquente Communion et fut soutenu par Bossuet (URBAIN-LEVESQUE, t. XIV, p. 510 — R. CLARK, pp. 240 et 385) et, en juillet 1702, l'oratorien Pouget publia par son ordre le fameux Catéchisme de Montpellier, mis à l'Index en 1721. Chef des adversaires de la bulle Unigenitus et des partisans des miracles de Saint-Médard, il mourut à Montpellier le 8 avril 1738. Il est vrai qu'il était particulièrement lié avec E. Renaudot, mais ses goûts érudits lui faisaient aussi entretenir des relations amicales avec des savants non suspects de jansénisme, comme dom Mabillon.

4. Voir sur le surintendant des finances Chamillart, supra, lettre du 17 août 1696 et, sur son prédécesseur Pontchartrain, chancelier depuis septembre 1699, celle du 23 octobre 1695.

5. Le retour de la paix avait donné le loisir de chercher à harmoniser les attitudes des diverses autorités à l'égard des huguenots. La déclaration du 14 décembre 1698 fut suivie le 7 janvier 1699 d'une instruction aux archevêques et évêques plus proche des sentiments de Bâville que de ceux de son prédécesseur Daguesseau. A partir du 7 juillet 1699 se réunit un Conseil dont faisaient partie le chancelier, Beauvillier, Pomponne, Pomereu et dont Dagues-seau était secrétaire. Il se réunit les 25 juillet, ler août, 26 septembre et 10 octobre. Le 1" août il décida en particulier à la majorité d'appliquer aux fugitifs l'édit de 1669 qui prévoyait la peine de mort, tandis que celui de 1689 se contentait des galères. Beauvillier était peut-être aussi rendu responsable 7 octobre [1699?] COMMENTAIRE

des violences hypocrites de son protégé Legendre, intendant à Montauban (LIZERAND, Le duc de Beauvillier, 1648-1714, Paris, 1933, pp. 180-187). On remarquera la netteté du blâme qu'on chercherait en vain dans la correspondance de 1685-1687: c'est que la position de Fénelon était bien différente et aussi que le recul permettait désormais de voir les effets désastreux des «partis de rigueur».

630. A MAIGNART DE BERNIÈRES

7 octobre 116991.

L. a. s., B.N., noue acq. fr. 24146, ff. 83-84.

1. Le millésime manque, mais, en 1699, Fénelon séjournait certainement au Cateau-Cambrésis à cette date et il avait dû traverser Mons lors de son voyage à Bruxelles. En 1702, il pouvait fort bien être au Cateau le 7 octobre, mais il n'y a pas de traces d'un voyage récent à Mons.

2. Solre-le-Château, dans le décanat de Maubeuge à l'extrémité S. E. du diocèse et à quatre lieues d'Avesnes.

631. A [EUGÈNE-HENRY FRICX]

9 octobre 1699.

Copie incomplète de la main de l'abbé de Beaumont (le premier alinéa de Gosselin ne s'y trouve pas), A.S.S., pièce 213.

1. Le premier paragraphe de cette lettre implique qu'elle a été écrite à un éditeur de Bruxelles. On penserait à Jean II Foppens, imprimeur des jésuites, mais les deux ouvrages en question sont très hostiles à la Société. Précisément, l'éditeur des jansénistes E.H. Fricx «avait l'honneur d'être connu de Fénelon» (infra, lettre de Gerberon de 1701, n. 18), qui lui avait même confié l'impression de trois de ses premiers écrits pour la défense des Maximes des Saints (cf. supra, lettre de Fénelon du 31 décembre 1697, n. 5).

Eugène-Henry Fricx, imprimeur à Bruxelles, y naquit en 1644 et y mourut en 1730: d'abord établi rue de l'Etuve, il se fixa en 1688 rue de la Madeleine. Il y eut fort à souffrir des bombardements de 1695. Il travailla notamment pour A. Arnauld, P. Nicole, Le Nain de Tillemont, Neercassel, Opstraet. Il reste surtout connu pour les cartes de géographie et de géographie historique qu'il publia au XVIII' siècle. — Biogr. Nat. belge, t. VII, col. 302-304 — A. VINCENT, «Les Fricx, imprimeurs à Bruxelles» dans l'Annuaire de la Soc. des bibliophiles et iconophiles de Belgique, 1918, pp. 101-108 — P.E. CLAESSENS, «Deux familles d'imprimeurs brabançons, les Mommaert et les Fricx, 1585-1777 », dans Brabantica, t. III, 1958, pp. 205-220 — B. NEVEU, Un historien à l'école de Port-Royal. Sébastien Le Nain de Tillemont, La Haye, 1966, p. 309 — E. JACQUES, «Les %lier. Une famille de notables jansénistes à Bruxelles à la fin du XVII' siècle», dans

30 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 octobre 1699

Cahiers bruxellois, t. XII, 3 et 4, 1968, p. 176, n. 81; Les Années d'exil d'A. Arnauld (1679-1694), Louvain, 1976, p. 150 et table (riche bibliographie) Mme LE Roy, t. I. p. 368 — TANS, p. 110.

2. L'ouvrage porte la signature du fameux dominicain Noël Alexandre. Né à Rouen en 1639, il entra en 1655 chez les Frères Prêcheurs, fit son noviciat à Rouen et étudia au couvent Saint-Jacques et à la Faculté de théologie de Paris où il devint bachelier le 12 mai 1674 et docteur le 21 février 1675. Regens studii de son couvent le 28 septembre 1678, il fut nommé provincial de Paris le 19 avril 1704. Il est surtout connu par les Selecta capita Historiae ecclesiasticae dont les trois premiers volumes furent mis à l'Index en 1684, 1685 et 1687. Après la réconciliation de Rome et de Versailles, le cardinal Spada lui adressa néanmoins le 13 avril 1694 un bref élogieux. Sa souscription au Cas de conscience (1701) provoqua cependant un second conflit avec Rome et la bulle Unigenitus un troisième (1714-1719). Il mourut à Paris en 1724. Fénelon fera le 30 novembre allusion à sa polémique avec le P. Daniel sur la grâce, mais il s'agit ici d'une réponse aux jésuites Le Comte et Le Gobien, pour laquelle son général lui avait envoyé des mémoires de Rome (cf. infra, lettre du 30 novembre 1699, n. 19). L'imprimatur en porte la date du 19 juin 1699. Le 8 mai 1700 la Sorbonne censura les deux jésuites avec la participation du P. Alexandre. Cf. Anton HANGGI, Der Kirchenhistoriker Natalis Alexander (1639-1724), Fribourg en Suisse, 1955, en particulier pp. 221-224, et Ang. MERCATI. «Intorno alla Romanità di N. Alexandre, O.P. », Archivum Fratrum Praedicatorum, t. 16, 1946, pp. 5-82 — Journal d'A. Varet, éd. A GAZIER, Bull. philol. et hist. [jusqu'en 1715], 1916, p. 97.

Moins favorisé que Fénelon, Vuillart déplorait les 19 novembre et 3 décembre 1699: «On a bien de la peine à avoir l'Apologie des dominicains... que les jésuites accusaient de calomnie dans l'accusation de la tolérance de l'idolâtrie à l'égard de Confucius et des ancêtres» (R. CLARK, pp. 285, 289).

3. Philippe III de Baudequin devint le 19 juin 1679 chanoine de la cathédrale de Cambrai par voie de permutation; il mourut le 27 mai 1711 (B.M. de Cambrai, ms. 1260, p. 124).

4. Signée Aug. Le Blanc, l' Historia congregationum de Auxiliis divinae gratiae («Mayence», 1700) était l'oeuvre du dominicain Hyacinthe Serry (cf. sur lui supra, lettre du 18 septembre 1697, n. 10). Son adversaire Liévin de Meyere, s. j., a fait l'histoire de cette édition parue sans autorisation du chef-président et sans approbation du général des dominicains: le P. Norbert Delbecque, de Mons, s'occupait de la diffusion de l'ouvrage en octobre-novembre 1699 (Historia controversiarum de Auxiliis ab objectionibus P. Serry vindicata, Bruxelles, 1715, 1. I, c. 4, p. 17). Mais Ruth d'Ans en avait déjà introduit deux exemplaires à Paris avant le 3 octobre 1699 (QUESNEL, éd. Mme LE Roy, t. II, p. 68) et Vuillart se réjouit de connaître cette «bombe» les 15, 22 octobre 1699 et 14 janvier 1700 (R. CLARK, pp. 277, 279, 294; cf. aussi B.N., ms. lat. 16980, f. 155v° et INGOLD, p. 183). Voir infra, lettre du 30 novembre 1699 bis, n. 14.

5. La lettre à laquelle Fénelon avait déjà répondu le 2 juillet 1699. C'est aussi par Fricx que dom Gerberon cherchait à se tenir en communication avec M. de Cambrai (cf. infra, sa lettre 781 A de novembre 1701, n. 17).

6. Ce fut constamment l'attitude de Fénelon avec dom Gerberon: voir en particulier la lettre qu'il lui écrivit le 3 décembre 1701.

21 octobre [1699] COMMENTAIRE

7. Chèvremont passe pour avoir collaboré au Recueil de quelques pièces curieuses servant d'éclaircissement à l'histoire de la vie de la reine Christine, Cologne, P. Marteau, 1660 et 1668, in-12°, et le voyage qu'il fit à Rome en 1674 ne dut pas être le dernier.

8. Voici comment l'Histoire des ouvrages des savants résumait en janvier 1700 (pp. 15 sq.) ce qui concernait Fénelon dans Le Christianisme éclairci sur les différends du temps en matière de quiétisme... par l'abbé de ', Amsterdam, chez Georges Gallet, 1700, in-8°, p. 396: «... M. de Cambrai, «ce prélat si honteusement disgrâcié, si exemplairement relevé», s'est déclaré contre l'amour propre. En effet c'est un des Mystiques les plus zélés. On l'a accusé de s'entendre avec les quiétistes. Mais on a bien vu que cela n'était pas, car bien loin d'entendre les Mystiques et de s'entendre avec eux, il ne s'entend pas lui-même. Il a confondu la Théologie mystique avec la Mystique, c'est à dire avec l'effusion gratuite de la Divinité dans l'âme, et c'est là où commence l'illusion. Il s'est reposé sur les discussions scolastiques, s'imaginant qu'elles suffisaient pour le mettre à couvert de la censure, et que l'autorité des saints canonisés à Rome, dont il se couvrait, le garantirait des foudres du Vatican. Mais il s'est trompé, parce que Rome ne fonde pas ses canonisations sur la Mystique, qui est au dessus de l'ordre, ni sur les écrits des saints dont elle tolère les expressions, toujours prête à les condamner si on en abuse... Comme la pureté de leur vie les a fait mettre au rang des saints, on a pu condamner leurs expressions et leurs maximes sans donner aucune atteinte à leur sainteté et sans les décanoniser. M. de Cambrai devait l'avoir prévu, ou plutôt il devait prévenir la condamnation d'Innocent XII. ... Plus il est difficile d'abandonner des sentiments qu'on avait soutenus avec chaleur, plus l'action de M. de Cambrai est héroïque. Que sa rétractation soit intéressée et feinte, ce n'est pas aux hommes, mais à Dieu seul d'en juger».

632. AU MÊME

21 octobre [1699].

L. a. s., A.S.S., pièce 214.

1. Voir supra, la lettre que Fénelon a adressée à Chèvremont le 2 juillet 1699 et la lettre qu'il a écrite au même Fricx le 9 octobre 1699, n. 7.

2. Fénelon avait d'abord écrit: d'examiner.

3. Par le destinataire de cette lettre? (cf. supra, lettre du 9 octobre 1699, début du deuxième paragraphe).

4. Fénelon a été obéi puisque le présent original s'est trouvé dans ses papiers.

5. De France est en surcharge comme, plus bas, encore. Ce second point correspond au troisième (3°) de la lettre du 2 juillet 1699. Le fait d'avoir servi le duc de Lorraine ne pouvait que rendre Chèvremont suspect à Versailles.

6. Voir le second point (2°) de la lettre du 2 juillet 1699.

7. Fénelon avait terminé sa lettre du 2 juillet 1699 par le reproche discret: «Il y a plusieurs point sur lesquels vous n'avez pas été exactement informé».

32 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 octobre [1699]

Début novembre 1699 COMMENTAIRE 33

8. Il s'agit de sainte Thérèse que le pasteur Pierre Jurieu venait de critiquer sévèrement dans son Traité historique contenant le jugement d'un protestant sur la Théologie mystique, s. 1., 1699 (paru avant le 9 juin 1699, cf. ms. fr. 19213, ff. 233-236), ouvrage sur lequel J.G. de Chaufepié (Nouveau dictionnaire historique et critique, Amsterdam - La Haye, 1753, t. III, p. 77) rapporte un jugement oral de Fénelon. Jurieu avait condamné le fanatisme et l'« imagination gâtée» de sainte Thérèse, «fille des illuminés» (pp. 75 sqq., 197 sq.; cf. J. LE BRUN, «Les oeuvres spirituelles de P. Jurieu» dans Mélanges offerts à M R. Pintard, Strasbourg , 1975, pp. 433-436. Quant au Christianisme éclairci de Chèvremont, il jugera sainte Thérèse «ridicule» (J. LE BRUN, p. 692 n.).

9. Expression du bref de canonisation de sainte Thérèse que Fénelon avait souvent citée dans ses derniers écrits en faveur des Maximes des Saints. Chèvremont exprimera à ce sujet une opinion opposée.

10. Jurieu reprochait précisément à Bossuet de faire de sainte Thérèse «la Vierge par excellence» (pp. 196 sq.): cp. J. LE BRUN, table, s.v. Thérèse d'Avila.

11. C'est bien la crainte de condamner sainte Thérèse qui avait failli empêcher Innocent XII de censurer les Maximes des Saints (URBAINLEVESQUE, t. XI, p. 36).

12. Voir le premier point (1°) de la lettre du 2 juillet 1699.

13. On ne pouvait sans doute inclure dans «le public» Bossuet et ses amis. Fénelon abandonnait d'ailleurs plusieurs aspects des Maximes en ne conservant que «la doctrine de la charité indépendante du motif de la béatitude dans ses actes propres».

14. Cette phrase qui ravira dom Gerberon (cf. infra, sa lettre 781 A de novembre 1701) était donc contredite, ou du moins négligée, par Chèvre-mont.

15. Faire de moi a remplacé me faire.

16. Cf. supra, lettre du 9 octobre 1699, n. 7.

17. Et le faire est en surcharge ainsi que, plus bas, dans notre dispute.

18. Avoue avoir a remplacé a, rayé. Bonne distinction entre soumission et rétractation: les adversaires de Fénelon ne s'en contentaient pas (peut-être à cause de la fameuse virgule ou comma pianum qui semblait ne condamner que l'intention personnelle de Michel Baius; cf. infra, la lettre anonyme du 20 novembre 1699).

19. Plus vils a remplacé moindres, rayé.

20. Contre l'honneur de l'Eglise est en surcharge.

21. Parce que, rayé, a entraîné l'addition de qui après l'Eglise de France.

22. La dépendance de Jurieu, l'expression «terribles suites» et celle de «mécomptes ailleurs» semblent bien indiquer que Chèvremont, privé de ressources, était «violemment tenté» de mettre sa plume au service de la Réforme qu'il aurait embrassée en Hollande. Le Journal des Savants de 1702 suppose qu'il venait de mourir. 632 A. M. TRONSON A FÉNELON

Début novembre 1699.

Minute de la main de M. Bourbon, A.S.S., Correspondance Tronson, ms. 34, p. 189, pièce 455. Non datée, mais placée entre une lettre du 31 octobre et une autre du 4 novembre 1699.

1. Cette réponse suit pas à pas la lettre que l'archevêque avait envoyée le 4 octobre à M. Tronson.

2. Il s'agit des renseignements sur les progrès du jansénisme et sur l'impuissance où était Fénelon à s'y opposer, même dans son diocèse. 3. Auprès de Godet-Desmarais et, par son entremise, de Mme de Maintenon.

633. Au DUC DE CHEVREUSE

[Vers le 4 novembre 1699].

Imprimée dans les OEuvres spirituelles, Anvers, 1718, t. II, pp. 271-274 (lettre CLI) et dans l'édition de Rotterdam (1738, lettre CLIII) avec un premier paragraphe que Gosselin a replacé avec raison dans sa lettre XVIII, datée du 31 août 1699.

1. On était donc encore en automne et on pourrait faire partir les quatre mois du début des visites de Fénelon, mais il n'est pas sûr qu'il ait eu, les semaines précédentes, de loisirs pour travailler. D'ailleurs la lettre au même du 30 décembre 1699 mentionne la réponse que le duc avait faite à la fin de novembre, sans doute à cette lettre-ci.

2. Phrase guyonienne.

3. Almanachs, prédictions (DuBols-LAGANE). Ceux qui redoutaient de voir Fénelon reprendre la plume étaient-ils les partisans de Bossuet ou les jansénistes? Les premiers pouvaient craindre qu'il ne cherchât à les atteindre à travers les seconds.

4. Gen. XIII, 9.

5. Matth. X, 34 sq.

6. Cette parabole se trouvait déjà chez le moine Maxime, chez saint Laurent Justiniani (Liber de casto connubio Verbi et animae, ch. XVI, Opera, Bâle, 1560, f. 268 F), mais elle est sans doute empruntée à la Montée du Carme! (1. I, ch. 11, n. 4-5). 11 y a cependant une différence: Fénelon insiste sur le caractère invisible du fil, le mystique espagnol sur sa nature plus ou moins résistante: même dans le cas le plus favorable, une rupture est nécessaire. Cf. notre Saint Jean de la Croix et les mystiques rhéno-flamands, Paris, 1966, p. 8, n. 3.

7. Malgré sa sympathie pour Chevreuse, Saint-Simon souligne le manque d'esprit pratique, qui faillit le ruiner (cf. en particulier BOISLISLE, t. XIX, p. 30, t. XXIII, p. 193), et il lui attribue même «un esprit de géomètre, faux et malade à force de raisonner, grand abstracteur de quintessence par

34 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

excès de science et de curiosité» (ibid., t. XV, p. 407 n., t. XVIII, pp. 27, 31, 41, t. XXII, pp. 152 sq., t. XXIII, pp. 189 sqq.).

8. I Cor. VII, 31.

9. Ps. LXVI, 2.

10. Allusion aux maîtres jansénistes de son correspondant (cf. supra, lettre du 31 août 1699, n. 4), mais peut-être aussi aux spécialistes des sciences profanes dont celui-ci aimait s'entourer.

11. L'expression d'avarice spirituelle fait de nouveau penser à saint Jean de la Croix.

12. Eccl. I, 12-18.

13. Rappel de la spiritualité du moment présent à laquelle Fénelon revenait si souvent dans ses lettres antérieures aux Maximes des Saints.

14. Matth. XI, 25.

A. H.G. DE PRECIPIANO

11 novembre [1699?].

L. a. s., Archives de l'archevêché de Malines, Fonds de l'Oratoire: Braine-le-Comte. Inédite.

1. Cf. supra, la lettre au même de la mi-avril 1699.

2. Neveu d'Aimé de Coriache, archiprêtre et archidiacre de SaintRombaud de Malines, Aimé-Ignace de Coriache était né le 27 janvier 1657 à Malines où son père était avocat au Grand Conseil. Elève du collège du Château à Louvain, il y prit le grade de licencié en droit et fut nommé en 1681 chanoine gradué de Saint-Rombaud de Malines. Il fut plus tard ordonné prêtre par Alphonse de Berghes qui lui confia en 1686 les fonctions d'official qu'il conserva jusqu'en 1707. Il devint alors conseiller ecclésiastique au Grand Conseil de Malines et fut élu vicaire capitulaire au décès de Precipiano (1711), ce qui lui permit de gouverner le diocèse jusqu'au 11 février 1716. Il mourut le 8 octobre 1731 (P. CLAESSENS, Histoire des archevêques de Malines, Bruxelles, 1881, t. II, p. 64).

3. Un litige relatif à un bénéfice ne pouvait être réglé que par trois sentences conformes émanant de tribunaux indépendants. Renon avait déjà été condamné à Gand le 8 octobre 1698 (H. ROUSSELLE, Bibliographie montoise, 1858, p. 377).

4. Oratoire, «beaucoup de gens le font féminin» (MÉNAGE, cité par LITTRÉ).

5. Coloré, «apparent. Il faut avoir un titre coloré pour se mettre en possession d'un bénéfice, autrement il y a intrusion» (FURETIÉRE).

6. Sans doute assurer l'intérim jusqu'à l'éviction du P. Renon.

7. Le dimanche 13 septembre 1699 Fénelon avait rencontré à Laeken l'archevêque de Malines. Ille reverra à Bruxelles le 11 octobre 1700 (cf. infra, Chronologie).

COMMENTAIRE 35

634 A. CHARLES-MAURICE LE TELLIER A FÉNELON

18 novembre 1699.

L. a. s., B.M. Cambrai, ms. 1163 (1042), ff. 50 sqq.

1. Il doit s'agir du Recueil de différentes pièces pour l'établissement de deux séminaires fait dans le diocèse de Reims, l'un à Reims, l'autre à Sedan, pour Mgr Ch. M. Le Tellier, archevêque-duc de Reims, premier pair de France, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, proviseur de la Sorbonne, etc. Le présent recueil contient aussi d'autres pièces énoncées dans la table qu'on trouvera à la fin du présent volume, Paris, François Muguet, 1700 (B.N., R. 8361). Le privilège avait déjà été accordé le 16 août 1697. Voir le Journal des Savants, 29 novembre 1700, pp. 414 sq. Gosselin n'a pas fait le rapprochement: mais si les «autres pièces» expliquent le mot «chapitre», Fénelon lui-même avait bien des raisons de s'intéresser aux problèmes posés par la fondation d'un séminaire.

2. Voir sur l'affaire en question supra, lettre du 27 mars 1695, n. 3, t. V, pp. 28 sq., et B.N., ms. Clairambault 509, f. 7.

3. Le Tellier tient à se comporter en homme de bonne compagnie, malgré l'ancien conflit de mars 1695 dont il est question ici et surtout l'affaire des Maximes où il s'était violemment opposé à Fénelon.

635. A CHARLES-MAURICE LE TELLIER

20 novembre 1699.

A.S.S., t. V, f. 59, copie du XIXe siècle d'après l'autographe conservé à Cambrai.

L. a. non signée, A.S.S., pièce 702.

1. Référence aux propositions 10, 11, 13, et 14 du bref Cum alias. Sans doute la qualification d'hérétique avait failli être employée à ce propos, mais c'est à cause de la partie christologique de la proposition 10 qui n'a rien à voir ici.

2. Le mot juridique laisse soupçonner une sorte de chantage de la part d'un partisan très zélé de Bossuet.

1. La parfaite courtoisie de cette pièce n'empêche pas que l'on ne soit frappé de sa brièveté. Il est vrai que Fénelon avait répondu par retour du courrier.

X*** A FÉNELON

20 novembre 1699.

635 A.

634.

11 novembre [1699?] 18 novembre 1699

36 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

30 novembre 1699

30 novembre 1699

3. L'anonyme exige une rétractation au sens précis que Fénelon donnait au mot le 21 octobre 1699, n. 18.

4. Cf. supra, n. 2.

5. Si Fénelon a conservé cette lettre, c'est sans doute parce qu'elle aurait pu lui servir au cas où la manoeuvre annoncée ici n'aurait pas été une simple tentative d'intimidation.

636. AU DUC DE BEAUVILLIER

30 novembre 1699.

Copie du XVIIIe siècle, B.N., n. acq. fr. 6248, ff, 119-125. Seule la fin (depuis «Je suis ici en paix») en a été publiée dans 0.E, t. VII, pp. 219-220. Elle y est suivie d'un long fragment qui est sans doute emprunté à une autre lettre.

1. Le nom du destinataire résulte de diverses indications fournies surtout par la fin de la lettre: il y est question de Quinot (n. 47), précepteur des enfants du duc.

2. La nouvelle était prématurée, les présidents de l'Assemblée du clergé n'ayant été désignés que le 2 juin 1700. Elle était même en partie inexacte, l'archevêque d'Auch, de la Baume de Suze, ayant aussi été élu président (LEDIEU, t. I, pp. 47-51). Mais dès l'instant que la Cour n'interdisait pas au plus ancien archevêque d'être député de sa province, elle acceptait tacitement qu'il présidât l'Assemblée. D'ailleurs, M. de Reims qui avait accepté l'accommodement avec les jésuites proposé par le premier président (cf. supra, lettre du 4 février 1698) ne fut suspect aux yeux du Roi qu'après la saisie des papiers de Quesnel. Cf. aussi CLARK, pp. 132 sqq.

3. Le P. Le Valois resta confesseur des princes jusqu'à sa mort le 11 septembre 1700 (BoisusLE, t. II, p. 84). On semble désigner les jésuites. Mais à cette date (c'était quelques mois après l'affaire du Problème ecclésiastique), leur crédit avait beaucoup diminué par suite des efforts conjugués de Mme de Maintenon, de M. de Paris et des gens de robe.

4. Innocent XII ayant en octobre 1699 gravement souffert de la goutte, l'ambassadeur Monaco demanda les 5 et 10 novembre à Louis XIV de faire partir les cardinaux français pour qu'ils fussent présents à l'ouverture du conclave (LE ROY, p. 70). Le 16 décembre les cardinaux d'Estrées (cf. supra, lettre du 8 août 1697, n. 1) et Janson (cf. supra, lettre du 25 août 1696, t. V, pp. 104-105) prirent donc congé du Roi (SouRcHEs, t. VI, p. 211). Bien que le Pape semblât beaucoup mieux, le cardinal de Coislin (R. CLARK, pp. 284-291, 296, 304) reçut à son tour le 4 janvier 1700 l'ordre de se rendre à Rome, ce qu'il fit le 16 janvier: il emprunta avec Janson la route maritime, tandis qu'Estrées préférait passer par Turin et Florence (SouRcHEs, t. VI, pp. 217 et 221). Cf. infra, la lettre de Gabrielli du ler mai 1700, n. 13.

5. L'ambassadeur était le prince de Monaco (cf. supra, lettre du 23 août 1698, n. 7). Quant au cardinal de Bouillon, il n'était plus chargé d'affaires, mais sa disgrâce définitive ne date que de l'année suivante.

6. Né le 22 janvier 1632 à Joigny, Antoine Verjus étudia au collège des jésuites et entra dans la Compagnie en 1651. Après son noviciat et des années de régence à Quimper, il fit brillamment sa théologie. Il accompagna ensuite son frère le diplomate Crécy en Portugal et en Allemagne où il obtint l'estime de plusieurs hommes d'Etat protestants et composa des manifestes contre les prétentions de la Cour de Vienne. De retour en France, il fut procureur des maisons de la Compagnie en Chine et aux Indes. Ami particulier du P. de La Chaise, il mourut le 16 mai 1706. On trouve l'abrégé de sa Vie par le P. Le Gobien dans le t. 8 du Recueil des lettres édifiantes et curieuses des Missions étrangères. Il avait été longtemps auparavant en correspondance avec François Dirois, théologien du cardinal d'Estrées (URBAIN-LEVESQUE, t. II, p. 301). Sur l'attitude du P. Verjus dans l'affaire des Maximes, cf. HILLENAAR, p. 104.

7. Le nonce Delfini fut élevé au cardinalat au consistoire du 14 novembre 1699. N'ayant pas été autorisé par Rome à rendre visite aux princes légitimés, il quitta Paris le 7 février 1700 sans prendre congé du Roi (DANGEAU, t. VIII, pp. 235, 247).

8. Gabrielli avait effectivement reçu la pourpre au consistoire du 14 novembre 1699 (cf. infra, sa lettre à Chantérac du 9 janvier 1700).

9. Sur Negroni, cf. supra, lettre du 6 septembre 1699.

10. Né le 25 avril 1653, Benoît Pamfili, petit-neveu d'Innocent X, cardinal depuis le 1" décembre 1681, fut successivement archiprêtre de Sainte-Marie Majeure et de Saint-Jean de Latran, grand prieur de Rome de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, préfet de la Signature, légat de Bologne le 23 août 1690 et bibliothécaire du Vatican en février 1704. Il mourut à Rome le 22 mars 1730.

11. Il en alla autrement puisque, sur les 127 propositions condamnées par l'Assemblée de 1700, deux seulement le furent comme semi-pélagiennes... et quatre comme jansénistes. Bossuet, et même Le Tellier, avaient en effet senti que «l'on ne pouvait faire moins dans les conjonctures, savoir pour n'être point suspect et pour tomber ensuite avec plus de force sur les» casuistes... dont 121 propositions étaient frappées (URBAIN-LEVESQUE, t. XII, p. 305, cf. aussi pp. 273, 275, 305, 331, 336, 341, 362 — LEDIEU, t. I, pp. 40-153). Il est juste de rappeler que seul son renvoi avait empêché l'Assemblée de 1682 de publier les censures qu'elle avait préparées sur le même sujet. En dénonçant aussi l'idée que «le jansénisme est un fantôme», les députés de 1700 marquèrent qu'ils n'oubliaient pas non plus les décisions de leurs prédécesseurs qui avaient imposé le Formulaire.

12. Cf. sur l'ouvrage du P. H. Serry, supra, lettre du 9 octobre 1699, n. 3.

13. S'appuyant sur les Acta du secrétaire Coronel, Serry avait soutenu (lib. IV, cap. 19 sq.) que Paul V avait préparé en 1607 la bulle Gregis Dominici (en voir le texte dans A. GAZIER, Histoire générale du mouvement janséniste, Paris, 1922, t. I, p. 38, t. II, pp. 297-302), mais qu'en raison de la conjoncture politique il en avait ajourné la publication: «lis non finita, sed suspensa». La pièce fut publiée en 1662 avec le grand écrit de Clément VIII. A quoi le jésuite Lievin de Meyere (Historia controversiarum de... auxiliis ab objectionibus... Serry... vindicata, Bruxelles, 1715, pp. 394-398, 420, 428) objecta qu'il ne s'agit nullement d'un document pontifical, mais d'un projet qu'il attribue à Coronel et à l'évêque d'Armagh, un des douze consulteurs

38 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 novembre 1699 COMMENTAIRE 39

30 novembre 1699

de la commission. Il est du moins certain que cette pièce non promulguée n'avait aucune valeur dogmatique.

14. Fénelon se montre ici mieux renseigné. Contre Richard Simon, antiaugustinien, M. de Meaux écrivit à partir de 1693 sa Défense de la Tradition et des saints Pères sur la grâce, mais il ne put l'achever et elle ne parut qu'en 1743 (LACHAT, t. IV — URBAIN-LEVESQUE, t. XIV, pp. 210 sq. — LEDIEU, t. I, pp. 233 et 246).

En revanche rien n'indique que M. de Meaux ait préparé un ouvrage contre Sfondrate. Il est vrai qu'il composa la lettre au Pape du 23 février 1697 (signée aussi de Le Tellier, Noailles, Sève de Rochechouart et Feydeau de Brou) pour lui demander la condamnation du Nodus praedestinationis dissolutus de ce cardinal, mais il ne la publia pas. Innocent XII soumit le livre à une commission dont Bossuet lui-même n'essaya guère de hâter les travaux : les Maximes des saints le préoccupaient davantage (URBAIN-LEVESQUE, t. XV, table s.v.). Sur le silence que garda aussi l'Assemblée de 1700, cf. infra,

n. 28.

15. Giovanni Cantelmi, né le 27 juin 1645, fils puîné de Fabrice, duc de Popoli (famille qui passait pour être sortie des rois d'Ecosse du XII' siècle et venue à Naples avec les Angevins), et de Béatrice Brancia. Il fut successivement inquisiteur à Malte, nonce à Venise, en Pologne, à Vienne, nonce extraordinaire à Augsbourg pour le couronnement de l'archiduc Joseph comme roi des Romains; il devint cardinal le 13 février 1690 et fut l'année suivante avec le cardinal del Giudice le grand promoteur de l'élection d'Innocent XII (PASTOR, Storia dei Papi, 1943, t. XIV2, pp. 170-179, 400, 419). Il eut ensuite l'archevêché de Capoue qu'il quitta pour celui de Naples et fut un des premiers à se déclarer pour Philippe V qu'il reçut à Naples en 1702. Il mourut le 11 décembre de la même année.

Le nom de Cantelmi est seul à frapper dans une liste de cardinaux augustiniens et thomistes que nous connaissons bien. Cela est dû à sa prise récente de position en faveur de l'édition des Mauristes. On lit en effet dans le Journal de dom Ruinart à la date du 21 août 1699: «On reçut de Rome... de dom de Montfaucon... la copie d'une lettre du C. Cantelmi de Naples en remerciement des Vindiciae qu'il lui avait envoyées où il parle en termes très forts contre ceux qui impugnaient l'édition de saint Augustin»; toutefois le même bénédictin devait ajouter le 5 décembre 1699: «On apprit que le cardinal Cantelmi était fort outré que l'on avait imprimé la lettre qu'il avait écrite à dom Bernard sur les Vindiciae» (INGoLD, Histoire de l'édition bénédictine de saint Augustin, Paris, 1903, pp. 88, 181, 189).

16. C'est sous Innocent XII lui-même qu'un décret du Saint-Office du 2 juin 1700 (publié le 7) condamna trois libelles des jésuites: Lettre de l'abbé de *** aux RR. PR bénédictins — Lettre d'un bénédictin non reformé — Lettre d'un abbé commendataire... (INGoLD, pp. 124, 172, 191 — URBAINLEVESQUE, t. XII, pp. 259, 320 — R. CLARK, p. 364). La mesure fut connue en France au moment de l'Assemblée du clergé et servit d'argument aux protecteurs de l'édition (cf. infra, n. 23).

17. Fénelon schématise les faits d'une façon tendancieuse, mais les papiers saisis chez le P. Quesnel montreront qu'elle était, somme toute, assez clairvoyante, du moins pour les dominicains Serry, Delbecque (cf. sur lui, infra, lettre du ler novembre 1710, n. 14) etc. Le P. Daniel avait déjà soutenu une thèse voisine dans les Lettres au R. P. Alexandre où se fait le parallèle de la doctrine des thomistes avec celle des jésuites sur la morale et la grâce, in-12° (Cologne, 1698), mais dans la lettre n° 637 (note 12) qu'il écrivit au duc de Beauvillier un peu après celle-ci, Fénelon déclarera sa tactique maladroite.

En tout cas, Beauvillier reprendra presque textuellement le présent passage dans une lettre à Louville du 25 septembre 1703 où il est question du choix

du confesseur de Philippe V: «Je ne décide pas que le P. Cloche ni les domi-

nicains soient jansénistes... Mais les jansénistes se disent à présent simples thomistes, et, pendant qu'ils cachent ainsi leurs vrais sentiments et s'expri-

ment bien différemment de M. Pascal, qui tourne le thomisme en ridicule dans une de ses Lettres provinciales, il est trop certain que plusieurs dominicains... sont entrés dans les vrais sentiments des jansénistes, à quoi leurs querelles particulières avec les jésuites ont pu contribuer» (BOISLISLE, t. XXXVII, p. 490).

18. Cf. sur le P. Massoulié, supra, lettre du 2 octobre 1697, n. 19. Sur Noël Alexandre qui est encore visé au paragraphe suivant, voir supra, lettre du 9 octobre 1699, n. 1.

19. Allusion à l'Apologie des lettres provinciales de dom Petitdidier ou plutôt au Recueil de plusieurs pièces pour la défense de la morale et de la grâce

de Jésus-Christ contre un libelle et des lettres anonymes d'un Père jésuite, Cologne, E. Kinkius, 1698, 2 vol. in-12, oeuvre également de Noël Alexandre (R. CLARK, pp. 126 sq., 129, 132). Cf. supra, n. 11.

20. L'Apologie des dominicains missionnaires de Noël Alexandre; cf. supra, lettre du 9 octobre 1699, n. 1. On trouve de même dans la Causa sinen-

sis seu historia cultus sinensium plusieurs écrits de L.P. du Vaucel attribués à Nicolas Charmot, des Missions étrangères (Actes du colloque sur le jansénisme, Accademia belgica de Rome, 2 et 3 novembre 1973, Louvain, 1977, p. 181). Cf. infra, notes 27, 30 et surtout 43.

21. La suite du paragraphe prouve qu'il s'agit de Le Tellier, Noailles et surtout Bossuet. Ils justifièrent cette prédiction à l'Assemblée de 1700 (cf. supra, n. 11, et sur «le livre» de M. de Meaux, voir supra, n. 14).

22. Sa lettre au docteur Vivant datée de «Reims, le 2 novembre 1696» a été publiée par les soins de l'auteur. Cf. supra, la lettre de Fénelon à Chanté-

rac du 23 octobre 1697, n. 15, t. VII, p. 71. Le titre de l'édition belge est Lettre... au sieur Vivant docteur de Sorbonne, présentement à Rome auprès de Mgr le C. de Janson Forbin..., Louvain, Martin Vaudricourt, 4 p. in-4° (B.N., D. 3882).

23. Cf. supra, n. 16. L'édition de saint Augustin par les Mauristes fut vivement attaquée par les jésuites qui eurent l'appui des sulpiciens et surtout

de Godet-Desmarais (INGOLD, pp. 57-60, 160, 168 sq., 172, 186, 190 sqq.).

Mais Noailles (ibid., p. 164) et surtout Bossuet (URBAIN-LEVESQUE, table — INGOLD, pp. 61, 161, 164, 166) en prirent la défense. Cependant celui-ci obli-

gea dom Mabillon, auteur de la préface générale, à de nombreuses corrections (INGOLD, pp. 122 sq.) qui, il est vrai, n'empêchèrent pas Fénelon de dénoncer plus tard les prélats qui s'étaient laissé tromper par cette « préface sophistique» (ibid., p. 132 n.). Cf. infra, lettre à Chevreuse du 7 septembre 1702, n. 7.

24. Affirmation sommaire que n'étaie pas suffisamment l'approbation donnée à l'édition par Duguet, Gerberon ou Quesnel dans la Solution de divers problèmes (B.N., D. 12470 sq.).

40 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 novembre 1699 COMMENTAIRE 41

30 novembre 1699

25. Les clauses favorables aux augustiniens dans les décisions romaines du début de 1694 semblent dues à l'influence dominante de Casanate (L. CEYSSENS, «L'introduction du Formulaire anti-janséniste en Belgique (1692-1694)» Jansenistica, t. IV, p. 146 n., Malines, 1962, et infra, n. 34.

26. La curieuse vision apocalyptique qui suit est un document exceptionnel sur la psychologie de Fénelon à cette date: est-ce pour cela que la lettre n'existe qu'en copie?

27. Allusion à l'affaire des rites chinois (cf. supra, n. 20).

28. Cf. supra, n. 14 et infra, lettre du 1" mai 1700, n. 16. Le silence apparent de l'Assemblée de 1700 à ce sujet ne prouve pas que Fénelon fût dans l'erreur. Bossuet écrivait en effet le 6 novembre 1700 à P. de La Broue: «J'aurais souhaité autant que vous, Monseigneur, que l'assemblée eût pu condamner la pernicieuse doctrine du cardinal Sfondrate... nous avons cru faire beaucoup, selon le temps, de marquer l'approbation de la lettre des cinq évêques, qui s'explique nettement contre, et un désir manifeste avec une attente que Rome fît son devoir; ce qu'on a dit aussi en se déclarant pour la doctrine de saint Augustin contre le pélagianisme, en est une espèce de condamnation. Il me semble aussi que la censure des propositions Facienti quod in se est, frappe assez rudement les semi-pélagiens nouveaux, et les attaque dans leur fort. C'est tout ce qu'on a pu faire dans la conjoncture présente, où l'on avait à ménager un bon pape, très bien disposé, et très favorable à la France» (URBAIN-LEVESQUE, t. XII, pp. 359 sq.).

29. Cf. supra, notes 16 et 23.

30. Fait à peu près exact, quoique la condamnation du livre du P. Le Comte sur les rites chinois n'y ait pas été obtenue sans mal (cf. les diverses relations citées à propos de la lettre de Brisacier et de Tiberge du 19 juin 1700,

n. 3).

31. On peut voir là une prophétie sur le déroulement de l'Assemblée de 1700: c'est en se faisant remplacer par Noailles à la présidence que Le Tellier parvint à ses fins malgré une opposition assez forte (LEDIEU, t. I, pp. 111 et 140).

32. Il s'agit du Pape qui sortira du conclave que Fénelon croit, un peu prématurément, sur le point de se réunir.

33. Décréditer, cf. supra, t. V. pp. 82, 119.

34. Le décret du Saint-Office du 28 janvier 1694, le bref aux évêques belges du 6 février 1694, le bref au Recteur et à la Faculté de théologie de Lou-

vain de la même date et peut-être les Observationes in decretum episcoporum Belgii ajoutées par le Saint-Office (L. CEYSSENS, Jansenistica, t. IV, pp. 154-158, 164). Cf. supra, n. 25.

Fénelon avoue franchement ici une contradiction qu'il passe d'habitude sous silence et qui ne l'empêche pas d'invoquer à son profit la théorie du sen-sus obvius, introduite à cette occasion dans les controverses théologiques.

35. Allusion aux liens étroits entre Godet-Desmarais et Saint-Sulpice.

36. Cela fut soutenu quelques mois plus tard à l'Assemblée même: «L'archevêque d'Auch [La Baume de Suze] attaché par intérêt aux jésuites parce qu'il veut devenir archevêque de Narbonne s'est opiniâtré à soutenir dans l'Assemblée qu'elle n'était point faite pour parler d'autre chose que du don gratuit» (lettre de Vuillart du 17 juillet 1700, éd. R. CLARK, p. 363).

37. Fénelon souhaite éviter que l'Assemblée ne prenne des résolutions contre les jésuites, mais il pense sans doute aussi à ce qu'elle pourrait faire contre les Maximes des Saints et les écrits qu'il avait publiés pour les défendre (cf. supra, n. 2).

38. C'était vrai de Godet-Desmarais, sinon de tous les évêques des provinces éloignées.

39. Il ne s'agit pas forcément du chanoine Robert de Mons qui sera, les années suivantes, son grand informateur sur le jansénisme.

40. Il a été déjà question des docteur de Précelles et Boucher le 8 juillet 1697: leurs noms étaient déjà rapprochés de celui du P. Le Valois. Cf. aussi infra, lettre du 21 septembre 1701, n. 1.

41. Voir sur David-Nicolas de Bertier, t. I, pp. 23, 32, 53, 60, t. III, pp. 59 sq. et t. IV, du 1" juin à fin juillet 1697. Son oncle l'évêque de Montauban est classé par un ms. de la Casanatense parmi les «giansenisti zelanti» (PASTOR, Storia..., t. XIV, 1, p. 669 n.).

42. Né à Limoges le 25 mai 1625, Gabriel-Nicolas de La Reynie était fils d'un conseiller au présidial de cette ville où il eut lui-même une charge de

président le 22 août 1646. Maître des requêtes en 1661, lieutenant général de

la police de Paris en 1667, conseiller d'Etat semestre le 16 décembre 1680 et conseiller ordinaire le 30 mars 1686, il fut remplacé en 1697 à la police par

d'Argenson. Il se consacra par la suite à ses bureaux du Conseil, mais ne put

parvenir au décanat ni aux sceaux et mourut le 14 juin 1709. Il avait interrogé Madame Guyon et s'était hasardé à cette occasion sur le terrain de la théolo-

gie (cf. E. GRISELLE, «Fénelon à la barre de La Reynie», Revue Fénelon, t.

II, pp. 81-94, t. III, pp. 100-128). Son jansénisme n'est pas signalé ailleurs. Cependant il prêta à Bossuet l'Apologeticus du P. Fabri «du temps qu'il fut

imprimé» (Lyon, 1670) (URBAIN-LEVESQUE, t. XII, p. 337). Sa fortune lui

venait de son mariage avec Gabrielle de Garibal, fille de Jean de Garibal, conseiller aux parlements de Grenoble (1637), de Toulouse (1639), maître des

requêtes (1644) et président au Grand Conseil (1653), mort le 17 juillet 1667,

et de Jeanne Berthier (morte en 1647): la mort de son frère en 1674 en fit une riche héritière (BOISLISLE, t. IV, pp. 10 sqq., t. XVII, p. 377). Elle

appartenait comme D.N. de Bertier aux familles de robe de Toulouse affiliées

à la Compagnie du Saint-Sacrement (VOYER D'ARGENSON, Annales..., éd. BEAUCHET-FILLEAU, Paris, 1900, p. 196, n.1) fortement marquées par l'abbé

de Ciron. Ce n'est donc pas par hasard que Fénelon mentionne ici son nom à côté de celui de son mari. Voir sur ses rapports avec la prieure du Premier Couvent Marguerite-Thérèse de Jésus (1705-1709), Ed. de BARTHÉLEMY, La marquise d'Huxelles et ses amis, Paris, 1881, p. 116.

43. Nous avons déjà rencontré les supérieurs des Missions Etrangères, Brisacier (lettres du 24 février 1697 etc.) et Tiberge (lettres du 9 août 1697 etc.). Il est exact que la fondation de leur congrégation dut beaucoup à des jésuites, mais la question de l'exemption des membres de la Compagnie par rapport aux vicaires apostoliques les opposa bientôt à celle-ci. Cf. BolsLISLE, t. H, p. 360. Leur agent à Rome N. Charmot alla plus loin en collaborant avec L. du Vaucel (cf. supra, n. 20) et la Réponse des jésuites à la lettre de MM. des Missions Etrangères sur les cérémonies chinoises «osait déférer M. Charmot comme suspect d'hérésie parce qu'il a établi que, pour n'être point janséniste, il suffit de condamner les Cinq propositions, quoiqu'on

42 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 novembre 1699 30 novembre 1699 COMMENTAIRE 43

doute si elles sont de Jansénius ou non» (B. Cou& dans URBAIN-LEVESQUE, t. XII, p. 297).

44. Il ne s'agit pas de l'avocat Le Merre (cf. supra, lettre du 1" juin 1697,

n. 2 etc.), mais de Joseph Le Meur, né le 17 octobre 1657 au diocèse de Quimper, docteur en théologie (16 juin 1686) qui suivit en 1691 Godet-Desmarais à Chartres, comme grand-vicaire, prévôt et chanoine de sa cathédrale. Voici ce que dit de lui le P. Léonard: «M. de Meure a écrit pour M. de Chartres contre M. de Cambrai. / Litt. 98 p. 3 / ...M. de Meur jeune docteur de Sorbonne, capable. M. Godet-Desmarais... le voulut avoir auprès de lui. Il lui donna la dignité de prévôt dans sa cathédrale, mais voulant gratifier quelqu'un de cette dignité, M. de Meur la lui remit volontiers et ce prélat le fit chanoine et archidiacre et le prit pour confesseur. Mais dans la suite du temps M. de Meur remit son canonicat et son archidiaconé entre les mains de M. de Chartres à cause de quelques démêlés qu'ils avaient ensemble au sujet des droits de l'archidiaconé que cet évêque prétendait. En juin 1701 le P. de la Tour, général... de l'Oratoire, lui fit donner un des prieurés dont M. l'abbé de Harlay s'est défait pour n'en garder qu'un seul. M. de Meur n'est point pour la pluralité des bénéfices / Pit[ron]» (A.N., M. 759, 329). C'est le 11 mai 1695 que M. Tronson crut que «M. Le Meur quittait» M. de Chartres (BERTRAND, t. III, p. 144 n.). En février 1711 Le Meur se montra favorable à Noailles dans l'affaire de la Dénonciation de Habert ; il reçut un canonicat de Saint-Honoré le 26 mars 1714 et mourut à Paris le 9 avril 1727 (DURENGUES, M Boileau de l'Archevêché, Agen, 1908, p. 200).

45. Jean-Baptiste Mareschaulx, né à Paris, fut docteur en théologie (20 août 1686) de la maison et société de Sorbonne. Nommé théologal de Chartres le 10 février 1693, il devint archidiacre de Blois le 8 juillet 1699, puis doyen le 24 juin 1701 par permutation avec Claude Mareschaulx son frère. Il mourut à Chartres le 19 août 1710. Il avait présidé en 1693 les conférences diocésaines en qualité de théologal et eut la part principale dans la rédaction du Catéchisme (1699) de Godet-Desmarais dont il était grand vicaire. On a aussi de lui: Oraison funèbre de Mme de Guise à Chartres le 12 mai 1696 (éd. Paris, 1697) et Lettre d'un docteur de Sorbonne à un de ses amis... sur l'ordonnance de feu l'évêque de Chartres portant condamnation des Institutions théologiques de Juénin, Paris, 1713, in-12. En décembre 1706 il donna dans le Journal de Trévoux une note relative à Brétigny (près Chartres) en 1360. Cf. L. MERLET, Bibliothèque chartraine, Orléans, 1882, pp. 295 sq., 340 sqq.

46. Henri Pontus de Thyard de Bissy (cf. supra, lettre du 30 janvier 1694,

n. 2) sera par la suite l'adversaire le plus en vue du jansénisme, ce qui lui vaudra le cardinalat. Le jugement que porte ici Fénelon d'après des informations de première main n'en est que plus intéressant. Il s'accorde d'ailleurs à peu près avec une indication du Journal de dom Ruinart à la date d'août 1699: «On pense consulter de la part de la Cour quelqu'un qu'on ne croirait pas attaché à aucun parti... sur l'édition de saint Augustin l'évêque de Toul» (INGOLD, p. 180).

47. La graphie Guinot est très nette, mais il s'agit évidemment d'une faute de lecture pour Quinot, précepteur des enfants du duc de Beauvillier (cf. supra, t. V, pp. 209 sqq.). Il est curieux qu'il ait été accusé de jansénisme. Cf. infra, lettre 638, n. 8.

48. Camille Le Tellier de Louvois, quatrième fils du ministre, né le 11 avril 1675, docteur de Sorbonne le 18 mai 1700, chanoine de Reims et grand vicaire de son oncle, eut dès 1684 la charge de maître de la librairie du Roi. Elu à l'Académie française en 1706, il mourut le 15 novembre 1718 après avoir refusé l'évêché de Clermont l'année précédente. Il avait été dirigé dans ses études préparatoires par le docteur Jean Vittement et en théologie par les docteurs Marc-Antoine Hersan et Louis de Targny. Cf. J. GILLET, Camille Le Tellier de Louvois, Paris, 1884.

49. Cf. supra, n. 14.

50. Ici commence la partie de cette lettre publiée par Gosselin.

51. On verra les deux prélats soutenir à ce sujet un procès au Parlement de Paris pendant le premier trimestre de 1702. Mais cf. déjà la lettre de Barbezieux du 27 février 1700.

52. On est surpris de la dureté de ces termes, mais ils s'accordent avec la «confession» qu'en fera le prince dans la première lettre qu'il écrivit à son ancien précepteur après quatre ans de silence, celle du 22 décembre 1701. Il n'était pas encore entièrement sorti de l'« abîme » dépeint par Saint-Simon (t. XXII, pp. 310, cf. 305 sq.). Fort sauvage (GEFFROY, Madame de Maintenon d'après sa correspondance authentique, Paris, 1887, t. II, p. 19 — BOISLISLE, t. XXII, p. 311), méprisant, sec et bref dans ses paroles (BAUDRILLART, t. I, pp. 43, 47), «très vif, impétueux avec fureur, opiniâtre à l'excès» (GEFFROY, t. II, p. 146, cf. la table de Boislisle), il présentait alors d'autres défauts qu'il vaincra complètement: le goût du jeu et du gros jeu (GEFFROY, t. II, p. 146), jusqu'à trois fois par jour (CAGNAC, Le Duc de Bourgogne, Paris, 1921, pp. 77 sq.), celui des divertissements, surtout pendant le carnaval, ce qui amènera une mise en garde de M. de Paris contre les mascarades (CAGNAC, pp. 76, 81), celui des plaisirs de la table et même de la boisson (cf. infra, lettre du 15 octobre 1708, 6°, n. 8). Voir les traits réunis par le comte d'HAussoNviLLE, La duchesse de Bourgogne, t. II, Paris, 1901, pp. 77, 85, 146-149, 185. Le prince n'échappa qu'à l'été 1702 au «tourbillon» par lequel il s'était laissé entraîner (cf. sa lettre à Fénelon du 22 décembre 1701, n. 4 et la réponse de l'archevêque du 17 janvier 1702. On trouve sous la plume de la princesse palatine (Lettres, éd. Olivier AMIEL, Paris, 1981) des indications de première main et, somme toute, concordantes, les 1" novembre 1698 (p. 166), 13 novembre 1700 (p. 192), 31 mars 1701 (p. 198), 19 avril 1701 (p. 199), 14 décembre 1704 (p. 234), 22 août 1706 (p. 251), 12 septembre 1706 (p. 252), 23 décembre 1710 (p. 297), 9 mai 1711 (pp. 306 sq.), Il août 1711 (p. 309), 18 février 1712 (p. 315), 8 avril 1712 (p. 321), 11 janvier 1715 (p. 348).

53. Depuis le 23 octobre 1699 le duc de Bourgogne n'avait plus de gouverneur (DANGEAU, t. VII, p. 174) et risquait donc d'être soumis à des influences dangereuses.

54. Galat. IV, 19.

55. Fénelon insinue que Beauvillier pourrait se montrer trop pointilleux et trop assidu : cette crainte paraît mieux dans ses lettres à son ami des 5 octobre 1702 et 4 novembre 1703.

56. Les jeunes seigneurs libertins ou les dévots jansénistes? Surtout ceux-ci, probablement.

44 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 novembre 1699

30 novembre 1699 COMMENTAIRE 45

57. La petite duchesse de Mortemart. Cf. infra, lettre du 17 janvier 1700,

n. 9.

58. L'abbé de Langeron.

59. Cf. sur le duc de Charost, supra, t. III, pp. 240 sq.

Il existe un certain nombre de lieux-dits de Beaurepaire dans l'Aisne, le Nord, le Pas-de-Calais (avec château, commune de Lillers), l'Oise, la Somme; étant données les fonctions du duc, nous croyons devoir nous en tenir à celui qui se trouve sur la commune de Doullens (Dictionnaire des Postes de 1859).

60. I Reg. XVIII, 17.

61. Isaïe LI, 12.

637. Au MÊME

30 novembre 1699 (?) [2e lettre].

On ne sait pourquoi Gosselin (t. I, pp. 80-84) a joint cette lettre aux quatre derniers paragraphes de la précédente, et le manuscrit dont il s'est servi (en le déclarant inédit) ne se retrouve pas. Mais la critique interne ne force pas à lui donner une autre date: Fénelon n'a guère pu connaître avant l'automne 1699 l'Historia de Auxiliis du P. Serry (n. 14) et M. Tronson est mort le 26 février 1700.

1. Fénelon avait été lui-même au nombre de ces «honnêtes gens», cf. supra, notre t. I, p. 164, n. 8.

2. Le mot «abomination» n'est pas connu par d'autres sources (Dangeau a seulement «en horreur»). Il resterait d'ailleurs à savoir s'il a été prononcé publiquement, ou seulement rapporté par le comte de Gramont ou par Mme de Maintenon, ce qui en diminuerait l'autorité. Le janséniste Vuillart ne donne le 9 juillet que l'expression beaucoup plus faible: «Port-Royal et Marly étaient incompatibles» (R. CLARK, pp. 251, 257, 260 — J. POMMIER, Aspects de Racine, Paris, 1954, p. 167).

Ancienne élève de Port-Royal (1652?-1660?) Mme de Gramont avait été obligée d'en retirer ses filles en 1679, et s'était vu refuser en 1696 l'autorisation d'y passer la Semaine Sainte. Elle s'absenta néanmoins sans prévenir au milieu de juin 1699 pour y participer à la procession de la Fête-Dieu, sorte de fête patronale de la maison. Le 27 juin, elle fut donc exclue par le Roi lui-même de la liste des Marlys et n'y fut rétablie, le 26 juillet, que sur la promesse qu'elle ne ferait plus à Port-Royal de «disparades» (cf. Jean POMMIER, pp. 110, 130 et surtout 163-167, et la bibliographie de notre Genèse d'Esther et d'Athalie, Paris, 1950, p. 135).

3. En 1679, elle semble avoir dit à Louis XIV qu'« on s'étonnait fort de ce qu'on faisait aux religieuses de Port-Royal, ... que c'étaient des créatures admirables, qu'on l'y avait nourrie sept ou huit ans par charité» (J. POMMIER, p. 110).

4. Ce n'est pas par hasard que Fénelon rapproche les deux noms: leur correspondance est attestée depuis 1694; l'Abrégé de l'histoire de Port-Royal fait implicitement l'éloge de la comtesse, qui se rendit «presque tous les jours» au chevet du poète mourant et, au dire de Vuillart, se plaignit «les larmes aux yeux» d'avoir perdu «un conseil» et un «exemple. Il nous encourageait, nous éclairait, nous fortifiait», ce qui confirme la justesse du rapprochement de Fénelon (J. POMMIER, pp. 111, 113, 116, 133, 160; cf. aussi pp. 142-164).

5. 11 est certain que, au moins depuis 1688, Racine se comportait à Versailles en «agent charitable» de Port-Royal auquel il rendait des «services très essentiels» (CLARK, p. 219; cf. CEuvres de J. Racine, éd. MESNARD Paris, 1885-1888, t. I, pp. 133 sqq.), et que les charges que les religieuses confièrent (pour cette raison même?) à sa tante la mère Agnès de SainteThècle, prieure en 1684, abbesse de 1690 à 1699, en paraissaient à tous la justification, ou du moins l'excuse. Il y faisait naturellement des séjours, dont le dernier eut lieu le ter avril 1698, et, précisément à l'occasion de l'octave de la Fête-Dieu de 1697, il avait manifesté l'intention d'y conduire sa famille. Il n'est guère douteux que Mme de Maintenon, en lutte presque ouverte contre Harlay et le P. de La Chaise, ne l'ait longtemps toléré et n'ait, jusqu'en 1698, permis à Noailles de donner satisfaction à beaucoup de ses requêtes (cf. MESNARD, t. VII, p. 186 — notre Genèse..., p. 133 sq. — J. POMMIER, p. 142).

6. Fénelon se montrera plus explicite en 1706: «Scitum est... ipso Rege attestante, aut primam, aut e primis unam, fuisse gratiam quam ab illo novus Prœsul postulandum sibi putavit, ut monasterium Porturegiense in integrum restitueret, sublato quod diximus, interdicto; Rex non ita properandum respondit. Quod potuit, Archiepiscopus omni favore domum hanc prosequutus est», en particulier par la désignation de Roynette comme visiteur (E. JOVY, Fénelon inédit, Vitry-le-François, 1917, p. 291). Le fait se serait donc passé en 1695 ou 1696. Nous croyons que Fénelon est ici plus exact (cf. CLARK, pp. 92 sq.) et la correspondance de Racine fournit une chronologie qui le confirme: il obtint en mars 1696 la nomination du grand-vicaire Roynette comme supérieur, celui-ci fit, du 21 au 25 mai, une visite dont les résultats furent favorables, Port-Royal de Paris n'obtint pas le nouveau partage qu'il demandait, et, surtout, A. de Noailles se rendit en personne au monastère suspect et, le 20 octobre 1697, il déclara qu'«il n'y avait point de filles dans son diocèse ni plus régulières, ni plus soumises à son autorité» (MESNARD, t. I, p. 140, t. VII, pp. 229-230). C'est alors qu'eût dû se placer le rétablissement du noviciat et Racine profita des liens de parenté pour le préparer subrepticement. Sans doute, à l'automne de 1697 (MEsNARD, t. I, p. 125, t. VII, p. 203) il laissait à Port-Royal des Champs sa fille aînée qui comptait y rester toujours (t. VII, pp. 211, 235). Il fallait pour cela que la prohibition de 1679 fût levée. Tout concourt à faire croire que Noailles le demanda au Roi, mais qu'il échoua, sans doute en janvier 1698, car le 5 février 1698 Racine écrivait à son fils: «Il avait couru un bruit... qu'on avait permission de recevoir des novices dans cette maison; mais il n'en est rien et les choses sont toujours au même état. Je doute que votre soeur puisse y demeurer longtemps» (ibid., t. VII, p. 210; cf. aussi 13 février, t. VII, p. 215, et t. I, p. 126). La fameuse lettre du poète à Mme de Maintenon du 4 mars 1698 laisse croire que la marquise était à l'origine de ce changement et que Racine, accusé de comploter avec les Noailles et Mme de Gramont, était menacé de disgrâce (J. POMMIER, pp. 137, 144). 11 en fut quitte pour la peur, mais il avouait le 10 à Jean-Baptiste: «On m'a dit qu'il fallait absolument

46 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 novembre 1699

que votre soeur aînée vînt avec nous» et, le ler avril 1698, l'ordre était exécuté (J. POMMIER, pp. 137-144 — notre Genèse, pp. 134 sq.). Au lendemain de la mort de Racine, c'était déjà de la dispersion des religieuses qu'il était question: «Il a rendu depuis plusieurs années de grands services à la maison. Je sais aussi très bien que M. l'archevêque a empêché la dispersion que ses mortels ennemis en avaient nouvellement fait résoudre par la Puissance souveraine, en retournant plusieurs fois au combat le bouclier à la main» (lettre de Vuillart du 30 avril 1699, éd. CLARK, p. 219).

On notera que Fénelon défend Mme de Gramont, épargne Racine, mais accable Noailles: tous trois avaient été ses amis, mais ils ne s'étaient pas conduits de la même façon dans l'affaire des Maximes.

7. Expressions terribles, mais Bossuet n'était plus indulgent que dans les termes (LEDIEU, t. I, pp. 237-239, 241) et les controverses jansénistes donnèrent bien des occasions aux deux partis de se plaindre de «notre reculante Eminence». On lira dans la XVIP Enluminure: «Et Noailles jusques au bout / Sera semblable à la pendule / Qui vient, qui revient et recule» (LE ROY, pp. 8 sq., 11). Cf. aussi SAINTE-BEUVE, éd. Hachette, t. V, p. 285 — P. BLIARD, Les Mémoires de Saint-Simon et le P Le Tellier, Paris, 1891, p. 219.

8. L'Ordonnance du 20 août 1696 contre l'Exposition de la foi catholique de M. de Barcos avait été composée par l'abbé Boileau et par Bossuet (LEDIEu, t. I, p. 317): beaucoup de contemporains avaient en effet jugé que la seconde partie réfutait la première. Malheureusement pour lui, Fénelon l'avait louée, en termes vagues mais sans réserves, dans sa lettre à Noailles du 9 septembre 1696, et il devra s'en justifier dans sa lettre au P. Le Tellier du 27 juin 1712.

9. Cf. la note 26 de la lettre précédente.

10. Voir les notes 16 et 17 de la même lettre.

11. S'agit-il du P. Massoulié ou de thomistes du diocèse de Cambrai?

12. Cf. lettre précédente, n. 17.

13. On peut en faire la liste grâce au t. II de la Bibliotheca janseniana du P. Willaert (Namur, 1950) qu'aident à compléter Conlon et Cioranescu.

14. L'ouvrage de Le Blanc [Hyac. Serry, 0.P.] que Fénelon réclamait déjà en Belgique le 9 octobre 1699 (cf. n. 4). L'édition de «Mayence», 1700, portait le titre Historiae congregationum de Auxiliis libri quatuor. Quibus etiam... confutantur recentiores huius Historiae depravatores, maxime vero... auctor (Daniel G.) libelli Galli... Remontrance à M. l'archevêque de Reims sur son ordonnance du 15 juillet 1697. Plus que d'une « histoire», il s'agit bien, comme le dit aussi Vuillart le 14 janvier 1700 (CLARK, p. 294), d'un «recueil» qui contient dans son premier livre beaucoup de documents sur les disputes au sujet de la Grâce à Louvain pendant plus d'un siècle, de la condamnation de Baius au bref d'Innocent XII à l'Université du 6 février 1694. Il y est surtout question des censures de Louvain et de Douai contre Lessius (1587) et de leur approbation, au moins tacite, sous Innocent XI. Dans son Historia controversiarum de Auxiliis ab objectionibus R Serry vindicata, Bruxelles, 1715, le jésuite Liévin de Meyere consacre au sujet une grande partie de son livre I (du chapitre 12 au chapitre 20, pp. 37 à 88) et revient sur Baius au livre III, ch. 28 à 30, pp. 398 à 419.

15. Allusion au titre du fameux écrit d'Arnauld que l'Assemblée du clergé de 1700 devait condamner. [décembre 1699?] COMMENTAIRE 47

638. Au MÊME

[Décembre 1699?].

L. a. non signée, pliée, A.S.S, t. I, ff. 34-35. Gosselin l'a crue adressée au duc de Chevreuse, mais le destinataire est appelé «mon bon duc» et il est question du voyage qu'il devait faire à Bourbon. Surtout la «grande lettre» dont il est question à l'avant-dernier paragraphe ne peut être que celle du 30 novembre 1699. Il ne s'agit d'ailleurs pas d'un «fragment », mais de deux feuilles complètes, qui se présentent comme une lettre de 4 pages, les premières lignes d'une écriture large et bien espacées; celles de la fin du y° du 2e feuillet sont au contraire resserrées.

1. Fénelon semble avoir eu une distraction en écrivant d'abord Jésuites, qui a été fortement rayé par la suite.

2. L' Historia congregationum de Auxiliis du dominicain Hyac. Serry (cf. supra, lettre précédente n. 14). Le passage cité par Fénelon s'y trouve au livre III, chap. 46, p. 576, cf. aussi p. 501.

3. Il doit s'agir des Vindiciae editionis s. Augustini a Benedictinis adornatae de dom Bernard de Montfaucon, présentées au pape le 7 juillet 1699. A l'instar de dom de Sainte-Marthe et de dom R. Massuet, F. Lamy publia aussi une réponse à la Lettre de l'abbé allemand (le jésuite J.B. Langlois), mais le général ne voulut jamais permettre que ce fût au nom de la congrégation (0.E, t. I, p. 72 n. — INGOLD, pp. 106, 183, 185).

4. L'Apologie des lettres provinciales de dom Matthieu Petitdidier, Delft, 1697, [Rouen], [1696]-1698, réponse aux Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe sur les Lettres au Provincial, Cologne, 1694, 1696 de Gabriel Daniel, S.J. (cf. R. CLARK, pp. 88 sq., 126 sq., 132, et supra, lettre du 30 novembre 1699, n. 19)

5. Louis XIV chargea le 11 novembre 1699 Pontchartrain d'imposer le silence aux jésuites et aux bénédictins au sujet de l'édition de saint Augustin. Dom Boistard en prévint ses religieux le 17 novembre 1699. Mais dom Lamy avait déjà obtenu le 24 octobre 1699 de Noailles l'autorisation de publier la Plainte de l'apologiste des Bénédictins à MM les prélats de France. De son côté, le P. Dez adressa le 15 novembre 1699 une circulaire aux jésuites, mais le Roi aurait trouvé «plus de bonne foi et de sincérité» dans celle de dom Boistard (INGOLD, pp. 113, 116, 182, 185). Cf. supra, lettre du 30 novembre 1699, notes 16 et 23.

6. Allusion à l'ouvrage du P. Noël Alexandre, Recueil de plusieurs pièces pour la défense de la morale et de la grâce de Jésus-Christ contre un libelle et des lettres anonymes d'un Père jésuite, Cologne, 1698 (cf. supra, lettre du 30 novembre 1699, n. 19). La première pièce contient une lettre du cardinal d'Aguirre du 17 décembre 1697 «au sujet des Lettres du théologien dont cette Eminence l'a cru l'auteur» (t. I, pp. 18-24). La seconde, les lettres du cardinal Cibo (15 juillet 1681), du cardinal F. Rospigliosi (7 octobre 1686), du cardinal de Norfolk (16 décembre 1684), du cardinal V.M. Orsini (28 septembre 1686), du cardinal Casanate (24 novembre 1692), du Père, puis cardinal, Noris (25 juillet 1692 et 22 janvier 1696), du cardinal Spada (13 avril 1694), du P. Bernardini (3 août 1694) et de nouveau du cardinal d'Aguirre sur la Morale des

48 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [Décembre 1699?)

30 novembre 1699 COMMENTAIRE 49

saints Pères (28 mai 1697) (t. I, pp. 38-58). On aura remarqué que Fénelon ne retient que les noms des cardinaux les plus augustiniens et qu'il néglige le fait que N. Alexandre était bien vu par Innocent XII comme en témoigne la lettre de son secrétaire d'Etat Spada.

7. Ce propos capital de Noailles au curé de Versailles François Hébert n'a pu être confirmé ni démenti par d'autres sources.

8. Voir sur cette affaire obscure la note 47 de la lettre du 30 novembre 1699 qui ne doit donc pas être de beaucoup antérieure à celle-ci.

9. Sans aucun doute celle du 30 novembre 1699.

10. Evidemment Noailles, Bossuet et Godet-Desmarais.

11. Le Meur? Cf. supra, la lettre du 30 novembre 1699, n. 44.

12. Gravées par Boskam, ces médailles étaient certainement «pour Jansénius», mais l'une au moins affectait de prendre le parti de M. de Cambrai dont la condamnation était liée à celle de M. d'Ypres. Dumartin, correspondant du P. Léonard à Amsterdam, lui écrivait en effet le 2 novembre 1699:

«M. le comte de Tallard, ambassadeur de France à la cour d'Angleterre, s'étant bien douté que le jugement rendu à la cour de Rome sur le livre des Maximes des saints etc. de ce prélat était trop célèbre, pour qu'on ne fit pas quelque médaille sur ce sujet, a fait chercher ici chez tous les curieux, s'ils n'en avaient point. Il y en a trouvé trois chez un M. Chevalier qui demeure en cette ville, qui est fort curieux en médailles. Sur l'une on voit le portrait de Jansénius avec ces mots Surgit quoque posthuma veritas, et dessous le portrait Jansenius episc. Yprensis 1699, et au revers un autel sur lequel il y a une couronne papale appuyée sur deux clefs en sautoir, un coup de foudre frappe la couronne et la fait pencher; d'un côté de l'autel il y a une figure de femme avec une étoile au dessus du front tenant dans ses deux mains une épée flamboyante avec laquelle elle s'efforce de renverser la couronne papale; mais de l'autre côté de l'autel, il y a deux prélats tendant les mains, comme pour la soutenir, et autour sont ces mots : tamen inviolata tenetur. Sur une autre médaille on voit le portrait de l'archevêque de Cambrai, avec ces mots autour: Cedit vir magnus, ut instet fortius, et dessous le portrait, Fr. Salignac Fenelon, archiep. Camer. 1699; le revers est de même que celui de l'autre. Sur la troisième on voit d'un côté le portrait de Jansénius, et de l'autre celui de l'archevêque de Cambrai, avec les inscriptions ci-dessus» (B.N., ms. fr. 19207, f. 38r°-v°), et il ajoutait le 19 novembre 1699:

«Par les trois médailles qu'on a frappées ici depuis peu au sujet de M. de Cambrai, on a voulu mettre ce prélat en parallèle avec Jansénius, et présentement on lui veut donner pour associé Molinos sur deux ou trois médailles auxquelles on travaille actuellement. Voici les devises de deux: il y en a une pour ce prélat, et l'autre contre. Voici celle qui est pour. Trois ou quatre chauves-souris tâchent d'éteindre la lumière sur son chandelier, en bas sont la tiare du pape et les chapeaux de cardinaux, avec ces mots : Ils haïssent fort la lumière qu'ils craignent, lucem exodere timendam. Voici celle qui est contre. C'est un petit arbre nommé papares sous lequel les crapeaux (sic) se réjouissent, avec cette inscription: malos recreat novitasque quiesque. Les méchants et misérables se réjouissent dans la nouveauté et la paresse» (ibid., ff. 40-42). Cf. aussi M. NAHUYS, Revue belge de numismatique, 1878, p. 107 - Alph. VANDENPEEREBOOM, Ypriana, t. VI, Bruxelles, 1882, pp. 187 sq. et supra, la lettre de Chantérac à Fénelon du 7 février 1699, n. 15. Mais, barré.

13. Cf. supra, lettre du 30 novembre 1699, n. 36.

639. AU DUC DE CHEVREUSE

30 décembre 1699.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 209, pp. 2-6. Comme d'ordinaire en pareil cas, les mots duc et duchesse sont omis. Cette lettre a semblé révélatrice de la psychologie de Chevreuse à Gustave Lanson qui l'a publiée sous le titre «Un tatillon» dans son Choix de lettres du XVII(' siècle, Paris s.d., p. 601.

1. Goût, «plaisir causé par quelque chose» (DuBots-LAGANE).

2. Etat très élevé comportant un grand nombre d'obligations.

3. Anatomie, «analyse minutieuse, subtile» (DUBOIS-LAGANE).

4. Excellente formule dont l'intéressé ne pouvait contester la justesse et qui pourtant ne pouvait le blesser. Saint-Simon répète aussi «qu'il faisait tout tard et assez lentement» (BoisusLE, t. XXIII, pp. 194 sq., cf. aussi t. IV, pp. 224 sq., t. XV, p. 407). Voir infra, la lettre de Chevreuse du 7 septembre 1702, n. 10.

5. En passant sur le plan spirituel, Fénelon retrouve des accents de plus en plus guyoniens.

6. L'opposition de «laisser tomber» à «combattre» est dans la même ligne et risquait d'être aussi qualifiée de quiétiste. La dernière phrase du paragraphe aurait également pu être accusée d'illuminisme.

7. Accourcir, «abréger» (Dusols-LAGANE).

8. Eph. IV, 23.

9. Encore un mot bien guyonien, quoique l'epectasis fût déjà l'idéal de saint Grégoire de Nysse. Le même paragraphe le renforce en lui opposant ses contraires : «rétréci», «boucheraient votre coeur».

10. Il s'agit évidemment des jansénistes (cf. déjà la lettre du 31 août 1699, n. 4): il est étonnant que Fénelon juge encore nécessaire cette mise en garde... dont il affaiblit lui-même la portée en reconnaissant ses bonnes relations avec ses diocésains de cette tendance et en ne leur reprochant ici que de n'être pas guyoniens («le vrai intérieur» ne peut être entendu autrement).

A MAIGNART DE BERNIÉRES

8 janvier 1700.

L. a. s., pliée, B.N., noue acq. fr. 24146, ff. 1-2.

1. Ce billet semble une réponse à des voeux de nouvel an.

2. Cf. supra, lettres du 2 juin 1699 au 18 juillet 1699.

50 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 janvier 1700

3 Il est question de ce prieuré devenu la maison de campagne de l'intendant, supra, lettre du 9 août 1699.

LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

9 janvier 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 60.

1. Réponse à la lettre de félicitations que Gabrielli avait reçue de l'archevêque au sujet de son cardinalat (cf. supra, la lettre du 30 novembre 1699, n. 8). Le style de Gabrielli est ici beaucoup plus hyperbolique que celui de sa lettre à Chantérac du 11 août 1699; mais il le reconnaît lui-même. De plus, ce n'est pas à un vieil ami qu'il s'adresse cette fois, mais à un archevêque que le Pape souhaitait élever aussi à la pourpre.

2. L'étonnement fut en effet général et nous en avons de nombreux témoignages. Le 14 novembre, Charmot écrivait à Noailles : «J'ai vu le cardinal Casanata, qui n'est pas moins surpris que tous les autres cardinaux et que tous à Rome même d'un tel choix pour le cardinalat. J'ai trouvé avec Son Eminence l'abbé Corderi qui a dit que Gabrielli était de la plus basse lie du peuple, que cela ne serait rien s'il y avait quelque grand talent qui relevât cette bassesse; il est à la vérité bien surprenant que le Pape ait élevé à cette dignité un homme qui vient de défendre des opinions sur le quiétisme qui ont été condamnées par Sa Sainteté même, et qui a de plus approuvé le livre du cardinal Sfondrati» (Archives des Missions Etrangères, Mémoires, ms. 281, p. 205).

Un ami de l'abbé Bossuet, Latour-Guyon, écrivait le 17 novembre 1699 de Rome à l'abbé Bertet : «La promotion de ce religieux a extrêmement surpris tout le monde, son peu de naissance joint à l'approbation qu'il avait donnée au livre du cardinal Sfondrate sur la prédestination, et au parti qu'il avait pris en faveur de l'archevêque de Cambrai semblaient l'avoir exclu du cardinalat... Tous les partisans du livre de M. de Cambrai en triomphent et ne peuvent se lasser d'élever le mérite, l'habileté et la science de ce nouveau cardinal dont on n'a pas eu ces sentiments jusqu'à présent» (B.M. Avignon, ms. 1435, f. 130). Voir aussi les lettres de l'abbé Bossuet à Maille des 24 novembre et 14 décembre 1699, DAV1N, Bossuet, Port-Royal..., Paris, [1883], p. 28.

Le 21 novembre 1699 on écrivait de Rome à la Gazette de Leyde: «Il y a de grands murmures au sujet de la promotion du cardinal Gabrielli, moine de basse naissance. Mais c'est son grand savoir, joint à la recommandation du feu card. Sfondrati, qui lui a procuré cette nouvelle dignité» (Nouvelles extraordinaires, 15 décembre 1699).

Enfin, on lit dans les Mémoires historiques et politiques de décembre 1699 (p. 609): «Les spéculatifs ont remarqué qu'un des cinq cardinaux désignés fut un des dix qualificateurs du livre de l'archevêque de Cambrai, et du nombre de ceux qui paraissaient le moins portés à sa condamnation. Il y aurait bien des réflexions à faire sur cette remarque». Cf. supra, Chantérac à Mau-lévrier, 2 octobre 1697, n. 16 sf.

COMMENTAIRE 51

3. Cf. II Cor. XI, 31.

4. Allusion au cardinalat de Fénelon?

5. Il ne faut pas voir dans cette fin de lettre de banales offres de service, mais l'invitation à une fréquente correspondance et à une colloboration qui durèrent effectivement un assez grand nombre d'années.

640 bis. LE MÊME A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

9 janvier 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 61.

1. Ces deux lettres n'ont pas été conservées. Il est par conséquent difficile de savoir quelles étaient les excellentes nouvelles concernant Fénelon (Sebastianus): il ne peut guère s'agir de celles dont Gabrielli se réjouissait dans sa lettre du 11 août 1699 (notes 4 sqq.).

2. Julius est certainement Gabrielli lui-même et son livre Dispunctio notarum XL, quae scriptor anonymus E.C. CeL Sfondrati libro cui titulus Nodus prredestinationis, quatenus homini licet, dissolutus, inussit. N'osant pas rendre publique une édition publiée à Rome sous l'anonymat et sans approbation, Gabrielli l'avait envoyée à Fénelon (cf. supra, la lettre à Chantérac du 25 octobre 1698, n. 18, celle de Fénelon du 13 février 1699 et celle de Chantérac du 7 mars 1699, n. 10) qui l'avait fait réimprimer «Colonise, Servatius Noethen, 1699, in-12». Gabrielli y reviendra dans sa lettre à Fénelon du 20 octobre 1702.

3. La lettre de Chantérac félicitant Gabrielli de sa promotion.

4. Ps. LXXXIII, 11.

5. Luc XIV, 10.

6. Ps. CI, 11.

7. I Reg. II, 8.

8. Voir notre article sur «Le Cardinalat de Fénelon», XVIIe Siècle, 1951-1952, pp. 248 sqq., auquel l'amitié de B. Neveu nous permet d'ajouter un propos tenu par le cardinal de Polignac et rapporté le 4 mars 1726 dans le Diario de l'ex-jésuite Foucquet devenu évêque d'Eleutheropolis: «Lundi dernier il y a aujourd'hui huit jours, le C. de P. parla fort sur le sentiment de M. de Meaux et convint que ce prélat avait ruiné l'amour pur. Il rapporta un mot de M. de Cambrai qui disait que M. de Meaux n'avait jamais pensé à l'amour de Dieu que pour faire des arguments. Je parlai hardiment et clairement pour faire sentir à tous ceux qui étaient à table combien le sentiment de M. de Meaux était contraire aux principes du Christianisme... M. le cardinal applaudit... Il ajouta qu'Innocent XII pensait à faire cardinal M. de Cambrai, non pour ses ouvrages, une infinité de savants pouvant écrire pour l'Eglise, mais pour le grand exemple de soumission qu'il avait donné, ce qui était unique» (Bibl. Vat., Borgia lat. 565, f. 346v0).

9. Il ne s'agit pas de Morimond, abbaye de l'ordre de Cîteaux (auquel appartenait Gabrielli), mais d'une clé désignant Paris.

10. Il a déjà été question du cardinal Nicolas Radolovic dans la lettre du 4 janvier 1698 (n. 6). Le votum que, comme archevêque de Chieti, il avait donné sur les Maximes rendait peu probable son élévation à la pourpre.

9 janvier 1700

640 A.

52 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 janvier 1700 [vers le 15 janvier 1700] COMMENTAIRE 53

Dans ses lettres à Maille, l'abbé Bossuet «parlait mal de M. de Chieti (Scaramouche)» (lettre du 24 décembre 1699, cf. aussi celles des 1" et 5 janvier 1700 dans V. DAVIN, Bossuet, Port-Royal..., [1883], pp. 31 sqq.). Le 26 janvier 1700 Radolovic répondra aux félicitations de Fénelon (cf. aussi la lettre du 6 février 1700 de Gabrielli).

11. Les expressions de certaines de ses lettres à son oncle (cf. en particulier la table d'URBAIN-LEVESQUE, t. XV, p. 168) rendent en effet probable qu'il avait essayé de perdre auprès d'Innocent XII le P. Gabrielli, champion de Sfondrate et de Fénelon.

640 B. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

Il janvier 1700.

Copie Levesque, A.S.S., pièces 578 et 579. L'édition M. CAGNAC (extrait de La Quinzaine, 1904, pp. 27 sq.) est fautive en plusieurs endroits.

1. Du 30 décembre 1699.

2. Légère tendance à l'illuminisme comme dans la lettre de Fénelon du 30 décembre 1699, n. 6.

3. Si attache est commun dans le langage ascétique, voie paraît d'origine guyonienne et sera d'ailleurs répété à propos de Mme de Mortemart qui figurait au premier rang dans le «petit troupeau».

4. De Mortemart et non sa soeur Beauvillier comme l'ont cru Gosselin et Cagnac. Cf. infra, la lettre de Chevreuse du 16 mai 1703.

5. La Marvalière, cf. supra, lettre du 17 septembre 1693, n. 2, t. III, p. 387.

6. De Beauvillier. On apprend ainsi que les rencontres quotidiennes des deux beaux-frères (BoIsLisLE, t. XXIII p. 196) étaient brèves («de suite» avait alors le sens qu'a actuellement «avec suite»), ce qui n'étonne pas, étant données les charges du ministre d'Etat, président du conseil des finances.

7. La copie porte jen scais, lapsus probablement imputable à Chevreuse, qui va déclarer «ne pas se relire».

8. Serrement, image qui répond à celles de la lettre de Fénelon du 30 décembre 1699, n. 9. La fin de la présente lettre est d'ailleurs particulièrement guyonienne.

641. Au CARDINAL GABRIELLI

[Vers le 15 janvier 1700].

L. a. pliée, toute entière de la main de Fénelon, mais pour être signée de l'abbé de Chantérac, A.S.S, pièce 218. Cette minute qui s'arrête sans ponctuation au bas de la quatrième page comportait peut-être une suite. Le destinataire répondra dès le 6 février.

1. Cette lettre a pour but de persuader la Cour romaine que Fénelon ne continuait pas à faire vendre ses écrits relatifs aux Maximes des Saints, bien que ses adversaires eussent provoqué une saisie chez un imprimeur de Cambrai afin de prouver le contraire.

Cette mesure avait été décidée par Pontchartrain qui avait annoncé le 8 octobre 1699 l'intention de poursuivre jusqu'au Parlement «afin que la chose fît plus d'éclat dans le public» le premier «distributeur de ces pièces qu'on arrêterait» (RAVAISSON, Archives de la Bastille, Paris, 1877, t. IX, p. 91). De plus, le pouvoir royal cherchait la preuve que l'archevêque faisait imprimer sous ses yeux une édition clandestine du Télémaque (cf. abbé Viguier, 20 décembre 1699, dans Mélanges publiés par la Société des bibliophiles français, 1856, p. 271). Aussi Barbezieux écrivait-il le 13 décembre 1699 à l'intendant Du Gué de Bagnols: «Monsieur, Le Roi ayant été informé que le nommé Hirson, libraire demeurant à Cambrai, et son fils qui était depuis peu à Paris dont il est retourné auprès de son père, débitaient depuis longtemps des livres défendus, et Sa Majesté voulant leur ôter les moyens de continuer un tel commerce, m'ordonne de vous écrire que son intention est que, sans vous en reposer sur personne, vous vous transportiez à Cambrai le plus secrètement qu'il sera possible afin qu'ils ne soient pas avertis de ce qui se passe ni ceux qui les pourront protéger, vous donniez de si bons ordres que lesdits Hirson père et fils soient arrêtés et conduits dans la citadelle de Cambrai, pour y être gardés sûrement dans des prisons séparées, sans communiquer par écrit ni de vive voix avec personne. Le Roi désire encore qu'en même temps qu'ils seront arrêtés vous fassiez mettre le scellé sur les livres qui se trouveront chez eux, afin qu'après que vous les aurez interrogés, on puisse connaître la qualité desdits livres. Je vous supplie de me mettre en état de rendre compte au Roi de ce que vous aurez fait en exécution de ce que je vous marque de ses intentions» (Service historique de l'Armée, A' 1448, 2e partie, f. 67r°).

Le 23 décembre, il réitérait ses ordres: «Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 20 de ce mois, par laquelle vous me marquez que votre santé ne vous permet pas d'aller si tôt à Cambrai, pour y faire exécuter ce que je vous ai mandé des intentions du Roi par ma lettre du 13 de ce mois. Je souhaite que vous soyez incessamment délivré de l'indisposition que vous avez, afin que vous jouissiez d'une santé parfaite et puissiez être en état d'agir. Cependant vous trouverez ci-joint l'ordre de Sa Majesté nécessaire pour faire recevoir dans la citadelle de Cambrai les nommés Hirson père et fils après que vous les aurez fait arrêter» (ibid., f. 146r°-v°).

L'intendant ne se pressant pas d'obéir, il reçut le mois suivant un rappel cinglant, comme le note Sourches: «Le 27 janvier 1700... on sut... qu'encore que M. de Bagnols, intendant de Flandre, eût la goutte très fort, le Roi lui avait envoyé l'ordre de se transporter à Cambrai, en quelque état qu'il pût être; ce qu'il avait fait, et il avait fait enlever l'imprimeur dont se servait l'archevêque de Cambrai, avec toute son imprimerie» (SouRcHEs, t. VI, p. 225). Plus précis, P. Quesnel annonçait le 7 mars 1700 à Mule de Joncoux: «M. de Bagnols, intendant à Lille, a été à Cambrai saisir tous les Télémaques et faire mettre en prison le libraire qui les débitait» (ms. fr. 19731, f. 30).

On sait par la correspondance de Jérôme de Pontchartrain que l'interrogatoire de Hirson était antérieur au 18 janvier 1700 (cf. sa lettre à d'Argenson de ce jour, A.N., CO. 44, f. 16). Dès le 31 mars, le secrétaire d'Etat à la Maison du Roi chargeait Barbezieux de le faire remettre en liberté (ibid., f. 123v°,

54 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 janvier 1700

cf. Barbezieux à Du Gué de Bagnols, 8 avril 1700, Serv. hist. Armée, Al . 1457, 2e p., f. 75r°) et, le 23 juin 1700, il expliquait à d'Argenson que «le nommé Hirson, bourgeois de Cambrai, fut arrêté particulièrement pour avoir imprimé les écrits de M. de Cambrai et d'autres livres qui n'étaient pas mauvais, mais dont le débit est défendu seulement à cause des réglements de la librairie de Paris» (A.N., 01. 44, f. 269v°). Le 16 septembre 1704, l'abbé Ledieu constatera que les «deux libraires de Cambrai sont de pauvres relieurs qui n'ont aucun fonds de livres» (éd. GUETTÉE, Paris, 1857, t. III, p. 171).

2. Cf. supra, la lettre de Colloredo du 18 août 1699. Voir sur lui la notice du 21 mai 1697, n. 1, supra, t. V, p. 186. [29 janvier 1700]

10. On ne pouvait en effet trouver étranges ces rencontres de Chevreuse avec sa belle-soeur.

11. Il Cor. X, 10.

643. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[29 janvier 1700).

641 A.

LE CARDINAL RADOLOVIC A FÉNELON

26 janvier 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 141-142. Indication d'un secrétaire pour le porteur : «A Mde Monbron». Les mentions « le 29 de l'an 1700» et «n° 1» semblent avoir été inscrites par la destinataire elle-même, qui a classé les lettres chaque année à partir de cette date du 29 janvier.

L., corrections et signature autographes, pliée, A.S.S, pièce 220.

1. Voir sur l'auteur, supra, lettre du 4 janvier 1698, n. 6. Il avait écrit à Fénelon le 12 mai 1699. C'est aux félicitations que M. de Cambrai lui avait envoyées le 9 janvier 1700 qu'il répond ici.

642. Au DUC DE CHEVREUSE

27 janvier 1700.

Le texte donné par Gosselin a été un peu corrigé par Cagnac.

1. Du 11 janvier 1700.

2. Désappropriation, mot guyonien banal auquel la phrase suivante rend sa rigueur étymologique.

3. La lettre où Chevreuse citait des titres est perdue. L'expression «simple présence de Dieu» est une allusion implicite à frère Laurent dont les propos avaient été recueillis par J. de Beaufort (cf. infra, la lettre à Mme de Montberon du 5 août 1700, n. 4).

4. Sauver du temps, ne pas en perdre.

5. Laisser tomber, expression déjà employée le 30 décembre 1699, n. 6.

6. Conseil précis et formulé d'une façon originale.

7. Deux communions par semaine paraissaient donc trop fréquentes à la Cour: on notera que Fénelon ne s'en indigne pas. Lui-même se contente d'approuver Mme de Montberon de communier tous les quinze jours (lettre du 3 mars 1700).

8. Cf. supra, la lettre de Chevreuse du 11 janvier 1700, notes 4 à 6.

9. C'est-à-dire depuis le moment où Fénelon avait quitté Versailles. La duchesse de Mortemart avait fait un séjour à Cambrai du 30 août au 3 septembre et un autre au Cateau-Cambrésis du 4 au 15 octobre 1699 (A.D. Nord,

3 G. 1665' sf.).

1. Marie Gruyn, née vers 1646, était la fille de Pierre (parfois appelé Roland) Gruyn, sr de la Celle-Saint-Cyr etc., secrétaire du Roi, mort le 5 mai 1666, et de Marie-Anne Closier, fille d'un bourgeois de Châlons, morte le 17 avril 1659 après dix-neuf ans et neuf mois de mariage. Son grand-père, Philippe Gruyn, était propriétaire de la Pomme du Pin, fameux cabaret du Pont-Notre-Dame, mais sa famille s'était enrichie dans «la subsistance, lors de l'établissement d'icelle» et avait acquis des «charges de finances très considérables»; son oncle Charles, sr des Bordes et de Nouzières, put ainsi faire construire dans l'île Notre-Dame l'actuel hôtel Lauzun (TALLEMANT DES RÉAUX, Historiettes, éd. A. ADAM, Paris, 1961, t. II, p. 1442). Par son testament du 20 avril 1666, son père confiait Marie Gruyn à son frère aîné Pierre Gruyn, sr de Valgrand, tuteur honoraire (il mourra doyen au Grand Conseil le 23 février 1728), et à sa soeur Anne Gruyn, épouse de Jean-Paul de Choisy, châtelain de Beaumont etc., intendant de la généralité de Mons, pays de Luxembourg et frontières de Champagne. Leur dernier frère Roland, sr du Bouchet, semble avoir été receveur général des finances en Champagne et également conseiller au Grand Conseil. Marie Gruyn épousa en 1667 François de Montbron ou Montberon, officier de mousquetaires (cf. supra, lettre du 9 avril 1699, n. 2). Ils n'eurent qu'un fils, Charles-François, marquis de Montberon, et une fille, Marie-Françoise, mariée le 26 janvier 1689 au comte de Souastre. Veuve le 16 mars 1708, Mme de Montberon vendit le 11 janvier 1716 aux Souastre tous ses droits de succession pour 15000 livres de rente annuelle. Elle mourut le 27 avril 1720 dans la chambre qu'elle occupait au couvent de la Madeleine du Traisnel, rue de Charonne. Cf. A.N., 306 AP 597, 598, 688, 694, 695, et 322 AP 27.

2. Outre les raisons évidentes de cette prédilection, Fénelon n'oublie pas que c'était ce jour-là que les Maximes des Saints avaient paru en 1697.

3. Fénelon pense-t-il à l'Esprit de saint François de Sales publié par J.P. Camus?

4. Matth. XVIII, 7.

5. Mettant, rayé.

56 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 février 1700

644. A DOM FR. LAMY

4 février 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 63-64.

644 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

6 février 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 65.

1. Expression volontairement outrée sous la plume d'un cardinal parlant d'un archevêque. Lorsqu'il recevait Chantérac (cf. supra, lettre du 22 février 1698), le cardinal Albani usait avec lui de la même courtoisie raffinée.

2. Eccli. XI, 31-33.

3. Job V, 12-13.

4. Cf. supra, lettre du 9 janvier 1700, n. 10.

5. Il est difficile d'identifier le cardinal que l'abbé Bossuet avait chargé d'agir contre Fénelon - ou pour la défense des assemblées provinciales. On penserait à Casanate. Il n'est en tout cas pas possible de savoir dans quelle mesure les dénégations de l'inconnu étaient sincères.

6. Réponse à la lettre signée de Chantérac de la mi-janvier 1700 (n. 2) où il exprimait l'inquiétude que lui causaient les reproches contenus dans la lettre de Colloredo à Fénelon du 18 août 1699.

7. Bien que la Clé (B.N., nouv. acq. fr. 6248, f. 228) donne Julianus pour Casanate et Lucianus pour Noris, Gosselin a interprété ici Julianus par Noris. Mais la mention de la «maladie» en cours tranche la question : c'est Casanate qui en mourut dans la nuit du 2 au 3 mars 1700 (BolsusLE, t. VII,

p. 48). Cf. infra, lettre du 1" mai 1700, n. 2.

644 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

12 février 1700.

Minute de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, Ai . 1456, 2e p., f. 71r°.

1. Les religieuses augustines de Prémy appartenaient à la congrégation de Saint-Victor. Elles avaient leur couvent près des murs de Cambrai (LE GLAY, pp. 276-277). L'abbesse, Marie-Madeleine Hustin (ou Hutin), élue en 1692, était morte le 15 décembre 1699. Robertine Bernard lui succéda et semble avoir gouverné la communauté jusqu'en 1719 (A. BRUYELLE, Les monuments de Cambrai, Valenciennes, 1854, p. 162).

2. Barbezieux écrivit le même jour sur le même sujet à Du Gué de Bagnols et à la prieure de l'abbaye de Prémy (Serv. hist. Armée, ibid., ff. 70 sq.). 14 février [1700?] COMMENTAIRE 57

645. A H.G. DE PRECIPIANO

14 février [1700?].

L. a. s., Archives de l'archevêché de Malines, Fonds de l'Oratoire: Braine-le-Comte. Inédite.

1. Cf. supra, lettres de la mi-avril et du 11 novembre 1699 et, sur la fin de cette affaire, celles des 18 et 20 février 1700.

646. Au MÊME

18 février [1700?).

L. a. s., Archives de l'archevêché de Malines, Fonds de l'Oratoire: Braine-le-Comte. Inédite.

1. Fénelon avait interdit l'exercice de ses fonctions au P. Renon et, en passant outre, celui-ci avait peut-être encouru l'irrégularité (ex delicto, pour le quatrième chef) qui le rendait incapable de posséder des bénéfices. Cependant celle-ci n'ayant pas fait l'objet d'une sentence, elle restait occulte et problématique.

2. Cf. infra, lettre du 20 février 1700.

3. Le désistement des habitants de la paroisse était peut-être rendu nécessaire par l'arrêt qu'ils avaient obtenu de la Cour de Mons.

647. Au MÊME

20 février [1700?).

L. a. s., Archives de l'archevêché de Malines, Fonds de l'Oratoire: Braine-le-Comte. Inédite.

1. Il est probable que le P. Renon fut accepté par ses nouveaux confrères de l'Oratoire de Saint-Philippe Néri dont la maison-mère en Belgique se trouvait à Montaigu, au Nord-Est de Louvain. Il devint en tout cas chanoine d'Aerschot à 12 km. de Montaigu (E. MATTHIEU, p. 490).

2. Le P. Louis Grawez fut en effet remplacé comme curé de Braine-le-Comte par Jean Surquin, originaire de Chièvres, qui fonda en 1723 des messes dans sa ville natale (ibid., pp. 490 sq.).

22 février 11700 ou suivantes?) COMMENTAIRE 59

648. A LA COMTESSE DE MONTBERON

22 février 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 143-144. N° 2.

1. Cette lettre et plusieurs des suivantes insistent sur la réserve que Fénelon était obligé de garder dans ses rapports avec ses parents et ses amis pour ne pas les entraîner dans la disgrâce dont la récente perquisition chez le libraire Hirson montrait la gravité.

2. Matth. V, 8.

3. Coupure de 35 mm. correspondant très probablement à «de Souastre».

La fille de sa correspondante, Marie-Françoise de Montberon, née sans doute entre 1668 et 1671 et décédée à Arras le 12 février 1720, avait épousé à Cambrai le comte Charles-Eugène de Souastre. Leur contrat de mariage du 26 février 1689 obligeait les Montberon à les loger et à les nourrir, mais le jeune ménage renonça le 5 janvier 1697 à ce droit moyennant compensation. Si la plupart de leurs enfants naquirent jusqu'en 1698 à Cambrai, les derniers vinrent au monde à partir de 1701 à Arras, dans l'hôtel des Souastre, et des naissances eurent lieu pendant les deux périodes au château de ceux-ci à Vendegies-au-Bois.

Voici d'après le chartrier de Castries (fonds de Guînes, A.N., 306 AP 597 complété par 595, 598 et 599) et VEGIANO d'HovEL (Nobiliaire des Pays-

Bas, éd. J. de HERCKENRODE, Gand, 1865, t. I, pp. 917-918) la liste de leurs enfants, dont plusieurs apparaîtront dans la correspondance de Fénelon:

ler Charles-Joseph-François, comte de Guînes, né à Cambrai le 10 ou 12 octobre 1690, mort avant 1720. Le 5 décembre 17101e ministre Voysin écrivait à son père: «Le marquis de Goesbriand a rendu toutes sortes de bons témoignages de la manière distinguée et du zèle avec lequel M. votre fils a servi pendant toute la durée du siège d'Aire et S. M. est très disposée à lui accorder l'agrément des emplois à portée de lui auxquels vous jugerez à propos de le proposer.» Le 14 septembre 1711 il continuait à «remplacer son père dans le service» (Serv. hist. Armée, A1. 2211, f. 155, et 2301, pièce 41, cité infra, lettre du 16 septembre 1711, n. 1).

2e Marie-Charlotte-Victoire (ou Anne-Charlotte), demoiselle de Souastre, née le 15 ou 16 janvier 1692, morte à Paris le 18 août 1711.

3e Marie-Louise-Eustache, née le 4 ou 5 septembre 1693 à Vendegies, morte le 10 du même mois.

4e N. sa soeur jumelle, morte sans avoir reçu de nom.

5e Charles-Louis, né à Cambrai le 5 ou 6 octobre 1694 mort le 20 avril 1696.

6e N. né à Cambrai le 8 octobre ou novembre 1695, mort en mai 1696 sans prénom.

7e Françoise-Dorothée de Guînes, née à Cambrai le 13 novembre 1696, baptisée à la paroisse Saint-Aubert au mois de février 1698 (plutôt que 1697) avec Fénelon pour parrain et Dorothée de Gorcy, marquise de Bouzy, pour marraine. Elle vivait encore le 12 juin 1712 (voir la lettre de cette date).

8e Jean-François de Guînes, né à Cambrai le 26 ou 27 février 1698, reçu en 1713 dans l'ordre de Malte sous le nom de chevalier de Souastre, mort sans enfant à Arras le 22 février 1730. Etant devenu l'aîné, il avait reçu en 1720 les quatre-cinquièmes de la succession de ses parents. Est-ce le «petit abbé» dont parlait Fénelon le 27 octobre 1709?

9e Charles-Marie, comte de Romboval, né le 2 juillet 1699 à Vendegies, reçu chevalier de Malte en 1713, capitaine au régiment de la Marine le 21 juillet 1729. Sur le point de faire ses voeux de chevalier profès le 4 juin 1734, il testa en faveur de son cadet Guy-Louis, mais lui survécut et testa de nouveau le 24 avril 1765 en faveur du fils unique de Guy-Louis.

10e Marie-Louise-Ursule, demoiselle d'Agny, née le 1" octobre 1700 à Vendegies. Elle épousa le 21 mai 1725 Jean-Baptiste-Charles Chomel, conseiller au Grand Conseil, et vivait encore en 1751.

1 le Catherine-Henriette, demoiselle du Maisnil ou Mesnil, née le 8 décembre 1701 à Arras, eut pour parrain Henri de Lorraine, gouverneur de Picardie et d'Artois, et pour marraine la duchesse de Boufflers. Elle mourut à Paris le 2 février 1710.

12e Guy-Louis de Guînes de La Neuville, né le 20 ou 22 août 1703, eut pour parrain l'évêque d'Arras. Il épousa Isabelle-Françoise-Adrienne de Melun de Cottes le 1" juin 1734 et mourut à Paris en janvier 1763. Cf. supra,

13e Françoise-Pélagie, demoiselle de Vendegies, née le 16 juin 1706 à Arras, se maria avec Jean-François-Joseph, marquis de Cerf, dont elle eut trois filles, et mourut entre 1751 et 1756.

14e Louise-Dorothée, demoiselle de la Neuville, née le 5 septembre 1708, décédée «en minorité» en la ville de Mons entre le 6 février 1720 et le 27 avril 1729.

649. Au DOYEN DE CHRÉTIENTÉ DE MAUBEUGE

22 février (1700 ou suivantes?).

Original disparu. Publié d'après Gosselin (Jurid. XVII) (XII), 0.E, t. VIII, p. 343.

Cette lettre paraît se placer au moment où Fénelon prit de son diocèse la connaissance approfondie qu'avait retardée la polémique sur les Maximes des Saints et où la région n'était pas encore ravagée par la guerre.

1. Le P. Dubray, oratorien, fut curé de Saint-Pierre de Maubeuge de 1680 à 1719, et il semble qu'il ait été aussi doyen de chrétienté. En 1684 cependant cette fonction appartenait au curé de Solre-le-Château, Pescher (A. JENNEPIN, Histoire de la ville de Maubeuge, Maubeuge, t. II, 1909, p. 513) qui eut, de 1699 à 1723, Delhaye pour successeur. Cf. supra, lettre 614.

2. Cousolre, à quatre lieues au S.-E. de Maubeuge. Albert Henry en fut curé de 1699 à 1707 (BONTEMPS).

3. Hestrud, à environ cinq lieues à l'Est de Maubeuge et d'Avesnes, eut pour curés A. Boulanger (1669-1701) et A. Lefebvre (1701-1713) (MtcHAux aîné, Avesnes, 1867, p. 407).

58 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 février 1700

60 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 février 1700 2 mars 1700 COMMENTAIRE 61

4. Bérelles, à quatre lieues au Nord-Est d'Avesnes, eut pour curés F. Perin (t 1696) et N. Despy (t 1745). Voir la monographie d'Em. Trelcat.

5. Solrinnes, à trois lieues et demie au Nord-Est d'Avesnes, semble avoir été desservie par Pierre-Ch. Doige (1693-1720) (MicHAux aîné, p. 425).

6. Recquignies, à une lieue et demie à l'Est de Maubeuge. Les curés en furent Leroy (1695-1696), Pierre Laurent (1696 ou 1698-1710), Engelbert Marmignon (1711-1712) (BONTEMPS, p. 241 — MICHAUX aîné, p. 420).

7. Bersilly-l'Abbaye, à quatre lieues à l'Est de Maubeuge, avait pour patron l'abbaye de Maroilles.

649 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

27 février 1700.

Minute de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, A' 1456, 2e p., f. 166r°. Inédite.

1. Les appels du diocèse de Saint-Orner allaient naturellement à Cambrai devant l'officialité métropolitaine (cf. A.D. Nord, 5 G. 584). L'évêque L.A. de Valbelle, dont on a vu l'acharnement contre Fénelon en mai 1699, fut exaspéré que l'archevêque eût cassé peu de temps après la sentence rendue par lui contre Robert de Caulers (cf. sur la famille de celui-ci B.N., P.O. 621 et Service hist. de l'Armée, Al . 2135, pièce 377). Voici le résumé donné le 7 janvier 1704 par Monnier de Richardin des multiples procès de Caulers:

«A l'Hôtel-Dieu d'Aire en Artois, deux religieuses avaient soustrait 5200 florins qu'elles confièrent à Robert de Caulers, chanoine de la collégiale d'Aire, ci-devant leur confesseur. L'affaire découverte quelques années après, Caulers est condamné à aumôner audit Hôpital la somme de 50 livres, à une retraite de trois mois dans le séminaire de Saint-Orner, pendant lesquels il serait suspens de l'éxécution de ses ordres. Ledit Caulers appela de cette sentence par devant l'official de Cambrai. M. l'évêque de Saint-Omer demanda à M. l'archevêque de Cambrai qu'il lui plût de commettre un official forain pour la partie de sa province qui est du ressort du Parlement de Paris. Ce dernier n'en voulut rien faire, et jugea par lui-même le procès en question. Pendant la cause d'appel, l'appelant, suivant le style ordinaire de cette cour métropolitaine, obtint des défenses d'exécuter la sentence dont était appel, et célébra la messe nonobstant la suspension portée par ladite sentence. Le procès de la cause d'appel étant instruit de part et d'autre, M. l'archevêque de Cambrai rendit sa sentence, par laquelle il déchargea l'appelant des trois mois de séminaire et de la suspension, le condamna à aller demander pardon à M. l'évêque de Saint-Orner de son indiscrétion, et le promoteur de l'officialité de Saint-Omer aux dépens. M. de Saint-Omer sous le nom de son promoteur appela à Rome de cette sentence de l'archevêque, et par le Bref appelatoire on commet MM. les évêques d'Arras, d'Amiens ou de Boulogne au choix de l'appelant. M. l'évêque de Saint-Omer ayant fait choix de M. l'évêque d'Arras, [celui-ci]... en pleine connaissance de cause, ordonna que ledit Caulers s'abstiendrait de célébrer et des autres fonctions de ses ordres jusqu'à ce qu'autrement fût ordonné. C'est de cette sentence que ledit Caulers interjeta appel comme d'abus.

[Après l'exposé des arguments de Caulers et leur réfutation par Noue]... la Cour... déclara qu'il n'y avait abus, condamna l'appelant en l'amende et aux dépens. En sortant de la Grande Chambre, j'entendis quelques avocats murmurer de cet arrêt. Le Parlement de Paris est fort épiscopal: il a pour but de rétablir les ordinaires dans leurs anciens droits» (B.M. Douai, ms. 1374, pp. 577 sqq. ; p. 583 il est précisé que M. d'Arras expliquait que ses pouvoirs de commissaire apostolique concernaient la suspension, non l'irrégularité).

Mais Fénelon n'avait pas prétendu juger en dernière instance et l'affaire Caulers ne fut que l'occasion du long litige qui l'opposa à son suffragant sur une question de principe: l'établissement en Artois d'une officialité métropolitaine pour le ressort du Parlement de Paris. Dès le 30 novembre 1699 (n. 50) l'archevêque avait parlé à Beauvillier des poursuites de Valbelle. Il y eut d'abord échange de mémoires adressés au Roi. La présente lettre prouve que Fénelon avait déjà envoyé à la Cour un mémoire auquel M. de Saint-Omer avait eu le temps de répondre. Nous savons, par sa lettre du 14 janvier 1702 à A. de Harlay, que l'archevêque produisit la réplique qui lui est ici demandée. Le 1" mai 1700 Valbelle communiqua à Barbezieux «la copie de la requête qui a été signifiée au greffier de l'officialité de Saint-Omer de la part du sieur de Caulers». Le 5, le secrétaire d'Etat promettait de lui «faire savoir incessamment les intentions de S. M.» (Serv. hist. de l'Armée, Ai . 1458, f. 44). Mais le Roi ne décida rien et on trouvera dans les lettres de Fénelon des 14 janvier, 16 février, 14 et 20 mars 1702 des détails sur le déroulement du procès à la Grand Chambre devant laquelle Valbelle l'avait porté.

Fénelon avait demandé, sans doute pour les joindre à son premier mémoire, des avis de docteurs. Voici celui du «vénérable» R. de Berlize: «Il paraît par les raisons contenues dans le mémoire que M. de Cambrai est tout à fait bien fondé pour maintenir l'usage dans lequel il est, de ne point multiplier ainsi les officialités de la Métropole» (A.S.S., pièce 5012, f. 20).

650. A MAIGNART DE BERNIÈRES

2 mars 1700.

L. a. s., pliée, B.N., noue acq. fr. 24146, ff. 9-10.

1. Il s'agit du docteur de Sorbonne François Le Brun, dont il sera question dans la lettre du 27 avril 1705 (n. 4).

651. A LA COMTESSE DE MONTBERON

3 mars 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 144-146. N° 3. Trois fois le nom du comte de Montberon a été coupé: totalement la première fois, en laissant Monsieur la seconde et M. le la troisième.

62 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 mars 1700 COMMENTAIRE 63

15 mars [1700]

1. Fénelon savait combien sa disgrâce était profonde et quelle surveillance devait s'exercer sur un cordon bleu comme le gouverneur de Cambrai.

2. Son, rayé.

3. Ce chiffre fait ressortir par contraste l'audace de Chevreuse qui communiait deux fois par semaine (cf. supra, lettre du 27 janvier 1700, n. 7).

4. Dirai, rayé.

5. Cf. supra, n. 1 et infra, lettre du 15 mars 1700, n. 1.

652. Au P.***

9 mars 1700.

Copie Gosselin sur l'original, A.S.S., t. V, f. 67 — CHARON, Catalogue d'une belle collection de lettres autographes. Vente de Mme la comtesse Dolomieu, 15-20 mai 1843, p. 26 (extrait).

1. On ne rencontre qu'ici sous la plume de Fénelon l'expression «mon bon père», accompagnée d'une telle apparence d'intimité... et en même temps une réflexion sur le bref Cum alias qui laisse entendre qu'il n'a guère écrit à son correspondant depuis un an.

«Notre bon duc» ne peut guère être que Beauvillier: s'agissait-il de la succession du P. Le Valois auprès du duc de Bourgogne et de ses frères, poste que l'on destinait au P. Daubenton, mais qui, en raison de sa maladie lors de la mort du titulaire (si elle survint seulement le 11 septembre 1700, il languissait depuis longtemps et était suppléé par le P. de La Chaise), fut donnée au père 1. Martineau. Le P. Daubenton venait à peine de guérir quand, le 4 décembre 1700, on le fit venir en hâte pour prendre la charge de confesseur de Philippe V, bien qu'il fût désigné pour prêcher à Saint-Sulpice le carême 1701 (BoisusLE, t. VII, p. 189, t. VIII, p. 228).

2. TIBULLE, Elégies, IV, 13, v. 12.

3. A peine le bref Cum alias fut-il connu, Bossuet «reçut à Versailles un grand nombre de visites... et il y a régalé plusieurs de ceux qui étaient allés lui faire compliment là-dessus» («de Paris, 10 avril», Gazette de Leyde du 16 avril 1699). Dans l'audience qu'il accorda le 30 mars 1699 au juriste Monnier de Richardin, il provoqua, plutôt qu'il ne reçut, les éloges du juriste douaisien (Journal, B.M. Douai, ms. 1374, pp. 49 et 109 — URBAINLEVESQUE, t. XIV, pp. 347, 364 sq.). Il ne s'était donc pas «renfermé jusqu'au 1" avril» comme l'a dit Ledieu (Revue Bossuet, juin 1911, p. 42). D'ailleurs, ce n'était qu'un début. L'abbé de Gondi écrivait le 24 juillet 1699 de Florence: «M. de Meaux ne saurait jamais être assez loué avec toutes les belles et spirituelles compositions qui ont été faites à sa louange» (E. CAILLEMER, Lettres de divers savants à l'abbé Cl. Nicaise, Lyon, 1885, p. 130). Le 31 août 1699, Bossuet présida à Navarre la thèse de philosophie du clerc parisien Antoine Michel: «Son portrait est dans un rond... au bas on voit l'hérésie terrassée etc. et cela à l'occasion de la condamnation du livre de M. de Cambrai. On en a fait des vers latins et français» (P. Léonard, A.N., L. 737, pièces 20 et 22, cf. URBAIN-LEVESQUE, t. XV, p. 496). Le 1" février 1700 le recteur Jean Couture lui offrait les compliments de l'Université de Paris (ibid., p. 497). Ce n'est que le 17 mai 1700 que Ledieu signalera que le bref Cum alias avait été joint à l'édition romaine des Avertissements de saint Charles aux confesseurs augmentée des décrets du Saint-Siège depuis 1665 (Dernières années, t. I, p. 39).

653. A LA COMTESSE DE MONTBERON

653 bis. FRANÇOIS-SÉRAPHIN DE PARIS AU P.

15 mars 1700.

L. a. s, pliée, A.S.S., pièce 221.

1. François-Séraphin de Paris Pajot (nom donné par les chroniques du couvent du Marais, n. a. fr. 4135 et le registre dans A.N., S. 3706). Né en 1646 (ms. fr. 6452 — B. Prov. Cap., ms. 101, p. 201), entré chez les capucins et tonsuré le 13 novembre 1663 (A.N., L. 501, n. 431), il fut élu par les chapitres des 27 septembre 1695 et 9 août 1697 gardien du couvent de la Conception au Marais (B. Mazarine, ms. 2420, pp. 502 et 519 - B. Prov. Cap., ms. 98, p. 515) où il fit exécuter des travaux très importants (n. a. fr. 4135 et B. Prov. Cap., ms. 1532, p. 140). Il reçut aussi successivement les titres de second (9 août 1697) et premier définiteur (29 août 1698) (A.N., S. 3706, pp. 115, 131 — B. Prov. Cap., ms. 98, pp. 538 et 535). Ayant «alors achevé ses trois années au Marais, il aima mieux y rester particulier que de prendre le gardiennat de Saint-Honoré qui lui échéait» en qualité de premier définiteur (A.N., S. 3706, p. 131 — B. Prov. Cap., ms. 98, p. 547). Les chroniqueurs de l'ordre passent sous silence son interdit du 13 août 1699, mais ils signalent qu'au chapitre provincial du 14 mai 1700 « le R. P. François Séraphin de Paris, qui n'avait pas, au dernier chapitre, voulu entendre aux propositions qu'on lui fit d'accepter le provincialat, résolut à celui-ci de se retirer entièrement des charges, et pour s'en fermer les voies d'une manière de ne laisser aucune espérance aux R. P. vocaux, il renonça à l'élection du discret, afin que n'étant point du corps du chapitre, on ne pût songer à lui. Il se réduisit ainsi volontairement à la vie de particulier, quoiqu'il eût tous les talents possibles pour gouverner à la satisfaction de toute la province, à qui il était très agréable, et qui ne put voir qu'avec regret sa libre démission» (A.N., S. 3706, p. 139): geste à rapprocher de la signification le même jour d'une lettre de cachet exilant l'ancien provincial Ignace d'Amiens (cf. infra, n. 16). Le P. François-

15 mars [1700].

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 147-148. N° 4.

1. Idée exprimée dans la lettre du 3 mars 1700, n 1.

2. Conseil déjà donné dans le dernier paragraphe de la lettre du 3 mars 1700 où, à défaut de «médiocrité», on trouve ses synonymes «milieu» et «modéré».

64 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 mars 1700 15 mars 1700 COMMENTAIRE 65

Séraphin mourut le 7 octobre 1718 au couvent du Marais à soixante-douze ans (ibid., p. 201).

2. Le gardien du couvent du Marais élu le 29 août 1698 était le P. Hugues de Paris, ex-custos du chapitre général. Il acheva les constructions entreprises par le P. François-Séraphin. Le chapitre du 14 mai 1700 le nomma premier définiteur et le remplaça par le P. François de Mornay (n. a. fr. 4135 B. Prov. Cap., ms. 1532, pp. 166, 178).

3. Le P. Jean-Chrysostome de Beauvais et son frère Nicolas appartenaient à la famille Macré. Ancien lecteur de théologie au couvent de Noyon (son frère était à celui de Laon), Jean-Chrysostome avait sollicité de son provincial Honoré-François de Paris l'autorisation de demander au général une obédience afin d'aller à Rome réfuter le quiétisme (n. a. fr.. 6451, p. 79). Devant le refus qui lui fut opposé, Jean-Chrysostome adressa le 11 janvier 1699 une longue lettre au cardinal de Bouillon où il développait ses arguments (Min. Aff. Etr., C. P., f. Rome, t. 395, ff. 21-26). Le cardinal acquiesça à sa demande (ne cherchait-il pas à retarder le jugement ?) et écrivit le 17 février à Louis XIV et à Torcy que la réfutation du P. Jean-Chrysostome lui paraissait «une des plus solides, des plus fortes et des plus précises qui aient été faites contre le livre de M. de Cambrai, pourvu que les citations soient vraies, ce que je n'ai pas eu le temps d'examiner, ne l'ayant reçue qu'avant-hier» (ibid., t. 400, f. 165 — 0.E, t. IX, pp. 683 et 685). Mais, le 2 avril 1699, l'affaire étant jugée, Bouillon avait remarqué que le capucin citait «l'édition de Lyon qui est fautive» et «ne cherchait que l'occasion de venir à Rome malgré son général» (f. Rome, t. 395, f. 236). Peu importait d'ailleurs au P. Jean-Chrysostome qui ne désirait en réalité qu'aller à Paris dénoncer ses confrères à l'archevêque (ce que son provincial n'eût jamais accepté): or, le 5 mai 1699, le lieutenant de la prévôté de l'hôtel, Dupoy, était chargé par le secrétaire d'Etat à la maison du Roi d'aller chercher Jean-Chrysostome et son frère dans leurs couvents et de les conduire à Noailles (A.N., 01* 43, ff. 142y° et 143). Celui-ci ordonnait au provincial de leur laisser pleine liberté de mouvements, sans quoi il l'interdirait de sa charge (A.N., L. 941). Le but poursuivi par Jean-Chrysostome était en apparence littéraire: à la fin de mai 1699 le P. Léonard lui attribuait un livre anonyme, le Quiétiste pénitent, ou les sentiments et affections du faux mystique en français et latin, 1699, 26 pp., in-12°, et il ajoutait : «C'est une fine censure sous ce titre spécieux, contre M. de Cambray en suite de la censure de son livre» (A.N., M. 767, 2, n. 51, cf. 764,

2, n, 41). Indication que l'Histoire des ouvrages des savants reprenait littéralement en juin 1699 (p. 264), tout en ajoutant en septembre 1699 que «ce religieux le désavoue absolument, et il veut que l'on en détrompe le public. Il proteste même qu'il n'en connaît pas l'auteur» (p. 423). En tout cas, Jean-Chrysostome et son frère remettaient à Noailles et au Roi des mémoires contre certains de leurs confrères, en particulier le P. Ignace d'Amiens (cf. infra, n. 16). Cependant Noailles avait soin de prendre ses distances par rapport à des informateurs trop compromettants. Le 11 mars 1700 le secrétaire d'Etat à la maison du Roi avait averti le provincial que, la présence des deux capucins n'étant plus nécessaire à Paris, le Roi autorisait leur départ. Ceux-ci continuaient leurs intrigues en province, mais Pontchartrain avertissait le 7 septembre 1700 Jean-Chrysostome qu'il avait montré sa lettre à Louis XIV; le Roi avait jugé suffisant qu'il se fût adressé à Noailles, qu'il n'avait qu'à

«remplir les devoirs de son état, sans se mettre en peine de donner de mémoires, ni écrire sur ces choses à moins qu'on ne le lui ordonnât» (A.N., 01* 44, ff. 105 y° et 385).

4. Honoré-François de Paris, élu le 29 avril 1698, remplacé en mai 1700 par Hugues de Paris (A.N., S. 3706, p. 138).

5. Réciter, «faire un récit», d'où «rapporter» (DUBOIS-LAGANE).

6. Allusion au jansénisme. Les accusateurs du P. François-Séraphin allaient, quelques années plus tard, justifier cette insinuation. Après la bulle Vineam Domini, le P. Jean-Chrysostome et son frère Nicolas furent en effet traduits devant l'officialité de Chartres. Godet-Desmarais les déclara suspens a divinis, leur interdit la prédication et leur défendit d'entretenir des rapports avec leur confrère Jean-Louis de Paris, plus compromis encore. Jean-Chrysostome fut exilé au couvent de Château-Thierry, son frère à celui de Provins. Lors de sa visite des deux maisons, le provincial essaya en vain de les faire souscrire à la bulle Vineam Domini. Aussi les fit-il venir à Saint-Honoré où ils devraient répondre de leur refus dans les formes canoniques. Le nouveau provincial Damase de Paris, élu en 1707, prononça le l janvier 1708 une sentence qui les privait de toute charge pour trois ans et leur interdisait le retour à Beauvais. Ils étaient alors dans les prisons conventuelles. Peu après Jean-Chrysostome se soumit, mais Nicolas ne signa que plus tard, «ni persuadé, ni convaincu» (n. a. fr. 4135, f. 156).

7. Cet article pourrait faire croire que le destinataire de cette lettre était assez proche de Fénelon: ne serait-ce pas André de Condé (cf. infra, lettre du 20 mars 1700, n. 5)? En tout cas, la présente lettre est sans doute restée entre les mains de l'archevêque.

8. Précisions biographiques intéressantes: François-Séraphin cessa d'enseigner vers 1680 et de prêcher vers 1692.

9. Scholastique, «qui fait profession de théologie scolastique» (FuRETIÈRE).

10. Cf. supra, n. 6.

11. L'autographe porte Maretz.

12. Détails exacts: la sacristie fut inaugurée le 25 octobre 1698 par le successeur du P. François-Séraphin, le P. Hugues de Paris (cf. supra, n. 2, et en particulier B. Prov. Cap., ms. 1532, p. 166).

13. Cf. les chroniques du 29 août 1698, citées supra, n. 1.

14. Fait confirmé par les registres (A.N., 3706, p. 139, cf. supra, n. 1 s.

f.).

15. Ce peut avoir été la cause du renvoi de Paris du P. Jean-Chrysostome et de son frère (cf. supra, n. 3): il est frappant qu'il soit de quatre jours antérieur à la présente lettre.

16. La meilleure preuve de cette affirmation réside dans les mesures que Noailles fit prendre deux mois plus tard. Le 9 mai 1700, l'abbé de Vaubrun, lecteur du Roi, reçut une lettre de cachet qui l'exilait à Serrant (DANGEAU, t. VII, p. 306 — SOURCHES, t. VI, p. 255). Cela pouvait être une suite de la disgrâce du cardinal de Bouillon, mais c'est l'accusation de quiétisme qui selon le P. Léonard (A.N., L. 439) et le Mercure historique et politique (juin 1700, p. 639) expliquait les lettres de cachet qui frappèrent simultanément Gabillon, neveu du curé de Saint-Laurent, et deux capucins: le 8 mai 1700 également, Ignace d'Amiens, professeur de logique dès 1670, provincial

66 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 mars 1700 20 mars 1700 COMMENTAIRE 67

du 27 septembre 1695 au 29 août 1698, qui se trouvait alors au couvent de Meudon (B. Mazarine, ms. 2418, p. 482 — A.N., 01* 44, f. 206 — B.N., mss. fr. 6451, pp. 79, 126, et 25047, p. 157 — Min. Aff. Etr., C.P., f. Rome,

t. 386, f. 281), et son confrère Benoît de Venise furent exilés hors de la province de Paris et un huissier vint le 13 mai signifier la mesure au chapitre qui venait de se réunir à Saint-Honoré. C'est en vain que le provincial envoya à la Cour le P. Séraphin de Paris (Le Maire), prédicateur royal (cf. sur lui supra, lettre du 18 avril 1698) et «le chapitre ignora la cause de cet exil». Après un mois passé à Vernon, le P. Ignace fut envoyé à Clermont-Ferrand où il subit de nouvelles vexations et ne put revenir à Paris qu'à l'été 1706 (A.N., 01* 44, ff. 207v° et 423 — 01* 50, f. 98v° — A.N., S. 3706, reg., p. 140, et L. 941 — B.N., n. a. fr. 6451, p. 79). Le P. François-Séraphin eut-il simplement à renoncer à toute charge (cf. supra, n. 1 s. f.)? Le Mercure hollandais de juin 1700 (pp. 650 sq.) parle pourtant de l'exil d'un provincial et d'un gardien de Paris. En tout cas, au chapitre suivant du 26 août 1701, il y eut un commissaire du Roi chargé de «faire exclure des élections les incapables... et les partisans du P. Ignace» (A.N., 01* 44, f. 229v° et L. 941).

Nous remercions le R. P. Jean Mauzaize de la générosité avec laquelle il nous a communiqué sa thèse de 3e cycle, Etude topographique, institutionnelle et historique sur le couvent des frères mineurs capucins de la rue Saint-Honoré à Paris (1574-1792), pp. 180-189, où les sources d'histoire de l'ordre utilisées dans le commentaire de la présente lettre ont été déjà mises en oeuvre.

654. AU GARDIEN DES CAPUCINS DE CAMBRAI

20 mars [17001.

1. Le texte donné par Gosselin (XVIII (XIII) Jurid., 0.E, t. VIII, p. 343) est plus complet et plus archaïque que celui du cardinal de Bausset (0.E, t. X2, p. 151). Quant à l'année, elle semble bien déterminée par la dépêche de Barbezieux à Bernières du 22 mars 1700: un capucin du couvent de Maubeuge a offensé M. de La Mothe La Peyrouse, «avertissez son gardien qu'il fasse sortir ce religieux-là de la ville, et lui défende de ne jamais plus nommer personne lorsqu'il prêchera» (Serv. hist. Armée, AI. 1457, f. 173r°). La Mothe La Peyrouse était lieutenant de Roi à Maubeuge, mais il mourut bientôt après et, le 3 décembre 1700, il fut remplacé par M. de La Bruyère (ibid., AI. 1461, 2e p., f. 10). Ici l'offensé semble plutôt Bernières lui-même; toutefois l'un et l'autre pouvaient être accusés d'indulgence à l'égard des opérateurs (cf. la fin de la lettre suivante).

2. Le sermon scandaleux avait donc été prononcé devant les chanoinesses du chapitre Sainte-Waudru.

3. Cette amitié semble bien avoir été réelle: cf. la table du P. HILDEBRAND DE HOOGLEEDE, De Kapucijnen in de Nederlanden en het Prinsbisdom Luick, Anvers, 1945 sq.

4. Fénelon avait même été devancé, comme le montre la lettre de Barbezieux du 22 citée supra, n. 1.

5. Ces avis semblent s'adresser au provincial André de Condé (1699-1701, cf. HILDEBRAND, t. III, pp. 308 sq.), mais Fénelon assure le même jour à

Bernières qu' «il a fait écrire par le gardien des capucins d'ici à son provincial». A la fin de la même lettre nous voyons même que Fénelon a écrit au doyen de Maubeuge, Jean-Albert Dubray (cf. supra, lettre du 1" juin 1699,

n. 1). Les noms des deux gardiens nous sont inconnus (cf. HILDEBRAND, 1945, t. II, pp. 130, 133).

6. Mme de Noyelles qu'il avait bénie l'année précédente.

A MAIGNART DE BERNIÉRES

20 mars 1700.

L. a. s., B.N., nouv. acq. fr. 24146, ff. 85-86.

1. Opérateur, «empirique ou charlatan qui vend ses drogues et ses remèdes au public et sur le théâtre, qui annonce son logis et sa science par des affiches et des billets qu'il distribue» (FURETIÉRE).

BARBEZIEUX A FÉNELON

29 mars 1700.

Copie ancienne, vente M. et M. Castaing, Versailles, 1" décembre 1981, n° 31 (annexe). Cf. Bull. du bibliophile et du bibliothécaire, 1870-1871, p. 195.

Cf. supra, la circulaire du 30 septembre 1699. Le 20 juin 1700, le secrétaire d'Etat en adressera une nouvelle aux intendants sur le même sujet: «Le Roi qui veut rétablir dans tout le royaume la procession... le jour de l'Assomption... a fait écrire à MM. les évêques... de la faire faire... dans toutes les églises et monastères... Son intention est que vous y assistiez aussi... et que vous avertissiez les principaux officiers des villes d'en user de même dans les lieux de leur résidence» (Minute, Serv. hist. Armée, A'. 1458, 2e p., f. 172).

656. A MAIGNART DE BERNIÈRES

31 mars 1700.

L. a. s., B.N., nouv. acq. fr. 24146, f. 87.

1. Bernières avait donc adopté la solution indulgente que Fénelon lui suggérait dans sa lettre du 20.

2. J.-A. Dubray, cf. supra, lettre du ler juin 1699, n. 1.

655.

655 A.

68 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 avril 1700

16 avril [17001 COMMENTAIRE 69

657. A LA COMTESSE DE MONTBERON

15 avril 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 149-152. N° 5.

1. La permission que Fénelon donne ici avec force n'était pas superflue aux yeux de sa correspondante ni même aux siens propres : si le missionnaire de Saintonge s'était montré libéral sur ce point, l'archevêque de Cambrai écrira, par réaction contre le jansénisme, la Lettre à M d'Arras sur la lecture de l'Écriture Sainte en langue vulgaire (1707). Bossuet allait renouveler le 6 novembre 1700 l'expression vigoureuse de son soutien à la thèse de M. de Saint-Pons examinée à Rome (URBAIN-LEVESQUE, t. XII, pp. 360 sq.).

2. Voir sur les livres préférés de Fénelon, Bernard DUPRIEZ, Fénelon et la Bible. Les origines du mysticisme fénelonien, Paris, [1961], pp. 79 sqq.

3. Ces chapitres étaient en effet l'arsenal de Luther et des jansénistes.

4. Il sera question de ces deux directeurs spirituels, le P. S. [de Souastre? un des deux frères de son gendre, cf. infra, n. 7] et le P. R., dans les lettres des 29 janvier, 15 mai, 31 juillet, 1" août 1701. Celui qui risque de «rétrécir le coeur» serait le P. S. dont il est dit le 29 janvier 1701 qu'il ne «guérirait pas... la langueur intérieure» de Mme de Montberon et, le 15 mai 1701, qu'il «ne décide pas assez nettement». Au contraire les trois lettres suivantes font l'éloge du P. R.

5. Cette petite-fille pour laquelle le couvent est déconseillé ne peut être qu'Anne-Charlotte de Guînes de Souastre, née en janvier 1692. Sa soeur Françoise-Dorothée n'avait que trois ans ! (cf. supra, lettre du 22 février 1700, n. 3).

6. Ailleurs est proposé par Gosselin à la place d'une coupure un peu plus longue (40 mm.).

7. Charles-Eugène-Jean-Dominique de Guînes, chevalier, comte de Souastre, sieur du Maisnil, Noulette, Aigny, Ingleshof, Warignies, Vendegies-au-Bois, Baurain etc., d'une ancienne famille de l'Artois apparentée au provincial des jésuites F1. de Montmorency et à l'archevêque de Cambrai J. Th. de Bryas. Il était fils de Charles-Ignace de Bonnières dont la succession fut liquidée en 1676 et de Jeanne-Marie-Thérèse-Anne de Créquy qui se retira à la Visitation du Quesnoy (8 mars 1693), puis à l'abbaye de Messines (20 mai 1695) dont sa soeur était abbesse. Ils avaient eu pour enfants: JosephFrançois-Antoine, l'aîné, qui était novice dans la Compagnie quand sa mère constitua en sa faveur une rente au collège d'Arras (20 octobre 1678).

Un autre frère, Albert-François, soutint aussi une thèse imprimée au collège de La Flèche en juillet 1680: en vertu d'un pouvoir de son provincial, il fit le 17 août 1687 donation de tous ses biens à Charles-Eugène. Un autre fils, dom Humbert, fut religieux à l'abbaye de Saint-Amand.

Devenu l'aîné, Charles-Eugène s'engagea le 26 janvier 1689 à payer une rente correspondant au cinquième de l'héritage paternel à ses trois frères restés dans le monde:

1° Eustache-Louis-Benoît-Hippolyte, chevalier de Souastre, ci-devant capitaine de cavalerie, qui reçut le 9 octobre 1692 la terre de Noulette. Il épousa Marie-Françoise-Lamoral de Blondel.

2° Anne-François.

3° Charles-Joseph, chevalier de Guînes, qui était le ler mars 1696 lieutenant au régiment Dauphin d'infanterie.

Charles-Eugène eut aussi au moins quatre soeurs: Marie-Brigitte, chanoinesse d'Andenne le 21 novembre 1682, puis de Sainte-Aldegonde de Maubeuge à partir de 1687, et enfin novice aux Ursulines de Mons le 11 janvier 1689; deux religieuses de Messines, et une autre ursuline.

Nous sommes mal renseignés sur la carrière du comte Ch.-E. de Souastre: le 17 décembre 1686 il était capitaine au régiment de cavalerie du Royal-Piémont et en 1689 il avait le grade de mestre de camp. Chamillart lui écrivait à Arras le 28 mars 1701: «J'ai reçu la lettre... du 25e de ce mois. Le Roi n'ayant encore rien réglé pour le service de MM. les colonels de cavalerie réformés, vous pouvez continuer à vous appliquer à vos affaires jusqu'à nouvel ordre de Sa Majesté» (Serv. hist. Armée, A'. 1471, f. 431) et le 24 avril 1702: «... Le Roi trouve bon que vous alliez joindre le régiment de Montrevel à la suite duquel vous avez votre réforme, et si dans la suite vous avez besoin d'un congé pour prendre les eaux pour votre santé, Sa Majesté vous l'accordera volontiers» (ibid., A'. 1533, 2e p., f. 169). Et c'est à Saint-Amand qu'il le prévenait le 15 juin 1702: «Vu le mauvais état de votre santé... le Roi trouve bon que vous vous retiriez» (ibid., Al. 1536, f. 367). Cependant Saint-Simon assure qu'il «mourut maréchal de camp» (fragment inédit, BOISLISLE, t. XV, p. 574). Il signa le 9 février 1721 un codicille à son testament du 28 février 1720 et dut mourir peu après dans son hôtel d'Arras, proche de l'église de la Madeleine (A.N., 306 AP 597, pièce 1 et ff. 71 sq., 87, 126 sqq., 157, à compléter par 550, 595 et 598 - BOISLISLE, t. I, p. 410 et t. II, p. 145).

Sur la comtesse de Souastre, cf. supra, lettre du 22 février 1700, n. 3.

8. L'aversion de Fénelon pour ce mode d'éducation se manifeste plus longuement, sinon plus nettement, sans l'Avis à une dame de qualité sur l'éducation de sa fille qui fut publié pour la première fois dans la réédition de 1715 du traité De l'Education des Filles (0.E, t. I, p. 84).

658.

16 avril (17001.

L. a., pliée, A.S.S, t. IX, ff. 153-154. N° 6.

1. L'entrevue dont il avait été question dans les lettres des 3 et 15 mars avait donc eu lieu.

659. A MAIGNART DE BERNIÈRES

21 avril [170071.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, f. 89. Inédite. L'année peut être déterminée avec une certaine probabilité, du fait qu'après 1701 Fénelon indique ordinairement le millésime après le quantième du mois.

Sur Solesmes, voir la lettre du 10 juillet 1701, n. 1.

70 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 avril 1700

A LA COMTESSE DE MONTBERON

660.

30 avril 1700.

L. a. pliée, A.S.S., t. IX, ff. 155-156. N° 7.

1. Du désir, en surcharge.

2. Qui vous est naturelle, en surcharge.

3. S'agit-il du confesseur de Mme de Montberon? Il devait inviter sa pénitente à s'occuper sans cesse d'une façon ou d'une autre et ignorait la doctrine de l'école affective (surtout celle d'Hugues de Balma et de Harphius, qui reprennent des termes du pseudo-Denys) selon laquelle «ce silence vous nourrira des vérités plus substantiellement que les raisonnements les plus lumineux».

4. Laissez-le, rayé.

5. Formule paulinienne (Rom, VI, 23 etc.) qui est d'après Dupriez (Fénelon et la Bible, Paris, [1961], p. 69) le texte biblique le plus souvent cité par Fénelon.

660 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

ler mai 1700.

L. a. s., pliée, fragments de cachet, A.S.S., t. V, f. 68. Post-scriptum iné-

dit.

1. Réponse à une lettre récente signée Chantérac (mais peut-être composée par Fénelon) dont le texte est perdu, à moins qu'il ne s'agisse de celle de la fin janvier 1700 sur l'affaire Hirson.

2. Cet etc. était nécessaire pour sauvegarder l'anonymat du personnage dont il va être question à la fin du paragraphe sous le nom de Julianus. Il s'agit du cardinal Casanate, mort le 3 mars 1700 (cf. supra, lettre du 6 février 1700, n. 7). Il avait légué par testament sa bibliothèque au couvent dominicain de la Minerve avec un fonds de quatre mille écus romains de revenu pour entretenir «deux bibliothécaires, deux lecteurs qui doivent enseigner publiquement la doctrine de saint Thomas et six théologiens du même ordre pour défendre la saine doctrine et s'opposer aux erreurs». Massoulié était désigné pour prononcer l'oraison funèbre par le fait qu'il avait été choisi pour premier professeur de cette «faculté de théologie thomiste de la Minerve» (A. MASSOULIÉ, Méditations..., éd. FLORAND, Paris, 1934, p. 53). Cf. P. TouRON, Homme illustres de l'ordre de saint Dominique, Paris, 1748, t. VI J.B. AUDIFFREDI, Catalogus bibliothecae Casanatensis, Rome, 1761-1768, 4 vol. in-fol.

3. L'achevé d'imprimer du Traité de la véritable oraison est du 23 avril 1699. Gabrielli l'avait approuvé «en la fête de S. Bernard 1695 », le P. Antonin Cloche, maître général des Frères prêcheurs, donna sa permission le 6 août 1697 et trois dominicains signèrent d'autres approbations le 1" avril 1699 après le privilège du Roi du 21 novembre 1698.

lei mai 1700 COMMENTAIRE 71

4. C'est peut-être après un de ces entretiens que Chantérac avait écrit le

23 novembre 1697 que «Massoulié a fait des livres sur l'oraison qu'on imprime». Mais, le 2 janvier 1699, M. de Cambrai l'avait oublié et croyait, sur la foi du docteur Berlize, que le dominicain avait «fait un livre contre» lui «qu'on imprime à Paris et dédie à M. de Paris». Chantérac rectifiait le

24 janvier 1699.

5. La Clé des n. a. fr. 6248, f. 228 porte: «Liber Archiepiscopi Cameracensis : capsula vel instrumentum».

6. Ces parerga, composés après l'ouvrage, doivent être les pièces liminaires. L'Histoire des ouvrages des savants d'avril 1699 (pp. 171-181) fait de l'auteur «un juge désintéressé» dans la querelle Fénelon-Bossuet. C'était à peu près l'intention annoncée par le titre Traité de la véritable oraison où les erreurs des quiétistes sont réfutées et les maximes des saints sur la vie intérieure sont expliquées selon les principes de saint Thomas. Mais, après la publication en 1703 du Traité de l'Amour de Dieu du même auteur (l'approbation du P. Granelli est du 22 mai 1701), les jésuites du Journal de TWvoux (février 1704, pp. 268-289) le «turlupinèrent» en soulignant ses contradictions (cf. FLORAND, pp. 79-92, surtout pp. 89 sqq.).

7. Révélations curieuses sur le testament («extremœ tabulœ») de Casanate. Si les dispositions financières en furent forcément publiques, on ignorait qu'il les eût justifiées par des considérations théologiques, aussitôt supprimées. On en devine aisément les raisons: qu'il s'agît de la grâce, de la question du fait, de la morale, du quiétisme, des rites chinois etc., le cardinal devait dresser un réquisitoire contre les jésuites, suscitant ainsi «intestinum et immortale odium» entre ses héritiers, les dominicains, et la Compagnie.

8. «Istis in regionibus», en France. De fait, Bossuet avait écrit le 23 mars 1699 à son neveu: «Le cardinal Casanate est vraiment un homme divin» (URBAIN-LEVESQUE, t. XI, p. 242). Mais comment Gabrielli le savait-il, sinon par une interception de correspondance? Voir la fin de la note suivante et infra, n. 10.

9. Sur les prétentions de Casanate à la papauté («Basilii locum») et sur les efforts de l'abbé Bossuet (Erasmus) pour faire accepter sa candidature par Versailles, cf. URBAIN-LEVESQUE, t. X, pp. 319 sq., t. XI, p. 120, et les références de notre Procès..., pp. 457 sq. Mais c'est dans ses lettres des 24 décembre 1698, 5 janvier 1699 et 29 janvier 1700 (V. DAVIN, Bossuet, Port-Royal..., Paris, [1883], pp. 31, 33 et 35) que le neveu de M. de Meaux parle le plus clairement de ses efforts en faveur de «Dominique». L'éditeur a cru qu'il s'agissait du cardinal Noris qui aspirait aussi à la tiare et avait plus de chances (cf. notre Procès..., pp. 463-467), mais 1° il n'est plus question de «Dominique» après la mort de Casanate; 2° l'abbé Bossuet faisait peu de cas de Noris, augustin qu'il finit par traiter de « frate» et de «Pantalon» (URBAIN-LEVESQUE, t. XI p. 238).

10. Patefactis semble supposer la découverte de correspondances secrètes. S'agit-il des lettres de l'abbé Bossuet à Maille dont Davin a trouvé des extraits, au couvent du P. Roslet à la Trinité des Monts?

11. D'après la Clé, «Eugenius» désigne le sacriste du Pape, Mgr Le Drou, et «Cyrillus» l'abbé de Chantérac lui-même.

12. Voir sur l'abbé de La Templerie que Fénelon avait nommé chanoine de sa cathédrale le 23 juin 1698, supra, lettre du 15 août 1697, n. 7. Gabrielli avait dû le rencontrer souvent pendant le séjour de Chantérac à Rome.

72 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler mai 1700

le, mai 1700 COMMENTAIRE 73

13. Les améliorations de la santé du Pape (il tint un consistoire le 9 février 1700) firent que les cardinaux français, partis à la mi-janvier, ne se pressèrent pas d'arriver. Sourches rapporte le 7 mars 1700 que «Janson et Coislin ayant été forcés de relâcher à Monaco, à cause du gros temps, le Pape, ayant su qu'ils venaient, avait dit en riant qu'il serait bien aise de les voir arriver, mais qu'il espérait que sa santé leur donnerait le moyen de se reposer longtemps» (t. VI, p. 237). Le 29 mars, «on eut à Versailles des lettres que les cardinaux français étaient à Livourne, on croyait qu'ils iraient à Pise voir le Grand Duc» (ibid., t. VI, p. 244). Les trois cardinaux durent s'installer à Rome en avril, car le 13 mai «il arriva un courrier de Rome que le cardinal d'Estrées envoie pour rendre compte de ses démêlés avec Erizzo, ambassadeur de Venise» (DANGEAU, t. VII, p. 309, cf. LEDIEU, 16 mai 1700, t. I,

p. 38). Cependant le Pape participait effectivement aux cérémonies de l'Année sainte en avril et mai et manifesta ensuite une certaine activité jusqu'à sa dernière maladie (31 juillet — 27 septembre 1700) (L. VON PAS-DOR, Storia dei Papi, Rome, 1943, t. XIV2, pp. 503-506).

14. Bien qu'«Alphonsus» (Spada?) et «Gaspar» (certainement Noailles) ne figurent pas dans la Clé, le sens de la phrase est clair : Noailles et Bossuet espéraient voir leur zèle contre les Maximes des saints aussitôt récompensé par le chapeau. A en croire les lettres adressées les 4 décembre 1699, 5 et 22 janvier 1700 par l'abbé Bossuet à Maille, leur déception avait contribué au départ de Janson et de Coislin: «S. M. ne veut pas laisser le cardinal de Bouillon seul à Rome, surtout après les promotions de Gabrielli et de Sperelli » (V. DAVIN, pp. 31, 33 et 35 sq.). Noailles ne fut cependant cardinal que le 21 juin 1701.

15. L'Assemblée du clergé de France commença en principe le 25 mai et en fait le 2 juin à Saint-Germain-en-Laye sous la présidence de l'archevêque de Reims (LEDIEU, t. I, pp. 41, 47 — DANGEAU, t. VII, p. 318).

16. Julius désigne l'auteur même de la lettre. Le silence presque total de la censure de l'Assemblée de 1700 au sujet de Sfondrate (cf. infra, lettre du 22 septembre 1700, n. 3) et de son défenseur Gabrielli ne prouve pas que Fénelon (lettre du 30 novembre 1699, notes 14 et 28) et Gabrielli lui-même (cf. supra, sa lettre du 9 janvier 1700, n. 2) se soient trompés. Ledieu notait en effet le 12 avril 1700 que, dans le manuscrit de Bossuet Decretum cleri gallicani, «Sfondrate n'est pas épargné ni Gabrielli son approbateur et défenseur». Le 6 mai il recevait de M. de Meaux la confidence que l'Assemblée condamnerait «des propositions de Sfondrate ou plutôt de Gabrielli». Le 8 juillet, il rapporte que Le Tellier et Bossuet avaient promis à l'Assemblée de ne pas «toucher» Sfondrate, mais que «leur dessein» était «de censurer ses plus grands excès dans ses défenseurs », même Gabrielli : les propositions 137 et 138 étaient tirées de la Dispunctio de celui-ci. Le 17 août, les propositions contenant la doctrine du cardinal Sfondrate et même «les propositions 139, 140 (sic) sur le culte des anciens philosophes... ont été aussi retranchées parce qu'elles sont... dans la Dispunctio. M. de Reims s'étant vanté du plaisir qu'il aurait à condamner un cardinal, ce qui fut rapporté au Roi même, a fait insister les évêques pour ôter ces deux propositions... certainement au grand déplaisir de M. l'abbé Bossuet, qui voulait faire condamner ce cardinal pour se venger de l'approbation qu'il avait donnée à la doctrine de M. de Cambrai». L'abbé Ledieu ne fut pas moins mécontent de cette lacune de la «célè bre censure du clergé du 4 septembre 1700». Il en composa pour son compte une seconde édition augmentée, en particulier, d'une Notitia auctorum dans laquelle seront démasqués «Sfondratus et Gabrielius tanquam theologiœ jesuiticœ purpurata mancipia..., pessimorum errorum fœce sordidos» quos «ab intentis plagis sua purpura vindicavit»: l'ouvrage resta inédit, mais une copie corrigée s'en trouve à la B.N., ms. fr. 13808 (LEI:11Eu, t. I, pp. XIX, 28, 30, 35, 71 sqq., 96, 144 sqq. ; cf. aussi l'abbé Bossuet à Maille, 28 juin et 17 août 1700, dans V. DAVIN, Bossuet, Port-Royal..., [1883], pp. 43, 52, et Daubenton à Fénelon, 23 mai 1711, 0.E, t. VII, p. 708 g). Le 6 novembre 1700 Bossuet lui-même donnait à P. de La Broue des explications embarrassées de la modération de l'Assemblée.

17. Si Gabrielli se trouvait indirectement atteint par la condamnation de deux propositions semi-pélagiennes (n° 5 et 6, cf. LEDIEU, Clé de la Censure, B.N., ms. fr. 13808), celles qu'on avait tirées de sa Dispunctio assuraient «que les anciens philosophes avaient connu Dieu et ne l'avaient pas offensé en immolant un coq à Esculape... Les évêques disaient que la condamnation retomberait sur Confucius et sur le culte de la Chine» (LEDIEU, t. I, p. 96).

18. Le P. Alfaro, S.J.

19. Titre très exact. La Causa quesnelliana (pp. 227 sqq., 397) l'appelle «le petit recueil sfondratien» imprimé en Hollande en 1699. La Préface et l'Épître dédicatoire furent composées par le docteur de Louvain Guillaume Marcel Claes. Suivent trois écrits de L. du Vaucel: «Notes sur 40 propositions tirées du Nodus Praedestinationis» — «Remarques sur les passages de l'Ecriture et des Pères employés par le C. Sfondrate» — «Traduction latine d'une lettre de l'archevêque de Reims». Le cinquième écrit, «Responsio pro doctrina sancti Augustini etc.» est du docteur Claes. Le sixième, « Observationes in excerpta e libro etc. », serait d'un augustin milanais (MORERI, et B. NEVEU dans Actes du colloque sur le jansénisme, Louvain, 1977, pp. 182 sq.). La Préface de cet ouvrage dédié à l'Assemblée du clergé de 1700, contenait des propositions que Bossuet voulait y faire censurer, mais elles furent défendues par les archevêques de Reims et de Paris (LEDIEU, t. I, pp. 60, 63-65 n., 73 n., 80, 82, 95, 101, 103, 105, 138 — URBAIN-LEVESQUE, t. XII, p. 275 — DAVIN, pp. 43, 53 — Mme LE ROY, t. II, pp. 94 sq. — TANS, pp. 142, n. 1).

20. Ce silence devait être dû au fait «qu'après avoir donné quelques exemplaires à ses amis», l' «auteur supprima l'édition. M. l'abbé Bossuet en escamota un, qu'il envoya aussitôt en France, et c'est de cet exemplaire que les propositions» déférées à l'Assemblée du clergé «ont été extraites» (LEDIEU, 8 juillet 1700, t. I, p. 72). Cp. la lettre de Gabrielli à Fénelon du 20 octobre 1702, fin du second paragraphe.

21. La Clé donne seulement : « D. Marcellus: Florettus. D. Calistus: Palmirus », mais Gosselin a sans doute raison d'identifier le premier au cardinal d'Estrées et le second au cardinal de Janson.

22. La Clé indique avec raison qu'il s'agit du cardinal de Bouillon, mais Gabrielli ignore encore qu'il était tombé en disgrâce. Il est vrai que c'est seulement le 16 mai que Ledieu note que «le bruit commun était que» Bouillon «avait demandé au Roi congé de revenir à Paris... On a cru que les cardinaux français, depuis leur arrivée à Rome», ayant découvert «son opposition continuelle aux volontés du Roi depuis près de trois ans en ont donné avis à

74 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

25 mai 1700

28 mai 1700 COMMENTAIRE 75

la Cour, qui par là a été excitée au châtiment que l'on voit» (t. I, p. 38). L'opposition de Bouillon à la candidature de Rohan à l'évêché de Strasbourg restait donc généralement ignorée.

23. Télémaque et les Aventures d'Aristonoüs.

24. La Clé indique que cette abbaye n'est autre que le Saint-Office. Les intrigues auxquelles il est fait ici allusion étaient connues de l'abbé Bossuet, qui écrivait le 22 mars 1700 à Maille: «Je suis bien aise de ce que Gabrielli n'entre pas dans le Saint-Office» (DAVIN, p. 36).

660 A. FR. DE CAILLEBOT DE LA SALLE ET M. DE RATABON A FÉNELON

25 mai 1700.

Copie du début du XIXe siècle, A.S.S., t. VII, f. 110.

1. Voir sur l'évêque de Tournai, François de Caillebot de la Salle, supra, lettre du 12 décembre 1694, n. 4, t. III, p. 460; sur l'évêque d'Ypres, Martin de Ratabon, lettre du 13 mai 1697, n. 4, t. V, p. 184; et sur l'évêque d'Arras, G. de Sève de Rochechouart, lettre du 3 janvier 1697, n. 16, t. V, p. 143.

2. Ce terme fait penser à l'édit de 1695 dont les principales dispositions sont rapportées dans les Mémoires du clergé, t. VII, in-4°, col. 52 sq.

Cette lettre doit sans doute être mise en relation avec l'arrêt du Parlement de Tournai tendant à maintenir en fonction les officiaux destitués par leurs évêques. Une lettre de Bossuet à Valbelle du 20 juin 1700 nous renseigne sur son intervention et sur celles de MM. de Paris et de Reims: elles amenèrent les réclamations de l'Assemblée du clergé auxquelles Louis XIV fit droit le 17 août 1700 par une déclaration favorable à la juridiction épiscopale (P.V. de l'assemblée de 1700, pp. 585 sq. ; ibid., p. 756, un arrêt du Conseil cassant celui du Parlement de Tournai sur l'évêque d'Ypres: voir URBAINLEVESQUE, t. XII, pp. 267 sq.). Cf. aussi le mémoire de Le Vaillant de 1702,

t. VII, p. 164.

661. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

28 mai 1700.

Archives du château d'Anholt, éd. Eugène REUTER, Revue luxembourgeoise, 1909, pp. 94-95.

1. Voir sur elle la lettre du 6 mai 1693 et la table de notre tome II. La princesse se trouvait alors au château d'Anholt (R. TAVENEAUX, Le Jansénisme en Lorraine, Paris, 1960, p. 211).

2. Cf. sur Charles-Théodore-Othon (1645-1710), maréchal général et conseiller intime de l'empereur Léopold, puis ministre en 1705 de l'empereur Joseph dont il avait été gouverneur, supra, t. III, p. 376.

3. Marie-Thérèse-Joseph de Croy, née en 1673, fille de Ferdinand-François-Joseph, mariée le 25 mars 1693 à Philippe, landgrave de Hesse de la branche de Darmstadt, morte à Bologne le 10 mars 1714.

4. Charles-Antoine-Joseph de Croy, né le 15 juin 1683, duc d'Havré depuis 1694, chevalier de la Toison d'or en février 1699, fut le premier grand d'Espagne à aller saluer le duc d'Anjou à Versailles. Devenu colonel de ses gardes wallonnes, il fut tué à la bataille malheureuse livrée devant Saragosse le 20 septembre 1710 (BoisusLE, t. X, p. 388, t. XXIV, p. 92). Cf. E. Pou-MON, Havré, Vilvorde, 1947, 2 vol.

5. Marie-Joséphine-Barbe d'Halluin, dite Mlle de Wailly, fille d'Alexandre, sieur de Wailly (près d'Amiens), et de Yolande de Bassompierre, dernière

héritière de cette maison et fille d'un capitaine des gardes de Monsieur Gas-

ton, mariée le 29 octobre 1668 à Ferdinand-François-Joseph, duc de Croy et d'Havré, prince et maréchal de l'Empire, grand d'Espagne, chevalier de la

Toison d'or (1644 - 10 août 1694). Il avait obtenu la naturalité en France pour lui et ses filles en 1680 (BOISLISLE, t. X, p. 388). Sa femme a vécu fort vieille et Saint-Simon «l'avait vue plusieurs fois venir voir sa mère» (ibid., t. XXIV, p. 92).

6. «Les affaires de cette famille étaient fort délabrées», note aussi Saint-Simon (ibid., t. XXIV, p. 94) et l'éditeur ajoute: «On connaît d'assez nombreux arrêts de surséance que la duchesse douairière et son fils obtinrent contre leurs créanciers» (ibid., t. XXIV, p. 93, n. 6).

L'explication que Fénelon reprendra le 25 octobre 1700 est corroborée par le mémoire de l'intendant Voysin de 1697: les biens que les seigneurs du Hai-

naut ont en France sont confisqués pendant les guerres et ceux qu'ils possè-

dent en territoire espagnol sont ruinés par les armées. Or, il est de règle de ne pas payer les dettes hypothécaires pendant les confiscations; ensuite les

revenus ne suffisent plus à payer les arrérages accumulés. Mais les créanciers ne peuvent saisir que les fruits : aussi des terres demeurent pendant des siècles régies par la justice. Le propriétaire ne conserve que le droit de vendre les charges de bailli, greffier et autres droits casuels (éd. HASQUIN, 1975, pp. 112 sq.).

7. Philippe, onzième enfant de Louis II, landgrave de Hesse-Darmstadt (25 juin 1630 — 4 mai 1679) et d'Elisabeth-Dorothée de Saxe-Gotha (morte

le 24 août 1709), naquit le 20 juillet 1671 et se convertit au catholicisme en 1693. Gouverneur de Fribourg en 1698, général des troupes du royaume de Naples en 1708, gouverneur du duché de Mantoue (1715-1734), mort en 1736. Il était frère du célèbre Georges (1669-1705), vice-roi de Catalogne sous Charles II, puis commandant en Espagne pour l'Archiduc.

8. Joseph, né le 22 janvier 1699, prêtre, chanoine des églises cathédrales de Cologne, Liège et Constance en 1729, élu évêque d'Augsbourg le 18 août

1740, mort le 20 août 1768. Les époux eurent plus tard trois autres enfants: Théodore, née le 6 février 1706, mariée le 23 février 1727 à Antoine-Ferdinand de Gonzague, duc de Guastalla; Léopold, né le 11 avril 1708; Charles, né le 9 juillet 1710 et mort la même année.

76 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [Entre juin et novembre 1700?]

15 (?) juin 1700

COMMENTAIRE 77

1. Cette lettre n'est pas datée, mais peut paraître une réponse à celle du 25 mai 1700. En outre, les «grands embarras» pourraient être ceux que causa à Fénelon l'assemblée du clergé de 1700.

2. Cette intention des magistrats est bien attestée pour une date, il est vrai, un peu plus récente. On lit en effet dans les Mémoires de Monnier de Richardin: «19 juin 1704. Le sieur Cou& de Montbayeux, avocat au Conseil privé, me lut une lettre de M. de Baralle, procureur général du Roi au Parlement de Tournai, en date du 11 de ce mois, par laquelle il paraissait que l'intention d'une partie des officiers de ce Parlement était d'introduire dans nos provinces les appels comme d'abus. C'est ainsi que ce tribunal, qui se trouve trop faible pour défendre et maintenir les anciens usages, privilèges et libertés de nos pauvres provinces, se trouve néanmoins assez fort pour les détruire» (B. M. Douai, ms. 1374, pp. 590 sq.).

3. Ce passage explique sans doute la réflexion de Ledieu du 14 septembre 1704: «On voit par ce qui vient d'être dit sur les réguliers la vraie raison pourquoi M. l'archevêque de Cambray n'est pas aimé des autres évêques de France et des Pays-Bas, qui publient à Paris et à la Cour qu'il abandonne les droits de l'épiscopat, et qu'il laisse aller la discipline à un point de relâchement indigne de sa piété et du zèle dont il fait profession: ils ajoutent qu'il ne fait que flatter les religieuses et les magistrats, et que son gouvernement ne paraît qu'une politique: c'est ce que j'ai ouï dire à M. l'évêque de Meaux même [Bissyl » (Journal, éd. GUETTÉE, Paris, 1857, t. III, p. 169).

4. Accrédité, «considéré», est donné par Dubois-Lagane comme étant au XVII' siècle un mot familier.

5. Entreprise, «empiétement» (Dusois-LAGANE).

6. Cette lettre paraît antérieure à celle du 24 novembre 1700 où Fénelon défend auprès de Bernières le curé de Poix qui ne pouvait obtenir la reddition des comptes de la fabrique: il y invoque l'édit de 1695, reçu au Parlement de Tournai, bien qu'il eût été suspendu par Louis XIV «pour ce pays», car il était encore plus favorable au curé que les placards du roi d'Espagne.

7. Cela confirmerait qu'il s'agit bien d'une réponse à la lettre du 25 mai 1700 qui laisse deviner la réticence du prélat à communiquer à ses deux confrères le projet de Fénelon.

663. A LA COMTESSE DE MONTBERON

puisque Fénelon sera prévenu de sa mort avant la femme du gouverneur (cf. le début de sa lettre du 23 juin 1700).

2. Il ne faut pas oublier que ce paragraphe appartient au genre très difficile des lettres de consolation.

3. On ne saurait trouver rien de quiétiste dans ce parallèle des deux formes principales de l'oraison.

4. Cant. I, 3.

664. Au MARQUIS DE BLAINVILLE

15 (?) juin 1700.

Copie, revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 552, pp. 5-6.

1. La date semble ressortir de la lettre à Langeron du lu juillet 1700,

n. 17

2. Cf. la notice de la lettre du 20 septembre 1694, supra, t. III, pp. 301 sq.

3. Décider et décision se trouvent trois fois répétés en quelques lignes. Le verbe signifiait au XVII' siècle «trancher, juger» (DuBois-LAGANE).

4. C'était l'époque de l'Assemblée du clergé où triomphaient Bossuet et Le Tellier: Fénelon savait bien que «l'orage» qui s'était formé contre lui dès 1693 n'en deviendrait que plus menaçant.

665. A LA COMTESSE DE MONTBERON

17 juin [1700].

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 159-160. N° 9.

1. Les passages en italiques sont tirés de la réponse écrite par Mme de Montberon vers le 15 juin 1700.

2. Adaptation concrète des idées des Maximes des Saints sur les rapports entre la charité et les vertus «impérées» par elle.

3. Reprise de l'image fameuse de saint François de Sales: «de collo pendens» (cf. H. LEMAIRE, Les Images chez saint François de Sales, s.v. Mère, n. 10, Paris, 1962, p. 301).

4. Cf. supra, lettre du 13 juin 1700, n. 1.

5. Coupure de 28 mm. : Cambray?

662. A FR. CAILLEBOT DE LA SALLE

[Entre juin et novembre 1700?].

Copie du début du XIX' siècle, A.S.S., t. VII, ff. 111-114.

MM. BRISACIER ET TIBERGE A FÉNELON

19 juin 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 157-158. N° 8.

L. a., de la main de Brisacier et signée des deux. Pliée. A.S.S., t. V, ff. 70-71.

1. Coupure de 31 mm. qui laisse la partie inférieure d'un S au milieu du mot. Cette amie de Mme de Montberon n'habitait sans doute pas Cambrai,

78 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 juin 1700

1. Fénelon avait été très lié avec les deux supérieurs des Missions Etrangères, mais animés peut-être surtout par la crainte de déplaire à M"" de Maintenon, ils avaient pris parti contre lui dans l'affaire des Maximes des Saints (cf. supra, lettres des 9 août [1695? cf. 1697, n° 435], 23 février 1697, 23 avril

1698). Le prologue embarrassé qui accompagne l'envoi tardif d'une pièce de polémique trahit le désir de s'assurer au moins la neutralité de l'archevêque

dans l'affaire des Rites chinois. Dans sa lettre à Beauvillier du 30 novembre 1699 (n. 43), Fénelon avait exprimé le regret que leur conflit avec les jésuites ait amené «depuis quelques années» Brisacier et Tiberge à prendre «des liaisons avec tous les ennemis» de la Compagnie.

2. Lettre de Messieurs des Missions Etrangères au Pape sur les idolâtries et superstitions chinoises du 28 avril 1700 (WILLAERT, n° 6603). Vuillart annonce cette «grande lettre» à la date du 9 juin 1700 (R. CLARK, p. 341). Mais Ledieu signale le 16 avril 1700 que Bossuet a reçu des «pièces imprimées des Missions Etrangères contre ces idolâtries» et, les semaines suivantes, que Tiberge et Brisacier lui ont rendu visite (LEDIEU, t. I, pp. 30, 39, 52).

3. Né à Bordeaux le 10 octobre 1655, Louis Le Comte appartenait à une ancienne famille parlementaire. Entré chez les jésuites le 22 octobre 1671, il

montra des aptitudes remarquables pour les mathématiques qui lui valurent

d'être envoyé au Siam et en Chine. Revenu en Europe en 1693, il publia les Nouveaux Mémoires sur l'état présent de la Chine (Paris, 1696 et 1697) suivis

en 1700 d'un troisième volume. Il est ici question de sa Lettre à Mgr le duc du Maine sur les cérémonies de la Chine (s.l.n.d., in-12 et Liège 1700). Il publia la même année des Eclaircissements sur la dénonciation faite à N. S. le Pape des Nouveaux Mémoires de la Chine (s.l., 1700).

On remarquera que cette lettre ne précède que de quelques jours la grande offensive de la Faculté de théologie contre les Pères Le Comte et

Gobien: commencée le 1" juillet 1700 par une dénonciation des Nouveaux

Mémoires, elle se termina par une censure le 24 octobre 1700 (R. CLARK, pp. 355, 383). La bibliographie des délibérations est immense: aux sources indi-

quées par URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 441, t. XIV, p. 427, on joindra le Journal du docteur Noël Varet (A. GAZIER, Bull. philol. et hist. [jusqu'en 1715], 1916 [1918], pp. 97-117) et les lettres de Vuillart.

Nommé en 1696 grâce au P. de La Chaise confesseur de la duchesse de Bourgogne, le P. Le Comte fut privé de ce poste dès le début de juillet 1700.

Louis XIV qui avait, le 2 juillet 1699, recommandé la cause des jésuites à

Rome si fortement qu'il avait mécontenté le Pape, avait en effet rapidement été détrompé par «un homme de bien» (Noailles ou Brisacier?) qui travail-

lait de concert avec Mme de Maintenon : nous ne savons lequel des deux Vuillart qualifie le 25 septembre 1700 de «bon ange» (R. CLARK, pp. 264, 342, 344 sqq., 374). Quoi qu'il en soit, le docteur Noël Varet constatait le 1" juillet 1700: «Ce n'est plus la foi des jésuites qui règne, c'est la foi des Missions étrangères» (loc. cit., p. 99, cf. p. 117).

4. La gêne de Brisacier ressort de cette formule et encore plus de celle qu'il a rayée: «l'ancienne amitié».

COMMENTAIRE 79

666. A LA COMTESSE DE MONTBERON

23 juin [17001.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. IX, f. 161. N° 10.

1. Fénelon a exceptionnellement signé ce billet qui nous renseigne sur la date de la mort de l'amie de Mme de Montberon.

p.m. A BARBEZIEUX

«30 juin 1700».

L. a. s., coll. Laroche-Lacarelle, Charon, 1846, n° 257. 2 p. in-4°. La date paraît résulter d'une mauvaise lecture au lieu de «30 7bre» qu'on trouvera infra, n° 682. Fénelon qui écrit du Cateau le 1" juillet ne pouvait guère être à Lessines la veille.

667. A L'ABBÉ DE LANGERON

ler juillet [1700].

L. a., pliée, A.S.S., t. VIII, ff. 80-83.

1. Nous ignorons de qui Fénelon avait reçu cet avis alarmiste et peu vraisemblable: le diocèse de Cambrai ne relevait pas des Assemblées du clergé de France. Il n'en reste pas moins que celle de 1700 s'occupa beaucoup de Fénelon. Le 8 juin 1700 l'opposition de l'évêque de Rennes de Lavardin (Mémoires de Fr. Hébert, Paris, 1927, pp. 304 sq.) ne l'empêcha pas de décider d'insérer dans ses Actes la condamnation des Maximes avec une relation de l'affaire et les procès-verbaux des assemblées provinciales. Bossuet fut chargé de la rédaction et on lui adjoignit l'évêque de Chartres, Chavigny, l'abbé Bossuet etc. Le 16 juin, le bureau ainsi constitué se réunit pour la première fois; le 3 juillet Bossuet avait achevé sa Relation et la communiquait le 5 à l'archevêque de Reims et au Roi. Le 22 juillet elle était approuvée par la commission et le 23 «elle fut lue... et mise en délibération à l'assemblée; elle a été approuvée et louée d'une voix commune. La conclusion fut prise de l'imprimer incessamment et séparément du reste du procès-verbal. Le 29 juillet, on travaillait fort à cette impression» (LEDIEU, t. I, pp. 54, 57, 68, 73, 78, 83).

2. Allusion au fait précédent, mais sans doute aussi à la procédure contre les propositions d'auteurs jésuites. Ledieu notait le 4 juillet que «les émissaires des jésuites et des cambrésiens répandent leurs plaintes dans le monde sur les résolutions de l'assemblée. C'est un déchaînement universel qui de Paris passe déjà dans les provinces» et le 7 août 1700 que la Gazette de Dordrecht avait «attaqué nommément M. de Meaux» (ibid., t. I, pp. 69, 91).

3. Matth. X, 19 et 20.

4. Natif de Saint-Quentin, Antoine Target, licencié en théologie le 2 février 1688 avec le quinzième rang, docteur le 24 novembre 1688 (A.S.S., ms.

23 juin [1700]

80 CORRESPONDANCE DE FÉNELON ler juillet 1700

786, Ordo licentiatorum 1373-1788, p. 98 et Nomina et ordo, 1689, p. 33), fut reçu au chapitre cathédral de Cambrai grâce à la collation de l'archevêque le 21 mai 1700 et mourut le 14 octobre 1706. Fénelon l'avait nommé supérieur de son séminaire, puis il s'en était repenti, mais il s'était senti obligé de lui donner un canonicat en compensation (cf. infra, n. 14). Fénelon reviendra sur la composition de son séminaire dans ses lettres à Beaumont des 22 octobre 1701, 4 novembre 1701 et 16 mai 1702 et à Langeron du 17 novembre 1702.

5. Il a été question de Pierre de Sabatier au début de juin 1695 (supra, lettre 322 A) et le 7 octobre 1695 : il avait passé l'été à Cambrai où Fénelon l'avait mis dans le vicariat, mais les efforts de M. Tronson n'avaient pas pu l'empêcher d'en repartir à l'automne; il sera question infra, n. 9, des causes de cette démarche.

6. Voir sur François Leschassier les lettres des 24 juillet 1694, n. 3, et 18 février 1697, t. III, p. 447, et t. V, pp. 156 sq. Il venait d'être élu supérieur général de Saint-Sulpice à la place de M. Tronson mort le 26 février 1700.

7. Dans la pièce en question Sabatier refusait donc de revenir à Cambrai en insistant sur ses obligations envers la compagnie de Saint-Sulpice (cf. aussi l'avant-dernier paragraphe de cette lettre).

8. Fénelon trouve naturel que M. Leschassier craigne de faire tort à sa compagnie en favorisant ses efforts pour trouver un supérieur au séminaire de Cambrai (cf. infra, après la n. 11: «sans se commettre en rien» et la lettre à Beaumont du 16 mai 1702, n. 4).

9. Cf. supra, n. 5.

10. Voir sur Antoine Brenier supra, lettre 524 C du 4 juin 1698, n. 6. Fénelon dira de lui le 20 juillet 1700: «Il mérite de l'amitié».

11. Désabuser, «tirer de son erreur, détromper» (DUBOIS-LAGANE, cf. desengafio). De travers, «de mauvais sens» (FuRETIÈRE).

12. C'est ce qui explique que Sabatier soit devenu en 1706 évêque d'Amiens.

13. Voir sur le docteur de Précelles, supra, lettres des 8 juillet 1697, n. 6, 4 juin 1698, mars-avril 1699, et sur les docteurs Boucher celles des 8 juillet 1697 (n. 7) et 4 juin 1698 (n. 2).

14. Cf. supra, n. 4.

15. Jusqu'à son dernier jour Fénelon eut à compter avec les obstacles que sa disgrâce mettait au recrutement de son corps professoral.

16. 11 s'agit du marquis de Blainville (cf. supra, lettres n° 43 de 1688, n. 1, et du 20 septembre 1694), à qui Fénelon avait recommandé de rechercher l'aide spirituelle de sa soeur, la «petite duchesse» de Mortemart (et non de Beauvillier, comme l'a cru Gosselin).

17. A la fin de la lettre du [151 juin 1700, Fénelon l'invitait effectivement à retarder son voyage, mais sans en donner le motif.

18. En particulier par les mesures prises contre l'imprimeur Hirson, cf. supra, la lettre à Gabrielli de la mi-janvier 1700.

19. Voir sur Leschelle, ancien gentilhomme de la manche du duc de Bourgogne, supra, lettre du 13 juin 1698, n. 22: il faisait des voyages à Cambrai, où Ledieu le rencontra en septembre 1704. Cf. aussi la lettre à Mme de Montberon du 15 avril 1708.

20. Cf. infra, lettre à Blainville du 4 avril 1701, n. 2.

21. Blainville devait donc se trouver dans une de ses terres ou aux eaux. Cf. infra, lettre du 25 juillet 1700, n. 5.

COMMENTAIRE 81

22. Just-Joseph-François de Tournon de Cadart d'Ancezune, créé par Alexandre VII duc de Caderousse dans le Comtat-Venaissin en 1663 et reçu

dans cette dignité à Avignon le 12 décembre 1665. Il fut aide de camp du Roi,

épousa d'abord une Guénégaud, morte en 1675, puis le 2 août 1679 Marie-Renée de Rambures dont il resta aussi veuf en avril 1710. Lui-même mourut

le 28 février 1730 âgé de près de quatre-vingt-cinq ans. C'était un ami du cardinal de Bouillon (cf. la lettre de la princesse de Montbazon à son oncle du 11 juin 1698, supra, t. IX, Chronologie). Cf. infra, lettre du 20 juillet 1700, n. 6.

23. Louis II de Rochechouart, né le 3 octobre 1681, devint duc de Mortemart dès 1688 par la mort prématurée de son père. Colonel en 1702, brigadier

en 1708, premier gentilhomme de la chambre le 22 février 1710 et maréchal

de camp en juillet 1710, gouverneur du Hâvre en 1714, lieutenant général en 1720, chevalier des ordres en 1724, il mourut le 31 juillet 1746. Dangeau

annonçait le 4 juillet 1700: «La duchesse de Mortemart marie son fils à Mile

de Caderousse qui n'aura pas grand bien de son père, parce qu'il a un fils de son premier mariage et que ses biens sont substitués, mais elle sera riche

par sa mère. Elle est fille unique et aura de belles terres, outre ce qui lui

reviendra à la mort de Mme de Polignac sa tante, ainsi elle aura tout le bien de la maison de Rambures» (t. VII, p. 336; cf. aussi SOURCHES, t. VI, pp.

270 sq). Le 3 décembre 1702 Dangeau annonçait la mort en Picardie de

l'héritière qui «n'avait que dix-huit ans et allait épouser le duc de Mortemart» (t. IX, p. 55; cf. SOURCHES, t. VII, p. 414) et, le 4 janvier 1703, il

rappelait que «le mariage du duc de Mortemart avait été presque arrêté avec

Mile de Caderousse». Un nouveau projet d'alliance avec Mlle de Guiscard qu'il mentionne à cette date était «entièrement rompu» dès le 21 janvier 1703

(ibid., t. IX, pp. 84, 87, 101 — SOURCHES, t. VIII, pp. 4 et 11). C'est avec sa cousine Marie-Henriette de Beauvillier que le duc se maria le 20 décembre 1703, bien que, selon Saint-Simon, il n'eût «ni les moeurs ni la conduite à devenir le gendre» du bon duc (BOISLISLE, t. XI, pp. 331, 505 et t. XIX, p. 37; cf. aussi infra, lettre du 17 avril 1710, n. 17).

24. Il doit s'agir du Commonitorium de l'abbé de Précelles dont Fénelon parlera sévèrement à Langeron à la fin de la lettre du 4 juin 1703.

25. L'abbé de Beaumont.

26. Rom. VI, 23.

27. Gosselin a lu tranchot. C'est qu'il ignorait que «dans le Cambrésis et dans le Hainaut on continue de nommer les habitants du département de l'Aisne les Français ou en patois les Franchots» (H. DRUON, Fénelon, archevêque de Cambrai, Paris, s.d., t. II, p. 216 n.)

28. Il a déjà été question dans la correspondance de Mlle de Langeron, mais il ne s'agit ici que d'une formule convenue accusant réception de la présente lettre.

29. Godin, domestique de Langeron, dont Fénelon espéra un moment se servir pour remplacer son «chef de cuisine» Mambrun (cf. infra, lettres des 6, 12 et 20 novembre 1701) ou Mambrin (E. DELLOYE, Variétés cambrésiennes, 1897, t. I, p. 280).

ler juillet 1700

82 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

20 juillet 1700

20 juillet 1700 COMMENTAIRE 83

668. AU MÊME

20 juillet 1700.

L. a., non signée, pliée; A.S.S., t. V, ff. 96-97. L'édition de Versailles a placé à tort cette lettre en 1701.

1. Langeron avait probablement contredit l'archevêque au sujet de l'opportunité du retour de M. de Sabatier à Cambrai.

2. Né à Bourges en 1613, Etienne Agard Deschamps entra dans la Compagnie de Jésus à dix-sept ans et, bientôt, Richelieu fit représenter dans son palais une tragédie latine de sa composition. Après avoir enseigné la philosophie au collège de Clermont, il fut chargé de diriger les études théologiques du jeune prince de Conti. Mais son grand emploi fut pendant vingt ans la réfutation du jansénisme. Caché sous le pseudonyme d'Antonius Ricardus, il publia à partir de 1646 une série d'ouvrages polémiques dont le plus important est le De haeresijanseniana dédié à Innocent X (1654 et 1728) : c'est sans doute de celui-ci que Fénelon veut parler. Le P. Deschamps passa par tous les emplois, fut trois fois provincial, et ses manières polies lui valurent beaucoup de considération. Le plus fameux de ses pénitents fut le grand Condé qu'il assista pendant ses dernières années. Le P. Deschamps se retira à La Flèche où il mourut le 31 juillet 1701.

3. L'opuscule de Précelles dont il avait déjà été question le 1" juillet 1700 (cf. n. 24) semble donc avoir concerné la question de la grâce, à moins qu'il ne s'agisse de celle des Rites chinois. Précelles se distinguera en prenant le 3 août 1700 à la Faculté de théologie la défense du P. Le Comte (Journal de Varet, Bull. phiL et hist. [jusqu'à 1715], 1916 [1918], p. 103).

4. Lors de l'affaire des Maximes des Saints? Cf. supra, lettres des 8 juillet 1697, 4 juin 1698, mars-avril 1699: il servait d'intermédiaire entre Fénelon et Godet-Desmarais.

5. Le supérieur de Paris semble M. Leschassier. Voir sur l'affaire Sabatier, supra, lettre du 1" juillet 1700, notes 5 à 7.

6. La B.P. duchesse n'est pas Mme de Beauvillier (comme l'a cru Gosse-lin), mais Mme de Mortemart, ce que confirme le reste du paragraphe. Sur le mariage Caderousse, cf. supra, lettre du ler juillet 1700, notes 22 sq. On trouve ici une confirmation des bonnes relations de Fénelon avec Du Gué de Bagnols, intendant de la Flandre wallonne.

7. La plaisanterie (en voir une analogue sur M. Ludon dans la lettre du 8 octobre 1701) ne doit pas empêcher de reconnaître l'abbé de Beaumont dont Fénelon venait de faire le 17 mai 1700 un de ses chanoines qui deviendra le 2 avril 1708 archidiacre de Valenciennes et le 23 décembre 1715 doyen du chapitre (B.M. Cambrai, ms. 1260, p. 207). Une interprétation littérale ferait penser à François de Fénelon, aîné des fils du comte de Fénelon, né vers 1685, qui deviendra le 29 octobre 1708 chanoine et écolâtre de Cambrai, et archidiacre de Valenciennes le 21 mars 1719; ayant résigné le 5 mai 1724, il fut doyen du chapitre de Tarascon et archidiacre d'Avignon et mourut en 1754 (ibid., p. 170 et B.N., f Périgord, t. 164, f. 33r°).

8. Nicolas-Auguste de Harlay de Bonneuil (cf. supra, lettres du 10 novembre 1697, n. 7, du 18 septembre 1698, n. 6, et infra, lettre du 12 novembre 1701).

9. Né en 1638, Guillaume Catinat, sieur de Croisilles, était entré dans la compagnie des gardes en 1658. Lieutenant en 1667, il en devint capitaine

lorsque son frère aîné Catinat d'Arcy mourut au siège de Lille. Il fut lui-

même blessé au siège de Maestricht en 1673, puis à Seneffe en 1674, ce qui le força à se retirer du service. Mais il était lié au cercle de Beauvillier et de

Chevreuse, et le premier l'eût fait nommer sous-gouverneur du duc de Bour-

gogne, si Croisilles n'eût préféré garder son indépendance. Il mourut le 19 mars 1701 (B. LE BOUYER DE SAINT-GERVAIS, Mémoires et correspondance

du maréchal de Catinat, Paris, 1819, t. III, p. 355 E. DE BROGLIE, Cati-

nat, Paris, 1902, pp. 10, 20). Dangeau dira à sa mort (19 mars 1701): «C'était un homme de grand mérite qui avait servi avec beaucoup de réputation et

qui... menait une vie fort retirée et était dans une grande dévotion» (t. VIII,

p. 61). Cela n'empêchait pas M"" de Sévigné de le ranger en 1688 parmi les «causeurs d'esprit» (MONMERQUÉ, t. VIII, p. 198) et Saint-Simon ajoutera:

«C'était un homme fort sage, fort instruit, fort judicieux, qui avait beaucoup

d'amis considérables» (BoisusLE, t. VIII, p. 261). En particulier, Fénelon le considérait comme un «précieux ami» auquel il ne pouvait penser sans

s'attendrir (à l'abbé Pucelle, 24 mars 1712, 0E, t. VIII, p. 56). Très lié avec son frère, Croisilles servait d'intermédiaire entre lui et le précepteur des princes (9 novembre 1690 et 19 avril 1693, Mémoires et correspondances du maréchal de Catinat, Paris, 1819, t. I, p. 172, t. II, p. 132; cf. les originaux, B.N., mss. fr. 7887, f. 253r°, et 7888, f. 52r°).

10. Voir sur Jacques de Gontaud-Biron, seigneur d'Arros, supra, lettre du 10 décembre 1695, notes 12 et 16, et le Mémoire suivant.

11. Cet exposé est exact et Fénelon remboursa M. d'Arros. Le coupable, son frère aîné François II, écrira en effet dans son testament du 23 janvier

1713 : «J'ai donné de l'argent à mon fils pour payer les dépens et l'amende auxquels M. de Cambrai fut condamné pour le procès de Salagnac. Il n'est pas juste qu'il lui eût coûté rien» (cf. supra, notre t. I, p. 97 n.).

12. Nous connaissons un Pierre de Mondyon seigneur de la Salle et de Montmirel près Prétot. Il épousa en janvier 1696 Madeleine, fille de Gilles,

seigneur de Vergetot, et de Madeleine de Fouilleuse, et petite-fille de Jacques du Fay, seigneur de Maulévrier, et de Judith aux Epaules, dame de Licurcy (H. de FRONDEVILLE, Les présidents du Parlement de Normandie, Paris, 1953, pp. 400 sq.).

Mais il existait aussi une famille de Mondion dans les élections de Loudun et de Richelieu: marié en 1638 avec Catherine de Montault, Antoine de

Mondion, seigneur de Mepied, céda le 7 mai 1685 ses biens à ses enfants

Pierre (né vers 1643, marié en 1691, père d'un enfant également nommé Pierre, baptisé le 20 janvier 1698), Charles-Auguste, Gilles, Nicolas, Made-

leine et Marie (Dossiers bleus 453, dossier 12212 — Carrés d'Hozier 438, ff. 259 sqq. — Nouveau d'Hozier 240, dossier 5442, ff. 7-10). Un Jacques de Mondion, marié à Elisabeth Gion, eut aussi des enfants baptisés entre 1681 et 1683 à Paris à l'église Saint-Sulpice (Carrés d'Hozier 438, ff. 288 sq.). Nous ignorons les rapports que les Gontaut-Biron d'Arros peuvent avoir eus avec l'une ou l'autre de ces familles.

13. Sur elle, cf. notre t. III, pp. 36-37.

84 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 juillet 1700

668 A. SŒUR ANNE-MARIE DES FONTAINES A FÉNELON

20 juillet 1700.

1. A.-M. Des Fontaines figure dans les actes de la Maison des Nouvelles Catholiques à partir de juillet 1683: cf. sur elle supra, t. I, p. 158, n. 21.

2. Description précise des effets produits dans des âmes simples par la campagne de l'auteur de l'Instruction sur les états d'oraison contre l'« oisiveté spirituelle».

3. Il n'y a pas d'alinéa, mais deux centimètres d'intervalle entre les deux phrases.

4. Allusion aux travaux de l'Assemblée du clergé dont l'archevêque de Reims était président depuis le 4 juin. Nous savons par le Journal de Ledieu qu'il avait été «chargé» le 15 mai par M. de Meaux «de lui porter à Paris tous les écrits de M. de Cambrai et ceux aussi de quelques particuliers faits pour sa défense...: il avait dessein de faire un récit de toute cette affaire». Le 8 juin, malgré les protestations de l'évêque de Rennes, Lavardin, l'Assemblée accorda à M. de Meaux un bureau pour l'affaire de M. de Cambrai: y figuraient entre autres M. de Troyes et l'abbé Bossuet. Le 11 juin le clergé étant allé en corps haranguer le Roi, M. de Reims prononça, à propos de la lutte contre l'hérésie, le nom de M. de Cambrai, ce qui, à en croire le curé Hébert, provoqua «l'indignation publique» des courtisans (éd. G. GIRARD, Paris, 1927, pp. 301-305). Le 16 juin eut lieu chez M. de Meaux la première réunion de la commission: «on a conclu» que la Relation «ne ferait aucune mention de Mme Guyon». Dès le 26, Bossuet annonçait que cette pièce était presque achevée; le samedi 3 juillet, il la donnait effectivement pour la mettre au net. Cependant «les émissaires des jésuites et les cambrésiens répandent leurs plaintes dans le monde sur les résolutions de l'Assemblée. C'est un déchaînement universel qui, de Paris, passe déjà dans les provinces». Ledieu ajoutait le 9 juillet que la nouvelle Relation sur le quiétisme avait été communiquée à M. de Reims, à M. de Paris, et, comme en 1698, au Roi lui-même: il comptait qu'elle «ne tiendrait rien» à l'Assemblée. De fait, le vendredi 23 juillet, «M. de Meaux a occupé l'assemblée au rapport qu'il a fait de l'affaire de M. l'A. de Cambrai. Sa relation a été lue ensuite et mise en délibération; elle a été approuvée et louée d'une voix commune. Conclusion prise de l'imprimer incessamment, et séparément du reste du procès-verbal» (LEDIEU, t. I, pp. 34, 54, 57, 65, 69, 73, 78). La soeur Des Fontaines choisissait cette occasion pour exprimer à Fénelon des sentiments qui, nous l'avons vu, étaient loin d'être exceptionnels.

5. Du a été rayé. Il n'a pas existé de sulpicien du nom de Chasmellet. En revanche Philippe Chalmette (cf. supra, lettre du 6 mai 1698, n. 5) logea longtemps dans la communauté de prêtres de la paroisse de Saint-Sulpice.

6. Voir sur Charlotte de Saint-Cyprien, supra, t. III, pp. 143 sqq. et table du t. IV. Des lettres d'elle à Fénelon seront de nouveau conservées après la mort de Bossuet.

COMMENTAIRE 85

Au CHAPITRE SAINT-N1COLAS D'AVESNES

22 juillet 1700.

L. a. s., A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7794.

1. Il s'agit de Paul Lecomte, de Mortagne, chanoine, puis curé d'Avesnes à partir du 22 septembre 1700, doyen de chrétienté avant le 7 juillet 1715, mort le 14 décembre 1725 (BONTEMPS).

2. Seuls les chanoines présents le jour de la Saint-Jean pouvaient percevoir les fruits attachés à leur prébende. Aussi Fénelon s'efforçait-il de terminer le concours plus tôt, mais il n'y réussit pas cette année-là.

3. Il est à croire que Fénelon fut obéi puisque, le 16 novembre 1700, le nouveau curé Lecomte refusa de marier un officier sans l'autorisation de l'inspecteur Sousternon (MossAY, p. 229, cf. p. 210).

670. Au MARQUIS DE BLAINVILLE

25 juillet 1700.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 552, pp. 7-9.

1. Matth. VI, 34. Nouvelle expression de la «spiritualité du temps présent» qui fait de Fénelon le précurseur du P. de Caussade.

2. Madame de Blainville, femme du destinataire: Gabrielle de Rochechouart, héritière du rameau des Tonnay-Charente, avait été mariée le 25 juillet 1682 à Blainville, mais elle était devenue « folle à lier» par suite de l'hérédité de sa famille maternelle depuis le mariage de Louis Phélypeaux de la Vrillière avec la fille du surintendant Particelli d'Emery. La marquise de Blainville vivait «renfermée depuis longtemps» en pensionnaire à l'abbaye royale de N.D. du Lys près de Melun avec trois demoiselles et une femme de chambre moyennant 3000 livres par an (BoisusLE, t. XIII, pp. 310 sq.). Cf. supra, lettre 43, 1688, t. III, p. 152.

3. Marie-Madeleine Colbert de Blainville née en 1686, fille unique depuis la mort de sa soeur Marie-Gabrielle à la Visitation de Saint-Denis le 18 octobre 1698, orpheline en 1704, fut mariée le 26 mai 1706 à son cousin germain le comte de Maure, devenu ensuite duc de Rochechouart, et mourut à Paris le 4 juin 1746. Bien qu'elle fût «extrêmement riche», sa tante la duchesse de Mortemart parut avoir fait un «mariage hardi» en lui donnant son second fils (25 novembre 1682 - 16 janvier 1757) (BOISLISLE, t. XIII, pp. 310 sq.).

4. C'est en effet à partir de cette date que la question du mariage de sa fille devait se poser.

5. Ces projets ne semblent pas connus autrement: ils provenaient d'ailleurs d'un sentiment d' «inutilité dans le monde» qui cessa lors de la reprise des opérations militaires (cf. infra, la lettre à Blainville du 4 avril 1701, notes 4 et 5).

L. a. s., pliée, traces de cire rouge, A.S.S., pièce 720.

22 juillet 1700

669.

86 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [1700?] 26 juillet 1700 COMMENTAIRE 87

6. La charge de maître des cérémonies que Blainville vendit l'année suivante (cf. supra, lettre du 1" juillet 1700, n. 20).

7. Sa soeur la duchesse de Mortemart: Blainville avait avoué le 20 septembre 1694 à Mme Guyon son éloignement pour elle (cf. supra, notre t. III, pp. 453 sq., n. 5) et Fénelon avait inutilement cherché à le lui faire surmonter (cf. supra, lettre du Pr juillet 1700, n. 16).

671. AU MÊME

[1700?].

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 552, p. 4. Non datée, de même que la lettre suivante; nous les plaçons ici, du fait que les conseils donnés à Blainville sont proches de ceux contenus dans la lettre du 25 juillet 1700.

1. Décision reste chez Fénelon proche de son étymologie: façon péremptoire de «trancher». Cf. supra, t. III, p. 463, n. 11 et p. 465, n. 7 pour décider et décisif. Le conseil s'apparente à celui du 25 juillet 1700, 6°.

2. A rapprocher des 2° et 3° de la lettre 670.

672. AU MÊME

[17001.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 552, pp. 6-7. Voir la lettre précédente.

1. A rapprocher de la lettre 670, 4°.

2. La «bonne petite duchesse» de Mortemart, comme au 13° de la lettre 670.

3. Cf. le 7° de la lettre 670.

4. A rapprocher du début de la lettre 671.

5. Echo du 5° de la lettre 670. Le 3 janvier 1697, Fénelon avait donné à Blainville des règles pour le jugement, mais il visait à former le discernement personnel plutôt que l'appréciation d'autrui (supra, t. IV, p. 115 et le commentaire, t. V. p. 140, n. 2).

2. Paragraphe particulièrement guyonien.

3. Mme de Montberon semble être alors entrée dans la voie des consolations sensibles : Fénelon lui donne des conseils que nul n'aurait pu critiquer.

BARBEZIEUX A FÉNELON

26 juillet 1700.

Minute de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, Al . 1459, f. 248r°.

1. Cette circulaire adressée par Barbezieux à tous les évêques de son ressort fait suite à la lettre que le secrétaire d'Etat Jérôme de Pontchartrain écrivit le 18 juillet 1700 à ses trois collègues: «Le 18 juillet 1700. Le Roi voulant être informé si tous les Archevêques et Evêques ont fait publier la constitution du Pape contre le livre de M. de Cambray, Sa Majesté a ordonné que nous écrivions aux Archevêques en conformité du mémoire que je vous envoie. J'y joins la lettre que j'ai écrite à M. l'Arch. de Paris sur ce sujet, et je m'acquitte de l'ordre que j'ai reçu de vous avertir de prendre celui de S. M. pour écrire de même aux Archevêques de votre département» (A.N., 01. 44, f. 306r°-v°). Le 1" août 1700, Torcy annonçait à l'ambassadeur Monaco qu'une circulaire avait été envoyée à tous les archevêques (f. Rome, t. 414, f. 214). Cf. supra, la lettre d'A.-M. Des Fontaines à Fénelon du 20 juillet 1700, n. 4.

2. Il s'agit en réalité du bref Cum alias du 12 mars 1699. Le même lapsus se trouve dans les lettres aux autres évêques. Cf. ms. fr. 13924, ff. 402-435, 539.

3. Fénelon répondit à cette circulaire par l'envoi de son mandement du 9 avril 1699 (0.E, t. III, pp. 410 sq.). Barbezieux réagira par une lettre du 17 septembre 1700.

674. A LA COMTESSE DE MONTBERON

28 juillet [1700].

Copie du début du XIX' siècle, A.S.S., pièce 222. Ce billet accompagnait la lettre du 26.

673 A.

673. A LA COMTESSE DE MONTBERON

26 juillet [1700].

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 162-163. N° 11.

1. On trouve déjà une idée analogue au début de la lettre du 30 avril 1700. Cf. aussi, infra, lettre du 2 septembre 1700, n. 3.

675. A MAIGNART DE BERNIÈRES

29 juillet [1700?].

L. a. s., collection R. Faille. Inédite.

Cette lettre sans millésime ne peut avoir été écrite ni en 1701 (cf. la lettre du 17 juillet), ni en 1702 (voir celle du 27 juillet), ni en 1704 (cf. celle du 30 octobre 1704). En 1703 Bernières était intendant de l'armée et les campagnes

1. Solesmes était, comme Le Cateau, un fief direct de l'archevêché: cf. A.D. Nord, 3 G. 107 - MOSSAY, pp. 110 sq. - infra, mémoire qui suit la lettre du 20 novembre 1700.

2. Sans doute quand Fénelon avait confié cet emploi à Blondel du Barlet, le 2 août 1700 (cf. infra, lettre du 20 novembre 1700, n. 1).

3. Henri-Joseph de Beaumont, frère de l'abbé, à qui sa femme avait apporté les seigneuries de Fort-en-Velay et de Verrières, était pourtant, le 23 novembre 1709 (Serv. hist. Armée, A1. 2127, f. 252) et le 24 janvier 1717 (A.D. Nord, 3 G. 495), châtelain de la ville et châtellenie du Cateau. Fénelon avait donc finalement cédé à ses instances.

4. «La fin est exquise. Comment le peuple du Hainaut n'aurait-il pas fini par être conquis par cette bonté souriante, par cette grâce ingénue?» (MosSAY, p. 204).

5. Est une menace pour moi, en surcharge dans l'interligne.

677. A LA COMTESSE DE MONTBERON

5 août [1700].

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 164-165. N° 13.

1. Passage qui s'éclaire par la lettre du 26 juillet 1700, n. 3. L'image du vin nouveau était traditionnellement associée à l'état de ceux qui commençaient à recevoir des faveurs surnaturelles : cf. H. LEMAIRE, Les Images chez saint François de Sales, s.v. Vin, n. 12, Paris, 1962, p. 472.

2. Idée que Fénelon doit appliquer aussi secrètement à ses Maximes des Saints.

3. Les expressions de saint Jean de la Croix sont rajeunies par l'image de la mamelle, cf. H. LEMAIRE, pp. 288 sq. Cf. aussi supra, lettre du 17 juin 1700, n. 3.

4. Les livres que Fénelon avait prêtés à Mme de Montberon comprenaient donc une sainte Catherine de Gênes et un Frère Laurent de la Résurrection; cf. sur celui-ci supra, lettre du 19 novembre 1697, n. 6.

15 août 1700 COMMENTAIRE 89

678. A LA COMTESSE DE FÉNELON

15 août 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. III, ff. 96-98.

1. Sur Guy-André de Laval, né le 21 octobre 1686, et sur l'éducation sommaire qu'il reçut à Fontaine-Chalendray, cf. supra, t. I, pp. 83 sq. Voir dans la Province d'Anjou, t. IX, 1934, pp. 341 sqq. des lettres qu'il adressa à sa mère et à divers correspondants. On trouvera aussi ibid., t. X, 1935, p. 251, la mention d'un procès gagné en 1699 par son tuteur Roux contre son oncle l'abbé de Laval.

2. Voir sur l'abbé de La Templerie qui avait accompagné à Rome l'abbé de Chantérac, supra, lettre du 15 août 1697, n. 7.

3. Il semble que Gabriel-Jacques était le seul des petits-neveux de l'archevêque à se trouver déjà à Cambrai; il avait deux ans de moins que Guy-André. Voir infra, pp. 298 et 300.

4. La fortune de Mme de Laval lui permettait de remédier peu à peu à la situation désastreuse laissée par son mari, de sorte que le 6 mars 1713 son fils se trouvait lui devoir 328 428 livres, dont elle lui fit don (supra t. I, p. 83).

5. Jean-Léon Roquet venait de Saintonge où il avait sans doute contribué à l'instruction du jeune Laval. N'ayant pas obtenu de poste à Cambrai, il retourna dans l'Ouest et on le voit dix ans plus tard désigné comme curé de Coisvert au diocèse de Saintes. En outre, Guy-André de Laval, alors majeur, le présentait le 16 octobre 1711 à l'évêque d'Angers comme chapelain de Sainte-Catherine de La Bigeottière, de Sainte-Catherine-la-Bourgeoise et de la chapelle du château à Bourg d'Iré (Maine-et-Loire), ainsi que de deux autres chapellenies dont il disposait en Anjou. Le 7 décembre 1711, Roquet prenait possession de Bourg d' Iré par procureur, mais il ne semble pas y avoir résidé, car il mourut en 1734 curé de Coisvert (chartrier du château de Challain-la-Potherie, série Bigeottière, dans la Province d'Anjou, t. IX, 1934, pp. 339 sq., cf. t. X, 1935, p. 321).

88 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 août [1700?]

s'achevaient normalement le 30 octobre. Le millésime 1700 nous paraît donc plus probable. Un problème analogue se pose pour la lettre du 1" mai [1701?].

AU MÊME

4 août [1700?].

L. a. s., pliée, B.N., noue acq. fr. 24146, ff. 79-80.

676.

679. A LA COMTESSE DE MONTBERON

2 septembre [17001.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 166-167. N° 14.

1. Ravi est ajouté par Fénelon au dessus de la ligne.

2. Aller est également une addition.

3. Cf. supra, lettres du 30 avril 1700 et du 26 juillet 1700, n. 1.

4. Ps. XXXV, 9.

5. Pourtant est ajouté en surcharge.

90 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 septembre [17001

680. A MAIGNART DE BERNIÈRES

4 septembre [1700?].

Copie XIX, siècle, A.S.S., pièce 234. Cf. B.N., n. a. fr. 24146, ff. 94 et 108. Inédite. L'année n'est pas indiquée; on ne peut placer cette lettre en 1701 (le 1" septembre 1701, Fénelon parle sévèrement des habitants de Solesmes), ni plus tard, époque où il semble avoir marqué méthodiquement le millésime de son courrier.

1. Fénelon eut plusieurs fois à exposer à l'intendant de Maubeuge les problèmes de ce fief de son archevêché: cf. supra, le 21 avril 1700 (?) et infra, les lettres des 20 novembre 1700 et 10 juillet 1701.

2. Daniel Voysin de La Noiraye avait été intendant de Hainaut (15 mai 1688 - 18 octobre 1698). Cf. la lettre du 12 novembre 1701, n. 2.

680 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

17 septembre 1700.

Minute, de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, Al. 1460, f. 125.

1. L'envoi par Fénelon de son mandement du 9 avril 1699 (supra, 26 juillet 1700, n. 3) avait donc paru à Barbezieux insuffisant, comme n'étant pas conforme aux lettres patentes du 14 août 1699. Fénelon lui donnera satisfaction dès le 30 septembre 1700.

681. Au CARDINAL GABRIELLI

22 septembre 1700.

Copie (ou minute?) de la main de l'abbé de Beaumont, A.S.S., pièce 1503.

1. Fénelon a attendu pour s'adresser de nouveau à Gabrielli une occasion où leurs noms se trouvaient indissolublement liés.

2. Le Tellier, premier président de l'Assemblée, Noailles qui le remplaça une fois devenu cardinal et, naturellement, Bossuet (LEDIEU, t. I, pp. 75, 85, 91-95, 97 sq., 100, 111, 115 sq., 133, 136, 140 sq., 151 sq.).

3. Censura et declaratio conventus generalis Cleri Gallicani congregati in palatio regio San-Germano anno MDCC in materia fidei et morum

(L Acti AT , t. XXII, pp. 721-778; les procès-verbaux des séances du 26 août au 2 septembre 1700 se trouvent pp. 721-736). Il est question du cardinal Sfondrate explicitement p. 741 et implicitement pp. 745 sq. (propositions 5 et 6). Cette censure, datée du 4 septembre, fut distribuée à l'Assemblée, puis

22 septembre 1700 COMMENTAIRE 91

au public, dès le 13 septembre (LEDIEU, t. I, p. 144, cf. pp. 41, 62 sqq., 66 sq., 68 sq.).

4. Relations des actes et délibérations concernant la constitution en forme de bref de N.S. le Pape Innocent XII du 12e de mars 1699 portant condamnation et prohibition du livre intitulé Explication des Maximes des Saints sur la vie intérieure... avec la délibération prise sur ce sujet le 23 de juillet 1700 dans l'assemblée générale du clergé de France à Saint-Germain en Laye (LACHAT, t. XX, pp. 480-513). Cf. LEDIEU, t. I, pp. 34 sq., 54, 57, 65, 68 sq., 73, 78.

5. Les quarante-cinq propositions condamnées le 24 septembre 1665 par Alexandre VII et les soixante-cinq figurant dans le décret d'Innocent XI du 2 mars 1679 (qui en ajouta deux autres le 23 novembre 1679). L'Assemblée du clergé indiquait ces sources, mais aussi le décret d'Alexandre VIII, 24 août 1690 — Censura Lovan. 1653 et 1657 — Censura Guimen. de la Faculté de théologie de Paris de 1665, et l'Assemblée du clergé de 1656 avec les censures qui l'avaient suivie à Paris, Sens et Bourges. L'Assemblée du clergé de 1641-1642 est aussi invoquée à deux reprises. Peu nombreuses, les propositions condamnées pour la première fois se rencontrent surtout au début et à la fin de la Censure.

6. Fénelon cite habilement les passages du début de la Censure qui pouvaient le plus choquer un ultramontain: «Dum expectamus fore ut tantum opus more majorum et canonico ordine perficiant... nos interim... ne dirum virus serperet... has propositiones... suis quasque censuris configendas esse duximus» (LACHAT, t. XXII, pp. 742 sq.). Cf. LEDIEU, t. I, pp. 62, 104.

7. Cf. sur cet Anti-Nodus, supra, lettre du ler mai 1700, n. 19.

8. LACHAT, t. XXII, pp. 740 sq.

9. Quesnel écrivait le 21 juillet 1700 à Van Heussen: «M. de Meaux est furieusement échauffé contre le prétendu Jansénisme... Il n'en veut qu'à la préface de l'Anti-Nodus... Il faut bien que la vérité soit toujours persécutée et par qui le serait-elle, sinon par un évêque de cour?» (TANS, pp. 148 sq. qui renvoie aussi aux lettres de Quesnel à Du Vaucel sur le même sujet). Il est certain que Bossuet eût voulu condamner une autre proposition de la préface de l'Anti-Nodus, mais qu'il en fût empêché par diverses oppositions et surtout par celle des archevêques de Reims et de Paris, dont il finit par dire avec dépit le 31 août 1700: « Ils veulent épargner les jansénistes» (LEDIEU, t. I, pp. 29, 60, 65 n., 73, 80 sqq., 92 sq., 95, 97, 101, 103, 105, 138 sq.). Il n'avait donc pas tenu à Bossuet que la question de droit n'ait été abordée.

10. 5e des propositions condamnées. Elle avait été discutée le 27 août (ibid., t. I, pp. 105-108).

11. La dénonciation des cinq évêques français du 23 février 1697 (URBAIN-LEVESQUE, t. VIII, pp. 151-172).

12. Déclaration placée en tête de la Censure (LACHAT, t. XXII, p. 741).

13. Les raisons de la discrétion de l'Assemblée sur le Nodus de Sfondrate, les Lettres des enfants des Limbes, l'Appendix ad Nodum Sfondratianum et la Dispunctio de Gabrielli lui-même ont été données par Ledieu à la date du 17 août 1700 (cf. supra, lettre du ter mai 1700, n. 20).

14. L. III, ch. 8, LACHAT, t. XVIII, p. 431.

15. Réponse à quatre lettres de Mgr l'Archevêque de Cambrai. II, sur l'intérêt propre éternel, ibid., t. XIX, p. 531.

92 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 septembre 1700

30 septembre 1700

COMMENTAIRE 93

16. Ibid., pp. 530 sqq. Bien que Fénelon vise certainement ce passage, il eût pu trouver des expressions analogues dans les Divers Ecrits sur les Maximes des Saints, Préface, P. I, sect. 4, n. 33 à 43 et 74, ibid., 203-211, 239.

17. M. de Meaux lui-même avait commencé sa Relation de 1700 par: «Dans cette nouvelle spiritualité, on appelait intérêt, non seulement les biens

temporels, ou même dans l'ordre des biens spirituels les grâces et les consolations sensibles, mais encore le salut que nous espérons en Jésus-Christ, la gloire éternelle, quoiqu'elle soit celle de Dieu plus que la nôtre, la béatitude, la jouissance de Dieu, la vision bienheureuse» (ibid., t. XX, pp. 483 sq.).

18. C'est en renvoyant au Procès-Verbal d'Aix que Bossuet conclut la même Relation par: «On a pénétré à fond la nature du faux amour pur...

contraire à l'essence de l'amour, qui veut toujours posséder son objet, et à la nature de l'homme, qui désire nécessairement être heureux» (ibid., pp. 509 sq.). Fénelon insistera sur ce pasage au début de son brouillon de lettre à Clément XI du 8 mars 1701.

19. Bossuet affirme dans ses Principes communs (p. 242) que, selon saint Anselme, la bonté immuable de Dieu «l'oblige (mot souligné dans l'autogra-

phe)... à rendre heureux celui qu'elle a formé à son image» (LE BRUN,

p. 573; cf. aussi Réponse à quatre lettres, n. 11, LACHAT, t. XIX, p. 549). Le présent passage est à rapprocher de la IIIe lettre en réponse à celle de Mgr

l'Ev. de Meaux: «Mes suppositions sont fondées sur la liberté de Dieu. La

niez-vous? Vous dites que je veux supposer qu'il eût réduit les hommes à l'état de pure nature... Pour moi, je n'ai garde de prendre le change... Cette

supposition est d'un grand nombre de saints auteurs» (n. 1, 0.F., t. II, p. 654 g) et de: «Un don gratuit est-il une dette?... Loin de devoir la béatitude céleste aux droits de notre nature et à la constitution de notre volonté, c'est par clémence qu'il nous a destiné ce bien qu'il ne nous devait pas» (ibid.,

n. 11, t. II, p. 664 d), de la Ille lettre à M l'archevêque de Paris sur son Instruction Pastorale (2°, 0.F., t. II, p. 495 g), de la fin de la Responsio ad episto-

lam D. Parisiensis (0.F., t. II, p. 553 d) et, plus nettement encore, de la Pre-

mière lettre de M. de Cambrai à M de Chartres: «J'ai demandé» à M. de Meaux «si la béatitude céleste est une grâce librement promise, ou une dette

que Dieu paie à la nature intelligente... Est-il permis de dire que Dieu n'est

aimable à sa créature que par un don créé... que par une chose qui lui est accidentelle?» (n. 5, 0.E, t. III, p. 128 d). Cf H. DE LUBAC, Augustinisme

et théologie moderne, Paris, 1965, pp. 279, 305 sqq. et le Mystère du surnaturel, Paris, 1965, pp. 89 et 228. Bossuet avait rejeté le terme d'accidentel en affirmant l'existence d'un «medium, nempe proprium inseparabile... inter illud essentiale primum et accidentalia» (Schola in tuto, qu. IV, art. 8, LACHAT, t. XIX, pp. 689 sq., cf. LE BRUN, p. 683). Cf. supra, lettres 470 A, n. 22, 521, notes 2 à 7, 553 A, n. 7, 573 A.

20. «His tribus illustrissimus auctor quartus accessit » (Déclaration des trois évêques, LACHAT, t. XIX, p. 496).

21. Bossuet avait employé une formule plus ambigüe: «L'Abbé de Fénelon fut un de ceux qui écrivirent en faveur du prétendu amour pur et de la nouvelle spiritualité, et, après avoir expliqué sur la matière ce qu'il trouva à propos, il souscrivit les articles, étant déjà nommé Archevêque de Cambrai» (ibid., t. XX, p. 486).

22. Isaïe. XXXVIII, 14.

23. Innocent XII ne mourut que le 27 septembre, mais on avait appris «par un courrier parti de Rome le 23 août et arrivé à Versailles le 29 août au soir, que le Pape était alors à l'extrémité et ne pouvait vivre plus de deux jours» (LEDIEU, t. I, p. 119).

682. A BARBEZIEUX

30 septembre 1700.

Minute a. s., B.N., Autogr. A. XVII, t. IV, pièce 289.

1. Cf. supra, lettre du 17 septembre 1700, n. 1.

2. De Sa Majesté, rayé.

3. Voir le mandement du 9 avril 1699 (0.F., t. III, pp. 410 sq.), supra, lettre du 26 juillet 1700, n. 3.

4. Cf. sur l'assemblée provinciale de Cambrai du 24 au 26 mai 1699, 0.E, t. III, pp. 412-418.

5. Les lettres patentes du 14 août 1699 (cf. DAGUESSEAU, Œuvres, Paris, 1789, t. XIII, pp. 183 sq.).

6. O.F., t. III, p. 414 g.

7. Le mandement avait été réédité à Louvain dans un but polémique: signant l'approbation en qualité de censeur, le docteur Steyaert citait Tacite: «pro quo exemplum quœrimus, id olim pro exemplo erit», soulignant ainsi la leçon donnée aux jansénistes (0.E, t. X2, p. 138 d n.).

8. Ce Procès-verbal de l'assemblée métropolitaine de Cambrai fut d'abord imprimé à Cambrai, in-8°, l'année même de l'assemblée, et réimprimé dans le Procès-verbal de l'assemblée générale du clergé de France tenue en 1700 à S`-Germain-en-Laye (Paris, 1703, in-f°). On le trouve également en entier dans le t. I des Mémoires du clergé in-fol. (OF., t. I, p. 50 g).

9. En voir le texte imprimé dans O.F., t. III, p. 419. La minute autographe (A. XVII, t. IV, p. 305r°-v°) ne contient que quelques variantes sans portée.

683.

«A Cambray, 11 octobre 1700» (?) .

L. a. s., 1 p. in-4°, Lalande-Laverdet (Amateur d'autographes, 1850, n° 159). La date de cette lettre perdue, connue seulement par ce catalogue, nous paraît inconciliable avec le fait que Fénelon était alors en visite pastorale loin de Cambrai.

Le destinataire pourrait être l'intendant Bernières, Prisches (à 12 km. d'Avesnes et à 7 km. de Landrecies) dépendant de son subdélégué à Avesnes. C'était «le seul village riche entre Trélon et Landrecies», mais il était exposé aux incursions des partisans (MOSSAY, pp. 20, 239, 247, 251).

A...

94 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

684. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

25 octobre 1700.

L. a. s. au château d'Anholt publiée par E. RANCE, Revue des Questions historiques, t. XXIII, janvier-avril 1883, pp. 558 sq.

1. On se reportera pour le commentaire de cette lettre à celle du 28 mai 1700, Fénelon ne faisant ici qu'insister sur la situation déplorable de la princesse abandonnée.

2. Léopold 1" (9 juin 1640 - 5 mai 1705), élu roi de Bohême en 1654, de Hongrie en 1655, empereur d'Allemagne le 18 juillet 1658, resté fameux par ses luttes contre le Turc, les Hongrois et sa participation aux trois ligues contre Louis XIV. C'est sous son règne que l'Autriche devint un grand Etat.

3. Léopold I" eut trois femmes: en 1666, Marguerite-Thérèse, fille de Philippe IV, morte le 12 mars 1673: en 1673, Claude-Félicité, fille de Ferdinand-Charles, archiduc de Gratz, morte le 8 avril 1676; et, le 14 décembre 1676, Eléonore-Madeleine-Thérèse, fille de Philippe-Guillaume, duc de Neubourg, morte le 19 janvier 1720. Cette dernière fut couronnée reine de Hongrie en 1681 et impératrice à Augsbourg en 1690. Le 24 janvier de la même année, leur fils aîné Joseph, né le 24 juillet 1678, fut élu roi des Romains. Empereur en 1705, il mourut le 17 avril 1711. Charles-Othon de Salm, qui avait été son précepteur, lui fit épouser sa nièce en 1698 avant de devenir son premier ministre. L'influence du prince sur la famille impériale était donc très grande et c'est avec raison que Fénelon s'adresse à lui; mais, dès le 10 janvier 1701 (voir la note 6), il reconnaîtra que la guerre imminente rend inutile toute nouvelle insistance.

BARBEZIEUX A FÉNELON

26 octobre 1700.

Minute de la main d'un secrétaire, Serv. hist. de l'Armée, A'. 1459. Inédite.

Réponse à la lettre du 18 octobre 1700 qui est perdue.

685. A LA COMTESSE DE MONTBERON

31 octobre [1700].

Copie de la fin du XVIII' siècle, A.S.S., pièce 318. Inédite.

1. Les déplacements de Fénelon — qui, cette année-là, ne termina ses visites qu'à la fin d'octobre — permettent de dater cette lettre de 1700. Assez curieusement, «le nouveau-né» se trouve donc être Marie-Louise-Ursule, demoiselle d'Agny, née à Vendegies le 1" octobre 1700. Mais la date de naissance d'aucun des petits-fils de sa correspondante ne conviendrait, et les

COMMENTAIRE 95

douze dates de naissance connues ne laissent même pas la ressource d'en intercaler une supplémentaire avant 1704. Voir sur les enfants de Mme de Souastre, supra, lettre du 22 février 1700, n. 3.

2. Sans doute à Vendegies-au-Bois qui était distant de Cambrai de 29 kilomètres. «La fête» est naturellement la Toussaint.

3. La précision de cette date ne doit pas étonner, car Françoise-Dorothée de Guînes, aînée des petits-enfants de la comtesse (N., né le 8 octobre 1695, était mort en mai 1696) et filleule de Fénelon, était née à Cambrai le 13 novembre 1696.

686. A LA MÊME

2 novembre [1700].

Copie du début du XIXe siècle, A.S.S., t. IX, f. 168.

1. Le 2 novembre étant un mardi, la rencontre devait avoir lieu le 6 ou

le 8

2. Doit-on faire le rapprochement avec la disparition de l'amie morte vers le 20 juin (cf. supra, lettre du 23 juin 1700, n. 1)?

3. Plutôt qu'à Mme de Souastre, fille de sa correspondante qui avait le ler octobre 1700 mis au monde à Vendegies Marie-Louise-Ursule, demoiselle d'Agny, on peut penser à Mme d'Oisy, qu'on rencontrera souvent à partir du 2 avril 1701 (n. 1).

687. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

Vers le 7 novembre 1700?

L. a. s., pliée, Bibliothèque Briçonnet de Meaux; donnée en 1825 par le supérieur de Saint-Sulpice à l'abbé Allou, qui fut évêque de Meaux de 1839 à 1854.

1. L'abbé de Beaumont séjournait souvent l'automne à Paris auprès de sa soeur Mme de Chevry.

2. Automne, «quelques-uns le font féminin» (Acad. 1694), par exemple Malherbe et Mme de Sévigné (DUBOIS-LAGANE).

3. Louise de Souillac de Montmège, épouse de Jean de Reillac, et propriétaire de la terre de Salignac. Elle mourut en 1704, laissant deux fils morts en 1704 et 1705 (Mercure galant, mars 1704, pp. 215-223). Mais le titre de Mme de Montmège ne convenait-il pas mieux à sa bru Thérèse-Gabrielle d'Aubusson, de la branche de La Feuillade, épouse du jeune marquis François de Reillac de Montmège de Pelvezy, et qui avait, elle aussi, des liens de parenté avec les Fénelon? Fille de Charles de Chassingrimont, elle naquit entre 1642 et 1664 et mourut le 15 février 1704 (MoRERi). Cf. supra, t. V, pp. 58, 62 et infra, la lettre de Beaumont du 26 septembre 1711, n. 3.

25 octobre 1700

2 novembre [1700]

684 A.

96 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 novembre [1700] 12 novembre [1700] COMMENTAIRE 97

688. A LA COMTESSE DE MONTBERON Léonard qui en fit des copies (cf. supra, t. VII, loc. cit.). Fénelon lui-même n'a pas détruit la présente épître, qui avait tant de raisons de lui déplaire.

7 novembre [1700].

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 169-170. N° 17. 689. Au MARQUIS LOUIS II D'ESTOURMEL

1. Ce petit traité des scrupules est dominé par l'expression de «laisser tomber» que nous avons plusieurs fois rencontrée dans la même correspondance.

2. Il Cor. III, 17.

3. Et le mérite bien est ajouté au dessus de la ligne.

4. Remarque un peu dure, mais qui est aussitôt après changée en motif d'espérance. Le retour du directeur sur soi-même dans le dernier paragraphe doit aussi contribuer à rendre courage à sa correspondante. Fénelon se montrera plus précis dans sa lettre du 12 décembre 1700.

5. Nous avons déjà rencontré l'expression de «paix sèche» avec des compléments analogues à ceux qu'elle comporte ici à la fin de la lettre à Chevreuse du 31 août 1699 (cf. aussi celle de l'automne 1699, n. 2, et la fin de celle du 27 janvier 1702).

6. C'est un entraînement journalier est une surcharge.

7. Idée baroque fréquente sous la plume de Fénelon, mais rarement exprimée avec autant de vigueur qu'ici.

8. Et sortir de remplace dans, rayé.

9. Dieu seul est le titre du livre d'H.M. Boudon (cf. supra, lettre du 25 octobre 1698, n. 28). «Trop est avare à qui Dieu ne suffit », formule augustinienne que Fénelon avait pu retrouver à la fin du chapitre XX des Institutions pseudo-taulériennes (cf. E.P. NOËL, t. VIII, Paris, 1913, p. 238; la version de Surius était en 1700 accessible dans diverses traductions françaises, en particulier dans celle de 1665).

688 A. ANTOINETTE JAMET A FÉNELON

11 novembre 1700.

L. a. s., pliée, fragments de cachet, A.S.S., pièce 545. Inédite.

1. Antoinette Jamet apprend à Fénelon que, fille d'un médecin et soeur d'un chanoine aisé d'Evreux, elle avait fait profession à l'abbaye S. Sauveur d'Evreux vers 1668. Les deux manuscrits dont elle essaie d'imposer la lecture à Fénelon n'étaient qu'une partie de sa production littéraire. Ayant connu comme prieur à Evreux dom Antoine Beaugendre (profès le 11 septembre 1647, mort le 16 août 1708 à Saint-Germain-des-Prés, cf. Y. CHAUSSY, Matricule, 1959, n° 1237), elle lui adressa le 24 novembre 1697 une apologie des Maximes des Saints où Bossuet était pourtant ménagé (cf. supra, t. VII,

p. 261). Elle envoya aussi en 1702 à Mabillon un éloge de l'abbesse de Saint-Sauveur d'Evreux, morte en 1698 (ms. fr. 19653, f. 233). Ses efforts opiniâtres pour atteindre un début de notoriété littéraire ne sont pas restés tout à fait vains, puisque dom Beaugendre communiqua son manuscrit au Père

12 novembre (1700].

L. a. s., château de Suzanne près Bray (Somme), publiée par Edm. LECOMTE, Fénelon en Picardie, Amiens 1900, pp. 14 sq.

1. Issu d'une famille originaire du domaine d'Estourmel (jadis Sturmel) près de Cambrai, Louis II d'Estourmel, chevalier et premier marquis d'Estourmel, vicomte de Fouilloy, baron de Cappy, porta d'abord les armes et fut capitaine dans le régiment de son beau-frère, le marquis de Saveuse, mort en 1677. Il avait espéré obtenir sa succession avec l'appui de Turenne, mais Louvois lui préféra un étranger : il se retira donc au château de Suzanne qu'il restaura (1678) et épousa en 1683 sa cousine Marie-Aimée d'HautefortTempleux, fille du marquis et de Marthe d'Estourmel. Le contrat du 3 mai 1683, signé de toute la famille royale, faisait rentrer dans sa maison les biens qui en étaient sortis trente-trois ans auparavant par un autre mariage. Il travailla encore de 1695 à 1701 avec Bignon, intendant d'Amiens, à la confection du rôle de la noblesse. Le 17 avril 1702 il mourut à cinquante et un ans. Il est inhumé à Suzanne ainsi que sa femme, morte le 26 février 1713. Alliés aux Bonneval et aux Montmorency-Laval (cf. Paul DECAGNY, Notice historique sur le château de Suzanne, Péronne, 1857, pp. 70-85, et Histoire de l'arrondissement de Péronne, Péronne, 1869, t. I, pp. 28, 577-584), les Estourmel avaient donc des liens de famille avec Fénelon. C'est ce qui doit expliquer que le marquis et l'archevêque aient séjourné au palais épiscopal de Cambrai du 3 au 5 septembre 1696, le 31 octobre 1699, du 7 au 9 novembre 1699 et du 20 au 23 janvier 1700 (cf. supra, la Chronologie).

2. Cette indication exclut la date de 1697 qu'avait retenue E. Lecomte. Celle de 1699 l'étant aussi par le séjour du marquis à Cambrai, l'année 1700 est seule à convenir. Après la mort du marquis, Fénelon ne se désintéressa pas de sa famille (voir sa lettre à Beaumont du 16 mai 1702, n. 9) et, d'après une tradition rapportée par E. Lecomte, il s'arrêta même plusieurs fois à Suzanne lors de ses voyages à Chaulnes. Cf. déjà supra la lettre de Chantérac du 1" mars 1698, n. 20.

690. A DOM FRANÇOIS LAMY

14 novembre 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 73.

1. Nous avons déjà eu à citer (lettre de dom Lamy du 3 décembre 1698, n. 14) les Lettres du P Lamy pour répondre à la critique du P Malebranche ...touchant l'amour désintéressé: il en avait été question dans l'Histoire des

98 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 novembre 1700

24 novembre 1700 COMMENTAIRE 99

ouvrages des Savants de décembre 1699, p. 547. Mais Fénelon semble ignorer que Malebranche y avait opposé une Réponse générale qui contient deux lettres respectivement datées des 8 décembre 1699 et 15 février 1700. La seconde, intitulée Supplément, contenait un récit particulièrement blessant du conflit du P. Lamy avec son confrère de Saint-Denys, dom R. Chevalier. Ce n'est d'ailleurs qu'en décembre 1700 que les Nouvelles de la République des Lettres (p. 696) parleront des Trois lettres du P. Malebranche au R.P. Lamy qui en avaient donné le sujet. Voir, sur le contenu de l'ouvrage, l'édition ROBINET des CEuvres de Malebranche, Paris, 1962, t. XIV, pp. XII, XXX-XXXIII, et pour les dates, t. XIX, pp. 701, 708.

2. Il est exceptionnel que la date soit ainsi répétée.

691. A MAIGNART DE BERNIÈRES

20 novembre 1700.

L. a. s., pliée, coll. René Faille.

1. Jean-Louis Blondel, seigneur du Barlet, Hainville, né en 1634, député aux Etats d'Artois, époux de Marie-Catherine Drouhot, dame de Féchain etc., fille d'Antoine, gouverneur pour l'Espagne des ville et château de Bouchain (t 6 janvier 1706). Jean-Louis du Barlet eut trois enfants dont deux se distinguèrent au service de Philippe V (LA CHESNAYE, Dictionnaire de la noblesse, t. III, c. 353). Le 2 août 1700, Fénelon avait procédé officiellement à l'installation du nouveau châtelain du Cateau, M. du Barlet, et l'avait présenté aux échevins, dans la salle du Consistoire (P. TISON, XVIP siècle, 1951-1952, p. 176). Le 28 avril 1705, du Barlet posera la première pierre du beffroi de Cateau-Cambrésis (Ad. BRUYELLE, Précis chronologique et statistique sur le Cateau Cambrésis, Cambrai, 1845, p.58). Des pièces relatives à Câtillon-sur-Sambre (Montberon à Des Anges, 15 novembre 1707, A.D. Nord, 3 G. 1163, et lettre de Fénelon du 28 février 1708, ibid.) prouvent que Du Barlet était encore en fonctions à cette date.

2. Le procureur du Roi du Quesnoy était à cette date soit Adrien Bourgeois, conseiller du Roi, mayeur de la ville et procureur du Roi des eaux et forêts, soit Jean-François de Gand, avocat et procureur du Roi de la ville (BOREL D'HAUTERIVE, Armorial de Flandre, du Hainaut et du Cambrésis, Paris, 1856, pp. 320, 322, 444). Cf. infra, lettre au même du 25 décembre 1703.

3. Né à Paris le 3 juillet 1640, Michel Le Peletier de Souzy débuta au barreau, puis eut successivement les charges d'avocat du Roi au Châtelet (1660), de conseiller au Parlement (1666), d'intendant en Franche-Comté (février 1668) et en Flandre (juin de la même année) et de conseiller d'Etat semestre (17 juin 1683). Adjoint en 1684 à son frère Claude avec une commission d'intendant des finances, il fut directeur général des fortifications de 1691 à 1715. Conseiller d'Etat ordinaire en novembre 1693, il entra au Conseil des finances en octobre 1702 et mourut le 10 décembre 1725.

4. Dans un mémoire à Chamillart qui doit être du 22 décembre 1705, Fénelon précise qu'il s'agit de l'arrêt du 20 juin 1682 donné à la demande

de l'intendant Le Peletier de Souzy qui dérogeait à l'ordonnance d'août 1669 et qui fut enregistré au greffe des eaux et forêts de la maîtrise du Quesnoy le 9 décembre 1682 (Bull. de la Comm. hist. du départ. du Nord, t. IV, 1851, pp. 208-211, cf. BOISLISLE, ibid., t. II, p. 294).

5. Fénelon était de retour à Cambrai le 30 octobre 1700.

24 novembre 1700.

L. a. s., pliée, 4 pp. in-8°. Signalée par la Revue des autographes d'Eugène Charavay, n° 149, novembre 1892, p. 8, n° 113, elle fut achetée par B. de Marcq qui la publia dans l'Émancipateur du 9 novembre 1892. Elle se trouve actuellement au Musée communal de Cambrai, coll. E. Delloye, liasse n° 16, pièce n° 97.

1. Ce curé était alors Antoine Depérie qui mourut en 1707 (LE GLAY, p. 470). Dédiée à saint Martin, la paroisse de Poix, à la nomination de l'abbé de Maroilles, appartenait au doyenné d'Haspres (ibid., p. 500).

2. Il a été question de l'édit de 1695 sur les affaires ecclésiastiques dans le commentaire de la lettre 662 à Caillebot de la Salle (de 1700?), n. 6.

3. La lettre au même du 2 janvier 1701 nous apprend que «Mme Chastellain» était «la dame de la paroisse» que le curé de Poix «doit honorer».

693. A Mme DE NOYELLES (?)

28 novembre 1700.

Copie Levesque, retrouvée par I. Noye en 1987 et classée A.S.S., pièce 739, f. 2v°. Inédite.

Le seul élément pour identifier la destinataire est l'apostille inscrite dans la marge de l'autographe: «La même permission est accordée à Madame de Horn abbesse du chapitre de Maubeuge... mic (?). A Cambray, le dix* janvier 1720. H. Mazile. Par ordonnance, Langlois secrétaire.» On pourrait penser que Fénelon accorde l'autorisation de l'oratoire domestique à une personne de la famille de Hornes; mais il est beaucoup plus probable qu'il s'agisse de M"" de Noyelles, qui fut abbesse de Maubeuge avant la comtesse de Hornes (supra, lettre du P. de La Chaise, 18 juillet 1699, n. 1): l'une et l'autre auront sollicité cette autorisation peu de temps après leur entrée en fonction.

A BARBEZIEUX

8 décembre 1700.

L. a. s., Service historique de l'Armée, Correspondance, A1, t. 1468, f. 143 — Copie Levesque, A.S.S., pièce 227 — A. GAZIER, Mélanges de littérature et d'histoire, Paris, 1904, p. 154.

100 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 décembre 1700

20 décembre 1700 COMMENTAIRE 101

1. Le duc d'Anjou venait d'être proclamé roi d'Espagne, à Paris le 16 novembre et à Madrid le 24 novembre 1700. Il était naturel que M. de Cambrai, dont la moitié du diocèse se trouvait en territoire espagnol, cherchât à gagner les bonnes grâces de son ancien élève dans l'intérêt de ses ouailles. Mais Versailles craignit autre chose (cf. infra, la réponse de Barbezieux du 20 décembre 1700).

695. A LA COMTESSE DE MONTBERON

1. Il semble, d'après la lettre du 30 avril 1700, qu'un confesseur ignorant n'avait pas appris à Mme de Montberon à faire oraison; mais celle du 26 juillet 1700 mentionne ses découvertes dans cette voie. Ce qui est dit ici des «anciens directeurs» ne sous-entend pas que Fénelon est le nouveau, mais il tient à affirmer son accord avec eux sur l'essentiel (cf. infra, lettre du 11 mai 1702).

2. Vivacité qui était employé au début de cette lettre au singulier l'est, selon un trait de style de Fénelon, ici au pluriel.

3. Au retour de la visite qui l'avait conduit aux environs de Bruxelles. Sur le changement de Mme de Montberon, cf. supra, lettre du 7 novembre 1700,

n. 4.

4. Maux manque dans l'autographe.

A DOM FRANÇOIS LAMY

13 décembre 1700.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 78-79.

1. Fénelon avait donc enfin appris (cf. sa lettre du 14 novembre 1700) la publication de la Réponse générale de Malebranche. 11 était difficile de prétendre qu'elle ne violait pas la loi du silence imposée par Louis XIV dès qu'il connut le bref Cum alias. Mais Fénelon a sans doute raison de supposer que Bossuet, appuyé par l'archevêque de Paris, intervint auprès du général des Mauristes (dom E. Cl. Boistard d'Ingrandes, cf. supra, t. III, p. 466, n. 5, et la lettre de Chantérac du 13 mai 1698, n. 11) pour que dom Lamy ne fût pas traité avec la même indulgence. Malgré son caractère apologétique, la Vie du P. Malebranche par le P. André ne l'exclut pas: «Les supérieurs» du P. Lamy «mal édifiés..., appréhendant d'ailleurs que par sa réplique il ne suscitât quelque affaire fâcheuse à la congrégation, lui ordonnèrent de se tenir en repos... On dit néanmoins qu'il en parut très mécontent, il en murmura, il s'en prit au P. Malebranche, il se plaignit de ses confrères, mais il fallut obéir» (éd. ROBINET, t. XIV, Paris, 1962, p. XXXIII).

2. Expression sans doute ironique puisqu'il s'agissait d'une controverse sur l'amour désintéressé.

3. Cf. supra, lettre du 18 décembre 1700 à Barbezieux, n. 1.

4. Le cardinal Albani était devenu le 23 novembre 1700 pape sous le nom de Clément XI.

5. L'idée était développée avec plus de pittoresque et de poésie à la fin de la lettre à Mme de Montberon du 7 novembre 1700.

697. A MAIGNART DE BERNIÈRES (?)

20 décembre 1700.

L. a. s., 2 p. 1/2 in-4°, résumé et citation dans M. CHARON, Catalogue d'une belle collection de lettres autographes, Paris, 1845, n° 121 - CHARAVAY, catalogue n° 4, février 1852, n° 3260 - Catalogue... GauthierLachapelle, 10 mai 1872, n° 519 - Eug. CHARAVAY, [14 avril] 1886, n° 72.

1. Cette lettre fait suite à celle que Barbezieux écrivit le 7 octobre 1700 à Maignart de Bernières : «J'ai reçu avec la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 29e du mois passé le placet des carmes du couvent de Landrecies qui demandent la réparation de la chapelle de Notre Dame aux arbres située au faubourg de cette ville, laquelle a servi de corps de garde pendant la guerre. J'en ai rendu compte au Roi qui trouve bon que vous la fassiez faire et payer sur le fonds de l'extraordinaire de la guerre les quatre cents livres ou environ que vous me marquez qu'elle coûtera. Je suis...» (Service historique de l'Armée, A' 1460, 2e p., f. 66). Noter que Fénelon s'arrêta à la porte de Landrecies lors de son voyage à Liessies (fin décembre 1701 ou début janvier 1702).

698. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

20 décembre 1700.

L. a. s., château d'Anholt, publié par E. REUTER, Revue luxembourgeoise, 1909, pp. 96-97.

1. Le nom de Châtillon était assez répandue, mais la mention de Saint-Sulpice fait penser à Marie-Rosalie de Brouilly de Piennes, fille de la tante de P. Godet-Desmarais (cf. supra, lettre du 13 juin 1694, n. 5 sf., t. III, p. 434).

2. Sans doute Marguerite d'Apchien (en Quercy, de la branche aînée de la maison de Joyeuse), femme du duc François d'Uzès (mort en 1680), qui mourut en 1708, à quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-onze ans, retirée au couvent de Bonsecours (BotsusLE, t. I, p. 138, t. XV, p. 445).

3. Saint-Simon parle souvent de l'empirique Caretto, particulièrement apprécié par la haute société, mais il semble avoir usé de remèdes plus mystérieux et plus coûteux et avait d'ailleurs beaucoup d'émules. Fénelon souli-

12 décembre 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 171-172. N° 18. Le dernier alinéa est écrit en tête-bêche dans la marge supérieure du f. 172v°.

696.

102 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 décembre 1700

gnera au début de sa lettre du 10 janvier la «simplicité» et la «facilité» de ce remède, malheureusement peu poétique. Cf. BOISLISLE, t. II, p. 231, t. V, pp. 178 sqq.

4. Il doit s'agir du procès intenté par les jeunes chanoinesses de Remiremont à l'abbesse Marie-Dorothée, soeur de Marie-Christine: cf. supra, t. III,

p. 376 et infra, lettre du 10 janvier 1701, n. 9.

5. Cf. supra, les lettres des 28 mai 1700 et 25 octobre 1700.

6. Cf. sur lui la lettre du 28 mai 1700, n. 2.

7. Fénelon prévoit que le testament de Charles II d'Espagne, mort le 1" novembre 1700, va entraîner une guerre générale (cf. infra, lettre du 10 janvier 1701, notes 5 sqq.). Il savait que le frère de sa correspondante en serait, à la cour impériale, un des principaux protagonistes. 26 décembre 1700 COMMENTAIRE 103

699. A LA COMTESSE DE MONTBERON

26 décembre 1700.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 173-174, n° 19.

1. Cette phrase et celles qui la suivent font de cette lettre un morceau d'anthologie.

2. L'amour est emprunté reparaît plus bas dans une langue plus conforme à l'usage actuel: «On sent par emprunt un transport d'amour.»

3. Il donne des, rayé.

4. Cf. supra, lettre du 3 mars 1700, n. 3.

699 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

(1700].

698 A. BARBEZIEUX A FÉNELON

Texte et date d'après E. MÉRESSE, Le Cateau, son abbaye, sa seigneurie, Cambrai, 1904, pp. 372-373.

20 décembre 1700.

Minute, Service historique de l'Armée, Correspondance, AI, t. 1461, 2e p., f. 143.

1. Ce refus tranchant doit être rapproché d'une dépêche de Torcy à Lou-ville de juin 1701: «Le Roi craint que S. M. Catholique n'ait d'elle-même l'intention de nommer M. de Cambrai au cardinalat. Ce n'est, m'a-t-il dit, qu'une crainte sans fondement; néanmoins il en a écrit à son petit-fils. Vous voyez où cela irait, si vous vous laissiez aller. Veillez donc à empêcher cette résolution et à la faire rejeter bien loin si le nonce Baraquin la suggérait» (Mémoires de Louville, éd. Scipion Du ROURE, 1818, t. I, p. 170; cf. Mél. Arch. Hist., 1940, p. 262).

2. Henri d'Harcourt, marquis de Beuvron (2 avril 1654 — 19 octobre 1718), de l'antique famille normande de ce nom, colonel d'infanterie (1675), brigadier (1683), maréchal de camp (1688), lieutenant général (1693), commandant de l'armée de la Moselle en 1695 et en 1696, fut ambassadeur extraordinaire à Madrid en 1698 et y travailla activement à la formation d'un parti pro-français (ses dépêches ont été publiées par Cél. Hippeau): il avait perdu l'espoir d'y réussir quand il remit le 25 mars 1700 ses lettres de rappel; d'ailleurs Louis XIV préférait un traité de partage (BolsusLE, t. VII, pp. 113, 123-126, 626). Mais, le lendemain de l'élévation de Philippe V au trône, il fut fait duc d'Harcourt (17 novembre 1700) et envoyé de nouveau comme ambassadeur en Espagne. Il y arriva au début de 1701, entra aussitôt dans la junte et alla au devant du jeune Roi à Bayonne. Il le guida à ses débuts, mais tomba malade et fut rappelé de nouveau (ibid., t. VII, pp. 332 sq., 375, t. VIII, pp. 59-62). Il n'en devint pas moins maréchal de France (14 janvier 1703), chevalier des ordres le 2 février 1705 et pair de France en 1710. Il fut plusieurs fois sur le point d'entrer au Conseil et mourut le 19 octobre 1718 (ibid., t. I, p. 246).

1. Cette lettre paraît être la réponse du contrôleur général (sur lui, supra, t. V, p. 102) à une requête adressée par Fénelon au Roi, dont Méresse (pp. 371-372) a conservé ce passage:

«Le suppliant ne grossira pas cette requête de toutes les entreprises faites depuis le commencement de ce siècle pour soumettre sa châtellenie du Câteau aux impôts et aux droits établis par les édits et déclarations de Sa Majesté. Il lui suffit de faire observer ici qu'elles ont toujours échoué, et que, dans toutes les occasions de cette nature, votre auguste bisaïeul a hautement maintenu et protégé les privilèges d'une châtellenie qui, n'ayant jamais appartenu à l'Espagne, n'a pu être cédée à la France par le traité de Nimègue. Aussi, toutes les fois qu'il s'est agi de quelque opération de commerce ou de police générale, le ministre s'est entendu avec l'archevêque de Cambrai qui a eu soin de rendre lui-même pour le Câteau les mêmes ordonnances que le Roi faisait rendre par ses officiers dans les provinces voisines; c'est ce qui se pratiqua à l'occasion de la cherté des grains en 1698 et ce qui a été plusieurs fois répété depuis.»

2. Sur ce «reste de souveraineté» des archevêques de Cambrai, cf. infra, la lettre à Chamillart du 2 juillet 1701, n. 2.

700. A MAIGNART DE BERNIÈRES

2 janvier 1701.

L. a. s., pliée, B.M. de Cambrai.

Au verso du second feuillet, mention autographe: «M. de Bernières».

1. Antoine Depérie, cf. supra, lettre du 24 novembre 1700, n. 3.

104 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 janvier 1701 12 janvier [1701] COMMENTAIRE 105

2. Mme Chastelain, cf. supra, lettre du 24 novembre 1700, n. 3.

3. A surcharge un d. Fénelon a-t-il oublié de faire précéder à d'une virgule ou de rayer aux sentiments?

701. A LA COMTESSE DE MONTBERON

5 janvier 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 175-176. Porte le n° 20.

1. Fénelon avait commencé à écrire déce[mbre], puis il l'a rayé.

2. Est-ce sa fille la comtesse de Souastre?

3. Titre découpé de 46 mm., mais on reconnaît les hastes du h et des t, les points sur les i et le r final. Fénelon n'a pas été arrêté par le fait que la traduction italienne du Chrétien intérieur par Al. Cenami avait été condamnée par l'Inquisition romaine le 30 novembre 1689, ni par l'affirmation de Bossuet que «la matière... des Maximes des Saints» avait été «déjà jugée en la personne de Molinos, de La Combe, de Mme Guyon, de Bernières» (R. HEURTEVENT, L'CEuvre spirituelle de Jean de Bernières, Paris, 1938, pp. 112-125).

Jean de Bernières-Louvigny (1602 - 3 mai 1659), mystique normand, avait laissé aux Ursulines de Caen de nombreux manuscrits dont furent tirés divers volumes, tous profondément altérés. Fénelon fait ici allusion à la publication du capucin Louis-François d'Argentan, Le Chrétien intérieur, Première partie, 1660 (souvent rééditée, en particulier en 1690), livre VI («des croix intérieures et extérieures»), sans doute début des chapitres I et II.

4. De sentiment, en surcharge.

5. En surcharge depuis sans qu'elles le sachent jusqu'à au besoin.

6. Expression caractéristique de cette correspondance, cf. supra, lettre du 7 novembre 1700, n. 5, etc.

7. Terme très fénelonien dont il n'y a pas besoin de supposer qu'il a été inspiré par les Torrents de Mme Guyon.

8. Le comte de Montberon?

9. Cf. supra, n. 2.

10. Le 8 janvier.

702. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

10 janvier 1701.

L. a. s., au château d'Anholt, publiée par RANCE, Revue des Questions historiques, t. 33, janvier-avril 1883, pp. 561-562.

1. Voir sur Mme de Châtillon la lettre à la princesse de Salm du 20 décembre 1700, n. 1.

2. La correspondance de Fénelon ne permet pas de compléter le nom.

3. Voir sur Barbezieux, secrétaire d'Etat à la guerre dont relevaient les provinces-frontières, supra, lettre du 5 décembre 1695, n. 3 (t. V, p. 59) et les tables des tomes VII et IX. Il était mort le 5 janvier 1701.

4. La princesse se trouvait alors au château d'Anholt, dans sa famille. Fénelon craint que les démêlés de sa soeur avec les chanoinesses de Remiremont ne l'obligent à en partir avant d'être guérie. En réalité elle semble bien y être restée auprès de son neveu le prince Louis jusqu'en 1702 (R. TAVENEAUX, Le Jansénisme en Lorraine, Paris, 1960, p. 211).

5. Voir sur Léopold Ier, supra, lettre du 25 octobre 1700, n. 2.

6. Léopold Ier fut seul à ne pas reconnaître Philippe V comme roi d'Espagne. Villars prévenait dès lors que le Conseil impérial considérait la guerre comme inévitable (BOISLISLE, t. VIII, p. 296) et, dès 1701, le prince Eugène battait Tessé à Carpi et à Chiari.

7. Pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697).

8. Allusion à l'attitude de Moïse sur la montagne (Exode XVII, 11-12).

9. Sur Dorothée-Marie, abbesse de Remiremont (1651 - 14 novembre 1702), et les procès contre ses chanoinesses que Marie-Christine lui avait fait gagner au Conseil du Roi, cf. supra, t. III, p. 376.

10. Racheter votre santé: par un long séjour à Anholt?

703. A MAIGNART DE BERNIÉRES (?)

12 janvier [1701].

Copie, A.S.S., pièce 503. Le nom du destinataire est probable, mais le millésime conjectural. 1700 serait très plausible.

703 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

22 janvier 1701.

L. a. s., pliée, fentes pour le passage d'un ruban scellé, A.S.S., t. V, ff. 80-82.

1. La minute de cette lettre de Chantérac est inconnue, peut-être parce qu'elle était bien son oeuvre et non celle de Fénelon. Elle avait dû être écrite au début de décembre (cf. infra, n. 7).

2. La lettre de Fénelon à Barbezieux du 30 septembre 1700 indique que c'est le 17 que Versailles lui avait donné l'ordre de publier un nouveau mandement conforme à la décision de l'assemblée provinciale réunie en mai 1699 au sujet du bref Cum alias.

3. L'élection de Clément XI le 23 novembre 1700 permettait en effet de telles prévisions.

4. C'est sans doute parce que la lettre de Fénelon le mettant au courant des délibérations de l'Assemblée du clergé était datée du 22 septembre 1700 que Gabrielli oublie que celle-ci venait précisément de prendre fin avec l'été.

5. Fénelon et les jésuites.

106 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 janvier 1701 23 janvier 1701 COMMENTAIRE 107

6. Gabrielli avait en effet eu beaucoup d'occasions pendant le dernier trimestre de 1700 de rencontrer les cardinaux français, leurs conclavistes et leurs suites.

7. On peut croire que Chantérac n'avait pas tardé à exprimer à Gabrielli sa joie de l'élection de leur commun ami Albani.

8. Il semble inutile de commenter les longs détails qui suivent sur la biographie et les circonstances de l'élection de Clément XI, au pontificat duquel des monographies entières ont été consacrées (Polodori, Lafitau, Reboulet etc.): voir le début du t. XV de l'Histoire des papes de L. von Pastor (gère éd. allemande, 1930). — LE ROY, pp. 78-90 et supra, lettre du 23 novembre 1697, n. 4.

9. Le retour de Mgr Albani à Rome se place en 1683, sa nomination à la secrétairerie des brefs à l'automne 1687 et son cardinalat le 13 février 1690; mais il conserva la secrétairerie jusqu'au conclave de 1700.

10. Ouvert le 9 octobre 1700, le conclave fit apparaître que ni Marescotti, ni Acciaioli, ni Panciatici, ni Morigia ne l'emporteraient aisément; d'ailleurs en 1691, le conclave avait duré cinq mois ! (PASTOR, t. XV, p. 5).

11. Ce récit s'accorde avec la lettre collective des cardinaux français au Roi du 23 novembre 1700: cf. LE ROY, p. 83.

12. Les monachi Morimundi sont les cardinaux français et Demetrius l'ambassadeur, le prince de Monaco qui, à la suite d'une rixe, s'était retiré

à San-Quirico en Toscane: le cardinal de Janson en rendit compte au Roi le

8 novembre et Louis XIV ordonna à Monaco de revenir à Rome. Contrairement au récit de Gabrielli, les cardinaux français avaient bien écrit le 20

novembre 1700 à Monaco qui leur accorda la permission de voter pour

Albani, que ses instructions donnaient seulement comme «trop jeune pour être papable» (LE ROY, pp. 74, 80 sqq.). Le cardinal d'Estrées écrivait le 29

au marquis de Villars: «Si nous n'avions suspendu quatre jours la conclu-

sion de cette affaire, pour faire voir qu'on ne pouvait la terminer sans que l'ambassadeur du Roi n'eût déclaré ses intentions... la chose aurait com-

mencé et fini en douze heures. Mais» notre «conduite a été approuvée dans

le public; et quoique contredite sourdement par quelques cardinaux, qui croyaient qu'on blessait la liberté de l'élection, elle a été soutenue jusques

au bout. Je vis le Pape avant-hier. Il témoigna beaucoup de reconnaissance pour le concours de notre nation, prescrit en des termes si obligeants par S. M.» (0.F., t. VII, p. 540 n.).

13. La lettre des cardinaux français du 23 novembre 1700 parle d'une longue visite du cardinal Ottoboni à Albani dans la nuit du 19 au 20 pour

arracher son consentement, puis des conférences que celui-ci voulut avoir avec Colloredo, le plus respecté des cardinaux zelanti (LE ROY, pp. 83 sq.). Mais les exhortations du confesseur du conclave et les consultations des quatre théologiens (Massoulié 0.P., Alfaro S.J., Varese, observantin, et Tomasi, théatin) furent au moins aussi importantes.

14. Le cardinal Le Camus aurait apporté le Pastoral de saint Grégoire et son conclaviste Tencin y aurait lu que «l'on cesserait d'être humble, si l'on

n'obéissait pas à la voix de Dieu, quand elle nous est marquée par l'unanimité des suffrages» (LE ROY, pp. 86 sq.). On peut en outre tirer diverses citations du Regulae Pastoralis liber de saint Grégoire le Grand, livre I, chap. 5 à 8, 6 à 8, PL., t. LXXVII, col. 18 à 21. Les exemples de Moïse et de saint

Paul sont aussi invoqués dans les Moralia in Job, XXXV, 31, 1157, PL., t. LXXVI, col. 767.

15. C'est surtout dans la série des sermons prononcés lors des anniversaires de son élévation au souverain pontificat que saint Léon se réjouit du «don reçu» (éd. R. DOLLE, Sources chrétiennes 200, t. IV, 1973, sermons 91 à 96 et en particulier 93, 1-2 et 94, 2).

16. Cypriani Epist. LV ad Antonianum, éd. G. HARTEL, Vienne, 1871,

p. 629.

17. Le chiffre de quinze est à noter. Pastor ne donne que huit noms (cf. supra, n. 10).

18. Il ne semble pourtant pas que les cardinaux français aient reçu cette fois la consigne d'exiger du futur pape aucun engagement. Il n'en avait pas été de même aux deux conclaves précédents : le cardinal Ottoboni (et surtout son jeune neveu Pietro) avaient fait à la France des promesses orales qui n'avaient pas, pour l'essentiel, été suivies d'effet (P. BLET, Les Assemblées du clergé de 1670 à 1693, Rome, 1972, p. 490); aussi Pignatelli fut-il (malgré les protestations de Bouillon) obligé de faire donner par le cardinal Altieri et par le confesseur du conclave des engagements écrits auxquels il réussit d'ailleurs en partie à se soustraire (J. MEUVRET, «Les aspects politiques de la liquidation du conflit gallican», Rev. Hist. Egl. Fr., t. 33, 1947, pp. 263 sq. — P. BLET, p. 532). Négligés par les historiens récents, les Mémoires de Coulanges nous paraissent pourtant offrir un tableau très suggestif des milieux romains à cette date.

19. Affirmation à peu près exacte: cf. dans PASTOR, t. XV, pp. 10 sq., la liste des nouveaux ministres et officiers.

20. Ces «torrents de larmes» ont frappé tous les témoins: voir en particulier le récit que le prince de Monaco fit le 14 décembre 1700 de la première audience que lui accorda Clément XI (LE ROY, p. 89).

21. Gosselin a traduit «cardinales infensi archiep. Camerac. », mais la Clé qu'il ne connaissait pas (B.N., n. acq. fr. 6248, f. 228) donne: «Abbatia S. Dionysii: S. Officium», équivalence dont nous avons déjà constaté la justesse.

704.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 83-84.

1. Il s'agit de Les saints gémissements de l'âme sur son éloignement de Dieu. La tyrannie du corps, premier sujet de gémir par le R.P. Lamy, de la congrégation de S. Maur, Paris, Nic. Le Clerc, 1701. Les recensions en furent immédiates et multiples: Journal des Savants, 10 janvier 1701, pp. 18-21 - H.O.S., mars 1701, p. 143 et juillet 1701, pp. 310-316 — Nouvelles de la République des Lettres, avril 1701, pp. 474 sq.

2. Cf. supra, la lettre de Fénelon du 13 décembre 1700. Cette exhortation est d'autant plus émouvante que Fénelon pense évidemment à sa propre situation à l'égard de Bossuet. La fin du premier paragraphe de sa réponse

A DOM FRANÇOIS LAMY 23 janvier 1701.

108 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 janvier 1701

du 3 février 1701 prouve que le P. Lamy l'avait pleinement compris et qu'il suivit l'exemple de l'évêque.

3. Le f. 85 contient ces extraits de l'Homélie LVII sur Jérémie par dom Pierre Le Nain, frère du célèbre Tillemont (25 mars 1640 - 14 décembre 1713). Après avoir été chanoine régulier de Saint-Victor et avoir reçu la prêtrise en 1667, il entra à la Trappe le 21 novembre 1668 et y fut plusieurs années sous-prieur. Rancé lui permit exceptionnellement de s'adonner à l'étude et il publia le 15 mai 1697 ses Homélies sur plusieurs chapitres du prophète Jérémie (on trouvera dans Moreri la liste de ses autres ouvrages d'édification ou d'histoire cistercienne dont le principal est la Vie de l'abbé de Rancé, achevée en 1706, publiée en 1715 et en 1719). Voici les vingt lignes de la main de dom Lamy :

«Mais quel remède cette âme accablée sous le poids de cette dure et affligeante certitude peut-elle trouver, sinon dans le sein de la miséricorde de celui même dont la justice l'a remplie de frayeur?...

«Cependant, quelque affligée que soit cette âme, elle s'appuie sur les bontés infinies de Dieu: elle se console sur les marques qu'elle a déjà reçues de son amour; et de quelque manière qu'il la traite dans le temps et dans l'éternité, elle ne reconnaît point d'autre béatitude, que de se consacrer entièrement à son service, de vouloir bien dépendre en toutes choses de ses divines volontés, de s'abandonner à lui sans réserve, et de reposer en paix dans le sein de ses miséricordes, qui sont son unique refuge et son unique espérance. Si j'étais, ô mon Dieu, assez infortunée, lui dit-elle, pour ne vous pas aimer dans l'éternité, au moins j'aurai la consolation de vous aimer dans le temps, de toute la plénitude de mon coeur; et après cela, vous ferez de moi ce qu'il vous plaira» (Hom. 57).

Le correspondant de Fénelon ajoute : « Je suis avec le plus profond respect, et le plus inviolable attachement, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.»

1. Les Maximes des Saints. Fénelon rappelle plus ou moins nettement ce souvenir à sa correspondante dans diverses lettres écrites un 29 janvier.

2. Cf. supra, lettre du 15 avril 1700, n. 4.

706 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

29 janvier 1701.

Minute, de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, Ai. 1467, f. 311.

1. Amitié est dans la marge, souligné, pour remplacer souvenir, également souligné dans le texte.

2. Barbezieux étant mort le 5 janvier 1701, Chamillart reçut le 8 sa charge de secrétaire d'Etat à la guerre tout en restant contrôleur général. Le 23 novembre 1701, il sera en outre fait ministre d'Etat (DANGEAU, t. VIII, pp. 3, 8, 431).

DOM FR. LAMY A FÉNELON

3 février [17011.

COMMENTAIRE 109

A LA MÊME

29 janvier 1701.

29 janvier 1701

706.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 179-180. Porte le n° 1.

706 B.

L. a. s. pliée, A.S.S., t. V, ff. 87-90.

705. A LA COMTESSE DE MONTBERON

28 janvier 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 177-178. Porte le n° 22 (la lettre n° 21 manque).

1. Mme de Montberon était revenue en état de «langueur» du voyage que nous connaissons par la lettre de Fénelon du 5 janvier 1701. L'archevêque l'invite à ne pas aller à l'église le lendemain, fête de saint François de Sales.

2. Apparemment est ajouté en interligne.

3. Pente remplace mouvement, biffé.

1. Réponse à la lettre du 23 janvier 1701, n. 1, où Fénelon assurait «attendre avec impatience» les Saints gémissements de l'âme que lui annonçait son correspondant.

2. Dès là, «en conséquence» (DuBois-LAGANE).

3. C'est ce que fit Fénelon quand l'affaire du Cas de conscience lui fournit enfin une occasion propice d'intervenir par ses mandements dans les controverses sur le jansénisme: il n'en était pas moins resté plusieurs années sans rien publier.

4. Le parallèle entre la prédication et l'Eucharistie était courant depuis les Pères. Il n'était pas douteux d'autre part que Fénelon prêchait et faisait le catéchisme beaucoup plus souvent que le plus grand nombre de ses confrères.

5. Dans sa lettre du 14 novembre 1700 et, plus vigoureusement encore, dans celle du 23 janvier 1701, Fénelon avait invité Lamy à garder le silence que lui commandait son général.

6. Ce voyage semble postérieur à la lettre de dom Lamy du 19 janvier 1701 à laquelle Fénelon avait répondu le 23.

110 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 février 1701

7. Béat, proprement «béatifié», degré qui précède la canonisation, ne s'employait guère à propos d'un vivant que dans le style comique et burlesque (Furetière cite Boileau et La Fontaine). Mais Saint-Simon applique le mot à soeur Rose comme à Marie d'Agréda (BOISLISLE, t. VIII, pp. 79 n., 464 n. 7 et 467 n. 3). Après Boileau, dom Lamy semble avoir écrit «L'otre», mot omis par Gosselin. Dom Lamy dira le 19 mars 1701 à Mlle de Joncoux: «Il est vrai que j'ai vu la béate et passé cinq quarts d'heure avec elle, sans en sortir content... mais... je réserve le détail à un autre temps» (B.N., ms. fr. 17807, f. 46r°).

8. Soeur Rose a été bien étudiée par Boislisle (t. VIII, 1891, pp. 79-88, et App. IX, «La Béate Rose et ses miracles» pp. 460-510) et par A. Durengues (M Boileau de l'archevêché, Agen, 1907, pp. 238-304; cf. aussi URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 24-27 n.). Elle logeait alors au Luxembourg chez Mme de Vibraye ou Mme de Turbilly (DANGEAU, t. VIII, p. 45 — BOISLISLE, t. VIII, p. 483 n.). Elle se nommait en réalité Catherine d'Almayrac, fille de paysans aisés de Laignac (à une lieue de Rodez) et y fut baptisée le 24 août 1651. Mariée le 13 novembre 1668 à Jean Souques de Sévéracl'Eglise, elle tomba en 1670 dans une rivière et s'y blessa à la tête. Jugée dès lors «folle et intraitable», elle fut renvoyée à ses parents, mais s'enfuit à Toulouse où sa conduite fit plus tard l'objet d'un rapport accablant du président de Caulet. Exorcisée en 1674, elle fut renvoyée dans son diocèse où le curé de Sévérac, son parent, la traita plutôt en sainte qu'en possédée: il semble avoir composé lui-même les discours prêtés au démon ! A son retour Mgr de Paulmy fit enfermer au couvent de Sainte-Catherine de Rodez la protégée du curé qu'il destitua: ancien précepteur du conseiller Dejean, celui-ci en appela comme d'abus au Parlement de Toulouse et gagna sa cause (1677). Ayant de son côté cherché à faire annuler son mariage, Catherine fut au contraire déboutée le 5 septembre 1681 après avoir épuisé toutes les juridictions (BolsLISLE, t. VIII, pp. 463 sq., 482 — DURENGUES, pp. 222, 248, 251, 256 n., 258, 290-295, 302 sq. — URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 25).

Après une période obscure où elle semble avoir été admise dans le Tiers-Ordre de Saint-Dominique, nous la retrouvons en 1693 dans le voisinage du couvent des jacobins de Paris — et, par conséquent, de l'hôtel de Luynes. Portant alors le nom de «Mue de la Croix ou de Sainte-Croix», elle eut bientôt pour directeur J.-J. Boileau auquel elle dévoila «le mystère d'iniquité» de Mme Guyon qu'elle avait connu par «révélation»: il est vrai que l'initiative des hostilités venait peut-être de Mme Guyon (cf. ses lettres à Chevreuse des 2, 6, 10 juillet, 10 septembre 1693 et celle qu'elle adressa à ses examinateurs le 25 juin 1694, BOISLISLE, t. VIII, pp. 465, 480 — DURENGUES, pp. 118 sq., 123 sq., 282 — URBAIN-LEVESQUE, t. VI, pp. 367 sq.). Boileau lui procura en échange l'admiration de la brillante pléiade «augustinienne» de Paris, mais elle n'en jouit pas longtemps puisque, sans doute pour ce motif même, l'archevêque Harlay la chassa en 1694 de son diocèse (BolsusLE, t. VIII, pp. 469-474 — DURENGUES, p. 251).

9. Devenue soeur Rose, la thaumaturge semble avoir séjourné à Toulouse où elle obtint dans le cercle des Dejean, Jougla etc. des succès indiscutables. C'est dans la litière de Jougla de Paraza qu'elle revint à Paris à la fin de 1699 ou, si dom Lamy est bien informé, en février-mars 1700. Grâce au nouvel archevêque L.-A. de Noailles, Boileau et ses amis jouissaient alors d'une

COMMENTAIRE 111

influence sans égale (BoIsLisLE, t. VIII, pp. 470, 498 — DURENGUES, p. 274).

10. Voir sur ses «miracles» BOISLISLE, t. VIII, pp. 488-493 et DURENGUES, pp. 260, 268, 296-301 et, sur ses révélations, BOISLISLE, t. VIII, pp. 480, 486 et DURENGUES, pp. 262 sq., 276-280. On lui attribuait aussi le don des langues (BoisusLE, t. VIII, pp. 480, 488, 497 — DURENGUES, p. 254).

Il serait étonnant que Rose n'eût pas parlé à dom Lamy des conversions qu'elle avait opérées: les plus difficiles ne furent pas les moins durables. En particulier, elle n'avait aucune raison de garder le silence sur le trop mondain abbé de Jougla, qu'elle avait fait entrer à la Trappe le 30 avril 1700 (devenu en 1707 abbé de Tamié, il aura «toute la confiance» du roi de Sardaigne lui-même) : en 1701 il publia un Recueil de plusieurs lettres de dom Arsène, religieux profès de la Trappe, sur sa conversion (s.l., 91 p., in-18), où il racontait les incroyables changements survenus en lui depuis que Rose l'avait fait venir de Toulouse jusqu'en janvier 1701. Un autre trappiste, Charles Bigot, publia aussi la même année des lettres où il faisait aussi honneur à la dévote de son entrée en religion. Ce sont les deux seules conversions dont la Question curieuse (de J.-B. Thiers) admette la réalité quoiqu'on lui en attribuât bien d'autres (BOISLISLE, t. VIII, pp. 88, 482, 494-502 — DURENGUES, pp. 269-272). Mais dom Lamy cherche à plaire à Fénelon qui avait bien des raisons d'être mal disposé contre la rivale — à cette date encore heureuse de Mme Guyon.

11. 11 est certain que «Mue de la Croix» fut confiée à J.-J. Boileau par les dominicains dont ils étaient tous deux voisins et on a dit qu'il était heureux de découvrir «une sainte de son pays» (mais Beaulaigue, dit Boileau, était d'Agen). C'est lui qui convainquit son ami Duguet de ses mérites (DURENGUES, p. 263). Il y eut de la peine au début, mais la théologienne de Port-Royal, «la nièce de M. Dodun», ne réussit pas au cours d'entretiens des 20 septembre, 20 octobre et 13-14 décembre 1700 à ramener Duguet à sa prudence initiale (l'identification a échappé à Boislisle, t. VIII, pp. 461, 465-469, et à Durengues, mais le Nécrologe de CERVEAU, S. I., t. I, 1760, p. 31, précise bien qu'il s'agit de Mue de Joncoux). Plus tard Duguet se prévalut des révélations de soeur Rose sur Clément XI et son successeur; il alla même en 1715 la voir à Annecy. Mais les convulsionnaires le firent changer d'avis et il semble avoir dit à leur sujet: «J'ai été une fois trompé, je ne veux pas l'être deux.» Au contraire J.-J. Boileau resta jusqu'à sa mort «plein d'estime et de respect» pour la mémoire de la béate! (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, éd. Hachette, t. VI, pp. 56 sqq.).

12. La soeur Rose jugea donc plus prudent de ne pas rappeler les phénomènes qui avaient donné lieu aux autorités ecclésiastiques de Toulouse et de Rodez de parler à son sujet de possession et de magie (BoisLisLE, t. VIII, p. 464 — DURENGUES, pp. 252, 259, 295) ou des «stigmates imprimés par les anges» qui la firent renvoyer par les Hospitalières de Toulouse (BOISLISLE, t. VIII, p. 470, cf. 480 sq. et DURENGUES, p. 261). Dom Lamy ignorait peut-être ces faits, mais connaissait certainement ce qui s'était passé en 1693 et 1694.

13. On notera l'emploi du terme: il sera dans toutes les bouches trente ans plus tard et la réputation de la soeur Rose n'y gagnera pas (cf. supra, n. 11).

3 février [1701]

112 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 février [1701]

8 février 1701 COMMENTAIRE 113

14. Cette description, malheureusement trop brève, s'accorde pour l'essentiel avec celle que Mlle de Joncoux a laissée des extases dont elle avait été le témoin oculaire rue Saint-Dominique et dont elle avait d'ailleurs soumis le récit à J.-J. Boileau le 4 novembre 1700 (BoisusLE, t. VIII, pp. 465-469): Mme de Joncoux avait en particulier vérifié que ses paupières restaient immobiles, ce qui passait pour caractériser les «béates» (BoisusLE, t. VIII, p. 467, n. 3).

15. Affirmation assez suspecte, puisqu'elle avait encore eu au moins deux extases à la Trappe en août 1700; mais on en avait tiré des conclusions peu favorables (BoisusLE, t. VIII, pp. 478, 485, 503 sq.). Ces états auxquels le directeur mettait fin par un ordre mental (BoisusLE, t. VIII, pp. 467 sqq., 485 — DURENGUES, pp. 261, 264, 285) et que le médecin de Port-Royal Hecquet refusa de cautionner (BoisusLE, t. VIII, p. 482 — DURENGUES, pp. 282 sq.) sont qualifiés par le chanoine Durengues (pp. 285 sq. n.) d'« hypnoses hystériques».

16. Duguet déclarait de même à Mile de Joncoux le 20 octobre 1700 que «Dieu n'était point obligé de faire des miracles en faveur de tout le monde» (BOISLISLE, t. VIII. p. 489). La maxime, d'ailleurs indiscutable, était destinée à justifier les échecs — bien plus nombreux que ses réussites — qui avaient fait perdre à la Béate beaucoup d'admirateurs (ibid., pp. 477, 493 sq.).

17. C'était en effet un des reproches le plus souvent adressés à soeur Rose, même par les témoins les plus respectés : non seulement son curé à Vibraye, J.-B. Thiers, mais l'abbesse des Clairets et l'abbé de la Trappe Jacques de la Cour. Ses pratiques religieuses étaient peu nombreuses et sa tenue pendant les offices paraissait indécente (BoisLisLE, t. VIII, pp. 479, 482, 506 DURENGUES, pp. 250-253).

18. Le mot doit évidemment être rapproché d' « esprit tout occupé de Dieu» dans l'extase (cf. supra, n. 14). Duguet lui-même reconnaissait son manque apparent de piété, «mais la supposait dans un état de contemplation si continu qu'elle eût eu autant de peine à se désoccuper de Dieu que d'autres à s'en occuper» (DURENGUES, p. 251 n.). Mais en août 1700 l'abbé de Rancé avait porté un grand coup à la réputation de la soeur Rose en refusant de la recevoir (BoisusLE, t. VIII, pp. 86, 387).

19. Jeu de mots malin que la phrase sur «la suspension du jugement» adoucira un peu.

20. Les tribulations de la soeur Rose (cf. la lettre de dom Lamy de la fin de 1701, n. 2) expliquent assez que cette entrevue n'ait pas eu lieu.

21. Boileau et Duguet.

22. Saint-Simon ne parle à son propos que «d'un air prophétique qui imposait », mais le mot «hagard» s'accorde assez bien avec d'autres témoignages (BoisLisLE, t. VIII, pp. 466, 479, 485, 487 — DURENGUES, pp. 250, 262 n., 264 n.).

23. La Question curieuse résume cette lettre avec exactitude, mais conclut avec plus de malveillance: «ce qui fit juger» au P. Lamy «qu'elle était une extravagante et une folle, bien loin d'être une sainte». L'auteur — sans doute LB. Thiers (cf. infra, la lettre de dom Lamy de la fin de 1701, n. 2) — avoue s'être documenté «auprès du P. Lamy» (BoisusLE, t. VIII, p. 483 DURENGUES, p. 260).

24. P. QUESNEL, Réflexions morales sur la seconde Epître aux Thessaloniciens, I, 10.

707. A LA COMTESSE DE MONTBERON

8 février 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 181-182. Porte le n° 2.

1. Coupure de 45 mm. Comte paraît certain; Gosselin a suppléé Montberon, car la longueur de la coupure est la même qu'en d'autres lettres où il ne peut s'agir que du comte de Montberon.

2. Connaissant le tempérament scrupuleux de sa correspondante, Fénelon lui adressera souvent le même conseil au sujet des confessions. On notera qu'il emploie à ce sujet l'expression guyonienne de «laisser tomber», tout en soulignant qu'elle s'applique proprement aux tentations.

Il manque la lettre numérotée 3 au XVIII' siècle (par Mme de Montberon?).

708. A UN DOYEN DU DIOCÈSE DE CAMBRAI

12 février 1701.

Copie de la fin du XVIII' siècle, A.S.S., t. VIII, f. 28.

1. L'official que Fénelon avait trouvé à son arrivée était le chanoine J.J. de Beaurieux, devenu le 22 juillet 1695 archidiacre de Brabant (B.M. Cambrai, ms. 1260, n° 49, 50 et p. 126, n° 23 — LE GLAY, p. 387 — supra, lettre du 3 mai 1695, n. 3). Les informations judiciaires dressées par l'official sont signées, au moins depuis 1700, par Guillaume Pelsers (A.D. Nord, 5 G. 517, cf. aussi la sentence contre le curé Givry du 24 septembre 1703, ibid., 5 G. 518). G. Pelsers avait été forcé de prendre possession de son canonicat par voie de droit le 13 février 1672 parce que le chapitre ne voulait pas l'admettre, mais il y fut enfin reçu le 17 juin 1672 et mourut le 3 juin 1709 (B.M. Cambrai, ms. 1260, p. 145, n° 21).

2. Fénelon fera effectivement cette visite en octobre (cf. la lettre du 22). Il séjourna assez longtemps à Tournai et envoya le 19 une lettre d'Anvain (doyenné de Saint-Brice).

709. A LA COMTESSE DE MONTBERON

19 janvier 1701

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 183-184. Porte le n° 4.

1. De pouvoir est écrit au dessus du premier jet rayé: pour.

114 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 mars 1701

8 mars 1701 COMMENTAIRE 115

2. Et de goût est rajouté dans l'interligne.

3. Vapeur, «humeur subtile qui s'élève des parties basses des animaux et qui occupe et blesse leur cerveau» (FURETIÈRE). Le mot peut être l'équivalent de «migraine», d'«étourdissement», mais comme le dit Mme de Sévigné le 22 avril 1689, «on le met à tout» (DUBOIS-LAGANE).

4. Semblant de, rayé.

710. A LA MÊME

3 mars 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 185-186. Porte le n° 5.

1. Faits, en interligne, remplace choses, rayé.

2. Fénelon avait d'abord écrit «qu'on n'a point assez réprimée», mais il a ajouté été en interligne, ce qui a conduit Gosselin à corriger: qui n'a point été assez réprimée.

3. Ces communions sans confession constituent un des principaux remèdes de Fénelon contre les scrupules. Il manque les lettres 6 et 7.

711. AU PAPE CLÉMENT XI

8 mars 1701.

L. a. s., A.S.S., pièce 548, 18 ff. in-f°.

Cette lettre, intitulée par les éditeurs De Amore puro (0.E, t. III, pp. 541-551), n'a jamais été envoyée, car 1° il existe une autre lettre au Pape, de 1712 celle-là, où Fénelon reprend les mêmes idées: elle a été publiée à la suite de celle-ci (0.E, t. III, pp. 552 sqq., cf. 0.E, t. I, p. 52); 2° il est surtout clair que la lettre du 6 mai 1701 est la première de celles que Fénelon envoya au nouveau pape.

Fénelon avait d'abord écrit une Dissertatio de Amore puro (A.S.S., mss. 2018-2020), manuscrit de près de mille pages in-8°, dont le cardinal de Bausset a donné quelques extraits (1. III, n. 11, 0.E, t. X2, pp. 345 sq.). La trouvant trop longue, Fénelon en tira une dissertation en quatre parties dont la dernière manque (A.S.S., mss. 2021-2022; 0.E, t. III, pp. 420-541).

1. Le cardinal Albani avait toujours paru «très favorable à l'archevêque de Cambrai» (De Rome, 20 novembre, Journal historique ou Gazette de Rotterdam du 13 décembre 1700). Mais il était aussi sensible aux pressions de la Cour de France qui réclamait, par l'intermédiaire de Noailles (resté à Rome jusqu'au 4 janvier 1701, cf. DANGEAU, t. VIII, p. 11 - LEDIEU, t. I,

p. 172 - A. LE ROY, p. 92), la confirmation des actes de la récente Assemblée du clergé (cf. infra, n. 67 et la lettre d'A.-M. des Fontaines, 20 juillet 1700, n. 4). Fénelon fait ici allusion à une nouvelle «de Paris, le 4 février»

que l'on trouve également dans la Gazette de Rotterdam et dans le Journal historique du 10 février 1701: «On dit que le C. de Noailles ayant demandé au Pape la confirmation de ce qui a été fait à Rome contre l'archevêque de Cambrai, Sa Sainteté a répondu que ce prélat ne s'est égaré que par un excès de l'amour de Dieu, dont il est revenu avec beaucoup de soumission et d'humilité. Mais que les évêques de France ont bien manqué de charité envers leur confrère» (B.N., G. 4289 bis). Mais plus que par les gazetiers, Fénelon était rassuré par les termes très encourageants de Gabrielli dans sa lettre du 22 janvier 1701 (sf.) et peut-être par les nouvelles transmises par l'abbé Percin de Montgaillard (cf. infra, la lettre de Gabrielli du 7 juin 1701, n. 4). En tout cas il renonça à l'envoi d'un mémoire justificatif sur sa doctrine et revint à l'idée d'une lettre de félicitations dont il avait d'ailleurs rédigé la minute le 23 février 1701 (cf. infra, lettre du 6 mai 1701).

2. En marge: «p. 203.» Relation des actes du clergé, éd. LACHAT, t, XX, pp. 509 sq. (avec le renvoi au P.V. de l'assemblée d'Aix). Cf. aussi 0.F., t. I, p. 50 d.

3. En marge: «Instr. de statibus orat., pp. 459 et seq.» Il s'agit du livre X, n. 29 (LACHAT, t. XVIII, p. 647).

4. Vel est en surcharge.

5. En marge: «Resp. ad 4 Ep. Arch. Camer., pag. 62 et 63.» Voir le n.

16, LACHAT, t. XIX, p. 560.

6. En marge: «Instr. de Statib. Orat., pp. 459, 460 et 461.» Renvoi, comme à la n. 3, au livre X, n. 29, LACHAT, t. XVIII, pp. 646 sqq.

7. En marge: «ibid., [Resp. ad 4 Ep. Arch. Cameracl, p. 67»: voir le n.

17, LACHAT, t. XIX, p. 562.

8. En marge: «Instr. de Statib. orat., pag. 460, et seq.» Renvoi au livre X, n. 29, LACHAT, t. XVIII, p. 646. Cf. supra, n. 6.

9. Minime, rayé.

10. En marge: «Schola in tuto, q. 2, p. 133.» Citations libres de la qu. 2, art. I et II, n. 8 et 10, LACHAT, t. XIX, pp. 663 sq.

11. En marge: «Myst. in tuto, p. 103»: il s'agit de la III p., ch. 8, n. 211, LACHAT, t. XIX, p. 646.

12. En marge: «Instr. de Stat. or., p. 431. Ibid., pag. 432» ajouter: liv. X, n. 19, LACHAT, t. XVIII, p. 630.

13. En marge: «Resp. ad 4 Ep. Arch. Camer., p. 34», n. 9. LACHAT, t. XIX, p. 544.

14. Ibid., n. 15 sf., LACHAT, t. XIX, p. 559.

15. En marge: «Myst. in tuto, p. 101 », lle p., ch. 7, n. 204, LACHAT, t. XIX, p. 645.

16. En marge: «Resp. ad. 4 Ep. Arch. Camer., p. 61 »: voir le n. 15 sf., LACHAT, t. XIX, p. 559.

17. En marge: «Ibid., pp. 65 sq.», n. 17, LACHAT, t. XIX, p. 562.

18. Scilicet, rayé.

19. En marge: «lla II", q. 23 a. 6.»

20. Oportetne absolute deter, rayé.

21. Est, rayé, est remplacé par jam legimus, en surcharge.

22. En marge: «Resp. ad. 4 Ep. Arch. Camer. pag. 62 et 63 », c'est-à-dire n. 16, LACHAT, t. XIX, p. 560. Au début de la citation autem est barré après Deus.

116 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 mars 1701

23. Ibid., n. 17, LACHAT, t. XIX, p. 562 (cf. supra, notes 7 et 17). La citation se retrouve dans le traité de Fénelon De Amore puro, VII, 0.E, t. III,

p. 451 d et il est longuement question des motifs «principalior» et «minus principalis», ibid., VI sq., pp. 446-453.

24. En marge: «Schol. in tuto, q. 2 p. 133»: ajouter n. 8, LACHAT, t. XIX, p. 663, Cf. supra, n. 10.

25. En marge: «Resp. ad 4 Ep. Arch. Camer., p. 34.» Cf. supra, n. 13.

26. Est, rayé.

27. Réponse à quatre lettres, n. 19, LACHAT, t. XIX, p. 564.

28. En marge: «Annotationes in resp. Arch. Camer. ad relat., concl. sect. 3, num. 10, p. 338», c'est-à-dire LACHAT, t. XX, p. 311.

29. Cf. supra, n. 28.

30. Cf. supra, n. 19.

31. Cf. supra, n. 6. Igitur si a été rayé devant atqui.

32. Enim est en surcharge et Sed a été rayé devant O monstrum.

33. Esset remplace est, rayé.

34. En marge: «Part. III, in Decal. proëm., num. 18.» Cf. 0.E, t. III,

p. 454 d.

35. En marge: «Part. IV in Orat. Domin., pet. 3, num. 26.»

36. Tout ce paragraphe (2°) est un résumé de la Dissertatio de amore puro, Ière p., ch. 2 (0.E, t. III, pp. 454-477). On y trouve en particulier (n. 4, 0.E, t. III, p. 473) le mot ineptiae et les citations des offices de saint François de Sales et de sainte Thérèse.

37. Cf. supra, n. 2.

38. Seu remplace et se, rayé.

39. Puro est en surcharge ainsi qu'à la phrase suivante pure.

40. Ce qui suit résume la Secunda Pars de la Dissertatio de amore puro: «de controversia cum D. Cardinali Noallio et episcopo Carnotensi super charitatis natura», 0.E, t. III, pp. 477-497 g.

41. En marge: «Instr. past., p. 95.» C'est le n. 19 de l'Instruction pastorale de Noailles sur la vie intérieure qui a été reproduit dans 0.E, t. II, p. 430

d.

42. En marge: «p. 196». Il s'agit de l'Addit. à l'Instr. Past., t. II,

p. 463. Devincit remplace affigit, rayé.

43. En marge: «p. 193»: ibid., 0.E, t. II, p. 464 g.

44. En marge: «p. 194», ibidem.

45. En marge: «p. 39». C'est le n. 35 de l'Instruction pastorale, 0.E, t. II, p. 442.

46. Fide, rayé.

47. Cf. supra, n. 34.

48. En marge: «p. 40». I. P, n. 35, 0.E, t. II, p. 442 g.

49. Matth. XXIV, 35. Quomodo autem Cardinalis, rayé.

50. I. P, n. 38, 0.E, t. II, p. 446 g.

51. Minus avait été d'abord placé avant pura benevolentia.

52. En marge: «p. 195». C'est l'Addition à 11 P, t. II, p. 463.

53. Nempe est rayé et a D. Cardinali en surcharge.

54. Instruction pastorale, n. 35, 0.E, t. II, p. 442.

55. En marge: «p. 34». I. P, n. 31, 0.E, t. II, p. 439 d.

56. S. THOMAS, Summa Theologica, IIa IIae, q. 23, art. 6, cité dans la 11e Lettre à M. de Paris, 0.E, t. II, p. 483 g.

8 mars 1701

57. En marge: «p. 41» (I.P, n. 35, 0.E, t. II, p. 444 g). Cf. ibid., t. III, p. 492 g.

58. Cette citation sans référence se retrouve (avec la variante recens invectis) dans la Dissertatio, II, 7, 0.E, t. III, p. 492 d. Igitur remplace ergo, rayé.

59. I. P, n. 36, 0.E, t. III, p. 444 d.

60. En marge: «p. 49.» (I.P, n. 39, 0.E, t. II, p. 448 d).

61. Saepissime, rayé.

62. Cf. supra, notes 60, 58 et 55.

63. Fin du chapitre cité supra, n. 60.

64. Cf. supra, n. 3.

65. I Joan. III, 14.

66. Reprobatas esse remplace reprobatum iri.

67. Cf. supra, n. 2.

68. Ep. XXX. Presb. et Diac. Rome consist. ad S. Cyprianum, éd. G. HARTEL, Vienne, 1871, p. 551. Fénelon a indiqué en marge: «Ep. XXX».

69. In apologeticis est en surcharge et propugnari remplace tueri, rayé.

70. Déclaration du Roi du 14 août 1699, éd. LACHAT, t. XX, p. 512.

71. Cf. supra, la lettre de «Chantérac» à Gabrielli de [janvier?] 1700.

72. Archiepiscopi en surcharge.

73. Cf. supra, n. 27.

74. Cf. supra, n. 2.

75. Cf. supra, n. 56.

76. En marge: «Articuli a D"is Card. Noallio et Episc. Meldensi mecum scripti».

77. Fénelon a rayé ici expresse. A la fin de la phrase, il a remplacé referat par referendos.

78. En marge: «Part. III, q. LXXXV, art. II, ad. 1 - II' IIae, qu. CLIV, a. VIII».

79. Salutis voto, rayé.

80. Affectus, rayé.

81. Quod alios, rayé.

82. En marge: «Ep. Meld. praef. var. scriptor. pag. CLXVII». Il s'agit de la Préface sur l'Instr. Past., n. 121, LACHAT, t. XIX, pp. 287 sq.

83. En marge: «5 script., pag. CLVI». C'est le Cinquième Errit, n. 4, LACHAT, t. XIX, p. 340.

84. Deceret, rayé.

85. Deo ipso carentes remplace absque Dei ipsius dono, rayé.

86. Ipsa, rayé. 447 g.

87. En marge: «Instr. past., p. 112». Il s'agit du n. 38, 0.F., t. II, pp. 446 d, 4

88. Mercenarii est en surcharge.

89. Adversariis, en surcharge, remplace Mis, barré.

90. Inquit est en surcharge.

91. En marge: «Instr., pag...» Il s'agit de l'LP, n. 38, 0.E, t. II, p. 446 d.

92. En marge: «L. 2 de Abra. c. 8» [n. 47]. Ce passage de saint Ambroise a été allégué plusieurs fois par Fénelon: cf. 0.F., t. X, p. 221; t. III, pp. 261 g., 507 g.

118 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 mars 1701

22 mars 1701

COMMENTAIRE 119

93. Fénelon précise ailleurs (0.E, t. X, p. 229, cf. t. III, pp. 261 g, 504 g) qu'il s'agit d'«homil. LXXVII, al. LXXVI, in Joan. 4».

94. Nimirum est en surcharge ainsi que ut à la phrase suivante.

95. Quid, rayé.

96. Minimus en surcharge, remplace tantulus, rayé.

97. Rom. XII, 3, 6, 16.

98. Jude, V. 10.

99. Criticorum est en surcharge.

100. II Cor. VI, 14. Fénelon a rayé conventio lucis.

101. Eccli. III, 1.

102. Ps. XLI, 4.

103. Cf. supra, n. 2. Un mot rayé illisible.

104. Est en surcharge.

105. In ea Relatione, en surcharge.

106. Turpissimam, rayé.

107. Sentiunt est en surcharge, mais Fénelon a oublié d'ajouter non devant consulere.

108. Invectos esse remplace invehi, rayé.

109. Fines, en surcharge.

110. Le mot a certainement été dit par Noailles quand il examinait le manuscrit des Maximes des Saints à l'automne 1696. Mais c'était l'aveu de son peu d'assurance théologique dont Bossuet, appuyé par Mme de Maintenon, ne tarda pas à profiter.

111. Nous n'avons pas retrouvé les mots très intéressants d'ambitio et avaritia spiritualis dans la Lettre pastorale de Godet-Desmarais du 10 juin 1698. En revanche les autres expressions reviennent souvent: cf. 0.E, t. III, pp. 90 d, 91 g, 92 g, 93 g, 95 g, 102 d.

112. Fénelon avait d'abord écrit opusculo.

113. Dixit, rayé.

114. Il s'agit de la XIIIe proposition condamnée par le bref Cum alias avec la référence: «Maximes, p. 122». Fénelon s'était expliqué à ce sujet dans sa XVe proposition défendue, 0.E, t. III, p. 275.

115. Jam est en surcharge.

116. A me abjici, barré.

117. Viginti tres, rayé.

118. Gravissimi, barré.

119. Malach. II, 6 et 7.

120. II Cor. XI, 21.

121. Luc XXII, 32.

122. Isaïe XXX, 15.

123. Cf. supra, n. 2.

124. Isaïe XLIII, 2, 5, 6. 712. A LA COMTESSE DE MONTBERON

22 mars 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 187-188. Porte le n° 7 (corrigé en 8).

1. Les informations de Fénelon sur la grande indigestion qui priva le Dauphin de connaissance le samedi 19 à minuit sont exactes, mais elles datent des premières heures de la nuit. Il y avait bien «eu des gens assez indiscrets pour dire au Roi, sans préparation, que Monseigneur était tombé en apoplexie», mais avant le matin il fut hors de danger» (SouRcHEs, t. VII,

p. 34) et Dangeau écrivait le dimanche 20 qu'«on a autant de joie présentement qu'on a eu d'affliction cette nuit» (t. VIII, p. 60, cf. BOISLISLE, t. VIII, pp. 239-244).

2. Les Mémoires de Sourches (t. VII, p. 33) annoncent aussi sa mort le 19 mars et Dangeau (t. VIII, p. 61) le 20. Cf. sur ce frère du maréchal de Catinat, supra, lettre du 20 juillet 1700, n. 9, et infra, lettre du 11 octobre 1701.

3. Elargisse, expression guyonienne.

4. Désoccupe, même remarque.

713. Au DUC DE CHEVREUSE

24 mars 1701.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 209, pp. 10-11.

1. Le nom a été rayé par le marquis de Fénelon.

2. Mise en garde contre les jansénistes, mais aussi contre les «critiques», déjà exprimée dans les lettres du 31 août 1699, n. 4 et du 30 décembre 1699, n. 10.

3. Bien qu'il eût gagné le 30 août 1700 son procès concernant Chaulnes (cf. supra, lettre du 31 août 1699, n. 2), Chevreuse avait certainement d'autres «affaires» au Parlement.

4. Allusion guyonienne.

5. Mme de Mortemart, cf. supra, la lettre de Chevreuse du 11 janvier 1700, n. 4.

714. A LA COMTESSE DE MONTBERON

2 avril 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 189-190 sauf le dernier paragraphe. Porte le n° 9.

1. Coupure de 18 mm. La suite de la correspondance rend le nom d'Oisy vraisemblable.

120 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 2 avril 1701

4 avril 1701 COMMENTAIRE 121

Née entre 1660 et 1670, Marie-Antoinette de Rouvroy appartenait à une famille de Saint-Quentin ou du Noyonnais qui se prétendait — sans succès — parente des ducs de Saint-Simon. Sa grand-mère avait eu la gouvernance des filles d'honneur en 1642 et son père Pierre avait été capitaine aux gardes, maréchal de camp et gentilhomme ordinaire de la vénerie. Il épousa en 1643 en Piémont M.U. Gontery de Saint-Alban qui obtint la naturalité en 1664: elle était déjà gouvernante des filles de la Reine. Il mourut en 1670 et sa femme en 1685. Marie-Antoinette étant sans ressources, le Roi lui accorda une pension de 500 écus. Fille d'honneur de Madame en 1687 (Mercure de juillet 1687, pp. 270-272), elle assista au souper des Rois en 1690. Elle épousa le 10 novembre 1694 Jean-Eustache de Tournay d'Assignies, comte d'Oisy, «vieux gentilhomme du pays d'Artois qui a, dit-on, plus de 40.000 livres de rente en fonds de terre; il a eu de l'inclination pour elle dès qu'il l'a vue» (voir les références de BOISLISLE, t. XV, pp. 456-467, en particulier DANGEAU, t. I, p. 190, t. V, pp. 101 et 105-106). Saint-Simon la dit «de tous métiers et maîtresse intrigante» (BOISLISLE, t. VI, p. 553).

Le château d'Oisy se trouvait un peu au nord de Marquion (sur la route de Douai) et à dix kilomètres de Cambrai. On comprend donc que la brillante Mme d'Oisy soit devenue l'amie de la femme du gouverneur de Cambrai. Mais il y avait à cela une autre raison : celui-ci était le petit-fils de Silvine d'Assignies, mariée le 3 janvier 1564 à Gabriel de Montbron, et était donc peut-être cousin issu de germain du comte d'Oisy. Cf. sur celui-ci infra, lettre placée avant celle du 20 novembre 1701, n. 3.

2. I Joan. IV, 8.

3. Ce qui suit n'est fourni ni par l'autographe ni par les éditions du XVIIIe siècle (1718 et 1719, lettre 37; 1738 et 1740, lettre 40). Gosselin a-t-il voulu placer là un billet (dont il avait l'autographe non daté?) à cause de la similitude des sujets («communiez demain»; «réponse à Oisy»)?

4. Les Lettres de Mme de Chantal avaient été publiées en 1660.

715. Au MARQUIS DE BLAINVILLE

4 avril 1701.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 552, n° VIII. La partie médiane (de «Pour le service» jusqu'à «dédaigneux, critique») a été publiée dans les Lettres spirituelles de 1738, n° CXLIX. Bien que Blainville ne soit mort que le 22 août 1704 (BOISLISLE, t. XII, pp. 166 sq., 183), nous ne possédons aucune lettre datée de Fénelon à lui adressée qui soit postérieure à celle-ci.

1. La raison en est 1'«indignation» de Louis XIV contre l'archevêque: supra, lettre du [15] juin 1700, n. 4, et surtout la lettre à Langeron du ler juillet 1700, notes 17 et 18.

2. Dangeau annonce le 20 mars 1701 que Blainville a vendu sa charge de maître des cérémonies à Dreux, gendre de Chamillart, pour 220 000 livres (t. VIII, p. 61, cf. SOURCHES, t. VII, p. 35).

3. Cf. supra, lettres du ler juillet 1700, n. 20 et du 25 juillet 1700, n. 6.

4. Le 25 juillet 1700 (8°), Fénelon avait déjà prescrit à Blainville qui souhaitait se retirer du monde: «Ne songez à aucun changement.» Mais, depuis, la guerre avait modifié ses dispositions.

5. La conduite de Blainville pendant les trois années suivantes fut si brillante et son avancement si rapide qu'au dire de Saint-Simon il conseilla à l'Electeur de livrer la bataille de Hochstedt, «d'autant plus qu'avec les grandes parties de guerre qu'il avait fait voir durant celle-ci et la considération singulière qu'il s'était acquise, il n'espérait rien moins que le bâton d'une action heureuse, porté par... la faveur de sa famille» (BOISLISLE, t. XII, pp. 166 sq., 183). Il avait écrit en marge de Dangeau: «Il allait au plus grand et avec cette fine valeur de tous les Colbert, avait toutes les parties de capitaine» (ibid.., t. XII, p. 489).

6. Fénelon a souvent traité de cette «hauteur» dans ses lettres à Blainville: cf. supra, lettre du 3 janvier 1697 et les lettres sans date 52, 53 et 55 de l'édition Gosselin.

7. Malgré la coquille dérision il faut bien lire décision comme dans la lettre du [15] juin 1700, n. 3.

8. Cf. supra, lettre du 25 juillet 1700, n. 1.

9. Sa soeur la petite duchesse de Mortemart. Voir sur les raisons de ce conseil, supra, lettre du 25 juillet 1700, n. 7.

716. A LA COMTESSE DE MONTBERON

4 avril 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, f. 191. Porte le n° 10.

1. La fête de l'Annonciation tombant cette année le Vendredi-Saint, elle avait été transférée à ce jour.

2. Développement bérullien, mais peut-être inspiré par l'ouvrage de vulgarisation du P. Bourgoing, Les Vérités et excellences de Jésus-Christ, disposées par méditations (Paris, 1630), longtemps réimprimé chaque année.

26 avril 1701.

1. LA FONTAINE, 1. VII, fable X, La laitière et le pot au lait.

2. Développement paradoxal sur le thème biblique de la jalousie de Dieu.

3. Probablement le Père S. dont il va être question le 15 mai suivant.

4. Le nom a été découpé, mais la restitution de Gosselin est garantie par le début de la lettre du 27 avril.

5. Le 1" ou le 2 mai.

6. Nous verrons l'archevêque faire des visites entre le 6 mai et le 10 juin.

A LA MÊME

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 197-199. Porte le n° 11.

122 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 avril 1701

718. A LA MÊME

27 avril 1701.

Copie de la fin du XVIII' siècle, A.S.S., pièce 229. Inédite.

1. Le nom a été ajouté sur la copie par Gosselin: il était sans doute découpé dans l'autographe.

2. Tout à l'heure, sur le champ (DUBOIS-LAGANE).

3. S'agit-il de sa petite-fille, Mlle de Guînes, née en 1692, et de la cadette de celle-ci, dont le jeune âge expliquerait la formule beaucoup plus insistante employée à son sujet?

719. A MAIGNART DE BERNIÈRES

le' mai 1701.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 91-92.

Les rapprochements qu'on peut faire avec les lettres des 21 février et 13 avril sembleraient imposer le millésime 1703, mais Fénelon aurait pu parler de nouveau des maladreries après un long intervalle. On comprendrait d'ailleurs mal comment Bernières, intendant de l'armée des Flandres depuis 1702, aurait, après cette date, pu passer à Paris la période (de mai à novembre) où il devait faire campagne (voir la lettre du 30 octobre 1704). Fénelon s'étant trouvé à Mons le 30 avril 1700 (cf. infra, Chronologie), cette lettre serait de 1701.

D'ailleurs le Service historique de l'Armée (AI. 1624 à 1629) possède dix lettres adressées par le ministre «à Bernières, armée de Flandres» entre le 4 et le 29 mai 1703, seize lettres en juin et onze en juillet de la même année. Au contraire il n'y a pas de lettre conservée de Bernières entre le 15 juin et le 18 juillet 1701 (ibid., Al . 1499).

1. Cf. infra, lettres des 21 février et 13 avril 1703.

2. Cf. supra, lettre du 21 avril 1700

3. La phrase semble escompter une promotion. Or Bernières ne fut transféré à Ypres (tout en restant intendant de l'armée) que le 9 septembre 1705. Mais Fénelon souhaitait aussi son entrée au Conseil qui ne se réalisa jamais.

720. AU PAPE CLÉMENT XI

6 mai 1701.

L. a. s., A.V., Vescovi, t. 93, ff. 273r°-276v° (cf. Mél. Arch. Hist., 1940, pp. 260 sq.) - Minute autographe signée, datée du 23 février 1701, A.S.S., t. V, ff. 91-92. 6 mai 1701 COMMENTAIRE 123

1. Parmi ces «alii» se trouvait Bossuet qui, dès le 12 décembre 1700, avait écrit au nouveau Pape une lettre approuvée par le Roi et peu désintéressée puisqu'il y était question à la fois des perspectives ouvertes par l'avènement de Philippe V et de la carrière de l'abbé Bossuet (URBAIN-LEVESQUE, t. XII, p. 373, t. XIII, pp. 4 sq.).

2. Cf. supra, lettre du 8 mars 1701, n. 1.

3. Cette reconnaissance de l'auteur des Maximes des Saints pour le cardinal Albani était parfaitement justifiée (Mél. Arch. Hist., 1940, pp. 255 sqq.). Sur le bref extraordinairement favorable qu'il avait préparé le 4 mai 1699 pour louer sa soumission, cf. XVIIe siècle, 1951-1952, pp. 244 sqq. N'ayant pu le faire expédier dans sa teneur originelle, Albani adressa du moins le 11 août 1699 à Fénelon une réponse pleine de sympathie et d'estime.

4. Fénelon semble penser à l'apologie De amore puro qu'il avait hésité à envoyer au nouveau Pape (cf. supra, mémoire du 8 mars 1701, n. 1).

5. Quoiqu'elle soit un centon de textes bibliques, la page qui suit constitue sans doute le chef d'oeuvre de la latinité de Fénelon, d'autant que les exigences de la rime ne viennent pas entraver l'élan poétique. Il connaissait d'ailleurs le goût de Clément XI pour les belles-lettres que signalent tous les contemporains (BoisusLE, t. XXXVII, p. 62 - Mél. Arch. Hist., 1940, p. 258).

6. Voir sur cette résistance opiniâtre la lettre de Gabrielli du 22 janvier 1701, notes 13-20 et Mél. Arch. Hist., 1940, pp. 257 sqq.

7. Matth. XXI, 42.

8. Jac. I, 17.

9. Philip. I, 6.

10. I Thess. I, 6.

11. I Cor. IX, 22.

12. Philip. III, 8.

13. La minute porte «promissum a sponso... in sponsa mirentur».

14. I Cor. I, 12. Allusion au jansénisme?

15. Rom. IV, 18. Expression capitale: elle montre combien l'utopie de l'auteur du Télémaque est éloignée de l'optimisme.

16. La minute porte beatos. Dans les deux cas, la citation de Rom. X, 15 a dû être retouchée.

17. Singulari est en surcharge sur la minute.

p.m. Au CARDINAL PAOLUCCI

6 mai 1701.

A.V. Principi, t. 131, f. 122. L'original, arraché de ce volume et passé dans une vente de Charavay (catalogue janvier-février 1870, n° 24239), n'a pas été retrouvé.

124 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 6 mai 1701

15 mai 1701

COMMENTAIRE 125

721. A LA COMTESSE DE MONTBERON

6 mai 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 194-195. Porte le n° 13.

1. Saulzoire n'est pas l'abbaye de femmes du Saulchoir près de Tournai, mais une paroisse située à 20 kilomètres de Cambrai sur la route de Mons; elle avait pour curé Robert Devémy (1684-1730, cf. BONTEMPS, p. 271).

2. Sans doute le Père R. que Fénelon dira le 15 mai préférer au Père S., confesseur de sa correspondante. Cf. supra, lettre du 15 mai 1700, n. 4.

3. Nom découpé: Doisy. C'est la seconde mention de ce nom dans la correspondance (cf. supra, lettre du 2 avril 1701).

4. Nom découpé: il s'agit du Père S.

5. Ses fonctions de lieutenant-général de la Flandre française obligeaient souvent le comte de Montberon à se rendre à Tournai. La mention de Malines pourrait être amenée par les rapports du P. de Souastre avec les jésuites du lieu: c'est à Bruxelles qu'il avait fait imprimer en septembre 1698 le Problème ecclésiastique.

6. Saint-Denis en Brocqueroie (Brocroy), abbaye de bénédictins au Nord-Est de Mons.

7. Nom découpé partiellement. Mme de Souastre n'avait donc fait qu'un bref séjour chez sa mère.

722. A LA MÊME

7 mai 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. IX, ff. 196 sq. Porte le n° 14.

1. Marie-Henriette del Caretto (1671-1744), fille d'Othon-Henri, marquis del Caretto, de Savona et de Grana, gouverneur général des Pays-Bas, et de Marie-Thérèse comtesse d'Eberstein, épousa en février 1684 PhilippeCharles-François de Ligne, duc d'Arenberg, d'Arschoot et de Croy, né le 10 mai 1663, chevalier de la Toison d'or, prince du Saint-Empire et capitaine général des gardes de l'Empereur, mort le 25 août 1691 de blessures reçues à la bataille de Salankemen. Ils eurent deux enfants:

Marie-Anne, née en 1689, mariée le 20 novembre 1707 à François Egon de La Tour, prince d'Auvergne, marquis de Berg-op-Zoom, morte en 1736;

et Léopold-Philippe-Charles-Joseph, né en 1690, chevalier de la Toison d'or, grand d'Espagne de 1" classe. Il fit une brillante carrière au service de l'Empereur: lieutenant-général de ses armées, général de ses artilleries, grand bailli de Hainaut le 12 décembre 1709, président du Conseil d'Etat établi par les Hauts alliés (1706-1713). Il mourut à Héverlé le 4 mars 1754 (G.J. de Boussu, Histoire de la ville de Mons, Mons, 1725, pp. 100-101 et Supplément, t. II, 1868, p. 37 — HOVERLANT DE BAUWELAERE, Essai chronologique... de Tournay, Tournai, 1883, t. 85, pp. 322 sq., 537 et 539).

Ils possédaient la terre d' Enghien qu'Henri IV leur vendit en 1606, le Petit-Quévy, Braisne et Hal. Cf. E. LALOIRE, Généalogie de la famille princière et ducale d'Arenberg, 1547-1940, Bruxelles, 1940, p. 22 — J. DESCHEEMAEKER, Histoire de la maison d'Arenberg d'après les archives françaises, s.l., 1969, p. 169.

Sur les raisons de la visite de Fénelon, cf. infra, lettre de Beaumont à Langeron du 7 septembre 1701.

2. Cf. infra, lettre du 15 mai 1701, n. 2.

723. A LA MÊME

15 mai 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 198 sq. Porte le n° 15.

1. Fénelon était donc resté à l'abbaye bénédictine du 7 (ou 8) au 14. Le fait qu'il ne mentionne pas sa visite à Enghien, annoncée dans sa lettre du 7, ne prouve pas que celle-ci n'ait pas eu lieu.

2. Il sera plus longuement question du marquis de Montberon, fils de sa correspondante, dans la lettre du 21 novembre 1701, n. 2. II devait se trouver dans les environs avec le régiment Dauphin-cavalerie dont il était colonel.

3. Originaire de Picardie, Louis-François, chevalier puis marquis de Boufflers (10 janvier 1644 - 22 août 1711), débuta comme cadet dans le régiment des gardes françaises, combattit à Gigeri (1663) et obtint en 1669 le commandement des dragons du Roi. La mort de son frère lui avait procuré les titres de marquis, de lieutenant-général de l'Ile-de-France et de grand-bailli de Beauvais (21 juin 1672). Brigadier général des dragons en 1675, maréchal de camp en 1677, colonel général des dragons le 26 août 1678, lieutenant-général en 1681, il avait eu le commandement des troupes de Guyenne en 1686, le gouvernement général des Trois-Evêchés en 1687, le collier du Saint-Esprit en 1688, le commandement de l'armée de la Moselle le 20 avril 1690 et celui des gardes françaises le 1" février 1692. Maréchal de France le 27 mars 1693, gouverneur de Lille et de la Flandre française en 1694, duc et pair en 1695. Après l'avènement de Philippe V, il s'établit à Bruxelles et commanda toutes les troupes des Pays-Bas dont il chassa les garnisons hollandaises (DANGEAU, t. VIII, pp. 28, 30-33, 83, 214 — SOURCHES, t. VII, pp. 15, 17, 20, 152, 167 et passim). Fénelon ne semble pas l'avoir beaucoup apprécié et parle de lui dans un fragment de lettre à Beauvillier comme «l'homme le plus haï» (cf. aussi 0.E, t. VII, pp. 154 sq.).

4. Le 26 mai.

5. Cette dernière partie de son voyage était achevée le 10 juin (cf. la lettre suivante à Mme de Montberon).

6. Cf. supra, lettre du 6 mai 1701, n. 2.

7. A cette initiale ne correspondent dans la table des lettres que deux noms : Uzès (cf. supra, lettre du 24 août 1680, t. III, p. 39) et Ursel (voir infra, lettre du 31 octobre 1713). Le contexte géographique fait préférer le second, d'autant qu'à partir du 8 juillet 1702 il sera très fréquemment question dans les lettres à Mme de Montberon de son amie, la marquise de Risbourg, qua-

126 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 juin 1701

trième enfant de François, comte d'Ursel. Il lui restait une soeur cadette, Angélique-Florence-Honorine, qui n'épousa qu'en 1708 WolfgangGuillaume, marquis de Bournonville et de Sars (t 1754). Le «besoin» qu'elle avait à cette date d'être «soutenue» s'explique par son état d'orpheline, sa mère Honorine-Marie-Dorothée de Hornes étant décédée le 5 décembre 1694 et son père François le 10 août 1696 (GOETHALS, Dictionnaire généalogique et héraldique des familles nobles de Belgique, Bruxelles, 1849-1882, t. IV, s.v. Ursel).

8. A sa maison de campagne de Vendegies plutôt qu'à Arras? Cf. infra, la lettre du 10 juin 1701.

723 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

7 juin 1701.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 93-94.

1. C'est donc le 6 juin que fut remise au Pape la lettre de Fénelon du 6 mai 1701. Sur le bref que l'archevêque obtint en réponse, cf. la lettre de Paolucci du 15 juin et le début de la lettre de Gabrielli du 23 octobre 1701.

2. Gabrielli considère ces lettres comme peu nombreuses, car il feint d'ignorer que Chantérac recopiait des minutes de la main de Fénelon.

3. Cf. sur le Liégeois Pierre-Lambert Le Drou, augustin, supra, lettre du 25 septembre 1697, n. 19.

4. Voir à son sujet, supra, lettres des 26 octobre 1697, n. 5, 7 juin 1698, n. 16, et 2 septembre 1698, n. 2. En réalité, M. de Cambrai lui-même n'avait pas d'ascendants communs avec la famille Percin de Montgaillard, mais son frère aîné François II était attaché à l'évêque de Saint-Pons, oncle de l'abbé, par de forts «liens de parenté et d'amitié» (cf. notre t. I, p. 91, n. 19).

5. Cf. supra, lettre du 8 mars 1701, n. 1.

6. Cf. supra, la lettre de Gabrielli du 22 janvier 1701, n. 20.

7. Le 19 mai.

8. Le 26 mai.

9. Reboulet (t. I, p. 56) exagère sans doute en ajoutant qu'il confessa «pendant toute la Semaine sainte».

10. Matth. XVI, 17.

724. A LA COMTESSE DE MONTBERON

10 juin 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 200-201. Porte le n° 16.

1. Le nom est découpé deux fois; les traces correspondent à Vendegies. A la ligne suivante, m'est paraît un lapsus pour met.

2. Le Père R.? 14 juin 1701 COMMENTAIRE 127

3. Rumeur curieuse sur laquelle Fénelon reviendra à la fin du second paragraphe.

4. Description du «martyre intérieur» associée à la «suspension» de l'âme, très caractéristique de Fénelon.

5. Luc III, 8.

6. Saint Paul, premier ermite, dont la fête tombait précisément le 10 juin. Il mourut dans la Thébaïde en 341 et saint Jérôme composa sa Vie. Mais c'est la liturgie qui avait pu rappeler à Mme de Montberon un épisode d'ailleurs fameux.

7. Fénelon avait, par erreur, écrit demain.

8. Matth. V, 34.

9. Les noms découpés sont ceux du comte de Souastre, de Vendegies et de la comtesse de Souastre.

10. Il semble s'agir de Mme d'Oisy et de Vendegies, mais nous ignorons quel est le dernier nom supprimé.

724 A. LE PAPE CLÉMENT XI A FÉNELON

14 juin 1701.

Original, A.N., L. 357, n° 149. Parchemin plié. Traces de sceau. Suscription: «Venerabili fratri Franc. Archiepiscopo Cameracensi.» Inédit.

1. Allusion au retard de la lettre de félicitations du 6 mai 1701.

2. Sap. VI, 6.

3. Ulysse-Joseph Gozzadini (10 octobre 1650 - 10 mars 1728), né à Bologne, secrétaire des mémoriaux, puis des brefs aux princes depuis 1697 (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 5 n.). Il sera cardinal en 1709.

15 juin 1701.

1. Le cardinal Fabrizio Paolucci ou Paulucci (cf. sur lui, supra, lettre du 20 décembre 1698, n. 5) avait été choisi comme secrétaire d'Etat par Clément XI aussitôt après son exaltation. C'est à lui que, selon la coutume, Fénelon avait, le 6 mai 1701, adressé la lettre qu'il destinait à Clément XI. La réponse est également normale; seul le mode d'expédition ne l'est pas.

L. avec signature autographe, A.S.S., t. V, f. 95.

LE CARDINAL F. PAOLUCCI A FÉNELON

724 B.

128 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 juin 1701 22 juin 1701 COMMENTAIRE 129

724 C. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

15 juin 1701.

L. a. s., collection particulière. Inédite.

1. Pourquoi le bref pontifical avait-il besoin d'une seconde lettre d'accompagnement? Et pourquoi celle-ci était-elle confiée à Gabrielli qui avait écrit à Cambrai le 7 juin 1701? C'est que le Pape ne voulait pas faire remettre le bref par le nonce (comme l'avait été celui de Bossuet du 11 janvier 1701, cf. URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 4): Rome se souvenait du scandale causé par la publication de la lettre du cardinal Cibo à Antoine Arnauld au début du règne d'Innocent XI (PASTOR, t. XIV, 2, 1943, pp. 310, 315).

725. AU DUC DE CHEVREUSE

16 juin 1701.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 209, pp. 12-13. Publiée imparfaitement dans les CEuvres spirituelles, 1718, t. II, pp. 283-285.

1. Il ne doit donc pas s'agir de Mme de Mortemart.

2. IV Reg. V, 12. Celles, accord selon le sens (l'idée d'eaux remplace celle de fleuves).

3. Joan. III, 8.

4. Verbeux semble rare au XVIIe siècle, il ne figure ni dans Furetière ni dans Richelet, mais il est attesté en 1530 et chez Montaigne.

5. Ardélion n'est pas en italique dans la copie. C'est pourtant la francisation d'un mot défini par Phèdre: « natio / trepide concursans, occupata in otio, / gratis anhelans, multa agendo nihil agens, / sibi molesta, et aliis odiosissima. »

6. A Versailles. Le projet de rencontre était prématuré et, le 2 juillet 1703, Chevreuse dissuadera encore Fénelon de sortir de son diocèse, mais «une promenade de Chaulnes à Cambrai sera sans éclat». A partir au moins de 1706, l'archevêque fera chaque année des séjours à Chaulnes.

726. A LA COMTESSE DE MONTBERON

16 juin 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 202-203. Porte le n° 17.

1. Ps. XXIX, 7.

2. Sans doute la comtesse d'Oisy que son mari ne laissait pas se déplacer librement, même à Cambrai: cf. infra, lettres des 27 juin et 21 novembre 1701,

n. 5.

3. Frappé d'apoplexie le mercredi 8 juin, Philippe d'Orléans mourut le lendemain matin sans avoir repris connaissance. Le Mercure signala dans l'article nécrologique qu'il lui consacra en juin 1701, pp. 287-291, les accès de dévotion qui précédèrent une fin dont il avait le pressentiment. Saint-Simon précise que son nouveau confesseur, le P. du Trévou, «le tenait de plus court qu'il pouvait... Il faisait à reprises beaucoup de prières, obéissait à son confesseur, lui rendait compte de la conduite qu'il lui avait prescrite sur son jeu, sur ses autres dépenses, et sur bien d'autres choses, souffrait avec patience ses fréquents entretiens, et il y réfléchissait beaucoup. Il devint triste, abattu...» (BOISLISLE, t. VIII, pp. 312 sqq.). Il est vraisemblable que le jubilé de 1701 précipita ce changement. Mais Beauvillier et Philippe V jugèrent aussi cette mort «bien propre à faire faire de bonnes réflexions et à faire craindre les jugements de Dieu» (dans BOISLISLE, t. VIII, p. 331 n.).

4. Mot découpé. On croit lire S.A....

5. Le dimanche suivant était le 19, le mardi le 21. Le nom découpé pourrait être Oisy.

727. A MAIGNART DE BERNIÉRES

22 juin 1701.

L. a. s., inédite, coll. R. Faille.

1. Caudry, canton de Clary (Nord), paroisse du doyenné du Cateau avant 1789.

2. Il existait une famille de Caudry qui remonterait au Xe siècle (J. LE CHARPENTIER, Histoire de la noblesse des Pays-Bas, Leyde, 1668, t. II, pp. 385-387) ou du moins aux XIVe-XVe siècles (B.N., Dossiers bleus, n° 159, et A.M. de Cambrai, GG. 53).

Charles I" de Lignières, sieur de Caudry, était, vers 1690, capitaine d'une compagnie d'infanterie au régiment du comte de Solre (A.M. de Cambrai, FF. 539). Il acheta en 1692 un des six offices de procureur postulant en la ville et juridiction de la Feuillée de Cambrai (ibid., FF. 83). Marié à Marie-Madeleine du Château, il en eut un fils qui procréa lui-même des enfants en 1737 et en 1738 (ibid., GG. 13, p. 554, et 53, p. 70 — Soc. d'ét. de la province de Cambrai. Bulletin, t. XIV, 1909, p. 301). Voir sur son caractère violent, ibid., t. XLIII, janvier 1954, pp. 1-2 — A.D. Nord, 5 G. 561 et infra, lettre du 28 novembre 1702.

3. Il le pouvait d'autant mieux que Barbezieux lui avait écrit le 27 février 1700: «Monsieur, j'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire le 10e de ce mois, par laquelle le Roi a vu les raisons qui vous ont porté à faire conduire dans la citadelle de Cambray le sT Lignière de Caudry bourgeois de cette ville. Sa Majesté qui juge qu'il y a assez longtemps qu'il est en prison désire que vous l'en fassiez sortir et qu'à l'avenir, lorsqu'il arrivera de pareilles affaires qui regarderont les juges ordinaires et qui mériteront de faire arrêter quelqu'un, vous les leur laissiez mettre dans les prisons de la ville et non pas dans celles de la citadelle» (Serv. hist. Armée, A1. 1456, 2e p., f. 164r°).

10 juillet 1701

730. A MAIGNART DE BERNIÈRES

L. a. s., pliée, noue acq. fr. 24146, ff. 11-12.

130 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 juin 1701

4. Quelques blés qui lui appartiennent, rayé.

5. A établi, rayé.

6. 11 sera question le 28 novembre 1702 d'autres méfaits du sieur de Caudry.

728. A LA COMTESSE DE MONTBERON

27 juin 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 204-205. Porte le n° 18.

Les noms découpés sont probablement 1° Doisy, 2° Vendegies, 3° Comtesse de Souastre.

729. A MICHEL CHAMILLART

2 juillet 1701.

L. a. s., publiée par A.M. de BOISLISLE, Correspondance des Contrôleurs généraux des finances, Paris, 1883, t. II, p. 294, n° 937, 2e p.

1. La lettre à Bernières du 10 juillet 1701 est plus explicite sur l'incident qui a amené Fénelon à écrire cette lettre.

2. L'archevêque-duc de Cambrai avait été chassé de sa ville en 1579 par le baron d'Inchy et le successeur de celui-ci, Balagny, sire de Montluc, y avait commandé de 1581 à 1595. Mais, à cette date, Fuentes s'en était emparé et avait forcé les échevins, bailli et prévôt à prêter serment au roi d'Espagne (P. PIERRARD, Histoire des diocèses. Cambrai et Lille, Paris, 1978, p. 111). Fénelon affirmera le 22 décembre 1705 à Chamillart que «les Espagnols usurpèrent la souveraineté par pure violence, et sans aucun titre même coloré». Mais «le roi d'Espagne voulait adoucir l'état de souffrance où étaient les archevêques en leur laissant une image et comme un reste de souveraineté dans leurs terres particulières. De là vient que la châtellenie du Cateau n'a jamais connu aucun impôt ni aucune redevance à payer au Roi» (Bull. de la Comm. hist. du départ. du Nord, t. IV, 1851, pp. 208 sq., cf. BOISLISLE, /OC. Cit.).

3. Phrase reprise à peu près textuellement dans le mémoire de 1705.

4. Chamillart a dicté l'apostille: «Ecrire à MM. de Bagnols et de Bernières que M. l'A. de Cambray se plaint des innovations qui se font par ceux qui sont chargés des droits du Roi contre ceux de son église; qu'il me demande de leur recommander, quand les plaintes seront portées devant eux, de conserver la justice qui lui est due; que je n'ai pu lui refuser de leur en écrire. Mander à M. de Cambrai ce que je fais.»

COMMENTAIRE 131

10 juillet 1701.

1. Il a déjà été question les 21 avril, 4 août et 20 novembre 1700 de Solesmes, paroisse située à 20 km. à l'Est de Cambrai et à 10 km. au Nord du Cateau. C'est que le lieu dépendait uniquement de l'autorité ecclésiastique depuis qu'en 705 Childebert III en avait fait don à l'abbaye de Saint-Denys en l'exemptant de tribut et de toute autre charge: la présente lettre prouve que cette immunité fut à peu près respectée jusqu'à la Révolution. Cf. V. RUFFIN, «Essai sur l'histoire de la ville et de l'abbaye de Solesmes en Hainaut», Mémoires de la société d'émulation de Cambrai, t. XXXI, 1869, pp. 73-190, surtout pp. 91 sq. Cf. A.D. Nord, 3 G. 107 et MOSSAY, 1971, pp. 110

sq.

2. Lèvent remplace veulent, rayé.

3. Fénelon lui-même autorisera le 26 décembre 1707 Solesmes à percevoir un impôt sur les boissons pour rembourser une dette contractée à Maubeuge (ibid., p. 160).

4. Ne, rayé.

5. Fénelon a écrit droit par lapsus.

6. Entreprendre, «empiéter», généralement suivi de sur (DUBOISLAGANE).

7. De grands fondements, premier jet corrigé.

8. Cf. supra, la lettre à Chamillart du 2 juillet 1701.

732. A UN ECCLÉSIASTIQUE DE SON DIOCÈSE

12 juillet 1701.

Publiée d'après l'édition Gosselin (Juridiction, n° 43) dont le texte «est copié sur l'original, qui appartient à M. Masson, curé de Saint-André à Lille». Depuis, il a passé dans le Catalogue de lettres autographes Et. Charavay du 2 décembre 1886, p. 17, n° 78, et dans le catalogue Lemasle 1311, p. 9, n° 16905 (vers 1913).

731. A LA COMTESSE DE MONTBERON

11 juillet 1701.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 206-207. Porte le n° 19.

1. Joan. XI, 4.

2. La comtesse de Souastre devait se trouver avec sa mère à Vendegies.

132 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 juillet 1701

1. Le destinataire est inconnu, mais il fut peut-être un des professeurs du séminaire de Cambrai lors de la période qui précéda l'arrivée des sulpiciens. Autrefois les évêques de la province envoyaient des clercs étudier à Douai au «séminaire des évêques», mais Fénelon était d'autant moins disposé à faire revivre cet usage qu'il suspectait la capacité et surtout l'orthodoxie du corps professoral de l'Université (cf. infra, mémoire du 7 septembre 1702 et sur le séminaire de Cambrai lui-même, 0.E, t. IV, pp. 451 sqq.).

733. A MAIGNART DE BERNIÈRES

17 juillet 1701.

L. a. s., pliée, noue acq. fr. 24146, ff. 13-14.

1. Voir, sur cette affaire, la lettre du 10 juillet 1701 et peut-être celle du 1" septembre 1701.

2. Sur la capitation créée le 18 janvier 1695 et supprimée le 17 septembre 1697, cf. supra, lettre du 10 juillet 1699, n. 3. Elle venait d'être rétablie et renforcée le 12 mars 1701, cf. BOISLISLE, t. II, pp. 458-468, t. VII, p. 586, t. VIII, pp. 246 sq., 595 sqq. Chaque fois le clergé de France se rachetait par un don gratuit (DANGEAU, t. VIII, pp. 97, 130 sq. — SOURCHES, t. VII,

p. 82). Fénelon n'en faisait pas partie, mais il obtenait des bénéficiers de son diocèse des contributions particulièrement élevées.

3. La lettre du 9 décembre 1701 (n. 5) indique que seuls les doyennés de Maubeuge et d'Avesnes se trouvaient dans la généralité de Hainaut. La partie occidentale du diocèse appartenait à la Flandre gallicane qui avait Bagnols pour intendant.

4. Fénelon reviendra sur la question les 28 août 1701 (n. 1), 7 septembre 1701, 13 septembre 1701, 11 octobre 1701 (n. 2), 9 décembre 1701, 5 et 13 juin 1702.

734. A LA COMTESSE DE MONTBERON

26 juillet 1701.

Copie de la fin du XVIIIe siècle, A.S.S., pièce 230. Inédite. Les blancs correspondent à des noms découpés dans l'original, qui portait sans doute le n° 20.

1. Le 28.

2. Vendegies à proximité du Quesnoy et du Cateau.

3. A cause de la capitation: cf. supra, la lettre à Bernières du 17 juillet.

4. La comtesse de Souastre.

5. S'agit-il d'Oisy?

6. Quand une abbaye avait pour abbé commendataire un cardinal, elle obéissait à un grand prieur nommé au scrutin et à vie. Après Antoine Chasse, mort le 28 juin 1692, celui de Saint-Waast ou Saint-Vaast, abbaye de bénédic 30 juillet 1701 COMMENTAIRE 133

tins d'Arras, fut Guillaume de la Charité, d'Arras, qui avait été auparavant maître des novices et des ouvrages, grand receveur, puis grand prévôt. Le cardinal de Bouillon le chargea de la régie de tous les biens du monastère, à charge de lui payer chaque année 48.000 livres. G. de la Charité fut remplacé le 17 juin 1711 par Robert de Haynin (Ad. de CARDEVACQUE et A. TERNINCK, L'Abbaye de Saint-Vaast..., Arras, 1865, t. II, pp. 39, 44, 47, 133). La lettre de Fénelon traitait-elle d'un litige de l'abbaye avec le comte de Souastre ou avec le comte d'Oisy?

735. A LA MÊME

30 juillet 1701.

L. a., pliée, A.S.S, t. IX, ff. 208-209. Porte le n° 21.

1. Nom découpé. Il s'agit de Mme de Souastre qui l'avait reçu le 28 avec sa mère à Vendegies.

736. A LA MÊME

lcr août 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 210-211. Porte le n° 22.

1. Les scrupules de la comtesse portaient donc sur des médisances.

2. Mots découpés dont il reste assez de traces pour qu'on puisse lire Cateau et Vendegies.

3. Mot découpé, sans doute Oisy. Dans sa lettre du 6 avril 1702 Fénelon regrettera pourtant que Mme de Montberon ait manqué à la société qu'il avait trouvée à Oisy.

737. Au DUC DE CHEVREUSE

ler août 1701.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 209, pp. 13-14. Comme d'habitude, le mot Duc et le nom de lieu ont été omis.

1. Louis-Nicolas d'Albert de Luynes, comte de Châteaufort, dit le chevalier d'Albert, dernier fils de son correspondant. Né le 9 avril 1679, il avait été pourvu du régiment des dragons de Gobert en janvier 1700, à la tête duquel il fut tué le 9 juillet 1701 au combat de Carpi sur l'Adige (cf. supra, t. I, p. 218, n. 99 — Gazette de France du 23 juillet 1701 — f Rome, 419, f. 341).

134 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 5 août 1701

2. Indication d'autant plus précieuse qu'aucune lettre de Fénelon au chevalier ne semble conservée.

3. Ici la «bonne duchesse» ne peut être que Mme de Chevreuse.

4. Sans doute Vaucresson, maison de campagne des Beauvillier, puisque c'est de là que le duc lui répondra le 26 août 1701. Parmi les «bonnes gens» qui y étaient allés consoler les Chevreuse devaient se trouver «la petite duchesse» de Mortemart, tante du défunt, et l'abbé de Langeron: tous deux se retrouveront à Dampierre le 16 mai 1703.

738. A LA COMTESSE DE MONTBERON

5 août 1791.

741. A UN ECCLÉSIASTIQUE DE SON DIOCÈSE

L. a. s., B.M. Cambrai, ms. 1398. ln

1. Le destinataire se trouvait retenu loin de Cambrai par un litige

nant une riche succession (cf. sf: «grosses prétentions»). Lui et son frère se trouvaient en contestation avec des frères, sans doute issus d'un autre lit. La mention de la distance entre Cambrai et le lieu où étaient situés les biens en question («le voyage est très long») ne suffit pas à suggérer une identification.

742. AU DUC DE CHEVREUSE

COMMENTAIRE 135

17 août 1701

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 212-213. Porte le n° 23.

1. Il était donc bien arrivé au Cateau le 3, comme il l'avait annoncé.

2. Par sa lettre du 1" août.

3. Nom découpé: Vendegies.

739. A LA MÊME

7 août 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 214-215. Porte le n° 24.

1. Nom découpé trois fois dans le paragraphe: Oisy.

2. Voir sur les difficultés entre le comte d'Oisy et sa femme, infra, lettre du 21 novembre 1701, n. 4.

3. La comtesse de Souastre qu'il venait de voir la veille au Cateau (cf. supra, lettre du 5 août 1701).

18 août 1701.

Copie revue par le marquis de Fénelon, A.S.S., pièce 209, pp. 14-16. Le dernier paragraphe est omis dans les OEuvres spirituelles, Anvers, 1718, t. II, pp. 286-288.

1. Cf. supra, lettre à Chevreuse du 1" août 1701, n. 1.

2. Cp. Joan. XII, 24.

3. Le chevalier d'Albert n'avait que vingt-deux ans.

4. Joan. XX, 16.

5. C'est le point de vue, complémentaire du précédent, que Fénelon développera dans sa lettre du 22 octobre 1704 sur la mort de son autre frère le duc de Montfort.

6. L'imprimé porte «et dans la cinquantième». Il s'agit en réalité du «Liber quinquaginta homiliarum, homilia V» (sermon 387, PL.. t. 39, col. 1698).

7. I Thess. IV, 18.

743. A LA COMTESSE DE MONTBERON

21 août 1701.

740. A LA MÊME L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 218-219. Porte le n° 27.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 216-217. Porte le n° 25. 14 août 1701. 1. Le nom est découpé; on voit cependant que la majuscule avait une haste. Faut-il penser au Père R. ? En tout cas, il ne s'agit pas du confesseur ordinaire de la comtesse.

1. Job IX, 4. 2. Allusion à la manifestation de Dieu à Elie dans III Reg. XIX, 11 sq.

2. Ps. XXXIII, 9; I Cor. III, 2. 3. Souastre, nom découpé.

3. Nom découpé: Doisy. 4. Cette formule - comme un peu plus haut la réflexion du comte de Montberon sur sainte Thèrèse - prouve que la querelle du quiétisme restait à l'arrière-plan de la direction de Fénelon.

4. Phrase inédite. Deux noms découpés.

136 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 25 août 1701 26 août 1701 COMMENTAIRE 137

A LA MÊME

25 août 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 220-221.

1. Nom découpé, mais il reste les traces de : Chantérac.

2. Pierre Gruyn de Valgrand, conseiller au Châtelet, puis au Grand Conseil (cf. sur lui, supra, lettre du 29 janvier 1700, n. 1) où Chantérac avait son procès: voir infra, la lettre de l'abbé du Pr septembre 1701, notes 6 sq.

3. Ps. CXVIII, 32.

744 A. LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON

26 août 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. I, ff. 38-39.

1. Vaucresson est une terre aux environs de Versailles qui appartenait au duc de Beauvillier qui s'y rendait à ses rares moments de liberté. Nous voyons ici qu'il la prêtait à son beau-frère et que celui-ci venait d'y rester assez longtemps pour qu'il ne lui fût plus possible de faire à Chaulnes en Picardie le séjour qu'il avait projeté.

2. Cf. sur lui, infra, lettre du 22 octobre 1704, n. 1.

3. Marcher, «avancer» (FURETIÈRE, Académie 1694, RICHELET), signifie plutôt ici «faire campagne».

4. Cf. supra, les condoléances que Fénelon avait, le 1" août, adressées au duc sur la mort du chevalier d'Albert.

5. Le contrôleur général des finances Chamillart avait encore deux filles à marier : Marie-Thérèse (22 septembre 1684 - 3 septembre 1716) épousera le 24 novembre 1701 Louis, vicomte d'Aubusson, depuis maréchal de La Feuillade (il en avait été question dès le mois de décembre 1700, cf. SOURCHES, t. VI, p. 333). Fénelon parlera encore le 3 décembre 1701 (notes 7 sqq.) d'Elisabeth-Geneviève-Thérèse (24 octobre 1685 - 31 mars 1714): elle deviendra le 14 décembre 1702 la femme de Gui-Nicolas de Durfort, duc de Quintin-Lorge.

6. Incertaine a été rayé après prétention. Il s'agit du duché-pairie de Chaulnes auquel le vidame d'Amiens pouvait se croire des droits. De fait, il ne fut érigé de nouveau en sa faveur qu'en octobre 1711 et le vidame ne prêta serment au Parlement que le 1" décembre 1711 (Mercure galant, décembre 1711, e p., p. 100). Le «mécompte» semble concerner moins l'obtention de cette dignité que le bonheur des futurs époux.

7. Née le 13 mars 1687, Marie-Françoise de Noailles épousera le 20 février 1703 son cousin germain Emmanuel-Henri de Beaumanoir, marquis de Lavardin, né en 1684, qui mourut huit mois plus tard.

8. Elisabeth-Rosalie d'Estrées, demoiselle de Tourbes ou Tourpes, fille de la maréchale d'Estrées, soeur de la première femme de Dangeau. Née à Paris en 1673, elle y mourut le 8 novembre 1750, sans alliance.

9. Anne-Julie d'Espinoy, demoiselle de Melun, née à Paris le 11 août 1672, morte le 2 novembre 1734 sans avoir été mariée. On trouvera dans Saint-Simon l'explication de «dans le grand jeu de la Cour», justifié en particulier par sa familiarité avec le grand Dauphin.

10. La conduite des Noailles, le cardinal et le maréchal, père de Marie-Françoise, à l'égard de Fénelon. Le «bon duc» est Beauvillier qui avait pourtant aussi à se plaindre du maréchal: mais il est vrai que le cardinal l'avait sauvé en 1698.

11. Les Noailles avaient encore quatre fils, mais l'aîné, Adrien-Maurice (t 1766), neveu par alliance de Madame de Maintenon, était naturellement beaticoup plus en vue.

12. Il s'agit sans doute de l'humeur des Estrées.

13. Jean-François, marquis de Roisin et depuis 1686 marquis de Forest dans la châtellenie d'Ath, député de la noblesse de Hainaut (H. HASQUIN, p. 112 — Service hist. Armée, AI. 1293, f. 283), avait été reçu chevalier d'honneur de la Cour souveraine de Mons le 27 septembre 1687 et fut en outre chargé des fonctions d'intendant en 1702: il le resta jusqu'à la sortie de la garnison française (20 octobre 1709) et se retira à Namur où l'Electeur de Bavière le nomma le 11 juillet 1711 conseiller d'Etat (M. GACHARD, Une visite aux archives de Munich, Bruxelles, 1864, pp. 77, 303). Il ne faut pas le confondre avec Baudry-François de Roisin, baron de Rongy (29 juin 1648 - 5 février 1715), chevalier d'honneur au Parlement de Tournai du 20 janvier 1695 au 2 septembre 1709 qui présida la Cour souveraine provisoire créée le 3 septembre 1709 à Tournai par les Hauts Alliés (DU CHASTEL DE LA HOWARDERIE, Notices généalogiques tournaisiennes, Tournai, 1881, t. III, pp. 367 sq. — Annuaire de la noblesse de Belgique, t. XIII, 1859, pp. 250 sq. — Al. PINCHART, Histoire du Conseil souverain de Hainaut, Bruxelles, 1858, p. 149).

Sa fille Anne-Marie-Eugénie épousa, le 10 juin 1705, Philippe-François de Croy, prince du Saint-Empire, et mourut en couches en décembre 1706. Son mari, fils de Ferdinand-Gaston-Lamoral (de la branche de Roeux) et d'Anne-Antoinette de Berghes, se remaria le 5 juin 1708 à Louise-Françoise de Hamal, chanoinesse de Nivelles. Grand d'Espagne, il mourut à Namur avant son père en 1713 (Annales de la Société archéologique de Namur, t. XXX, 1911, pp. 125-127 — Annales du cercle archéologique de Mons, t. XXII, 1888-1889, pp. 294-295). C'est sans doute à propos de cette héritière qu'on relève une indication curieuse dans les Mémoires du professeur de droit de Douai Monnier de Richardin à la date du 5 mars 1700: «Le marquis du Forest n'osa pas me dire d'abord qu'il y avait quelque refroidissement entre le marquis de Montbron et lui... [enfin] 'Je ne sais, me dit-il, s'il est à propos que je lui parle: il a songé à ma fille, je vous laisse deviner le reste' » (B.M. Douai, ms. 1374, p. 223).

C'est ce grand seigneur qui célébra le passage du XVII* au XVIIIe siècle par un bal (cf. PLOUVAIN, Souvenirs à l'usage des habitants de Douai, Douai, 1822, p. 581) dont parle la Lettre d'un officier de la garnison de Douay sur le repas de M le marquis du Forest, s.l., 1700 (B.N., Lb". 4147).

14. Jeanne-Angélique Roque de Varangéville, fille d'un «Normand de rien, mais riche» (Saint-Simon) et de la fille du doyen du Conseil Courtin. Née vers 1680 à Venise où son père était ambassadeur, elle avait été élevée à

744.

138 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 28 août 1701

[septembre 1701] COMMENTAIRE 139

la Madeleine du Trainel quand Fénelon en était supérieur (A.N., LL. 1705, pp. 7 sq.). Dangeau notait en janvier 1702: «Elle a présentement près de 450000 lb de beau bien et en aura encore considérablement après la mort de Mme sa mère et de M. Courtin» (t. III, pp. 299 sq.). 11 avait été question le 6 décembre 1700 de son mariage avec l'intendant des finances des Forts (SOURCHES, t. VI, p. 327), mais elle épousa le 31 janvier 1702 le marquis «de Villars, aux portes de la fortune» (BOISLISLE, t. X, p. 26). Charles Giraud a consacré en 1881 un volume à la maréchale de Villars.

15. Née vers 1686, Marie-Louise-Catherine de Nesmond, fille unique du feu marquis André, lieutenant général de la Marine, n'épousa que le 8 novembre 1705 Louis-François d'Harcourt, comte de Sézanne: Dangeau note (t. X, p. 388) qu'elle aura plus d'un million de bien, dont 400 000 livres fournies par la présidente de Nesmond, née Marguerite Beauharnais de Miramion (BoisusLE, t. III, p. 72, t. XIII, p. 51).

16. En fait, le vidame d'Amiens épousa Marie-Françoise Romaine Beau-manoir de Lavardin, nièce des Noailles, née le 11 septembre 1688 à Rome, morte le 24 mai 1745, et le mariage n'eut lieu que le 23 janvier 1704 (BOISLISLE, t. IX, p. 71 n.; cf. infra, lettres des 22 octobre 1704, n. 1, et 13 janvier 1705).

745. A MAIGNART DE BERNIÈRES

28 août 1701.

L. a. s., pliée, B.N., nouv. acq. fr. 24146, ff. 13-16.

1. Voir sur la capitation supra, 17 juillet 1701.

2. Solidité, emploi juridique du mot bien attesté chez Furetière au sens de «solidarité».

3. La procession circulaire de Notre-Dame la Grande à Valenciennes du 8 septembre commémorait le «saint cordon» (la ceinture) de la Vierge recueilli sur les remparts de la ville en 1008 au cours d'une peste qu'il fit cesser. Fénelon présida la procession de 1701 et la «version latine» où il la racontait au duc de Bourgogne (0.E, t. VI, pp. 385 sq.) pourrait être de cette année, d'autant que le Mercure galant d'octobre 1701 (pp. 115-125) consacra un article à la cérémonie. Voir aussi [DESFONTAINES de PREUX et HÉCART], Précis historique et statistique sur Valenciennes, Valenciennes, 1825, pp. 77-81, et J. LEURIDAN, «Valenciennes au XVIIIe siècle», Mémoires de la société d'études de la province de Cambrai, t. XX, 1913, p. 129.

4. Charles Brûlart du Rancher, enseigne en 1647 dans le régiment des gardes françaises, gouverneur du Quesnoy de 1669 à 1711, mort maréchal de camp le 1" juillet 1712 à quatre-vingt-sept ans (Mercure galant, juillet 1712, pp. 203-206, cf. mai 1702, pp. 192-194, et la notice de PINARD, Chronologie historique militaire, t. VI, pp. 437 sq.). Il appartenait à une famille d'Artois.

5. Né le 15 juin 1629 d'une très ancienne famille florentine, Bardo di Bardi entra en 1641 comme page chez le cardinal de Richelieu grâce à son oncle Pierre Magalotti dont il releva le nom en 1645. Enseigne la même année au régiment des gardes françaises, il y fit entièrement sa carrière militaire, d'ailleurs très brillante: il y devint lieutenant (1648), capitaine (1654), lieutenant colonel (1675) et parallèlement brigadier (1670), maréchal de camp (1672), lieutenant-général (1676). Le 10 mars 1677, il fut nommé gouverneur de Valenciennes qu'il venait de prendre et y résida presque constamment jusqu'à sa mort le 10 avril 1705 (B.N., Dossiers bleus 57, n° 1364, f. 4 PINARD, t. IV, pp. 264 sq. — Henri TAUSIN, Notice historique sur Bardo di Bardi Magalotti, Paris, 1903). La munificence et la somptuosité de ses réceptions à Valenciennes étaient célèbres (Mercure galant, mai 1705, pp. 25-29, cf. août 1701, pp. 170-174). On lui fit honneur d'avoir, par sa justice et la douceur de son caractère, «fait aimer le nom français par les bourgeois de Valenciennes».

746.

1. S'agit-il encore du cabaret dont il était question dans les lettres des 10 et 17 juillet 1701?

2. La fin de la lettre apprend que ce Brocard était coupable de « fraude au préjudice des droits du Roi».

3. Ce village, situé à l'extrémité du diocèse, est Ors. On trouve aux archives communales du Cateau, HH. 5, des «actes passés devant le mayeur et échevins et autres pièces concernant la commune d'Ors».

L. a. s., pliée, A.S.S., pièce 233 (cf. aussi copie Levesque, pièces 231-232).

1. La présence de Chantérac à Paris à cette date confirme la sûreté de l'information du P. Léonard: «On m'assura dans le mois d'août 1701 que l'agent de ce prélat qu'il avait à Rome, était à Paris. C'est M. de Chantérac son parent. Il y a des gens qui n'osaient le voir en cette ville, crainte de se faire des affaires avec celui de Paris etc. (Thu.)» (A.N., L. 7291, pièce 37).

Madeleine-Françoise-Geneviève de Beaumont était la fille d'Henri de Beaumont de Gibaud, maréchal de camp, et de Marie, soeur consanguine de

Brouillon autographe, A.S.S., pièce 6450. Le début manque; nombreuses ratures. Ce projet de lettre au Pape est à rapprocher de celui du 8 mars 1701.

A MAIGNART DE BERNIÈRES

L. a. s., pliée, B.N., nouv. acq. fr. 24146, ff. 17-18.

747.

ler septembre 1701.

747 A. L'ABBÉ DE CHANTÉRAC A FÉNELON

ler septembre 1701.

Au PAPE CLÉMENT XI

[Septembre 1701].

140 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 1er septembre 1701

Fénelon. Avant-dernière de leurs huit filles, elle dut naître vers septembre 1669 (B.N., Nouveau d'Hozier 32, n° 638), quatre ans après son frère Léon, destinataire de la présente lettre (cf. supra, t. III, p. 41). Elle fut quelques mois mariée au neveu à la mode de Bretagne de Mme de Maintenon, Henri-Benjamin de Valois, dit le marquis de Mursay, colonel des dragons de la feue Reine et cadet de Mme de Caylus, né en 1670, tué à Steinkerque le 3 août 1692 (cf. supra, lettre du 12 décembre 1685, n. 3, t. III, p. 47). Elle était encore veuve le 5 février 1696 (succession d'Henri de Beaumont, Nouveau d'Hozier, ibid. ; cf. MEURGEY DE TUPIGNY, Armorial de la Généralité de Paris, Mâcon, 1965, t. I, p. 36). A en croire Saint-Simon, elle eut alors un rôle analogue à celui que la Bulle Unigenitus permit à Mme de Tencin de jouer: «Déjà veuve à peine mariée, sans enfants et sans biens, elle avait une figure aimable, l'air et le goût du monde, un manège infini et beaucoup d'intrigue... elle fit pour M. de Cambrai et son petit troupeau... le même personnage que l'ambition du frère et de la soeur fit faire à» Mme de Tencin «pour la Constitution. La veuve dont je parle avait trouvé ainsi le moyen de rassembler chez elle bonne compagnie... Elle était les délices et la vénération de toute cette petite Eglise et le ralliement de tout ce qui y tenait. C'était là où se tenait le conseil secret; et comme il s'y joignit souvent d'autre, bonne compagnie, sa maison était devenue un petit tribunal qui ne laissait pas d'être compté dans Paris. Tout cela flattait sa vanité, l'amusait et l'occupait agréablement, avec ce talent de s'attirer du monde avec choix et de soutenir cet abord par la bonne chère» (BotsusLE, t. XXXVII, pp. 265 sqq.). Les services de son premier mari lui avaient bien valu une pension de mille écus, mais elle avait peine à en obtenir le paiement (ibid., p. 267 n.). De son mariage avec Adrien-Pierre de Chevry naquit Adrien-François-Pierre, survivancier de la charge de son père en 1707. De nouveau veuve en 1712, elle obtint la garde noble de ce fils et, pour la conserver, elle conclut en 1716 ou 1717 un mariage secret avec René de Cordouan, marquis de la Noue. Son fils étant mort, elle déclara ce mariage, mais disparut elle-même en juillet 1720 (B.N., P O. 748, n° 17039, ff. 18-20 — DANGEAU, t. XVIII, pp. 320 sq., cf. BOISLISLE, t. XXXVII, p. 266).

Que la situation de fortune de Mme de Chevry se fût beaucoup améliorée à la fin de sa vie est prouvé par l'offre que fit la comtesse de Soissons de lui vendre la terre de Marennes pour 240 000 livres: il semble que seule la mort de la comtesse le 14 novembre 1717 ait fait échouer ce projet (BotsusLE, t.

X, p. 567, n. 5 — Mémoire de la Société de Saintonge, t. XIX, 1891, p. 353): le nom de l'intermédiaire, M. de Chantérac, semble exclure une homonymie.

2. Achille III de Harlay (cf. supra, t. III, p. 285) auquel Fénelon avait déjà écrit le 12 août 1695 (cf. supra, t. V, p. 43) et auquel il s'adressera de nouveau le 14 mars 1702 lors de son procès contre M. de Saint-Omer.

3. «Bureau, table sur laquelle le rapporteur met les pièces d'un procès qu'il rapporte: c'est en ce sens qu'on dit... qu'il a mis un procès sur le bureau... pour dire qu'il en a entamé le rapport. On demande le bureau par placets aux Présidents» (FuRETIÈRE).

4. Preuve des ménagements que les premiers personnages de l'Etat conservaient pour Fénelon alors même que sa disgrâce était le plus éclatante.

5. Né le 3 octobre 1675, Jean-Baptiste Voille de la Garde, avocat en Parlement, conseiller à la 5e chambre des enquêtes (MEURGEY, Armorial, t. II), puis au Grand Conseil par provisions du 29 novembre 1697, enregistrées le ler septembre 1701 COMMENTAIRE 141

4 janvier suivant, fut pourvu le 6 mars 1706 d'une charge de maître des requêtes, enregistrée au Grand Conseil le 15 avril 1706 (Fr. BLUCHE, Les Magistrats du Grand Conseil au XVIIIe siècle, 1690-1791, Paris, 1966, p. 146).

Un placard imprimé donnant la liste des membres du Grand Conseil sous M. de Verthamon premier président (B.N., n. acq. fr. 773, f. 110) porte: «M. l'abbé de la Garde, conseiller du semestre d'été», ce qui a été annoté «Bien» à l'usage du cardinal de Bouillon (cf. infra, lettre du 26 décembre 1705, n. 20).

Sa qualité de maître des requêtes porte à lui appliquer la note (Dossiers bleus 304, dossier 7688): «N. de la Garde, maître des requêtes, loge avec son père, secrétaire du Roi et fermier général demeurant rue Sie-Anne, butte St-Roch». L'Addition aux Mémoires de Sourches du 28 juillet 1705 (t. IX, p. 314 n.) a le tort de le croire fils d'un commis de Colbert (et donc frère de Jean-François, premier commis de Desmarets, cf. B.N., Cabinet d'Hozier 87, n° 2271) qui se nommait Charmolue de La Garde, mais elle précise qu'il était «aumônier de Madame, quoiqu'il ne fût pas prêtre», et que si son frère, exempt (SouRcHEs, t. III, p. 336), puis lieutenant au régiment des gardes, eut le 28 juillet 1705 la permission d'y acheter une compagnie «quoiqu'il ne fût pas le plus ancien de ceux qui le demandaient», c'est qu'il avait trouvé «de la protection à la Cour», et surtout celle du duc de La Rochefoucauld (ibid., t. IX, p. 314 n.). Le capitaine aux gardes était mort le 2 juin 1706 (DANGEAU, t. XI, p. 120 — SOURCHES, t. X, pp. 86, 89, 94, 119) et Jean-Baptiste Voille de la Garde devint sans doute secrétaire des commandements de Madame (ibid., t. XIII, p. 384).

Les propos de Chantérac trouvent ainsi une pleine confirmation. On connaît d'ailleurs l'attitude courageuse de François VII de La Rochefoucauld lors de l'arrivée du bref condamnant les Maximes des Saints (cf. supra, lettre de Chantérac du 11 avril 1699, n. 13). Il écrira en août 1712 à l'archevêque lors de la mort de son petit-fils à Cambrai (voir la lettre au marquis de Fénelon du 14 août 1712). Ces bonnes relations s'expliquaient par une alliance assez proche: la mère du duc, Andrée de Vivonne, dame de la Châteigneraye (t 1670), était fille du grand-oncle de Catherine de Montberon (1622-1650), elle-même marraine en 1644 de François VII, et femme en 1647 du marquis Antoine de Fénelon-Magnac, oncle et tuteur du futur archevêque.

6. «On met deux ou trois consignations entre les mains du Beuvetier, pour faire juger un procès de grands Commissaires. Chaque consignation est de quatorze écus et demi pour chaque heure de vacation» (FuRETIÈRE).

7. Il devait s'agir d'un procès de Chantérac, doyen commendataire de Carennac, contre certains moines de ce prieuré.

8. Les soeurs de Gabriel de Chantérac qui s'occupaient en son absence de son prieuré étaient Anne de Chantérac et Elisabeth, dame de l'Hôpital. Les 23 et 24 juin 1703, tous trois se désignèrent comme légataires universels à titre de réciprocité (voir notre t. I, pp. 42 sq.). Elles avaient sans doute été insultées par les moines opposés à la stricte observance dont le chef paraît avoir été le sacristain Jean Lassignac («le fameux Lachiniac» de la lettre de Chantérac du 25 octobre 1698, n. 4).

9. Le duc de Chevreuse, gouverneur de Guyenne, n'avait évidemment pas grand pouvoir dans une province où il n'avait jamais résidé. «Ces provinces» sont les pays composant la vaste Guyenne: Bordelais, Bazadais, Agenais,

142 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 septembre 1701

Quercy, Rouergue et Périgord. L'intendant en était alors Louis Bazin de Bezons (mars 1686-1702).

10. Cette lettre de Chantérac semble la seule conservée pour la période 1700-1715; mais, vivant constamment à Cambrai, Chantérac ne dut plus écrire souvent à l'archevêque.

748. A LA COMTESSE DE MONTBERON

7 septembre 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 222-223. Porte le n° 29.

1. Nom découpé qui, d'après le nombre de lettres, paraît Oisy.

2. Mélange de souvenirs pittoresques et d'avis spirituels.

3. Cf. supra, lettre du 28 août 1701, n. 2.

4. Initiale (non découpée) de «Montberon».

5. II Cor. XI, 4.

748 bis. L'ABBÉ DE BEAUMONT A L'ABBÉ DE LANGERON

7 septembre 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., pièce 223.

1. Voir sur la duchesse d'Arenberg, supra, lettre du 7 mai 1701, n. 1.

2. On verra à la fin de la lettre les raisons de cette détermination.

Il semble bien s'agir d'Audigier qui écrivit au cardinal de Bouillon le 19 novembre 1701 et auquel Fr. André, ex-provincial des Carmes, adressa le 16 août 1704 une lettre conservée dans les papiers Bouillon des Archives Nationales (Cabinet historique, t. 16, p. 119 — cf. B.N., f Clairambault, t. 1059,

f. 221).

3. Fénelon écrira le 21 septembre 1701 au chanoine Robert : «J'ai vu depuis peu le P. Capucin votre oncle». On sait que le confesseur et prédicateur de la duchesse, à Enghien, était, le 22 janvier 1699, le P. Ange de Mons: or, on reprochera le 13 octobre 1723 à celui-ci d'appartenir à la famille qui avait accueilli A. Arnauld dans cette ville. Nous ne pouvons pourtant l'identifier ni à Nicolas (né en 1624) ni à Ambroise Robert (né en 1632) (E. JACQUES, Rev. Hist. eccl.., 1978, p. 27, n. 1). Profès en 1675, prédicateur, il fut gardien d'Enghien (1689-1691), de Mons (1704-1707), d'Enghien (1708-1710), de Mons (1711-1714), d'Enghien (1714-1716), d'Ath (1720-1721 etc.). Les chapitres l'éliront 2e définiteur (2 mai 1704), 3e définiteur (13 mai 1707), 2e définiteur (30 août 1708), 1" définiteur (8 mai 1710), vicaire provincial (26 août 1711), 1" définiteur (5 mai 1713), 2e définiteur (31 août 1714). Provincial le 8 mai 1716, il fut réélu le 9 avril 1717. Premier définiteur le 26 avril 1720, il redevient provincial le 29 août 1721 et le 23 avril 1723. Il mourut à Mons le 3 octobre 1727 (HILDEBRAND DE HOOGLEEDE, De Kapucijnen in de Nederlanden en het Prinsbisdom Luik, Anvers, 1945 sqq., t. II, pp. 156 sq., 164, 7 septembre 1701 COMMENTAIRE 143

168, 177 sq., t. III, pp. 88, 91 sq., 294 sq., t. IV, p. 52, t. VI, p. 534, t. VIII, passim). Cf. infra, lettres des 22 février 1702 et 24 mars 1704, n. 1.

4. Beau-père de Barbezieux et dont la femme correspondait avec Fénelon (cf. tables des volumes précédents et en particulier la lettre de février 1699), ce qui ne l'empêchait pas d'écrire aussi à Quesnel, Ruth d'Ans et P. de La Broue (J.A.G. TANS, P Quesnel et les Pays-Bas, Groningue, 1960, pp. 189, 191).

5. Est-ce Pierre Collot, licencié le 15 février 1700 avec le 66e rang, docteur le 14 novembre 1702 (A.S.S., ms. 786, Ordo licentiatorum 1373-1786, p. 110, et Nomina et ordo, liste de 1712, p. 33, n° 845)? Le 2 février 1712 (n. 13) Fénelon reprochera à Noailles de n'avoir «jamais voulu laisser venir travailler ici M. Collot qui avait fait tous ses actes à mes dépens». Un Collot, ancien professeur au collège Du Plessis-Sorbonne, fonda en 1755 et 1758 douze prix devant être annuellement attribués par l'Université de Paris (table de la Gazette de France, t. II, col. 54).

6. Jean-Baptiste de La Landelle, dit l'abbé de Saint-Remy, gentilhomme breton né en 1666; entré dans la Compagnie de Jésus, il fut professeur au collège de Moulins, et Boileau, à qui il avait envoyé une traduction latine de son Ode sur la prise de Namur, inséra aussitôt à la fin de l'édition de ses Œuvres diverses de 1694 (t. II) cette pièce du «célèbre jésuite». Mais il sortit de la Compagnie en 1695 et fut secrétaire du comte Gabriel de Briord, ambassadeur à La Haye, de mars 1700 à avril 1701 (cf. la table de BOISLISLE). Il en profita pour publier dans cette ville un Mémoire de ce qui s'est passé de plus mémorable en France depuis l'établissement de la monarchie jusqu'à présent, t. I, La Haye, 1701, in-12 de 360 p., et une préface de 23 pages à l'édition Moetjens de Télémaque où il prend le parti de Fénelon contre Bossuet, sans cependant satisfaire pleinement le premier (cf. infra, lettre à Langeron du 18 septembre 1701, n. 4 — Aventures de Télémaque, éd. A. CAHEN, Paris, 1920, t. I, pp. LV sq., CVII, CXIII — LEDIEU, t. I, p. 185).

C'est grâce aux amis de l'archevêque qu'il put entrer au service des Arenberg à la fin de 1701, cf. infra, lettres des 8 et 11 octobre, 6 novembre 1701, 16 et 19 mai 1702). 11 y resta après avoir achevé l'éducation du jeune duc, comme le prouve une lettre qu'il adressa le 8 mars 1709 de Bruxelles au secrétaire de Fénelon, Des Anges: il y passe commande de toile de Cambrai pour la princesse d'Auvergne, soeur de son ancien élève. En échange, ajoute-t-il, «je vous ai mandé le succès de votre affaire qui est allé au gré de votre bailli; quand il vous plaira, nous entreprendrons le second article de votre instruction. Je crois qu'il n'y a point de temps à perdre, parce que nous pourrions bientôt aller nous établir à Malines, où nous avons enfin droit de plaider malgré le Conseil d'Etat». Il manifeste enfin sa reconnaissance envers l'auteur de la présente lettre: «On m'a dit ici que M. l'abbé de Beaumont allait être doyen du chapitre. J'en ai une véritable joie. Que n'a-t-il autant de fortune que je lui en souhaite et qu'il en mérite!» Et il termine en indiquant les «boîtes aux lettres»: les libraires Foppens à Bruxelles et Henry à Valenciennes (A.D. Nord, 3 G. 1163). Après la paix, Fénelon écrira le 10 avril 1713 à son neveu le marquis: «M. l'abbé de S. Remi que tu connais et que» le P. Lallemant ou le P. Le Tellier «connaît bien aussi. Cet abbé espère quelque grâce du Roi. J'ai peur qu'il ne se flatte; mais enfin je ne puis lui

144 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 septembre 1701 13 septembre 1701 COMMENTAIRE 145

quelque grâce du Roi. J'ai peur qu'il ne se flatte; mais enfin je ne puis lui refuser mes faibles offices en considération du commerce obligeant qu'il a eu avec moi en ce pays-ci» (0.E, t. VII, p. 460). sa mère pour l'empêcher de porter les armes à l'âge de vingt ans (cf. infra, la lettre du 12 février 1706 de Fénelon à celle-ci).

7. Les écrits de l'abbé de Saint-Remy et plus encore ses activités à La Haye le rendaient en effet particulièrement propre à ce rôle. 5. Conseils dictés par la connaissance que Fénelon avait acquise l'année précédente (cf. supra, lettre du 15 août 1700) du caractère de son jeune cousin.

8. Audigier était «fort passionné contre la compagnie des Jésuites» (cf. infra, lettre du 6 novembre 1701) et surtout la duchesse elle-même avait pour confesseur le P. Ange Robert (cf. ci-dessus n. 3). 6. La position d'Henri-Joseph à l'égard de son beau-fils était d'autant plus délicate que l'un et l'autre dépendaient entièrement de la fortune de Mme de Fénelon: cf. supra, t. I, p. 84, t. III, p. 452.

9. L'absence prolongée de Chantérac (cf. infra, lettre du 18 septembre 1701), le départ de Beaumont pour Paris et les visites de l'archevêque laissaient seuls ses jeunes petits-neveux, fils de François III. Dans sa lettre écrite de Valenciennes le 5 mai 1702, Fénelon parlera aussi des «matous minets». 7. La bernardine de Tulle; cf. supra, la lettre du 4 janvier 1698, n. 20, et infra, lettre du 6 novembre 1701, n. 5.

751. A MAIGNART DE BERNIÈRES

13 septembre 1701.

749. A LA COMTESSE DE MONTBERON

9 septembre 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 224-225. Porte le n° 30.

1. «La bonne compagnie» doit désigner la haute société qui affluait à Valenciennes quand les cérémonies religieuses étaient terminées.

2. Mme d'Oisy.

3. Prov. XXXI, 10-31. Fénelon applique ce fameux portrait à Mme de Souastre.

Il manque les n° 31 et 32 qui devaient s'insérer ici dans la série des lettres à Mme de Montberon.

750. A LA COMTESSE DE FÉNELON

L. a. s., pliée, A.S.S., t. III, ff. 99-100. Fénelon a écrit dans le haut du f. 100v° «Mad. de Fenelon» à l'intention du secrétaire qui rédigerait l'adresse.

1. Sa cousine et belle-soeur lui avait rendu quelques jours plus tôt visite au Cateau-Cambrésis, comme le prouve la mention des archives de la ville à la date du 30 août 1701: «24 pots de vin présentés à Mme de Fénelon, soeur de Monseigneur, pour la première fois qu'elle vint au Câteau» (A. M., CC. 7, cf. XVII' Siècle, 1951-1952,p. 309).

2. Cf. supra, lettre à Bernières du 17 juillet 1701, n. 2.

3. Voir sur les séjours à Cambrai du jeune marquis de Laval, supra, la lettre du 15 août 1700 et infra, App. La Famille de Fénelon.

4. Dans sa lettre du 15 août 1700, Fénelon supposait que le marquis, alors âgé de quatorze ans, entrerait l'année suivante à l'académie. Ici il semble hésiter, sans doute à cause des «bonnes raisons» qu'invoquera encore

L. a. s., acquise par la B.M. de Cambrai à la vente de MM. Le Roux et Mathias, Nouveau Drouot, 29-30 octobre 1981 (expert: M. Bodin), n° 271. Elle avait été publiée en partie, avec la date de 1708, dans le Catalogue Degrange, 7 (cf. Rev. Hist. Litt. Fr., 1930, p. 137).

1. Cf. supra, lettre du 28 août 1701.

2. Encore, en surcharge.

3. L'assemblée du clergé de la Flandre gallicane avait donc eu lieu à Cambrai et Fénelon avait aussi rencontré récemment Bernières au Quesnoy pour traiter du Hainaut.

4. Ce qui, barré.

L. a., non signée, pliée. Traces de cachet, A.S.S., t. V, f. 98. Suscription d'une autre main: «A Monsieur / Monsieur l'Abbé de Langeron / Rue Taranne / chez Madame de / Kergret / à Paris».

1. Les deux lignes de cette lettre qui concernent Bullot ont été omises par Gosselin: il était sans doute incapable de l'identifier. Cependant il sera question de lui dans les lettres du 16 mai 1702 («pour nous faire payer de nos débiteurs») et du 30 mars 1704 (au sujet d'un procès avec quelques officiers des Eaux et Forêts). Or il existait à Bergues (près de Dunkerque) deux avocats du nom de Bulloot, Pierre et Louis-Ignace (BOREL D'HAUTERIVE, Armorial de la Flandre, du Hainaut et du Cambrésis. t. I. pp. 200 et 204, n° 106 et 155).

2. Et surtout suivant celle de Chantérac lui-même en date du ler septembre 1701.

3. «Me blesse le coeur» rayé.

4. Fénelon a rayé ici «Bullot vous dira de nos nouvelles» qui fait double emploi avec la n. 1.

752. A L'ABBÉ DE LANGERON

18 septembre 1701.

10 septembre 1701.

146 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 septembre 1701

21 septembre 1701 COMMENTAIRE 147

5. Fénelon cite de mémoire: «M. de Cambrai... s'est mis dans la tête le dessein de soutenir l'amour pur et désintéressé, tel que plusieurs Contemplatifs l'ont enseigné, et tel qu'il ne subsiste que dans l'imagination échauffée de quelques dévots de profession... Cette idée, sans doute, est belle et digne de la grandeur de Dieu, qui mérite d'être servi pour lui-même, sans aucune vue d'intérêt. C'est dommage que la nature de l'homme soit trop faible pour atteindre à une si haute perfection et que l'amour-propre soit toujours la base et le motif de toutes vertus» (éd. A. Moetjens, La Haye, 1701, p. VII).

Bien que sa préface de l'édition Moetjens ait paru plus «sceptique» que «mystique», Bossuet en était beaucoup plus mécontent. Le 26 mars 1701 il la considérait comme «un éloge de M. de Cambrai et un blâme de M. de Meaux que l'on accuse d'avoir trop poussé ce prélat dans l'affaire... des Maximes des saints... Il paraît la mépriser fort et s'éloigner du dessein d'y faire aucune réponse, quoiqu'il avoue qu'elle est bien écrite et tournée avec beaucoup d'artifice et de malignité et, comme il estime, de la façon d'un protestant» (LEDIEU, t. I p. 185, cf. pp. 14-15). C'est que Saint-Remy «prenait occasion du rapport fait par Bossuet... à l'assemblée du clergé... pour rappeler... les controverses des deux prélats... En témoignant son admiration pour la soumission sans réserve de l'archevêque de Cambrai... il prête à Bossuet des motifs et des sentiments de jalousie... par un excès de crédulité ou de malignité» (0.F., t. I, p. 118, n. 17). Mais «il fait également remarquer les bévues grossières où étaient tombés Gueudeville et Faydit, et le peu de cas qu'on faisait déjà de leurs critiques» et il illustre ses dires par deux épigrammes mordantes dont nous lui devons la connaissance. Et contre l'auteur plus judicieux des Six lettres (30 novembre 1699 - 16 février 1700) il soutient que le « Télémaque a toute la perfection qu'on peut demander» (ibid., t. I, p. 140, n. 61 et n. 62).

6. La duchesse de Mortemart se rendait souvent à Saint-Denis où sa fille Louise-Angélique (31 décembre 1684 - 7 décembre 1715) avait fait profession chez les religieuses de la Visitation.

7. Il a été récemment question (cf. supra, lettre du 1" juillet 1700, n. 23) de projets de mariage pour le jeune duc de Mortemart. Mais, à cette date, il se trouvait sans doute à l'armée.

8. Sur Charlotte Andrault de Langeron et ses fonctions à l'hôtel de Condé, cf. supra, t. III, pp. 36 sq.

9. L'abbé de Beaumont.

AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

21 septembre 1701.

Copie, Bruxelles, Archives générales du Royaume, Archives jésuitiques, Province Flandro-belge, n° 1515 — éd. par Em. JACQUES, Rev. d'Hist. eccL, t. LXXIII, 1978, p. 25.

1. Philippe-Charles Robert, écuyer, était né à Mons de Charles Robert et de Marie-Maximilienne de Decker. Il y avait reçu le baptême le 1" décembre 1664. Son père et sa mère appartenaient à des familles bourgeoises où prédominaient les hommes de loi et les ecclésiastiques. Son père, licencié en droit, conseiller en la Cour souveraine de Hainaut depuis 1664, en était devenu premier conseiller (ou président) en 1685. Il prenait le titre d'écuyer et la cour de Hainaut l'avait créé homme de fief. Lui et ses deux frères avaient été la même année échevins à Mons. Philippe-Charles était le troisième de huit enfants; il étudia au collège de Houdain. Antoine Arnauld, auquel Charles Robert accorda l'hospitalité, s'intéressa à ses études et apprit au début de 1681 avec joie que Philippe-Charles se destinait à l'Eglise; il souhaitait qu'il se «mît entre les mains» de François Picquery, oratorien de Mons (cf. infra, lettre du 23 février 1703, n. S). Le jeune homme s'était inscrit au collège du Château de Louvain en janvier 1682: cela ne l'empêcha pas d'aller saluer A. Arnauld, alors réfugié à Bruxelles, et de rencontrer son compagnon, le P. Quesnel. En 1688 il se rendit à Paris où il fréquenta les amis de Port-Royal. Ceux-ci lui adressaient en octobre 1689 leurs condoléances à l'occasion de la mort de son père. S'il ne retira alors que fort peu de sa succession, il disposait, au moins depuis 1684, d'un canonicat à la collégiale Saint-Pierre à Leuze: il était allié au doyen du chapitre et bien vu de la famille d'Arenberg qui y disposait du droit de nomination. Au printemps 1691, Mons passa aux mains des Français et le chanoine Robert profita de ses relations avec Antoine Arnauld pour se faire présenter au neveu de ce dernier, le ministre Pomponne (mai-juin 1692): à la fin de la même année, Philippe-Charles séjourna de nouveau à Paris et fut sans doute reçu par celui-ci. Antoine Arnauld étant mort, le chanoine Robert adressa le 13 août 1694 à Quesnel une protestation d'indéfectible attachement. Cela ne le disposait pas à apprécier les idées de Fénelon. D'une lettre écrite à Quesnel (que nous citons sous le n° 753 bis) il résulte qu'il avait «témoigné... à Cambrai... à un des régents du séminaire... qu'il ne répond point par là à ce qu'on lui avait objecté, et la lecture que j'avais faite récemment de la Défense de l'Eglise romaine [publiée par Quesnel en 1696] me fournit aussi des preuves convaincantes que ce que disait notre prélat était faux. Plus je lis ses ouvrages et moins j'approche de ses sentiments». Sur l'oraison de simple présence de Dieu, «il ne lui est... jamais avantageux ni honorable de s'opposer à» la Réfutation... des quiétistes par Nicole. «M. de Cambrai ne manquera pas de profiter de tout ce qu'il trouvera de favorable dans les livres de ses adversaires... Je suis... surpris que ceux qui l'attaquent ne viennent pas à ce qu'il croit le plus fort comme est la gratuité des promesses, la liberté de Dieu à anéantir l'âme, etc. » Le 18 novembre 1702, le chanoine Robert reprochera encore à Fénelon de ne pas condamner un livre du récollet Saladin qu'il jugeait laxiste: «Il est d'une politique difficile à pénétrer; au moins, je n'y comprends rien». Et cependant nous possédons une trentaine de lettres (celle-ci est la première, et la dernière est datée du 25 octobre 1704) «dans lesquelles l'archevêque adresse à Philippe-Charles Robert des témoignages d'amitié qui ne se comprendraient pas si ce sentiment n'avait pas été réciproque» (cette notice est un résumé de l'excellent article de M. Emile JACQUES, «Un chanoine belge ami de Port-Royal et collaborateur de Fénelon : Philippe-Charles Robert », Revue d'Hist. eccL, t. LXXIII, 1978, n° 1, pp. 5-24). Il n'est pas sûr que ce soit à lui que Fénelon faisait allusion dans sa lettre du 30 novembre 1699, n. 39.

2. Il s'agit des ordinations des Quatre-Temps de septembre, et de l'exécution de la Déclaration sur la nouvelle capitation du 17 mars 1701, cf. infra,

753.

148 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Septembre 1701

27 septembre 1701 COMMENTAIRE 149

lettres des 9 décembre 1701 (n. 2), 18 décembre 1701 (n. 5). Fénelon écrira le 28 septembre 1701: «La capitation ecclésiastique... me tient ici depuis six semaines ».

3. Ce passage confirme l'autorité que le marquis de Bedmar (cf. sur lui la lettre de la mi-septembre 1699, n. 3) exerçait dans tous les domaines, surtout depuis qu'il n'avait plus à la partager avec l'Electeur de Bavière (23 mars 1701). Avec le titre de gouverneur général des armes, il était en fait gouverneur intérimaire.

4. L'abbaye du Val des Ecoliers, composée de chanoines réguliers de saint Augustin réunis à la congrégation de Sainte-Geneviève de Paris, avait pour origine un prieuré établi à Valenciennes vers 1250 par Marguerite de Constantinople, et transféré à Mons en 1252. L'archiduc Albert l'érigea en abbaye en 1617. Cf. Gonzales DECAMPS, Notre-Dame du Val des Ecoliers, Mons, 1885 — P. FAIDER et H. DELANNEY, Mons, Mons-Frameries, 1928, p. 94.

5. La demande semble même venue un peu trop tard. Sans doute l'abbé précédent, Guillaume Baesbancq, abbé depuis 1679, n'était-il mort que le 28 août 1701; mais, dès le 16 septembre 1701, les moines avaient élu Bernard de Heest, originaire de Mons, d'une famille alliée aux maisons nobles des Galopin, de Behault, de Boussu etc. Il était profès depuis trente-sept ans, prêtre depuis trente-deux, curé depuis vingt de la Ferté-Loupière (diocèse de Sens). Son évêque l'aurait recommandé à Fénelon. Philippe V confirma l'élection par des lettres patentes données à Barcelone le 8 janvier 1702 et Fénelon bénit l'abbé à Saint-Ghislain le 25 mai 1702 (cf. infra, sa lettre du 19 mai 1702). De Heest prit séance aux Etats de Hainaut le 6 février 1703 et eut de multiples activités jusqu'à sa mort le 1" mars 1731 à environ quatre-vingt-quatre ans (G. DECAMPS, pp. 139-145).

6. Voir sur le P. Angelus de Mons, supra, la lettre de Beaumont du 7 septembre 1701, n. 3.

753 bis. LE CHANOINE PH.-CH. ROBERT A P. QUESNEL

Entre 1696 et 1703.

Copie, Bruxelles, Arch. gén. du Royaume, Archives jésuitiques, Prov. Flandro-belge, n° 1515. Publiée par E. JACQUES, Revue d'Histoire eccl., t. LXXIII, 1978, pp. 23-24.

754. A FRANÇOIS HÉBERT

27 septembre 1701.

Minute autographe signée, A.S.S., pièce 235. L'abbé de Langeron a écrit sous la date: «Réponse au curé de Versailles».

1. Nous avons rencontré la première fois le curé de Versailles, supra, t. II, p. 163, et l'évêque de Chartres supra, t. II, pp. 285 sqq.

2. Il est curieux que Fénelon parle ici de «ses parentes» de La Chasteigneraye et dans la lettre du 11 octobre 1701 à Beaumont d'une seule «Mlle de Châteigneraye».

Le nom de La Chasteigneraye est assez répandu dans l'Ouest de la France, mais nous n'avons pu trouver que dans deux cas des «demoiselles de La Chasteigneraye» parentes de Fénelon. Si l'alliance est en effet assez proche avec les Vivonne de La Chasteigneraye (cf. supra, lettre de Chantérac du 1" septembre 1701, n. 5), François VII de La Rochefoucauld était le dernier à avoir porté dans sa jeunesse le nom de cette terre, sortie ensuite de sa famille. En revanche, deux des branches des Chasteignier de La Rochepozay ont, jusque dans le courant du XVIIIe siècle, conservé le nom de La Chasteigneraye. Or, 1° dans la branche périgourdine de Lindois, détachée en 1550 de la célèbre branche poitevine, René Chasteignier, sieur de Lindois, avait épousé Claude de Salagnac, fille de Géraud de Rochefort, gouverneur du jeune Henri de Navarre. Ils furent les grands-parents de «Ponce» mort le 3 novembre 1684 après avoir abjuré, en laissant de Charlotte de Nesmond au moins trois filles qui ne semblent pas avoir été mariées : Marie (baptisée le 23 octobre 1660), Catherine (baptisée en 1663), Renée (1669-1729) (BEAUCHET-FILLEAU, Dictionnaire des famillles du Poitou, 2e éd., Poitiers, 1895, t. II, p. 280). L'aïeul commun des Salignac-Rochefort et des Fénelon était Raymond (qui vivait en 1446): six générations séparaient donc l'archevêque de ses cousines. En revanche Claude de Salagnac était plus proche de trois générations de Catherine de Salignac-Rochefort qui était devenue le 22 décembre 1650 belle-soeur de la mère de l'archevêque par son mariage avec Jean II de Saint-Abre (cf. supra, t. I, p. 39). 2° Dans la branche des marquis de Sainte-Foy, Méric-Melchior de Chasteignier de La Chasteigneraye avait épousé le 9 décembre 1637 Marquise de Gauléjac de Puicalvet. Leur fils aîné Arnauld-François, marié le 22 octobre 1662, eut neuf enfants, au nombre desquels pouvaient être en 1701 les «demoiselles» en question. Les Gauléjac étaient une branche cadette des Salignac-Fénelon, avec, pour ancêtre commun, Hélie II qui vivait au début du XVI* siècle. Il y avait donc quatre générations entre les filles d'Arnauld-François et notre archevêque (B.N., Dossiers bleus 174, s.v. Chasteigner, f. 40 — BEAUCHET-FILLEAU, t. II, p. 295). Pour la branche de Lindois à tout le moins, il s'agissait de nouvelles converties qui avaient ainsi un titre précis à la générosité royale.

3. Ce dernier paragraphe a donné beaucoup de mal à Fénelon. Après «de la religion» (en surcharge à la place «d'un évêque et d'un chrétien», premier jet rayé), il a barré le développement essentiel, de «Je prie Dieu» à «l'en persuader », que nous mettons entre parenthèses.

4. Etre doux et soup, rayé.

5. Cette lettre est exactement traduite dans la lettre de «Chantérac» à Gabrielli de la fin mai 1702, cf. n. 25.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

27 septembre 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 226-227. Porte le n° 33.

1. Nom découpé: Doisy.

2. Voir, sur les projets de mariage pour le marquis de Montberon, infra, lettres des 20 et 21 novembre 1701.

3. C'est sans doute l'affaire de la capitation qui empêcha l'archevêque de partir plus tôt pour Tournai, voyage dont il parlait déjà dans sa lettre du 9 septembre 1701. Cf. supra, lettre du 21 septembre 1701, n. 2.

4. Désignée le 9 septembre 1701 comme «la femme forte», Mme de Souastre le sera désormais aussi comme la «bonne pendule», expression associée d'une manière originale à la spiritualité du moment présent, essentielle dans toutes les lettres de direction de Fénelon.

Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

28 septembre 1701.

L. a. s., B.N., noue acq. fr.. 10586, ff. 1-2.

1. Fénelon fut le 27 mai 1700 parrain à Mons de P.C.B. Dumont, sieur de Gages et d'Aulnois, la marraine étant la duchesse de Croy et d'Havré (Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et des lettres de Hainaut, t. LXXXII, 1969, pp. 1-44). Il s'agissait sans doute d'un membre de la famille à laquelle appartenaient les fondateurs de l'Oratoire de Mons ainsi qu'une correspondante de M. de Pontchâteau, Agnès de Jésus, carmélite et amie de Port-Royal dont M. E. Jacques a publié les lettres inédites (ibid.). Cf. aussi Félix HACHEZ, «Adrien du Mont de Holdre et son histoire du Hainaut et de Mons», Annales... de Mons, t. XX, 1886-1887, pp. 287-323. Cependant le religieux dont parle cette lettre nous paraît d'une autre origine (cf. infra, n. 3).

Dans sa réponse à la lettre de Fénelon du 21 septembre 1701, le chanoine Robert avait donc recommandé ce Du Mont (cf. supra, lettre du 21 septembre 1701, n. 5).

2. Ferdinand-Gaston-Lamoral, duc de Croy, comte de Roeulx (1668-1720), fait chevalier de la Toison d'or par le roi d'Espagne en novembre 1687 (cf. DANGEAU, t. II, p. 61), écrivit le 23 octobre 1696 à Barbezieux au sujet de la démolition de Pignerol (Arch. Min. Guerre, Al 1379, pièce 104). Gouverneur d'Ath (DANGEAU, t. VI, p. 119), de Mons, puis Grand-Bailli du Hainaut du 23 ou 24 mars 1698 jusqu'à la prise de Mons par les Hauts-Alliés le 20 octobre 1709 (G.J. de Boussu, p. 100). Il était grand d'Espagne depuis le 29 janvier 1705 (DANGEAU, t. X, p. 242). Il n'est pas étonnant qu'il ait été en bons termes avec les Du Mont et les Robert, puisqu'une lettre de Ruth d'Ans du 1" janvier 1694 le montre favorable aux jansénistes (cf. E. JACQUES, Revue d'Hist. eccl., t. LXXII, 1978, p. 26 n.) et Quesnel écrira le 4 octobre 1701 COMMENTAIRE 151

16 avril 1704 à Mlle de Joncoux: «M. le C. de Reulx, gouverneur de Mons, fort de mes amis, m'a fait dire...» (B.N., ms. fr. 19731, f. 70r°).

3. L'identification ressort sans aucun doute de l'attestation donnée en janvier 1709 par Fénelon (en vue de la succession du chanoine Antoine d'Or) à «Claudius Du Mont, regularis clericus ordinis sancti Augustini, vir nobilis, in comitatu Burgundiae natus, dum comitatus ille ad Hispanum regem pertineret; postea vero cum fratre bellica laude claro in Belgium commigravit, ubi cum incredibili fructu et labore missionibus prfuit, nunc demum in ampla sanct2e Magdalenae parochia Cameracensis civitatis pastor vigilantissimus, gregi regendo jam circiter a septem annis totum incumbit ». Ne pouvant le faire nommer abbé, Fénelon lui avait donc accordé aussitôt la cure de Sainte-Marie-Madeleine vacante depuis le 25 février 1701 par la mort d'AdrienFrançois Mazile. Si Du Mont ne devint pas chanoine, il eut le 7 avril 1715 la charge de doyen de chrétienté et vivait encore en 1716 (BoNTEmPs, p. 27).

4. Même s'il y avait fait profession, les rapports de Bernard de Heest avec le Val des Ecoliers étaient sans doute trop lâches pour qu'il fût considéré comme un «des sujets de la communauté».

5. Indication intéressante sur les déplacements de Fénelon. Voir sur la capitation, supra, lettre du 21 septembre 1701, n. 2.

Au MÊME

4 octobre 1701.

L. a. s., 2 pages in-8°, cachet de cire rouge. Texte connu partiellement grâce aux catalogues de vente Gabriel Thomas (Pierre Cornuau) des 26-28 mars 1936, n° 390, et Victor Degrange, n° 44, octobre 1937, n° 133.

1. Tel est le nom fourni par le catalogue. Alors que cette lettre ne mentionne que les plus hautes autorités de Bruxelles et du Hainaut, on ne rencontre nulle part de trace d'un M. de Sandon. Il faut d'autre part noter que la lecture de Cornuau est peu sûre. On se laissera donc guider par l'indication de la lettre du 28 septembre 1701, n. 3 sur «le séjour de M. Du Mont auprès de son frère qui commande à Courtrai». Cette indication n'avait de poids que si elle était confirmée par le représentant du roi d'Espagne dans la ville. Or, le gouverneur de Courtrai à cette date était précisément Charles-Joseph de Jauche (nom qu'un profane peut transcrire Sandon), comte de Mastaing, qui fut en outre «le dernier des intérimaires dans la fonction de grand-bailli du Hainaut entre 1681 et 1698» (Al. PINCHART, Histoire du Conseil souverain de Hainaut, Bruxelles, 1858, p. 147). Fénelon pouvait d'autant plus aisément s'adresser au gouverneur que celui-ci avait pour mère Marie-Françoise d'Estourmel, d'une famille avec laquelle l'archevêque eut, dès son arrivée à Cambrai, de fréquents rapports (cf. supra, lettre de Chantérac du 1" mars 1698, n. 20). Son père était Jean-François de Jauche Mastaing, général des armées de S.M. catholique, gouverneur de Binche et de Courtrai, marié en 1638. Charles-Joseph lui-même épousa le 25 mai 1680 Marie-Françoise de Chastelar, née le 11 novembre 1648, morte le 3 avril 1681, puis Eléonore de Gand Villain, dont il eut une fille. Il était donc le gendre de Balthasar-

755.

756.

757.

152 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 octobre 1701

Philippe de Gand, prince d'Isenghien, et c'est peut-être sa fille Marie-Félicité de Jauche-Mastaing qui épousa Joachim-Maximilien de Mérode, marquis de Deynze (1697-1740). Dès le XVe siècle, les Jauche-Mastaing étaient d'ailleurs alliés aux plus grandes familles de Belgique (Ch. POPLIMONT, La Belgique héraldique, Bruxelles, 1863-1867, passim).

2. Fénelon avait certainement de la sympathie pour Dugué de Bagnols, représentant de Louis XIV à Bruxelles, et il oubliait généralement qu'il avait été élevé à Port-Royal (cf. infra, la lettre à Beauvillier du 22 juin 1702, n. 2).

758. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

8 octobre 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, ff. 101-102.

1. L'expression plaisante, reprise à la fin de la lettre, semble faire allusion à l'époque où les deux correspondants enseignaient le latin aux jeunes princes. Mais il doit s'agir du choix d'un précepteur pour la famille d'Arenberg: malgré les objections de Beaumont, Fénelon ne peut pas s'opposer à la candidature de l'abbé de Saint-Remy (cf. sur lui et sur la duchesse d'Arenberg, supra, lettres des 7 et 18 septembre 1701).

2. Clerfay, en Hainaut, est une terre et seigneurie qui fut érigée en comté par lettres du roi d'Espagne du 30 mars 1686 en faveur de Nicolas de Croix de Drumez, chevalier, seigneur d'Orville (LA CHESNAYE DES BOIS, t. IV, pp. 588 et 855 — E. MATTHIEU, Biographie du Hainaut, Mons, 1902, t. I, p. 125 — CHASOT DE NANTIGNY, Tablettes historiques, généalogiques..., Paris, 1748, t. V, p. 2 sf, t. V, p. 212). La cure avait pour succursale son hameau d'Epignay (doyenné de Maubeuge) (BoNTEmPs). N'appartenait-elle pas à Guillaume de Melun-Espinoy, mis de Risbourg (t 1735)? En tout cas l' «amie» est évidemment la duchesse d'Arenberg.

3. La duchesse usait en effet d'un procédé « fort honnête» avec le «pédagogue» qu'elle avait renvoyé, Audigier (cf. sur lui, lettre du 7 septembre 1701, n. 2). «Le chapitre de Leuze (châtellenie d'Ath) est composé de vingt chanoines, les prébendes en sont à la nomination du seigneur d'Enghien [alors Arenberg]; elles valent 900 livres par an» (H. HASQUIN, p. 72). Cf. L. PETIT, «Histoire de la ville de Leuze» (Mém. et pub!. de la Soc. des sciences... du Hainaut, 4e s., t. 9, 1885-1887, pp. 243 sqq.).

4. La lettre à Langeron du 18 septembre 1701 reconnaît en effet que le Préfacier de Télémaque ne donnait pas les preuves d'une «piété fervente».

5. Voir sur M. Ludon, infra, lettre du 9 octobre 1701, n. 2.

6. Adrien-Pierre de Chevry (frère d'une demoiselle de Bunelle et ayant des cousins à Bayonne, cf. B.N., P O. 748, 17039, pièce 153) portait dans des quittances de rentes de l'Hôtel de Ville de 1681 et de 1683 le titre de capitaine lieutenant français des cent gardes suisses de Monsieur. Cependant l'Etat de la France de 1692 (1, p. 756) ne fait de lui qu'un «premier lieutenant français» avec un traitement de 500 livres. En revanche un Factum signifié le 9 mai 1706 le qualifie de «premier capitaine lieutenant français des gardes suisses du duc d'Orléans» (B.N., f° Fm3. 83, n° 3545 — P O. 748, 17039, f. 151r°, 153 — A.N., ZIA. 517, Etat de la maison d'Orléans). Une note du 8 octobre 1701 COMMENTAIRE 153

Cabinet d'Hozier assure que «ce Pierre de Chevri était un grand joueur, qui a amassé beaucoup de bien par la fortune de son jeu». D'autre part, il était «veuf sans enfants de N. de Catinat, proche parente» du maréchal. On peut donc penser que son remariage avec Mme de Mursay fut favorisé par les relations amicales de Fénelon avec la famille de sa première femme. Nous ignorons à quelle date il devint aveugle (B.N., Cabinet d'Hozier, t. 33, n° 797, f. 28 — f° Fm3 1724, p. 2 — lettre de Fénelon du 30 octobre 1710). En tout cas, Saint-Simon assure que la nièce du prélat «persuada à un vieil aveugle qui était riche et qui s'appelait Chevry de l'épouser pour avoir compagnie et charmer l'ennui de son état. Il y consentit et lui fit toutes sortes d'avantages. Il se flatta d'autant plus de mener avec elle une vie agréable qu'elle aimait le monde, le jeu, la parure, et néanmoins fort dévote, se disait-elle, et disaient ses amis... Chevry, presque aveugle quand il l'épousa, le devint bientôt après tout à fait. Il fut doux, bon homme, s'accommoda de tout, et quoique compté pour rien... il ennuyait fort sa femme et cette troupe d'amis» (BOIsLIsLE, t. XXXVII, p. 267); on trouvera une version complémentaire des faits dans les lettres de Fénelon (cf. en particulier celle du 30 octobre 1710). Un factum de son avocat Gaillard composé en 1707 jette une lumière indirecte sur les conditions d'existence du ménage Chevry: «L'arrêt du Parlement du 14 avril 1703 condamne Bonhomme, notaire au Châtelet, et par corps, à rendre au sieur de Chevry les 16000 tant de livres qu'il lui avait remis pour lever un office de nouvelle création d'Audiencier en la Chancellerie... Outre que, depuis vingt ans Bonhomme était son notaire ordinaire..., sa maison était toute bouleversée et remplie de maçons et d'autres ouvriers, et Mme sa femme était auprès de M. l'Archevêque de Cambray son oncle, et de plus il était aveugle. Dans cet état douloureux il a été obligé de continuer sa confiance à ce notaire» (B.N. f° Fm3. 1724, pp. 1-2).

7. Ce bon abbé est Chantérac, récemment venu de Paris à Cambrai.

759. A LA COMTESSE DE MONTBERON

8 octobre 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t, IX, f. 228. Numérotée n° 34.

1. Bien que le lieu soit omis, cette lettre est encore écrite de Cambrai. Il manque ici le n° 35.

760. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

9 octobre 1701.

Copie de la fin du XVIII* siècle, A.S.S., pièce 239. Inédite.

1. On, la duchesse d'Arenberg, cf. la lettre du 8 octobre 1701.

154 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 octobre 1701

2. Ludon ne peut guère être que Langeron lui-même auquel son séjour à Paris avait permis de bien connaître l'abbé de Saint-Remy. Delplanque fait dériver ce sobriquet de ludere; l'humeur facétieuse de Langeron justifiait ce badinage, renouvelé dans les lettres des 8, 19, 22 octobre, 4 novembre 1701.

3. Le beau-frère de Beaumont. Prononcé avec sympathie dans cette lettre et dans celles des 4 et 19 novembre 1701, son nom disparaîtra de la correspondance pendant une longue période. Les termes extrêmement durs de la lettre du 7 janvier 1709 permettent de deviner les raisons du changement de Fénelon.

761. Au MARQUIS DE LOUVILLE

10 octobre 1701.

Copie de l'original conservé par les descendants du marquis (A.N., 1 AP 526, pièce 34), communiquée à M. Gosselin par le comte Scipion du Roure, A.S.S., t. V, f. 100r°-v°. Elle donne le premier paragraphe (jusqu'à «Voilà, Monsieur, bien des précautions») et le dernier (depuis «Je vous ai proposé l'ordre à garder... ») qui manquaient dans les Mémoires de Louville, Paris, 1818, t. I, ch. 3. Voir, sur l'histoire des papiers de Louville, BOISLISLE, t. VIII, pp. 571 sq. — Marcel LANGLOIS, «Conseils de Fénelon à Philippe V (1700-1702) d'après les archives du château de Louville», Travaux de l'Académie des sciences morales, 12 juin 1938, t. XCVIII, pp. 481-523, surtout pp. 489 sq. Cf. aussi G. LIZERAND, Le duc de Beauvillier (1648-1714), table.

1. Charles-Auguste d'Allonville, marquis de Louville (1664 - 20 août 1731), fit de bonnes études et devint ensuite capitaine au régiment du Roi-infanterie. Des liaisons étroites avec le père de Saint-Simon et surtout avec le duc de Beauvillier (qui le dira le 10 novembre 1701 «son parent ») lui valurent d'être placé le 25 août 1690 auprès du duc d'Anjou en qualité de gentilhomme de la manche : il y réussit si bien que le prince lui garantit «son amitié pour quatre-vingts ans». Candidat de Beauvillier et de Torcy, il fut désigné pour accompagner le nouveau Roi avec Montviel (SouRcHEs, t. VI,

p. 337). Il fut alors pendant deux ans le favori de Philippe V dont il rédigeait les dépêches. Le 17 septembre 1701 il avait été déclaré gentilhomme de la chambre gouverneur des officiers français et aussi colonel (BoisusLE, t. VIII, p. 217 n., t. IX, p. 102, n. 4 — LIZERAND, p. 487).

2. C'est donc peu après leur installation à Madrid que Louville avait sollicité de Fénelon — avec lequel il avait travaillé sept ans — des conseils personnels et un plan de gouvernement, parallèles aux avis de Louis XIV (B.N., ms. fr. 10333, ff. 115-123) et aux mémoires que Beauvillier avait composés pour Philippe V avant le 3 décembre 1700 (LIZERAND, pp. 207-212 — M. LANGLOIS (cité supra), pp. 493-500).

3. Le 8 mars 1698 (n. 17) l'abbé de Chantérac avait parlé à Fénelon de rencontrer ses soeurs à Montazet. C'est que les Malvin, originaires de l'Albret où ils possédaient le fief de Lalanne, étaient passés en Agenais au XVIe siècle. Un des leurs s'y fixa par un mariage avec la fille du sieur de Montpezat et d'Aiguillon qui lui apporta le fief de Montazet. Ils essaimèrent en 10 octobre 1701 COMMENTAIRE 155

Guyenne et en Saintonge. En 1571, Geoffroy de Montazet s'allia à Jeanne de Salignac-Fénelon. Plus récemment, Charles de Malvin de Montazet avait

épousé le 19 juillet 1630 Léonor de Vassal de la Tourette de Montviel. Il en avait eu Geoffroy, baron de Quissac marié le 13 février 1665 à GallienneMarie de la Cropte de Chantérac, soeur de l'abbé (Armorial général d'HozIER, éd. DIDOT, V' rég., 2e p., pp. 27-30 — JOUGLA de MORENAS, Grand Armorial de la France, t. IV, 1975, p. 516 — Jules ANDRIEU, Bibliographie générale de l'Agenais, Agen, 1887, s.v. — Bull. de Saintonge et d'Aunis, t. X, 1890, p. 281 — Pierre MELLER, Armorial du Bordelais, 1906, t. III, s.v.).

Geoffroy avait pour frère Jean-Joseph, né en 1631, reçu chez les carmes chaussés le 24 août 1664 sous le nom d'André de Saint-Etienne. Profès en 1665, il était en 1674 second définiteur, en 1679 premier définiteur et occupa le provincialat de Gascogne de 1682 à 1685, de 1691 à 1694, et enfin de 1700 à 1703. Il ne devait mourir que le 12 juillet 1725 (Archives des Grands Carmes, Rome).

4. Cousin du précédent, Jacques de Vassal, marquis de Montviel, lieutenant au régiment du Roi en 1680, capitaine en 1684, commandant en 1696, prit part à un grand nombre des opérations militaires de l'époque. En raison de sa parenté avec Louville, Beauvillier le choisit le 5 juin 1698 comme nouveau gentilhomme de la manche du duc de Bourgogne. Il suivit Philippe V avec Louville dont il apparaît constamment comme l'alter ego. Après le voyage d'Italie, il revint définitivement en France, fut reçu par Louis XIV le 17 décembre 1702 et fait brigadier d'infanterie six jours plus tard. Nous le reverrons maréchal général des logis à l'armée de Flandres. Promu sur le tard lieutenant général (1734), il mourut à Paris le 19 septembre 1744, âgé de 85 ans. Cf. DANGEAU, t. VI, p. 24, t. VIII, p. 233 — SOURCHES, t. VII, pp. 383, 432 — BOISLISLE, t. V, p. 158, t. VII, p. 344, t. VIII, pp. 222 sq., t. X, pp. 445, 465, t. XVII, pp. 316 n., 320 — O'GILvY, Nobiliaire de Guyenne, Paris, 1858, p. 124 — PINARD, Chronologie historique militaire, t. V. pp. 117 sq.).

5. Charles de Montazet naquit vers 1670 et reçut le nom de marquis de Quissac. Il épousa le 7 février 1709 Jeanne-Françoise de Fontanges de Mau-mont, dont il eut le célèbre archevêque de Lyon (1713-1788) et dix autres enfants. Il mourut le 22 janvier 1731 (cf. supra, bibliographie de la n. 3).

6. Voir sur Mme de Chevry, supra, lettre du 1" septembre 1701, n. 1. Ce qui suit explique comment Fénelon réussit alors à échapper en partie à la censure des postes royales.

7. Ces conseils relatifs aux défauts de caractère de Louville s'accordent très bien avec ce que révèlent les lettres publiées et utilisées par BOISLISLE, t. VIII, pp. 571 sqq., t. X, pp. 437-452, t. XI, pp. 505-544, par A. BAUDRILLART, t. I, passim, et par LIZERAND, Appendices. Le panégyrique de Saint-Simon fait de «Louville jusqu'au retour d'Italie» le 17 janvier 1703 «le modérateur du Roi..., le seul confident de son coeur et le distributeur de ses grâces» et en donne pour raisons: «son esprit, son courage, sa vivacité, sa vigilance, l'agrément et la gaieté dont il amusait le roi, l'habitude dès l'enfance, l'autorité qu'il avait acquise sur lui» (BOISLISLE, t. XI, p. 240, cf. LIZERAND, pp. 220, 228, 525). Son abondante correspondance a permis à A. Baudrillart de brosser un portrait tout différent. Pleines d'«intempé-

156 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 octobre 1701 11 octobre 1701 COMMENTAIRE 157

Fénelon Dubreuil (XVII' siècle, 1950-1951, p. 163): Louville parlera en effet le 12 octobre 1702 à Beauvillier de «mots qu'il fait écrire par de Gueurre, mot à mot» (BoisusLE, t. X, p. 444 n.).

762. A L'ABBÉ DE LANGERON

11 octobre 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. V, ff. 101-102. Au bas du f. 102v°, «Monseigneur», début d'une lettre abandonnée.

1. Citations de la lettre à François Hébert du 27 septembre 1701 dont nous n'avons pu donner que la minute, assez différente du présent texte. Fénelon se félicite de la brièveté qui excluait toute démarche pour rentrer en faveur.

2. Il s'agit de la capitation du clergé de la généralité de Flandre. Voir sur le don gratuit et la capitation du clergé de Hainaut, infra, lettre du 9 décembre 1701, n. 2.

3. Le diocèse de C;; mbrai comprenait les dépendances de Tournai qui étaient situées sur la rive droite de l'Escaut: cf. infra, lettre du 6 novembre 1701

4. Cf. la lettre à Beaumont du 8 octobre 1701, n. 4.

5. Voir sur Audigier, ancien précepteur dans la maison d'Arenberg, supra, lettre du 7 septembre 1701, n. 2.

6. Fils de l'avocat Claude Pucelle et de Françoise de Catinat, elle-même fille du doyen du Parlement (t 1674) et soeur du maréchal, René Pucelle (né à Paris en 1655, il y mourut en 1745) embrassa d'abord l'état ecclésiastique, servit ensuite dans quelques campagnes comme volontaire, puis il voyagea en Italie et en Allemagne. De retour à Paris, il se fit ordonner sous-diacre, étudia le droit et devint en 1685 conseiller-clerc à la 3e chambre des enquêtes du Parlement de Paris. Les victoires de son oncle lui valurent le 24 décembre 1694 l'abbaye de Saint-Léonard de Corbigny. En 1713 il s'acharna contre l'Histoire du P. Jouvanci et se déclara en 1714 contre la Bulle (cf. infra, lettre du 16 février 1714). Membre du conseil de conscience à la mort de Louis XIV, il montra, aux yeux de Saint-Simon, «sa capacité, son intégrité et son courage dans l'affaire de la Constitution», ce qui lui valut une large popularité... et l'exil dans son abbaye. Néanmoins Fénelon parlait le 3 mars 1712 à Mme Roujault «de son digne ami, l'abbé Pucelle» et le 21 mai 1713 il pensait à lui faire recommander un procès par Du Puy, le disciple de Mme Guyon.

7. Cf. sur ce frère du maréchal, que Fénelon connaissait au moins depuis une dizaine d'années et qu'il «chérissait» (B.N., ms. fr. 7888, f. 52 r°), supra, lettre du 20 juillet 1700, n. 9.

8. Parti commander l'armée d'Italie peu après la mort de son frère Croisilles, dénigré par son subordonné Tessé et sans doute trahi par ses «alliés» le duc de Savoie et le prince de Vaudémont, Catinat fut défait par le prince Eugène à Carpi (9 juillet 1701). Louis XIV manifesta son dépit et envoya Villeroy pour le remplacer (13 juillet 1701). Malgré ses efforts, «l'armée des couronnes» attaqua vainement Chiari le ler septembre. Catinat s'y «exposa

rance et d'emportement », ses lettres «roulent comme un courant d'anecdotes et de traits pittoresques, de bons mots, d'invectives grossières, de jugements saisissants, mais passionnés et contradictoires... Louville est un homme d'esprit, mais d'un esprit chagrin et violent, toujours irrité contre ceux qui détiennent les hauts postes..., dénonçant partout des intrigues parce que rarement elles tournent à son profit, et cependant dévoué au prince..., jamais flatteur, toujours sincère, rongé d'ambition, mais trop honnête pour parvenir quand même: un petit Saint-Simon auprès d'un petit Louis XIV» (ibid., t. I, p. 132, cf. pp. 55, 151, 163 sqq. et BOISLISLE, t. X, pp. 506, 509-544 — LIZERAND, pp. 220 n. 1, 544 sqq.).

8. Le mépris de Louville pour les Espagnols (BAUDRILLART, t. I, pp. 69 n., 129, 132, 135), exprimé dans des termes auxquels Montviel fait un fidèle écho (ibid., t. I, pp. 69 n., 87), choqua vite la cour de Versailles (LIZERAND, pp. 220, n. 1, 554 sqq.): on lui reprochait sa hauteur et sa «précipitation». Beauvillier le prévenait le 30 août 1702 que «le Roi nous a dit deux fois au Conseil que vous allez bien vite» et il ajoutait le 5 mars 1703 : «Prenez garde

à ne guère parler» (BAUDRILLART, t. I, p. 133 n. BOISLISLE, t. X, p. 248

n. — LIZERAND, p. 554).

9. On comparera ces «Avis pour Philippe V» aux conseils adressés au duc de Bourgogne qu'on trouve en particuler dans les lettres à Beauvillier des 30 novembre 1699, 5 octobre 1702, 4 novembre 1703 n. 6.

10. Louville avait compris que son pupille resterait toujours dans la sujétion de quelqu'un (LIZERAND, pp. 218, 231) et allait jusqu'à lui faire des scènes (BAUDRILLART, t. I, p. 143). Beauvillier — par qui Fénelon était sans doute renseigné — donnera le 15 mars 1701 un conseil analogue à son protégé : «Demandez-lui de temps en temps à pouvoir lui parler quand vous avez matière pour le faire. Mais, si vous voulez le faire utilement, sans lui déguiser la vérité, adoucissez-la lui par des expressions qui ne tiennent point d'une certaine sécheresse et âpreté que votre naturel, comme vous le savez, vous porte un peu trop» (LIZERAND, p. 456). Et le 19 avril 1701 il loue «les attentions que vous faites pour éviter qu'il n'entre de l'humeur dans vos démarches» (ibid., p. 465).

11. MOLIÈRE, Le Bourgeois gentilhomme, II, 9.

12. Les éléments d'économie politique qui suivent doivent être considérés à la lumière de toutes les études qui ont été consacrées à la pensée de Fénelon sur le sujet. Il ne semble pas avoir particulièrement en vue le cas de l'Espagne, que d'ailleurs il connaît mal (le Dialogue des Morts LXVI le montre aussi convaincu que ses contemporains de la décadence de cette trop «vaste monarchie», Pléiade, t. I, pp. 470 sq.).

13. III Reg. III, 28.

14. Alors que Louis XIV conseillait à son petit-fils de gouverner par lui-même, les Avis que Beauvillier remit à Dax à son ancien élève s'exprimaient dans les mêmes termes que Fénelon, soit parce qu'il connaissait les limites des capacités du trop jeune roi, soit par opposition à l'absolutisme (LIZERAND, p. 211).

15. Cf. les Dialogues des Morts LXIV et LXVI, Pléiade, t. I, pp. 463 sq., 470.

16. Le conseil fut suivi, comme le prouvent les lettres de Durieu et de Gueurre conservées au Château de Sorval dans les papiers de l'intendant de

158 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 11 octobre 1701

comme un grenadier» et reçut plusieurs coups dans son habit, mais le 30 janvier 1702 Louis XIV le reçut «assez gracieusement, mais froidement» (DANGEAU, t. VIII, pp. 180, 190 — BOISLISLE, t. VIII, pp. 260 sqq., t. IX pp. 48-56, 78, 82, 86, 361, 363, 371 sq., t. X, p. 46).

9. Les diverses tâches confiées à l'abbé de Beaumont pendant son séjour à Paris. Cf. infra, lettre du 6 novembre 1701, et celle du 20 novembre, notes 5 à 9.

10. MOLIÈRE, Le malade imaginaire, acte III, scène VI.

11. Gavache, hispanisme: homme méprisable et mal vêtu (FURETIÈRE et DUBOIS-LAGANE).

12. La petite duchesse de Mortemart et Mlle de Langeron.

13. Allusion à la taille de l'abbé de Beaumont.

14. La duchesse de Mortemart y faisait souvent des retraites: Langeron s'y trouvait-il aussi?

15. La soeur de Pantaléon de Beaumont est Mme de Chevry, celle du petit abbé Mlle de Langeron, le grand abbé et le joyeux Calas, François (né en 1686?) et François-Barthélemy (né en 1691), les deux fils du neveu de l'archevêque, François III de Fénelon, destinés à l'Eglise (cf. infra, Appendice, Famille).

16. Gosselin a lu pergreguez et l'édition de 1850 a substitué scènes à cènes que portait l'édition de 1827 ! Pergraecari se trouvant dans Plaute, nous comprenons «faire des festins à la grecque».

17. «Dieu sur tout», formule des almanachs équivalant à «Deo volente».

18. Voir sur le jésuite Nicolas Sanadon, supra, lettre du 30 mars 1699. Tous deux: Langeron et Beaumont.

19. Cf. supra, lettre du 14 septembre 1693, n. 6, t. III, p. 387. Nous pensons qu'il s'agit de Marguerite d'Angennes de Poigny (née le 21 août 1685, mariée le 5 juillet 1703), la prononciation pouvant justifier la graphie Pagny.

20. La lettre de la duchesse à Fénelon devait donc être plus explicite que celle qu'elle adressait à Langeron par son intermédiaire.

21. Fils du gouverneur de Cambrai, le marquis de Montberon avait accepté de remettre à Langeron cette somme destinée à Mme de Fénelon, précédemment marquise de Laval, que l'archevêque désigne couramment comme «sa soeur». Il ne semble pas en avoir eu d'autre qui ait séjourné à Paris. Le 30 août 1701, Mme de Fénelon était venue au Cateau pour la première fois (cf. supra, lettre du 10 septembre 1701, n. 1).

22. Dom Anselme Meurin, abbé de Saint-André du Cateau depuis 1679 (cf. supra, lettre du 23 mars 1698), venait de mourir. Le docteur Tison a pensé que dom Charles était Charles Desmaret qui «malgré ses hautes qualités et vertus... n'avait pu conquérir les bonnes grâces de Fénelon, seigneur souverain du Cateau. Celui-ci déplorait le manque d'esprit de munificence envers les pauvres curés de paroisse de l'abbaye du Cateau» dont Desmaret était le «procureur engagé en de continuels et interminables procès» (Bull. de la Soc. d'ét. de la province de Cambrai, t. XLIII, 1954, pp. 1 sq., 6 sqq. ; cf. aussi XVII' siècle, 1951-1952, p. 175). Mais il s'agit ici, non du procureur, mais du sous-prieur, qui sera le 10 mars 1702 au moins, dom Charles Despinoy. Dès le 8 novembre 1701 l'abbaye avait d'ailleurs un prieur, M. Joigny (ibid., d'après A.D. Nord, 8 H. 275, lettre 45). Le problème était de savoir à qui appartenait le droit de nomination. Le dossier de l'archevêché sur ce sujet 16 octobre 1701 COMMENTAIRE 159

avait sans doute brûlé en 1697, mais celui de l'abbaye fut, le 8 novembre 1701, remis sur sa demande à Fénelon par dom Joigny. Il y vit que son prédécesseur Mgr de Bryas avait proposé un candidat (ibid.). Mais c'est à Versailles que la question fut tranchée avant le 27 novembre 1701. Le P. Léonard écrivait en effet à cette date: «Le Roi vient de conserver à l'archevêque de Cambrai un des beaux droits de sa prélature. C'est la nomination ou la collation de l'abbaye de Cateau-Cambrésis, fondée par les évêques de Cambrai comme princes ou autrement. Cette abbaye vaut 14 à 15000 livres de rente» (B.N., ms. fr. 19209, f. 32). Dom Nicolas Payen fut proposé par les moines le 7 décembre 1701 (A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7798). L'élection fut approuvée le 17 du même mois par Fénelon «in pleno vicariatu» et l'acte fut signé de

M. Haulain secrétaire du vicariat (A.D. Nord, ms. 284, pièces 268 sq.). Après la mort de Nicolas Payen, le secrétaire d'Etat Voysin écrira de nouveau le 13 février 1714 à Fénelon qui assista le 11 avril 1714 à l'élection du successeur, dom Théodore de la Cocquerie.

23. Il s'agit de la lettre précédente, dont la fin décrit le cachet.

24. Il a déjà été question de la Caritée de Jean-Pierre Camus le 20 novembre 1698, n. 10. Cf. aussi PHÉLIPEAUX. Relation de l'origine... du quiétisme, 1732, t. II, p. 128.

25. Ces deux abbés paraissent être Langeron et Beaumont (le grand). Les deux neveux (cf. supra, n. 15) étaient trop jeunes pour porter déjà ce titre.

763. A LA COMTESSE DE MONTBERON

16 octobre 1701.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 229-230. Numérotée n° 36.

1. Nom découpé: Doisy.

2. Joan. XVI, 12.

3. Marc XIV, 27 sq.

4. Même restitution qu'à la note 1.

5. Mme de Souastre.

764. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

19 octobre 1701.

L. a., A.S.S., t. III, ff. 103-104.

1. Né en 1663, lieutenant général de Picardie et du Boulonnais (1687), gouverneur de Doullens (1694), Armand II de Béthune, duc de Charost depuis 1695, et membre du «petit troupeau» guyonien, avait de fréquentes occasions de se charger du courrier de Fénelon.

2. Les deux constellations, le première dans la tête du Taureau, la seconde au nombre des quinze constellations méridionales, portent des noms dérivés de deux verbes grecs qui signifient également «pleuvoir».

160 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

22 octobre 1701 COMMENTAIRE 161

23 octobre 1701

3. Sans doute G. de Chantérac, doyen de Carennac jusqu'en 1709, qui prenait part à la visite en qualité de vicaire général (cf. infra, lettre du 6 novembre 1701: «notre mission de Tournai s'est assez bien passée»).

4. Expression énigmatique; doit-on l'expliquer par l'état des chemins?

5. Langeron.

6. Cf. supra, lettre du 11 octobre 1701, n. 24. Jointes à celles de la fin de la lettre du 20 novembre 1701 (n. 15), ces indications donnent à penser que Fénelon se préparait à écrire encore sur la mystique (était-ce dans sa dissertation De Amore puro qu'il avait eu l'intention d'envoyer à Clément XI le 8 mars 1701: 0.E, t. I, pp. 50 sqq.?).

6. Nous savons seulement qu'un Maunoury était en mai-juin 1695 «chargé d'affaires» du duc de Beauvillier dans un procès (LIZERAND, Le duc de Beauvillier, p. 543).

7. L'Erreur du péché philosophique combattue par les jésuites, Liège, 4 f., 298 p. in-12.

8. Les votes des consulteurs qui avaient lieu en ce moment étaient peu favorables à la Compagnie (HILLENAAR, pp. 232 sq.). Cependant le décret du Saint-Office lui donnant tort ne fut promulgué par Clément XI que le 20 novembre 1714.

9. Peut-être est en surcharge.

765 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

765. Au MÊME

22 octobre 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, ff. 105-106.

1. Nous avons déjà rencontré (lettre de Fradet à Beaumont, 6 mai 1698,

n. 5) Philippe Chalmette, docteur en l'un et l'autre droit, chanoine d'Artonne jusqu'au 11 août 1696, puis membre de la communauté du curé de S. Sulpice. Il y était encore le 4 mars 1701 quand il faisait insinuer ses grades sur Saint-Amable et Saint-Genès de Clermont.

2. C'est peut-être à cause de l'instabilité de Chalmette que Fénelon semble douter de son aptitude à un emploi dans son séminaire.

3. Chalmette hésitait sans doute à quitter la communauté sans être assuré d'un emploi fixe que Fénelon ne pouvait lui promettre (cf. infra, lettre du 16 mai 1702, n. 2). C'était bien pis d'après la lettre à Langeron du 17 novembre 1702: à la suite de l'arrivée du sulpicien Cartier à Cambrai (cf. infra, lettre du 4 août 1702), Le Fèvre et Chalmette avaient été exclus de la communauté de Saint-Sulpice et Fénelon donnait au second le choix «de demeurer céans, ou au séminaire», voire «de lui payer volontiers une pension dans son pays et partout où il ira». Chalmette préféra la première solution et, le 17 mai 1703, il accompagnait dans une visite Fénelon qui badinait aimablement à son sujet. Cependant, le 14 juin 1703, il avait montré un écrit sur la foi humaine à Beaumont et à Chalmette «qui en jugent encore plus désavantageusement que» lui-même. La nomination de son compatriote Champflour à l'évêché de La Rochelle fournit, à partir au moins de 1707, à Chalmette des possibilités d'action beaucoup plus vastes, mais, par Langeron, il resta en liens étroits avec M. de Cambrai.

4. Le sulpicien Brenier (cf. supra, lettre de M. Tronson, du 4 juin 1698,

n. 6) méritait une visite non seulement d'amitié, mais d'intérêt, puisque la lettre du 1" juin 1700 à Langeron montre que Fénelon comptait surtout sur lui pour fournir à son séminaire de dignes ouvriers.

5. Mot fortement biffé, mais on devine Sanadon, lecture d'ailleurs confirmée par la fin de la lettre du 6 novembre 1701. Cf. sur lui la lettre du 30 mars 1699, n. 1, et HILLENAAR, pp. 221 n. et 318 n.

23 octobre 1701.

L. a. s, pliée, A.S.S., t. V, f. 103.

1. Voir sur ce bref la lettre du cardinal Paolucci à Fénelon du 15 juin 1701.

2. Il s'agit de Jean-Libert Hennebel (cf. sur lui supra, lettre du 18 septembre 1697, n. 20), d'autant mieux connu à Rome qu'il y avait représenté l'Université de Louvain à partir de novembre 1692. Il ne devait guère être plus sympathique à Clément XI et à Gabrielli qu'à Fénelon. Si celui-ci s'était plaint, c'est qu'à diverses reprises — et encore tout récemment — le Saint-Office et l'internonce l'avaient déclaré «sanaz doctrinœ» et qualifié pour les plus hautes chaires. Le fait est confirmé par un mémoire présenté vers la fin de février 1702 à Louis XIV par l'Université de Louvain: «Les internonces du Saint-Siège à Bruxelles ont aussi été chargés plusieurs fois de rendre le même témoignage en faveur de ce docteur au gouverneur du Pays Bas de la part de la Sainte Congrégation, comme ils l'ont fait cette même année-là 1693, et depuis en 1695, 1696 et 1701... de quoi font foi les actes authentiques... qui ont même été rendus publics. Le dernier témoignage... de 1701 a été rendu... à l'occasion d'une leçon royale, pour laquelle le Conseil d'Etat» l'avait proposé au marquis de Bedmar (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 486 n., 508). La publication à laquelle il est fait allusion est l'Etat présent de la Faculté de théologie de Louvain, «Trévoux», 1701.

Mais Bedmar écrivait le 8 octobre 1701 à Torcy: «J'ai ordre du Roi mon maître de favoriser et protéger ceux que M. l'archevêque de Malines tient de la bonne et saine doctrine, et d'exclure de tous les emplois de l'Université ceux qu'il tient pour novateurs» (Min. Aff. Etr., Pays-Bas, t. 56, ff. 73v°-76). C'est ce que confirme l'«Ecrit tiré d'une copie qui est à Saintes»: «Les affaires de Louvain vont être plus brouillées que jamais. On était convenu que les officiers du Roi et M. l'internonce déclarerait (sic) nulle l'élection d'Hennebel, de Clais et de Sullivane et qu'ils ordonneraient de procéder à une nouvelle élection. C'était la seule voie de calmer tout. Le Pape l'approuvait. La Congrégation du Saint Office gagné depuis longtemps par le parti, veut maintenir l'élection des trois sujets ci-dessus marqués. Sa Sainteté a peine à s'y opposer ouvertement. La Congrégation a ordonné à

162 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 octobre 1701

M. l'internonce de soutenir la susdite élection. Le Pape a écrit secrètement au même internonce de faire procéder à une nouvelle élection s'il prévoit qu'on y doive choisir des sujets d'une doctrine saine, et de l'empêcher s'il prévoit le contraire. On croit que M. l'internonce déférera plutôt à l'ordre de la Congrégation qu'à celui du Pape, parce que les ministres de Rome craignent moins d'offenser les papes qui passent, que la cour de Rome qui subsiste toujours. Si M. l'internonce obéit à la Congrégation et maintient l'élection des trois docteurs à qui Charles second et le Roi d'aujourd'hui ont donné l'exclusion, les bien intentionnés seront plus embarrassés que jamais. On [pense] en Flandres qu'en ce cas-là il faudrait que le Roi exilât les trois docteurs, comme sujets qui lui sont désagréables, sans faire aucune mention de religion; on assure que le Pape en serait ravi, quoique à l'extérieur il ne le ferait pas paraître. On doute, dans les conjonctures présentes, s'il convient de faire un si grand éclat; d'un autre côté, l'Université de Louvain est perdue si Hennebel, Clais et Sullivane deviennent les maîtres de la faculté étroite» (A.S.S., pièce 556). Bedmar interdit donc à Hennebel de séjourner à Louvain, où celui-ci ne rentra, mais en qualité de doctor regens, qu'en 1708 après que le régime de Philippe V eût été remplacé par celui des «Hautes Puissances» (F. CLAEYS BOUUAERT, L'ancienne Université de Louvain. Etudes et documents, Louvain, 1956, pp. 247-252): il y est question des faveurs que Hennebel recevait encore de Rome en 1702 (p. 250).

3. Cette pièce manque mais, quelques mois après, Gabrielli joindra l'homélie pascale de Clément XI à sa lettre du 30 avril 1702. Les homélies prononcées par ce pape aux fêtes solennelles ont été publiées en 1729.

766. A DOM FRANÇOIS LAMY

26 octobre 1701.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 14-17.

1. Fénelon propose ici une synthèse de sa pensée sur l'oraison dont il fera plus tard, en particulier dans ses fameuses lettres à dom Lamy lui-même, le pivot de sa controverse contre le jansénisme qu'il ramène à la délectation indélibérée.

2. Le mot corps a été omis par Fénelon.

3. Au corps est en surcharge.

4. Fénelon semble viser le début du chap. XXIII du Chemin de perfection, la Vie, chap. XI et XXII, ainsi que les Demeures, II, 1 et III, 2. L'idée que la disparition du goût sensible est liée à un progrès ressort indirectement du chap. XXII de la Vie et, en tout cas, la sainte répète souvent (Demeures, III, 2 etc.) que la vraie oraison est dans la volonté.

5. Ps. XXXVI, 4.

6. Les fanatiques et, un peu plus bas, les enthousiastes étaient proprement les protestants extrémistes qui ne se conduisaient que par l'inspiration divine (cf. DUBOIS-LAGANE). Nicole et Bossuet leur avaient assimilé les quiétistes. Fénelon montre par rétorsion que leur confiance dans les faveurs sensibles de Dieu les conduit au même résultat. 26 octobre 1701 COMMENTAIRE 163

7. Joan. VI, 16.

8. Exod. XVI, 13.

9. Matth. XVII, 4.

10. Ps. CXXIV , 1.

11. Pastiche de la Bible qui traduit en réalité une prise de position dans les controverses de la fin du XVII' siècle.

12. Mme de Mortemart, rencontrée à Saint-Denis, cf. la lettre 787 A à dom Lamy de 1701 (ex 1703), notes 3 et 4.

13. Cf. la réponse de dom Lamy du 19 décembre 1701, n. 17.

14. Cette précaution (jointe au retard à répondre à la question de dom Lamy, cf. supra, n. 1) rappelle qu'en attaquant, comme il le fait dans cette lettre, les idées de Nicole et de Bossuet, Fénelon s'exposait à se voir accusé de retomber dans des erreurs condamnées par le bref Cum alias.

L. a. s., pliée, B.N., mss. autographes A. XVII, 290 - Copie de la fin du XVIII' siècle, A.S.S., pièce 237.

1. Il sera encore question d'elle le 6 novembre 1701, n. 4. Elle devait habiter Condat-sur-Vézère, en Périgord (cf. supra, t. II, pp. 85, 232, 238 et t. III,

p. 158).

2. Beaumont, Mme de Chevry, M. de Chevry, Langeron.

768. A LA COMTESSE DE MONTBERON

30 octobre 1701.

L. a., traces de cachet, A.S.S., t. IX, ff. 231-232. Numérotée n° 37.

1. Mme de Souastre aura une fille à Arras le 8 décembre 1701.

2. Mme d'Oisy?

3. Nom découpé, sans doute Arras.

769. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

31 octobre 1701.

Copie du XVIIIe siècle, A.S.S., pièce 238.

1. Les périphrases de cette lettre s'expliquent aisément par référence à la lettre du 7 septembre 1701: il y est question de Mme de Chevry, de l'abbé de Langeron («le cher petit bon homme»), de la duchesse d'Arenberg qui accepte les conditions faites à l'abbé de Saint-Remy et est pressée de le voir prendre ses fonctions auprès du jeune duc.

767. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

26 octobre 1701.

164 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 4 novembre 1701 [Vers le 6 novembre 1701?] COMMENTAIRE 165

2. Saint-Simon a longuement raconté (t. XIV, pp. 134-166) le procès intenté par Charles 11 de Rohan, duc de Montbazon et prince de Guéméné (1655-1727), à Louis Chabot, duc de Rohan (1652-1719) pour le forcer à abandonner le nom et les armes de Rohan. L'exploit du premier est daté du 28 juin 1700 et la Gazette d'Amsterdam de la même année en parla dans son no 53. Les mémoires du duc de Rohan sont l'oeuvre de l'avocat et académicien Louis de Sacy, avec qui nous verrons Fénelon correspondre. Guéméné perdit sa cause au Conseil le 26 août 1704. maison des Exercices spirituels de la rue du Pot-de-Fer. Les faits que Beaumont soit invité à voir le P. Sanadon à la fin des lettres du 22 octobre 1701 et du 6 novembre 1701, et que Fénelon, qui craint de la compromettre, ne mentionne aucun autre Père de la Compagnie, rendraient plausible cette identification.

10. La duchesse de Mortemart, non seulement à cause des initiales, mais parce que la description psychologique de son caractère s'accorde avec les lettres spirituelles que Fénelon lui adressa.

770. AU MÊME 771. A LA COMTESSE DE MONTBERON (?)

4 novembre 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, ff. 107-108.

1. On pourrait penser à l'abbé de Saint-Remy (cf. supra, lettres à Langeron du 7 septembre 1701, n. 6, et du 18 septembre 1701, n. 4); mais la lettre

du 31 octobre à Beaumont suppose une négociation déjà très avancée, tandis que la présente lettre ne parle que de premiers contacts. Il s'agit donc de Philippe Chalmette (cf. lettre du 22 octobre, notes 1 à 3), comme le confirme la lettre du 6 novembre où Fénelon use de termes analogues («ma pensée», «de votre chef»).

2. Le ministère de Ph. Chalmette à la paroisse Saint-Sulpice de Paris.

3. Jugement un peu dur de Fénelon sur ses ouailles.

4. Que vous lui aurez faites, barré.

5. Langeron venait de mener avec succès les pourparlers avec l'abbé de Saint-Remy.

6. Très, barré.

7. Philosophie a le sens longtemps courant de «physique». La dureté de l'épithète implique une adhésion résolue à l'anti-aristotélisme de Galilée, de Pascal et de Descartes.

8. Sans doute Langeron plutôt que Chalmette.

9. Nous partons de l'hypothèse que «le P. Br. » est le jésuite François de Paule Bretonneau (1660-1741), mais elle permet deux interprétations des propos énigmatiques de Fénelon.

Dans la première, «l'homme mort dans le temps de votre arrivée à Paris» serait Jacques II, décédé le 6 septembre 1701. Or, il avait laissé des écrits spiri-

tuels, et c'est précisément Bretonneau qui publia en 1703 à l'Imprimerie

royale un Abrégé de la vie de Jacques II tiré d'un écrit anglais du R.P. François Sanders, S.J, confesseur de S.M. Avec un recueil des sentimens du même roy

sur divers sujets de piété. Mais Bretonneau donna aussi en 1706 les CEuvres

spirituelles du P Le Valois, S.J., confesseur de Mgr le duc de Bourgogne et ancien directeur de Fénelon lui-même (cf. supra, lettre du 13 juillet 1694,

n. 5). On conçoit que celui-ci désirât posséder son portrait. Sans doute Le

Valois était mort le 11 septembre 1700, mais nous ignorons les déplacements de Beaumont à partir du 5 février 1700 (A.D. Nord, 3 G. 1165*: le Journal

du maître d'hôtel Monvoisin s'arrête peu après). Dans ce cas, «le frère qui est encore à Paris» ne serait pas un Le Valois dont nous ignorons tout, mais le P. Sanadon qui avait remplacé son confrère défunt comme directeur de la

[Vers le 6 novembre 17011.

Cette pièce n'est connue que par les CEuvres spirituelles (1718 et 1719, lettre 114; 1738 et 1740, lettre 117).

1. Malgré leur caractère très personnel, ces confidences pourraient fort bien s'adresser à M"" de Montberon (cf. infra, lettre du 20 novembre 1701,

n. 7). Les détails concrets qui devaient se trouver dans l'original ont dû être supprimés par l'éditeur des CEuvres spirituelles.

A L'ABBÉ DE BEAUMONT

6 novembre 1701.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. III, ff. 109-110.

1. Nous connaissons bien le docteur Quinot, Beaumont et Langeron mentionnés dans cette phrase.

2. François Caillebot de La Salle, évêque de Tournai qui préférait son abbaye de Rebais et renonça à son évêché en 1705 (cf. supra, notre t. II, p. 313 et la lettre du 25 mai 1700).

3. Cf. supra, lettre du 22 octobre 1701.

4. Même sans tenir compte de ses belles-soeurs (comme Mme de Laval), Fénelon avait alors plusieurs demi-soeurs vivantes. Si nous ignorons la date de la mort de Mme de Beaumont-Gibaud (née vers 1634), Angèle-Hippolyte, née en 1638, veuve de Jean de Beaulieu de La Filolie en 1690 ou 1692, vécut jusqu'en 1733 (cf. supra, lettre du 26 octobre 1701, n. 1), et Françoise-Paule, supérieure des soeurs de Notre-Dame de Sarlat, mourut le 12 mai 1723. Mais ce n'est pas de cette religieuse-ci qu'il s'agit, non plus sans doute qu'à la fin de la lettre du 10 septembre 1701 à Mme de Fénelon (cf. notre t. I, p. 25).

5. La phrase suivante apprend qu'elle se trouvait dans le diocèse de lblle et, en 1714, Fénelon conservait encore de la famille dans cette ville (cf. sa lettre à Beaumont du 1" juin 1714). D'autre part, Fénelon avait eu au couvent de Sainte-Claire de Tulle une tante, Henriette, novice dès le 6 avril 1626: elle était sans doute disparue en 1701 (cf. Bull. Périgord, 1951, p. 167). Mais il s'agit sans aucun doute de «Mme de Fénelon au couvent des Bernardines» de -Rille «dont Mme d'Aubeterre est abbesse» (lettre de Chantérac du 4 jan-

772.

166 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 8 novembre 1701

9 novembre 1701 COMMENTAIRE 167

vier 1698, n. 19), que Fénelon lui-même qualifie le 28 janvier 1698 de «soeur». Le nom de Mme d'Aubeterre rend presque sûr qu'elle n'était que sa demi-soeur. Doit-on l'identifier à Louise mentionnée sans précision par la généalogie de Gaignières (ms. fr. 22252, f. 146 — LAINÉ, Arch. généal. et hist. de la noblesse de France, t. IX, 1844)? Si elle ne figure pas dans le testament de Pons de 1660 (A.D. Gironde, 9 J. 114, p. 319), c'est qu'elle avait fait profession avant cette date.

6. Il s'agit d'Humbert Ancelin, fils de Perrette Dufour, nourrice de Louis XIV, né à Paris vers 1648, aumônier de la reine Marie-Thérèse et abbé de Marcillac, évêque de Tulle le 4 octobre 1680, sacré le 21 juin 1681. Il avait à cette époque de graves discussions avec l'hôpital de sa ville épiscopale (B.N., P. O., t. 56, f. 14), avec ses chanoines (Mémoires de Cosnac, t. II, p. 240) et sans doute avec bien d'autres puisque les Mémoires de Sourches portent à la date du 13 mars 1702: «En même temps, l'évêque de Tulle... se trouvant absolument inutile à ses peuples, à cause de leur méchante humeur... remit au Roi son évêché» et reçut en échange l'abbaye Notre-Dame de Ham «qui était fort bonne» (t. VII, p. 234, cf. t. II, p. 240 — DANGEAU, t. VIII, p. 351, BOISLISLE, t. XXVIII, pp. 524 sq. et Bibl. Arsenal, ms. 729). 12« évêque 'Mon» mourut le 26 juin 1720 après avoir fait difficulté pour obéir à la constitution (Lallemant à Fénelon, 21 juin 1714).

7. Ce nouvelliste résidait donc à Paris, mais ses rapports avec Audigier font croire qu'il était originaire du Hainaut.

8. Cet homme, Audigier. Beaucoup de chanoines de Leuze semblent avoir été suspects de jansénisme.

9. Cf. sur l'abbé de Saint-Remy et la duchesse d'Arenberg, supra, lettre du 8 octobre 1701.

10. Voir infra, App. La Maison de Fénelon.

11. Cf. supra, lettre du 22 octobre 1701, n. 7.

12. Tous deux, Beaumont et Langeron.

13. La P. D. de Mortemart a déjà été nommée le 4 novembre 1701 dans le même contexte. C'est la première fois qu'il est question d'un séjour de Mme de Chevry à Cambrai.

773. A MICHEL CHAMILLART

suyau; les habitants y demeureront bannerés... — L'archevêque reconnaît droit de justice aux religieux au bois de Villers et dans le ruisseau comme aux environs... — Aux religieux appartient complète justice dans l'enclos de leur maison sauf les exécutions criminelles...» et ils promettaient de faire approuver cette pièce au Parlement de Tournai et même d'obtenir des lettres patentes in forma (ibid., pièce 70).

Au mois d'août paraissait pourtant un «projet nouveau de concordat» émané de l'abbaye (ibid., pièce 13) et, le 24 août, l'archevêque affirmait de

nouveau ses droits (ibid., pièce 161). Mais, le 27 août 1701, les religieux

s'adressaient au Parlement de Tournai : «Ils ont quatre procès en cette Cour contre l'archevêque de Cambray». Ils ont bien voulu «décider de transiger,

et demandent des minutes de l'accord qu'ils prétendent faire». Seul un brouillon leur a été présenté, «auquel ils ne pouvaient rien entendre»; ils réclament sa mise au net. Ils l'ont depuis mûrement considéré, et il se trouve très préjudiciable à la communauté; aussi ils déclarent ne vouloir entendre ni souscrire à l'accommodement prétendu.

Pendant ce temps, leur abbé, croyant à l'approbation de sa communauté, a signé cet accord avec l'archevêque de Cambrai, lui-même approuvé par son

chapitre. Depuis lors l'archevêque se vante hautement qu'il va faire homologuer cet accommodement par la Cour, malgré l'opposition des suppliants. Ces derniers réaffirment leur opposition.

Ils demandent que cette opposition soit signifiée à l'archevêque, «déclarant l'arrangement prétendu nul et de nulle valeur, et demandant dépens, dommages et intérêts ». La requête fut effectivement signifiée à Fénelon le 24 septembre 1701 (ibid., pièce 166).

Pourtant, le chapitre de l'abbaye décidait le 19 octobre 1701 de souscrire à un acte de soumission: «Acte marquant la soumission de l'abbaye de Saint-

André au Câteau-Cambrésis, à Monseigneur de Fénelon». Leur contrat n'a

été retardé en son exécution que «par crainte de blesser leur conscience par quelque abdication. Les religieux désignent leur prieur pour les représenter.

Ils ratifieront aussitôt la décision prise» (ibid., pièce 160). Ce qui n'empêchait pas les mêmes religieux de refuser le 22 octobre 1701 de laisser apposer leur cachet conventuel sur l'acte de soumission de l'abbaye (ibid., pièce 161). D'où l'appel de Fénelon à l'intendant et au ministre.

8 novembre 1701. 774. A LA COMTESSE DE MONTBERON

1. La lettre est perdue et la date n'en est connue que par une apostille du billet de Chamillart au P. de La Chaise du 15 novembre 1701, dont voici le texte: «Je vous adresse une lettre de M. l'archevêque de Cambrai par laquelle vous verrez ce qu'il me mande sur l'abbaye de St André du Casteau Cambre-sis. Je vous prie de prendre l'ordre du Roi sur ce qu'elle contient » (Service historique de l'Armée, A 1479, f. 215).

Il y avait déjà eu en 1699 une transaction entre Fénelon, l'abbé et les religieux (copie du 30 juillet 1701, A.D. Nord, ms. 284, pièce 12). Le 13 mai 1701, un nouvel accord entre l'archevêque, approuvé par son chapitre, et l'abbé dom Anselme Meurin, stipulait que: « — Seul l'archevêque pourra porter des ordonnances touchant les fermes, accorder des octrois et faire des impositions... — L'archevêque fera établir un nouveau moulin auprès de Bas-

9 novembre 1701.

L. a., pliée, restes de cachet, A.S.S., t. IX, ff. 233-234. Numérotée n°38. La lettre 39 pourrait être celle que nous plaçons «peu avant le 20 novembre» et qui ne subsiste qu'en copie.

Adresse: «A Madame / Madame la Comtesse de M» [nom découpé].

1. Initiales de la comtesse d'Oisy.

2. Sa correspondante elle-même.

3. Nom découpé.

4. Sur le mariage du marquis, cf. leu, lettres des 20 et 21 novembre 1701.

168 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 novembre 1701

75. A NIC-AUG. DE HARLAY-BONNEUIL

12 novembre 1701.

L. a. s., B. M. du Havre, ms. 459. La pièce avait été communiquée par Aimé Martin (première copie par Gosselin, A.S.S., t. IX, ff. 95 sq.) en même temps que la lettre du 10 novembre 1697 adressée au même destinataire. Elle passa ensuite dans la collection Boutron-Charland, vendue par Charavay le 9 avril 1913 (seconde copie par E. Levesque, A.S.S., pièce 721).

1. Gendre du feu chancelier Boucherat, N.A. de Harlay-Bonneuil, plénipotentiaire à Ryswyck, venait de perdre prématurément son propre gendre, Adrien-Alexandre de Hanivel de Mannevillette, marquis de Crèvecœur, qui avait été successivement avocat du Roi au Châtelet, conseiller au grand Conseil, enfin président à mortier au Parlement de Paris (DANGEAU, 4 novembre 1701, t. VIII, p. 228).

2. En particulier dans l'affaire des Maximes des Saints (cf. supra, lettre du 10 novembre 1697 et la lettre de dom Lamy du 3 décembre 1698, n. 11).

3. I Thess. IV, 13.

4. Rom. I, 17.

5. Coloss. II, 20. 19 novembre 1701 COMMENTAIRE 169

lui accorda une amitié qui grandit encore lors de la campagne de l'année suivante: Saint-Simon explique par là les promotions ultérieures de son mari (cf. la table de BOISLISLE). Il est en tout cas frappant que, contre son habitude, Fénelon s'adresse souvent à elle, directement ou indirectement: il est vrai qu'il l'avait connue à Maubeuge au début de son épiscopat.

4. Voir la lettre de Chantérac du 1" septembre 1701.

5. Cf. supra, lettre du 1" juillet 1700, n. 28, et infra, lettre du 20 novembre 1701, n. 9.

6. Preuve de la délicatesse de Fénelon à l'égard d'un ami qui s'était exposé pour lui du vivant de son beau-père le chancelier (cf. lettre précédente, n. 2).

777. AU MÊME

19 novembre 1701.

L. a. s., pliée, traces de cachet, A.S.S., t. III, ff. 112-113.

Suscription autographe: «A Monsieur / Monsieur l'abbé de Beaumont / chez M. de Chevry, rue Tournon prez / Luxembourg, faubourg S. Germain / A Paris.»

1. Il semble bien que Mambrun guérit et que la boutique cédée par sa belle-mère se trouvait à Paris, ce qui lui permit de rendre encore longtemps des services à Fénelon: cf. infra, Appendice, La Maison de Fénelon.

777 A. DOM ALEXANDRE DUVAL A FÉNELON

19 novembre 1701.

A L'ABBÉ DE BEAUMONT

776.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, f. 111.

12 novembre 1701.

1. La lettre précédente à Harlay de Bonneuil. Le dernier paragraphe de cette lettre-ci fait douter que ce soit par manque de temps que Fénelon avait omis une adresse compromettante pour le destinataire.

2. Né à Paris en 1654, Daniel-François Voysin de la Noiraye, fils d'un intendant, fit une carrière extraordinairement rapide: grâce à des dispenses il fut conseiller au Parlement à dix-neuf ans, maître des requêtes le 3 août 1683, intendant en Hainaut le 5 mars 1688, enfin conseiller d'Etat semestre en 1694. Il revint de Hainaut le 18 octobre 1698 et reçut en 1701 la direction du temporel de Saint-Cyr, brigua en vain en 1701 la première présidence et en 1708 le contrôle général des finances. Mais il devint la même année conseiller d'Etat ordinaire, en 1709 secrétaire d'Etat à la guerre et ministre, enfin, en 1714, chancelier sans quitter sa secrétairerie d'Etat. Il entra en 1715 au Conseil de régence avec les mêmes titres, mais perdit en 1716 sa secrétairerie d'Etat et mourut le 2 février 1717. Aux yeux de Saint-Simon, «jamais il ne fut plus parfaitement intendant que celui-là et ne le demeura si parfaitement toute sa vie».

3. D.-F. Voysin passait pour devoir beaucoup à Charlotte Trudaine (24 mai 1664 - 20 avril 1714), soeur d'un conseiller d'Etat, qu'il avait épousée le 22 octobre 1683. Si elle ne le rejoignit en Hainaut que le 14 août 1690, elle céda, lors de la campagne de 1692, sa maison à Madame de Maintenon qui

L. a. s., publiée par VOISIN (Mémoires de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pp. 14-15).

1. Né à Blois, Alexandre Duval entra à dix-neuf ans dans la congrégation de Saint-Maur et fit profession à la Sainte-Trinité de Vendôme le 21 juillet 1662. Il mourut à Paris le 24 octobre 1705 (Y. CHAUSSY, Matricula Monachorum... S. Mauri in Cailla, Paris, 1959, n° 2077).

2. On trouvera infra, lettre 796 B du 14 janvier 1702, l'exposé de cette «grande affaire» pour laquelle Fénelon avait convoqué les représentants des communautés concernées.

778. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[Peu avant le 20 novembre 17011.

L. a., A.S.S., pièce 491; seul subsiste le second feuillet de cette lettre. Copie fin XVIII' s., ibid., pièce 486. Inédite.

1. Voir sur le projet de mariage du marquis de Montberon, infra, lettres à la même des 20 et 21 novembre 1701, notes 1 sqq.

170 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 novembre 1701

20 novembre 1701 COMMENTAIRE 171

2. Mme de Souastre, cf. supra, lettre du 30 octobre 1701, n. 1, et infra, celle du 21 novembre 1701, n. 7.

3. On a cité dans la notice sur Marie-Antoinette de Rouvroy (cf. supra, lettre du 2 avril 1701, n. 1) la curieuse réflexion de Dangeau sur son mariage. En réalité Jean-Eustache d'Assignies était né à Godewaersvelde le 26 mars 1664. Son père, Julien-Eustache d'Assignies de Haghedoorne (27 décembre 1638 - 13 mai 1687), avait pris le nom et les armes de Tournay en vertu du testament du 21 mai 1678 par lequel son cousin Philippe de Tournay, seigneur et depuis 1665 comte d'Oisy, avait fait de lui son héritier universel. Il avait épousé en première noces à Arleux le 28 juin 1687 Marie-Claire de Berghes Saint-Winock (1665-1693) dont il eut trois filles et un fils, CharlesJoseph-Eugène (1693-1764). Lui-même mourut à Oisy le 1" septembre 1716 (B.N., Dossiers bleus, 35, dossier 821 — Chérin, 9, dossier 180 — BotsLISLE, t. XV, p. 458 — Paul DENIS DU PÉAGE, Notes généalogiques sur quelques familles d'Artois et de Flandre, t. I, Lille, 1951, pp. 29 sq.).

Facilité est employé par antiphrase: cf. infra la lettre à la même du 21 novembre 1701, notes 4 et 5, et celle du 15 décembre 1701, n. 3, où il est question de «tutelle».

Fénelon lui-même avait reçu le comte et la comtesse à sa table le 16 novembre 1699 (A.D. Nord, 3 G. 1664*) et, le 6 avril 1702, il écrira d'Oisy à M"" de Montberon. Le 19 mai 1702 il se dira «ravi de la guérison de M. d'Oisy et de la joie qu'en a eue Mme d'Oisy». ce sujet à Pierre Clairambault, qui avait été son collaborateur avant son exil. Né vers 1652, celui-ci entra dans les bureaux de Colbert à la Marine, mais, dès 1676, Bossuet l'avait employé à rassembler des documents destinés à l'instruction du Dauphin. Fénelon ayant suivi cet exemple, il n'est pas étonnant que Clairambault ait reçu le 25 août 1698 la place de généalogiste des ordres. Ces fonctions lui donnèrent accès à toutes les archives dont il a tiré d'inestimables recueils (voir sur ceux de la Bibliothèque nationale, L. DELISLE, Cabinet des manuscrits, t. Il, pp. 19-25). Il montrait d'ailleurs pour les usurpations plus d'indulgence que d'Hozier; il mourut le 14 janvier 1740 (cf. la table de BOISLISLE et en particulier t. XV, p. 465).

8. Cf. supra, n. 2.

9. Cf. supra, lettres des 1" juillet 1700, n. 28, et 12 novembre 1701, n. 5.

10. La duchesse de Mortemart.

11. Langeron.

12. Fénelon comptait donc que Beaumont regagnerait Cambrai avant Dubreuil.

13. Langeron.

14. Le Gnostique de saint Clément d'Alexandrie.

15. Le Grand Ministre, Beauvillier. Voir sur la raison de cette réclamation, supra, lettre du 19 octobre 1701, n. 6.

16. Mme de Chevry.

779. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

780. A LA COMTESSE DE MONTBERON

20 novembre 1701.

20 novembre 1701.

L. a., A.S.S., t. IX, ff. 235-237. N° 40.

L. a. s., Bodleian Library, Autograph Western Manuscripts (coll. Albany), ms. 35574, ff. 105 sq., acquis le 7 avril 1868. Il avait en 1846 passé dans la vente Lacoste (n° 131) et a été reproduit dans The Autographic Mirror, 129.

Le f. 105 porte: «A Monsieur / Monsieur l'abbé de / Beaumont, à Paris»; sceau rouge avec couronne ducale.

1. Dubreuil jouissait donc encore de la confiance de Fénelon, mais il la perdit dès le début de l'année suivante: cf. infra, lettres des 19 mai, 12 et 16 septembre 1702, et l'Appendice, La Maison de Fénelon.

2. La lettre du P. Lamy du 19 décembre 1701 prouve que Beaumont était revenu dans l'intervalle à Cambrai.

3. La formule conviendrait mieux à un enfant, mais tout le contexte (et surtout le parallélisme rigoureux avec Beaumont) oblige à reconnaître le «petit abbé» de Langeron. Cf. déjà le 31 octobre 1701, n. 1.

4. VIRGILE, Eglogue X, 74.

5. La Marvalière, secrétaire du duc de Beauvillier: cf. supra, t. III,

p. 387.

6. Voir supra, lettres des 22 octobre et 6 novembre 1701, n. 11.

7. L'abbé de Beaumont était féru de généalogies et son oncle lui-même s'intéressait à celle de sa famille: il écrira les 4 et 12 mai 1710 deux lettres à

1. M. de Colombines, cf. sur lui la lettre du 21 novembre 1701, n. 3.

2. Coupure d'une longueur exceptionnelle (63 mm.) où il devait s'agir du sort de la dot sur lequel la prodigalité connue du fils de sa correspondante pouvait donner des inquiétudes.

3. Initiale.

4. Coupure de 18 mm. : il ne peut s'agir que du fils de sa correspondante, le marquis Charles-François-Anne dont Saint-Simon a raconté plaisamment les mésaventures au bal de la Cour de 1692. Né le 9 novembre 1674, il fit sa première campagne dans les mousquetaires au siège de Mons (1691); sous-lieutenant du régiment du Roi le 10 février 1692, il prit part au siège de Namur et à la bataille de Steinkerque. Il devint lieutenant en novembre 1692, capitaine le 9 février 1693, colonel au régiment de Cambrésis le 17 octobre suivant, colonel-lieutenant du régiment d'infanterie du Dauphin en mars 1694, fut fait brigadier d'infanterie en 1702 et mourut de la petite vérole à Ulm le 8 janvier 1704 (A.N. 306 AP 390 — HAUDICQUER DE BLANCOURT, Recherches historiques de l'Ordre du Saint-Esprit, Paris 1695, t. II, pp. 373-376 — BOISLISLE, t. I, pp. 97-99 et t. XV, p. 397 n.).

5. Coupure de 19 mm. Il doit s'agir encore du marquis.

6. Ce n'est pas un simple certificat de complaisance. Non seulement Chamillart écrivit le 4 février 1704 au père du marquis: «S.M. m'a chargé de

172 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 20 novembre 1701

vous dire qu'elle s'intéresse véritablement à la perte que vous avez faite de M. votre fils qui était un très bon et très digne sujet» (Serv. hist. Armée, A'. 1712, f. 67), mais l'addition à Sourches enchérit : « D'ailleurs on ne peut pas dire plus de bien d'un homme qu'on en a dit de lui après sa mort, et on en parla comme d'un homme qui aurait pu aller aux emplois les plus considérables» (t. VIII, p. 268 n.). Peu indulgent par nature, Saint-Simon lui-même assure dans un fragment inédit qu'« à trente ans, il promettait et tenait déjà tout ce qu'il était possible en tout genre» (BoisLisLE, t. XV, p. 574). Cependant les lettres de Barbezieux révèlent des particularités de sa conduite moins brillantes. Le 2 mai 1696 il avait écrit au père du colonel du Dauphin-infanterie: «Monsieur, je suis très fâché d'avoir à vous apprendre un ordre que le Roi m'a donné à l'égard de M. votre fils, qui ne vous plaira point. Sa Majesté informée du désordre avec lequel il a laissé venir le Régiment Dauphin dans toutes ses routes marchant avec le premier bataillon, frappant lui-même les paysans qui venaient se plaindre des vexations de ses soldats, et au lieu de les contenir il faisait entendre qu'il leur donnait la liberté entière de ne point marcher au corps, m'a ordonné d'expédier ses ordres pour l'interdire et en même temps l'envoyer dans la citadelle de Cambray où Sa Majesté veut qu'il aille afin que vous lui fissiez mesurer la correction qu'il mérite» (Service hist. Armée, Al. 1343, f. 20r°, cf. aussi 22r° et la confirmation du 15 mai 1696, f. 251r°). En outre les deux bataillons coupables eurent à payer 12 000 livres. Cette punition «pour l'exemple» perd pourtant de sa gravité quand on apprend par l'addition à Sourches (t. V, pp. 135 sq.) que ces déprédations avaient eu lieu en Champagne... sur les terres de Barbezieux lui-même et sur celles de son oncle l'archevêque de Reims. En revanche, Barbezieux était plus désintéressé quand il écrivait le 11 janvier 1700 au comte de Montberon: «Monsieur, j'apprends que Mr votre fils redoit au régiment Dauphin-Infanterie deux mille cinq cents livres, qu'il a pris de l'argent de la masse pour son usage particulier. Je n'en ai point voulu parler au Roi, parce que Sa Majesté ne voit pas avec plaisir qu'un colonel se serve de ce fonds-là pour des choses à quoi il n'est pas destiné; j'ai cru qu'il valait mieux vous en avertir, afin que vous puissiez prendre vos mesures pour obliger Mr votre fils à restituer cette somme entre ci à un mois. C'est à quoi je vous prie de tenir la main, et cependant de me croire...» (ibid., A'. 1456, f. 62r°).

Bien que Chamillart n'ait pas repris cette accusation, elle n'est que trop confirmée par la notation de Monnier de Richardin en date du 28 mars 1700: le marquis de Montberon retardait la nomination de deux enseignes pour «profiter de ces petits revenus pendant la vacance» (B.M. Douai, ms. 1374, p. 227 bis), par la lettre adressée le 24 mars 1703 de Strasbourg à un marchand par le jeune officier lui-même: «A mon égard, dès que j'aurai la parole de mon père du temps auquel il vous peut donner de l'argent, je vous le ferai savoir» (A.N., 306 AP 692), et surtout par plusieurs lettres adressées en 1704 et 1705 au comte de Montberon par le major du régiment du défunt, M. de Montmyral. Il lui écrivait en particulier le 24 septembre 1704: «Vous avez vu, Monsieur, par les lettres de feu M. le marquis de Blainville et par les écrits qu'il en a envoyés à Mgr l'archevêque de Cambrai et à vous, que feu M. le marquis de Montbron devait à la masse du régiment, lorsqu'il est mort, la somme de 17 300 et tant de livres... Je serais inconsolable si M. de Chamillart et le Roi même venaient à savoir, non seulement que quand il

20 novembre 1701

venait au régiment, M. le marquis y arrivait toujours sans une pistole..., mais même que toutes les fois qu'on lui envoyait à Paris des lettres de change de l'ustensile pour donner aux marchands, il en retenait toujours une partie pour ses besoins ou pour ses affaires particulières... Il y avait un tel dérangement dans ses affaires qu'il n'y avait pas un de ses valets a qui il ne fût dû, outre des années de gages, leur pain et leur vin de plusieurs mois, et qu'outre la somme ci-dessus de 17 000 et tant de livres, M. de Leautaud lui avait encore donné à mon insu l'ustensile de camp du 3e bataillon lorsqu'il resta à Sarbourg en 1702» (ibid.).

Cela peut expliquer la répugnance du marquis de Forest a lui donner sa fille (cf. supra, lettre du 26 août 1701, n. 13 sl.) et rendre p;ausible le bruit rapporté par la marquise d'Huxelles: «Il se dit que le fils de M. de Montbron était marié secrètement à la fille d'un Morin, grand joueur qui avait passé en Angleterre; qu'il avait un petit garçon de trois ans, la demoiselle étant au Chasse-Midi » (lettre du 11 février 1704, B.M. Avignon, ms. 1419, dans BolsLISLE, t. XV, p. 397 n.).

7. Belle confession pré-romantique qui se termine par une mention du je ne sais quoi. Celui-ci a apparu une dizaine de fois dans k Télémaque et, dans le Traité de l'existence de Dieu, il ne permet jamais à la créature de dire «Je suis» (H. GOUHIER, Fénelon philosophe, Paris, 1977, pp. 162, 200): aussi le «je ne sais quoi qui ne change point» ne peut-il ici être que Dieu.

8. Ce feuillet (f. 237r°-v°), dont les lignes sont un peu plus espacées que ce qui précède, constitue un post-scriptum indépendant ou même le début d'une autre lettre: à l'appui de cette seconde hypothèse on peut faire valoir que l'auteur des découpages (Mme de Montberon?) a donne à ce feuillet le n° 42 (raturé) alors que le reste de la lettre a le n° 40 et la lettre du 21 novembre 1701 le n° 41. L'incertitude subsiste pourtant et, en tout cas, le présent paragraphe, qui développe l'argumentation du début de cette lettre, ne saurait lui être postérieur que de quelques jours.

9. Portables à Paris, payables à Paris. Bon an mal an précise le chiffre de 1700.

10. Fénelon a écrit 25 000 (sic).

Il. Il doit s'agir des recherches dirigées périodiquement contre les traitants. Le texte curieux cité supra à la fin de la note 6 pourrait faire penser

à une petite-fille de Morin «le juif» (cf. sur lui la table de BOISL1SLE).

12. Lieutenant-général de Flandres, gouverneur de Cambrai etc... : quand il y renoncera volontairement, le comte de Montberon soulignera à

Chamillart combien il y perd (cf. infra, lettre du 21 octobre 1707, n. 4 sf.). La lieutenance générale rapportait 28 000 livres et le gouvernement de Cambrai 25 000 (DANGEAU, t. IV, p. 299, t. XII, p. 100, t. XIV, p. 33 — BoisLISLE, t. XV, p. 395).

13. Selon un usage très répandu, le contrat de mariage du comte de Souastre portait que le ménage serait logé et nourri par les Montberon (A.N., 306 AP 598, acte du 5 janvier 1697).

14. Nous voyons mal quel pouvait être ce péril: une séparation de M. et M"" de Colombines ou un second mariage après veuvage (cf. la fin du premier paragraphe de la lettre suivante)?

174 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 novembre 1701 [Novembre 1701] COMMENTAIRE 175

781. A LA MÊME

21 novembre 1701.

L. a., A.S.S., t. IX, ff. 238-239. Porte le n° 41.

I. Anne-Marie Gruyn, née vers 1641, était l'aînée de la future Mme de Montberon que son père lui confia par testament du 20 avril 1666 (A.N., 306 AP 694). Lors du partage du 9 juillet 1666, elle est désignée comme

«épouse de Jean-Paul de Choisy, chevalier, châtelain de Beaumont, d'Acqueville etc., intendant de la généralité de Mons, pays de Luxembourg et frontière de Champagne» (306 AP 695). Restée sans doute veuve sans enfants, elle logeait dans son appartement de la rue Saint-Honoré le marquis François-Charles de Montberon (inventaire après décès du 24 avril 1704, 306 AP 691). On devait compter sur elle pour faciliter le mariage de l'officier: Dangeau dira le 26 janvier 1704 (t. IX, p. 418) qu'elle lui aurait assuré 200 000 livres de son bien: ce sont d'ailleurs deux de ses petites-nièces de Souastre (d'Agny et de La Neuville) qu'elle désigna le 1" avril 1720 comme légataires universelles (306 AP 694).

2. La situation financière du marquis avait une importance capitale dans les négociations qui étaient alors en cours. Il n'était pas sans fortune personnelle. Le 31 janvier 1692 son oncle Eustache de Montberon, chevalier de Malte non profès, lui avait fait donation de tous ses biens (A.N., 306 AP 693). En novembre 1700 son père avait réussi à faire passer sur sa tête sa pension de 2000 écus (DANGEAU, 12 novembre 1700, t. VII, p. 415 — Mercure galant, novembre 1700, p. 174 — SOURCHES, t. VI, p. 303). Néanmoins les difficultés de ses parents (cf. infra, lettres des 4 mars 1704, n. 1, et 21 octobre 1707, n. 4 sf.) et ses dettes personnelles (cf. supra, lettre du 20 novembre 1701,

n. 6) faisaient qu'il dépendait de sa tante maternelle, Mme de Choisy, dont Dangeau écrira le 26 janvier 1704 qu'elle «lui assurait 200 000 livres de son bien» (t. IX, p. 41). Mais c'est précisément de ce côté que s'était produit le «mécompte» dont parle la lettre précédente.

Quoi qu'il en soit, le Journal historique annoncera — à tort — le ler décembre 1701 : «Le fils unique de M. de Montberon épouse une demoiselle d'Auvergne qui est aussi unique» et à sa mort l'addition à Sourches notera qu' « il était accordé à une fille qui avait 500 000 livres» (24 janvier 1704, t. VIII, p. 268 n.).

3. Les terres d'Auvergne dont il était question dans la lettre du 20 novembre sont celles de M. de Colombines dont la fille et héritière pouvait prétendre aux «plus grands partis». Il semble bien s'agir de Jeanne-Henriette d'Aurelle de Colombines, dame de Viverols, fille de Jean d'Aurelle, marquis de Colombines et comte de Viverols, sieur du Villars, gouverneur et capitaine d'Usson, et de Charlotte de Rochefort d'Ailly de la Tour Saint-Vidal. Son mariage avec Joseph de Montaigu de Beaune, comte de Bouzols, maréchal de camp (1719), puis inspecteur général de la cavalerie, mort en 1740, fit en réalité passer ces biens dans la maison de Montaigu (H. DURANDARD D'AURELLE, Généalogie de la famille d'Aurelle, Paris, 1906, pp. 11 sq.). La seule objection est que DERIBIER DU CHÂTELET (Dictionnaire historique et statistique du département du Cantal, Aurillac, 1852, t. IV, s.v. Molèdes) place ce mariage «vers 1698» — indication vague qu'on ne retrouve pas ailleurs. Le mémoire de l'intendant de 1697 (éd. Abel POITRINEAU, Clermont-Ferrand, 1970, p. 156) signale bien que M. de Colombines avait un frère cadet marié dans le Gévaudan, mais il n'est question ici que de l'Auvergne et il est peu probable qu'un cadet possédât un tel patrimoine — et que deux Colombines eussent au même moment des filles uniques à marier.

4. La Cour avait dû accorder une «affaire de finances» à l'ancienne demoiselle d'honneur de Madame (c'est ainsi que le Roi avait ordonné aux contrôleurs généraux de procurer toutes celles qu'ils pourraient à la duchesse de Noailles et à la duchesse de Guiche, cf. BOISLISLE, t. XXVII, pp. 48 sq.). Mais celle qui était échue à Mme d'Oisy paraissait à Fénelon trop incertaine pour mériter un voyage de remerciement.

5. Nous ignorons tout de ces «mauvais rapports», mais le comte ne pouvait ignorer que la soeur aînée de sa femme, Jeanne, «la plus jolie personne de la Cour », avait été fort «galantisée», si bien que son mari, le comte de Saint-Vallier, garde de la porte du Roi, avait vendu sa charge pour s'établir en Dauphiné (BoisLisLE, t. VI, p. 233 et t. XV, p. 460). M. d'Oisy devait d'autant plus craindre que sa femme ne cherchât à rentrer chez la belle-soeur du Roi comme dame d'honneur; sur la tutelle où il la tenait, cf. infra, lettre du 15 décembre 1701, n. 3.

6. Revenant bon, «ce qui revient de clair au profit du maître, quand son commis ou son officier a rendu compte» (FURETIÈRE).

7. M"" de Souastre.

781 A. DOM G. GERBERON A FÉNELON

[Novembre 1701].

Original non signé, en écriture contrefaite, A.S.S., pièce 5375. Imprimé en partie dans la Vie de Fénelon par Querbeuf. La date est fournie approximativement par la réponse de Fénelon (3 décembre 1701).

1. Nous avons le texte de deux autres lettres de dom Gerberon (qui se désigne lui-même chaque fois comme «l'inconnu») à Fénelon. Il s'agit ici de la première de ces lettres que Gosselin a placée arbitrairement avant le 6 juin 1698, mais que nous avons donnée à la fin de 1698 (n° 573 A).

2. En vrai disciple de Jansénius (il le fut beaucoup plus que les théologiens de Port-Royal), Gerberon reprend l'argument central du Liber Prooemialis de l'Augustinus.

3. Foudre était, au XVII' comme au XVIe siècle, d'un genre incertain et c'est surtout au sens figuré qu'on en faisait un masculin.

4. Gerberon est d'accord avec Fénelon pour souligner l'opposition entre le sort des Maximes et celui des apologies de leur auteur. Mais il le contredit en ramenant ce problème à celui du fait de Jansénius.

5. Dans sa lettre du 5 avril 1699, concernant surtout la réception en France du bref Cum alias. Cf. supra, les réflexions contenues dans la lettre de Fénelon à Chantérac du 17 avril 1699.

6. Périphrase à laquelle Gerberon a souvent recours pour se désigner lui-même.

176 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [novembre 1701)

7. Il s'agit de la Lettre d'un théologien à Mgr l'évêque de Meaux, auquel on démontre que M. de Cambrai n'a point tenu les erreurs et les fausses maximes qu'on lui a imputées, et que ce n'est point au sens de ce prélat qu'on a condamné son livre et les vingt-trois propositions qui en ont été tirées, signé N.N. et daté de Boisfranc, 16 juillet 1699. Cf. notre article de la Rev. Hist. Egl. Fr., 1957, pp. 173 sq. — les notes du R Léonard, octobre 1699, A.N.,

M. 767 (2), p. 91, et Nouv. de la Rép. des lettres, janvier 1700, p. 112.

8. Attitude que Gerberon déplore pour des raisons non seulement théologiques, mais financières. C'était pourtant la meilleure réponse aux critiques de la soumission de Fénelon.

9. Fénelon lui avait donné cette bénédiction à son insu en même temps qu'à tout le peuple assistant. Gerberon étant réfugié à Bruxelles (bien qu'il ait été reçu bourgeois d'Amsterdam, il avait été contraint à chercher asile en terre espagnole par sa polémique de 1690 avec P. Jurieu), on pense à la visite qu'y fit l'archevêque en septembre 1699. Mais le bénédictin avait pu aussi aller à Mons. Selon une tradition, le R Quesnel aurait de même vu Fénelon à travers une fenêtre de la rue de Famars lors de la procession de Valenciennes du 8 septembre 1712 (Arch. hist. et litt. du Nord, Valenciennes, 3e série, t. III, 1852, pp. 199 sq.).

10. [Jacques LE FÉVRE], Six lettres d'un docteur ou relation des assemblées, Cologne, 1701, réimpression de Lettre d'un docteur sur ce qui se passe dans les assemblées de la faculté de Théologie de Paris, A Cologne, chez M***, 1700: il est question des «erreurs» de M. de Cambrai dans la 4e Lettre, pp. 23 et 51.

11. Le Chrétien philosophe qui prouve combien sont certains et conformes aux lumières communes du bon sens les premiers principes sur lesquels sont fondées les vérités de sa religion et de la morale de l'Evangile, que le Saint Esprit a écrites par sa grâce dans le coeur du véritable chrétien (Lyon, 1701; voir le Journal des Savants, 17 juillet 1702, pp. 473-476; CONLON, n° 10595). L'ouvrage n'était pas dirigé contre Fénelon, puisqu'il avait été imprimé dès 1693, mais il avait été saisi avec La Beste à sept testes, ouvrage qui attaquait «la grâce suffisante» des jésuites «d'où sortent... sept capitales erreurs de morale», t. I, Cologne, 1693 et t. II, Cologne, 1694 (voir H.O.S., mai 1694, pp. 425-426 — CONLON, n° 6102 et 6565).

L'auteur de ces deux livres était Pierre Billard, né le 13 février 1653 à Ennée (Sarthe) et beau-fils d'un fermier général de Nevers. Il entra à l'Oratoire le 24 février 1671, mais il partit pour les missions de Perse (1677-1681 ?). A son retour, il passa plus d'un an auprès du cardinal Le Camus, puis se fixa à Paris où il fut aumônier des religieuses de la Roquette et prêtre habitué à Saint-Etienne-du-Mont ou à Saint-Séverin. Mais l'impression de La Beste à sept testes (1693), pamphlet dirigé contre les Jésuites, lui valut d'être emprisonné à Tours, à la Bastille, à St-Lazare et à St-Victor jusqu'au 3 octobre 1699. Il se retira alors à Chaillot et mourut à Charenton en mai 1726 (L. BATTEREL, Mémoires domestiques, t. IV, pp. 503-508 — RAVAISSON, Archives de la Bastille, Paris, 1877, t. X, pp. 25 sqq. et 37 sq. — E. JACQUES, Les Années d'exil d'A. Arnauld, Louvain, 1976, p. 597 n.).

Gerberon va dire qu'il a écrit Le Chrétien philosophe dénoncé à l'Eglise, mais on ne retrouve pas ce texte dans le ms. Amersfoort, Port-Royal 933 (cf. notre article de la Rev. Hist. EgL France, 1957, p. 189). [Novembre 1701] COMMENTAIRE 177

12. Il est vrai que Fénelon déclare souvent que sa soumission n'est pas une rétractation, mais il refuse d'admettre tout rapport entre cette distinction et celle que les jansénistes mettaient entre le fait et le droit: cf. sa réponse du 3 décembre 1701, n. 3.

13. Gerberon montre ici assez maladroitement qu'il pense au sens de Jansénius et même à l'Ecrit à trois colonnes.

14. Fénelon répliquera avec vigueur à ces conseils, où il verra avec raison le désir de renforcer le jansénisme par une attaque contre l'autorité de l'Eglise parallèle à celle des amis de Gerberon qui avaient travaillé à Rome à la condamnation des Maximes: «Je sais trop ce que l'Eglise souffre du scandale de telles disputes» (n. 4 de sa lettre du 3 décembre 1701).

15. Ces trois publications de Gerberon ont également pour titre Lettre d'un théologien à M l'évêque de Meaux. La première ajoute: touchant ses sentiments et sa conduite à l'égard de M. l'archevêque de Cambrai avec l'excellent traité de saint Bernard, De la grâce... Toulouse, 1698; la deuxième: où l'on réfute la fausse 'Apologie du véritable amour de Dieu'... Cologne, 1699; la troisième a été citée supra, n. 7 (voir les titres complets dans la Rev. Hist. EgL Fr., 1957, pp. 170-174).

16. Le passage naïf du théologien anonyme à je est courant sous la plume de Gerberon, habitué à des déguisements de toutes sortes.

17. Cf. sur E.H. Fricx, supra, lettre du 9 octobre 1699, n. 1.

18. Voir déjà la lettre de Fénelon du 31 décembre 1697, n. 5.

19. Fénelon stigmatise une telle «duplicité» dans l'avant-dernier paragraphe de sa réponse du 3 décembre 1701.

20. Gerberon avait joint à sa lettre la liste suivante (de la même écriture, A.S.S., pièce 5375 bis):

«Considérations sur les délibérations des assemblées provinciales, etc. Remarques sur le livre de M. l'évêque de Meaux.

Fausses accusations de M. de Meaux contre M. de Cambrai.

Les injures qui se trouvent dans les écrits de M. de Meaux contre M. de Cambrai.

Altérations et falsifications du texte de M. l'archevêque de Cambrai par M. l'évêque de Meaux.

Les justes plaintes de M. l'archevêque de Cambrai sur la conduite de M. de Meaux à son égard.

Fausses imputations de M. de Meaux et des deux autres prélats, réfutées par M. l'archevêque de Cambrai dans sa Réponse à leur Déclaration sur son livre.

Les défenses de M. l'évêque de Meaux repoussées par M. l'archevêque de Cambrai.

Les sentiments de M. l'évêque de Meaux touchant le plus pur amour, dénoncés etc.

Les sentiments moins exacts de messire Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, répandus dans son Instruction sur les états d'oraison, etc.

Sentiments de M. l'archevêque de Cambrai sur la grâce, condamnés par saint Augustin et par son école.

Jugement de la Critique générale de Télémaque.

Remarques sur le Christianisme éclairci.

178 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [Novembre 17011

Jugement d'un théologien sur la nouvelle Preface des Aventures de Télémaque.

Le Chrétien philosophe dénoncé à l'Eglise. »

Cette table des matières permet de suivre l'histoire de son manuscrit: il passa dans les mains d'Ernest Ruth d'Ans, puis dans celles de Thierry de Viaixnes et se trouve actuellement dans le fonds d'Amersfoort du Rijksarchief d'Utrecht avec le numéro «Port-Royal 933». Il porte le titre d'Apologie de M. de Cambray et contient un Avertissement du libraire et onze écrits, le dernier de la liste que nous venons de reproduire n'y figurant plus (cf. supra, n. 11). Nous avons longuement analysé ce recueil dans la Rev. Hist. Egl. France, 1957, pp. 188-204.

21. Abrégé de la docrine chrétienne touchant la prédestination et la grâce contre les Semi-Pélagiens calomniateurs de saint Augustin, A Utrecht, 1700 (signalé par dom TASSIN, p. 343 a). Ce petit écrit entreprenait sans doute de fonder l'approbation donnée par l'Eglise aux traités de saint Augustin contre les Pélagiens sur un appel à l'Ecriture (et forcément surtout à saint Paul), ce que Jansénius lui-même n'avait guère fait. On ne peut guère l'identifier à un des quatre ouvrages attribués par Conlon à Gerberon pour l'année 1700, pas même aux Estrenes et avis charitables à messeigneurs les inquisiteurs pour l'année 1700, s.l. (CONLON, 10074) ou à la Suite de la solution de divers problèmes, pour servir de réponse à la lettre du R Daniel à mgr l'archevêque de Paris (Cologne, Pierre Marteau, 1700). L'exiguïté de la pièce a sans doute entraîné sa disparition. On a donc le choix entre plusieurs brochures signalées par les bibliographes : Le Chrétien désabusé sur le sujet de la grâce, Leyde, 1701 (J. FRANÇOIS, Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de saint Benoît, 1778, t. IV, p. 87 — WILLAERT, 6733). Si le Traité historique sur la grâce et la prédestination, par l'abbé de Saint-Julien (Paris, 1699) ne convient guère par son sujet ni par sa date, on peut penser à l'Epitome doctrinae christianae quoad praedestinationem et gratiam, 1701, signalé par le P. Colonia (WILLAERT, 6730), à Un disciple de saint Augustin à un disciple de Molina, in-8°, 1700 (SOMMERVOGEL, Bibliographie de la Compagnie de Jésus, 1890, t. XI, 131, n° 952). Les titres vagues, Doctrine de l'Eglise sur la grâce, (Cologne, 1700; WILLAERT, 6564, d'après [CoLoNIA], Dictionnaire des livres jansénistes, Anvers, 1752, t. I, p. 507) et Instruction sur la doctrine de la grâce (1700, WILLAERT, 6587, d'après la même source) semblent renvoyer à un des ouvrages précédents. Cf. TASSIN, Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, Bruxelles, 1770, pp. 311-351, complété par H. WILHELM et U. BERLIÈRE, Nouveaux suppléments à l'histoire littéraire, t. I, Paris, 1908, pp. 242-245.

22. Gerberon avait publié en 1677 à Liège Le Miroir de la piété chrétienne qui avait fait scandale, même parmi les amis de Port-Royal et avait été mis à l'Index. Mais c'est un autre ouvrage de spiritualité sur un sujet voisin, La Confiance chrétienne appuyée sur quatre principes inébranlables, d'où s'ensuivent les principales vérités qui regardent le salut des hommes (Utrecht, 1700, cf. la Rev. Hist. Egl. Fr., 1957, p. 158) qu'il joignait à la présente lettre à Fénelon.

3 décembre 1701.

Imprimée en partie dans la Vie de Fénelon par A.M. RAMSAY et en entier par dom Toussaint Du PLESSIS (Histoire de l'Eglise de Meaux, 1731, t. I, p. 521).

1. 0.F., t. III, pp. 372 sqq.

2. Ibid., t. III, pp. 248 sqq.

3. Censura et Declaratio conventus generalis cleri gallicani congregati in palatio S. Germani in materia fidei et morum, Paris, Fr. Muguet, 1700.

4. Allusion aux libelles jansénistes dont G. Gerberon était un des principaux auteurs.

5. Réponse à l'argument que dom Gerberon tirait de la maxime «Curam habe de bono nomine» (cf. lettre précédente après la note 13).

6. Sensibilité, reconnaissance, «se dit aussi pour marquer le ressentiment d'un bienfait reçu» (FURETIÈRE).

7. Position classique des anti-jansénistes à l'égard des difficultés de saint Augustin. Fénelon en fait habilement un cas particulier de l'attitude prescrite par le concile de Trente pour l'interprétation des passages obscurs de l'Ecriture.

Beaumont raconta en 1732 cet épisode au marquis de Fénelon, en ajoutant que «l'abbé de Chantérac manda le tout au cardinal Gabrielli, et ce cardinal lui manda qu'il n'aurait point désapprouvé que ces ouvrages eussent été imprimés et publiés pourvu que M. de Cambrai ne pût paraître y avoir eu aucune part».

Fénelon semble n'avoir fait que suivre en cela les règles posées en 1654 par le P. François Annat dans ses Cavilla Jansenianorum, Paris, 1654, ch. 3, pp. 26-30: «Nullam esse certiorem viam ad cognoscendam Augustini sententiam quam Eccelsiœ interpretationem. Non licere nobis Augustinum [mortuum] interrogare de dubiis quœ circa ejus scripta suboriri possunt, adire autem Ecclesiam licere... prœsentem et loquentem». Le P. Annat allait cependant plus loin que Fénelon en identifiant l'Eglise et le Pape: «Si veram putamus ejus sententiam, cum sit certius veram etiam esse Summi Pontificis, certo concludendum non intelligi Augustinum ab iis a quibus trahitur in sententiam Pontifici contrariam» (cf. L. CEYSSENS, Franziskanische Studien, t. 59, 1977, pp. 222 sqq.).

783. Au DUC DE CHEVREUSE

3 décembre 1701.

Archives de Dampierre, éd. M. CAGNAC, La Quinzaine, 1904, pp. 29-30.

3 décembre 1701 COMMENTAIRE 179

782. A DOM G. GERBERON

1. Il s'agit d'un ouvrage d'apologétique auquel Fénelon travaille sans en envisager la publication. La fin du post-scriptum apprendra pourtant que les deux parties qui seront publiées sous le titre de Tivité de l'existence de Dieu

180 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 décembre 1701

[Entre le 8 et le 15 décembre 1701] COMMENTAIRE 181

étaient peut-être déjà rédigées (H. GOUHIER, Fénelon philosophe, Paris, 1977, pp. 128 sq.).

2. Allusion probable aux difficultés rencontrées par dom François Lamy pour faire approuver la réfutation de Spinoza more geometrico qui, composée vers 1684, ne put être publiée en 1696 dans Le Nouvel Athéisme renversé qu'accompagnée d'une autre partie où l'auteur empruntait la démarche de l'apologétique courante (ibid., pp. 177-179.).

3. Fénelon applique ici au domaine littéraire sa spiritualité du moment présent qu'il traduit ici dans les termes mêmes de Saint-Cyran.

4. Il est précisé un peu plus bas qu'il ne s'agit pas des «matières de la grâce» et, s'il parle les 31 janvier 1702 et 30 avril 1702 à Gabrielli de la question des rites chinois, Fénelon ne semble pas avoir jamais eu l'intention de l'approfondir. Il pense donc sans doute à l'obéissance à l'Eglise que les difficultés entraînées à Louvain par la signature du Formulaire (voir les deux mêmes lettres) mirent au centre de ses préoccupations avant même l'affaire du Cas de conscience.

5. En particulier la visite pastorale à Liessies dès la fin du même mois. Au printemps la tournée de confirmation de Fénelon sera particulièrement longue.

6. Chevreuse aurait en effet risqué une disgrâce en venant dès cette date à Cambrai. Fénelon voit d'ailleurs dans cette interdiction de Louis XIV une disposition de la Providence (cf. supra, n. 3).

7. Il s'agit du projet de mariage du vidame d'Amiens (pour lequel son père Chevreuse ne put obtenir qu'en 1711 une nouvelle érection du duché-pairie de Chaulnes) avec Elisabeth-Geneviève-Thérèse Chamillart. Il en avait été question dès le mois de décembre 1700 (SouRcHEs, t. VI, p. 333), mais, dès le 26 août 1701, Chevreuse disait ne plus y penser (cf. la note 5 de sa lettre de ce jour à Fénelon).

8. Le mariage de sa soeur aînée Marie-Thérèse Chamillart avec le duc de La Feuillade avait été déclaré le 13 novembre 1701 et célébré le 24 novembre (SouRcHEs, t. VII, pp. 143, 148, 156). Le 18 décembre Fénelon adressa ses félicitations à son père qui le remerciera le 17 janvier 1702.

9. «Le beau-père prétendu» avait toujours eu de bons rapports avec Fénelon, qu'il avait déjà rencontré quand il était intendant de Saint-Cyr (cf. supra, lettre du 17 août 1696, n. 1, t. V, p. 102).

10. Déjà contrôleur général des finances (1699), Chamillart avait en outre été nommé ministre d'Etat le 23 novembre 1700 et secrétaire d'Etat à la guerre le 8 janvier 1701.

11. Cette définition pouvait convenir aux deux parties de l'Existence de Dieu, d'autant que «philosophie mixte» caractérise la Première partie, écrite récemment, et «pur esprit sans imagination» la Seconde dont M. Gouhier (pp. 128 sqq.) place la rédaction vers 1687. «Philosophie mixte» correspondant aussi à la philosophie «populaire et sensible», genre auquel appartenait l'écrit que Fénelon avait envoyé au marquis de Montberon et qu'il réclamera le 6 janvier 1702 à sa mère.

12. P.P. est le duc de Bourgogne qui écrira le 22 décembre à Fénelon: «Rien ne me fait plus de plaisir que la métaphysique et la morale... J'en ai fait quelques petits ouvrages.»

13. S'agit-il de la Première partie publiée plus tard ou d'un «petit écrit perdu qui y servait de canevas» (GOUHIER, pp. 130 sq.)?

784. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[Entre le 8 et le 15 décembre 1701].

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. IX, ff. 242-243. «44 ou plus». Gosselin place cette lettre après celle du 15 décembre: pourtant il est ici question de la naissance de la petite-fille de la destinataire, tandis que dans l'autre il est parlé de son baptême. Les noms propres sont découpés maladroitement.

1. Onzième enfant des Souastre, Catherine-Henriette naquit à Arras le 8 décembre 1701 et reçut le nom de Mlle du Mesnil, familièrement Meny (A.N., 306 AP 597).

2. Amé Bourdon (1638 - 21 décembre 1706) fut la plus grande célébrité médicale de Cambrai. D'une ancienne famille à laquelle appartinrent plusieurs chanoines, il était fils de Gilles, ingénieur au service de l'Espagne et surintendant du Mont de Piété de Cambrai. Il fit diverses études scientifiques et ce n'est qu'à trente-sept ans qu'il prit ses grades à Douai. Rentré dans sa ville natale, il bénéficia de la protection de l'archevêque de Bryas, comme il le déclare dans la dédicace de son second ouvrage. La présente correspondance montre que les Montberon et Fénelon lui accordaient aussi toute leur confiance. Bourdon publia à Cambrai en 1678 ses Nouvelles tables anatomiques et en 1679 sa Nouvelle description anatomique de toutes les parties du corps humain : le succès semble en avoir été grand de leur temps (Mém. de la soc. d'émulation de Cambrai, t. 49, 1894. pp. 39-44).

3. Cette fête est évidemment Noël.

1. Le diocèse de Cambrai relevait à la fois de la généralité de Flandres (dont l'intendant était Du Gué de Bagnols) et de celle de Hainaut, confiée à Bernières. Chaque intendant recouvrait à la fois le don gratuit et la capitation des ecclésiastiques soumis à sa juridiction. L'intelligence de la présente pièce est gênée par l'absence de chiffres pour le Hainaut, évidemment bien connus du destinataire.

En 1693 l'ensemble du diocèse avait été taxé à 140000 livres et l'intendant Voysin avait obtenu de l'assemblée du clergé de Hainaut 40000 livres. En 1705 l'assemblée réunie au Quesnoy vota 8166 livres au lieu des 5200 accordées les années précédentes. Bernières assura au ministre qu'il «avait été témoin du zèle de M. de Cambrai» et fit valoir que «cette somme est considérable par rapport au petit nombre des ecclésiastiques et à leur peu de

785. A MAIGNART DE BERNIÈRES

9 décembre 1701.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 19-20.

182 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 décembre 1701

revenu... : il ne faut pas confondre en effet la Flandre, qui est fort riche, avec le Hainaut qui est bien différent... Enfin, dans cette province, les ecclésiastiques ne jouissent en général d'aucune exemption». Après la guerre de la succession d'Espagne, le clergé de Hainaut réclama un rabais, mais il fut débouté par un arrêt du Conseil d'Etat du 15 novembre 1718 (MossAY, pp. 211 sq.). Voir aussi sur cette «double subvention» correspondant aux deux intendances, la lettre du secrétaire Des Anges, A.S.S., pièce 4010, ainsi qu'A.D. Nord, ms. 284, pièces 183 à 186.

2. Outre le don gratuit qui leur était propre, les ecclésiastiques devaient payer la capitation, levée sur tous les Français en 1695 : supprimée après la paix, elle venait d'être rétablie le 17 mars 1701: les curés du Hainaut étaient taxés à 10 livres 10 sous et ceux du reste du diocèse à douze. Cf. infra, les lettres à Bernières des 5 et 13 juin 1702 et HASQUIN, p. 212.

3. Il doit s'agir des abbayes de Maroilles, près de Landrecies (vingt religieux, 30000 livres de rentes), de Liessies près d'Avesnes (vingt-cinq religieux, 25 000 livres), de Hautmont près Maubeuge (dix-sept religieux, 15 000 . livres), et enfin des chanoinesses de Maubeuge (cf. supra, lettre du 18 juillet 1699, n. 2) où les prébendes pouvaient valoir mille livres (J. HASQUIN,

p. 69, cf. p. 56).

4. Fénelon avait d'abord écrit : «Ces quatre articles seront bien payés. »

5. Le doyen de chrétienté d'Avesnes était Lecomte (1700-1725), mais celui de Maubeuge peut s'insérer entre Al. Dubray (après 1685?) et F. Grau (1720) (cf. LE GLAY, pp. 457, 467; voir aussi supra, p. 59, n. 1).

6. Cf. infra, lettre du 18 décembre 1701, n. 4.

786. A LA COMTESSE DE MONTBERON

15 décembre 1701.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. IX, ff. 240-241. Les noms propres sont découpés, mais Gosselin a su les reconstituer, sauf celui de Bourdon. Numérotée «44 ou 45».

1. Cf. sur Mme d'Oisy, supra, lettre du 2 avril 1701. Il s'agissait d'être marraine par procuration.

2. Catherine-Henriette de Souastre eut pour parrain Henri de Lorraine, gouverneur de Picardie et d'Artois, et pour marraine Catherine-Charlotte de Gramont, duchesse de Boufflers (A.N., 306 AP 597). Celle-ci était fille d'Antoine-Charles et de Marie-Charlotte de Castelnau et elle avait été mariée le 17 décembre 1693 à Louis-François, maréchal de Boufflers. Elle fut dame d'honneur de Marie Leczynska et mourut à Paris le 25 janvier 1739 âgée de soixante-neuf ans. Le 26 novembre 1701, elle avait été reçue avec beaucoup d'honneurs à Bruxelles où son mari commandait (SouRcHEs, t. VII, p. 152, cf. p. 167). Cf. infra, lettre du 9 avril 1702.

3. Cf. supra, lettre du 21 novembre 1701, n. 5. COMMENTAIRE 183

786 A. ANTOINETTE JAMET A FÉNELON

16 décembre 1701.

L. a., non signée, pliée, traces de cachet, A.S.S., pièce 546. Suscription: «A Monseigneur / Monseigneur de Fenelon Archevêque / Duc de Cambray / A Cambray / en Flandres.»

Sur Antoinette Jamet, voir supra, lettre du 11 novembre 1700, n. 1. Fénelon lui avait répondu deux fois (lettres perdues), mais venait de lui signifier qu'il cessait toute correspondance avec elle.

1. Un correspondant écrivait au P. Léonard le 25 novembre 1701: «J'ai appris qu'une religieuse qu'on n'a point voulu me nommer avait fait un parallèle entre les ouvrages de M. de Meaux et ceux de M. de Cambray. On dit que c'est un ouvrage fort bien écrit et qui renferme beaucoup de discernement. Il ne paraît qu'en manuscrit» (B.N., ms. fr. 19205, ff. 25-26).

2. Le ms. fr. 19653, ff. 233-235, contient une lettre d'Antoinette Jamet à Mabillon du 20 mars 1702.

787. A MAIGNART DE BERNIÉRES

18 décembre 1701.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 21-22.

1. Cf. supra, lettre du 9 décembre 1701.

2. La semaine qui précédait la Noël devait être fort chargée pour l'archevêque: en plus des cérémonies habituelles à cette date, il approuva le 17 décembre 1701 «in pleno concilio vicariatus» l'élection de dom Nicolas Payen comme abbé de Saint-André du Cateau-Cambrésis (A.D. Nord, 3 G 355).

3. Bien que Fénelon n'y allât qu'en tant que visiteur, il réunit au sujet de la conduite de l'abbé le plus grand nombre de témoignages possible (cf. infra, sa lettre à Chamillart du 6? janvier 1702).

4. Expression embarrassée: Fénelon ne semble pas souhaiter rencontrer l'intendant à l'abbaye où il devait pourtant savoir que celui-ci avait coutume de se rendre pour des retraites. C'est sans doute qu'il craignait que Bernières ne montrât de la partialité en faveur de Lambert Bouillon (cf. infra, ses lettres à Bernières des 4 janvier 1704, 14 et 25 avril 1705). Mais l'intendant ayant exprimé le désir d'y faire malgré tout sa «retraite» ordinaire, Fénelon lui en donne aimablement la permission le 30 et ils paraissent s'être mis d'accord pour «sauver » l'abbé, de sorte que Fénelon pourra vers le 6 janvier 1702 écrire sans ironie à Chamillart que Bernières s'était conduit en «bon évêque».

5. Cf. supra, lettre du 9 décembre 1701, n. 2.

6. Liessies (canton de Solre-le-Château, département du Nord) possédait une abbaye de bénédictins rendue célèbre au XVI' siècle par son abbé Louis de Blois. Mais son successeur était à cette date Lambert Bouillon (cou-

16 décembre 1701

184 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 décembre 1701

Novembre-décembre 1701 [ex 1703] COMMENTAIRE 185

rament nommé Lambert), né à Saint-Hubert dans les Ardennes en 1629. Il avait fait ses humanités à Luxembourg et sa philosophie à Cologne. Le curé de Saint-Hubert obtint de son ami l'abbé Gaspar Roger que Lambert fût admis à Liessies en 1650 et y fît profession l'année suivante. Il étudia ensuite avec succès la théologie à Louvain, fut ordonné prêtre en 1658 et aussitôt envoyé à Mons pour s'occuper des affaires de l'abbaye, sans doute en qualité de procureur. Il y étudia le droit canon et le recueil intitulé Les Chartres (sic) du Hainaut. En 1677 l'abbé François Louchière se trouvant hors d'état de s'acquitter de ses fonctions, Lambert lui succéda. Le Glay a retrouvé plusieurs de ses harangues et exhortations latines dont le style marque un esprit très cultivé. Une sorte d'oraison funèbre loue également les ouvrages qu'il fit exécuter dans l'église de l'abbaye: son goût artistique paraît avoir été indéniable. Mais il dépensait trop pour ses constructions, pour ses procès et pour l'établissement de ses nombreux neveux et nièces (sur le prévôt de Maubeuge, cf. supra, la lettre de Fénelon du 9 avril 1698, n. 7). Un nommé Pierre Desmoulins, de Mons, alla jusqu'à Versailles pour le dénoncer (cf. infra, la lettre à Chamillart du 6? janvier 1702). Nous verrons le litige se prolonger pendant des années, les deux adversaires ayant tour à tour provoqué des rebondissements. Cependant Lambert l'emporta en maladresse, jusqu'au jour où sa santé força à lui donner un coadjuteur en la personne d'Agapit Dambrinne. Il mourut peu après en 1708. Voir LE GLAY, Mémoires sur les archives des abbayes de Liessies et de Maroilles, Lille, 1853, pp. 12, 16, 29-30, 51, et surtout Arch. Hist. et Litt. du Nord de la France, 3e série, t. V, 1855, pp. 50-56.

7. Ces promesses visent moins à rassurer l'abbé que Bernières (cf. supra,

n. 4).

DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON

Novembre-décembre 1701 [ex 1703].

L. a. s., pliée, A.S.S, t. V, ff. 142-145. Gosselin a donné la date de [1703], mais la mention du Traité de l'Amour de Dieu oblige à considérer cette lettre comme antérieure au 19 décembre 1701, et les renseignements sur la soeur Rose confirment cette rectification. La recommandation faite à Beaumont le 20 novembre (n. 8) laisse pourtant croire que celle-ci est postérieure (cf. aussi la lettre à dom Lamy du 26 octobre 1701, note 13).

Quant au dernier paragraphe donné par Gosselin (sur le duc de Bourgogne), il correspond au f. 146, d'un format différent, qui appartient à la lettre du 12 juin 1705.

1. Nous ignorons les déplacements de Beaumont à partir du 5 février 1700 (A.D. Nord, 3 G. 1165*): il revint à Paris de septembre à novembre 1701, mais il est probable qu'il y avait fait un séjour à la même époque en 1700 (cf. infra, lettre du 7 septembre 1701, n. 9): d'où l'emploi du mot «retour» par dom Lamy.

2. Sa lettre du 3 février 1701 traitait déjà de la soeur Rose, et invitait Fénelon à reprendre la plume. Cependant il n'y était pas expressément question de la grâce. Il semble donc que la lettre dont il est fait mention ici soit perdue (cf. aussi le début de sa lettre à Fénelon du 19 décembre 1701, n. 3). L'opuscule de Fénelon intitulé «I" lettre au P. Lamy sur la nature de la grâce» (0.E, t. II, pp. 158-174) paraît nettement postérieur.

3. La duchesse de Mortemart, cf. supra, la lettre à Langeron du 18 septembre 1701, n. 5.

4. Eloge d'autant plus vif que les lettres de Blainville et de Fénelon lui-même donnent l'impression que la duchesse avait un caractère difficile (cf. supra, lettres des ter juillet 1700, n. 16, et 25 juillet 1700, n. 7).

5. Cant. VIII, 7.

6. C'est à cette période de fatigue nerveuse que les adversaires de dom Lamy ont attribué l'interruption de sa polémique contre le P. Malebranche (cf. supra, lettre du 13 décembre 1700, n. 1).

Ce Traité de la connaissance et de l'amour de Dieu parut en 1712 avec une approbation du 8 octobre 1710 et un privilège du 26 mars 1712. Voir le Journal de Trévoux, mars 1713, p. 552, et décembre 1713, pp. 2201 sq. Dom Lamy était mort le 11 avril 1711.

8. Cet ouvrage n'est donc pas une suite des querelles de 1697-1699.

9. C'est peut-être par Mme de Mortemart que le bénédictin connaissait le jugement de Fénelon sur ses ouailles.

10. Dom Lamy avait déjà rendu compte à Fénelon de la visite qu'il avait rendue au Luxembourg à Catherine d'Almayrac, dite alors «Mlle Rose» (cf. supra, lettre du 13 février 1701, n. 7). Elle lui avait alors annoncé un pèlerinage à Saint-Denys qui n'eut sans doute jamais lieu. En effet Pontchartrain avait à la fin de 1700 recommandé au lieutenant de police d'Argenson de surveiller sa conduite. Celui-ci répondit le 10 février 1701: «Le nombre des dupes et des protecteurs de la soeur Rose augmente de jour en jour. Il semble néanmoins qu'on a plus de peine à la voir et qu'elle est ou plus circonspecte ou plus défiante... Elle a su ce qu'on disait de cet ancien procès qui fit tant de bruit à Toulouse il y a quinze ans et elle a eu envie de se pourvoir par devant ses juges d'Eglise pour en poursuivre la rétractation: mais une réflexion plus sage ou la crainte de faire douter de son humilité l'ont apparemment retenue» (Revue Fénelon, t. I, p. 88; cf. A.N., CO 362, f. 29 et f Clairambault 692, ff. 283v° et 324v°, 693, f. 94v° — BOISLISLE, t. VIII, p. 504).

De son côté Bossuet essayait de se renseigner auprès de M. de Saint-André, curé de Vareddes. Ses billets des 21 et 29 janvier 1701 montrent qu'il connaissait les voyages de soeur Rose à la Trappe, ainsi que les interprétations qu'en donnaient amis et adversaires. Il finissait par la recommandation: «Sachez tout, je vous prie: c'est une chose très importante. Je ne veux être mêlé ni de près ni de loin dans cette affaire, mais il faut être informé de tout» (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 24, 31 sq.).

Quant au cardinal de Noailles, revenu de Rome le 28 janvier 1701, il calmait l'impatience d'Argenson, mais faisait en même temps des reproches à son frère l'évêque de Châlons, ancien élève de J.-J. Boileau et aussi enthousiaste que lui pour la soeur Rose: «prévenu en faveur de ses actions extraordinaires, il lui écrit souvent. Il prétend que la plupart des saints que l'Eglise honore aujourd'hui ont été regardés» avec suspicion «comme la soeur Rose» (information anonyme dans A. DURENGUES, M Boileau de l'Archevêché, Agen, 1907, p. 301). Voici comment il se défendait dans des lettres au cardi-

186 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Novembre-décembre 1701 [ex 1703]

nal du 14 février 1701: «Je vous suis très obligé de votre lettre du W. J'y vois des témoignages de tendresse qui m'ont fait beaucoup de plaisir; elle m'en aurait fait davantage si j'y avais vu moins de réserve, et si vous m'y eussiez fait part avec confiance de ces mauvais discours sur mon dernier voyage qui vous affligent, et qui font tort à ma réputation... Je me suis mis fort peu en peine de savoir ce qu'on disait de moi, de mon voyage, de ma liaison avec Mlle Rose, je ne songeais depuis mon retour qu'à bien gouverner mon Eglise... C'est pourquoi je vous prie... de me vouloir apprendre ce que vous en savez et où il faut que je me lave. Je n'en suis pas en peine pourvu que j'aie affaire à des gens qui veuillent un peu approfondir... » et du 27 février 1701: «Je sais à présent, mon cher frère, une partie des bruits ridicules qu'on a jugé à propos de débiter sur mon compte: je ne puis m'imaginer qu'il y ait eu quelques personnes de bon sens qui y aient ajouté foi; on n'y a pas même gardé la règle du vraisemblable; on ne peut les avoir débités que par le plaisir que l'homme trouve à médire. Je ne donnerai pas à ceux qui en sont les auteurs celui d'en être fâché, je les laisserai tomber avec la même tranquillité que j'ai appris qu'ils s'étaient élevés. Je suis bien aise que nos anciens amis les Quiétistes n'aient rien pu reprendre avec quelque couleur que ce qu'ils ont inventé: quand on peut mentir et calomnier sans péché, on le fait hardiment... On me mande que vous avez écrit sur les lieux pour vous informer de mon amie. Je m'en réjouis, cela est dans les règles; comme d'examiner dans ce pays si elle a mérité que M. le lieutenant de police se mêlât de ses affaires, comme il le voulait si vous ne l'eussiez arrêté; ou même si vous voulez plus approfondir la matière, connaître dans quelle voie elle est. Jamais je ne m'éloignerai de cette manière d'agir; peut-être que je la suivrais moi-même plus exactement que ceux qui commencent par condamner ce qu'ils ne connaissent pas... Je vous ai envoyé M. de Mommatton qui est pleinement instruit de ce qui regarde Mile Rose. M. Boileau l'est aussi de ce qui me concerne. Au reste je ne reconnais d'autres règles de ma conduite personnelle, de celle de mon domestique et de mon diocèse, que l'Evangile, les saintes Ecritures, les saints canons et la tradition des saints Pères : je fais profession de ne m'en point écarter un seul moment de ma vie. Je juge sur cela ce qui peut venir de lumières extraordinaires, je blâme et déteste celles qui y seraient contraires, je ne restreins point le bras tout puissant de notre Dieu; s'il lui plaît de répandre ses dons dans quelque âme choisie, je les respecte; s'il veut que j'en sente quelque fruit, je l'en remercie, et je m'en sers pour remonter à la règle. Je ne puis nier sans ingratitude que je n'aie beaucoup d'obligations à Mile Rose. Je ne parle pas de mes vapeurs, dont elle m'a si absolument guéri qu'elles ne sont pas revenues depuis. Mais elle a connu de loin ce qui se passait ici, et est entrée dans un détail d'actions si secrètes, si particulières, que je ne puis y faire réflexion sans étonnement; et quelle a été la fin? de me porter à me rappeler mes devoirs de chrétien et d'évêque et à les remplir avec fidélité et avec un bon conseil. Qu'y a-t-il, mon cher frère, de condamnable, de méprisable et d'imprudent dans ces maximes?» (A.S.S., ms. 1996, correspondance originale du cardinal de Noailles, ff. 17, 21 sq.).

Mais L.-A. de Noailles semble avoir eu plus de confiance au témoignage de M. de Saint-Louis, officier très considéré qui avait logé soeur Rose en août 1700 dans les dehors de la Trappe où il était retiré (BOISLISLE, t. VIII, pp. 502 sqq. — DURENGUES, pp. 266 sq.). Par égard pour son frère et pour son

Novembre-décembre 1701 [ex 1703] COMMENTAIRE 187

conseiller Boileau, il évita l'éclat d'une information ou d'un procès, mais il était pressé par le Roi (A.N., 01 362, f. 66, lettre du 19 février). Dangeau annonçait donc le 27 février 1701 qu'il avait «chassé du diocèse de Paris une prétendue dévote qu'on appelle soeur Rose» qui «logeait au Luxembourg chez Mme de Vibraye» (t. VIII, p. 45). Le nonce extraordinaire Gualterio avait annoncé dès le 21 février 1701 cette décision que «tout le monde louait» (A.V., Francia, t. 201, ff. 257-258r°). Dom Lamy retarde cette décision jusqu'à Pâques (27 mars 1701), mais il ne parle pas du séjour que fit la proscrite chez Mme de Harlay à Compains dans le diocèse de Meaux. C'est peut-être à cette occasion que l'évêque de Châlons envoya en avril 1701 à Bossuet une apologie dont le sommaire nous a été conservé: «Il se plaint de ce [que] quelques-uns de ses amis censuraient sa conduite au sujet de Mlle Rose. Il dit la connaître plusieurs années [surcharge: huit années environ], que c'est une fille humble, retirée, etc., qui ne se mêle point de diriger, ni de dogmatiser; elle est souffrante [surch.: et le visage d'un mort plutôt que d'une personne vivante]. Que M. de Meaux a estimé lui-même la connaissance qu'elle avait sur le quiétisme; qu'il ne conçoit pas ce qu'on peut reprendre dans le voyage qu'elle avait fait à Châlons, ayant su que son carrosse s'étant renversé il s'était blessé, que pour lui épargner les chagrins [surch.: dégoûts] des voitures publiques, il lui avait envoyé son carrosse; qu'il avait souvent éprouvé que Dieu donnait sa bénédiction à sa charité et à ses remèdes; que pour son voyage de lui, évêque, à Paris après sa guérison il avait cru avoir besoin de faire une retraite; que M. Boileau de l'archevêché et M. le comte du Charmel pouvaient rendre compte de la manière dont il avait employé son temps à l'Institution; qu'il serait à souhaiter que plusieurs de ses censeurs ne vissent de personnes du sexe que celles qui ressemblent à Mile Rose, et par le visage et par les moeurs; que s'ils continuent à l'attaquer, il saura bien se défendre et d'une manière qu'il les couvrira peut-être de confusion» (papiers Léonard, A.N., M. 859, 8, pièce 3).

Mlle Rose n'en fut pas moins contrainte de se retirer en mai 1701 du diocèse de Meaux (BoisLisLE, t. VIII, p. 87 n.). Nous la retrouvons du 7 juin au 24 août 1701 chez une autre protectrice à Vibraye dans le diocèse du Mans (BoisusLE, t. VIII, pp. 506 sq.). L'évêque, Mgr de Tressan, chargea verbalement le curé du lieu d'une enquête. J.-J. Boileau perdit alors confiance et écrivit le 6 juin 1701 à M. de Châlons: «La personne dont il s'agit est sur le point de retourner en province, à moins que Dieu fasse un miracle pour la retenir... On fait courir des pièces qui éblouissent ceux qui ont les yeux tendres et qui ne sont pas instruits. Que le monde est méprisable! Que Dieu est aimable ! » (DURENGUES, p. 267 n.).

11. Le curé de Vibraye n'était autre en effet que Jean-Baptiste Thiers (Chartres, 11 novembre 1636 — Vibraye, 28 février 1703), le plus célèbre critique des superstitions et dévotions populaires. A peine âgé de vingt-deux ans, après d'excellentes études, il enseigna en seconde au collège du Plessis. Il prit ensuite le baccalauréat en théologie et obtint en 1666 la cure de Champronden-Gastine au diocèse de Chartres, qu'il permuta en janvier 1672 avec celle de Vibraye. Les interrogatoires qu'il fit subir les 14 et 16 juillet 1701 à la béate Rose (DURENGUES, pp. 242-289) sont mis en oeuvre dans la Question curieuse qu'il en tira sans doute lui-même (BOISLISLE, t. VIII, pp. 461 sqq., 507 sqq.). Il s'était documenté auprès de l'abbé de Moussy à Rodez

188 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 décembre 1701

22 décembre 1701 COMMENTAIRE 189

(DURENGUES, pp. 290 sqq., 301 sqq.) et même auprès de dom Lamy sur sa visite au Luxembourg (supra, lettre du 3 février 1701, n. 23): cela explique que dom Lamy fût au courant de ses intentions de publication (qui ne se réalisèrent d'ailleurs pas).

Il est probable qu'en partant de Vibraye la soeur Rose se réfugia à Annecy. Elle avait pourtant conservé ses fidèles, et le P. Massoulié, alors vicaire général du Maître des Frères Prêcheurs, qui ne l'avait cependant sans doute jamais rencontrée, écrivait en 1702 au cardinal de Noailles: «... J'ai appris que Mlle Rose de la Croix avait eu quelque disgrâce à Paris. Je ne sais pas en particulier ce que c'est. Votre Eminence la connaît assez pour faire un juste discernement de tout. Il n'est pas extraordinaire que les âmes les plus saintes souffrent quelque persécution. Il est même quelquefois nécessaire pour tempérer l'éclat que leur vertu ferait. Votre Eminence en sera juge, et je suis assuré que son jugement sera très équitable» (l.a.s., Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 1154, f. 15v°).

Catherine d'Almayrac n'en mourut pas moins dans l'obscurité à Annecy le 12 avril 1722 (BolsusLE, t. VIII, p. 509). On trouve des extraits du rapport de J.B. Thiers dans R. MANDROU, Possession et sorcellerie au XVII' siècle, Paris, 1979, pp. 244-272.

LE MÊME AU MÊME

19 décembre 1701.

12. Eccli. XIX, 1. Ces discours se trouvent dans le Recueil de plusieurs pièces d'éloquence et de poésie présentées à l'Académie française pour les prix de l'année 1701, Paris, J.-B. Coignard, 1701; cf. le Journal de Trévoux, janvier 1702, pp. 20-33.

13. Jacques II était mort à Saint-Germain le 16 septembre précédent.

14. Jacques Drummond, duc de Perth en 1696, grand justicier (1682), puis grand chancelier d'Ecosse (1684), converti au catholicisme en 1685, prisonnier du 25 décembre 1688 au 28 juin 1693, se rendit d'abord à Rome puis à Saint-Germain où il fut nommé premier gentilhomme de la chambre, grand chambellan du roi et gouverneur du prince de Galles (juillet 1696). 11 mourut à Saint-Germain le 10 mai dans sa soixante-huitième année (cf. URBAINLEVESQUE et BOISLISLE, tables).

15. Dom Jacques de la Cour, nommé abbé le 24 décembre 1698, eut ses bulles en avril 1699, résigna en 1713 et mourut le 25 mai 1720 à soixante-trois ans (BoisLisLE, t. V, p. 403).

16. Cette lettre est datée du 10 septembre. Dom Lamy ne paraît pas connaître celle que le duc de Perth adressa au même correspondant en date du 9 octobre 1701 : l'une et l'autre ont été copiées par le P. Léonard (BOISLISLE, t. IX, pp. 425-432).

17. Fénelon avait pourtant mentionné dom Lamy dans l'« agenda » dont sa lettre à Beaumont du 20 novembre 1701 rappelait les articles, et il terminait sa lettre au bénédictin du 26 octobre 1701 par les mots: «J'espère que l'abbé de Beaumont m'apportera de vos nouvelles».

787 B.

L. a. s., pliée, A.S.S., pièce 731.

1. Il semble donc que Langeron fût parti pour Cambrai avec l'abbé de Beaumont en novembre ou décembre.

2. Réponse à la lettre de Fénelon du 26 octobre 1701 sur les sécheresses spirituelles. Cf. infra, lettre du 3 mars 1702.

3. La question du P. Lamy relative à l'identification de la grâce actuelle («gratia ad singulos actus datur») avec la délectation indélibérée n'obtiendra de réponse que plus tard, dans la 1" Lettre de Fénelon au P. Lamy (cf. supra, lettre n° 787 A de dom Lamy de novembre-décembre 1701, n. 2).

4. Commandée par la volonté. Fénelon avait traité avant le bref Cum alias de l'espérance et des vertus «commandées par la charité».

5. Par la «prière du pauvre».

6. Cf. Luc XI, 10 sq.

7. Ne doit-on pas voir ici l'opposition de la prière liturgique des bénédictins à l'oraison mentale?

8. Ep. 130 (ou 131) à Proba, ch. X, n. 20, PL., t. XXXIII, c. 501, cf. la fin de la «Première lettre» de Fénelon à dom Lamy, 0.E, t. II, p. 174.

9. Reg. XX, PL., t. LXVI, col. 480.

10. Reprise des expressions de saint Augustin (cf. supra, n. 8).

11. Dom Lamy avait déjà reproché à Fénelon au début de sa lettre du 3 février 1701 de «garder le silence», de «supprimer les lumières que Dieu vous donne sur tant d'autres sujets... que les matières qu'on a agitées». Voir, sur les raisons de Fénelon, supra, lettre du 26 octobre 1701, notes 1 et 14. 787 C. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

22 décembre 1701.

Copie de la fin du XVIIIe siècle, A.S.S., t. I, ff. 40-41. Fragments imprimés par PROYART, Vie du Dauphin, père de Louis XV, t. I, p. 83.

1. Le prince n'avait donc eu aucun rapport avec son précepteur depuis juillet 1697.

2. La reprise de la guerre augmentait pourtant beaucoup les chances d'une campagne du duc de Bourgogne en Flandres. Mais il ignorait si Louis XIV lui permettrait de rencontrer l'archevêque.

3. Cf. supra, lettre à Beauvillier du 30 novembre 1699, n. 51.

4. Cette «conversion» avait été une conséquence de la fièvre qui avait semblé devoir emporter le 10 août la duchesse de Bourgogne (DANGEAU, t. VIII, pp. 165-171). Son mari écrivait le lendemain à Beauvillier: « Dieu m'a fait bien des miséricordes, mon cher duc, dont vous avez été témoin; mais il m'en fit encore hier matin une qui m'est bien sensible... Je fus à une heure près de perdre Mme la duchesse de Bourgogne... Je me mis à prier Dieu, je détestai en sa présence mes péchés, car je crois avec fondement que Dieu m'en punissait par là... J'ai renouvelé en cette occasion toutes mes bonnes résolutions. Dieu m'a tiré du refroidissement où j'étais depuis un très long temps... Vous vous souvenez bien de ce que je vous dis il y a environ un an... et comme je craignais ce qui me vient d'arriver... Dans mon refroidissement

190 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 30 décembre 1701

Fin 1701 COMMENTAIRE 191

j'eus toujours néanmoins bonne intention, et j'ai eu plusieurs pressentiments de ce qui m'est arrivé» (VoGüÉ, Le duc de Bourgogne et le duc de Beauvillier, Paris, 1900, pp. 118 sq., 191). Le 7 octobre 1701 Beauvillier lui-même écrivait à Philippe V: «M. le duc de Bourgogne me paraît, Sire, faire un progrès sensible dans la piété» (LIZERAND, p. 488).

5. «On peut voir dès maintenant poindre le défaut dominant de ce prince... dont les goûts... semblent l'éloigner de la vie publique et le détourner de sa vocation» (DELPLANQUE, p. 52).

6. Fénelon parlera le 14 novembre 1712 au P. Martineau de ses conversations sur la métaphysique avec le duc de Bourgogne, pourtant bien jeune. Dès le 3 décembre 1701 (notes 11 sq.) l'archevêque annonçait à Chevreuse l'envoi d'un ouvrage «propre pour le P.P. » en attendant ce qui sera le Traité de l'existence de Dieu avec ses deux parties, «la philosophie mixte» et «la métaphysique qui regarde le pur esprit sans imagination». Le présent passage fut une incitation à achever ce projet (H. GOUHIER, Fénelon philosophe, Paris, 1977, p. 129).

7. Delplanque conclut (p. 52): «Reconnaissance, affection inaltérable, grandie par l'épreuve, mêlée d'admiration et de pitié... élévation de sentiments, d'idées, de goûts, docilité presque excessive, délicatesse de conscience qui tourne au scrupule, tout cela exprimé dans la langue la plus simple, celle que Fénelon avait enseignée à son élève comme la meilleure, tel est ce billet charmant, vrai chef d'oeuvre de délicatesse».

A MAIGNART DE BERNIÈRES

30 décembre 1701.

L. a. s. Publication partielle en fac-similé, Catal. V. Degrange, n° 30, 1934 (7941). Copie du milieu du XIXe siècle, A.S.S., pièce 241. Manque dans les éditions.

1. On notera l'habileté de Fénelon qui, après avoir essayé dans sa lettre précédente d'empêcher Bernières de venir à Liessies pendant sa visite, s'incline ici devant son obstination et enveloppe sa volte-face de formules si aimables qu'il pourra assurer, vers le 6 janvier 1702, que l'intendant n'est venu à Liessies qu' «à sa prière». Une concession, somme toute de faible importance, lui permettait ainsi de sauvegarder le principe de l'indépendance du pouvoir ecclésiastique. Fénelon le soulignera le 18 janvier 1702 à Bernières lui-même: «Vous voyez par là, Monsieur, que ce n'était pas sans nécessité que j'ai gardé les formes de la visite.»

789. Au CARDINAL GABRIELLI

Fin 1701.

Copie fin XVIIIe siècle, A.S.S., ms. 2054, ff. 33-66; une copie par l'abbé de Beaumont fournit le début de la lettre, ibid., ff. 27-31. Publiée en 1823

par Gosselin dans son t. XV et reprise dans les t. V, pp. 188-203, la dis-

sertation De Ecclesiae infallibilitate circa textus dogmaticos, occasione libelli cui titulus: 'Via pacis, seu status controversiae inter theologos Lovanienses'

est insérée dans une lettre à Gabrielli. Le P. Colonia ayant daté la Via pacis de 1702, Gosselin a vu dans cette pièce une réponse à la lettre de Gabrielli

du 30 avril 1702 (0.E, t. I, p. 71). Il semble bien au contraire que l'opusculum dont il est question dans cette dernière n'est autre que le présent traité. D'ailleurs la Via pacis a paru dès 1701 (Liège, in-4° de 60 p. WILLAERT, n° 6788, en signale un exemplaire à l'abbaye d'Averbode, Limbourg).

Le début de cette lettre répond à celle de Gabrielli du 23 octobre 1701. La formule initiale «Recentes E.V. litteras» invite à la placer avant celle que

Fénelon adressa le 31 janvier 1702 au même destinataire, la réponse de Gabrielli du 30 avril 1702 faisant supposer que le cardinal avait l'une et l'autre sous les yeux: il aurait alors gardé six mois le silence, ce qui est normal de sa part.

1. Dès mars 1701, Clément XI avait essayé de maintenir la neutralité de l'Italie dans la guerre entre l'Empire et la France et, le 21 novembre 1701, il

avait nommé Spada, Fieschi et Zondadari nonces extraordinaires pour la paix à Vienne, Paris et Madrid (PASTOR, t. XV, pp. 17-20). C'est à cette dernière initiative que Fénelon pense sans doute surtout.

2. Allusion probable au sermon pour la fête des Saints Apôtres dont Gabrielli lui avait parlé le 23 octobre 1701.

3. Le mot sagacissimus renvoie d'une façon particulièrement nette à la lettre écrite par le cardinal le 23 octobre 1701, n. 2: il s'agit donc de J.L. Hen-

nebel. Plenus rimarum est tiré de l'Eunuque de Térence I, 2, v. 25, qui,

d'après Forcellini, l'applique à un homme incapable de garder un secret. Mais peut-être Fénelon lui donne-t-il le sens de prodigue («panier percé»).

On reprochait en effet à Hennebel, député de l'Université de Louvain, de

faire une trop «grande figure à Rome». ([RoBILLARD D'AVRIGNY], Mémoires chronologiques et dogmatiques, s. 1., 1723, t. III, pp. 417-420). Appliquée

par le Memoriale clam legendum (XII) aux dames de la duchesse de Bourgogne (0.E, t. IV, p. 456), l'expression désigne en revanche des «fentes à l'orthodoxie». Il nous semble que c'est le sens que cette expression a ici.

4. Sur l'examen prescrit par Innocent XII, cf. infra, lettre au même du 31 janvier 1702, n. 3.

5. C'est au consistoire du 5 décembre 1701 — donc un an après son avènement — que Clément XI avait désigné le Savoyard Charles Thomas Mail-

lard de Tournon comme légat a latere muni de pleins pouvoirs pour régler le litige sur les rites en Asie orientale et en Chine (PASTOR, 1930, t. XV, p. 298). Cf. infra, lettre du 24 mars 1709, n. 14.

6. L'empereur mandchou Kang-Hi avait permis en 1692 la prédication du christianisme en Chine. Se sachant menacés à Rome, les jésuites de Pékin

dressèrent un décret attestant le caractère purement civil du culte de Confucius et de celui des ancêtres, le firent signer par l'Empereur et l'envoyèrent le 3 décembre par quatre voies différentes en Italie où il arriva en novembre 1701. Sept cents exemplaires de la déclaration furent répandus à Rome même. Il est bien probable que Fénelon en avait connaissance et la jugeait décisive.

7. III Reg. III, 28.

788.

192 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Fin 1701

8. /// Reg. I V, 29, 34.

9. Cf. infra, n. 15.

10. Voir, sur la date de l'opuscule, le début du commentaire de cette lettre. La Via paris est couramment attribuée à Fouillou ou à Hennebel, mais une lettre inédite du docteur de Louvain Antoine Parmentier à Fénelon lui apprendra le 12 octobre 1713 que «lorsque l'écrit... parut ici, on était assuré que M. Opstraet en était l'auteur, et on ne doutait point que cet écrit ne comprît le véritable sentiment du parti et qu'il avait été revu et corrigé par les principaux» (Grand Séminaire de Gand; y voir aussi la réponse de Fénelon du 18 novembre 1713 sur «le duplex sensus obvius et le changement de phrase qui est expliqué dans l'écrit intitulé Via paris»).

Il. Nous jugeons inutile de reproduire ici le corps de cette lettre: «Caput Primum. An Ecclesia infallibiliter judicet quis sit alicujus propositionis verus naturalisque sensus.

Caput II. An possit aliqua propositio catholica esse in vero et naturali sensu, juxta grammaticorum regulas; simulque hœretica in vero ac naturali sensu, juxta regulas Ecclesiae. »

Il s'agit en effet d'un opuscule polémique que Fénelon essaiera de faire paraître en librairie - sans doute par les soins de Gabrielli (cf. la réponse de celui-ci du 20 octobre 1702) -, mais dont le cardinal n'est qu'un des lecteurs possibles.

12. A l'inverse de ce qui les précède, ces deux derniers paragraphes visent à obtenir du correspondant des démarches immédiates et relèvent par là du genre épistolaire.

13. A l'occasion des tentatives d'accommodement que l'évêque de Comminges, Gilbert de Choiseul, conduisit avec le jésuite Ferrier, les jansénistes proposèrent le 23 janvier 1663 Cinq articles qui représentaient leur véritable pensée sur les Cinq propositions, qu'ils condamnaient. Ces articles étaient l'oeuvre des docteurs Lalane et Girard, mais tous les théologiens du parti y souscrivirent et, sur la demande de Choiseul, ils furent envoyés au Pape en guise de profession de foi. Sans doute six cardinaux firent décider le 21 juillet 1663 de ne pas répondre directement parce que ces articles contenaient des expressions ambigües sur lesquelles on pourrait discuter à l'infini. Néanmoins, un bref adressé le 29 juillet par Alexandre VII aux évêques français les félicitait d'avoir obtenu «ut multi, iique ceterorum nomine primarii... ad saniorem doctrinam inducti sint». Bien que des prélats réunis le 2 octobre 1663 à Paris aient au contraire parlé à ce propos d' «équivoque» et même d'« hypocrisie», les Cinq articles ou Coram ne furent jamais condamnés et mirent au contraire pratiquement fin aux discussions sur la question du droit, de sorte que, quand la Paix de l'Eglise eut provisoirement réglé la question du fait, Innocent XI et Innocent XII traitèrent favorablement Arnauld et ses amis français et belges (de la bibliographie immense du sujet, nous indiquerons simplement H. DUMAS, Histoire des cinq propositions de Jansénius, Trévoux, 1702, t. I, pp. 277-285, 353 sqq. etc. et PASTOR, t. XIV, 1, 1943, pp. 475-478).

14. Epist. int. Cypriani XXXI, ed. BALUZE, p. 43.

15. On remarquera avec quelle prudence Fénelon suggère un changement de la politique pontificale: il n'ose même pas demander à Gabrielli de montrer au Pape cet écrit qu'il feint de n'avoir composé qu'à l'intention

5 janvier 1702 COMMENTAIRE 193

du cardinal lui-même (d'où sa présentation fallacieuse comme lettre). Mais voir la lettre de Gabrielli du 20 octobre 1702, 2e §.

790. A LA COMTESSE DE MONTBERON

5 janvier 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 244-245, portant le n° «45 ou 46». Le nom de Bourdon a été découpé deux fois.

1. Fénelon venait de faire la visite canonique de Liessies.

2. Ce développement rappelle la manière de Mme Guyon, quoiqu'il diffère du commentaire que celle-ci avait donné d'Exode II, 1 sqq. (La sainte Bible, t. I, Paris, 1790, pp. 231 sqq.). Fénelon pense d'ailleurs au sacrifice d'Isaac et il n'est pas étonnant qu'il retrouve des expressions que le texte de Genèse XXII avait inspirées à la malheureuse mystique (ibid., t. I, pp. 116-125). Cf. infra, la lettre de juillet 1708 à Mme de Montberon, n. 3.

3. Mme de Souastre.

4. Sans doute Mme d'Oisy.

791. A LA MÊME

6 janvier 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, f. 246, numérotée «46 ou 47».

1. La périphrase convient à la Première partie du Traité de l'existence de Dieu, la seule qui ait été imprimée du vivant de Fénelon (en 1712), bien que la Seconde fût très antérieure. Le texte, ou du moins l'ébauche de cette Première partie avait été envoyé le 3 décembre 1701 à Chevreuse à l'intention du duc de Bourgogne, et Bossuet signalera le 5 juin 1702 à Noailles que cet écrit, qu'il croyait intitulé «de l'excellence de Dieu», circulait à Paris (H. GouHIER, Fénelon philosophe, Paris, 1977, pp. 128-131, 163, 201).

792. A MAIGNART DE BERNIÉRES

6 janvier 1702.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 23-24.

1. Les mêmes expressions se retrouvent dans la lettre écrite au même moment à Chamillart. Le conseil ne s'y cache-t-il pas sous l'éloge?

2. A la communauté semble signifier «au temporel».

3. Phrase qui laisse entendre que le texte de cette mercuriale publié par les soins de l'abbé était beaucoup moins inexact que Fénelon ne le dira le 12 mars 1702.

194 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Vers le 6 janvier 1702

4. Lambert Bouillon avait bien fait les nominations demandées, mais il révoqua en 1704 son prieur pour prouver qu'il n'était pas «en tutelle» (cf. infra, lettre du 14 avril 1705).

5. Cf. sur Renversé les lettres à Bernières des 11 janvier et 28 novembre 1702.

793. A MICHEL CHAMILLART

Vers le 6 janvier 1702.

L. a. s., Service historique de l'Armée, Al 1549, pièce 45 avec une apostille du destinataire. — Minute, A.S.S., pièce 226 — Ed. A. GAZIER, Mélanges de littérature et d'histoire, Paris, 1904, pp. 155-157. La date de cette lettre est approximativement celle de la lettre du 6 janvier 1702 à M. de Bernières, de même contenu.

1. C'est probablement sur les instances de Bernières que Chamillart, pourtant sollicité par Desmoulins (cf. infra, n. 4), avait adopté cette attitude favorable à Lambert Bouillon.

2. Fénelon redoutait donc une nouvelle attaque de Desmoulins : elle eut bien lieu, mais ce fut au Parlement de Tournai par suite de la maladresse de l'abbé.

3. Fénelon s'exprimera bien différemment dans sa lettre à Bernières du 25 avril 1705, 4°.

4. Cf. sur lui infra, lettre du 18 janvier 1702, n. 1.

5. Fénelon écrira au contraire le 25 avril 1705 que «cet abbé, de peur de voir pousser les informations», lui «offrit cet écrit». Mais Lambert prétendait qu'on lui avait «extorqué par la violence un écrit contre ses droits» (lettre de Fénelon du 2 mai 1705, 3°).

6. «J'ai dit qu'il était innocent sur ces vices affreux, quoiqu'il ne fût pas aussi régulier que ses prédécesseurs. Peut-on parler autrement au Roi?» (lettre du 2 mai 1705, 1°).

7. Son prieur et son sacristain. Il avait en outre dû nommer trois custodes à la communauté le jour même du départ de Fénelon (cf. la lettre à Bernières du 6 janvier 1702).

8. En réalité Fénelon avait parlé beaucoup plus fortement en faveur de l'abbé et contre les religieux qui s'opposaient à lui (cf. infra, lettre du 12 mars 1702, n. 1).

794. A MAIGNART DE BERNIÈRES

11 janvier 1702.

L. a. s., collection René Faille. Précédemment Lib. Aug. Blaizot, cat. n° 299, oct.-nov. 1949, p. 14, pièce 539.

1. Bernières s'était donc hâté de répondre à la lettre de Fénelon du 6.

12 janvier 1702 COMMENTAIRE 195

2. Fénelon s'exprimera un peu plus clairement à la fin de sa lettre du 28 novembre 1702: «Vous souhaitiez qu'on n'entrât point dans ce que certaines gens pouvaient désirer» et y laissera entendre que le curé de Landrecies était du nombre de ces «certaines gens».

3. Dans l'affaire de l'abbé de Liessies: cf. les lettres de Fénelon écrites vers le 6 janvier 1702.

795. A LA R. M. MARIE-JEANNE LAMELIN

12 janvier 1702.

L. a. s., A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7799. L'adresse porte: «A la R. M. Supérieure des Soeurs Noires de Saint-Jacques».

1. Marie-Jeanne ou Emilie Lamelin, professe des Augustines (dites Soeurs noires) du couvent de Saint-Jacques-au-Bois de Cambrai le 10 juin 1646, en fut maîtresse et administratrice des biens de l'hôpital du 25 septembre 1690 au 3 juin 1707. Elle mourut le 22 avril 1709. Voir les sources indiquées dans le Dictionnaire de Bouly, les A.D. Nord, série L, les A.M. Cambrai, GG 8, p. 51, et H. COULON, «Histoire de l'hôpital Saint-Jacques-auBois», Mém. de la Soc. d'émulation de Cambrai, t. LI, 1898, pp. 1-155, en particulier pp. 111 sq., 149 sqq. Il existe dans les archives de Sorval (CC. 29, 38 à 41) des dossiers sur la famille Lamelin (ibid., t. LXXVIII, 1928, pp. 275-291).

2. La destinataire s'exécuta aussitôt, puisqu'on lit au bas de cette lettre: «J'ai reçu pour Monseigneur l'archevêque, des Dames religieuses de S. Jacques-au-Bois, la somme de vingt livres. Fait à Cambray, le 13 janvier 1702. » Signé: Des Anges.

796. A ACHILLE III DE HARLAY

14 janvier 1702.

L. a. s., B.M. Lille, ms. 986, autogr. T. 5. La pièce a auparavant passé dans les ventes J. Charavay, 1858, n° 222 — Laverdet, 1859, n° 233 — J. Charavay, 1860, n° 236. Gosselin l'a publiée, ainsi que celles des 14 et 20 mars 1702, d'après les minutes originales conservées aux A.M. de Saint-Omer.

1. Voir sur Achille III de Harlay, premier président du Parlement de Paris, la notice de notre t. III, p. 285. Lui et sa famille avaient été favorables à Fénelon dans l'affaire du quiétisme et, en septembre 1701, lors du procès de Chantérac (cf. ibid., ainsi que les lettres des 12 août 1695, t. V, p. 43, et 1" septembre 1701, n. 2).

2. Cf. la note de la lettre de Barbezieux du 27 février 1700. A défaut des mémoires de 1700, on se reportera à celui que l'avocat A. Le Vaillant composa en vue de l'audience du 2 mars 1702 (A.N., L. 729, pièce 24 — CtF.,

196 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 14 janvier 1702

t. VII, pp. 409-412): les divers arguments de la présente lettre s'y trouvent développés.

3. Valbelle avait pu en effet insinuer que, si Louis XIV n'avait rien décidé au début de 1700, c'était par crainte de créer un précédent dont les représentants de Charles II auraient profité pour soustraire aux juridictions de Cambrai, de Tournai et d'Ypres les territoires dont l'Espagne avait conservé la souveraineté.

4. Cf. infra, lettre du 14 mars 1702, n. 9.

5. Fénelon juge l'argument sur lequel il avait déjà insisté (cf. supra, n. 3) si important qu'il le résume ici. 14 janvier 1702 COMMENTAIRE 197

Descarté ne doute nullement du succès de ce procès, sub judice lis est, et je pense l'issue de tous les procès très incertaine. Je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur. Bruxelles, le 20 juillet 1705. DENNETIÈRES DE LA PLAIGNE» (A.D. Nord, 3 G. 357, pièce 7878). Le marquis de Deynze n'aurait eu de droits que sur les dîmes de Wavre Sainte-Catherine (C. VAN GESTEL, Historia sacra et profana archiepiscopatus Mechliniensis, La Haye, 1725, t. I, p. 134, cf. p. 136).

796 B. LE CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN A FÉNELON

14 janvier 1702.

796 A. LE MARQUIS DE DEYNZE A FÉNELON

Minute, A.D. Nord, C 11209. VOISIN l'a publiée dans Mém. de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pp. 41-42, mais en la datant du 17 janvier 1703 d'après une apostille placée en tête de la minute, alors que la lettre est clairement datée avant la signature.

14 janvier 1702.

L. a. s., Archives du Nord, 3 G. 357, pièce 7869.

1. Maximilien-Albert, comte de Mérode, petit-fils de Maximilien-Antoine de Mérode, marquis de Deynze, comte de Montfort (t21 novembre 1670), fils aîné de Ferdinand, comte de Mérode qui avait épousé en 1661 Marie-Célestine de Longueval. Lui-même se maria en 1687 avec ClaireEléonore de Salm et fut lieutenant-général et gouverneur de Bruxelles (PontmoNT, t. VII, p. 282). C'est cette dernière qualité qui explique la formule du début de la lettre.

2. Il ne peut s'agir du séjour de septembre 1699, mais peut-être de celui qui commença le 11 octobre 1700 (cf. infra, Chronologie). En mai 1701 Fénelon dit seulement qu'il est allé à Enghien (ibid.).

3. Le sujet du litige est clairement exposé par une lettre postérieure du chanoine d'Ennetières de la Plaigne qui défendait à Bruxelles les intérêts de l'archevêque: «M. de Baudequint s'est chargé de rendre compte à Mgr l'archevêque d'un procès commencé passé quelques années contre M. le marquis d'Einse pour la dîme des novales dans la terre de Wavre Notre Dame, dont il est seigneur et jouit d'une dîme inféodée: il y a longtemps qu'il s'est emparé et s'empare tous les jours des novales qui sont très considérables dans ce village à cause des bois que l'on a défrichés et que l'on défriche tous les jours: cette dîme des novales lui rend tous les ans 900 à 1000 flo. Elle est passée autant cette année; c'est un procès que l'on néglige à tort, le droit de l'archevêque et du chapitre étant très bon et les novales devant appartenir de droit aux patrons et gros décimateurs: le seigneur du lieu n'en jouit qu'en vertu de sa possession sans aucun titre qu'une lettre de maintenue qu'il a obtenue et que l'on ne refuse à personne du Grand Conseil de Brabant, quoique les titres qui reposent aux archives du chapitre et qui concernent la dîme de ce village y sont tout à fait contraires; il serait de convenance de les examiner et en cas que l'on se crût suffisamment fondé, de reprendre à frais communs les errements de cette cause: hors que l'on ne crût pas l'air du bureau assez bon présentement que le marquis d'Einse est gouverneur de Bruxelles et qu'il a des amis et de l'autorité dans le Conseil. Ayez la bonté d'en informer Mgr l'archevêque et de vouloir bien me marquer sa résolution: l'avocat

1. Jean-Dominique Bayart d'Ennequin naquit à Lille de Bruno, écuyer, et de Marguerite d'Audenarde. Il fut tonsuré par Mgr de Choiseul le 20 novembre 1678, pourvu le 24 septembre 1680 de la chapellenie de Saint-Barthélemy à la collégiale de Messines, reçut à Lille le 3 avril 1683 les ordres mineurs et le sous-diaconat et, le 22 décembre 1684, la prêtrise. Il suivait alors les cours de Douai où il obtint la licence. En 1689 le trésorier de Coxie lui résigna sa dignité de trésorier et sa prébende de Marquain: il fut installé par le chapitre de Tournai le 27 juin. Après la mort de Mgr de Coëtlogon (18 avril 1707) il fut vicaire général sede vacante. S'étant rendu aux eaux de Bourbon, il mourut à son retour à Nevers le 1" novembre 1708 (Chan. Vos, Les Dignités et les fonctions de l'ancien chapitre Notre-Dame de Tournai, Bruges, 1898, t. I, pp. 407 sq.).

2. Fénelon était engagé dans un procès, qui durait depuis 1646 et qui ne se termina qu'en 1751, au sujet des rentes constituées par la chambre du clergé de Hainaut. Celle-ci se composait de deux abbés, d'un député des chapitres de Soignies, Leuze, Binche et Chimay, ainsi que d'un doyen de chrétienté. Elle avait eu recours à cet expédient en 1573, 1579 et 1580, puis en 1635, 1641 et 1645 pour offrir des dons gratuits au roi d'Espagne, mais aussi à diverses dates entre 1582 et 1626 sans qu'on sache trop pourquoi, ni avec quelle autorisation. La validité de ces rentes avait été attaquée en 1646 par le chapitre de Tournai et par les abbayes de Saint-Amand, Marchiennes, Anchin, Saint-Martin, Saint-Nicolas-lès-Tournai, Loos et Cysoing: la Cour de Mons obligea la Chambre du clergé à produire ses octrois (1654). Il fallut pourtant un décret royal du 7 décembre 1672 pour établir qu'ils devaient avoir précédé la création des rentes. De son côté Lepelletier de Souzy obtint que Louvois interdît le 26 mars 1687 au clergé français le paiement de ces rentes, mais il fut de nouveau permis le 8 mai 1700 par un arrêt du Conseil. C'est que l'intendant Dugué de Bagnols espérait mettre d'accord les deux parties et, le 13 mars 1701, il invitait le chapitre de Tournai à une réunion qui devait avoir lieu le 7 avril 1701 à l'abbaye de Valenciennes. Le chapitre délégua aussitôt son trésorier Bayart d'Ennequin, qui fut l'âme de la résistance aux pré-

198 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 janvier 1702

17 janvier 1702 COMMENTAIRE 199

tentions des Montois, sous la direction de Fénelon que le projet de règlement élaboré par les français en leur réunion du 7 avril chargeait, «comme premier ecclésiastique de la province, d'intervenir en personne ou par député». L'accord des Espagnols à ce projet, donné à Mons le 8 juin 1701, ne dissipa pas les difficultés. L'archevêque réunit la partie française à Cambrai le 25 novembre 1701 (cf. supra, la lettre d'A. Duval du 19 novembre 1701) et demanda qu'on éclaircît la contestation par l'examen des sentences anciennes, qu'il fit rechercher par Bayart d'Ennequin.

Le dossier de cette affaire, d'abord présenté par VOISIN, pp. 3-63, a été étudié par G. LEPOINTE, Les finances du clergé de Hainaut, spécialement depuis le démembrement de la province, Paris, 1942-1943, surtout t. II, pp. 275-307. Voir aussi Vos, t. I, pp. 408 sq. et la lettre très complète de Fénelon à Clément XI du 6 février 1708.

3. Tauxes est fourni par la minute; le français de Bayart d'Ennequin est parfois approximatif.

4. Forain, qui n'appartient pas au clergé de la province de Hainaut. Un mémoire destiné à Louvois en 1687 opposait déjà «ceux qui y ont leur domicile et y font actuellement résidence» à «ceux dont le domicile et la résidence ou chef-lieu est dans les provinces voisines» (VoisiN, pp. 56-57). La lettre du 27 novembre 1702 distinguera les forains et les domiciliés.

8. II Cor. XII, 20.

9. // Reg. VI, 22.

10. Phrase placée en marge, tête bêche.

797 A. MICHEL CHAMILLART A FÉNELON

17 janvier 1702.

Minute, de la main d'un secrétaire, Service historique de l'Armée, A'. 1529, 2e p., f. 8.

1. Cf. supra, la lettre à Chevreuse du 3 décembre 1701, n. 8 (cf. BOISLISLE, t. IX, p. 37, n. 2).

798. A MAIGNART DE BERNIÈRES

18 janvier 1702.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 25-26.

797. AU DUC DE BOURGOGNE

17 janvier 1702.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. I, ff. 43-44. Copie ancienne, ibid., ff. 45-46.

1. La date a été rayée et remplacée par «A P le 7 juin 1695» (de la main de Beauvillier, semble-t-il). Il faut sans doute voir là un souci de prudence, d'autant que la copie ancienne (écrite par le duc de Bourgogne?) ne conserve que cette dernière date.

2. «Fénelon dut pleurer d'attendrissement en lisant ce billet... Nous pouvons le croire sur parole quand il dit : « Jamais rien ne m'a tant consolé... » La réponse de Fénelon pourrait être une lettre d'amitié tendre... c'est à cela que le porte sa nature... Mais... il y a mieux à faire, et Fénelon fera mieux; l'expression de sa tendresse sera sobre, quoique forte et éloquente dans sa briéveté... «Ma plus rude croix est de ne vous point voir»... Mais, bien vite, cette lettre... où il semblait que le coeur dût parler seul... sera une lettre de direction et de correction» (DELPLANQUE, p. 52).

3. Je, rayé.

4. La formule classique de l'oraison jaculatoire, «oratio brevis», est renouvelée par l'emploi de vue.

5. Ephes. IV, 23. «Posséder son âme en patience» vient de Luc, XXI, 19.

6. Sans doute son confesseur le P. Martineau qui n'est pas nommé par raison de prudence.

7. Instruit par l'expérience, Fénelon soulignera davantage la nécessité de la réserve dans sa lettre à Beauvillier du 11 mars 1703 (?).

1. S'agit-il de Guillaume Desmoulins de Mons, qui entra en 1678 à titre de minorennis au collège du Château à Louvain (SCHILLINGS, Les Matricules de l'Université de Louvain, Louvain, t. VI, 1963, p. 423, n° 67)? Il était sans doute avocat et secrétaire du chapitre Saint-Germain de Mons: le 12 avril 1707 sa signature figure dans un acte passé par le chapitre (Annales du cercle archéologique de Mons, t. XX, 1886-1887, pp. 381 et 398). Voir sur la dénonciation qu'il porta contre Alexis Minez, ami de Lambert Bouillon, infra, lettre du 14 avril 1705, n. 9.

2. Le désir de Fénelon d'étouffer l'affaire de l'abbé de Liessies est évident. Malheureusement les amis de celui-ci triomphèrent après sa visite, et Desmoulins, pris de peur, s'adressa au Parlement de Tournai. Fénelon essaya de l'en détourner et la fin de sa lettre du 12 mars 1702 montre qu'il croyait y avoir réussi: à tort (cf. infra, lettre du 4 janvier 1704).

3. Sans doute au chanoine Ph.-Ch. Robert avec lequel il échangeait une active correspondance.

4. Cf. supra, lettre du 30 décembre 1701. On a l'impression que l'intendant aurait voulu l'éviter et que Fénelon lui a, pour ainsi dire, forcé la main. Il fait ici valoir qu'il n'a pas exigé le serment des témoins, ce qui aurait été plus injurieux pour l'abbé.

5. Fénelon reviendra le 14 et surtout le 25 avril 1705 sur le caractère et surtout sur la légitimité de cette visite: mais cette fois ce sera L. Bouillon qui l'y contraindra.

6. Sans doute Jean Gaisse, curé de Saint-Nicolas de Valenciennes et doyen de chrétienté qui sera élu le 9 août 1709 chanoine de la métropole de Cambrai et, après avoir permuté avec son neveu, mourra chanoine honoraire le 21 juin 1735 (B.M. Cambrai, ms. 1260, p. 145). Son prédécesseur Pierre

200 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 janvier 1702

Liénart, reçu chanoine de la même église le 14 décembre 1691, mourra le 17 juillet 1709 (ibid., p. 193).

7. Ce doyen d'Haspres était sans doute Jean-Baptiste Fontaine ou Des-fontaines, en fonctions en 1687, qui mourut en 1702 ou Michel Minuteau que nous rencontrons en 1702 et 1703. Le nom de Philippe de Cuinghien est attesté de 1708 à 1724 (LE GLAY, p. 343).

8. Ce subdélégué de Valenciennes était-il le père de Louis de Walicourt de Wittrempt qui eut des démêlés avec la justice (A.D. Nord, 5 G. 385)?

COMMENTAIRE 201

800 A. MICHEL CHAMILLART .\ FÉNELON

24 janvier 1702.

Minute, Service historique de l'Armée, AI. 1529, f. 174 - Ed. A. GAZIER, p. 157.

1. L'apostille à la lettre du 6 janvier 1702 portait simplement: «S'il venait de nouvelles plaintes après les diligences que vous avez faites, je saurais les dissiper.» Le reste de la dépêche est de la plume d'un scribe et l'on peut douter que la lettre de Fénelon eût été vraiment lue au Roi.

24 janvier 1702

799. A LA COMTESSE DE MONTBERON

800 B. LE MÊME AU MÊME

18 janvier 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, f. 247, numérotée «47 ou 48».

1. Le nom de Montberon est découpé à deux reprises, ainsi que, plus loin, deux noms de lieu.

2. Sur la réserve à laquelle Fénelon se croyait tenu, cf. supra, lettre du 22 février 1700, n. 1.

3. Le 11 mai 1702, l'archevêque dira avoir accepté sans hésitation la demande que lui faisait M. de Montberon de confesser sa femme.

4. Nom bref découpé; Gosselin a suppléé Arras.

5. Cambrai, restitution très vraisemblable.

6. La fin de cette lettre manque.

26 janvier 1702.

Minute, Service hist. de l'Armée, A . 1529, f. 213. Développement de l'apostille de la lettre du 20 janvier 1702.

1. Il ne devait pourtant pas être si facile de trouver d'autres acquéreurs, puisque le château était encore la propriété de l'archevêque quand, en 1726 ou en 1729, l'archevêque de Saint-Albin y rétablit le séminaire.

801. A LA COMTESSE DE MONTBERON

27 janvier 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 248-249, numérotée «48 ou 49».

800. A MICHEL CHAMILLART

20 janvier 1702.

L. a. s., éd. A. Gazier, pp. 157-159 d'après Serv. hist. Armée, Al . 1549,

f. 26 (pièce en déficit). Copie, A.S.S., pièce 225.

1. Mot découpé, peut-être à trois hastes: Vendegies?

2. Nom découpé, mais le B reste visible.

3. Mme d'Oisy?

802. Au CARDINAL GABRIELLI

31 janvier 1702.

1. Muni de lettres patentes de juillet 1682, Mgr de Bryas établit en effet la même année son séminaire au château de Beuvrages, à moins d'une lieue au Nord de Valenciennes et à environ huit lieues de Cambrai (H.-R. DUTHILLOEUL, Manuscrit inédit de Fénelon, Douai, 1849, p. 15).

2. Ce transfert à Cambrai doit être de 1696 (Anselme ALVIN, Histoire du séminaire de Cambrai, Cambrai, 1910, p. 86).

3. Cette terre resta affermée pendant près d'un demi-siècle.

4. Thème que Fénelon développa toute sa vie: cf. son Mémoire sur la souveraineté de Cambrai destiné au Congrès d'Utrecht (0.E, t. VII, pp. 179 sqq•).

Minute autographe signée, A.S.S., t. V, ff. 106-107.

1. Quamquam, addition.

2. Mittendum jam, rayé.

3. Designatum, en surcharge. Innocent XII avait confié l'affaire des rites chinois à quatre cardinaux du Saint-Office hostiles aux jésuites (cf. supra la lettre à Gabrielli de la fin 1701, n. 5-6). En février 1701, les consulteurs reprirent leurs exposés devant Clément XI, beaucoup plus favorable à la Compagnie. Cependant les délibérations tournèrent mal pour celle-ci et,

202 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 31 janvier 1702

au milieu de 1701, le bruit se répandit dans toute l'Europe que les rites étaient déjà condamnés. C'est sans doute pour retarder la décision que le Pape déclara le 5 décembre 1701 au Saint-Office qu'il envoyait en Extrême-Orient comme légat C.T. Maillard de Tournon, sacré évêque in partibus d'Antioche. On annonça pourtant presque aussitôt que la mesure était révoquée. C'est parce qu'il n'est pas loin de croire fondé «rumorem hunc late tanta confidentia disseminatum» que Fénelon prend la plume pour essayer d'empêcher Clément XI de donner cette preuve d'inconstance (trait de caractère qu'on lui attribuait souvent) et de faire tort à la mémoire d'Alexandre VII, celui de tous ses prédécesseurs qui s'était montré le plus hostile au jansénisme. Tournon s'embarqua le 4 juillet 1702 pour la Chine, mais cela n'empêcha pas le décret du Saint-Office condamnant les rites chinois d'être signé le 20 novembre 1704 (PASTOR, t. XV, pp. 295-309).

4. Jesuitasque, rayé.

5. Affirmation sincère, comme le prouvent les deux derniers paragraphes de la lettre adressée vers le 15 septembre 1702 au P. de La Chaise lui-même. Fénelon reconnaissait son incompétence.

6. Et summa, rayé comme à la ligne suivantefere après disseminatum. En revanche me et tulisse fateor ont été ajoutés après coup.

7. Immutandi a remplacé mutati, rayé.

8. Au lieu de rescissum fuisse, rayé. Au début de la phrase suivante, is ipse est en surcharge. Il s'agit du décret de la congrégation de la Propagande en date du 23 mars 1656 accordant, sur la foi de l'exposé du jésuite Martini, de larges permissions quant aux cérémonies en l'honneur de Confucius et des défunts, bien que le 12 septembre 1645 le dominicain Morales en eût obtenu l'interdiction (PASTOR, t. XIV1, pp. 153-156, 428-433).

9. Affirmant, rayé.

10. Fénelon avait d'abord écrit possibilitas.

11. Malgré l'habileté du tour adopté, on voit bien que Fénelon attend de Rome la rupture de la paix de Clément IX que les pontificats suivants avaient respectée et même renforcée, en particulier par les décisions d'Innocent XII du 6 février 1694 (F. CLAEYS BOUUAERT, L'ancienne Université de Louvain. Etudes et documents, Louvain, 1956, pp. 321 sq., cf. supra, lettre du 30 novembre 1699, n. 34). Fénelon n'hésite pas à insinuer que la prétention ultramontaine à l'infaillibilité empêche une lutte efficace contre le jansénisme. Il le dira assez clairement après la bulle Vineam Domini pour se brouiller avec le cardinal Gabrielli (cf. notre article «Fénelon et la Cour romaine», Mél. Arch. Hist., 1940, pp. 269 sqq.).

12. Le premier jet portait utrasque partes.

13. Haud decentis a remplacé indecentis.

14. L'Etat présent de la Faculté de théologie de Louvain, où l'on traite de la conduite de quelques-uns de ses théologiens et de leurs sentiments contre la souveraineté et la sûreté des Rois et contre les IV articles du Clergé de France, Trévoux, chez Etienne Ganeau, 1701, in-8° (postérieur au 15 octobre 1701, mais signalé par l'Histoire des ouvrages des savants dès janvier 1702, par les Nouvelles de la République des Lettres en février 1702 et par le Journal des Savants le 10 avril 1702).

15. Voici la première version de la fin de ce paragraphe: «Quocirca formularium, cui singuli doctores suscribi cogantur, et ultramontensium 31 janvier 1702 COMMENTAIRE 203

placita regibus inimica ejurari jubet. Hinc liquet qua fraude Pontificum et curize Romanœ gratiam ea factio captet. » On trouve chez Bossuet un exposé des faits diamétralement opposé à partir du 1l septembre 1701 (A.G. MARTIMORT, Le Gallicanisme de Bossuet, Paris, 1953, pp. 688-691 avec une abondante bibliographie). Il s'agissait à l'origine de thèses ultramontaines du docteur irlandais François Martin. Elles n'empêchèrent pas le marquis de Bedmar de le nommer à la faculté étroite malgré le vote contraire de celle-ci (août 1701). C'est alors que Rome intervint, non par sympathie pour le gallicanisme, mais pour la défense des statuts de l'Université et le respect de sa haute juridiction sur celle-ci. Il fallut même que le nonce de Madrid s'adressât directement à Philippe V pour faire entendre raison au conseil de Brabant et au conseil privé: commencée en octobre 1701, l'affaire ne fut réglée que par un décret de 1703 (F. CLAEYS BOUUAERT, p. 14, cf. MARTIMORT, pp. 690 sq.). On comprend que cet incident ait persuadé Fénelon que le jansénisme avait de puissants fauteurs à Rome : ce n'était pourtant vrai que dans la mesure où il pouvait s'allier avec l'ultramontanisme (cf. supra, n. 11). Bossuet, qui semble avoir encore moins compris cette affaire que M. de Cambrai, fut réduit à envoyer à l'Université de Louvain «une lettre d'honnêtetés et d'assurance de les servir en tout ce qui dépendrait de lui sans rien dire davantage» (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 268-270, et LEDIEU, t. I, p. 297).

16. Nuper, en interligne.

17. Lorenzo Casoni (Sarzane, 1644 — Rome, 19 novembre 1720), envoyé pontifical à Nimègue où il avait connu Neercassel, lié avec les jansénistes Pontchâteau, Maille, du Vaucel, avait succédé en 1682 à son parent Favoriti comme secrétaire du chiffre et avait, à ce titre, dirigé toute la politique d'Innocent XI à l'égard de la France, ce qui avait fait de lui la «bête noire» de Louis XIV, de ses ministres et de ses agents (cf. les pages essentielles de B. NEVEU, Correspondance du nonce en France Angelo Ranuzzi, Rome, 1973, t. I, pp. 83-86 et t. II, pp. 641 sq.). Déçu par la révolution d'Angleterre, Innocent XI ne l'avait pourtant pas fait cardinal, et les deux papes suivants, obéissants aux exigences françaises, l'avaient maintenu en exil à la nonciature de Naples. Mais Clément XI l'avait beaucoup connu dans sa jeunesse et, tout en déplorant son hostilité pour les jésuites, il avait voulu dès 1701 le faire revenir à Rome comme secrétaire de la congrégation des évêques et réguliers, poste qui conduisait au cardinalat. Devant les protestations de Louis XIV, Casoni fut seulement nommé secrétaire du Saint-Office, nomination que Clément XI défendit contre les Français en se rendant personnellement garant de la conduite de Casoni sous Innocent XI (cf. Bruno NEVEU, Annuaire de l'Ec. Prat. H. Etudes,1Ve section, 1977-1978, pp. 859-882). Finalement le Pape réussit, malgré la résistance de Versailles (Serv. Hist. Armée, A1. 1806, f. 193), à le nommer cardinal le 17 mai 1706 (BolstISLE, t. XIII, p. 247). Légat à Ferrare en 1706, Casoni le fut à Bologne en 1709, ce qui était une façon de l'écarter des congrégations romaines lors des grandes luttes contre le jansénisme. Sa science était pourtant généralement reconnue et il avait collaboré sous Innocent XI à la polémique anti-gallicane (cf. B. NEVEU, t. II, table).

18. Voici la première rédaction du début de ce paragraphe: «Horum ingenium, vires, odia, studia, fautores, patronos, artes, scripta, atque dicta

204 CORRESPONDANCE. DE 1-"ENELON 4 te%rier 1702

jampridem novi. Quid in Gallia, quid in Belgio, valeant et sit illis prœsidii, perspectum habeo. Quo plus etc.»

803. A LA COMTESSE DE MONTBERON

4 février 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 250-251; elle porte la marque: 1.

1. M"" d'Oisy.

2. Nom découpé: Torillon? (cf. infra, lettre du 7 novembre 1703, n. 2).

3. La promotion d'officiers généraux du 25 janvier 1702 comptait dix-sept lieutenants généraux, cinquante maréchaux de camp et quatre-vingt-dix brigadiers. Elle fut lue au Conseil du 29 (DANGEAU, t. VIII, pp. 304 sq. SOURCHES, t. VII, pp. 189-199).

4. Premier nom découpé: comte de Souastre (?), colonel réformé. Second nom: le marquis de Montberon.

5. Ce n'est pas une consolation vague: l'addition aux Mémoires de Sourches (t. VII, p. 189 n.) énumère neuf mécontents (cf. aussi les Nouvelles extraordinaires du 9 février 1702 [Paris, le 3]). Néanmoins le comte de Montberon se plaignit à Chamillart (Service historique de l'Armée, Al . 1547, f. 101) et son fils fut fait brigadier d'infanterie le 23 décembre 1702 (SouRCHES, t. VII, p. 437).

804. A LA MÊME

15 février 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 252-253; elle porte le n° 2. La fin de cette lettre manque.

Gosselin a constamment restitué le nom de Bourdon, découpé partout. La quatrième fois, il reste effectivement un B, et pour la seconde les traces invitent aussi à lire ce nom, malgré les ratures antérieures au découpage.

805. A. J.-O. JOLY DE FLEURY

16 février 1702.

L. a. s., passée plusieurs fois en vente (J. Charavay, 1859, n° 219 - Rev. Hist. Litt. France, 1935, p. 594). Les phrases citées par les catalogues («Il me paraît... à son diocèse») confirment l'exactitude de la copie ancienne (A.S.S, t. VIII, ff. 117-118) d'après laquelle Gosselin a publié cette lettre.

1. Joseph-Omer Joly de Fleury, né en 1670, était fils de Jean-François (1636-1702) conseiller au Parlement de Paris et de Madeleine Talon. Louis XIV lui avait permis le 13 mars 1697 d'acheter la charge d'avocat général du

22 février 1702 COMMENTAIRE 205

fils de M. de Harlay. Le 7 février 1698 il avait épousé \l''' Brault. H était le plus ancien des trois avocats généraux lors de sa mort prématurée «d'une fluxion sur la poitrine» le 3 décembre 1704. Sa charge fut donnée en janvier 1705 à son frère Guillaume-François (1675-1756) qui était, depuis novembre 1700, avocat général à la Cour des Aides et fut par la suite procureur général (1717-1746) (DANGEAU, t. VI, p. 86 et t. X, p. 194 - SOURCHES, t. VI, p. 12, t. VIII, p. 80 et t. IX, p. 142 - BOISLISLE, t. VIII, p. 378 - Fr. BLUCHE, Les Magistrats du Parlement de Paris au XVIII' siècle, Paris, 1960, p. 427 - Paul BISSON, L'activité d'un procureur général au Parlement de Paris à la fin de l'Ancien Régime: les Joly de Fleury, Paris, 1964, pp. 22 sq.).

2. Cf. supra, lettre du 14 janvier 1702 au premier président de Harlay, n. 3. Il en ressort que le Mémoire de l'avocat Le Vaillant destiné au Parlement lui-même n'était pas encore écrit.

3. Ces arguments sont pris à la lettre du 14 janvier 1702.

806. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT

22 février 1702.

L. a. s., pliée, B.N., nouv. acq. fr. 10586, ff. 3-4.

1. Adrien-Joseph de Marez, de Mons, s'inscrivit comme «minorennis philosophus» au collège du Faucon de Louvain lors du second semestre de 1699, qui commençait le 24 juin (A. SCHILLINGS, Les Matricules de l'Université de Louvain, Louvain, 1963, t. VII, p. 170).

2. La charité, rayé.

3. De même, rayé. Au début de la phrase, la copie E. Levesque (A.S.S., pièce 243) suggère: «Il faut demeurons».

4. Allusion évidente aux problèmes de la grâce. On voit avec quelle prudence et quelle habileté Fénelon s'avance sur un terrain où il savait son cor-

respondant encore bien éloigné de lui (cf. supra, lettre du 21 septembre 1701, n. 1, un extrait de la lettre de Ph.-Ch. Robert à Quesnel du 18 novembre 1702).

5. Philip. I, 8, un des textes favoris de Fénelon.

6. Le rappel de ce nom dans de nombreuses lettres à Ph.-Ch. Robert confirme qu'il s'agit bien du capucin Angelus de Mons (cf. supra, lettre du 7 septembre 1701, n. 3).

7. Comme on pouvait s'en douter, Fénelon connaissait toute la famille qui avait donné asile à A. Arnauld et à P. Quesnel; rien ne permet pourtant d'affirmer qu'il descendait chez elle lors de ses propres passages à Mons.

L. a. s., pliée, A.S.S., pièce 732.

1. I. Du Puy se trouvait donc à Cambrai ou était sur le point de s'y ren-

dre.

2. Allusion discrète à l'indifférence mystique, chef d'accusation contre les deux correspondants.

3. Les questions de spiritualité posées le 19 décembre 1701 par Lamy à Fénelon avaient, en effet, été, au moins en partie, traitées dans un écrit de spiritualité peu connu de celui-ci: des amis communs avaient dû, dans l'intervalle, le signaler à dom Lamy.

4. 0.E, t. VI, pp. 5-9. La lettre à Langeron du 15 novembre 1702, notes 4 et 5, prouve indirectement que c'est à la 3e édition du Traité de la solide piété (1696) que furent ajoutées les pages sur la Prière (cf. supra, notre t. I, p. 220).

5. t. VI, p. 5 g.

6. 0.E, t. VI, p. 6 g. La formule semblait proche de celle de Molinos dans sa description de l'acte ininterrompu.

7. 0E, t. VI, p. 7 d., à la fin du dernier paragraphe.

8. 0.E, t. VI, p. 7 d., début du dernier paragraphe.

9. Le Traité de l'Amour de Dieu d'Elie Saurin publié à Amsterdam en 1700 avait été analysé dans le Journal des Savants dès le 27 février 1701, pp. 127-134.

10. Elie Saurin (28 août 1639 - Pâques 1703), né dans la vallée de Pragelas, se distingua aux Académies de Die, Nîmes et Genève. Obligé de sortir de France en 1664, il émigra aux Provinces-Unies. Pasteur en juillet 1665 de l'église wallonne de Delft, il eut beaucoup de part à la déposition de Labadie. Appelé en 1671 à l'église wallonne d'Utrecht, il fut chargé par un synode d'un rapport sur les écrits de Jurieu qui l'entraîna à partir de 1694 dans une polémique avec le fougueux théologien. Quant au Traité, il est décrit par Haag comme «soutenant l'amour désintéressé».

11. Voir sur Ellies du Pin, supra, t. II, pp. 238, 240, 244, et les notes correspondantes.

12. 11 passait pour avoir complété les Dialogues de La Bruyère contre le quiétisme.

13. Isaac Du Puy.

14. Dans la lettre n° 787 A (que Gosselin a datée à tort de 1703), n. 7.

806 bis. G.B. BUSSI AU CARDINAL PAOLUCCI

3 mars 1702.

1. Le début de la lettre concerne les plaintes de l'archevêque de Malines à propos de la publication par les autorités laïques espagnoles de la dispense de l'abstinence en carême.

2. Le 13 avril 1702, Bussi transmettra à Fénelon les félicitations du Pape pour l'énergie qu'il déploie dans cette affaire. Sur l'auteur de la lettre, voir supra, t. IX, p. 280, n. 5.

Pas d'autographe connu. Texte publié en 1850 (p. 169) par Gosselin sur l'original communiqué par Mme de Reiset.

1. II semble que le 11 mars Fénelon n'eût pas encore reçu cette copie dont il reparlera dans sa lettre du 16 avril 1705. Le texte nous en est connu grâce à Le Glay qui a retrouvé l'original écrit de la main du prieur (Arch. hist. et litt. du Nord de la France, 3e série, t. V, 1855, pp. 51-54). Il se terminait par: «Les soussignés prieur, sous-prieur et religieux de l'abbaye de Liessies, certifient... que le discours ci-dessus est le même dans son sens, les mêmes pensées, et presque toutes les mêmes paroles, autant qu'ils se souviennent, que Mgr l'archevêque de Cambrai a dit et prononcé dans leur chapitre à la fin de sa visite du 2e de l'an 1702; en un mot, que c'est la véritable substance de son discours et des éloges qu'il a rendus à M. notre abbé. Signés: D. Florent Génart, prieur. D. Thomas Lepez. D. Maximilien Marchant. D. Humbert Duelin. D. Arnoud Lambert. D. Agapite Dambrinne, maistre d'hôtel. D. Guillaume Fontaine. D. Hubert Gossiau. D. Joseph Billon». Le style est évidemment bien différent de celui de Fénelon, mais la sévérité à l'égard des religieux n'en est sans doute guère plus grande que celle dont l'archevêque reconnaît avoir usé dans sa lettre à Bernières du 6 janvier 1702, n. 3. En outre, la phrase: «Nous avons pris de si bonnes et de si justes mesures ensemble pour rétablir la paix» implique une intervention dans le gouvernement de l'abbaye que Lambert Bouillon dénoncera le 16 avril 1705 comme contraire à la règle de saint Benoît (voir la réponse de Fénelon en date du 2 mai 1705).

2. Malgré ses menaces, M. de Cambrai n'a jamais protesté publiquement contre la diffusion dans des conditions si incorrectes d'une pièce qu'il qualifiera lui-même de «ridicule» (cf. infra, lettres des 14 avril 1705, n. 2, et 25 avril, début). Nous venons de voir pourquoi.

3. Imposer, «faire croire une chose fausse» (DUBOIS-LAGANE).

4. Il aurait en effet été «miraculeux» d'obtenir de Lambert Bouillon une rétractation sur un point où il se sentait si fort. La fin de cette lettre expose certains faits beaucoup plus gênants pour l'abbé, de façon, semble-t-il, à aboutir à un compromis au sujet du discours du 2 janvier 1702.

5. Cf. infra, lettre du 16 avril 1705, n. 9.

6. Sur le népotisme de l'abbé, cf. supra, lettre du 18 décembre 1701, n. 6.

806 A. DOM FRANÇOIS LAMY A FÉNELON

3 mars 1702.

206 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

3 mars 1702

L., signée, A.V., Nunziature. Fiandria, 93, fol. 77v°. Mél. Arch. Hist., 1940, p. 301.

12 mars 1702

807. A MAIGNART DE BERNIÈRES

12 mars 1702.

208 CORRESPONDANCE DE ITNELON 13 mars 1702 18 mars 1702 COMMENTAIRE 209

808.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

13 mars 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 254-255. Marquée n° 3.

1. Le nom Doisy est découpé. Cf. supra, lettre du 2 avril 1701.

2. Bien, rayé.

3. Idée chère à Fénelon qui justifiait par là le rôle que Mme Guyon avait tenu dans sa vie.

809. A ACHILLE III DE HARLAY

14 mars 1702.

L. a. s., The Pierpont Morgan Library. La pièce a passé dans les ventes J. Charavay, 1858, n° 219 — Et. Charavay 1886 (Bull. Périgord, t. XIII, 1886, p. 264) — Salle Drouot, 13 novembre 1933 (Rev. Hist. Nt. France, 1934, p. 594).

1. Né vers 1640, Antoine Le Vaillant (il signait Vaillant) fut reçu le 10 décembre 1660 avocat au Parlement de Paris. Le Tableau imprimé du 7 mai 1699 (p. 8) le domicilie rue de Touraine. Une pièce de 1696 sur «les avocats qui ont de la réputation» affirme qu' «il entend bien les affaires ecclésiastiques» et rapporte des répliques plaisantes qu'il avait échangées avec le premier président Harlay (A.N., K. 725, pièce 11) qui ne le trouvait pas assez gallican (A.N., MM. 825, f. 79v°, cf. BOISLISLE, t. XIV, p. 621). Il avait le 16 mai 1692 plaidé avec succès pour l'abbesse de Jouarre contre Bossuet (URBAIN-LEVESQUE, t. V, p. 159). Mais c'est au nom de Bouillon que le sien reste attaché. En 1694 il accompagna le cardinal à Huy et fut envoyé par la Cour à Rome pour soutenir la protestation de nullité de l'élection de Liège qui venait d'avoir lieu (DANGEAU, t. V, p. 17 — Merc. Hist. Pol., juin 1694, p. 621, et août 1694, pp. 130, 133). Non seulement il plaida pour les Bouillon contre les religieux de Cluny, mais le cardinal le prit pour intendant et se servit de lui, en même temps que du chevalier Charles de Serte, dans les circonstances les plus délicates, en particulier en 1699 et en 1700: il lui adressait ses instructions et le chargeait de transcrire ses lettres secrètes (A.N., 273 AP 187, dossier 9 et 01. 44, f. 505 — B.N., noue acq. fr. 774-776, 779, 5089, 5090, 6678, f. 48, 6825, ff. 520-527 —f Clairambault 772 et 773 — Bouillon à Torcy, 3 et 10 mars 1699, Min. Aff. Etr., C.P., f Rome, t. 400, ff. 107 sqq. — BOISLISLE, t. VII, pp. 480 sq., 499, 502 — SOURCHES, t. VI, p. 317 R. CLARK, p. 333). Il servit d'intermédiaire entre son maître et Fénelon (cf. infra, les lettres de Bouillon à celui-ci des 16 février 1706 et 31 août 1708). Ce n'est donc pas sans raison que Barbezieux avait écrit le 27 janvier 1700 à Du Gué de Bagnols: «Le Roi a eu avis que le sieur Vaillant revenant de Bruxelles a passé à Cambrai. Je vous supplie de vous informer sans bruit dans quel temps il y a passé et combien il y est resté de jours, afin que j'en puisse rendre compte à S.M.» (Serv. hist. Armée, A'. 1456, f. 160r°). A. Le

Vaillant mourut le 15/16 juin 1705 à soixante-cinq ans et le Mercure galant du même mois (pp. 332-334) assura qu'«on le regardait, surtout depuis la

mort de M. Noue., comme l'oracle... de la jurisprudence ecclésiastique». La fortune de l'avocat lui avait permis d'acheter les fiefs de Damery, Fleury, La Rivière (ibid., et BOISLISLE, Correspondance des contrôleurs généraux, t. II, 1883, p. 305).

2. L'affaire de la création d'une officialité à Saint-Orner «avait été plaidée le jeudi 2 mars 1702 devant la Grande Chambre et remise» (A.N., L. 729, 1, pièce 24). «L'affaire fut appointée après avoir été plaidée plusieurs séances» (ibid., pièce 37). Cf. infra, 20 mars 1702.

3. Harlay a pu lire dans le mémoire de Le Vaillant: «L'évêché de Saint-Orner n'est composé que de 112 paroisses, y compris celles de la ville... et il n'y en a qu'un très petit nombre qui soient du ressort du Parlement de Paris; le reste est situé sous le ressort du Parlement de Tournai» (0.E, t. VIII, p. 410 d).

4. Cette confusion permit à H.J. van Susteren, vicaire général du diocèse de Malines, d'instruire seul le procès du P. Quesnel, alors que l'official était Aimé-Ignace de Coriache : la Lettre du P Quesnel à van Susteren s'en plaint d'autant plus vivement (Histoire du Cas de conscience, t. V, p. 183) que son auteur était habitué aux usages français.

5. Fénelon avait d'abord écrit « ferait ici», puis il a ajouté y sans rayer ici.

6. Ypres appartint à la France de 1678 à 1713.

7. Fénelon soulignera dans sa lettre au premier président du 20 mars qu'il ne peut pas se déplacer, tandis que sa partie se trouvait à Paris.

8. C'est ce qu'il fera dans le mémoire qu'il enverra le 28 mars 1702 (cf. infra, lettre du 20 mars 1702, n. 2).

9. Le mémoire composé à cette occasion par Le Vaillant invoque «les usages confirmés par la capitulation accordée par le Roi lors de la conquête du Cambrésis... Le Parlement de Tournai ayant voulu troubler le défunt archevêque de Cambrai dans la connaissance du cas d'adultère et d'autres, le Roi a rendu un arrêt» contraire «en son conseil d'Etat le 20 janvier 1682». En outre, le Parlement a «reconnu la possession dans laquelle étaient les archevêques de Cambrai d'exercer par eux-mêmes la juridiction contentieuse... sur les conclusions de M. d'Aguesseau [renvoi aux Mémoires du clergé, éd. in-f°, t. VII, p. 238]» (0.F., t. VIII, p. 409 d, 410 g).

810. A AUGUSTINE LAMBERT, ABBESSE DES PRÉS A TOURNAI

18 mars 1702.

Ed. par VOISIN dans les Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, t. IV, mai 1856, p. 28 (pièce n° 2). Adresse: «Made des Prez, à Tournay.»

1. Augustine Lambert, née en 1639, fut élue abbesse le 28 mai 1679 et mourut le 14 octobre 1712 après avoir exercé sa charge trente-trois ans (Gallia christiana, t. III, col. 301). Elle était sans doute la soeur du chanoine Alexis Lambert, originaire lui aussi de Tournai (cf. supra, lettres des 9 avril 1698, n. 7, et 19 avril 1698, n. 10).

210 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 18 mars 1702

30 mars 1702 COMMENTAIRE 211

2. Notre-Dame du Bon Conseil, abbaye d'augustines, fut transférée en 1232 du voisinage d'Haspres à Tournai par l'évêque de la ville Wautier de Marvis sous le vocable de Notre-Dame des Prés ou des Prés Porchins (COTTINEAU, Répertoire... des abbayes et prieurés, t. II, 3187, avec renvoi au ms. latin 10169 de la B.N.).

3. Voir sur l'affaire des rentes la lettre du chanoine Bayart d'Hennequin du 14 janvier 1702. n° HO, p. 24 et dans Ed. Champion, Vente Gadala, 2-3 novembre 1923. Localisation et texte non connus.

1. Le fait qu'il n'est pas question des accusations portées contre l'abbé de Liessies Lambert Bouillon avant la lettre de Fénelon à Bernières du 18 décembre 1701 fait croire que les marchands d'autographes se sont trompés en donnant la date de 1701. Cf. supra, lettre du 12 mars 1702.

811. A LA COMTESSE DE MONTBERON

814. A LA COMTESSE DE MONTBERON

18 mars 1702.

30 mars 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 256-257. Porte le n° 4.

1. Une année: c'est donc la période que le mécontentement de Mme de Montberon avait approximativement duré.

2. Fénelon avait écrit moi par lapsus.

3. Thème du Deus aemulator que l'on trouve dans Ex. XXXIV, 14 - Deut. IV, 24; V, 9; VI, 15 - Josué XXIV, 19 - Nahum I, 2.

812. A ACHILLE III DE HARLAY

20 mars 1702.

L. a. s., Historical Society of Pennsylvania, Philadelphie, Gratz Collection, French Authors.

1. Cet arrêt avait été rendu le 17 mars 1702 (A.D. Nord, 5 G. 4). S'il ne mettait pas fin au procès, il était du moins tel que Fénelon le pouvait désirer. Et il est évident que Valbelle n'obtint jamais satisfaction (voir sur l'affaire Cuvilliers, infra, la lettre de G. de Sève du 7 novembre 1703). En revanche, les conquêtes des Alliés forcèrent Fénelon à commettre un officier à Mons (Serv. hist. Armée, 5 novembre 1714, AI. 2483, f. 59).

2. Allusion à sa disgrâce. Fénelon envoya bientôt après - sans doute au même destinataire - une Réponse de l'archevêque de Cambrai au mémoire de M l'évêque de Saint-Omer (94 p. in-4° avec quelques corrections autographes) en y joignant une lettre autographe signée datée de «Cambray, 28 mars 1702». Ces deux pièces ont passé dans les ventes Charon, 1847, n° 136, et J. Charavay, 1858, n° 219.

813. A MAIGNART DE BERNIÉRES

23 mars [1702?].

L. a. s., 3 p. in-4°. Passée dans le Catalogue d'une précieuse collection de lettres autographes (vendue) le jeudi 15 novembre 1900, Paris, Noël Charavay,

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 258-259. Marquée n° 5.

1. Galat. IV, 15 et V, 7.

2. Mme de Souastre.

3. Mme d'Oisy.

4. Pâques était le 16 avril.

5. Saint François de Sales.

A LA MÊME

6 avril 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 260-261. Elle porte le n° 6.

Adresse (f. 261v°): «A Madame / Madame la Comtesse de M [découpé] ».

1. Nom découpé.

2. Saint François de Sales.

3. Mme de Souastre.

816. A LA MÊME

12 avril 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 262-263, marquée n° 7. Le nom de Bourdon a été découpé et celui de la comtesse de Souastre a été réduit par Fénelon à ses initiales.

1. Act. IX, 5.

2. Job IX, 4.

3. Mme de Souastre.

4. Matth. XVIII, 20.

815.

212 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 13 avril 1702

816 A. G.B. BUSSI A FÉNELON

13 avril 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. VIII, f. 29.

1. Voir sur G.B. Bussi, supra, t. IX, p. 280, n. 5.

2. Cf. supra, lettre 806 bis du 3 mars 1702: Fénelon avait déjà écrit à Bussi contre la prétention des autorités civiles espagnoles d'accorder les dispenses de l'abstinence de carême. L'internonce lui avait aussitôt promis son assistance (Mél. Arrh. Hist., 1940, p. 301).

3. Pâques tombait le 16 avril.

817. A LA COMTESSE DE MONTBERON

17 avril 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 264-266. N° 8 de la série. Ont été découpés les noms propres: M [aréch]ale (deux fois) de Boufflers, Montberon, Bourdon (deux fois), Mortemart.

1. Cf. sur elle la lettre du 15 décembre 1701.

2. Le 4 juin. Avant cette date, Fénelon aura eu écrit à sa correspondante au moins quatre lettres pendant ses visites.

3. Aux eaux de Spa: cf. infra, lettre n° 845, entre le 2 et le 7 juillet 1702.

4. Ravie, lapsus.

5. Mme de Souastre.

6. La fin de ce paragraphe semble décrire les communications de grâce guyoniennes.

7. Du coeur, rayé. 26 avril 1702 COMMENTAIRE 213

Cambrai de se tenir au lieu de la poste, n'ayant qu'un moment à le voir. Le 26, M. de Cambrai se trouva à la descente de sa chaise pour lui donner la main et l'aider à descendre» (la fin manque, A.N., M. 729, 1, pièce 37).

2. Le duc de Bourgogne omet les détails les plus pénibles: il ne pourrait pas mettre pied à terre et repartirait dès qu'on aurait changé les chevaux (rien ne contredit le récit de Saint-Simon, éd. BOISLISLE, t. X, pp. 183 sqq.). Dangeau note à la date du 24 avril que «le Roi entretint assez longtemps M. de Saumery dans son cabinet sur la manière dont il souhaitait que Mgr le duc de Bourgogne se conduisît à l'armée» (t. VII, p. 396). Ces dispositions tardives expliquent la nécessité de la présente lettre.

3. Jacques-François de Johanne de la Carre, marquis de Saumery, «un grand homme très bien fait et d'une représentation imposante», maître de camp de cavalerie, capitaine de Chambord en survivance de son père en 1668, blessé au genou à Altenheim (1675), maître des eaux et forêts de l'Orléanais (1681), puis du Blaisois (1689), fut nommé en 1689 par Beauvillier (dont la femme était sa cousine germaine) sous-gouverneur du duc de Bourgogne, puis de ses frères. «D'abord souple, respectueux, obséquieux, attaché à son emploi» (BOISLISLE, t. XVII, p. 356), ce qui peut justifier l'expression d'« ami » de Fénelon qu'emploie le duc de Bourgogne, il se montra par la suite «toujours plaintif en dehors, et frondeur en dessous», «le boîteux le plus allant qu'on eût jamais vu», et au dire de Saint-Simon il aurait trahi le duc de Beauvillier et le duc de Bourgogne lui-même en 1708, ce qui lui vaut le jugement final: «Jamais homme si intriguant, si valet, si bas, si orgueilleux, si ambitieux, si dévoué à la fortune». Sous-gouverneur de Louis XV en 1715, il mourut à Chambord le 8 février 1730 dans sa 79e année (ibid., t. VI, pp. 360-367, t. XVII, p. 360, cf. pp. 622-626).

4. Le 27 mai 1702 le prince écrira à Beauvillier du camp de Xanten: «Je me suis recommandé il y a quelque temps à des prières que vous connaissez pour très bonnes» (Marquis de VOGÜÉ, Le duc de Bourgogne et le duc de Beauvillier, Paris, 1900, p. 123).

817 A. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

25 avril 1702.

Copie du début du XIXe siècle, A.S.S., t. I, f. 48. L'édition de Baudrillart-Lecestre (t. II, p. 158) ne renvoie qu'à l'édition de Versailles.

1. Fénelon n'avait depuis 1697 eu que peu de rapports avec le duc de Bourgogne par l'intermédiaire de Beauvillier (cf. supra, lettres du 30 novembre 1699, n. 51, et du 17 janvier 1702) et de Chevreuse (cf. «le mémoire pour la campagne prochaine» du 28 août 1701, 0.E, t. VII, pp. 149-156). D'après le P. Léonard, «le duc de Bourgogne partit de Versailles le 25 d'avril 1702 pour aller à l'armée de Flandres... Il demanda au Roi, en lui disant adieu, la permission de voir M. l'A. de Cambray... Le Roi lui dit : `Je loue votre bon naturel, et veux bien que vous le voyiez'... Etant arrivé le soir à Péronne où il coucha», le prince «donna ordre à un de ses gens d'aller avertir M. de

818. A LA COMTESSE DE MONTBERON

26 avril 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 267-268. Elle porte le n° 9.

1. Mme d'Oisy.

2. Les noms de lieu sont découpés, mais quelques jambages et les hastes en permettent la restitution.

3. S. François de Sales.

4. Mme de Souastre.

5. Nom découpé. Cf. sur cette rencontre les lettres à la même correspondante des 27 avril, 3 mai 1702, et surtout la lettre «de Chantérac» au cardinal Gabrielli de la fin mai (?) 1702.

6. Nom découpé. Les hastes subsistantes permettraient de lire sa suitte plus aisément que Saumery.

214 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 avril 1702

3 mai 1702

COMMENTAIRE 215

7. L'impression ressentie par Fénelon s'accorde avec le récit de Saint-Simon: «Le Roi défendit de plus» au duc «de sortir de sa chaise... Saumery eut ordre de veiller de près à l'exécution de cet ordre, et il s'en acquitta en argus avec un air d'autorité qui scandalisa tout le monde. L'archevêque se trouva à la poste... et Saumery... fut toujours à son coude. Le jeune prince attendrit la foule qui l'environnait par le transport de joie qui lui échappa à travers toute sa contrainte en apercevant son précepteur. Il l'embrassa à plusieurs reprises, et assez longuement pour se parler quelques mots à l'oreille, malgré l'importune proximité de Saumery. On ne fit que relayer, mais sans se presser. Nouvelles embrassades; et on partit sans qu'on eût dit un mot que de santé, de route et de voyage» (BoisLisLE, t. X, pp. 184-185). Mme de Montberon dut connaître le bruit du rappel de Fénelon à Versailles qui, d'après la Gazette d'Amsterdam (1702, n° 32), circula à Paris en avril.

819. A LA MÊME

27 avril 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 269-270. Marquée n° 10.

1. Nom écrit en abrégé: D. de B.

819 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

30 avril 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 111. P.-S. inédit.

1. On trouvera dans le t. II de la Bibliotheca janseniana Belgica (Namur, 1950) une longue liste de livres publiés par des docteurs de Louvain que Gabrielli pouvait considérer comme très injurieux pour le Saint-Siège. C'est dans l'Index librorum prohibitorum qu'apparaissent les titres de ceux qui avaient le plus choqué les Romains. La Panegyris janseniana que Gilles de Witte avait donnée sous le pseudonyme de Paulus Aurelius y figurait depuis le 8 avril 1699. Mais il en avait publié des Apologies contre le P. Decker: parue en 1701 (WILLAERT, n° 6690), la seconde avait aussi été condamnée dès le 29 octobre 1701. Dans sa lettre du 31 janvier 1702 (3°) Fénelon avait d'autre part dénoncé à son correspondant l'Etat présent de la Faculté de théologie de Louvain, opuscule qui sera frappé le 17 juin 1703 par l'Inquisition romaine. Quant à la réfutation de la Via Pacis que Fénelon avait adressée au cardinal à la fin de 1701, c'est d'elle qu'il sera question à la fin de ce paragraphe et dans la lettre de Gabrielli du 20 octobre 1702.

2. Cette phrase ne peut guère s'entendre que du désir de Clément XI de conférer le cardinalat à Fénelon.

3. Le De Ecclesiae infallibilitate circa textus dogmaticos, réponse à la Via Pacis envoyée à Gabrielli à la fin de 1701 (cf. supra, lettre à Gabrielli n° 789 de la fin de 1701).

4. La défense était au moins implicite, Fénelon ayant souligné à la fin de sa lettre qu'il n'avait pas voulu se servir d'un secrétaire, pour mieux préserver le secret.

5. Réponse au premier point de la lettre de Fénelon du 31 janvier 1702.

6. Réponse au second point. Mais tous les livres contenant la doctrine incriminée par Fénelon étaient loin d'avoir été condamnés par Rome.

7. Chapitre XIII de la lettre XXI de Célestin ler aux évêques de Gaule (431). Après avoir adopté les positions augustiniennes sur les questions

essentielles, le Pape conclut: «Profundiores vero difficilioresque partes

intercurrentium quaestionum, quas latius pertractarunt, qui hœreticis restiterunt, sicut non audemus contemnere, ita non necesse habemus adstruere,

quia ad confitendum gratiam Dei, cujus operi ac dignationi nihil penitus

subtrahendum est, satis sufficere credimus, quidquid secundum predictas regulas Apostolicœ Sedis nos scripta docuerunt.» Innocent XII avait repris

les mêmes termes dans son bref, d'ailleurs bienveillant, à l'Université de Lou-

vain du 6 février 1694 ([ROBILLARD d'AvRIGNY], Mémoires chronologiques et dogmatiques, s. 1., 1723, t. III, p. 411). Il évitait par là de se prononcer

sur les censures de Lessius dont l'Université avait demandé l'approbation.

8. Il semble s'agir du De Ecclesiae infallibilitate. Mais Gabrielli se dérobera quand, le 20 octobre 1702, Fénelon le prendra au mot et réclamera son aide.

9. Cela semble mal s'accorder avec le secret qui couvrait le De Ecclesiae infallibilitate (cf. supra, n. 4). Mais ce n'était sans doute que la première réaction de Clément XI avant qu'il n'eût été mis au courant.

10. Gabrielli joignait à cette lettre un portrait fait sur le vif de Clément XI (il n'est pas conservé) et le texte de l'homélie prononcée par le Pape à la

grand-messe de Pâques de Saint-Pierre le 16 avril 1702 (A.S.S., t. V, ff.

112-113; à la fin de sa lettre du 23 octobre 1701, n. 3, Gabrielli avait déjà envoyé l'homélie de la Saint-Pierre). Cet envoi n'est pas fait au hasard, car

la vanité littéraire était le péché mignon du nouveau pontife, jadis membre

de l'Académie de la reine Christine: «Le Pape se piquait singulièrement de bien parler et de bien écrire en latin, il voulait s'approcher de saint Léon et

de saint Grégoire, ses très illustres prédécesseurs; il montrait ses homélies

avec complaisance... Mailly s'empressa d'en avoir» (BOISLISLE, t. XXX VII, p. 62, cf. t. IV, p. 305): ce serait, d'après Saint-Simon, en réclamant ces

chefs-d'œuvre que l'archevêque d'Arles se serait frayé la voie au cardinalat. Il était beaucoup plus facile de faire sortir l'amitié de l'émulation littéraire entre Clément XI et Fénelon.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

3 mai 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 271-272. N° 11 de la série.

1. Nom écrit en abrégé.

2. Tantôt, rayé.

3. Exode XIII, 21.

216 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 3 mai 1702

4. Nom découpé, mais on reconnaît les traces de Doisy.

5. Mme de Souastre.

6. Philip. IV, 7. Fénelon a ajouté comme d'habitude l'adjectif humain; cf. supra, t. II, p. 82, n. 8, p. 86, n. 13.

821. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

3 mai 1702.

L. a., non signée, pliée, restes de cachet, A.S.S., t. III, f. 114. Adresse d'une autre main: «A Monsieur / Monsieur l'abbé / de Beaumont.»

1. L'abbé de Chantérac, cf. la lettre à Beaumont du 19 mai 1702, n. 13.

2. Ses jeunes neveux, «les matous minets» de la lettre du 5 mai 1702.

3. Angaigne, cf. infra, lettre du 16 mai 1702, n. 12, et Appendice, Maison, n. 20.

4. Voir sur le tapissier Barassy la lettre du 22 janvier 1704 ainsi que l'Appendice, Maison, n. 20, et sur Le Duc, ibid., avant la n. 27.

5. S'agirait-il du monastère Saint-Géry de Valenciennes, avec lequel Fénelon fut en conflit (A.D. Nord, 7 H. 76)?

6. Indication spirituelle assez rare dans la correspondance avec ce neveu: ici Fénelon «touche légèrement un défaut de l'abbé de Beaumont» (DEL-PLANQUE, p. 139).

COMMENTAIRE 217

11 mai 1702

823. A LA COMTESSE DE MONTBERON

11 mai 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 273-274. N° 12 de la série.

1. Nom découpé, de même que, plus bas, ceux de Doisy, Arras et Cambray. Mais à la fin de la lettre les noms de Tournay et Monbron sont intacts.

2. Nous avons vu que Fénelon avait déjà confessé Mme de Montberon, mais qu'il avait cessé par discrétion (cf. supra, lettre du 18 janvier 1702). Aussi cette fois est-ce le comte qui présente la demande. On notera que Fénelon l'a rencontré à Tournai où le lieutenant de Roi de Flandre française séjournait peut-être le plus souvent.

3. Mme de Souastre.

4. Mme d'Oisy était la soeur du capitaine de vaisseau Jean-Baptiste de Rouvroy, mais il doit s'agir ici d'un autre de ses frères, Louis-Philippe, filleul de Monsieur et de la Reine (2 août 1663), abbé de Notre-Dame du Chage en novembre 1684, qui mourut en mai 1740 (BolsusLE, t. XV, pp. 456 n., 459 n.).

5. Outre son sens actuel, débauche avait alors celui de «petite réjouissance, repas, promenade», sans idée péjorative (DuBols-LAGANE).

824. A LA MÊME

13 mai 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 275-276, marquée n° 13. Les noms de Monbron et Tournay sont découpés.

1. Mme de Souastre.

2. Matth. XVII, 4.

3. Mme d'Oisy.

5 mai 1702.

Copie du début du XIX' siècle, A.S.S., pièce 245. Inédite.

1. A cachet volant, qui ne ferme pas l'enveloppe (DUBOIS-LAGANE).

2. Longtemps intendant général de Fénelon, Deschamps l'avait quitté pour s'établir à Paris au printemps de 1700, mais il continuait à servir d'intermédiaire entre Cambrai et Langeron («M. Ludon»).

3. L'accusation portée contre l'abbé de Saint-Remy, précepteur que Langeron avait proposé à la duchesse d'Arenberg (cf. infra, lettre du 19 mai 1702,

n. 7).

4. Sans doute l'affaire Du Breuil - Le Brun (voir la même lettre, n. 12, et celles des 12 et 16 septembre 1702).

5. Chantérac, les jeunes neveux et Beaumont lui-même. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. HI, ff. 115-116.

1. Langeron.

2. Cf. sur lui la lettre de Fradet du 6 mai 1698, n. 5, et surtout celle de Fénelon du 22 octobre 1701, n. 3. Chalmette, qui se trouvait à la communauté de la paroisse Saint-Sulpice, avait essayé de faire agréer par les supérieurs l'idée d'une sorte de détachement qui lui permettrait de tenter un «essai» à Cambrai sans rompre avec eux, mais la réaction avait été défavorable.

825.

218 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 mai 1702

16 mai 1702 COMMENTAIRE 219

3. Fénelon notera dans son mémoire de septembre 1702 que, depuis sa condamnation, il n'avait pu attirer personne à son séminaire, MM. de Saint-Sulpice s'étant «excusés» en dépit des «espoirs» qu'ils lui avaient précédemment donnés. Or «ceux qui gouvernent actuellement mon séminaire sont entêtés pour le parti» janséniste, «et il est si puissant que je n'ai osé jusqu'ici destituer ces directeurs» (0.F., t. IV, p. 451).

4. Fénelon ne se trompait pas. Même si l'on doutait des assurances données les 27 juillet et 4 août 1702 par Chalmette et par Le Fèvre sur les bonnes intentions du supérieur général, M. Leschassier, et sur son impuissance à les traduire en actes, la lettre de M. Leschassier à Godet-Desmarais en date du 23 septembre 1702 est assez éloquente. Après avoir nié avoir eu connaissance du dessein de M. Cartier qui avait rejoint Cambrai et qui avait été chassé de la Compagnie, le sulpicien concluait : «Si vous voulez bien, Monseigneur, m'honorer de vos avis et me marquer ce que j'aurais à faire en cette conjoncture, vous m'obligeriez sensiblement et vous feriez fonction de premier supérieur d'une maison qui est toute vôtre» (A.S.S., ms. 34, pièce 792).

5. François Le Fèvre ou Lefebvre, né à Ecouis dans le diocèse de Rouen, entré comme clerc à Saint-Sulpice le 26 mars 1667, s'embarqua à La Rochelle le 1" juin 1672 pour Québec où il arriva le 13 juillet 1672. Il fit ses débuts dans le ministère à Lachine près de Montréal, repassa en France en 1675, puis fut supérieur du séminaire de Montréal d'août 1676 à juillet 1678. Jugé par ses subordonnés «impérieux, rude, sévère, plein de précipitation», il fut soutenu par M. Tronson qui était sensible aux résultats qu'il obtenait. La mort de son père le rappela en France en 1678 et il passa les mois suivants (1679-1680) au séminaire de Bourges. Mais il se prépara en 1680 à partir pour le Siam avec François Pallu, évêque d'Héliopolis, auquel M. Tronson affirmait le 22 mars 1683 que Le Fèvre avait «de la ferveur, de la conduite et du talent... pour bien remplir la place que vous lui destinez». Le vicaire apostolique et Le Fèvre s'étaient embarqués le 25 mars 1681 au Fort-Louis sur le même vaisseau, le Blampignon; arrivé au Siam, Le Fèvre fut chargé de porter au roi du Tonkin une lettre et des présents de Louis XIV.

Est-ce à son retour que François Le Fèvre reçut le titre d'aumônier de la princesse de Condé Anne de Bavière (Fr. LEDIEU, 16 septembre 1704, éd. GUETTÉE, Paris, 1857, t. III, p. 157 et infra, lettre de Fénelon au marquis du 28 mai 1713)? Il le devait sans doute à son oncle Louis, aumônier et «ministre des charités» de la Palatine, mère de la princesse (BossuET, Oraisons funèbres, éd. J. TRUCHET, Paris, 1961, p. 282 n.). Il logea en tout cas à la communauté de la paroisse Saint-Sulpice et on comprend mieux la présente lettre en lisant les extraits du Registre du Conseil où son nom est mentionné:

«8 mars 1688. L'on a examiné ce qui se pourrait faire à l'égard de Mr Lefevre, dont l'on n'était pas trop content à la communauté de M. le Curé. Et après avoir considéré: 1° qu'il serait dur de congédier une personne qui a été durant plusieurs années sous la conduite de Saint-Sulpice et qui n'a pris aucun emploi durant ce temps-là que par son conseil; 2° qu'il y avait aussi quelques inconvénients de le faire travailler dans un séminaire de province; l'on n'a point vu d'autre résolution à prendre que de le laisser à la communauté tant que M. le Curé [La Barmondière] s'en pourrait accommoder. »

19 juin 1690. On pense confier à M. Lefèvre, qui s'était offert pour cela, «l'économie de la Petite Communauté»; mais le curé de Saint-Sulpice,

Baudrand, assure «qu'il lui serait d'un grand secours s'il l'avait auprès de lui, que cependant il s'en priverait si on le jugeait à propos». Le 8 août 1690, le Conseil convenait «de ne laisser l'économie à M. Le Fevre que jusques à la fin de ce mois».

«10 juin 1692. M. Lefevre voulant sortir de la Communauté de M. le Curé... Après avoir été remarqué qu'il avait du talent et qu'il était un bon

ouvrier, mais qu'il avait des manières et un caractère d'esprit dont presque

tous ceux avec qui il avait demeuré ne s'étaient pu accommoder, l'on a cru qu'ayant travaillé longtemps dans Saint-Sulpice, et ayant presque toujours

agi par son conseil et sa direction, il y aurait quelque dureté à lui refuser... la retraite qu'il demandait» [au grand ou au petit séminaire, mais sans la liberté de confesser à la paroisse].

15 juin 1693, M. Le Fèvre a présenté un mémoire pour réclamer le libre usage de la chapelle Saint-Jean suivant un traité passé avec le séminaire; il

voudrait qu'elle soit ouverte à quelques dévotes qui avaient contribué à sa

décoration; le Conseil refuse. (Registre du Conseil du supérieur général, A.S.S., ms. 21). Il semble aussi être retourné un temps à la paroisse où il fut

fait «vicaire d'honneur» (A.S.S., note de Cl. Le Fèvre, dossier Cambrai). Le

23 septembre 1702 Leschassier le traite encore de «prêtre de notre communauté» et ajoute avec vraisemblance que c'était là qu'il avait sans doute

connu Fénelon. Celui-ci l'invita à Cambrai où il séjourna du 12 au 24 sep-

tembre 1696, puis à partir du 3 juillet 1699 (A.D. Nord, 3 G. 1664*). Dans la présente lettre, l'archevêque paraît résigné à le mettre à la tête de son sémi-

naire. Le 4 août 1702, Le Fèvre se considérait déjà comme en étant le supérieur et y attirait son cousin Pierre-Joseph Cartier (cf. sur lui, infra, lettre du 27 juillet 1702, n. 2).

En octobre 1702, M. Leschassier avait, pour complaire à GodetDesmarais, exclu Le Fèvre et Chalmette de la communauté: ils rejoignirent

Cambrai (cf. infra, lettre du 17 novembre 1702, n. 2). Le bruit courut l'année

suivante qu'ils avaient été rappelés à Paris par une lettre de cachet (A.N., M. 762, 156), mais M. Leschassier rectifie le 4 mai 1703: «Je n'en entends plus

parler. On a dit à M. Cartier des choses que je n'avais jamais avancées. Celui

qui lui a parlé ou écrit de la sorte a pris ses propres imaginations pour mes pensées» (A.S.S., ms. 37, p. 115). Cela n'empêchait pas le même supérieur

d'assurer le 2 juillet 1704 à M. Rigoley: «M. Le Fèvre est à Paris pour ne plus

retourner à Cambrai. Ses amis tiennent cela secret» (ibid., ms. 38, p. 502), et ils n'avaient pas tort puisque, le 16 septembre 1704, F. Ledieu rencontrait

Le Fèvre à la table de l'archevêque: il ajoutait que lui et Leschelle «venaient

souvent de Paris voir M. de Cambrai». Seul l'âge empêcha Le Fèvre de continuer, et il était sans doute retiré à Saint-Victor quand Fénelon invitait le 7 janvier 1709 son petit-neveu le marquis à «aller voir notre bon abbé Le Fèvre» et, en mars 1713 son cadet François-Barthélemy à «disputer contre lui». Bien que l'archevêque n'espérât plus guère avoir «encore la consola-

tion» de l' « embrasser » (lettre du 8 janvier 1713), il s'occupait encore le 28 mai 1713 de lui faire payer sa pension sur l'abbaye de Crespin. Fr. Le Fèvre mourut à l'abbaye de Saint-Victor en 1718.

6. Le portrait est complété par la lettre au marquis du 28 mai 1713: «Je suis ravi d'apprendre que le sage Nestor, ter functus aevo, danse encore».

220 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 16 mai 1702

7. De fait, Le Fèvre écrira à Cartier le 4 août 1702 après «avoir consulté» Fénelon: «Que deviendrait le séminaire de Cambrai si je venais à mourir?»

et il précisera: «J'ai ordre de M. de Cambrai de fournir à tout ce qui sera nécessaire» (A.S.S., pièce 7544, cf. pièce 7413). Cependant le 12 septembre 1702 l'archevêque écrira simplement à Beaumont : «Si M. Le Fèvre vient, il faudra en prendre soin en attendant mon retour».

8. Enghien, résidence de Mme d'Arenberg. Le petit abbé est Langeron. Il sera encore question de l'accusation le 19 mai 1702, mais elle sera vite dissipée.

9. Veuve depuis le 17 avril 1702 (cf. supra, lettre du 12 novembre 1700,

n. 1), Marie-Aimée de Hautefort-Templeux désirait envoyer un de ses fils au

palais épiscopal de Cambrai (cf. la lettre du 28 mai 1702, n. 6, où Fénelon

lui promet aussi des conseils «sur l'éducation de ses enfants» — elle en avait huit). Le «fils» en question doit être Louis-Charles-Marie qui devint abbé

commendataire de N.D. de Serry, puis vicaire général de Rodez et mourut en 1750. Voir sur les trois autres garçons, infra, lettre du 25 mars 1713 et Paul DECAGNY, Notice historique sur le château de Suzanne, Péronne, 1857, pp. 70-85, passim.

10. Ledieu notera le 16 septembre 1704 que «tous les appartements» du palais archiépiscopal «sont parquetés et les parquets cirés et brossés» (éd.

GUETTÉE, t. III, p. 163). Mettre en couleur, «rafraîchir les peintures, les décrasser, y mettre du vernis ou d'autres drogues qui en font revivre ou paraître les couleurs à demi effacées» (FURETIÈRE). Le Journal du maître d'hôtel (A.D. Nord, 3 G. 1164*) mentionne le 27 juin 1699 «des drogues pour mettre l'appartement de Monseigneur en couleurs».

11. Clocher semble avoir été un frotteur que nous verrons un peu plus tard élevé à la dignité de menuisier.

12. Ce maître d'hôtel était Angaigne comme le confirme la dernière ligne de cette lettre.

13. L'abbé de Langeron.

14. La «petite duchesse» de Mortemart.

15. Veuve d'un officier supérieur tué au combat, Mme de Mursay avait naturellement obtenu une pension que la cousine de son mari, Mme de Maintenon, avait peut-être rendue considérable. Mais, depuis, elle était devenue M"" de Chevry.

16. Cf. supra, lettre du 18 septembre 1701, n. 1.

17. L'abbé de Chantérac. S'agit-il de sa «dispute» avec les moines de Carennac? En tout cas, le mot a été suppléé par Gosselin. A la rigueur, on pourrait penser à l'abbé François de Fénelon (cf. Appendice II, n. 14).

18. Ismidon-René, comte de Sassenage, exempt des gardes du corps, puis capitaine de chevau-légers, était lieutenant des gendarmes d'Orléans depuis

1691. En janvier 1694 il acheta 50000 écus la charge de premier gentilhomme

de la chambre de Monsieur et quitta le service. Il revendit en 1697 la moitié de sa charge et en 1708 l'autre moitié à cause de sa mauvaise santé. Il avait

épousé, vers le 4 août 1698, une fille du duc de Chevreuse, veuve du comte

de Morstin, «quoiqu'on eût douté fort longtemps» de ce mariage (SouRCHES, t. VIII, p. 50). Bien qu'il ne semblât pas «fait pour cette famille, il

a pourtant très bien vécu avec eux tous» (Saint-Simon). Il acheta en 1719 la lieutenance générale de Dauphiné et mourut le 16 avril 1730, âgé d'environ soixante ans (B.N., mss. fr. 12691, ff. 366 sqq., 451 sq., 459 sqq., et 12692,

COMMENTAIRE 221

p. 4 — G. BRUNET, Nouveau Siècle de Louis XIV, t. IV, p. 150 — Table de DANGEAU — BOISL1SLE, t. Il, p. 208 et surtout t. V, p. 304, n. 2).

825 A. LE CARDINAL J. SACRIPANTE A FÉNELON

16 mai 1702.

L. a. s., A.S.S., t. V, f. 118. Au bas du recto: «Mons. Arcivescovo di Cambray ».

1. Né à Narni le 19 mars 1642, Joseph Sacripante fut d'abord avocat consistorial et référendaire de l'une et l'autre signature. Chanoine du Latran en avril 1687, sous-dataire en octobre 1689, il fut créé cardinal le 12 décembre 1695 et mis peu après à la tête de la congrégation du concile. Nommé par Clément XI cardinal dataire en décembre 1700, il écrivait encore à ce titre à Fénelon le 14 octobre 1713 et mourut le 4 janvier 1727.

2. Il s'agissait du canonicat de la cathédrale rendu vacant par la mort de Gilles de Rons (31 mars 1702). Antoine Boulanger en fut pourvu par provision du Saint-Siège, mais il n'en prit jamais possession et, après sa démission, c'est Bonaventure de Provenchères qui le reçut le 31 octobre 1707 par collation de l'archevêque et le conserva jusqu'à sa mort le 20 janvier 1726 (B.M. Cambrai, ms. 1260, p. 151).

3. Il semble d'après la lettre à Beaumont du ter octobre 1705 (n. 11) que cet agent fût Villamez (cf. supra, table du t. VI).

4. Le banquier expéditionnaire Jacques Thiéry ou Thiery ne figure pas ailleurs dans la correspondance.

826. AU CHANOINE J.D. BAYART D'ENNEQUIN

18 mai 1702.

L. a. s., publiée par le chanoine VOISIN, «Lettres inédites de Fénelon. Ses relations avec le chapitre de Tournai» (Mémoires de la Soc. hist. et lift. de Tournai, t. IV, mai 1856, et tiré à part pp. 28 sq.).

1. C'était, aux yeux de Fénelon, le point essentiel qui permettait de trancher le débat dans la «grande affaire» des rentes du clergé de Hainaut. Cf. supra, la lettre de Bayart d'Ennequin du 14 janvier 1702, n. 2. Un «mémoire pour les députés», composé par Fénelon à la demande de Bayart d'Ennequin, affirme fortement dans le même sens: «C'est une pure question de droit indépendant de toute discussion de fait» (A.D. Nord, C. 11209).

A la suite de la réunion des «députés», le 4 avril à Cambrai (cf. supra, la lettre du 18 mars 1702 à l'abbesse Augustine Lambert), Bayart d'Ennequin avait sollicité des informations complémentaires; le 28 avril 1702, il recevait cette réponse du secrétaire de Fénelon, Des Anges:

«A C. Mt. Je vous envoie les déclarations que j'ai reçues de M" les Doyens de Bavay, de Maubeuge et d'Avesnes. Quoiqu'il y ait fort longtemps

16 mai 1702

COMMENTAIRE 223

19 mai 1702

829. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

19 mai 1702.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, ff. 117-118.

222 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 mai 1702

que je les ai demandées, celle d'Avesnes ne me fut rendue que hier au soir. Je joins ici la lettre que M. le Doyen m'écrit. Vous verrez si ce qu'il dit de quelques chapelles de son doyenné est de quelque conséquence» (VoisiN, p. 55).

2. Lettre et réponse n'ont pas été conservées.

3. Louis-Alexandre Schockaert, anobli en 1668, chevalier en 1672, comte de Tirimont en mars 1690, était le fils d'un conseiller à la cour de Mons. Il naquit dans cette ville le 29 août 1633 et étudia le droit à Louvain. D'abord grand-bailli d'Avesnes, il fut ensuite prévôt de Bapaume, de Bastogne et de Marche, conseiller des finances, membre du conseil suprême de Flandres à Madrid, du conseil privé à Bruxelles et trésorier général des finances aux Pays-Bas. Plénipotentiaire au congrès de Ryswyck, il fut, à l'avènement de Philippe V, un des quatre ministres de robe. En 1702, il devint premier conseiller et garde des sceaux du nouveau conseil royal aux Pays-Bas. Après 1706 il siégea au conseil d'Etat établi par les Alliés. Il mourut à Bruxelles le 8 mai 1708. Selon VOISIN (p. 59), Philippe V ne le nomma commissaire royal que le 21 novembre 1702; mais on peut douter de cette date, puisque Fénelon le considère déjà comme juge avec Du Gué de Bagnols.

827. A LA COMTESSE DE MONTBERON

19 mai 1702.

L. a., pliée, cachet, A.S.S., t. IX, ff. 277-278. Marquée n° 14. Oisy, Souastre et Monbron sont découpés.

Adresse: «A Madame / Madame la Comtesse de Monbron / A Cambray. »

19 mai 1702.

L. a. s., perdue mais publiée par X. BARBIER DE MONTAULT, Lettres inédites de Fénelon, Paris, 1863, pp. 9-10. Il signale: «Au dos: A Monsieur / Monsieur Robert, chanoine de Leuze / à Mons. Sceau armorié sur cire rouge».

1. Le meilleur commentaire de cette lettre est fourni par l'itinéraire qu'on trouvera infra dans la Chronologie.

1. Il s'agit presque certainement de Le Rond, receveur de Fénelon à Mons, mentionné dans les lettres à Chantérac du 6 novembre 1697 (n. 7) et du 27 novembre 1697 (sf) comme devant «envoyer très sûrement» à l'archevêque les paquets de Rome qui lui seraient adressés par Bruxelles. Il s'agit ici d'une formalité judiciaire destinée à sauvegarder les droits de l'archevêque. Pour la localisation géographique de Blaugies, cf. infra, lettre du 28 mai 1702, n. 3.

2. Il a déjà été question de M. et Mme d'Oisy dans les lettres du 2 avril 1701 et 21 novembre 1701, notes 4-5.

3. Cf. supra, lettre à Gabrielli du 31 janvier 1702, n. 3. Le légat Maillard de Tournon allait s'embarquer le 4 juillet 1702 sans connaître la décision pontificale. Cependant les cardinaux avaient résolu le 17 mai 1702 de former un décret et Marescotti, Ferrari, Noris, Gabrielli et Sperelli avaient été chargés de le rédiger. Le décret secret Ex quo singulari ne fut pourtant approuvé par les cardinaux du Saint-Office que le 20 novembre 1704. Fénelon semble faire ici allusion aux treize congrégations très importantes qui s'étaient tenues devant Clément XI entre le 12 janvier et le 30 mars 1702 (cf. surtout PASTOR, Geschichte, t. XV, p. 298 - HILLENAAR, p. 239).

4. Voir sur L. Casoni, supra, lettre du 31 janvier 1702, n. 17. Sa qualité d'assesseur du Saint-Office lui donnait évidemment un rôle important dans les délibérations et la saisie des papiers de Maille en 1709 aurait permis de prouver qu'il aurait travaillé de concert avec le groupe janséniste (HILLENAAR, p. 239). Il est du moins certain qu'il était très lié, non seulement avec le cardinal Noris et avec les anti-régalistes comme Tourreil, mais avec L. du Vaucel et Maille. Fénelon qui l'a dénoncé dans son mémoire latin à Clément XI de 1705 (n° 6, 0.F., t. IV, p. 454) ainsi qu'au cardinal Gabrielli (lettres du 31 janvier 1702, n. 17 et du 12 mai 1704, n. 4), ne semble pas se tromper non plus en mettant en cause le Maître du Sacré-Palais et les autres dominicains du Saint-Office. Cf. aussi la lettre du P. Daubenton du 23 mai 1711, n. 8.

5. Formule courante dans les almanachs pour reconnaître l'action imprévisible de la Providence.

6. L'abbé du Val des Ecoliers. Cf. infra, Chronologie, 25 mai 1702.

7. Cf. supra, lettre du 16 mai 1702, n. 8.

8. Beaumont et les jeunes «péripatéticiens». Cf. la dernière ligne de cette lettre et infra, App., La Famille de Fénelon.

9. Le doyen doit être J.-B. de Francqueville, à moins que ce ne soit Chantérac, doyen de Carennac (cf. la lettre du 19 octobre 1701, n. 3). La plaisanterie n'avait de sens que pour l'entourage immédiat de Fénelon. Il s'agit de Fortunatus, roman populaire allemand publié à Augsbourg en 1509 (in-4°) dont la traduction avait paru à Lyon en 1615 (in-12) sous le titre Les Aventures de Fortunatus ou Histoire comique de Fortunatus. Après bien des malheurs, le héros reçoit d'une fée une bourse où il trouvera toujours des pièces d'or, et, à Alexandrie, il se saisit du chapeau magique du Sultan qui confère tout

1. Saint-Ghislain, à 10 km. de Mons sur la route de Valenciennes.

2. Mme de Souastre.

3. Voir la lettre du même jour à Beaumont, n. 2: il s'agit de «la guérison de M. d'Oisy et de la joie qu'en a Mme d'Oisy».

828. AU CHANOINE PH.-CH. ROBERT

224 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 19 mai 1702

pouvoir. Cette pièce était venue rejoindre dans la Bibliothèque bleue Pierre de Provence, Griselidis et Huon de Bordeaux, romans plus anciens (BRUNET, Manuel du libraire, 1865, t. VI, n° 17154, 17587, 17674 - Alfred MORIN, Catalogue descriptif de la bibliothèque bleue de Troyes, Genève, 1974 - LANDRIES, «La Bibliothèque bleue: textes populaires et transcriptions lettrées», Rev. Hist. litt. Fr., 1981, p. 24). Sur la vogue de cette littérature à partir de 1690, cf. supra, t. V, pp. 36-37.

10. Sans doute le prévôt du chapitre métropolitain de Cambrai, François Le Danois de Neufchâtel (18 juin 1688 - 11 août 1724).

11. Commettre, «exposer, mettre en danger, en difficulté» (DusolsLAGANE), sens courant au XVII' siècle.

12. Le Brun n'est évidemment pas le vicaire général de Tournai (cf. infra, lettre du 27 avril 1705). On croirait plutôt devoir l'identifier au «marchand de Dubreuil» dont la lettre du 16 septembre 1702 invitera à se méfier. Quand à Jean Du Breuil, receveur général de Fénelon, il avait en août-septembre 1698 rendu un service insigne à son maître en portant à Rome la Réponse à la Relation. Il en avait été généreusement récompensé par le franc-fief de Sorval (cf. supra, lettre à Chantérac du 21 août 1698, n. 1) et, jusqu'en 1702, il semble avoir gardé les bonnes grâces de l'archevêque à qui il servait d'ailleurs de «boîte aux lettres» pour la correspondance avec Bruxelles, Madrid et M. Adam, de la maison du duc de Bourgogne (cf. Dr TISON, XVII' siècle, 1951-1952, pp. 163 sq.). Si Fénelon se sépara en 1700 de son intendant Deschamps (cf. infra, Appendice, La Maison de Fénelon, n. 5), il semblait le 20 novembre 1701 avoir conservé toute sa confiance à Du Breuil; les lettres des 12 et 16 septembre 1702 montreront la gravité de l'affaire évoquée ici pour la première fois.

13. L'abbé de Chantérac que Fénelon devait emmener dans ses promenades à cheval.

14. Les possesseurs de «châtellenies avec arrière-fiefs ou justices seigneuriales deviennent barons à la fin du XVIe siècle» sans érection nouvelle (SAINT-SAuD, Recherches sur le Périgord et ses familles, 3, Bergerac, 1898,

p. 151 n.). D'une noblesse bien inférieure à celle de Chantérac (cf. supra, t.

I, p. 25), mais féru de généalogies, Beaumont devait souvent plaisanter sur les titres qu'il ne possédait pas (cf. infra, lettre de Fénelon au marquis du 22 janvier 1713).

15. «Motte, élévation de terre faite par art, et de là vient le nom de plusieurs terres et châteaux qu'on appelle la Motte. On appelle proprement motte seigneuriale, celle sur laquelle est bâti quelque château» (FURETIÈRE). Il était impossible à Cambrai de ne pas penser à la famille de La Mothe-Fénelon dont le second château était La Mothe-Massaut (cf. supra, t. I, pp. 33 sqq. et surtout 37-43). On trouve même dans un contrat du 14 juin 1566 un Louis de La Cropte, sieur de la Mothe et de Chassaignes (SAINT-ALLAIs, Nobiliaire universel de France, Paris, 1814-1843, t. XI,

p. 74).

24 mai 1702 COMMENTAIRE 225

830. A H.G. DE PRECIPIANO

24 mai 1702.

L. a. s., pliée, Archives de l'Archevêché de Malines, Fonds Precipiano.

831. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

24 mai 1702.

L. a., non signée, pliée, cachet, B.N., Autographes A. XVII' s., vol. 4, pièce 291 (Rothschild). Auparavant, Catalogue de lettres autographes, Laverdet, Paris, 1849 [9 juin], p. 57, pièce 449; Catalogue de lettres autographes, Eug. Charavay, Paris, 1888 [26 novembre], p. 10, pièce 48. Copie A.S.S., pièce 246. Inédite.

Adresse d'une autre main: «A Monsieur / Monsieur l'abbé de Beaumont».

1. Voir sur ces divers sujets les lettres précédentes, en particulier la fin de la lettre du 16 mai 1702.

2. Chantérac et les jeunes neveux.

3. Son correspondant lui-même. La plaisanterie s'éclaire en partie par le badinage en style «troubadour» de la lettre du 17 mai 1703: «Dieu vous gard beau sire, accort, gentil et preux Panta».

4. Le 3 juin 1702.

832. A LA COMTESSE DE MONTBERON

26 mai 1702.

L. a. s., pliée, cachet, A.S.S., t. IX, ff, 279-280. N° 15 de la série. Adresse: «A madame / Madame la Comtesse de Monbron».

1. Mme d'Oisy.

2. Nom découpé. Il semble qu'on puisse lire: Cambray.

3. Nom découpé.

4. Vous, barré.

5. Bourdon, découpé, mais reconnaissable.

6. Le 4 juin.

226 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 mai 1702

833. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

27 mai 1702.

Copie du début du XIXe siècle, A.S.S., pièce 247, p. 1. Inédite.

1. Le 31 mai.

2. Bien qu'il ne s'agisse que d'une copie, on ne peut guère croire à une confusion avec l'abbaye de Hasnon: située dans le diocèse d'Arras, elle desservait Notre-Dame de Valenciennes (Nomis, «Un voyage en Flandre, Artois et Picardie en 1714» publié par A. EECKMAN, Annales du Comité flamand de Flandre, t. XXII, 1895, pp. 384-385).

3. Mme de Chevry et la duchesse de Mortemart.

4. Du 26 mai.

834. AU MÊME

28 mai 1702.

L. a., non signée, pliée, cachet, A.S.S., t. III, f. 119.

Adresse autogr.: «A Monsieur / Monsieur l'Abbé de Beaumont à / l'Archevêché. A Cambray.»

1. «N'y a-t-il pas une allusion aux goûts d'archéologue de l'abbé de Beaumont dans cette manière de dater une lettre?» (DELPLANQUE, p. 208). Henri Biévelet commente: «Le prélat... a remarqué ce qui dans toute la région met la vieille et petite cité hors de pair et nous croirions volontiers qu'il a voulu, bien qu'il fût `encatharré', s'en faire montrer quelques monuments.» Il avait paru aux XVIe et XVIIe siècles onze titres sur les antiquités de Bavay (Annales... Mons, t. LXII, 1950-1953, pp. 97, 107, 109). Voir sur Bavay le ms. 909 de la B.M. de Douai. Vauban écrivait dans un mémoire de 1679 que «la fameuse cité de Bavay (Noviodunum, chef-lieu des Nerviens) dont César fait tant de bruit était depuis longtemps réduite à un malheureux petit bourg de 80 feux» (MossAY, pp. 84 sq.). Prise malgré ses remparts au début du V' siècle, elle ne s'était jamais relevée et avait été remplacée par Cambrai (M. RoucHE, Revue du Nord, juillet-septembre 1976, p. 339).

2. Cf. supra, la lettre au même du 24 mai.

3. Blaregnies, décanat de Mons, N.E. de Bavay, S. de Mons, à ne pas confondre avec Blaugies (décanat de Bavay, N. de Bavay, S.O. de Mons) dont il a été question le 19 mai, et qui n'est guère distante de Blaregnies que de quatre lieues.

Le 19 mai, Fénelon avait annoncé son itinéraire: ayant béni le 25 mai (jour de l'Ascension) l'abbé du Val-des-Ecoliers à Mons, il est normal qu'il y ait rencontré le lendemain son avocat.

4. HORACE, Carm. III, ode 5, vers 55 et 56.

5. Fénelon avait adressé depuis 1688 de nombreuses lettres de direction à Jules-Armand Colbert, marquis d'Ormoy et de Blainville: cf. en dernier lieu celles des 25 juillet 1700 et 4 avril 1701. Le 25 janvier 1702, Blainville 28 mai 1702 COMMENTAIRE 227

avait été fait maréchal de camp. Quelques semaines après, il fut envoyé défendre Kaiserswerth qui ne paraissait pas capable de résister huit jours. Assiégé le 15 avril, il y tint deux mois, multipliant les exploits et les sorties heureuses. Louis XIV qui avait jugé le 20 avril «bien fâcheux à un si brave homme de défendre une si mauvaise place» ne «pouvait se lasser» les semaines suivantes «de le louer sur sa valeur et sa bonne conduite»: il parlait beaucoup de lui aux courtisans et leur lisait ses dépêches. Blainville sortit le 17 juin de Kaiserswerth qui devait être rasé. Il avait fait perdre huit mille hommes à l'ennemi. Dès le 21 juin, il était nommé lieutenant général moins de six mois après sa promotion précédente et «à toutes les louanges qu'on lui donne... on espère que S.M. lui fera encore d'autres grâces» (Lettres de Colbert, t. VII, p. CXIX — DANGEAU, t. VIII, pp. 307, 392-411, 417, 437, 439 — SOURCHES, t. VII, pp. 251-302, passim).

Un futur académicien, M. Adam, qui se trouvait aux armées, donnait le 2 juin 1702 des nouvelles de Kaiserswerth à Fénelon: elles étaient en apparence adressées à Du Breuil (X VII' Siècle, 1951-1952, p. 163).

6. Cf. supra, lettre du 16 mai 1702, n. 9.

7. La formule surprend un peu, le concours étant destiné à remplir les cures vacantes: il allait avoir lieu du 5 au 10 juin. Fénelon veut dire qu'il ne pourrait recevoir Mme d'Oisy pendant cette semaine chargée.

8. Il avait déjà été question le 24 mai de la santé de Mme de Chevry.

9. Première mention d'un personnage dont le nom reviendra souvent dans la correspondance de Fénelon. Né à Châlons-sur-Marne le 31 mars 1666, le P. Edouard de Vitry entra au noviciat parisien de la Compagnie de Jésus le 15 août 1682. Il fut professeur de grammaire et d'astronomie, puis bibliothécaire aux collèges de Caen et d'Alençon. Il revint ensuite à Paris comme répétiteur à Louis-le-Grand. Il y fit sa théologie de 1691 à 1695, fut ordonné en 1694 et, après quelques années d'enseignement à Nantes, il passa son «troisième an» à Rouen. En 1700 il est de nouveau à Paris, mais en 1701 il enseigne les mathématiques et la théologie à Caen. Plus que dans son savoir encyclopédique, l'origine de ses rapports avec Fénelon est sans doute à chercher dans son amour des livres qui lui faisait commettre des prodigalités et provoqua peut-être ses fréquentes mutations. Mais, précisément, Fénelon avait besoin d'un auxiliaire pour reconstituer sa bibliothèque brûlée. Cette hypothèse est renforcée par les lettres des 12 et 16 septembre 1702 à Beaumont : Fénelon y parle de rembourser «un peu largement» ses dépenses au P. de Vitry (HILLENAAR, pp. 313 sq.).

10. Panta est naturellement Beaumont, «le vénérable» Chantérac, et les «ex bambins» deux des neveux de l'archevêque (cf. infra, Appendice, La famille de Fénelon).

835. «L'ABBÉ DE CHANTÉRAC» AU CARDINAL GABRIELLI

Début de juin 1702.

Minute autographe de la main de Fénelon: 1° jusqu'à «satiram scribere voluerit» (début du paragraphe sur le Télémaque), A.S.S., t. V, ff. 114-117; 2° la fin, inédite, pièce n° 99 de la vente Charavay-Castaing du 15 mai 1975,

228 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

Début de juin 1702

Début juin 1702 COMMENTAIRE 229

est passée dans la belle collection de M. René Faille qui nous l'a très aimable-ment communiquée. La présence du mot voluerit dans les deux parties atteste leur continuité.

Très occupé jusqu'au 2 juin par ses visites pastorales, Fénelon attendit sans doute d'être de retour à Cambrai pour répondre à la lettre de Gabrielli du 30 avril. Le cardinal répondra seulement le 20 octobre, à la fois à Chantérac et à l'archevêque.

1. Gabrielli avait fait d'aimables mentions de Chantérac à la fin de ses lettres du 7 juin 1701 et du 30 avril 1702. L'abbé se devait de ne pas beaucoup attendre pour mettre le cardinal au courant de la rencontre Bourgogne-Fénelon, d'autant que quelques semaines avaient suffi pour en connaître le vaste retentissement.

2. Et vestro in nostrum antistitem, barré.

3. Princeps est en surcharge.

4. Le duc de Bourgogne fut en mars 1702 désigné comme généralissime de l'armée de Flandres. Saint-Simon remarque assez justement que «son passage par Cambrai... ne se pouvait éviter sans affectation» (BoisusLE, t.

X, p. 184). Mais le Roi espérait peut-être que l'archevêque en serait absent, ce qui aurait été le cas («neque frustra; namque jamjam proficiscebatur ») sans la lettre que le duc de Bourgogne lui adressa la veille. Le «trop de discrétion» du prince est d'ailleurs traduit exactement ici par «verecundius».

5. Dulcissimis a remplacé amantissimis.

6. Voir, sur les conditions de cette entrevue, la lettre du duc de Bourgogne du 25 avril et celles que Fénelon adressa à Mme de Montberon les 26, 27 avril et 3 mai 1702.

7. L'entourage de Louis XIV se montre très laconique: Dangeau écrit le 3 mai: «Mgr le duc de Bourgogne, en passant par Cambrai, y a vu M. l'archevêque, qui était venu le recevoir à la poste, où il changeait de chevaux et où Mgr le duc de Bourgogne s'arrêta quelque temps» (t. VIII, p. 405), et il n'y a rien dans les Mémoires de Sourches. Mais une lettre de Quesnel à Mile de Joncoux du 31 mai 1702 assure que le duc «a voulu voir M. l'Arch. de Cambrai en passant, qu'il a été enfermé avec lui, et qu'il lui a fait de très grandes démonstrations d'amitié, s'il est permis de se servir de ce terme, en cette occasion» (ms. fr. 19731, f. 24v°). Cela n'empêchait pas Pontchartrain (A.N., 01. 363, f. 129v°) de s'inquiéter en même temps des fréquents voyages que le valet de chambre de l'archevêque, Adenet (cf. sur lui supra, t. III, pp. 213 sq.), fit à Paris au printemps de 1702. On peut donc accepter les conclusions que cette scène inspire à Saint-Simon: «La cour y fit une grande attention et encore plus celle de l'armée. La considération de l'archevêque qui, malgré sa disgrâce, avait su s'en attirer dans son diocèse, et même dans les Pays-Bas, se communiqua à l'armée, et les gens qui songeaient à l'avenir prirent depuis leur chemin par Cambrai plus volontiers que par ailleurs pour aller ou revenir de Flandres» (BoisusLE, t. X, p. 185).

8. Singulis est rayé et, à la fin de la même phrase, tandem est ajouté en interligne.

9. Il a déjà été question des tentatives pour faire approuver à Rome les décisions de l'Assemblée du clergé de 1700 dans les lettres de Fénelon à

Gabrielli du 22 septembre 1700, n. 4, dans celle de Gabrielli du 7 juin 1701, n. 5 sf et surtout dans la lettre au Pape du 8 mars 1701.

10. Relation des actes et délibérations du clergé, éd. LACHAT, t. XX, pp. 509 sq. : cet extrait du Procès-Verbal d'Aix a déjà été cité supra, lettre à Gabrielli du 22 septembre 1700, n. 18, et lettre à Clément XI du 8 mars 1701, n. 2.

11. Hinc, barré.

12. Cf. supra, lettre à Chantérac du 8 mai 1699, sf.

13. La Relation de 1700 loue en effet en plusieurs endroits l'archevêque qui «sans hésiter déclara sa soumission absolue et sans réserves en ces termes... » «L'Eglise... reconnut dans la soumission de cet archevêque, l'effet naturel de l'humilité chrétienne et de la subordination ecclésiastique.» «M. de Cambrai qui avait le plus d'intérêt à rechercher les moyens d'affaiblir, s'il se pouvait, la sentence qui le condamnait, s'y était le premier soumis par acte exprès» (LACHAT, t. XX, pp. 503, 505, 510).

14. I Cor. II, 11.

15. Viginti tres en surcharge.

16. Fénelon a successivement rayé temere et sine causa avant d'ajouter nisi ex industria.

17. Impugnatos voluit est une correction pour impugnavit.

18. Archipraesul est en surcharge, scripserat a remplacé scripsit, crediderat a été préféré à commiserat, insignes est une addition, quinque précise nonnulli, textu est supprimé devant autographo.

19. Au lieu d' indulgendum, le premier jet portait ignoscendum; a fratre, scilicet et in fratrem sont en surcharge. Frater a été supprimé devant additiunculis.

20. Voici le premier jet de cette phrase: «'taque luce clarius patet ex libelli censura neque auctorem vere culpatum neque adversarios vere purgatos fuisse. Hinc irae apud sapientes bonosque viluisse, neque...»

21. Ces trois mots remplacent Jam vero vellent, rayé. Tot est en surcharge.

22. La fin de cette phrase et le début de la suivante (de perspecta à tandem) remplacent ipse tandem du premier jet.

23. En surcharge à la place de presbytero. Nous ignorons le nom de ce docteur et ses rapports éventuels avec Saint-Sulpice.

24. Resarciretur a remplacé Iterum coalesceret et Eo fine a été ajouté au texte original ainsi que clam à la fin de la phrase.

25. A rchiepiscopum est en surcharge. Nous n'avons plus le texte de la lettre de François Hébert que Fénelon résume ici. Mais la très brève réponse qu'il a faite aux avances de M. de Chartres dans sa lettre du 27 septembre 1701, n. 5, est exactement transcrite (cf. aussi le début de sa lettre à Langeron du 11 octobre 1701).

26. Reposuit se trouve en interligne comme, un peu plus bas, «hœc pia et humanissima responsio».

27. Seclusum senserit, barré.

28. Adversarii est en interligne.

29. 7iirpissime est une addition. Ce passage est un de ceux qui expliquent le mieux que Fénelon ait cru devoir signer sa lettre du nom de Chantérac.

30. Temperare studet adoucit le temperat du premier jet. Un peu plus bas, pastorali est encore en surcharge.

230 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Début juin 1702

31. La fin de cette lettre, jusqu'ici inconnue, est le premier texte conservé où Fénelon s'explique sur son Télémaque: par sa date même, il doit être préféré à la lettre de 1710 au P. Le Tellier (art. 3, 0.F., t. VII, pp. 664 sq.) qui donne des indications analogues sous une forme un peu moins précise.

32. Videretur, en surcharge, remplace vellet, barré.

33. Virorum est rayé devant voluerit.

Fénelon se défendra de même en 1710 d'avoir rien écrit «avec une affectation qui tende à aucun portrait ni caractère» (0.F., t. VII, p. 664). L'accusa-

tion d'avoir fait des «portraits satiriques et insolents» (ibid.), Idoménée pour

Louis XIV, Astarbé pour Mme de Maintenon (SAINT-SimoN, Ecrits inédits, t. IV p. 458), Protésilas pour Louvois etc., avait en effet trouvé une large

créance, à la Cour comme à l'étranger (voir les clés imprimées en Hollande), et avait ainsi scellé sa disgrâce (voir la lettre 638 de la fin de 1699, n. 7, et sur Gueudeville la Rev. Hist. EgL Fr., 1957, pp. 197 sq.).

34. Indication plus précise que celle de 1710 («dans un temps où j'étais charmé des marques de bonté et de confiance dont le Roi me comblait»).

Malgré le jeune âge du prince, il n'est nullement impossible que le précepteur ait conçu dès 1690 l'idée de ce roman pédagogique: c'est sans doute surtout en 1693 et en 1694 qu'il y aurait travaillé et on peut admettre qu'il était pratiquement terminé avant la composition des Maximes.

35. S'agit-il du «libraire» dont les comptes de Monvoisin signalent la présence au palais archiépiscopal, en particulier du 14 au 23 septembre 1696 (cf. supra, t. V, p. 247)? Dès avril 1699, le P. Léonard parlait de «l'indiscrétion du copiste» (A.N., L. 767).

36. L'ouvrage fut vendu à la veuve de Claude Barbin et, sous le titre de Suite du IV' livre de l'Odyssée, reçut un privilège le 6 avril 1699; mais d'après Ledieu, le manuscrit circulait dès octobre 1698 (Dernières années, t. I, pp. 13-15 et 24).

37. On trouvera des «recherches bibliographiques sur le Télémaque» dans l'Histoire littéraire de Gosselin (0.F., t. I, pp. 97-101, 110-144) et dans l'Introduction de l'édition A. Cahen. Cf. aussi CONLON, t. II, n° 9351.

38. Voir déjà l'Histoire des ouvrages des savants de mars 1699, p. 136, et de juin 1699, pp. 276 sqq., ainsi que les Nouvelles de la république des lettres d'août 1699, pp. 198 sq.

39. Ab ullo propos, rayé.

40. Detest, rayé.

41. Ce paragraphe a été écrit après le suivant, mais Fénelon a marqué par ** qu'il devait le précéder.

42. Cf. supra, la lettre 781 A de dom Gerberon à Fénelon et la réponse de celui-ci du 3 décembre 1701.

43. Fénelon avait d'abord écrit mandabat. Voir, sur son recueil manuscrit, notre article de la Rev. Hist. Egl. Fr., 1957, pp. 188-202.

44. Damnatum Antistitis nostri libellum a quo M, premier jet rayé. En outre tum provincialium conventuum, generaliumque comitiorum acta se trouve en surcharge au-dessus de «tum provinciales, generalisque Gallicani cleri conventus».

45. Simulatque clam rescivit archiepiscopus id operis jam apparatum mox typis in lucem, rayé.

Début juin 1702 COMMENTAIRE 231

46. Multo est une addition comme facti dans la phrase suivante. La lettre de Gerberon manifestait clairement son désir d'assimiler le «fait» de M. de Cambrai à celui de M. d'Ypres.

47. Comperit remplace rescivit et auctoris hujus est rayé devant praecipuis. Nous ignorons tout de cette tentative d'édition à Bruxelles, mais le caractère de Gerberon se trouve bien dépeint.

48. Et laude quidem singulari digna, rayé.

49. Ubi partes illae incredibili auctoritate poilent, rayé.

50. Fénelon avait d'abord écrit: duxi.

836. A MAIGNART DE BERNIÈRES

5 juin 1702.

Autographe communiqué par Mme de Reiset à Gosselin qui l'a publié en 1850 (pp. 174 sq.). Il a ensuite passé dans les catalogues Charavay du 21 décembre 1928 et Degrange, n° 38 (cf. Rev. Hist. litt. Fr., t. 43, 1936, p. 456).

1. Cf. la lettre de Fénelon au même destinataire du 18 décembre 1701, n. 6.

2. Erreur de fait que Fénelon reconnaîtra le 13 juin 1702.

3. Bernières venait d'être nommé intendant aux armées de Flandre et d'Allemagne. Fénelon juge sans doute que cet avancement mettait son ami «à portée» d'une place de conseiller d'Etat qu'il n'obtint pourtant jamais.

837. A LA COMTESSE DE MONTBERON

6 juin 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, f. 281. Marquée n° 16.

1. Magistrat, «ensemble des officiers municipaux» (FURETIÈRE et Académie 1694). Le mayeur héréditaire se nommait en 1710 Jacques-François Baudoin (Jean MOSSAY, p. 362).

2. Le curé d'Avesnes était depuis le 2 septembre 1700 Paul Lecomte, de Mortagne (BONTEMPS).

1. Fénelon était depuis la veille, lundi de la Pentecôte, pris par le concours.

838. A MAIGNART DE BERNIÈRES

10 juin 1702.

L. a. s., pliée, noue acq. fr. 24146, ff. 27-28.

232 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 13 juin 1702

3. Le chapitre de la collégiale Saint-Nicolas d'Avesnes se composait de douze chanoines jouissant de prébendes de 300 livres (H. HASQUIN, p. 12, cf. C. CROIX, Saint-Nicolas d'Avesnes, 1951). Guillaume Everard en était doyen en 1704.

4. La charge de procureur du Roi d'Avesnes fut occupée cinquante ans par des membres de la famille Scorion, de Tournai: Jean-Marie-Antoine et Louis-Philippe, tous avocats en Parlement. Cf. Michel MISOFFE, Officiers de justice du bailliage royal dAvesnes, 1935, et A. CACHEUX, Le Bailliage royal d'Avesnes, Avesnes, 1954, p. 41.

839. AU MÊME

13 juin 1702.

L. a. s., pliée, noue acq. fr. 24146, ff. 29-30.

Annoté en tête par le destinataire: «Examiner et confronter avec mon état.»

1. Dans sa lettre du 5 juin.

2. Non seulement du doyenné de Cambrai, mais de toute la partie du diocèse qui se trouvait dans l'intendance de la Flandre gallicane. 10 H 10 P. signifie sans doute dix florins dix patards (monnaie flamande valant un sol).

LE PRINCE DE BOURNONVILLE A FÉNELON

14 juin 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 120. — QUERBEUF, Vie de Fénelon, p. 634.

1. Alexandre-Albert-François-Barthélemy, prince de Bournonville, né le 16 avril 1662 à Bruxelles, mais élevé en France où son grand-père et le frère cadet de son père avaient pris du service, y fut naturalisé en 1683. Enseigne des gendarmes de la garde en 1692, il fut «fort blessé» l'année suivante à Neerwinde; sous-lieutenant en 1701, brigadier d'armée en 1702, maréchal de camp en octobre 1704, il servit en Flandres à partir de 1701 et mourut à Bruxelles en août 1705. Spanheim le dit «honnête homme. Peu d'esprit. Affable, doux, honnête. Estimé de tout le monde» et Saint-Simon «homme d'honneur, fort brave, qui avait beaucoup de savoir et qui ne manquait pas d'esprit». Il était cousin germain de la maréchale de Noailles, mais avait épousé le 29 avril 1682 une soeur consanguine du duc de Chevreuse, dont il était veuf depuis le 22 mai 1701 (BoisusLE, t. I, p. 257, t. VIII, pp. 289 sqq., t. XIII, pp. 125 sq.).

2. Tous les témoignages sont unanimes à ce sujet. Dangeau annonçait le même jour l'arrivée de Denonville: «Notre armée marcha le 10 et le 11 au matin; elle arriva près des ennemis, qui n'ont pas jugé à propos de nous attendre dans leurs retranchements; ils se sont retirés avec précipitation. Nous les avons suivis jusqu'à Nimègue et, sous le feu du canon de la place,

22 juin 1702 COMMENTAIRE 233

nous avons renversé leur arrière-garde jusque dans le chemin couvert et le fossé de la ville. Nous leur avons tué plus de 800 hommes... Nous n'avons eu que 40 ou 50 hommes tués... M. de Boufflers mande des choses merveilleuses de Mgr le duc de Bourgogne qui s'est porté partout; il loue sa valeur, son sang-froid, son activité et son coup d'oeil, qui est le terme dont il se sert dans sa lettre» (t. VIII, pp. 434 sq.). Il ajoutait le 16 après l'arrivée du courrier du jeune prince: «Les ennemis y ont perdu près de 2000 hommes... Ils sont fort étonnés en Hollande de voir leurs troupes contraintes de rentrer dans le Bétau» (t. VIII, p. 436). Les Mémoires de Sourches précisent pour leur part que les Français «avaient canonné pendant quatre heures leur armée sur le bord de la contrescarpe de Nimègue... et que le duc de Bourgogne s'était campé sur la rivière de Nimègue, où le comte de Tallard l'avait joint» (t. VII, pp. 295-298). Cf. aussi la lettre de Tallard à Fénelon du 21 novembre 1702.

840. Au DUC DE BEAUVILLIER

22 juin 1702.

Publiée en partie par Gosselin d'après Querbeuf. Mais l'autographe (4 p. pl. in-4°) est signalé dans le Catalogue des autographes Parison de 1856 (p. 35, n° 254), dans celui de la vente Noël Charavay du 21 mars 1901 (n° 45), dans celui de la vente aux enchères du 25 mai 1973 (n° 213) et dans le catalogue Blaizot n° 342 de l'été 1974 (n° 4260). Ce dernier donne une photocopie de la fin de la lettre (de «les yeux sur beaucoup de choses» à «agréez qu'il vous») qui a ainsi pu être collationnée. Les deux paragraphes contiennent en outre quelques lignes que Querbeuf avait omises, sans doute à cause de leur extrême sévérité.

Querbeuf croit cette lettre adressée au duc de Chevreuse, ainsi que celles des 24 juillet, 7 septembre (sur l'Université de Douai) et 5 octobre de la même année. Gosselin ne rectifie que pour cette dernière. Elles sont pourtant visiblement toutes adressées au même destinataire et la lettre du 7 septembre 1702 à Chevreuse (restée inédite jusqu'au XX' siècle) empêche de douter que celui-ci ne soit Beauvillier, ce que le contenu des lettres (en particulier «donner votre avis dans le conseil») rendait d'ailleurs probable.

1. Voir sur Dreux-Louis Du Gué de Bagnols, intendant de la Flandre gallicane et de l'armée de Flandres depuis le 31 mars 1701 (Serv. hist. Armée, Al. 1471, f. 506), supra, t. V, p. 51 (lettre du 23 octobre 1695, n. 2) et de tous les Pays-Bas espagnols depuis le 4 juillet 1701 (SOURCHEs, t. VII, p. 87). Il a depuis reparu plusieurs fois dans la correspondance: il semble avoir toujours vécu en bons termes avec Fénelon.

2. L'intendant était le fils d'un des plus grands amis de Port-Royal, Guillaume Du Gué de Bagnols (1616-1657), sur lequel on lira l'article de M. Bruno Neveu (Chroniques de Port-Royal, 1966, pp. 45-92).

Quant au fils, il est plus sévèrement jugé de ce point de vue à la fin de la lettre du 9 juillet 1702 et dans la minute du Memoriale clam legendum de 1705: «Prœterea D. de Bagnols, prœcipuus Christianissimi Regis in aula

234 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 22 juin 1702 23 juin 1702 COMMENTAIRE 235

Bruxellensi minister, vir sane, si quis unquam, acutissimus, et singulari dexteritate prœditus, una cura Bavaro Barone de Malkenek, multa apud Electorem gratia pollet. Francus autem ille in Portu-regiensi schola edoctus, Janseniana castra ita palam secutus est, ut Rex tandem vetuerit scripto ne quidquam in Belgio, quod Jansenismum aut Jansenistas attinet, ab ipso tractetur » (0.E, t. IV, p. 453 g). Au contraire Monnier de Richardin, sympathique au jansénisme, expliquait le 11 mars 1699 à M. d'Arras qu' «on ne pouvait faire aucun fond sur M. de Bagnols, qui pliait suivant les circonstances où il se trouvait, et sur l'esprit duquel les moines avaient trop de pouvoir» (B.M. Douai, ms. 1374, p. 88); dans sa lettre au chanoine Robert du 4 octobre 1701, Fénelon ne semble pas non plus prendre son «jansénisme» très au sérieux. Mais en mars 1702 Louis XIV avait assuré à Philippe V que Bagnols «ne se mêlerait point des affaires ecclésiastiques» (Serv. hist. Armée, AI. 1564, pièces 37 et 41).

3. Ce qui suit n'est connu que par les extraits des catalogues d'autographes Parison et Blaizot.

4. Louis-François, marquis de Boufflers (10 janvier 1644 - 22 août 1711), brigadier général en 1675, maréchal de camp en 1677, lieutenant général en 1681, commandant de l'armée de la Moselle le 20 avril 1690, maréchal de France le 27 mars 1693, gouverneur de Lille et de la Flandre française en 1694, duc et pair en 1695, avait été solennellement reçu à Bruxelles le 26 novembre 1701 (SouRcHEs, t. VII, p. 152) et y avait passé l'hiver (DANGEAU, t. IX, p. 39), car il avait depuis le début de 1701 le commandement de l'armée des Pays-Bas et le conserva jusqu'en 1704. Au même moment, Fénelon portait sur ses capacités un jugement circonspect: «Selon les apparences, M. le M. de Boufflers ne pourra pas soutenir les fatigues de la guerre, si elle commence en ce pays; il faudrait avoir en vue quelqu'un pour le remplacer... M. le duc de Bourgogne serait bien tristement, et peu en sûreté pour le succès d'une campagne vive, s'il n'avait que le M. de Boufflers... Je crains bien qu'on ne hasarde tout, plutôt que de contrister MM. les maréchaux de Villeroi et de Boufflers» (0.E, t. VII, pp. 157 d, 158 g).

5. Jacques-François de Chastenet, marquis de Puységur, naquit à Paris le 19 mars 1655. Successivement capitaine, major et lieutenant-colonel du régiment du Roi-infanterie, il était maréchal-général des logis depuis 1690. Brigadier en 1696, gentilhomme de la manche du duc de Bourgogne en juin 1698, maréchal de camp en 1702, lieutenant général en 1704, nous le retrouverons en Flandre auprès du duc de Bourgogne en 1708. Maréchal de France en 1734, il mourut le 15 août 1743. Fénelon mentionnera le 27 janvier 1703 une conversation qu'il venait d'avoir avec lui à Cambrai.

6. Jean van Brouchoven, baron puis comte de Bergeyck, né à Anvers le 9 octobre 1644, était le fils d'un diplomate et de la veuve de Rubens. Il débuta en 1668 comme commis des domaines et finances d'Espagne aux Pays-Bas, fut créé baron, puis comte de Bergeyck et devint trésorier général en 1688. L'électeur de Bavière le nomma plénipotentiaire à Ryswyck en 1696, mais il dut démissionner en 1699 et le comte de Tirimont le remplaça comme trésorier général en juillet 1700 (cf. sur celui-ci, supra, lettre du 18 mai 1702, n. 3). Plus que la protection de l'Electeur, les jugements portés sur Bergeyck par Puységur et par Bedmar (dans des lettres à Torcy des 19 avril et 15 décembre 1701) amenèrent son retour au pouvoir: le 11 mars 1702 il reçut une

commission de surintendant général des finances, police, justice et milice et fut en outre contrôleur général des guerres. Nous le verrons jouer un grand rôle diplomatique. Bien accueilli à Madrid en 1711, il se heurta à la princesse des Ursins et dut revenir en 1714 aux Pays-Bas où il mourut le 21 mai 1725 (BOIsLIsLE, t. XIII, p. 377). Voir sur lui Reginald DESCHRYVER, Verhandelingen van de kon. Vlaamse Akademie Letteren, jg 27, n. 57, Bruxelles, 1965 et M. GACHARD, Une Visite aux archives de Munich, Bruxelles, 1864, pp. 70 sqq.

7. Il semble que la première disgrâce de Bergeyck ait été provoquée par une campagne contre l'origine de sa mère et par le mécontentement de Madrid contre l'Electeur. Mais en 1702 l'opinion lui reprochait de se faire l'instrument des Français et une lettre écrite de Bruxelles par le chanoine de Haze à l'intendant de Fénelon Jean Du Breuil l'accusait en particulier d'avoir fait incarcérer au fort d'Anvers un des plus grands seigneurs, le comte de Clairmont (XVII' Siècle, 1951-1952, p. 163). Il est curieux que Fénelon ne nomme pas le marquis de Bedmar, gouverneur général par intérim du 30 mars 1701 au 12 février 1705 (cf. sur lui, lettre 627 de septembre 1699, n. 3).

841. A LA COMTESSE DE MONTBERON

23 juin 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 282-283. N° 17 de la série. Elle s'arrête au milieu de l'avant-dernier paragraphe (après «N'écoutez point»). La fin (à partir de «vos vains scrupules») est publiée d'après les Lettres spirituelles (1738-1740, n° 226).

1. III Reg. XIX, 11 (épisode d'Elie dans la caverne, auquel Fénelon a déjà fait une allusion plus détaillée, lettre 743, n. 2).

842. A LA MÊME

L. a., pliée, cachets, A.S.S., t. IX, ff, 284-285. Marquée n° 18. Adresse: «A Madame / Madame la [Comtesse de Monbron] ».

1. Badinage attristé où l'état de pure foi guyonien n'est pas produit dans l'âme de Fénelon par Dieu, mais par sa correspondante.

236 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

843. A LA MÊME

1er juillet 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 286-287. N° 19 de la série.

1. Mme d'Oisy.

2. Nom découpé, mais pouvant être restitué d'après les traces.

3. Terre du Vexin français appartenant le 27 mai 1661 à la famille de Montberon, que la comtesse vendra le 24 juillet 1714 (A.N., 306 AP 684, 688 et 693).

4. Nom découpé, restitué d'après les éléments subsistants.

5. Mais, rayé.

6. Expression d'Exode III, 8, souvent reprise dans la Bible.

844. A LA R.M. MARIE-JEANNE LAMELIN

1" juillet 1702.

L. a. s., A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7804. L'adresse porte: «A la R.M. de Saint-Jacques au Bois, à Cambrai.»

1. Cf. supra, lettre du 12 janvier 1702.

2. Des Anges a signé, au bas de la lettre, le reçu ainsi libellé: «J'ai reçu de Mme la Supérieure de S. Jacques du Bois les vingt livres ci-dessus pour le second paiement de la subvention ecclésiastique de 1701. A Cambray, le 28 juillet 1702. »

845. A LA COMTESSE DE MONTBERON

[Entre le 2 et le 6 juillet 1702?).

L. a., pliée, traces de cachet, A.S.S., t. IX, ff. 288-289. Marquée n° 20.

Adresse d'une autre main: «A Madame / Madame la Comtesse / De Monbron. » La date est inférée de la place de cette lettre dans la série. Fait exceptionnel, les noms propres ne sont pas découpés.

1. Mme d'Oisy.

2. Fénelon établit donc des liens entre ses deux dirigées, Mme de Mortemart et Mme de Montberon. Nous voyons ici apparaître en tiers sa nièce, soeur de l'abbé de Beaumont. La santé de celle-ci, déjà mauvaise, tiendra une grande place dans sa correspondance avec elle, qui n'est malheureusement pas conservée avant le 27 février 1714. C'est surtout à partir du 7 juillet 1709 qu'il est fait mention d'elle dans des lettres à des tiers: nous avons cependant rencontré son nom à six reprises entre le 1" septembre 1701 et le 19 novembre 1701.

8 juillet 1702

846. A LA MÊME

8 juillet 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 290-291. Marquée n° 21. Les noms propres n'ont pas été découpés.

Adresse autographe : «A Madame / Madame la Comtesse de Monbron. »

1. La duchesse de Mortemart, nommée dans la lettre précédente.

2. Sa correspondante se trouvait donc à Oisy.

3. Ps. CXVIII, 32.

4. Marie-Françoise, quatrième enfant de François, comte d'Ursel, grand veneur et haut forestier de Flandres, colonel et général de bataille au service de Charles II, et d'Honorine-Marie-Dorothée de Hornes de Baucignies (t 5 décembre 1690), avait épousé avant 1690 Guillaume de Melun, marquis de Risbourg, baron de Walincourt, né après 1665, chevalier de la Toison d'or depuis 1700, colonel d'un régiment de dragons de son nom, maréchal de camp de Philippe V en 1704. La faveur de Louis XIV lui obtint le 19 décembre 1704 le titre de grand d'Espagne de première classe. Il passa alors dans la péninsule où il exerça des commandements de plus en plus importants: capitaine général des frontières de Castille en mai 1705, vice-roi de Galice de 1706 à 1722, défenseur de Badajoz en 1706 et en 1710, commandant de l'armée d'Espagne après le départ du marquis de Bay (1710), capitaine de la compagnie flamande des gardes du corps (septembre 1715), colonel des gardes wallonnes (octobre 1716), gouverneur de la Catalogne (août 1724), il mourut le 6 octobre 1734 (Service historique de l'Armée, Al. 1742, pièce 97 - DANGEAU, t. XI, p. 73 - BOISLISLE, t. XIII, p. 360).

Après le départ de son mari pour l'Espagne, la marquise de Risbourg ne le suivit pas et se mit sous la direction de Fénelon qui «la recevait parfois à sa table et la visitait, soit en sa maison de ville de Cambrai, soit en son château de Walincourt ». Il sera souvent question d'elle dans les lettres à Mme de Montberon. Onze de celles que Fénelon lui adressa à partir du 2 décembre 1710 sont en outre conservées. Elle avait deux filles, Anne-Françoise de Melun, religieuse à Origny près de Laon, puis successivement abbesse de N.D. de Céranne en Brie et de St-Pierre de Lyon, morte sans doute en 1772, et Marie-Lydie-Albertine de Melun, morte célibataire le 13 décembre 1746. La correspondante de Fénelon mourut le 4 août 1720 (POPLIMONT, La Belgique héraldique, Bruxelles, 1863-1867, t. XI, p. 112 - Abbé Guiar, Mémoires de la société d'émulation de Cambrai, t. LIV, 1900, pp. 227-232). En décembre 1714 nous la verrons encore chercher à faire marier sa nièce Anne de La Tour et Taxis de Valsassine avec le marquis de Laval.

Il est curieux que Saint-Simon croie se souvenir qu'au début de la Régence Guillaume de Risbourg, «assez singulier», était alors veuf, et que sa cousine par alliance, Elisabeth de Lorraine-Lillebonne, princesse d'Espinoy, veuve de Louis I" de Melun, «avait sa procuration pour gouverner ses biens en Flandres et pour la conduite personnelle de ses filles, leur commerce de lettres et d'amitiés étant continuel» (BOISLISLE t. XXIX, pp. 188-191), l'erreur pouvant d'ailleurs ne porter que sur la date de son veuvage.

1" juillet 1702

COMMENTAIRE 237

238 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 9 juillet 1702

847. Au DUC DE BEAUVILLIER

9 juillet 1702.

Lettre publiée par Gosselin d'après l'édition Querbeuf. Voir sur le destinataire la lettre du 22 juin 1702.

1. Il ne peut s'agir que de la bonne petite duchesse de Mortemart, seule des trois filles de Colbert à se rendre à Cambrai, et à laquelle les termes de cette phrase conviennent d'ailleurs fort bien.

2. On retrouvera la même personne dans la lettre du 24 juillet 1702 (n. 1), où l'on hésite entre les lectures Macre ou Made, mais les deux titres peuvent convenir à la demi-soeur du destinataire, Marie-Françoise de Beauvillier, née le 6 avril 1681 et mariée le 23 juin 1703 à Jean-François dit le marquis de Marillac, d'abord capitaine d'infanterie, puis en 1696 colonel du régiment de Languedoc, brigadier en juillet 1702. Son oncle Champigny lui céda à cette occasion le gouvernement de Béthune. De son côté Beauvillier fit alors don de 40000 1. à Marie-Françoise. Veuve le 13 août 1704, remariée en 1710 au marquis de l'Aubespine, celle-ci ne mourra que le 18 novembre 1748 (BOISLISLE, t. XI, pp. 23 et 505 — LIZERAND, Le duc de Beauvillier,

p. 326).

3. Sans doute la fête des martyrs de Gorcum, dont Cambrai possédait des reliques et dont un des prédécesseurs de Fénelon, l'archevêque Van der Burch, avait contribué à faire autoriser le culte en 1621 (Acta Sanctorum, juillet, t. II, 1721, p. 752).

4. Ces quelques lignes seront développées dans la lettre au même destinataire à la fin de septembre 1702.

5. Cette lettre ostensible permit à Bagnols de s'adresser directement à Beauvillier. Celui-ci lui fit une réponse dont l'intendant fut charmé (cf. infra, lettre du 27 janvier 1703, st.).

6. Ce paragraphe résume la lettre du 22 juin 1702 tout en aggravant le jugement sur Bergeyck qui y était seulement (n. 6) déclaré «homme odieux à toute la nation».

848. Au P. [LOUIS LE COMTE [?)].

9 juillet 1702.

L. a. s., Université d'Amsterdam, Diederichs Schenking, 45 Bj. D'une autre écriture: «Répondu le 15.» Inédite.

1. Louis-Daniel Le Comte naquit le 15 janvier 1656 à Saintes, mais c'est à Bordeaux qu'il entra au noviciat des jésuites le 24 octobre 1671. Déclaré dès 1675 apte à l'enseignement des sciences supérieures, il reçut en 1684 le sacerdoce et fut désigné en 1685 pour la mission de Chine. Mathématicien impérial logé au Palais, il y composa les Nouveaux mémoires sur l'état présent de la Chine (Paris, 1696 et 1697) et revint le 25 mars 1694 à Rome prononcer son quatrième voeu. Il était sur le point de repartir pour l'Extrême- 9 juillet 1702 COMMENTAIRE 239

Orient, quand il fut retenu comme aumônier de la duchesse de Bourgogne (septembre 1696): il logeait à la maison professe. Mais la condamnation de

ses Nouveaux mémoires par la Faculté de théologie de Paris (cf. supra, lettre du 30 novembre 1699, n. 30) le fit priver de ses fonctions. Cependant le Roi lui accorda une pension qui lui permit de séjourner à la maison professe de Rome de l'été 1700 à 1703 (A.R.S.J, Aquit. 8, 14v°, 24, 35; Roma 78, III, 35 b — DANGEAU, t. VII, pp. 335 et 345 — LED1EU, t. I, p. 74). 11 en écrivit le 17 mars 1701 une Lettre au P Brisacier (SOMMERVOGEL, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, 1890, t. II, c. 1358). En 1703 et en 1704 il avait rejoint Paris, d'où il fut envoyé aux collèges de Poitiers (1705-1709), de Bordeaux (1709-1711), d'Agen (1712-1715) et enfin de Bordeaux où il mourut le 19 avril 1728 (renseignements très aimablement communiqués par le P. Georges Bottereau, S.J.). L'hypothèse que la présente lettre lui est adressée semble étayée par la convergence des notes 2, 4, 7 et 8.

2. Il n'en résulte pas que la mission confiée par le cardinal de Bouillon fût déjà en cours de réalisation ni même qu'elle ne resta pas toujours à l'état de projet. Très attaché à la Compagnie, le cardinal confiait en revanche à des jésuites la formation de ses neveux qu'il destinait à l'Eglise: le P. Gaillard avait été chargé de celle de Louis de Turenne a 1694).

3. Sans doute Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne comte d'011iergues, dit le prince Frédéric, neveu du cardinal de Bouillon. Quatrième fils du prince d'Auvergne, il naquit à Paris le 3 avril 1682, fut élu le 25 février 1694 chanoine domicellaire de la cathédrale de Strasbourg, passa capitulaire en 1718, grand doyen en 1722, et mourut dans cette ville le 5 avril 1732 (cf. BOISLISLE, t. VII, pp. 82 sq.).

4. On ne voit pas quel autre prince de l'Eglise Fénelon pouvait alors désigner ainsi.

5. Il ne s'agit pas d'un texte scriptuaire, mais Fénelon s'adresse à un jésuite. L'antithèse se trouvait d'ailleurs dans Tite-Live et dans Sénèque.

6. Si elles étaient pour le destinataire «une relâche» ces lettres constituaient cependant pour l'archevêque «un travail long et pénible». Il s'agit donc de la réfutation des Provinciales à laquelle Fénelon pensa depuis 1699 et qu'il introduisit en 1714 dans l'Instruction pastorale en forme de dialogues. On notera que, le 7 février 1703, il était prêt à offrir au duc de Bourgogne «d'autres éclaircissements par écrit », en plus de son «grand mémoire» qui «lui fournit une anatomie des deux premières lettres» (note 11).

7. Même après la condamnation des Maximes, le P. Le Comte eut l'audace d'assurer que «M. de Cambrai n'avait jamais entendu les propositions de son livre dans le sens condamné» (HILLENAAR, p. 95). Mme de Maintenon, qui l'avait pourtant jugé le 4 novembre 1696 «un homme admirable», dénonça donc le 17 août 1699 au Roi «l'admiration du Père Le Comte pour M. de Cambrai et le scandale que me donnent les Jésuites sur la froideur qu'ils ont pour le quiétisme» (LANGLOIS, Madame de Maintenon, Lettres, Paris, 1939, t. V, pp. 135, 421, 433).

8. Fénelon exagère par courtoisie, mais le P. Le Comte fut aumônier de la duchesse de Bourgogne de septembre 1696 jusqu'à juillet 1700. Le bruit courut même qu'il avait dédié au duc de Bourgogne ses Nouveaux Mémoires (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 442 — BOISLISLE, t. III, p. 159 et t. VII, pp. 166 sqq.).

240 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 juillet 1702

9. Expression compliquée: Fénelon espère sans doute que ses écrits sur le jansénisme serviront autant (ou plus) au duc de Bourgogne qu'au prince Frédéric.

24 juillet 1702

3. Le promoteur de l'officialité semble avoir été à Nicolas Michel qui avait succédé à Jacques de Thuin 386, 517 et 518).

cette date Ferdinand(A.D. Nord, 5 G. 10,

COMMENTAIRE 241

849. A LA COMTESSE DE MONTBERON

12 juillet 1702.

852. Au DUC DE BEAUVILLIER

24 juillet 1702.

L. a., pliée, traces de cachet, A.S.S., t. IX, ff. 292-293. Porte le n° 22. Adresse autographe, en partie découpée: «A Madame / Madame la C[omtesse] de M[onbron].»

1. Deux fois découpé dans la lettre, Oisy peut pourtant être reconstitué ainsi qu'Arras. Fénelon invite sa correspondante à laisser Mme d'Oisy s'installer en son absence dans son appartement d'Arras.

850. Aux CHANOINES DE SAINT-AMÉ A DOUAI

18 juillet 1702.

L. a. s., A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7806.

1. Bagnols et Tirimont que Fénelon désignait dans sa lettre à Bayart d'Ennequin du 18 mai 1702 comme les commissaires de l'affaire des rentes inféodées du clergé de Hainaut.

2. Il avait déjà été question d'une réunion à Cambrai le 25 novembre 1701 (cf. supra, la lettre d'A. Duval du 19 novembre 1701), et d'une autre le 4 avril 1702 (cf. la lettre du 18 mars 1702 à l'abbesse des Prés de Tournai).

851. A JACQUES-ALBERT DUBRAY

19 juillet 1702.

Copie du début du XIXe siècle, A.S.S., t. VIII, f. 30 qui s'arrête aux mots «Tâchez de». La fin est publiée d'après l'édition Gosselin.

1. La copie porte seulement: «A un doyen de son diocèse», mais c'est Jacques-Albert Dubray qui fut curé de Saint-Pierre de Maubeuge de 1680 à 1713 et doyen de chrétienté au moins à partir de 1693 (cf. supra, lettres des 1" juin 1699, n. 1, et 31 mars 1700, n. 2). Voir un bref commentaire de cette lettre dans le Bulletin de la Société d'études de la province de Cambrai, t. II, 1900-1901, p. 16 et BONTEMPS, p. 198.

2. Jeumont, paroisse située à 15 km. à l'Est de Maubeuge, eut pour curé Engelbert Larme, originaire de Trelon, de 1680 au 20 mai 1710 (BONTEMPS,

p. 168).

L. a., non signée, Archives S.J. de la province de Paris provenant de la collection Parison (1856). Publiée en partie comme une lettre au duc de Chevreuse (0.F., t. VII, p. 237) et intégralement dans les Etudes des PP. jésuites (juillet-août 1863, pp. 791-801). Copies, A.S.S., pièces 249 et 250, et rééditions, Revue Fénelon, 1910-1911, pp. 193-194 et URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 397 sq. Voir sur le destinataire, la lettre du 22 juin 1702.

1. Cf. supra, lettre du 9 juillet 1702, n. 2.

2. L'objet du litige sera longuement exposé dans le mémoire adressé le 7 septembre 1702 par Fénelon au même correspondant. Il connaissait déjà les noms des commissaires nommés le 8 juillet 1702: R. de Marillac président, Bossuet, D.-Fr. Voysin et Jean-Pierre d'Argouges de Ranes, tous conseillers d'Etat, avec Claude Le Blanc, maître des requêtes, comme rapporteur. Bossuet assista le soir du 30 juillet à la première séance de ce «bureau» chez Marillac (LEDIEu, t. II, p. 312).

3. Fils d'un maître des requêtes, René de Marillac d'011ainville (28 février 1639 - 15 septembre 1719) fut conseiller au Parlement en 1661, avocat général au Grand Conseil en 1663, maître des requêtes en 1671, intendant en Poitou (1673-1682) et à Rouen (1684-1686), conseiller d'Etat semestre en 1682, ordinaire en 1691, mort doyen du Conseil.

4. Jean-Pierre d'Argouges de Ranes, baptisé à Paris le 14 août 1647, conseiller au Parlement en 1676, maître des requêtes en 1684, entra au Conseil d'Etat en mai 1695, devint conseiller ordinaire en février 1709 et mourut, doyen du Conseil, le 7 août 1731. Ayant épousé le 31 janvier 1677 Françoise Le Peletier (15 mars 1660 - 14 janvier 1745), il était le gendre de Claude Le Peletier, contrôleur des finances et ministre (voir supra, table du t. II).

5. Cf sur Voysin, ancien intendant de Hainaut, supra, lettre du 12 novembre 1701, n. 2.

6. Fils d'un procureur au Parlement, Claude Le Blanc épousa peu avant 1669 Suzanne, fille unique du conseiller d'Etat Claude Bazin de Bezons, intime du futur chancelier Le Tellier. Maître des requêtes (1669) puis intendant de Rouen (1677), il semble avoir été très apprécié jusqu'au jour où l'on saisit des livres d'A. Arnauld transitant à Rouen sous son nom. Le supérieur de l'Oratoire de la ville, le P. Du Breuil, en revendiqua toute la responsabilité, mais il avait été aidé par le secrétaire de l'intendant, Perroté, qui était aussi le mari de la veuve de son père. Pour le sauver, Le Blanc aurait, sur les registres de la douane, substitué linges à livres. Mandé à Fontainebleau, il fut, à l'automne 1682, révoqué et reçut même l'interdiction d'approcher à plus de quatre lieues de Paris. Il ne fut plus jamais employé dans les intendances et au début d'avril 1689 sa nomination comme ambassadeur à Constantinople

242 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

24 juillet 1702

27 juillet 1702 COMMENTAIRE 243

fut annulée en raison des «mauvais offices qu'on lui avait rendus» (Gazette de Harlem, 10 novembre 1682 — SOURCHES, t. I, pp. 157-159, t. III, pp. 65, 71 sq. — E. JACQUES, Les Années d'exil d' A. Arnauld, Louvain, 1976, pp. 306 sq.). Il n'obtint pas non plus une des vingt-quatre places de conseillers d'Etat auxquelles aspiraient les quatre-vingt-huit maîtres des requêtes: ces derniers étaient désignés pour les rapports au choix de la partie et nommés par le chancelier, mais la partie adverse avait droit de récusation (BoisLISLE, t. IV, pp. 395, 411). En fait, la commission dont il s'agit ici cessa bientôt de se réunir.

7. D'après Ledieu (t. II, p. 312), «M. de Meaux semble affectionner fort cette affaire». De son côté le député de l'Université, Monnier de Richardin, qu'il avait très bien reçu le 30 mars 1699, lui avait écrit le 28 juillet 1702: «Nous avons appris avec une joie extrême qu'il a plu au Roi de nommer des commissaires... et que S.M. a jeté les yeux sur V.G. Cet ouvrage est digne de vous, Mgr» (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 397, t. XIV, pp. 346 sqq.).

8. Fénelon reviendra sur cet argument. Il est exact que Bossuet ayant fait une démarche contre les ultramontains de Louvain, Bedmar avait répondu le 8 octobre 1701 à Torcy qu'il avait des ordres secrets du «Roi petit-fils» lui prescrivant de favoriser le parti dévoué à Rome (A.G. MARTIMORT, Le Gallicanisme de Bossuet, Paris, 1953, p. 691 n.).

9. Bien connus pour leur anti-jansénisme, les docteurs Gaston et Michel Chamillart étaient les oncles, non seulement du secrétaire d'Etat à la guerre (chargé à ce titre des provinces frontières), mais de plusieurs jésuites qui étaient aussi les fils d'une soeur du P. Bourdaloue (URBAIN-LEVESQUE, t. II.

p. 425). Le 28 janvier 1705 un des Pères Chamillart était jésuite à Naples (Serv. hist. Armée, A1. 1806, f. 193).

10. C'est sans doute à Beauvillier ou au P. Martineau qu'il faut attribuer les expressions anti-jansénistes qu'on relève dans les lettres du duc de Bourgogne à Philippe V, par exemple dans celle du 7 septembre 1701 (A. N., 1 AP 526, pièce 27 et BAUDRILLART-LECESTRE, t. I, p. 7). A la même époque Fénelon recommandait à un correspondant inconnu de faire exiler les docteurs Hennebel, Claeys et Sullivan pour empêcher leur entrée à la Faculté de théologie de Louvain (A.S.S., pièce 556).

ll. Fénelon ne se laisse pas emporter par l'affection. Il ne fait qu'exprimer l'opinion générale qui est aussi connue par le Journal de Dangeau: «Toutes les lettres de Flandres ne sont pleines que des louanges de Mgr le duc de Bourgogne, qui s'est fait fort aimer et estimer à l'armée» (24 juin 1702, t. VIII, p. 441). «Mgr le duc de Bourgogne continue à se faire adorer dans son armée» (3 juillet 1702, t. VIII, p. 448). «Mgr le duc de Bourgogne supplie le Roi instamment dans sa lettre de le laisser à la tête de l'armée» (8 juillet 1702, t. VIII, p. 452; cf. 20 juillet 1702, t. VIII, p. 458). «Le duc de Bourgogne témoigne une grande joie de voir les apparences si prochaines d'un combat» (30 juillet 1702, t. VIII, p. 464, cf. 2 août 1702, p. 467). Dès le 8 septembre 1702, le duc était de retour à Versailles (t. VIII, p. 496), sans que son passage à l'armée eût été marqué par des revers, ni, il est vrai, par des combats importants. Cf. aussi SOURCHES, t. VII, p. 342.

12. Dangeau écrira en effet le 4 décembre 1702: «Le Roi au sortir du conseil des dépêches où Mgr le duc de Bourgogne entre depuis quelques années, déclara qu'il voulait que ce prince entrât dans tous ses conseils; cela, joint au commandement des armées, montre assez la haute opinion que le Roi a de lui, et tout le monde a approuvé ce que le Roi vient de faire» (t. IX,

p. 56, cf. aussi p. 58). Le 10 décembre 1702, le Roi annonçait que le duc commanderait l'année suivante en Flandres (t. IX, p. 62).

853. A MAIGNART DE BERNIÈRES

27 juillet 1702.

L. a. s., British Library, Additional Mss. 12101, f. 4 (porte le n° 601). Ed. par Amédée LANTOURNE, «Deux lettres inédites de Fénelon», Revue Fénelon, t. III, juin et septembre 1912, pp. 133-135.

1. Fourmies, à quatre lieues au SSE d'Avesnes; Anor à une lieue au SE de Fourmies.

2. Voir la lettre de Des Anges à Bayart d'Ennequin du 20 avril 1702 (VotsiN, «Lettres inédites de Fénelon», MéL soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pièce 14, p. 55.

3. Ce Goulart était sans doute parent de Charles-Antoine Goulart, de Trelon, à quatre lieues d'Avesnes, licencié en droit, chanoine de la métropole le 17 décembre 1708, official après G. Pelsers (a 3 juin 1709), mort le 8 janvier 1740. Cf. infra, lettre à Santini du 12 décembre 1713, n. 2 — LE GLAY, p. 528. Un autre Goulart sera chargé du temporel de Fénelon à Bruxelles (cf. infra, lettre du 4 août 1710 où est citée sa lettre du 12 juillet 1710 au chanoine Des Anges, A.D. Nord, 3 G. 1163).

4. Lambert Bultot, de Froid-Chapelle, curé en 1687, mort en charge en 1719 (BONTEMPS, p. 141).

5. Nous trouvons le 5 avril 1700 Bidier mayeur à Maubeuge et subdélégué. Il le resta jusqu'à 1704, année où Pujol acheta sa charge (MossAY, pp. 122, 199, 242, 277, 282).

6. Diesme(s) était subdélégué et mayeur d'Avesnes en 1685 et le 6 avril 1705 (ibid., pp. 112 et 248).

7. Wallerand, subdélégué du Quesnoy en 1712 sera chassé du Royaume pour sa conduite pendant l'occupation (ibid., pp. 315, 356 sq.); nous ignorons depuis quand il exerçait cette charge.

853 A. PH. CHALMETTE A FÉNELON

27 juillet 1702.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., pièce 7413. Inédite. Suscription: «Flandre. Mademoiselle / Mademoiselle Jearny rue / des mondices / à Tournay.» Cachet de cire rouge H.C. de part et d'autre d'un arbre où nichent trois oiseaux.

1. Voir sur M. Leschassier, supérieur général de Saint-Sulpice, supra, lettre du 24 juillet 1694, t. III p. 447. Ph. Chalmette (cf. sa notice supra, lettre

244 CORRESPONDANCE DE FÉNELON Samedi 29 juillet [17021

du 6 mai 1698, n. 5) appartenait à la communauté de Saint-Sulpice, mais il essayait depuis des mois de se rendre au séminaire de Cambrai sans rompre avec la Compagnie (cf. supra, lettres des 22 octobre 1701 n. 3 et 16 mai 1702,

n. 3).

2. Né à Magny (près de Vernon) en Normandie, Pierre-Joseph Cartier ne figure pas sur la liste des entrées à Saint-Sulpice, mais M. Tronson écrivait de lui le 17 novembre 1693: «Il n'est pas docteur, mais c'est un bon sujet et qui sait bien sa théologie. Il a été chargé de faire des répétitions à nos théologiens, et en a fait souvent deux par jour; il pourra dans la suite rendre de bons services. » Envoyé la même année au séminaire de Lyon où il enseigna la scolastique, il y resta jusqu'en 1700, professa ensuite à Angers (1700-1701) et à Clermont (1701-1702). C'est à cause de la mort de sa mère qu'il en serait parti sans prévenir M. Leschassier (BERTRAND, t. I, p. 510); mais la présente lettre et celle du 4 août 1702 montrent que c'était pour se rendre à Cambrai sans créer de difficultés à la Compagnie.

3. L'attitude de M. Leschassier avait été finement analysée dans la lettre de Fénelon du 16 mai 1702 (notes 2-3).

4. Il y a un lien étroit entre ce paragraphe et le précédent: cf. la lettre de Leschassier à Godet-Desmarais du 23 septembre 1702 citée supra, lettre du 16 mai 1702, n. 5. 7 septembre 1702

tion to Louis XIV, Princeton, 1965, pp. 270 sq., 354, 391. Il se trouvait que les récoltes de 1701 et de 1702 avaient été abondantes et que le Roi en avait autorisé l'exportation, d'où le début de prospérité que Bernières constatait à Maubeuge le 7 novembre 1702. Mais il fut passager (MossAY, pp. 259 sq.).

855 A. LE DUC DE BOURGOGNE A FÉNELON

6 septembre 1702.

Copie du début du XXe siècle, A.S.S., t. I, f. 50.

1. Le marquis de Denonville.

2. Dessus, «adresse» (DUBOIS-LAGANE). On verra dans la lettre du 7 novembre à Beauvillier que Fénelon suivit les recommandations du prince.

3. Prudence bien compréhensible, mais rien n'indique que le hasard qui obligea le duc de Bourgogne à user de sa «permission» ait eu des effets fâcheux à Versailles.

856. AU DUC DE CHEVREUSE

COMMENTAIRE 245

7 septembre 1702.

854. A LA COMTESSE DE MONTBERON

Samedi 29 juillet [1702?].

L. a., publiée par M. CAGNAC dans La Quinzaine, avril-mai 1904, pp. 30-32 du tiré-à-part. L'original n'a pu être consulté.

21 août 1702.

Copie, A.S.S., pièce 501. Cette lettre pourrait à la rigueur être de 1713, mais s'inscrirait alors moins bien dans la série. Elle est vraisemblablement l'une des quatre qui ont dû être écrites entre celle du 12 juillet («n° 22») et celle du 16 septembre 1702 («n° 27 »).

1. Mme d'Oisy, dont il est alors souvent question?

855. A MAIGNART DE BERNIÈRES

L. a. s., pliée, nouv. acq. fr. 24146, ff. 31-32.

1. C'est seulement parce qu'il influait sur la vie des habitants d'une paroisse dont il était seigneur (cf. supra, lettre du 10 juillet 1701, n. 1) que Fénelon se permet ici quelques réflexions sur un vaste problème d'économie politique qui lui tenait à coeur. Cf. supra, lettre du 25 septembre 1697, n. 3.

2. Voir sur le libre-échangisme de Fénelon, Télémaque, livre III (sur Tyr) et livre X (sur Salente), éd. A CAHEN, t. I, pp. 121-124 et t. II, pp. 88 sq. David J. ZERMATI, La place de Fénelon dans l'histoire des doctrines économiques, Alger, 1934, pp. 58, 96, 113, 116, 133 — Fr. GALLOUEDEC-GENUYS, Le Prince selon Fénelon, Paris, 1963, pp. 230 sq. — L. ROTHKRUG, Opposi-

1. Voir infra, le mémoire du 12 septembre 1702.

2. Opine est peut-être une mauvaise lecture de Cagnac. Le sens n'en est pas moins clair: le Roi peut nommer directement des professeurs de théologie à Douai sans être assujetti à la procédure du concours (cf. infra, la fin de la lettre du même jour à Beauvillier et le mémoire du 12 septembre 1702, n. 26).

3. Le Phantosme du jansénisme, livre fameux d'Antoine Arnauld publié en 1686 et 1688 (cf. WILLAERT). Cependant l'Assemblée du clergé de 1700 avait condamné la formule (cf. supra, lettre du 30 novembre 1699 bis).

4. Paulus Aurelius (Gilles de WITTE), Panegyris janseniana seu testimonia eruditorum virorum celebrantia... Augustinus, «Grenoble», in-40, 1698 (analyse dans WILLAERT, n° 6274).

Gilles de Witte (Gand, 1648 — Utrecht, 7 avril 1721) avait séjourné à Paris après sa licence de théologie et s'était lié avec Antoine Arnauld (cf. L. CEYSSENS, «Le séjour de Pierre Nicole à Ouwegem en 1681», XVIle siècle, n° 154, 1987, pp. 53-58). Nommé en 1684 doyen et curé de l'église Notre-Dame à Malines, il fut dénoncé peu après pour son gallicanisme. Le procès traînant en longueur, il se démit en 1691 de sa cure et se retira à Gand. L'année suivante, le gouverneur de cette ville fit saisir ses papiers et de Witte se réfugia à Utrecht où il se jeta avec fougue dans toutes les controverses du temps : P. Quesnel et Petitpied l'ont jugé en termes assez durs (TANS, p. 120).

7-11 septembre 1702 COMMENTAIRE 247

5. Cf. sur cet ouvrage d'Opstraet (1701) la lettre de Fénelon au cardinal Gabrielli de la fin de 1701, n. 10 et sa lettre au chanoine Robert du 30 avril 1704, n. 1.

6. Langeron.

7. Ce paradoxe de Fénelon peut s'expliquer: dom Gerberon avait pris sa défense contre Bossuet, lui-même était en relation avec P. Quesnel par le chanoine Robert de Mons, Duguet était un porte-parole de Noailles et l'affaire de la préface mise par Mabillon au t. XI des Opera s. Augustini des Mauristes était toute récente (cf. supra, lettres des 30 novembre 1699, notes 16, 24, et décembre 1699, notes 3 à 5). C'est au plus tard en 1710 que Fénelon composera De generali Praefatione Patrum Benedictinorum in novissimam sancti Augustini operum editionem epistola ad *** (0.E, t. V, pp. 213-222; cf. la lettre à Chevreuse du 8 juillet 1710 et le n. 2 du Mémoire adressé au P. Le Tellier au commencement de la même année).

8. La bonne duchesse désigne habituellement Mme de Beauvillier. Mme de Chevreuse aurait aussi pu venir de Chaulnes, mais il n'y a aucune preuve d'aucun séjour de l'une ou de l'autre à Cambrai. Ceux de leur soeur la duchesse de Mortemart furent au contraire fréquents.

9. Nom donné par Mme Guyon au duc de Chevreuse (cf. DELPLANQUE,

p. 85).

10. Fénelon dénonce souvent les «racines» jansénistes de la formation de Chevreuse. Il s'agit pourtant plutôt ici d'un trait de caractère.

11. Ce n'est pas un hasard si Fénelon reprend ici un titre du P. Malebranche.

12. Matth. VI, 31.

13. Ps. XLV, 11.

14. Sabbat est fréquent chez les quiétistes, surtout protestants, au sens de «repos de l'âme» par la cessation d'opérations. Il est rare à cette époque que Fénelon écrive des lettres aussi guyoniennes.

857. Au DUC DE BEAUVILLIER

7-11 septembre 1702.

L. a., non signée, Pierpont Morgan Library (New York), 7 p. in-4° (le P.S. du 11 septembre 1702 est en plus petits caractères). La pièce avait passé dans la vente Parison de 1856 et dans le Catalogue d'autographes Et. Charavay, 20 à 22 décembre 1886, p. 40, n° 297. Gosselin en a publié le début d'après l'édition de Querbeuf (t. I, pp. 567 sq.) qui contient de graves inexactitudes (en particulier la suppression des trois mentions du jansénisme dans les deux premiers paragraphes). Cf. B. FACTEAU, Publications of the Modem Language Association of America, t. LVII, mars 1942, p. I, pp. 122 sqq.

1. La lettre du même jour à Chevreuse prouve que cette lettre et le mémoire qui la suit sont en réalité adressés à Beauvillier à qui sa qualité de ministre permettait d'ailleurs d'en faire plus directement usage.

2. Voir, sur le concours, le mémoire qui suit, en particulier n. 26. On, le Roi et la partie de son entourage hostile aux jésuites.

3. La règle du concours dont il va être question.

4. L'enseignement des quatre articles de l'Assemblée de 1682: cf. le mémoire qui suit, notes 6 à 8.

5. Témoignage significatif sur les dispositions d'esprit de Louis XIV à la veille de l'affaire du Cas de conscience et de la saisie des papiers de Quesnel.

6. Les noms qu'il fallait éviter de donner étaient ceux de Pontchartrain, de M. de Reims, de M. de Paris, voire de M. de Meaux... et de Mme de Maintenon, encore alliée de Noailles.

7. I Reg. X, 6.

8. II Cor. VI, 13.

9. La correspondance de Monnier de Richardin prouve en effet qu'il reçut le meilleur accueil chez ces trois prélats qui étaient d'ailleurs, depuis

au moins l'assemblée du clergé de 1700, les arbitres de l'Eglise de France: cf. supra, la lettre à Beauvillier du 30 novembre 1699 après la n. 7, après la n. 24, ainsi que la n. 31.

10. Les autres: la commission de conseillers d'Etat spécialement nommée pour régler le litige en question et dont Bossuet faisait partie (cf. supra, à Beauvillier, 24 juillet 1702, notes 2 et 7).

11. Cette commission occulte aurait pourtant des attributions moins larges que la précédente, la question du concours étant supposée réglée par l'intervention directe du Roi.

12. L'argument revient souvent à cette date sous la plume de Fénelon: cf. supra, à Beauvillier 24 juillet 1702, n. 8.

13. Indication fort intéressante.

14. Voir sur l'affaire Codde, infra, lettre à Gabrielli du 26 septembre 1702, n. 7.

15. Il a été question de la lettre de Le Tellier au docteur Vivant, supra, 23 octobre 1697, n. 15, et 30 novembre 1699, n. 22. A la fin de sa lettre à Beauvillier du 7 février 1703, Fénelon déclare cette «lettre imprimée cent fois pire que l'écrit de ces quarante particuliers».

16. En réalité le P. Quesnel n'avait pas collaboré à l'Anti-nodus ou «petit recueil sfondratien». L'auteur de la Préface (que Bossuet aurait voulu faire

condamner) et de l'Épître dédicatoire à l'Assemblée du clergé était le docteur de Louvain G.M. Claes (cf. supra, lettres du ler mai 1700, n. 19, et du 22 septembre 1700, notes 7 et 9).

17. Phrase rajoutée au bas de la page.

18. L'impression indiquée par ce post-scriptum fut partagée à Versailles où Dangeau écrivait le 8 septembre 1702: «M. le duc de Bourgogne était

parti ce matin de Douai ; on l'a trouvé fort engraissé et fort changé en bien»

(t. VIII, p. 495). Le Journal historique d'Amsterdam donnait: «De Paris, le 11 septembre... Le duc de Bourgogne partit de l'armée le 6, il vint coucher

à Malines, le 7 à Douai, et arriva le 8 à Versailles sur les onze heures du soir.» Il passa donc à Cambrai le 7; cf. la lettre adressée le 5 septembre par Boufflers à Louis XIV (Serv. hist. Armée, A'. 1556, pièce 47).

19. On vient de lire cette lettre du 6; ne l'ayant pas reçue à temps, Fénelon avait attendu à la poste de Cambrai, mettant ainsi en échec le plan prudent du prince qui avait dû «beaucoup prendre sur lui en le voyant».

246 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

7-11 septembre 1702

248 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 ou 12 septembre 1702

Fénelon connaissait bien Jacques-René de Brisay, marquis de Denonville (1637-1710), puisqu'il avait été nommé sous-gouverneur du duc de Bourgogne le 20 septembre 1689 (cf. supra, lettre du 9 avril 1699, n. 1), mais il s'agit ici de son fils Pierre-René, comte de Denonville (décembre 1675 - 10 septembre 1749): capitaine dans le régiment du Roi, puis colonel d'infanterie en novembre 1695, il avait été nommé aide de camp du duc de Bourgogne en 1698 et de nouveau le 9 avril 1702 (DANGEAU, t. VIII, p. 393). Il avait apporté en juin 1702 la nouvelle de l'affaire de Nimègue (ibid., t. VIII, pp. 434 sq.). Il suivit en 1703 le prince devant Brisach dont il eut aussi à annoncer la capitulation (6 septembre 1703) à la Cour (ibid., t. IX, p. 288), ce qui lui valut le régiment royal en novembre, puis le grade de brigadier en février 1704. Mais en août suivant sa responsabilité dans le désastre de Blenheim brisa définitivement sa carrière.

21. Le dessus, l'adresse (Dusois-LAGANE).

22. La lettre en question semble malheureusement perdue, à moins qu'il n'en subsiste dans les OEuvres spirituelles des fragments sans date et sans aucune indication chronologique. On peut penser aux n° 35 et 36 de l'édition de Versailles.

23. La lettre 864 non datée, mais de peu postérieure à celle-ci, indique ce que Fénelon entendait par le mot de crise.

857 bis. MÉMOIRE SUR DOUAY

7 ou 12 septembre 1702.

L'autographe qui se trouve à la Pierpont Morgan Library doit avoir la même histoire que la lettre à Beauvillier du 7-11 septembre 1702 qui en annonce l'envoi. Il a aussi été édité par Bernard A. FACTEAU, pp. 129-132 (copie Levesque, A.S.S., pièce 1510; cf. 0.F, t. I, p. 61). On trouve dans les aF., t. Iv, pp. 450 sq. un Mémoire sur l'état présent du diocèse de Cambrai par rapport au jansénisme qui résume celui-ci en deux points, en ajoute un troisième sur Louvain et un quatrième sur le séminaire du diocèse. La source en est inconnue, mais l'autographe d'une autre version de ce mémoire (en trois points) se trouve aux A.S.S., pièces 704 et 705. Les trois mémoires semblent composés au même moment.

1. Fénelon avait sans doute sous les yeux le mémoire adressé par Monnier de Richardin aux commissaires nommés en juillet 1702 (cf. supra, la lettre de Fénelon du 24 juillet 1702) : on en trouvera le texte dans URBAINLEVESQUE, t. XIII, pp. 517-532. Il y est dit qu'en janvier 1702 «les proviseurs de l'Université supplièrent S.M. de vouloir rétablir le concours pour conférer aux plus dignes les chaires de professeurs, conformément à l'ancien usage de ladite Université et à l'arrêt du Conseil du 30 avril 1681» (ibid.,

p. 522). Fénelon conteste que le concours fût prescrit par les lettres patentes de Philippe II (19 janvier 1562) ou par les bulles de Pie IV et de Pie V (1569). Cf. G. CARDON, La Fondation de l'Université de Douai, Paris, 1892, p. 166, et LEGRAND, L'Université de Douai, 1530-1790, Douai, 1887, pp. 36 sq.

7 ou 12 septembre 1702 COMMENTAIRE 249

2. Un mot barré.

3. L'arrêt du Conseil du 30 avril 1681 (A.N., E. 1811) a été reproduit par URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 522 sq. Cf. aussi M. BRAURE, Lille et la Flandre française au XVIIIe siècle, Lille, 1932, p. 538.

4. Ces proviseurs étaient le trésorier, le recteur de l'Université, deux professeurs et deux échevins. Ils administraient les fonds de l'Université, veillaient à l'observation des statuts et nommaient aux chaires vacantes (CARDON, p. 277).

5. Fénelon avait d'abord écrit n'aurait.

6. Mot rayé.

7. L'in-, rayé.

8. Il s'agit évidemment des Quatre Articles qui devaient être promulgués le 19 mars 1682 par l'Assemblée du clergé. La phrase suivante commence par un mot barré.

9. Né à Arras, Jacques Gilbert commença ses études chez les Oratoriens de Louvain et les poursuivit à Douai où il obtint la licence et le doctorat en

théologie (1684). Il fut curé à Courtrai, où il eut un différend avec les jésuites,

et à Beaumetz-en-Cambrésis. En 1683 il reçut la chaire vacante à la Faculté en tant que «licencié, fort capable et imbu de la doctrine du clergé» (Annales

Soc. hist. et arch. Tournai, t. XI, 1907, pp. 361-363). Préfet du séminaire royal

des théologiens, docteur en 1684, il devint aussi la même année prévôt de la collégiale Saint-Amé à Douai et, à ce titre, chancelier de l'Université. Non

seulement il y enseigna le gallicanisme (Tractatus theologico-canonicus,

Douai, 1687), mais il y dicta un traité sur la grâce qui fut le 28 janvier 1687 censuré comme janséniste par cinq docteurs nommés par l'archevêque de

Paris. Exilé de Douai le 21 mars 1687, Gilbert envoya le 12 mai 1687 une apo-

logie à Bossuet et offrit même le 21 juillet 1687 à l'évêque d'Arras une rétractation qui n'empêcha pas celui-ci de le censurer à son tour le 13 août 1687.

Privé de sa chaire et exilé à Saint-Quentin, il fut encore plus gravement com-

promis par les réponses imprudentes que le faux Arnauld (cf. infra, n. 20) parvint à lui arracher en 1690-1691. Il fut alors envoyé par une nouvelle

lettre de cachet du 5 février 1692 à Saint-Flour, puis à Thiers, à la prison lyonnaise de Pierre-Encise, et finalement à Pietat, dans le diocèse de Condom, où il mourut en février 1712 (la notice essentielle d'Em. JACQUES, Les

Années d'exil d'Antoine Arnauld, Louvain, 1976, pp. 573-589 donne une excellente bibliographie à laquelle on peut ajouter Causa quesnelliana, s. 1.,

1704, pp. 42 sqq., 47, 56, 136, 169, 280 sqq. — Revue des sciences ecclésiastiques, 1906, p. 525 sq. — URBAIN-LEVESQUE, t. III, pp. 345 sq. et M. BRAURE, pp. 537 sq., 541, 546, 648, 654 sq.).

10. Mot barré.

11. François d'Espalungue (1650? - 21 avril 1694) fut l'élève du P. Thomassin à Saint-Magloire. Il obtint le 47e rang à la licence de 1674 et fut reçu

docteur en théologie le 18 juin 1675. Après son doctorat, il servit quelque

temps de précepteur aux enfants de Colbert. Fénelon ne semble pas savoir qu'il n'arriva à Douai (avec Tournely) que le 3 mai 1688: dès le 10 du même

mois, ils satisfirent à la formalité d'un nouveau doctorat. On le considérait comme un «opportuniste». Président du collège royal, il se serait, d'après le mémoire de l'Université de juillet 1702, «acquis beaucoup de réputation

250 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 7 ou 12 septembre 1702

et d'estime» (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 518 n. et surtout Em. JACQUES, p. 574).

12. Pour, barré.

13. Enfin, barré.

14. Au droit de confirmer l'élu et, en surcharge à la place du premier jet au pouvoir.

15. Fénelon avait d'abord écrit d'élection.

16. Mot barré.

17. Les mots de confirmation et sont en surcharge, ainsi que ou non sus'11frects.

18. Depuis l'établi-, barré.

19. Voir sur Gui de Sève de Rochechouart, supra, lettre du 3 janvier 1697,

n. 16, t. V, p. 143. Son hostilité aux jésuites dans les questions controversées de morale est bien connue (cf. HILLENAAR). Elle était moins nette sur celles de la grâce (cf. supra, n. 9) et il lui était difficile de s'opposer à la commission parisienne, à M. de Paris et même au Roi qui avait relégué Gilbert par lettre de cachet. G. de Sève avait d'ailleurs eu de bonnes relations avec A. Arnauld à Paris, mais il n'osa même pas s'opposer à la Cour en prenant la défense des victimes de la Fourberie de Douai (Em. JACQUES, pp. 582, 589 n.).

20. De doctrine, en surcharge. Outre Gilbert, les professeurs François de Laleu et Philippe Rivette étaient en conflit avec les jésuites, ainsi que le jeune P. de Ligny qui enseignait au Collège du Roi et quelques autres. Or, à partir de juin 1690, ils reçurent une quarantaine de lettres semblant émaner d'Antoine Arnauld: malgré leurs réticences, et parfois leurs résistances, elles parvinrent à leur arracher en novembre 1690 des approbations à sept thèses augustiniennes privées des explications qu'ils avaient spontanément voulu y joindre. Invités de la même façon à prendre la fuite, Gilbert, Laleu et Rivette surent pourtant refuser. Mais ils n'y gagnèrent qu'un court répit: en juin 1691 parut une Lettre à un Docteur de Douay sur les affaires de son Université où étaient reproduits les extraits de lettres les plus compromettantes. Le P. Payen, recteur des jésuites, montra les originaux à M. d'Arras... et fut ensuite envoyé à Liège. Les diverses victimes, et Arnauld lui-même, rendirent publiques leurs protestations indignées : la Plainte du vieux docteur à Mgr l'évêque d'Arras (22 juillet 1691) eut le plus grand retentissement, car elle fut transmise par Leibniz aux Acta eruditorum de Leipzig et répandue par Du Vaucel à Rome. Le 10 octobre 1691, le «faux Arnauld» y répondit par un Avertissement: il n'était pas jésuite, avait rendu compte de sa conduite à Louis XIV et à ses ministres, et se félicitait d'avoir extorqué à Messieurs de Douai l'aveu de leurs sentiments hérétiques. De fait, Louis XIV semble bien avoir parlé de «stratagèmes de guerre» et prit, le 20 février 1692, des mesures tellement rigoureuses que François de Laleu, malade, mourut sur le chemin de l'exil. Le faussaire qui fut présenté au Roi était sans doute Adrien Delcourt. Mais H. Tournely et plusieurs jésuites furent aussi soupçonnés : on conçoit d'ailleurs mal qu'une machination aussi ample pût être l'oeuvre d'une seule personne (Em. JACQUES, pp. 573-595 — URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 517 n.). Noter que dans la Solution de divers problèmes (Cologne, 1699, p. 105) Quesnel parlait du «sieur Delcourt, un des faux Arnauld de Douai». 7 ou 12 septembre 1702 COMMENTAIRE 251

21. Malgré sa sévérité apparente pour le procédé, Fénelon reprend à l'Avertissement du faussaire son argument capital: il était bien dans la logique des tribunaux de l'Inquisition, mais on se garda de déférer les coupables aux officialités, comme Innocent XII allait le prescrire en 1694 — sans d'ailleurs être obéi en France ni dans les Etats de Philippe V (bien que celui-ci ait, le 7 septembre 1701, promis le contraire dans une lettre à l'Université de Louvain, cf. URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, p. 506).

22. Le, barré.

23. Mot barré.

24. La, barré.

25. Sur, barré.

26. Monnier de Richardin donne sur ce concours des détails qui n'infirment pas le jugement malveillant de Fénelon. Dans son mémoire de juillet

1702, il précise que «les proviseurs de l'Université... ont mis la chaire du sieur

Amand au concours. Le jour indiqué pour l'ouverture de ce concours, cinq des concourants présentèrent une requête au recteur et aux proviseurs de

l'Université tendant à récuser pour juge le sieur Delcourt... Les proviseurs

ont fait part de cette requête à M. de Bagnols, intendant de Flandres; et le dit sieur de Bagnols l'a renvoyée aux dits proviseurs pour en connaître. Ils

l'ont communiquée au sieur Delcourt, ont déclaré les causes de récusation

recevables, et en conséquence ont nommé un autre docteur à sa place; et attendu les infirmités du sieur de La Verdure et du sieur de Cerf, ils ont

encore nommé deux autres docteurs pour remplir leurs places... Le sieur Del-court a voulu se pourvoir contre cette sentence au parlement de Tournai; mais ce tribunal s'est abstenu de juger, a déclaré son incompétence et a renvoyé les parties par devant Sa Majesté, ordonnant cependant que le

concours, dont il avait d'abord suspendu la suite, se continuerait; et, de fait, le concours s'est continué en public avec les solennités ordinaires, et se conti-

nue encore actuellement par devant les docteurs, juges délégués à cet effet par lesdits proviseurs». D'un des candidats, Guill. Piérart (cf. sur lui, supra, lettre du 18 mars 1698, n. 4), la même source affirme qu'il «est habile homme et vient d'en donner des marques dans le concours qui est ouvert» (URBAINLEVESQUE, t. XIV, pp. 520, 524 sq.).

Mais les alliés de Fénelon ne se tinrent pas pour battus (cf. Chamillart à Bagnols, 23 mars 1703, Serv. hist. Armée, A1. 1621, f. 176). Le 21 juin 1703, Monnier de Richardin « partit » de nouveau «de Douai avec M. de

Coll, chef des échevins de cette ville, que les magistrats avaient député en Cour pour résister aux efforts que les jésuites et le sieur docteur Delcourt fai-

saient auprès du Roi aux fins de faire casser le concours célébré dans la dite

Université en l'an 1702 pour une chaire de théologie». Le 23, ils apprirent «de l'abbé de la Croix, prévôt de la cathédrale d'Arras... qu'il y avait des

ordres envoyés à M. de Bagnols pour faire subsister le concours de théolo-

gie». Reçu le 19 août 1703 par le cardinal de Noailles, Monnier «lui fit voir les actes de ce concours... entre autres [la thèse] de Gratia de M. Victor,

laquelle il trouva très orthodoxe... il disait de temps en temps: «Ce sont les

termes, ce sont les expressions de s. Augustin»... Il s'informa du mérite de M. Hawarden, à qui je rendis toute la justice qui lui est due. Il me fit entendre néanmoins qu'on avait rendu toute la Flandre suspecte au Roi sur la doctrine, et notre Université en particulier, par rapport à l'attachement que

252 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 12 septembre 1702

M. l'évêque d'Arras et M. de Bagnols... paraissaient avoir pour elle» (B.M. Douai, ms. 1374, pp. 667 sq., 712).

27. Laisse, barré.

28. Pastorats, cures.

29. Mot barré.

30. Ps. LII, 6.

31. Contre, en surcharge, remplace à l'égard de, barré.

32. Pour, barré.

33. Honoré Tournely, né à Antibes en 1658, docteur de la Faculté de théologie de Paris en 1686, fut envoyé en mai 1688 à Douai après la disgrâce de Gilbert et y prit aussitôt le bonnet. Il y enseigna les cas de conscience et reçut en même temps un canonicat de Tournai. Il fut souvent dénoncé comme l'auteur de la Fourberie de Douai (même dans la Gazette de Rotterdam du 27 novembre 1692) et, dans une lettre à Du Vaucel du 20 février 1700, Quesnel le traitait de «faux Arnauld» (cf. Em. JACQUES, pp. 590 sqq. et supra, n. 20 sf). En tout cas, il était en 1692 rappelé à Paris où il enseigna trente-deux ans la théologie au collège de Navarre. Il combattit le jansénisme dans ses cours et dans d'importantes publications. Il fut commendataire de l'abbaye de Magnac (1707), de celle de Plaimpied (1709), et enfin chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris. Il mourut le 27 février 1729. Cf. sur lui J. HILD, H. Tournely und seine Stellung zum Jansenismus, Fribourg-en-Brisgau, 1911.

34. Des sujets, barré.

35. Cette, barré.

858. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

12 septembre 1702.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, ff. 120-121.

1. Cf. sur le gouverneur du Quesnoy, supra, lettre du 28 août 1701, n. 3.

2. Domestique de Fénelon, fils d'un «bon tapissier de Paris» (cf. infra, App., La Maison de Fénelon, n. 20).

3. Sans doute celle des «jeunes péripatéticiens».

4. Cf. sur lui, supra, lettre du 28 mai 1702, n. 9.

5. Est-ce Le Brun? On a vu (supra, lettre à Beaumont du 19 mai 1702,

n. 12) son nom associé d'une façon inquiétante avec celui de Du Breuil sur lequel Fénelon annoncera le 16 septembre sa décision définitive.

6. Cf. supra, lettre à Chantérac du 21 août 1698, n. 1. L'abbé Galet louera Fénelon de «son habileté à renvoyer promptement et sans bruits les mauvais domestiques» (Recueil des principales vertus, ch. 3, 0.E, t. X, 2).

7. Un acte de procédure du 13 janvier 1714 donne à feu Du Breuil le titre de «vivant commissaire des guerres» (A.D. Nord, 3 G. 1178) que les archives de Sorval précisent: «commissaire du Roi pour les blés en Flandre» (XVII' siècle, 1951-1952, p. 163). Cf. infra, lettre du 16 septembre 1702, n. 2.

12 septembre 1702 COMMENTAIRE 253

8. Le vénérable est Chantérac. Quant à Calas, c'est sans doute François-Barthélemy, le petit abbé de Salignac, né en 1691, qui étudiait déjà à Paris (cf. infra, App., La Famille de Fénelon, n. 33).

9. Louis, marquis de Prie ou Prye, né le 9 mars 1673, d'abord capitaine de cavalerie, aide de camp du duc de Bourgogne pendant la campagne de

1702 (il s'était donc attardé à Cambrai après le passage de celui-ci), fut

chargé d'une mission à Rome en 1709 et devint en 1711 colonel d'un régiment de dragons. Ayant épousé le 28 décembre 1713 Agnès Berthelot de Pléneuf,

il partit aussitôt pour l'ambassade de Turin où il resta jusqu'en 1719. 11 fut nommé à son retour sous-gouverneur de Louis XV. Chevalier du Saint-Esprit (1724), il eut une lieutenance générale du Languedoc (1725) et mourut le 8 mai 1751. Le rôle joué par sa femme sous le ministère du duc de Bourbon a rendu son nom célèbre.

10. Philip. I, 8.

11. Cf. sur lui la lettre du 16 mai 1702, n. 5.

12. L'Empire, l'Angleterre et les Provinces-Unies contractèrent le 7 septembre 1701 la Grande Alliance. Le Portugal et la Savoie y adhéreront les 16 mai et 4 décembre 1703.

13. HORACE, Epist. I, 19, v. ult.

858 A. LE P. DE LA CHAISE A FÉNELON

12 septembre 1702.

L. a. s. Ce texte est connu par de nombreuses copies (B.N., ms. lat. 16980, I, ff. 39 sq. — ms. fr. 23225, f. 181 — Aevum, t. III, 1929, pp. 241-245 etc.), mais nous jugeons préférable de suivre le texte imprimé par MM. des Missions Etrangères dans les Notes sur la lettre circulaire des jésuites écrite sous le nom du R.P. de La Chaize aux évêques de France le 12 septembre 1702, s.l.n.d., in-12°. Les variantes sont d'ailleurs minimes.

1. Il ne s'agit pas d'une lettre personnelle, mais d'une circulaire adressée à beaucoup d'autres évêques (Huet, Fléchier, M. de Castagnet etc.), mais non aux cardinaux Le Camus, Coislin, Noailles, ni à Bossuet, G. de Sève, Colbert de Croissy. Cf. URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 418, 463 sqq. et le P. Léonard, ms. fr. 19211, f. 4v°. Bien que les nouvelles de Rome sur l'affaire des rites fussent alors peu favorables aux jésuites (cf. supra, la lettre de Fénelon à Beaumont du 19 mai 1702), le R de La Chaise avait déclaré le 10 août 1702 faire confiance à un pape «aussi éclairé» que Clément XI et ne pas vouloir «imiter l'affectation et le mauvais manège des ennemis de la Compagnie à mendier les suffrages des plus sages et plus zélés prélats du royaume». Mais la curie généralice à laquelle cette lettre était adressée ne fut pas convaincue (HILLENAAR, p. 235) et ordonna l'envoi, non seulement de la présente pièce, mais d'une circulaire analogue signée du provincial et des confesseurs de la cour de Portugal (ms. lat. 19680, I, f. 134).

2. Le décret du 23 mars 1656 « juxta exposita» ne se trouve pas dans le Bullarium, mais il a été publié par le P. Navarrete (Tratados historicos politicos, ethicos y religiosos de la monarrhia de China, Madrid, 1676. t. I, p. 460)

254 CORRESPONDANCE DE FÉNELON [Après le 14 septembre 1702

16 septembre 1702 COMMENTAIRE 255

et le R Le Tellier en a traduit une partie dans sa Défense des nouveaux chrétiens et des missionnaires de la Chine, Paris, 1687, t. I, pp. 189 sqq. Les éditeurs de Bossuet signalent aussi les commentaires du P. Le Tellier, Morale pratique des jésuites, t. III, ch. 20 et t. VI, ch. 13 et 14, et d'E. Du PIN, Histoire ecclésiastique du XVII' siècle, Paris, t. IV, pp. 117-136.

859. Au P. DE LA CHAISE

[Après le 14 septembre 1702].

Copie B.M. de Grenoble, N. 746, 101. Cf. copie B.N., ms. latin 16980,

I, ff. 128-131.

1. Expressions reprises de la lettre du P. de La Chaise lui-même.

2. Fénelon se garde de se prononcer sur le fond, mais, en condamnant toute hâte, il accorde aux jésuites des délais que Bossuet jugeait devoir «renvoyer l'affaire aux calendes grecques» (LEDIEu, t. I, p. 269).

3. La copie du ms. latin porte «irréligieux», ce que contredit la fin de la lettre: «ou religieux ou purement civil.»

4. En traitant des divers sens du mot adorer et en particulier de l'adoration de la croix le Vendredi saint, Fénelon s'inspire sans doute de la Lettre de Bossuet au frère Armand, trappiste, qui avait été publiée en 1692 (URBAIN-LEVESQUE, t. IV, pp. 200-203, t. V, p. 54).

5. Bien qu'il ne le dise pas, Fénelon tient d'autant plus à défendre la mémoire d'Alexandre VII que sa bulle contre Jansénius aurait à souffrir du désaveu de son décret sur les rites.

6. Allusion possible à la déclaration officielle de l'Empereur de Chine que les jésuites invoquaient depuis le 3 décembre 1700 (HILLENAAR,

p. 232). Mais Fénelon sent bien qu'elle n'est pas décisive.

7. Il y avait en effet déjà eu sous Innocent XII de nombreuses congrégations sur les rites chinois (HILLENAAR, pp. 230 sqq.).

8. Le savoyard Maillard de Tournon. Cf. supra, lettres des 31 janvier 1702, n. 3 et 19 mai 1702, n. 3.

9. Fénelon semble, à partir de la fin du 4°, prévoir que les jésuites seront vaincus et il cherche seulement à limiter les conséquences fâcheuses de leur condamnation.

M. de Cambrai enverra le 26 septembre 1702 sa lettre à Gabrielli qui annoncera six semaines plus tard que les jésuites ont distribué de nombreux exemplaires de la traduction italienne de cette Lettre au P de La Chaise. Mais, contre son habitude, il ne fait pas connaître l'accueil que cette pièce a reçu. Ne serait-ce pas qu'il faut en croire Ledieu (t. II, pp. 18-19), selon lequel Clément XI aurait déclaré «qu'il aurait bien lui-même consulté les évêques s'il l'avait jugé nécessaire»? 860. A LA COMTESSE DE MONTBERON

16 septembre 1702.

L. a., pliée, cachet, A.S.S., t. IX, ff. 294-295. Marquée n° 27.

Sont découpés, au moins partiellement, les noms de Souastre, Valenciennes, Bourdon, Cambray.

Adresse, découpée en partie: «A Madame / Madame la C[omtesse] de M[onbron].»

1. Le 20 septembre, pour les Quatre-Temps d'automne.

2. Entraînent, lapsus.

861. A L'ABBÉ DE BEAUMONT

16 septembre 1702.

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. III, ff. 122-123.

1. Cf. supra, lettre du 12 septembre 1702, n. 4.

2. Voir supra, même lettre, n. 7. Cette retraite consista en un poste de forestier (cf. infra, lettre du 9 août 1703) et en la charge de commissaire contrôleur des guerres (cf. supra, lettre du 12 septembre 1702, n. 7). Il ne semble pas que, par la suite, son nom reparaisse une seule fois dans la correspondance de Fénelon. Il semble pourtant que le suspect ait gardé sa charge de receveur épiscopal, puisque les archives du département du Nord conservent non seulement le «Journal général de recette 1702-1703 tenu par Jean Du Breuil» (3 G. 1666), mais le «Journal général de recette et de dépense de l'archevêché (1697-1705) rendus par Jean du Breuil. Minute incomplète» (3 G. 1663) ainsi que ses «Comptes rendus de 1695 à 1705» (3 G. 1842-1859; cf. aussi Archives de Sorval, EE. 25). Nous apprenons par une requête de Fénelon au Parlement de Flandre (13 décembre 1713) qu'il s'était aperçu après la mort de Du Breuil des irrégularités de ces comptes:

«Représente humblement Messire François de Salignac de la Motte Fénelon... que feu le sr du Breuil ayant été longtemps commis à la recette des biens de l'archevêché qui sont aux environs de Cambray, il avait alors un accès fort libre dans les archives du palais archiépiscopal, en sorte qu'il pouvait y prendre non seulement les baux et papiers concernant ladite recette, mais encore les autres titres et muniments qui y reposent. Aussi s'est-on aperçu après sa mort qu'il en avait retiré plusieurs des comptes originaux de la même recette de Cambray pour le temps de son administration, en la place desquels il avait substitué des copies informes, toutes écrites et apostillées de sa main. De quoi le seigneur archevêque ayant été informé, il a fait demander plusieurs fois à la dile Françoise Scolastique Pouillaude, veuve dudit sr du Breuil, de remettre entre les mains de ses officiers tant lesdits comptes originaux que tous les autres papiers ou titres appartenant aux archives de l'archevêché: ce qu'elle refusa constamment, ne voulant dire si elle les avait ni se donner la peine de les chercher. Sur un refus si injuste, le dit seigneur fit

256 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

26 septembre 1702

29 septembre 1702 COMMENTAIRE 257

requérir le 30 septembre 1709 le sr d'Hertaing, vice-gérant de l'officialité, de se transporter chez ladite veuve pour y faire une perquisition desdits comptes et autres titres, afin de les remettre aux archives après en avoir fait dresser un inventaire, ce qui fut exécuté le même jour, et l'on voit par l'inventaire que ladite veuve demeurait saisie et retenait injustement plusieurs papiers et titres des archives qui ne concernent point du tout la recette que feu son mari avait exercée, mais qu'on ne retrouva chez elle aucun des comptes originaux pour lesquels principalement ladite perquisition avait été requise, parce que, selon les apparences, elle a le même intérêt à les tenir cachés que feu son mari en avait eu à les retirer des archives» (A.D. Nord, 3 G. 1178).

La même pièce signale que la veuve Du Breuil comparut devant la Cour les 13 et 29 janvier 1714. Sans doute sans résultat, puisque L. de Beaumont s'étant adressé le 6 février 1718 à ce sujet à Jolent, procureur de Fénelon à Douai, n'en obtint que «la copie de l'écrit de la veuve du Breuil».

3. Emotion n'a pas son sens actuel, mais celui de «mouvement extraordinaire qui agite le corps» (FuRETIÈRE), donc un «malaise physique» (DuBois-LAGANE). Noter aussi: «La fièvre se sent par l'émotion du pouls» (FuRETIÊRE).

4. Voir sur l'aumônier de Fénelon, supra, lettre du 31 décembre 1697, n. 4, etc.

5. Note pittoresque rare dans la correspondance de Fénelon.

6. Le vénérable est Chantérac; cf. sur les «marmots», infra, Appendice, La Famille de Fénelon.

862. Au CARDINAL GABRIELLI

26 septembre 1702.

Minute de la main de l'abbé de Beaumont, A.S.S., t. V, f. 121.

1. La lettre du P. de La Chaise du 12 septembre et sa réponse. Fénelon devait bien penser que celle-ci serait envoyée à Rome par le destinataire, mais il tenait à la résumer en quelques mots et, peut-être surtout, à saisir cette occasion pour parler de l'affaire Codde.

2. On voit ici, comme dans le premier article de la lettre à Gabrielli du 31 janvier 1702, que c'étaient les adversaires des jésuites qui s'opposaient alors à la légation de Mgr de Tournon.

3. A la fin de sa réponse à Brisacier et à Tiberge du 5 octobre 1702, Fénelon les assure des bons sentiments qu'il conserve à leur égard. De fait, il cherche ici à les excuser, mais «non soli» vise peut-être moins les jansénistes que la Faculté de théologie de Paris qui avait condamné le P. Le Comte le 18 octobre 1700 et Noailles qui avait le 21 juillet 1701 écrit à Clément XI pour presser la décision (PASTOR, t. XV, pp. 299, 445). C'était pourtant la lettre des Missions Etrangères à Louis XIV du 28 mai 1700 qui était à l'origine des malheurs du P. Le Comte (LEDIEU, t. I, p. 52).

4. Reprise de l'argument de la lettre du 31 janvier 1702.

5. Réflexion qui peut paraître maladroite au moment où le P. de La Chaise réunissait les signatures de quatre-vingts évêques français. Mais ce n'était qu'une contre-offensive (cf. supra, n. 3).

6. C'est bien ce que Clément XI essaya de faire: son décret du 20 novembre 1704 ne devait pas être publié en Europe, mais seulement en Chine (PASTOR, t. XV, p. 306).

7. Le vicaire apostolique des Provinces Unies Pierre Codde (cf. sur lui, lettre du 9 août 1698, n. 8) ayant refusé de souscrire au « fait » de Jansénius et émis des doutes sur l'infaillibilité pontificale fut, le 7 mai 1702, suspendu par Clément XI et remplacé par Théodore de Cock, mais il était soutenu par les chapitres d'Utrecht et de Haarlem et par trois cents ecclésiastiques néerlandais. Ceux-ci obtinrent l'appui du Grand pensionnaire Anton Heinsius et, le 17 août, les Etats de Hollande et de Frise occidentale obtinrent un décret « vetans evocationes subditorum suorum Romam versus,... vetans Cockio omne exercitium Vicariatus, statuens ne deinceps ad nos Regulares accedant » (TANS, pp. 153 sqq. - P. POLMAN, Romeinse Bronnen voor de Kerkelijke toestanden der Nederlanden, t. III, 1686-1704, La Haye, 1952, pp. 609 sqq. - PASTOR, t. XV, pp. 231-236, et infra, la lettre de Fénelon du 12 juin 1705).

863. A LA COMTESSE DE MONTBERON

29 septembre 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 296-297. N° 28 de la série. Les noms ne sont pas découpés et on remarquera l'orthographe: Souâtre.

1. Le 4 octobre.

2. Fénelon avait d'abord écrit: «à ses hôtes qu'elle les quitte.»

3. Joan. XIV, 27.

864. Au DUC DE BEAUVILLIER

[Fin septembre 17021.

Fragment autographe, non signé, dont le 2° a été publié par le cardinal de BAUSSET ( Vie de Fénelon, I. VII, n. 12). Il l'a été entièrement par GOSSE-LIN (Lettres et opuscules, 1850, pp. 8-11) d'après la collection Feuillet de Conches, ainsi que par GÉRARD-GAILLY (Mercure de France, ler juillet 1948, pp. 387-388) d'après la collection Durand-Claye, précédemment Dufour-Chaptal.

L'autographe a en outre passé dans la vente Noël Charavay du 21 mars 1901, n° 45 (cf. Rev. Hist. litt. Fr., 1901, p. 175) et dans le catalogue Blaizot de 1974 (n° 342) qui en fait une seconde partie de la lettre «à Chevreuse» du 22 juin 1702.

Bien que Gosselin date d'octobre ou novembre 1703, nous croyons la présente lettre de plus d'un an antérieure, car elle ne fait allusion qu'à une seule

258 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

[Fin septembre 1702?]

5 octobre 1702 [ou 1703?] COMMENTAIRE 259

campagne du duc de Bourgogne et l'insistance exceptionnelle sur la santé de Mme de Maintenon a dû être provoquée par des informations précises (cf. infra, n. 10). La date de l'entrée du duc au Conseil d'En-Haut (cf. infra, n. 11) est une nouvelle confirmation du millésime.

1. Ce retour eut lieu le 8 septembre 1702 (DANGEAU, t. VIII, p. 496); cependant la présente lettre peut être un peu postérieure; elle prend naturellement place après les lettres au même destinataire des 9 et 24 juillet, 7-11 septembre 1702, où apparaît la même préoccupation majeure.

2. C'était le point sur lequel le prince prêtait le plus aux critiques : elles ne lui étaient pas épargnées et lui-même n'était pas sans scrupules à ce sujet (cf. HAUSSONVILLE, La Duchesse de Bourgogne, t. II, pp. 136, 164, 191, 194, 196-203 — DELPLANQUE, pp. 46 sqq.). La grande lettre sans date que Fénelon lui adressa pendant cette période: «Je crois, Monseigneur, que la vraie manière d'aimer vos proches... » (0.E, t. VII, pp. 232 sqq.) aborde discrètement le sujet en remontant aux principes.

3. Ce nouveau paragraphe est une suite du précédent et Fénelon le souligne lui-même vers la fin. Les détails qu'il donne ne semblent pas se trouver avec la même précision dans les autres sources, mais ils s'accordent très bien avec celles-ci, même avec le mémoire beaucoup plus tardif de Saint-Simon (BOISLISLE, t. XIX, p. 155, t. XXII, pp. 312 sq.). Cependant celui-ci attribue plus de bienveillance à Mme de Maintenon: c'est qu'il parle des années 1708-1711 et surtout de la dernière où le duc du Maine «n'osait plus ouvrir la bouche» (ibid., t. XXI, p. 316).

4. Gérard-Gailly signale que Fénelon avait d'abord écrit enfantillages: cf. BOISLISLE, t. XIX, pp. 149 sqq.

5. Scène nous paraît signifier simplement «changement de décor », d'autant que dans sa lettre à Beauvillier du 7-11 septembre (n. 23) Fénelon employait crise dans le même sens. Gérard-Gailly signale une lacune entre pour et prendre.

6. Formule vigoureuse, cf. BOISLISLE, t. XIX, pp. 145, 155, 183 sq., t. XXII, pp. 312 sq.

7. Fénelon reviendra sur cette idée dans sa lettre au même destinataire du 4 novembre 1703.

8. Pris déjà, d'après Gérard-Gailly.

9. Saint-Simon insistera plus tard sur le manque de connaissance des hommes qu'il attribue à une vie trop retirée et à l'horreur de la médisance (BOISLISLE, t. XIX, pp. 145, 150, 155, 184 sq.).

10. Dangeau signale les 6, 9, 10 et 13 septembre 1702 les mauvaises nuits, la fatigue et la fièvre de Mme de Maintenon; celle-ci s'était tournée le 22 «en double quarte» et l'avait «fort abattue». Mais il note le 30 que la marquise «est considérablement mieux depuis trois jours qu'elle a passés sans fièvre et dormi les nuits sans opium». Il n'y eut qu'une légère rechute le 23 octobre (t. VIII, pp. 493, 497, 504, 506 sq., 511, t. IX, p. 24; cf. aussi t. VIII, pp. 448, 462).

11. Le duc de Bourgogne siégeait déjà depuis le 26 octobre 1699 au Conseil des dépêches. C'est le 4 décembre 1702 que Louis XIV l'appellera aux Conseils des finances et d'En-Haut où son père n'était entré que le 25 juillet 1691 (DANGEAU, t. III, p. 70, t. VII, p. 176, t. IX, p. 56, t. XIV,

p. 72).

12. La prévision se réalisera en 1711 avec l'appui de Mme de Maintenon elle-même (BotsusLE, t. XXI, pp. 315 sq.).

13. Voir infra la lettre du 5 octobre 1702 (ou 1703?) qui est comme la continuation de celle-ci.

14. Exod. XIII, 21 sq.

865. Au MÊME

5 octobre 1702 [ou 1703?].

Querbeuf donne cette lettre comme adressée à Chevreuse. Gosselin a rectifié l'attribution, tout en reproduisant le texte, peut-être incomplet, qu'a publié son prédécesseur.

1. Si cette lettre est bien de 1702 et non de 1703, elle constitue un complément à la lettre de la fin septembre qui est beaucoup plus pratique. Cependant Fénelon a écrit le 5 octobre 1702 une lettre datée de Cambrai et non du Cateau. D'autre part la nécessité d'un «lien de concorde» entre le prince et sa femme était beaucoup plus visible à l'automne 1703 (HAUSSONVILLE, La Duchesse de Bourgogne, t. II, pp. 193-203 et 218-235).

2. Beauvillier avait cessé d'être le gouverneur du prince en octobre 1699, date à laquelle le Roi avait désigné d'O, Cheverny et Saumery pour l'accompagner partout (ibid., t. II, p. 72).

3. Il s'agit évidemment du jansénisme, la plus grande préoccupation de Fénelon.

4. La duchesse de Mortemart, «la personne sauvage» de la lettre du 8 juillet 1702 à Mme de Montberon. Fénelon insinue que son absence de la Cour lui donne des vues plus justes. Quelque désaccord entre elle et son beau-frère lui donnait-il l'occasion de le dire?

5. I Macchab. II, 37.

866. A MM. DE BRISACIER ET TIBERGE

5 octobre 1702.

Nous reproduisons la copie ancienne que fournit en particulier le ms. latin 16980, I, ff. 132-133. Mais nous indiquons en outre dans les notes les variantes de la minute a.s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 123-124.

1. Ayant pris parti contre Fénelon dans l'affaire des Maximes, les supérieurs des Missions Etrangères ne pouvaient guère compter sur son appui dans l'affaire des rites chinois (cf. lettre du 30 novembre 1699, n. 43), et le ton de la lettre qu'ils lui avaient envoyée le 19 juin 1700 est assez embarrassé. S'ils venaient de s'adresser à lui pour combattre l'effet de la circulaire du P. de La Chaise, ce n'était donc que par une autre circulaire qu'avait, entre

260 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 octobre 1702

autres, reçue également l'évêque de Mâcon (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII,

p. 418 n. ). Fénelon donne un simple résumé de sa réponse au R de La Chaise, exact mais sec (il savait d'ailleurs que ses correspondants la connaîtraient), et conclut brièvement par les assurances dont il ne pouvait se dispenser en s'adressant à des prêtres qu'il avait si bien connus autrefois.

2. Aura, en surcharge dans la minute à la place de a.

3. Les édifier dans l'Église catholique, rayé dans la minute.

4. Cf. la lettre 859 au P. de La Chaise, n. 5. L'erreur possible du même pape sur les cinq propositions reste en arrière-plan.

5. Ne sont pas concluantes, rayé dans la minute.

6. Cette phrase, donnée par la copie du ms. latin 16980, ne se trouve dans la minute qu'en surcharge et d'une autre main: avait-elle été dictée par Fénelon?

7. Comparer la lettre à Gabrielli du 26 septembre 1702, n. 3, et infra, la lettre 868 [mi-octobre 1702], qui résume la présente lettre.

867. A LA COMTESSE DE MONTBERON

10 octobre 1702.

868. Au CARDINAL GABRIELLI

Mi-octobre 1702.

Minute autographe, A.S.S., t. V, ff. 125-126.

1. Fénelon avait d'abord écrit vocatur. On vient de lire la réponse qu'il avait faite à la lettre en question.

2. Haud mihi videri a été substitué à nequaquam officere rayé. Obfuturos et pro virili parte sont ensuite en surcharge.

3. Le premier jet portait: Intimum animi sensum sine fuco aperire haud veritus sum. Les mots qu'il leur a substitués sont en surcharge.

4. Ad vestram Eminentiam est en surcharge. Il s'agit de la lettre du 26 septembre 1702.

5. Persimilis est en surcharge et arbitror remplace puto, rayé.

6. Dans cette phrase a me, constantissimae et sane sont en surcharge et puto remplace arbitror.

869. A LAMBERT BOUILLON, ABBÉ DE LIESSIES

Mi-octobre 1702

COMMENTAIRE 261

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 306-313. Marquée n° 29. Cette indication, qui paraît due à Mme de Montberon elle-même, permet de rétablir la date: Fénelon a écrit «mardi 10 9b" 1702», mais le 10 novembre était un vendredi; en revanche, au 10 octobre le contenu de cette lettre aide à comprendre les réactions de la destinataire, évoquées les 13 et 17 octobre.

1. Votre, rayé.

2. On notera la finesse - et la sévérité - de cette analyse. Le ton en rappelle les lettres les plus dures adressées à Mme de Maintenon.

3. Ragoût signifiait non seulement «assaisonnement», mais «ce qui flatte le sens, plaisir» (Dusois-LAGANE).

4. Quand... les a remplacé que, rayé.

5. Bossuet accusait Mme Guyon de fanatisme: à la suite de saint Jean de la Croix (caché au paragraphe suivant sous la périphrase : «Les saints les plus expérimentés»), Fénelon prouve que la pure foi est seule à garantir de celui-ci.

6. Allusion à I Cor. III, 2 (cf. déjà supra, lettre du 14 août 1701) et, sur la mamelle, infra, n. 7.

7. Phrase ajoutée dans l'interligne. Voir sur l'image salésienne, supra, lettre du 17 juin 1700.

8. Etre, rayé.

9. Et vous, rayé.

10. Certains, en surcharge.

11. Sur autrui, en surcharge.

12. Sa correspondante ne se trouvait donc pas à Cambrai. 11 octobre 1702.

Original signé, A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7808.

1. Cf. sur lui, supra, lettres des 9 avril 1698, n. 10, et 18 décembre 1701, n. 6

2. L'affaire des rentes du clergé de Hainaut exposée à propos de la lettre du chanoine Bayart d'Ennequin du 14 janvier 1702 (n. 2).

3. Henri Denys, abbé des chanoines réguliers de Saint-Aubert de Cambrai entre le ler mars 1691 et le 12 novembre 1708 (LE GLAY, p. 264).

870. A LA COMTESSE DE MONTBERON

13 octobre 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 298-299. Marquée n° 30.

1. Nous, rayé.

(14-16 octobre 1702?).

L. a., pliée, A.S.S., pièce 254. Inédite.

La date est sans doute déduite du n° 31 porté sur le billet; le n° 30 correspond au 13 octobre 1702 et le 32 au 17 octobre 1702. La série semble avoir été établie par Mme de Montberon elle-même.

262 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 17 octobre 1702

1. Ces lettres transmises par Fénelon pourraient être de l'abbé de Langeron, à qui Mme de Montberon écrivait parfois en se servant du même intermédiaire (cf. la fin de la lettre du 17 novembre 1702).

872. A LA MÊME

17 octobre 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 300-301. N° 32 de la série. Le lundi était le 16 octobre.

1. Le mémoire sur l'état du diocèse de Cambrai de septembre 1702 (A.S.S, pièces 704 sq. et 0.E, t. IV, pp. 450 sq.) étant trop tardif, il doit s'agir de la dissertation De Ecclesiae infallibilitate contre la Via Pacis que Gabrielli avait demandé dans sa lettre du 30 avril 1702 (notes 3-4) la permission de communiquer au Pape.

2. On remarquera que Gabrielli ne dit pas que Clément XI l'ait lu : le paragraphe suivant semble d'ailleurs montrer qu'il se repent d'avoir manifesté trop d'enthousiasme au sujet de cette pièce.

3. Il s'agit de l'ouvrage imprimé par les soins de Fénelon dont le cardinal avait demandé un exemplaire à Chantérac dans sa lettre du 9 janvier 1700 (n. 2).

4. L'entourage de Bossuet donne une autre version des faits : les Dispunctiones de Gabrielli avaient bien été imprimées à Rome sur les presses de la Propagande, mais on les avait aussitôt supprimées (cf. supra, la lettre de Chantérac du 18 septembre 1698, n. 21); ce doit être pour la raison donnée ici par Gabrielli et non pour faire croire à Innocent XII que personne n'avait pu réfuter l'ouvrage, comme le dit Phélipeaux (t. II, p. 259).

5. Si l'Inquisition romaine ne condamnait alors que peu d'écrits jansénistes, ce n'était pas simplement par mépris : une trêve s'était établie sous le pontificat d'Innocent XII, mais la Consultation des quarante docteurs sur le silence respectueux allait bientôt la rompre.

20 octobre 1702 COMMENTAIRE 263

872 bis. LE CARDINAL GABRIELLI A L'ABBÉ DE CHANTÉRAC

20 octobre 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 128.

Cette lettre constitue une réponse à celle que Fénelon avait adressée au cardinal sous le nom de Chantérac au début de juin 1702.

1. Réponse au début de la lettre signée par Chantérac, notes 4 sqq.

2. Voir la fin du premier paragraphe de la même lettre, notes 10 sqq., surtout n. 14 sqq.

3. Allusion rapide au long développement de la même lettre, notes 21 à 30, surtout n. 30.

4. Voir la même lettre, notes 31 sqq., surtout notes 37 sq. Gabrielli fournit ici un témoignage intéressant sur le succès du Télémaque dans toute l'Europe.

5. Réponse à la même lettre, notes 42 sqq. Le praecise semble renvoyer à la note 46: Gerberon ne faisait du «cas de Fénelon» qu'une arme dans sa campagne pour la réhabilitation de Jansénius.

6. Gabrielli rappelle à Chantérac la position qu'il avait prise comme consulteur dans l'affaire des Maximes et ne semble pas si hostile que Fénelon à la perspective de publications nouvelles en sa faveur.

A LA COMTESSE DE MONTBERON

22 octobre 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 302-303. Marquée n° 33. Pas de noms découpés.

1. Abbaye de religieuses de l'ordre de Saint-Augustin à Cambrai. Mme de Montberon y fera des retraites, au moins à partir du 25 mai 1707.

2. Cf. sur Magalotti et Du Rancher, supra, lettre du 28 août 1701.

3. Philip. IV, 7.

874. A LA MÊME

4 novembre 1702.

L. a., pliée, cachet, A.S.S., t. IX, ff. 304-305. N° 34 de la série. Le nom de Cambray est partiellement découpé.

Adresse autographe partiellement découpée: «A Madame / Madame la C[omt]ess[e die M[or]br[on] ».

1. I Cor. XIII, 5 et 7.

2. Cf. Matth. III, 9.

872 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

20 octobre 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 127.

873.

1. Cf. Philip. I, 8?

264 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 10 novembre 1702 15 novembre 1701 COMMENTAIRE 265

875. Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN 877. A L'ABBÉ DE LANGERON

10 novembre 1702.

15 novembre 1702.

L. a. s., publiée par VOISIN (Mémoires de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pp. 29-33). L. a., non signée, A.S.S., t. V, ff. 129-134.

1. Fénelon signalait dans sa lettre du 11 octobre 1702 que «M. Bayart a fait beaucoup d'avances», sans doute surtout pour s'établir à Bruxelles où se trouvaient les commissaires Bagnols et Tirimont.

2. Les quatre députés du clergé de Hainaut siégeant en la chambre de Mons.

3. C'est de la cour souveraine de Mons qu'il s'agit ici.

4. Chartre: «L'usage, plus fort que la raison, veut qu'on dise et qu'on écrive chartre, et le barreau ne parle pas autrement» (FuRETIÈRE).

5. Avant le grand procès commencé en 1646, il y en avait eu un autre intenté le 24 novembre 1632 à la chambre du clergé par le curé de HoudengGoegnies (VOISIN, p. 7 n.).

6. «L'abbé des Feuillants» semble être une faute de lecture de l'éditeur Voisin. L'abbaye de S. Feuillan ou S. Foillan lès Roeulx, doyenné de Binche, arrondissement de Soignies, de l'ordre de Prémontré, était un des dix-sept membres de la chambre ecclésiastique de Hainaut. Norbert de Reusmes, né en 1652, entré sans doute au monastère en 1670, lecteur en théologie, prieur, en avait été élu abbé en 1697. Louis XIV approuva son élection par un brevet du 25 mai 1697. Il resta vingt-cinq ans député aux Etats de Hainaut et fut le 20 mai 1717 un des quatre signataires de la transaction de la chambre du clergé avec le chapitre de Tournai (VOISIN, p. 21). Il mourut à Mons le 6 février 1718 (Ch. L. HUGO, abbé d'Etival, Ordinis Praemonstratensis Annales, Nancy, 1734, t. I, col. 679 sq.).

7. Cf. supra, lettre du 18 mai 1702, n. 1.

8. Le chanoine tournaisien Van Melle conclut au contraire le 28 février 1714 après enquête que «le procès intenté depuis soixante ans aura apparemment déterminé les juges» de Mons «à ne pas en acquérir sur le clergé ou à vendre par transport leurs rentes» (VOISIN, p. 53 n.).

9. Sur ce mot, voir la lettre de Bayart d'Ennequin du 14 janvier 1702,

n. 4.

10. Fénelon indique assez nettement qu'il est prêt à dédommager les créanciers, pourvu qu'ils cèdent sur la question de principe.

11. A Versailles.

12. Lambert Bouillon, cf. supra, lettre du 11 octobre 1702, n. 1.

876. A LA R.M. MARIE-JEANNE LAMELIN

15 novembre 1702.

L. a. s., A.D. Nord, 3 G. 355, pièce 7809.

Cf. supra, lettre 858 du 2 juillet 1702.

Au bas, cette apostille: «J'ai reçu vingt livres pour le premier paiement de l'année 1702. A Cambray, le 4 décembre 1702. Des Anges».

1. Voir sur le P. Sanadon, sans doute chargé par ses confrères parisiens de correspondre avec Fénelon, supra, lettre du 30 mars 1699, n. 1

2. Le jésuite était bien renseigné. Bossuet avait en effet écrit le 5 juin 1702 au cardinal de Noailles: «Il court dans Paris fort secrètement deux petits écrits de M. l'A. de Cambrai dont l'un, qui a pour titre De l'Excellence de Dieu, peut donner lieu au renouvellement de toutes les dangereuses maximes et illusions de la fausse contemplation» (URBAIN-LEVESQUE, t. XIII, pp. 342 sq.). Il doit s'agir de l'équivalent de la Première Partie du Paité de l'existence de Dieu dont Fénelon parlait à Chevreuse le 3 décembre 1701 et qu'il réclamait à Mme de Montberon le 6 janvier 1702 (H. GOUHIER, Fénelon philosophe, Paris, 1977, pp. 129 sq.).

3. Fénelon donne au mot «paraissait» le sens de «donné au public» alors que Bossuet avait insisté sur «fort secrètement».

4. De la véritable et solide piété. De la prière. Entretien spirituel, opuscule in-12° publié par Fl. Delaulne en 1690, 169.? 1696, 1700, 1702. Cf. notre tome I, pp. 220 sqq.

5. Il est en effet évident que l'auteur n'a pas surveillé l'édition. 11 s'agit (en particulier pour l'Entretien de l'humilité, ajouté à l'édition de 1700) d'exhortations prononcées sans doute aux Nouvelles Catholiques. Rien n'y trahit l'influence de Mme Guyon (ibid.).

6. Fénelon n'avait pas en effet reconstitué sa bibliothèque, détruite en 1697 dans l'incendie de son palais.

7. On rapprochera la longue dissertation qui suit du commentaire inédit de la Cité de Dieu, V, 1, 9 et 10, composé les 8 et 23 novembre 1703 par Fénelon à l'intention du chanoine Robert (cf. infra, la lettre au même du 5 janvier 1704, n. 3). L'emploi du mot clef pourrait être provoqué par la définition que le cardinal Noris avait donné du De correptione et gratia: «clavis qua ad universam Augustini de divina gratia et libero arbitrio doctrinam aditus aperitur » (Historia pelagiana, 1. I c. 23, Padoue, 1677, p. 92).

8. Les lettres de 429 où deux laïcs gaulois, Prosper et Hilaire, dénonçaient à saint Augustin les erreurs soutenues dans les monastères de Saint-Victor de Marseille, d'Hyères et de Lérins par les disciples de Cassien (Jean CHÉNÉ, CEuvres de saint Augustin, n° 24, Aux moines d'Adrumète et de Provence, Paris, 1962, pp. 385-436, 799-812) ont amené la composition du De praedestinatione sanctorum et du De dono perseverantiae.

9. De «d'où il résultait» à «libre arbitre», en surcharge.

10. Vint remplace venait, rayé. Du libre arbitre est en surcharge.

11. Cf. De correptione et gratia, VIII, n. 16, et IX, n. 21, cf. 23 et De praedestinatione sanctorum, XVI, n. 32 sq.

12. Epist. CCXVII ad Vitalem, n. 19, PL., t. 33, col. 985.

13. En interligne de «n'est pas donné» à «qu'ainsi elle».

14. La lettre de Prosper (n. 5) semble nier que Dieu connaisse les futurs conditionnels (futuribles), au moins comme pouvant donner lieu à mérite

266 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 15 novembre 1702 17 novembre 1702 COMMENTAIRE 267

ou à démérite (J. CHÉNÉ, pp. 401 sq., 802 sq.): les Marseillais se servaient au contraire de cette prescience pour sauver les enfants morts sans baptême et les gentils.

15. Phrase en interligne.

16. Aujourd'hui, en surcharge, souligne que Fénelon pense aux théologiens jésuites qui semblaient contredire le De praedestinatione sanctorum, X, n. 5 et XIX, n. 38.

17. Fénelon avait d'abord écrit tombant.

18. Rom. VIII, 29, passage commenté en particulier dans le De correptione et gratia, VII, 14, IX, 23, XVI, 35 et 49 et dans le De praedestinatione sanctorum, XVI, 32.

19. S. AUGUSTIN, De dono perseverantiae, XIV, 35, texte qui sera de nouveau invoqué dans la Ille lettre au P. Lamy sur la Prédestination du 28 août 1708, 0.E, t. II, p. 182 g. Les II', IV' et V' lettres traitent du même sujet (0.F., t. II, pp. 175-190).

20. Voir la XIe lettre de la 2e p. de l'Instruction pastorale en forme de dialogues (0.E, t. V, p. 325 d.).

21. Tout remplace elle, rayé.

22. De correptione et gratia, XII, 38, cf. le commentaire de Jean CHÉNÉ, pp. 784 sqq. et l'Instruction past. en forme de dialogues, 2' p., IX', X' et XIe lettres, 0.E, t. V, pp. 318, 324, 327 d, 328 g.

23. Grâce comme est en surcharge.

24. Cf. De correptione et gratia, XIV, 45.

L'Instruction... en forme de dialogues parle d' «omnipotentissima boni-tas» et d'« omnipotentissima potestas» (2e p., IX' et X' lettres, 0E, t. V, pp. 309 g, 319 g, 322 g).

25. Déterminé remplace fait, rayé.

26. De grâce, en surcharge.

27. De gratia et libero arbitrio, XX, 41 à XXIII, 45.

28. Fénelon vise ici la conception thomiste des rapports de la grâce et des volontés humaines.

29. Fénelon consacrera au De correptione et gratia, ch. 10 à 13, les lettres IX, X et XI de la 2' partie de son Instruction pastorale en forme de dialogues (0E, t. V, pp. 308-335). On trouvera une excellente mise au point dans J. CHÉNÉ, pp. 787-799.

30. Tombé, rayé.

31. Fénelon se montre ici plus prudent que dans la XI' lettre de la 2' p. de l'Instruction pastorale où il ne reconnaît d'autre auxilium quo que celui d'une mort prématurée (0E, t. V, pp. 325 d-334), interprétation que combat J. Chéné, p. 788.

32. Citation habile du canon 4 de la VI' session du concile de Trente (de Justificatione): «neque posse dissentire, si velit, sed veluti inanime quoddam nihil omnino agere, mereque passive se habere».

33. Prévoit, rayé.

34. Rom. XI, 33.

35. S. AUGUSTIN, Epist. CCXVII ad Vitalem, Ha sententia contra Pelagianos, PL., t. 33, col. 984.

36. Allusion au passage de la Cité de Dieu, 1. XII, ch. 9, n. 2, sur la «voluntas bona» que les anges avaient reçue à l'origine: saint Augustin y examine plusieurs hypothèses dont celle que les anges qui ont persévéré ont été «amplius adjuti ».

37. Il a souvent été question de Nicolas-Auguste Harlay de Bonneuil à partir de la lettre du 10 novembre 1697: cf. celles des 18 septembre 1698, n. 6, 20 juillet 1700, n. 8, et 12 novembre 1701.

878. AU MÊME

L. a., non signée, pliée, A.S.S., t. V, f. 135. Cette lettre semble avoir été envoyée avec celle du 15. Langeron a marqué en titre, au y° du f. 135, «S. Augustin».

1. Horrible, «long et difficile» (FURETIÊRE), s'applique bien à la lettre du 15, véritable opuscule théologique.

2. La présence de Cartier à la table de Fénelon ayant été connue à Saint-Sulpice en septembre 1702, M. Leschassier ne se contenta pas de l'exclure de la Compagnie, mais il chassa aussi de la communauté son cousin Fr. Le Fèvre, à l'instigation duquel Cartier avait rejoint Cambrai (cf. supra, lettres des 16 mai 1702, et 27 juillet 1702) et Chalmette qui avait manifesté l'intention de travailler au même séminaire (cf. supra, lettre du 16 mai 1702). Si Cartier resta au séminaire et si Le Fèvre, qui ne manquait d'ailleurs pas de ressources, fit à Cambrai de nombreux séjours les années suivantes (cf. lettre du 16 mai 1702), le cas de Chalmette était plus embarrassant, puisque Fénelon n'avait pas voulu jusqu'alors prendre d'engagement envers lui (cf. supra, lettres à Beaumont des 22 octobre, 4 novembre, 6 novembre 1701, 16 mai 1702).

L'événement décida et, à un retour à Riom, sa patrie, Chalmette préféra la vie à Cambrai où on le voit accompagner l'archevêque dans ses visites (cf. infra, lettres des 17 et 24 mai, 4 juin 1703): dès le 24 mai 1703 il mettait d'ailleurs Langeron en rapport avec son compatriote Champflour, évêque nommé de La Rochelle, qui, en 1707, l'appellera auprès de lui en qualité d'archidiacre.

3. On n'était pas M. Leschassier, mais Godet-Desmarais auquel le sulpicien avait voulu complaire (cf. supra, le début de la lettre du 16 mai 1702 à Beaumont, n. 3), ou plutôt Mme de Maintenon. Langeron était vulnérable comme ancien collaborateur de Fénelon à la Cour et par ses liens avec la maison de Condé. Mme de Chevry l'était aussi à cause de sa pension (lettre du 16 mai 1702, n. 14).

4. La description conviendrait mal à Godet, mais elle s'applique trop bien à l'épouse du Roi.

5. Il s'agit ici de la « bonne duchesse» de Beauvillier, renseignée par son mari sur les intrigues de la Cour, et non, comme d'habitude, de sa soeur, la «bonne petite duchesse» de Mortemart qui ne les connaissait plus guère.

6. Joseph de Forbin, marquis de Janson, entra jeune au service et accompagna en 1680 dans son ambassade de Pologne son oncle, le futur cardinal. Il acheta une compagnie de cavalerie du régiment royal, et reçut en février

17 novembre 1702.

268 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 21 novembre 1702

1693 la première enseigne des mousquetaires blancs. Sous-lieutenant en octobre 1693, il avait été promu brigadier de cavalerie en janvier 1702. Maréchal de camp en octobre 1704, il se distingua à Ramillies, mais ses blessures le forcèrent en avril 1710 à vendre sa charge. Il se retira à Antibes avec une pension de 6000 livres et, contre toute attente, il y vécut encore dix-huit ans.

Fénelon avait été lié avec l'abbé Bruno de Forbin-Janson, mort en 1692 (cf. supra, lettre du 10 juillet 1692, t. II, p. 249).

878 A. LE MARÉCHAL DE TALLARD A FÉNELON

21 novembre 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, ff. 138-139.

1. Après de brillants débuts sous Turenne, Camille de La Baume d'Hostun, comte de Tallard (14 février 1652 - 30 mars 1728), fut brigadier en 1677, maréchal de camp en 1688, lieutenant général depuis 1693. Il avait été de 1698 à 1701 ambassadeur à Londres. Si ce peut être seulement par curiosité qu'il fit chercher en 1699 les médailles frappées en Hollande à l'occasion du bref contre Fénelon (cf. supra, lettre à Beauvillier de décembre (?) 1699, n. 12), il tint à saluer l'archevêque en se rendant à l'armée où il avait été affecté le 9 mars 1702 (DANGEAU, t. VIII, p. 346). Chargé de «canonner» les assiégeants de Kaiserswerth, il y avait été en liaison avec le duc de Bourgogne, arrivé le 3 mai à Santen (ibid., p. 428).

Le 10 juin, Tallard devait aller à la droite des ennemis par une trouée de la forêt de Clèves, tandis que le prince attaquerait leur gauche (ibid., p. 432). Le 28 celui-ci avait fait rapprocher de lui Tallard qui le rejoindrait le soir du 1" août (ibid., pp. 465, 467). En novembre Tallard se trouvait donc dans la région où il commanda en 1703. Le duc de Bourgogne y fut finalement envoyé et prit Brisach avec lui. Maréchal de France en 1703, duc d'Hostun en 1712, pair en 1715, Tallard entra au Conseil de régence en 1717 et fut ministre d'État en 1726.

879. A MAIGNART DE BERNIÈRES

1. C'est en qualité d'intendant de l'armée de Flandres (cf. supra, lettre du 5 juin 1702, n. 3) que Bernières pouvait rendre beaucoup de services. Fénelon était peut-être renseigné par Mmes d'Alègre et de Barbezieux (cf.infra, la lettre du 21 décembre 1703, n. 3, à la duchesse de Holstein).

2. L'intendant de Hainaut ne demeurait donc à Maubeuge que durant l'hiver. 24 novembre 1702 COMMENTAIRE 269

880. Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

24 novembre 1702.

L. a. s., publiée par VOISIN (Mémoires de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pp. 33-37).

1. Cf. sur lui la lettre du 11 octobre 1702, n. 1.

2. Rupert de Los ou de Loos, prévôt de S. Martin de Tournai, fut nommé par Louis XIV abbé d'Hasnon le 24 ou le 28 septembre 1693 et béni par l'évêque d'Arras le 21 décembre. On lui donna en avril 1714 Placide Pouillaude pour coadjuteur. Cf. J. DEWEZ, Histoire de l'abbaye de S'-Pierre d'Hasnon, Lille, 1891.

3. L'abbaye Saint-Vaast, au diocèse d'Arras, avait pour abbé le cardinal de Bouillon et pour grand-prieur Guillaume de la Charité.

4. Chartre, cf. supra, lettre du 10 novembre 1702, n. 4.

27 novembre 1702.

L. a. s., publiée par VOISIN (Mém. de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pp. 37-38).

1. Cf. supra, lettre de Bayart d'Ennequin du 14 janvier 1702, n. 4.

2. Le chapitre de Tournai.

881 A. LE CARDINAL GABRIELLI A FÉNELON

27 novembre 1702.

L. a. s., pliée, A.S.S., t. V, f. 140.

1. Ces «geminae litterae» doivent être les deux parties de la lettre de Fénelon du 26 septembre 1702. Gabrielli ne l'avait donc pas reçue lorsqu'il lui écrivait le 20 octobre 1702. Quant au billet de Fénelon qui accompagnait le texte de sa lettre du 5 octobre 1702 aux directeurs des Missions Etrangères, il n'était sans doute pas parvenu non plus le 27 novembre 1702 au cardinal romain.

2. Cf. supra, lettre du 26 septembre 1702, n. 7, et infra, la longue lettre de Fénelon du 12 juin 1705.

3. Voir la lettre du 26 septembre 1702, n. 2.

4. Le serment qui obligeait à garder le fameux secret du Saint-Office.

5. Phil. LABBÉ, Conciliorum collectio, Paris, 1671, t. IX, col. 373. Cf. aussi les Annales de Baronius, an. 816.

6. La lettre écrite au P. de La Chaise à la mi-septembre avait donc été traduite et répandue en Italie.

22 novembre 1702.

Copie du XIX' siècle, A.S.S., pièce 256. Inédite. L'autographe appartenait sans doute à M. de Reiset.

270 CORRESPONDANCE DE FÉNELON

A MAIGNART DE BERNIÈRES

4 décembre 1702

885. A MAIGNART DE BERNIÈRES

COMMENTAIRE 271

4 décembre 1702.

882.

28 novembre 1702

28 novembre 1702.

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 33-34.

1. Voir sur J.-A. Dubray, supra, lettre du 19 juillet 1702, n. 1. La paroisse de Vieux-Mesnil (canton de Berlaimont) appartenait à son décanat.

2. Cf. sur lui, supra, lettre du 22 juin 1701.

3. Adam Fiesvet, nommé curé le 6 décembre 1650, mourut à la fin de cette même année 1702 (BONTEMPS, p. 84).

4. Voir sur Renversé supra, lettres des 6 et 11 janvier 1702 et infra, lettre reçue le 24 janvier 1703.

5. Bon Robin, originaire de Valenciennes, curé de Landrecies de 1699 à 1721 (BONTEMPS, p. 174). Mais Fénelon précisera en janvier 1703 qu'il tenait certaines de ses informations du curé du Quesnoy, Richard Fossart (1699-1717 d'après BONTEMPS, p. 180).

L. a. s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 35-36.

1. Le 29 novembre 1687 un réglement avait prescrit la mise sur pied au ler janvier 1689 de trente régiments de milice d'infanterie (environ 20000 hommes) qui pourraient être employés n'importe où. Une nouvelle ordonnance du 26 janvier 1701 obligeait chaque paroisse à fournir un ou plusieurs hommes, et cette obligation avait été étendue les 10 et 24 décembre 1701 aux communautés, marchands et artisans; en 1703 on constitua soixante-dix bataillons avec 30000 recrues (BOISLISLE, t. VIII, pp. 245 sq.). Les mayeurs cherchaient à appliquer à tous le principe du tirage au sort, mais Fénelon a défendu avec persévérance l'exemption des bons «clercs de paroisse» ou «maîtres d'école»: cf. infra, ses lettres du 30 octobre 1703 (sur celui de Beaudignies) et du 1" décembre 1703 (sur le fils du meunier de Solesmes).

886. A LA COMTESSE DE MONTBERON

883. Au CHANOINE BAYART D'ENNEQUIN

ler décembre 1702.

L. a. s., publiée par VOISIN, Mém. de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, mai 1856, pièce 7, pp. 38-41.

1. D'après ce qui suit, on désigne Du Gué de Bagnols commissaire du Roi de France dans l'affaire des rentes du clergé de Hainaut.

2. Cf. supra, lettre du 18 mai 1702, n. 1.

3. Bayart d'Ennequin était membre du chapitre de Tournai qui avait été en 1646 le premier à contester la validité des rentes (ibid.).

4. Versailles (cf. le début de la lettre du 26 mai 1703).

884. A LA COMTESSE DE MONTBERON

2 décembre 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 314-315. Marquée n° 35.

Adresse d'une autre main: «A Madame / Madame la Comtesse / de Monbron / à Cambray».

1. Lapsus au lieu de pour (cf. les éditions précédentes)? mais Fénelon a

pu adopter la construction, bien attestée à la fin du 17e siècle, de par avec un infinitif pour dire «en portant» (DUBOIS-LAGANE).

18 décembre 1702.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 316-317. N° 36 de la série.

1. Nom découpé.

2. Sa correspondante se trouvait donc à Cambrai.

887. _ A MAIGNART DE BERNIÈRES

20 décembre 1702.

Billet publié pour la première fois par Gosselin (1850, p. 182). L'autographe, aujourd'hui perdu, avait été communiqué par Mme de Reiset.

1. Ce doyen était Lecomte (1700-1725) qui avait récemment succédé à Denis (1687-1700). Cf. Jean MOSSAY, p. 229.

887 bis. L'ABBÉ DE LANGERON A LA MARÉCHALE DE NOAILLES

23 décembre [17021.

Publiée par GOSSELIN, Lettres inédites, Paris 1838, pp. 34-35, n° 18. Voir sur la date, infra, lettre du 30 mars 1703.

1. Il a été question de l'abbé Charles Andrault de Maulévrier, cousin de l'abbé de Langeron, dans le t. II, pp. 216, 244, et surtout dans les lettres

272 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 27 décembre 1702

postérieures au 22 juin 1697. Il avait été désigné en décembre 1699 comme agent général du clergé par l'assemblée de la province de Tours (DANGEAU, t. VII, p. 213) et était entré en fonction le 14 juin 1700. Bien que cette agence ne dût finir qu'en 1705, Maulévrier avait reçu le 29 octobre 1702 la permission du Roi d'accepter l'agence du clergé de la province de Sens «qui commencera quand l'autre finira. Il y a bien longtemps qu'il n'y a point eu d'exemple qu'un agent ait été continué» (DANGEAU, t. IX, p. 29) : l'Agence rapportait 80 à 100 000 livres.

2. Reproche qui a en réalité pour but d'être utile à Maulévrier: au début de l'affaire des Maximes des Saints, celui-ci avait en effet reçu de Louis XIV, dont il était l'aumônier, l'ordre de cesser tout rapport avec Fénelon, et le soupçon de n'avoir que fort mal obéi pesait sur lui.

3. Cette assurance encouragea la maréchale à écrire à Fénelon une lettre à laquelle celui-ci répondra le 30 mars 1703.

888. Au CHANOINE PH.-CH. ROBERT (?)

27 décembre 1702.

Copie E. Levesque, retrouvée en 1987 et classée A.S.S., pièce 739. L'autographe signé était en vente chez Charavay le 13 décembre 1902. Inédite.

Si le destinataire est bien le chanoine Robert (sur lui, supra, lettre du 21 septembre 1701, n. 1), cette lettre est la première d'une série où Fénelon traite avec lui d'une affaire que s'était attirée l'oratorien Jean-Baptiste Playoul, et que le supérieur de l'Oratoire de Mons, François Piquery, cherchait à régler. Nous renvoyons au commentaire des lettres des 13 et 23 février, 3 mars et 11 mai 1703.

889. A MARIE-CHRISTINE DE SALM

28 décembre 1702.

L. a. s., château d'Anholt, publiée par RANCE, Revue des Questions historiques, t. XXXIII, janvier-avril 1883, pp. 563 sq.

1. Voir sur Dorothée-Marie de Salm, abbesse de Remiremont, notre t. III, p. 376. Elle était morte le 14 novembre 1702.

2. La nouvelle abbesse était Charlotte de Lorraine, fille du duc régnant, née le 21 octobre 1700. Marie-Christine de Salm, jusque-là censière, fut en même temps élue doyenne, seconde dignité à laquelle étaient attachés des pouvoirs très étendus (cf. Nicolas AMELOT de la HOUSSAYE, Mémoires historiques, politiques, critiques et littéraires, Amsterdam, 1722, t. I, p. 1) et qui conféraient à sa titulaire presque toute l'autorité pendant l'enfance de l'abbesse (d'où le «pour plusieurs années» de Fénelon). Cette situation dura jusqu'au 4 mai 1711, date du décès à Lunéville de la princesse Charlotte de Lorraine, qui fut presque aussitôt remplacée par Béatrix-Hiéronyme de Lorraine-Lillebonne (Pr juillet 1662 - 9 février 1738), petite-fille du duc Charles II (cf. BOISLISLE, t. II, p. 184 et t. XXI, pp. 269 sqq.).

CHRONOLOGIE

Juin 1699

1" juin. Le nonce M. Delfini au secrétaire d'Etat. Le bref de Sa Sainteté aura apporté à M. de Cambrai beaucoup d'honneur et de consolation puisqu'il fait l'éloge de sa prompte soumission, de sa lettre au Pape et de son mandement. Ce prélat a tenu le 25 mai son assemblée provinciale dans laquelle M. de S. Omer a regretté qu'il n'eût pas fait ressortir en termes plus clairs la sincérité de sa soumission. Fénelon répondit s'en être assez expliqué, mais, malgré tous ses efforts, M. de S. Orner a obtenu que la majorité réclamât au Roi la suppression de tous les écrits publiés pour la défense des Maximes (A.V., Francia, t. 197, ff. 716 sq.). — «On commençait à débiter tout ce qui s'était passé à Cambrai, qui avait été d'une grande mortification pour l'archevêque... Voyant tous» ses suffragants «assemblés chez lui, il leur dit qu'il avait eu ordre du Roi de les assembler, mais qu'il n'en savait pas bien le motif. Sur quoi l'évêque de S. Omer lui dit... que c'était sur la manière de recevoir le bref du Pape..., que la condamnation qu'il avait portée lui-même par son mandement n'était pas conçue en des termes assez forts... puisque, si ce livre était condamnable, tout ce qu'on avait fait pour le soutenir ne l'était pas moins. L'archevêque, surpris de cette proposition, à laquelle il ne s'attendait pas, répondit qu'il en fallait délibérer et prendre sur cela les voix de l'assemblée. Mais l'évêque de S. Orner lui répliqua qu'... il était partie et ne pouvait pas être juge. Cette proposition acheva de déconcerter l'archevêque, lequel se retira de l'assemblée... Le résultat» de celle-ci « fut qu'on recevrait le bref du Pape..., comme on le recevait dans les églises du clergé de France, et que l'archevêque de Cambrai ferait un nouveau mandement par lequel il condamnerait en termes plus forts son livre : Des Maximes des Saints, et aussi tous les livres, lettres et écrits qu'il avait faits pour le défendre. Il fut signé des évêques de Tournai, de S. Omer et d'Arras... Mais le dernier fit, en même temps, une protestation par écrit, par laquelle il déclarait que, puisque le S. Siège avait condamné le livre Des Maximes des Saints, il n'était pas permis aux évêques d'ajouter ni de diminuer rien... Ce résultat causa un extrême chagrin à l'archevêque, et il parut assez dans une lettre qu'il écrivit au Pape pour se soumettre à sa décision, dont le style embarrassé et bien éloigné de son style ordinaire faisait connaître l'agitation de son esprit et de son coeur » (SouRcEms, t. VI, pp. 160 sq.).

1" juin. «De Paris. La Cour a reçu le P.V. de l'assemblée provinciale... où il fut unanimement conclu d'accepter la constitution du Pape sans aucune restriction, ni pour le fond ni pour la forme, attendu que la province de Cambrai n'est point assujettie aux usages de l'Eglise gallicane; mais que chaque évêque ferait son mandement à part... Il fut aussi

274 CHRONOLOGIE 1699

1699 CHRONOLOGIE 275

arrêté dans cette assemblée de demander au Roi la suppression de tous les ouvrages que ce prélat a faits et produits pour sa justification» (Histoire journalière..., 8 juin).

2 juin. De Rome, lettre du P. Roslet (à Noailles ?): «M. Poussin s'est proprement sacrifié pour soutenir le parti opposé à M. de Cambrai... S'il s'était entendu avec M. le C. de Bouillon, l'affaire de M. de Cambrai aurait peut-être eu un tout autre succès... C'est lui qui a fait connaître les véritables intentions du Roi et qui a donné courage à MM. les Cardinaux, lorsque le ministre les trompait par des suppositions capables d'embarrasser les plus éclairés. Le Pape est très fâché qu'il s'en aille» (B.N., ms. fr. 6919, f. 157 r°-v°).

3 juin. «Un homme a porté à Mgr une lettre d'Arras» (A.D. Nord, 3 G. 1664*) '

5 juin. L'envoyé vénitien Alvise Pisani au doge: L'archevêque de Paris, homme de bonnes moeurs, mais qui a des visées plus éminentes, contribua à tout ce qui pouvait faire admettre un bref, alors que quelque autre prélat désirait une bulle. Il trouva un précédent dans la condamnation de Jansénius, mais son opinion a surtout été renforcée par l'envoi du bref aux prélats de la part du Roi, grâce auquel elle n'a pas rencontré de difficulté majeure. Des assemblées analogues se réuniront par la suite dans les autres provinces. On admire cependait la sagesse du prélat censuré, dont la soumission aux dispositions souveraines de Sa Sainteté a mérité une réponse très tendre et affectueuse, par laquelle elle l'incite à employer sa doctrine pour le bien du Saint-Siège et à faire resplendir ses insignes vertus en les joignant aux dogmes sûrs de la religion orthodoxe.

Les déclarations du prélat provoquent cependant des discours et observations. Il semble impossible que son esprit très altier et vigoureux soit totalement calmé; et qu'une obéissance aveugle déracine totalement les semences de cette doctrine qu'il a professée durant sa longue vie (B.N., ms. italien 1916, pp. 59 sq.).

6 juin. Le comte de Montberon et deux autres sont les invités de Fénelon. «Il a été payé par ordre de Mgr la dépense du valet et des deux chevaux de M. Vestin, libraire étranger, au maître du Lyon d'or suivant son mémoire». Il faut lire Wetstein.

Vu le procès entre Fénelon, demandeur en requête du 14 janvier 1699 et les abbé et religieux de Saint-André au Cateau-Cambrésis, défendeurs (pour «fausse exécution faite dans l'abbaye»), le Parlement de Tournai «a admis les parties à vérifier devant le conseiller Couvreur» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 130, anc. cote).

7 juin. Présents à la table de Fénelon: l'abbé de Saint-Bertin, le baron Dorf, ses fils et autres.

8 juin. Le nonce envoie au secrétaire d'Etat le P.V. manuscrit de Cambrai et le P.V. imprimé de Reims: comme celui de Paris, ils concluent à l'obéissance due au bref (A.V., Francia, t. 197, f. 793r°).

' Jusqu'en juillet 1699 les indications analogues seront tirées du même registre du maître d'hôtel Monvoisin, et d'août 1699 à février 1700 du registre 1665*.

9 juin. Le secrétaire d'Etat au nonce: celui-ci a encore accru ses mérites dans l'affaire de Cambrai où il a reçu les éloges des deux parties et entièrement satisfait Sa Sainteté (AN., Francia, t. 388, ff. 244 y°, 245r°).

11 juin. Dans une lettre écrite de Luçon, Du Puy remercie le P. Léonard de «trois pièces curieuses et fort nouvelles de l'Assemblée de Cambrai» (B.N., ms. fr. 19205, f. 300r°).

13 juin. Fénelon reçoit M. de Montberon et six autres personnes.

14 juin. M. Tronson à M. de Sabatier: «On a imprimé ici depuis deux jours le P.V. de l'assemblée provinciale de Cambrai. On y demande, comme on a fait dans celle de Paris, la suppression des livres du prélat, ce que n'ont pas fait néanmoins quelques autres provinces» (A.S.S., f Ponson, ms. 37, p.. 52 bis).

16 juin. Pour deux chevaux de chaise ayant conduit M. l'abbé de Champigny à Arras.

L'envoyé vénitien Alvise Pisani au doge. Les assemblées ont applaudi la piété du Roi, soucieux de déraciner les premières semences de l'erreur. Le bref pontifical ne fut pas admis avec moins de respect. Le Procès-Verbal de Paris a servi de modèle à tous les autres. On reconnaît l'unanimité des prélats pour détruire dans ses principes une doctrine déjà accréditée par des auteurs de grande vertu et déjà introduite dans les esprits des princes eux-mêmes» (B.N., ms. italien 1916, p. 81).

18 juin. Fête-Dieu. Fénelon reçoit MM. du chapitre, les enfants de choeur et autres.

19 juin. M. de Montberon dîne chez Fénelon avec deux autres invités.

22 juin. Fénelon va au Cateau. Chantérac et les «petits Messieurs» restent à Cambrai.

26 juin. Le cardinal Le Camus à Maille: «Les évêques de la province» de Fénelon «sont ceux qui l'ont le moins ménagé... J'ai été très content de la censure, mais je crois qu'il y a dans le livre de M. de Cambrai des propositions qui méritaient une plus forte censure» (Min. Aff. Etr., f Rome, t. 396, f. 86).

27 juin. M. Tronson envoie au P. Le Valois le bref du Pape à M. de Cambrai et la seconde lettre que cet archevêque lui a écrite (éd. L. BERTRAND, t. III, pp. 436 sq.).

28, 29 et 30 juin. Fénelon couche deux nuits à Maubeuge et est absent trois jours et demi avec cinq laquais, celui de l'abbé de Beaumont y compris. Fénelon avait dîné à Bavay et était passé par les abbayes de Liessies et de Maroilles. Il fit donner trois louis d'or aux gens de l'intendant qui l'avait hébergé à Maubeuge.

29 juin. Lettre de Rotterdam du banquier Pierre Frescarades sur le Paité historique contenant le jugement d'un protestant sur la théologie mystique, sur le quiétisme... (papiers du P. Léonard, ms. fr. 19213, ff. 233-236). Cf. sur le même sujet la lettre de Jacques Flurnois du 13 juillet 1699, B.N., ms. fr. 19211, ff. 187 sq.

30 juin. L'abbé de Rancé à Nicaise: «On ne saurait trop remercier Dieu de ce qu'enfin l'affaire du quiétisme est finie. Ces opinions, toutes fausses et toutes méchantes qu'elles étaient, ne laissaient pas d'avoir beaucoup de cours et de corrompre bien des gens. M. le C. Cazanata s'est signalé dans cette affaire, il aime le bien et a tous les talents et les conditions

276 CHRONOLOGIE

1699 CHRONOLOGIE 277

1699

nécessaires pour le soutenir. Je ne vous dirai rien sur le sujet de M. de C[ambrai], si ce n'est qu'il est bien à plaindre de s'être engagé dans un si mauvais parti» (B.N., nouv. acq. fr. 9363, f. 247 y°, cf. la lettre au même du 9 août 1699, n. a. fr. 9361, f. 240 v°).

Maille écrit de Rome au C. Le Camus: «Le P. Rupé (agent des régu-

liers du diocèse de Saint-Pons) a parlé avec éloge de M. de Cambrai au

P. Granelli qui l'a rabroué... Le procès-verbal de Cambrai est mieux. M. de Valbelle y a bien joué son personnage. M. de Cambrai n'a pas abandonné le système de ses explications, les évêques auraient dû condamner ses écrits apologétiques avant de demander au Roi de les supprimer» (Min. Aff. Etr., f Rome, t. 396, ff. 101 sqq.).

Juin. «L'on vient de publier trois nouvelles satyres, Paris, 1699, in-4°, rue Saint-Jacques... La seconde contre les femmes savantes, où il est parlé de Mad. Guyon et de M. l'archevêque de Cambrai» (P. Léonard, A.N.,

M. 767, 2, pp. 55, cf. M. 760, 2, 33).

«On marque de Paris... qu'on voit bien ce qu'il ne faut pas croire. Mais on ajoute que l'on n'a point donné de règle précise et expliquée de ce qu'il faut croire pour se conformer à cette Tradition... » (Nouvelles de France, Mercure hist. et pol., p. 678).

«On dit que S.M. est aussi» très contente «de la soumission de M. de Cambrai, et qu'il n'est pas impossible que ce prélat ne rentre dans ses bonnes grâces» (Lettres historiques, t. XV, p. 702, cf. Merc. hist. et pol., juillet, p. 96).

Juillet

2 juillet. Fénelon est au Cateau.

3 juillet. Fénelon envoie chercher en chaise l'abbé Lefebvre à Péronne.

6 juillet. Fénelon reçoit MM. du concours et, «à souper, M. de Bagnols et autres».

7 juillet. Le nom de M. de Montberon s'ajoute aux précédents.

8 et 9 juillet. Seuls «MM. du concours» sont encore les hôtes de Fénelon. Du 14 au 30 juillet. Fénelon est au Cateau-Cambrésis, mais il fait des visites,

en particulier à Forest. Le 19 juillet l'abbé Lefebvre se trouvait au

Cateau.

Août

1" au 13 août. Fénelon est absent de Cambrai, Chantérac le remplace au palais épiscopal (A.D. Nord, 3 G. 1665*).

2 août. Dernière lettre de Nicaise à Leibniz relative aux Maximes des Saints (éd. GERHARDT, t. II, p. 590 — G. GRUA, G.W. Leibniz. Textes inédits, Paris, 1948, t. H, p. 143).

4 août. Déclaration royale et lettres patentes ordonnant l'exécution du bref pontifical condamnant les Maximes des Saints (A.N., K. 121, n° 334,

M. 7573, p. 205 et 0* 143, pièce 1105, pp. 254-256 — Min. Aff. Etr., f. Rome, t. 396, p. 134 — Mercure galant, août 1699, p. 197 et octobre 1699, p. 89).

9 août. Fénelon est à Aymeries. Echange de lettres entre l'abbé de Beaumont (à Cambrai) et Fénelon (à Liessies).

14 août. Outre ses convives ordinaires, Fénelon reçoit les appariteurs et les enfants de choeur.

Réquisitoire du procureur général Daguesseau et enregistrement des lettres patentes du 4 août (A.N., M. 7573, p. 206 — B.N., ms. fr. 12643, f. 57 — A.S.S., pièce 5386 — Lettres historiques, t. XVI, septembre 1699, pp. 331 sqq. et octobre 1699, pp. 416-438 — URBAIN-LEVESQUE, t. XII, pp. 403-415 — R. CLARK, pp. 268 sqq.).

16 août. Fénelon reçoit MM. de Montberon, Magalotti, du Ranchier etc. 6/16 août. Leibniz met un point final aux discussions sur les Maximes: «M.

l'archevêque de Cambrai en est sorti en habile homme» (E. CAILLE-

MER, Lettres de divers savants à l'abbé Cl. Nicaise, Lyon, 1885, p. 80). 22 août. «Jour que Monseigneur a été au Cateau.»

25 août. Projet de transaction entre Fénelon et l'abbaye de Saint-André au Cateau-Cambrésis. L'archevêque reconnaît à l'abbaye droit de haute, moyenne et basse justice (A.D. Nord, ms. 284, pièce 164, cf. pièces 131 sq. et supra, 6 juin 1699).

30 août au 3 septembre. La duchesse de Mortemart et sa suite sont les hôtes de Fénelon. La duchesse avait été prévenue à Chaulnes et un relais de carrosse préparé à Péronne.

Septembre

3 septembre. Ayant dîné à l'archevêché, la duchesse de Mortemart est reconduite à Haspres par un carrosse à six chevaux.

7, 8 et 9 septembre. Fénelon et sa suite séjournent à l'abbaye Saint-Jean de Valenciennes.

10 septembre. Fénelon arrive à Mons. Il envoie à Mariemont chez l'Electeur de Bavière.

11 septembre. Après s'être arrêté à l'auberge de Soignies, Fénelon dîne chez les Pères de l'Oratoire de Braine-le-Comte. Arrivant à Notre-Dame de Hal, Fénelon passe la nuit chez le curé.

12 septembre. A Bruxelles, les valises de Fénelon et de sa suite sont transportées de la prévôté à l'auberge.

13-15 septembre. Fénelon loge trois jours à Bruxelles, à l'hôtel de l'Empereur avec le prévôt et le doyen de son église, son intendant Deschamps, ses aumôniers, officiers et gens de livrée. Revenant d'Anvers, Provenchères et Angaigne soupent à l'hôtellerie. Le dimanche 13, Fénelon a rencontré l'archevêque de Malines à Laeken. Le 14 il a été reçu par l'Electeur de Bavière et par Bedmar. Il quitte le 15 Bruxelles où il a aussi été «régalé» par l'internonce Bussi (Du Bos à N. Thoynard, 17 septembre 1699 dans P. DENIS, Lettres autographes de la collection de Troussures, p. 104 — A.D. Nord, 3 G. 1665*).

16 septembre. Fénelon loge chez le doyen d'Enghien.

278 CHRONOLOGIE 1699 1699 CHRONOLOGIE 279

Du 17 au 21 septembre. Fénelon se trouve à Mons où il procède à une ordination. Il prêche contre les exagérations dans la dévotion à la Vierge et sur la confession (P. Bayle à Janiçon, 8 octobre 1699 — Mercure hist. et pol., octobre 1699, p. 402).

Les 22 et 23, Fénelon loge au Refuge de Binche et se fait conduire par deux différents guides de Mariemont à Saint-Denis.

24 septembre. Il fait distribuer de l'argent aux domestiques de l'abbé de Saint-Denis. Un guide le mène de Saint-Denis au delà de Cambron.

25 et 26 septembre. Fénelon passe deux nuits à l'hôpital de Lessines. Il s'arrête chez le curé de Flobecq.

26 septembre. «De Rome. Sa Sainteté paraît fort mécontente de la protestation» du «Parlement de Paris contre certaines clauses de son bref... Il s'est tenu au Quirinal diverses congrégations d'Etat... Mais les sentiments ont été si partagés qu'on n'a pu prendre aucune résolution» (Nouvelles extraordinaires, 20 octobre 1699).

27 et 28 septembre. Fénelon loge à Ath et envoie de cette ville un garde porter une lettre à la duchesse d'Arenberg à Enghien.

29 et 30 septembre. Il passe trois nuits à Leuze et loge chez le doyen.

Fin septembre. «On voit un manuscrit intitulé Dialogue des cardinaux de Richelieu et de Mazarin où ils se disent leurs vérités l'un à l'autre. Touchant le ministérat. On le dit être de M. 1'Arch. de Cambrai [Hen?] »; le P. Léonard ajoute: «Mais je n'en crois rien» (A.N., M 767, 2, pp. 87 et 97). Cf. Fénelon, CEuvres, éd. J. LE BRUN, Pléiade, 1983, t. I, p. 1339.

Octobre

ter octobre. Fénelon va de Leuze à Valenciennes. «Pour le souper de MM. les abbés de Chantérac et de Beaumont arrivant à Cambrai ».

2 et 3 octobre. Fénelon est à Cambrai.

3 octobre. «De Rome. L'audience du prince de Monaco a roulé sur le dernier arrêt du Parlement de Paris dont le Saint-Siège se trouve fort offensé» (Nouvelles extraordinaires).

Du 4 au 14 octobre. Fénelon séjourne au Cateau-Cambrésis et y reçoit la duchesse de Mortemart dont le départ est mentionné le 15 : elle avait été menée au relais de Guise.

10 octobre. «De Rome. Les cardinaux du Palais tiennent encore de fréquentes conférences entre eux sur certaines clauses de l'arrêt du Parlement... Mais on n'apprend point que l'on ait encore pris aucune résolution finale là dessus» (Nouvelles extraordinaires).

13 octobre. Le prince de Monaco au Roi: «Il n'est pas croyable avec quelle ardeur le cardinal Ottobon s'efforce d'animer les cardinaux du Palais contre la protestation faite par M. Daguesseau... C'est lui seul qui l'a fait traduire en latin et en italien, qui en a donné des copies aux cardinaux... et qui marque dans cette occasion une animosité particulière contre la France» (f. Rome, t. 393, ff. 234 sq.).

15 octobre. Fénelon dîne à Premont.

16 octobre. Il revient à Cambrai pour y passer l'hiver. 19 octobre. Le P. Roslet au cardinal de Bouillon. Reçu le jour même pendant une heure par le cardinal Albani, il lui a répété qu'on fait de lui le res-

ponsable des murmures contre l'arrêt du Parlement : il était en tout cas

l'auteur du «bref, dont seul la France avait sujet de se plaindre. Il m'a répondu qu'il recevait très bien tout mon discours et qu'il n'avait point

du tout apprécié l'avis de porter l'arrêt au Saint-Office. Tout au plus on pourrait faire au Roi une humble remontrance sur la procédure de ses officiers... qui s'étaient servis de certaines expressions dures dont S.M. ne s'est point servie..., mais qu'il jugeait plus à propos de garder le silence... Cet entretien confirme ce que V.A.S. a très judicieusement pensé qu'on ne fera rien que murmurer contre l'arrêt, et qu'il ne sera pas nécessaire d'en parler à Sa Sainteté» (f. Rome, t. 396, ff. 371 sq.).

20 octobre. Le C. de Bouillon à Louis XIV: Il ne s'est rien fait ni dit ici sur la harangue de l'avocat général qui n'ait été pratiqué dans une infinité d'autres occasions sans que les prédécesseurs de Sa Sainteté y aient donné suite. « Je ne lui ai pas laissé ignorer, non plus qu'aux cardinaux du Saint-Office, que l'avocat général avait été plus modéré que les discours faits par les archevêques dans leurs assemblées provinciales... approuvés par tous leurs suffragants sans en excepter un seul» (f. Rome, t. 402, ff. 147-149).

«De Rome, le 24 octobre... Il se tient encore au Quirinal de fréquentes congrégations d'Etat sur l'arrêt du Parlement de Paris pour l'enregistrement du bref du Pape... On crie fort contre le plaidoyer de l'avocat générai, et contre les procès-verbaux des assemblées provinciales. Un jésuite qui va souvent à l'audience du S. Père, lui délivra il y a quelques jours une lettre venue de France contre ce plaidoyer, laquelle on soupçonne avoir été écrite par un jésuite de la Cour. Après la lecture de cette lettre, Innocent XII prit feu : il paraît depuis fort indigné contre ce plaidoyer; et l'on assure qu'il l'a mis à l'examen de la Congrégation du S. Office» (Nouvelles extraordinaires, 17 novembre 1699).

27 octobre. Le prince de Monaco à Louis XIV. «Dans l'audience qu'il lui a accordée, Innocent XII n'a pas ouvert la bouche sur le réquisitoire de Daguesseau. Suivant l'opinion commune qu'on a ici, S.S. se contentera de faire parler à V.M. par le nonce Delfin des termes dont s'est servi M. Daguesseau, sans rien faire de plus et sans s'arrêter à toutes les sollicitations qui lui avaient été faites au contraire par les esprits brouillons» (f. Rome, t. 393, ff. 252 sq.).

31 octobre. Le soir, le marquis d'Estourmel et son laquais sont les hôtes de Fénelon.

«De Rome le 31 octobre... Sa Sainteté accorda [jeudi 29 au cardinal de Bouillon] une longue audience sur quelques dépêches extraordinaires qu'il avait reçues de la Cour de France. Quoique le contenu en soit secret, le public ne laisse pas de se persuader qu'elles concernent les plaintes de cette Cour contre toutes les observations faites dans l'arrêt d'enregistrement du bref de Sa Sainteté qui condamne le livre de l'archevêque de Cambrai, et dans le plaidoyer de M. l'avocat général d'Aguesseau, sur les conclusions duquel il a été rendu; et les plus éclairés doutent en même temps que tout le bruit qu'on en fait ici puisse engager la Cour de France à y apporter quelque adoucissement» (Histoire journalière,

280 CHRONOLOGIE

23 novembre 1699, repris dans le Mercure historique et politique de décembre 1699, pp. 593 sq.).

Octobre 1699. A l'occasion du Paité historique de P. Jurieu, les Nouvelles de la République des Lettres (pp. 444-447) dénoncent la «lâcheté» du clergé de France. Jurieu «en trouve aussi dans la rétractation de l'archevêque de Cambrai, de même que peu de sincérité».

Novembre

1" novembre. Avviso de Mgr Giori transmis par M. de Monaco: l'examen de l'Arrêt est remis aux trois cardinaux du Palais avec l'aide de l'assesseur du Saint-Office, Sperelli. A la congrégation, le cardinal Albani a parlé «più da bestia che da uomo», réclamant que toute l'affaire fût remise à la congrégation complète qui avait été consultée pour l'envoi du Motu proprio (f. Rome, t. 394).

2 novembre. Barbezieux communique à Du Gué de Bagnols une lettre de Fénelon, par laquelle celui-ci «a donné avis du mauvais usage que l'on avait fait du tableau des armes du Roi qui était au dessus de la porte du bureau des traites du Casteau Cambrésis». Le ministre redemande, le 9, des informations à l'intendant. Les armes auraient été enlevées par malveillance, mais on ne trouva pas de preuves contre les prévenus, qui furent relâchés en juillet 1700 (Service hist. Armée, AI. 1448, ff. 23r° et 101r°; 2e partie, f. 96r° ; 1549, f. 106).

5 novembre. Louis XIV au prince de Monaco. «Il paraît que le C. Ottobon a tenté inutilement d'animer le Pape au sujet du discours du sieur Daguesseau». Mais «je suis persuadé qu'il ne sera plus parlé de cette affaire» (f. Rome, t. 393, f. 239).

7 novembre. «Villiers a été à Valenciennes avec M. le marquis d'Estourmel», puis il l'a conduit à Bugny. Le Noir a mené le prieur des carmes à Douai (A.D. Nord, 3 G. 1665*).

12 novembre. Louis XIV au prince de Monaco. Du silence gardé par Sa Sainteté lors de son audience du 27 octobre, «il paraît qu'Elle a reconnu qu'il ne s'est rien fait de nouveau en cette occasion» (f Rome, t. 393,

f. 246).

Louis XIV au cardinal de Bouillon en réponse à sa lettre du 20 octobre. Il ne craint pas de «démarche d'éclat» du Pape contre le Parlement. Daguesseau n'a usé que de termes modérés. «Je ne suis point entré dans ce détail, je ne juge pas aussi qu'il convient que j'en parle au Nonce en particulier... J'approuve ce que vous avez fait connaître sur ce sujet dans la congrégation où vous vous êtes trouvé» (ibid., t. 402, f. 159).

16 novembre. Le comte d'Oisy, sa femme et autres de leur suite sont les invités de Fénelon.

18 novembre. Il reçoit le comte de Montberon, MM. Brulé et Torillon.

20 novembre. Un homme va chercher le curé de Clary par ordre de Fénelon. 22 novembre. Fénelon a pour hôtes Mme Voysin et sa suite et M. le prévôt. Il fait conduire Mme Voysin à Flines (?).

30 novembre. Il reçoit le comte de Sars et MM. ses fils.

Novembre. Le Parlement a passé par dessus les formalités et M. Daguesseau

CHRONOLOGIE 281

dans la même place que M. Talon a parlé d'un ton et d'un style directement opposé (H.O.S., p. 518).

«L'arrêt du Parlement de Paris sur le livre de l'archevêque de Cambrai a plus alarmé la Cour de Rome qu'on n'avait dit (p. 361). Le Pape n'eut pas plus tôt lu cet arrêt, et le discours de M. Daguesseau, qu'il dit hautement qu'il trouvait très mauvais qu'on n'eût pas imité en France la soumission pleine et entière de cet archevêque, puisqu'on l'a approuvée et louée, et qu'on ait mis des restrictions à la plénitude de sa puissance apostolique, en vertu de laquelle il se croit en droit de prononcer de son propre mouvement dans le cas dont il s'agissait, ce qui néanmoins lui est contesté par l'Eglise Gallicane. Les cardinaux Spada, Panciatici et Albani s'assemblèrent d'abord par son ordre pour délibérer sur cet incident. On fit ensuite examiner la chose dans une congrégation du S. Office, et on a tenu à ce sujet diverses congrégations d'Etat. Le prince de Monaco a travaillé avec les cardinaux de sa faction pour empêcher que ce mécontentement n'ait aucune suite et pour porter le S. Père par de bonnes paroles à se contenter d'une chose qu'on n'a pas dessein de changer à Paris, et l'on disait déjà que ces clauses étant ordinaires, et n'ayant pas empêché que le Pape n'ait eu la satisfaction qu'il souhaitait, le Pontife ne dirait rien. Cependant on a appris par les dernières lettres de Rome qu'on crie plus que jamais contre le discours de M. Dagues-seau, et qu'on n'épargne pas non plus les Procès Verbaux des assemblées provinciales. Ce qui a mis le Pape de mauvaise humeur sur cette affaire, est une lettre écrite de France, au sujet du plaidoyer de l'Avocat général, qu'on suppose être d'un jésuite de Cour: au moins fut-elle portée au Pape par un jésuite qui va souvent à l'audience de Sa Sainteté» (Mer'. hist. et pol., pp. 478-479).

Décembre

1" décembre. Fénelon a pour invités à son souper l'abbé de Carignan et son valet que Picard était allé chercher à Tournai.

M. de Monaco à Louis XIV: «Il est très certain que le C. Ottoboni

secondé encore par quelques autres cardinaux zelants a fait tous ses

efforts pour... porter le Pape à prendre quelque résolution désagréable au sujet des discours... de M. Daguesseau... Mais toutes ces tentatives ont heureusement été inutiles et, comme la maladie du Saint-Père est survenue du depuis, il n'en a pas été parlé» (f. Rome, t. 394, f. 140).

2 décembre. Fénelon reçoit Mgr d'Arras, MM. de Pommereuil, d'Avrincourt, l'abbé de Carignan, Despuchses (?), de Franqueville et toute la suite de ces Messieurs.

3 décembre. Le maître d'hôtel ne mentionne plus que MM. d'Arras, de Pommereuil et leur suite.

4 décembre. Fénelon a invité Mme de Bagnols et toute sa suite.

7 décembre. L'abbé de Langeron se trouve au palais archiépiscopal.

8 décembre. Fénelon offre un souper à M. Voysin.

M. de Monaco à Louis XIV. «Il y a déjà quelque temps que l'on ne

parle plus... du discours prononcé par M. Daguesseau, et comme ce ne

1699 1699

282 CHRONOLOGIE 1699 1700 CHRONOLOGIE 283

peut être l'intention de V.M. que cette affaire soit remise sur le tapis, je crois qu'il n'y a rien de mieux que de n'en rien dire» (f. Rome, t. 394,

p. 151).

13 décembre. Les gens de M. Habert (ou Hébert?) mangent chez Fénelon. 20 décembre. Les gens de M. Depuchses (?) sont mentionnés par le maître d'hôtel.

M. Tronson à l'évêque d'Arras (Sève de Rochechouart): «Je n'ai point d'autre sentiment sur les propositions enseignées dans votre diocèse touchant la révélation que ceux que Mgr de Cambrai vous témoigne dans sa réponse. Je ne crois pas que les docteurs que vous ferez consulter vous puissent donner des avis plus prudents et plus justes» (A.S.S., f Tronson, ms. 34, p. 299).

Barbezieux à Du Gué de Bagnols: «Je vous adresse une lettre de Mons. l'archevêquè de Cambray sur le contenu de laquelle je vous supplie de me mander votre avis en me la renvoyant pour en rendre compte au Roi. Je suis...» (Serv. hist. Armée, AI. 1448, 2e p., f. 110r°).

24 décembre. Fénelon a fait mener M. de Carignan à Tournai.

25 décembre. Fénelon a pour hôtes MM. du chapitre, les enfants de choeur,

M. de Ximenez et autres officiers.

26 décembre. Fénelon a invité Monsieur et Madame de Montberon et leur petite-fille Mile de Souastre.

27 décembre. Mention d'un séjour que Fénelon a fait à Vaucelles.

Signé ici de Deschamps et de Monvoisin, le Journal du maître d'hôtel s'arrête au 12 février 1700.

Décembre. M. de Monaco au maréchal de Noailles. «On a mis M. le C. de Bouillon entièrement dans le secret du conclave... assurément ce cardinal n'est pas mal servi dans le ministère, et je m'en aperçois de plus en plus avec étonnement par rapport à la conduite qu'il a tenue en cette cour, sur tout ce qui n'était pas agréable à la nôtre» (RAvAissoN, t. IX,

p. 92).

Décembre. «On débite à Paris que le plaidoyer de M. d'Aguesseau... a été mis à l'Index expurgatoire et que l'on en a été fort malcontent à Rome» (H.O.S., p. 545).

Janvier 1700

Vendredi 1" janvier. Fénelon reçoit trois invités.

Vendredi 1" ou mercredi 6. «Le Pape dans le fort de sa maladie et dans le temps qu'il n'était pas sans scrupule sur la conduite qu'il avait tenue dans l'affaire de M. de Cambrai... par rapport à sa personne, avait jeté des mots très forts, qui pouvaient faire croire qu'il avait l'intention de le nommer pour un des deux cardinaux qu'il avait réservés in petto... Au noviciat des jésuites... je dis au prince Baldigani... que Sa Sainteté ferait une chose infiniment préjudiciable à l'Eglise, si elle avait dessein de promouvoir cet archevêque au cardinalat et que... tant que V.M. ne jugerait pas lui devoir procurer cette dignité, S.S. ne pourrait rien faire de plus contraire aux intérêts de l'Eglise» (Bouillon à Louis XIV, 6 avril 1700, DELPLANQUE, Appendice, p. 38).

7 janvier. Fénelon reçoit M., Mme de Montberon et leur famille.

janvier. Il a pour hôte le doyen de Franqueville.

11 janvier. Il retient M. Hébert et son laquais à souper.

12 janvier. «M. de Bagnols et M. de Montbron à dîner ce jourd'hui. M. de Premont à souper et M. son fils. »

13 janvier. Fénelon a pour hôtes le comte de Souastre, son frère le religieux et un autre.

14 janvier. Il reçoit le marquis de Warignies et d'autres.

21 janvier. Fénelon a à sa table MM. d'Arras, Bignon, de Montberon, de Souastre, d'Estourmel et son fils, M. le Prévôt, les officiers de ces Messieurs et leurs laquais.

22 janvier. Sont encore présents le marquis d'Estourmel et son fils.

23 janvier. Parti le matin, le marquis d'Estourmel a été reconduit par les soins de l'archevêque.

24 janvier. «J'ai reçu du sieur Baralle par les mains d'Angaigne les sommes suivantes, savoir celle de six cents écus neufs valant deux mille cent trente livres de France, et celle de cent cinquante louis d'or, valant deux mille soixante deux livres dix sols, dont je tiendrai compte au sieur Baralle sur sa recette. Fait à Cambray le 24 janvier 1700. Vu. Fr. Arch. Duc de Cambray. » (Sur le même reçu figurent la somme globale, en chiffres, et les deux sommes suivantes : «monnaie de France : 4192 livres 10 sols; monnaie des Pays-Bas: 3354 florins») (A.D. Nord, ms. 284, pièce 255).

«A Pierrot, palefrenier ayant été à Condé.»

27 janvier. Fénelon fait donner un écu au cocher de M. de Clermond.

29 janvier. «J'ai reçu du sieur Baralle la somme de quatre mille livres de France sur sa recette du Casteau, dont je promets lui tenir compte. Fait à Cambray, le 29 janvier 1700. Fr. Arch. Duc de Cambray» (l'équivalence est indiquée: 3200 florins) (A.D. Nord, ms. 284, pièce 256).

Février

5 février. Donné à un homme qui a apporté des paquets de Paris de la part de M"" la soeur de l'abbé de Beaumont.

7 février. A un palefrenier ayant été à Arras.

14 février. «J'ai reçu d'Angaigne six cent soixante quinze livres de France, dont je lui tiendrai compte sur ce qu'il a reçu au Casteau, et que je lui ai redonnés au même moment pour la dépense journalière de la maison dans la fonction de Me d'hôtel. Fait à Cambray, le 14 février 1700. Fr. Arch. Duc de Cambray. » (Cette signature est rayée de trois traits obliques, qui semblent de la même encre. On lit, en haut du document, à gauche : «Employé au compte rendu par le sr Angaigne arrêté le 8 avril 1700 avec celle du 24 janvier 1700, faisant ensemble 1293 livres 15 sols») (A.D. Nord, ms. 254, pièce 257).

Mars

25 mars. «J'ai reçu du sr Baralle par les mains d'Angaigne sur le compte dudit sieur Baralle pour sa recette la somme de seize cent vingt cinq

Mai

284 CHRONOLOGIE 1700

livres de France. Fait à Cambray, le 25 mars 1700. Vu. Fr. Arch. Duc de Cambray. (Bon pour 1300 florins)» (ibid., pièce 258).

28 mars. «Je prie M. Le Rond de fournir à M. Maès l'argent qui sera nécessaire, pour une affaire que nous avons à Namur, et je le lui tiendrai en compte sur sa recette. Fait à Cambray, le 28 mars 1700. Vu. Fr. Arch. Duc de Cambray» (en note: 134 florins 12 patards) (ibid., pièce 259).

Mars. «Je ne sais s'il est vrai qu'on ait mis à Rome à l'Index le discours de M. d'Aguesseau, avocat général, au sujet de l'enregistrement de la bulle du Pape sur la condamnation du livre de M. de Cambrai. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on n'en a pas été content à la cour de Sa Sainteté» (Nouvelles de la Rép. des Lettres, mars 1700, p. 353).

«Au reste il n'est pas vrai que le plaidoyer de M. l'avocat général d'Aguesseau ait été mis à l'Index expurgatoire, comme on l'a écrit de Paris. Je sais de bonne part que cela n'est pas» (1/.0.S., mars 1700, p. 130).

1700

7 mai. «Je tiendrai compte au sieur Le Rond mon receveur de Mons, de cinquante florins qu'il a donnés au sieur Provanchères par mon ordre. Fait à Mons, le 7 mai 1700. Vu... Fr. Arch. Duc de Cambray» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 60).

28 mai. Fénelon est à Mons.

Juin

9 juin. L'Assemblée du clergé désigne une commission chargée de dresser un procès-verbal de ce qui s'était passé à Rome dans l'affaire des Maximes des Saints. Bossuet présente son rapport les 22 et 23 juillet. Le 11 juin, l'archevêque de Reims avait nommé Fénelon dans la harangue qu'il avait prononcée devant Louis XIV (BoisLIsLE, t. VII, pp. 155-162).

Juillet

Avril

2 avril. Monitoire de Fénelon aux curés et vicaires de son diocèse contre les voleurs des bijoux de Notre-Dame de Grâces à l'église métropolitaine la nuit du 16 au 17 mars 1700 (A.D. Nord, 7 G. 554).

26 avril. «Je reconnais devoir, et promets payer dans le terme de dix huit mois au sieur Deschamps ci-devant mon intendant la somme de mille livres de France, que je lui reste à payer sur le prix des meubles à lui appartenants qu'il m'a vendus, et qu'il m'a laissés à Cambray. Fait à Cambray, le 26 avril 1700. Fr. Arch. Duc de Cambray» (au dos» «Pour acquit, le 2 juillet 1704. Vu Deschamps» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 260).

Tout indique donc que Fénelon et Deschamps étaient en bons termes

quand ils se séparèrent. Cependant le P. Léonard rapporte que «vers le

commencement de 1700, Fénelon étant mécontent de la conduite de son

intendant résolut de le changer et en écrivait ici à un de ses amis et de

lui chercher un honnête homme. Il lui a envoyé un nommé Mr Burreau,

neveu du docteur [voir sur le docteur Pierre Bureau exilé en octobre 1687

pour quiétisme et ultramontanisme, supra, t. III, p. 183 et notre Louis

XIV contre Innocent XI, 1949, p. 61 n.]. Il lui donne 120011. d'appointements, logé, nourri, chaise roulante etc. avec défense de prendre rien pour les baux etc., pots de vin etc. / Pasl. /» (A.N., L. 729, 1, pièce 137). Maximilien-Joseph Bureau ne figure pas dans la correspondance de Fénelon, mais l'indication du P. Léonard n'en est pas moins exacte, car il joua comme chanoine, puis comme grand-ministre, un rôle capital dans la gestion du temporel du chapitre de Saint-Géry entre le début du siècle et sa mort (1732). Cf. A.D. Nord, 7 G. 34, 648, 649*, 729, 2503*-2504*, 2591*, 2805*-2810*, 3168* et BOREL D'HAUTERIVE, t. I, p. 97, n° 113.

30 avril. Fénelon se trouve à Mons.

ler juillet. Fénelon écrit à Langeron du Cateau-Cambrésis; mais il est à Cambrai le 20.

22 juillet. L'autographe de Fénelon concernant la prébende du curé d'Avesnes est daté du Cateau.

26 juillet. Fénelon écrit du Cateau à Mme de Montberon, mais le 28 il a regagné Cambrai.

Août

15 août. Il annonce à la même correspondante: «Je partirai dans peu de jours pour aller faire des visites de paroisses vers Bruxelles et je n'en reviendrai que pour l'hiver. » Il est encore à Cambrai le 4 septembre.

«De Bruxelles, le 18 août. La bulle du Pape qui défend le livre de M. l'archevêque de Cambrai a été publiée dans la châtellenie de Courtray» (Gazette de Hollande, Amsterdam, 23 août 1700).

Septembre

«De Bruxelles, le 15 septembre. L'archevêque de Cambrai est arrivé à Valenciennes, d'où il devait se rendre à Ath hier ou avant-hier» (ibid., 20 septembre 1700).

22 septembre. Fénelon écrit d'Ath en Hainaut au cardinal Gabrielli.

«De Bruxelles, le 29 septembre. L'archevêque de Cambrai arriva dimanche [le 26] à Gand, où il prit son logement au palais de l'évêque. Le lendemain il reçut les compliments de plusieurs personnes distinguées, et hier il partit pour Lessines» (ibid., 4 octobre 1700).

286 CHRONOLOGIE 1700

30 septembre. Fénelon signe à Lessines (au N. N-E. d'Ath) son second mandement pour la condamnation des Maximes des Saints et l'envoie à Barbezieux (O.E, t. III, p. 419 - Catalogue de la belle collection d'autographes L[aroche]-L[acarelle], Charavay, 1846, n. 257).

Octobre

«De Bruxelles, le 13 octobre. L'archevêque de Cambrai arriva ici avant-hier,

où il a rendu visite à l'internonce et à l'archevêque de Malines» (Gazette

de Hollande, Amsterdam, 18 octobre 1700). Il est à Mons le 25 octobre. 30 octobre. Retour de Fénelon à Cambrai (cf. sa lettre du 31).

Octobre? Les Etats du Hainaut réunis à Mons ayant, les 1 et 2 octobre, demandé l'établissement d'un séminaire pour les sujets du diocèse de Cambrai de domination espagnole, Fénelon adresse à l'Electeur Maximilien de Bavière un mémoire réfutant leur argumentation (O.E, t. VIII, pp. 392-394).

Novembre

20 novembre. Fénelon écrit à Bernières : «Je suis revenu si tard du Hainaut espagnol, et avec un équipage si fatigué de mes visites, que je n'ai pu passer par Maubeuge.»

Ordonnance de Fénelon portant règlement sur les impôts et sur la répartition des amendes (A.M., Cateau-Cambrésis).

Décembre

9 décembre. «Je déclare avoir reçu des mains de M. de Parfonval, notre grand bailli, la somme de trois cents florins, qu'il a touchés sur les payements de droits seigneuriaux, et dont je promets lui tenir compte. Fait à Cambray, le 9 décembre 1700, Fr. Arch. Duc de Cambray» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 261).

20 décembre. «Compte et renseignement qu'à très haut et puissant prince messire François de Salignac de la Motte Fénelon... rend son très humble serviteur Ladislas de Baralle, en qualité d'héritier universel d'Henry Antoine de Baralle, vivant receveur de la ville et châtellenie du Chastel en Cambrésis, des sommes par lui reçues pour extinction et remboursement des rentes dues à l'archevêché, comme aussi d'autres sommes dont n'a été fait recette par le compte par lui rendu, et arrêté le 20 décembre 1700» (suivent cinq pages de comptes) (A.D. Nord, ms. 284, pièce 133).

21 décembre. Pour les religieux de Saint-André du Cateau-Cambrésis. «Il est nécessaire, avant de signer la transaction, de présenter le texte à des habiles et experts jurisconsultes, afin d'agir selon le droit. Le prétendu contrat passé jusqu'ici est nul: or le sieur archevêque semble passer outre, notamment pour la ferme du tabac. Les religieux ordonnent de

1701

faire opposition de droit» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 165). Cf. supra, 6 juin et 25 août 1699.

Décembre? Fénelon bénit à Cambrai dom Joseph Havine (1654-1726), élu le 30 novembre abbé de Saint-Ghislain (à dix km. de Mons) («Annales de Saint-Ghislain», dans Annales du cercle... de Mons, t. 26, 1896-1897, p. 334).

Mars 1701

21 mars. «J'ai reçu de M. de Parfonval notre grand bailli de Cambray, la somme de trois mille florins, qu'il a touchés pour moi des exécuteurs testamentaires de feu M. du Beliau (ou Belian?) pour les droits seigneuriaux d'une terre de sa succession. De quoi je décharge ledit Sieur de Parfonval. Fait à Cambray, le 21 mars 1701. Fr. Arch. Duc de Cambray» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 262).

Avril

4 avril. Fénelon annonce à Blainville: «J'irai recommencer mes visites au delà de Mons, dès que la saison sera un peu adoucie.»

«Avril 1701. Il paraît une édition nouvelle du livre de M. de Fenelon, arch. de C., intitulé De la solide piété, augmenté de beaucoup, imprimé en Hollande. / Cli. » (Papiers du P. Léonard, A.N., M. 767 (3), p. 22).

Mai

6 mai. Fénelon à M"" de Montberon : «Il faut que je parte de bonne heure, Madame, pour aller dire la messe à Saulsoir» (paroisse située sur la Selle, à 20 km. de Cambrai) «où je vais faire la visite en passant». Le lendemain, à Valenciennes, il ajoute: «Je ne compte point m'arrêter à Mons et je vais droit à Saint-Denis [en Brocqueroy, abbaye de bénédictins proche de Mons]. La mission ne peut commencer à Binch [Binche, à l'extrémité orientale du diocèse, à 16 km. au delà de Mons] que le jour de la Pentecôte [15 mai], ce qui me donne une semaine pour la visite des environs de Saint-Denis et pour aller à Enghien [au Nord-Est du diocèse] voir Mme la duchesse d'Aremberg.» Et il invite (sans grand espoir) Mme de Montberon au «désert» où il se délassera le soir.

15 mai. De Binche, il rappelle la lettre qu'il a écrite le 7: il a passé à Saint-Denis «toute la semaine qui vient de finir». Il ajoute: «Me voilà fixé pour une dizaine de jours. Je compte qu'après la fête du Saint-Sacrement [26 mai] je pourrai aller vers Maubeuge. De là, je me rapprocherai insensiblement de Cambray. »

22 mai. «jour de la Trinité, Mgr de Fénelon... a fait la visite de notre église et a confirmé» deux enfants (Registres de Sars-la-Bussière, 8 km SSE de Binche).

288 CHRONOLOGIE 1701

Juin

Avant le 10 juin, Fénelon est de retour à Cambrai.

Le 16 juin, il tient le concours, et prêche à Cambrai les 26 juin et 3 juillet.

Juillet

17 juillet. Fénelon annonce qu'il ira au Quesnoy ou même à Maubeuge pour y traiter la question des bénéficiers du diocèse.

26 juillet. Il précise qu'il sera le 28 au Quesnoy et qu'il passera à Vendegies en attendant de pouvoir aller au Cateau (cf. déjà sa lettre du 10 juin 1701 puis celle du 5 août 1701).

«Juillet 1701. Il paraît un libelle intitulé L'ombre de M. de Chasteauneuf ministre [en marge: il n'était pas ministre] et secrétaire d'Etat, à Mgr l'archevêque de Cambray touchant le quiétisme et les intrigues de la cour de France. A Cologne, 1701, in 12°, pages 55. On m'a dit que c'était un méchant livre, plein de calomnies contre les gens de la Cour. Il attaque

M. Bossuet, évêque de Meaux, Mad. de Maintenon etc. / Lesp.» (Papiers du P. Léonard, A.N., M. 767, 3, p. 34). Nous n'en connaissons pas d'exemplaire.

Août

1" août. De Cambrai, Fénelon écrit à Mme de Montberon: «Je compte que j'irai mercredi [3 août] au Cateau et de là à [Vendegies] » pour rencontrer sa correspondante. Voir déjà les lettres des 10 juin et 11 juillet 1701.

5 août. Fénelon écrit du Cateau-Cambrésis à Mme de Montberon qu'il «compte aller aujourd'hui à [Vendegies?]» et qu'il y arrivera «au sortir du dîner» de sa correspondante, qu'il invite à venir le voir le lendemain. Il écrit de nouveau le 7 du Cateau et le 14 de Cambrai.

Septembre

8 septembre. Fénelon assiste à la grande procession à Notre-Dame-la-Grande de Valenciennes (cf. 0.F., t. VI, p. 385 et Mercure Galant, octobre 1701, pp. 115-125). Il en part le 9 «quand la bonne compagnie doit arriver». Le 10 il est revenu à Cambrai «travailler à notre capitation... après laquelle je repartirai pour faire des visites jusqu'à la Toussaint». Le 18 il précise: «La capitation me retiendra ici jusque vers la fin de ce mois. Alors j'irai faire mes visites jusqu'à la Toussaint.» Le 27 il «se console des incertitudes et des longueurs qui le retiennent» à Cambrai «dans l'espérance» que Mme de Montberon y reviendra «peut-être avant son départ». Le 28, il assure au chanoine Robert qu'il «aurait bien voulu aller cette automne à Mons. Mais il faut que j'aille faire des visites du côté de Tournay», ville pour laquelle il ne lui fut pas possible de partir avant le 11 octobre.

1701 CHRONOLOGIE 289

Octobre

Le 16 octobre, Fénelon écrit de Tournai, le 19 d'Anvain[gJ (12 km. N. de Leuze). Il annonçait son intention de retourner prêcher le dimanche 23 à Tournai, d'où il adressait déjà une lettre à Beaumont le 22. Il en écrivait aussi des lettres les 26 et 31 octobre, y prêchait le jour de la Toussaint, et employait les deux jours suivants à la confirmation, aux visites des couvents de religieuses et à «certaines civilités à rendre». Il était de retour à Cambrai le vendredi 4 novembre.

Novembre

25 novembre. Fénelon réunit à Cambrai les représentants des communautés impliquées dans l'affaire des rentes du clergé de Hainaut.

Décembre

Le 3 décembre, Fénelon annonce à Chevreuse: «J'ai un engagement inévitable qui m'occupera cet hiver, outre diverses courses que je serai contraint de faire en divers endroits pour les besoins de mon diocèse.» Il doit s'agir principalement de la visite canonique de l'abbaye de Liessies (à 12 km. E. d'Avesnes).

17 décembre. Il approuve l'élection de Nicolas Payen comme abbé de Saint-André du Cateau, en présence de Lambert Picard promoteur (A.D. Nord, 3 G. 355). Le bruit avait couru que Fénelon y avait nommé un de ses neveux (P. Léonard, B.N., ms. fr. 19209, f. 32, du 27 novembre 1701).

18 décembre. Fénelon prévoit son départ de Cambrai «le lundi 26» pour arriver «à Liessies le mardi avant midi ». L'intendant vint l'y rejoindre le vendredi, ils passèrent deux jours ensemble, de sorte qu'il pouvait parler le 5 janvier 1702 d'un «voyage de huit jours»; il s'était arrêté aux portes de Landrecies (canton d'Avesnes, cf. sa lettre à Bernières du 6 janvier 1702).

Janvier 1702

Fénelon semble être resté à Cambrai jusqu'au début d'avril.

29 janvier. «J'ai reçu par les mains de M. Dubreuil pour Monseigneur la somme de mille francs en argent de France. A Cambray, ce 29e janvier 1702. Angaigne» (A.D. Nord, ms. 284, pièce 82, cf. la note sur Dubreuil à la fin de la lettre du 19 mai 1702).

Février

22 février. Fénelon annonce: «Je compte aller à Mons après Pâques.»

290 CHRONOLOGIE

1702

1702 CHRONOLOGIE 291

Avril

4 avril. Au palais épiscopal de Cambrai, deuxième réunion des délégués des

communautés assujetties aux rentes inféodées du clergé de Hainaut. 6 avril. L'archevêque écrit d'Oisy (cf. supra, lettre du 1" août 1701) à Mme

de Montberon.

26 avril. Fénelon rencontre le duc de Bourgogne. Le 27, il approuve l'élection de soeur Monique Figaut comme prieure des béguines de Cambrai (A.D. Nord, 161 H 4/4).

28 avril. Il quitte Cambrai jusqu'au 3 juin.

Juillet

8 juillet. Début d'un séjour à Cambrai de la duchesse de Mortemart.

12 juillet. Fénelon écrit à Mme de Montberon: «Si peu qu'il vous convienne que j'aille vous voir à Oisy, j'irai d'abord; sinon j'attendrai votre retour».

12 juillet. Fénelon accorde des lettres patentes portant union de la chapelle Saint-Jean et de l'église d'Esnes aux cures d'Esnes et de Selvigny (A.D. Nord, ms. 284).

Août

Mai

Fénelon se trouve à Valenciennes les 3 et 5 mai, le 6 et le 11 à Tournai dont il visite ensuite les villages voisins : le 13 mai il est à Vezon, le 16 à Perliez, le 18 et le 19 à Saint-Ghislain d'où il écrit à l'abbé de Beaumont : «Je vais demain coucher à Crespin, où je coucherai tous les soirs jusqu'à l'Ascension. Le jour de l'Ascension [25 mai], je bénirai ici l'abbé du Val... Après l'Ascension, j'irai à Bavay continuer mes visites du voisinage, et de là j'irai à Cambray.»

Le 22 mai, il confirme, dans l'église d'Hensies, «35 enfants de la paroisse» (Registres d'Hensies, cités dans Mémoires et publications de la Soc. des sciences... du Hainaut, t. IX, 1887, pp. 564 sq.).

Le 24 mai, à Angre, il confirme 32 enfants (Registres d'Angre, ibid.). Il revient à Crespin.

Le 25, à Saint-Ghislain, il bénit Bernard de Heest, abbé du Val des Ecoliers. Les 26, 27 et 28 mai, il écrit des lettres de Bavay où il reste jusqu'au mercredi matin 31 mai.

Le 29, à Roisin, il confirme 44 enfants de la paroisse (Registres de Roisin, ibid.)

Le 31 mai, il va «camper à Saint-Sauve, près de Valenciennes». Nous ignorons ensuite son itinéraire jusqu'au 3 juin, jour de son retour à Cambrai.

4 juin, Pentecôte. «Le concours le tient, depuis le matin jusqu'au soir, toute la semaine d'après la Pentecôte» (lettre du 28 mai).

21 juin. Contrat entre le Magistrat de Cambrai et le lazariste Louis Tillot au nom des supérieures des Filles de la Charité, pour « faire un établissement de deux Filles de la Charité». «Fénelon y prêta sans doute la main, mais n'intervint en aucune manière dans les actes officiels» (E. BOULY, Les soirées de l'abbé Tranchant, Cambrai, 1845, pp. 201-207); cependant il dut procéder peu après à la bénédiction de la maison de la Charité, où ses armes sculptées figurent toujours avec la date 1702.

1" août. Troisième assemblée des délégués de communautés au sujet des rentes du clergé de Hainaut.

20 août. L. a. s., de Fénelon à un destinataire inconnu (1 page in-4°, Catalogue de lettres autographes, Et. Charavay, Paris, 15 décembre 1877, p. 10, pièce 73).

Septembre

7 septembre. Seconde rencontre du duc de Bourgogne et de Fénelon à la poste de Cambrai.

Du 12 au 16 septembre, Fénelon est au Quesnoy, mais il annonce le 16 son retour à Cambrai pour le 22.

23 septembre. Fénelon procède à des ordinations (cf. A.D. Nord, ms. 284, pièce 244).

29 septembre. «J'ai reçu de Lienard mon receveur à Valenciennes la somme de 7000 fl. pour une lettre de change de pareille somme qu'il dit avoir reçu du sieur Le Rond, mon receveur de Mons, en déduction des sommes dues sur la recette de Mons. Fait à Valenciennes, Fr. Arch. Duc de Cambray» (Autographe, Bibliothèque de M. Tournoüer).

29 septembre. Fénelon écrit d'Haspres (canton de Bouchain, Nord) à Mme de Montberon: «Je ne puis arriver à Cambray que mercredi prochain [4 octobre]. Si vous pouvez vers ce temps-là dérober Mme la comtesse de Souastre à sa compagnie de Vendegies, j'en serai ravi».

Octobre

1" octobre. Fénelon écrit à Beaumont de Vendegies-sur-Ecaillon (lettre non retrouvée, cf. Rev. Hist. litt. Fr., 1933, p. 458).

4 octobre. Le chapitre métropolitain de Cambrai a reçu de Fénelon le «régal d'argent» d'une année échue au jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix: 1675 florins (A.D. Nord, ms. 284, pièce 53).

5 octobre. Fénelon date de Cambrai une lettre aux supérieurs des Missions Etrangères et du Cateau-Cambrésis une autre à Beauvillier (mais cette dernière pièce n'est connue que par Querbeuf).

292 CHRONOLOGIE 1702

22 octobre. Fénelon annonce qu'il ira dire la messe aux augustines de Prémy (à Cambrai) et il souhaite rencontrer le médecin Bourdon chez Mme de Montberon; «mais comme on dit que MM. de Magalotti et du Rencher arrivent ici ce matin, je ne puis compter que sur quelque heure vers le soir ».

27 octobre. Le chapitre métropolitain a reçu des mains de Bulloot, pour le «régal de blé» échu à la Toussaint 1701, 1135 florins (A.D. Nord, ms. 284, pièce 53).

Décembre

2 décembre. Fénelon écrit à Mme de Montberon: «Je voudrais bien vous aller voir, Madame... mais il faut que je confère avec le chapitre pour un procès, que j'expédie, que j'écrive des lettres, que j'examine un compte. »

Il délivre un certificat relatif au paiement du don gratuit par «tous les chapitres, abbayes, bénéfices et maisons pieuses dont le chef-lieu est situé dans le diocèse» (A.D. Nord, 3 G. 356, pièce 7853; publiée par VOISIN, Mémoires de la Soc. hist. et litt. de Tournai, t. IV, 1856, pp. 55-56).

Appendices

LA «MAISON» DÉ FÉNELON À CAMBRAI

Si Fénelon ne conservait que peu de traces de l'antique souveraineté qu'il attribuait aux archevêques de Cambrai, il lui restait pourtant vingt-quatre francs-fiefvés ou juges relevant non pas des curés mais de l'abbé de Saint-Aubert et, sur le plan judiciaire, de ses grands baillis de Cambrai, Claude de La Hamaide, mort le 23 mars 1700, puis Guillaume-Charles Coullon de Parfonval'. L'un d'eux, Maximilien d'Henault, ne figure que dans un procès matrimonial' et un autre, Jean Du Breuil, conserva ce titre et son fief de Sorval après sa rupture avec l'archevêque'. Mais presque tous les autres formaient l'entourage habituel de Fénelon, soit pour le spirituel (prévôt et doyen du chapitre, grands-vicaires, aumôniers, secrétaire), soit pour le temporel (officiers). Venaient ensuite les gens de service, de sorte que le Journal du Maître d'hôtel' fournit le chiffre de quarante-trois à quarante-neuf commensaux habituels.

En mettant à part le grand-bailli Parfonval, le premier officier laïc de Fénelon semble avoir été son intendant général, dont les fonctions furent d'abord exercées par Deschamps'. Il servit fidèlement l'archevêque jusqu'au 26 avril 1700, date à laquelle il lui vendit ses meubles6 et alla s'établir à Paris;

' Nous avons, entre 1700 et 1705, de nombreux reçus de sommes provenant des droits seigneuriaux de Fénelon qu'il remettait à son secrétaire Des Anges (A.D. Nord, 3 G. 36 — 3 G. 355, pièce 7796, 7797, 7819, 7823, 7825, 7826 — A.M. Cambrai, FF. 544, f. 83; GG. 133 p. 12). Il avait un parent au chapitre (B.M. Cambrai, ms. 1260, p. 16 bis).

A.D. Nord, 5 G. 387.

Cf. supra, lettre à Beaumont du 19 mai 1702, n. 12.

A.D. Nord, 3 G. 1664* et 1665*. Il n'est pas sans intérêt de recueillir les renseignements précis fournis le 16 septembre 1704 par l'abbé Ledieu après avoir passé une journée au palais de Fénelon: «Nous étions quatorze à table [au dîner] et le soir seize»: il n'y avait pas dans la salle de table plus petite. Tous les commensaux étaient les familiers et les amis de l'archevêque: ses neveux, secrétaires et aumôniers, avec un écuyer et ses amis MM. de l'Eschelle, de Laval et Lefèvre. Les gens de livrée étaient nombreux, mais il n'y avait pas de page, le prélat était servi par un laquais et parfois par l'officier lui-même. «Le maître d'hôtel me parut homme de bonne mine, entendu et autorisé... L'abbé de Beaumont soutenait la conversation», mais «aumôniers, secrétaires et écuyer parlèrent comme les autres fort librement»; seuls les jeunes neveux gardèrent le silence. Et Ledieu note comme une originalité que Fénelon faisait toujours manger les prêtres à sa table (Mémoires et Journal sur... Bossuet, éd. GuETrÉE, t. III, pp. 157-158).

Cf. sur lui la lettre du 25 novembre 1695, n. 8. On trouve souvent son visa dans le registre 3 G. 1665* pour l'année 1699.

Ils ne furent complètement payés que le 2 juillet 1704.

294 APPENDICES

mais il y resta en rapports étroits avec l'abbé de Langeron 7. Il eut sans doute pour successeur Bulloot ou Bullot, qui semble avoir appartenu à une famille d'avocats de Tournai'.

Non moins important était le rôle de Jean Du Breuil qui tenait le Journal des recettes et dépenses de l'archevêché' et auquel on voit donner le titre de receveur général du temporel' . Méridional, sans doute passé par Versailles, il vint à Cambrai avec Fénelon et fut chargé de missions de confiance, en particulier d'aller rejoindre Chantérac à Rome, à l'été 1698 " ; plus tard il reçut de Barcelone, Madrid, Versailles, Paris, Bruxelles, des lettres dont le contenu était évidemment destiné à Fénelon'''. Celui-ci jugea cependant nécessaire de se séparer de lui en 1702 et il mourut en 1708. Il fut remplacé par Louis-Charles Blondel qui avait auparavant occupé au palais épiscopal des fonctions subalternes ". Nous le voyons exercer, au moins jusqu'à la fin de 1713, sa charge de receveur général à laquelle Fénelon joignit d'autres missions de confiance '4.

Les activités du maître d'hôtel étaient mieux délimitées et nous avons beaucoup puisé dans le Journal du premier d'entre eux, Monvoisin (A.D. Nord, 3 G. 1664* et 1665*). Il arrêta ses comptes au 14 février 1700 et eut pour successeur Angaigne ou Langaigne (parfois même appelé Danguin) '5: si d'Argenson n'a pas commis de confusion, c'est la femme de celui-ci qui renseignait le lieutenant de police sur les démarches de Fénelon et les missions secrètes de son valet de chambre Adenet. Angaigne n'en était pas moins encore en fonctions les 26 octobre 1708 et 13 novembre 1708. Perrier lui succéda et fut le dernier maître d'hôtel de Fénelon 16.

Le maître d'hôtel avait sous ses ordres le reste de la domesticité ''. Une «décharge de la capitation» nous indique la composition de celle-ci: deux

' Cf. la lettre de Fénelon à Chevreuse du 13 novembre 1710, n. 23.

8 Voir les lettres des 18 septembre 1701, 16 mai 1702 et 30 mars 1704 — A.D. Nord, 3

G. 355, pièce 7803 (reçu du 14 juin 1702).

9 Pour la période 1695-1705, A.D. Nord, 3 G. 1842* à 1858*.

10 A.D. Nord, 3 G. 381.

" Cf. la lettre de Chantérac du 30 août 1698, supra, t. VIII, p. 145 — Château de Sorval, EE 24 et 25, Mémoires Soc. ém. Cambrai, t. LXXV, 1928, pp. 309-445, et XVIIe siècle, 1951-1952, p. 163.

'2 Ces lettres semblent s'arrêter à 1702, ce qu'explique sa rupture avec Fénelon (cf. supra, lettre du 19 mai 1702, n. 12).

.3 En juillet 1695, il était chef d'office (L'Intermédiaire des chercheurs, t. XXVI, p. 104). Si c'est bien lui qui devint receveur de l'Archevêché (A.M. Cambrai, FF. 542, f. 133), on voit mal qu'il puisse être dit en même temps «conseiller du Roi, contrôleur provincial de l'artillerie» (notice dans A.D. Nord, 3 G. 1859*).

" Il rendit les comptes de l'Archevêché de 1705 à 1728, A.D. Nord, 3 G. 1859* à 1907*. Voir aussi les lettres au marquis des 7 juillet 1710, 10 avril, 21 mai et Pr juin 1713; ces dernières traitent du procès «d'une extrême importance» que Blondel soutenait alors à Paris. Cf. A.D. Nord, 3 G. 1163, 12 juillet 1714, et 3 G. 355, pièce 7779.

" En 1700 il était receveur au Cateau. Voir sur sa femme, supra, t. III, pp. 213 sq. Cf. aussi t. V, p. 246.

16 A.S.S., pièce 605. Un Nicolas Angaigne était en 1713 maître d'hôtel du prince de Talmond (Bibi. de l'Assistance publique, Paris. ms. Hôtel-Dieu 1438, f. 95v0). " Voir la lettre de Fénelon à Beaumont du 3 mai 1702, n. 3.

APPENDICES 295

valets de chambre, un tapissier, un confiturier, un chef de cuisine, un cuisinier, deux cochers, deux postillons, quatre palefreniers, six laquais, un portier ". Nous connaissons les noms de certains d'entre eux : le valet de chambre Mathurin Adenet' , les «tapissiers» Barassy", puis Duchesne'', le maître-queux Mambrun dont la maladie provoque plusieurs lettres de Fénelon qui lui donna un certificat élogieux le 15 février 170322. Fénelon mentionne dans sa correspondance le menuisier Clocher", Phil. Delbuire24, Léger", Le Mulet". Nous ne pouvons préciser les attributions de Leduc, Montigny, Laroche, Marais, Clément, Daniel, Maillard" (nommés dans le Journal de Monvoisin), Le Breton". Villiers, Le Noir et Boulogne étaient cochers ou postillons".

Une liste dressée à la mort de Fénelon ne contient que les noms de Blondel, du pâtissier Lecoq, du laquais Desairs", d'Anthoine, Le Noir (cocher), Bigo (rôtisseur), Daniel (jardinier), André (jardinier de Monseigneur), Joseph (frotteur), Rotrou (laquais palefrenier du jeune marquis"). L'abbé de Chantérac, archidiacre, avait aussi un laquais périgourdin du nom de Guillaume de Rome".

'8 A.M. Cambrai, CC. 3.

19 Voir sur lui, supra, t. III, pp. 213 sq., t. V, p. 31 et A.D. Nord, 3 G. 1665* passim.

20 Lettres à Beaumont des 3 mai 1702, n. 4, 12 septembre 1702, n. 2, et 22 janvier 1704,

n 1

21 Lettres des 28 juin 1713, et 21 décembre 1714. A cette dernière date, Fénelon acceptait de garder Duchesne «quoiqu'il soit vieux, négligent et malpropre», mais il recommandait à son neveu le marquis de lui trouver discrètement un suppléant.

" Lettres à Beaumont des 6, 12 et 19 novembre 1701, cf. DELPLANQUE, pp. XIX, 133. On notera que, le 12 juillet 1714, Blondel logeait à Paris chez M. Mambrun, rue Saint-Antoine (A.D. Nord, 3 G. 1163). Cf. aussi les lettres des 20 juin 1710 et 16 décembre 1711 (n. 3.).

23 Lettres des 16 mai 1702 et 17 mai 1703.

24 Lettre du 30 novembre 1703.

23 Lettre du 26 novembre 1714.

26 Chevreuse à Fénelon, 27 novembre 1711.

" Le 12 juillet 1714, Des Anges remettait encore 600 livres à Maillard (A.D. Nord, 3 G.

1163).

28 3 G. 1665* à compléter par la lettre du 8 mars 1713.

29 Journal de Monvoisin, passim.

30 A.S.S., pièce 605; cf. lettre à Beaumont du 2 décembre 1714 à propos des équipages.

31 A.S.S., pièce 605.

32 A.M. Cambrai, GG. 47, p. 31.

Fénelon n'a jamais eu auprès de lui dans son palais épiscopal qu'un très petit nombre de ses frères ou neveux '. On doit évidemment faire une exception pour le «grand abbé» Léon ou Pantaléon de Beaumont (1660-1744) qui, privé le 2 juin 1698 de son emploi de sous-précepteur des enfants de France', trouva asile à Cambrai où sa présence est attestée le 19 décembre 16993. Mais il fallut la mort de J.J. de Beaurieu (3 février 1700) pour qu'il fût, grâce à la nomination de son oncle, reçu chanoine le 17 mai 1700. Archidiacre de Valenciennes le 2 avril 17084, il était en même temps grand vicaire chargé surtout du temporel, ce qui ne l'empêchait pas de faire d'assez fréquents séjours à Paris auprès de sa soeur Mme de Chevry, en particulier en octobre-novembre 1701, de septembre à novembre 1710, peut-être de mars à novembre 1712 et surtout à partir de mai 1714: après une cure à Bourbon-l'Archambault, des voyages dans le Sud-Ouest et un long séjour à Paris, l'abbé ne revint à Cambrai que pour trouver son oncle mourant'. Quant à Mme de Chevry, elle ne semble pas avoir été assez bien portante pour profiter des dispositions que Fénelon avait prises en 1713 pour la faire venir à Cambrai'.

D'autre part, sa belle-soeur et cousine germaine, Marie-Thérèse-Françoise, veuve en premières noces de Pierre de Laval, séjourna peut-être à Cambrai à l'automne de 1699, et en tout cas pendant l'été 1701'. Le 16 janvier 1713 il était encore question d'un rendez-vous entre l'archevêque et Mme de Fénelon au printemps suivant.

Mais la rareté des visites de parents adultes est compensée par le grand nombre d'enfants qui se trouvèrent, simultanément ou successivement, au palais archiépiscopal. Fénelon les appelait «la secte ambulante», les «ex

' Nous ne mentionnons que pour mémoire son parent et grand vicaire, Gabriel de Chantérac, de retour de Rome le 4 juillet 1699 (A.D. Nord, 3 G. 1664.) et devenu archidiacre de Brabant le 21 mai 1700: à l'exception de quelques semaines qu'un procès le força de passer à Paris (cf. sa lettre du ler septembre 1701), il semble avoir résidé constamment à Cambrai jusqu'à sa mort survenue le 20 août 1715 (B.M. de Cambrai, ms. 1260, pp. 109 et 203).

2 Cf. sur lui, notre tome I, p. 25, n. 16, et surtout t. III, lettres des 12 décembre 1685, n. 3 et 20 juillet 1694, n. 6.

3 A.D. Nord, 3 G. 1665*.

° B.M. Cambrai, ms. 1260, pp. 109 et 205. Doyen du chapitre le 13 décembre 1715, il démissionna le 3 juillet 1718 après sa nomination à l'évêché de Saintes (ibid., p. 108).

Voir en particulier les lettres de Fénelon des 8 octobre et 19 novembre 1701, 28 septem-

bre et 30 octobre 1710, 6 mai à décembre 1714. On notera qu'aucune lettre de lui ou à lui adressée n'est conservée entre le ler octobre 1705 et le 30 octobre 1710.

11 en est question dans les lettres de Fénelon au marquis des 29 juillet et 20 août 1713.

Cf. les lettres que Fénelon lui adressa les 30 juillet 1699 et 10 septembre 1701.

II

LA FAMILLE DE FÉNELON À CAMBRAI

298 APPENDICES

APPENDICES 299

bambins», les «non vénérables marmots», «la canailleuse race»'. La présence de «petits Messieurs» est attestée par le Journal du maître d'hôtel pendant les absences de Fénelon les 28, 29, 30 juin, 3 juillet, 14-15 juillet 1699, et le 26 octobre 1699 il mentionne que le laquais de MM. de Wignacourt a porté deux lièvres pour «MM. de Laval et de Fénelon »9. La lettre adressée le 15 août 1700 par l'archevêque à sa belle-soeur précise que le jeune G.A. de Laval, né le 21 octobre 1686, résidait encore au palais archiépiscopal mais que, malgré les leçons de l'abbé de La Templerie, ancien compagnon de Chantérac à Rome, il y perdait à peu près son temps. La lettre du 10 septembre 1701 prouve qu'elle avait repris Guy-André.

A part le fils de Mme de Chevry, «Chevrotin» ou « follet», filleul de l'archevêque, qui séjourna à Cambrai pendant les étés 1713 et 171410, Fénelon s'est surtout préoccupé de ses petits-neveux, fils de François III, aîné du nom. Il en a reçu six, tous ceux dont l'âge le permettait", mais les surnoms qu'il leur donne, parfois différents pour le même enfant, rendent certaines identifications malaisées.

Dès le 19 mai 1702, Fénelon évoque la vie que «Panta et la secte ambulante..., les jeunes péripatéticiens» mènent en son absence à Cambrai 12. L'abbé Ledieu qui les vit le 16 septembre 1704 nomme «l'abbé de Fénelon et son frère le jeune marquis, deux neveux de M. l'archevêque élevés auprès de lui» '3. Il semble que La Templerie fût particulièrement chargé de les surveiller.

I. Celui qui devait normalement devenir le chef de la famille, François, né en 1685 ou 1686, fut sans doute destiné à l'Eglise en raison de sa santé dont Fénelon écrira le 28 juin 1714 qu'elle «est toujours mal assurée». Il est probable qu'il avait fait des études plus ou moins poussées avant de rejoindre à Cambrai les «ex bambins» '4. Ce n'est d'ailleurs qu'à la date du 19 juin 1704 que les comptes de Bulloot mentionnent une dépense de 373 livres pour son costume et son trousseau '5. Dès le 29 octobre 1708, son oncle le nommait

' Expressions de ses lettres des 19, 28 mai, 12 et 16 septembre 1702. Le 17 mai 1703 Fénelon mentionne les «deux apprentis» immédiatement après avoir parlé de l'abbé de La Templerie et en mai 1705 il «embrasse les deux bambins».

9 A.D. Nord, 3 G. 1665*. Le 13 juillet 1699, apparaît la dépense d'un «jeu de l'arc pou, MM. de Laval et de Fénelon» (ibid., 3 G. 1664*).

Il en est question dans les lettres des 5, 20 août et 13 septembre 1713, 14, 23 et 25 juillet, 27 et 29 octobre 1714. L'enfant devait être né vers 1700: d'après la lettre du 15 mars 1714, il allait «être un acteur important» dans la représentaiton de Philotas au collège Louis-Le-Grand.

" Fénelon l'appelle le ler juin 1714 le «père de quatorze enfants», mais l'intéressé reconnaît dans son autobiographie (A.N., M. 538, n. 8) en avoir perdu un en nourrice. Si le Dr Ch. Lafon (Bull. Périgord, 1951, pp. 182-194) a réussi à en retrouver quatorze, c'est en comptant l'imaginaire Lobos. Lainé n'en avait signalé que treize (Archives généal. et hist. de la noblesse de France, t. IX, 1844).

12 Cf. supra, n. 8.

13 Mémoires et Journal sur... Bossuet, éd. GUETTÉE, Paris 1857, t. III, pp. 153-171.

14 Doit-on le reconnaître dans le «vénérable et subtil abbé» de la lettre du 16 mai 1702,

n. 17?

I' A.D. Nord, 3 G., 353, pièces 7757 A et B.

chanoine de sa cathédrale et écolâtre 16. A l'été de 1710, il entreprit, avec le congé du chapitre, un long voyage qui semble avoir duré jusqu'en décembre. Il passa par Tulle où l'évêque, André-Daniel Beaupoil de Saint-Aulaire, cousin de sa mère, aurait voulu le retenir «par excès d'amitié», mais il vit aussi ses parents à Manot et les Fénelon-Laval à Magnac''. Le 6 septembre 1712, il accompagna son oncle à Valenciennes; en juin et juillet 1713 il est en Artois chez les Souastre et, en juin 1714, on le voit avec son frère, l'étudiant du collège Louis-le-Grand, à Cambrai et à Valincour '8. Il prend lui-même la plume le 2 décembre 1714 pour faire revenir l'abbé de Beaumont qui s'attardait à Paris, et c'est aussi lui qui avertit l'abbé de Beaumont et le marquis de Fénelon de la dernière maladie de leur oncle". Il reçut le 21 mars 1719 de Beaumont l'archidiaconé de Valenciennes qu'il résigna en faveur de son jeune frère François-Barthélemy le 5 mai 172420. Il devint doyen du chapitre royal de Tarascon-sur-Rhône et archidiacre d'Avignon et mourut en 1754 âgé d'environ 69 ans 21.

Ces renseignements paraissent bien succincts. Ils sont notablement enrichis par ceux qui concernent Lobos, personnage mystérieux que le Dr. Ch. Lafon a été contraint de faire «mourir jeune»22. Or son identité ressort non seulement d'un bénéfice demandé à Tulle pour Lobos (lettres à Beaumont des 16 et 26 novembre 1714) tout comme pour l'écolâtre François (lettres des 25 octobre et 3 novembre 1710). Bien plus, l'archevêque annonce le 19 août 1710 au marquis: «J'attends des nouvelles de Paris pour mander à Lobos de revenir» et le 23 du même mois: «Nous allons faire revenir votre frère aîné»; dans les deux cas il est opposé au «petit abbé» François-Barthélemy. «Lobos» est très probablement le terme qui désigne les lépreux en grec tardif: l'aîné des jeunes Fénelon se soigna en effet aux eaux de Balaruc (Hérault) qui sont encore réputées pour les maladies de peau (voir la lettre au marquis du 14 mai 1713). Les jugements de Fénelon sur Lobos (ou Lobiche) nous donnent du caractère de celui-ci une idée nuancée. De faible santé, l'abbé de Fénelon est cependant apprécié ainsi de son grand-oncle: «Lobos a des choses excellentes. Il faut l'attendre, et le mener insensiblement: il a la bouche délicate »".

1' B.M. Cambrai, ms. 1260, pp. 108, 170, 214. Cf. Em. MASURE, «Les Ecolâtres de Cambrai », Société d'études de la province de Cambrai, Bu!!., t. 17, 1912, pp. 141 sqq.

" Voir les lettres de cette période et en particulier celles des 25 octobre, 8 novembre, 10 décembre 1710.

18 Lettres des 6 septembre 1712, 14 juin 1713, 1" juin et 12 juin 1714.

19 A. DELPLANQUE, Fénelon et ses amis, Paris, 1910, p. 222.

20 B.M. Cambrai, ms. 1260, pp. 108 et 170. B.N., f Périgord, t. 164, f. 133r°.

22 Bu!!. Périgord, 1951, p. 189.

23 21 mai 1713. Cf. aussi les lettres de Fénelon des 30 août, 16 octobre 1712, 28 juin et 12 juillet 1714.

300 APPENDICES

II. Le plus apprécié de l'archevêque fut Gabriel-Jacques' «le petit marquis »", l'espoir de la famille". Baptisé à Manot le 26 juillet 1688, il semble bien avoir été un des «petits Messieurs» qui jouaient à Cambrai dès 169926 et y être resté assez longtemps pour pouvoir faire dire par le Moreri qu'il avait «été élevé auprès de son grand-oncle». Cependant celui-ci regrettait le 19 juillet 1714 de ne pouvoir «donner» à un autre neveu «toutes les façons dont il aurait besoin. Vous savez, ajoutait-il au marquis, combien elles vous ont manqué céans à vous-même», d'autant que tout était à faire au sortir de Manot.

C'est sans doute en 1704 que Gabriel-Jacques quitta Cambrai pour entrer dans les mousquetaires". Le 12 décembre 1706, il recevait une commission de capitaine dans le régiment royal des cuirassiers où son parent le marquis César-Phébus de Bonneval était mestre de camp. Il servit en cette qualité sous Villars et Berwick à l'armée du Rhin. Par contrats des 10 août 1708 et 30 décembre 1708, son oncle Henri-Joseph de Fénelon et sa tante Angèle-Hippolyte de La Filolie lui fournirent les 50.000 livres" nécessaires pour acheter le régiment d'infanterie de Bigorre dont il fut nommé colonel le 9 mars 1709. Affecté à l'armée de Flandre, il fut grièvement blessé à la jambe lors de l'attaque du camp de Hordain (31 août 1711): la riche correspondance qu'il entretenait avec son oncle' est interrompue du 20 novembre 1710 au 10 août 1712, mais, à part deux séjours dans la «chambre grise» de l'archevêque, l'un de quelques semaines à l'automne 1712, l'autre pendant l'automne de 1713 et l'hiver suivant", elle reprit jusqu'à la mort de celui qui se considérait comme «son véritable père»". Entre de graves opérations et des séjours à Barèges le marquis de Fénelon participa d'ailleurs aux sièges du Quesnoy, Douai et Bouchain, préparant ainsi une brillante carrière militaire et diplomatique, prématurément interrompue le 11 octobre 1746 par un obus qui l'atteignit à la bataille de Raucoux alors qu'il était déjà ambassadeur à La Haye, chevalier des ordres et conseiller d'Etat d'épée".

" Son marquisat, de pure courtoisie, semble avoir accompagné en 1709 son grade de colonel. Cf. sur lui A.D. Gironde, 9 J. 114, p. 320 et notre t. I, p. 99.

2S Cf. la lettre à Mme de Laval du 14 septembre 1693, et surtout celle que Fénelon adressait au marquis le 11 janvier 1713: «Je suis vieux et éloigné. La famille ne peut avoir ni soutien ni espérance que par ton avancement dans le monde» et à l'abbé de Beaumont le 6 mai 1714: le marquis «a un vrai mérite, un bon coeur, du talent. Il peut faire honneur à la famille».

26 Cf. supra, n. 9.

" Voir sur sa carrière militaire B.N., f Périgord, t. 164, f. 132v° — A.D. Gironde, 9 J. 114 — PINARD, Chronologie historique militaire, t. V, pp. 244 sqq.

Cf. supra, notre t. 1, p. 98.

La première lettre de Fénelon conservée est du 7 janvier 1709.

Voir les lettres au marquis des 4 novembre, 6 décembre 1712, 13 septembre 1713 et 20 avril 1714.

" «Ton père selon la chair n'est pas autant ton père que moi» (lettre au marquis du 6 août 1713). Le marquis lui-même écrivait en 1731 à J.-B. Bossuet, évêque de Troyes: «Feu M. l'archevêque de Cambrai que je regarde comme mon père» (0.E, t. X, p. 54).

32 Cf. l'article que lui a consacré Joseph Durieux, Bull. hist. et philol., 1908.

APPENDICES 301

III. Brillante également fut la carrière de François-Barthélemy, né à Manot en 1691, le «joyeux Calas» de la lettre du 11 octobre 1701", qui fut

tonsuré en 1707 à Cambrai. L'année suivante, le «petit abbé de Salignac» (on

l'appelait ainsi pour le distinguer de son aîné l'abbé de Fénelon) fut confié à un jésuite, le P. Edouard de Vitry, que l'archevêque avait fait venir exprès

à Cambrai. mais le résultat ne fut pas excellent". Les lettres des 19 et 23 août 1710 nous apprennent que «l'abbé de Langeron et d'autres amis» avaient jugé que le jeune homme ferait plus de progrès au collège Louis-le-Grand. Il s'y trouvait le 10 décembre 1710 et les 18 mai 1712, 7 janvier 1714 et 12 mai 1714, dates auxquelles son oncle lui adressait d'importantes lettres pour le guider dans ses études, en particulier dans celle de la philosophie. D'août à octobre 1712 le petit abbé séjourna à Cambrai où son oncle le jugeait «très bon enfant »". Sa présence pendant les vacances est également attestée à partir du 1" juin 1714. Les 18 mai 1712 et 12 mai 1714, l'archevêque invitait ses professeurs, les Pères René Paullou et Manessier, à l'accompagner à Cambrai. Il se faisait d'ailleurs tenir au courant des progrès du petit abbé par le P. Lallemant, préfet, et mentionne aussi le Père Tournemine, sans parler de son répétiteur, un jeune ecclésiastique". Il lui donna le surnom de «profond, subtil, savant Scaliger» (lettres des 15 mars 1713, 1" et 12 juin 1714) et il invitait ses neveux présents à Paris à le faire «disputer» contre le «vieil abbé Lefèvre» (lettres des 13 et 15 mars 1713). Le 20 août 1713 son oncle avait néanmoins entendu dire qu'il «s'était fort relâché sur l'étude», mais le 31 décembre 1713 il apprenait que son «préfet en est véritablement content»; le 12 juin 1714 il était à Valincour avec l'abbé de Fénelon. François-Barthélemy n'avait pas fini ses études à la mort de l'archevêque, mais Chantérac lui avait donné en 1709 ses bénéfices de Rauzel, de Saint-Front et de Saint-Pierre de Douzens ; le 4 mai 1715, L. de Beaumont lui résigna le doyenné de Carennac et le prieuré de Saint-Céré, puis le 22 juin suivant le prieuré de Mézels. Le 5 mars 1724 son frère lui cédait l'archidiaconé de Valenciennes, et le souvenir de son oncle lui vaudra en 1730 l'abbaye de Saint-Martial de Pontoise et en octobre 1735 l'évêché de Pamiers qu'il conserva jusqu'à sa mort le 17 juin 1741".

IV. Fénelon fonda moins d'espoirs sur les plus jeunes des neveux qu'il connut à Cambrai. Ce fut d'abord le cas pour Henri-Joseph, né en 1694, qu'on fit sans doute entrer dans l'ordre de Malte puisque son oncle l'appelle «le grand chevalier» ou, plaisamment, «le petit connétable». Dès le 20 août 1709, il servait dans le régiment de son frère le marquis. Les lettres des 7 juillet, 19 août, 15 octobre 1710 multiplient à son égard les recommandations

" Rapprocher les lettres des 11 octobre 1701, n. 15, et 12 septembre 1702, n. 8, de celles des 13, 15 mars et 3 mai 1713.

"4 HILLENAAR, pp. 313-315.

" Lettres des 12 août, 16 et 18 octobre 1712.

30 Sur le P. Paullou, cf. la lettre du 10 août 1711, n. 5; sur le P. Manessier, celles des 7 janvier et 12 mai 1714; sur le P. Tournemine, celle du 27 avril 1705, et pour l'ecclésiastique payé 200 livres celle du 5 août 1713. Il est souvent question de «M. Colin», clé pour le P. Lallemant (cf. lettre du 12 mai 1709, n. 19).

" A.D. Gironde, 9 J. 114 — Bull. Périgord, 1951, pp. 187 sq.

2.

29

'o

302 APPENDICES

qui montrent quelque inquiétude. Ce «grand indolent» eut besoin d'être stimulé par l'application de son jeune frère arrivé au printemps de 1713 ; il montrait même à son égard quelque jalousie pour un habit donné au nouvel arrivant par l'archevêque (lettres des 19 avril et 21 mai 1713). Ce dernier écrit à son sujet le 5 mai 1714: «Notre grand chevalier est parti ce matin... Il m'a paru touché et avoir envie de bien faire... Dieu veuille qu'il surmonte sa timidité et son inapplication !... Je le croirais à Barège» (avec le marquis) «mieux qu'à Manot». Les lettres des 12 juin et 28 juin, 5 et 12 juillet 1714 prouvent qu'il accompagnait le marquis qui se voyait recommander à cette dernière date: «Occupez-le pendant quelque heure; qu'il s'amuse innocemment, après s'être occupé.» Et, le 19 juillet, Fénelon précisait: «Je comprends que l'application doit être pénible à notre grand chevalier... mais son état est si malheureux qu'il doit faire les plus grands efforts de courage et de patience, pour vaincre son dégoût du travail et son habitude d'oisiveté». «Tâchez, ajoutait-il le 30 juillet, de dresser le chevalier et de lui donner du courage contre lui-même pour vaincre son habitude d'inapplication» de sorte qu'il pût «le revoir avec un notable progrès» (lettre du 9 août 1714). C'est probablement parce que Henri-Joseph se sépara alors du marquis qu'il n'est plus question de lui dans la correspondance. Après la mort de Fénelon il fut nommé officier aux gardes françaises et trouva en 1721 une mort tragique dans un ballet représenté aux Tuileries.

APPENDICES 303

décembre 1712, 7 et 8 janvier, 13 février 1713), et M. de Cambrai dut insister dans ses lettres des 5 et 9 mai 1714 pour le faire venir dans son palais le 10 juillet 1714. Deux jours après, Fénelon le disait «doux, sensé, de bonne volonté et assez joli; mais il paraît d'une santé délicate»; il ajoutait le 19: «le petit page est bon enfant. Il travaille dans la bibliothèque avec un vrai désir de nous contenter; mais il n'a aucune culture d'esprit et tout est à commencer». De fait, le sobriquet ne reparaîtra pas sous sa plume. Armand servit dans la marine comme gardien du pavillon et mourut jeune sur le bateau qui le ramenait de Saint-Domingue.

Quant à «Matthieu Gifflard» (joufflu) et au «petit Maro» qui apparaissent seulement dans des lettres au chevalier des Touches des 23 septembre 1713 et 10 mars 1714, ils paraissent être des surnoms du «grand chevalier» et d'Alexis.

Il faut signaler, en outre, les frères et neveux de Pantaléon de Beaumont qui eurent avec Cambrai des liens plus ou moins étroits. On rencontrera, à propos de la lettre de Fénelon du 12 août 1712, Henri-Joseph de Beaumont châtelain du Cateau, le «chevalier de Beaumont » et Léon-Gabriel de Beaumont.



TOME XIII

Les nouvelles controverses

1703-1707

Commentaire de

JEAN ORCIBAL

avec la collaboration de

JACQUES LE BRUN et IRÉNÉE NOYE

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publié avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

LIBRAIRIE DROZ, GENÈVE

1990

CORRESPONDANCE

DE

FÉNELON

TOME XIII

Les nouvelles controverses

1703-1707

Commentaire de

JEAN ORCIBAL

avec la collaboration de

JACQUES LE BRUN et IRÉNÉE NOYE

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LIBRAIRIE DROZ S.A.

11, rue Massot

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A.D. Nord: Archives départementales du Nord (et de même pour tout autre

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A.N.: Archives nationales.

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fonds).

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Annales... de Mons: Annales du Cercle archéologique de Mons.

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1828.

ms. fr.: Paris, Bibliothèque nationale, manuscrits français.

n. acq. fr.: Paris, Bibliothèque nationale, ms. nouvelles acquisitions françai-

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Nomina et ordo: Nomina et ordo magistrorum sacrae Facultatis Parisiensis, nait sans doute à M. de Reiset.

Paris, dates diverses.

0E: CEuvres complètes de Fénelon, Paris-Lille, 1848-1852, 10 vol. (par les

soins de MM. Gosselin et Caron).

Rev. Hist. eccl.: Revue d'Histoire ecclésiastique, Louvain.

Rev. Hist. Egl. Fr.: Revue d'Histoire de l'Eglise de France, Paris.

Serv. hist. Armée: Service historique de l'Armée, Vincennes.

SOURCHES: Mémoires du marquis de Sourches sur le règne de Louis XI V,

publiés par le comte de Cosnac et Edouard Pontal, Paris,

1882-1893, 13 vol.

891.

TANS: Pasquier Quesnel et les Pays-Bas. Correspondance publiée avec intro-

duction et annotations par J.A.G. Tans, Groningue, 1960. URBAIN-LEVESQUE: Correspondance de Bossuet. Nouvelle éd. par Ch. Urbain et E. Levesque, Paris, 1909-1925, 15 vol.

WILLAERT (ou W.): L. Willaert, Bibliotheca janseniana belgica, Bruxelles-

Paris, 1949-1951, 3 vol. d'après la note: «reçue le 24 janvier 1703».

1. Voir sur lui, supra, lettres des 6, 11 janvier et 28 novembre 1702, n. 4.

2. Richard Fossart de Caen, curé de 1699 à 1717.

892. A LA COMTESSE DE MONTBERON

25 janvier 1703.

L. a., pliée, A.S.S., t. IX, ff. 318-319. Marquée n° 37.

1. Désoccupé n'a pas le sens d' «oisif» (DUBOIS-LAGANE), mais celui de «sans attachement à».

2. Dans l'oubli de tout amour-propre, en surcharge.

3. Fénelon a écrit aucune.

4. Matth. XXIII, 24. Couler, au sens de «filtrer» (FURETIÈRE).

5. Mme de Montberon se trouvait de retour à Cambrai (voir le début de la lettre) et Langeron était allé la voir; il n'y a d'ailleurs pas de lettre conservée de Fénelon à ce dernier entre le 17 novembre 1702 et le 24 mai 1703.

Ces deux lignes sont ajoutées tête-bêche au f. 318r°.

8 SIGLES

Mél. Arch. Hist.: Ecole de Rome, Mélanges d'Archéologie et d'Histoire, 57'

année, 1940: J. Orcibal, «Fénelon et la Cour romaine (1700-1715)». MOSSAY: J. Mossay, Les intendants de Hainaut à Maubeuge, 1678-1720,

Avesnes, 1971.

5 janvier 1703

Copie du XIX' siècle, A.S.S., pièce 258. Inédite. L'autographe apparte-

1. Bernières avait donc adressé à l'archevêque des voeux de nouvel an.

[Vers le 22 janvier 1703]

L.a.s., pliée, B.N., n. acq. fr. 24146, ff. 37-38. La date est conjecturée

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10 CORRESPONDANCE DE FÉNELON 26 janvier 1703

893. A LOUIS DE SACY

26 janvier 1703.

Copie de la fin du XVIII' siècle, A.S.S., t. V, f. 141. Collationnée en 1781 par Gallard sur l'original signé «qui doit être déposé dans la Bibliothèque de la Sorbonne».

1. Louis de Sacy (1654-26 octobre 1727), avocat au Conseil, s'était fait remarquer par sa traduction de Pline le jeune, par des mémoires juridiques et par divers factums qui furent réunis peu avant sa mort. Il avait été élu le 21 février 1701 et reçu le 17 mars 1701 à l'Académie française. Fénelon le remercie ici de son Traité de l'amitié qui venait de paraître chez Jean Moreau avec un privilège du 6 décembre 1702 et des approbations du 29 (voir Hist. Ouvr. des Savants, janv. 1703, pp. 3-17 - Journal des Savants, 26 février 1703, pp. 140-144 - Mémoires de Trévoux, avril 1703, pp. 615-630 - Mercure, févr. 1703, pp. 380-382 - Nouv. Rép. Lettres, mars 1703, pp. 350-351 et mai 1703, pp. 483-507). Fénelon ne pourra pas connaître son Traité de la gloire qui parut avec un privilège du 2 janvier 1715. En revanche la marquise de Lambert confiera en mars 1712 à Sacy que le duc de Bourgogne avait dit à un de ses familiers après la lecture du Traité de l'amitié: «Je viens de lire un livre qui m'a fait sentir le malheur de notre état: nous ne pouvons espérer d'avoir d'amis; il faut renoncer au plus doux sentiment de la vie» (0.E, t. VIII, p. 50). Sacy prononcera à l'Académie l'éloge funèbre de Fénelon et, en qualité de censeur royal, il donnera le ler juin 1716 une longue approbation enthousiaste à la première édition avouée du Télémaque (0.E, t. I, pp. 199 sq. - éd. CAHEN, I. I, pp. CXIV sq.).

894. AU DUC DE BEAUVILLIER

27 janvier 1703.

Copie de la fin du XVIII' siècle, A.S.S., t. I, ff. 52-54.

1. Voir sur la santé du duc, qui a