Auteurs et textes mystiques






































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ETUDES MYSTIQUES I


DOMINIQUE TRONC



Présentation

Chronologies - Expériences

« Mystiques du monde »

Franciscains

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PRESENTATION

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SOURCE

Séquences complète de répertoires :



/ BB / ETUDES DT N / DT ETUDES 1 / DT Etudes 1 Chrono&Expériences – Monde – Franciscains.odt [ 1 note]



Etat précédent  disponible sous / BB / ! a Dominique Tronc SYNTHESE… / Serie Etudes / 4.ETUDES DT I & II ec [encours] / études tome 1 ec / Etudes DT_tome Premier 26août18.docx.docx [et l’arborescence livre d’autres états epub html…]



L’état mis à jour DT Etudes 1 Chrono&Expériences – Monde –Franciscains.odt n’y figure pas ! Il en sera de même pour toutes les autres sources soulignées livrées infra.



Donc : ! a Dominique Tronc SYNTHESE… rassemble mes travaux 2000 à 2022. Les Séries apportent des compléments : éditions antérieures, photos jpeg, fichiers pdf, epub, html...



Contenus

Ce relevé d’études dessine un jardin mystique.

Il propose nos introductions suivies des tables indiquant le contenu par les titres et sous-titres des œuvres rééditées.

Un projet au long cours

J'ai commencé à travailler des témoignages mystiques à l'âge où l’on prend retraite après vie professionnelle. Proposer la relecture d’écrits rédigés par des guides m’a paru raisonnable.

Une première réédition s'imposa : celle des écrits de Madame Guyon. Devenus presque introuvables à la fin du siècle dernier, par suite de la condamnation du Quiétisme, ils étaient souvent critiqués sans être lus. Pallier à cette absence était assumer un risque inutile par des religieux ou ne présenter qu’un faible intérêt conceptuel aux yeux d’universitaires. Peut-on « penser » la mystique sans l’être ?

Apparue « tardivement » dans l’histoire des mystiques chrétiens, Madame Guyon a menée une vie « complète » de laïque donc proche de la nôtre. C’est un cas rare chez les mystiques reconnus.

Par la suite je remontai le fleuve du Grand Siècle en explorateur à la recherche d’un Eldorado : car Madame Guyon n’ayant rien inventé et n’étant pas une « nouvelle mystique », quelle en était la source ? J’explorai les sables de bibliothèques religieuses en archéologue de documents papier. C’est un travail de recherche privilégiant la curiosité pour l’inconnu pratiquée en recherche scientifique.

Je (re)découvris une filiation, dont la colonne vertébrale passe du franciscain Chrysostome de Saint-Lô à monsieur de Bernières, puis à Monsieur Bertot, enfin à Madame Guyon, ceci avant d'en retrouver une attestation enregistrée en Suisse à la fin du XVIIIe siècle. Puis au-delà de la confirmation d’une telle « chaîne » de transmission mystique (donc cachée), je compris qu'il fallait ensuite la situer ; elle prend au sein d’un réseau comportant de nombreuses figures en relations directes et intimes.

Hommes et femmes s’assemblent en effet avec des contemporains. Temporellement ils participent à une lignée : des aînés aux cadets. Dans le cas évoqué apparaîssent deux nœuds dans cette succession : les amis de l’Ermitage de Caen précèdent et donnent naissance au cercle quiétiste parisien animé par monsieur Bertot et repris par madame Guyon et Fénelon.

Toute constellation se compose de nombreux astres et de quelques stars visibles par tous. Sur deux siècles -- de la fin du XVIe au XVIIIe -- une centaine de figures mystiques parvinrent par quelque « réaction chimique » cachée à rayonner avec intensité leur énergie, voire à la partager. La filiation linéaire Chrysostome-Bernières-Bertot-Guyon devient un graphe non planaire associant une cinquantaine de noeuds.

Mon travail est original parce qu’il associe des témoignages intimes sans aller au-delà de la vie concrète de leurs auteurs. Non pas en les interprétant – il n’y a pas d’idées mystique -- mais relevant les traces très discrètes de relations directes entre mystiques ( les arcs du graphe).

Heureusement le champ se réduit dès que l'on s'attache aux seules figures mystiques exprimant leur propre expérience. Il s’agit de ne pas se noyer dans l'océan de textes religieux destinés aux débutants et aux usages rituels.

Venant d'une autre planète que celle peuplée de spécialistes de littérature spirituelle, j’ai été très aidé par d’heureuses rencontres. Parmi les aînés, madame Gondal fut de bon conseil pour Madame Guyon ; André Derville me forma au bon emploi de la Bibliothèque de Chantill; Jacques Le Brun qui animait un séminaire à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes me fit rencontrer Philippe Sellier ; ce dernier m’accueillit dans la Société de Port-Royal et dans ses Collections publiées chez Champion ; Irénée Noye m’ouvrit aux richesses des Archives de Saint-Sulpice 2. J’omets de plus jeunes...

J'ai eu la bonne surprise de constater que nous apprécions tous la même cohorte d’auteurs spirituels tout en étant bien incapable d’évaluer précisément une pertinence « mystique ». Si des approches sémantique, linguistique, etc., pouvait en évaluer la valeur, si une théologie pouvait faire briller et découvrir ces aiguilles cachées, cela serait plus largement su et partagé. Ce serait aussi bien faire fi des domaines explorés par les poètes, les peintres, les musiciens : ils débordent heureusement le champ des écritures.

Il n’existe à ce jour aucun dictionnaire des termes mystiques utilisés en notre langue, grave lacune. Je m’en suis donc tenu à l’édition de textes, oeuvres intégrales ou florilèges. Mais s’en tenir à un choix « subjectif et a-scientifique » revient à s’attribuer un pouvoir exhorbitant alors même que l’on ne peut le justifier. Heureusement j’ai sondé les amis pour confirmation.

Les présentations hors reprises de textes anciens (ils sont signalés par des tables de contenus) se regroupent en plusieurs chantiers dont :

Une réédition partielle de Madame Guyon (un essentiel prélevé dans son œuvre abondante) ; un relevé d’expériences sous forme de florilèges faisant le tour des principales figures mystiques d’Occident en les situant historiquement ; sous forme de florilège limité aux (nombreux) Franciscains du XVIIe siècle ; sous une forme inhabituelle d’une chronologie débordant le cadre chrétien. Etc.

Certains volumes sont disponibles chez des éditeurs spécialisés, d’autres peuvent être acquis à l’unité par achat en ligne3. Les assemblages d’oeuvres sous droits ne peuvent être communiqués qu’à des amis et par mon intermédiaire. C’est le cas des quatorze tomes de « mystiques du monde » qui assemblent des textes jugés fondamentaux (et eux seuls).

Au total la centaine de titres constitués entre 2000 et 2022 constituent une « bibliothèque mystique » de plusieurs dizaines de milliers de pages. Elle couvre la majorité des auteurs mystiques non réédités auparavant quand il s’agit de la France au XVIIe siècle 4. Car en notre langue n’existe rien de comparable aux grandes éditions disponibles de mystiques flamands, anglais, rhénans, espagnols -- comme si la vie mystique était tarie longtemps avant 1600.

Il était nécessaire d'introduire ces mystiques méconnus qui s’exprimèrent en notre langue. Des présentations rassemblent des connaissances historiques à fin de restituer la silhouette très humaine de figures mal cernées par leurs seules fonctions.

Pour citer des « étrangers » ? le très grand Constantin de Barbanson est restitué complètement en quatre tomes (il écrivit en français) ; le « meilleur » disciple de Jean de la Croix Quiroga est restitué partiellement en trois tomes (espagnol et traductions françaises) ; En France Bernières, Bertot, Guyon, etc.

Mes présentations « immergées » au sein d’une centaine de « livres » couvrent le vingtième du total textuel. Comme je n'ai plus l'ambition ni la volonté de rédiger quelque synthèse personnelle, il faut rendre ces études multiples accessibles et en les complétant par les tables des contenus annoncés.

La « synthèse » prend donc la forme d’un totum partiellement édité papier, entièrement disponible en numérique formaté « livre ». Le tout basculera un jour sur le web5 (pour l’instant le totum informatisée est disponible sur demande d’amis).

Ses apports proviennent du Dictionnaire de Spiritualité et de Mystique (1930-1992)6, achevé sous la direction d’André Derville. Il est devenu initiateur et ami lorsque je commençai une nouvelle vie par des visites hebdomadaires à la bibliothèque jésuite de Chantilly ; sur les érudits cités ; sur les travaux de Jean Orcibal (Correspondance de Fénelon, Etudes d'Histoire et de littérature religieuse).

Tous conseillent une approche des figures individuelles plutôt que des groupes sociaux. Ce sont les seuls modèles disponibles en l’absence de toute théorie. L’approche propre à l’école des Annales fut nécessaire au renouveau des études historiques portant sur les collectifs mais s’avère inadaptée au domaine individuel mystique7.

Une bibliothèque mystique

Chaque ouvrage est présenté par son TITRE (parfois simplifié). Quatre volumes reprennent mes contributions (études et présentations distribuées au fil du texte de l’auteur réédité), suivi de la table de matière (simplifiée par son transfert non hiérarchisé des titres brut de niveaux deux et trois). Une telle table permet d’évaluer ce qui est évalué comme mystique au sein des écrits souvent multiples « répondant à la demande » de l’auteur.

Cette bibliothèque mystique limitée à sa présentation est un outil de travail utile : grâce aux tables on peut localiser les textes mystiques. Titrés par noms d’auteur ou d’œuvre, mais figurant au sein d’ouvrages souvent distribués chez de « petits » éditeurs ou disponible sans suivi éditorial en ligne, on ne pourrait guère les retrouver sans recourir à la présente compilation.

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J’ai opéré une relecture d’ensemble des textes (avec omissions et rares retouches).

J’ai réparti les TITRES des livres – plus d’une centaine – autour d’une dizaine de thèmes – « chantiers » menés sur vingt ans. On les retrouve en sous-titres des quatre volumes « Etudes » suivants:





Etudes 1

Séries Chronologies &Expériences mystiques en Occident

Série Mystiques du monde (16 tomes)

Série Franciscains (incluant une synthèse « française » en 3 tomes)

Etudes 2

Série Filiation mystique (des origines à la fin du dix-septième siècle : Chrysostome – Bernières et Mectilde – Bertot, lesurs «  Amis » )

Etudes 3

Séries Madame Guyon (dont une en-cours d’édition comportant 12 tomes)

Etudes 4

Filiation (de Fénelon à nos jours)

Mystiques (« anciens » précédant 1600)

Carmels (Grands carmes et réforme espagnole)

Mystiques (« récents »)



Ce qui révèle une structure :



Partant d’une histoire des figures mystiques « Chronologies et Expériences » privilégiant le dix-septième français,

Prenant place dans un cadre élargi aux incontournables « Mystiques du monde »,

Privilégiant l’influence franciscaine,

Une Filiation mystique précède et suit Guyon.



Et au-delà ? deux « Carmels » et des figures anciennes ou modernes8.

Le XVIIe siècle semble limité à deux réseaux mystiques solidement constitués9, celui aboutissant à madame Guyon et celui de grands Carmes issu de Jean de Saint-Samson10.

Synthèse

Je privilégie toujours l’ordre chronologique.

Une étude replace une figure dans son cadre historique puis prépare son témoignage, manifestation mystique d’un vécu commun à tous en tout lieu et en tout temps. Je me limite aux témoins accomplis, sans justifier mon choix (v. remarque supra sur l’accord observé entre érudits).

L'ordre de la filiation principale du siècle n’a pas changé depuis l’article qui ouvre « (3) Filiations précédant » Mais il s’est progressivement adjoint des figures mystiques qui entouraient ses deux nœuds (à Caen puis à Paris).

Il s’agit de rectifier la vision généralement admise pour un XVIIe siècle français mystique en restituant la primauté au réseau « pré-quiétiste » et « quiétiste » (hors sobriquet, aux « adeptes de la quiétude membres de l’école du cœur »). La vision traditionnelle, construite par Bremond pour justifier son entreprise11, d’une « Ecole française » autour de Bérulle est large et vague incluant tous les dévots12. Spirituelle, elle ne convient pas au champ mystique.





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CHRONOLOGIES - EXPERIENCES

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5.CHRONOLOGIE MYSTIQUE I ORIGINES A 1600

(1) Chronologie I = origines A5 antidoté revu fév20.odt 

Série Chronologies /… /...ed.8ec

Précédemment édité : !Chronologie I origines Digest 14.0 x 21.6 antidoté revu.docx sous le titre : Chronologie de Mystiques et Associés I Des origines à 1600, Un Florilège établi par Dominique Tronc, « Chemins mystiques », 2017, 400 p.

Présentation

Je propose une approche globale de témoignages «mystiques». Elle rassemble des textes provenant de cultures diverses dans le temps et dans l’espace. Elle souligne l’universalité d’une vie intérieure unique proposée à tous lorsqu’ils accèdent aux fondamentaux de leur Source commune; un «océan de textes» est accessible de nos jours grâce au réseau de communication mondiale devenu l’outil d’une noosphère. Il offre une même intelligence des vécus.

Un accord finalement large entre spécialistes quant aux figures mystiques propres à diverses traditions témoigne de l’unicité du fond. Les variations d’origines culturelles et religieuses ne voilent pas le vécu mystique pour ceux qui y ont été rendus sensibles une fois. Et l’unité sous-jacente n’enlève rien à chaque Tradition. Elle les conforte, alors même que certaines structures religieuses soulignent des différences pour tenter de maintenir des frontières évanescentes.

Un inventaire est présenté de manière originale ici pour la première fois, d’une façon qui peut apparaître provocatrice par sa diversité : une longue «page» déroulée chronologiquement. Le lecteur fera son choix dans ce florilège mystique. Il choisira et appréciera des textes de ses auteurs, du moins de quelques-uns. Il est inutile de les présenter en détail puisqu’il suffit de consulter immédiatement une encyclopédie en ligne telle que Wikipedia. Nous nous plaçons donc à l’opposé de dictionnaires biographiques sans citations. Un nom, un beau dit ou un seul extrait qui parle au cœur, et cela suffit à justifier ce travail. Un libre choix de noms constitue le fil d’Ariane nécessaire et suffisant de nos jours d’information surabondante. Nous ne retenons ici que des mystiques accomplis, sans considération des influences qu’ils exercèrent socialement ou religieusement.

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Cette séquence s’inscrit au sein d’une Histoire globale qui rassemble traditions et cultures comme les composantes d’une unique évolution humaine. Dans divers domaines existent de belles synthèses 13. Certaines sont conscientes d’une relativité de la notion même du temps au bénéfice de l’unité de leur sujet. Ici cette unité souligne l’intemporalité de l’expérience mystique.

Les liens électroniques instantanés soulignent aujourd’hui l’écart matériel croissant entre riches et pauvres, entre puissants et faibles, et les contradictions entre «systèmes» imperméables à la critique interne de par leur nature suggestionnaire plutôt que raisonnable. La résolution pacifique de ces contradictions dépend d’une possibilité d’ouverture à tous les rameaux de la gerbe humaine. Peut-on y contribuer sans exacerber les sensibilités? Et sans tenter une «synthèse» qui se placerait indûment au-dessus de ces témoignages.

Il existait dans les cultures anciennes des formes littéraires laissant peu de place aux idées directement exprimées et délivrées ainsi de toute généralisation indue : choix de paraboles ou d’apologues, constituant des «colliers» aux pierres choisies qui traduisent la sensibilité de l’artisan joaillier. Notre culture d’Occident met en avant l’inventivité individuelle et «les idées», mais ces formes sont bien adaptées au vécu intérieur. Les perles seront ici des auteurs ou des œuvres. Elles sont enfilées en un collier selon l’ordre chronologique présumé.

Pour les auteurs célèbres, nous pouvons en rester au goût donné par quelques brèves citations en renvoyant à des éditions facilement accessibles. La lecture et relecture de certaines œuvres entières s’impose : c’est par exemple le cas du corpus réduit qui nous est parvenu de Jean de la Croix. Pour de nombreux mystiques difficilement accessibles, notre choix sera plus substantiel. Nous renverrons souvent à des extraits préparés à partir d’éditions originales ou de traductions érudites (entre parenthèses, ceux qui restent à établir).

J’indique pour chaque auteur cité des sources en me limitant à des ouvrages personnellement consultés et en tâchant d’associer une édition de référence à une édition facilement accessible. Les extraits de ces sources sont souvent brefs, condition requise pour que le «rouleau textuel» ne soit pas désespérément long (la table des matières qui ouvre ce rouleau permet une recherche aisée lorsque l’on connaît déjà un nom). J’alterne citation nue et notice plus longue, selon les entrées. Certaines seront très amples pour des figures aux grandes influences : Gazali, Ruusbroec…

Présentation chronologique

Si la mystique est une et intemporelle, ses formes d’expression humaine restent liées à un modèle lentement évolutif au cours du déroulement d’une culture. On observe des regroupements par grandes périodes qui voient tel milieu prédominer par le nombre des entrées : en Occident, ces «vagues» couvrent successivement l’Antiquité, puis les terres de très anciennes civilisations recouvertes par l’Islam, enfin les terres d’une Europe naissante défrichée et convertie au christianisme (en orient la situation est moins claire : foyer antique indien dont la réforme bouddhique se propage en Chine fusionnant avec ses traditions propres avant d’atteindre le sauvage Tibet et le lointain Japon?). Plus précisément daté : l’abondance des mystiques en terres d’Islam entre le neuvième siècle et le douzième siècle précède celle en terres chrétiennes à partir du treizième jusqu’au dix-septième siècle. Cette dernière vague au fil de ses épanouissements  voit se succéder pays flamand et rhénan, Italie, Espagne, enfin la France particulièrement riche d’un «Grand siècle» que nous favoriserons.

L’ordre chronologique des textes, même s’il est parfois délicat à établir 14, présente les avantages suivants :

– Il évite les confrontations alors que les présentations mettant en avant des structures culturelles et des traditions religieuses peuvent facilement y glisser.

– Il tient compte des influences possibles au sein d’une culture sur un auteur en situant ce dernier parmi ses pairs, entre aînés proches et cadets. Des filiations par rencontre directes entre figures apparaissent ainsi possibles ou non.

– Un auteur ou une œuvre se retrouve aisément parce que son époque est généralement connue approximativement, ce qui évite de parcourir trop d’entrées du «grand défilé de l’évolution» culturelle.

– Le lecteur sera «réveillé» par des voisinages inattendus. Ainsi l’entrée pour Rûmi (-1273) est suivie de celle pour le Zohar (~1280) compilé par un Moïse de Leon contemporain de la seconde béguine Hadewijch (~1280). De même, plus tard, le très catholique monsieur de Bernières (-1659) est contemporain du fort libre sufi indien Sarmad (-1661).

– Le choix de privilégier des auteurs et quelques œuvres détache des trésors mystiques d’une gangue du suivi religieux. Je partage une hiérarchie de valeur situant la mystique en premier clairement exprimée par al-Ghazali (-1111) puis par Bergson (-1941) 15

– Enfin une telle approche hors structure contraignante autre que des dates nous facilite l’inclusion de figures «exotiques» sans en avoir la légitimité requise érudite et linguistique.

Choix large

Le spectre de couleurs portées par les figures est large, en ouvrant même l’accès à des poètes, à quelques «témoins» d’instants mystiques ou à des «avocats» défenseurs dans les temps plus récents où la caution religieuse disparaît. Le sens imprécis attaché au terme «mystique» nous y autorise-t-il?

Il sera facile pour le lecteur d’orienter son regard sur le vaste paysage que je propose sans autorisation justifiée dans la direction qui lui convient. Les figures retenues sont toujours celles de «témoins» même s’il ne s’agit parfois que d’un contact ou «instant» vécu. On demeure donc dans le cercle expérimenté, évitant les nombreux penseurs au service d’une Cause. Certaines figures sont citées sans contenu pour nous préserver de leur oubli sans les défigurer par mon indigence. Enfin l’importance d’une entrée n’est pas proportionnée à sa taille.

On ne peut guère compenser la sous-représentation propre aux littératures commentariales «sans auteur signé» typiques des traditions de l’Extrême-Orient. Nous y avons pallié par l’introduction de quelques «textes fédérateurs» qui ont inspiré des générations de méditants dont des mystiques (le cas est particulièrement net dans le cas de la tradition bouddhique dont les sûtras sans auteur connu n’ont souvent survécu que sous forme d’adaptations par des traducteurs aux prises avec une grande diversité de sources et de langues, du sanscrit au chinois).

On note une «absence» propre à l’époque la plus récente. Elle apparaît d’un relevé statistique effectué sur nos entrées. Mais comment élargir des œillères? Il faut apprécier la disparition d’une langue mystique commune, la cause première de cette absence parmi les chrétiens affirmés, puis plus tard tenir compte de la non-perception de la nature mystique d’un vécu par son bénéficiaire (l’«ingénierie» psychologisante de l’âme y contribue aujourd’hui comme anciennement celle de l’absence d’une affiliation religieuse a pu faire disparaître toute trace).

Après un étoilement demeure le vécu mystique

À partir de 1700 environ se produit une sortie des cadres traditionnels : un «étoilement». Certes le mystique n’a pas besoin d’adhérer à une orthodoxie, mais son œuvre ne survit que très exceptionnellement si elle n’est portée par un corps intermédiaire, par exemple religieux 16. Notre époque connaît de multiples chocs contribuant à cet étoilement : l’irruption des sciences soumet au contrôle expérimental et à la raison; la rencontre sur un pied d’égalité entre civilisations; le changement des cadres de représentation écarte toute synthèse collective typique d’un «âge classique».

L’homme perd des repères, car la rencontre des modèles culturels lentement bâtis autour de croyances ancestrales les relativise. Pourtant le vécu mystique n’enlève rien à chaque Tradition : il la fonde.

Que proposer à la génération montante? Avant elle beaucoup connaissaient des Écritures sacrées, certains fréquentaient les principaux auteurs mystiques reconnus, tels Jean de la Croix. Les nouveaux chercheurs se confrontent à l’immense richesse d’un réseau sans repères. D’où la nécessité de proposer un choix sous forme d’entrées choisies.

Ouvrons le vécu mystique sans croyance associée ni soutien autre que celui des compagnons de route. Le vécu doit répondre au test d’universalité. L’expérience mystique ne peut dépendre d’avant ou d’après, d’ici ou de là même si son expression en est colorée. Ce que le carme Honoré de Sainte-Marie avançait dès 1708, relevant siècle après siècle un grand courant des mystiques avant comme après Jésus-Christ 17.

Mystique

J’apporte quelque précision en ce qui ne peut être défini qu’en creux, comme un «ni ceci, ni cela». Le terme «mystique» a été galvaudé : dérivé du grec mustes «initié», il en est arrivé à désigner toutes sortes de phénomènes incompréhensibles, bizarres, voire pathologiques (on parlera de «délire mystique»). On y mêle les transes chamaniques ou les expériences dues aux substances hallucinogènes. On le confond souvent avec le paranormal ou avec le miraculeux, domaine de tout ce qui contredit les lois habituelles de la matière ou du biologique. Rien de tout cela n’a intéressé nos auteurs.

La mystique n’est pas non plus le simple prolongement des expériences humaines les plus hautes comme l’amour, la beauté de la musique ou de la nature, les compréhensions fulgurantes, la ferveur religieuse… Elle n’est pas non plus vécue dans les méditations de «pleine conscience» qui font tant de bien par la paix qu’elles apportent, mais qui appartiennent au développement personnel, corporel et psychologique : il y a là un repos parfait de toutes les facultés, mais c’est en soi que l’on repose, dans sa propre nature.

Le domaine mystique fait partie de ce qu’on appelle le «spirituel», il en est même le cœur. La spiritualité est à la fois plus large et beaucoup plus vague : elle englobe tous les écrits où l’on s’oriente vers «Dieu». L’intellect, l’imaginaire, le sentiment tournent autour du divin : on est souvent dans une rêverie autour de, une «réflexion sur». Dans le meilleur des cas, il s’agit d’un élan, d’une tension vers Dieu, qui prépare l’être à être attentif à l’évènement inouï qui peut se produire.

Face à l’immensité du champ spirituel, nous nous concentrons sur les témoignages d’expérience du divin. Des textes racontent l’irruption dans l’humain d’une dimension verticale, d’une autre nature, que les hommes sont forcés d’appeler «divine», car elle ne peut être fabriquée par les facultés humaines : l’Énergie impersonnelle qui sous-tend l’univers se manifeste à l’homme. C’est ce face à face entre l’humain minuscule et «Dieu», qui forme le domaine propre à la mystique : l’homme rencontre sa source et la source de toutes choses. Des hommes et des femmes ont vécu cette irruption du divin en eux depuis l’aube de l’humanité, et cette expérience est universelle. Ils attestent la présence au centre d’eux-mêmes d’une Réalité expérimentée au-delà du corps, du psychologique, de l’intellect ou de l’imaginaire, qui existe au-delà de l’humain, mais qui envahit l’humain.

Cette expérience est ressentie au centre, au «cœur» de l’être : c’est pourquoi elle est souvent appelée «intériorité». Une fois vécue, on ne peut plus la nier, quelles que soient les contraintes extérieures. On ne peut que s’incliner devant elle, la vénérer et l’aimer. Cette Présence comble le vide de la nature humaine. En comparaison, tout ce qui a été vécu avant n’est rien que transitoire, illusoire, préoccupation d’enfants ou de fous : le capucin Benoît de Canfield parle du Tout de Dieu et du rien de la créature. Pour Pascal, cette expérience est si importante qu’il la transcrit sur un papier qu’il garde toujours sur sa poitrine : «Joie, pleurs de joie».

Les manifestations du début sont diverses, mais universelles : vibration du cœur, coulées d’amour, de béatitude, de silence, de paix, qui envahissent la personne et l’émerveillent. Le mystique les recherche, les attend, les favorise; il les pleure lors de sécheresses, de «nuits», lorsque la Présence semble disparaître. Même si elle est recherchée volontairement, cette Présence se manifeste librement : c’est pourquoi bien des textes l’appellent la «grâce». Si les préparatifs qui veulent faire remonter vers Dieu par l’effort humain sont parfois récompensés, ils sont bien entendu sans commune mesure avec cette liberté : «L’Esprit souffle où il veut», dit l’apôtre Jean (Evangile 3, 8).

Cette présence peut au début recevoir des qualificatifs : paix, amour… Mais certains mystiques sont amenés à prendre conscience que ce ne sont que des effets de cette Présence et désirent davantage. Un double mouvement s’opère : par amour, dans un abandon total, le mystique se donne au divin pour qu’il fasse ce qu’il veut, en réponse le divin l’envahit de plus en plus et nettoie tout ce qui n’est pas lui. Le mystique perd toute projection vers l’objet Dieu. Un grand retournement s’opère où le divin prend la place au cœur de l’homme, où s’opère l’union entre Dieu et l’homme : [l’âme] «ouvre la capacité de tout son esprit pour engloutir cet abîme, mais au contraire s’en trouve être heureusement absorbée et engloutie…18» Ceci au prix d’un profond dénuement et d’une grande obscurité, car le divin est incompréhensible aux facultés humaines19 : c’est le «Nuage d’inconnaissance», titre d’un profond texte mystique20. La vie humaine parvient là à son accomplissement parfait où le mystique participe au grand courant de la Vie universelle. Saint Paul s’écrie : «Je vis, non plus moi, mais Jésus-Christ vit en moi21.»

Il ne reste plus que le grand Rien, le grand Vide. Ce vécu s’exprime souvent en termes religieux, mais il n’est pas le produit de la religion : la mystique est première.  Les religions sont les expressions particulières à chaque civilisation d’une expérience universelle : à partir de l’expérience de Jésus, du Buddha, de François d’Assise s’organise une communauté qui espère recréer les conditions où elle peut se manifester (croyances, prières, règles, méditations, ascèse…). L’organisation nécessaire pour le grand nombre fossilise l’élan créateur, naissent les lois et la théologie. «La mystique» en tant que corpus textuel ne fait pas partie du champ intellectuel, n’élabore pas de champ conceptuel ou de problématique : elle tente péniblement d’exprimer l’indicible par des mots.

Florilège

Ses entrées par figures mystiques ou rarement par thèmes sont réparties chronologiquement et couvrent deux tomes :

I Origines à 1600 toutes Traditions confondues

II 1600 à aujourd’hui : toutes Traditions

 «L’objet» proposé n’a guère de modèle dans la littérature récente. L’idée serait-elle neuve22? Outre quelques poètes (généralement nous nous sommes limités à un seul poème par entrée), je dissémine quelques titres «hors norme »  évoquant des domaines d’expression autre que l’écrit, voies alternatives du témoignage mystique écrit : en peinture, Van der Weiden, fra Angelico, Rembrandt valident la tradition chrétienne; les lavis de la période chinoise des Song valide le bouddhisme T’chan; les Selva Morale e Spirituale de Monteverdi ou les Cantates de Jean-Sébastien Bach remplacent des théologies datées. [...]




Table

Présentation7

Présentation chronologique9

Choix large11

Après un étoilement demeure le vécu mystique12

Mystique13

Florilège15

Chronologie des mystiques Origines à 160019

0000 Pygmées21

AC ~1350 Hymne d’Akhnaton.22

AC ~ 575 Livre de Job27

AC ~ 540 Isaïe29

AC ~ 500 Parménide30

AC 399 Socrate (AC 470 — AC 399) & Platon (AC 427 — AC 348/7)32

AC ~350? Mundaka Upanishad33

AC ~300 Lao Tseu/Laozi34

AC ~250 Hymne à Zeus35

AC ~ 250 Tchoang-tseu/Zuangzi37

~70 Paul l’Apôtre40

~80 L’Évangile selon Matthieu41

~170 Textes bouddhiques dont L’enseignement de Vimalakîrti43

270 Les Ennéades de Plotin (205-270)45

~390 La Vie de Moïse de Grégoire de Nysse (~331 apr. 394).46

~430 Cassien (~360 ~430)48

430 Augustin (~354 - 430)49

485 Proclus (412 - 485).53

~ 500? Sutra on Perfect Wisdom (Abhisamayâlankâra).55

~500 Denys l’Aréopagite56

~529 Damascius60

632 Le Coran de Muhammad (~570 - 632)61

713 Houei-neng (638-713), Soûtra de l’Estrade63

761 Wang Wei (701-761) & 762 Li po (701-762)71

~780 Jean de Dalyatha (~690 ~780)72

~800? Le cycle de La grande libération attribué à Padmasambhava.73

801 Râbi’a (~713-801)76

Femmes soufies des premiers siècles de l’Hégire80

Hommes soufis des premiers siècles de l’Hégire83

911 Junayd (830-911)87

922 Hallaj (857-922) présenté par Hamadani90

849 Bistami/Bayazid (777-848/9)92

965 Niffari (879-965)94

995 Traité de soufisme de Kalâbâdhi (? – 995)95

1021 Sulami (937–1021)96

1022 Symeon le Nouveau Théologien (949 - 1022)100

~1030 Abhinavagupta (~955 - ~1030) et le Sivaïsme du Cachemire.104

1033 Abû’l-Hasan Kharaqânî (960-1033)106

1049 Abu Sa’id (? – 1049)108

~1050 Milarepa113

1064 Ibn Hazm (994-1064)115

1089 Khwadja «Abdullah Ansâri (1006-1089)116

1111 Hamid al-Ghazali (1058-1111) et son frère Ahmad (-1126)119

1131 Ayn Al-Quzat Hamadani (1098 – 1131)131

1141 Hugues et Richard de Saint-Victor (– 1141).133

1141 Ibn Al-Arif (-1141)137

1148 Guillaume de Saint-Thierry (~1085-1148)142

1153 Bernard de Clairvaux (1091-1153)145

1188 Guigues II (? – 1188)149

1191 Sohravardi (1155 – 1191)151

1209 Rûzbehân (1128-1209)157

1220 Najmoddîn Kubrâ (1145-1220)163

1226 François d’Assise (1182-1226)166

1230 Attâr (1142-1230)177

1235 Ibn al Faridh186

1240 Ibn «Arabî (1165-1240)187

1240 Hirrali (? – 1240)191

~1240 Traité de l’Unité192

Moniales, béguine, simple paysanne, nouveau mode de vie!196

~1240 & ~1280 Hadewijch I & II199

1273 Rûmî (1207-1273)208

~1280 Le Zohar compilé par Moïse de Leon (1240-1305).210

1290 Nasafi (?-1290) & Traités du soufisme.211

~1300 Hugues de Balma215

1306 Jacopone da Todi (~1233 - 1306).218

1309 Angèle de Foligno (1248 - 1309).223

1310 Marguerite Porete (~1250 - 1310).229

1318 Sultan Valad (1226-1318)232

1320 Shabestarî (?-1320).235

1321 Dante Alighieri (-1321)241

1328 Maître Eckhart (~1260 - 1328).242

1349 Richard Rolle (~1295? – 1349)250

1361 Tauler (~1300-1361)254

~ 1361 L’Imitation de la Vie Pauvre de N.S.J.C.265

1366 Suso (~1295-1366)269

~1370 Le Nuage d’Inconnaissance.270

~1370 La Theologia Deutsch ou Livre de la Vie Parfaite.278

1376 Hyegun (1320-1376)281

1381 Maneri (~1263-1381)282

1381 Jan van Ruusbroec (1293-1381)284

1389 Baha’ Al-din Naqshband (1317-1389)298

1390 Hâfez de Chiraz (1316/1317 - 1390)302

1390 Ibn Abbad de Ronda (1332 – 1390)303

~1390 Lalla (~1320 - ~1390).305

~1408 L’Imitation de Jésus-Christ, Thomas a Kempis (1379 – 1471).308

1411 Gerlach Peters (1378-1411).310

~1420 Julian de Norwich (~1343 - après1416)312

1428 Jîlî (1366-1428)317

The book of Margery Kempe (~1373 ~1440)319

1471 Denys le chartreux (1402-1471).320

1477 Henri van Herp/Harphius (1400 - 1477).321

1492 Jâmî (1414-1492).323

~1500? Derviches anatoliens325

1508 Nil Sorskij (1433-1508), influence328

1510 Catherine de Gênes (1447 - 1510)330

1518 Kabir (~1440 - 1518)341

1529 «Brug-pa (1455-1529)343

1535 La Perle évangélique.344

1538 Subida del Monte Sion de Bernardino de Laredo (1482 ~1540).347

1548 Institutions pseudo-taulériennes350

1562 Pierre d’Alcantara (1499 - 1562)352

1566 Louis de Blois (1506 - 1566) et son Institution spirituelle353

1582 Thérèse de Jésus (1515 - 1582).357

1588 Breve compendio d’Isabelle Bellinzaga.367

1591 Luis de Leon (1528-1591).370

1591 Jean de la Croix (1542-1591).374

1596 Grégoire Lopez (1542 - 1596)386

1598 Philippe Desportes392

1600 Giordano Bruno (~1550 – 1600)393



6.CHRONOLOGIE MYSTIQUE II De 1600 à nos jours

(2)6. Chronologie II de 1600 à nos jours A5 fév20.odt

Avertissement

Je poursuis cette chronologie en me limitant à des figures rattachées à des Traditions. Il y a bien d’autres mystiques hors des chemins battus, auxquels un ordre chronologique convient mal. Expériences mystiques VI Hors cadres les présentent. Voici un extrait de leur introduction :

« Je ne crois pas au «crépuscule des mystiques» évoqué par Louis Cognet. Certes le langage commun à toute théologie a disparu (il avait été précisé juste à temps dans le monde catholique au XVIIe siècle en latin puis en français par Sandaeus, Civoré, madame Guyon, Honoré de Sainte-Marie) 23. S’en est suivi l’absence d’un corps facilement reconnaissable d’auteurs-témoins susceptible d’être triés selon un critère théologique ou regroupés par Ordres religieux. […]

La mystique perçue comme une façon de vivre son rapport avec un Dieu et prenant place au sein d’une tradition reçue et vérifiée disparaît de l’esprit des modernes; particulièrement chez des scientifiques jugés «athées» alors quils sont le plus souvent agnostiques.

L’abandon de croyances traditionnelles est compensé par des témoignages individuels forts. S’exprimant diversement, des «mystiques sans Dieu» paraissent diluer une expérience insaisissable?

Pour des figures relevées au cours du dernier XXe siècle, le jardin mystique se présente «à langlaise» dans un espace sauvage aux aperçus inédits. «II. Hors cadres» présente ainsi des figures qui n’ont pas rattaché leur rencontre «dun plus Grand queux-mêmes» 24 à une Tradition. Leurs vies ont toutefois été changées, marque qui leur est commune. Ces pèlerins cheminent hors piste sans pouvoir facilement situer ce qui leur est arrivé (nous ne retenons aucun de ceux qui se présentent sur la grand-place du marché spirituel en maîtres proposant quelque «nouvel enseignement»).

Les deux premiers chapitres présentent des figures à la recherche de la vie mystique soit par l’exercice de leur réflexion («chercheurs») soit par lexercice de leur intuition («poètes»). Les trois derniers chapitres rassemblent des témoins : ceux de «linstant mystique», ceux auxquels la vie mystique se révèle au sein de l’épreuve, enfin des «témoins pour notre temps». Ils confirment la nature mystique de certaines expériences, même si cela nest pas évident à leurs yeux.

Plus d’une centaine de figures sont proposées en dix chapitres répartis entre fidèles aux traditions et chercheurs ou témoins hors cadre 25. Leur nombre est ainsi rendu comparable à celui des figures ayant connu le XVIIe siècle et qui disposaient d’une section dans Expériences mystiques en Occident, tomes II à IV. S’ajoutent quelques entrées couvrant soit un genre d’expression soit une œuvre collective. »

Table

1603 Dadu (1544–1603) and the Bauls of Bengal 4

1610 Benoît de Canfield (1562-1610) 10

1618 Madame Acarie, [Première] Marie de l’Incarnation (1566-1618). 21

1622 François de Sales (1567-1622). 38

1623 Exercices sacrés de l’amour de Séverin Rubéric (- apr.1625). 43

1624 Shaykh Ahmad Sirhindi (1564-1624) 48

1624 Jacob Böhme (1575–1624). 61

1628 Joseph de Jésus Maria [Quiroga] (1562-1628). 66

1631 Constantin de Barbanson (1582-1631). 71

1635 Martial d’Étampes (1575 - 1635). 85

1635 Louis Lallemant (1588 - 1635). 93

1636 Jean de Saint-Samson (1571 - 1636). 97

1638 Falconi (1596 - 1638) 112

1639 Jeanne de Cambry (1581-1639) 117

1641 Jeanne de Chantal (1572 - 1641). 125

1644 Isabelle des Anges (1565 - 1644) 134

1646 Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594 - 1646) 136

1649 Gaston de Renty (1611 - 1649). 151

~1650 Pierre Cluniac (1606 - après 1642). 156

1654 Marie de Valernod, dame d’Herculais (1619 - 1654). 158

~1656 Claudine Moine (1618 - après 1655) 159

1656 Marie des Vallées (1590-1656) 168

1657 Le Pèlerin Chérubinique d’Angelus Silesius (1624 - 1677). 180

1657 Jean-Jacques Olier (1608-1657) 182

1657 Madeleine de Neuvillette (1610 - 1657) 188

1658 Jean Rigoleu[c] (1596 - 1658). 189

1659 Jean de Bernières (1600 - 1659) 192

1661 Sarmad (? – 1661) 197

1662 Pascal (1623 - 1662) 199

1665 Jean-Joseph Surin (1600 - 1665) 206

1668 Antoine Civoré (1608 - 1668) 222

1670 Le Jour Mystique de Pierre de Poitiers (– 1683) 223

1671 Armelle Nicolas (1606-1671) 246

1672 Marie de l’Incarnation [Guyart] (1599-1672). 263

1674 Geneviève Granger (1600 - 1674) 276

1674 Thomas Traherne (1637 - 1674) 282

1677 Baruch de Spinoza (1632 - 1677) 284

1677 Charlotte Le Sergent (1604 - 1677). 285

1678 Antoinette de Jésus (1612 - 1678) 288

1678 Henry Scougal (1650 - 1678). 290

1680 Alexandrin de la Ciotat (1629 - 1706). 295

~1680 Catharina Regina von Greiffenberg (1633-1694) 307

1681 Monsieur Bertot (1622-1681), Directeur Mystique. 308

1682 Marie (1644-1682) et Claude Hélyot (1628-1686) 318

1686 Nicolas Barré (1621 - 1686). 321

1690 Robert Barclay (1648 - 1690) et les Quakers. 324

1689 Jean Aumont (1608 - 1689) 328

1691 Laurent de la Résurrection (1614 – 1691) 335

1696 Molinos (1628 - 1696). 343

1698 Mectilde / Catherine de Bar (1614-1698) 349

1711 Machrab (1657-1711) 357

1715 Fénelon (1651 - 1715) 359

1717 Jeanne-Marie Guyon (1648 - 1717) 378

1720 Claude-François Milley (1668 - 1720) 400

~1751 L’Abandon à la Providence divine 402

1769 Gerhard Tersteegen (1697 - 1769) 407

1782 La Philocalie, une bibliothèque spirituelle. 408

1823 Sheikh Al-Arabi ad-Darqawi (-1823) 409

1827 Dov Baer de Loubavitch (1773 - 1827) 412

1833 Seraphim de Sarov (1759-1833) 418

~1840 Optino et la Paternité spirituelle en Russie. 424

1852 François Libermann (1802 - 1852) 431

~1870 Récits d’un pèlerin [russe] 435

1883 Abd el-Kader (1807-1883) 437

1897 Thérèse de l’Enfant-Jésus (1873-1897) 441

~1906 Archimandrite Spiridon 442

1918 Marie-Antoinette de Geuser « consummata » (1889-1918) 444

1932 Ramakrishna ( - 1932) 449

1934 Ahmad al-‘Alawî (-1934) 453

1938 Starets Silouane (1866-1938) 456

1941 Thomas Kelly (1893-1941), quaker 458

1942 Brandsma (1881-1942) 460

1942 Edith Stein (1891-1942) 461

1943 Jiri Langer (1894-1943) 467

1948 Vital Lehodey (1857-1948) 478

1950 Simon Frank (-1950) 479

1950 Ramana Maharshi (1879 - 1950) 480

1963 Ramdas (– 1963) 488

1966 D.T.Suzuki (1870-1966) 493

1973 Henri Le Saux / Swami Abhishtktananda (1910-1973) 506

1979 Jeanne Schmitz-Rouly (1891-1979) 508

1980 Lev Gillet (1893 – 1980) 513

1988 Sayd Bahodine Majrouh (-1988) 535

1993 Lilian Silburn (1908-1993) 537

2002 Marie-Dominique Molinié (1918-2002) 548

Lu ‘K’uan Yü (1898 - ?) & Hsu Yun 552

Dom Georges Lefebvre 555

R.H. Blyth [on Zen] 559

Toshihiko Izutsu [on Zen] 564




7.EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT I DES ORIGINES À LA RENAISSANCE

Série Expériences / 7. (Deux Océans) 2012



!D Tronc Expériences I Des Origines (Deux Océans 2012).docx

D. Tronc, Expériences mystiques en Occident I. Des Origines à la Renaissance, Editions Les Deux Océans, 2012, 344 p. [repris par Trédaniel-Dervy] [guide & florilège introduisant aux principales figures mystiques de la Tradition chrétienne]



reprise à l’identique : Série Expériences / 7. (Lulu) 2018

(3)7. Expériences I Des Origines Lulu 17mars18.docx

Introduction

Arpentant les allées de la mystique, j’ai regretté de ne pas trouver de guide qui m’évite de perdre du temps en lectures inutiles : voilà pourquoi, parvenu à l’âge mûr, je publie ce travail destiné aux amateurs - ceux qui aiment - attirés par des beaux textes disséminés au sein d’une immense littérature spirituelle. Beaucoup ne disposent pas de carte, ne savent pas par où commencer, quelles éditions choisir, et surtout quels sont les textes essentiels.

Je me suis attelé à opérer un choix sévère de personnes et d’œuvres puis à les présenter en suivant le fil historique. Je me suis concentré sur deux points essentiels : ne citer que les témoignages d’expérience du divin en évitant toute littérature dérivée ; mettre en valeur les influences personnelles exercées par des « aînés » expérimentés sur leur entourage constitué de « cadets » : les mystiques ne se forment pas tout seuls, même en lisant d’excellents livres !

Le lecteur est en droit de demander des précisions sur ce que recouvre à nos yeux le domaine « mystique ». Nous donnerons notre perception « de la mystique », que nous ferons suivre des « opinions de quelques-uns ». Cette introduction s’achèvera sur un aperçu du contenu des quatre volumes de l’ouvrage qui couvriront la vie de personnes mystiques ayant vécu en terres chrétiennes occidentales.

De la Mystique

On ne trouvera pas ici une réflexion sur la mystique puisque notre but est de laisser place à des témoignages qui font pressentir un au-delà inexpliqué du psychisme humain. Soulignons leur originalité et le respect qui leur est dû : lorsqu’un alpiniste éprouvé raconte son ascension de l’Éverest, il ne vient guère à l’esprit de remettre en cause son vécu. Écoutons de même un « aîné » tenter d’en rendre compte, même si nous sommes déroutés lorsqu’il s’appuie sur des expériences non partagées, en s’exprimant à travers des symboles ou des croyances qui ne sont plus les nôtres.

Jamais le terme « mystique » n’a été plus galvaudé qu’à notre époque, comme le montre tout sondage effectué sur le net ou en feuilletant certaines revues : dérivé du grec mustes « initié », il en est arrivé à désigner toutes sortes de phénomènes incompréhensibles, bizarres voire pathologiques (délire mystique). On y mêle les transes chamaniques ou les expériences dues aux substances hallucinogènes. On le confond souvent avec le paranormal ou avec le miraculeux, domaine de tout ce qui contredit les lois habituelles de la matière ou du biologique. Rien de tout cela n’a intéressé les auteurs que nous allons présenter.

Comme en témoignent des récits venus du monde entier, l’expérience qualifiée de « mystique », c’est-à-dire cachée - parce qu’elle ne se prête qu’à des descriptions indirectes et qu’elle n’est confirmée que par ses effets -, est spécifique. Elle est définie dans toutes les traditions comme l’expérience humaine de ce qui sous-tend l’univers, qu’on l’appelle Dieu, Grâce divine, Énergie…

Loin de n’être qu’un sentiment décrit comme « océanique », il est confrontation au Vide ou au Plein situé au-delà des expériences instantanées, des sentiments, des imaginations, de l’intellect. « Dès que les cavernes de l’entendement et de l’imagination sont vacantes, l’essence divine se révèle 26 » et l’homme s’incline du plus profond de son être devant l’irruption de ce qu’il perçoit comme au-delà de son corps et de son psychisme mais dont il ne sait rendre compte. Le don reçu satisfait l’aspiration de celui qu’il remplit et donne un sens à sa vie.

Si son intensité est très forte, il peut conduire, de façon le plus souvent transitoire, à des manifestations liées à notre faiblesse, qui ne sont pas l’expérience ultime. Ces phénomènes ont trop souvent détourné de l’essentiel l’attention des observateurs. Connaissances médicales, observations ethnologiques, pratiques psychanalytiques nous permettent d’identifier à des intoxications, à des phases hystériques ou délirantes beaucoup de « phénomènes » et bizarreries (sensations physiques, visions, etc.) : ils appartiennent au registre de la maladie ou de la projection individuelle. Même si certains en étaient affligés, les grands mystiques les ont toujours rejetés et s’en méfiaient, appelant à dépasser le particulier de l’individu humain pour aller à l’Un. Nous avons donc délibérément écarté ce domaine pour aller vers les témoignages d’expériences profondes dont nous donnerons de nombreux extraits.

La mystique n’est pas non plus le simple prolongement des expériences humaines les plus hautes comme le sont l’amour, la perception de la beauté de la musique ou de la nature, les compréhensions fulgurantes, la ferveur religieuse. Elle n’est pas non plus présente dans les méditations de « pleine conscience » qui font tant de bien par la paix qu’elles apportent, mais qui appartiennent au développement personnel, corporel et psychologique : il y a là un repos parfait de toutes les facultés, mais c’est en soi que l’on repose, dans sa propre nature.

Le domaine mystique fait partie de ce qu’on appelle le « spirituel », il en est même le cœur qui anime tout. La spiritualité est à la fois plus large et beaucoup plus vague : elle englobe tous les écrits où l’on s’oriente vers « Dieu ». L’intellect, l’imaginaire, le sentiment tournent autour du divin : on est trop souvent dans une rêverie autour de…, dans une réflexion sur… Dans le meilleur des cas, il s’agit d’un élan, d’une tension vers Dieu, qui prépare l’être à être attentif à l’événement inouï qui peut se produire.

Face à l’immensité du champ spirituel, nous nous sommes efforcés d’éliminer les discours sur le divin pour nous concentrer sur les témoignages d’expérience. Les textes mystiques racontent l’irruption dans l’humain d’une dimension verticale, d’une autre nature, que les hommes sont forcés d’appeler « divine » car elle ne peut être fabriquée par les facultés humaines : l’Énergie qui sous-tend l’univers se manifeste à l’homme.

C’est ce face à face entre l’humain minuscule et « Dieu », qui forme le domaine propre à la mystique : l’homme rencontre sa source et la source de toutes choses. Des hommes et des femmes ont vécu cette irruption du divin en eux depuis l’aube de l’humanité, et cette expérience est universelle. Ils attestent la présence au centre d’eux-mêmes d’une Réalité expérimentée au-delà du corps, du psychologique, de l’intellect ou de l’imaginaire, qui existe au-delà de l’humain mais qui l’inclut et peut l’envahir intensément.

Cette expérience est ressentie au centre, au « cœur » de l’être : c’est pourquoi elle est souvent appelée « intériorité ». Une fois vécue, on ne peut plus la nier quelles que soient les contraintes extérieures ou les doutes d’origine intellectuelle. On ne peut que s’incliner devant elle, la vénérer et l’aimer. Une mystique contemporaine raconte joliment : « Et plus ça allait, plus je m’abandonnais à cette « chose » qui avait pris jour en moi, qui a pris pouvoir sur tout. J’en suis tombée folle amoureuse. Tout le reste est passé au second plan. » 27.

Cette Présence comble le vide de la nature humaine. En comparaison, tout ce qui a été vécu avant n’est rien que du transitoire, de l’illusoire : le capucin Benoît de Canfield (1562-1610) parlera du Tout de Dieu et du rien de la créature. Pour Pascal, cette expérience est si importante qu’il la transcrit sur un papier qu’il garde toujours sur sa poitrine : « Joie, pleurs de joie ».

Ces manifestations du début sont diverses, mais universelles : vibration du cœur, coulées d’amour, de béatitude, de silence, de paix, qui envahissent la personne et l’émerveillent. Le mystique les recherche, les attend, les favorise ; il les pleure lors de sécheresses, de « nuits », lorsque la Présence semble disparaître. Même si elle est recherchée volontairement, cette Présence se manifeste librement : c’est pourquoi bien des textes l’appellent la « grâce ». Si les préparatifs qui veulent faire remonter vers Dieu par l’effort humain, peuvent servir à apaiser ou favoriser cette expérience, ils sont bien entendu sans commune mesure avec cette liberté : « L’Esprit souffle où il veut », dit l’apôtre Jean 28.

Cette présence peut au début recevoir des qualificatifs : paix, amour… Mais selon leurs destins individuels, certains mystiques sont amenés à prendre conscience que ce ne sont que des effets de cette Présence et ils désirent davantage. Un double mouvement s’opère : par amour, dans un abandon total, le mystique se donne au divin pour qu’il fasse ce qu’Il veut ; en réponse, le divin l’envahit de plus en plus et nettoie tout ce qui n’est pas Lui. Le mystique perd alors toute projection vers l’objet-Dieu. Un grand retournement s’opère où le divin prend la place au cœur de l’homme, où se réalise l’union entre Dieu et l’homme :

[L’âme] « ouvre la capacité de tout son esprit pour engloutir cet abîme, mais au contraire s’en trouve être heureusement absorbée et engloutie…29.

Ceci au prix d’un profond dénuement et d’une grande obscurité car le divin est incompréhensible aux facultés humaines 30 : c’est le « Nuage d’inconnaissance », titre d’un texte anglais du XIVe siècle sur lequel nous reviendrons. Ruusbroec déclare :

Là toutes nos puissances défaillent, et nous sommes précipités dans ce qui s’ouvre à notre regard, et tous nous devenons un, et un seul tout, dans l’embrassement d’amour de l’Unité des Trois.

[…] nous sommes un même être, une même vie, une même béatitude avec Dieu ; là toutes choses sont accomplies, et toutes choses se renouvellent. 31.

Saint Paul s’écrie : « Je vis, non plus moi, mais Jésus-Christ vit en moi »32. La vie humaine parvient là à son accomplissement parfait où le mystique participe au grand courant de la Vie universelle.

Il ne reste plus que « le Rien », qui n’est pas vide car y vibre l’Amour éternel :

… [l’âme] demeure comme suspendue en une immense vacuité …, sans pouvoir voir ni appréhender chose aucune, ni même elle-même ; laquelle infinie vacuité … ressemble à la sérénité du ciel …, et est une déiforme lumière. Or en cette lumière est aussi l’amour (non autre chose) qui doucement enflamme, brûle et allume l’âme, et ce si secrètement, simplement et intimement qu’elle ne cause nul mouvement ou motion de l’âme qui puisse empêcher cette sérénité, mais au contraire, elle en est si subtilement agitée et si doucement éprise qu’elle se fond, liquéfie et s’évanouit davantage, et est sa tranquillité et sérénité augmentée.33.

Si ce vécu s’exprime souvent en termes religieux, il n’est pas le produit de la religion : l’expérience mystique est première. Les religions sont les expressions particulières à chaque civilisation d’une expérience universelle : à partir de l’expérience de Jésus, du Bouddha, de François d’Assise, s’organise une communauté qui espère recréer les conditions où elle peut se manifester (croyances, prières, règles, méditations, ascèse…).

L’organisation nécessaire pour le grand nombre fossilise l’élan créateur : naissent les règles et la théologie. Cependant comme le christianisme était la première grille de lecture et la principale issue pour des êtres attirés par la mystique jusqu’au XXe siècle, certains entrent dans les Ordres et y trouvent parfois leur épanouissement : Benoît de Canfield, Jean de la Croix, François de Sales… C’est leur expérience qui revivifie la vie chrétienne et lui redonne son sens. Beaucoup de nos textes se situeront donc dans le champ religieux.

Ces mystiques écrivent pour tenter de mener leurs lecteurs vers l’indicible qu’ils ont vécu mais qui dépasse infiniment la foi religieuse. Ils ont souvent été persécutés par des contemporains qui entendaient les ramener vers des croyances communes et compréhensibles, se proclamant juges d’une expérience qu’ils n’avaient pas : on brûla Marguerite Porete, on censura Jean de la Croix et Benoît de Canfield, on persécuta madame Guyon… Puis la peur de ne pas être dans les normes entraîna le tarissement de la littérature mystique catholique depuis le début du XVIIIe siècle.

Les textes mystiques ne font pas partie du champ intellectuel, n’élaborent pas de champs conceptuel ou de problématique : ils tentent péniblement de suggérer l’indicible avec des mots. Nous laisserons Benoît de Canfield exprimer cette impuissance 34 :

Cette essence ne peut être comprise, sinon comme elle-même se donne à comprendre, ni [ne se peut] entendre, sinon comme elle-même se donne à entendre ; ni [ne peut être] vue, sinon comme elle-même se donne à contempler, ni goûtée, ni connue, ni possédée, sinon comme elle veut être goûtée, connue et possédée. Elle se laisse comprendre quand, comment et à qui il lui plaît ; elle se donne à entendre, goûter et être possédée quand, comment et à qui il lui semble bon, et de nous, nous n’y pouvons rien.35.

Opinions de quelques-uns.

Quiconque, en effet, s’est uni à la Vérité […] a pleine conscience de ne pas être le fou que prétendent les autres et il sait que la possession de la vérité simple, perpétuelle, immuable, l’a délivré tout au contraire de la fluctuation instable et mobile à travers les multiples variations de l’erreur.36.

C’est d’une expérience individuelle qu’il faut partir ; et il se pourrait que même une étude exhaustive des vocabulaires, des traditions, enfin des faits mystiques eux-mêmes ne fût jamais aussi féconde que la directe analyse d’un devenir mystique déterminé. La mystique, en tant que vie, aboutit à des individus, et à eux seuls. Toute classification des états serait vaine, si elle ne nous conduisait à la brûlante expérience d’un être.37.

« La mystique ». Quelle mystique ? L’emploi tardif substantivé est peu heureux car il réifie l’action de la grâce divine en donnant l’apparence d’un contenu, voire d’un acquis, à ce qui est seulement signe d’un flux vivant qui prend place « dans le Vide » 38.

S’il nous faut répondre à une demande fondée de clarification, nous pouvons citer les noms de « douze compagnons » présentés dans ce volume 39. Ces « chevaliers accomplis mystiques » veillèrent cinq siècles­ : Guillaume de Saint-Thierry (-1148), François d’Assise (-1226), Hadewijch I & II (~1230 & ~1280), Angèle de Foligno (-1309), Maître Eckhart (-1328), Tauler (-1361), l’auteur inconnu du Nuage d’Inconnaissance (~1370), Ruusbroec (-1381), Julian of Norwich (-apr.1416), Catherine de Gênes (-1510), Thérèse d’Avila (-1582), Jean de la Croix (-1591). Un tableau où figurent leurs noms et dates complètes, des œuvres et des sources traduites choisies, précède la Table des matières. Ils privilégient tous une vie intérieure sobre qui dépasse les phénomènes (reconnaissant cependant ceux qui leur ont ouvert l’entrée en vie mystique tel que l’épisode des « cris » rapporté par le « frère copiste » d’Angèle).

Nous partageons une position exprimée par le philosophe Bergson (elle ne transparaîtra que rarement puisque nous nous effaçons devant les témoignages mystiques, mais il se doit déclarer dans cette introduction ce qui influe nécessairement sur nos choix textuels 40) : la vie mystique ne dépend pas de la pratique religieuse, même si le vécu de ses meilleurs membres s’est inscrit historiquement dans son cadre. Nous faisons donc nôtre cette déclaration de Bergson :

Nous nous représentons donc la religion comme la cristallisation, opérée par un refroidissement savant, de ce que le mysticisme vint déposer, brûlant, dan l’âme de l’humanité 41.

Le cadre moderne diffère profondément de celui du XVIIe siècle ! La croyance en Dieu et dans un « au-delà » de salut ou de condamnation a disparu chez beaucoup (mais si l’on en croit Lucien Febvre, il en était de même dans le vécu de la majorité des hommes du XVIe siècle). Pourtant l’expérience mystique se renouvelle, mais la diversité des modes d’expression voile dorénavant sa permanence.

Au traditionnel mot Dieu, substituer (par exemple) le mot Énergie semble respecter aux yeux de nos contemporains, tout particulièrement chez les scientifiques, le caractère dynamique d’une circulation perçue au sein d’un univers dont le mystique est un grain. Cela permettrait d’éviter un rejet au nom du modèle évolutif reconnu actuellement mais ne laisse pas de place à l’expérience d’un amour ressenti personnellement42. Notons simplement que la représentation acquise du monde physico-biologique, celle d’un immense devenir dynamique, demeure compatible avec l’expérience d’un Centre actif mais ne peut évidemment éclairer une expérience individuelle.

Finalement, sont mystiques …ceux qui s’appellent tels entre eux ! Pour Leszek Kolakowski, le mysticisme serait une « doctrine » selon laquelle…

l’âme humaine communique au moyen d’une expérience (non sensible, mais analogue par son caractère direct à celle qui se produit dans le contact des sens humains avec leurs objets) avec la réalité spirituelle qui conserve la primauté … par rapport à toute autre réalité ; on admet en même temps que cette communication, liée à une intense affection d’amour … est … le bien suprême auquel l’homme peut accéder dans sa vie terrestre.43.

L’approche de phénomènes ou expériences est assez bien couverte par la définition qui vient d’être citée. Elle sera élargie selon la voie servie s’il s’agit d’une « doctrine ». Doctrine ou voie ont une certaine utilité : ils permettent de vérifier l’expérience lorsqu’elle est invoquée (car un « délire » n’est jamais à exclure). Mais demeure que seul l’individu peut vivre un dépassement par rapport à l’identité collective religieuse et dépasser son propre donné individuel pour développer une vie toute autre, donnée par grâce.

Ainsi le vécut Pierre Poiret (1646-1719), l’actif éditeur de très nombreux textes mystiques et disciple apprécié de Madame Guyon, que nous citons ci-dessous pour éviter le regrettable péché d’anachronisme historique ! Il est invoqué conjointement par Kolakowski qui ne semble pas conscient d’un déplacement du sens entre son texte et sa citation. Car Poiret ne s’intéresse pas tant aux événements qu’au travail de la grâce divine que ces derniers manifestent. Au sein d’une théologie paulinienne, il insiste sur le côté positif du travail de la grâce, optimisme qui compense l’impuissance de l’homme réduit à sa volonté propre, le grand thème du siècle de Pascal :

Tous les auteurs mystiques conviennent en ceci : Que Dieu nous a créés pour être unis à Lui, transformés à Sa ressemblance, et afin que Lui-même devienne et soit tout en nous selon les termes de l’Écriture même. Que ceci ne pouvant se faire que par l’Esprit du Seigneur (selon la même Écriture) dès que l’homme s’est voulu servir de son propre esprit et de sa propre volonté pour se perfectionner lui-même, il s’est ruiné et perdu, lui et toute sa race. …

Que Dieu seul peut le délivrer et le vider parfaitement de tous ces maux là, et refaire son ouvrage défait, qui est cet homme même perdu et ruiné. Que Dieu 44 pour cet effet se présente à lui avec Ses divines opérations ; que c’est à l’homme d’y consentir, à les accepter, à y coopérer - et à s’y abandonner ; et que moyennant cela Dieu le travaille, le purge, l’éclaire, le dispose à Son union, l’unit enfin lors qu’il est convenable, de la manière qu’Il trouve bonne et le transforme selon Son bon plaisir à Son image, l’avançant par son Esprit de clarté en clarté, comme parle saint Paul. Et enfin, que l’union et la perfection … consistent en une identification, pour ainsi dire, de volonté avec celle de Dieu, en laquelle celle de l’homme soit tellement transformée que Dieu fasse désormais de lui tout ce qu’il Lui plaît sans aucune résistance de sa part … Voilà un raccourci de toute la Substance de la Théologie Mystique, et c’est dans le fond la même chose qu’enseignent tous les auteurs éclairés qui ont écrit de cette science des saints.45.

Les mystiques accomplis perdent tout intérêt envers les phénomènes et les états temporaires, soulignant simplement que leur état est devenu stable et permanent ­­: ainsi Marie de l’Incarnation du Canada (1599-1672) entre sa première (1633) et sa seconde Relation (1654). Madame Guyon (1648-1717), abondante sur certaines circonstances prosaïques de la vie ordinaire, est fort sobre dès qu’il s’agit de son expérience mystique et ne peut qu’affirmer un état final « constant ».

Outre la grande fresque de Bremond 46, quelques ouvrages permettent de ne pas se perdre dans des aspects secondaires ou particuliers : le précis encore utile établi par A. Tanquerey propose en ouverture une « liste chronologique et méthodique des principaux auteurs… »­ : le plan suit les trois voies mise en honneur depuis Balma ; ce qui est sage, plutôt que de tenter une définition à priori de l’ascèse et de la mystique 47. Le « guide de vie » établi par Max Huot de Longchamp commente un large choix de textes mystiques en présentant leurs auteurs 48. Des aspects historiques et thématiques sont développés avec précision par P. Agaësse, A. Deblaere et d’autres collaborateurs du Dictionnaire de spiritualité 49,50. Finalement on observe un bon accord et la permanence d’un choix d’auteurs canoniques retenus par les auteurs chrétiens de toutes époques51.

Ces auteurs précèdent des dérives postérieures substituant apparitions, miracles… au vécu mystique devenu discret après la condamnation de 1699 (bref Cum alias). Un « matérialisme spirituel » comparable se manifesta plus récemment par des descriptions extérieures de phénomènes physiques, approches qui se voulaient scientifiques et sont en fait scientistes (Leuba, etc.).

Ces manifestations de la faiblesse humaine se prêtent souvent à de justes réductions aux couches psychologiques, développées par Janet, par Freud et leurs successeurs52. Une botanique de telles manifestations fut proposée avec grand succès par le P. Poulain dans un ouvrage qui eut une large diffusion53 parce qu’il était adapté aux récits d’apparitions qui occupèrent la place laissée vide à la suite du Crépuscule des mystiques et de leur condamnation.

Des milieux protestants anglo-saxons se détachent les ouvrages de grandes figures : W. James, E. Underhill, von Hügel…54. Enfin l’Orient orthodoxe, attaché aux grands Grecs cappadociens, fournit une « contre-épreuve » à l’Occident latin55.

Nous écarterons de notre volume les très nombreux auteurs de textes introductifs. Ils souffrent souvent d’une tendance ascétisante en vue de préparer à recevoir la grâce, ou tentent d’occuper et de consoler ceux qui l’attendent. Ils peuvent être l’œuvre d’authentiques mystiques car ceux-ci ne choisissent pas d’écrire mais répondent à la demande ou à l’injonction de ceux qui les entourent. Un immense champ religieux sera finalement laissé de côté pour que puissent émerger des auteurs qui répondaient à des demandes qui supposent le chemin intérieur engagé.

Contenu

[rédigé avant l’expansion de quatre à sept tomes]

Le contact avec « ce qui peut se manifester en nous de plus grand que nous » est vécu à travers les âges dans le monde entier : on aborde ici une fraction, celui du monde occidental qui fait surtout appel aux formulations chrétiennes, et en son sein on privilégie la France où la rencontre des influences provoque un essor remarquable au début du XVIIe siècle. Sainte-Beuve, dans son Port-Royal puis l’abbé Bremond dans son Histoire littéraire du sentiment religieux en France (1916-1933) ont mis en lumière la variété des spiritualités du Grand Siècle56. L’ensemble couvre quatre volumes. Chacun comporte quatre chapitres  d’importances égales mais d’extensions variables :

I. Des Origines à la Renaissance s’attache aux principales figures qui marqueront les mystiques à partir du XVIIe siècle. Cette ouverture peut être utilisée indépendamment comme un guide introduisant à la Tradition mystique occidentale.

Le premier chapitre présente un panorama des grandes influences qui déterminèrent son expression chrétienne. Il rappelle l’existence de mystiques qui vécurent en terres d’islam ou de religion juive, car il y eut de nombreuses influences croisées entre les religions du Livre.

Cette « ouverture de l’ouverture » est suivie d’un panorama précis couvrant l’Europe occidentale voisine de la France : l’est de la France d’aujourd’hui, la vallée du Rhin, les Flandres et l’Angleterre font l’objet du second chapitre, l’Italie et l’Espagne du suivant.

Le quatrième et dernier chapitre couvre le XVIe siècle qui va assurer une transmission de la tradition mystique facilitée par des réformes qui prennent place dans le monde catholique ; il rend compte d’influences entre le nord et le sud de l’Europe rendues possibles par l’apparition de l’unité politique qui assura la puissance d’un Charles-Quint.

Nous abordons ensuite le cœur de cette exploration qui devient beaucoup plus fouillée. Il était difficile de trouver des éléments communs permettant de classer la variété des expériences vécues. Nous avons retenu la façon dont l’existence concrète est encadrée : vie réglée en clôture ou vie dans le monde - toutefois conscients que ce critère distinctif n’affecte que des formes extérieures, tandis que le vécu mystique est comparable pour tous.

II. L’Invasion mystique des Ordres anciens souligne la vitalité méconnue issue d’ordres traditionnels au sein desquels surgissent des réformes qui manifestent la vie, telles des branches d’arbres, ici mystiques. Son premier chapitre décrit le jeu des influences et s’attache à restituer une vue d’ensemble sur la population des mystiques du Grand Siècle à l’aide de listes et de leur analyse, ce qui est tout à fait neuf. Le second chapitre traite un cas particulier important mais sous-estimé dans l’historiographie moderne : celui des missionnaires franciscains, principalement capucins. Nous reprendrons souvent en deux chapitres consécutifs un tel balancement entre synthèse générale et cas particulier. La vie réglée en clôture couvre le chapitre troisième consacré aux traditions monastiques et aux réformes. Le quatrième chapitre analyse précisément le cas particulier du carmel « déchaussé ».

III. Ordres nouveaux et figures singulières s’ouvre sur un bref chapitre situant la vie mystique dans son nouveau contexte culturel, politique et religieux : car l’époque moderne commence en fait au milieu du siècle, lorsque la prise de conscience du rôle de l’expérience, couplée à la découverte de l’immensité du monde, se généralise.

Puis nous présentons des figures – que l’on présente d’habitude isolées --, au sein de structures réglées mais de création nouvelle ; enfin hors de toute clôture et n’ayant pas à suivre une Règle portant sur le déroulement de la vie journalière. Cette contraction en deux chapitres de nombreuses figures masculines, souvent agrégées en une « école française », est facilitée parce que le très vaste ensemble de la dévotion méditative se situe hors de notre domaine57. Le dernier chapitre qui ferme ce troisième volume aborde l’autre moitié du genre humain par quatre figures féminines illustrant des conditions de vie très diverses.

IV. Une école du cœur couvre un réseau demeuré suspect trop longtemps. La quiétude naît en Espagne, arrive en France par l’Italie, se développe dans le cercle normand et à Paris. Rapidement la seconde génération de ce réseau associant laïcs et religieux se heurte à la méfiance générale qui s’est développée vis-à-vis des mystiques. Le cercle de Montmartre sera repris par Madame Guyon, grande figure mystique qui trouve enfin ici sa juste place. On sait que son apparition chronologiquement tardive empêcha qu’elle ne figure, sinon en filigrane, dans les histoires inachevées de Bremond et de Cognet disparus trop tôt. Son influence sera déterminante sur des proches et sur le siècle suivant.

Étoilement des mystiques du même volume achève l’entreprise. Nous doutons de la réalité de tout Crépuscule des mystiques, titre suggestif de l’ouvrage de Louis Cognet centré sur la figure de Madame Guyon, devenu trop fameux58. Il s’agit plutôt de l’effet « pervers » d’une diversification dans les expressions de l’expérience, liée à la disparition d’une langue technique commune adoptée du début du XIIe jusqu’à la fin du XVIIe siècle, celle d’une théologie mystique tributaire d’une représentation caduque du monde.

Une trentaine de figures de ces trois derniers siècles sont remarquables par leur diversité ; certaines surprendront des lecteurs par leur éloignement vis-à-vis de toute attache religieuse. Elles témoignent de la permanence de premiers contacts mystiques dont les manifestations ne se réduisent pas au domaine psychologique59.

Le champ théorique d’une théologie mystique au sens réduit depuis le XVe siècle n’est pas abordé. L’investigation s’attache aux données biographiques et aux influences qui s’exercèrent entre des personnes. Aucun modèle d’école n’écrase leur diversité concrète.

§

Je m’incline devant ces textes très profonds avec le respect qui leur est dû. Le lecteur exercera son propre jugement.

[…]

[Des origines à la Renaissance : pp.31-340]



Table

EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT 5 DES ORIGINES À LA RENAISSANCE 5

Remerciements 6

INTRODUCTION 9

De la Mystique 9

Opinions de quelques-uns. 15

Contenu 22

Avertissement. 27


1. L’ANTIQUITE ET LE HAUT MOYEN AGE 31

Israël 31

L’Ancien Testament 32

Le Nouveau Testament 33

L’apport judaïque 35

Le monde gréco-romain 39

Le stoïcisme et Épictète (vers 130) 39

Le néoplatonisme de Plotin ( ? - 270) à Proclus (412-485) 40

Grégoire de Nysse (~331 – apr. 394) et les Pères grecs 42

Saint Augustin (~354 - 430) et les Pères latins 45

Denys l’Aréopagite (~500) 45

Le Moyen Âge en terres chrétiennes 49

Moines du désert et leurs Apophtegmes 49

Jean Climaque (~575 ~650) et la Philocalie 50

Jean de Dalyatha (~690 ~780) 54

Syméon le Nouveau Théologien (949 - 1022) 54

Le Moyen Âge en pays islamisés 59

Thèmes et influence 63

Figures 65

Tables et listes de spirituels et mystiques chrétiens 66

Liste de mystiques chrétiens du XIe au XVIIe siècle 69


2. LE NORD DE L’EUROPE DU XIIE AU XVE SIECLE 73

Guillaume de Saint-Thierry (~1085-1148) 75

Cisterciens, victorins, chartreux 79

Les cisterciens et Bernard de Clairvaux (1091-1153) 79

Les victorins 82

Les chartreux 86

Trois Guigues 88

Hugues de Balma (~1300) 89

Denys le chartreux (1402-1471) 92

Béguines et Moniales 95

Un nouveau mode de vie 95

Deux Hadewijch 98

Marguerite Porete 102

Monachisme féminin 106

Gertrude d’Helfta 107

L’essor dans la vallée du Rhin 109

Maître Eckhart (~1260-1328) 109

Suso (~1295-1366) 115

Tauler (~1300-1361) 117

Institutions pseudo-taulériennes & Imitation de la vie pauvre de N.S.J.C. 124

Jan van Ruusbroec (1293-1381) 129

Un siècle de troubles 129

La vie et les œuvres 130

Les Noces spirituelles : Thèmes. Incertitude des traductions. Aperçu. 137

L’influence de Ruusbroec 145

Le cercle des proches. 145

Gérard Grote et la « Vie commune ». La congrégation de Windesheim 146

De la congrégation élargie de Windesheim au nouvel ordre jésuite 147

Gerlac Peters (1378-1411) 150

L’Imitation de Jésus-Christ (~1408 ?) 154

Henri van Herp (Harphius)(1400-1477) 155

L’Angleterre 159

Ermites et recluses, l’Ancren Riwle) (~1240 ?). 159

Richard Rolle (~1295 ? -1349) 162

Walter Hilton ( ? -1396) 166

L’auteur du Nuage d’Inconnaissance et son œuvre (~1370). 167

Julian de Norwich (~1343 – apr. 1416) 170

The book of Margery Kempe (~1373 ~1440) 173


3. LE SUD DE L’EUROPE AUX XIIE – XVE SIECLES 175

Les mouvements spirituels italiens de ~1000 à ~1200 176

François d’Assise (1182-1226) 179

Vertu de « pauvreté » et écrits 182

L’influence franciscaine 191

Claire d’Assise et les clarisses 191

Les débuts de l’ordre franciscain 193

Les Spirituels 194

Jacopone da Todi (~1236 - 1306) 198

Angèle de Foligno (1248 -1309) 201

Catherine de Gênes (1447-1510) et son cercle 209

La Vita 209

La « doctrine » 215

Le cercle génois ; influences reçues et exercées 218

Les origines en Espagne 221

Les influences 222

Le demi-siècle « des origines » 228

Le recueillement 230


4. L’EFFERVESCENCE DU XVIE SIÈCLE 233

Figures du nord 233

Theologia Deutsch, Livre de la Vie Parfaite (~1370 ?) 233

La Perle évangélique (~1520 ? éd. 1535) 236

Louis de Blois (Blosius) (1506-1566) 239

Évolutions franciscaines 243

Conventuels et observants, capucins, tertiaires… 243

Une « seconde » Angèle 245

Franciscains espagnols, Laredo (1482 ~1540) 250

Pierre d’Alcantara (1499-1562), ascète mystique 253

La réforme du Carmel espagnol 255

Chronologie du Carmel espagnol 257

Thérèse de Jésus (1515-1582) 261

Jeu d’influences 261

La vie d’une jeune fille espagnole pieuse 263

Sept demeures de l’âme 265

Jean de la Croix (1542-1591) 271

Le fondateur des carmes réformés 271

Les traces écrites 274

Le mont Carmel 277

Vide et unité 282

La « seconde génération » du carmel d’Espagne 289

Turba magna 289

Gratien (Graciàn de la Madre de Dios)(1545-1614) 291

Anne de Jésus (1545-1621) 292

Anne de Saint-Barthélémy (1549-1626) 297

Le Breve compendio (~1580) 305

Philippe Neri (1515-1595) fondateur de l’Oratoire romain 309

Tableau des Spirituels espagnols des XVIe et XVIIe siècles 316

Lieux fréquentés par Jean de la Croix et Thérèse d’Avila 318


SYNTHESE DES FILIATIONS ET INFLUENCES DU XIIE AU XVIIE SIECLE 320

Douze figures, douze textes, des sources 325

ANNEXES 327

I : COURANTS & MYSTIQUES JUIFS 327

Liste de courants et de mystiques juifs du Xe au XVIIe siècle 327

Dov Baer de Loubavitch (1773-1827)

II : MYSTIQUES EN TERRES D’ISLAM 329

Table géographique de mystiques ayant vécu en terre d’Islam du IXe au XVIe siècle 329

CHOIX BIBLIOGRAPHIQUE 333

1.Ouvrages généraux 333

2.Figures et œuvres 334

INDEX 337 TABLE DES MATIERES 341



8.EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT II L’INVASION MYSTIQUE EN FRANCE DES ORDRES ANCIENS

(4)8. Expériences II Ordres anciens (Lulu) 16mars18.docx

D Tronc Expériences II Ordres anciens (Deux Océans 2012).docx

D. Tronc, Expériences mystiques en Occident II. L’invasion mystique en France des Ordres anciens, Editions Les Deux Océans, 2012, reprise Trédaniel-Dervy, 378 p.

Présentation

Nous avons présenté dans notre précédent ouvrage les grandes figures mystiques reconnues qui vont inspirer l’essor d’expression française au début du XVIIe siècle­60. Une synthèse chronologique distribuée géographiquement les assemblait, qui a préparé l’étude entreprise ici.

Celle-ci est plus localisée dans le temps et l’espace. Trois volumes couvriront une durée brève en privilégiant l’espace géographique d’expression française. Un tel changement de résolution ou « grossissement » va révéler des figures moins célèbres dont certaines furent même oubliées au sein de dictionnaires érudits. Chaque nom bénéficie d’une section propre quand nous lui reconnaissons une valeur comparable à celle des figures précédentes dans la qualité du vécu mystique. Car si leurs facilités d’écriture littéraire sont parfois limitées, – c’est le cas à l’est pour le profond franco-flamand Constantin de Barbanson ou à l’ouest pour l’humble bretonne Armelle Nicolas, -- il ne s’agit jamais de figures mystiquement « mineures ».

La densité propre au Grand Siècle en Europe catholique est en effet extraordinaire : là où l’on pouvait raisonnablement s’attendre à ne relever que deux ou trois noms de grande valeur, notre récolte se monte à plus de dix figures originales de tout premier ordre réparties seulement sur quelques dizaines d’années61.

La France a été peu présente jusqu’ici, si l’on excepte l’impulsion assurée par les grands moines du XIIe siècle : Bernard de Clairvaux et son ami Guillaume de Saint-Thierry, les « intemporels » chartreux… Elle va prendre maintenant une place centrale, après les éclipses successives causées par la Guerre dite de cent ans puis par des luttes religieuses. Cette émergence accompagne la montée en puissance politique. Le royaume devient la principale puissance européenne après avoir desserré l’étau de l’empire de Charles-Quint. Le Siècle classique français succède au Siècle d’or espagnol.

À « l’invasion mystique » - expression chère à Bremond que nous croyons toujours globalement justifiée62 -, va succéder l’irrigation d’une société par ses sources internes. Celle-ci vit en effet un printemps spirituel par des renaissances qui ont lieu au sein du royaume, surtout dans ses ordres religieux. Elles s’appuient sur des textes étrangers, adaptés par une armée de traducteurs. L’invasion des textes prépare ainsi l’accueil favorable de franciscains italiens et anglais expatriés, puis de carmélites espagnoles.

Une présentation entièrement chronologique ne s’impose pas à propos d’une durée si brève concernant les relations entre trois générations. Se croisent et se heurtent hommes ou femmes de deux mondes : l’un est relié encore à une représentation médiévale hiérarchisée dans la structure matérielle de l’univers comme dans les royaumes de l’outre-tombe63; l’autre prend progressivement conscience d’un univers qui se découvre sans limites, dépourvu de centre, autonome dans ses mouvements depuis Galilée, incluant des vides depuis Pascal. Parallèlement à une cosmologie bouleversée, une brisure est accomplie depuis peu au sein du christianisme : les Réformes rencontrent la Contre-Réforme catholique. Enfin des civilisations lointaines mais évoluées sont découvertes.

L’ancien monde perdure plutôt au sein des ordres religieux traditionnels tandis que le nouveau monde demande des rénovations capables de répondre aux défis posés. Celles-ci prennent la forme de fondations adaptées aux exigences culturelles ou aux découvertes maritimes : l’humanisme est pris en compte au sein du royaume par les jésuites comme par leurs opposants jansénistes, tandis qu’au-delà des mers sont envoyées des entreprises missionnaires au Canada et en Extrême Orient.

Nous avons réservé le tome II aux ordres religieux « anciens » qui vont retrouver une vitalité inattendue. Le tome suivant III prendra en compte les fondations nouvelles. Le dernier tome IV s’attachera à l’émergence d’une mystique de la quiétude plus dégagée de contraintes ecclésiales et par là restée marquée et mal comprise.

Ce volume II comporte quatre parties :

1. Des textes et des hommes précède l’étude des premiers mystiques de France par un court rappel des influences64 et du rôle des traductions qui assurèrent en français la mise à disposition de l’essentiel de la tradition mystique65. Nous suggèrerons (tome III) un vaste « paysage mystique » et spirituel en donnant la liste chronologique de figures qui connurent le Grand Siècle, précisant aussi leur appartenance et leur importance à nos yeux. Elle comporte plus de cent noms, patiemment évalués en « arpentant les allées de la mystique » : sur un siècle et demi66, une soixantaine nous a semblé avoir une expérience mystique.

2. Traditions monastiques et réformes rappelle la permanence de l’érémitisme, puis couvre de multiples réformes : celles-ci sont multiformes chez les bénédictines, également augustiniennes, célèbre à Port-Royal. La rénovation des grands carmes est menée par l’aveugle convers Jean de Saint-Samson et par ses disciples. Ce qui nous conduira à évoquer de façon détaillée une rénovation cette fois féminine et de large influence jusqu’à nos jours :

3. Le Carmel déchaussé expose l’aventureuse implantation en France de l’héritage venu d’Espagne, le pays ennemi de l’époque. Le récit haut en couleur a été déjà conté, mais ses suites internes à la vie mystique carmélitaine n’ont jamais fait l’objet d’une synthèse. Nous nous attacherons à mettre en valeur les actives « ouvrières » religieuses et non les autorités masculines dont elles dépendaient : il s’agit de madame Acarie devenue converse sous le nom de (première) Marie de l’Incarnation, d’Isabelle des Anges, la seule Espagnole demeurée en France, de Madeleine de Saint-Joseph restée injustement dans l’ombre de Bérulle, de ses compagnes et dirigées… En conclusion de ce parcours féminin, nous rendons justice aux carmes grâce à deux grandes figures tardives : le convers mystique Laurent de la Résurrection et l’historien de la Tradition Honoré de Sainte-Marie.

4. Les Franciscains constituent la partie la plus neuve de notre étude et l’oubli d’une synthèse relevant les nombreux spirituels franciscains, déploré par Bremond, est ainsi réparé. Benoît de Canfield est reconnu parce qu’il fait partie de la « première génération » capucine et qu’il exerça une forte influence sur son siècle : nous mettrons sa Reigle en valeur. Bien d’autres capucins sont de valeur égale, dont Constantin de Barbanson, Martial d’Étampes et Jean-François de Reims. Quatre récollets les accompagnent, de Séverin Rubéric à Maximien de Bernezay. Surtout se détachent par une fécondité sans commune mesure avec leur faible nombre des tertiaires réguliers ou laïcs emmenés par la grande figure de Jean-Chrysostome de Saint-Lô : ils achèvent notre revue des ordres « anciens ». Parce qu’ils ont toujours été liés aux laïcs, les réguliers nous conduisent vers un monde nouveau, celui des mystiques normands animés par M. de Bernières et celui de ses successeurs de l’école du Cœur. Les uns et les autres seront abordés dans les prochains volumes.

Avertissement

Notre but n’est pas historique même si nous avons médité pour chacun des volumes une présentation solidement structurée chronologiquement au sein de diverses localisations ou états de vie. Nous voulons avant tout faire apprécier des textes qui peuvent répondre à l’intuition mystique.

Dorénavant la nature anthologique de notre entreprise se révèlera plus largement et nous n’hésiterons pas à citer quelques textes de façon suivie (ici pour la bénédictine Marie de Beauvilliers puis pour le capucin Benoît de Canfield). Car les textes mystiques « sans idées » sont rarement rendus accessibles : ils seront souvent réimprimés ici pour la première fois depuis leur apparition

Il nous est possible de le faire sans limitation à dix lignes par citation parce que nous ne dépendons pas de rééditions récentes très généralement absentes (ou fautives). Nous avons eu recours à l’édition dernière du vivant de l’auteur ou à la première édition établie peu après sa disparition (mais souvent non sans une large intervention d’un écrivain tiers, suivant en cela la pratique habituelle de l’époque). Nous modernisons l’orthographe et la ponctuation et signalons nos coupures.

Notre rôle consiste à attirer le lecteur vers de beaux textes. De nombreuses citations sont extraites de versions longues, voire intégrales, disponibles sur notre site web « cheminsmystiques.fr »67. Certains livres existent dans les bibliothèques électroniques, en particulier pour ceux disponibles en versions anciennes, ce qui ne présente guère d’inconvénient68.

Les citations sont données en italiques lorsqu’il s’agit de textes mystiques d’époque. Elles sont données en romain lorsqu’il s’agit plus rarement de reprises d’études modernes.

Les références sont très nombreuses. Nous avons tenu à donner les informations qui seront utiles à celui qui, recherchant un essentiel disséminé au sein d’une immense littérature spirituelle, attiré par une ou deux de nos citations, veut approfondir tel ou tel auteur. Et nous avons suggéré de nombreux chemins de traverses qui mériteraient de plus amples explorations.

Le lecteur trouvera un Index regroupant noms et thèmes propres au XVIIe siècle à la fin du prochain tome III. La Table des matières en tient lieu pour les figures du présent tome.

1. des textes et des hommes

Nous commencerons par une approche synthétique afin de préparer aux explorations individuelles réparties dans les chapitres suivants. Ceci nous permettra de rendre compte d’influences qui se jouent sur deux siècles en les organisant géographiquement. Puis nous rappellerons l’importance de la transmission d’une tradition mystique écrite.

Le jeu des influences de 1381 à 1594.

Plus de deux cents ans séparent la mort de Ruusbroec de la fin des guerres de religion en France. La première date clôt l’activité d’une trinité mystique : Tauler meurt en 1360, l’anonyme auteur anglais du Nuage d’Inconnaissance est actif autour de 1370, Ruusbroec meurt en 1381. La dernière date correspond au réveil du pays le plus peuplé d’Europe : le début du règne d’Henri IV voit la paix revenir en France, calme grâce auquel une « invasion mystique » s’amorce par des traductions, bientôt suivie de l’arrivée de spirituels étrangers par le nord et par le sud du royaume. Ils vont contribuer à un vaste essor religieux.

L’histoire des développements sur la durée de ces deux-cent treize années est complexe et demeure mal cernée. On constate globalement un tassement dans la continuité pour la tradition flamande tandis que des développements neufs prennent place en Italie et en Espagne. Cependant la tradition nordique reste dominante en France jusqu’à l’arrivée physique des carmélites espagnoles, puis elle s’atténuera sous l’influence des agents de la Contre-Réforme au service du Roi Très Chrétien69.

Plus précisément Denys le chartreux (1402-1471), Henri van Herp (Harphius) (1400-1477), puis La Perle évangélique (~1520 ? éditée en 1535), enfin les Institutions Taulériennes (1548 pour l’édition latine par Surius) transmettent dans le monde catholique le message issu de Ruusbroec et de Tauler, sans oublier l’Institution spirituelle de Louis de Blois (-1566). Dans le monde protestant, la Théologie germanique prolonge l’influence d’Eckhart (dont le nom demeure inconnu) et celle de Tauler : elle est éditée par Luther en 1516 puis en 1518.

On ne trouverait après le XIVe siècle qu’un écho affaibli de l’élan mystique ? Une complexité croissante est peut-être à mettre en cause associée à un effort d’exploration moins grand qui affecte une période où la théologie et plus largement la représentation du monde demeurent stables après un développement rapide d’une culture européenne autonome au cours des deux siècles précédents.

Cet affaissement est-il réel et dû à l’effet dévastateur de pestes récurrentes70 ? Elles assombrissent en tout cas la vision spirituelle chez tous. Faut-il invoquer la guerre dite de cent ans71? Faut-il souligner l’effet dévastateur de la division de la papauté72, puis celui des luttes liées aux affrontements entre réformés et catholiques après 1517 ?

Mais aucune période historique n’est calme : suivront, pendant la période que nous allons étudier, - mais surtout hors de France - les terribles guerres « de trente ans » culminant vers 1630, qui scelleront l’opposition irréductible entre deux mondes religieux campant sur des frontières enfin stabilisées, puis celle « de quarante ans » à partir de 1672, qui voit l’affrontement entre deux mondes politiques, Louis XIV s’opposant à une Europe coalisée financée par la Hollande.

La mystique reste bien vécue par des figures de la devotio moderna ou par celles d’inspiration franciscaine. Simplement il ne leur est pas nécessaire d’inventer de nouveaux modèles : la fraîcheur manque.

Pour éclairer cette période de transition, il resterait à éclaircir le maillage dense des relations entre « écoles » mystiques. Celle, initialement dominante, dite « du nord », étend ses influences vers le sud. Après la Réforme, la disparition du monde catholique nordique accélère le processus par migration.

Des influences sont passées par quatre voies géographiquement distinctes dont les plus déterminantes s’exercèrent de personne à personne :

1. La voie passant par la chartreuse de Cologne.

L’activité intellectuelle de cette chartreuse73 est remarquable et met à profit l’arrivée de l’imprimerie : le corpus taulérien dont nous avons précédemment vu la richesse est édité, et transmet ainsi des influences qui passeront par le bénédictin Louis de Blois74, les carmes Jean de la Croix et Jean de Saint-Samson, le capucin Benoit de Canfield, et « de l’autre côté » par des luthériens dont Arndt et Gerhardt.

Plus précisément, des relations étroites lient Maria van Hout ( ?-1547), qui a pour amie l’auteur de la Perle évangélique et du Tempel, avec Gérard Kalckbrenner (1494-1566), chartreux, son fils spirituel depuis 1530, compilateur des Institutions pseudo-Taulériennes (en allemand) : textes admirables auquel on attache malheureusement le péjoratif « pseudo » parce qu’ils rassemblent, outre des textes de Tauler, des contributions provenant d’Eckhart et d’autres spirituels.

L’entreprise est menée à la chartreuse de Cologne en liaison avec Pierre Canisius (1521-1597) : ce jésuite qui connaît également personnellement Maria van Hout75, est l’éditeur-traducteur en latin de la compilation de ses amis chartreux. Sa traduction va couvrir la France76. La Perle évangélique (~1520 ? éditée en 1535) et l’Institution spirituelle de Louis de Blois (1506-1566) concourent à cette conquête des spirituels77. Blosius appartient à la famille française des comtes de Blois et de Champagne par son père et à la noblesse des Pays-Bas par sa mère Catherine de Barbançon.

En Flandre espagnole, la « façon nordique » se heurtera à l’incompréhension de Graciàn, le bouillant (et attachant) confesseur de Teresa, avant de devenir celui d’Anne de Jésus arrivée à Bruxelles en 1607. Mais l’influence parvint auparavant en France par l’intermédiaire du capucin Benoît de Canfield qui lui emprunta « les deux formes d’annihilation mystique, l’active et la passive78 ».

Il faut enfin signaler le rôle du prêtre Pelgrim Pullen qui rencontre la mystique Claesinne van Nieuwlant en 1587 à Gand :

« L’expérience du non-être dont Claesinne et Pullen s’entretiennent n’est pas tant une préparation ou une condition préalable à l’union avec Dieu qu’un de ses aspects : c’est l’intensité de la présence du Tout Autre qui est la cause de l’anéantissement. », explique Mommaers, qui cite Pullen :

Lorsque l’homme connaît quelque chose de Dieu, il se connaît lui-même et il ne connaît pas Dieu […] Lorsque rien n’est connu, c’est alors que Dieu est connu. Cela veut dire : lorsque l’homme se voit privé de tout, au point de ne plus rien avoir et de ne plus rien connaître. Une telle connaissance ne peut entrer ni dans l’intelligence ni dans l’entendement … S’abaisser sous Dieu voilà ce qu’est une telle connaissance ; elle est cela et rien d’autre que cela. […] 79

2. La voie anglaise.

La mystique du Nuage d’Inconnaissance et celle de Julian de Norwich est influente grâce à des émigrés : à Paris William Fitch of Little Canfield (Benoît de Canfield) et Archange de Pembrocke, puis plus tard à Douai Augustin Baker. Ce dernier centre est important car une université catholique y fut fondée par les jésuites et mise en concurrence avec la vénérable université de Louvain (on en retrouve un signe révélateur dans l’opposition que rencontrera Jansénius pour des raisons que l’on doit qualifier de politiques, par exemple l’esprit d’indépendance de Flamands même catholiques vis-à-vis du pouvoir espagnol).

Nous livrons longuement en dernière partie du volume des extraits de la Règle de Benoît. Son compagnon Archange de Pembrocke est le directeur de Port-Royal à ses débuts, entre 1609 et 1620 mais n’aurait pas laissé d’écrits.

Quant à dom Augustin Baker (1575-1641), il prend l’habit bénédictin en 1605. En 1624, à Cambrai, il aide le nouveau couvent de bénédictines anglaises. Il est renvoyé en 1633 à Douai où il mène une vie retirée. Il traduit en plusieurs volumes des œuvres réputées de Tauler, fait connaître le Nuage ainsi que The Scale of perfection de Hilton.  Sa Sancta Sophia est un précis soigné de ses écrits et une œuvre remarquablement claire80.

3. La voie italienne.

Elle passe par Catherine de Gênes, partiellement tributaire des deux Hadewijch : elle influence Isabelle Bellinzaga, l’auteur du Breve Compendio que reprendra Bérulle. Cette voie serait-elle secondaire ? Elle est surtout mal connue et ne se limite pas aux transmissions des textes, si l’on considère les proches qui entouraient Catherine et leurs successeurs81.

L’arrivée de membres des ordres italiens en France suit immédiatement la fin des guerres de religion : se distinguent les capucins, le Tiers Ordre Régulier franciscain auquel appartient Chrysostome de Saint-Lô, les ursulines, des jésuites dont le père Coton, confesseur d’Henri IV, qui apporte le Breve Compendio après son séjour milanais. Enfin les échanges avec Rome, centre de la religion catholique, sont permanents.

4. La voie espagnole.

L’arrivée du Carmel féminin en France est capitale : les disciples de Jean de la Croix apportent leur expérience et forment les mystiques françaises. Nous y consacrerons tout un chapitre.

Les Espagnols ne s’opposent pas profondément à la mystique du nord avec laquelle Jean de la Croix a été en contact lors de ses études à Salamanque (ce qui s’explique aisément car la Flandre faisait partie de l’empire de Charles Quint)82. Mais nous avons déjà noté l’opinion prudente d’Anne de Jésus arrivant en Flandre à Bruxelles83.

Évoquons maintenant l’arrivée des textes mystiques étrangers en France car elle est contemporaine de l’influence entre personnes. Elle s’est faite dans un contexte très complexe.

Troubles, chartreux et traducteurs.

La seconde moitié du XVIe siècle couvre en France une période de troubles qui voit la destruction et la décadence de très nombreux monastères. Le sommet des luttes civiles se situe peu avant 1572, date du massacre de la Saint Barthélémy. Elle se termine grâce à la modération d’Henri IV et à son talent militaire qui lui permettent de reconquérir lentement le royaume.

On peut situer la renaissance de la paix civile en 1594 qui voit son entrée à Paris suivie de son abjuration à Saint-Denis. Absous par le pape (peut-être conseillé par le mystique Philippe de Néri), Henri IV doit encore soumettre les dernières places ligueuses : la date de l’Édit de tolérance de Nantes en 1598 serait une date charnière pour la renaissance religieuse du royaume84. Une intense activité souligne alors le réveil religieux qui suit la paix.

Une tradition chartreuse

Une tradition s’était toujours maintenue chez les chartreux. Déjà au début de la Renaissance, Lefèvre d’Etaples venait à la chartreuse parisienne de Vauvert « puiser dans ‘les coffres pleins de manuscrits des œuvres mystiques que les religieux communiquaient libéralement’ et dont les mystiques rhénans constituent le fond le plus précieux85 ». Les coffres ont disparu…

À la même chartreuse, on publiait Harphius dès 1491 et Denys en 1538. À celle de Cologne, on éditait la Perle en 1545, Tauler (et d’autres rhénans dans les Institutions taulériennes) en 1548, Ruusbroec en 1549… Les chartreux restent ainsi fidèles à leurs Coutumes :

Nous voulons que les livres qui sont la nourriture éternelle de nos âmes soient conservés avec la plus grande précaution et confectionnés avec la plus grande application, afin que ne pouvant prêcher par les lèvres la parole de Dieu, nous la prêchions par les mains…86

Ils ne se contentent pas d’éditer pour transmettre les richesses du passé mais, conscients des exemples offerts en leur temps ou presque, ils les traduisent. Une première traduction de Catherine de Gênes voit le jour à la chartreuse de Bourg-Fontaine en 1598. Elle est suivie de celle des œuvres de sainte Thérèse en 1601, par le prêtre Jean de Brétigny (de Quintanadueñas) et le prieur chartreux de Bourg-Fontaine87. Richard Beaucousin, vicaire de Vauvert en 1593, anime l’équipe qui traduit la Perle évangélique publiée en 1602 (puis en 1609) et L’Ornement des Noces de Ruusbroec en 1606.

Richard Beaucousin (1561-1610)88 fut avocat avant de rentrer à l’âge de trente ans à la chartreuse de Paris. Outre son entreprise de traductions, il contribua à l’introduction en France du Carmel réformé espagnol. La cellule de « l’œil des contemplatifs » fut en effet fréquentée par tout ce que Paris rassemblait d’esprits tournés vers la mystique : un autre futur traducteur, René Gaultier, madame Acarie, le jeune Bérulle, François de Sales, ainsi que Philippe Thibault (à l’origine de la réforme parallèle purement française dite de Touraine) :

« Il aura sur les milieux spirituels de la capitale une influence extraordinaire. La foule des visiteurs qui assiégeaient sa chambre claustrale troublaient le silence de la chartreuse, si bien que dès 1598, ses supérieurs songèrent à l’éloigner de Paris et le nommèrent prieur de Nantes. Le nombre des protestations fut si grand dans la ville que la nomination fut rapportée. Mais en 1602 il est envoyé comme prieur à Cahors, où il meurt le 8 août 1610 avec la réputation d’un grand serviteur de Dieu.89 »

Richard aida aussi à la publication du Bref discours de Bérulle (qui reprend le Compendio de la « Dame milanaise » Isabelle Bellinzaga), et surtout à la défense de la Règle de Benoît de Canfield (1608).

Le XVIIe siècle verra par la suite un très grand nombre d’œuvres produites par des chartreux dont le nombre réduit est sans rapport avec leur influence, qui est décisive90. Cette tradition de mise à disposition de textes mystiques se poursuivra jusqu’à nos jours avec un dom Porion traduisant et présentant les poèmes et les lettres des deux Hadewijch et de Béatrice de Nazareth91 (outre des écrits personnels non signés)92.

Les textes essentiels des siècles précédents

Une intense activité de traduction se produit donc à la charnière de deux siècles et marque sur le plan des écrits la convergence en France des influences provenant des Flandres espagnoles, de l’Espagne et de l’Italie.

En premier lieu, la Perle évangélique fut un relais essentiel entre Ruusbroec et le siècle nouveau grâce à la mise à disposition du texte flamand en français et à son onction. Son influence fut comparable à celle des Institutions Taulériennes écrites en latin, et à celle de l’Institution spirituelle également latine de Louis de Blois93. Ces trois textes furent d’une importance capitale : tous les mystiques du siècle se sont appuyés sur eux pour justifier leur expérience.

Rappelons par un extrait la profondeur de la Perle : elle appelle au retour intérieur qui, s’il est poursuivi « l’espace d’un an entier », ne saurait rester ignoré de Dieu :

Si l'homme se convertissant soi-même, en soi-même prenait garde à l'inaction divine, il trouverait d'admirables œuvres de Dieu en soi, voire qui surpassent même tous sens et entendement naturels. Que si par l'espace d'un an entier il ne faisait autre chose que seulement prendre garde et être attentif aux œuvres divines que Dieu opère en lui, jamais n'aurait mieux employé année, ni aurait oncques [jamais] fait œuvre si bonne que cette-ci ne la surpassât en bonté, et ne fût beaucoup meilleure. Que si voire [vraiment] à la fin de l'année, quelque chose de cet œuvre interne et occulte [caché], qui se fait au fond de l'âme, lui était révélée, voire non révélée, il aurait néanmoins mieux employé cette année-là, que tous ceux-là qui avec soi-même auraient cependant fait certaines grandes œuvres. Pour-autant [pour cette raison] qu'avec Dieu rien ne peut être négligé.

Car sans doute Dieu tout-puissant est plus noble que toutes les créatures. Et cet homme ici délaissant [quittant] toutes les œuvres extérieures a assez à quoi s'occuper intérieurement. Et c'est ici que se trouve la vraie part. Ce que toutefois fort peu veulent croire, c'est à savoir qu'une œuvre si divine se fasse en ce fond-là. Et c'est pourquoi un si grand erreur94 occupe et enveloppe les séculiers, et religieux aussi, pour-autant qu'ils sont déchus et se sont éloignés [331r°] et égarés de ce fond spirituel, dans lequel Dieu habite. Car ne voulant croire que Dieu soit dedans eux, certainement ils ont délaissé la vive [vivante] veine inconnue à tous pécheurs.

Finalement il y en a plusieurs qui, persistant en leur nature et propre sens, opèrent selon leur raison propre, et veulent premièrement se perfectionner en la vie active et puis après és [dans les] autres deux. Mais hélas, ils défaillent en cela, pour-autant que demeurant en l'inférieur et sensuel homme, jamais ne deviennent spirituels et divins. La raison est qu'ils ne s'introvertissent en cet essentiel fond spirituel, là où ils devaient se réjouir totalement à Dieu, afin qu'il opérât avec eux. Au moyen de quoi toutes leurs œuvres seraient rendues spirituelles et divines, en quoi la vie active est parfaite.

Car quand l'homme, avec tout son entendement et ses forces, s'applique intérieurement et extérieurement à son Dieu, ainsi que fait le disciple à son maître, et qu'il laisse totalement tout son sens, son entendement et ses forces en Dieu, alors Dieu tirant et prenant cet homme à soi, opère toutes ses œuvres, porte toutes ses charges et le garde en tout lieu de tous périls. C'est pourquoi quelqu'un dit : O homme, ou te gardes toi-même, et pratiques avec grand labeur les vertus, et toutefois tu n'adviendras jamais à un bon état. Ou, te résignant [t’abandonnant] toi-même, accomplis toutes les vertus, et sans labeur, et tu parviendras à un très haut état et degré95.

Quant à l’influence espagnole, elle se propagea par l’intermédiaire de René Gaultier (~1560-1638) : ce visiteur de la cellule de Beaucousin fut un grand traducteur des Espagnols. Conseiller d’État et avocat, il vécut à Paris et eut au moins cinq enfants de Péronne de Laurent (-1656), épouse considérée comme un « vrai miroir de perfection ». Il traduisit Pierre d’Alcantara (le franciscain qui eut une influence décisive sur Teresa), et Jean de la Croix (déjà !), mais aussi Louis Du Pont96, Jean Climaque97… Ses traductions sont exactes et surtout mystiquement « sensibles »98.

En ce début de siècle, tous respectent les contenus mystiques qu’ils adaptent par une compréhension que l’on devine intime : ainsi pour le Cantico A de Jean de la Croix rendu par Gaultier. Il faudra attendre Marie du Saint-Sacrement (1861-1939) pour retrouver une telle qualité de compréhension grâce au partage implicite d’une expérience mystique commune99.

Ces spirituels qui sont en même temps traducteurs, ne se contentent pas de travaux en cabinet : de Brétigny et Gaultier partiront chercher des carmélites en Espagne, non sans aventures. Tous sont très discrets sur leur vie personnelle : ils s’effacent devant ce qu’ils transmettent.

Dès le début du siècle, donnant ses racines au mouvement mystique, ils rendent donc disponible ce que nous appellerions une « base de données », à savoir les textes essentiels des siècles précédents qui serviront à conforter et défendre s’il y a lieu, une vie vraiment mystique : ceci très directement (Ruusbroec, Catherine de Gênes, Teresa et Jean de la Croix bien avant qu’il ne soit pleinement reconnu), ou par le relais d’un spirituel qui sert d’intermédiaire expérimenté (Harphius et l’auteur de la Perle évangélique).

En particulier, les Noces spirituelles (1606) de Ruusbroec sont traduites en français par un chartreux et tous les mystiques du royaume de France peuvent s’abreuver à sa joie :

Mais je vous prie, quel est cet avènement perpétuel de notre Époux ? Certainement, c’est la génération nouvelle et l’illumination laquelle Dieu fait sans cesse en nous. Car ce fond où reluit cette clarté, [185v°] voire et même qui est cette clarté même, est fécond et vigoureux, et pour ce, la manifestation de la lumière éternelle est continuellement renouvelée au plus profond de l’esprit. Et il faut certes, qu’ici cède et succombe tout ce qui est des actions créées. […] Et l’avènement de l’Époux céleste est si soudain et si léger que toujours il vient, et demeure toujours au-dedans, et ce avec richesses infinies, et qu’il revient toujours encore de nouveau et sans cesse, en propre personne, avec clarté infinie, comme s’il n’était jamais venu. Car son avènement sans temps, consiste en quelque maintenant éternel, et est toujours reçu avec désir nouveau et joie nouvelle100.

Quelques années plus tard, les minimes de Rouen publient les Institutions [Taulériennes] avec la Vie … et Epistres et quelques excellents sermons… en 1614.

Puis la Théologie Mystique de Harphius (Herp), le « héraut » de Ruusbroec, paraît à Paris en 1616 dans une belle traduction offerte par J.-B. de Machault, conseiller du roi :

Que s'ils renonçaient à toute propriété en toutes œuvres, ils passeraient toutes choses par un esprit nu et pur ; en laquelle pureté ils seraient agis sans moyen par l'Esprit divin, en prenant quelque certitude qu'ils sont enfants de Dieu ; « parce que ceux qui sont agis et poussés de l'Esprit de Dieu, sont enfants de Dieu. »

En sixième lieu, aucuns sont qui embrassent cette limitation, comme enfants secrets de Dieu ; lesquels doivent nécessairement, non seulement vivre de vertus, et y veiller ; mais aussi par-dessus toutes vertus mourir, et être ensevelis en Dieu pour renaître plus heureusement en lui. Sur quoi faut savoir, combien que les hommes, quand ils naissent du saint Esprit, sont alors enfants de grâce, et que leur vie est ornée des vertus, et qu'ils surmontent toutes choses contraires à Dieu, selon ce dire de saint Jean [I Jean, 5] : « Tout ce qui naît de Dieu surmonte le monde ». Toutefois ceux-là sont ici appelés serviteurs ; parce qu'ils ne se sentent encore bien établis en Dieu, ni certifiés de la vie éternelle ;

Mais quand nous montons en excès par-dessus nous-mêmes, et qu'en notre monter à Dieu nous sommes faits si simples, que l'amour pur et nu nous peut arrêter en sa sublimité, où il exerce soi-même par-dessus tout exercice des vertus, savoir en notre origine, et où nous naissons spirituellement. Là même nous sommes transformés, et mourons à Dieu, à nous-mêmes, et à toute propriété, et sommes faits secrets enfants de Dieu, en trouvant une noble vie en nous, selon ce dire de l'Apôtre [Colossiens, 3]: « Vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. » 101

Enfin paraît tardivement, en 1622 102, la traduction par Gaultier du Cantique de Jean de la Croix, apporté en France par Anne de Jésus à qui il était dédié (un manuscrit aujourd’hui perdu du Cantique A) :

Mais vous [le Père Archange, capucin] qui avez déjà pris goût aux écrits du Révérend Père Jean de la Croix, je m’assure que vous verrez d’aussi bon œil ce sien posthume qui n’a point encore été mis sous la presse, où il se rend fort facile et familier pour la matière qu’il traite. Ceux qui n’ont point expérimenté les grâces et unions mystiques dont il parle, n’en sauraient juger, ce qui fermera la bouche à beaucoup de gens qui s’entremettent le plus de ce qu’ils entendent le moins. Ayant déjà prêté ma plume à la version des œuvres de ce religieux tant estimé de la sainte Mère Thérèse, je n’ai pu lui dénier ce dernier labeur, pour communiquer aux Français les trésors de sa rare doctrine103.

Les œuvres mystiques européennes essentielles – si l’on excepte Denys le chartreux dont l’œuvre latine est d’extension considérable, et les mystiques anglais qui attendront le milieu du siècle – sont ainsi toutes disponibles en français au tournant du siècle. Fait essentiel : on n’a plus besoin de recourir au latin, langue des clercs, ce qui ouvre accès aux femmes, qui sauront en faire bon usage.

Ces traductions ne privilégient pas l’élégance, - la langue française est encore rugueuse, - mais leur précision rend compte fidèlement de l’intériorité exprimée dans le texte, vécue par ces premiers traducteurs qui ressentent une obligation apostolique. Leur travail qui s’approche du mot à mot nous les fait préférer aux « belles infidèles » nées plus tard sous l’influence de l’école des traducteurs issue de Port-Royal104 : celle-ci recommande de repenser le texte pour le restituer, voulant tirer le meilleur parti d’une langue française jugée désormais l’égale du latin. Mais repenser un texte mystique en respectant l’intention de l’auteur n’est pas possible parce que l’« onction » spirituelle passe à côté du sens obvie (le problème est bien reconnu dans le champ poétique) ; les traducteurs ont rarement l’expérience mystique suffisante. L’idéal est de disposer d’une édition originale et de pouvoir y remonter, ce qui était le cas vers 1620 où l’espagnol, première langue d’Europe en avance littérairement, - son Siècle d’Or est achevé, - était connu de nombreux lecteurs, dont des femmes.

Émigration mystique, fécondité et décadence

Parallèlement à cette disponibilité des textes, des catholiques émigrent et trouvent refuge en France, tel Benoît de Canfield. Beaucoup d’autres vivent hors des frontières du royaume, mais sont suffisamment proches pour que la langue française soit pratiquée à côté du latin : à Mayence, le capucin Constantin de Barbanson écrit en français, après une période passée auprès des bénédictines de Douai, ville universitaire des Pays-Bas espagnols où œuvre (mais en latin) son contemporain bénédictin Augustin Baker.

Les pays plus extérieurs « du nord » et de l’est, Angleterre, Pays-Bas, Allemagne, sont devenus protestants. Leurs nouvelles Églises s’opposent à ce qui leur paraît être des reliquats du Moyen Âge : les approches de type mystique et la médiation assurée par le corps des moines et des clercs « papistes ». Des communautés réformées prennent leur place, en s’appuyant sur leur interprétation littérale de l’Écriture, pour assurer une autorité laissée vacante. Ceci ne laisse guère de place à l’intériorité, sinon celle dominée par une conscience morale propre aux puritains anglais et bien plus tard reprise par Kant. Quelques très belles figures mystiques existent cependant dans l’Europe non catholique : souvent il s’agit de poètes (anglais…), de quakers, de piétistes, de « chrétiens sans église ». Nous en évoquerons quelques-uns dans le prochain tome.

Après la fécondité du XVIe siècle, les pays du sud, Espagne et Italie, vont entrer en décadence. C’est l’effet retard de contrôles stricts par leurs Inquisitions. Il est vrai qu’elles ne brûlaient leurs victimes que « modérément » au XVIIe siècle, seulement pour maintenir une peur jugée utile au salut et à l’ordre public105 : on sait comment la mise en scène d’un Autodafe impressionna si fort la jeune Teresa qu’il se transforma en vision de l’enfer106. Nous présenterons au tome IV le récit du « spectacle » de l’abjuration de Molinos à Rome qui dura une journée entière. De telles mises en scènes interdisaient efficacement toute expression d’une liberté créatrice. Elle n’est en effet que rarement exercée car les martyrs volontaires sont rares… La décadence des imprimeurs accompagna celle de la pensée libre : ils disparaissent en Espagne et en Italie, ne se maintiennent que les presses d’Anvers dont témoigne le musée Plantin. La Hollande est le pays le plus peuplé d’Europe : elle monte en puissance et ne subit pas encore de joug despotique. Dans ce refuge de la pensée libre, on publiera des ouvrages par dizaines de milliers au cours du Grand Siècle.

Tableau I : Principales influences exercées sur les mystiques français du XVIIe siècle.

[……...]

Remerciements 6

PRÉSENTATION 13

AVERTISSEMENT 17

TABLE DES MATIERES 9


1. DES TEXTES ET DES HOMMES 13

Le jeu des influences de 1381 à 1594. 19

1. La voie passant par la chartreuse de Cologne. 21

2. La voie anglaise. 23

3. La voie italienne. 24

4. La voie espagnole. 24

Troubles, chartreux et traducteurs. 25

Une tradition chartreuse 26

Les textes essentiels des siècles précédents 28

Émigration mystique, fécondité et décadence 34

Tableau I : Principales influences exercées sur les mystiques français du XVIIe siècle. 36


2. TRADITIONS ET RÉFORMES MONASTIQUES 37

Ermites. 38

La vie des ermites et des recluses. 38

Grégoire Lopez (1542-1596), ermite mystique au Mexique. 39

Jeanne de Cambry (1581-1639), ermite à Tournai. 45

Hubert Jaspart (1582 ~1655), prêtre ermite de Mons. 53

Maintien de la règle de saint Augustin 57

La vie canoniale. 57

Antoinette de Jésus (1612-1678) 58

Épiphane Louys (1614-1682), prémontré. 61

Permanence de l’ordre bénédictin 65

La Tradition. Congrégations de Saint-Vanne et de Saint-Maur 65

Dom Augustin Baker (1575-1641) 68

Dom Simplicien Gody (1600-1662) 73

Dom Claude Martin (1619-1696). 75

Une succession de bénédictines réformatrices 79

Une histoire mouvementée : Marie de Beauvilliers (1574-1657) et la réforme à Montmartre 81

Exercice divin, ou pratique de la conformité de notre volonté à celle de Dieu (1631). 86

Marguerite d’Arbouze (1580-1626) 99

Louise de Ballon (1591-1668) 101

Trois bénédictines à Montargis 104

Marie Granger (1598-1636), Mère de l’Assomption 104

Louise Boussard (1613-1643), Mère de Sainte Gertrude 105

Geneviève Granger (1600-1674), Mère de Saint Benoît 106

Charlotte Le Sergent (1604-1677). 111

La Mère du Saint-Sacrement et ses bénédictines 115

Mectilde du Saint-Sacrement (1614-1698), Mère fondatrice 115

Élisabeth de Brême (1609-1668), Benoite de la Passion 122

Jacqueline Bouette de Blémur (1618-1696) 125

Tableau II : Lieux, Bénédictines & Spirituels associés 127

La réforme de l’abbaye cistercienne de Port-Royal par la mère Angélique (1591-1661) 129

La Réforme du carmel français par Jean de Saint-Samson (1571-1636) et ses disciples 133

Multiples réformes. 133

La vie d’un frère convers aveugle. 135

Les « dits » de l’amour divin. 140

Disciples et Directoire spirituel. 147

Dominique de Saint-Albert (1596-1634) 151

Maur de l’Enfant-Jésus (1617/8 -1690) 157

Michel de Saint-Augustin (1621-1684) 164

Maria Petyt (1623-1677) 165


3. LE CARMEL « DÉCHAUSSÉ » 167

Joseph de Jésus Maria [Quiroga] (1562-1628), carme défenseur de Jean de la Croix 169

L’implantation de la réforme carmélitaine en France 175

Jean de de Brétigny [de Quintanadueñas] (1556-1634) et ses voyages. 175

Madame Acarie, (première) Marie de l’Incarnation. 182

Le cercle de madame Acarie 199

« Le » voyage d’Espagne 201

L’arrivée des carmes déchaux en France 203

Constitutions et confesseurs. 204

Isabelle des Anges (1565-1644), espagnole ou française ? 207

Une « filiation » ? 208

Madeleine de Saint-Joseph et sa communauté 211

Madeleine de Saint-Joseph (1578-1637), une vie cachée. 211

La direction spirituelle. 214

Novices et fondations 222

Sœur Catherine de Jésus (1589-1623) 223

Marguerite du Saint-Sacrement [Acarie] (1590-1660) 224

Marie de Jésus [de Bréauté] (1579-1652). 225

Agnès de Jésus Maria de Bellefonds (1611-1691). 229

Involutions spirituelles ? 230

Marguerite du Saint-Sacrement de Beaune 230

Une vie mystique en péril 232

Grands Carmes de la fin du Siècle 235

Laurent de la Résurrection (1614-1691), frère convers 235

Honoré de Sainte-Marie (1651-1729), historien 242

De la pratique du pur amour 248

Rayonnement des deux Carmels 249

Tableau III : Carmels et milieux associés 250


4. FRANCISCAINS 253

Capucins, récollets, Tiers Ordre Régulier 253

Benoît de Canfield (1562-1610), capucin anglais 255

Deux capucins nés en France 305

Martial d’Étampes (1575-1635) 305

Jean-François de Reims ( ?-1660). 312

Franciscains récollets 317

Séverin Rubéric ( ? – après 1625) 318

La voie d’amour (1623) : Avis sur les quatre méditations de la vie unitive 319

Victorin Aubertin (1604-1669) 323

Le Chrétien uni à Jésus-Christ au fond du cœur (1667). 323

Éloy Hardouin de S. Jacques (1612 ?-1661) 329

Archange Enguerrand (1631-1699), le « bon franciscain » 337

Une rencontre décisive 337

Un directeur spirituel averti 340

Traités de la vie intérieure… (1686) 348

Tertiaires Réguliers et Laïcs 353

La Règle commentée par Denys le chartreux et Vincent Mussart 356

Billets de Noël 359

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), du Tiers Ordre Régulier 361

Une anthologie spirituelle 364


Quatorze Mystiques 378


9.EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT III ORDRES NOUVEAUX ET FIGURES SINGULIÈRES

(5)9.Expériences III Ordres et Figures (Lulu)16mars18.docx

D. Tronc, Expériences mystiques en Occident III. Ordres nouveaux et Figures singulières. Editions Les Deux Océans. Reprise Trédaniel-Dervy. 1-394.


« Je sais le jugement que la plupart des hommes porteront sur ce livre. Ils y verront l'œuvre d'un moine halluciné, d'un solitaire hagard et d'un ermite ivre de jeûne et consumé de fièvre. Ils y verront un rêve extravagant et noir, traversé de grands éclairs, et rien de plus. C'est l'idée ordinaire que l'on se fait des mystiques ; et on oublie trop souvent que toute certitude est en eux seuls. »

Maurice Maeterlinck présentait ainsi l'œuvre de Ruysbroeck !

Avertissement

[...]

Nous ne nous sommes pas trop étendus sur des figures largement reconnues dans les histoires de la spiritualité : les fondateurs de la Visitation qui ouvrent le volume, les jésuites, les spirituels dans le monde dont les “Amis de la Vérité”, des figures pratiquant la charité, etc. Nous avons par contre élargi le cercle mystique en soulignant la valeur de figures féminines singulières qui vécurent à la périphérie ou hors du « royaume très chrétien » ; enfin par une incursion hors du monde catholique : évocation de mystiques britanniques ou d’outre-Rhin, de poètes. Nous sommes conscients du risque encouru abordant telle figure imposante, par exemple Pascal - mais comment faire autrement ? - ou en nous élargissant cavalièrement sur l’Europe pour respecter notre titre d’Expériences mystiques en Occident. Certaines figures sont absentes ici mais prendront toute leur place en « IV. Une école du cœur », dans l’approche du large mouvement mystique de la quiétude. 

[...]

Présentation

Dans les tomes précédents, nous avons tenté de montrer que toute renaissance religieuse a pour origine l’impulsion donnée par un mystique : traversé par le courant de la grâce, il réveille son entourage et le ramène à la vie intérieure, il provoque ou dirige le changement qui se propage ensuite par l’intermédiaire de personnes qu’il a formées107. C’est ainsi que les ordres « anciens », les bénédictins, les carmes et les carmélites, surtout les franciscains, retrouvèrent en France une vitalité inattendue.

Tandis que les actifs réformateurs présentés dans le tome II ont été souvent oubliés108, nous allons maintenant rencontrer des mystiques reconnus, dont quelques-uns sont encore célèbres de nos jours. Ces figures n’appartiennent pas aux ordres anciens, certaines sont même restés complètement indépendantes dans leurs vécus. D’autres ont adopté des approches novatrices qui leur ont permis de créer des structures nouvelles. Aussi leurs successeurs en révèrent-ils le souvenir.

Grâce à la puissance de certains ordres toujours actifs, quelques-uns occupent presque toute la place dans les fresques qui retracent l’histoire religieuse et spirituelle du Grand Siècle, au détriment de personnalités plus profondes. Comme l’expérience intérieure est notre fil conducteur, nous n’adopterons pas la même hiérarchie que les histoires classiques de la spiritualité109. Tenant à notre parti-pris subjectif, nous citons pour le XVIIe siècle une centaine de figures110 en tenant compte non de leur notoriété, mais de l’impression de qualité intérieure mystique éprouvée à la lecture de leurs écrits ou de leurs ‘dits’. Le lecteur s’étonnera de la place réduite donnée à certains spirituels (Bérulle, des membres de « l’École française », des figures rattachées à Port-Royal). Nous préférons rester concentrés sur ce qui nous guide depuis le début : l’expérience du divin transmise d’âge en âge dans la profondeur mystique.

Le critère de jugement dans l’histoire officielle de la spiritualité est la sainteté et non pas l’expérience mystique (qui fait souvent peur). On confond souvent saint et mystique, la sainteté pouvant apparaître à la lecture de certaines hagiographies comme la condition préalable à l’ouverture de toute vie intérieure. Or, Thomas d’Aquin le dit bien, « l’amour de Dieu n’est pas, comme le nôtre, dépendant d’un bien préexistant dans l’être aimé ; il crée le bien qu’il aime111 ». La grâce divine est première : l’effort, le mérite ne la font malheureusement pas venir. Elle semble répondre à l’appel de l’homme, mais elle est la source de cet appel. Il n’y a pas d’automatisme, l’ascétisme entraînant la grâce : celle-ci est libre, incompréhensible et inopinée.

Un saint n’a donc pas forcément d’expérience mystique. Il montre l’exemple : il est l’incarnation du grand idéal moral donné par les religions. Mais c’est par sa volonté propre qu’il tend vers la perfection. Le mystique, lui, est traversé par la grâce : c’est parce qu’il en suit les mouvements qu’il manifeste l’amour divin autour de lui. S’il est parfait, sa sainteté n’est qu’une facette de son intériorité et une conséquence de l’amour qui vit en lui. C’est parce qu’il acquiesce à l’action de la grâce que s’accomplit la remise en ordre de ses comportements : après une (longue) phase de nettoyage, le torchon aura exprimé son dû, le bois humide sera devenu sec et pourra brûler d’amour.

Toutes les variantes sont possibles : les mystiques s’imposent souvent une ascèse et pensent que leur état d’impureté et de péché doit être purifié pour que la grâce descende. Au Grand Siècle, l’héroïsme est très bien considéré et fait partie de la culture de l’époque. C’est au bout d’un long périple que monsieur de Bernières ou madame Guyon comprennent qu’ils ne font que tourner en eux-mêmes et que l’abandon à la grâce est la seule voie efficace.

Exceptionnellement, nous ouvrons ce tome III à quelques spirituels qui n’ont pas laissé de trace écrite, mais qui sont admirables par leur charité : nous avons fait le pari que l’amour universel dont ils ont témoigné ne pouvait provenir que d’une intense vie intérieure.

§

Ce tome III comporte cinq parties :

1. Nous présentons le cadre où évoluent ces personnalités : un monde en mutation prédomine à partir du milieu du XVIIe siècle.

2. Apparaissent les créateurs ou membres des ordres nouveaux : François de Sales associé à Jeanne de Chantal et leurs visitandines, jésuites mystiques inspirés par Louis Lallemant, Jean-Jacques Olier fondateur des sulpiciens, des oratoriens.

3. Puis nous nous attachons à des mystiques actifs dans le monde : monsieur de Bernières, quelques spirituels illustres par leur charité, des « Amis de la vérité » assemblés autour de Port-Royal, des franciscains « tardifs » défenseurs de la vraie vie mystique.

4. Nous consacrons une place importante à cinq figures féminines mystiques remarquables (et à un couple). Elles réussirent à rester relativement indépendantes des structures religieuses pendant la plus grande partie de leur vie. Nous rendons ainsi justice au sexe ignoré mais souvent premier dans l’ordre mystique.

5. Enfin, pour ne pas demeurer cantonnés au monde catholique de France et en conformité avec le titre d’Expériences mystiques en Occident, nous évoquons quelques contemporains remarquables qui vécurent hors de la juridiction du « Roi très chrétien » dans le Saint-Empire, en république hollandaise, dans les îles britanniques. Ce dernier chapitre sera bien entendu un survol sans aucune visée exhaustive, pour rappeler que la mystique existait ‘ailleurs’.

Nous aurons alors évoqué aux tomes II et III une bonne partie du XVIIe siècle mystique européen. Restera à présenter l’école de la quiétude (tome IV), enfin à montrer que la vie mystique ne s’arrête pas en 1699 par une deuxième condamnation du quiétisme (tome V), même si ses expressions écrites furent par la suite et pour longtemps bridées.

1. Un monde en mutation.

Au début du XVIIe siècle, les mystiques qui rendaient compte de leur expérience par écrit le faisaient au sein d’un monde très différent du nôtre, même si la modernité apparaissait déjà chez quelques membres d’une minorité socialement favorisée. Si les structures où entraient ces « chrétiens intérieurs » se révélaient déjà très diverses depuis Réformes et Contre-Réforme, au milieu du XVIIe siècle s’opère aussi un basculement des connaissances et des idées : l’Ancien Monde du Moyen Age, dont les pratiques ont été transmises par les ordres religieux rénovés, laisse place à un monde nouveau qui va nécessiter d’autres manières de vivre intérieurement. De nouvelles formes vont devoir être inventées pour s’y adapter : nous les abordons au cours de ce volume.

Les institutions religieuses tentèrent de faire face à ces nouveautés, mais leurs efforts ne purent équilibrer la crispation de structures qui se trouvaient en proie à des luttes intestines : à l’opposition entre protestants et catholiques, s’ajouta l’opposition entre partisans des idées nouvelles et traditionalistes. Ces derniers perdront progressivement le contrôle des idées avant celle des hommes.

Aux XVIe et au XVIIe siècles, quatre phénomènes majeurs sont à l’origine de ce bouleversement des idées et du monde112 : la circulation des idées facilitée par l’imprimerie, le progrès dans la connaissance du monde naturel, la montée en puissance de l’État souverain, la division confessionnelle de l’Europe. Ils mettent en cause l’unité du monde. L’individu se met à questionner la nature même d’une vérité disputée publiquement : à quelle confession doit-il se rattacher s’il en a le choix ? Faut-il inventer la tolérance ? S’il cherche des remèdes à la violence113, doit-il se soumettre comme à un moindre mal à un despotisme qui ne deviendra « éclairé » qu’un siècle plus tard (et trop tard pour sa version française), ou faut-il réinventer une démocratie dont l’Antiquité donne une image idéalisée ?

De l’Ancien au Nouveau Monde

Au début du XVIIe siècle, la société demeurait attachée à un Ordre divin : elle était politiquement reliée à l’Absolu par un Roi et religieusement dominée par des Églises. Intériorisé à partir des écrits très appréciés de Denys, l’Ancien Monde supposait une

adhésion à un ordre antérieur et supérieur aux hommes. Leur attitude était dominée par une aspiration à la sagesse et au salut dans l’intégration à un ordre divin, naturel, communautaire et idéologique, préétabli, qui définissait le vrai, le bien, le juste, ainsi que le statut et la personnalité même des individus114.

On retrouve de nos jours un tel état d’adhésion à l’état de survivances dans d’autres civilisations. Il s’exprime de façon pathogène lorsque l’adhésion s’accompagne d’une soumission sociale sans limite au sein de communautés qui se sentent trop menacées115. Anciennement « ce n’était pas l’individu qui était perçu comme l’unité de base, mais la famille et la lignée, groupes naturels, la cité ou la communauté organisée, porteuse du projet qui donne sens à la vie », tandis que nous vivons aujourd’hui « dans des sociétés conçues comme des associations reposant sur un contrat entre des individus libres qui leur préexistent en principe : ils peuvent les modifier… »116.

Mais arrive le physicien-praticien Galilée, qui ouvre un monde nouveau par l’observation combinée à l’expérience : il renverse des modèles admis en astronomie et en mécanique. Son influence n’a d’égale que celle du théoricien Descartes qui lie géométrie et algèbre. Ils permettront de quantifier des résultats expérimentaux, pour aboutir à la maturité scientifique atteinte à la fin du siècle par Newton.

La maîtrise apparente d’un monde matériel dépendant d’un monde spirituel ‘des idées’ est ainsi rapidement entamée117. L’inversion du processus de connaissance s’appuie sur l’expérience physique : Descartes assure que ses « conclusions sont toutes appuyées sur des expériences très certaines » (ce qui n’était encore le cas ni chez Bacon ni chez lui). L’orientation est acquise ainsi tôt, même si la rigueur expérimentale n’apparaît qu’au milieu du siècle, génialement chez Pascal qui associe pratique et théorie avec une grande inventivité. Sa liberté prise vis-à-vis de présupposés ouvre de nouvelles failles118.

Cette liberté ne se manifeste pas encore dans deux domaines : celui de la représentation historique, car elle ne se prête pas à l’expérimentation scientifique immédiate ; et celui de l’exploration critique des sources bibliques qui débutera avec Spinoza119.

Les Pensées de Pascal montre cet écart : le contraste est grand entre sa première partie avec la liberté prise sur tous les sujets, dont le politique, et sa seconde partie qui ne peut encore tenir compte que de la tradition biblique dans sa durée brève.

Il faut une génération pour qu’un acquis nouveau se généralise au niveau des connaissances de l’homme cultivé, puis une nouvelle génération pour qu’elle soit exprimée socialement et prise en compte - ou non - par les structures civiles et religieuses. La fermeture d’un Bossuet vis-à-vis de toute nouveauté et de toute tentative œcuménique, telle qu’elle fut entreprise par Leibniz, illustre cette rémanence. Une tension très forte se manifeste lorsque le débat devient public, à la charnière entre ancien modèle du monde et nouvelles ouvertures.

Toutefois en Hollande puis en Angleterre, l’orthodoxie s’ouvre dès le XVIIe siècle à la tolérance et au progrès qui en découle. Mais pas moins de quatre révolutions accompagnées des guerres menées par la république hollandaise pour survivre, puis de terribles luttes civiles au sein du royaume auront été nécessaires à l’accouchement d’une société politique déjà démocratique sous certains aspects120.

L’absolutisme en France

La France eut moins de chance. À l’essor du début du siècle, rapidement freiné par les troubles de la Fronde, succède un renforcement de l’absolutisme mené par Louis XIV. Dans le contexte des guerres de religion, les juristes catholiques voulurent mettre le roi à l’abri des anti-absolutistes protestants et des tyrannicides (Henri IV avait été l’objet de plusieurs attentats avant celui qui lui coûta la vie). D’où une survalorisation du personnage royal, que le monarque mettra en scène tout en bridant toutes les expressions politiques dont la parlementaire. Le Roi-Soleil respecte cependant une morale121. En France, le régime

reste modéré, parce que nombre de traits traditionnels du royaume subsistent : le roi est chrétien, il respecte les “lois fonda­mentales”, il a un “esprit de justice, de conseil et de raison”, la société comporte encore des ordres, des corporations, des “pays” qui ont des droits propres dont le régime est obligé de tenir compte. D’ailleurs, le royaume est grand et incomplètement contrôlé. Mais ces éléments de modération sont étrangers à la doctrine absolutiste proprement dite. Quand le régime s’effondrera, ils disparaîtront. Le jacobinisme pourra alors hériter des pouvoirs d’État illimités qu’ont élaborés les théoriciens absolutistes122.

Au sein de cet absolutisme, le système dit des Lettres de Cachet fait des victimes chez les spirituels. À la question fréquente : « Quelle est la justification de tel ou tel emprisonnement ? » posée par le moderne qui suspecte quelque transgression cachée, la réponse est : « Aucune n’est nécessaire ! » Ces lettres sont signées par le roi (mais par lui seul), sans intervention de la justice, mais souvent sous l’influence de son entourage : Richelieu pour Saint-Cyran emprisonné de 1638 à 1643, madame de Maintenon pour « la Guyon » qu’elle fait emprisonner de 1697 à 1703. Il ne s’agit que d’éloigner quelqu’un, de l’assigner à résidence, de l’emprisonner.

Saint-Cyran fut envoyé un beau matin à Vincennes, sans motif, sans jugement, ayant été pris à son domicile par des “messieurs” (annonciateurs des hommes en gabardine de polices politiques modernes). Il passa cinq ans dans son cachot, mais il aurait pu y passer, tout aussi bien, vingt ou quarante, si la mort inopinée du ministre n’avait permis à ses amis de le faire libérer123.

Nous étendons souvent au passé (et les supposons à tort acquises) les conquêtes récentes de révolutions européennes. Or la liberté de conscience et de culte qui nous considérons comme naturelle, est absolument inconnue sous l’Ancien Régime : « L’évêque ou le supérieur peut requérir des lettres de cachet contre des prêtres ou religieux suspectés d’indiscipline (par exemple de jansénisme), pour contourner l’impuissance de l’officialité paralysée par l’appel comme d’abus » souvent interjeté par l’inculpé124. Les hérétiques, conformément au serment du sacre, doivent être « exterminés » (entendons : rejetés hors des limites du royaume, ex-terminare). L’édit de Nantes est révoqué par l’édit de Fontainebleau de 1685 : toute liberté de culte est abolie, les églises réformées sont détruites, ceux qui ne se convertissent pas sont bannis. Les juifs, bannis en principe du royaume en 1615, ne font pas partie de la communauté française, pas plus que les protestants.

De même, la liberté d’expression est restreinte. Il faut un privi­lège spécial pour imprimer des livres, et les privilèges ne sont accor­dés qu’après examen attentif par la censure. Les imprimeries sont étroitement surveillées, ce qui n’empêchera pas l’impression des Provinciales en feuilles grâce à des complicités. La solution habituelle était d’imprimer les ouvrages en Hollande.

La montée en puissance du royaume

Après les terribles luttes religieuses du XVIe siècle où l’angoisse et la peur créent la violence125, la paix à peine rétablie, la France doit lutter contre l’encerclement pour sa survie. Car Charles-Quint unifiant Espagne, une partie de l’Italie, Autriche, Flandre, et riche de ses colonies, a créé le premier des empires sur lequel le soleil ne se couche pas.

En France, on ne peut encore parler de sentiment « national » : la diversité des provinces est grande et le français qui y est pratiqué est souvent un patois. Il s’agit plutôt d’une originalité qui s’exprime dans les coutumes intimement liées à la royauté la plus ancienne d’Europe. Les catholiques succombent d’ailleurs à l’attrait de la puissance étrangère qui se pose en protectrice de leur religion : tous admirent la culture hispanique arrivée à pleine maturité ; beaucoup parlent et lisent sa langue (ainsi que l’italien, langue de culture plus ancienne mais qui n’est plus associée à un pouvoir politique sinon celui de la papauté).

L’indépendance l’emportera pourtant grâce entre autres au génie de Richelieu : elle s’exprimera religieusement par le gallicanisme, et en politique se formeront des alliances assez compromettantes avec des principautés protestantes voire avec le Grand Turc. La démographie aidant, car la France est à elle seule aussi peuplée que le reste de l’Europe occidentale, la puissance française dominera l’espagnole dès lors que le pays sera unifié et en paix, et culminera sous Louis XIV. Mais sa politique guerrière provoquera contre elle l’union de l’Europe, financée par la Hollande, et conduira à des guerres perpétuelles.

Sur le plan culturel, le royaume se situe à mi-chemin entre l’état de servitude régnant au sud de l’Europe où l’Inquisition et un système de « castes » stérilisent tout essor126, et l’état de liberté (relative) confinée à et près d’Amsterdam ou Londres. L’essor littéraire est toutefois grand, favorisé en France par le désintérêt obligé de la noblesse pour toute activité économique. Le développement des connaissances est moindre. L’expression des idées novatrices prend le chemin du nord de l’Europe.

Sur le plan religieux, les hétérodoxies sont nombreuses depuis la Réforme, mais restent étroitement circonscrites dans ces quelques « zones libres » (ou sauvages : la Suisse). L’Europe occidentale chrétienne est partagée entre sa moitié traditionnelle catholique du sud, qui conserve des richesses mystiques au prix de beaucoup de pesanteurs sociales, et sa moitié réformée du nord, diversifiée en Églises anglicane, luthérienne, calviniste. Elle facilite l’émergence d’un ordre bourgeois nouveau, mais au prix de la destruction des havres mystiques préservés par leurs clôtures.

Le problème n’est pas seulement politique : l’individualisme naissant fait surgir une opposition entre vécus intérieurs et structures ecclésiales. Kolakowski, l’historien-philosophe des mystiques hétérodoxes au XVIIe siècle, analyse l’essence irréductible de contradictions opposant les adeptes d’un christianisme intérieur aux Églises, qu’elles soient protestantes ou catholique127 :

On voit que cette double opposition [aux conceptions propres aux uns et aux autres], autrement dit l’idée que le culte extérieur n’est pas nécessaire au salut dans l’Église catholique, et que l’orthodoxie n’est pas nécessaire dans les Églises réformées, est l’équivalent, dans la pratique, de l’exi­gence de la suppression des Églises en tant qu’institutions visi­bles, si l’on remarque que l’existence de l’Église en tant qu’ins­titution sociale est définie par l’existence de la caste sacerdotale qui, dans les deux cas, est ainsi privée de sa raison d’être. […]

Examiné dans l’abstrait, il [le mysticisme] révèle l’orientation originelle de sa pensée : celle-ci est en opposition directe au principe même d’organisation religieuse. C’est la croyance que l’on atteint toutes les valeurs essentielles par le moyen d’une communication directe de l’individu avec Dieu, donc sans tous les instruments que l’Église fournit pour cette communication — rituels, sacrements, catéchèse. C’est en même temps la croyance que la voie du salut, c’est la pratique de la passivité (“laissez agir Dieu”), du perfectionnement inté­rieur passant par tous les stades et toutes les pénibles expé­riences décrites dans les relations des auteurs mystiques.

Presque universellement — mais avec quelques exceptions toutefois — s’y associe la conviction que l’individu est entiè­rement responsable de son propre salut et que le démon ne trouve accès à l’âme que si elle le lui permet de bonne grâce ; que par conséquent le principe de la responsabilité individuelle dans les rapports entre Dieu et l’homme conserve sa valeur absolue ; et que ni le décret de la prédestination divine assignant à chacun à l’avance son destin d’outre-tombe ni les formalités peu gênantes des recours rituels ne peuvent nous dégager de notre responsabilité, donc nous libérer de notre abandon à la grâce ; que seul son propre effort rend l’âme individuelle capable de recevoir la grâce, même si cet effort doit se ramener — comme le proclame la majorité des mystiques — à se dépouil­ler de sa propre volonté et à atteindre à une passivité totale face aux opérations surnaturelles qui s’effectuent dans l’âme, si c’est donc là un effort paradoxal de passivité.

Les institutions religieuses recherchent bien l’appui des mystiques par confesseurs interposés, mais, incapables d’absorber le fait mystique, elles prétendent le faire rentrer dans un dogme étroit et en fixer l’expression dans une langue commune128. La censure menace tout le monde.

Pratiquement, l’opposition entre chrétiens intérieurs et appareil d’Église est atténuée par le respect que ces chrétiens observent vis-à-vis de l’ancienne vision du monde hiérarchique. Mais les tensions demeurent, envenimées par l’asservissement de l’appareil ecclésial au pouvoir royal.

Cette dépendance est accomplie en France en 1682 par la déclaration du clergé dite des « Quatre Articles » dans laquelle Bossuet a joué le premier rôle : « Nous déclarons […] que les rois et souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique […] que leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission ou de l’obéissance qu’ils leurs doivent ou absous du serment de fidélité 129 ». Ce dernier point ouvre la voie à des décisions arbitraires.

Confrontés à cette incompréhension, refusant de nier l’évidence de leur vécu, certains mystiques se retrouvent en marge des structures, mais en éprouvent une grande souffrance, car ils demeurent attachés aux formes religieuses tout en ayant le sentiment de représenter le vrai christianisme. Pour eux, la religion est la chose la plus simple du monde. J. Byrom, un lettré du XVIIIe siècle, du groupe mystique écossais d’Aberdeen, définira ainsi la “vraie religion : la chose la plus simple du monde ; non pas un mot, mais une chose ; non pas une matière de dispute, mais de pratique” 130.

Mais ils sont emprisonnés, condamnés ou bannis. Il devient dangereux d’être soupçonné de quiétisme. C’est probablement la peur qui explique le tarissement des écrits mystiques à la fin du XVIIe siècle131 : on parlera d’un « crépuscule des mystiques » après le bref pontifical de 1699 condamnant le quiétisme132.

Nombreux seront ces chrétiens sans Église sommés de se soumettre ou de se démettre. L’exode hors des limites religieuses prendra de l’ampleur au Siècle des Lumières, principalement en Hollande, asile relativement ouvert, et dans le Saint-Empire, Allemagne aux multiples centres de pouvoir : l’on peut ainsi se déplacer d’une principauté où règne une confession vers sa voisine où demeure une rivale, et très simplement d’université en université.

La théologie devient alors philosophie avant que cette dernière n’entreprenne au XIXe siècle une mutation vers la « science » politique. La tradition européenne ne connut ainsi jamais une complète rupture. Des influences s’exercèrent : de quiétistes et de piétistes sur Kant et ses successeurs dont Hegel, puis de ce dernier sur ses critiques Kierkegaard ou Marx.

Le mouvement lent de l’Ancien Monde religieux au Nouveau Monde des “Lumières” dont les membres s’opposaient aux religieux fut voilé par la lutte entre partis religieux et laïque133.

La réconciliation peut aujourd’hui avoir lieu lorsque celui qui est animé d’une vie intérieure ne se croit plus obligé de rentrer dans des structures religieuses devenues minoritaires.

2. les ordres nouveaux.

Nous pouvons parler d’Ordres « nouveaux » dans la mesure où leurs membres vivent au moins en partie comme des « spirituels dans le monde ». Jésuites, oratoriens et sulpiciens ont des contacts ouverts avec la société civile - mais pour un jésuite  seulement après une longue préparation à l’apostolat actif ; la préparation est certes moins contraignante pour un oratorien ; enfin pour un sulpicien il s’agit d’une simple animation de séminaire et d’œuvres améliorant la qualité morale de ses dirigés. Du côté féminin, des visitandines répondent à une ouverture au monde sans devoir adopter la double clôture permettant l’éducation des filles, comme ce fut le cas chez les ursulines qui les précédaient (ces dernières pénétrèrent en France pour se retrouver bientôt ainsi « protégées »).

Nous différons nettement de présentations d’histoires religieuses du XVIIe siècle, où prédominent les figures des chapitres 2 et 3 du présent tome, ce qui représente moins du quart de nos tomes II, III et IV réservés au Grand Siècle. L’histoire religieuse doit rendre en effet compte des structures ecclésiales et ne peut guère s’intéresser à des individualités mystiques demeurées le plus souvent discrètes.

Nous présentons bientôt des figures à la fois accomplies mystiquement et reconnues socialement. Nous leur accordons une place qui les favorise peut-être beaucoup vis-à-vis de figures égales mystiquement, mais cachées - sur la vie desquelles nous sommes donc moins bien renseigné. Les figures reconnues seront celles de François de Sales et de Jeanne de Chantal entourée de ses visitandines, du jésuite Surin puis, à un niveau moindre, de monsieur Olier fondateur de Saint-Sulpice, de l’actif laïc Jean de Bernières et ses amis et successeurs très présents au tome IV, de Pierre de Poitiers et de capucins, enfin longuement de l’ursuline Marie de l’Incarnation qui mena la dernière moitié de sa vie à Québec.

Les inspirations qui animent les membres des Ordres convergent souvent, car ceux-ci tentent de répondre aux besoins communs d’une nouvelle société civile bourgeoise : il en est ainsi de l’Oratoire français et des sulpiciens ; de plus, dans ce cas, l’union est étroite car il faut tenir compte de l’influence de l’oratorien Condren sur le fondateur Olier (c’est « l’école française » au sens strict).

En général, et malgré la faible durée historique couverte ici sur trois générations, il nous a paru plus simple et très clair de respecter pour la présentation une chronologie définie par les dates de disparition des figures qui sont le plus souvent proches de leurs pics d’activité mystique. Elles sont parfois regroupées en familles d’une même localisation géographique : ceci rompt alors le fil chronologique.

La Chronologie de la France religieuse : une « école française ? » donnée en fin de tome résume l’évolution qui eut lieu de 1608 à 1642 c’est-à-dire couvrant la période critique du siècle pour son épanouissement spirituel. Elle situe des réformes qui se produisent simultanément et suggère des interactions que nous ne pouvions trop souligner au fil des présentations sans nuire à la clarté de l’exposé.

[…………...]

Table



EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT 3

ORDRES NOUVEAUX ET FIGURES SINGULIÈRES 5

Avertissement 6

PRESENTATION 11


1. UN MONDE EN MUTATION. 15

De l’Ancien au Nouveau Monde 16

L’absolutisme en France 19

La montée en puissance du royaume 21


2. LES ORDRES NOUVEAUX. 27

Jeanne de Chantal et François de Sales : la création de la Visitation 29

François de Sales (1567-1622). 29

Jeanne de Chantal (1572-1641). 45

L’esprit de la Visitation 54

Influences : Marie de Valernod, la mère de Ballon, Angélique Arnauld. 57

Une vague mystique chez les jésuites 59

Le P. Coton (1564-1626). 61

Antoine Le Gaudier (1572-1622). 62

Louis Lallemant (1588-1635). 63

Un cercle en Bretagne 66

Jean Rigoleu[c] (1596-1658) 67

Vincent Huby (1608-1693) 69

Pierre Champion (1633-1701) 70

Des femmes mystiques 70

Un mystique du nord : Antoine Civoré (1608-1668). 71

Un cercle en Aquitaine 73

Pierre Cluniac (1606 - après 1642) 73

Jean-Joseph Surin (1600-1665) 75

Des spirituels dominicains 93

Louis Chardon (1595-1651) 93

Alexandre Piny (1640-1709) 94

Pierre de Bérulle et l’Oratoire. 99

Pierre de Bérulle (1575-1629) 99

Charles de Condren (1588-1641). 104

Jean-Jacques Olier (1608-1657) et Saint-Sulpice. 111

Des poètes chrétiens 119

Agrippa d’Aubigné (1552-1630) 120

Claude Hopil (~1585 ? – apr. 1633) 121

Jean de Labadie (1610-1674) 122

Nicolas Barré (1621-1686). 124


3. MYSTIQUES ACTIFS DANS LE MONDE. 125

Monsieur de Bernières (1602-1659) 127

L’intériorité 131

Le directeur de conscience 135

Pratiques de la charité 137

Vincent de Paul (1581-1660) 138

Jean Eudes (1601-1680) et les missions des campagnes. 141

Gaston de Renty (1611-1649) 143

Madeleine de Neuvillette (1610-1657). 148

Port-Royal… 149

Les Amis de la vérité 152

La Mère Agnès Arnauld (1593-1671). 155

Le bon docteur Jean Hamon (1618-1687). 158

… et Pascal (1623-1662) 161

Des capucins défendent la mystique. 169

Jean-Evangéliste de Bois-le-duc (1588-1635) 169

Gregorio da Napoli (1577-1641) 171

Attaque et défense mystique 172

Pierre de Poitiers (-1683), conseiller et défenseur. 177

LE JOUR MYSTIQUE (1671) 179

Simon de Bourg-en-Bresse (-1694) 203

Paul de Lagny (-1694), missionnaire visiteur 217

L’EXERCICE MÉTHODIQUE… (1658) 219

LE CHEMIN ABBRÉGÉ DE LA PERFECTION (1673) 223

Alexandrin de la Ciotat (1629-1706) 239

LE PARFAIT DÉNUEMENT DE L’ÂME CONTEMPLATIVE (1680) 239

Des jésuites défendent la mystique 249

François Guilloré (1615-1684) 250

Claude-François Milley (1668 - 1720) 255

Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) 257


4. FIGURES FEMININES. 263

L’influente « sœur Marie » des Vallées (1590-1656). 263

Marie de l’Incarnation (1599-1672) ursuline et canadienne. 279

I. la vie laïque de Marie Guyart : 284

II. La vie religieuse en France. 290

III. Au Canada. 293

La « bonne Armelle » (1606-1671) 325

Claudine Moine (1618 - apr.1655), couturière. 335

La béguine Marie Petyt (1623-1677) 343

Le couple Hélyot 357


5. MYSTIQUES D’AILLEURS 361

Mystiques juifs. 362

La Kabbale 363

Baruch Spinoza (? -1677) 365

Des mystiques d’outre-Rhin 366

Johann Arndt (1555-1621) 367

Jakob Böhme (1575-1624) 367

Sandaeus (1578-1656) 369

Angelus Silesius (1624-1677) 369

Catharina von Greiffenberg (1633-1694) 371

Spener (1635-1705) fondateur du piétisme 371

Mystiques des îles britanniques 373

Les poètes “métaphysiques” anglais. 373

Georges Herbert (1593-1633) 373

Thomas Traherne (1637-1674) 375

En Écosse : Henry Scougal (1650-1678) 377

Les Quakers : Georges Fox et Robert Barclay 380


CONCLUSION 388

Chronologie de la France religieuse : une « école française » ? 389

Tableau I reliant spirituels jésuites à leurs ami(e)s. 393

Tableau II reliant oratoriens et sulpiciens à leurs ami(e)s. 394



[Les Expériences 10.IV 11.IVb sont remplacées par IV Ecole du Coeur infra]

10.EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT IV. DE L’ERMITAGE A MADAME GUYON ET A FÉNELON

PRÉSENTATION

A la suite du tome I d’Expériences mystiques en Occident qui introduisait aux grandes figures de l’Antiquité au Moyen Âge, nous avons consacré un tome II aux Ordres anciens, puis un tome III aux fondations récentes et aux figures féminines. Ce tome IV achève l’étude de figures mystiques nées au XVIIe siècle en abordant le mouvement qui fut stigmatisé sous le nom de «quiétisme».

Nous bénéficions de belles études sur des figures connues134, ou sur un groupe localisé géographiquement135. Mais aucune synthèse ne met en relief l’originalité d’un courant mystique qui subsista durant deux siècles dans son identité propre reconnue par ses membres successifs.

Ce courant ne se distingue ni par une Constitution, ni par une Règle, ni par un Ordre, ni par un cadre associatif. Il franchit allègrement les frontières politiques et religieuses. Enfin, on ne peut définir aisément un domaine d’étude par son «canon» de textes fondateurs. Pourtant ces figures se révèlent être les porteurs de la tradition mystique en France puis en Europe.

Les articles «Quiétisme» (1986) du Dictionnaire de Spiritualité restent aujourd’hui la meilleure source disponible pour accéder scientifiquement à ce courant, du moins sur la durée de la crise visible (mais elle ne couvre environ qu’un quart de siècle, la fin du XVIIe). Ses auteurs, excellents connaisseurs de l’Europe latine catholique, fournissent une abondante moisson : suivant l’ordre chronologique, ils passent en revue les principales figures considérées comme «quiétistes» par les Inquisitions catholiques, espagnole et italienne.

Il reste difficile de circonscrire précisément ce que l’on reprochait au christianisme intérieur de ces prévenus, tant cela repose sur des «propositions» que l’on ne retrouve pas dans les textes incriminés.

§

Notre apport se veut différent : nous exposerons une histoire oubliée parce qu’on a cherché à la cerner au sein de «propositions» condamnées. Nous ne chercherons pas à établir une «théorie du quiétisme», mais à retrouver le vécu de personnes. Nous respecterons leurs témoignages en les citant préférant un florilège orienté mystiquement à toute thèse exposant des idées.

Ces spirituels se rencontrent autour d’une expérience centrale, celle de la grâce divine, à laquelle ils font le don de leur personne et de leur vie dans un abandon intérieur total. Ils ne se satisfont que de «l’amour pur», c’est-à-dire sans recherche de récompense. Prenant appui sur la grâce, ils considèrent l’effort humain et l’ascétisme comme secondaires. Cela ne veut pas dire que leur vie est relâchée, car, contrairement au procès qui leur est fait, ils mènent une vie d’une rigueur exemplaire.

Loin de rester isolés dans leur maison ou leur couvent, ils se sont reconnus et ont échangé des correspondances. Leur spécificité est de n’avoir jamais transformé ce réseau d’amitiés spirituelles en un ordre qui aurait figé ce qui devait rester informel : ceux qui étaient clercs demeurèrent honnêtement fidèles à leurs diverses appartenances ecclésiales. Ces hommes et ces femmes n’éprouvaient aucune nécessité de cadre extérieur : unis par l’indicible, ils partageaient les mêmes évidences.

Ces liens sans contrainte ni règle formelle ne purent être acceptés par les autorités religieuses, qui, se sentant négligées, les combattirent avec vigueur. Les mystiques ont souvent dû affronter des ecclésiastiques hostiles parce que sans expérience intérieure.

À côté de ces amitiés entre égaux, des filiations spirituelles se nouèrent d’une génération à la suivante : ainsi Bernières fut formé par Chrysostome de Saint-Lô, madame Guyon par M. Bertot; puis madame Guyon dirigea Fénelon et des cercles de disciples qui expérimentèrent le degré le plus profond de la relation spirituelle, une communication silencieuse de la grâce de personne à personne, décrite abondamment par Mme Guyon.

Toutes ces relations forment un réseau complexe et cohérent qui constitue à nos yeux une École : nous considérons ce mouvement comme l’expression de la mystique universelle dans son vécu le plus profond. Quel nom donner à une telle association sans unité de condition ni liens canoniques136? Les expressions d’Oratoire du cœur et d’École de l’oraison cordiale apparaissent chez Bremond dans le chapitre qu’il consacre à Querdu Le Gall, l’une des nombreuses figures secondaires du réseau, et à Jean Aumont137. Parler d’une Filiation mystique du pur Amour permettrait d’insister sur le lien de nature mystique qui exista entre aînés et cadets, et d’éviter la note intellectuelle attachée au terme École : malheureusement, ce titre serait trop long. En ayant soin d’enlever la note affective attribuée au mot cœur depuis Rousseau et le Romantisme, nous adopterons la contraction en École du cœur : cette dénomination implique une pratique de l’oraison orientée vers l’intériorité.

Son rôle est capital : nous pensons qu’elle sous-tend et féconde la vie mystique dans toute l’Europe depuis la fin des guerres de religion au XVIe siècle (Henri IV entre à Paris en 1594) jusqu’au milieu du XIXe siècle (fin du cercle de Morges-Lausanne). Ce rôle souterrain, mais central justifie de lui consacrer ce volume entier. Il s’inscrit «en parallèle» au volume précédent qui livrait l’histoire spirituelle telle qu’elle est habituellement couverte pour le XVIIe siècle.

Sans méconnaître des influences dues à la lecture, nous affirmons la primauté des rencontres physiques entre personnes qui se poursuivent sous la forme de correspondances.

Un tel réseau d’amitiés spirituelles est de grand intérêt parce qu’il préfigure le mode de relation adapté à l’individualiste rendu prudent par expérience 138: repoussant les structures sociales, les idéologies, les rites ou les fondamentalismes religieux, l’homme ou la femme cherche une approche directe à l’Essentiel. 

Il leur faut cependant trouver ancrage au travers de relations interpersonnelles. Cette histoire de l’École du cœur qui traverse plus de deux siècles prouve qu’il est possible de «vivre la mystique» sans adhérer à un collectif, mais en étant entouré de compagnons qui partagent la même aventure.

Privilégions le vécu intime secret en prise avec le jeu de la grâce. Une moniale inconnue nous le livre :

Le langage des mystiques est fort malaisé à entendre pour ceux qui ne le sont pas.

C’est une théologie qui consiste toute en expérience, puisque ce sont des opérations de Dieu dans les âmes par des impressions de grâces et par des infusions de lumières; par conséquent l’esprit humain n’y pourrait voir goutte pour les comprendre par lui-même.

Ce «Rien» dont notre Mère parle139 avec tant d’admiration se trouve de cette nature. C’est, sans doute, un dépouillement de l’âme effectué par la grâce, qui la met en nudité et vide, pour être revêtue de Jésus-Christ, et pour faire place à son Esprit qui veut venir y habiter.

Mais nous pouvons dire encore que la nature, par elle-même, ne peut arriver à cet état. Il n’appartient qu’à Celui qui a su du rien faire quelque chose [de] la réduire de quelque chose comme à rien, non pas par son anéantissement naturel, mais par un très grand épurement de tout le terrestre, où Il la peut mettre140.

Une École du cœur

Détecter des influences spirituelles uniquement par la circulation des textes ne suffit pas. De même qu’on n’apprendra pas l’ébénisterie dans un livre, de même seuls des liens directs entre personnes sont à même de former les apprentis mystiques. Ce sont ces relations interpersonnelles dont nous entendons parler ici : nous nous attacherons donc à relever non pas «qui a lu qui», mais «qui a rencontré qui».

Parce qu’ils ont en commun la même expérience du divin et les mêmes raisons de vivre, les mystiques se comprennent et des liens d’amitié se forment. Le rayonnement de certains aînés plus expérimentés attire la génération suivante : les cadets reçoivent l’enseignement d’un père ou d’une mère spirituelle. Ces liens sont parfois vécus sur plusieurs générations : ils constituent alors des filiations dont les intéressés sont conscients.

Ce phénomène est bien connu dans le monde entier. Dans les traditions orientales, on parle de chaînes de transmission dans le soufisme tandis que des maîtres se succèdent en Extrême-Orient dans diverses traditions indiennes ou bouddhiques. Aux débuts du christianisme, un évêque était reconnu parce qu’il était relié à un apôtre dont l’autorité provenait de sa connaissance directe de Jésus : cette conception était encore apparente chez Tertullien à la fin du second siècle, elle disparaîtra deux siècles plus tard chez Ambroise de Milan141.

Nous pensons avoir trouvé un réseau d’amitiés de ce type chez les mystiques du «pur amour» au XVIIe siècle : ils se connaissaient et s’estimaient (ainsi Bernières et Mère Mectilde). Chaque génération formait des disciples. L’ensemble de ces liens constitua un «arbre mystique». Il fut nourri de la sève d’une exceptionnelle vitalité spirituelle franciscaine. Autour de quatre figures142, Chrysostome, Bernières, Bertot, Guyon, de nombreuses branches spirituelles existèrent dans les milieux plus divers et que leurs membres reconnaissaient (à la fin du XVIIIe siècle, le pasteur Dutoitsavait qu’il se rattachait aux quatre personnes citées143).

Ce courant mystique franciscain, transmis de génération à génération essentiellement en France, connut une efflorescence qui dura près de deux siècles et demi : en 1590, deux franciscains fondent ce courant; en 1837, un cercle spirituel guyonien se meurt à Morges près de Lausanne.

§

A ces mystiques que nous regroupons sous le nom d’École du cœur, des détracteurs ont attaché le sobriquet de «quiétistes». Ce surnom entache encore maintenant leur mémoire puisqu’ils firent l’objet de procès et de condamnations. Bien que ce ne soit pas notre intérêt premier, nous aborderons brièvement la «question du quiétisme».

Après un chapitre sur les précurseurs espagnols et italiens, nous verrons éclore en France la vénérable tradition des Tiers-Ordres franciscains : elle va féconder la mystique française dès la fin de nos guerres de religion, car des âmes ardentes vont rencontrer ces messagers. Puis deux nœuds de convergence vont se former autour de deux laïcs qui domineront la scène : monsieur de Bernières, actif au milieu du XVIIe siècle, et madame Guyon, active à la fin de ce siècle. Autour d’eux toutes les générations se rencontrent.

Les relations sont multiples au sein de ce réseau d’amis qui se prêtent mutuellement des soutiens spirituels. Au début du Grand Siècle le «bon Père Chrysostome» et «sœur Marie» des Vallées dirigent Monsieur de Bernières et ses fidèles de l’Ermitage de Caen. Ensuite Bernières continue de diriger ses compagnons de l’Ermitage, en particulier Monsieur Bertot, tandis que son amie Catherine de Bar fonde les bénédictines du Saint-Sacrement. Parallèlement, au Canada, Mgr de Laval (disciple de Bernières) crée un nouveau Ermitage, tandis que Marie de l’Incarnation144 reste en relation épistolaire avec Bernières. Jean Aumont est relayé par le «bon franciscain» Archange Enguerrand. Ensuite Bertot transmet et dirige Madame Guyon : autour d’elle, se développe un deuxième nœud : à la fin du siècle, c’est elle qui, associée à son disciple Fénelon, anime la vie intérieure de cercles français. Puis au XVIIIe siècle le courant mystique se distribue en de multiples branches, mais la peur d’être condamné pour «quiétisme» est un frein : tandis que les cercles spirituels se cachent en terres catholiques françaises, le courant trouve refuge dans les terres piétistes protestantes. Puis il s’enlise et nous en perdons trace en Suisse après 1837.

Cette succession de directeurs spirituels est exceptionnelle, car elle fut ininterrompue, formant comme les maillons d’une longue chaîne : le laïc sieur de la Forest, le père Chrysostome, le laïc Bernières, le prêtre Bertot, madame Guyon et Fénelon archevêque de Cambrai, et pour finir des pasteurs piétistes. Autre fait remarquable, ils furent indifféremment laïcs ou religieux puisque leur autorité ne reposait que sur leur profondeur intérieure. Autour d’eux gravitèrent des figures profondes : d’autres canaux de transmission existèrent peut-être parallèlement, issus de Catherine de Bar ou de Mgr de Laval; mais ils sont moins documentés, à cause de la clôture ou de rudes conditions de vie défavorables à conservation de traces écrites.

Aux biographies des uns et des autres nous associerons des extraits de leurs «dits» ou de leurs écrits en les différenciant par l’usage de caractères romains ou italiques. Rien ne remplace le contact direct avec les textes. Même si ce tome IV commence par un rappel essentiellement historique, nous ne nous attarderons pas sur les structures, les règles et les conceptions théologiques : elles ne seront présentées que pour faire comprendre au milieu de quelles contraintes vivaient ces grands mystiques.





Madame Guyon au centre d’une filiation

[couvre les présent tome IV et le suivant IVb]



Franciscains du Tiers Ordre Régulier

|

Chrysostome de Saint-Lô Marie des Vallées Marie de l’Incarnation

1594-1646 1590-1656 1599-1672

||

Jean de Bernières 1602-1659 & Jourdaine de B. 1596-1670

«L’Ermitage» de Caen situé près du couvent des ursulines.

|| | |

Monsieur Bertot Mère Mectilde du St.St Mgr de Laval

1620-1671 1614-1698 -1708

Cercle créé à Montmartre Fondation bénédictine Ermitage Québec

||

Madame Guyon 1647-1717 & François de Fénelon 1651-1715

















Cercles «de la Quiétude» actifs à Paris, Cambrai, Blois...



Disciples «Cis» et «Trans» situés en

France Écosse Angleterre Hollande Suisse [Marsay piétiste]

Mortemart [16881755] -1665-1750



Chevreuse(s) J & G Garden Poiret Pétron.d’Eschweiler |

-1712 & -1732 -1699 & -1733 1646-1719 1682-1740



Beauvillier/s Ramsay Metternich Fleischbein

-1714 & -1733 1686-1743 -1731 1700-1774

Dupuy Forbes 16th Tersteegen Klinckow. Danois

– >1737 1689-1761 1697-1769 -1774

Marquis de F. Deskford

1688-1746 1690-1764 Dutoit

1721-1793

Wesley Fabr. de Zelle

1703-1791 - 1793

Upham Pétillet

1799-1872 Langalerie

Quakers

Methodists Influences philosophiques (Kant) et littéraires (B. Constant)

Trois branches d’un «delta spirituel» se constituent à partir d’un premier «nœud» animé par Jean de Bernières. Monsieur Bertot crée un cercle à Montmartre repris par Madame Guyon aidée par Fénelon : naissance d’un deuxième «nœud».

Puis des disciples «cis» et «trans» couvrent l’Europe et franchissent l’Atlantique.



11.EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT IVb. LES FILIATIONS DE LA QUIETUDE AU SIECLE DES LUMIERES

Avant-propos, les filiations européennes

Au cœur d’une filiation qui s’étend sur deux siècles, nous avons vu Monsieur Bertot disciple de M. de Bernières créer un cercle mystique autour du monastère des bénédictines de Montmartre. Madame Guyon poursuivit en son sein la grande tâche de formation intérieure.

Après la «querelledu quiétisme 145 », une fois de lourdes épreuves surmontées146, le rayonnement de la « Dame Directrice » se répandit auprès de disciples «cis» (les français) et «trans» (les étrangers). Les quatorze années vécues après sa libération en 1703, à Saint Dizier puis à Blois luis permirent de préparer une renaissance spirituelle.

Elle perdureaprès la disparition de Fénelon en 1715 puis la sienne en 1717. Leurs disciples appartiennent à toute l’Europe du XVIIIe siècle. Puis, nous perdons les traces de ces courants mystiques actifs au sein de cercles quiétistes et piétistes dans la première moitié du XIXe siècle. Toutefois l’influence des écrits fondateurs touche aujourd’hui des milieux culturels variés, actifs surtout aux Etats-Unis147.

La diversité des filiations de la Quiétude s’explique par le contexte culturel qui voit un affaiblissement des dépendances religieuses. Lorsque la culture religieuse cède place à la culture laïque, se produit un éclatement ou «étoilement» des expressions de l’expérience mystique. Le vécu mystique, dispersé dans ses expressions, sera alors facilement circonscrit à l’humain, par absence de langue commune, réduction encouragée par l’approfondissement des approches psychologiques.

Dans le tome précédent nous avons découvert des liens ignorés ou du moins sous-estimés entre des figures reconnues. Dorénavant les figures le seront moins mais plus nombreuses et les appartenances religieuses ou civiles seront diverses. C’est pourquoi nous nous étendrons plus largement dans la description de ce «delta spirituel» : le fleuve va se ramifier et couler plus lentement.

Le tableau suivant résume pour le Siècle des Lumières l’extension en de multiples cercles qui succèdent à ceux de madame Guyon à Blois et de Fénelon à Cambrai. Quelques repères y sont donnés situant des figures méconnues ou du moins diverses dans leurs filiations. Elles sortent du cadre traditionnel catholique français puisqu’elles deviennent européennes au sein de milieux protestants.

L’essentiel repose sur des mystiques cachés qui assurent de génération en génération le renouveau d’un même élan intérieur.



Le Tableau de Filiations européennes

[présenté au tome IV précédent comme partie inférieure du tableau  « Madame Guyon au centre d’une filiation »]

résume un pan méconnu de l’histoire des mystiques en Occident. L’influence de ses figures ne dépend pas de la distance géographique qui les sépare de leur source historique, le centre du royaume de France où quiétistes réprimés politiquement et religieusement se cachent.

On ne peut témoigner qu’indirectement d’influences sur trois mystiques français bien reconnus : Milley (1668-1720), sur Caussade (1675-1751), longtemps supposé être l’auteur de l’Abandon à la Providence divine, sur Grou (1731-1803).

À Blois, les disciples catholiques «cis» fréquentèrent les visiteurs protestants étrangers, ou influencèrent ceux qui ne pouvaient prendre le risque de venir en France, tel le pasteur Poiret, ainsi que plus tard des rénovateurs religieux anglais, tel Wesley à l’origine des méthodistes.

Nous commençons l’étude par les «cis». Ces proches de madame Guyon et de Fénelon appartenaient déjà au cercle quiétiste parisien : les familles des deux ducs; la «petite duchesse» de Mortemart, confidente aimée de madame Guyon, qui lui succéda très probablement spirituellement; le marquis de Fénelon, jeune neveu de l’archevêque, blessé à la guerre en 1711, que Mme Guyon aimait bien et appelait son «cher boiteux»; c’est lui que Dupuy, l’homme de confiance, instruira sur l’histoire de la «querelle».

Ensuite nous abordons l’Écosse avec les frères Garden, héritiers de la mystique épiscopalienne devenus disciples, puis avec le Chevalier Ramsay qui servit un temps de secrétaire à la «dame directrice». Plusieurs disciples membres de grandes familles écossaises étaient présents en juin 1717 à son agonie. Ils poursuivirent une vie intérieure profonde tout en assumant pleinement fonctions et responsabilités.

En Hollande, le disciple éditeur de l’œuvre guyonienne, Pierre Poiret et son groupe exercèrent une influence déterminante en Allemagne sur Metternich et sur le jeune théologien Tersteegen.

Enfin une cohorte que nous n’avons pas pu clairement dissocier, l’une vaudoise de langue française, l’autre germanique, nous achemine jusqu’au premier tiers du XIXe siècle.





[Les Expériences V et VI (ou : VI et VII) sont « doublées » par Chronologie II De 1600 à nos jours]

Mais conservent leur intérêt car distinctions par appartenances



12.EXPÉRIENCES MYSTIQUES V FIGURES AU SEIN DE TRADITIONS APRES 1700

«Étoilement mystique», une bifurcation

Avant 1700, les mystiques appartenaient à l’une des branches de la famille chrétienne. Le Siècle des Lumières change profondément la situation en Europe tandis que l’élargissement hors des frontières géographiques européennes met en cause ce référentiel parce que l’on reconnaît la validité d’autres cultures associées à d’autres religions. Faut-il continuer après 1700 à s’en tenir au seul occident chrétien?

L’ «étoilement mystique» déborde le cadre composé jusqu’à maintenant de figures souvent catholiques et d’expression française. Certaines figures se rattachent toujours aux grandes Traditions du Livre ou d’Orients mais d’autres découvrent à la vie intérieure sans y être conduits par une pratique religieuse ou par quelque mode d’emploi. Quelques-unes ignorent même la fente qui leur est ouverte intérieurement et pour un instant ; elles poursuivent alors leur quête.

Les deux dernières parties de ce Florilège d’expériences mystiques rendent ainsi compte d’une bifurcation : V. FIGURES AU SEIN DE TRADITIONS APRES 1700 et VI. FIGURES HORS CADRES APRES 1800.

Un «crépuscule des mystiques»?

Je ne crois pas au «crépuscule des mystiques» évoqué par Louis Cognet. Certes le langage commun à toute théologie a disparu (il avait été précisé juste à temps dans le monde catholique au XVIIe siècle en latin puis en français par Sandaeus, Civoré, madame Guyon, Honoré de Sainte-Marie) 148. S’en est suivi l’absence d’un corps facilement reconnaissable d’auteurs-témoins susceptible d’être triés selon un critère théologique ou regroupés par Ordres religieux.

L’indépendance vis-à-vis de représentations communes conduit à un émiettement ou plus poétiquement à un «étoilement». Il s’agit de retrouver le peuple dispersé des mystiques dont l’unité intérieure est voilée sous des habits divers. Ils circulent dans de multiples allées et ne se rencontrent guère.

Comment organiser une présentation en respectant leur variété? En multipliant les points de vue variant les thèmes abordés? Par reconnaissance de la diversité des conditions d’entrée dans la vie intérieure? En évoquant des diversités sociales et culturelles? De tels classements recouvriraient la vie intérieure sous ses habits.

On retiendra ici en premier l’appartenance à l’un ou l’autre de deux types de vécu : I. Le mystique demeure fidèle à la Tradition dans laquelle il a été élevé ou s’est converti. II. L’expérience mystique se situe hors de cadres religieux et culturels devenus à ses yeux caducs ou secondaires. Voyons de plus près la structure au second niveau :

Pour les figures qui constituent le premier de deux ensembles, le «jardin mystique» est taillé à la française, selon une répartition en plusieurs massifs,

«I. Fidèles aux Traditions» présente des figures sous cinq entrées. Le premier chapitre intitulé «L’école du Cœur» assure une certaine continuité avec le tome précédent d’Expériences mystiques sous ce même nom. Le second chapitre couvre plus largement le monde catholique. Le troisième aborde quelques grands textes des auteurs Orthodoxes. Le quatrième chapitre sort du monde chrétien tout en demeurant au sein des trois religions du Livre : il glane quelques mystiques juifs ou ayant vécu en terres d’Islam. Enfin le dernier cinquième chapitre souligne que la vie mystique est universelle. Il évoque de rares figures indiennes, chinoises et japonaises. Au sein de chaque chapitre l’ordre est chronologique, ordonné par dates de décès.

II. Diverses confessions s’affrontèrent puis se replièrent sur elles-mêmes, prises au sein des luttes qui leur firent oublier la prise de conscience de dimensions jusqu’alors ignorées. Car se succèdent sur trois siècles trois dévoilements de l’imprévisible Nature : celle de ses théâtres infimes ou immenses, celle de son âge incommensurable à l’histoire humaine, enfin celle de son évolution vers toujours plus de complexité et de variété.

La mystique perçue comme une façon de vivre son rapport avec un Dieu et prenant place au sein d’une tradition reçue et vérifiée disparaît de l’esprit des modernes; particulièrement chez des scientifiques jugés «athées» alors qu’ils sont le plus souvent agnostiques.

L’abandon de croyances traditionnelles est compensé par des témoignages individuels forts. S’exprimant diversement, des «mystiques sans Dieu» paraissent diluer une expérience insaisissable?

Pour des figures relevées au cours du dernier XXe siècle, le jardin mystique se présente «à l’anglaise» dans un espace sauvage aux aperçus inédits. «II. Hors cadres» présente ainsi des figures qui n’ont pas rattaché leur rencontre «d’un plus Grand qu’eux-mêmes» 149 à une Tradition. Leurs vies ont toutefois été changées, marque qui leur est commune. Ces pèlerins cheminent hors piste sans pouvoir facilement situer ce qui leur est arrivé (nous ne retenons aucun de ceux qui se présentent sur la grand-place du marché spirituel en maîtres proposant quelque «nouvel enseignement»).

Les deux premiers chapitres présentent des figures à la recherche de la vie mystique soit par l’exercice de leur réflexion («chercheurs») soit par l’exercice de leur intuition («poètes»). Les trois derniers chapitres rassemblent des témoins : ceux de «l’instant mystique», ceux auxquels la vie mystique se révèle au sein de l’épreuve, enfin des «témoins pour notre temps». Ils confirment la nature mystique de certaines expériences, même si cela n’est pas évident à leurs yeux.

Plus d’une centaine de figures sont proposées en dix chapitres répartis entre fidèles aux traditions et chercheurs ou témoins hors cadre 150. Leur nombre est ainsi rendu comparable à celui des figures ayant connu le XVIIe siècle et qui disposaient d’une section dans Expériences mystiques en Occident, tomes II à IV. S’ajoutent quelques entrées couvrant soit un genre d’expression soit une œuvre collective.

J’ai regretté de n’avoir pu équilibrer les entrées entre de trop nombreux clercs et de trop rares laïcs pour la première partie consacrée aux figures attachées aux Traditions. De fait les clercs bénéficient tout à la fois d’un devoir de mémoire assez bien respecté dans les Ordres et d’une supposée proximité avec le divin aux yeux des témoins (incluant leurs éditeurs). Leurs entrées en religion suivent l’expérience initiatrice commune à presque tous les mystiques ce qui favorise les Ordres.

J’ai ici décidé d’être très ouvert dans ma récolte de figures «sauvages». Leur nombre comparable à celui des figures «sages». Certaines entrées se situent à la frontière du champ mystique. Elles paraîtront à certains en être distantes? Il est utile de séparer le champ libre mystique d’enclos délimités par des théologies. Le lecteur est au contact de sensibilités diverses réunies autour d’une même Source.

Remerciements & Avertissement

Des contributions ont pourvu à une large récolte, particulièrement proposées par Emmanuel […]

Lilian Silburn avait établi le projet d’un volume portant sur les «instants mystiques» en assemblant un dossier préparatoire de textes pertinents. Nous ne pouvons qu’en éditer un bon nombre en seconde partie «Hors cadres» sans pouvoir proposer des correspondances avec les vécus du sivaïsme du Cachemire. Elles existent dans des notes et tableaux qui n’ont pas encore été transcrits. L’essentiel de l’esprit mystique que L. S. a si généreusement distribué se découvre dans ses nombreux écrits et plus intimement dans : Jacqueline Chambron, «Lilan Silburn, une vie mystique» Paris, Almora, 2015.

Je présente ce florilège en étant très conscient de l’injustice qui consiste à citer très brièvement les plus grandes figures -- elles sont aisément accessibles ailleurs -- pour accorder une grande place à quelques témoignages ou études dispersées en publications difficilement accessibles.

Le lecteur ignorera une majorité d’entrées pour approfondir quelques découvertes et cela suffit à justifier le florilège. Nous limitons les renseignements de nature identitaire. On les trouve sur divers sites dédiés dont en premier lieu sur Wikipedia.





Table

FIGURES AU SEIN DE TRADITIONS APRES 1700 3

«Étoilement mystique», une bifurcation 5

Un «crépuscule des mystiques»? 6

Remerciements & Avertissement 8


1. ÉCOLE DU CŒUR 11

1708 François de Laval (1623-1708) et l’Ermitage de Québec. 13

1709 Alexandre Piny (1640-1709) 21

1715 Fénelon (1651 - 1715) 25

1715 François La Combe (1640-1715). 45

1717 Jeanne-Marie Guyon (1648 - 1717) 51

1719 Malaval (1627-1719) 75

1719 Pierre Poiret (1646 - 1719) 77

1720 Claude-François Milley (1668 - 1720) 81

1733 James (1645-1726) et Georges Garden (1649-1733) 85

1751 Jean-Pierre de Caussade (1675 - 1751) 89

~1751 L’Abandon à la Providence divine 95

1769 Gerhard Tersteegen (1697 - 1769) 101

Thomas Kelly (1893-1941), Quaker 103

.

2. CHRISTIANISME OCCIDENTAL 105

1737 Maria-Magdalena Martinengo (1687 – 1737) 107

1775 Paolo [Danei] della Croce (1694-1775) 111

1798 Jeanne Le Royer (1731-1798) 115

1803 Jean-Nicolas Grou (1731 - 1803) 117

1820 Pierre de Clorivière (1735 - 1820) 121

1852 François Libermann (1802 - 1852) 123

1892 Charles-Louis Gay (1815-1892) 127

1897 Thérèse de l’Enfant-Jésus (1873-1897) 131

1906 Elisabeth de la Trinité (1880-1906) 133

1918 Marie-Antoinette de Geuser «consummata» (1889-1918) 134

1942 Brandsma (1881-1942) 140

1942 Édith Stein (1891-1942) 142

1948 Vital Lehodey (1857-1948) 148

1955 Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) 150

1975 Maurice Zundel (1897-1975) 154

1979 Jeanne Schmitz-Rouly (1891-1979) 156

1979 Paul Agaësse (-1979) 162

Dom Georges Lefebvre 170

1987 Jean-Baptiste Porion (-1987) 176

2002 Marie-Dominique Molinié (1918-2002) 180

.

3. CHRISTIANISME ORIENTAL 185

1782 La Philocalie, une bibliothèque spirituelle. 187

1833 Seraphim de Sarov (1759-1833) 189

~1840 Optino et la Paternité spirituelle en Russie. 195

~1870 Récits d’un pèlerin [russe] 203

~1906 Archimandrite Spiridon 205

1938 Starets Silouane (1866-1938) 207

1950 Simon Frank (-1950) 209

1980 Lev Gillet (1893 – 1980) 210

.

4. RELIGIONS DU LIVRE 233

JUDAÏSME 235

1827 Dov Baer de Loubavitch (1773 - 1827) 235

1943 Jiri Langer (1894-1943) 241

SOUFISME 253

1711 Machrab (1657-1711) 253

1823 Sheikh Al-Arabi ad-Darqawi (-1823) 255

1883 Abd el-Kader (1807-1883) 259

1934 Ahmad al — «Alawî (-1934) 261

1988 Sayd Bahodine Majrouh (-1988) 265


5. ORIENTS 267


INDOUISME 269

1932 Ramakrishna (– 1932) 269

1950 Ramana Maharshi (1879 - 1950) 273

1963 Ramdas (-1963) 281

1973 Henri Le Saux/Swami Abhishtktananda (1910-1973) 287


BOUDDHISME & TAOÏSME 289

1694 Matsuô Bashô (1644 – 1694) 289

Lu ’K’uan Yü (1898—?) & Hsu Yun 293

1966 D.T.Suzuki (1870-1966) 297

R.H. Blyth [on Zen] 311

1993 Toshihiko Izutsu (1914-1993) [on Zen] 315


SYNTHESES 319

Liste de courants et de mystiques juifs du Xe au XVIIe siècle 320

Mystiques ayant vécu en terres d’Islam du IXe au XVIe siècle 322

Mystiques chrétiens du XIIe au XVIIe siècle 326

Réseaux franciscains 330

Mystiques ayant connus le XVIIe siècle par naissances 334

Caractères communs à ces figures 343

Douze figures, douze textes, des bonnes traductions 347

Les trois courants mystiques de l’Ecole du Coeur 349

Choix bibliographique 351

1.Ouvrages généraux 351

2.Figures et œuvres 352

.


13.EXPÉRIENCES MYSTIQUE VI. FIGURES HORS CADRES APRES 1800

«Étoilement mystique», une bifurcation

[reprise du tome V]

Un «crépuscule des mystiques»?

[reprise du tome V]

Remerciements & Avertissement

Des contributions ont pourvu à une large récolte, particulièrement proposées par Emmanuel […]

Lilian Silburn avait établi le projet d’un volume portant sur les «instants mystiques» en assemblant un dossier préparatoire de textes pertinents. Nous ne pouvons qu’en éditer un bon nombre en seconde partie «Hors cadres» sans pouvoir proposer des correspondances avec les vécus du sivaïsme du Cachemire. Elles existent dans des notes et tableaux qui n’ont pas encore été transcrits. L’essentiel de l’esprit mystique que L. S. a si généreusement distribué se découvre dans ses nombreux écrits et plus intimement dans : Jacqueline Chambron, «Lilan Silburn, une vie mystique» Paris, Almora, 2015.

Je présente ce florilège en étant très conscient de l’injustice qui consiste à citer très brièvement les plus grandes figures -- elles sont aisément accessibles ailleurs -- pour accorder une grande place à quelques témoignages ou études dispersées en publications difficilement accessibles.

Le lecteur ignorera une majorité d’entrées pour approfondir quelques découvertes et cela suffit à justifier le florilège. Nous limitons les renseignements de nature identitaire. On les trouve sur divers sites dédiés dont en premier lieu sur Wikipedia.

Table

«Étoilement mystique», une bifurcation 5

Un «crépuscule des mystiques»? 6

Remerciements & Avertissement 8


CHERCHEURS 11

1804 Emmanuel Kant (1724-1804) 11

1854 Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling (1775-1854) 12

1881 Henri-Frédéric Amiel (1821-1881) 14

1900 Félix Ravaisson (1813-1900) 16

1910 William James (1842-1910) 17

1933 Henri Bremond (1875–1933) 25

1938 Edmond Husserl (1859-1938) 27

1941 Henri Bergson (1859-1941) 28

1943 Simone Weil (1909 - 1943) 32

1946 H.G. Wells (1866-1946) 35

1953 Jean Baruzi (1881-1953) 53

1961 Erwin Schrödinger (1887-1961). 55

1962 Gaston Bachelard (1884-1962) 57

1963 Aldous Huxley (1894-1963). 61

1968 Jean Paulhan (1884–1968) 64

1971 Émile Dermenghem 1892-1971 66

1985 Vladimir Jankélévitch (1903-1985) 85

1997 George Wald (1906-1997) 87

1997 François Roustang (1923-1997) 89

1998 Julien Green (1900-1998) 90

Henri Chambron (1926- ) 103

.

POÈTES 113

Chanson Esquimau (Alaska, Groenland) 113

1785 Khwaja Mir Dard (1720-1785) 115

1837 Giacomo Leopardi (1789 - 1837). 118

1843 Johann Christian Friedrich Hölderlin (1770 - 1843). 119

1867 Charles Baudelaire (1821 – 1867) 127

1886 Emily Dickinson (1830-1886) 129

1891 Arthur Rimbaud (1854 - 1891) 130

1914 Jean Jaures (1859 - 1914) 132

1929 Hugo von Hofmannsthal (1894-1929) 134

1934 Haïm Nahman Bialik (1873 - 1934) 145

1938 Ossip Mandelstam (1891 - 1938) 147

1944 René Daumal (1908-1944) 149

1950 Joé Bousquet (1897-1950) 157

1960 Raïssa Maritain (1883-1960) 162

1960 Jules Supervielle (1884-1960) 163

1967 Marie Noël (1883-1967) 165

1968 Antonio Porchia (1885 - 1968) 167

1971 Jean Grenier (1898-1971) 168

1975 Patrice de la Tour du Pin (1911-1975) 170

Claude Vigée (1921 — ) 171

1995 Gilles Deleuze (1925 - 1995) 174

1995 Roberto Juarroz (1925 - 1995) 176

François Roustang (1923 — ) 178

Kenneth White (1936-) 180

Jacques Ancet (1942 - 195

Radu Mihaileanu (1958- 196

Fabienne Verdier (1962- 197

.

8. TÉMOINS DE L’INSTANT 199

1849 Edgar Allan Poe (1809-1849) 200

1850 William Wordsworth (1770-1850) 201

1855 Gérard de Nerval (1808-1855) 220

1881 Amiel (1821 – 1881) 221

1902 Richard Maurice Bucke (1837-1902) 222

1908 Lucie Christine (1870 - 1908) 225

1917 Léon Bloy (1846-1917) 227

1919 Rosa Luxemburg (1871-1919) 229

1922 Marcel Proust (1871-1922). 233

1922 W. H. Hudson (1841-1922) 236

1924 Franz Kafka (1883-1924) 244

1948 Georges Bernanos (1888-1948) 247

1955 Albert Einstein (1879-1955) 248

1971 Jean Grenier (1898-1971) 250

1975 Carlo Levi (1902-1975) 251

1984 Henri Michaux (1899-1984) 252

2009 Stephen Jourdain (1931-2009) 273

2012 Dalila Pereira da Costa (1918-2012) 304

Philippe Jacottet (1925-) 315

.

9. TÉMOINS DANS L’ÉPREUVE 317

1914 Témoignages issus des Enfers (1914-1953) 317

1943 Etty Hillesum (1914 - 1943). 323

1977 Evguénia Guinzbourg (1906-1977) 327

1982 Varlam Chalamov (1907 - 1982) 333

1983 Arthur Koestler (1905-1983). 336

1999 Éliane Jeannin-Garreau (1911-1999) 351

2008 Alexandre I. Soljenitsyne (1918-2008) 352

1961 Dag Hammarskjold (1905-1961) 352

.

10. TÉMOINS POUR NOTRE TEMPS 353

1986 Bernadette Roberts (1931-1986) 353

1992 Lilian Silburn (1909 – 1993) 377

Yolande Duran-Serrano 388

Nils Kuhn de Chizelle 406








Le tome EXPÉRIENCES IV qui suit remplace les tomes précédents

EXPÉRIENCES MYSTIQUES EN OCCIDENT IV UNE ECOLE DU COEUR

Du Tiers ordre franciscain à l’Ermitage de Caen, Monsieur Bertot, Madame Guyon et leurs disciples



Dominique & Murielle Tronc





(10)217.Expériences IV Ecole du coeur 18juin20.odt

PRÉSENTATION

« Le langage des mystiques est fort malaisé à entendre pour ceux qui ne le sont pas.

« C’est une théologie qui consiste toute en expérience, puisque ce sont des opérations de Dieu dans les âmes par des impressions de grâces et par des infusions de lumières; par conséquent l’esprit humain n’y pourrait voir goutte pour les comprendre par lui-même.

« Ce «Rien» dont notre Mère parle151 avec tant d’admiration se trouve de cette nature. C’est, sans doute, un dépouillement de l’âme effectué par la grâce, qui la met en nudité et vide, pour être revêtue de Jésus-Christ, et pour faire place à son Esprit qui veut venir y habiter.

« Mais nous pouvons dire encore que la nature, par elle-même, ne peut arriver à cet état. Il n’appartient qu’à Celui qui a su du rien faire quelque chose [de] la réduire de quelque chose comme à rien, non pas par son anéantissement naturel, mais par un très grand épurement de tout le terrestre, où Il la peut mettre152. »

§

Voici tardivement le quatrième volume qui couronne une série consacrée à l’histoire des expériences mystiques en Occident 153. Le groupe mystique formé autour de Jean de Bernières (1601-1659), repris par Jacques Bertot (1620-1681), développé par Madame Guyon (1648-1717) porte haut la tradition mystique.

Ce volume est plus vaste que les trois précédents pour couvrir avec précision deux siècles et demi d’une « Ecole du Coeur » préparée par des franciscains, qui perdure au siècle des Lumières.

D’habitude on définit un domaine d’étude par un « Canon » de textes fondateurs. Ici nous avons affaire à des textes qui ne furent pas reconnus par les autorités ecclésiastiques. Les textes de Jean de Bernières, de Jacques Bertot, de Jeanne Guyon en sont les principaux (on y adjoindra ceux du P. Chrysostome de Saint-Lô, de Mère Mectilde, de proches de Madame Guyon dont Fénelon). Au coeur d’une telle bibliothèque mystique figurent six mille pages traitant de la direction mystique, cas rarissime de lettres qui expriment librement l’expérience et la pensée de leurs auteurs. elles nous sont parvenues intentionnellement sauvées de censures ecclésiastique et royale.

L’essentiel du vécu mystique exprimé en langue française classique tient en trois Correspondances qui se succèdent en trois générations de directeurs à dirigé(e)s, de maîtres à disciples. D’extensions comparables, traduisant des accomplissements mystiques, elles présentent un même message sous trois « couleurs ». Le même courant mystique est relayé par trois tempéraments dans des conditions de vie diverses : Bernières est un laïc actif, son disciple Bertot est prêtre et le très discret « directeur mystique », Guyon est une femme mariée puis veuve qui évolue de la Cour aux prisons. Son génie a su remarquablement analyser une expérience mystique intemporelle donc éventuellement nôtre.

Ces témoignages ont été soigneusement sauvés par quelques personnes particulièrement conscientes de leur valeur : la sœur de Bernières pour le frère et pour le P. Chrysostome, Madame Guyon pour Bertot, l’éditeur Poiret pour Guyon, tous considérant leur premier devoir de sauvegarder les textes à l’usage de générations suivantes. Nous prenons relai.

A cette redécouverte d’un « Essentiel  mystique » s’ajoutent les écrits à usage « externe», donc parfois auto-censurés, ceux du P. Chrysostome, de Mère Mectilde, de Madame Guyon, du P. Lacombe, de Fénelon, etc. Ils ont été récemment édités, souvent pour la première fois depuis leur parution, parfois depuis les autographes. On trouvera en notes nos contributions à ce travail de sauvegarde d’une bibliothèque mystique.

Des relations directes entre personnes vivantes sont condition indispensable pour mener à terme un pèlerinage mystique  : les compagnons spirituels se connaissaient entre eux, se demandaient conseil, se rendaient visite et, quand c’était impossible, s’écrivaient en toute discrétion. La valeur du présent travail réside dans cette redécouverte et restitution d’une « vie commune » mystique. Elle veut aider des chercheurs spirituels d’aujourd’hui d’occident et d’ailleurs.

On a affaire non à des génies solitaires mais à tout un réseau d’amitiés spirituelles extrêmement vivant. L’important ne réside pas dans les influences livresques, mais dans les rencontres de personne à personne. Des relations spirituelles profondes sont vécues entre contemporains d’une même génération, et justifient une chaîne mystique. Elle se poursuit sur la durée car les aînés transmettent leur expérience à la génération suivante. Ce fait est rare. Nous n’avons pas trouvé un autre équivalent occidental à la chaîne mystique que l’on tente de restituer dans le présent ouvrage (amorces de chaînes carmélites, vitalités franciscaines voire jésuites?)

Si nous bénéficions de belles études sur certaines figures connues154 ou sur des groupes localisés géographiquement155, en revanche aucune synthèse ne met en relief l’originalité d’un courant mystique qui subsista pourtant durant plus de deux siècles, partagé et attesté par cinq générations successives, Madame Guyon et Fénelon se situant à la troisième. Cet effacement s’explique bien entendu par la condamnation catholique de ceux que l’on surnommait avec dérision les « quiétistes ». Peut-être aussi par l’ignorance de la possibilité même de transmission.

L’approche historique, donc extérieure, de ce courant peut se faire grâce aux articles «Quiétisme» (1986) du Dictionnaire de Spiritualité qui restent aujourd’hui incontournables pour donner le récit sur la durée de la « crise » visible (elle ne couvre environ que la fin du XVIIe). Ses auteurs, grands connaisseurs de l’Europe latine catholique, fournissent une abondante moisson : en particulier, suivant l’ordre chronologique, ils commencent par passer en revue les principales figures incriminées par les Inquisitions espagnole et italienne. Reste évidente la difficulté de circonscrire précisément ce que l’on reprochait au christianisme intérieur de ces prévenus, tant les accusations reposent sur des Propositionsque l’on ne retrouve pas dans leurs œuvres.

§

Notre apport se veut en dehors de toute théologie et des débats d’idées. Nous ne cherchons pas à établir une «théorie » mais à faire revivre des personnes. Nous respectons leurs témoignages en les citant, préférant l’expérience vécue à l’exposition d’idée. Et nous parlerons de relations directes entre personnes vivantes. Sans méconnaître des influences dues à la lecture spirituelle, nous soulignons la possibilité et la primauté des rencontres physiques entre personnes avant que cette relation ne se poursuive sous la forme de correspondance.

Ces spirituels se rencontrent autour d’une expérience centrale, celle de la grâce divine, à laquelle ils font le don de leur personne et de leur vie dans un abandon intérieur total. Ils ne se satisfont que de «l’amour pur», c’est-à-dire sans récompense. Prenant appui sur la grâce, ils considèrent l’effort humain et l’ascétisme comme secondaires. Mais cela ne veut pas dire que leur vie est relâchée, car, contrairement au procès qui est fait aux adeptes de la quiétude, ils mènent une vie d’une rigueur exemplaire.

Loin de rester isolés dans une maison ou un couvent, ils se sont fréquentés. Leur spécificité est de n’avoir jamais transformé leur réseau d’amitiés spirituelles en un Ordre qui aurait figé ce qu’ils désiraient garder informel. Ceux qui étaient clercs restaient simplement fidèles à leurs diverses appartenances ecclésiales. Ces hommes et ces femmes n’éprouvaient aucune nécessité de cadre extérieur : unis par l’indicible, ils partageaient les mêmes évidences.

Ce courant se distingue donc par l’absence de ce qui définit habituellement un groupe : pas de Constitution, pas de Règle extérieure, pas d’Ordre, pas de fondation si l’on excepte Mectilde et ses bénédictines. Seule la profondeur de l’expérience intérieure fonde l’autorité. Aucune frontière politique ou religieuse ne pouvait résister à un tel mouvement.

Ces liens sans contrainte ni règle formelle ne pouvaient être acceptés par les autorités religieuses : se sentant négligées, celles-ci les combattirent avec vigueur. Ces mystiques ont souvent dû affronter des ecclésiastiques hostiles parce que sans expérience intérieure, en particulier quand ils ont osé parler du degré le plus profond de leurs relations spirituelles : une communication silencieuse de la grâce de personne à personne.

Toutes ces relations forment un réseau complexe et cohérent : une véritable « école » de vie mystique. Quel nom donner à une telle association sans unité de condition ni liens canoniques156? Bremond utilise les expressions d’Oratoire du cœur et d’École de l’oraison cordiale dans le chapitre qu’il consacre à Querdu Le Gall (1633-1698) et à Jean Aumont (-1689)157.

Parler d’une « Filiation mystique du pur Amour » permettrait d’insister sur le lien de nature mystique qui exista entre aînés et cadets, et d’éviter la note intellectuelle attachée au terme École : malheureusement, ce titre serait trop long.

Même s’il faut éviter tout note affective attribuée au mot cœur depuis Rousseau et le Romantisme, nous avons finalement opté pour l’expression « École du Coeur ».

Son rôle fut souterrain mais capital : elle sous-tend et féconde la vie mystique dans toute l’Europe depuis la fin des guerres de religion au XVIe siècle (Henri IV entre à Paris en 1594) jusqu’au milieu du XIXe siècle (fin du cercle de Morges-Lausanne).

Ce mouvement est l’une des expressions de la mystique universelle dans son vécu le plus profond. Un tel réseau d’amitiés spirituelles est de grand intérêt pour notre époque parce qu’il préfigure un mode de relation très moderne : l’individualiste contemporain, rendu prudent, repousse les structures sociales, les idéologies, les rites ou les fondamentalismes religieux, cherchant une approche directe. 

Il a besoin cependant de trouver ancrage dans des relations interpersonnelles. Cette histoire de l’École de la Grâce qui traverse plus de deux siècles prouve qu’il est possible de «vivre la mystique» sans adhérer à un collectif, mais en étant entouré de compagnons qui partagent la même aventure.

Les écrits de Chrysostome, Bernières, Mectilde, Bertot, Guyon, Fénelon sont disponibles aujourd’hui. Y dominent de remarquables correspondances158 où ces mystiques témoignent d’une liberté rare car ils s’adressent à des intimes qui les comprennent. Destinés à tous ceux qui cheminent sur « Les secrets sentiers de l’amour divin159 », leurs précieux conseils sont universels.

Une École du cœur

De même que l’on n’apprend pas l’ébénisterie dans un livre, de même seuls des liens directs entre personnes sont à même de former des apprentis mystiques : rencontrer un spirituel, lui parler, voire même vivre avec lui un certain temps est de toute première importance. Expliquer des influences spirituelles uniquement par la circulation des textes ne suffit donc pas : ce sont les relations interpersonnelles qui comptent. Nous nous attacherons donc à savoir non pas «qui a lu qui», mais «qui a rencontré qui».

Parce qu’ils ont en commun la même expérience du divin et les mêmes raisons de vivre, les mystiques se comprennent et des liens d’amitié se forment. Le rayonnement de certains aînés plus expérimentés attire la génération suivante : les cadets reçoivent l’enseignement d’un père ou d’une mère spirituelle. Ces liens sont parfois vécus sur plusieurs générations : ils constituent alors des filiations dont les intéressés sont conscients.

Ce phénomène est bien connu dans le monde entier. Dans les traditions orientales, on parle de chaînes de transmission dans le soufisme tandis que des maîtres se succèdent en Extrême-Orient dans diverses traditions indiennes ou bouddhiques. Aux débuts du christianisme, un évêque n’était reconnu que s’il était relié à un apôtre, qui lui-même avait connu directement Jésus : cette conception, encore apparente chez Tertullien à la fin du second siècle, disparaîtra deux siècles plus tard chez Ambroise de Milan160, la notion de transmission de personne à personne s’étant perdue.

Nous allons essayer de montrer que cette expérience de transmission de personne à personne a ressuscité au XVIIe siècle, où l’on voit naître un réseau d’amitiés de ce type chez les mystiques du «pur amour» : ils se connaissaient et s’estimaient. Chaque génération formait des disciples. L’ensemble de ces liens constitue un «arbre mystique», nourri par la sève de l’exceptionnelle vitalité spirituelle franciscaine161. Des quatre figures principales, - Chrysostome, Bernières, Bertot, Guyon, - sont issues de nombreuses branches spirituelles dans les milieux plus divers. Mais tous se savaient reliés à une même origine : à la fin du XVIIIe siècle, le pasteur Dutoit vénérait encore les quatre personnes que nous venons de citer162.

Ce courant mystique imprégné d’influence franciscaine, transmis de génération à génération essentiellement en France, connut une efflorescence qui dura près de deux siècles et demi : depuis 1590 quand deux franciscains fondent ce courant en apportant en France leur expérience mystique, jusqu’en 1837 où se meurt un cercle spirituel guyonien à Morges près de Lausanne.

§

Cette histoire ne s’est malheureusement pas passée facilement : ces mystiques que nous regroupons sous le nom d’École de la grâce, ont été affublés du sobriquet «quiétistes» par leurs détracteurs. Ce surnom entache encore maintenant leur mémoire puisqu’il s’accompagna de procès et de condamnations. Le quiétisme n’étant pas notre sujet, nous ne l’évoquerons que brièvement, mais nous nous attarderons un peu sur les précurseurs espagnols et italiens.

Puis nous donnerons un aperçu de l’histoire antérieure des Tiers Ordres franciscains, trop souvent laissée dans l’ombre au bénéfice d’autres branches franciscaines. Nous verrons cette vénérable tradition éclore en France et féconder la mystique française dès la fin de nos guerres de religion : des âmes ardentes vont rencontrer ces messagers. Ainsi, au début du siècle, va se former à Caen un premier groupe autour de Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), issu du Tiers Ordre Régulier : lui et Marie des Vallées (1590-1656) dirigent Jean de Bernières (1601-1659) et ses amis. Celui-ci crée l’Ermitage de Caen, où l’on trouve soutien spirituel et où l’on peut être initié à l’oraison. Il est entouré de disciples de grande valeur : Mère Mectilde (1614-1698) qui fonde un ordre de bénédictines toujours actives de nos jours ; Mgr de Laval (1623-1708) qui crée un nouvel Ermitage au Canada ; le prêtre Jacques Bertot (1620-1681), qui va transmettre la spiritualité de l’Ermitage de Caen à Paris : devenu confesseur au couvent de Montmartre, il y attire un cercle de laïcs pratiquant l’oraison, dont Madame Guyon (1648-1717). C’est elle qui reprendra la direction du groupe, attirant de nombreux disciples, dont Fénelon.

Mme Guyon va voyager en Italie : nous verrons qu’elle fera un séjour chez l’évêque Ripa et sera donc en contact avec le quiétisme italien. En elle aboutissent deux courants mystiques : celui de l’Ermitage et celui des disciples de Molinos. Elle inspirera des cercles d’oraison dans toute l’Europe, aussi bien catholiques que protestants. Puis au XVIIIe siècle, le courant mystique se distribue en de multiples branches, mais la peur d’être condamné pour «quiétisme» est un frein : tandis que les cercles spirituels se cachent en terres catholiques françaises, le courant trouve refuge dans les terres piétistes protestantes. Puis il s’enlise et nous en perdons trace en Suisse après 1837.

Une autre caractéristique de cette École apparaît ici : non seulement la qualité des directeurs spirituels y fut exceptionnelle, mais leur succession ne connut jamais d’interruption. Antoine Le Clerc sieur de la Forest (1563-1628), le père Chrysostome, le laïc Jean de Bernières, le prêtre Jacques Bertot, madame Guyon et Fénelon archevêque de Cambrai, et par la suite les pasteurs piétistes Pierre Poiret (1646-1719) et Jean-Philippe Dutoit (1721-1793) se succédèrent comme les maillons d’une longue chaîne. Autre fait remarquable, ils furent indifféremment laïcs ou religieux : leur autorité ne reposait que sur la profondeur d’une vie intérieure. C’est un laïc, Jean de Bernières, qui est au centre du premier réseau au milieu du XVIIe siècle, et c’est une laïque, Mme Guyon, qui sera la référence à la fin du siècle.

Aux biographies des uns et des autres nous associerons des extraits de leurs «dits» ou de leurs écrits163 : rien ne remplace le contact direct avec les textes. Même si cet ouvrage commence par un rappel essentiellement historique, nous ne nous attarderons pas sur les structures, les règles et les conceptions théologiques : elles ne seront présentées que pour faire comprendre au milieu de quelles contraintes vivaient ces mystiques.

§

Tableau général des filiations dans l’Ecole de la grâce :

l’ordre chronologique est vertical. Trois étages sont soulignés car soutenant tous les autres : Bernières, Bertot, Guyon.

[table supra cf. « 10.IV »]







PRÉSENTATION 5

Une École du cœur 11

Madame Guyon au centre d’une filiation 14

Plan de l’ouvrage 15

I.  QUIÉTISMES 18

UNE « QUERELLE » 18

LES PRÉCURSEURS 26

Grégoire Lopez (1542-1596), ermite au Mexique. 28

Joseph de Jésus Maria [Quiroga] (1562-1628) défenseur de Jean de la Croix 34

Antonio de Rojas (~1630) 40

Juan Falconi (1596-1638) 42

UN « TRIANGLE » GÉOGRAPHIQUE RÉPRESSIF 46

Le « quiétisme » en Italie 47

Le quiétisme en Espagne  : Palafox. 48

Le quiétisme en France 50

DES ITALIENS 52

Miguel de Molinos (1628-1696) 52

Récit d’une condamnation 58

Pier Matteo Petrucci (1636-1701) 62

Vittorio Augustin Ripa (-1691) 65

Le quiétisme en France  : madame Guyon. 67

II.    L’ÉCOLE DU COEUR EN FRANCE ET AU CANADA 73

Chrysostome de Saint-Lô du Tiers Ordre Régulier franciscain (illustr.) 74

LA FONDATION ET MONSIEUR DE BERNIÈRES 75

Tiers Ordres franciscains 75

L’origine de l’École 77

Antoine le Clerc (1563-1628) 82

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (~1594-1646) 86

Jean de Bernières (1601-1659) 90

Sa formation par le P. Chrysostome 92

Des Amies mystiques 96

Marie des Vallées (1590-1656) 96

Charlotte le Sergent (1604-1677) 98

Marie de l’Incarnation (1599-1672) 99

Une œuvre  reconstituée et influente. 102

L’ERMITAGE NORMAND 106

Les proches de Bernières 112

Jourdaine de Bernières (1596-1645) et ses ursulines. 112

Jean Eudes (1601-1680), missionnaire. 114

Gaston de Renty (1611-1649) 115

Louis-François d’Argentan (1615-1680), capucin. 118

Les disciples 120

François de Laval (1623-1708) 120

Henri-Martin Boudon (1624-1702) 123

Claude La Colombière (1641-1682) 124

Jean Aumont (1608-1689), pauvre villageois. 124

MECTILDE du Saint Sacrement (1614-1698) 138

L’initiation par le P. Chrysostome 140

Sa direction par des amis et par M. de Bernières. 153

Épiphane Louys (1614-1682), prémontré 153

Charlotte Le Sergent (1604-1677) 156

M. de Bernières prend la relève 159

La profondeur mystique des dernières années 164

MONSIEUR BERTOT, DIRECTEUR MYSTIQUE. 172

De Caen… 174

à Montmartre 180

Une voie mystique. 188

Son influence 195

MIGRATIONS CANADIENNES 198

L’entreprise secrète  de Mme  de la Peltrie 198

Marie de l’Incarnation 199

François de Laval (1623-1708) 201

Les « émigrés » 205

M. de Mézy (-1665) 205

Ango de Maizerets 206

Henri de Bernières (-1701), neveu de Jean 207

L’abbé Dudouyt 209

SYNTHESE 213

215

« Vie commune »  : Monsieur Bertot dialogue avec Madame Guyon 217

III.  MADAME GUYON, FÉNELON ET LEURS AMIS 231

S’agit-il de madame Guyon ou de sa fille ? 232

FORMATION PAR LES AÎNéS 233

Archange Enguerrand (1631-1699), « le bon franciscain ». 235

Geneviève Granger (1600-1674). 237

Monsieur Bertot 239

Maur de l’Enfant-Jésus (1617-1690) disciple de Jean de Saint-Samson (1571-1636) 248

La Mère Bon (1636-1680), ursuline. 250

Malaval (1627-1719), l’aveugle de Marseille. 258

Le P. La Combe (1640-1715), son confesseur. 259

Le Traité sur l’Oraison mentale 261

LA VIE DE JEANNE-MARIE GUYON (1648-1717) 266

Jeunesse et voyages 269

L’animatrice du cercle fondé par monsieur Bertot 273

La chasse et les prisons. 276

Une fin de vie paisible, mais active. 282

UNE ŒUVRE SAUVÉE 284

Trois volets couvrent tout le champ spirituel 290

I. Le témoignage. 294

Les Torrents [1682, 1720] 294

La Vie par elle-même [1683-1709, 1720] 295

Des images et des poésies [c.1705-1717, 1717 & 1722] 297

II. L’enseignement. 300

Les Discours [1693-1717, 1722]. 300

Les Correspondances [~1686-1717, 1767-1768] 308

L’Abandon à la Providence divine attribuée précédemment au P. de Caussade [1695 & ~1741, 1861] 315

: 318

III. L’appui des Traditions. 319

Les Explications des Testaments [1684, 1713] 319

Les Justifications [1694, 1720 ]. 326

Quelques annotations aux Autorités par Mme Guyon 331

Clé 63. Transformation  336

LA VOIE MYSTIQUE 342

Filiation et Transmission mystique 342

Ses conséquences. 344

Une dynamique cachée 347

L’adhérence du cœur. 347

Découverte, désappropriation, vie nouvelle. 350

Quatre degrés dont trois proprement mystiques 351

Un état permanent. 354

La Voie exposée dans le Moyen Court. 356

Première « voie active de la méditation ». 356

Deuxième « voie  » passive de lumière ». (Les rivières). 357

Troisième « voix passive en foi ». (Les torrents). 359

Le vaisseau sort du port 360

Deuxième et troisième degrés  : course de l’âme à sa perte, dépouillement, mort. 361

« Vie nouvelle et divine » (Seconde partie des Torrents). µ trouver un texte et supprimer ce titre 363

Critiques & défenseurs  : Nicole, Dom Le   Masson, Massoulié, Dom      Claude Martin. 366

Frère Antonin Massoulié (1632-1706) 367

Dom Claude Martin (1619-1696) défenseur. 370

Laurent de la Résurrection (1614-1691) 372

FRANÇOIS DE FÉNELON 375

Bref rappel biographique. 377

Vie commune  : Madame Guyon dialogue avec Fénelon. 381

µchanger titre  et rappetisser : 381

La relation mystique de Mme Guyon et Fénelon 381

Oeuvres 390

Clément et Cassien 390

L’Explication des Maximes des Saints. 399

Lettres spirituelles. 402

Direction spirituelle  de Charlotte de Saint-Cyprien 415

1. IV. LES FILIATIONS DE LA QUIÉTUDE 423

Des filiations européennes 426

FILIATION « CIS » EN FRANCE 429

Les ducs et duchesses de Beauvillier et de Chevreuse 429

Isaac Dupuy ( ? - apr.1737) 436

L’homme de confiance 436

Un précieux manuscrit 439

Relation du différend entre Bossuet et Fénelon. 440

La « petite duchesse » de Mortemart (1665-1750)  448

La formation par Fénelon 452

« La Colombe » (1672-1748) 469

Le marquis de Fénelon (1688-1745). 471

Lettres de direction à un jeune mousquetaire (extraits) 473

FILIATIONS DE « TRANS » EN TERRES PROTESTANTES 486

La circulation des pèlerins 486

FILIATION ÉCOSSAISE 488

Une tradition mystique, une histoire mouvementée. 488

Henry Scougal (1650-1678) 489

Le groupe d’Aberdeen 493

James Garden (1645-1726) et son frère Georges (1649-1733). 494

Le chevalier Ramsay (1686-1743) 496

Self-made man 496

Franc-maçon... 499

... Philosophe 500

Les trois Forbes. 505

1. Alexander, 4th Lord Forbes of Pitsligo (1678–1762). 505

2. William, 14th Lord Forbes (1687-1730)  506

3. James, 16th Lord Forbes (1689–1761) 507

James Ogilvie, Lord Deskford (1690-1764). 507

Le Dr. James Keith (-1726) 511

Le docteur Georges Cheynes. 514

FILIATION HOLLANDAISE ET GERMANIQUE 517

Pierre Poiret (1646-1719) 517

Wolf von Metternich (-1731). 528

Gerhard Tersteegen (1697-1769) 532

FILIATION SUISSE 536

17e Emblème de l’âme conduite à travers le labyrinthe du monde. (Illustr.) 539

« L’Abbé » de Watteville, chaînon caché. 540

Jean-François Monod (1674-1752) 544

Pétronille d’Eschweiler (1682-1740) 547

Marquis de Marsay (1688-1755) 549

Nouveaux discours spirituels, sur diverses matières de la vie intérieure et des dogmes de la religion chrétienne, ou Témoignage d’un enfant de la vérité et droiture des voyes de l’esprit pour l’encouragement et avertissement des autres enfants ses compagnons 553

Témoignage d’une Enfant de Vérité & droiture des Voyes de l’Esprit ou Explication mystique et littérale de l’Epître aux Hébreux 557

Frédéric de Fleischbein (1700-1774) 562

MM. de Fleischbein et de Klinckowström 564

[M. de Fleischbein m’a dirigé...] 567

Lettres de Monsieur de Fleischbein à Monsieur de Klinckowström 568

Klinckowström (-1774), gentilhomme danois. 588

Jean-Philippe Dutoit-Membrini (1721-1793) 592

Lettres spirituelles 598

Inventaire et verbal de la saisie des livres et écrits de monsieur Dutoit. 602

Daniel Pétillet (1758-1841). 606

Charles de Langalerie (1751-1835) et la fin d’une lignée. 608

L’évocation paisible de la fin dévote d’une lignée mystique : 608

Le témoignage de Benjamin Constant (1767-1830). 610

V. INFLUENCES 615

INFLUENCES EN TERRES CATHOLIQUES 619

François-Claude Milley (1668-1720), messager de la voie d’abandon. 621

Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) 623

Manière courte et facile pour faire oraison en foi 623

INFLUENCES EN TERRES PROTESTANTES 630

Piétistes. 630

Quakers. 632

William Law (1686–1761) 636

John Wesley (1703-1792). 638

Karl Philipp Moritz (1756-1793). 642

ÉCHOS AU XIXe SIÈCLE 644

Quiétisme favorablement reçu en Amérique 644

En Extrême-Orient. 647

Pierre de Clorivière (1735-1820). 647

Maine de Biran (1766-1824). 648

Sören Kierkegaard (1813-1855). 649

Arthur Schopenhauer (-1860). 649

RECONNAISSANCE AU XXe SIÈCLE 652

Vital Lehodey (1857–1948). 652

Henri Bremond (1865-1933). 654

Henri Bergson (1895-1941). 656

Jean Baruzi. 659

Louis Cognet 663

Madame Gondal 664

Et tous les autres  ? 664

CONCLUSION  666

Une chaîne mystique 666

Chrysostome 666

Bernières 667

Bertot 668

Guyon 669

Mortemart ? 671

Transmission 672

Il faut être établi dans la vie intérieure et missionné 672

Ce qui se passe dans une transmission 674

Trois exploits 678

ANNEXES 682

Histoire du Tiers Ordre Franciscain selon de Vernon 682

Trois grandes mystiques, trois biographies 688

Liste de proches de Mme Guyon et de Fénelon 692

Sources de textes mystiques et d’études 694

Index par noms propres 696

Références fréquentes citées de façon condensée 702

Sommaire (Quatrième de couverture) 705

TABLE 709 fin 715



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“MYSTIQUES DU MONDE”

*******************************

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Présentés au début du premier tome, voir la page suivante  « Pour introduire des mystiques de toutes cultures » .

Seize tomes au total.











MYSTIQUES DE L’ANTIQUITE JUDEO-CHRETIENNE & GRECQUE Des origines au troisième siècle



Textes réunis par Dominique Tronc, 2020.



Livre de Job 

PLATON 

PHILON d’ALEXANDRIE

MATHIEU L’EVANGELISTE

PAUL de TARSE

CLEMENT d’ALEXANDRIE

PLOTIN





1. I.Antiquité 20fev20.odt

Pour introduire des mystiques de toutes cultures

Les recherches d’un sens orientant vers la vie intérieure convergent sur des systèmes exprimés sous des formes religieuses et plus récemment sous des idéologies. Ces dernières n’ont pas résisté aux expériences traumatisantes du XXe siècle tandis que les traditions religieuses souffrent d’une inadaptation à un monde en mutation. Les ambitions totalitaires des unes et des autres se heurtent.

Recherche d’une vérité ? la science prend le relais dans la mesure où elle repose sur un socle commun dont témoigne des formes écrites universelle (dont la notation mathématique).

Recherche de la beauté ? depuis Lascaux des « voyants » nous la montrent dans sa grande diversité.

Recherche de la bonté ? Les hommes bons sont actifs depuis toujours mais sans apporter une réponse convaincante au mal.

Certains témoignent d’une « Rencontre » inipinée mais sans pouvoir énoncer son contenu. C’est le domaine des poètes, des artistes et des mystiques.

Je rassemble les témoignages de ces derniers. Tous expriment la même chose.

Apprécier des figures ayant parcouru le chemin intérieur incite à les imiter. Certaines furent influentes dans l’histoire des civilisations. Ce sqont des créateurs de langues (Ruusbroec pour le flamand, Eckhart pour l’allemand, Jean de la Croix pour l’espagnol), de sagesses (Socrate en Occident ancien, taoïstes dans le monde chinois), et, sans le vouloir, de religions (Bouddha, Jésus, Mohammed).

Les cultures du monde entier se mêlent aujourd’hui mais la reconnaissance d’une unité autour d’un essentiel caché « mystique » n’est pas partagée.

Pour ne pas partir de formes extérieures dépendantes des cultures humaines, les témoignages de figures individuelles sont préférables aux croyances et aux théories.

Une méthode ?

Lisez directement des écrits «datés». Laissez de côté les ouvrages historiques ou explicatifs qui s’interposent entre eux et nous. Chassez les fantômes : un « terrible» Jean de la Croix serait perdu dans sa nuit, d’une Jeanne Guyon serait assez « déraisonnable » pour assumer la réalité d’une transmission de cœur à cœur, etc.

Choisissez un auteur sur une centaine de mystiques de toutes cultures. Chacun mérite une lecture assez étendue pour en faire éventuellement un ami. Les œuvres complètes sont souvent accessibles en ligne164 ou en édition papier.

Entre des brindilles assemblées en florilège et des œuvres restituées dans leur intégralité, il y a place pour se limiter par figure à quelques dizaines jusqu’à la centaine de pages. Car on ne peut apprécier un témoin intimement sans aller au-delà de citations choisies pour leurs belles formulations. Il s’agit aussi de surmonter tel mode d’écriture disparue de nos jours (pour exemple : le dialogue qui s’établit entre «Raison» et «Amour» chez la béguine Marguerite Porete), ou même de quitter notre cadre culturel. Etrangement ce juste milieu entre brindilles et opus est absent – peut-être parce que la reconnaissance d’une unité cachée reste encore rare.

§

Seize tomes de l’Antiquité à nos jours, de l’Occident aux Orients, pour s’en tenir « seulement » à une centaine parmi des milliers de figures. De manière surprenante leur choix s’mpose le plus souvent sans alternative car le tri opéré au tamis des siècles est raisonnable.

Un florilège respectant le seul ordre chronologique a été précédemment établi 165.

Ici je propose des textes parfois entiers, généralement sans opérer de coupure. Il s’agira d’une œuvre complète (ici Job et son commentaire, plus tard les Torrents de Guyon) ou d’un « segment » prélevé au sein d’une œuvre plus vaste (ici la seconde moitié du livre VII de la République de Platon incluant le « mythe de la caverne », plus tard le tiers central des Noces de Ruusbroec). Même si l’idiotisme reste localement limité, reste la responsabilité entière du choix de l’oeuvre sinon d’un auteur inattendu (ici Les Thérapeutes de Philon et son introduction, plus tard des figures méconnues d’un dix-septième siècle longuement exploré).

Thesaurus mystique.

La recherche de textes mystiques met en évidence plusieurs vagues successives qui se produisirent en plusieurs lieux, chaque vague propre à des cultures s’appuyant sur des visions uniques du monde (mythes, religions, croyances). Apparaît une répartition temporelle autant que géographique autour des grands fleuves de l’Asie (Indus, fleuve Jaune) et du proche orient (Nil, Tigre-Euphrate).

Les plus nombreux témoignages entre le Ve siècle AC et le début de l’ère commune proviennent de l’Inde et de la Chine où la continuité culturelle a été mieux maintenue qu’en Europe où la Bible seule assure continuité avec le Moyen Orient166.

Le relais est assuré entre Ier et Ve siècles antiques autour du « lac Méditerranée »; puis au Moyen-Orient islamisé entre le IXe et le XIIe; l’Europe chrétienne prend son tour le entre le XIIIe et le XVIIe; du XVIIIe au XXe la culture devient plurielle. On répartit les témoignages :



Six tomes « occidentaux » :

Tome I et II Antiquité autour du bassin méditerranéen.

Tomes III, IV et V Terres chrétiennes

Tome VI Europe



Pour le reste du monde - largement plus vaste, mais moins bien représenté - six autres tomes :



Tomes VII et VIII Terres musulmanes

Tome IX Inde traditionnelle

Tomes X et XI Bouddhismes (« d’origine » puis marqué par le Taoïsme)

Tomes XII Chine traditionnelle



Dernier tome, on élargit au cadre vécu en extrême-orient pour tenter d’éclairer poétiquement un « second monde »167  éloigné :



Enfin quatre tomes de témoignages poétiques au « blanc de cible » mystique :



Tome XIII Poèmes de Chine, Corée, Japon

Tomes XIV à XVI Poèmes européens.



Comment y ajouter des témoignages plus récents? Ils ne sont plus adossés aux Traditions. Et l’’assemblage est impossible à notre époque où la quantité d’informations a été accrue d’un facteur mille : dix fois par la diversité des cultures, dix fois par la naissance des imprimés, dix fois par la facilité offerte grâce aux supports électroniques.

Plus personne ne peut proposer un Canon mystique. Demeure des opportunités de choix en attente du tri des siècles.

§

Il est extraordinaire de ne trouver aucune assemblage des textes mystiques essentiels de toutes origines culturelles : cela est probablement dû à la très récente prise en compte de l’égalité entre civilisations et entre religions.

Les études d’Underhill, Bremond, Maréchal, Bastide, etc., regardent « de l’extérieur » soit pour défendre soit pour comprendre « la mystique ». Parfois elles pratiquent le mélange des croyances aux théologies en ignorant l’intime vécu.

Prenons pour exemple le moins ancien que nous venons de citer :

Bastide  prend en 1931 la suite de modernes qui se sont intéressés à la mystique inscrite dans les Traditions avant l’effondrement de ces dernières (et, conséquence, du nombre de leurs spécialistes). Je le cite longuement – en corps maigre - parce qu’il les résume ; et aussi pour sa liberté vis-à-vis de « systèmes suggestionnaires » (religions ou idéologies) .

Bastide admet une « identique expérience psychologique » et s’en tient «  aux mystiques d’origine religieuse » 168 :

“Pour nous, partant de cette idée que le mysticisme classique, tel qu'il est décrit dans les manuels catholiques, est le fruit d'une longue tradition, nous nous attacherons d'abord à découvrir les étapes de cette tradition, depuis le mysticisme spontané et orgiastique des primitifs jusqu'à son organisation actuelle : non pas histoire des doctrines mystiques, bien que doctrine et expérience se pénètrent étroitement, mais plutôt histoire de l'expérience mystique.

[...]

“[On trouve] dans tout mysticisme, quel qu'il soit, une même, une identique expérience psychologique.

“Je le pense ; et je ne serais pas loin de la faire consister dans un double sentiment, celui d'une part d'une dépersonnalisation, d'une désappropriation du moi : l'être se vide de toute pensée, de toute émotion ordinaire ; il cesse de mener son existence habituelle. Mais, d'autre part, il ne se perd pas pour cela dans une inconscience absolue. D'autres émotions, d'autres pensées surgissent ; seulement le mystique ne les sent plus comme siennes, elles lui apparaissent étrangères ; il les subit passivement. Il n'est plus lui ; il est autre. Il se dit déifié.

“Certains (Schopenhauer, MM. Maurice Blondel, Delacroix, etc.) ont cru retrouver un pareil état d'esprit dans l'intuition esthétique, dans la contemplation de la nature, telle que la décrivent Rousseau dans ses rêveries, Maine de Biran, Amiel dans leurs Journaux, enfin ils ont cru le retrouver dans certaines philosophies qui, comme celle de Plotin, font consister la connaissance dans une identification du sujet et de l'objet. Mais d'autres (R. P. Poulain, M. de Mont-morand, M. Pierre Janet) n'acceptent pas de pareils rapprochements.

“Par contre, tout le monde est d'accord pour reconnaître que c'est dans le domaine religieux que s'épanouit le plus splendidement la fleur mystique.

“Le mysticisme, en effet, est à l'origine de la religion. Les peuples dits primitifs n'ignorent pas l'extase et la prophétie ; ils se livrent à de singulières frénésies par lesquelles ils pensent se séparer du monde profane et pénétrer dans le domaine du sacré. Presque toutes les Églises sont la concrétisation d'un élan mystique le bouddhisme suit la prédication de celui qui connut l'extase salvatrice sous l'arbre vénéré ; l'Ièlam est sorti d'une révélation angélique faite à Mahomet ; le Christianisme est né de l'effusion de l'esprit à la Pentecôte, avec tout son cortège de phénomènes mystiques : vision des langues de feu, glossolalie, etc.

“Mais si la religion naît du mysticisme, elle s'effraie ensuite de sa violence; elle veut le régulariser, le canaliser ; le Koran devient la norme de toute extase et saint Paul lutte dans les jeunes communautés chrétiennes contre la pratique excessive des charismes. Seulement, en voulant ainsi enfermer dans des règles trop étroites ce qui est spontanéité créatrice, on finit par tuer cette spontanéité elle-même. A la religion vécue succède la religion pensée, parfois même jouée. Le mysticisme qui avait à peu près disparu depuis les origines de l'Eglise reparaît alors ; il se présente maintenant comme une revanche de l'individu contre toutes ces barrières ecclésiastiques où se brise la fougue de son élan. C'est donc la conscience individuelle saisissant Dieu, en dehors de tout intermédiaire.

[...]

“Concluons : le mysticisme est chose complexe. Et c'est pourquoi nous devons essayer de le saisir à l'aide de toutes les méthodes qui ont fait leur preuve. Quand il s'agit d'un phénomène aussi riche que celui-ci, ce n'est pas trop de diriger sur lui les feux croisés de toutes les sciences : médecine, psychologie, ethnographie, histoire et sociologie.

[...]

Ce qu'il faudrait, pour porter sur le mysticisme un jugement juste, ce serait une série de monographies laïques faites sur des contemporains par des contemporains ayant une solide culture scientifique et un sens critique averti. Ceci mirait été en partie réalisé par Dom Joseph Sauton pour Mme Bruyère, abbesse de Solesmes, qui a vécu de 1845 à 1909 (mémoire édité par Albert Houtin). Sans doute Dom Sauton est un religieux ; mais, avant son entrée dans les ordres, il a fait des études de médecine, particulièrement de pathologie mentale et, comme il l'écrit lui-même : « le médecin, habitué par des études spéciales à l'analyse des divers états psychologiques, initié à l'art d'en découvrir les déviations, ce médecin analysait le moine qui lui était intimement uni... » Malheureusement toute une partie de ce mémoire, la partie médico-psychologique, a été retranchée par M. A. Houtin, ce qui diminue dans une très grande mesure l'intérêt de cet ouvrage. Reste alors l'étude d'une malade atteinte de délire religieux faite à la Salpêtrière par M. Pierre Janet, qui l’a suivie de longues années et a pu l'examiner méthodiquement, en suivant les règles les plus assurées de la médecine expérimentale. Ainsi, et ainsi seulement,_pourra s'amorcer, d'après certains, une étude positive du mysticisme.

“Cette méthode, certes, ne manque pas d'intérêt. Mais, si on se borne à des monographies de malades,, sous prétexte qu'ils sont plus facilement étudiables, elle comporte aussi un grand danger : celui de confondre ensemble des phénomènes disparates. Il y a une extase physiologique, une hypnotique, une cataleptique, une hystérique et une mystique, qui se ressemblent extérieurement peut-être, mais qui, cependant, dans leur fond n'ont rien de commun d'après M. de Montmorand ; nous ne pouvons donc nous contenter de ce procédé d'observations personnelles, et le psychologue qui se préoccupe du problème mystique doit se doubler nécessairement d'un historien : il lui faut utiliser de toute évidence les témoignages des écrivains anciens, quitte à. les critiquer, bien entendu.

“Mais parmi ces témoignages, lesquels choisir ? Tous sont-ils également intéressants. Evidemment non. Il y a des faits qui sont révélateurs parce qu'ils contiennent virtuellement en eux une extrême généralité et d'autres, au contraire, qui sont exceptionnels et simplement curieux. Il faut donc chercher les cas typiques. Or ceux-ci, nous ne les trouverons pas parmi les petits mystiques, parce que ce sont des malades ou bien des mystiques d'imitation, donc des êtres sans originalité et sans action féconde ; nous ne les trouverons pas non plus chez les primitifs ou les mystiques de l'antiquité, voire même du moyen âge, parce que chez eux la pratique de la contemplation n'est qu'ébauchée et qu'il vaut mieux étudier le mysticisme sous sa forme la plus achevée, doué de tous ses caractères essentiels, tel qu'il résulte enfin d'une longue tradition à chaque moment perfectionnée : « Pour comprendre le mysticisme chrétien il faut aller d'emblée aux grands mystiques, sinon on risque de ne voir que ses caractères mineurs », et de le confondre avec « les accidents nerveux qui le compliquent, l'hystérie ou la folie religieuse », dit M. Delacroix, et de même M. Jean Baruzi « Il importe que l'exemple choisi soit complexe et de subtile qualité ». Telle est la méthode la plus souvent employée, par MM. H. Delacroix (Ste Thérèse, Mme Guyon, Suso), J. Baruzi (St Jean de la Croix), Von Hügel (Ste Catherine de Gênes), Mme J. Ancelet-Hustache (Mechtilde de Magdebourg) pour le christianisme, et, pour l'Islam, par M. L. Massignon (Al Hallâj). Parfois aussi on étudie un courant mystique, bien individualisé, la vie d'un monastère par exemple (Mme Ancelet-Hus-tache), ou encore une école de mystiques, école allemande du sine siècle, école française du xvir (MM. H. Delacroix. H. Brémond). Parfois, enfin, on essaie de grouper, peut-être un peu arbitrairement, dans un même objet d'étude, un certain nombre de mystiques unis par la reconnaissance d'une même dogmatique (M. de Montmorand et le mysticisme catholique orthodoxe).

“Nous utiliserons tous ces travaux, non pour les recommencer, pour refaire une nouvelle fois ces monographies, un saint par chapitre et une conclusion générale, mais pour confronter les résultats auxquels sont arrivés-tous ces écrivains, de culture et de tempérament très divers. Et nous verrons alors de cette confrontation quelques idées assez générales et assez sûres se dégager peu à peu.

“Seulement, en ne partant ainsi que d'un très petit nombre de monographies, aussi bien choisies -soient-elles, il manquera toujours, pour établir les lois de la vie mystique, la certitude et la généralité nécessaires. Il ne faut pas craindre de le dire : la méthode comparative reste et restera toujours, pour l'objet que nous nous proposons, la meilleure des méthodes. Il faudrait multiplier les coups de sonde dans les milieux les plus divers, dans les pays les plus éloignés, aux époques les plus différentes. Il faudrait aussi, à l'aide d'une bibliographie. précise, d'une linguistique exacte, suivre les influences d'un livre, d'une traduction à travers les monastères et les groupes de laïcs ; il faudrait retrouver les grandes routes idéologiques qui rayonnent à partir de saints ou de saintes. Et de cette façon, on pourrait arriver à séparer ce qui est tradition morte, ce qui est imitation ou auto-suggestion, de ce qui est expérience vivante. Alors on pourrait voir ce qu'il y a de commun dans toutes ces expériences personnelles. Au delà de tout relatif, on atteindrait le permanent. Malheureusement toutes ces questions d'influences, de rapports, tout ce commerce des idées, cet établissement des aires d'imitation, tous ces problèmes d'histoire ,et de géographie du mysticisme n'ont pas encore le plus souvent reçu de solution. M. L. Massignon s'y est essayé, à l'aide de la linguistique, dans son « Essai sur les origines du lexique technique de la mystique musulmane ».

“Quand le mystique déclare ineffables les impressions psychologiques eilyessent, il veut dire par là qu'elles ne peuvent s'exprimer à l'aide du langage courant. D'où une tentative pour se créer un langage spécial plus adéquat, d'où la glossolalie. Mais; en général, au lieu d'inventer de toutes pièces sa langue, le mystique préfère se servir de mots déjà connus, seulement en transposant les valeurs. Ainsi les mystiques musulmans se sont servis des termes koraniques et ce sont eux qui marquent, comme des jalons posés de places en places, les linéaments de leurs expériences internes. La méthode philologique permet ainsi de résoudre le problème des origines du mysticisme musulman, de prouver qu'il n'y a eu qu'accessoirement influences étrangères, mais que ce mysticisme est né de la méditation fervente du Koran.

La méthode est délicate et demande de nombreuses précautions. Il peut arriver que l'on retrouve des idées analogues par simple coïncidence naturelle ; par exèmple, la thèse de la soumission absolue au directeur, le perinde ac cadaver, chez les sémites bien avant Loyola. Il peut arriver aussi que deux philosophies d'intention semblable aboutissent par convergence de pensées à un même développement littéraire: par exemple,l'argument du pari se retrouve chez Ghazali et chez Pascal sans qu'il y ait eu probablement influence de l'un sur l'autre. Dès lors révéler les coïncidences, même littérales, ne suffit pas ; il faut « démontrer qu'il y a eu en effet un apparentement généalogique entre les pensées que ces textes véhiculent » ; il faut retrouver « les relations didactiques », de maître à disciple, d'écrivain à lecteur, etc. La critique littéraire observe bien cette règle pour ne pas confondre les rencontres fortuites avec les plagiats ; à plus forte raison l'historien du mysticisme. M. L. Massignon le dit fort bien : il ne suffit pas de classer les termes techniques, de comparer les structures des phrases ; il faut refaire en soi, par un effort d'intuition sympathique, l'expérimentation de l'ascète.

“Tout ceci est fort juste : et nous nous rendrons compte de l'intérêt de cette méthode en étudiant dans un chapitre ultérieur le langage amoureux -des mystiques. Seulement nous ne pouvons encore pousser très loin nos repherches de ce côté-là. En effet, avant de comparer les lexiques, il faudrait d'abord, ce qui n'a pas été fait, en dresser un par auteur.

Concluons : le mysticisme est chose complexe. Et c'est pourquoi nous devons essayer de le saisir à l'aide de toutes les méthodes qui ont fait leur preuve. Quand il s'agit d'un phénomène aussi riche que celui-ci, ce n'est pas trop de diriger sur lui les feux croisés de toutes les sciences : médecine, psychologie, ethnographie, histoire et sociologie. Seulement, comme, de toutes ces disciplines, rares sont celles qui ont été utilisées avec de complets résultats, il nous faut bien nous pénétrer de cette idée, en ouvrant notre travail, que nos conclusions, si elles nous paraissent suffisamment approchées, restent cependant relatives et forcément lacunaires.”

Avertissement

Chaque texte est éclairé grâce à des commentaires empruntés aux traducteurs.

Il s’agit soit d’« œuvres» complètes (Livre de Job ; le bref De Vita contemplativa de Philon), soit de «segments » d’œuvres trop amples pour être livrées complètes (Commentaire de Jean ou La Trinité de saint Augustin), soit d’une correspondance de direction adressée à un même destinataire (Lettres de Barsanuphe à Jean de Gaza).

Le continu textuel est respecté autant que possible, couvrant de quelques dizaines à une centaine de pages (le cas du Livre de Job que l’on va rencontrer en premier lieu reste exceptionnel : il couvre 134 pages parce son commentaire moderne permet d’apprécier ce texte le plus ancien).

Ce choix intermédiaire entre des relevés de brefs passages voire de « brindilles mystiques» et des éditions de titres intégraux a été très rarement assumé – à notre surprise – probablement pour des raisons de droits éditoriaux.

Il convient au lecteur face à l’ « océan des textes ». Il doit se limiter à des incontournables : ici une bibliothèque mystique choisie de douze fois huit auteurs soit une centaine de figures169 (et des centaines de poètes dans les quatre derniers tomes).

Mystiques ayant vécus en Occident « avant l’an mil ».

Vers ~580 AC, au retour de l’exil assyrien, Le livre de Job tente de répondre au problème éternel du mal face à un Créateur. S’il ne nous convainc guère, sa géniale restitution du mal reste actuelle : rien n’a changé, sinon un affrontement de nos jours perçu avec des puissances humaines devenues purement « horizontales».

Platon (~420 AC) invoque beauté et vérité intemporelle comme les «preuves» non intellectuelles d’une continuité possible au-delà du vécu personnel.

Job et Platon représentent ainsi les deux grandes traditions antiques venant de l’Ancien orient et de la Grèce indo-européenne. Elles influent sur le juif Philon (~50 AC) et sur le grec Clément (~50), deux alexandrins.

Jésus et Paul ouvrent une nouvelle ère, à la fois intérieurement mystiquement et extérieurement historiquement. Il en naîtra des conflits entre «aînés» juifs et fondateurs «cadets» d’une nouvelle religion.

Plotin (~250) arrive tard mais couronne l’ordre grec. Presque sept cents ans le séparent de Platon ce qui lui permet de proposer une géniale réflexion et de nombreuses questions. Il n’impose guère de réponse intellectuelle ou mythique puisque tout repose chez lui sur une expérience mystique sans intermédiaire. Il s’oppose ainsi aux imaginations gnostiques de son siècle.

Il marque profondément saint Augustin (~400) et Denys l’Aréopagite (~500), deux chrétiens donc des autorités reconnues et il influa peut-être sur la pensée juive (des séphiroth du Zohar à Spinoza).

A ces figures d’immense influence, j’adjoins deux « orientaux» méconnus qui nous mènent jusqu’à l’an mille : le «Jean de la Croix» nestorien Dalyatha (~700) fut connu de penseurs vivant en terres récemment islamisées ; le « Nouveau théologien» orthodoxe Syméon (~1000) sera le maître de mystiques grecs et russes.

§

Voici la «constellation» mystique proposée dans ce tome et le suivant, suite ordonnée chronologiquement :



Job  ~ -600

Platon ~ -400

Philon, Jésus & Paul, Clément d’Alexandrie ~ -50 à ~120

Plotin ~250

Augustin ~430, Denys, ~500

Barsanuphe  & Jean de Gaza~400

Isaac le Syrien ~660

Jean de Dalyatha ~750

Syméon le Nouveau Théologien ~1000



Les regards portent sur l’expérience mystique et ineffable. C’est ce qui les rassemble.

Les présences juive et grecque s’entrecroisent.

§

Nombreux sont des sufis et des «hommes du blâme» ayant vécu avant l’an mil ! Ra’bia, Junaid, Bistami, jusqu’à Sulami… Ils seront présentés au début du premier volume de textes rédigés en terres d’Islam.



Livres de JOB 19

Présentations 19

La Bible, tome II, Gallimard, 1959, sous la direction d’Edouard Dhorme, Introduction, II. Le livre de Job 20

Jean Steinmann, LE LIVRE DE JOB, Les Editions du CERF, 1955, Chapitre premier 21

Job 23

CHAPITRE PREMIER IL y avait au pays de Ous un homme du nom de Job. Cet homme était parfait et droit… 23

CHAPITRE II IL advint un jour que les fils d’Élohim vinrent se présenter devant Iahvé et Satan vint aussi… 25

CHAPITRE III APRÈS cela, Job ouvrit sa bouche et maudit son jour. 27

CHAPITRE IV ELIPHAZ de Teyman prit la parole et dit : 30

CHAPITRE V MOI, j’ai vu un insensé prenant racine… 32

CHAPITRE VI JOB prit la parole… Ah ! si mon chagrin pouvait être pesé 35

CHAPITRE VII N’EST-CE pas un service militaire que fait l’homme sur terre 39

CHAPITRE VIII BILDAD de Shouakh prit la parole et dit : 42

CHAPITRE IX Job prit la parole et dit… comment un homme serait-il juste devant Dieu ? 44

CHAPITRE X MON âme est dégoûtée de ma vie ! 48

CHAPITRE XI SOPHAR de Naamah prit la parole et dit : 51

CHAPITRE XII Job prit la parole… Vraiment vous êtes le Peuple et avec vous mourra la Sagesse ! 53

CHAPITRE XIII Oui, tout cela mon œil l’a vu… 57

CHAPITRE XIV L’HOMME, né d’une femme, vivant peu de jours et en proie à l’agitation 60

CHAPITRE XV ELIPHAZ de Teyman prit la parole et dit : 63

CHAPITRE XVI Job prit la parole… Vous êtes tous de pénibles consolateurs ! 68

CHAPITRE XVII C’EST qu’elles sont peu nombreuses les années à venir 70

CHAPITRE XVIII BILDAD de Shouakh prit la parole et dit : 73

CHAPITRE XIX Job prit la parole… Jusques à quand affligerez-vous mon âme 75

CHAPITRE XX SOPHAR de Naamah prit la parole et dit : 78

CHAPITRE XXI JOB prit la parole… Écoutez bien ma parole et que là se bornent vos consolations ! 82

CHAPITRE XXII ELIPHAZ de Teyman prit la parole et dit : 86

CHAPITRE XXIII Job prit la parole… Aujourd’hui encore ma plainte est rebelle 90

CHAPITRE XXIV Pourquoi à Shaddaï [] les temps sont-ils cachés 92

CHAPITRES XXV-XXVI BILDAD de Shouakh prit la parole et dit : 95

CHAPITRES XXVI-XXVII Job prit la parole … Comme tu as assisté le faible, secouru le bras invalide ! 97

CHAPITRES XXVII-XXIV [Sophar de Naamah prit la parole et dit] : 99

CHAPITRE XXVIII CERTES l’argent a un lieu d’origine et l’or un endroit où on l’épure 101

CHAPITRE XXIX Job continua de prononcer son poème 105

CHAPITRE XXX Et maintenant ils se rient de moi, ceux qui sont plus jeunes que moi 109

CHAPITRE XXXI J’AVAIS conclu un pacte avec mes yeux 112

CHAPITRE XXXII Et ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, car il était juste à leurs yeux. 117

CHAPITRE XXXIII VEUILLE donc, ô Job, entendre mes paroles 120

CHAPITRE XXXIV ELIHOU prit la parole et dit : 124

CHAPITRE XXXV ELIHOU prit la parole 129

CHAPITRE XXXVI ELIHOU continua 131

CHAPITRE XXXVII C’EST aussi pour cela que palpite mon cœur 135

CHAPITRE XXXVIII ET Iahvé répondit à Job, du sein de la tempête 139

CHAPITRE XXXIX CONNAIS-TU [] l’enfantement des antilopes 144

CHAPITRE XL Iahvé s’adressa à Job… Celui qui dispute avec Shaddaï cédera-t-il ? … Et Job répondit à Iahvé 147

CHAPITRE XLI N’EST-IL pas cruel, dès qu’on l’éveille ? 151

CHAPITRE XLII ET Job répondit à Iahvé 154

ÉPILOGUE (XLII, 7-17) 155

PLATON 159

République, livre 7, La caverne 159

Phédon 171

PHILON 191

Les Thérapeutes 191

Manière de composer chez Philon 191

B. Les données concrètes concernant les Thérapeutes. 192

C. Thérapeutes et esséniens. 199

D. Les Thérapeutes et l’origine du monachisme. 201

Les catoques du Serapeum 204

De la vie contemplative ou des orants 207

Intention de l’auteur 207

Aspirations mystiques 209

Abandon des biens 209

Recherche de la solitude 211

La « colonie » du lac Maréotis 211

Occupations des Thérapeutes : contempler 212

Prier 213

Méditer ; composer des hymnes 213

La réunion du septième Jour 213

Les soins du corps 214

Les banquets païens générateurs d’affreux pugilats 215

Beuveries 216

Les banquets « italiens » 216

Honteux gaspillage 217

Les deux banquets auxquels Socrate prit part 218

Le banquet des Thérapeutes 219

Préliminaires et prières 219

Les Thérapeutrides 220

Le service des tables 220

Frugalité de la boisson et de la nourriture 221

L’homélie du président 221

La méthode allégorique 222

Les chants 222

Le repas 223

La veillée sacrée 223

MATTHIEU 225

Des Béatitudes au Notre Père 225

Appel des premiers disciples 225

Jésus et les foules 225

Le sermon sur la montagne 226

Les béatitudes 226

Le sel et la lumière 228

Jésus et la loi 230

Meurtre et réconciliation 231

Adultère et scandale 232

La répudiation 232

Le serment 232

Le talion 234

L’amour des ennemis 234

L’aumône 235

La prière 236

Le « Notre Père » 236

Le jeûne 240

PAUL 243

Epître aux Galates 243

Épître aux Philippiens 247

Fondation de l’Église de Philippes et Captivité 247

L’envoi de la lettre 247

La captivité de Paul 248

Authenticité et intégrité 249

La démarche de la pensée 249

Épître aux Philippiens 250

Adresse 250

Action de grâce et prière 250

La captivité de Paul et le progrès de l’Évangile 252

Constance dans la lutte 254

Concorde et humilité 254

La tâche des chrétiens 258

Missions de Timothée et d’Epaphrodite 259

La vraie justice et l’élan vers le Christ 261

Concorde, joie, paix 264

Reconnaissance pour les dons reçus 265

Salutations finales 266

CLEMENT d’ALEXANDRIE 269

Le gnostique 269

Présentation 269

1. Idée générale de la Gnose 271

2. De la fausse Gnose 274

3. De la vraie Gnose 277

4. La gnose consiste dans une habitude d’amour et de contemplation. 280

5. La gnose est une habitude de charité pure et désintéressée 284

6. La gnose est une contemplation permanente 290

7. La gnose est un état d’impassibilité 295

8. La gnose est la passiveté des mystiques 299

9. La gnose est un état où l’âme n’a plus besoin des pratiques de la piété ordinaire 302

10. La gnose parfaite exclut tout désir excité 306

12. Le gnostique voit Dieu face à face et est rassasié. 318

13. Le gnostique a le don de prophétie 322

14. La gnose est un état apostolique 328

16. La gnose est fondée sur une tradition secrète 340

PLOTIN 353

Traité  IX [8] 353

NOTICE 353

TRAITE IX [8] DU BIEN OU DE L’UN 358

Ennéade Traité VI2 375

NOTICE 375

I. — Du Monde intelligible (ch. i-xiv). 375

II. — Le Bien (ch. xv-xiii). 381

Traité  VII Comment est née la multiplicité des idées : du Bien 393






MYSTIQUES DE L’ANTIQUITE CHRETIENNE Du Cinquième au Dixième siècle

Textes réunis par Dominique Tronc, 2020

Saint AUGUSTIN -430

DENYS l’Aréopagite ~500

BARSANUPHE et Jean de GAZA ~540

ISAAC le syrien ~660

Jean de DALYATHA ~750

SYMEON le Nouveau Théologien 949-1022



2. II.Antiquité 5e-10e siècles janv2020.odt



Saint AUGUSTIN 5

Commentaire de la première épître de s. Jean (Traités V à X) 5

TRAITE V Solution de la difficulté sur le péché. 5

TRAITÉ VI La charité sincère. 15

Péricope sur la prière. 19

Liaison de la foi au Christ et de la charité fraternelle. 23

TRAITÉ VII Exorde : la vie chrétienne est un cheminement. 29

La révélation de la charité. 30

b) L’Incarnation signe de la charité de Dieu pour nous. 34

TRAITÉ VIII. La charité demeure toujours. 38

L’amour des ennemis 40

a) Difficulté d’exégèse. 40

b) Acheminement vers la solution. 41

c) Solution de la difficulté. 46

Reprise du commentaire et conclusion. 49

TRAITÉ IX Exorde : gratuité de la charité. 51

L’amour bannit la crainte. 52

L’amour nous fait ressembler à Dieu. 59

TRAITÉ X Foi et charité fraternelle. 63

La charité fraternelle est la plénitude de la Loi. 67

L’Église corps du Christ. 72

La Trinité (Livre VIII, début) 77

Présentation 77

LIVRE HUITIÈME L’INTELLIGENCE DU MYSTÈRE 85

LIVRE NEUVIÈME. ÂME, CONNAISSANCE, AMOUR 105

DENYS l’Aréopagite 109

Les Noms divins (Ch. I, IV-VII) 109

CHAPITRE PREMIER 109

CHAPITRE IV. 117

CHAPITRE VI 151

CHAPITRE VII 152

157

CHAPITRE VIII (début) 159

La Théologie mystique 161

La Hiérarchie céleste 167

CHAPITRE III 167

BARSANUPHE et Jean de GAZA 169

Lettres à André, Vieillard malade 169

Présentation 169

Échange de questions et réponses 169

ISAAC le syrien 203

DISCOURS 1 203

DISCOURS 3 203

DISCOURS 9 204

DISCOURS 12 205

DISCOURS 14 206

DISCOURS 15 207

DISCOURS 16 208

DISCOURS 17 209

DISCOURS 19 210

DISCOURS 20 214

DISCOURS 23 216

DISCOURS 24 217

DISCOURS 30 217

DISCOURS 31-32 218

DISCOURS 33 223

DISCOURS 34 224

DISCOURS 35 225

DISCOURS 38 227

DISCOURS 39-40 228

DISCOURS 46 229

DISCOURS 49 230

DISCOURS 50 231

DISCOURS 56 232

DISCOURS 57 234

DISCOURS 60 234

DISCOURS 62 À 65 234

DISCOURS 66 238

DISCOURS 67 239

DISCOURS 69 240

DISCOURS 72 241

DISCOURS 73 242

DISCOURS 75-79 242

DISCOURS 81 243

DISCOURS 82-83 246

DISCOURS 84 247

DISCOURS 85 247

252

Jean de DALYATHA 253

Présentation (R. Beuley) 255

1. L’auteur des Lettres : Jean de Dalyatha. 255

2. Les Lettres dans l’œuvre de Jean de Dalyatha. 256

8. Remarques sur la traduction française des Lettres. 258

Lettres 261

PREMIÈRE LETTRE [À un (autre) grand ancien de ses intimes] 261

DEUXIÈME LETTRE [À un autre Ancien] 263

QUATRIÈME LETTRE [À l’un des Frères ermites] 264

CINQUIÈME LETTRE À qui entend et obéit, la paix du Sanctificateur ! 267

SEPTIÈME LETTRE [du saint] 269

SA HUITIÈME LETTRE [à propos de ceux qui se réunissent pour former des clans, se donnent des supérieurs et des chefs, et s’opposent les uns aux autres] 269

NEUVIÈME LETTRE [du saint] 270

DIXIÈME LETTRE DU SAINT [C’est une de celles qui furent envoyées à son frère] 271

ONZIÈME LETTRE 271

DOUZIÈME LETTRE [Sur la prière] 273

TREIZIÈME LETTRE [Sur la solitude et la fuite des fréquentations] 276

QUATORZIÈME LETTRE 277

QUINZIÈME LETTRE 277

SEIZIÈME LETTRE 281

DIX-SEPTIÈME LETTRE [Sur la délivrance qui met fin aux combats et aux tribulations] 281

DIX-NEUVIÈME LETTRE [Sur le dépouillement et le chemin étroit, et sur le devoir de ne pas se soucier des choses corporelles] 282

VINGT-DEUXIÈME LETTRE 284

VINGT-TROISIÈME LETTRE 285

VINGT-CINQUIÈME LETTRE [Sur l’incompréhensibilité de Dieu] 286

VINGT-SIXIÈME LETTRE 287

VINGT-SEPTIÈME LETTRE 288

VINGT-HUITIÈME LETTRE 288

VINGT-NEUVIÈME LETTRE 288

TRENTE ET UNIÈME LETTRE 289

TRENTE-QUATRIÈME LETTRE 290

TRENTE-SIXIÈME LETTRE 291

QUARANTIÈME LETTRE [Relativement à une belle méditation] 293

QUARANTE-TROISIÈME LETTRE1 [Sur la pénitence et sur l’espérance et le réconfort donnés aux pécheurs] 298

QUARANTE-QUATRIÈME LETTRE1 304

QUARANTE-SIXIÈME LETTRE 305

QUARANTE-SEPTIÈME LETTRE 306

CINQUANTIÈME LETTRE1 [Sur le souvenir et la pensée de Dieu, et le regard fixé continuellement sur Lui] 309

CINQUANTE ET UNIÈME LETTRE1 [Sur la vision de Dieu] 314

HOMELIES 319

Présentation (N. Khayyat) 319

Deuxième chapitre : La vie de Jean de Dalyatha 319

L’opposition aux mystiques d’une partie du milieu monastique et de la hiérarchie. 320

Homélie VI : Sur les visites accordées aux moines 323

Homélie VIII : Sur la « théoria » qui coupe (de tout) 337

SYMEON 343

Le Nouveau Théologien 343

Hymnes 343

Invocation au Saint-Esprit, par celui qui déjà le voit 343

I 345

Sur l’illumination divine et la lumière de l’Esprit-Saint ; que Dieu est le seul lieu, dans lequel après le trépas tous les saints trouvent le repos ; que celui qui tombe en dehors de Dieu ne trouvera pas en un autre lieu le repos dans la vie future. 345

II 352

Quel changement s’est produit en ce Père ; comment, au plus haut point de la pureté, il s’est uni à Dieu ; quel il avait été, et quel il devint ; c’est ce que montrent maintenant ses poèmes d’amour adressés à Dieu. À la fin, il parle en théologien des anges. 352

Fin 36



MYSTIQUES CHRÉTIENS DU MOYEN AGE Douzième au Quatorzième siècle

Textes réunis par Dominique Tronc, 2020.

Présentation

GUILLAUME DE SAINT-THIERRY 1085-1148

FRANÇOIS D’ASSISE 1191-1226

HADEWIJCH ~1260

MARGUERITE PORETE ~1250-1310

TAULER ~1300-1361

RUUSBROEC 1293-1381



3. III.Moyen Age chrétien jan2020.odt

Présentation

Nous prenons pour lieu de départ de notre approche de mystiques chrétiens « succédant à l’an mil » la riche région des plaines centrales de l’Europe.

Le choix d’une date est plus hasardeux car la vie mystique européenne remonte aux temps les plus anciens même si elle est confinée à des monastères pendant les troubles des invasions, dont les Vikings mènent la dernière vague destructrice tout au long du IXe siècle. Nous adoptons pour date de départ les conversations entre Guillaume de Saint-Thierry et Bernard de Clairvaux, qui eurent lieu peu après 1135, et dont naquirent deux chefs-d’œuvre : les Sermons sur le Cantique de Bernard et l’Exposé sur le Cantique de Guillaume.

Sur cette fameuse rencontre entre deux moines, événement dont la portée sera considérable, nous avons le récit dans la Vie de S. Bernard rédigée par Guillaume : ce dernier raconte comment, immobilisés à l’infirmerie du monastère, les deux amis purent échapper à la règle du silence et s’entretenir à longueur de journée. Guillaume, très humble, déclare que Bernard lui découvrit de ces choses « qu’on ne sait qu’en les éprouvant soi-même », ce qui lui aurait fait percevoir ce qui manquait à son amour. Les deux amis posèrent ainsi les fondements d’une approche plus intériorisée : cette date peut être considérée comme le début d’une histoire de la mystique occidentale couvrant la période du second Moyen Âge à l’époque moderne.



Présentation 3

GUILLAUME de Saint-Thierry 5

Lettre aux frères du Mont-Dieu (Lettre d'or) 5

Première partie : l’Homme animal 5

Chapitre V Directives pour la prière 5

Deuxième partie : le rationnel et le spirituel 9

Chapitre III L'Homme spirituel ou le parfait 9

FRANÇOIS D’ASSISE 21

CHRONOLOGIE DE LA VIE DE FRANÇOIS 21

22

« Pages » de François 23

LOUANGES DE DIEU 23

CANTIQUE DE FRÈRE SOLEIL 24

EXPOSITION DU « NOTRE PÈRE » 25

LA VRAIE JOIE 26

Du Commencement de l’Ordre 28

PROLOGUE 28

CHAPITRE I COMMENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS COMMENÇA À SERVIR DIEU 28

CHAPITRE II DES DEUX PREMIERS FRÈRES QUI SUIVIRENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS 31

CHAPITRE III DU PREMIER LIEU OÙ ILS DEMEURÈRENT ET DE LA PERSÉCUTION QU’ILS SUBIRENT DE LEURS PARENTS 33

CHAPITRE IV COMMENT IL EXHORTA SES FRÈRES ET LES ENVOYA PAR LE MONDE 35

CHAPITRE V DES PERSÉCUTIONS QU’ENDURÈRENT LES FRÈRES EN ALLANT PAR LE MONDE 36

CHAPITRE VI DE LA CONDUITE DES FRÈRES ET DE L’AFFECTION QU’ILS AVAIENT L’UN POUR L’AUTRE 38

CHAPITRE VII COMMENT ILS ALLÈRENT À ROME OÙ LE SEIGNEUR PAPE LEUR CONCÉDA UNE RÈGLE ET LA PRÉDICATION 1 40

CHAPITRE VIII COMMENT IL ORDONNA QU’ON TIENNE CHAPITRE ET DES POINTS QU’ON TRAITAIT EN CHAPITRE 43

CHAPITRE IX QUAND LES MINISTRES 4 FURENT ENVOYÉS PAR TOUTES LES PROVINCES DU MONDE 44

CHAPITRE X QUAND LES CARDINAUX DEVENUS BIENVEILLANTS ENVERS LES FRÈRES SE MIRENT À PRENDRE SOIN D’EUX ET À LEUR PRÊTER ASSISTANCE 45

CHAPITRE XI COMMENT L’ÉGLISE LES PROTÉGEA DES MAINS DE LEURS PERSÉCUTEURS 46

CHAPITRE XII DU TRÉPAS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS, DE SES MIRACLES ET DE SA CANONISATION 47

Compilation d’Assise 48

[Prédiction que le corps de François sera honoré après sa mort]  48

[Transfert de François à la Portioncule et bénédiction de la cité d’Assise] 49

[À l’annonce de sa mort prochaine, François ajoute au Cantique de frère Soleil la strophe sur la mort] 49

[Dernière visite de « frère Jacqueline »] 50

[L’humilité et la pauvreté, fondements de la religion des Frères mineurs 5] 52

[Humilité de François devant l’évêque de Terni ; il rapporte à Dieu tout le mérite de sa sainteté] 53

[Par humilité, François renonce à gouverner les Frères mineurs ; il demande un gardien au ministre général] 54

[Bénédiction de frère Bernard ; sainteté et mort de frère Bernard]  55

[François prédit à sœur Claire qu’elle le reverra avant de mourir ; transport de sa dépouille mortelle à Saint-Damien] 56

[Des alouettes survolent la maison où gît François ; l’alouette, modèle du bon religieux] 57

[Mendier plus de nourriture que ce qui est nécessaire vole les autres pauvres 1] 58

[Le Christ promet de pourvoir aux besoins des frères s’ils demeurent fidèles à la pauvreté] 58

[Le Christ répond aux ministres qui veulent faire adoucir la Règle] 59

[Au « chapitre des nattes », François répond au cardinal Hugolin en refusant les règles religieuses existantes] 59

[§ emprunté à la Vita secunda de Thomas de Celano :] 60

CHAPITRE CVIII LA SOUMISSION QU’IL VOULAIT QUE LES FRÈRES AIENT ENVERS LES CLERCS ET POUR QUELLE RAISON 60

[reprise de la Compilation d’Assise :] 61

[François refuse tout privilège pour les Frères mineurs] 61

[Les trois plaintes du Christ à frère Léon  61

[François bénit les frères qui l’entourent ; paraliturgie de la Cène] 61

[Vingt-sept paragraphes issus de la Vita secunda :] 62

CHAPITRE LIII UN MANTEAU DONNÉ À UNE PETITE VIEILLE À CELANO 65

CHAPITRE LIV UN AUTRE PAUVRE À QUI IL DONNA UN AUTRE MANTEAU 65

CHAPITRE LV IL FIT DE MÊME ENVERS UN AUTRE PAUVRE 66

CHAPITRE LVI COMMENT IL DONNA UN MANTEAU À QUELQU’UN POUR QU’IL NE HAÏSSE PAS SON SEIGNEUR 66

CHAPITRE LVII COMMENT IL DONNA À UN PAUVRE LA POCHE D’UNE TUNIQUE 66

L’INTELLIGENCE DU SAINT DANS LES LETTRES SACRÉES ET LA PUISSANCE DE SES PAROLES 67

CHAPITRE LXIX LA PAROLE PROPHÉTIQUE QU’IL EXPLIQUA SUR LES PRIÈRES D’UN FRÈRE PRÊCHEUR 67

LA VÉRITABLE ALLÉGRESSE DE L’ESPRIT 68

CHAPITRE XC TRANSPORTÉ DE JOIE, LE SAINT CHANTAIT EN FRANÇAIS 68

L’HUMILITÉ 69

CHAPITRE CIV COMMENT IL RÉSIGNA SA PRÉLATURE EN CHAPITRE ET UNE PRIÈRE 69

CHAPITRE CV COMMENT IL RÉSIGNA SES COMPAGNONS 69

SUR CEUX QUI OFFRENT UN BON OU UN MAUVAIS EXEMPLE 70

CHAPITRE CXV EXEMPLE D’UN BON FRÈRE ET LA COUTUME DES ANCIENS FRÈRES 70

DESCRIPTION DU MINISTRE GÉNÉRAL ET DES AUTRES MINISTRES 70

CHAPITRE CXXXIX COMMENT ON DOIT ÊTRE AVEC SES COMPAGNONS 70

DESCRIPTION DU MINISTRE GÉNÉRAL 72

CHAPITRE CXLI CE QUE LE SAINT RÉPONDIT À UNE QUESTION SUR LES MINISTRES 72

SA CHARITÉ 73

CHAPITRE CXXXIII SA COMPASSION POUR LES MALADES 73

ÉLOGE DE LA RÈGLE DES FRÈRES 73

LA SIMPLICITÉ 74

CHAPITRE CXLVII COMMENT IL VOULAIT QU’ILS SE METTENT À L’ÉCOLE ET COMMENT IL APPARUT À UN COMPAGNON QUI S’APPLIQUAIT À LA PRÉDICATION 74

CONTRE L’OISIVETÉ… 74

CHAPITRE CXX COMMENT AU TRAVAIL IL AVAIT EN HAINE LES OISIFS 74

L’HUMILITÉ 75

[Reprise de la Compilation d’Assise :] 76

[François restaure un frère qui « meurt de faim » ; rigueur de la vie des premiers frères et attention de François aux autres] 76

[François convainc ses premiers frères d’aller demander l’aumône] 77

[François refuse que les frères se soucient du lendemain] 78

[François emmène un frère malade manger du raisin] 79

[Sanction d’une indiscrétion de l’évêque d’Assise] 79

[François délivre un frère de suggestions diaboliques] 80

[Acquisition par les frères de l’église de la Portioncule ; la Portioncule, modèle et exemple des lieux de la religion mineure] 80

[François s’oppose à ce qu’on construise « en dur » à la Portioncule] 83

[François ne veut pas d’une cellule qui a été appelée sienne] 85

[François explique comment doivent être édifiés les lieux des frères ; les frères doivent respecter et vénérer le clergé] 86

[François, au plus mal, bénit les frères et dicte le Testament de Sienne] 87

[Souci de François que les églises soient propres] 88

[François accueille dans la religion frère Jean le Simple] 88

[François refuse un postulant qui avait distribué ses biens à sa parenté] 90

[François surmonte une longue et grave tentation de l’esprit] 91

[François s’impose comme pénitence de manger dans l’écuelle d’un lépreux] 91

[Dans l’église de Bovara, François est attaqué par des démons ; vision de frère Pacifique dans cette même église] 92

[François est réconforté par le son d’une cithare dans la maison de Tabald, à Rieti] 93

[Restauration miraculeuse de la vigne du prêtre de Saint-Fabien] 95

[Le Seigneur pourvoit à un repas où les frères avaient invité le médecin soignant les yeux de François] 96

[François prédit la conversion du mari d’une dame de Lisciano] 96

[François refuse d’admettre un jeune noble dans la religion mineure] 98

[François, très malade, désire manger du brochet et le Seigneur lui en procure] 98

[François connaît les pensées d’un frère qui récrimine] 99

[François connaît à distance le désir d’un frère venu demander sa bénédiction] 99

[François donne une leçon de pauvreté aux frères de Greccio ; une visite du cardinal Hugolin à la Portioncule ; éloge des habitants de Greccio] 100

[François prédit la sédition qui va ravager Pérouse à des chevaliers qui perturbent sa prédication] 103

[François prie pour un abbé, qui en ressent immédiatement le bienfait] 104

[L’amour du Christ fait se détourner François de ses propres souffrances] 104

[Un homme spirituel rencontre François pleurant sur la passion du Christ] 105

[Réponse de François à un frère qui l’invite à se faire lire les Écritures] 105

[François confesse en public avoir mangé gras durant une maladie] 106

[François se refuse à toute hypocrisie dans le vêtement et la nourriture] 107

[François confesse sa vanité après avoir donné son manteau à une vieille femme] 108

[Le cardinal Hugolin et frère Élie enjoignent à François de faire soigner ses yeux ; à Saint-Damien, il compose le Cantique de frère Soleil] 108

[François ajoute au Cantique de frère Soleil une strophe sur le pardon et amène l’évêque et le podestat d’Assise à faire la paix] 111

[François compose l’Écoutez, pauvrettes pour la consolation de Claire et de ses sœurs] 113

[François se fait soigner les yeux à Fonte Colombo ; la courtoisie de frère Feu envers lui ; sa révérence envers frère Feu] 113

[François refuse de combattre un feu qui consume sa cellule et de conserver une peau qu’il a soustraite au feu] 116

[Amour et révérence de François pour toutes les créatures] 116

[À Rieti, François donne son manteau à une femme souffrant d’une maladie des yeux] 117

[Facilité et détachement avec lesquels François offrait sa tunique] 118

[François découd une pièce d’étoffe de sa tunique pour la donner à un pauvre] 119

[À Rivo Torto, François demande au troisième frère de donner son manteau à un pauvre] 119

[À la Portioncule. François fait donner le Nouveau Testament avec lequel prient les frères à la pauvre mère de deux frères] 120

[Du bétail est guéri par de l’eau ayant lavé les mains et les pieds de François] 120

[À Rieti, un signe de croix tracé par François guérit le clerc Gédéon] 121

[François enseigne à des chevaliers d’Assise à demander l’aumône ; il prise tant la pratique de l’aumône pour l’amour de Dieu qu’il refuse d’y renoncer lorsqu’il est invité] 122

[Invité chez le cardinal Hugolin, François va quêter son repas ; il chasse un « frère Mouche » de Rivo Torto) 123

[François honore un frère qui revient joyeux de l’aumône] 125

[À l’approche de la mort, François manifeste une grande joie ; rappel d’une vision de frère Élie à Foligno] 125

[Ayant confirmation qu’il va bientôt mourir, François s’écrie : « Bienvenue, ma sœur Mort ! »] 126

[François expose sa volonté à frère Richer ; le sens de l’appellation « Frères mineurs » ; les frères délaissent les préceptes de pauvreté que François a inscrits dans la Règle] 127

[L’opposition des ministres à François concernant la possession des livres et la pratique de la pauvreté] 129

[Un novice qui désirait avoir un psautier ; la science et les livres ne doivent pas faire perdre la prière ni l’humilité] 130

[Suite du récit du novice qui désirait avoir un psautier] 132

[Fin du récit du novice qui désirait avoir un psautier] 132

[François explique à un frère pourquoi il a cessé de s’opposer aux abus ; sa résolution de témoigner par l’exemple ; sa volonté que les maisons des frères soient pauvres et humbles ; l’opposition des frères et sa crainte du scandale] 133

[À la Portioncule, François édicte un règlement contre les paroles oiseuses] 135

[François décide de partir pour la France ; sa dévotion à l’eucharistie ; il envoie Sylvestre chasser les démons d’Arezzo ; le cardinal Hugolin l’arrête à Florence] 136

[François explique qu’il ne serait pas un frère mineur s’il n’acceptait pas joyeusement d’être rejeté par les frères] 139

[François est consolé par le chant d’une cigale qu’il a apprivoisée] 140

[François endure le froid afin d’être un modèle et un exemple pour les frères] 140

[Le Christ est le véritable fondateur de la religion mineure ; la tâche de François est de donner l’exemple aux frères] 141

[La honte éprouvée par François lorsqu’il rencontrait plus pauvre que lui] 142

[François corrige un frère qui a dit du mal d’un pauvre] 143

[La stratégie employée par François pour convertir des brigands] 143

[François dévoile l’imposture d’un frère qui passait pour saint] 145

[Alors qu’il est l’hôte d’un cardinal, François est battu par des démons] 146

[François effectue un carême de quarante jours sur le mont Alverne] 148

[À Greccio, François est tourmenté par le diable caché dans un coussin de plumes ; sa volonté de prier dignement l’office divin] 149

[François descend de cheval sous la pluie pour dire l’office ; les besoins du corps ne doivent pas entraver la prière ni les bonnes œuvres ; les frères doivent toujours montrer un visage joyeux] 151

[Fin CA, début du ms. Little :] 152

[Prière devant le Crucifié de Saint-Damien 1] 152

[Un frère voulait secrètement avoir la tunique de François 2] 152

[Un frère voulait avoir un écrit de la main de François 3] 153

[Comment François se dévêtit et s’assit nu par terre devant ses compagnons 3] 153

[Du persil qu’il envoya chercher de nuit dans le jardin 1] 154

[Comment un frère qui avait fait scandale contre son frère sortit de la religion 4] 155

[Un frère désirait voir le bienheureux François et prendre son conseil 1] 156

HADEWIJCH 157

Lettres spirituelles 157

Avertissement 157

Lettre I Vivre dans la clarté de Dieu 157

Lettre II S’en remettre de toute chose à l’amour 159

Lettre III L’amour du prochain atteint le Cœur de Dieu 162

Lettre IV Les égarements de la raison 163

Lettre V Consolation 165

Lettre VI L’amour vrai est sans souci de retour. Imitation du Christ 166

Lettre VII L’amour ne se se rend qu’à l’amour 172

Lettre VIII La double crainte 173

Lettre IX L’union parfaite 174

Lettre X Valeurs des Vertus 174

Lettre XI Qui aime Dieu comme je l’aime ? 176

Lettre XII Le précepte suprême 177

Lettre XIII L’amour est inapaisable 181

Lettre XIV Comme on sert sagement l’Amour 182

Lettre XV Les règles du pèlerinage 183

Lettre XVI Aimer Dieu de son propre amour 185

Lettre XVII Agir avec les Personnes et reposer dans l’Unité 187

Lettre XVIII La nature de l’âme et son repos divin 189

Lettre XIX La guérison de l’homme 193

Lettre XX Les douze heures mystérieuses 195

Lettre XXI Comment l’Amour se gagne et se possède 197

Lettre XXII Les paradoxes de la nature divine 198

Lettre XXIII C’est en étant vrai qu’on imite Dieu 205

Lettre XXIV Dieu seul suffit 206

Lettre XXV L’Amour est tout 208

Lettre XXVI La plus belle œuvre 209

Lettre XXVII Raisons d’être humble 209

Lettre XXVIII Fruition de la Trinité dans l’Unité 210

Lettre XXIX Ne souffrir que de l’Amour 215

Lettre XXX L’appel réciproque de l’Amour 217

Lettre XXXI Toute-puissance de l’abandon 221

MARGUERITE PORETE 223

Le miroir des âmes simples (Chapitres 51 à 118) 223

Chapitre 51. Comment cette âme est semblable à la divinité 223

Chapitre 52. Comment Amour fait l’éloge de cette âme, et comment elle demeure dans l’abondance et les richesses de l’amour divin 224

Chapitre 53. Comment Raison demande explication de ce qui est dit plus haut 225

Chapitre 54. Raison demande de combien de morts il faut que l’âme meure avant que l’on comprenne ce livre 225

Chapitre 55. Comment Amour répond aux questions de Raison 226

Chapitre 56. Comment les Vertus se plaignent d’Amour qui leur porte si peu d’honneur 226

Chapitre 57. De ceux qui sont en l’état des égarés, et comment ils sont esclaves et marchands. 227

Chapitre 58. Comment les âmes anéanties sont au cinquième état avec leur Bien-Aimé 228

Chapitre 59. De quoi vécut cette âme ; comment et quand elle est sans elle-même 229

Chapitre 60. Comment il faut mourir de trois morts avant de venir à la vie libre et anéantie 230

Chapitre 61. Où Amour parle des sept états de l’âme 231

Chapitre 62. De ceux qui sont morts au péché mortel et nés à la vie de grâce 232

Chapitre 63. Comment Amour traite de vilains ceux à qui il suffit d’être sauvés 233

Chapitre 64. Où l’on parle des âmes mortes à la vie selon l’esprit 233

Chapitre 65. Où l’on parle de ceux qui siègent sur la haute montagne, au-dessus des vents 234

Chapitre 66. Comment l’âme se réjouit d’avoir pris congé de Raison et des autres Vertus 235

Chapitre 67. Où l’on parle du pays où cette âme demeure, et de la Trinité 235

Chapitre 68. Comment cette âme est unie à la Trinité par opération divine, et comment elle traite d’ânes ceux qui vivent du conseil de Raison 236

Chapitre 69. Où l’âme dit que l’exercice des Vertus n’est qu’inquiétude et travail 236

Chapitre 70. Comment cette âme est ce qu’elle est par la grâce de Dieu. 238

Chapitre 71. Comment cette âme n’œuvre plus pour Dieu, ni pour elle-même, ni pour son prochain. 238

Chapitre 72. Où l’on parle de la distance qui sépare le pays de ceux qui ont péri ou se sont égarés, du pays de liberté ; pourquoi l’âme conserve sa volonté 239

Chapitre 73. Comment il faut que l’esprit meure pour perdre sa volonté 240

Chapitre 74. Pourquoi Amour appelle cette âme par un nom aussi humble que celui d’« âme » 241

Chapitre 75. Comment l’âme illuminée fait comprendre les choses susdites par l’exemple de la transfiguration de Jésus-Christ 241

Chapitre 76. Où l’on montre qu’à l’exemple de la Madeleine et des saints, l’âme n’éprouve aucune confusion pour ses péchés. 242

Chapitre 77. Où l’âme demande si Dieu a mis une fin et un terme aux dons de sa bonté. 243

Chapitre 78. Comment ceux qui n’ont pas obéi aux enseignements de perfection demeurent encombrés d’eux-mêmes jusqu’à la mort 244

Chapitre 79. Comment l’âme libre conseille de ne point s’opposer à ce que demande le bon esprit. 245

Chapitre 80. Comment l’âme chante et déchante 247

Chapitre 82. Comment cette âme est libre 248

Chapitre 83. Comment cette âme reçoit le nom de la transformation en laquelle Amour l’a transformée. 250

Chapitre 84. Comment l’âme libre par ses quatre quartiers accède à la souveraineté et vit librement de vie divine. 250

Chapitre 85. Comment cette âme est libre, plus que libre, parfaitement libre 251

Chapitre 86. Comment Raison est émerveillée de ce qui est dit de cette âme 252

Chapitre 87. Comment cette âme est souveraine des Vertus et fille de Divinité 253

Chapitre 88. Comment Amour demande ce que Raison demanderait si elle était en vie, à savoir, qui est la mère de Raison et des autres Vertus 254

Chapitre 89. Comment cette âme a tout donné dans la liberté de sa noblesse 255

Chapitre 90. Comment on peut venir à la perfection en faisant le contraire de son vouloir 256

Chapitre 91. Comment la volonté de ces âmes est la volonté d’Amour ; quelle en est la raison 256

Chapitre 92. Comment l’âme se désencombre de Dieu, d’elle-même et de son prochain 257

Chapitre 93. Où l’on parle de la paix de la vie divine 258

Chapitre 94. Du langage de la vie divine 258

Chapitre 95. Comment le pays des égarés est éloigné du pays de ceux qui sont anéantis 259

Chapitre 96. Où l’âme parle à la Trinité 260

Chapitre 97. Comment le paradis n’est pas autre chose que de voir Dieu 260

Chapitre 98. Raison demande ce que font ceux dont l’état est au-dessus de leurs pensées 261

Chapitre 99. Comment les gens qui sont en cet état sont en souveraineté sur toutes choses 262

Chapitre 100. Comment il y a une grande différence entre les anges 262

Chapitre 101. Comment cette âme ne veut rien faire, si bien que rien ne lui manque, pas plus qu’à son bien-aimé. 263

Chapitre 102. Où Entendement-de-l’âme-anéantie montre combien il est pitoyable que la malice l’emporte sur la bonté 264

Chapitre 103. Où l’on montre ce que veut dire que le juste tombe sept fois par jour 265

Chapitre 104. Où l’âme dit comment Dieu lui a donné sa volonté libre. 265

Chapitre 105. Ce que veut dire que le juste tombe sept fois par jour 266

Chapitre 106. Comment l’âme déclare l’ensemble de ses demandes. 267

Chapitre 107. Où commencent les demandes de l’âme 267

Chapitre 108. Une belle considération pour éviter le péché 268

Chapitre 109. Comment l’âme s’étonne de ne pouvoir suffisamment satisfaire pour ses fautes 269

Chapitre 110. Comment l’art, en la créature, est une habileté subtile, qui est en la substance de l’âme. 270

Chapitre 111. De la différence entre l’onction de paix et la guerre que fait le reproche ou remords de conscience 271

Chapitre 112. De la bonté éternelle qui est amour éternel 272

Chapitre 113. Que penser à la passion de Jésus-Christ fait avoir victoire sur nous-mêmes 272

Chapitre 114. Si la créature humaine peut demeurer en vie tout en étant sans elle-même 272

Chapitre 115. Où l’on parle de la substance éternelle ; comment Amour engendre la Trinité en l’âme 273

Chapitre 116. Comment l’âme se réjouit de l’épreuve de son prochain 274

Chapitre 117. Comment cette âme montre qu’elle est l’exemple du salut de toute créature 274

Chapitre 118. Des sept états de l’âme dévote, que l’on appelle aussi « êtres » 276

TAULER 283

Dix sermons 283

5 Troisième sermon pour l’Épiphanie 283

8 Sermon pour le premier vendredi de Carême 286

9 Sermon pour le deuxième dimanche de Carême1 292

24 Sermon de préparation à la Pentecôte 298

25 Premier sermon pour la Pentecôte 303

40 Premier sermon pour le cinquième dimanche après la Trinité 309

41 Deuxième sermon pour le cinquième dimanche après la Trinité 317

51 Premier sermon pour le treizième dimanche après la Trinité 323

62 Sermon pour le quinzième dimanche après la Trinité 329

83 Sermon pour le troisième dimanche de l’Avent 334

RUUSBROEC 341

Noces spirituelles 341

PREFACE 341

LIVRE PREMIER. LA VIE ACTIVE 342

DEUXIEME LIVRE. LA VIE DANS LE DESIR DE DIEU 366

LA COMPARAISON AVEC L’EAU QUI BOUT. 375

DE LA COMPARAISON DES FOURMIS. 383

IL EST MONTRÉ PAR UN EXEMPLE COMMENT NOUS TROUVONS DANS LE CHRIST CES QUATRE MODES PORTÉS A LEUR PERFECTION 390

TROISIEME LIVRE. LA VIE DANS LA CONTEMPLATION DE DIEU. 433

Fin 450

MYSTIQUES CHRÉTIENS DE LA RENAISSANCE Quinzième et Seizième siècles

Textes réunis par Dominique Tronc, 2020.



Le Nuage d’Inconnaissance  ~ 1400

JULIENNE DE NORWICH ~ 1343-apr.1416

CATHERINE DE GENES 1447-1510

La Perle Evangélique 1535

JEAN DE LA CROIX 1541-1591

JOSEPH DE JESUS-MARIA  1562-1628

4. IVChrétiens à la Renaissance janv2020.odt



LE NUAGE D’INCONNAISSANCE 5

« Sur le Nuage » (Lilian Silburn) 5

Commence ici un livre de Contemplation nommé LE NUAGE D’INCONNAISSANCE en lequel l’Âme est unie à Dieu. 9

COMMENCE ICI LA PRIÈRE DU PROLOGUE 9

COMMENCE ICI LE PROLOGUE 9

CHAPITRE PREMIER Des quatre degrés dans la vie du chrétien ; et comment les parcourt la vocation que dit ce livre. 11

COMMENCE ICI LE CHAPITRE DEUXIÈME Courte exhortation à l’humilité et à l’accomplissement de l’œuvre que ce livre dit. 12

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TROISIÈME Comment doit être entreprise l’œuvre que dit ce livre, et de sa précellence sur toutes autres. 13

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUATRIÈME De la brièveté de cette œuvre, et comment on n’y peut parvenir par curiosité d’esprit ni imagination. 14

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUIÈME Que dans le temps de cette œuvre, toutes les créatures qui jamais ont été, sont maintenant ou seront, et toutes les œuvres de ces mêmes créatures, doivent être cachées sous le nuage d’oubli. 18

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SIXIÈME Courte considération de l’œuvre dont s’agit, tirée d’une question. 19

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SEPTIÈME Comment l’homme se gardera, dans cette œuvre, entre toute pensée, et particulièrement contre celles issues de la curiosité et astuce de l’esprit naturel. 20

COMMENCE ICI LE CHAPITRE HUITIÈME Un bon éclaircissement de certains doutes qui peuvent survenir en cette œuvre, tiré d’une question, par la réfutation de la propre curiosité et astuce de l’esprit humain naturel, et par la distinction des degrés et parties entre la vie active et la contemplative. 21

COMMENCE ICI LE CHAPITRE NEUVIÈME Qu’en le temps de cette œuvre, le souvenir de la créature la plus sainte qu’ait jamais faite Dieu est plus nuisible que profitable. 24

COMMENCE ICI LE CHAPITRE DIXIÈME Comment un homme connaîtra que sa pensée n’est point péché ; ou si elle l’est, quand c’est péché mortel et quand, véniel. 25

COMMENCE ICI LE CHAPITRE ONZIÈME Qu’un homme devrait peser toute pensée et mouvement intérieur, quels qu’ils soient, et toujours se garder de l’indifférence quant au péché véniel. 27

COMMENCE ICI LE CHAPITRE DOUZIÈME Que par l’efficace et vertu de cette œuvre non seulement le péché est détruit, mais aussi les vertus suscitées. 27

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TREIZIÈME Ce qu’en elle-même est l’humilité ; et quand parfaite elle est, et quand imparfaite elle est. 29

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUATORZIÈME Que sans venir d’abord à l’humilité imparfaite, il est impossible à un pécheur de parvenir en cette vie à la vertu parfaite d’humilité. 30

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUINZIÈME Une courte démonstration contre leur erreur : ceux qui disent qu’il n’est plus parfaite cause à l’humilité, que la connaissance par un homme de sa propre misère. 31

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SEIZIÈME Que par la vertu de cette œuvre, un pécheur sincèrement tourné et appelé à la contemplation parvient plus vite à perfection que par aucune autre œuvre ; et que par elle, il peut plus tôt avoir de Dieu le pardon de ses péchés. 32

COMMENCE ICI LE CHAPITRE DIX-SEPTIÈME Que le vrai contemplatif n’a point envie de se mêler de vie active, ni d’aucune chose faite ou dite de lui, ni non plus de répondre à ses accusateurs pour s’excuser. 34

COMMENCE ICI LE CHAPITRE DIX-HUITIÈME Comment et jusqu’à ce jour tous les actifs se plaignent des contemplatifs, ainsi que Marthe, de Marie. De laquelle plainte l’ignorance est cause. 35

COMMENCE ICI LE CHAPITRE DIX-NEUVIÈME Courte excuse de qui a fait ce livre, enseignant combien par tout contemplatif seront excusés pleinement tous les actifs de leurs actions et paroles de reproche. 36

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGTIÈME Comment Dieu le Tout-Puissant veut et a grâce de répondre pour ceux-là tous qui n’ont aucun désir, afin de s’excuser eux-mêmes, de quitter leur affaire qui est l’amour de Dieu. 37

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET UNIÈME L’exacte interprétation de cette parole de l’Évangile : « Marie a choisi la part la meilleure ». 38

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET DEUXIÈME Du merveilleux amour que le Christ eut pour Marie, et en sa personne, de tous les pécheurs sincèrement tournés et appelés à la grâce de la contemplation. 39

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET TROISIÈME Que Dieu répondra de tous et tous pourvoira, en esprit, ceux qui tout occupés de Son amour ne répondent ni se pourvoient pour eux-mêmes. 40

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET QUATRIÈME Ce qu’en elle-même est la charité ; et comment elle est véritablement et parfaitement contenue dans l’œuvre que dit ce livre. 42

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET CINQUIÈME Qu’en le temps de cette œuvre, une âme parfaite ne donne aucune considération plus particulière à quiconque en cette vie. 42

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET SIXIÈME Que sans une grâce toute spéciale, ou un long emploi de la grâce commune, l’œuvre que dit ce livre est tout à fait laborieuse ; et dans cette œuvre, quelle est l’œuvre de l’âme assistée de la grâce, et quelle est l’œuvre de Dieu seul. 44

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET SEPTIÈME Qui œuvrera en l’œuvre de grâce que dit ce livre. 45

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET HUITIÈME Qu’un homme ne saurait prétendre travailler à cette œuvre devant que d’être légitimement en sa conscience purifié de toutes ses actions particulières de péché. 45

COMMENCE ICI LE CHAPITRE VINGT ET NEUVIÈME Qu’un homme doit habiter fidèlement en le travail de cette œuvre, en supporter la peine et la souffrance, et ne juger personne. 46

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTIÈME À qui reviendrait de blâmer et condamner les défauts d’autrui. 47

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET UNIÈME Comment un homme aura, au commencement de cette œuvre, à se garder contre toute pensée et appel du péché. 47

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET DEUXIÈME De deux expédients spirituels, lesquels seront utiles au nouveau et commençant spirituel en l’œuvre que dit ce livre. 48

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET TROISIÈME Que par cette œuvre une âme est purifiée tout ensemble de ses péchés particuliers et de la peine de ceux-ci ; et que pourtant il n’y a pas de parfait repos en cette vie. 48

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET QUATRIÈME Que Dieu donne cette grâce non par des voies, mais librement, et qu’on n’y saurait parvenir par aucune voie. 49

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET CINQUIÈME De trois voies auxquelles doit s’employer un apprenti contemplatif : lecture, pensée et prière. 51

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET SIXIÈME De la méditation de ceux qui sont au continuel travail de l’œuvre que dit ce livre. 52

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET SEPTIÈME Des prières particulières de ceux qui sont au continuel travail de l’œuvre que dit ce livre. 53

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET HUITIÈME Comment et pourquoi cette courte prière perce le ciel. 54

COMMENCE ICI LE CHAPITRE TRENTE ET NEUVIÈME Comment priera un parfait ouvrier de l’œuvre, et ce qu’est en elle-même la prière ; et si quelqu’un prie avec des mots, quels mots s’accordent le mieux au propre de la prière. 55

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTIÈME Qu’en le temps de cette œuvre, l’âme ne donne aucune attention ni considération particulière à aucun vice en soi-même et aucune vertu en soi-même. 56

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET UNIÈME Qu’en toutes œuvres dessous celle-ci, il faut que les hommes gardent discrétion ; mais en celle-ci, aucune. 57

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET DEUXIÈME Qu’à ne mettre aucune discrétion en celle-ci, les hommes auront la discrétion en toutes les autres choses ; et autrement jamais. 58

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET TROISIÈME Qu’il faut absolument que l’homme perde toute idée et tout sentiment de son être propre, si la perfection de cette œuvre doit réellement être touchée par l’âme en cette vie. 59

COMMENCE ICI LE CHAPITREQUARANTE ET QUATRIÈME Comment une âme se disposera pour sa part, afin de détruire toute connaissance et sentiment de son être propre. 60

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET CINQUIÈME Un bon éclaircissement de quelques et certaines illusions et erreurs qui peuvent survenir en cette œuvre. 61

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET SIXIÈME Un bon enseignement comment l’homme doit fuir ces illusions, et comment il doit œuvrer plus par une inclination de l’esprit que par les violences et la rudesse faites au corps. 63

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET SEPTIÈME Un léger enseignement de cette œuvre en la pureté du cœur, déclarant comment il est qu’une âme montrera son désir à Dieu d’une manière, et vous au contraire d’une autre manière aux hommes. 64

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET HUITIÈME Comment Dieu veut être servi à la fois par le corps et par l’âme, et comment il récompense les hommes en l’un et l’autre ; et comment il faut, pour les hommes, connaître quand sont bonnes, et quand mauvaises, toutes ces harmonies et autres suavités qui tombent en le corps au moment de la prière. 65

COMMENCE ICI LE CHAPITRE QUARANTE ET NEUVIÈME L’essence et substance de toute perfection n’est rien autre qu’une bonne volonté ; et comment toutes ces délices et harmonies et autres consolations que l’on peut avoir en cette vie, ne sont rien que guère des accidents. 67

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTIÈME Quel est le chaste amour ; et comment en de certaines créatures telles consolations sensibles ne sont que rarement, et en d’autres, très fréquentes. 67

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET UNIÈME Que les hommes doivent avoir grande attention et prudence, afin de ne comprendre corporellement une chose dite spirituellement ; et qu’il est particulièrement bon d’être attentif et prudent à ces deux mots : « dedans » et « en haut ». 68

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET DEUXIÈME Que ces jeunes présomptueux disciples entendent mal et se méprennent à ce mot « dedans », et des illusions et erreurs qui s’ensuivent. 70

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET TROISIÈME De diverses pratiques incongrues que suivent ceux qui quittent l’œuvre que dit ce livre. 71

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET QUATRIÈME Comment est-il que par la vertu de cette œuvre, un homme est gouverné en la pleine sagesse, et devient parfaitement décent tant de corps que d’âme. 72

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET CINQUIÈME Comment sont dans l’illusion ceux-là qui, suivant l’ardeur de leur esprit, jugent et condamnent sans discrétion quelqu’un d’autre. 74

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET SIXIÈME De la déception de ceux qui suivent plus la curiosité de l’intelligence naturelle, et plus l’enseignement appris à l’école des hommes, que la doctrine commune et le conseil de la sainte Église. 75

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET SEPTIÈME Comment tels jeunes présomptueux disciples entendent mal et se méprennent à ce mot « en haut », et des illusions et erreurs qui s’ensuivent. 76

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET HUITIÈME Qu’un homme ne doit prendre son exemple à saint Martin ou saint Étienne, pour tendre en haut son imagination corporelle pendant le temps de la prière. 77

COMMENCE ICI LE CHAPITRE CINQUANTE ET NEUVIÈME Qu’un homme ne doit pas prendre exemple à l’ascension corporelle du Christ, pour tendre en haut son imagination corporelle pendant le temps de la prière : et que temps, lieu et corps, tous trois sont à oublier en toute œuvre spirituelle. 79

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTIÈME Que la grand-route et la plus immédiate du ciel est parcourue par les désirs, et non par les pas de la marche. 80

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET UNIÈME Que toute chose corporelle est sujette et obéit à la spitituelle, par laquelle elle est commandée en le cours naturel, et non point le contraire. 81

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET DEUXIÈME Comment un homme doit connaître quand son œuvre spirituelle est au-dessous de lui ou sans lui, et quand elle est avec lui ou en lui, et quand elle est au-dessus de lui et sous son Dieu. corps, néanmoins ils sont au-dessous de ton âme. 83

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET TROISIÈME Des pouvoirs et facultés de l’âme en général, et comment la mémoire en particulier est une principale puissance, laquelle contient en elle toutes les autres facultés et toutes les choses en lesquelles elles œuvrent. 84

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET QUATRIÈME Des deux autres facultés principales : la Raison et la Volonté ; et de l’œuvre de celles-ci avant le péché, et après. 85

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET CINQUIÈME Du premier des pouvoirs secondaires, de son nom l’Imagination ; et des œuvres et de l’obéissance de celle-ci à la Raison, avant le péché et après. 85

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET SIXIÈME De l’autre pouvoir secondaire, de son nom la Sensibilité ; et des œuvres et de l’obéissance de celle-ci à la Volonté, avant le péché et après. 86

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET SEPTIÈME Que qui ne connaît point les facultés d’une âme et la manière de leurs opérations, facilement peut être trompé en la compréhension des paroles spirituelles et des opérations spirituelles ; et comment une âme est faite un Dieu en grâce. 87

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET HUITIÈME Que corporellement nulle part, est partout spirituellement ; et comment l’homme du dehors appelle néant l’œuvre que dit ce livre. 88

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET NEUVIÈME Comment il est que l’affection d’un homme est merveilleusement changée en sentiment spirituel en ce rien, quand il est conçu nulle part. 89

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET DIXIÈME Que par le dépassement et la cessation de nos sens corporels, nous commençons à venir plus promptement à la connaissance des choses spirituelles ; comme par le dépassement et la cessation de nos sens spirituels, nous commençons à venir plus promptement à la connaissance de Dieu, autant qu’il est possible, par grâce, ici-bas. 90

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET ONZIÈME Que certains ne sauraient parvenir à avoir expérience de la perfection de cette œuvre autrement qu’en un temps d’extase, et que d’autres la peuvent avoir quand ils veulent en le commun état de l’âme humaine. 91

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET DOUZIÈME Qu’un ouvrier en cette œuvre ne doit ni juger ni penser du travail d’un autre en cette œuvre, selon son propre sentiment intérieur. 93

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET TREIZIÈME Comment, à l’image de Moïse, de Béséléel et d’Aaron qui s’occupèrent de l’Arche du Testament, nous avons trois manières de perfection en cette grâce de la contemplation, laquelle grâce est figurée par cette Arche. 93

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET QUATORZIÈME Comment il est que le contenu de ce livre, jamais plus ne le lira ou entendra lire, n’en parlera ou entendra parler une âme disposée à cette œuvre, sans éprouver un véritable sentiment de sa convenance et de son efficacité ; et la réitération de l’admonition écrite en le prologue. 94

COMMENCE ICI LE CHAPITRE SOIXANTE ET QUINZIÈME De quelques signes assurés auxquels un homme peut éprouver s’il est appelé de Dieu à œuvrer en cette œuvre. 95

Hugues de BALMA 99

Théologie mystique 99

DE VIA VNITIVA / LA VOIE UNITIVE 99

Persuasions 112

JULIENNE DE NORWICH 135

Version brève des Seize Révélations de l’Amour divin 135

I LES TROIS DÉSIRS DE JULIENNE 135

II MALADIE ET DERNIERS SACREMENTS 136

III RÉCONFORT CONTRE LA TENTATION 138

IV DIEU : IL NOUS CREE, NOUS AIME, NOUS GARDE. 139

V DIEU EST TOUT CE QU’IL Y A DE BON 140

VI CONTEMPLER JÉSUS QUI EST NOTRE MAÎTRE À TOUS 141

VII TOUS NOUS SOMMES UN DANS L’AMOUR 143

VIII TOUT CE QUI EST FAIT EST BIEN FAIT 144

IX DIEU NOUS PRONOUSTEGE TOUJOURS PAREILLEMENT DANS LA CONSOLATION ET LA DÉSOLATION 145

X QUELQUE CHOSE DE LA PASSION 147

XI L’AMOUR FUT SANS COMMENCEMENT 149

XII SI JE POUVAIS SOUFFRIR PLUS ENCORE PLUS ENCORE JE SOUFFRIRAIS 150

XIII VOIS, COMBIEN JE T’AI AIMÉE ! 151

XIV IL NE FAUT NOUS RÉJOUIR QU’EN NOTRE BIENHEUREUX SAUVEUR, JÉSUS. 154

XV DIEU A PITIE ET COMPASSION DE NOUS 155

XVI UN RÉCONFORT CONTRE LE PÉCHÉ 157

XVII JE TE GARDE EN TOUTE SÉCURITÉ 157

XVIII TOUTES CHOSES SONT BONNES EXCEPTÉ LE PÉCHÉ 159

XIX SUR LA PRIÈRE 160

XX TU SERAS COMBLÉE DE JOIE ET DE BÉATITUDE 162

XXI MISÉRABLE QUE JE SUIS ! 164

XXII EN NOUS IL A SA DEMEURE LA PLUS INTIME 165

XXIII TOUJOURS IL ASPIRE A POSSÉDER NOTRE AMOUR 167

XXIV L’AMOUR CHANGE POUR NOUS EN DOUCEUR LA PUISSANCE ET LA SAGESSE 169

XXV À JAMAIS DIEU VEUT QUE NOUS SOYONS PLEINS D’ASSURANCE DANS L’AMOUR 170

CATHERINE DE GENES 173

Livre de la Vie admirable de la Bienheureuse Catherine de Gênes (choix) 173

CHAPITRE PREMIER 173

CHAPITRE X 184

CHAPITRE XX 197

CHAPITRE XXX 206

CHAPITRE XL 215

CHAPITRE L 228

Traité du purgatoire 231

LA PERLE ÉVANGÉLIQUE 239

LIVRE PREMIER Du noble et excellent principe duquel nous sommes originellement sortis, et auquel par les mérites de jésus-Christ notre Sauveur et Rédempteur, nous devons retourner. 240

CHAPITRE I 240

CHAPITRE III De l'origine, justice et chute de l'homme. 241

CHAPITRE IV De notre réparation et restauration en notre premier état, par le moyen du fils de Dieu. 244

CHAPITRE V De la triple union en laquelle la vie superessentielle, illuminative et active sont parfaites. 246

CHAPITRE VI De l'ornement de ces trois parties. 248

CHAPITRE VIII Comment nous devons connaître Dieu en nous-mêmes. 249

CHAPITRE XI Comment Dieu est dedans nous. 249

CHAPITRE XVI Cinquièmement, en quoi elles doivent persister et demeurer toujours. 252

CHAPITRE XVIII Comment nous devons parfaitement mourir à nous-mêmes, et vivre à Dieu seul. 253

CHAPITRE XIX Comment l'âme cherche son aimé ès quatre éléments, lequel elle trouve dedans soi-même. 255

CHAPITRE XX Comment Dieu est dedans nous, et comment nous sommes faits à son image. 257

CHAPITRE XXII Comment le Soleil divin attire à soi toutes les facultés ou puissances de l’âme, et les illumine de la lumière céleste. 259

CHAPITRE XXV Aucunes très-belles instructions et enseignements touchant les trois vertus théologales, c'est à savoir, Foi, l'Espérance, et Charité : et premièrement de quatre sortes de foi que nous devons avoir en notre âme. 262

CHAPITRE XXXIII Comme nous devons profiter en l'amour. 266

CHAPITRE XXXVII Qu'en notre infirmité nous ne devons point nous troubler. 267

CHAPITRE XL L'abnégation, la souffrance, et le néant doivent être tout notre exercice. 271

CHAPITRE XLIV En quelle manière nous nous devons unir avec Dieu, quand nous voulons prier pour notre prochain. 274

CHAPITRE L De quelle sorte l'âme se doit comporter lors de la visitation divine, et comment elle ne doit chercher aucune délectation extérieure ni intérieure. 277

CHAPITRE LV Des huit béatitudes qu'il faut exercer en l'esprit. 281

SECOND LIVRE DE LA MARGUERITE EVANGELIQUE 287

CHAPITRE I Dialogue de l'âme seule avec Dieu seul. 287

CHAPITRE XVII Le troisième escalier, qui est l'esprit joyeux de notre Seigneur Jésus-Christ. 292

CHAPITRE XX Comment le sommet et plus haut de cet escalier se joint au Ciel, et comment le Ciel même est en notre âme. 295

CHAPITRE XXXIII Comment tels hommes sont doués de Dieu. 296

CHAPITRE XXXIV Comment nous devons monter et descendre en cette échelle. 300

LIVRE TROISIEME de LA MARGUERITE EVANGELIQUE 301

CHAPITRE IV Comme nous devons intérieurement et extérieurement suivre notre Seigneur, et être transformés en lui. 301

CHAPITRE XVI Combien grandes richesses l’âme mortifiée expérimente. 302

CHAPITRE XVII De la croix des amis de Dieu. 304

CHAPITRE XXX Comme intérieurement nous devons parler à notre Seigneur,afin que nous puissions le connaître. 307

CHAPITRE XXXI Interne union avec Dieu 308

CHAPITRE XXXII Exercice d'union de notre coeur avec Dieu. 310

CHAPITRE XXXIX Comme nous devons adorer Dieu en esprit, et intérieurement exercer la Passion de notre Seigneur. 311

CHAPITRE LVII Oraison sur cette triple vie. 313

CHAPITRE LXV Du fruit de cet exercice. 315

LIVRE QUATRIEME DE LA MARGUERITE EVANGELIQUE. 316

CHAPITRE XI Comment quelqu'un réconcilié à Dieu par la voie purgative, et cuit et mortifié par la voie illuminative, peut sûrement monter par la voie unitive. 316

CHAPITRE XIII Oraison qu'il faut faire et prononcer plus de coeur que de bouche, pour l'amoureuse union avec Dieu. 322

JEAN DE LA CROIX 327

La vive flamme d’Amour 327

PROLOGUE 328

DÉCLARATION DU PREMIER COUPLET 329

DÉCLARATION DU SECOND COUPLET 349

DÉCLARATION DU TROISIÈME COUPLET 366

DÉCLARATION DU QUATRIÈME COUPLET 404

JOSEPH DE JESUS-MARIA [Quiroga] témoigne sur JEAN DE LA CROIX 413

L’emprisonnement à Tolède 413

LIVRE SECOND, CHAPITRES 1 à 10 413

Chapitre premier de quelque succès advenu en ce temps entre les deux congrégations de l’ordre de Notre-Dame du mont Carmel, lesquels menaçaient notre bon Père. 413

Chapitre II. D’une assemblée que firent les Pères Carmes Déchaussez en ce temps, pour obvier au dommage qui les menaçait ; et y traitèrent encore d’autres choses qui concernaient le bien de l’Ordre. 416

Chapitre III. Comme les Pères de l’Observance emprisonnèrent notre bon Père à Avila, pour l’amener à Tolède. 420

Chapitre IV. Les diligences que l’on fit à Tolède vers notre bienheureux Père Jean de la Croix afin qu’il prît l’habit des mitigés, et comme ils l’emprisonnèrent et le tourmentèrent pour n’avoir voulu acquiescer à leur volonté. 423

Chapitre V. De quelques travaux qu’il souffrit en la prison, et avec quelle patience il les supportait. 426

Chapitre VI. Comme notre Seigneur fortifia sa patience ès travaux de la prison par quelques consolations spirituelles des plus extraordinaires. 431

Chapitre VII. De quelques visites très favorables et autres grâces singulières que notre Seigneur et la Sainte Vierge lui firent en la prison. 435

Chapitre VIII. Comme il commença ses livres mystiques en la prison, suivant la connaissance expérimentale qu’il tirait des effets que Dieu opérait en son âme. 438

Chapitre IX. Comme la très Sainte Vierge commanda au bienheureux Père Jean de la Croix de sortir de la prison, et lui en enseigna le moyen. 441

Chapitre X. De la sortie de prison de notre bienheureux Père Jean de la Croix, et combien elle fut miraculeuse. 444

Chapitre XI. Des choses les plus remarquables qui lui advinrent à Tolède, depuis sa sortie, jusqu’à son arrivée au couvent d’Almodovar. 448

La maladie et l’agonie 451

LIVRE TROISIÈME, CHAPITRES 15 A 23 451

Chapitre XV. D’une persécution domestique qui s’éleva contre notre bienheureux Père, comme il tomba malade dans ce désert, et fut menée à Ubede pour y être pansé. 451

Chapitre XVI. Comme son mal s’accrut à Ubede, et la grande joie, et patience héroïque dont il le supportait. 455

Chapitre XVII. Auquel sont déduits d’autres grands travaux que notre bienheureux Père souffrit de la part de celui qui gouvernait le couvent. 458

Chapitre XVIII. De l’aimable providence dont notre Seigneur secourut notre bienheureux Père en sa maladie, et en ses travaux. 462

Chapitre XIX. Comme le diable enflamma de nouveau la persécution domestique entre notre bienheureux Père, procurant d’obscurcir l’éclat de ses vertus. 466

Chapitre XX. En qu’elle affliction et détresse cette persécution réduisit ceux qui était affectionné à notre bienheureux Père, et la joyeuse patience dont il la supportait. 471

Chapitre XXI. Comme cette persécution contre notre bienheureux Père prit fin, et comme l’auteur d’icelle fut puni. 473

Chapitre XXII. Comme il eut révélation du jour et de l’heure de sa mort, et comme notre Seigneur lui fit part du calice de sa passion, pour comble des grâces qui lui avaient faites. 476

Chapitre XXIII. De la précieuse mort de notre bienheureux Père Jean de la Croix, et comme il s’y disposa heureusement. 478

Fin 491







MYSTIQUES CHRÉTIENS

Au Dix-septième siècle





BENOIT DE CANFIELD 1562-1610

MARIE DE L’INCARNATION 1599-1672

JEAN DE BERNIÈRES 1601-1659

JACQUES BERTOT 1620-1681

MARIE PETYT 1623-1677

ROBERT BARCLAY 1648-1690

FRANÇOIS DE FÉNELON 1651-1715

JEANNE-MARIE GUYON 1648-1717



5. V.Mystiques chrétiens 17e siècle janv2020.odt



BENOIT DE CANFIELD 5

1. Qu’est-ce que la volonté de Dieu essentielle. Que c’est Dieu même ; et de la différence entre icelle et la volonté intérieure. 5

2. Qu’il n’y a nul moyen humain de parvenir à cette volonté essentielle, et les raisons pourquoi. 8

3. Qu’il y a un moyen sans moyen, savoir passif, non actif ; tout divin, et par-dessus tout entendement ; non humain, ni par les actes de l’esprit ; et que ce moyen est de deux sortes. 10

4. Quatre points principaux du premier moyen, et l’explication du premier point. 11

5. Du trop grand bouillonnement des désirs et de l’écoulement d’iceux fervents désirs et actes en Dieu, où est montrée une subtile et essentielle élévation d’esprit. Second point. 15

6. De la parfaite dénudation d’esprit. 24

7. De la proximité ou continuelle proche vision et assistance de la fin heureuse. 27

8. Du deuxième moyen. Que ce moyen n’est autre chose que la volonté de Dieu, illustrée par l’annihilation, laquelle a deux points, connaissance et pratique ; et du premier point. 30

9. Pratique de l’annihilation, deuxième point. Que l’homme est la source de toute erreur et du trop grand avancement de l’être des créatures, et ce par ses ténèbres et non par son être ; lesquelles ténèbres annihilées, toute cette erreur est abolie ; que telle annihilation ne peut être active, mais passive. 34

10. Des empêchements de cette annihilation, et de très subtiles et inconnues imperfections de contemplation. 36

11. De deux sortes d’annihilation : la différence de l’une et de l’autre, et comme elles servent aux deux amours. 42

12. En quoi consiste cette annihilation active, à savoir à s’égaler à la passive, et en quoi sa pratique, à savoir en lumière et ressouvenance. 45

13. Des imperfections ou empêchements de cette annihilation active. 48

14. Qu’il ne faut pratiquer ces deux annihilations, l’une aux temps et lieu de l’autre, mais chacune en son propre temps et lieu. Quel est le temps et lieu de l’une et de l’autre. De trois sortes d’opérations. De la vraie et fausse oisiveté, avec leurs différences et marques pour les connaître. 52

15. La manière d’opérer par les trois sortes d’opérations, extérieure, intérieure, et intime, où est montrée la réduction de la vie active et contemplative à la vie superéminente ; et la pratique des deux premières volontés en la troisième. 58

LETTRE CONTENANT LA RÉPONSE A UN DOUTE TOUCHANT L’OBJET DE LA VOLONTÉ DE DIEU. 64

MARIE DE L’INCARNATION 67

Un choix dans sa Correspondance spirituelle : 67

L.1 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, fin 1626 (?). 67

L.5 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, début 1627. 67

L.6 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, 27 juillet 1627. 68

L.9 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, 1634 (?) 68

L.17 De Tours, à Dom Raymond dc S. Bernard, Feuillant, 3 mai (?) 1635. 69

L.56 De Québec, à son Fils, 4 septembre 1641. 70

L.66 De Québec, à Mademoiselle de Luynes, 29 septembre 1642. 74

L.68 De Québec, à son Fils (1), 1er septembre 1643. 76

L.84 De Québec, à l’une de ses Sœurs/, 3 septembre 1644. 80

L.87 De Québec, à la Mère Françoise de S. Bernard, 82

Sous-Prieure du Monastère des Ursulines de Tours, 27 septembre 1644. 82

L.100 De Québec, à son Fils, 11 octobre 1646. 84

L.101 De Québec, à sa Nièce, la Mère Marie de l’Incarnation, Religieuse Ursuline de Tours, octobre 1646. 84

L.109 De Québec, à son Fils, été 1647. 86

L.116 De Québec, à la Mère Marie-Gillette Roland, Religieuse de la Visitation de Tours, io octobre 1648. 88

L.123 De Québec, à son Fils, 22 octobre 1649 90

L.132 De Québec, à un Père de la Compagnie de Jésus (1), 1er septembre 1651 [L’incendie] 94

136 De Québec, à son Fils, octobre-novembre 1651. 96

L.153 De Québec, à son Fils, 26 octobre 1653. 96

L.195 à son Fils, 16 septembre 1661. 98

L.201. De Québec, à son Fils, 10 août 1662. 103

L.216 De Québec, à son Fils, 29 juillet 1665. 104

L.222 De Québec, à son Fils, 22 septembre 1666. 110

L.242 à son Fils, 12 octobre 1668 112

L.243 De Québec, à son Fils, 16 octobre 1668. 113

L.263 De Québec, au P. Poncet, Jésuite, 17 septembre 1670. 115

L.267. à son Fils, 25 septembre 1670 116

L.274 à son Fils, 8 octobre 1671 119

JEAN DE BERNIÈRES 125

JACQUES BERTOT Directeur mystique 163

Correspondance avec Madame Guyon. 163

4.34. Du centre de l’âme. 163

« Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne : » 165

[0]. 4.71. [2elettre]. Silence devant Dieu. 165

[0]. 4.81. L’état d’anéantissement parfait en nudité entière. 165

Opuscule 1. Conduite de Dieu sur les âmes. (Extraits). 170

MARIE PETYT Béguine 173

Marie Petyt, I. Autobiographie 173

11. Attrait du monde. Grave maladie. 173

II. Une vocation qui cherche son vrai cadre. 179

1. Au couvent des chanoinesses régulières de Saint-Augustin. 181

3. Chez une compagne 191

4. Tertiaire du Carmel et direction de Michel de Saint-Augustin. 196

5. Départ du père Michel de Saint-Augustin 204

III. l’Ermitage » à Malines. 215

1. Les débuts 216

2. La solitude 224

3. Suite du récit biographique 227

4. Établissement à l’« Ermitage » et profession 233

IV. Nuit et déréliction 235

(Vers cette même époque, elle écrit à son directeur :) 247

V. Fin de la nuit obscure. 272

VI. « Esprit de prière » perpétuel et supplications 284

VII. L’État de simplicité essentielle 294

ROBERT BARCLAY Quaker 305

On ne peut connaître le Fils que par l’Esprit 305

L’Esprit a été promis par le Christ pour toujours 306

L’Esprit est la vie même du Christianisme 306

L’inspiration de l’Esprit est « objective » et non pas simplement « subjective » 307

Caractère infaillible des vraies révélations de l’Esprit 309

L’Esprit, suprême garant des Écritures et de la Tradition 311

La révélation progressive de la Lumière intérieure 312

Proposition 313

Les Écritures, règle seconde et subordonnée à l’Esprit 313

Les Écritures ne peuvent résoudre tous les problèmes particuliers 315

L’Esprit, guide indispensable pour lire les Écritures 316

Vrai rôle et bon usage des Ecritures 317

Tout ce qui est contraire aux Écritures est contraire à l’Esprit 318

La nouvelle révélation du saint et vieil Évangile 319

Dieu accorde à chaque homme « un jour ou temps de visitation » 320

Vraie nature de la Lumière divine ou Christ intérieur 321

En Jésus-Christ « habite corporellement toute la plénitude de la Divinité » 322

Lumière intérieure, raison et conscience : différence radicale et relations entre elles 322

C’est Dieu seul qui fait briller, quand il le juge bon, la Lumière dans les cœurs 325

La Lumière divine, accueillie d’abord passivement, fortifie peu à peu la volonté de l’homme 325

La parabole du semeur et celle des talents 327

L’Évangile intérieur et universel 328

Sans la Lumière intérieure, la création extérieure ne peut révéler vraiment la puissance et la volonté de Dieu 328

« Le royaume de Dieu est au-dedans de vous » 329

Bien des chrétiens méconnaissent la présence de la Lumière en eux 330

Connaissance stérile et connaissance fructueuse du Christ 331

Le salut de ceux qui ignorent tout de l’Évangile extérieur et du Christ historique 332

Intuitions préchrétiennes 334

Par le ministère des Quakers, Dieu exhorte tous les hommes à écouter le Christ intérieur 335

La nouvelle naissance ou régénération intérieure par le Christ 336

« Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » 337

FRANÇOIS DE FÉNELON 339

Présentation 339

Une rencontre mystique 342

Fénelon maintient secrètement le contact 347

De FÉNELON avec les réponses de Madame GUYON. 4 (?) Mai  1710. 348

De FÉNELON. fin mai 1710 ? 355

ŒUVRES & OPUSCULES SPIRITUELS 356

Mémoire sur L’État passif 356

Le Gnostique de saint Clément 363

CHAPITRE III De la vraie Gnose. 364

CHAPITRE XI : Le gnostique est déifié. [217] 366

L’Union chez Cassien 370

Explication des Maximes (29 janvier 1697) 371

Instruction pastorale sur l’Explication des maximes (15sept1697) 375

Propositions des Maximes justifiées par de saints auteurs (15 décembre 1698) 378

Œuvres spirituelles  382

I. Lettres et opuscules spirituels 382

II. Fragments spirituels 395

LETTRES DE DIRECTION 396

« Envoi » 396

Duc (1656-1712) puis duchesse (-1752) de Chevreuse 397

433. À UN AMI [CHEVREUSE OU BEAUVILLIER]. 3 Août 1697. 398

626. AU DUC DE CHEVREUSE. 31 août 1699. 399

627. AU DUC DE CHEVREUSE [après le 14 septembre 1699]. 400

633. AU DUC DE CHEVREUSE [vers le 4 novembre 1699]. 400

639. Au DUC DE CHEVREUSE. 30 décembre 1699. 401

642. Au DUC DE CHEVREUSE. 27 janvier 1700 403

856. AU DUC DE CHEVREUSE. À C [ambrai] 7 septembre 1702. 405

912A.  LE DUC DE CHEVREUSE A FÉNELON. À Dampierre, ce 16e mai 1703. 406

1128. Au DUC DE CHEVREUSE. À C [ambrai], 24 février 1707. 406

1144 Au DUC DE CHEVREUSE. À C[ambrai] 17 mai 1707. 406

1266. Au DUC DE CHEVREUSE. À C [ambrai] 3 décembre 1708.. 407

LSP 148. *Au DUC DE CHEVREUSE (?) 408

1611. À LA DUCHESSE DE CHEVREUSE. [Après le 20 novembre 1712]. 409

1647. À LA DUCHESSE DE CHEVREUSE. À C [ambray], 20 février 1713. 410

1675. À LA DUCHESSE DE CHEVREUSE. À C[ambrai], 3 [mai] 1713. 411

Charlotte de Saint-Cyprien (~1670-1747) 412

Choix de citations extrait de la série complète des lettres 412

Reprise de la série complète des lettres : 416

LSP 26. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN (?) [début janvier 1689] 416

LSP 17. L.37 & L.329S . À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. À Cambray, 21 août [1695 ou 1696]. 417

LSP 14. L.339. À SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. 30 novembre. 419

LSP 15. L.342. À SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. À Versailles, 10 décembre [1695]. 420

LSP 19. L.344S. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. À Cambray, 25 décembre [1695 ou 1696 ?] 421

LSP 13. L.354. À la sœur CHARLOTTE DE ST-CYPRIEN. [À Versailles, 10 mars 1696]. 422

LSP 16. L.363S. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. Mardi au soir, 7 août [1696 ?]. 431

376 S. à la sœur CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. Samedi 15 décembre [1696]. 432

LSP 18. 380 S. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. [août 1695 - janvier 1697]. 432

LSP 20. L.1437. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. À Cambray 17 janvier 1711. 433

LSP 22. L.1514. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. 25 décembre 1711. 434

LSP 21. L.1776. À LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN. À Cambray, ce 10 mars 1714. 436

Duchesse de Mortemart (1665-1750) 437

Une esquisse biographique 437

L’opinion de Fénelon et d’un proche 441

Choix de citations extrait de la série complète des lettres 442

MADAME GUYON 451

Les TORRENTS 451

PREMIÈRE PARTIE 452

Chapitre I. Divers retours de l’âme à Dieu. 452

Chapitre II. Voie active de la méditation. 453

Chapitre III. Voie passive de lumière 458

Chapitre IV. Voie passive en foi, premier degré 463

Chapitre V. Imperfections de ce premier degré. Sécheresses 471

Chapitre VI. Deuxième degré de la voie passive en foi. 478

Chapitre VII. 483

Section I. Troisième degré de la voie passive en foi. Morts. 483

SECTION DEUXIÈME. Second degré de dépouillement. 490

SECTION TROISIÈME. Troisième degré du dépouillement. 491

SECTION QUATRIÈME. Entrée dans la mort mystique. 497

Chapitre IX. Quatrième degré de la voie passive en foi. Vie divine. 505

SECONDE PARTIE 514

Chapitre I. Vie ressuscitée et divine 514

Chapitre II. Paix, et liberté divine 518

Chapitre III. Déiformité. 522

Chapitre IV. Mouvements tous divins. Paix inaltérable 526

529

Fin 536



MYSTIQUES en EUROPE

Dix-huitième au Vingtième siècle

DOV BAER DE LOUBAVITCH

ARCHIMANDRITE SPIRIDON

Instants ou révélations

ETTY HILLESUM

UN MOINE DE L’ÉGLISE D’ORIENT

LILIAN SILBURN 



6. VI.Mystiques en Europe janv2020.odt



DOV BAER de LOUBAVITCH 7

Introduction (Louis Jacob) 7

Préambule 45

Notes du préambule 46

1. 47

Notes du chapitre I 53

2. 57

Notes du chapitre II 63

3 67

Notes du chapitre III 75

4. 78

Notes du chapitre IV 89

5. 95

Notes du chapitre V 113

Appendice I Première lettre de Dov Baer à ses disciples 117

Appendice II 123

Archimandrite SPIRIDON 127

MES MISSIONS EN SIBÉRIE 127

PREMIÈRE PARTIE 129

LA FORMATION ET LES PÈLERINAGES 129

L’ENFANT ET SA RELIGION 129

LE SAINT HOMME SIMÉON 133

LE PÈLERINAGE A KIEV 136

PÈLERINAGE A ODESSA 139

PÈLERINAGE A CONSTANTINOPLE ET A L’ATHOS 142

RETOUR AU VILLAGE : LE SAINT HOMME MAXIME. 144

DEUXIÈME PARTIE 150

LES MISSIONS EN SIBÉRIE 150

PREMIÈRE MISSION DANS L’ALTAÏ 150

À JÉRUSALEM 152

EN MISSION A TCHITA ET IRGUEN 154

MISSIONS PARMI LES INDIGÈNES 157

TROISIÈME PARTIE 163

DANS LA PRISON DE TCHITA 163

LE SÉMINARISTE ASSASSIN 164

LE VIEUX-CROYANT CRIMINEL ENDURCI 166

L’INGÉNIEUR VOLEUR SACRILÈGE 168

LE BRIGAND CONVERTI 170

LE SANS-PRÊTRE FORÇAT POUR LES AUTRES 173

LA PÉCHERESSE GUÉRIE 176

L’INSTITUTEUR ÉCARTÉ DE L’ÉGLISE PAR UN ARCHIPRÊTRE 179

LE MAHOMÉTAN BAPTISÉ 183

LE CLEPTOMANE ATHÉE 185

L’HÉRÉTIQUE 186

LE LYCÉEN TERRORISTE 192

QUATRIÈME PARTIE 194

LE BAGNE DE NERTCHINSK 194

L’APÔTRE DES PROSTITUÉES, CONDAMNÉ INNOCENT. 194

LE LUTHÉRIEN DÉBAUCHÉ ET MEURTRIER 196

L’EX-FORÇAT DE SAKHALINE QUI FAIT PÉNITENCE PUBLIQUE 198

LE MULLAH. 201

L’AVORTEUR 202

LE PERSAN CHRÉTIEN DANS LE CŒUR 204

RÉFLEXIONS DE FORÇATS 208

LE MOLDAVE PARRICIDE 211

L’OFFICIER FÉLON 214

Instants ou révélations 217

Henri-Frédéric Amiel (1821-1881) 217

Rosa Luxembourg (1871-1919) 219

Carlo Levi (1902-1975) 222

ETTY HILLESUM 223

Journal Juillet-Octobre 1942 (extraits) 223

Lettres de Westerbork [intégrale] 258

Notes 329

Texte parallèle d’Evguénia Guinzbourg, « Ici vivaient des enfants ». 338

UN MOINE DE L’ÉGLISE D’ORIENT 345

Lev Gillet (1893 – 1980) 345

Interview avec le Père Lev Gillet 345

367

LILIAN SILBURN 367

Le Vide, le rien, l’abîme. 367

LES MODALITÉS DU VIDE 368

CONCENTRATION MENTALE ET VIDE MYSTIQUE SPONTANÉ 368

ASPECTS PASSIF ET ACTIF DU VIDE MYSTIQUE 371

VIDE INTERSTITIEL 375

VIDE DU DÉNUEMENT 377

VIDE ET DÉTACHEMENT DE LA QUIÉTUDE 377

VIDE ET COAGULATION 383

NUIT DE L’AMÈRE DESTRUCTION 386

VIDES INCONSCIENTS 390

ANÉANTISSEMENT ET RIEN 396

CONSCIENCE REVENUE SE DÉTACHANT SUR UN FOND DE VIDE INCONSCIENT 405

L’ABÎME 414 Fin 421



MYSTIQUES EN TERRES D’ISLAM I DU NEUVIÈME AU TREIZIÈME SIÈCLE

Terres d’Islam & Table géographique

RAB’IA -801

BISTAMI 777-841

JUNAID 830-911

SULAMI 937-1021

KHARAQANI 960-1033

ANSARI 1006-1089

GHAZALI 1058-1111

ATTAR 1142-1220

Traité de l'Unité adaptant IBN ARABI -1240

RUMI -1273

NASAFI -1290





7. VII Mystiques en terres d’Islam I premier juillet20.odt



Un choix 7

Terres d’Islam 9

Trois tendances parmi les spirituels vivants en terre d’Islam  : 11

Thèmes et influence 12

Table géographique 15

RAB’IA 19

BISTAMI 43

Dits 45

JUNAID 129

Traités, lettres, oraisons et sentences 131

1. La sainteté : les Élus de Dieu et leur mission 131

Lettre à l'un de ses frères spirituels 131

Fragment d'une lettre à Abû-l-'Abbâs Dînawarî 132

La réalisation spirituelle, et le renvoi du saint auprès des créatures 132

Lettre à Abû Ya'qûb Yûsuf Ibn al-Husayn Râzî 133

« Le Remède des Esprits » Dawâ' al-arwâh 137

2. Discours ascétiques 141

De l'homme intelligent 141

Conseils de Junayd Ibn Muhammad 142

De la Foi 142

Fragment d'une lettre à 'Ali Ibn Sahl Isfahânî 144

Groupe de sentences rapportées par Ja'far Khuldî 144

Des dangers de la voie spirituelle 145

Lettre à Abû Bakr Kisâ'î 147

Lettre à Abû Ishâq Mâristânî 149

« Règles de conduite de celui qui dépend de Dieu » Adab al-muftaqir 151

Lettre à l'un de ses frères spirituels 156

De l'évocation intérieure de Dieu al-dhikr al-khafi 157

De la différence entre la sincérité totale et la loyauté spirituelle 159

« Remède aux insuffisances » Dawâ' al-tafrît 162

Lettre à 'Amr Ibn 'Uthmân Makkî 169

De la Connaissance / ma'rifa 186

Recommandations à l'un de ses frères spirituels 189

Connaissance de Dieu, Certitude, Remise confiante, et Illusion 190

Sentences sur la connaissance de l'Unité 191

De la Divinité 192

Les trois sortes d'hommes 195

L'adoration parfaite 195

Lettre à l'un de ses frères spirituels 196

De la réalisation spirituelle des états contraires 197

Fragments d'une lettre à Yahyâ Ibn Mu'âdh Râzî 197

Introductions de lettres 198

Le fardeau de la science, et l'Épreuve al-Balâ' 200

Lettre à l'un de ses frères spirituels 201

Des différents types de connaissance de l'Unité 204

Des étapes de la connaissance de l'Unité, et de l'exister à l'être 205

La quête de Dieu, et les trois sortes d' « extinction » / fanâ' 206

Le traité du Pacte intemporel Kitâb al-Mîthâq 207

Traité de l' « extinction » Kitâb al-Fanâ' 211

Oraisons 219

Oraison 1 219

Oraison 2 223

Oraison 3 224

Oraison 4 225

Oraison 5 226

Sentences et définitions 227

Les fondements traditionnels de la vie spirituelle / Le tasawwuf 227

Les « stations spirituelles » / maqâmât et les « états mystiques » / ahwâl 229

Règles et convenances / adab Maîtres et disciples / suhba 232

De certains termes techniques 233

SULAMI 235

La lucidité implacable 237

Principes des Hommes du Blâme 250

KHARAQANI 271

La notice « Kharaqânî » de la Tadhkirat 273

La notice « Abû'l-Hasan Kharaqani» des Nafahât al-uns de Jami : 285

ANSARI 289

Les déficiences des demeures 291

1. LA VOLONTÉ (irada) 291

2. LE RENONCEMENT (Zohd) 291

3. L'ABANDON (tawakkol) 292

4. LA PATIENCE (sabr) 292

5. LA TRISTESSE (hozn) 292

6. LA CRAINTE (khawf) 292

7. L'ESPÉRANCE (raja') 293

8. LA GRATITUDE (shokr) 293

9. L'AMOUR (mahabba) 293

10. LA NOSTALGIE (shawq) 294

LA VOIE DES PRIVILÉGIÉS 294

RÉSUMÉ-CONCLUSION 295

Oraisons 295

GHAZALI 303

Erreur et délivrance 305

Première partie : Introduction et position du problème 305

Deuxième partie : les sophistes et le problème radical de la connaissance 307

Troisième partie : les catégories des chercheurs 309

Chapitre premier : la scolastique musulmane (kalām) : son but et ses résultats 310

Chapitre II : La «Philosophie» 311

a. -- les catégories des philosophes ( toutes hérétiques ) 312

b. -- les branches de la philosophie 313

c. Les dangers de la philosophie 317

Chapitre III : La théorie de l' «enseignement» (ta`lim) et les maux qu'elle engendre 319

Chapitre IV : La Voie mystique 325

Quatrième partie : la réalité de la prophétie 330

Cinquième partie : raison de mon retour a l'enseignement 333

ATTAR 345

Les sept vallées 347

Traité de l'Unité adaptant IBN ARABI 433

RUMI 449

Odes mystiques (extraits) 451

NASAFI 469

Le livre de l’homme parfait 471

Fin

490



MYSTIQUES D’ISLAM II DU QUATORZIÈME AU VINGTIÈME SIECLE

SULTAN VALAD 1226-1318

IBN ABBAD DE RONDA 1332-

SHABESTARI -1340 & LAHIJI -1507

HAFEZ DE CHIRAZ ~1316~1390

NAQSBAND 1317-1389

JILI apr.1428

JAMI apr.1492

SAYD BAHODINE MAJROUH 1928-1988





8. VIII Mystiques en terres d’Islam II deuxième juillet20avecLS



SULTAN VALAD 5

Maître et disciple (Kitâb al-Ma’ârif) 7

IBN 'ABBAD DE RONDA 136

Extraits du Shark Hikam (Miguel Asin Palacios) 138

SHABESTARI & LAHIJI 174

Shabestari La Roseraie du Mystère 176

Prologue 176

La raison pour laquelle ce livre fut écrit 178

Question 1 180

Question 2 182

Réponse 2 183

Illustration 184

Règle 1 186

Règle 2 188

Règle 3 Pensées sur les cieux 188

Illustration 190

Règle 4 Pensées sur les âmes 191

Question 3 193

Réponse 3 193

Question 4 195

Réponse 4 195

Règle 1 195

Illustration 1 196

Réponse 4 (suite) 197

Illustration 2 197

Règle 2 198

Illustration 3 199

Question 5 200

Réponse 5 200

Question 6 201

Réponse 6 201

Illustration 202

Question 7 203

Réponse 7 203

Illustration 235 204

Question 8 205

Réponse 8 205

Illustration Sur les modalités de l’Être 206

Question 9 208

Réponse 9 208

Question 10 211

Réponse 10 211

Illustration 1 211

Règle Des vertus et des bonnes dispositions 213

Illustration 2 214

Question 11 215

Réponse 11 215

Illustration 216

Règle 218

Question 12 219

Réponse 12 219

Question 13 Le langage symbolique 220

Réponse 13 220

L’œil et la lèvre 222

De la boucle 223

De la joue et du duvet357 224

Question 14 225

Réponse 14 226

Les habitués des tavernes 228

Question 15 229

Réponse 15 229

Du cordon sacré 231

Du christianisme 233

Illustration 234

Des idoles et des jeunes chrétiens 236

Épilogue 237

Lahîjî Commentaire (extraits) 238

Notes 324

HAFEZ de CHIRAZ ~ 1316 ~1390 350

350

Ghazals 352

NAQSHBAND 378

Autour du Daré Mansour : l’apprentissage mystique de Baha' al-din Naqshband (Marijan Molé) 378

JILI 406

De l’Essence (adh-Dhât) 408

Du nom (al-Ism) 410

De la Qualité (aç-çffah) 412

De la Qualité de Divinité 415

De l’Unité (al-ahadiyah) 419

De l’Unicité (al-Wâhidiyah) 420

De la Béatitude miséricordieuse (ar-rahmâniyah) 422

De l’Obscurité divine (al — 'Amâ) 425

Du Dévoilement (tajalli) des Activités divines (al-af’âI) 429

Du Dévoilement (tajallî) des Noms divins 432

Du Dévoilement (tajallî) des Qualités divines 436

Du Dévoilement (majlâ) de l’Essence 443

JÂMI 448

Les Jaillissements de Lumière 450

AU NOM DE DIEU LE CLÉMENT LE MISÉRICORDIEUX 450

Invocations 451

Avant-propos 452

Première illumination 453

Deuxième illumination 453

Troisième illumination 454

Quatrième illumination 455

Cinquième illumination 456

Sixième illumination 456

Septième illumination 458

Huitième illumination 459

Neuvième illumination 459

Dixième illumination 460

Onzième illumination 461

Douzième illumination 461

Treizième illumination 461

Quatorzième illumination 462

Quinzième illumination 463

Seizième illumination 464

Dix-septième illumination 465

Dix-huitième illumination 468

Dix-neuvième illumination 469

Vingtième illumination 470

Vingt et unième illumination 470

Vingt-deuxième illumination 472

Vingt-troisième illumination 473

Vingt-quatrième illumination 474

Vingt-cinquième illumination 476

Vingt-sixième illumination 478

Vingt-septième illumination 483

Vingt-huitième illumination 484

Vingt-neuvième illumination 485

Trentième illumination 485

Trente et unième illumination 486

Trente-deuxième illumination 487

Trente-troisième illumination 487

Trente-quatrième illumination 489

Trente-cinquième illumination 489

Trente-sixième illumination 490

Conclusion 491

SAYD BAHODINE MAJROUH 1928-1988





MYSTIQUES DE L’INDE



L’Inde classique

Deux UPANISADS ~400 AC

BHAGAVAD-GITA ~200 AC

VASUGUPTA Stances sur la vibration et leur glose

La BHAKTI dans le Sivaïsme du Kasmir

DNYANDEV Gita commentary ~1300

KABÎR ~1500

RAMANA MAHARSHI ~1950





9.Mystiques de l’Inde





L’INDE CLASSIQUE 5

Deux UPANISADS 7

Présentation 7

SVETASVATARA Up. 9

Abréviations : 9

Introduction 9

THÉISME. 11

SOURCES VÉDIQUES. STYLE ET MÉTAPHORES. 15

LE YOGA. 18

VEDANTA ET VISNUISME. 20

LA BHAGAVAD GiTÂ. 22

SÂMKHYA. 23

ÉVOLUTION DE LA MATIÈRE PRIMORDIALE. 27

Âme individuelle. 30

SIVAÏSME. 33

BOUDDHISME. 37

LES DOCTRINES MINEURES. 40

CONCLUSION. 43

Svetâsvatara 45

CHAPITRE PREMIER 45

CHAPITRE II 48

CHAPITRE III 50

CHAPITRE IV 52

CHAPITRE V 55

CHAPITRE VI 57

Mundaka Up. 61

Introduction 61

Mundaka 62

I, 1 62

I, 2. 63

II, 1 65

II, 2. 67

III, 1. 68

III, 2. 70

BHAGAVAD GÎTA 73

Introduction 73

BHAGAVAD GÎTA 78

Chant I 78

Chant II 81

Chant III 87

Chant IV 91

Chant V 95

Chant VI 97

Chant VII 101

Chant VIII 103

Chant IX 106

Chant X 108

Chant XI 112

Chant XII 117

Chant XIII 118

Chant XIV 121

Chant XV 123

Chant XVI 125

Chant XVII 127

Chant XVIII 129

VASUGUPTA Stances sur la vibration et leurs gloses 137

DEUXIÈME PARTIE - LES GLOSES DE KSEMARAJA ET DE BHATTA KALLATA 139

SPANDASAMDOHA DE KSEMARÂJA - GLOSE DE LA PREMIÈRE STANCE DE LA SPANDAKÂRIKÂ 139

STROPHES D’INTRODUCTION 139

STROPHES FINALES 154

SPANDANIRNAYA DE KSEMARÂJA ET SPANDAKÂRIKÂVRTTI DE BHATTA KALLATA 157

STROPHES D'INTRODUCTION 157

I SVARÛPASPANDA 159

Essence de la vibration 159

1 [Nous offrons nos louanges...] 160

2 [...rien ne peut le voiler] 167

3 [Bien que ce (spanda) se répande...] 171

4 [... les formes de conscience] 173

5 [...ce qui existe au sens suprême] 174

6-7 [(La Réalité) à partir de laquelle il y a déploiement] 176

8 [… Contact avec la puissance du Soi] 178

9 [Dès que s’apaise l’agitation...] 179

10 [ (Se révèle) à lui, en effet, sa nature...] 181

11 [... pour qui demeure comme frappé d’émer­veillement] 182

12-13 [Le non-être n’est pas objet d’expérience mystique...] 184

14-16 [… deux états de ce (spanda)] 187

17 [Le parfaitement éveillé...] 190

18 L’Omnipénétrant, indissolublement uni à sa suprême énergie... 191

19 [Les émanations des vibrations...] 192

20 [... précipitent ceux dont l’intelligence est mal éveillée] 193

21 [celui qui est toujours ardent...] 195

22 [Au comble de la furie...] 196

23-25 [Ayant fermement pris pour appui...] 197

II SAHAJA VIDYODA YASPANDA 201

Apparition de la science innée 201

1-2 [26] [Quand ils se sont emparés de cette puissance...] 202

3-4 [28-29][... point d’état qui ne soit Siva] 204

5 [... l’univers entier comme un jeu] 206

6-7 [...l’apparition de ce qui est contemplé dans le cœur] 207

III VIBHÛTISPANDA 212

La vibrante réalité dans la splendeur de son déploiement1 212

Résumé 212

1-2 [... de même durant le rêve] 213

3 [Sinon, la libre émanation...] 215

4-5 [... la chose se présente sans délai...] 216

6 [... on apaise également sa faim] 217

7 [... l’omniscience et d’autres pouvoirs] 218

8 [L’indolence, la ravisseuse] 219

9 [Chez celui qui s’adonne à une seule pensée...] 220

10 [De là procèdent immédiatement...] 221

12 [Qu’il demeure toujours bien éveillé...] 223

13 [En dépit de sa véritable nature...] 224

14 [... la perte de la saveur...] 227

15 [... ces énergies sont toujours empressées...] 228

16 [Cette énergie de Siva qui a l’activité pour forme engendre la servitude] 229

17-18 [Entravé par l’octuple forteresse...] 230

19 [Mais quand il s’enracine en un seul lieu (le spanda)...] 231

IV 233

1 [Je rends hommage...] 233

2 [Bien que très difficile à acquérir...] 234

STROPHES FINALES 234

LA BHAKTI 237

Le Stavacintamani de Bhattanarayana 237

Abréviations 238

INTRODUCTION 239

Sa place, son rôle et ses représentants 239

Bhattanarayana 240

Utpaladeva 241

Lalla 242

Les différents visages de Siva 244

I. SIVA - LE - MAGICIEN (MÂYÂVIN) 248

Conscience chez le jnanin. 249

Béatitude et liberté chez le yogin. 252

L'amour du Soi chez le bhakta. 253

II. SIVA DIEU DE GRÂCE 255

PASUPATI, gardien du troupeau 255

VIRUPÂKSA el le troisième Oeil 258

III. SIVA, DIEU D'AMOUR, AMANT D'UMÂ-PARVATI 263

IV. SIVA, ASCÈTE 285

V. SIVARATRI, LA NUIT MYSTIQUE 289

VI, SIVA DANSEUR AU GRAND BANQUET DE LA VIE 299

SAMATÂ, AMOUR GLORIEUX DE LA MAJESTÉ DIVINE 303

LA BHAKTI PAR RAPPORT AU YOGA ET A L'ILLUMINATION 316

DNYANDEV Gita Commentary 327

DNYÂNESHWARÎ 327

Volume I 327

CHAPTER IX [Bg. 6-11, 13-14] 327

CHAPTER XI [Bg. 2-4, 11-17] 334

Volume II 341

CHAPTER XIII [Bg. 7, 14-16, 27-31] 341

CHAPTER XIV [Bg.2-7, 19-20, 26-27] 349

CHAPTER XV. [ INTRODUCTORY, Bg. 1-2] 361

KABÎR 371

Introduction 372

KABÎR GRANTHAVALI 377

Chapitre du Guru divin 377

Chapitre de l’Invocation 382

Chapitre de la Séparation 385

Chapitre de la Séparation né de la Connaissance 390

Chapitre de l’Expérience 391

Chapitre de la Liqueur 396

Chapitre de la Profondeur 397

Chapitre de l’Étonnement 398

Chapitre de l’Absorption 398

Chapitre de l’Amour pur 399

Chapitre de l’Avertissement 401

Chapitre de l’Esprit 407

Chapitre de la Voie subtile 411

Chapitre de la Vie subtile 412

Chapitre de la Mendicité 415

Chapitre du Dire-sans-Faire 418

Chapitre de l’Homme sensuel 419

Chapitre du Sahaj 422

Chapitre de la Vérité 422

Chapitre de l’Abolition de l’Erreur 424

Chapitre du Simulacre 426

Chapitre de la Mauvaise Compagnie 429

Chapitre de la Bonne Compagnie 430

Chapitre des Faux Saints 431

Chapitre des Saints 431

Chapitre des Preuves de la Sainteté 433

Chapitre de la Louange des Saints 435

Chapitre du Milieu 437

Chapitre de l’Appréhension de l’Essence 438

Chapitre de la Pensée 439

Chapitre de l’Enseignement 440

Chapitre de la Confiance 441

Chapitre de la Reconnaissance de l’Époux 444

Chapitre de l’Indifférence 444

Chapitre de la Toute-Puissance 446

Chapitre de l’Injure 447

Chapitre de la Parole 447

Chapitre de la Mort vivante 448

Chapitre de la Conscience hypocrite 450



MYSTIQUES BOUDDHISTES

I DE L’ INDE ET DU THIBET



Le Bouddhisme ancien

VIMALAKIRTI ~400

ÉCOLE DE LA VOIE DU MILIEU

MORTS TIBÉTAINS ~1000

MILAREPA ~1200

BRUG-PA ~1500





10.MYS Bouddhisme I Inde Thibet janv2020.odt




Le Bouddhisme ancien 5

Aperçu sur la vie et la mort du Buddha 5

Le parinirvāna du Buddha 12

L’enseignement 13

Le sermon de Bénarès 16

Le dhamma : les quatre vérités mystiques 17

Première vérité : la douleur universelle 18

Deuxième vérité : la cause de la douleur 21

Troisième vérité : le chemin du milieu 28

Les quatre absorptions (dhyāna) 30

Les quatre ravissements (samāpatti) 33

Le samādhi 40

Sur la faculté d’absorption du Buddha 41

Prajna, sapience 44

Vigilance et chemins de la libération 45

Quatrième vérité : le nirvāna 46

L’arhat et sa libre activité 47

Sur la grande extinction 48

Dhammapada, VII, Arahantavagga, p. 90-99. 49

VIMALAKIRTI 53

CHAPITRE IV CONSOLATIONS AU MALADE 53

[Acceptation de Mañjusri.] 53

[Mañjuri chez Vimalakirti.] 54

[La maison vide.] 54

[Salutations réciproques.] 54

[La maladie de Vimalakirti.] 55

[Le vide universel.] 55

[Nature de la maladie.] 56

[Comment consoler un bodhisattva malade] 57

[Réflexions proposées au malade.] 57

[Lien et délivrance.] 60

[Sagesse et moyens salvifiques.] 60

[Le domaine du Bodhisattva.] 61

LE MADHYAMAKA ou école de la Voie du milieu 65

CHAPITRE V. Le Madhyamaka, ou école de la voie du milieu 65

Introduction 65

Rien n’apparaît, rien ne disparaît. 65

[…] 75

Examen du Nirvâna 76

Les quatre hymnes de Nagarjuna 84

Hymne à la Réalité absolue 85

Hymne à l'Incomparable 87

La perfection de sapience 91

Astasahasrikaprajñaparamita (extraits) 91

Aide et grâce des Buddha 93

Conquête sans réalisation 94

Rêves d'un bodhisattva sans recul 97

Le plus subtil détachement 99

Vacuité et espace 102

Le LIVRE DES MORTS Tibétain 105

Une autre vision de la vie et de la mort 105

La Libération naturelle par la vision nue, la Présentation de la Présence éveillée 109

L’intention d’obtenir le parfait Éveil afin d’œuvrer au bien de tous les êtres 129

MILAREPA 131

CHAPITRE PREMIER La naissance 131

CHAPITRE N Réalité de la douleur 138

CHAPITRE NI Les ennemis anéantis 144

DEUXIÈME PARTIE Les œuvres excellentes 159

CHAPITRE PREMIER La rencontre avec le maître spirituel 159

CHAPITRE N La purification 165

CHAPITRE NI Instructions et initiations 190

CHAPITRE IV Premières expériences, premières réalisations 194

CHAPITRE V Le retour au pays 209

CHAPITRE VI Le serment de méditation 221

CHAPITRE VN La méditation dans la montagne 228

CHAPITRE VNI L’ouverture aux Cent Mille Chants 271

BRUG-PA 279

CHER LECTEUR, 279

INTRODUCTION 280

Namo Guru (Salut au Maître !) 294

COMMENT S’EST PASSÉE LA VIE DE « BRUG-PA KUN-LEGS 294

À regarder ma Vie, par moi écrite ici, 296

Je demandai encore les instructions sur (l’art de se nourrir de la quintessence) 300

Dès lors j’allai au Kon (– po) où je rencontrai l’Omniscient Karma-pa. 302

J’allai à nouveau au Mon (Bhutan). 309

Je m’en fus alors de nouveau au Tibet. 311

Encore une autre fois le Seigneur de la Religion sKal-bzari-pa daigna dire : 314

Ensuite, je rencontrai le Seigneur de la Religion sKyabs-se. 317

A partir d’ici un choix ! 340

...fin des extraits de chants de ‘Brug-pa. 392

Table réduite aux entrées thématiques ou par auteur. 396

MYSTIQUES BOUDDHISTES de la CHINE et du JAPON



«  Un bouddhisme Sino-japonais  »

The forty Transmission thas

Founders of the five Ch'an sects

Soutra de l’Estrade / Altar sûtra de HOUEI-NENG (638-713)

Sûtra of complete Enlightment

Entretiens de CHEN-HOUEI (668-760)

La Terre pure selon HONEN (1133-1212) & SHINRAN

Shôbôgenzô de DOGEN (1200-1253)

«  Brindilles  » du TCH’AN / ZEN





11.Bouddhisme II Chine Japon 1mars20.odt



Un bouddhisme Sino-japonais 5

Avant-propos 5

«  L.S., Un fil d'Ariane… » 7

Une présentation par Lu K’uan Yü 9

The forty Transmission Gâthas 21

1. The Seven Buddhas of Antiquity 21

2. The Twenty-seven Indian Patriarchs 26

3. The Six Chinese Patriarchs 42

The stories of the Founders of the five Ch'an sects 47

1. The Kuei Yang Sect (Ikyo Zen) 47

2. The Kuei Yang Sect (Ikyo Zen) 62

3 The Lin Chi Sect (Rinzai Zen) 70

HOUEI-NENG (638-713) 75

SOUTRA DE L'ESTRADE DU DON DE LA LOI 75

[Comment Hui Neng acquis le Dharma en devenant le sixième patriarche = Chapitre I de la version anglaise infra] 75

Section 1 [Hui Neng monta s'asseoir à la place d'honneur pour parler de la Doctrine] 75

2 [Vendre des fagots au marché pour survivre ! être un Bouddha !] 76

3 [ Piler le riz pendant plus de huit mois] 76

4 [Que chacun de vous fasse une stance] 77

5 [Pas un ne se risqua à présenter quoi que ce soit] 77

6 [L’Instructeur écrit sa stance sur le mur] 78

7 [l’approbation n’est qu’apparente] 79

8 [Hui Neng compose la sienne, un lettré l’inscrit] 80

9 [transmission secrète nocturne] 81

10 [Hui Neng part vers le sud] 81

11 [Plusieurs centaines d'hommes le poursuivaient] 82

Section 12 [Début de l’enseignement = Chapitre II, Prajñâ] 82

THE DHARMA TREASURE OF THE ALTAR SUTRA OF THE SIXTH PATRIARCH 83

Avant-propos [par Patrick Carré] 83

Foreword [by Upâsaka Lu K’uan Yü] 84

Preface / By Ch'an Master Fa Hai, disciple of the Sixth Patriarch 88

The Altar Sûtra of the Sixth Patriarch 93

Chapitre I. How he Acquired the Dharma 93

Chapitre II. Prajñâ 105

Chapitre IV. Dyâna and Prajñâ 115

Chapitre V. Sitting in Meditation 119

Chapitres VI to X [ omis]. 120

The sutra of Complete Enlightenment 121

Ta Fang Kuang Yuan Chueh Hsiu To Lo Liao I Ching Chih Chiai) 121

Foreword [by Upâsaka Lu K’uan Yü] 121

The Sûtra of Complete Enlightenment / With the Commentary of Han Shan 125

I Mañjusri Bodhisattva 131

2 Samantabhadra Bodhisattva 141

3 The Bodhisattva with Universal Eyes 147

9. The Bodhisattva of Clean Karma 161

10. The Bodhisattva of Universal Enlightenment [omis] 178

11 The Bodhisattva of Complete Enlightenment 178

The Sage Leader Bodhisattva (chapitre omis) 186

CHEN-HOUEI (668-760) 187

ENTRETIENS DU MAÎTRE DU DYÂNA CHEN-HOUEI 187

Introduction 187

KIUAN I 192

KIUAN û - 236

KI’UAN ûI 240

KIUAN IV 242

HOUANG-PO (- 850) 247

DE LA TRANSMISSION DE L'ESPRIT, EXTRAITS DU WAN LING LOU 247

LA TERRE PURE  263

Ce qu’il ne faut pas croire 263

L’appel à la Terre pure par HONEN (1133-1212) 265

Things Hônen was always saying 265

On the three mental states 268

Literary works 269

Hônen’s Letter to the dying nun Shônyobô 271

Samurai believers 274

Humble converts at Takasago 275

The harlot converted 276

The end approaching 276

Hônen’s vision 277

Hônen’s parting message 277

Glossary (extracts) 278

The Essential SHINRAN (1173-1262) 279

DOGEN (1200-1253) 297

Shôbôgenzô (extraits) 297

1. Le kôan qui se réalise comme présence 297

3. La nature de l'Éveillé Busshô 299

4. Étude de la Voie avec le corps et le coeur 301

5. Le coeur en tant que tel, voilà l'Éveillé ! 302

6. La manière majestueuse des éveillés en pratique 303

10. Le grand Éveil 304

12. Maximes de la méditation assise 305

13. Recueillement de l'empreinte de l'océan 307

14. Fleurs de Vacuité. Kûge 307

15. Claire Lumière 309

16. La pratique maintenue. Gyôji 310

17. Le tel quel. Inmo 311

19. Miroir ancien. Kokyô. 312

24. Une galette en tableau. Gabyô. 313

25. La voix des vallées, les formes-couleurs des montagnes. Keisei-sanshoku. 313

27. Discourir du rêve au milieu du rêve. Muchû-setsumu. 316

28. Obtenir la moelle en vénérant. Raihai-tokuzui. 317

29. Sûtra de la montagne et de l'eau. Sansui-kyô. 319

33. Parole obtenue. Dôtoku. 320

44. La Voie de l'Éveillé. Bustudô. 321

45. Parole secrète. Mitsugo. 321

46. La prédication de la Loi faite par l'inanimé. Mujô-seppô. 322

48. La nature de la Loi. Hosshô. 323

49. Formule détentrice. Darani. 325

53. Fleurs de prunier. Baika. 325

55. Les dix directions. Jippô. 327

56. Voir l'Éveillé. Kenbutsu. 328

N 1. La vertu acquise de ceux qui ont quitté la maison. Shukke-kudoku. 328

S 1. Entretiens sur la pratique de la Voie. Bendowa. 330

S 2. Les quatre attributs pratiques de l'être d'Éveil. Bodaisatta-shishôbô. 330

S 5. Seul un éveillé avec un éveillé. Yuibutsu-Yobutsu. 332

Quatrième de couverture 335

«  BRINDILLES  » 337

Paul Demiéville, La métaphore du miroir et la « doctrine subite » 337

R.H. Blyth [on Zen] 349

Toshihiko Izutsu [on Zen] 353

D.T.Suzuki, Souvenirs de jeunesse. 357

Zen chrétien ? 369

Le zen aux Etats-Unis Monique Contant, Religieuse de Nazareth 369

Un zen chrétien ? William Johnston, sj 373

Cinq jours de zen au couvent 379

Fin 386

MYSTIQUES DE LA CHINE



Chine

CONFUCIUS ~551-~479

LAO-TSEU ~300 AC

TCHOANG-TSEU ~ 200 AC

HUAINAN ZI

Tao poétique

WANG-YANG-MING ~1550

IZUTSU

Dream Trippers





12. Mystiques de la Chine.odt



Chine

Un tome intitulé « Chine » porte ici sur des figures mystiques reconnues par une moitié des humains, celle où la culture immémoriale chinoise ensemença les civilisations coréenne, japonaise, du sud-est asiatique. C’est peu en volume, même en y associant les figures bouddhistes sino-japonaises regoupées dans un tome compagnon 170. Mais comment éclairer sérieusement et donc intimement des textes si différents des nôtres de par leurs modes d’approches ? Incompétence linguistique et culture dualisante  semble demeurer dsux obstacles insurmontables, si l’on ne sort pas des particularités culturelles.

L’entreprise n’est devenue « raisonnable » qu’en se limitant au seul champ mystique au-delà de diversités traditionnelles religieuses. Mais avant tout elle a bénéficié d’une chance tout à fait imprévisible :

Kenzo Yamamoto, homme de culture, partage notre appréciation mystique. Ainsi il « exporte » Madame Guyon (-1717) en la présentant comme telle et en la traduisant directement du français en japonais 171.

Notre rencontre s’est traduite par un « échange » bien imprévisible opéré entre mystiques : d’un côté Madame Guyon, de l’autre deux japonais, le philosophe linguiste Toshihiko Izutsu (-1985) et le moine mystique Dôgên qui vécut sept cent cinquante ans plus tôt (-1253). Les trois figures disparues que l’on vient de dater sont fort éloignées par l’espace ou dans le temps mais elles abordèrent avec justesse ce qui constitue un Réel inconnaissable. L’intelligence explicite du Moderne ou le vécu de l’Ancien éclairent les autres textes des tomes cités.

Vivant au sein de cultures du bassin méditerranéen traversé par trois religions du livre, outre les influences ce celles propres à l’Inde dont est issue la bouddhique, une mutation est dûe. Il s’agit d’élargir ce que l’on caractérise souvent comme « vécu mystique en Dieu ».

Après une ouverture qui pose le contexte confucianiste, nous proposons des extraits taoïstes. Il s’agit des deux grands mystiques anciens les plus largement reconnus - Maîtres Lao et Tchoang, qui vivaient avant l’êre dite commune. Ils sont suivis d’un « chant » ou chapitre tiré du Huainan zi ; de poèmes choisis traitant « du Vide »  et l’on approche l’an mil. Apparaîtra Wang-Yang-Ming, mystique néo-confucéen actif vers 1500.

Cinq siècles de nouveau et Izutsu prend place digne de son génie même s’il ne se présente pas comme mystique. Le penseur est libre de dépendances philosophiques européennes. Envers la mystique musulmane cela lui assure une approche libérée de la chrétienne sur Massignon ou de l’allemande sur Corbin : un « vent nouveau venu de l’est » change ainsi la perception habituelle offerte par des érudits célèbres.

Tout n’a pas totalement disparu  de nos jours, et même en Chine, mais demeure caché ou interdit : en témoignent des « voyageurs du rêve » occidental qui rencontrent autour de l’an 2000 quelques rares moines taoïstes172.

Nul doute que les cultures anciennes taoïques et bouddhiques puissent infléchir ce qui est arrivé en moins de deux siècles par irruption brutale d’outils matériels souvent militaires puis conceptuels souvent idéologiques.

Un retour multiforme des traditions non européennes serait en cours tandis qu’une Europe affaiblie n’exporte plus mais importe (difficilement) des hommes. Cette inversion de sens peut-elle rétablir l’équilibre disparu entre peuples dès le « Siècle des Lumières » tout en préservant l’acquis du même siècle, mal exporté, vers plus de liberté ?





Chine 5

CONFUCIUS 7

LE FIL ROUGE : UN HUMANISME PRAGMATIQUE 7

«Les Entretiens » de Confucius (Lunyu) 9

I. DE L'ÉTUDE (Xue er) 9

IV. HABITER L'HUMANITÉ (Li ten) 14

VII. DE LA TRANSMISSION (Shu er) 18

XI. LES PREMIERS VENUS (Xian Jin) 25

MENG ZI 28

Introduction 28

II. Le Disciple Gongsun Chou (Gongsun Chou ) 32

LAO-TSEU 35

Lao-Tseu et le Taoïsme (traductions partielles et présentation par Mark Kaltenmark) 35

Lao tseu 38

LAO TAN SELON L’HISTOIRE 38

LE TAO-TÖ-KING 43

LES COMMENTAIRES 45

La Doctrine 47

LES IDÉES DE LAO TSEU SELON LES ANCIENS PHILOSOPHES 47

LE TAO ET LE TÖ DANS LA PENSÉE COMMUNE 49

L’INEFFABILITÉ DU TAO 53

LE THÈME DE LA MÈRE 60

LE VIDE 64

Le Saint 66

Tchouang tseu 84

Le Livre de la Voie et de la Vertu (Tao Te King) traduit intégralement par Claude Larre 86

TCHOANG-TSEU 135

Sept premiers chapitres 135

Chap. I. Vers l’idéal. 135

Chap. 2. Harmonie universelle. 139

Chap. 3. Entretien du principe vital. 146

Chap. 4. Le monde des hommes. 148

Chap. 5. Action parfaite. 154

Chap. 6. Le Principe, premier maître. 158

Chap. 7. Gouvernement des princes. 167

HUAINAN ZI 171

Chapitre VII « Les Esprits légers et subtils » 171

Introduction 172

LES ESPRITS LÉGERS ET SUBTILS 174

TAO POETIQUE 209

Sung Chih wen 211

Meng Hao jan 211

Wang Wei 213

Tao Yuan Ming 214

Lu Yu 220

Wang Chang ling 221

Li Po 221

Han Yu 222

Chia Tao 223

Po Chu yi 223

Hsu Hun 224

Tu Fu 225

Ch'iu Wei (694-789) 226

Ch'ien Ch’i 226

Lang Chih yuan 227

Chiao jan 227

Yu Liang che (756-?) 227

Tsui Hu 228

Liu Tsung yuan 228

ermite Tai shang 229

WANG-YANG-MING 231

Introduction 231

Instructions for Practical Living 240

IZUTSU 271

Part II Lao-Tzû & Chuang-Tzû 271

I Lao-Tzû and Chuang-Tzû 271

II From Mythopoiesis to Metaphysics 285

III Dream and Reality 296

IV Beyond This and That 304

V The Birth of a New Ego 317

VI Against Essentialism 341

VII The Way 363

VIII The Gateway of Myriad Wonders 387

IX Determinism and Freedom 408

X Absolute Reversal of Values 420

XI The Perfect Man 435

XII Homo Politicus 449

Dream Trippers 459

Global Daoism and the Predicament of Modern Spirituality 459

Spiritual Trajectories 459

MASTER CHEN 459

The Quanzhen Order and the State 474

Fin 478



POÈMES DE CHINE, CORÉE, JAPON



Collectes au sein de traductions françaises et anglaises



Dominique Tronc, 2020



13. Poèmes Chine Corée Japon 22juin2020.odt



Avertissement



Je propose à l’usage d’Amis un choix de poèmes et de commentaires en un « vol » opéré sur les travaux de divers traducteurs.



Les entrées de premier niveau regroupent les poèmes assemblés par auteur ou proposés en florilège (entrées ou chapitres séparés par « §§ ).

Les poèmes sont titrés en second niveau ( pièces séparées par « § »).



Chaque pièce occupe une ou parfois deux pages. Ce treizième volume est plus épais que les précédents  mais en plus aéré et en débordant le « domaine de la mystique ».



Trente-cinq entrées, un demi-millier de poèmes. Consultez la table des matières.



Un même auteur ou un même poème peut se retrouver présenté sous des sources distinctes. Pour respecter les choix des traducteurs, leurs idiotismes et leurs commentaires - profonds, ils sont ici parfois repris partiellement - je n’ai pas cru bon d’opérer des regroupements. Parfois plusieurs traductions sont mises côte à côte dans une même source  - diverses adaptations à fin de mieux faire regretter de ne pouvoir remonter au chinois.



Les entrées de niveau 2, ‘titre de livres (traducteur)’, correspondent aux sources utilisées.

Les entrées de niveau 3, ‘nom d’auteur’ ou ‘titre donné par le traducteur’ ou ‘début (incipit) de traduction’, correspondent aux poèmes.

Un même corps assez petit gras lisible pour les poèmes ou normal pour les commentaires.



D’un chapitre, l’entreprise est devenue un volume. Une collecte prévue initialement comme chapitre du tome douzième dédié à une ‘Chine mystique’ limitée au taoïsme est maintenant rattaché aux Anthologies, seconde partie du présent volume. Entreprenant une collecte parallèle, destinée à laisser respirer le lecteur parvenu à mi-chemin de son parcours du tome onzième ‘Bouddhisme Sino-japonais’, j’ai réalisé, outre la fusion vécue par les chinois entre leurs (au moins) ‘deux religions’, qu’il fallait donner la plus grande place à des poètes ‘humanistes’. Confucius ne réglait-il pas la société, donc le vécu de chacun parmi tous, et celui de ceux, les poètes-érudits-fonctionnaires qui en rendaient compte ?



En clair : j’ai élargi une cible dont le blanc demeure à mon sens « mystique », le terme étant suffisemment ambigü pour englober toute vie profonde. Allant ainsi au-delà de toute ‘religion’.



Ce treizième tome poursuit la série de grands textes présentés sous l’appellation de mystiques. Il pallie à une ignorance partagée.



Bremond, dans son Histoire du sentiment religieux - le mot mystique lui fut déconseillé - ouvrait sur un tome “L’Humanisme dévot” avant de traiter tout à tour des membres de ‘religions’ au sein d’une ‘école française’ du dix-septième siècle. Ce mot ‘religion’ - pris au sens ancien comme l’intérieur d’une culture chrétienne commune du dix-septième siècle français, celui d’Ordre religieux - fut vécu de même en Chine en une grande diversité au sein d’une culture centralisée.







Avertissement 5

Tao Yuan Ming (365-427) 7

Seng Ts'an (- ~606?) 21

Cent quatrains des T'ang 25

Wang Wei (701-761) (Wei-penn Chang & L. Drivod) 33

Wang Wei (Moundarren) 59

Wang Wei (G.W.Robinson) 69

Li Po ou Li Bai (701-762) 71

Tu Fu (712-770) 83

Lu Yu (733-804) 121

Po chu yi ou Po Kiu-yi ou Bai Juyi (772-846) 153

Han-shan (P. Carré) (~800) 174

Han-shan (Watson) 190

Li Shangyin (812-858) 198

Le Dit du Genji (~1000) 204

Su Dongpo (1037-1101)(Claude Roy) 206

Su Tung po = Su Dongpo (Moundarren) 238

Su Dongpo (Watson) 272

Yang Wan Li (1127-1206) (Moundarren) 288

Yang Wan-Li (J.D.Schmidt) 298

Chu Hsi ou Zhu Xi (1130-1200) 302

Ikkyû (1394-1481) 312

Bashô (1644-1694)(Sieffert) 316

Bashô (Blyth) 320

Tsu Yun (1840-1960) 324

ANTHOLOGIES 327

La littérature chinoise par Basile Alexéiev (1937) 329

Zen flesh, zen bones (P. Reps 1957) 342

Anthologie (Paul Demiéville 1962) 352

Anthologie japonaise (C. Renondeau 1971) 365

Poems From Korea (P.H.Lee 1974) 383

Le clodo du dharma (J.Pimpaneau 1975) 397

Poèmes chinois d'avant la mort (Paul Demiéville 1984) 435

« Tao poétique » (Cheng Wing fun & Hervé Collet 1986) 457

Trésor de la poésie universelle (R. Caillois & J.-C. Lambert 1987) 483

La Montagne vide (P Carré & Z.Bianu 1987) 495

Entre source et nuage, la poésie chinoise réinventée (F. Cheng 1990) 503

Anthologie bilingue de la poésie chinoise classique (M.Coyaud 1997) 511

Jeux de montagnes et d'eaux (J.-P. Diény 2001) 543

Antologie (Jacques Pimpaneau 2004) 563

Annexe & Tables 587

Chronologie des poètes disposant d’une entrée au premier niveau 588

Table avec les noms ou les incipit de poèmes 589

Table réduite aux noms de poètes et aux anthologies 606

fin 610



POËSIE MYSTIQUE EN OCCIDENT I Oeuvres et Figures des origines à 1600

Collecte par Dominique Tronc

2020.



MYSTIQUE «  DES ORIGINES    »

ISAÏE

PSAUMES

GRECS

ÉPHREM de Nisibe, Syrie ~306-373

AUGUSTIN d’Hippone 354-430

RABAN MAUR ~780-856

SYMÉON LE NOUVEAU THÉOLOGIEN 949-1022

FRANÇOIS d’Assise 1181-1226 & DANTE -1321 & autres

JACOPONE DA TODI ~1230-1306

Edition par Stefano et Irène Mangano

Edition par Henry Spitzmuller

RAMON LLULL ~1232-~1315

HADEWIJCH I ~1250

ANONYME DE LA VALLÉE DU RHIN ~1250

HADEWIJCH II ~1280

Marguerite PORETE ~1250 - 1310

Maître ECKHART ~1260 -1328

JAN VAN RUUSBROEC 1293-1381

PÉTRARQUE 1304-1374

JULIAN DE NORWICH (~1343 – ap.1416)

L’INSTANT MYSTIQUE (R.B. & L.S.)



14.poètes d’occident chrono 4avril T.PREMIER révisé.odt



Oeuvres et Figures des origines à 1600 5

OUVERTURE révisée 7

De la poésie ? 9

MYSTIQUE «  DES ORIGINES    » 11

Pygmées 11

Chanson Esquimau (Alaska, Groenland) 12

Hymne d’Akhnaton ~1350AC 14

Livre de Job ~ 575AC 18

ISAÏE 21

CHAPITRE VI 21

PSAUMES 25

(Edouard Dhorme) 25

PSAUME I L'ÉTUDE DE LA LOI 25

PSAUME II LE ROI MESSIE 26

PSAUME V PRIÈRE DU MATIN 27

PSAUME XVIII 29

PSAUME XIX 35

PSAUME XXII 37

PSAUME XL 43

PSAUME XLIX 45

PSAUME LXIX 48

PSAUME LXXVII 53

PSAUME CIV 57

PSAUME CXXVII 62

PSAUME CXXXVII 63

PSAUME CXXXIX 65

GRECS 67

ORPHEE 67

PARMÉNIDE 69

ESCHYLE 73

LI : Cantique du veilleur 73

EMPÉDOCLE 75

Le retour eternel 75

L'éternité de l'être 76

Morale des quatre elements 77

HYMNE À ZEUS ~250 AC 79

GRÉGOIRE DE NAZIANZE 81

Hymne a dieu 81

Abandon 82

SYNÉSIOS 83

Hymne au père 83

L'âme 84

La danse en dieu 84

NONNOS 85

Nocturne 85

PROCLOS 412 - 485 87

Hymne à Athéna 87

Hymne commun a tous les dieux 88

Proclus 89

ÉPHREM de Nisibe, Syrie ~306-373 91

LA PARURE DES NOMS 91

UN VOYAGE EN PARADIS 95

LE CHANT DE CANA 97

JE LOUERAI TANT QUE JE VIVRAI 103

HYMNE SUR LA TRINITÉ 107

AUGUSTIN d’Hippone 354-430 111

CONFESSIONS 111

Livre premier, L’enfance 111

Livre quatrième, Professeur à Thagaste et à Carthage 112

Livre septième, L’âge mûr 115

Livre dixième 116

Livre Treizième 117

RABAN MAUR ~780-856 119

LOUANGES DE LA SAINTE CROIX /DE LAUDIBUS SANCTAE CRUCIS 120

Rois des rois, Seigneur... 120

Notre muse rapide. heureuse de son zèle, désire 121

O croix qui dépasses et domines l'Olympe, 122

Christ sauveur, Christ, roi serein dans la citadelle, 123

Soleil et lune, bénissez à votre tour le Christ Jésus, votre Dieu. 124

Ce qui nous apporte la vie, ce que notre corruption redoute, 126

Saint père du ciel, dans ce poème, je t'invoque comme mon maître 127

O muse, continue à dire, dans un vers agréable, la louange 128

Esprit très bon, descends directement de la citadelle céleste 130

Toi qui es sainte, bienheureuse et puissante. louange de la Vie et gloire 131

Expliquez le triomphe salutaire du Seigneur victorieux, 132

La croix sera pour moi poème; prêtez-moi une oreille attentive, 133

L'effusion et le flot du sang sacré nous ont donc lavés 134

Aussi la vraie loi de Dieu doit-elle être prouvée par le sort bienheureux 136

Le Christ, mon amour et ma prière, m'offre ces pieux présents. 137

Chantez maintenant un cantique nouveau, bénissez le Christ, 139

Le témoignage des prophètes t'honore justement, ô croix, 140

Majesté toute puissante, haute vertu, Sabaoth, 141

SYMÉON LE NOUVEAU THÉOLOGIEN 949-1022 143

HYMNE I 143

HYMNE II 146

HYMNE III 147

HYMNE VIII 147

HYMNE XIII 148

HYMNE XVIII 151

HYMNE XL 152

FRANÇOIS d’Assise 1181-1226 & DANTE -1321 & autres 155

CANTICO DI FRATE SOLE 155

DANTE CANTO XI DEL PARADISO 161

Dante Alighieri -1321 175

Et autres ? 177

JACOPONE DA TODI ~1230-1306 179

Présentation. 179

Edition par Stefano et Irène Mangano 185

LAUDES 185

L'Eglise pleure... 185

Amour de charité... 189

Edition par Henry Spitzmuller 201

Chanson de Lanfranc Cigala (? - av. 1274) 201

[Prend place Jacopone :] 202

O amour de pauvreté, royaume de tranquillité! 202

O jubilation du coeur, qui fait chanter d'amour ! 205

La Bonté infinie veut un amour infini 205

O amour, divin amour, amour qui n'est pas aimé! 207

O doux amour qui as tué l'Amour, 209

Amour de charité pourquoi m'as-tu tellement féri ? 210

Il me paraît sensé et courtois 219

Notes 220

RAMON LLULL ~1232-~1315 227

Libre d'Amic e Amat [Integrale] 227

CAPÏTOL XCIX. EN QUAL MANERA BLANQUERNA ERMITÀ FÉU LO LIBRE D'AMIC E AMAT 227

CAPITOL C. DEL PRÔLEG 228

COMENCEN LES METÀFORES MORALS (70) 229

50. Dix l'amic a son amat: —En tu és mon sanament e mon languiment; 233

100. Demanaren a l'amic quin senyal faïa son amat en son gamfanô. 239

150. Jurava l'amic a l'amat que per sa amor amava e sostenia 244

200. —Digues, amador, has riquea?—. 249

250. Mors l'amic per força de gran amor. 255

300. —Solaç est, amat, de solaç ; 260

350. Teologia e Filosofia, Medecina e Dret encontraren l'amic, 266

per açô vole finir lo Libre de l'amic e l'agnat, 267

Cant de Ramon 268

HADEWIJCH I ~1250 271

Présentation des béguines Hadewijch I ~1240 & II ~1280 271

INTRODUCTION 277

I « Qu'était-ce donc qu'une béguine ? » 277

II Sources – Mouvement – leur mystique 281

III Hadewijch 297

IV Visions et Lettres 301

V Une mystique essentielle 305

VI Spiritualité orthodoxe ? 309

VII Poèmes 313

VIII Nouveaux poèmes 317

[Ils ont été placée en ouverture à l’ entrée suivante « Hadewijch II »] 317

POÈMES SPIRITUELS 319

I « Si froid que soit encore l'hiver... » 319

II « Mille signes font paraître... » 323

III « Pour tristes que soient la saison et les oiselets... » 327

IV « Dès que mars a reparu... » 329

Ab la dolchor del temps novel… 333

V « Les oiseaux maintenant se taisent... » 335

VI « La saison nouvelle bientôt... » 339

VII « La saison nouvelle... » 343

VIII « Lorsque l'an se renouvelle... » 347

IX « De grands bienfaits prématurés... » 351

X « Ma détresse est grande, inconnue des hommes... » 355

XI « Les oiselets chantent clair... » 359

XII « Les oiseaux maintenant jubilent... » 363

XIII « Pour l'Amour j'entends n'avoir... » 367

XIV « La saison se renouvelle avec l'année... » 371

XV Lorsque nous revient le printemps... » 373

XVI « Bien que l'année et le mois... » 377

XVII « Ce que l'Amour a de plus doux, ce sont ses violences... » 381

XVIII « Je salue celui que j'aime... » 385

XIX « L'amour a sept noms... » 389

ANONYME DE LA VALLÉE DU RHIN ~1250 397

HADEWIJCH II ~1280 399

VIII Nouveaux poèmes [suite de l’introduction du volume commun aux deux Hadewijch] 399

IX 408

Nouveaux Poèmes 411

I « Je ne suis ni chagrinée ni troublée... » 411

II « Or donc, oyez le précepte ...  nous 419

devons l'aimer » 419

III « Au-dessus de tout ce qui est écrit... » 431

IV « Dans la Déité, / nulle apparence de personne » 435

V « Avoir maint amour dans le coeur et l'esprit... » 437

VI « L'Infini engendre son Égal... » 441

VII « Soyez béni en tout temps... » 445

VIII « Je vous ai goûté au lieu qui me convient... » 449

IX « S'il est chose que je désire... » 453

456

X « Volontiers je m'approcherais de l'Amour... » 457

XI « Une noble clarté brille doucement en nous... » 461

XII « Je lui laisserai volontiers abattre ma tête... » 465

XIII « Salut Source première en nous-mêmes... » 467

BIBLIOGRAPHIE 471

Marguerite PORETE ~1250 - 1310 475

Maître ECKHART ~1260 -1328 479

Poème 479

JAN VAN RUUSBROEC 1293-1381 483

Un Miroir de l’Eternelle Béatitude ou du Saint Sacrement 485

INTRODUCTION [F.J. Legrand] 485

PROLOGUE 486

ADRESSE: 486

Si vous voulez commencer une vie bonne 487

Si vous expérimentez lenteur, 492

là meurt notre propriété de volonté 496

Et, selon cette Image éternelle, 500

la volonté est un vivant instrument disponible, 506

«La vie vivante », source de la Béatitude suprême 507

élevez alors vos yeux au-dessus de la raison 509

2. Coïncidence avec la création selon l'Image et selon la Ressemblance 513

II. La «vie vivante», réfléchie en ses composantes 523

1. Sa «nature» 524

2. Son «expérience» 526

4. Sa «sur-essence» 532

POÈME FINAL 535

Les Douze Béguines 537

La première béguine prit la parole et dit : 537

La douzième béguine : 540

Voici comment sont de bonnes béguines 540

Oh ! femme, ta prière, je l'ai entendue. 542

La contemplation est un savoir sans modes, 546

Il me faut désormais abandonner la rime, 547

Situer Ruusbroec 549

Un siècle de troubles dans les Flandres 549

La vie et les œuvres. 550

Liste en quatre langues des œuvres de Ruusbroec 557

PÉTRARQUE 1304-1374 559

JULIAN DE NORWICH (~1343 – ap.1416) 561

L’INSTANT MYSTIQUE (R.B. & L.S.) 567

Les instants 571

L' intériorité 573

La vie mystique 577

Témoignages 579

Le Buddha, Siddhârtha Gautama (VI ème siècle avant J.C.) 579

Abu Sa’îd (967-1049) /54 579

Henri Suso (1295-1366) /55 580

Thérèse d'Avila (1515-1582) /56 581

Jean de la Croix (1542-1591) /57 581

Benoît de Canfield (1562-1610) /58 582

Jakob Böhme (1575-1624) /60 582

Jean de Bernières (1602-1659) /61 583

Jeanne-Marie Guyon (1648-1717) /62 584

Râmakrishna (1836-1886) /65 585

Bibliographie 587

Incipit suivant l’ordre des pièces collectées 589

TABLE DÉTAILLÉE 596

TABLE REDUITE AUX ENTREES PRINCIPALES 603

Notes techniques 605

COUVERTURE 605

STRUCTURE 605

MISE EN PAGE, EDITION, STYLES 605

fin 607



POËSIE MYSTIQUE EN OCCIDENT II Depuis le Moyen âge



Collecte par Dominique Tronc

2020.



La PERLE évangélique ~1635

LUIS DE LEON (1528-1591)

THÉRÈSE de Jésus (1515 – 1582)

JUAN DE LA CRUZ / JEAN DE LA CROIX 1542-1591

ENGLISHMEN (XVIe-XVIIe centuries)

John DONNE 1572-1631

MARIE des VALEES 1590-1656

George HERBERT 1593-1633

POESIE DU CONTINENT

ANGELUS SILESIUS 1624-1677

Catharina Regina von GREIFFENBERG 1633- 1694

Jean-Joseph SURIN 1600-1665

PASCAL (1623 – 1662)

NICOLAS BARRÉ 1621-1686

Thomas TRAHERNE 1636-1674

Mme GUYON 1648-1717 & FÉNELON 1651-1715

DE LA POÉSIE À LA MUSIQUE (I)

L’INSTANT MYSTIQUE (L.S & R.B.)





15.poètes d’occident chrono 4avril T.SECOND.odt



OUVERTURE

Un florilège assemblant des poèmes d’extrême-orient propose le « vol » opéré sur les beaux travaux de divers traducteurs173. Il était censé achever la série de grands textes de la série « Mystiques du monde » à l’usage de quelques amis. Je pensais m’arrêter là en écrivant : « un quatorzième tome poétique occidental serait folie, un quinzième en terres d’Islam s’avère inutile tant l’expression poétique est intégrée aux soufismes. » Mais la redécouverte de la poésie chinoise mystique faite à cette occasion me conduit aujourd’hui à «  faire le fou » ...en trois tomes.

§

Le premier tome présente des œuvres et des figures jusqu’à la fin du quatorzième siècle, fermant le Moyen âge. Peut-être la Grande Peste est-elle la cause d’un effet retard se traduisant par une absence dans notre récolte qui omet le quinzième siècle et le début du suivant.

Ce tome - quatorzième dans la série « Mystiques du monde », succédant à la poésie d’extrême-orient du treizième – ouvre sur un fragment d’Isaïe et un choix de Psaumes souvent témoins de l’angoisse du peuple hébreux coincé entre ses puissants voisins du Croissant fertile et du Nil. L’équilibre est rétabli avec l’autre culture, la grecque. Puis le rouleau des textes suit l’ordre chronologique de leurs auteurs. On associe un choix de commentaires et notes (caractères maigres) aux poèmes élargis parfois à une prose rhytmée (caractères gras).

Le deuxième tome de la poésie mystique en Occident s’ouvre sur l’Espagne où s’illustre Jean de la Croix, puuis se poursuit par des anglais, français, allemands et un italien. Il s’achève par le dix-huitième siècle, celui des Lumières qui négligent le legs mystique confondu avec les littératures religieuses. En déclin elles facilitaient rédactions et conservation.





Le troisième tome des « Modernes » naît avec le romantisme où s’illustrent des anglais. Ils sont bientôt rejoints par les russes et les français. Il s’achève à nos jours en s’ouvrant sur des témoignages de recherche parfois innacomplies. Quelques témoignages d’inconnus ouvrent et ferment l’ensemble des témoignages indiquant l’universalité du vécu mystique profond. Enfin une ouverture sur le lien entre expression poétique et musique précède ltémoins d’instants mystiques et leur appréciation qui conclut l’entreprise.

§

J’ai choisi des textes majeurs absents des tomes III à V de la série « Mystiques du monde » : il s’agit des deux Hadewijch, de Ruusbroec174, de Jean de la Croix175, de Jean-Joseph Surin, d’Angelus Silesius176, figures majeures 177. A l’inverse d’autres grands mystiques sont absents 178.



La collecte vise une cible dont le centre serait « mystique ». Mais conquis par certains poètes je déborde parfois ce « blanc de la cible ». Le terme est heureusement ambigü et donc assez large pour englober toute vie profonde au-delà de pratiques religieuses. Mais - après guerres et goulags du XXe siècle où – parfois - la grâce répondit à la douleur, - des consolations ou des espoirs trop faciles sont malvenus. D’où un choix peu sentimental.

§

Consultez la table des matières. Les entrées principales correspondent aux noms de figures mystiques majeures ou aux titres des assemblages d’auteurs moins poètes. Les entrées de second rang ouvrent sur les titres de pièces ou de figures dont la présence se limite souvent à une seule pièce179.





De la poésie ? 180



Le Maître dit : « On s'éveille par la poésie, on s'affermit par les rites et on s'accomplit par la musique » (Confucius)



« La poésie est ce qu'il y a de plus réel. C'est ce qui n'est complètement vrai que dans un autre monde » (Baudelaire, Notes nouvelles sur Edgar Poe).



Poète : ébéniste de la nuit.



une communication du souffle céleste et divin (Fray Luis de Leon 1528-1591)



Volant de décombres en décombres elle parlera de Dieu, de la damnation éternelle et des élus alors que plus bas continueront les luttes pour le budget, la liberté ou l'oppression, les colonies, les interventions militaires (Zygmunt Krasinski 1812-1859)



Les Poètes allument des lampes / Eux-mêmes s’éteignent (Emily Dickinson 1830-1886)



« Je sais de manière indiscutable que nous sentons la beauté d'un poème avant de penser à sa signification » (Borges 1899-1986, L'Art de poésie, trad. A. Zavriew).



« la poésie est une inconnue qui a perdu son équation » (Guillevic 1907-1997).



un langage silencieux qui efface ses propres traces (Jean Mambrino 1923-2012)



Le poète cherche dans le mot, non pas un mode d'expression, mais une manière de participer à la réalité. (Aldo Pellegrin)



La poésie est le lieu de l'autre (Bernard Sesé 1929-)



Depuis le Moyen âge 5

OUVERTURE 7

De la poésie ? 9

La PERLE évangélique ~1635 11

LUIS DE LEON (1528-1591) 13

THÉRÈSE de Jésus (1515 – 1582) 19

Alma, buscarte has en mi . 19

Jeu d’influences. 21

JUAN DE LA CRUZ / JEAN DE LA CROIX 1542-1591 23

L'OEUVRE POÉTIQUE DE JEAN DE LA CROIX 23

NUIT OBSCURE / NOCHE OSCURA 25

CANTIQUE SPIRITUEL / CANTICO 29

FLAMME D'AMOUR VIVE / LLAMA DE AMOR VIVA 47

JE SUIS ENTRÉ OÙ NE SAVAIS / ENTREME DONDE NO SUPE 49

QUE JE MEURS DE NE PAS MOURIR / QUE MUERO lPORQUE NO MUERO 55

EN QUÊTE D'UN AMOUR LANCÉ / TRAS DE UN AMOROSO LANCE 61

LE PASTOUREAU 65

MALGRÉ LA NUIT / AUNQUE ES DE NOCHE 67

GLOSES DIVINISÉES : SANS ARRIMAGE ET ARRIMÉ 71

POUR TOUTE LA BEAUTÉ 73

NOTE DU TRADUCTEUR 78

ENGLISHMEN (XVIe-XVIIe centuries) 79

ANONYMOUS 81

Amergin 81

ROBERT SOUTHWELL (?1561-1595) 81

I dye alive 81

JOHN DONNE (1573-1631) 83

Goodfriday, 1613. Riding Westward 83

CHRISTOPHER HARVEY (1597-1663) 85

The Nativity 85

ANDREW MARVELL (1621-1678) 85

On a Drop of Dew 86

HENRY VAUGHAN (1621-1695) 87

The World 88

THOMAS TRAHERNE (?1636-1674) 91

Dumbness 91

ISAAC WATTS (1674-1748) 93

John DONNE 1572-1631 95

SONGS AND SONNETS 95

DIVINE MEDITATIONS 97

SERMON 103

Traduction : 104

MARIE des VALEES 1590-1656 107

George HERBERT 1593-1633 111

THE ENGLISH POEMS OF GEORGE HERBERT 111

A Crozon of Praise : The poetry of Herbert 111

Employment (I) 113

The Church : The Starre 115

The Church : The Flower 117

GEORGE HERBERT POÈTE SAINT ANGLICAN (1593-1633) 119

The Collar 119

Affliction (I) 121

The Pearl (Matth. XIII, 45) 127

The Bag 129

Employment I 131

Employment II 131

Praise I 133

The Pilgrimage 133

The Flower 135

The Call 137

Vertue 139

LA POÉSIE RELIGIEUSE CHEZ GEORGE HERBERT 141

Rédemption 141

La Bourse 142

Le Collier 143

La Poulie 144

POESIE DU CONTINENT 145

La poésie mystique (Jean Mambrino) 145

Giordano Bruno ~1550 – 1600 147

Philippe DESPORTES 1546-1606 149

Georg Rodolf WECKHERLIN (1584-1653) 151

Quirinus KUHLMANN (1651-1689) 153

Rémi BELLEAU (1528-1577) 159

Claude HOPIL (1585 ? — apr. 1633) 161

Jean de LABADIE (1610-1674) 165

François MALAVAL (1627-1719) 167

Agrippa D'AUBIGNÉ 1552-1630 169

Nicolas Bernard de Javersac (vers 1607- après 1661) 173

Paul Dumas Martial de Brives -avant 1653 174

ANGELUS SILESIUS 1624-1677 175

Le Pèlerin chérubinique 175

PREMIER LIVRE (intégral) 177

SECOND LIVRE (partiel) 213

Choix opéré dans les livres II à V  229

Catharina Regina von GREIFFENBERG 1633- 1694 235

Jean-Joseph SURIN 1600-1665 247

Poèmes choisis 267

L’Amour purifiant […] foudroyant 267

PROLOGUE MYSTIQUE 267

L’AMOUR PURIFIANT 269

L'AMOUR OPÉRANT (1) 275

L'AMOUR LANGUISSANT (1 ). 279

L'AMOUR FOUDROYANT (1) 283

L'AMOUR BLESSANT 287

Cantiques spirituels de l'Amour divin 289

I Saints enivrés d'amour. 289

II Langueur d'amour. 293

III Du délaissement de toutes choses 295

IV De l'abandon à la Divine Providence, 301

V De l'abandon intérieur 303

VI De Saint Alexis. 307

VII L'Amour violent. 313

VIII Du dégagement de la propre volonté. 315

IX. L'Hôpital de l'Amour sacré. 319

X Le Triomphe de l'Amour. 323

Première Partie 323

Seconde Partie 333

XI Le Pèlerin spirituel. 339

XII. La Retraite 345

XIII La Sagesse des Saints. 347

XIV Le Renouvellement. 349

XV De la vanité du monde. 353

XVI L'Ame mondaine après cette vie. 355

XVII L'Amour fervent, sous le symbole du vin. 357

XVIII Le Pauvre. 359

XIX Le Vin mystique. 361

XX L'Homme patient. 363

XXI L'Ivresse spirituelle. 365

XXII Des effets de l'Amour divin. 367

XXIII Du Mépris du monde. 369

XXIV Les Conquêtes de l'Amour. 371

XXV La Religieuse empressée. 373

XXVI L'Evangile des Huguenots. 375

XXVII L'entrée de l'Ame juste dans le Ciel. 379

XXVIII L'Arsenal de l'Amour. 381

XXIX L’Ecolede l’Amour 383

XXX Victoire de l'Amour Divin. 385

XXXI L'Ame Religieuse ayant quitté le monde. 387

XXXII Pour le jour de S. Joseph. 389

XXXIII Elans d'amour vers Jésus-Christ. 391

XXXIV Victoire de l'Epoux Céleste. 393

XXXV Sur les Noces de l'Agneau avec l'âme. 395

XXXVI Colloque à l'Amour. 397

XXXVII Le vrai dégagement. 399

XXXVIII Lampe divine. 401

XXXIX Fournaise d'Amour. 405

XL Perte en l'Amour. 407

XLI L'Union divine. 409

XLII Abîme d'Amour. 411

XLIII Baiser ineffable. 413

XLIV Soupirs à l'Amour, sur l'absence de l'Epoux Céleste. 415

XLV Sur la beauté de Notre Seigneur. 417

XLVI Mort d'Amour. 419

XLVII Profession d'Amour. 421

XLVIII Désir de mourir pour voir Jésus-Christ. 423

XLIX Sur la beauté de Jésus-Christ. 423

L Reproche d'Amour. 425

LI Pour un jour de Pentecôte. 427

LII Les Justes au point de mourir. 433

LIII Le triomphe des Saints dans la gloire. 435

LIV Sur les peines de l'Enfer. 439

LV Antithèses sentencieuses. 443

PASCAL (1623 – 1662) 445

NICOLAS BARRÉ 1621-1686 453

Thomas TRAHERNE 1636-1674 457

Centuries 457

Introduction 457

Première Centurie 460

Deuxième centurie 465

Troisième centurie 471

Quatrième centurie 473

Cinquième centurie 479

Note biographique 485

Poetry and Prose 489

Selected Poems and Thanksgivings 489

The Salutation 489

My Spirit 491

The Circulation 495

The Recovery 499

Desire 503

The Return 507

Shadows in the Water 507

On Leaping Over the Moon 511

To the same purpos; he, not long before... 513

Thanksgivings for the Soul 515

From The Ceremonial Law 523

Moses Face 523

The Inside 525

`Contentment is a sleepy thing' from Chapter XXXVII 'Of Contentment' 526

The Select Meditations and Commentaries of Heaven 527

Affection 527

The Kingdom of God : A Wise Man 533

Mme GUYON 1648-1717 & FÉNELON 1651-1715 539

Madame Guyon 539

Fénelon 543

Incipit suivant l’ordre des pièces collectées 545

DE LA POÉSIE À LA MUSIQUE (I) 553

« entre ses lignes  de mots » 553

Diversité de genres musicaux 554

Lamentations 557

Lauda 560

Chorals 560

Lieds 562

Cantates 564

Jean-Sébastien Bach 566

Luther et la musique 566

L'édition musicale 567

Les recueils de chorals 567

De l'orthodoxie au piétisme 568

Ich hatte viel Bekümmer-nis" (J'étais dans une profonde affliction) BWV 21 569

Rhétorique et musique 571

Le choral est d'abord un catéchisme. 572

Mort et Résurrection, Cantate de Pâques « Le ciel rit, la terre jubile », BWV 31. 573

War' Gott nicht mit uns diese Zeit, BWV 14 575

L’INSTANT MYSTIQUE (L.S & R.B.) 581

Les instants 585

L' intériorité 587

La vie mystique 591

Témoignages 593

Le Buddha, Siddhârtha Gautama (VI ème siècle avant J.C.) 593

Abu Sa’îd (967-1049) /54 593

Henri Suso (1295-1366) /55 594

Thérèse d'Avila (1515-1582) /56 594

Jean de la Croix (1542-1591) /57 595

Benoît de Canfield (1562-1610) /58 596

Jakob Böhme (1575-1624) /60 596

Jean de Bernières (1602-1659) /61 597

Jeanne-Marie Guyon (1648-1717) /62 598

Râmakrishna (1836-1886) /65 599

Bibliographie 603

Fénelon 607

Incipit suivant l’ordre des pièces collectées 609

TABLE DÉTAILLÉE 616

TABLE REDUITE AUX ENTREES PRINCIPALES 623

Notes techniques 625

COUVERTURE 625

STRUCTURE 625

MISE EN PAGE, EDITION, STYLES 625

fin 628



POËSIE MYSTIQUE EN OCCIDENT III Modernes

Collecte par Dominique Tronc

2020.



Friedrich HOLDERLIN 1770-1843

NOVALIS (Frierich v. Hardenberg) 1772-1801

Giacomo LEOPARDI 1789 - 1837

ENGLISH ROMANTICS

POST ROMANTICISM

Algernon Charles SWINBURNE (1837-190F9)

Gerard Manley HOPKINS 1844-1889

ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE RUSSE

Haïm Nahman BIALIK 1873-1934

Marina TSVÉTAÉVA 1892-1921

Ossip MANDELSTAM 1891-1938

POËTES MODERNES (J. Mambrino)

René DAUMAL 1908-1944

Henri MICHAUX 1899-1984

RETOUR AUX ORIGINES

TÉMOINS DE L’INSTANT

DE LA POÉSIE À LA MUSIQUE (II)

Lieder de Schubert

Mystère de la musique

L’INSTANT MYSTIQUE (R.B. & L.S.)

Incipit suivant l’ordre des pièces collectées



16.poètes d’occident chrono 4avril T.TROISIEME.odt





Modernes 5

OUVERTURE 7

De la poésie ? 9

Friedrich HOLDERLIN 1770-1843 11

MÉNON PLEURANT DIOTIMA 11

En bleu adorable 13

PÉRIODE D'HYPÉRION 17

PÉRIODE D'EMPÉDOCLE 18

HYMNES (PATMOS) 19

POÈMES (LES LIGNES DE LA VIE) 20

DERNIÈRES ANNÉES (SAISONS) 21

L'HIVER 21

LE PRINTEMPS 22

Hölderlin par Stefan Sweig (1881-1942) 23

NOVALIS (Frierich v. Hardenberg) 1772-1801 27

HYMNES A LA NUIT 27

II 28

III 29

IV 29

V 32

Giacomo LEOPARDI 1789 - 1837 41

ENGLISH ROMANTICS 45

WILLIAM WORDSWORTH (1770-1850) 45

From « The Excursion » 45

SAMUEL TAYLOR COLERIDGE (1772-1834) 65

From `Religious Musings' 65

PERCY BYSSHE SHELLEY (1792-1822) 67

From ‘Adonais’ 67

POST ROMANTICISM 69

ROBERT STEPHEN HAWKER (1803-1875) 69

Aishah Shechinah 69

ELIZABETH BARRETT BROWNING (1806-1861) 71

Human Life' s Mystery 71

From ‘Aurora Leigh ' 73

ALFRED, LORD TENNYSON (1809-1892) 75

Flower in the crannied wall' 75

From ‘The Holy Grail’ 75

From `The Ancient Sage' 76

JOHN STUART BLACKIE (1809-1895) 77

All things are full of God 78

ROBERT BROWNING (1812-1889) 79

From ‘Paracelsus' 79

WILLIAM BELL SCOTT (1812-1890) 81

Pebbles in the Stream 81

From ' The Tear of Me World' 81

CHRISTOPHER PEARSE CRANCH 1813-1892 83

From ' Ormuzd and Ahriman' 83

MATTHEW ARNOLD (1822-1888) 85

From The Buried Life’ 85

JOHN ADDINGTON SYMONDS (1840-1893) 87

An Invocation 87

ELLEN MARY CLERKE (1840-1906) 89

The Building and Pinnacle of the Temple 89

HENRY BERNARD CARPENTER (1840-1887) 91

From Liber Amatis 91

SARAH WILLIAMS (1841-1863) 93

Deep-sea Soundings 93

EDWARD DOWDEN (1843-1913) 95

By the Window 95

A New Hymn for Solitude 97

EDWARD CARPENTER (b.1844) 99

By the Shore 99

The World-Spirit 101

DIGBY MACKWORTH DOLBEN (1848-1867) 105

Strange, all-absorbing Love' 105

WILLIAM ERNEST HENLEY (1849-1903) 107

I am the Reaper 107

EDMOND GORE ALEXANDER HOLMES b.1850 109

The God Within 109

WILLIAM JAMES DAWSON b.1854 111

Inspirations 111

EDITH MATILDA THOMAS b.1854 113

Spirit to Spirit 113

OSCAR WILDE (1856-1900) 115

From ‘Humanitad' 115

WILLIAM SHARP (1856-1902) 117

The Valley of Silence 117

The White Peace 117

The Mystic's Prayer 117

MAY PROBYN 119

The Beloved 119

KATHERINE TYNAN HINKSON 121

The Flying Wheel 121

ALEISTER CROWLEY 123

The Quest 123

EVELYN UNDERHILL b.1875 125

Introversion 125

ANONYMOUS 127

A Ballade of the Centre 127

EVA GORE-BOOTH 129

The Quest 129

ELSA BARKER 131

He who knows Love 131

Algernon Charles SWINBURNE (1837-1909) 133

A Nympholept 140

Gerard Manley HOPKINS 1844-1889 149

« LE NAUFRAGE DU DEUTSCHLAND » suivi de POÈMES GALLOIS & SONNETS TERRIBLES 149

RACHETER LES TEMPS par Geoffrey Hill 149

The wreck of the Deutschland 153

LE NAUFRAGE DU DEUTSCHLAND 153

Poèmes gallois & sonnets terribles 173

GOD'S GRANDEUR / LA MAGNIFICENCE DE DIEU 173

THE STARLIGHT MIGHT / CLAIR DE NUIT 175

SPRING LE PRINTEMPS 177

THE SEA AND THE SKYLARK / LA MER ET L'ALOUETTE 179

IN THE VALLEY OF THE ELWY / DANS LA VALLÉE DE L'ELWY 181

THE WINDHOVER / LE FAUCON 183

PIED BEAUTY / BEAUTÉ DIAPRÉE 185

HURRAHING IN HARVEST / VIVATS DANS LA MOISSON 187

DUNS SCOTUS'S OXFORD / L'OXFORD DE DUNS SCOT 189

HENRY PURCELL 191

THE HANDSOME HEART / CLARTÉ DE COEUR 193

RIBBLESDALE 195

LA SAINTE VIERGE COMPARÉE À L'AIR QUE L'ON RESPIRE 197

ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE RUSSE 201

(Katia Granoff) 201

GABRIEL DERJAVINE 1743-1816 201

MICHEL LERMONTOV 1814-1841 203

DIMITRI MÉREJKOVSKI 1865-1941 204

BORIS PASTERNAK 1890-1960 207

SERGE ESSÉNINE 1895-1925 213

Haïm Nahman BIALIK 1873-1934 215

Zohar 215

A Ahad Ha-Am 217

Au lever du soleil 219

La mare 220

Jour de tempête 223

A l'aube 225

Marina TSVÉTAÉVA 1892-1921 229

Marina Zvétaéva 231

Ossip MANDELSTAM 1891-1938 235

[pièce n°] 26. LE COQUILLAGE 235

27. 1911. 236

123. 1920. 236

254. Lamarck 7-9 mai 1952. 237

275-285 Huitains 238

341 1936-1537 ? 239

352 18 janvier 1937, Voronèje. 240

354. Janvier 1937, Voronèje 240

365. 8 février 1937 241

378. 9-19 mars 1937, Voronèje 242

394. 4 mai 1957, Voronèje. 243

POËTES MODERNES (J. Mambrino) 245

Jean Mambrino, La poésie mystique, 245

Éditions Seghers, Paris, 1973. 245

VICTOR HUGO 1802-1885 245

GÉRARD DE NERVAL 1808-1855 245

LÉON BLOY 1846-1917 247

O.V. DE L. MILOSZ 1877-1939 255

RAISSA MARITAIN 1883-1960 259

MARIE NOEL 1883-1969 261

GEORGES BERNANOS 1888-1948 267

HENRI MICHAUX 1899- 273

PATRICE DE LA TOUR DU PIN 1911- 279

MICHEL FOREST 1924-1944 281

Choix mis en ordre CHRONOLOGIQUE 283

1867 Charles Baudelaire (1821 – 1867) 283

1886 Emily Dickinson (1830-1886) 285

285

1891 Arthur Rimbaud (1854 - 1891) 287

1914 Jean Jaures (1859 - 1914) 289

1929 Hugo von Hofmannsthal (1894-1929) 291

1950 Joé Bousquet (1897-1950) 303

1960 Raïssa Maritain (1883-1960) 309

1960 Jules Supervielle (1884-1960) 311

1967 Marie Noël (1883-1967) 313

1968 Antonio Porchia (1885 – 1968) 315

1971 Jean Grenier (1898-1971) 317

1975 Patrice de la Tour du Pin (1911-1975) 319

Claude Vigée (1921- ) 321

1995 Roberto Juarroz (1925 - 1995) 325

Kenneth White (1936-) 327

Le visage du vent d’est 327

Approches du Monde Blanc 330

Jacques Ancet (1942 - 335

Radu Mihaileanu (1958- 337

Fabienne Verdier (1962- 339

Dérives 342

René DAUMAL 1908-1944 347

La Grande Beuverie 347

Le Mont Analogue 349

Poésie noire, poésie blanche 359

Ajout ? René Daumal (1908-1944) 361

Henri MICHAUX 1899-1984 369

Ineffable vide I (L’avenir de la perte de l’avoir) 369

RETOUR AUX ORIGINES 389

Lorsque vint le temps pour moi de devenir chamane... 389

Appeler les esprits pour la première fois 391

TÉMOINS DE L’INSTANT 395

1849 Edgar Allan Poe (1809-1849) 397

1855 Gérard de Nerval (1808-1855) 399

1881 Amiel (1821 – 1881) 401

1980 Lev Gillet (1893 – 1980) 403

Interview avec le Père Lev Gillet 403

1999 Nathalie Sarraute (1900-1999) 409

2009 Stephen Jourdain (1931-2009) 411

Dossier L.S. 411

Interview Tel Quel complet 421

2012 Dalila Pereira da Costa (1918-2012) 455

Présentation 456

DE LA POÉSIE À LA MUSIQUE (II) 457

Lieder de Schubert 457

Franz Schubert – Words and Music (Walter Dürr) 457

Un dernier Choral 461

Mystère de la musique 463

« Il y a dans l'homme, dans le plus secret de son âme... 463

Les mystiques et les poètes. 464

[Des mystiques sensibles à la musique] 467

L’INSTANT MYSTIQUE (R.B. & L.S.) 469

Les instants 473

L' intériorité 475

La vie mystique 479

Témoignages 481

Le Buddha, Siddhârtha Gautama (VI ème siècle avant J.C.) 481

Abu Sa’îd (967-1049) /54 481

Henri Suso (1295-1366) /55 482

Thérèse d'Avila (1515-1582) /56 482

Jean de la Croix (1542-1591) /57 483

Benoît de Canfield (1562-1610) /58 484

Jakob Böhme (1575-1624) /60 484

Jean de Bernières (1602-1659) /61 485

Jeanne-Marie Guyon (1648-1717) /62 486

Râmakrishna (1836-1886) /65 487

Bibliographie 491

Incipit suivant l’ordre des pièces collectées 495

TABLE DÉTAILLÉE 501

TABLE REDUITE AUX ENTREES PRINCIPALES 508

Notes techniques 511

COUVERTURE 511

STRUCTURE 511

MISE EN PAGE, EDITION, STYLES 511

fin 514





.

FRANCISCAINS

*****************

.



21.FRANÇOIS D’ASSISE ET SES DISCIPLES

(27)21. François vu par ses disciples édition7.odt



Antérieurement : !François vu par ses disciples édition 4.docx

François d’Assise vu par ses disciples, Un choix de sources à l’usage de Dominique Tronc et d’Amis, Reprenant des textes de l’Edition du VIIIe centenaire, Hors commerce pour raison de droits, 510 p. [Présentation, Quelques « pages » de François, Du commencement de l’Ordre, Légende des trois compagnons, Compilation d’Assise anciennement dénommée Légende de Pérouse, Témoignages sur des Spirituels issus principalement des Actes.]



Quatrième :L’édition du VIIIe centenaire publiée en deux volumes au Cerf en 2010 dans la collection « Sources Franciscaines » comporte 3418 pages… Mon dossier propose le cinquième de ce dernier « Totum » de sources proches de François (manuscrits du XIIIe & XIVe siècles).

L’essentiel consiste en deux sources longues, la « Compilation d’Assise » et les « Actes ». Elles livrent l’esprit de François et son influence directe plus profondément que ne le permirent des écrits officiels requis pour l’Ordre.

Six restitutions :

1. Le choix de quelques « pages » de François.

2. Frère Jean, compagnon de Gilles, est l’auteur « Du commencement de l’Ordre », source primaire sobre et originale écrite moins de quinze ans après la mort de François.

3. La « Légende des trois compagnons » fut proposée par Léon, Rufin et Ange, en complément de la première biographie par Thomas de Celano. Elle fournit des informations uniques sur la période « laïque » de la vie de François (~1181 à 1206) dont la durée est supérieure à celle de la période fondatrice (1206 à 1226).

4. Frère Léon est à la source de la « Compilation d’Assise », anciennement nommée « Légende de Pérouse ». Il s’agit du meilleur des « évangiles franciscains ». Je restitue l’ensemble annoté en incluant au fil du texte les passages repris de Celano (ils sont séparés dans l’édition du VIIIe Centenaire au profit de ce dernier).

5. Les « Actes du Bienheureux François » sont la source latine traduite partiellement dans les célèbres « Fioretti ». Ils constituent des « Actes des Apôtres » franciscains rendus enfin disponibles.

6. Suivent quelques extraits d’autres sources et une brève introduction à François.

Les notes généreuses mais indispensables de l’édition du VIIIe centenaire rendent caduques de très nombreuses biographies colorées par l’esprit de leurs auteurs. Je les restitue en petit corps au fil du texte courant181.

Ce « compagnon » commode, d’accès limité à mes amis, livre un François mystique sans glose autre que les notes issues de l’état récent des recherches qui ont permis le nouveau « Totum » franciscain182.









Chronologie de la vie de François




1181/2 naissance à Assise

……..

1201


20 ans

1202 prison à Pérouse

1203

1204

1205 vers les Pouilles, renonce à Spolète


25 ans


1206 renonce tous biens, Saint-Damien, lépreux

1207

1208 Bernard, Pierre de Cattaneo, Gilles

1209 (12 frères) Rome

1210 Portioncule

1211


30 ans

1212 Claire à Saint-Damien

1213

1214

12

1216+ Innocent III

1217 (~1000 frères)

1218


38 ans

1219 Damiette, al-Malik al-Kamil, Terre sainte

1220 Chapitre, renoncement à la direction

1221 (~3000 frères)

fr. Élie succède à Pierre de Cattaneo

Règle non bullata

1222

1223/4 Règle bullata

1224 Alverne (La Verna)

1225 maladie des yeux, cautérisation

45 ans

1226 + le 3 octobre.







Relations entre sources



Pour la chronologie, la généalogie des mss., les concordances, voir pp. 3173 sq. de l’édition du VIIIe centenaire.

Sources retenues soulignées.



__________ (1226) mort de François _________________________



1C (1228)

Thomas de Celano Vita prima p.429

_______________ (1239) Élie est déposé ________________

Première « récolte » des écrits de François !



AP (1240/41)Léon (<1246)

Jean Du commencement de l’Ordre p.971 fr.Leon

fiches p.29

écrits p.1163



p.976 LG-3S (1244/46)

L. de Greccio - Légende 3 compagnons p.1045

2C (1246/47)

Celano Vita secunda p.1459



LM (1257/63)

Bonaventure p.2203



____(1276) Ordre de recueillir les écrits de François____



3S (1276…)(1276) SPm Miroir de perf. minor.



2e recension

CA (1310/11) Compilation d’Assise p.1185



3S 3e recension (1317) SP Miroir de perf. major. p.2675



Actus (1327/37) p.2713



I Fioretti (trad. partielle des Actus) in éd. FF



Table

Présentation 5

CHRONOLOGIE DE LA VIE DE FRANÇOIS 9

RELATIONS ENTRE QQ. SOURCES 11

LISTE DE QQ. SIGLES 12


Quelques « pages » de François 13

LOUANGES DE DIEU 15

EXHORTATION A LA LOUANGE DE DIEU 16

CANTIQUE DE FRERE SOLEIL 18

EXPOSITION DU « NOTRE PÈRE » 21

LETTRE À FRÈRE LÉON 23

BÉNÉDICTION À FRÈRE LÉON 24

RÈGLE ET VIE DES FRÈRES (1 Reg) 25

LA VRAIE JOIE 26


Du Commencement de l’Ordre 31

DU COMMENCEMENT OU DU FONDEMENT DE L'ORDRE ET DES ACTES DES FRÈRES MINEURS QUI FURENT LES PREMIERS EN RELIGION 1 ET LES COMPAGNONS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS 2 33

PROLOGUE 33

CHAPITRE II DES DEUX PREMIERS FRÈRES QUI SUIVIRENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS 39

CHAPITRE III DU PREMIER LIEU OÙ ILS DEMEURÈRENT ET DE LA PERSÉCUTION QU'ILS SUBIRENT DE LEURS PARENTS 42

CHAPITRE IV COMMENT IL EXHORTA SES FRÈRES ET LES ENVOYA PAR LE MONDE 46

CHAPITRE V DES PERSÉCUTIONS QU'ENDURÈRENT LES FRÈRES EN ALLANT PAR LE MONDE 48

CHAPITRE VI DE LA CONDUITE DES FRÈRES ET DE L'AFFECTION QU'ILS AVAIENT L'UN POUR L'AUTRE 52

CHAPITRE VII COMMENT ILS ALLÈRENT À ROME OÙ LE SEIGNEUR PAPE LEUR CONCÉDA UNE RÈGLE ET LA PRÉDICATION 1 57

CHAPITRE VIII COMMENT IL ORDONNA QU'ON TIENNE CHAPITRE ET DES POINTS QU'ON TRAITAIT EN CHAPITRE 62

CHAPITRE IX QUAND LES MINISTRES 4 FURENT ENVOYÉS PAR TOUTES LES PROVINCES DU MONDE 65

CHAPITRE X QUAND LES CARDINAUX DEVENUS BIENVEILLANTS ENVERS LES FRÈRES SE MIRENT À PRENDRE SOIN D'EUX ET À LEUR PRÊTER ASSISTANCE 68

CHAPITRE XI COMMENT L'ÉGLISE LES PROTÉGEA DES MAINS DE LEURS PERSÉCUTEURS 69

CHAPITRE XII DU TRÉPAS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS, DE SES MIRACLES ET DE SA CANONISATION 72

EPILOGUE 73

Introduction et traduction par Jacques DALARUN (extraits) : 74


Légende des trois compagnons 77


La lettre de Greccio 79

VOICI QUELQUES SOUVENIRS ÉCRITS PAR TROIS COMPAGNONS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS SUR SA VIE ET SA CONDUITE QUAND IL ÉTAIT DANS LE SIÈCLE 1 SUR SA MERVEILLEUSE ET PARFAITE CONVERSION ET SUR LA PERFECTION DE L'ORIGINE ET DU FONDEMENTDE L' ORDRE EN LUI ET DANS LES PREMIERS FRÈRES 79


La Légende 83

CHAPITRE I [note] 1 SA NAISSANCE, SA VANITÉ, SON GOÛT DES BIZARRERIES 2 ET SA PRODIGALITÉ. COMMENT DE LÀ IL PARVINT À LA LARGESSE ET À LA CHARITÉ ENVERS LES PAUVRES 83

CHAPITRE II COMMENT IL FUT CAPTIF À PÉROUSE ET DEUX VISIONS QU'IL EUT EN VOULANT DEVENIR CHEVALIER 86

CHAPITRE III COMMENT LE SEIGNEUR VISITA D'ABORD SON CŒUR AVEC UNE ADMIRABLE DOUCEUR GRÂCE À QUOI IL COMMENÇA À PROGRESSER DANS LE MÉPRIS DE SOI ET DE TOUTES LES VANITÉS DANS LA PRIÈRE, LES AUMÔNES ET L'AMOUR DE LA PAUVRETÉ 89

CHAPITRE IV COMMENT IL COMMENÇA À SE VAINCRE LUI-MÊME PAR SA RENCONTRE AVEC LES LÉPREUX ET À SENTIR DE LA DOUCEUR DANS CE QUI LUI ÉTAIT AUPARAVANT AMER 94

CHAPITRE V LA PREMIÈRE ALLOCUTION QUE LUI FIT LE CRUCIFIÉ 2 ET COMMENT À PARTIR DE CE MOMENT IL PORTA EN SON CŒUR LA PASSION DU CHRIST JUSQU'À LA MORT 96

CHAPITRE VI COMMENT IL FUIT D'ABORD LES PERSÉCUTIONS DE SON PÈRE ET DE SES PROCHES RESTANT AVEC LE PRÊTRE DE SAINT-DAMIEN DANS LA FENÊTRE DUQUEL IL AVAIT JETÉ L'ARGENT 100

CHAPITRE VII SON TRÈS GRAND LABEUR ET SON TOURMENT POUR LA RÉPARATION DE L'ÉGLISE SAINT-DAMIEN ET COMMENT IL COMMENÇA À SE VAINCRE LUI-MÊME EN ALLANT DEMANDER L'AUMÔNE 105

CHAPITRE VIII COMMENT APRÈS AVOIR ENTENDU ET COMPRIS LES CONSEILS DU CHRIST DANS L'ÉVANGILE IL CHANGEA AUSSITÔT SON HABIT EXTÉRIEUR ET REVÊTIT UN NOUVEL HABIT DE PERFECTION À L'INTÉRIEUR ET À L'EXTÉRIEUR 110

CHAPITRE IX LA VOCATION DE FRÈRE SYLVESTRE ET LA VISION QU'IL EUT AVANT D'ENTRER DANS L'ORDRE 115

CHAPITRE X COMMENT IL PRÉDIT TOUT CE QUI ARRIVERAIT À SES SIX COMPAGNONS QUI ALLAIENT PAR LE MONDE LES EXHORTANT À LA PATIENCE 120

CHAPITRE XI LA RÉCEPTION DE QUATRE AUTRES FRÈRES. LA TRÈS ARDENTE CHARITÉ QUE SE PORTAIENT LES PREMIERS FRÈRES, LEUR APPLICATION AU TRAVAIL ET À LA PRIÈRE ET LEUR PARFAITE OBÉISSANCE 126

CHAPITRE XII COMMENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS AVEC SES ONZE COMPAGNONS ALLA À LA CURIE DU PAPE POUR LUI FAIRE CONNAÎTRE SON PROJET ET FAIRE CONFIRMER LA RÈGLE QU'IL AVAIT ÉCRITE 130

CHAPITRE XIII L'EFFICACITE DE SA PRÉDICATION ET LE PREMIER LIEU QU'IL EUT. COMMENT LES FRÈRES Y DEMEURAIENT ET COMMENT ILS EN PARTIRENT 137

CHAPITRE XIV LE CHAPITRE QUI SE TENAIT DEUX FOIS L'AN DANS LE LIEU DE SAINTE-MARIE-DE-LA-PORTIONCULE 140

CHAPITRE XV LA MORT DU SEIGNEUR JEAN, PREMIER PROTECTEUR, ET LE CHOIX DU SEIGNEUR HUGOLIN D'OSTIE COMME PÈRE ET PROTECTEUR DE L'ORDRE 145

CHAPITRE XVI L'ÉLECTION DES PREMIERS MINISTRES ET COMMENT ILS FURENT ENVOYÉS PAR LE MONDE 146

CHAPITRE XVII LA TRÈS SAINTE MORT DU BIENHEUREUX FRANÇOIS ET COMMENT DEUX ANS AUPARAVANT IL AVAIT REÇU LES STIGMATES DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST 151

CHAPITRE XVIII SA CANONISATION 154


Compilation d’Assise 157

Introduction par François Delmas-Goyon (extrait) : 158

[Trois paragraphes sont empruntés à la Vita secunda de Thomas de Celano :] 159

[Edition de la Compilation d’Assise :] 161

[Prédiction que le corps de François sera honoré après sa mort] 161

[Transfert de François à la Portioncule et bénédiction de la cité d'Assise] 162

[À l'annonce de sa mort prochaine, François ajoute au Cantique de frère Soleil la strophe sur la mort] 164

[Dernière visite de « frère Jacqueline »] 166

[L'humilité et la pauvreté, fondements de la religion des Frères mineurs 5] 170

[Humilité de François devant l’évêque de Terni ; il rapporte à Dieu tout le mérite de sa sainteté] 172

[Par humilité, François renonce à gouverner les Frères mineurs ; il demande un gardien au ministre général] 174

[Bénédiction de frère Bernard ; sainteté et mort de frère Bernard] 177

[François prédit à soeur Claire qu'elle le reverra avant de mourir ; transport de sa dépouille mortelle à Saint-Damien] 181

[Des alouettes survolent la maison où gît François ; l'alouette, modèle du bon religieux] 183

[Mendier plus de nourriture que ce qui est nécessaire vole les autres pauvres 1] 185

[Le Christ promet de pourvoir aux besoins des frères s'ils demeurent fidèles à la pauvreté] 186

[Le Christ répond aux ministres qui veulent faire adoucir la Règle] 186

[Au « chapitre des nattes », François répond au cardinal Hugolin en refusant les règles religieuses existantes] 189

[§ emprunté à la Vita secunda de Thomas de Celano :] 191


CHAPITRE CVIII LA SOUMISSION QU'IL VOULAIT QUE LES FRÈRES AIENT ENVERS LES CLERCS ET POUR QUELLE RAISON 191

[reprise Compilation Assise :] 192

[François refuse tout privilège pour les Frères mineurs] 192

[Les trois plaintes du Christ à frère Léon 194

[François bénit les frères qui l'entourent ; paraliturgie de la Cène] 194

[Vingt-sept paragraphes de la Vita secunda : 196


PAUVRETÉ DES MAISONS CHAPITRE XXVI 196

PAUVRETÉ DES MAISONS CHAPITRE XXIX LA CELLULE FAITE EN SON NOM DANS LAQUELLE IL NE VOULUT PAS ENTRER 196

PAUVRETÉ DU MOBILIER CHAPITRE XXX 197

PAUVRETÉ DU MOBILIER CHAPITRE XXXII CONTRE LA CURIOSITÉ ENVERS LES LIVRES 197

PAUVRETÉ DE LA LITERIE CHAPITRE XXXIII EXEMPLE DU SEIGNEUR D'OSTIE ET SON ÉLOGE 198

EXEMPLES CONTRE L'ARGENT CHAPITRE XXXV DURE CORRECTION D'UN FRÈRE QUI TOUCHA DE L'ARGENT DE SES MAINS 199

PAUVRETÉ DES VÊTEMENTS CHAPITRE XXXIX COMMENT LE SAINT RÉPRIMANDE PAR LA PAROLE ET PAR L'EXEMPLE CEUX QUI S'HABILLENT DE VÊTEMENTS DOUILLETS ET DÉLICATS 4 200

CHAPITRE LIII UN MANTEAU DONNÉ À UNE PETITE VIEILLE À CELANO 202

CHAPITRE LIV UN AUTRE PAUVRE À QUI IL DONNA UN AUTRE MANTEAU 203

CHAPITRE LV IL FIT DE MÊME ENVERS UN AUTRE PAUVRE 203

CHAPITRE LVI COMMENT IL DONNA UN MANTEAU À QUELQU'UN POUR QU'IL NE HAÏSSE PAS SON SEIGNEUR 204

CHAPITRE LVII COMMENT IL DONNA À UN PAUVRE LA POCHE D'UNE TUNIQUE 205

L’INTELLIGENCE DU SAINT DANS LES LETTRES SACRÉES ET LA PUISSANCE DE SES PAROLES 205

CHAPITRE LXIX LA PAROLE PROPHÉTIQUE QU'IL EXPLIQUA SUR LES PRIÈRES D'UN FRÈRE PRÊCHEUR 205

CONTRE LA FAMILIARITÉ AVEC LES FEMMES 207

CHAPITRE LXXIX ÉNIGME CONTRE LE FAIT DE REGARDER LES FEMMES 207

CHAPITRE LXXX EXEMPLE DU SAINT CONTRE UNE FAMILIARITÉ EXCESSIVE 208

LA VÉRITABLE ALLEGRESSE DE L’ESPRIT 209

CHAPITRE XC TRANSPORTÉ DE JOIE, LE SAINT CHANTAIT EN FRANÇAIS 209

L’HUMILITÉ 210

CHAPITRE CIV COMMENT IL RÉSIGNA SA PRÉLATURE EN CHAPITRE ET UNE PRIÈRE 210

CHAPITRE CV COMMENT IL RÉSIGNA SES COMPAGNONS 211

SUR CEUX QUI OFFRENT UN BON OU UN MAUVAIS EXEMPLE 211

CHAPITRE CXV EXEMPLE D'UN BON FRÈRE ET LA COUTUME DES ANCIENS FRÈRES 211

DESCRIPTION DU MINISTRE GÉNÉRAL ET DES AUTRES MINISTRES 213

CHAPITRE CXXXIX COMMENT ON DOIT ÊTRE AVEC SES COMPAGNONS 213

DESCRIPTION DU MINISTRE GÉNÉRAL… 216

CHAPITRE CXLI CE QUE LE SAINT RÉPONDIT À UNE QUESTION SUR LES MINISTRES 216

SA CHARITÉ 217

CHAPITRE CXXXIII SA COMPASSION POUR LES MALADES 217

ÉLOGE DE LA RÈGLE DES FRÈRES 218

CHAPITRE CLVIII ÉLOGE DE LA RÈGLE DU BIENHEUREUX FRANÇOIS. LE FRÈRE QUI LA PORTAIT AVEC LUI 218

LA SIMPLICITÉ 219

CHAPITRE CXLVII COMMENT IL VOULAIT QU'ILS SE METTENT À L'ÉCOLE ET COMMENT IL APPARUT À UN COMPAGNON QUI S'APPLIQUAIT À LA PRÉDICATION 219

CONTRE L’OISIVETÉ… 221

CHAPITRE CXX COMMENT AU TRAVAIL IL AVAIT EN HAINE LES OISIFS 221

L’HUMILITÉ 221

CHAPITRE CIX SON HUMILITÉ ENVERS SAINT DOMINIQUE ET VICE VERSA ET LEUR CHARITÉ MUTUELLE 221

CHAPITRE CX COMMENT CHACUN SE CONFIA À L'AUTRE 223


[Reprise CA :] 224

[François restaure un frère qui « meurt de faim » ; rigueur de la vie des premiers frères et attention de François aux autres 1] 224

[François convainc ses premiers frères d'aller demander l'aumône] 227

[François refuse que les frères se soucient du lendemain] 229

[François emmène un frère malade manger du raisin] 230

[Sanction d'une indiscrétion de l'évêque d'Assise] 231

[François délivre un frère de suggestions diaboliques] 232

[Acquisition par les frères de l'église de la Portioncule ; la Portioncule, modèle et exemple des lieux de la religion mineure] 233

[François s'oppose à ce qu'on construise « en dur » à la Portioncule] 242

[François ne veut pas d'une cellule qui a été appelée sienne] 245

[François explique comment doivent être édifiés les lieux des frères ; les frères doivent respecter et vénérer le clergé] 247

[François, au plus mal, bénit les frères et dicte le Testament de Sienne] 251

[Souci de François que les églises soient propres] 254

[François accueille dans la religion frère Jean le Simple] 254

[François refuse un postulant qui avait distribué ses biens à sa parenté] 258

[François surmonte une longue et grave tentation de l'esprit] 259

[François s'impose comme pénitence de manger dans l'écuelle d'un lépreux] 260

[Dans l'église de Bovara, François est attaqué par des démons ; vision de frère Pacifique dans cette même église] 263

[François est réconforté par le son d'une cithare dans la maison de Tabald, à Rieti] 265

[Restauration miraculeuse de la vigne du prêtre de Saint-Fabien] 268

[Le Seigneur pourvoit à un repas où les frères avaient invité le médecin soignant les yeux de François] 269

[François prédit la conversion du mari d'une dame de Lisciano] 271

[François refuse d'admettre un jeune noble dans la religion mineure] 274

[François, très malade, désire manger du brochet et le Seigneur lui en procure] 275

[François connaît les pensées d'un frère qui récrimine] 276

[François connaît à distance le désir d'un frère venu demander sa bénédiction] 277

[François donne une leçon de pauvreté aux frères de Greccio ; une visite du cardinal Hugolin à la Portioncule ; éloge des habitants de Greccio] 278

[François prédit la sédition qui va ravager Pérouse à des chevaliers qui perturbent sa prédication] 284

[François prie pour un abbé, qui en ressent immédiatement le bienfait] 286

[L'amour du Christ fait se détourner François de ses propres souffrances] 287

[Un homme spirituel rencontre François pleurant sur la passion du Christ] 288

[Réponse de François à un frère qui l'invite à se faire lire les Écritures] 289

[François confesse en public avoir mangé gras durant une maladie] 290

[François se refuse à toute hypocrisie dans le vêtement et la nourriture] 292

[François confesse sa vanité après avoir donné son manteau à une vieille femme] 294

[Le cardinal Hugolin et frère Élie enjoignent à François de faire soigner ses yeux ; à Saint-Damien, il compose le Cantique de frère Soleil] 295

[François ajoute au Cantique de frère Soleil une strophe sur le pardon et amène l'évêque et le podestat d'Assise à faire la paix] 300

[François compose l'Écoutez, pauvrettes pour la consolation de Claire et de ses soeurs] 303

[François se fait soigner les yeux à Fonte Colombo ; la courtoisie de frère Feu envers lui ; sa révérence envers frère Feu] 305

[François refuse de combattre un feu qui consume sa cellule et de conserver une peau qu'il a soustraite au feu] 310

[Amour et révérence de François pour toutes les créatures] 311

[À Rieti, François donne son manteau à une femme souffrant d'une maladie des yeux] 312

[Facilité et détachement avec lesquels François offrait sa tunique] 315

[François découd une pièce d’étoffe de sa tunique pour la donner à un pauvre] 316

[À Rivo Torto, François demande au troisième frère de donner son manteau à un pauvre] 317

[À la Portioncule. François fait donner le Nouveau Testament avec lequel prient les frères à la pauvre mère de deux frères] 318

[Du bétail est guéri par de l'eau ayant lavé les mains et les pieds de François] 319

[À Rieti, un signe de croix tracé par François guérit le clerc Gédéon] 321

[François enseigne à des chevaliers d'Assise à demander l'aumône ; il prise tant la pratique de l'aumône pour l'amour de Dieu qu'il refuse d'y renoncer lorsqu'il est invité] 322

[Invité chez le cardinal Hugolin, François va quêter son repas; il chasse un « frère Mouche » de Rivo Torto) 326

[François honore un frère qui revient joyeux de l'aumône] 330

[À l'approche de la mort, François manifeste une grande joie ; rappel d'une vision de frère Élie à Foligno] 331

[Ayant confirmation qu'il va bientôt mourir, François s'écrie : « Bienvenue, ma soeur Mort ! »] 333

[François expose sa volonté à frère Richer ; le sens de l'appellation « Frères mineurs » ; les frères délaissent les préceptes de pauvreté que François a inscrits dans la Règle 3] 334

[L'opposition des ministres à François concernant la possession des livres et la pratique de la pauvreté] 339

[Un novice qui désirait avoir un psautier ; la science et les livres ne doivent pas faire perdre la prière ni l'humilité] 342

[Suite du récit du novice qui désirait avoir un psautier] 347

[Fin du récit du novice qui désirait avoir un psautier] 349

[François explique à un frère pourquoi il a cessé de s'opposer aux abus ; sa résolution de témoigner par l'exemple ; sa volonté que les maisons des frères soient pauvres et humbles ; l'opposition des frères et sa crainte du scandale] 350

[À la Portioncule, François édicte un règlement contre les paroles oiseuses] 356

[François décide de partir pour la France ; sa dévotion à l'eucharistie ; il envoie Sylvestre chasser les démons d'Arezzo ; le cardinal Hugolin l'arrête à Florence] 358

[François explique qu'il ne serait pas un frère mineur s'il n'acceptait pas joyeusement d'être rejeté par les frères] 365

[François est consolé par le chant d'une cigale qu'il a apprivoisée] 366

[François endure le froid afin d'être un modèle et un exemple pour les frères] 367

[Le Christ est le véritable fondateur de la religion mineure ; la tâche de François est de donner l'exemple aux frères] 368

[La honte éprouvée par François lorsqu'il rencontrait plus pauvre que lui] 372

[François corrige un frère qui a dit du mal d'un pauvre] 373

[La stratégie employée par François pour convertir des brigands] 374

[François dévoile l'imposture d'un frère qui passait pour saint] 377

[Alors qu'il est l'hôte d'un cardinal, François est battu par des démons] 379

[François effectue un carême de quarante jours sur le mont Alverne] 384

[À Greccio, François est tourmenté par le diable caché dans un coussin de plumes ; sa volonté de prier dignement l'office divin] 386

[François descend de cheval sous la pluie pour dire l'office ; les besoins du corps ne doivent pas entraver la prière ni les bonnes oeuvres ; les frères doivent toujours montrer un visage joyeux] 389

[Fin CA, début du ms. Little :] 393

[Prière devant le Crucifié de Saint-Damien 1] 393

[Un frère voulait secrètement avoir la tunique de François 2] 393

[Un frère voulait avoir un écrit de la main de François 3] 394

[Comment François se dévêtit et s'assit nu par terre devant ses compagnons 3] 395

[Du persil qu'il envoya chercher de nuit dans le jardin 1] 397

[Comment un frère qui avait fait scandale contre son frère sortit de la religion 4] 399

[Un frère désirait voir le bienheureux François et prendre son conseil 1] 399

[De la malédiction d'une truie qui tua un agneau nouveau-né 2] 400


Actes du bienheureux François 403

INTRODUCTION 405

Notices sur Léon 417

Répartition des chapitres par figures (note DT) 421


ACTES 423

CHAPITRE I LE PARFAIT DÉPOUILLEMENT DE SAINT FRÈRE BERNARD À LA PRÉDICATION DE NOTRE TRÈS SAINT PÈRE FRANÇOIS 423

CHAPITRE II L'HUMILITÉ ET L'OBÉISSANCE DE SAINT FRANÇOIS ET DE FRÈRE BERNARD 4 430

CHAPITRE III FRÈRE BERNARD QUAND UN ANGE TRAVERSA AVEC LUI UN FLEUVE 1 432

CHAPITRE IV FRÈRE BERNARD COMMENT IL ALLA À BOLOGNE 3 437

CHAPITRE V LA MORT PLEINE DE GRÂCE DE FRÈRE BERNARD 3 440

CHAPITRE VI LE MIRACULEUX JEÛNE DE SAINT FRANÇOIS EN CARÊME 443

CHAPITRE VII L'ENSEIGNEMENT DE SAINT FRANÇOIS À FRÈRE LÉON LA JOIE PARFAITE EST DANS LA SEULE CROIX 1 445

CHAPITRE VIII LA PAROLE DE DIEU ADRESSÉE À SAINT FRANÇOIS PAR FRÈRE LÉON 1 448

CHAPITRE IX LA DÉCOUVERTE DU MONT ALVERNE 2 450

CHAPITRE X COMMENT FRÈRE MASSÉE SONDA L'HUMILITÉ DE SAINT FRANÇOIS 4 460

CHAPITRE XI COMMENT SAINT FRANÇOIS COMPRIT LES ARCANES DU CŒUR DE FRÈRE MASSÉE 1 461

CHAPITRE XII COMMENT FRÈRE MASSÉE FUT ÉPROUVÉ PAR SAINT FRANÇOIS 464

CHAPITRE XIII COMMENT SAINT FRANÇOIS LEVA FRÈRE MASSÉE EN L'AIR AVEC SON SOUFFLE ET COMMENT SAINT PIERRE ET SAINT PAUL APPARURENT À SAINT FRANÇOIS À ROME EN L'ÉGLISE SAINT-PIERRE 1 465

CHAPITRE XIV COMMENT, ALORS QUE SAINT FRANÇOIS PARLAIT DE DIEU AVEC LES COMPAGNONS, LE CHRIST APPARUT AU MILIEU D'EUX 2 470

CHAPITRE XV COMMENT SAINT FRANÇOIS ET SES COMPAGNONS FURENT RAVIS EN MÊME TEMPS QUE SAINTE CLAIRE AU LIEU DE LA PORTIONCULE 1 472

CHAPITRE XVI COMMENT DIEU RÉVÉLA À SAINTE CLAIRE ET À FRÈRE SYLVESTRE QUE SAINT FRANÇOIS DEVAIT PRÊCHER 1 474

CHAPITRE XVII COMMENT SAINT FRANÇOIS ABHORRAIT LE NOM DE « MAÎTRE » 2 479

CHAPITRE XVIII COMMENT LA MORT DE SAINT FRANÇOIS FUT RÉVÉLÉE À DAME JACQUELINE DE SEITESOLI ET COMMENT FUT RÉVÉLÉE À SAINT FRANÇOIS LUI-MÊME L'ASSURANCE DU SALUT ÉTERNEL 1 480

CHAPITRE XIX COMMENT LE CHRIST, LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE ET LES SAINTS JEAN LE BAPTISTE ET L'ÉVANGÉLISTE EN COMPAGNIE D'UNE MULTITUDE D'ANGES PARLAIENT AVEC LE BIENHEUREUX FRANÇOIS 1 485

CHAPITRE XX LA PROVISION DIVINE AU CHAPITRE GÉNÉRAL PRÈS DE SAINTE-MARIE-DES-ANGES ET COMMENT SAINT DOMINIQUE ET SEPT DE SES FRÈRES FURENT À CE CHAPITRE 1 486

CHAPITRE XXI COMMENT DIEU S'ADRESSA AU BIENHEUREUX FRANÇOIS ET COMMENT SAINT FRANÇOIS FIT CROÎTRE LE VIN DANS UNE VIGNE OÙ IL N'Y AVAIT PAS DE RAISIN 1 491

CHAPITRE XXII UN JEUNE FRÈRE TENTÉ QUI FUT LIBÉRÉ PAR UNE VISION MERVEILLEUSE 2 494

CHAPITRE XXIII LE LOUP RÉDUIT PAR SAINT FRANÇOIS À UNE GRANDE DOUCEUR 497

CHAPITRE XXIV COMMENT UN JEUNE HOMME QUI AVAIT PRIS BEAUCOUP DE TOURTERELLES LES DONNA À SAINT FRANÇOIS SUR SA PRIÈRE ET COMMENT CE DERNIER LEUR FIT DES NIDS 1 501

CHAPITRE XXV LA STATUE SEMBLABLE À LA STATUE DE NABUCHODONOSOR MAIS VÊTUE D'UN SAC QUI S'ENTRETINT AVEC LE BIENHEUREUX FRANÇOIS ET PARLA DES QUATRE ÉTATS DE SON ORDRE 2 503

CHAPITRE XXVI COMMENT, ALORS QUE LE LIEU DE SAINTE-MARIE-DE-LA-PORTIONCULE ÉTAIT ASSIÉGÉ PAR LES DÉMONS, AUCUN D'ENTRE EUX NE POUVAIT ENTRER À L'INTÉRIEUR 2 508

CHAPITRE XXVII COMMENT LE SULTAN DE BABYLONE FUT CONVERTI À LA FOI ET BAPTISÉ PAR LES FRÈRES ENVOYÉS PAR LE BIENHEUREUX FRANÇOIS 2 509

CHAPITRE XXVIII LE LÉPREUX BLASPHÉMATEUR QUE SAINT FRANÇOIS SOIGNA D'ÂME ET DE CORPS 3 512

CHAPITRE XXIX LES LARRONS QUI, CONVERTIS PAR LE BIENHEUREUX FRANÇOIS, ENTRÈRENT DANS L'ORDRE ET VÉCURENT TRÈS SAINTEMENT 1 516

CHAPITRE XXX COMMENT SAINT FRANÇOIS TANDIS QU'IL PRÊCHAIT À BOLOGNE CONVERTIT DEUX NOBLES DE LA MARCHE À SAVOIR FRÈRE PÉRÉGRIN ET FRÈRE RICHER 3 524

CHAPITRE XXXI COMMENT SAINT FRANÇOIS DÉLIVRA FRÈRE RICHER D'UNE TRÈS GRANDE TENTATION 4 526

CHAPITRE XXXII LA GRÂCE DE CONTEMPLATION DE SAINT FRÈRE BERNARD 4 528

CHAPITRE XXXIII LA TENTATION DE FRÈRE RUFIN ET COMMENT LE CHRIST LUI APPARUT 4 530

CHAPITRE XXXIV L'ADMIRABLE ET HUMBLE OBÉISSANCE DE FRÈRE RUFIN 3 534

CHAPITRE XXXV FRÈRE RUFIN, COMMENT IL LIBÉRA UN DÉMONIAQUE 2 536

CHAPITRE XXXVI COMMENT FRÈRE RUFIN VIT ET TOUCHA LA PLAIE AU CÔTÉ DE SAINT FRANÇOIS 3 537

CHAPITRE XXXVII FRÈRE RUFIN, COMMENT IL ÉTAIT UNE DES TROIS ÂMES ÉLUES 2 539

CHAPITRE XXXVIII FRÈRE LÉON COMMENT LUI APPARUT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS 7 541

CHAPITRE XXXIX FRÈRE LÉON, QUAND IL VIT SAINT FRANÇOIS ÉLEVÉ DE TERRE 3 542

CHAPITRE XL COMMENT LE SEIGNEUR JÉSUS CHRIST PARLA À FRÈRE MASSÉE 2 544

CHAPITRE XLI COMMENT SAINTE CLAIRE FUT TRANSPORTÉE LA NUIT DE NOËL DANS L'ÉGLISE SAINT-FRANÇOIS 2 546

CHAPITRE XLII COMMENT SAINTE CLAIRE IMPRIMA MIRACULEUSEMENT UNE CROIX SUR DES PAINS 2 548

CHAPITRE XLIII LA MERVEILLEUSE RÉVÉLATION FAITE AUX CŒURS DE SAINT FRÈRE GILLES ET DE SAINT LOUIS ROI DE FRANCE 2 549

CHAPITRE XLIV COMMENT SAINT ANTOINE PRÊCHANT EN UNE LANGUE FUT COMPRIS PAR DES HOMMES DE DIFFÉRENTES LANGUES 1 551

CHAPITRE XLV COMMENT SAINT ANTOINE PRÊCHA AUX POISSONS 3 552

CHAPITRE XLVI COMMENT SAINT FRÈRE CONRAD CONVERTIT UN JEUNE HOMME ET APRÈS SA MORT LE DÉLIVRA DU PURGATOIRE 1 556

CHAPITRE XLVII COMMENT UN GRAND TYRAN VOYANT UN DES COMPAGNONS DU BIENHEUREUX FRANÇOIS ÉLEVÉ DANS LES AIRS JUSQU'AU FAÎTE DE SON PALAIS SE CONVERTIT ET DEVINT FRÈRE MINEUR À LA PRÉDICATION DE CE FRÈRE 1 558

CHAPITRE XLVIII MIRACLES DE CERTAINS FRÈRES DE LA PROVINCE DE LA MARCHE ET COMMENT LA BIENHEUREUSE VIERGE APPARUT À FRÈRE CONRAD DANS LA FORÊT DE FORANO 1 562

CHAPITRE XLIX COMMENT LE CHRIST APPARUT À SAINT FRÈRE JEAN DE L'ALVERNE ET COMMENT CE DERNIER FUT RAVI EN L'ÉTREIGNANT 1 566

CHAPITRE L COMMENT UNE RÉPONSE DIVINE FUT FAITE À FRÈRE JEAN QUI PRIAIT POUR UN FRÈRE ET COMMENT LUI APPARUT LE BIENHEUREUX LAURENT 3 572

CHAPITRE LI COMMENT FRÈRE JEAN, ALORS QU'IL CÉLÉBRAIT LA M ES SE POUR LES DÉFUNTS, VIT LES ÂMES LIBÉRÉES DU PURGATOIRE 1 574

CHAPITRE LII COMMENT FRÈRE JEAN VIT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS AVEC BEAUCOUP DE SAINTS FRÈRES ET COMMENT FRÈRE JACQUES LUI PARLA APRÈS SA MORT 1 574

CHAPITRE LIII COMMENT LE MÊME FRÈRE JEAN POSSÉDA L'ESPRIT DE RÉVÉLATION 1 577

CHAPITRE LIV LE FRÈRE QUI VIT L'ÂME DE SON FRÈRE PORTÉE PAR LES ANGES 1 578

CHAPITRE LV FRÈRE SIMON D'ASSISE ET SA VIE ADMIRABLE 1 579

CHAPITRE LVI COMMENT FRÈRE JEAN DE L'ALVERNE FUT RAVI DANS L'ABYSSE DE LA DIVINITÉ 1 582

CHAPITRE LVII COMMENT FRÈRE JEAN DE L'ALVERNE VIT LE CHRIST GLORIEUX DANS L'HOSTIE 1 585

CHAPITRE LVIII FRÈRE JEAN DE PENNA, ET SON ENTRETIEN ANGELIQUE 1 588

CHAPITRE LIX COMMENT LA BIENHEUREUSE VIERGE APPARUT À UN FRÈRE MALADE DANS LE LIEU DE SOFFIANO 1 593

CHAPITRE LX LA VISION DE FRÈRE LÉON RÉVÉLÉE À SAINT FRANÇOIS 1 596

CHAPITRE LXI COMMENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS CONVERTIT UN JEUNE NOBLE 3 597

CHAPITRE LXII COMMENT FUT RÉVÉLÉ À SAINT FRANÇOIS QUE FRÈRE ÉLIE DEVAIT APOSTASIER L'ORDRE 3 600

CHAPITRE LXIII COMMENT FRÈRE PIERRE ET FRÈRE CONRAD FURENT DEUX ÉTOILES ÉTINCELANTES 2 603

CHAPITRE LXIV COMMENT DIEU OUVRIT À FRÈRE JACQUES DE MASSA LA PORTE DE SES SECRETS 1 604

APPENDICE I CHAPITRE LXV UN MIRACLE RELATIF AUX STIGMATES DU BIENHEUREUX FRANÇOIS QUI SE PRODUISIT DANS UN COUVENT DE FRÈRES PRÊCHEURS 1 609

CHAPITRE LXVI UNE PAROLE MERVEILLEUSE DITE PAR FRÈRE GILLES DE PÉROUSE 1 612

CHAPITRE LXVII COMMENT, ALORS QUE FRÈRE GILLES DISAIT « VIRGO ANTE PARTUM, VIRGO IN PARTU, VIRGO POST PARTUM », NAQUIRENT TROIS LYS 1 616

CHAPITRE LXVIII D'UN MERVEILLEUX CONSEIL QUE DONNA FRÈRE GILLES À FRÈRE JACQUES DE MASSA 3 617

APPENDICE II CHAPITRE LXIX UNE ÉCOLE NE PLUT PAS AU BIENHEUREUX FRANÇOIS 2 618

CHAPITRE LXX COMMENT LE BIENHEUREUX FRANÇOIS INTERDIT AUX FRÈRES DE CONSERVER LES BIENS DES NOVICES PAR PIÉTÉ 1 619

CHAPITRE LXXI TROIS CHOSES DÉPLURENT AU CHRIST CHEZ LES FRÈRES DU BIENHEUREUX FRANÇOIS 620

CHAPITRE LXXII LA VISION QUE VIT FRÈRE LÉON SUR LE JUGEMENT 1 621

CHAPITRE LXXIII LA TRIBULATION DE L'ORDRE 2 622

CHAPITRE LXXIV COMMENT UN FRÈRE EUT UNE VISION DANS LAQUELLE IL VOYAIT CERTAINS FRÈRES ÊTRE DAMNÉS 1 624


Quelques autres sources 627

[Ecrits de François d’Assise :] 629

[Bréviaire dit de saint François - 29e témoignage :] 629

[Histoire des tribulations d’Ange Clareno :] 630

« Un très petit nombre de saints » 630

Bernard 631

[Miroir de perfection :] 632

Conrad d’Offida 632

Dix frères parfaits 633

MIROIR DE PERFECTION CHAPITRE VI DE SON ZÈLE POUR LA PERFECTION DES FRÈRES 633

[Commerce sacré :] 635

Le Banquet de Pauvreté 635

CHAPITRE XXX LE BANQUET DE PAUVRETÉ AVEC LES FRÈRES 636


Index, Fr.Léon 640

Annexe 641

François d’Assise (1182-1226) 641

Vertu de « pauvreté » et écrits 644

fin 661





FRANÇOIS D’ASSISE ET SES DISCIPLES [v.allégée 1/2]

(28) François vu par ses disciples allégé 1mars20.odt

22.LA VIE MYSTIQUE CHEZ LES FRANCISCAINS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE Tome I Introduction. Florilège issu de traditions franciscaines (observants, tiers ordres, récollets)



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!Franciscains I Observants TOR Récollets D Tronc (coll.SM Centre JnX 2014).pdf

29 [2014] D. Tronc, La vie mystique chez les Franciscains du dix-septième siecle. Tome I. Introductions, Florilège issu de Traditions franciscaines (Observants, Tiers Ordres, Récollets), Ed. du Centre Saint-Jean-de-la-Croix, coll. « Sources mystiques », 367 p.

Présentation générale

Toute «médecine de l’âme» s’appuie sur un exposé didactique. Il ne faut pas l’interpréter comme un chemin spirituel imposé. Il doit être associé au témoignage d’une expérience profonde chez l’écrivain mystique authentique. Ce dernier ne se soucie pas de bâtir une œuvre. Son écriture est suscitée par la demande: besoins de ceux qui l’entourent, requête du confesseur, corres-pondants en recherche de direction spirituelle.

Souvent cela conduit à rédiger un manuel qui fait fi de toute élégance littéraire. Ceci expliquerait l’oubli très étonnant depuis trois siècles de certains des textes que l’on va découvrir; car leur qualité didactique, leur précision psychologique, leur souci de complétude, leur richesse et leur subtilité sont uniques.

Nos choix sont spécifiques du vécu mystique, ce qui réduit fort heureusement le champ exploré. Il s’agit de fournir une nourriture de l’âme. Notre sélection laisse de côté des aspects ascétiques et religieux et ne tente pas de rendre compte de toutes les influences exercées à l’époque au sein de la société dévote. Certains lecteurs seront surpris par l’absence de noms apparte-nant à la constellation franciscaine, qui ne sont pas inconnus par ailleurs1. Cependant, l’élagage accompli, il reste plus de trente figures à faire revivre!

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1. Notre appréciation est réservée sur Laurent de Paris (malgré M. Dubois-Qui-nard, Laurent de Paris, une doctrine du pur amour…, 1959) ou sur Louis-François d’Argentan (malgré son travail d’éditeur et d’imitateur de Bernières), figures aux- [suite de la note page suivante]


Les pages choisies au sein de cette vaste littérature dormante de direction mystique rédigée au Grand Siècle sont distribuées selon leur appartenance aux «religions» franciscaines, puis aux capucins. Nous y rattachons quelques figures qui n’appar-tiennent pas directement à une branche franciscaine, mais qui témoignent de leur influence: une religieuse bénédictine disciple très fidèle à l’enseignement de Benoît de Canfield, deux minimes. Les branches franciscaines traditionnelles sont présentées selon une succession chronologique au sein de chaque «religion». Les capucins, très présents car issus d’une réforme mystique encore récente, sont répartis en trois groupes successifs: fondateurs, extension européenne, défenseurs de la mystique.

Nous avons tenu à présenter les rares aspects biographiques personnels qui nous sont parvenus sans insister sur des fonctions2 ni sur l’importance attribuée à l’époque3. Cette approche «per-sonnaliste» est complétée par quelques études historiques: Dans l’introduction du tome I, un rapide survol des siècles fait le lien avec les origines franciscaines en privilégiant quelques figures mys-tiques. L’étude de Pierre Moracchini, «Un Grand Siècle à Paris (1574-1689)», propose pour la première fois une synthèse, certes limitée au cœur du Royaume mais qui permet ainsi d’inclure des informations précises touchant à la vie des communautés. Il nous fait ainsi vivre aux côtés de nos auteurs. L’approche de Jean-Marie Gourvil s’attache à des «avantages» franciscains.

Ce florilège reste lacunaire puisque, à raison d’une vingtaine de pages pour une quarantaine d’entrées ou auteurs, il ne peut

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-quelles nous réservons quand même deux entrées. Mais nous omettons Philippe d’Angoumois, Sébastien de Senlis, Yves de Paris et bien d’autres. On les retrouvera dans les listes figurant en annexe à la fin du tome troisième. Certains auteurs aux éditions devenues rares n’ont pu être consultés.

Les fonctions de gardiens, définiteurs, etc., sont les données assez abondantes, sûres et datées, que l’on trouve dans les nécrologes et les chroniques des Ordres.

Notre choix des figures par découverte directe des œuvres n’a pas tenu compte de telles caractéristiques «sociales». S’ensuit l’omission de figures connues, car humainement visibles. L’élagage a laissé la place nécessaire pour mettre en valeur des figures demeurées discrètes, s’agissant souvent de maîtres des novices «oubliés» (l’observation est postérieure à leur choix!)



rendre la richesse et l’architecture d’ouvrages de taille souvent considérable, dépassant parfois mille pages. Car nombreux sont les capucins qui rédigent leur «manuel»: parfois c’est le seul ouvrage issu de leur main et ils le veulent alors complet, en tirant le meilleur parti de leur expérience!

Pour nous, le choix de leurs «bonnes feuilles» s’impose, car un résumé qui ne pourrait reprendre qu’une ossature commune à beaucoup ne présente pas d’intérêt. Les spirituels ne sont généra-lement pas des maîtres logiciens; ils évitent même toute origina-lité au niveau des idées ou dans l’ordre des matières. Leur dessein et leur valeur sont autres: celui d’être des témoins et des guides avertis par leur expérience propre assistée de celle acquise dans une fonction de directeur.

Le parfum qui témoigne de la réalité de l’expérience est donc rendu ici par des «extraits sensibles au cœur». Nous pouvons établir quelque parallèle avec le domaine poétique, où l’approche anthologique est généralement acceptée; car les mots (essentiel-lement le vocabulaire de l’amour, assez pauvre dans notre langue) sont communs à tous; et l’essentiel, qui distingue les mystiques de la masse des «spirituels», tout comme les bons poètes se dis-tinguent des versificateurs, passe entre les mots.

La succession des œuvres, les «perles du collier», est proche de la séquence établie en comparant les dates de décès de leurs auteurs. Toutefois quelques-uns d’entre eux ont préparé tôt un texte qui, ayant circulé, s’est avéré source de problèmes — et ils s’en sont tenus là. Tel est le cas de Benoît de Canfield: sa Règle ne parut qu’en 1608, peu avant son décès, mais fut rédigée avant 1593. La majorité des auteurs a répondu tardivement, souvent à la demande de certains fidèles qui les entouraient, pour com-poser des textes publiés parfois après leur mort, mais qui circu-laient auparavant par des copies manuscrites.

La juxtaposition des figures ne permet pas de poser les bases d’une «école mystique» qui serait commune à tous, sinon par l’adoption de certaines formes où jouent les influences des théo-logies de «grands anciens», tel Bonaventure. De telles tentatives où l’on rassemble des individus dans des écoles restent intellec-tuelles et extérieures (car basées sur les textes écrits, voire des règles), donc secondaires au vu de l’orientation «intérieure» qui nous intéresse.

Nous constatons une richesse concentrée au sein de quelques réseaux et discernons parfois des filiations. La vie mystique est en effet grandement facilitée par les influences qui relient une géné-ration «d’anciens» à la génération montante: elles s’exercent de personne à personne au sein des réseaux, dans ou hors des struc-tures, tandis que les influences indirectes par les écrits demeurent des incitations utiles, mais secondaires (à l’exception de corres-pondances qui doublent un lien personnel). Retrouver la trace de filiations est une autre façon d’amorcer de futures synthèses associant les figures individuelles.

Mais les nœuds propres à de tels réseaux sont reliés diffici-lement entre eux pour plusieurs raisons, même lorsque l’on a relevé de très nombreuses figures (environ quarante entrées aux-quelles s’ajoutent de multiples figures intermédiaires citées). La durée est longue si l’on inclut tous ceux qui ont connu le XVIIe siècle: quatre générations se succèdent4. L’espace est vaste, car il comprend les régions limitrophes francophones du Royaume. Enfin, le grand nombre des franciscains du XVIIe siècle rend la reconnaissance entre mystiques aléatoire. Nos auteurs restent donc, du moins à nos yeux, souvent isolés les uns des autres, sauf quelques «paires» d’amis qui amorcent des filiations dont les autres chaînons sont perdus.

L’espace que nous accorderons à chaque nœud ou figure est tantôt court, tantôt long. Cette inégalité dans les volumes des textes retenus ne reflète pas toujours l’importance que nous attri-buons à tel ou tel. Nous avons accordé plus d’espace à des auteurs

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4. Benoît de Canfield, capucin, est né en 1562: c’est l’ancien, l’initiateur célèbre par sa Règle (1608). À l’autre bout de la chaîne, Alexandrin de La Ciotat, capucin, auteur du Parfait dénuement (1680), meurt en 1706, et Maximien de Bernezay, récollet, auteur d’un beau Traité de la vie intérieure (1686), pourrait lui avoir survécu.



dont les écrits demeurent rares ou manuscrits. Les figures princi-pales bénéficient d’une section séparée, quelle que soit la dimen-sion qui leur est allouée.

Si l’Anglais d’origine Benoît de Canfield est reconnu assez largement, ou si le Rhéno-Flamand Constantin de Barbanson a toujours bénéficié de la grande estime de trop rares lecteurs, les mystiques que nous présentons à leurs côtés ne déméritent pas. Des Français plus cachés, car tardifs dans l’histoire de leur «reli-gion», présentent l’avantage d’une écriture plus littéraire et claire que celles de Benoît ou de Constantin5.

Ce panorama ne peut être une «histoire de…», dans la mesure où des figures marquantes sont ici absentes quand elles n’ont pas ou peu laissé de traces rédigées (tel est le cas d’Ange de Joyeuse, contemporain de Benoît de Canfield). Surtout, notre orientation, qui se veut mystique, laisse de côté ceux qui se limitent volon-tairement (ou non, puisqu’un mystique ne cherche pas à réaliser une «œuvre» littéraire) aux premiers pas du pèlerinage en faisant la part belle à la méditation et à la préparation ascétique (les capucins de l’époque sont champions dans ce domaine, même s’ils ne s’y attardent pas!) Enfin nul doute que de nombreux tré-sors ne restent à découvrir, peut-être en imprimé, certainement en manuscrit, et particulièrement dans le monde féminin.

Un choix «mystique»


Qu’entendons-nous par mystique? Terme ambigu, dont l’usage fut souvent détestable, tandis que spirituel recouvre un champ trop vaste.

Pour en cerner des contenus, nous renvoyons à une liste de figures connues: avant l’an 1600, proposons, toutes apparte-nances confondues, les noms choisis de Guillaume de Saint-Thierry, de François d’Assise et d’Angèle de Foligno, de Ruus-

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5. Nous rétablissons aussi un équilibre souvent rompu entre les premiers arrivés, très favorisés dans les histoires de la spiritualité, et leurs successeurs souvent oubliés (car moins novateurs… ou jamais abordés en profondeur).


broec, de Tauler, de l’auteur du Nuage d’inconnaissance, de Catherine de Gênes, de Thérèse d’Avila et de Jean de la Croix… Cette liste privilégie la vie intérieure sobre où les phénomènes ne font qu’accompagner l’entrée dans la vie mystique, telle par exemple l’événement mis en avant par le «frère copiste» proche d’Angèle de Foligno6.

Dans le florilège que nous proposons, un large champ religieux est écarté pour que puissent émerger des auteurs dont l’expérience peut répondre aux besoins d’un chemin intérieur déjà engagé. Les très nombreux textes ascétiques introductifs, ou bien chargés par des descriptions de phénomènes, seront ignorés, même s’ils peuvent avoir été rédigés par d’authentiques mystiques. Car ceux-ci répondent à la demande mais ne la précèdent pas.

D’où vient l’unité vécue sous-jacente à la diversité des condi-tions franciscaines? Un franciscain récent explique7 qu’en vue d’apporter une réponse au défi du temps jadis, celui de la Réforme protestante, «par une qualité plus élevée de la vie chrétienne catholique», tous voulaient «faire un message de leur vie spiri-tuelle». Mais au-delà de cette émulation, placée ici à un niveau honorable, quelques thèmes sont-ils récurrents chez nos auteurs?



Dans une perspective chrétienne, comme «l’homme est trop faible et trop insuffisant pour aller tout droit à la volonté essen-tielle de Dieu, il a besoin de passer par la médiation du Verbe incarné […] réalisation de cette volonté aimante de Dieu sur sa créature». Pour un capucin comme Benoît de Canfield, importe d’abord «l’aspect mystique de la volonté de Dieu dans cette iden-tification de la volonté de Dieu à Dieu lui-même».

Le charisme particulier qui rassemble ceux inspirés par l’exemple de François d’Assise, et qui est attesté dans des biographies de fran-

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6 Angèle de Foligno, Le Livre de l’expérience des vrais fidèles, Droz, 1927, p. 53, «Dans la basilique d’Assise». Notre anthologie privilégie ce qui est proche par l’es-prit des textes d’origine italienne assemblés en «parte terza» des Mistici francescani, secolo XIII, XIV, XV (trois ouvrages fondamentaux publiés aux Editrici Francescane).

7 Interview de Fr. Willibrord figurant au début de «L’école Saint-Honoré» du Fr. Godefroy de Paris, Cahiers de spiritualité capucine, no 2, 1995, p. 10.



ciscains de cœur comme de bure, est celui de la «vertu de pauvreté». En témoigne Angèle de Foligno qui, après l’événement «excessif» de sa rencontre avec l’Amour auquel nous venons de faire réfé-rence, donne tous ses biens. La pauvreté matérielle demande une pauvreté du cœur qui suppose la désappropriation du moi, mais qui n’est rendue possible que par le don de la grâce divine. Elle répondait chez François d’Assise à la «disposition qui le maintenait dans la présence de Dieu et dans le sentiment de sa dépendance, avant d’être une série d’actes et d’élévations»8.

Dame Pauvreté est servie dans la joie par une confiance qui répond à l’appel divin.

Résumé de l’ouvrage

Tome I. Introduction & figures mystiques des traditions franciscaines

L’introduction comporte une présentation synchronique en un tableau couvrant plus de vingt figures datées, chacune accompagnée d’un titre d’œuvre également daté, qui couvrent quatre générations.

Elle offre également un survol rapide reliant le siècle de saint François (qui a été traditionnellement fort bien étudié) au XVIIe siècle, qui, lui, resté ignoré! Il relève quelques figures mystiques fondatrices, pierres posées sur un long chemin de près de quatre siècles. Des liens directs entre les figures, privilégiant les plus récentes du XVIIe siècle, sont repris dans une table des familles, agrémentée d’un arbre et suivie d’une esquisse de réseaux.

La majeure partie du tome I est structurée autour des apparte-nances religieuses les plus vénérables, en privilégiant leurs figures mystiques qui se succèdent au fil du temps.



8. Dernières citations extraites du Dictionnaire de spiritualité, tome 5, dont en colonne 1294 [DS 5.1294].



Les observants étaient nombreux, mais ne nous ont apparem-ment guère laissé de traces mystiques. L’importante cohorte des «cordeliers» est ici évoquée brièvement par deux figures: Pierre Petit est un ancêtre retenu parce qu’il exprime une dévotion populaire inchangée depuis le Moyen Âge et largement vécue jusqu’à la fin du Grand Siècle; Pierre David regrette l’indiffé-rence de ses condisciples quant à leur intérieur.


Les tertiaires réguliers (Tiers Ordre régulier ou T.O.R.) et les tertiaires laïcs (T.O.) sont introduits par leur règle com-mentée… et des billets de Noël: un aspect sévère est ainsi tem-péré par l’humour.

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) est le plus grand de ceux que l’on nommait familièrement tiercelins. Son œuvre est brève, rassemblée après sa mort par des disciples de l’école normande de l’Ermitage fondée par Jean de Bernières, et éditée par ce dernier. Nous donnons ici un choix de ce rigoureux direc-teur, après avoir reconstitué partiellement le corpus de ses écrits.

Ses dirigés comptèrent dans leurs rangs deux figures fortement marquées par des franciscains: le mystique Jean de Bernières (1602-1659), laïc du Tiers Ordre et Catherine (ou Mectilde) de Bar (1614-1698), annonciade avant de devenir fondatrice bénédictine; ils sont étroitement en relation. Celui qu’ils appe-laient «notre bon Père Chrysostome» contribua à faire naître un vaste réseau spirituel illustré en Nouvelle-France par l’ursuline Marie de l’Incarnation. Plus tard dans le siècle, Jean inspira par l’intermédiaire de Monsieur Bertot les belles figures de Madame Guyon et de Fénelon.

Parmi les nombreux disciples, le «pauvre villageois» et tertiaire Jean Aumont (1608-1689) est l’auteur de L’Ouverture intérieure du royaume de l’Agneau occis dans nos cœurs (1660), ouvrage parfois obscur, mais profond et savoureux. Cette vaste famille d’inspira-tion franciscaine, s’étendant du Canada à la Pologne, dont nous ne venons de citer que les principaux noms ayant laissé des écrits mystiques, est regroupée ici sous le titre «L’École du cœur».

Jean-Marie de Vernon, historien du T.O.R. et ami d’Épictète, nous présente un recueil aménagé à partir de lettres, élévations, défis, billets et documents spirituels issus de la sœur carmélite (première) Marguerite du Saint-Sacrement (1590-1660) ainsi qu’une attachante Mère Françoise de Saint-Bernard, clarisse.

Enfin Paulin d’Aumale fut définiteur du T.O.R. Il nous est parvenu sous forme manuscrite quelques traités de sa composi-tion, dont la Défense de l’oraison de pure foi, devenue très néces-saire lorsque les auteurs dominants la fin du siècle font la critique de toute «mystiquerie».

Les récollets sont bien présents, branche née de communautés où les récollections «en désert» prenaient une large place. Des couvents avaient été désignés à cet effet en Espagne en vue «d’intérioriser» les nombreux franciscains de la commune observance.


Séverin Rubéric est un frère mineur «passeur» en France de cette réforme. Il est demeuré discret car quelque peu isolé en Guyenne. Il rédigea des Exercices (1623), un bref, mais beau texte. Le Chrétien uni à Jésus-Christ au fond du cœur (1667), du récollet Victorin Aubertin (1604-1669), décrit avec précision le vécu mystique de l’oraison. Éloy Hardouin de Saint-Jacques (1612?-1661), auteur d’une Conduite d’une âme dans l’oraison depuis les premiers jusques aux plus sublimes degrez (1662), se dis-tingue par son exposition très structurée, à laquelle on reproche-rait peut-être trop de précision si nous en donnions l’intégralité. Elle vise à l’union mystique.

Des extraits d’une correspondance de direction présentent une figure qui, de par son appartenance aux récollets est ici séparée de son inspirateur Jean Aumont, tertiaire régulier: il s’agit d’Ar-change Enguerrand (1631-1699). De retour de l’Alverne, le lieu où se retira François stigmatisé, le «bon franciscain» éveilla la jeune Madame Guyon à la vie intérieure. Ses lettres de direc-tion adressées à une religieuse aux prises avec un tempérament scrupuleux et plongée dans la nuit spirituelle sont restées jusqu’à maintenant manuscrites: elles méritent un meilleur sort. Maximien de Bernezay, l’auteur resté caché de Traités de la vie intérieure (1685) ferme chronologiquement nos textes écrits par des récollets. Il n’est cependant pas le dernier en qualité intérieure!

Tome II. Figures mystiques de la réforme capucine


Les frères mineurs capucins formaient la cohorte pre-mière en nombre devant celles de tous les autres ordres reli-gieux. Cette réforme capucine est représentée ici par plusieurs maîtres des novices.

La lacune relative à ce courant a été reconnue et soulignée par Henri Bremond, qui déclare dans son Histoire littéraire du sentiment religieux: «Leur juste place n’a pas encore été faite aux capucins dans l’histoire de la renaissance que nous racon-tons», alors qu’«ils ne le cèdent à personne, et néanmoins très peu les connaissent»9. Bremond n’a pu combler cette lacune, tant était large le domaine qu’il explorait, et son exposé peut sembler parfois arbitraire quant à l’importance qu’il attribue à telle ou telle figure10. Mais rares sont ceux qui depuis font



9 Bremond, Histoire du sentiment religieux…, t. II, «L’invasion mystique», 142.

10 Ce défricheur de l’expression mystique de langue française, qui oriente encore de nos jours toute approche de synthèse du XVIIe siècle religieux, consacre environ soixante pages à l’humaniste Yves de Paris (sur lequel nous passerons rapidement), mais seulement quarante pages au groupe constitué d’Ange de Joyeuse, Benoît de Canfield et Joseph de Paris, tandis que Constantin de Barbanson, Jean-Chrysostome de Saint-Lô, Pierre de Poitiers (trois figures majeures) ne bénéficient d’aucun traite-ment propre… Paul de Lagny est approché en moins de vingt pages. Par contre une centaine de pages porte sur les influences des capucins, lorsque les récits peuvent en être savoureux: tel celui de la difficile réforme du couvent de Montmartre par Marie de Beauvilliers, les évocations des figures du «simple» Jean Aumont ou de membres bretons de l’école cordiale. Comparées aux quatre mille pages couvertes par le Senti-ment religieux, ces courtes excursions franciscaines soulignent le caractère hasardeux de la distribution proposée par le créateur de «l’école française de spiritualité» (ce dont il était conscient). Il est vrai que Sainte-Beuve concentrait toute l’histoire reli-gieuse autour du seul Port-Royal! Concluons (même si le grand Bremond mérite une longue note): la plus grande méfiance est ici, comme en bien d’autres domaines, justifiée vis-à-vis de tout canon ordonnant l’approche des siècles passés. Faut-il, en sceptiques, penser que «cette notion des œuvres du passé est tout à fait illusoire […], mince sélection spécieuse, basée sur des vogues qui ont prévalu dans l’esprit des clercs»? (Citation empruntée à P. Ryckmans, placée en tête de son Su Renshan rebelle, peintre et fou, Paris-Hong Kong, 1970.)



revivre par leurs travaux des auteurs ne figurant pas dans son exploration qui reste inégalée.

Le trésor s’ouvre sur des extraits de la Règle de Benoît de Can-field, lue tout au long du siècle dans sa version corrigée de 1609. Des extraits de Constantin de Barbanson et d’autres capucins jusqu’à ceux de l’auteur du vaste traité intitulé Le Jour mys-tique, trésor capucin publié en 1671, exposent les couleurs de la lumière intérieure. Mais à la fin du siècle la source capucine est tarie11. Son courant a circulé en France un siècle durant (c.1580 à c.1680), aux côtés de celui de la quiétude, de ceux des deux Car-mels, dont on connaît surtout celui issu de la réforme espagnole illustrée par Thérèse d’Avila et Jean de la Croix, et de quelques filets d’eau mystique coulant chez les bénédictins, les jésuites, les sulpiciens. Plus précisément on distingue trois «périodes»:

La liste des fondateurs commence par Benoît de Canfield, dont la Règle (1608) est largement citée, avec un choix effectué surtout sur sa troisième partie, sommet de l’œuvre: nous repro-duisons assez largement des textes extraits de l’édition corrigée qui fit autorité durant le siècle12. Nous lui associons une béné-dictine, la réformatrice de Montmartre Marie de Beauvilliers, car elle exprime simplement son enseignement.

Archange de Pembroke a dirigé la Mère Angélique Arnauld. Le «Père Joseph» mérite mieux que d’être seulement reconnu comme «l’éminence grise» de Richelieu.




11 Tarie? Ou cachée par suite de l’anti-mysticisme régnant! La figure spiri-tuelle d’Ambroise de Lombez († 1778) offre une exception au siècle des Lumières. Nous lui consacrerons exceptionnellement une notice pour ne pas laisser dans l’oubli ce capucin «tardif» précédant de peu la fin de l’Ancien Régime (tome III, «Un regard sur les héritiers»).


12 Les quinze chapitres essentiels de la troisième et dernière partie sont dispo-nibles suivant leur première version non corrigée et demeurée largement ignorée au XVIIe siècle: Benoît de Canfield, La Règle de perfection, quinze chapitres…, Arfuyen, 2009. L’ouvrage entier, beaucoup plus large, bénéficie de l’édition cri-tique magistrale, malheureusement devenue introuvable et de lecture difficile, réa-lisée par Jean Orcibal.


L’Exercice des trois clous (1635) de Martial d’Étampes mérite de même mieux que ce que son titre pourrait suggérer à tort d’ascèse excessive: l’étrange référence aux clous s’explique simplement par le titre canonique de «filles de la Passion» qui fut donné aux capucines d’Amiens, dont Martial était le confesseur. Quelques citations extraites de lettres et le Traité du silence soulignent la ferme douceur du directeur13. La Vraie Perfection (1635 à 1660) de Jean-François de Reims prend naturellement le relais. Cet auteur organisé et abondant, disciple de Martial, améliore sur vingt ans un ouvrage dont le volume est quadruplé… tout en conservant le même titre14!

Enfin cinq figures de capucins spirituels plutôt que mystiques complètent et prolongent cette «première vague» capucine.

Une extension européenne groupe trois figures étrangères de larges influences qui, par hasard ou sous l’effet d’une latence dans la diffusion capucine en Europe, s’avèrent être presque contem-poraines. Elles se retrouvent ainsi naturellement regroupées après les fondateurs ou «défricheurs», mais avant les avocats «défen-seurs» de la mystique:

Gregorio da Napoli (1577-1641), quasi-inconnu dont un manuscrit fut redécouvert récemment, établit dignement une suite aux grands fondateurs capucins italiens et nous permet ainsi d’honorer leur pays d’origine. De brefs extraits traduits de son texte rendent compte d’un lyrisme transalpin.

Constantin de Barbanson (1582-1631) est présenté large-ment compte tenu de sa grande importance et de la rareté des sources. Des extraits reêmarquables (jamais édités) du manuscrit



13 Un précédent volume de la collection «Sources mystiques» livre l’essentiel de l’œuvre mystique: Martial d’Étampes maître en oraison, textes présentés par José-phine Fransen et Dominique Tronc, éd. du Carmel, 2008.


14 Ce point illustre la nécessité de décrire précisément les diverses éditions mises en circulation sous un même titre au XVIIe siècle (un autre exemple bien connu est offert par les libres compilations du Chrétien intérieur exploitant la cor-respondance de Jean de Bernières). S’ajoutent les libertés prises lors d’assemblages reliés par lots successifs dont les contenus peuvent différer.



intitulé Secrets sentiers de l’esprit divin précèdent deux chapitres des Secrets sentiers de l’amour divin (1623). Nous avons dû sacri-fier ici l’Anatomie de l’âme (1635), imposante merveille jamais rééditée depuis les années où l’anatomiste Harvey découvrait la circulation du sang… Constantin est un auteur difficile, à talent métaphysique, muni d’une vaste culture, ayant accès aux auteurs d’Outre-Rhin. Il présente des observations que l’on ne trouve nulle part ailleurs. L’influence de Constantin fut notable sur le spirituel anglais bénédictin Augustin Baker15, comme sur des religieuses capucines de Douai.

Le Royaume de Dieu dans l’âme de Jean-Évangéliste de Bois-le-Duc (1588-1635), écrit et publié en flamand en 1637, lui mérita l’insigne surnom de «Jean de la Croix flamand». Nous en présen-tons trois chapitres traduits ici pour la première fois.

Suivent des défenseurs du vécu mystique, capucins qui assu-rèrent la tâche périlleuse d’être avocats de la vie mystique dans un second demi-siècle devenu critique vis-à-vis de tout «irrationnel».

Simon de Bourg-en-Bresse, auteur de Saintes Eslevations de l’âme à Dieu par tous les degrez d’oraison (1657), est un optimiste qui nous éveille à la possibilité d’atteindre «tout le blanc16 et le but». Peu augustinien, point théoricien, c’est un bon médecin spirituel.

Pierre de Poitiers est l’auteur du Jour mystique (1671), remarquable et très ample traité qui s’avère par ailleurs être l’une des références fréquemment citées dans les Justifications de Madame Guyon. Nous en avons sélectionné des frag-ments présentant la voie mystique. Cette somme claire, com-plète, profonde, apportant toute la lumière nécessaire pour



15 Second cas de symbiose entre les ordres capucins et bénédictins, après l’in-fluence de Canfield sur Marie de Beauvilliers. Nous laissons de côté Baker à l’œuvre multiforme, latine et anglaise, alors que nous avons repris une partie de l’ouvrage de Marie de Beauvilliers associée à Benoît de Canfield.


16 D’une cible.



la défense des mystiques17, achèverait-elle la série des grands ouvrages didactiques de théologie mystique?

Paul de Lagny, missionnaire capucin au Levant, termina sa vie à Paris au service des pauvres. Il est remarquable par son dernier ouvrage, Le Chemin abrégé de la perfection chrétienne (1673).

Alexandrin de La Ciotat est un frère mineur capucin qui rem-plit la charge de gardien dans plusieurs couvents de Marseille ou de sa région. Son ouvrage unique, Le Parfait Dénuement de l’âme contemplative… (1680) fut apprécié par son ami le Père Piny, méditerranéen comme lui.

Tome III. Franciscaines, minimes, regard sur les héritiers. Cadre historique.


La moitié du genre humain a été occultée jusqu’ici (à l’exception de la bénédictine disciple de Benoît de Canfield): nous réparons cette injustice en présentant quelques figures franciscaines qui appartenaient aux communautés des clarisses, des capucines, des récollettes, des annonciades. Malheureusement, l’usage d’éditer leurs écrits apparaissait contraire à l’esprit de pauvreté18, tandis que l’exploration de fonds manuscrits reste à faire.

L’ordre des minimes est présent. Nous ne voulions pas oublier ces «cousins» de la famille franciscaine auxquels, trop peu nom-breux, on ne pourrait consacrer un volume séparé. Mersenne fut l’intellectuel illustre. Mais l’ordre inclut des spirituels comme le «frère poète» Nicolas Barré, dont les manuscrits ont été redé-couverts récemment, ou comme Boniface Maes, un flamand qui

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17 Seul le bénédictin de Saint-Maur dom Claude Martin, fils de Marie de l’Incarnation du Canada, semble apporter à la même époque des éléments de valeur comparable (Questions ascétiques ainsi qu’une ébauche de défense des mys-tiques (ébauche en 1696 d’un Traité de la contemplation), au-delà du service insigne d’avoir sauvé les écrits de sa mère. Voir Claude Martin, Les Voies de la prière contem-plative, textes réunis et présentés par dom Thierry Barbeau, Solesmes, 2005.

18 On sait qu’il n’en fut pas de même chez les carmélites, où les «dits» ou de «bonnes pages» de Madame Acarie, de la Mère Madeleine de Saint-Joseph, ainsi que de certaines religieuses, même mortes fort jeunes, furent partiellement édités dès le XVIIe siècle.



exerça une large influence par sa brève Théologie mystique (1668); elle est présentée en termes certes traditionnels, mais simples, clairs et attirants.

Un regard sur les héritiers prolonge jusqu’en 1789 une tra-dition stabilisée, en incluant deux spirituels qui sinon demeu-reraient peut-être oubliés, et en soulignant l’existence de suc-cesseurs d’une École du cœur déjà abordée. Car le crépuscule des mystiques19 est à interpréter comme sortie d’une langue et d’un corps de croyances plutôt que du vécu d’une réalité divine.

Le cadre historique nous permet d’entrevoir le cadre et les conditions dans lesquelles vécurent nos mystiques: trois études complètent le florilège.

Jean-Marie Gourvil propose un aperçu de sociologue. Dans Un Grand Siècle franciscain à Paris (1574-1689), Pierre Morac-chini défriche la complexité d’un ensemble de communautés bien vivantes dans la capitale du premier état centralisé d’Europe, sans négliger des détails révélateurs d’influences modelant les individus. Son exploration se conclut par un tableau très neuf classant les communautés franciscaines établies à Paris au milieu du siècle. Une exploration du nécrologe franciscain couvrant la région d’Île-de-France livre des extraits biographiques.

Shape 12 L’annexe Turba magna suggère l’immensité au sein de laquelle se détache la toute petite minorité des figures retenues. Elle fournit des listes d’auteurs franciscains consultés pour retenir dans ce florilège de rares témoignages mystiques.

19. Début, devenu célèbre, du titre de l’ouvrage centré sur la figure de Madame Guyon: L. Cognet, Crépuscule des mystiques, Bossuet-Fénelon, Desclée, 1958. Il sug-gère une interprétation réductrice de la vie mystique perçuecomme dépendante d’une hiérarchie dionysienne devenue caduque.

Présentation synchronique des principaux mystiques

Premier quart de siècle

Benoît de Canfield (1562-1610)

Règle (1608-1609)



De 1623 à 1637 (deuxième quart du XVIIe siècle)

[Marie de Beauvilliers (1574-1657)

Exercice divin (1631)]

Gregorio da Napoli

La Doctrine admirable (c. 1622)

Constantin de Barbanson (1582-1631)

Secrets Sentiers (1623), Anatomie de l’âme (1635)

Martial d’Étampes (1575-1635)

Traité très facile (1630), L’Exercice des trois clous (1635)

Jean-François de Reims (?-1660)

La Vraie Perfection (1635)

Jean-Évangéliste de Bois-le-Duc (1588-1635)

Het Ryck Godts…/The Kingdome of God in the Soule (1637/9)

Séverin Rubéric († apr. 1625)

La Voie d’amour (1623



De 1651 à 1673 (troisième quart de siècle)

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646)

Une anthologie spirituelle (1651), La Vertu d’abjection (1655)

[Jean de Bernières (1602-1659), laïc du Tiers Ordre

Le Chrétien intérieur (1660), Œuvres spirituelles (1671)]

Simon de Bourg-en-Bresse († 1694)

Saintes Eslevations de l’âme à Dieu par tous les degrez d’Oraison (1657)

Le «pauvre villageois» Jean Aumont († 1689)

L’Agneau occis dans nos cœurs… (1660)

Le «bon franciscain» récollet Archange Enguerrand (1631-1699)

Œuvres et lettres (manuscrits)

Eloy Hardouin de Saint-Jacques (1612?-1661)

Conduite d’une âme dans l’oraison (1661)

[Le «frère minime et poète» Nicolas Barré (1621-1686)

Poèmes (manuscrits)]

Victorin Aubertin (1604-1669)

Le Chrétien uni à Jésus-Christ au fond du cœur (1667)

[Boniface Maes (1627-1706)

Théologie mystique (1668)]

Pierre de Poitiers († 1683)

Le Jour mystique (1671)

Paul de Lagny († 1694)

Le Chemin abrégé de la perfection (1673)







Dernier quart de siècle

Alexandrin de La Ciotat

Le parfait dénuement… (1680)

Maximien de Bernezay

Traités de la vie intérieure (1685)

Jean-Marie de Vernon († apr. 1686)

Conduite chrétienne et religieuse… (1687)

Paulin d’Aumale

Discours du Dieu seul (c. 1690?)



Figures mystiques du XIVe au XVIe siècle

Les franciscains sont répartis en multiples branches, dont nous allons retrouver certaines fortes actives au XVIIe siècle: il s’agit des tertiaires réguliers, des récollets, des capucins. Une telle diversification en plusieurs «religions» ne s’est pas faite sans peine, mais elle démontre la vitalité du grand mouvement issu de François d’Assise.

L’évocation de quelques figures attachantes des XVe et XVIe siècles — nous omettons les grandes figures fondatrices anté-rieures du XIIIe siècle, si intensément étudiées qu’elles font méconnaître les suivantes — illustre le thème dominant qui caractérise la spiritualité franciscaine: une pauvreté ascétique, mais vécue dans la joie. Des individualités diverses et fortes sont les ouvriers d’une renaissance franciscaine multiforme qui suc-cède à la période troublée et en déclin du XIVe siècle20.

Nous avons retenu les figures suivantes: Harphius (1400-1477), dont l’influence considérable transmettra au XVIIe siècle la mystique flamande de Ruusbroec (1293-1381); une figure ita-lienne, le fondateur des minimes François de Paule (1416-1507), parce que nous inclurons des minimes; des figures espagnoles, dont le frère laïc médecin Bernardino de Laredo (1482-c.1540), et le rénovateur des conventuels déchaussés Pierre d’Alcantara (1499-1562), apprécié de Thérèse d’Avila.

Le réseau des influences qui sous-tend l’«invasion mystique» de la France se constitue avant même la fin de l’affrontement au sein du Royaume entre catholiques et réformés. Les pénétrations viennent d’Italie en ce qui concerne l’implantation des capucins et des tertiaires réguliers; d’Espagne, semble-t-il, par les récollets qui s’implantent dans le Sud-Ouest, par la réforme carmélitaine



20. Le terme de déclin voire de décadence est utile et résume une première appréciation globalement juste. On a cependant pu donner pour titre à l’étude de la littérature spirituelle de Gerson à Lefèvre d’Étaples (deuxième moitié du XIVe s. et début du XVe s.): Le Siècle d’or de la mystique française: un autre regard (Y. Masur-Matursevich, Archè, 2004).



liée aux «déserts» franciscains et précisément à Pierre d’Alcantara; enfin des plaines nordiques rhéno-flamandes, par l’intermédiaire de nombreux livres traduits par des chartreux ou par des laïcs.

Une table des familles franciscaines et de leurs influences donnée à la fin de cet aperçu rappelle quelques grands noms précédant l’an 1600, puis situe par générations de trente ans les auteurs que nous présenterons (ils sont alors soulignés), accompagnés de quelques-unes des figures qui ont bénéficié de leur influence. Les francis-cains ont donné naissance à de nombreuses branches, dont les trois vivantes du point de vue mystique au XVIIe siècle sont les capu-cins, les tertiaires (réguliers et séculiers), les récollets. Les minimes sont des cousins de la famille franciscaine. La table est suivie d’un arbre des réformes de l’Ordre des frères mineurs qui appartient à l’imagerie pittoresque des représentations traditionnelles. Le faîte d’un robuste chêne enraciné sur six vertus est constitué par la branche capucine, dont les membres seront les franciscains les plus actifs en France au XVIIe siècle.

Premier essor

Après la mort de François d’Assise en 1226 apparaissent deux tendances, celle des «Spirituels», qui veulent maintenir l’idéal de perfection du fondateur, et celle de la «Communauté», tendance majoritaire qui n’observe plus littéralement sa Règle et son Testa-ment, favorise la fondation de grands couvents et assouplit la pra-tique de la pauvreté. Bien des problèmes pratiques s’opposaient en effet à la stricte pauvreté matérielle, sans compter la sirène attirante de l’étude intellectuelle. Le règne «efficace» de frère Élie, de 1232 à 1239, n’arrangea rien. Celui, sensé, de saint Bonaventure, de 1257 à 1274, ne put récupérer une situation tendue21.

En 1282 on relève plus de quarante mille religieux répartis en près de mille six cents maisons, ce qui n’est plus compatible avec



21. P. GRATIEN, Histoire de la fondation et de l’évolution de l’Ordre des Frères mineurs au XIIIe siècle, 1928. L. IRIARTE, Histoire du franciscanisme, traduction, Cerf, 2004 et G.G. MERLO, Au nom de saint François, histoire des frères mineurs et du franciscanisme jusqu’au début du XVIIe siècle, traduction, Cerf, 2006.l’idéal des débuts et conduit à une organisation rigide. L’affron-tement entre «idéalistes» et «réalistes» est tranché en faveur de la «Communauté» par Jean XXII, le pape sous lequel eut lieu le procès d’Eckhart; la situation pouvait être réglée pacifiquement par une division de l’Ordre, ce qui se produira plus tard.



Quatre figures illustrent l’apogée franciscaine. Deux théologiens: Bonaventure (1221-1274), auteur d’un corpus abondant auquel appartient l’Incendium amoris exposant la triple voie22 et Raymond Lulle (1232-1316), voyageur à la vie mouvementée, auteur lyrique aussi bien que théorique quelque peu négligé aujourd’hui23. Deux mystiques: Jacopone da Todi (c. 1236-1306), procureur légal et notarial, pénitent après la mort brutale de sa jeune femme, franciscain proche des spirituels, excommunié, emprisonné, retiré près d’un couvent de clarisses, est l’auteur le plus admiré de Laudes, forme poétique ouverte par le Cantique des créatures de François24; Angèle de Foligno (1248-1309) dictera le récit de sa vie à frère Arnaud, franciscain, selon des «pas» ou étapes intérieures; deux périodes sont séparées par une expérience très forte d’amour divin survenue lors d’un voyage à Assise en 1291 et suivie de son entrée dans le Tiers Ordre25. Puis la société européenne est troublée par l’arrivée de la peste au milieu du XIVe siècle et par le schisme avignonnais: l’Ordre franciscain connaît la stagnation.

Shape 15

22 Dict. de spir. [DS] 1.1768/1843 (E. Longpré); Saint Bonaventure, pré-senté par V.-M. BRETON, Aubier, 1943; Dizionario Bonaventuriano…, a cura di Ernesto Caroli, Editrici Francescane, 2008.

Immense bibliographie.


23 DS 13.171/187; Ramon Llull, Obres essencials, Ed. Selecta, Barcelona, 2 vol., 1957 (outre l’attachant Libre d’Evast e d’Aloma e de Blanquerna, on peut se perdre au sein des immenses Arbre de ciencia et Libre de contemplacio).


24 Jacopone de Todi, Chants de pauvreté, trad. S. et I. Mangano, Arfuyen, Paris, 1994 (v. avant-propos, p. 7-13 et l’éd. bilingue de huit laudes); J. PACHEU, Jacopone de Todi…, Tralin, 1914 (éd. bilingue de très nombreuses laudes, transli-térée, facilitant le retour au texte par ailleurs modernisé); Iacopone da Todi, Laude, reprint a cura di Franco Mancini, Laterza, 1977; DS 8.20-26.

Familles franciscaines


Aux conventuels, terme qui désigne ceux qui adaptent l’idéal de pauvreté aux contingences permettant l’organisation de la crois-sante foule franciscaine des débuts, vont être opposés les obser-vants, qui «s’unissent pour restaurer l’ordre dans son observance primitive et sa splendeur», avec des méthodes diverses «donnant la préférence aux couvents pauvres et écartés». Cette dichotomie rend compte trop brutalement d’une grande complexité, car des réformes se font au sein des conventuels, tandis que certains de leurs couvents deviennent observants26. Il faut y ajouter la circu-lation des personnes.

En France, un mouvement de réforme naît au sein des conven-tuels et se développe sous l’impulsion de sainte Colette († 1448). En Espagne, l’un des foyers animés par Juan de Guadalupe († 1506) sera à l’origine des franciscains «déchaux», aux ten-dances érémitiques et pénitentielles.

En 1517, veille de l’expansion luthérienne, on compte pour l’Europe environ vingt-cinq milles conventuels et trente-deux mille observants, formant deux immenses familles autonomes. Le corps des observants se divise à son tour, signe d’une nouvelle poussée vitale.

Au terme d’un tel processus, la complexité issue d’une longue histoire interdit d’y trouver quelque classement ou «botanique» qui s’imposerait. Les dates de décisions juridiques traduisent en effet mal la réalité des réformes. Une filiation linéaire n’est évi-demment pas possible. Le schéma retenu dépend de l’apparte-nance de son auteur (par exemple, suivant l’image traditionnelle donnée à la fin de ce chapitre d’un arbre branchu et feuillu, le



26. De même, au Carmel, la réforme «externalisée» des déchaussés n’exclut pas celle des grands carmes, demeurée interne à l’Ordre, dans la réforme dite de Touraine.



faîte capucin ne s’impose pas). Enfin les représentations gra-phiques changent selon le degré de résolution recherchée. Adoptons malgré tout, pour situer quelques-unes des appel-lations à l’intention d’un lecteur non franciscain, une approche selon six familles27: trois premières familles dérivent des obser-vants et se développent fortement en Espagne où, à des influences de spirituels d’Italie ou du Languedoc, en particulier d’Ubertin de Casale, succèdent celles de franciscains du Nord, en particu-lier celle de Herp (Harphius), le «passeur» de Ruusbroec 28:

les déchaux s’organisent autour de diverses figures dont l’es-pagnol Pierre d’Alcantara († 1562);

les réformés sont liés aux «déserts» ou maisons de solitude;

les récollets prospèrent bientôt en Italie et France puis en Flandres et Allemagne.

À ces familles dérivées des observants s’ajoutent trois autres branches:

les conventuels perdent progressivement de leur importance: restés nombreux en Allemagne et en Europe centrale, ils furent très réduits par la réforme luthérienne;

la famille des capucins, née en Italie autour de 1520, donc postérieurement à la grande division entre observants et conven-tuels, comprendra plus de trois mille frères répartis en trois cents couvents avant même de franchir les Alpes en 1574 pour s’illus-trer en France. Il s’est produit un croisement d’influences avec le mystique Philippe Néri et son Oratoire romain. En Rhénanie et en Flandres, l’essor capucin culminera dans la grande figure de Constantin de Barbanson. En France, il s’étendra sur plusieurs générations, dont se détachent les figures mystiques de Benoît de Canfield, Martial d’Étampes, Pierre de Poitiers… Cette réforme peuple notre second tome.



27 DS 5.1304/14 (art. «Frères mineurs. II. Fondations et réformes franciscaines»).

28 DS 5.1359/67.



Enfin, des mouvements aux règles plus souples se main-tiennent depuis l’origine:

6. les tertiaires ont mené tout d’abord comme laïcs une vie à part des autres branches. Certains sont à l’origine de nouvelles pousses qui ne sont plus alors directement rattachées à l’ordre franciscain, mais font partie de sa nébuleuse. D’autres rentrèrent au sein d’un monde ecclésiastique soucieux de veiller au bon ordre catholique: il s’agit des tertiaires réguliers29. En Italie, les tertiaires constituent une branche très vivante, car ils sont libres d’adapter leur mode de vie à de nouvelles conditions sociales du fait de leur règle souple: celle-ci est adoptée par les esprits indé-pendants comme Catherine de Gênes (1447-1510).

Les liens qui existent entre franciscains de ces diverses espèces constituent une limitation à toute tentative de rendre compte de leur vie interne par quelque structure simple; ainsi en Espagne, Osuna, Laredo, etc., accueillent à la fois les influences de spirituels méditerranéens, en particulier d’Ubertin de Casale, et celle de franciscains du Nord de l’Europe, dont van Herp (Harphius)30.

Évoquons quelques individualités mystiques influentes ita-liennes puis espagnoles, parentes de l’arrivée de missionnaires en France. Elles illustrent l’esprit qui anime les franciscains.

Les Flandres: Harphius.


Henri van Herp ou Harphius (1400-1477), le «héraut de Ruusbroec», entre chez les frères de la vie commune à Delft en 1445. On lui offre une maison à Gouda dont il devient le premier recteur: il organise avec succès des conférences spirituelles et fait bâtir cinq ou six cellules pour les frères et les hôtes. En 1450, frappé par le renouveau franciscain lors d’un voyage à Rome, il se fait frère mineur franciscain et est actif à Malines près de Bruxelles, et à Anvers: la province s’accroît ainsi de trois



29 DS 5.1381/7; Analecta T.O.R. 152 (1992); Histoire générale et particulière du Tiers Ordre de saint François d’Assize, par le R.P. Jean Marie de VERNON, 1667.

30 DS 5.1359/67.


ou quatre nouveaux couvents. Il meurt gardien du couvent de Malines. «Sa doctrine spirituelle serait en retrait par rapport à celle de Ruusbroec si l’on suit l’édition postérieure à la cen-sure romaine: il semblerait abandonner l’opinion de Ruusbroec selon laquelle, lorsque dans la vie suressentielle “l’union sans différence” est atteinte, l’âme demeure habituellement dans la Divinité, et en sort pour agir d’une manière parallèle à celle des Personnes divines31.»

Son œuvre maîtresse, Le Miroir [Spieghel] de la perfection, fut traduite en latin par un chartreux de Cologne en 1536; la Theo-logia mystica est un recueil d’œuvres rassemblées par ses disciples, dont la troisième partie, «l’Éden», semble être une belle prépara-tion au Spieghel. Sa savoureuse traduction française du début du XVIIe siècle mériterait d’être de nouveau rendue disponible32. Il traite magnifiquement de l’amour de conformation:

[656] La flamme de la charité ne veut laisser aucun entre-deux entre soi et l’aimé. […] [683] Le conformé, donc, imitant jalousement son conformant, s’approfondit en Dieu par chacun moment, et étant fait un avec Dieu, habite toujours en unité. […] Il semble néanmoins à quelques-uns […] qu’ils n’aiment point Dieu et ne se reposent en lui; mais l’amour est cause de cette apparence; car quand ils désirent aimer plus intensivement qu’il ne leur est permis par leurs propres forces, et qu’ils viennent à défaillir à leur amour, ils se plaignent de ne point aimer.

Secondement, par l’envoi des rayons de ce don [d’amour], notre esprit est illuminé intellectuellement et nous enseigne à considérer notre noblesse. […] [685] Dieu opère en nous premièrement devant tous autres dons, et toutefois est le dernier de tous, connu et senti de nous en sa propre nature.



31 DS 7.358 (v. DS, 7.346/66, art. «Herp»). Sur les termes «essentiel», etc.,

32 DS 4.1346/66 (Deblaere).


Harphius, Théologie mystique…, traduction (sur l’édition postérieure à la censure romaine) par J.-B. de MACHAULT, Paris, 1616, «Livre troisième intitulé […] paradis des Contemplatifs», 622-847, à laquelle nous empruntons les cita-tions (pagination indiquée entre crochets).



Car après être devenus simples d’esprit, chômant d’action, dénués de toutes images, immobiles, libres, morts à nous-mêmes, vivants à Dieu, nous avons ainsi cherché Dieu […] nous sentons la descente des grâces […] en ce renouvellement d’attouchement, l’esprit humain tombe en famine.

L’affection amoureuse est plus importante que l’entende-ment. L’accès à la vie mystique est préparé par l’oraison aspi-rative, prière courte et intense, menée en quatre pas: s’offrir à Dieu totalement, requérir la volonté divine de se manifester afin que l’âme se connaisse, se conformer lorsque le feu de l’amour s’allume dans le cœur et consume les défectuosités, s’unir à la volonté divine en y déversant la sienne33.

Harphius évoque avec lyrisme l’union mystique:

[715] L’esprit et l’âme ne sont qu’une même substance. […] L’esprit humain est quelquefois tant soustrait du corps et de l’âme […] qu’il oublie tout ce qui est extérieur et pareillement ignore ce qui se fait […] par mémoire ou entendement. […] [720] Ami, montez plus haut. Le monter est le progrès en l’amour divin, qui est un abîme sans borne.

Son influence fut très large. Elle s’exerce (en parallèle avec celle de Ruusbroec) par l’intermédiaire de La Perle évangélique. En Espagne, il influence Osuna, franciscain comme lui, lu par Thérèse. Au XVIIe siècle, il est reconnu par Constantin de Bar-banson et par Benoît de Canfield, par des chartreux et des capu-cins, par le carme Jean de Saint -Samson; plus tard le pasteur Poiret appréciera Herp et le fera connaître par une Bibliotheca mysticorum (1708) qui aura une grande influence sur des Écos-sais et des piétistes allemands34.



33 C. JANSSEN, «L’Oraison aspirative chez Herp», Carmelus, 1956, vol. III, 47.

34 DS 7.361/4. – Deuxième section de la «Lettre sur les principes et les carac-tères des principaux auteurs mystiques», P. POIRET, Ecrits sur la Théologie mys-tique, Grenoble, Millon, 2005, 139-141.

L’Italie: François de Paule.


François de Paule (1416-1507), Calabrais qui a passé un an chez les franciscains à l’âge de douze ans puis s’est rendu à Assise, adopte la vie érémitique dès l’âge de quatorze ans. Il vit dans la montagne, puis des compagnons le rejoignent, qu’il appelle «les ermites de saint François d’Assise», mais sans qu’on puisse voir en ce fonda-teur indépendant de dix-neuf ans un réformateur franciscain. Il restera simple frère laïc, même lorsque, devenu célèbre, il sera tenu de venir jusqu’à la cour de France en 1483. Les minimes ont pour origine les ermites groupés autour de lui dès 1450. Ils sont progres-sivement «normalisés» par trois règles successives35.

L’Espagne: Bernardino de Laredo et Pierre d’Alcantara


La vue selon laquelle les franciscains sont les premiers acteurs d’une renaissance mystique au sein de l’Espagne devenue exclu-sivement catholique est recevable (mais les sources sont des plus diverses dans ce creuset arabo-judéo-chrétien). Francisco de Osuna (c. 1492-1540) est un auteur prolixe dans sa rédaction de la Ley de amor santo (ou Cuarto abecedario)36. Sa renommée béné-ficie de la conjonction de trois causes: une production quanti-tativement importante pendant la période charnière entourant la date de la condamnation des Alumbrados, la lecture du Tercer abecedario par la jeune Teresa, une ferme structure théologique37.



35 DS 5.1040/51 (François de Paule), DS 10.1239/55 (Minimes). Alessandro GALUZZI, Origini dell’ordine dei Minimi, Rome, 1967 («Corona Laterensis», 11); Benoist Pierre et André Vauchez, Saint François de Paule et les Minimes, en France de la fin du XVe au XVIIIe siècle, Coll. «Perspectives historiques», Presses Universitaires François-Rabelais, 2010.

36 DS 11. 1037/51, art. «Osuna» par Melchiades ANDRES. Éditions acces-sibles: Francisco de Osuna, Tercer abecedario espiritual, B.A.C., 1972 (v. «Intro-duccion general» du même Melchiades ANDRES, 1-117, suivie du Tercer abece-dario, 118 à 644); Misticos Franciscanos Espanoles [M.F.E], B.A.C., vol. I, 1948, Cuarte abecedario ou Ley de amor santo, 217 à 684.

37 Crisogono de Jesús, grand historien du Carmel, le préfère à Bernardino de Laredo, probablement pour cette fermeté structurelle: v. M.F.E., II, 1933, p. 24, note. On peut se demander si cela n’est pas dû au titre de l’œuvre de Laredo, Subida del monte Sion, qui souffre d’une comparaison involontaire avec le chef-d’œuvre postérieur de Jean de la Croix, de nom similaire. Les objectifs des deux textes sont en fait distincts, ce qui préserve à nos yeux tout l’intérêt de la première Subida.



Pour Miguel de Medina (1489-1578), Dios no tiene necesidad de nadie, «Dieu n’a besoin de recourir à quiconque»: tout est dit38! Alonso de Madrid (c. 1535) est un auteur attachant dans son Arte para servir a Dios39 qui souligne l’amour de Dieu, «un feu voulu par Dieu, qui toujours brûle sur son autel qui est notre âme40», et l’amour du prochain, comparable à l’adoption d’un «enfant aimé de son père41».

Bernardino de Laredo (1482-c.1540) célèbre le chant de l’amour pur, particulièrement dans la troisième partie de la Subida del Monte Sion, selon sa version revue de 1538 42. Mais, outre la difficulté posée par une langue encore primitive, sa rédac-tion présente peu de formules remarquables se prêtant à de belles citations. Par contre sa lecture induit lentement un état de paix: la lecture du chapitre xvii de la troisième partie de la Subida del Monte Sion tira Teresa de sa perplexité quant à l’absence de toute pensée dans l’oraison de quiétude. En effet, pour Bernardino, «Dieu lui-même impose le repos à nos facultés. Bien plus, l’auteur soutient la possibilité de l’amour sans nulle connaissance ni nul antécédent43».

De petite noblesse, Laredo fut d’abord page, puis fit des études variées, enfin entra à vingt-huit ans chez les franciscains. Il publia deux ouvrages de médecine. Il restera frère laïc, attaché à un cou-vent situé à une trentaine de kilomètres de Séville, infirmier pour



38 DS 10.904/5; Œuvre dans: Misticos franciscanos espanoles, vol. I, B.A.C, 1948; v. page 818 sur la «Infancia espiritual», ainsi que sa critique des ascètes, 772-775: Y al fin triunfa de ellos un vano deseo de mandar a los otros, «en eux triomphe à la fin un vain désir de commander les autres»: un Nicolas Doria opprimera Jean de la Croix.

39 DS 1.389/91; Misticos…, vol. I, «Arte para servir a Dios».

40 Ibid., p. 158.

41 Ibid., p. 175.

42 DS 9.277/81; Misticos…, vol. II, Subida del monte Sion, p. 25-442.

43 Fidèle DE ROS, Le Frère Bernardin de Laredo, Paris, 1948, p. 135



la province. Sa réputation médicale lui valut d’être appelé plu-sieurs fois à la cour du Portugal44.

Laredo aurait connu Osuna et son Tercer abecedario. Il s’adresse simplement et directement à son lecteur, comme un Pierre d’Alcantara. Son biographe suppose qu’une «école», asso-ciant Osuna, Laredo, Alcantara, Ortiz, rapproche franciscains, carmélites par l’influence déterminante d’Alcantara sur Thérèse, enfin le milieu des Alumbrados par Ortiz45.

La contemplation est amour qui se perd dans l’infini divin:

La facilité de la contemplation demeure en: aimer sans condi-tion et fondre notre amour dans Celui qui est infini; je veux dire que l’amant se perd ainsi lui-même, qu’il ne reste rien de lui par l’infinité de l’amour en qui il fait infusion. Ainsi dit Herp [Har-phius]: «que l’esprit dans cet espace cesse de vivre à lui-même, parce que tout vit à Dieu». […] Et ainsi nous pouvons dire que l’amour de notre Dieu entre dans nos âmes comme le soleil dans le cristal, qu’il éclaire et pénètre et se montre en lui; et il nous transforme en son amour, comme le fer en feu46.

Elle est sans intermédiaire et subite, selon la belle comparaison de la lumière qui pénètre instantanément toute ouverture:

Je dis que c’est une imperfection de s’exercer longtemps à pen-ser à des qualités particulières aux créatures, voulant chercher en elles des raisons d’aimer. Qui déborde d’amour infiniment ai-mable. Mais surmontant le créé et sortant de lui, l’âme va à Dieu par une élévation d’esprit subite et momentanée; elle ne demeure en chemin pas plus longtemps que la paupière de l’œil ne prend de temps à bouger ou à cligner — à la façon d’un rayon du soleil, lequel à l’instant qu’il naît à l’Orient arrive en Occident. Ainsi doit faire l’âme qui en un instant élève l’esprit par la voie de l’aspiration, laquelle est plus légère et momentanée que le rayon même du soleil47.

Shape 23

44 DS 9. 277.

45 DS 9. 280 & Fidèle DE ROS, Le Père François d’Osuna, Beauchesne, 1936.

46 Misticos…, vol. II, Subida del monte Sion, p. 370.

47 Ibid., p. 373/4. Nos traductions.



La pratique de la contemplation est encore rare dans l’Espagne de son temps, même dans les déserts franciscains:


Je regrette que dans les écoles du Christ on n’étudie avec une très grande vigilance comment et de quelles manières nous connaissons notre Dieu et Seigneur par une notion amoureuse et particulière. Laquelle connaissance ne s’acquiert jamais sans que le Seigneur lui-même ne l’enseigne par la théologie mystique, laquelle s’apprend dans la contemplation. Par elle nous pouvons demeurer et persévérer, attachés dans les plus pures, les plus inté-rieures et les plus délicates parties de notre intérieur; parce que le cœur prend toujours de là les sentiments qui continuellement l’éveillent à marcher vivement dans l’amour, dans lequel, qui plus longtemps se nourrit, plus longtemps persévérera à aimer et à donner du temps à la prière48.


La conformité nue est le seul moyen:

On doit comprendre que lorsque le contemplatif cherche la perfection, il ne pose guère l’œil sur son gain, ou sur sa dévotion, ou sur son utilité, parce que toute son étude est de demeurer en conformité nue, simple et entière avec la volonté de Dieu49.

Pierre d’Alcantara (1499-1562) entre chez les conventuels franciscains à seize ans. Il aurait déjà eu le temps d’étudier à Sala-manque les arts libéraux, la philosophie et le droit canon! Il rem-plit diverses fonctions chez les franciscains devenus observants déchaussés, et fonde des couvents, voyage à Nice comme au Por-tugal. On le considère comme le rénovateur de ces franciscains déchaussés. Sous sa réforme ils atteignirent le nombre de sept mille et se répandirent hors d’Espagne. L’exemple fut suivi chez les carmes et d’autres ordres. Son rôle est déterminant sur la réforme du Carmel par Thérèse. «Cherchant à atteindre les gens pauvres en moyens et en temps», il écrit dans un style sobre et concis.


L’âme se nettoie de ses péchés avec l’oraison, la charité se for-tifie. […] L’esprit se réjouit, l’intérieur se fonde, le cœur se puri-fie, la vérité se découvre. […] La tristesse est bannie, les sens se renouvellent […] [par les] vives étincelles des désirs du ciel qui rejaillissent sans cesse du brasier de l’amour divin50.

L’oraison est parfaite quand celui qui prie ne se souvient pas qu’il est en oraison51.



48. Ibid., p. 387.

49. Ibid., p. 388/9.

Shape 24 Missionnaires en France

L’influence des très nombreux franciscains présents en France dès la fin du XVIe siècle est peu reconnue en dehors de celle du capucin Benoît de Canfield. Le texte — même abstrait et abrupt — de sa Règle de perfection sera largement apprécié car le feu de l’expérience l’éclaire. L’apport en France de certains de ses confrères flamands est incontournable, mais reste peu exploré et sous-estimé52.

Les capucins seront les plus influents des franciscains. Ils se conforment assez nettement au programme de vie que François recommandait et pratiquait: place importante donnée à la vie de prière sous la forme d’une double méditation quotidienne, emprunt aux pratiques des ermites, pauvreté et pénitence, cha-rité, prédication. Leur oraison est affective selon l’esprit d’Har-phius. Ils pratiquent l’ascèse, tandis que certains ouvrent les âmes à la vie mystique, car «la pratique de la pureté d’intention dans l’exercice de l’amour divin doit y conduire».

La Pratica dell’orazione mentale de l’italien Matthias Bellintani de Salo († 1611) est traduite dix-huit fois. Mais cet organisateur actif est peu mystique, du moins dans cette œuvre qui répond aux besoins de débutants. Il en sera de même pour Laurent de Paris († 1631). Archange de Pembroke († 1632) est actif auprès de la jeune réformatrice de Port-Royal, mais n’a rien laissé d’écrit



50 ALCANTARA, Tratado de la oracion y meditacion, P. Ubald d’Alençon, Paris, 1923, p. 7.

51 Ibid., p. 56.

52 Les recherches intellectuelles ont toujours été moins pratiquées chez les franciscains que chez les jésuites ou chez les oratoriens. – Après avoir dominé aux siècles précédents, les «moines» sont quelque peu méprisés au Grand Siècle, par suite de l’inculture de certains «cordeliers» et de figures qui sont à l’origine de troubles. De terribles exemples de fanatismes sont relevés par D. Crouzet pour le XVIe siècle dans Les Guerriers de Dieu,


sinon quelques lettres. François Nugent (1569-1635) est connu de Constantin de Barbanson et de Martial d’Étampes, dont le disciple est Jean-François de Reims († 1660). Jean-Évangéliste de Bois-le-Duc (1588-1635) est important en Flandre et en Grande-Bretagne. Joseph de Paris († 1638) est connu pour son activité politique. Louis-François d’Argentan († 1680) est édi-teur et imitateur de Bernières.

Le courant se poursuit dans la seconde moitié du Grand Siècle par de grandes figures, auteurs de synthèses qui ont été négli-gées à cause de leur caractère tardif53: Éloy Hardouin de Saint-Jacques († 1661), Pierre de Poitiers († 1683), Paul de Lagny († 1694)… Hors des capucins, le Tiers Ordre régulier est représenté en premier lieu par Chrysostome de Saint-Lô († 1646), qui est l’important directeur de Bernières, de Catherine de Bar et de bien d’autres; les récollets sont rapidement très présents.

Shape 26 Sur l’histoire générale des franciscains et sur celle de la réforme capucine on dispose de bonnes études, même si la quantité est modeste en comparaison de celles consacrées aux jésuites ou à Port-Royal. Sur l’immense littérature d’un XVIIe siècle qui imprimera plus de soixante mille ouvrages religieux, nous ten-tons de rétablir une juste évaluation d’auteurs mystiques tardifs comparables aux plus grands. Leurs figures sont méconnues et leurs écrits n’ont généralement pas été réédités.



53 On n’insistera jamais assez sur le déséquilibre d’appréciation qui existe entre les suivent. Les derniers sont handicapés parce qu’on leur prête facilement un manque de créativité, et parce qu’ils héritent d’une certaine complexification délicate à démêler. Il y a aussi des raisons concrètes, comme la disparition des chercheurs avant le terme de leurs quêtes: Bremond, puis Cognet disparurent trop tôt, alors même qu’ils se proposaient de rendre justice aux mys-tiques quiétistes de la fin du Grand Siècle.

Familles, réformes, réseaux et branches franciscaines [tableaux omis]

[…]

Remerciements7

Avertissement8


Introduction 9

Présentation générale9

Résumé de l’ouvrage15

Tome I. Introduction & figures mystiques

des traditions franciscaines15

Tome II. Figures mystiques de la réforme capucine18

Tome III. Franciscaines, minimes, regard sur les héritiers. Cadre historique.22

Présentation synchronique selon les œuvres des principaux mystiques toutes branches confondues24

Figures mystiques du XIVe au XVIe siècles26

Familles, réformes, réseaux et branches franciscaines41

Un arbre des réformes de l’Ordre des frères mineurs44

Une esquisse de réseaux franciscains46

Tableau de branches masculines48

Figures mystiques des traditions franciscaines au XVIIe siècle51


Observants 55

Pierre Petit (vers 1530)57

Pierre David (?-1672)59

Les Saints Exercices des dix jours60

Préface60

Avis généraux pour bien faire les saints exercices des dix jours62

De l’humilité, troisième vertu63


Tertiaires réguliers et laïcs 67

La règle commentée par Denys le Chartreux et Vincent Mussart69

Billets de Noël72

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646)77

L’influent sieur de la Forest (1563-1628)77

Le maître caché des mystiques normands79

Divers traités spirituels et méditatifs (1651)82

Divers exercices de piété et de perfection (1654-1655)89

«La Solitude des cinq jours. De la souffrance de Jésus dans le mépris d’Hérode»92

«Exercice méditatif des dix jours»94

«La Société spirituelle de la sainte abjection»95

La postérité101

Jean de Bernières (1602-1659)103

Laïc du Tiers Ordre franciscain103

La direction par le Père Chrysostome104

Une vie active au service de la charité107

«Dieu est et vit, et cela me suffit.»111

Le Chrétien intérieur113

Chapitre ii114

Chapitre iii116

Chapitre iv117

Chapitre vii119

Chapitre viii120

Chapitre ix121

Chapitre xiii122

Chapitre xv124

Chapitre xvi125

Chapitre xix125

Chapitre xx126

Trois lettres à «l’Ami intime»128

Lettre 16. «Sur l’expérience du néant qui est Dieu»129

Lettre 17. «Sur la conduite en la voie mystique»130

Lettre 18. «À l’Ami intime»131

Catherine de Bar (1614-1698)133

La direction de Catherine de Bar par Chrysostome134

Relation au Père Chrysostome [avec réponses],

juillet 1643134

La fondatrice148



Jean Aumont (1608-1689)159

Le «pauvre villageois»159

L’Agneau occis dans nos cœurs (1660)160

L’école du cœur183

Principaux animateurs de l’École du cœur184

Jean-Marie de Vernon († apr. 1686)189

Conduite chrétienne et religieuse selon Marguerite du Saint Sacrement191

Préface191

Excellentes règles dont la pratique nous détache de toutes choses créées et de nous-mêmes, pour nous rendre conformes à l’exemple de Jésus-Christ et nous unir avec Dieu194

Des croix, […] de la manière d’en faire bon usage197

De l’amour de Dieu198

De la charité du prochain198

Les avantages de la maladie, de la mort…Élévations… Excellentes maximes… Pratiques…199

La Vie de la vénérable Mère Françoise de Saint-Bernard199

Paulin d’Aumale († apr. 1694)203

Discours du Dieu seul204

Autres traités, dont le Traité du pur Amour212


Récollets 215

Séverin Rubéric († après 1625)217

Isolé en Guyenne217

La Voie d’amour (1623)218

Avis sur les quatre méditations de la vie unitive218

Victorin Aubertin (1604-1669)227

Le Chrétien uni à Jésus-Christ au fond du cœur (1667)227

Leçon première [de la seconde partie].

Que l’on ne peut vivre chrétiennement si l’on n’est uni à Jésus-Christ.227

Leçon troisième. Diverses manières de pratiquer l’oraison.229

Leçon quatrième. De l’action ou inaction de l’âme dans l’oraison.233

Leçon cinquième. L’utilité des diverses sortes d’oraison.238

Éloy Hardouin de Saint-Jacques (1612?-1661)241

Conduite d’oraison d’union. Chapitre v.245

Archange Enguerrand (1631-1699)265

Le «bon religieux»265

Clarté, rigueur, profondeur269

[Letttres :]

1. «L’âme doit aller […] où la pente naturelle de la grâce la porte.»270

2. «Des routes si peu tracées…»272

4. «Les voies intérieures sont si fort au-delà et au-dessus de nos idées…»274

5. «Comment une impuissance absolue de penser à Dieu […] peut-elle conduire à cet amour?» (16 juin 1679)275

8. «Quand un gros dogue est enchaîné…» (août 1679)279

9. «Vivez de la foi, ne cherchez pas à distinguer» (27 septembre 1679)282

12. «…il lui ôte tout ce qui est en elle…» (12 mars 1680)284

18. «Quelle machine qu’une âme chrétienne!» (8 novembre)286

20. Sur les effets du mystère de l’Incarnation dans les âmes pendant l’avent (3 décembre 1680)292

26. Qui touche quelque chose sur le pur amour (7 juillet 1681)298

29. Cette petite porte est ouverte. Jésus-Christ y tire l’âme par le fond. (14 octobre 1681)300

32. Jésus-Christ se fait place dans votre âme par le vide où il la tient. (3 janvier 1682)302

33. Ébranler l’amour-propre par ses fondements (13 [ou 23?] janvier 1682)304

47. Peu de réflexions, peu de retours sur les choses, foi nue, simple, passive (30 mars 1685)307

53. On prendra pour quiétisme… (17 janvier 1689)309

56. «Il n’a qu’à vous faire douter si je ne vous mène pas par la voie des quiétistes.»312

58. «C’est aujourd’hui la fête de saint Michel: Quis ut Deus?» (29 septembre 1689)316

60. L’absinthe et le chicotin sur le lait (23 avril 1690)318

64. «Nous ne sommes que des canaux qui sont à sec quand la source d’en haut ne fournit pas.» (27 mars 1691)320

65. «L’année a quatre saisons et la dernière est celle de la récolte des fruits.» (juillet 1691)321

Exercice intérieur conduisant l’âme à Dieu dans son cœur par Jésus-Christ, qui est l’unique voie pour y parvenir323




Maximien de Bernezay325

Traité de la vie intérieure contenant les principaux moyens (1685)326

Livre premier des principaux moyens pour vivre de cette vie328

Livre second de la conduite pour bien faire l’oraison mentale334

Traité de la vie intérieure, où l’on donne une conduite… (1685)336

Chapitre iii [Conduite I].Les distractions involontaires n’empêchent point le fruit de l’oraison.336

Chapitre iv [Conduite I]. Les distractions augmentent quelquefois le mérite de l’oraison.337

Chapitre v [Conduite I]. La confiance en Dieu. Les motifs de cette confiance.339

Chapitre vii [Conduite I]. La persévérance dans l’oraison parmi les sécheresses est très utile à la vie intérieure.342

Chapitre viii [Conduite I]. Motif de persévérance pour les personnes qui font oraison dans l’état de sécheresse344

Chapitre ix [Conduite I]. Prier au nom de Jésus-Christ344

Chapitre x [Conduite I]. L’oraison passive, ou la contemplation. En quoi elle consiste et son excellence.344

Chapitre xi [Conduite I]. Conduite pour l’oraison passive352

23.LA VIE MYSTIQUE CHEZ LES FRANCISCAINS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE Tome II. Florilège de figures mystiques de la réforme capucine.

(30) Franciscains II.doc



!Franciscains II réforme capucine D Tronc (coll.SM Centre JnX 2014).pdf

D. Tronc, La vie mystique chez les Franciscains du dix-septième siecle. Tome II. Florilège de figures mystiques de la réforme Capucine. Ed. du Centre Saint-Jean-de-la-Croix, coll. « Sources mystiques », 400 p.

Extraits

Florilège de figures mystiques de la réforme capucine

À la fin du premier siècle d’existence des frères mineurs capucins — la branche est née peu après 1517 —, toute l’Europe était conquise, avec près de dix-sept mille religieux répartis en près de treize cents maisons. À l’apogée du milieu du XVIIIe siècle, l’ordre comptait trente-cinq mille membres. Plus récemment, au milieu du XXe siècle, les capucins comptaient encore seize mille reli-gieux (dont l’abbé Pierre, qui fut l’un d’entre eux avant de quitter l’Ordre pour raison de santé). «Leur vie se caractérisait par une austère simplicité et un amour fraternel, une vie intérieure intense, un apostolat multiforme1.» Le but auquel devaient conduire l’ob-servance de la règle était la vie d’oraison. L’aphorisme de Bernardin d’Asti: «Si vous me demandez qui est bon religieux, je répondrai: celui qui fait oraison. Si vous me demandez qui est meilleur reli-gieux, je répondrai: celui qui fait meilleure oraison. Et si vous me demandez qui est excellent religieux, j’affirmerai en toute sincérité: celui qui fait excellente oraison», devint un axiome pour toutes les générations de capucins2.

Connecteur droit 36 Il est donc naturel que nous retrouvions un grand nombre de capucins parmi les mystiques franciscains du XVIIe siècle. Nous les avons répartis en trois groupes: des fondateurs qui assurèrent l’invasion et l’essor en France, trois grandes figures européennes,



1 DS 5.1313/14.

2 L. Iriarte, Histoire du franciscanisme (traduction), Cerf, 2004, p. 263; «Les capucins ont reçu: de Matthieu de Bascio l’habit, de Louis de Fossombrone la barbe et de Bernardin d’Asti l’âme et l’esprit», p. 254-255.



enfin des défenseurs, méconnus, car arrivés tardivement. Parmi ces derniers, Pierre de Poitiers nous livre, dans son Jour mystique, ce qui est peut-être la meilleure et la dernière synthèse précé-dant un supposé «crépuscule des mystiques» — il s’agit en tout cas d’un assèchement des vocations ce qui explique l’oubli de manuels destinés en premier lieu aux novices capucins.

L’«invasion» de la France est en grand partie l’œuvre de mis-sionnaires capucins, dont l’Anglais de naissance Benoît de Can-field: celui-ci est reconnu, car il bénéficie de son appartenance à la première génération et il a laissé un chef-d’œuvre, sa Règle. Mais bientôt, à une demi-génération de distance, arrive à matu-rité une solide cohorte qui assure l’essor spirituel dans chaque «pays» du Royaume3; leurs messages à tous sont très semblables.

Cet essor est lié à la présence d’une foule de toutes origines géographiques. Il faut imaginer autour de chaque figure — voire attaché à chaque couvent — un cercle de fidèles, ceux-là mêmes pour lesquels, et souvent à leur demande, l’auteur capucin local rédige plus ou moins adroitement un manuel reprenant l’exposi-tion d’une vie chrétienne qui devient intérieure, puis, si Dieu le veut, mystique. Les mystiques, clercs, mais aussi laïcs, s’avèrent de fait beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense habituellement4.

En fin du tome III, des ANNEXES apporteront des com-pléments à l’étude de figures «isolées» de ce présent tome II. Le tableau consacré aux couvents capucins fondés en France exploite statistiquement un essor qui s’épuise dès la fin du pre-



3 On sait que le nom des capucins comporte, outre leur prénom (sous lesquels on les trouve classés en bibliothèque), leur «pays» ou ville d’origine – dont parfois ils ne s’éloigneront guère.

4 Le 30 janvier 1694, Bossuet, qui avait terminé l’examen des écrits de Madame Guyon, «prétendait qu’il n’y a que quatre ou cinq personnes dans tout le monde qui aient ces manières d’oraison [infuse] et qui soient dans cette difficulté de faire des actes». «Il y en a plus de cent mille dans le monde…», lui répondit Madame Guyon. (Vie, 3.14.13). – Le capucin Simon de Bourg-en-Bresse, que nous retrou-verons, avance la proportion d’un mystique sur deux cents: proportion assez cohé-rente avec la réplique guyonnienne puisque la population du Royaume était proche de vingt millions d’âmes…



mier quart de siècle; le nombre de couvents croît encore par la suite, mais l’âge moyen s’élève… Les chiffres restent cohérents avec une répartition des œuvres des mystiques qui apparaît tar-dive en comparaison; en effet les traces écrites datent générale-ment d’une maturité acquise longtemps après le noviciat, voire de la vieillesse qui pense devoir laisser trace de son expérience. Un tableau esquisse des filiations capucines. Un complément à l’aperçu des populations franciscaines souligne une fertilité mys-tique très variable selon les branches5.



5 Pour aborder l’histoire des capucins de l’âge classique; Catalogue de tous les religieux capucins qui sont morts en la province de Paris depuis son établissement jusques à maintenant (de 1576 à 1679; nous présentons ce nécrologe au tome III); P. Hildebrand, Revue d’Ascétique et de Mystique, 1938, «Les premiers capu-cins belges et la mystique», 245-294; Père Godefroy de Paris, Les Frères-Mineurs Capucins en France, Histoire de la province de Paris, tome I, 1937, tome II, 1950, Bibl. franciscaine provinciale; Jean Mauzaize, Le Rôle et l’action des capucins de la province de Paris dans la France religieuse du XVIIe siècle, 2 tomes (thèse pour le doc-torat d’État, Paris-Sorbonne, dans laquelle Mauzaize prend la suite de Godefroy de Paris); P. Raoul de Sceaux, Histoire des frères mineurs capucins de la province de Paris (1601-1660), Blois, 1965 (la thèse est plus complète que son édition); Bernard Dompnier, Enquête au pays des frères des anges, Les Capucins de la province de Lyon aux XVIIe et XVIIIe siècles, Univ. de Saint-Étienne,1993; Pierre Moracchini, Recherches sur la notion de «famille franciscaine» en France du Nord et en Lorraine (fin XVIe-fin XVIIIe siècles), thèse, univ. de Strasbourg.

Les fondateurs

Nous ouvrons notre séquence des grands mystiques capucins par Benoît de Canfield, dont les écrits seront lus et reconnus par tous les spirituels du siècle. Une approche historique plutôt qu’un florilège remonterait jusqu’au siècle précédent en citant des directeurs et des prédicateurs.

François de Senlis (1543-1601) aborde tout juste le siècle. Il fut converti à trente-cinq ans, ce qui est tard pour l’époque. Il entra en 1578, la même année, au couvent de Saint-Honoré6, pour devenir «le plus austère et le plus spirituel de ses confrères» après avoir été «homme qui n’avait jamais songé qu’à tout ce qui pouvait lui faire plaisir».

Le Père Pacifique de Souzy (1555-1625), un bretteur qui «blessa mortellement en duel un jeune gentilhomme de ses amis», devint le «mystique appartenant à cette partie de l’École franciscaine remontant par Harphius à Ruysbroec l’Admirable». Il orientera spirituellement Andrée Le Voix (ou Levoix; la com-pagne de Madame Acarie, qui entra la première de quinze car-mélites — six espagnoles, sept francaises — lors de la cérémonie de fondation du «Grand couvent» de Paris). On touche ici aux échanges très libres entre «religions»: Canfield attire des dis-ciples d’origine très diverses7.

[...]

Une extension européenne

Les auteurs d’origine et de langue française occupent la plus grande partie de ce recueil anthologique — dont le titre ne spécifie aucune limitation de nature géographique ou linguis-tique, mais seulement temporelle, se limitant à des figures qui ont connu le XVIIe siècle. Nous assurons dans cette section intermédiaire une couverture qui s’étend à l’Europe en pré-sentant trois mystiques de première importance qui ont vécu hors du Royaume.

Chronologiquement très proches, ces trois figures excen-trées se trouvent rassemblées temporellement de façon inat-tendue dans le «second quart du siècle» de la table des prin-cipaux mystiques franciscains ou sous influence donnée précédemment — colonne il est vrai largement remplie. Ils se retrouvent ainsi regroupés ici dans la séquence chrono-logique des figures capucines, entre les «initiateurs» et les «défenseurs de la mystique».

L’italien méconnu Gregorio da Napoli sauve l’honneur mystique du pays d’origine des branches franciscaines, dont la capucine. Le Rhéno-Flamand Constantin de Barbanson (qui écrit en français), est l’auteur reconnu des Secrets Sen-tiers de l’amour divin, qui eurent une grande influence dans le Royaume, mais méconnu d’une Anatomie de l’âme publiée post-mortem. Le Flamand Jean-Évangéliste de Bois-le-Duc (immédiatement traduit en anglais) est surnommé le «Jean de la Croix du Nord».

Cependant, le centre de gravité capucin reste toujours situé en France, même s’il demeure certainement d’autres figures étrangères à découvrir, comparables aux nombreuses figures françaises mises en valeur par notre travail. Ceci s’explique: le protestantisme a recouvert le Nord et l’Est de l’Europe, dont les franciscains ont disparu; la décadence du monde catho-lique du Sud de l’Europe s’accélère car le contrôle inquisitorial devient aussi lourd en Italie qu’il le fut en Espagne au siècle précédent; cettte dernière n’est plus une pépinière francis-caine, les franciscains ayant été soupçonnés de liens avec les Alumbrados et leurs présumés descendants. Cette décadence est également culturelle, dont l’indice visible est la disparition de nombreux imprimeurs219. Une survivance en Flandre220 ne suffit pas à compenser les pertes, d’où s’ensuit la raréfaction de publications originales.

Connecteur droit 9 [...]

6 Fr. Godefroy de Paris, L’École Saint-Honoré, Cahiers de Spiritualité Capucine, no 2, pages 31-40 pour les deux figures et nos citations.

Les défenseurs du vécu mystique

Les mystiques sont tenus en suspicion dès le premier tiers du XVIIe siècle. Constantin de Barbanson répond déjà, dans son Anatomie de l’âme publiée post-mortem en 1635, à de nom-breuses critiques faites aux Secrets Sentiers de l’amour divin (1623).

Puis le «ferrailleur redoutable327» Chéron publie en 1657 son Examen de la théologie mystique, qui fait voir la différence des lumières divines de celles qui ne le sont pas, et du vrai, assuré et catholique chemin de la perfection de celui qui est parsemé de dangers et infecté d’illusions; et qui montre quil nest pas conve-nable de donner aux affections, passions, délectations et goûts spi-rituels la conduite de l’âme, l’ôtant à la raison et à la doctrine: ce programme sera repris dans le procès de la fin du siècle mettant aux prises Nicole et Bossuet d’une part, Fénelon et Madame Guyon d’autre part. Nous lui consacrons une longue note rassemblant ses objections, parce qu’elles sont partagées par tous les «anti-mystiques»328.



327 Michel de Certeau à propos de Maur de l’Enfant-Jésus (1954) aux prises avec Chéron. Voir Maur de l’Enfant-Jésus, Écrits de la maturité 1664-1689, éd. du Carmel, 2007.

328 Dans son Examen…, Jean Chéron, l’ex-provincial des carmes de la pro-vince de Gascogne, n’hésite pas à s’attaquer à Jean de la Croix, tout en prenant appui sur lui en le citant hors contexte!

Il se réfère singulièrement à trois auteurs: «lanatomiste de l’âme» Constantin de Barbanson, Jean de Jesus Maria (Quiroga) auteur dune très belle Théologie mys-tique, Sandaeus (ce dernier est rarement cité en France et il ne s’agit pas ici de sa précieuse Clavis). Les autres auteurs mystiques sont peu cités.



Connecteur droit 38 Chéron représente le théologien-philosophe anti-mystique rationnel. Ces derniers capucins défendent la voie mystique. Mais tel

[suite de la longue note sur Jean Chéron :]

Comme il est à l’origine de la première attaque violente du siècle, à laquelle nos «avocats du vécu mystique» vont tous avoir affaire, ses griefs (classiques) sont résumés ci-dessous à l’aide de citations de l’Examen, distribuées en cinq para-graphes reprenant les chefs d’accusation principaux.

Mépris des mérites justifiant l’inaction: «D’où vient que tous ces goûts spiri-tuels, ces élévations, ces contemplations, ces états où l’âme se trouve sans aucun usage de sa [9] liberté, doivent être tenus pour suspects. Pourquoi cela? Parce que tous ces états ne sont pas méritoires par eux-mêmes; ce sont comme des intervalles où l’âme se repose sans avancer, sans combattre. […] Il nous a mis en ce monde pour travailler, il n’a garde de nous ôter par ces faveurs le temps qu’il nous a donné pour acquérir des mérites.»

L’idée d’aimer ce que l’on ne connaît pas est confuse: «Théologie mystique [… est] une explication [18], raisonnement ou intelligence des choses ou des vérités divines […]. Cependant ces auteurs donnant le doctorat de la théologie mystique aux plus simples femmelettes. […] Quelques-uns même la mettent dans un seul acte, qu’ils appellent contemplation amoureuse […] si subtil et si délicat que l’âme ne le voit ni le sent […] comme on peut voir dans le Degré du Mont-Carmel [l’œuvre de Jean de la Croix!], [19] p. 116 & p. 122, d’où il suit que cette connaissance générale […est une] idée confuse […], car il faut connaître avant que d’aimer, et n’aimer rien par-dessus son mérite. […] Ainsi je ne sais pourquoi l’auteur de La Nuit obscure [du même], dit en la p. 110 que cette contemplation amoureuse est une lumière pure, simple, générale. […] L’anatomiste de l’âme […] dit que Dieu excite l’âme au plus intime de la volonté à aimer, sans savoir quoi ni comment, il suppose la même fausseté.» [24]

Des descriptions de l’âme imaginaires: «Or, comme ils donnent à l’âme un fond, un milieu, un sommet, aussi lui donnent-ils un pourpris et un centre à ce pourpris, comme on peut voir dans l’auteur de l’Anatomie de l’âme […] [42]; ainsi les mystiques parlent de la nature de l’âme «comme d’une arche de Noé, composée de plusieurs étages, comme d’un château qui a ses parties […] toutes imaginations fausses [43, 250]»; or «il est obscur comment on peut voir et trouver dans un centre qui n’est qu’un point, une vaste solitude de divinité.» [265]

La célèbre «supposition impossible»: «N’est-ce pas donc une erreur épouvan-table de mettre le soin de son salut entre les empêchements de la perfection et dire qu’il ne faut point craindre l’enfer, mais s’en rapporter à Dieu qu’il en fasse comme il voudra? […] C’est une ruse de Satan.» [209]

Les auteurs mystiques se contredisent, ils laissent tout lecteur mâle et peu mélanco-lique dubitatif devant ces «nouveaux mystiques» contraires à la doctrine évangélique: «Les maux que les visions des femmes ont causés dans l’esprit des doctes» [178] peuvent s’expliquer par les «productions de la mélancolie» [184]. Quant aux pro-ductions des «nouveaux mystiques» [198], «je laisse donc à penser au lecteur ce qu’il doit espérer de la lecture de ces livres […]: leurs auteurs si contraires entre eux se professent savoir tout par expérience, […] supposent que Jésus-Christ a souffert mille reproches pour l’enseigner; ce qui n’est point vrai, car la doctrine de Jésus-Christ est claire et facile à entendre.» [266]



n’est pas leur objet premier; il s’agit, loin de céder comme Chéron à une démangeaison de plume, de répondre à une fonction de maître de novice qui leur a été confiée au vu d’un accomplissement reconnu par leurs pairs. Ils évitent toute controverse, mais exposent pas à pas des degrés et des étapes qui laissent deviner l’expérience intime.

Une telle «mise en ordre» du vécu spirituel et mystique est nécessaire pour donner directions et conseils concrets à de jeunes disciples, expérimentant tel ou tel état qu’il faut donc présenter avec précision, dans une juste perspective d’évolu-tion, état qu’il faut dépasser en soulignant son caractère relatif, les risques de stagnation, etc. Le danger qui s’ensuivait, propre à toute systématisation en une échelle spirituelle à gravir, pou-vait être corrigé au cas par cas par les relations personnelles établies entre maîtres et dirigés durant les années de noviciat. L’insistance sur la grâce divine reste de toute façon toujours clairement affirmée.

Quant à l’utilisation qui aurait pu en être faite sans dis-cernement par des lecteurs extérieurs curieux ou imagina-tifs, elle n’était guère encouragée: ces «œuvres» mystiques se présentent comme des manuels proposant des médecines de l’âme et ne font pas profession de lyrisme. Elles reposent sur un vécu que leurs auteurs affirment réel et possible; ce ne sont pas simplement des idées qu’ils développent. Aussi ont-ils été oubliés lorsque leur fonction a disparu par suite de l’assèche-ment spirituel qui eut lieu au XVIIIe siècle au sein des «religions». Ils demeurent sous-évalués par des érudits qui n’y ont pas trouvé une originalité intellectuelle.

Connecteur droit 37 Leur contenu expérimental authentifie la pérennité d’une vie intérieure indépendante de tel ou tel système intellectuel, théologie, etc., d’où leur grand intérêt. Ces traités fixent une tradition encore vivante mais en voie d’affaiblissement: la nécessité d’en sauver par écrit l’essentiel a probablement été ressentie par un Simon de Bourg-en-Bresse comme par l’au-teur du Jour mystique. Cela conduit à de gros volumes (res-pectivement 800 et 1600 pages!), dont nous ne donnons ici évidemment qu’un parfum.

Les termes employés sont généralement clairs et simples, compte tenu des lecteurs non intellectuels auxquels s’adressent ces méthodes. On trouvera ces témoignages optimistes, témoi-gnant d’un vécu attesté vigoureusement.

[…] [Benoît de Canfield A. de la Ciotat : pp.13-389]

Table

Florilège de figures mystiques

de la réforme capucine7


Les fondateurs 11


Benoît de Canfield (1562-1610)13

La Règle de perfection15

Seconde partie [de la Règle] «De la volonté intérieure de Dieu»24

Troisième partie [de la Règle]. «De la volonté de Dieu essentielle, parlant de la vie superéminente»36


Une réformatrice disciple de Canfield: Marie de Beauvilliers (1574-1657)95

Exercice divin ou Pratique de la conformité de notre volonté à celle de Dieu (1631)99

Chapitre i. Que le bonheur en cette vie consiste en l’union de l’âme avec Dieu100

Chapitre ii. Que l’obéissance est la vraie voie pour s’unir à Dieu100

Chapitre iv. Que saint Benoît et tous les saints ont mérité la gloire par l’obéissance100

Chapitre v. Des moyens que nous acquiert l’obéissance101

Chapitre vi. De la pratique de la présence de Dieu101

Chapitre viii. Des fruits qui se recueillent en cet exercice102


Chapitre ix. Du transport et transformation qui se fait en cet exercice103

Chapitre x. De la connaissance des secrets de Dieu104

Chapitre xii. De l’excellence de l’intention de faire nos œuvres pour la volonté de Dieu104

Chapitre xiii. Que la pratique de cette intention perfectionne nos œuvres qui ont une fin honnête105

Chapitre xiv. Que cette intention se doit retrouver ès œuvres naturelles105

Chapitre xvi. Que cette intention nous délivre des peines de la partie inférieure105

Chapitre xvii. Du temps auquel on doit dresser son intention105

Chapitre xviii. De la mortification des passions qui provient de cet exercice106

Chapitre xix. Dénombrement des passions et remèdes pour les mortifier106

Chapitre xx. De la parfaite imitation de la Passion de Jésus-Christ qui s’acquiert en cet exercice107

Chapitre xxii. Du plaisir qu’il y a de se laisser conduire à la volonté de Dieu107

Chapitre xxiii. Des moyens de vaincre les difficultés qui se rencontrent en cet exercice108

Chapitre xxiv. Que la perfection religieuse consiste en la pratique des vertus109

Chapitre xxv. Que l’opération de la volonté est plus requise en cet exercice que la spéculation de l’entendement109

Chapitre xxvi. De l’oraison et des différentes manières de la faire110

Chapitre xxvii. Des marques de la bonne intention pour faire la volonté de Dieu111

Chapitre xxix. Des marques de la bonne action pour faire la volonté de Dieu112

Chapitre xxx. Distribution des exercices pour tous les jours de la semaine114


Archange de Pembroke († 1632), dirige la Mère Angélique115

Lettre I116

Post-scriptum écrit sur un billet joint à la lettre III117

Lettre VI118


Joseph de Paris (1577-1638), «l’Éminence grise»121


Martial d’Étampes (1575-1635) Un maître artisan tout intérieur129

Traité très facile (1630)131

De l’exercice du silence que le religieux doit garder de pensée, de parole et d’œuvre pour être tout uni et absorbé en Dieu seul134

Chapitre ii. La pratique de cet exercice136

Chapitre iii. Figure de cet exercice représenté par les quatre animaux d’Ezéchiel139

Chapitre iv. Le fruit de cet exercice est la séparation de toutes choses et l’union totale et parfaite à Dieu seul140

L’Exercice des trois clous (1635)140


Jean-François de Reims († 1660)145

La Vraie Perfection (1635)145

Deux instructions150

Instruction V. De l’abandon et du repos en la conduite de Dieu, cinquième effet de cette pratique, et le cinquième degré pour parvenir à la perfection et union avec Dieu150


Des capucins spirituels 165


Laurent de Paris (1563?-1631)166

Le Palais de l’amour divin entre Jésus et l’âme chrétienne, auquel toute personne tant séculière que religieuse peut voir les règles de parfaitement aimer Dieu et son prochain en cette vie167

Les Tapisseries du divin amour ou La Passion et mort de Jésus Fils de Dieu vivant, Rédempteur des humains 168

Philippe d’Angoumois († 1638)169

Yves de Paris (1588-1678)170

Louis-François d’Argentan (1615-1680)171


Une extension européenne 173


Gregorio da Napoli (1577-1641)175

La Dottrina mirabile dell’amore (c. 1622)175

Chapitre xl. Avis nécessaire aux âmes qui marchent dans la prière de la paix et de l’union mystique176

Chapitre lxi. Traités divers d’exercices spirituels178


Constantin de Barbanson (1582-1631)183

Secrets sentiers de l’Esprit divin186

Chapitre vii. Du dernier état de la perfection, qui est la jouissance du vrai Esprit de Dieu, ou bien de la vie superessentielle187

Les Secrets Sentiers de l’amour divin (1623)193

Chapitre xii. Du dernier état qui est de la parfaite union, jouissance et fruition de l’Esprit et amour divin198

Chapitre xiv. Que l’âme parvenue à ces sublimes degrés de divin amour n’est aucunement oiseuse et de ce qu’elle fait207

Quatrième traité de la troisième partie216

Chapitre vi. Pourquoi l’âme ne se peut étendre vers Dieu par désirs ou par actes formés; et comment Dieu est ès états inférieurs en qualité de premier principe fondal ou fontal.216

Chapitre vii. De certaines conséquences qui suivent des choses susdites; à savoir que donc nous ne sommes pas toujours stablement persistants en un sommet. Et que nous ne sommes pas aussi toujours comme rien ou seulement passifs.219

Chapitre viii. Que l’âme néanmoins est aussi passive et en quoi.

Doctrine notable pour entendre les documents plus obscurs des mystiques et connaître en quoi l’âme est active et en quoi passive.221

Chapitre ix. Que l’âme peut en deux façons coopérer avec Dieu pendant ces divins sentiers, et que double est sa fidélité en la suite de la volonté vigilance en foi.228


Jean-Évangéliste de Bois-le-Duc (1588-1635)235

Le Royaume de Dieu dans l’âme (1637)236

Chapitre xxi. De ce que l’âme expérimente ici de Dieu, et comment elle doit soigneusement le garder236

Chapitre xxvii. Que dans cet exercice il n’y a pas d’aridité ou désolation pour l’âme comme dans les autres exercices243

Chapitre xviii. Ici on enseigne de plus comment l’âme dans ses travaux extérieurs et en toute dispersion des occupations doit persévérer en union avec Dieu; et en premier lieu, il est montré combien cela est difficile.252


Les défenseurs du vécu mystique 261


Pierre de Poitiers (?-1683)265

Le Jour mystique (1671)268

Préface268

Livre premier. De la nature de l’oraison mystique, et de l’excessive activité ou propriété d’images269

Traité I. De l’existence, de la nature, de l’objet et des espèces de l’oraison mystique269

Livre second. De la foi nue, tant divine qu’humaine, et de la satisfaction que la foi nue doit produire en l’âme296

Traité III. De la foi nue, divine et humaine296

Argument298

Livre troisième. Du sujet éloigné et du sujet prochain de l’oraison mystique299

Traité V. Du sujet éloigné de l’oraison mystique, ou qui sont ceux à qui elle doit être enseignée,

et qui sont capables de la pratiquer299

Traité VI. Du sujet prochain de l’oraison mystique, ou du fond de l’âme304

Livre quatrième. De l’oraison de repos mystique savoureux et de celui qui est sec et sans goût306

Traité VII. Des diverses espèces d’oraison mystique savoureuse306

Traité VIII. Des différentes espèces d’oraison mystique sans goût309


Simon de Bourg-en-Bresse († 1694)315

Les Saintes Élévations (1657)315

La diversité des tempéraments316

Les degrés317

Premier degré325

Second degré, qui est de la méditation sur la sainte présence de Dieu325

Troisième degré, qui est de l’oraison affective sur la présence de Dieu330

Quatrième degré, qui est de l’élévation amoureuse, adorante et offrante de notre esprit à Dieu présent332

Cinquième degré, qui est du don de la présence surnaturelle, passive et infuse de Dieu341

Sixième degré, qui est de l’amour admirable de Dieu, sans vue et connaissance actuelle341

Septième degré, qui est de l’amour sans sentiment, mais avec des sentiments tout contraires; ou bien de la privation et déréliction intérieure, passive et surnaturelle342

Huitième degré, qui est de la sainte opération, et des vertus sublimes; fruits nécessaires des degrés précédents. Solitude surnaturelle et admirable des âmes d’oraison.345


Paul de Lagny († 1694)349

Exercice méthodique… (1658)350

Le Chemin abrégé de la perfection (1673)357

Section VIII. Pratique générale de cet exercice qui explique les trois états de la volonté de Dieu et de l’âme qui s’efforce de l’accomplir358

Section IX. Premier état de l’exercice de la volonté de Dieu et de l’âme commençante qui le pratique359

Section X. Les trois perfections qui doivent accompagner les actes des commençants360

Section XI. Second état de l’exercice de la volonté de Dieu et de l’âme profitante qui le pratique361

Section XII. Les trois perfections qui doivent accompagner les actes des profitants362

Section XIII. Troisième état de l’exercice de la volonté de Dieu et de l’âme parfaite qui le pratique364

Section XIV. Les trois perfections qui doivent accompagner toutes les actions des âmes parfaites366 Section XV. L’état d’oraison suit ordinairement l’état de la volonté humaine368

Section XVI. De l’oraison des commençants dans l’état de la vie purgative369

Section XVII. De l’oraison des profitants dans l’état de la vie illuminative369

Section XVIII. De l’oraison des parfaits dans la vie unitive372

Section XIX. L’on n’a accès dans la théologie mystique que par une volonté parfaitement réformée selon celle de Dieu374


Alexandrin de La Ciotat (1629-1706)377

Le Parfait Dénuement de l’âme contemplative (1680)377

Quatrième pas. De la contemplation purement mystique ou négative en général382

Cinquième pas. Du système ou constitution de l’âme contemplative, et pour connaître si elle est en vue de la contemplation passive et purement mystique387

24.LA VIE MYSTIQUE CHEZ LES FRANCISCAINS DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE Tome III. Figures féminines, minimes et héritiers & Études historiques.

(31) Franciscains III.doc



!Franciscains III Fig.féminines Etudes DT PM JMG (coll.SM Centre JnX 2014).pdf

D. Tronc, La vie mystique chez les Franciscains du dix-septième siecle. Tome III. Un grand siècle franciscain à Paris [Pierre Moracchini] & Nécrologe capucin - Le franciscanisme et l’invasion mystique [Jean-Marie Gourvil] - Figures mystiques féminines, Minimes, Un regard sur les héritiers - Tables. Ed. du Centre Saint-Jean-de-la-Croix, coll. « Sources mystiques ».



[Florilège : Franciscaines, minimes, « héritiers » pp.9-59]

[Un grand siècle franciscain à Paris par P. Moracchini : pp.61-156]

Nécrologe des capucins de la province de Paris

L’intérêt de ce registre des morts est double: premièrement, pas moins de mille cinq cents noms éclairent sur la durée d’un siècle la vie d’une communauté; deuxièmement cette commu-nauté est définie de manière précise par l’appartenance capucine et par la localisation géographique au sein du Royaume. Son exploitation permet une approche statistique quantitativement valide et qualitativement ciblée. Mais surtout, la mise en valeur par ses rédacteurs de certaines figures remarquables, auxquels sont joints des éléments biographiques, voire des récits, illustre concrètement et parfois savoureusement des conditions de vie aventureuses et souvent héroïques.

Une brève présentation d’ensemble sera suivie d’une chrono-logie datée et repérée au sein de la séquence des numéros d’en-trées de noms (no 1 à no 1501). Cette chronologie se présente sèchement en son début, car la première main est celle d’un rap-porteur sobre — et se termine de même, car l’abondance des décès annuels à rapporter incita la dernière main à évacuer toute donnée personnelle.

L’abondance de chiffres ne doit pas décourager le lecteur: ils sont nécessaires pour situer et éventuellement pour retrouver telle figure dans le long manuscrit du nécrologe ou pour tirer des renseignements quantitatifs de l’ensemble. Heureusement, les entrées nominales ouvrent sur des précisions concrètes qui évoquent des «vies» abrégées, mais en conservant leurs couleurpropres. On les trouve au cœur de la très longue liste, lorsque la file des capucins, dont le nombre croît exponentiellement, se prête encore à des approches individualisées.

Il ne s’agit pas ici de présenter une étude historique exhaus-tive. Nous désirons seulement attirer l’attention des chercheurs sur une source exceptionnelle, portant sur un Ordre religieux important par le nombre de ses membres et par la fécondité spirituelle de certains d’entre eux. Surtout, les lecteurs des deux volumes précédents de florilèges mystiques franciscains trouve-ront ici quelques points d’ancrage dans un concret savoureux. Dans notre choix d’extraits de «vies», ils apprécieront les dures conditions d’existence des mystiques du temps. L’écho d’un vécu concret manquait à notre entreprise visant à ressusciter un monde franciscain d’un âge classique totalement disparu et oublié. Cer-tains extraits nous parlent directement par des détails prosaïques ou par la naïveté d’une rédaction rapide encore proche des événements rapportés.

Présentation d’ensemble

Le document est conservé au château du Titre1. Il se présente comme un manuscrit relié intitulé Catalogue de tous les religieux capucins qui sont morts en la province de Paris depuis son établis-sement jusques à maintenant. Le volume retourné et lu à l’envers propose les Noms de tous les religieux capucins de la province de Paris vivant en l’an 1655. Nous nous en tiendrons ici à l’endroit.

Le Catalogue… est paginé de 1 à 100, puis comporte les folios 101 à 108, soit 16 pages, enfin des folios non numérotés, soit 57 pages. La liste chronologique des capucins comporte des renseignements biographiques personnels qui évoquent une



1. Le manuscrit de la collection privée du château du Titre est resté globalement inexploité. Il a été consulté ponctuellement avant nous par Raoul de Sceaux, Jean Mauzaize lorsque ce dernier mit en valeur la figure de Martial d’Étampes et publia certaines lettres de ce dernier (Études franciscaines, XIV, no 32, juin 1964, 89-102). Sa consultation est aujourd’hui rendue possible en bonne reproduction photographique (s’adresser à la Bibliothèque Franciscaine de Paris, ou à nous-même).



figure en quelques traits, lorsque celle-ci est estimée par l’un des deux rédacteurs successifs (changement de main page 41, année 1635). Hors chronologie sont reproduits des lettres et des écrits concernant quelques figures remarquables. Parfois le manuscrit opère des renvois ou comporte des ajouts.

Le «jusques à maintenant» du titre correspond à juin 1679, tandis que le premier décès est rapporté à la date de 1576 (il s’agit du Père Pacifique de Venise, premier commissaire général en France, arrivé à Paris en juin 1574). On couvre donc la belle durée d’un siècle qui voit «l’invasion» des capucins en France, puis leur épanouissement, enfin leur «maturité».


La notice du 646e capucin décédé figure dès la fin de l’année 1646; le nombre croît ensuite si rapidement que leurs notices ne sont plus numérotées et se réduisent très généralement à deux lignes: tout trait personnel disparaît alors. Le nécrologe relève les décès de 1501 capucins (sauf erreur toujours possible).

Quelques figures bénéficient d’une notice conséquente: le mystique Martial d’Étampes († 1635) est couvert en 25 pages, suivi chronologiquement par le converti devenu convertisseur d’hérétiques Raphaël de Raconis († 1637), puis par Paschal d’Abbeville († 1645), spirituel couvert en 12 pages, par Louys de Paris († 1640), actif en Italie «en la compagnie de l’éminentis-sime cardinal Cajetan», par Gabriel d’Amyche (d’Angleterre)…

Le relevé de notices comportant huit lignes ou plus du manus-crit livre une trentaine de noms, dont le célèbre Père Ange († 1634) «anglais prédicateur […] en prison pour la consolation des catholiques qui y étaient». Une «Liste de capucins qui font l’objet d’une notice conséquente» sera donnée en fin d’étude par ordre de décès (comme dans le nécrologe) puis par ordre alpha-bétique (pour faciliter une recherche par nom).

Des lettres prennent place au sein de notices biographiques, dont les seules qui nous soient parvenues de Martial d’Étampes, le plus privilégié de tous les capucins répertoriés — à juste titre à nos yeux2 — ainsi que des pièces variées. Ainsi le récit très précis, concret et savoureux d’une apparition du défunt Marcelin de Paris. De même les aventures du très entreprenant Raphaël de Raconis3: il admoneste une «damoiselle qui d’ordinaire avait le sein découvert»; la damoiselle résistant, il fait «des prières» au résultat terrible, le sein devenant «hideux»! Tandis que Vincent de Troyes († 1638) «prêche à La Rochelle selon le désir du roi Henry quatrième», d’autres préfèrent la tranquillité à trop de paroles, mais rentrent finalement dans l’obéissance: ainsi Séra-pion de Paris († 1647) «qui avait le talent de prêcher et était fort nécessité [demandé] et à cette occasion, n’était guère régulier et, se voyant malade pour mourir, il fut grandement touché […], se mit à prêcher tous ceux qui le venaient voir. […]». Certains sont missionnaires, tels Juste de Beauvais († 1639) «en la ville de Babylone […], fort aimé […] [du] roi de Perse, duquel il obtint tout ce qu’il voulait».

Plus admirable à nos yeux que Raphaël de Raconis, un autre Raphaël (de la Gravelle, † 1636) «ne respirait que de rendre du service aux malades. […] Il avait grandement importuné d’aller à la mission du Canada. […] Il avait porté les armes […], infa-tigable à l’assistance des soldats malades. […] Il ne pouvait faire ce qu’il faisait sans une grâce particulière de Dieu». Beaucoup de capucins dévoués meurent jeunes au service des pestiférés, tandis que Simplicien de Chaumont «est mort le plus ancien de tous les capucins de la France, âgé de 90 ans»; mais il possédait «une grâce de parler de Dieu et des choses spirituelles» et «le bon juge-ment lui a continué jusques à la maladie d’apoplexie qui le saisit environ dix jours devant que de mourir».

Enfin le nécrologe n’oublie pas des frères «laïcs» (convers) par-ticulièrement dévoués, tel Jacques de Provence († 1580), mort «seulement [après] trois ans de religion, servant les pestiférés de la ville de Paris», ou «l’ancien frère André d’Avignon († 1636)

2 Martial d’Étampes, maître en oraison, textes présentés par Joséphine Fransen et Dominique Tronc, éditions du Carmel, coll. «Sources mystiques», 2008.

3 On retrouvera ces récits partiellement reproduits infra.



qui, l’espace de 36 ans avait assisté les frères malades […], à la mort duquel quasi tous les religieux se trouvèrent».

Les noms figurant au verso du volume sont présentés alpha-bétiquement en deux tables, selon cinq colonnes: nom, âge à la vêture, lieu de la vêture, date précise, lieu et année «qu’ils décéde-ront» (dernière colonne très partiellement remplie par une main postérieure, qui corrige souvent des indications appartenant aux autres colonnes). La table «prêtres et clercs» fait généralement face à celle des «frères laïcs». L’ensemble couvre 24 doubles pages. Il reste à étudier.

Extraits du Catalogue


Voici comme annoncé des extraits datés et repérés au sein de la séquence des numéros d’entrées des noms (no 1 à no 1501):

[Page de titre]: Catalogue de tous les religieux capucins qui sont morts en la province de Paris depuis son établissement jusques à maintenant.



[1] La sainte Église catholique a coutume d’enregistrer soigneusement ceux qu’elle enrôle en la milice de Jésus-Christ, les faisant enfants de Dieu par le moyen du sacrement de baptême. Et la religion séraphique des capucins, à l’imitation de cette sainte coutume, est très soigneuse de remarquer et faire écrire en un livre les professions de ceux qui, faisant banqueroute au monde, s’enrôlent de franche volonté en la religion pour suivre plus parfaitement les traces de Celui duquel ils ont été faits enfants au baptême. Il nous a semblé néanmoins que ce n’est pas assez d’inscrire leur naissance et commencement de vie spirituelle, si pareillement nous ne faisons connaître l’heureuse fin d’icelle, puisque c’est la fin qui couronne l’œuvre. Ne serait-ce pas peu de choses de faire voir leur entrée en la religion, si ensuite on ne faisait connaître qu’ils ont obtenu la fin qu’ils prétendaient? C’est pourquoi nous avons jugé qu’il était très expédient de faire un livre pour y enregistrer tous ceux qui ont persévéré au service de Dieu et sont décédés dans le corps de la religion, afin que comme dans le premier on y voit la promesse qu’ils ont fait à Dieu, ainsi dans celui-ci on y reconnaisse l’accomplissement d’icelle, montrant qu’ils ont fini heureusement en Notre Seigneur dans le port de la religion. […2] Nous avons donc commencé à noter en ce livre tous ceux que nous avons pu découvrir qui sont morts en la province depuis son établissement. […]

1576 [2] (1)4 Le premier capucin qui est mort en France en la province de Paris a été le R. P. Pacifique de Venise, qui était venu le premier commissaire général en France; arrivant à Paris au mois de juin de l’an 1574 et y étant le premier supérieur, y mourut en l’année 1576. Et parce qu’il n’y avait encore d’église ni de lieu au couvent de l’Assomption pour faire le cimetière il fut enterré à Saint-Germain de l’Auxerrois dans la nef en notre façon ordinaire, où il y eut grand concours de peuple. À Paris5.

1580 (2) Frère Jacques de Provence mourut ayant seulement trois ans de religion en servant les pestiférés de la ville de Paris et fut enterré derrière la sacristie du couvent. À Paris.

[3] (3) Vénérable Père André de Bourgogne ayant seulement vécu deux ans de religion mourut en servant les pestiférés de la ville de Paris et fut enterré le 17 septembre, jour de son décès derrière la sacristie. À Paris.


1581 (4) Frère Bonaventure, anglais, mourut le 21 mai, ayant vécu quinze mois en la religion. À Paris.

1584 (5 à 14)6.



4 Nous faisons suivre ici la date (date-titre qui couvre toujours une pleine ligne du manuscrit) de la pagination [entre crochets], puis du numéro d’ordre (entre parenthèses) du capucin décédé; ce dernier figure en ajout dans la marge gauche du manuscrit à partir du no 3.

5 Nous réduirons dorénavant les notices en indiquant pour les plus amples le nombre de lignes manuscrites – ici sept lignes.

6 Tandis que l’usage du gras est réservé aux seules années marquant le début de dizaines, nous omettons tous les contenus des notices brèves, soit la très grande majorité – la «forêt» de chiffres qui en résulte est justifiée par leur exploitation ainsi rendue toujours possible (dont l’établissement de notre tableau des décès annuels). Les dix décès de l’an 1584 ont tous lieu à Rouen et tous sont causés par la peste! (Notons que le terme de «peste» recouvrait diverses épidémies aux conséquences



1586 (15) Père Joseph d’Anvers, ayant vécu sept ans en grande sainteté, mourut de peste à Paris et fut enterré dans le grand jardin où était le petit bois depuis coupé.

1587 [4]7 (17-19); 1588 (20); 1589 (21-23). 1590 (24); 1591 (25); 1593 (26-27).

Ceux qui suivent sont morts depuis 1579 jusques en 1594, sans que j’aie pu savoir en quelle année: (28-38). [Ont été ajou-tées postérieurement des dates allant de 1586 à 1602.]

1594 (39-42); 1595 (43-47); 1597 (48); 1598 (49-53); 1599 (54-55).

1600 (56); 1601 (57-63); 1602 (64-65); 1603 (66-71); 1604 (72-73); [8] 1606 (74-77); 1607-1608 (78-85).

Ceux qui suivent sont morts depuis 1594 jusques en 1607 sans que j’aie pu savoir en quelle année: (86-91).

[9] 1608 (92-98); 1609 (99-100).

1610 (101-113). [Ajout d’une autre main:] «En cette année se fit la séparation de la custodie de Touraine érigée en Province […].» 1611 (114-120); 1612 (121-125); 1613 (126-131); 1614 (132-138); 1615 (139-146); 1616 (147-154); 1617 (155-161); 1618 (162-174); 1619 (175-177).

1620 [13] (178-188); 1621 (189-194); 1622 (195-222); 1623 (223-255); 1624 (256-284); 1625 (285-318); 1626 (319-349); 1627 (350-369); 1628 (370-384); 1629 (385-395).

1630 (396-408); 1631 (409-430); 1632 (431-447); 1633 (448-459).

1634 [31] (460) Vénérable Père Ange, anglais, prédicateur, fut religieux fervent et employé aux missions d’Angleterre, où il fut plusieurs fois souffrant beaucoup de peine pour la sainte foi,

Connecteur droit 47

mortelles.) Aucun décès ne sera par contre relevé en 1585, année qui n’apparaît donc pas dans notre liste.



Nous omettrons dorénavant généralement des paginations (chiffres entre crochets) peu utiles (sinon au sein de citations longues), compte tenu de dates clairement indiquées – une par ligne –, et des numéros d’ordre des notices figurant en marge gauche.

Dieu ayant permis qu’il fût mis en prison pour la consolation des catholiques qui y étaient retenus, où il demeura l’espace de cinq ans avec grande ferveur et bon exemple, et enfin mis en liberté à la prière du Très Chrétien Roi de France par son ambassadeur. Étant retourné en France, fut mis de famille au couvent de Calais, où il décéda le 22 juin 1634, âgé de religion 26 ans à Calais.

(461-464) Père Philippe de Paris, profès, était fort zélé de l’honneur de l’Ordre […]. Il mourut pulmonique au couvent de Saint-Honoré à Paris après avoir donné des témoignages de sa patience et ferveur durant sa vie et sa grande maladie de huit mois […]. (465-466).

1635 (467-468) Le Révérend Père Archange Ripault, de Paris, religieux de très sainte vie, prédicateur et définiteur en la même province, gardien du couvent de Saint-Jacques, décéda […] après une longue maladie de six mois qu’il endura d’une merveilleuse patience. Âgé de religion trente-cinq ans. À Saint-Honoré.

1635 (468 [sic]-470).

[35] 471. Vénérable Père Martial d’Étampes, de qui la vie a été un rare exemplaire de la perfection religieuse, acquise par un travail égal à la fidélité d’un imitateur parfait de notre Père saint François. Son humilité profonde, sa patience invincible, son jeûne continuel et au-delà du commun pour le peu de nourri-ture qu’il prenait, sa mortification sans relâche, bref son oraison accompagnée d’extases ont été les moyens qui lui ont servi pour en atteindre la récompense, après avoir été gardien quelque temps. Il a été fait maître des novices, charge qu’il a exercée par l’espace de 20 ans, pendant lesquels il s’est proposé pour un modèle parfait de vertu à ses [36] novices; puis élu en divers cha-pitres confesseur tant des filles de la Passion à Paris que de celles de sainte Claire à Amiens, par six à sept ans dans ce travail il est tombé malade au couvent desdites filles de sainte Claire, duquel il ne put être transporté pour l’excès de sa fièvre qu’après sa mort, le bruit de laquelle semé, aussi bien que celui de la sainteté de sa vie, causa lors du convoi de son corps, transporté du couvent des filles de sainte Claire où il était dans le nôtre, un si grand concours de peuple qu’à peine pouvait-on passer, et ne put-on empêcher que plusieurs ne lui coupassent de sa barbe, cheveux, et même de son habit, duquel je ne sais si sans la résistance il en fût resté pour le couvrir. Enfin il est mort aussi riche des biens du ciel qu’il avait été pauvre de ceux de la terre8 […].

(472-479) Père Gratien d’Abbeville, profès religieux fort zélé de la gloire de Dieu, après en avoir procuré l’accroissement en un voyage qu’il a fait en terres étrangères, vécut le reste de ses jours en l’observance étroite de sa règle […].

Père Claude d’Ast. […] Il fut envoyé par le roi Henri III la Reine, avec le vénérable père Pierre Deschamps, rendre un vœu au Saint-Sépulcre de Jérusalem […]. (481-483).

1636 (484-489 puis 470-4719) L’ancien frère André d’Avi-gnon, laïc, qui l’espace de 36 ans avait assisté les frères malades et fait l’office de l’infirmerie avec grande édification, se trouvant toujours aux communautés tant de jour que de nuit […], à la mort duquel quasi tous les religieux se trouvèrent […]. (472-484).

Connecteur droit 46 (485) [22 lignes] Père Raphaël de la Graville, profès de la pro-vince d’Aquitaine, ayant achevé ses études en théologie en cette province, s’était vu religieux fort zélé au salut des âmes, qui ne respirait que de rendre du service aux malades, s’y employant par tour avec grande diligence et charité. Il avait grandement impor-tuné d’aller à la mission du Canada, et l’occasion s’en étant pré-senté que Sa Majesté Très Chrétienne demanda de nos Pères pour assister son armée pourchasser l’armée espagnole de la Picardie, ce bon Père s’y offrit, et fut accepté comme des plus propres à cet emploi. Il avait porté les armes de plusieurs quartiers et savait ce que c’était de la vie des soldats, et avait la grâce de parler



8 [Add. marg.]: «Ayant fait un plus ample discours de la vie et mort du défunt Père Martial […], j’en ai mis la copie ci-après à la page 71.» – Premier exemple de renvoi.

9 La main d’un correcteur annonce: «De tous les susdits morts de la Province depuis l’an 1610 que la Touraine fut séparée, en un autre livre j’ai marqué leur mort», ce qui explique la séquence inversée des numéros. Suit un changement de main avec corrections.



plusieurs langues, ce qui servit à la reddition de la ville de Roye, servant de truchement au gouverneur pour la capitulation qu’il voulait faire pour rendre la place. Il se rendait infatigable à l’assis-tance de soldats malades, leur administrant les sacrements pour bien mourir. […] (486).

1637 [43] (487-488: longue notice) Le très vénérable Père Ange Raphaël de Raconis, prédicateur missionnaire apostolique qui avait été né de parents hérétiques. […] Il était infatigable à écrire et à conférer pour la conversion des hérétiques, et souvent j’ai admiré comment il avait trouvé le temps de tant écrire et composer des livres et des traités de controverses, que j’ai trouvés en ses coffres. […] Il y avait une damoiselle qui d’ordinaire avait le sein découvert, et l’ayant plusieurs fois admonestée, […] il fit des prières. […] Ce fut chose admirable que le sein lui vint si hideux et sec, qu’elle fut contrainte de le couvrir. […]

(489) Vénérable Père Maclou de Pontoise, prêtre qui, porté du zèle du salut des âmes, était allé à la mission du Levant, où il a demeuré plus de dix ans. […] (490-492).

(493) Vénérable Père Hiérosme Joly de Paris, grandement désireux de s’employer à l’assistance des pestiférés. […]


(494-523) Le Révérend Père Vincent de Troyes, prédicateur qui était fort docte et versé aux controverses, fut devoir prêcher à La Rochelle, selon le désir du roi Henry IVe. […]

(524-534) Père Sérapion de Paris, qui avait le talent de prêcher et était fort nécessité et à cette occasion, n’était guère régulier et se voyant malade pour mourir il fut grandement touché et, regrettant fort sensiblement de n’avoir vécu si exemplairement, […] se mit à prêcher tous ceux qui le venaient voir. […]

(535-538) Père Philippe d’Angoulmois […] s’est utilement employé à composer plusieurs livres de dévotion qui ont été imprimés. […]

1639 [48](539) Père Simplicien de Chaumont, qui est mort le plus ancien de tous les capucins de la France, âgé de 90 ans du monde, et de 62 de religion. Il a été gardien et définiteur en

la province. Il avait une grâce de parler de Dieu et des choses spirituelles avec si grande efficace qu’il touchait ceux à qui il en parlait. Le bon jugement lui a continué jusques à la maladie d’apoplexie qui le saisit environ dix jours devant que de mourir. Sa face vénérable et sa douce conversation le rendaient agréable et aimable à tous. Il fut enterré le dimanche après complies. Le Père qui avait prêché en ayant averti le peuple, fut cause qu’un chacun le voulut voir, et les hommes ayant trouvé le moyen de l’aller voir à la chapelle de l’infirmerie, la foule y fut telle qu’on ne s’en pouvait approcher, et l’affluence du peuple si grande par le cloître et dans l’église quand on y apporta son corps qu’on avait bien de la peine à le passer. […]

(540-550) Très Révérend Père Juste de Beauvais, prédicateur missionnaire qui a fait de grands progrès pour l’Église en la ville de Babylone. Il y a vécu dans de grands travaux pour y apprendre les langues, qu’il possédait si parfaitement qu’il prêchait en arabe, en persan, en turc et avait réconcilié à l’Église romaine les nesto-riens et jacobites. Il était fort aimé du vice-roi de Perse gouver-neur de Babylone. Pour le bien des catholiques vexés injustement de la justice, il fut trouver le roi de Perse, duquel il obtint tout ce qu’il voulut pour les catholiques, mais en voyage il endura de si grandes chaleurs que peu après son arrivée en Babylone il tomba malade et mourut en peu de jours. […]

(551-552) Frère Simon de Paris, laïc [longue notice].


(553) Vénérable Père Anselme de Paris, fort dévot à la sainte mère Colette, réformatrice de l’Ordre de sainte Claire. […] Enfin étant envoyé pour assister une grande quantité de pauvres sol-dats malades, leur administrant les sacrements et rendant toutes assistances corporelles qu’il pouvait en leurs maladies, il y tomba malade d’une maladie pestiférée et eut quelque charbon; on lui donna les derniers sacrements. Sa maladie fut prolongée et sa vie, pour augmenter sa couronne, pour les grandes douleurs qu’il endura, et mourut d’une mort glorieuse, le pouvant nommer martyr de charité. […] (554-555).

1640 (556-559) Louys de Paris [51-54: long récit historique et biographique].

(560-561) […] Ayant découvert une lettre écrite de Beauvais où l’apparition du défunt Père Marcelin de Paris est déclarée, je l’ai voulu rapporter ici: «Mon très cher Père, je n’ai voulu man-quer de satisfaire à votre désir de nous faire savoir si et comment le vénérable Père Marcellin de Paris s’est apparu à notre Très Révérend Père Gardien. Je vous en dirai toute la vérité, qui est que le Très Révérend Père Gardien étant demandé à la porte, il s’y achemina par le dortoir de l’infirmerie, et passant par dedans l’infirmerie où ledit Père Marcellin était mort il y avait quatre ou cinq jours, la porte et la fenêtre ouverte, il avise un capucin debout qui était dedans proche de la couche, le dos tourné vers la porte, et ne sachant qui c’était et ce qu’il était demandé; ce capucin, qui était le Père Marcelin, se retourna d’une grande vitesse, prenant le Père Gardien et le serre par le poignet, [il] avait la main fort froide, en sorte que la meurtrissant. Y demeure long-temps sans douleur, et notre Père l’ayant reconnu, étant tout de même quand il mourut, lui dit: “Ha, c’est vous, Père Marcellin!

– Oui mon Père”, lui répartit-il. Le Père Gardien lui demanda: “Hé, que faites-vous ici?” Le Père Marcelin lui répondit qu’il souffrait extrêmement et que cela ne se pouvait pas dire. Inter-rogé pour quelle raison, il dit que c’était particulièrement pour deux causes: la première, pour n’avoir pas été fidèle d’assister aux oraisons, desquelles il s’abstenait toujours, et quoiqu’il eût bien la peine, que néanmoins s’il eût voulu se faire un peu de violence, qu’il eût facilement surmonté cette peine. L’autre cause était qu’il avait trop aimé les courses, et que si on savait ce que Dieu demande d’un religieux, que l’on prendrait bien garde à soi de plus près. […] Ce qu’ayant dit, aussitôt disparut. Voilà tout ce qui s’est passé en cette apparition.» (562-589).


(590) […] Le Très Révérend Père Gabriel d’Amyche […] com-mença les exercices de la mission les fêtes et dimanches, allant au village du vicariat [de Pontoise], où il a partout fait un si grand fruit qu’il y était désiré et suivi comme un apôtre. Du commencement il n’avait qu’un frère lai pour son compagnon; par après qu’on lui donna un prédicateur et après deux pour exercer avec lui la mission pour la multitude du peuple qui se voulaient confesser et gagner les indulgences que le pape concède ès missions. Voici quelques remarques de ses ferveurs et actions particulières tant au grand vicariat de Pontoise qu’en l’évêché d’Amiens, où depuis plus de huit ans il a exercé la mission avec grande satisfaction et édification, montrant partout une ferveur nonpareille à rendre du service indifféremment à tous pour leur faire quitter le vin et se vraiment convertir à Dieu, passant tous les jours une partie des nuits dans les églises, y allant du grand matin dès les quatre et quelquefois en été dès les trois heures, n’en sortant qu’à midi, ou à une heure le plus souvent; où immédiatement après le dîner il y retournait, et n’en sortait qu’à huit ou neuf heures et quel-quefois à dix même, dans les plus grandes rigueurs de l’hiver aussi bien qu’en été, ce qui le rendait plus admirable qu’imi-table à ses compagnons. Ce qui l’obligeait à une si rigoureuse assiduité est la multitude de ceux qui se voulaient confesser à lui, qui de plusieurs lieux l’attendait à la porte des églises, ou dedans, dès la minuit, et à une heure, et quoi qu’ils fussent à jeun n’en voulaient sortir qu’à huit et neuf heures du soir pour ne perdre et retrouver la commodité de se confesser à lui. […] Ordinairement, du confessionnal il montait en chaire pour prê-cher ou catéchiser, et de la chaire il retournait au confessionnal sans se reposer, quoiqu’il sortît de la chaire bien échauffé, pour la manière avec laquelle il prêchait, déclamant contre le vice et les fétiches, de quoi il se montrait infatigable. […58] Lorsqu’on sonnait la cloche pour son sermon, l’on a vu souvent les artisans quitter leur travail et les laboureurs leurs charrues, les vignerons leurs vignes et les femmes leurs maisons chargées de leurs petits enfants pour y assister. [59…] Un des grands fruits qui se fait ès missions, et qui faisait singulièrement en ses conversations, était la réconciliation des personnes qui vivaient de longtemps dans l’inimitié, et des procès qu’il leur faisait quitter et mettait en bonne paix et amitié. Il ne sortait jamais des lieux où il faisait la mission qu’il n’eût mis la paix ès familles où la division était pour les inimitiés journalières et les longs procès. Notre Dieu lui avait fait une grâce et donné un talent tout particulier en cela, ce qui faisait que beaucoup le prenaient pour juge et arbitre de leurs différends et en passaient par ce qu’il en ordonnait, s’y compor-tant avec tant de prudence et d’équité que tous en demeuraient contents. […61]

1641. Des missionnaires du Levant décédés l’an passé à Smyrne10. (591-594)11

(595) [72] Discours de la vie et mort du vénérable Père Martial d’Étampes. […] Il était fort estimé et aimé d’un chacun, aussi se rendait-il aimable à tous pour sa modestie, pour ses bons exemples et vertus de sa vie. Il était fort prompt à faire l’aumône, et c’était toujours à trois pauvres au nom de la Très Sainte Tri-nité, ou à cinq en honneur des cinq plaies de notre Sauveur. Il donnait son souper, se contentant d’une seule réfection par jour. Les voisins venant demander des herbes de leur jardin pour quelques maladies, il désirait que ce fût Jean qui leur en donne, à quoi il se montrait prompt et dévot, et en leur donnant il disait: «Allez, allez, je prie Dieu qu’ils en guérissent»; et on remarquait que les malades guérissaient, et c’était pour cela que les voisins en voulaient avoir de sa main. […73] Il était souvent attaqué de grandes tendresses de cœur en ses sentiments de dévotion, qui ne lui permettaient pas de continuer ses exercices. Un jour de Noël, […] cette tendresse de cœur ou sentiment de dévotion fut de longue durée, et quasi de quatre heures sans le quitter pour pou-



10 [P. 61:] «…Il est à propos de mettre ce qu’on a [d’]écrits de deux autres missionnaires pour ne le point oublier…». Suivent diverses lettres [61-65].

11 La copie du long testament retrouvé d’un V. P. Damien et daté du 13 mars 1638 est intercalée après (592). Il couvre [66] à [68]. – Suit la notice du T. R. P. Léonard de Paris qui remplit de nombreuses charges, le pape Urbain VIII «lui témoigna beaucoup d’affection», «il a été adjoint au R. P. Joseph de Paris pour supérieur des missions du Levant, du Canada et d’Angleterre». Elle couvre [69-70]. – Suit le T. R. P. Gabriel de Moncharmet, qui commence la très longue notice (595), non numérotée en son début, du T. V. P. Martial d’Étampes [71-84], et ajout de lettres, [95-99]. Nous en omettons la plus grande partie, par ailleurs utilisée et reproduite très partiellement: tome II supra, et Martial d’Étampes, maître en oraison, op.cit



voir dire la sainte messe. Depuis il obtint de Dieu de n’être plus travaillé de tels sentiments à l’autel quand il y avait des séculiers à l’église. […74] Il y avait à Paris deux personnes qui avait changé le poids de leurs affections précédentes en haines irréconciliables; plusieurs de nos Pères s’y étaient employés, lesquels, comme les autres séculiers y avaient perdu leur peine, l’un d’eux étant fort malade fut derechef exhorté par toutes sortes de personnes de pardonner à l’autre, sans profit. Ce qui sachant le Révérend Père Henri de la Grange, gardien du couvent de l’Annonciation, il y envoya notre Père Martial; lequel n’eut pas sitôt parlé à lui l’espace de deux ou trois miserere, que ce malade se sentit ému de tout son intérieur, et même ressentit de si grandes douleurs en son corps, et même des peines en son esprit, et tout cela invita le malade de dire avec un grand ressentiment au Père Martial qu’il le suppliait de prier Dieu pour lui, qu’il ferait tout ce qu’il dési-rait pour se réconcilier. Notre Père Martial […] fit oraison pour lui, et sur le soir il retourna voir le malade et le réconcilia de telle sorte avec lui, qu’ils se firent protestation d’être à l’avenir aussi bons et plus grands amis qu’auparavant. […] Non seulement les paroles bénies du Père Martial étaient efficaces à persuader le bien et à fuir le mal; mais aussi ses paroles mortes, je veux dire celles qu’il écrivait à cette fin et que je confirme par ce qui suit. Étant Père maître des novices à Paris, il y avait un abbé assez débauché qui l’était venu voir au couvent, lequel fut édifié de son entretien et étant tombé malade, le Père Martial le fut voir; et étant inspiré il envoya prier le Père Martial de le venir revoir; et ceux qui en vinrent faire la demande assurèrent au portier que cet abbé était en grand danger de mourir en très pauvre état, et en effet il avait mené une vie fort libertine pour un homme de sa condition. Le portier, qui était Frère Raphaël de Paris, laïc, fut aussitôt en avertir le vénérable Père Martial, et qu’on le deman-dait en personne, et non un autre; [75] mais d’autant que pour lors il était fort occupé après ses novices, il lui dit, sans s’étonner du danger que ledit Frère Raphaël lui assurait être cet abbé, qu’il n’y pouvait aller — ayant peut-être reçu quelque connaissance du genre de cette maladie et de l’état de ce malade — et dit aux frères qu’il y allât lui porter un mot d’écrit de sa main, lui disant que si le malade n’avait la force ou le courage de le lire, qu’il eût à lui lire; et le chargea expressément de lui rapporter cet écrit. Frère Raphaël trouva cet abbé si malade qu’il ne put lire cet écrit du père Martial, ce qui occasionna Frère Raphaël de [le] lui lire. Le malade l’écouta fort attentivement, se voyant dépeint en si peu [et] si véritables paroles, tout étonné, se leva promptement, tirant des forces de sa faiblesse pour arracher cet écrit des mains de ce Frère Raphaël, et l’ayant, il le mit en son sein, et pour prière qu’il pût faire au malade pour le ravoir pour le rapporter au Père Martial, il ne le put retirer, le malade lui refusant, lui disant: «Il faut nécessairement que Dieu ait révélé au Père Martial le secret de ma conscience, d’autant qu’âme vivante ne peut avoir connaissance de ce qu’il me dit, n’ayant que Dieu et ses anges qui le sachent.» Et ces paroles, que je nomme mortes sur le papier, furent si vives et efficaces aux oreilles et au cœur de cet abbé malade, que promptement il prit résolution de se confesser et se disposer à bien mourir, et particulièrement le vénérable Père Martial l’avertissait qu’il n’avait plus que six heures à vivre et qu’il eût à se faire quitte d’une grande affection d’avarice qu’il avait, ayant mis et caché sous son oreiller un sac de pistoles, lui disant en son écrit qu’il avait son cœur où était son trésor. […77] Voici le sentiment commun des mères et sœurs religieuses de sainte Claire: […] «Nous l’avons reconnu avoir un zèle tout particulier au salut des âmes, et assidu à travailler pour les avancer à la per-fection, de sorte que la moindre imperfection lui était intolérable, et ne la pouvait supporter sans jaillir des larmes en abondance, et même n’avait point de repos […], de sorte qu’il fallait bon gré mal gré que les cœurs s’amollissent et retournassent à Dieu considérant son zèle et entendant ses paroles efficaces à quitter le vice et l’imperfection. Il était porté à une charité si grande vers les infirmes et ceux qui étaient en quelque nécessité qu’il a employé volontiers sa vie, et incommodé sa santé pour leur apporter du soulagement, et était si compatissant aux besoins et nécessités des affligés qu’il en pleurait de compassion, et souffrait autant ou plus qu’eux; particulièrement là où il voyait pouvoir avancer tant soit peu la gloire de Dieu et le salut des âmes, ainsi qu’il le fit bien paraître à la réforme des religieuses de saint Julien de cette ville d’Amiens, là où il a souffert de grands affronts, tant des personnes ecclésiastiques qui s’y opposaient que de celles qui entre elles ne se voulaient point réformer. Mais sans perdre courage il y travailla. […] [78] Nous avons aussi reconnu qu’il avait un tel mépris de soi-même que les blâmes et vitupérés ne le touchaient non plus que les louanges, ne se souciant point dans quelle estime on le tenait, et avait un tel désir de souffrir qu’il n’en cherchait que les occasions, et qui faisait qu’il était fort rigoureux à lui-même. Il ne se couchait que rarement après matines, employant à temps à faire oraison, ou à écrire et composer pour nous instruire, de bouche ou par ses livres. De quelque froid qu’il fît, il ne s’appro-chait du feu; que si par prière qu’on lui en faisait il s’en appro-chait, il ne s’y arrêtait guère, à s’asseoir comme en y passant. […]


[84] (596-597); 1642 (598-620).


1643 (621-623) […] Le vénérable Père Jean-Louis de Paris, missionnaire de Canada, dont il était retourné fort incommodé de sa santé et toujours depuis malade de diverses incommodités, qui de fin l’ont rendu hydropique, et est mort prodigieusement enflé. Il était âgé de 40 ans.

(624-626) Frère Simon d’Issy, laïc, âgé de 82 ans. […] Ne pouvant plus faire aucun office, tant pour sa vieillesse que pour une grande incommodité de rupture [fracture], il se mit à rendre du service aux malades, à vider les saisines et les urinoirs; et ne pouvant plus encore continuer ces exercices et réduit à garder la chambre, il venait tous les jours à la messe […] appuyé sur son bâton, et dès les quatre heures du matin en tout temps. […] Il rendit paisiblement son esprit à Dieu; après sa mort sa face parut plus belle qu’elle n’était durant la vie. Les religieux le nom-maient ordinairement «le bon homme»; plusieurs par dévotion ont désiré avoir quelque chose qui lui eût servi.

1644 (627-659) le Révérend Père Paschal d’Abbeville. [92-93]12.



12 Suivi de lettres retrouvées de Martial d’Étampes [93-99]



1645 (660-661)[100] À Paris, [au couvent] de l’Assomption, le 10 de juin, décéda le très vénérable Père Arsène de Paris, prédi-cateur. Il fut des premiers qui s’offrirent et fut envoyé à la mission des Topinambours. Il fut contraint de s’en retirer, étant tombé comme perclus; où depuis ayant recouvré sa santé, il fut employé en charge de gardien, ayant toujours le zèle d’employer sa vie en la conversion des infidèles; et en attendant l’occasion il fut mis-sionnaire à l’armée royale durant le siège de La Rochelle, où dans les bastions il rendit bien du service aux soldats pour le spirituel. Depuis il fut envoyé pour supérieur en la mission de Canada, où il fut quelques années; […] en particulier parmi les sauvages qui n’ont de résidence que dans les forêts, où ils vivent de chasse et de pêche, n’ayant l’usage de labourer les terres pour y faire du blé, comme ont a présent nos religions, qui ont bien souffert à défricher les terres et à gagner les pères et mères pour avoir leurs enfants, pour les baptiser et instruire, qu’il faut nourrir et vêtir. Étant survenu quelques différends pour le temporel entre ceux qui y commandaient pour le Roi Très Chrétien, ledit père Arsène retourna en France, conservant toujours son affection de finir sa vie en la conversion des infidèles, et disait, peu de jours devant sa mort, [qu’]il était tout près de s’embarquer pour aller à une nouvelle mission qui se présentait. Ce Très Révérend Père s’était fort employé à la connaissance du cours des astres et s’y était fort perfectionné, et a laissé des écrits et fait imprimer quelque carte. Enfin, notre Dieu le voulant retirer à lui et récompenser de tant de travaux en ses voyages par terre et par mer, il tomba malade d’une fluxion fort abondante. […] Il décéda le 30 du mois de juin, âgé de 69 ans, en ayant passé 46 dans la sainte religion.

(662-669)[101]13.



13. «Auparavant que de finir cette année 1645, j’ajouterai ici ce qui est venu en ma connaissance du R. P. Paschal d’Abbeville.» [101-105, soit 9 pages, car à partir de 101 ne sont paginées que les pages impaires: d’où 101 suivi ici de 101vo.] Nous omettons cette longue notice. – Au [105vo] s’ajoute une paperolle avec des noms de religieuses, certifiant «avoir vu une étoile sur l’église des Révérendes Mères capucines»!


1646 [106ro]. (662)14 …Très Révérend Père Ange de Mor-tagne. […] Le Révérend Père Joseph de Paris l’avait bien choisi pour être son compagnon avec lequel il communiquait des affaires, et lui servit à déchiffrer les lettres. […] À la mort du définiteur Révérend Père Joseph, le cardinal de Richelieu le demanda au Révérend Père Piral pour assister les religieuses du Calvaire. […]

Agathange de Paris, (664) Frère Dominique de Méru,

Émilien de Beauvais, (666) François de Chartres. (667-676).

1647 [107 r°]15 (677-685) Père Symphorien fut trouvé mort dans les champs. […] Il allait prêcher. […] (686-709); 1648 (710-740; 1649 (741-761).

1650 (761-793), 1651 (794-827), 1652 (828-889), 1653 (890-926), 1654 (927-945), 1655 (946-964), 1656 (965-976), 1657 (977-978) Le Révérend Père Leonard de la Tour […] était un gentilhomme fort accompli dans le monde et bienvenu à la cour du roi Louis XIII. […] Envoyé en la Grèce pour y établir la mission et qu’il a fondée spécialement dans l’île de Chios avec un grand exemple de sainteté et une extrême autorité de sa vie; où après avoir passé 14 ans il est retourné. […] Il a été confesseur des filles de la Passion16, lesquelles il a pris un grand soin pour leur enseigner la vie de l’esprit de laquelle il était animé, et dont il parlait si hautement si admirablement et si facilement que les plus grands théologiens étaient ravis17 de l’entendre, avouant n’avoir jamais rien vu ni entendu de si profond et de si mystique. […] (979-998)

1658 (999-1020); 1659 (1021-1028).

1660 (1029-1035) Frère Bernard de Puisseaux, laïc, est mort

Péronne âgée de quatre ans de religion, étant venu de Saint-



Connecteur droit 42 14 À partir de [106] la numérotation propre au nécrologe s’arrête et nous l’établissons nous-mêmes: indication entre crochets comme précédemment. Suite à une erreur «de rupture» il faut substituer 670 à 662 et de même ensuite (nous conservons la numérotation fautive par défaut de 8 unités).

15 À partir de là aucune pagination. On se repère par l’annonce des années.

16 Comme Martial d’Étampes.

17 Ravis: transportés.



Quentin, […] les pieds et les mains gelés et le cœur attaqué par le grand froid et la neige qu’il faisait. […] (1036-1050)18.

1661 (1051-1093); 1662 (1092-1122); 1663 (1123-1151); 1664 (1152-1166); 1665 (1167-1187); 1666 (1188-1221); 1667 (1222-1247).

1668 (1248-1267); 1669 (1268-1288). Frère Paul de Senlis, laïc, mort à Milo en Grèce à son retour de Candie, où il était allé avec 7 autres capucins pour y assister les malades de l’hôpital de l’armée du Roi, âgé de 20 ans de religion.

1670 [130 ro] (1289-1309); 1671 (1310-1327); 1672 (1328-1349); 1673 (1350-1375); 1674 (1376-1395); 1675 (1396-1418); 1676 (1419-1439); 1677 (1440-1465); 1678 (1466-1482) [dont Yves de Paris en sa 88e année:] Un homme extraordinaire, du nombre de ces esprits pénétrants […]; un si généreux mépris des honneurs. […] Son humilité profonde ne l’a pu faire résoudre d’être élevé plus haut en dignité. […] Mort de la mort des justes. [...] (1483-1490).

1679 [138 ro] (1491-1501) [Fin de la liste.]

Le manuscrit lu à l’envers construit à partir des données précé-dentes de longues tables où les noms sont rangés cette fois alpha-bétiquement:


— Colonnes: nom, âge de vêture, ville lieu de la vêture, jour et mois, année, (informations), décès.

— Tables distinctes pour les prêtres et pour les frères lais.

— Table par dates de décès. Nous n’avons pas entrepris la revue de cet ensemble, qui constitue un index utile à toute recherche par nom.



18 À partir d’ici les notices sont très généralement d’une sécheresse toute «classique», dont pour exemple: «Le [blanc] 1660 F. Pierre d’Amiens, clerc mort à Saint-Honoré âgé de 5 ans de religion.»

Une existence difficile


Sur un siècle, on compte pour les capucins rattachés à la pro-vince de Paris une moyenne de 22 décès par an (en ne tenant compte que des années 1622 à 1679, soit en ne considérant que la moitié droite de l’histogramme infra19, mais cela repré-sente déjà presque 1 300 noms). On observe de très larges fluc-tuations: quinze années fastes enregistrent moins de 15 décès annuels, tandis que quinze années d’épreuves, autour de 1625 puis autour de 1650, enregistrent plus de 30 décès annuels (deux années dépassent les nombres de 60 puis 50). Seule la moitié des années (soit trente environ sur soixante écoulées après 1620) enregistrent des valeurs proches de la moyenne.

Connecteur droit 40 De telles variations (rapport 2 entre quartiles extrêmes) sou-lignent la dureté des temps: guerres et famines, pour lesquelles nos capucins étaient pourtant bien moins exposés qu’une pay-sannerie qui constituait les neuf dixièmes de la population fran-çaise — tout en vivant certes pauvrement en comparaison de bourgeois et de nobles de rang élevé. D’autres enseignements quantitatifs pourraient être tirés du nécrologe: durées de vies depuis la naissance ou depuis la vêture, etc.



19. Les années antérieures à faible mortalité dont nous ne tenons pas compte correspondent aux faibles effectifs recrutés avant 1600 (approximativement). Il faut une génération environ pour atteindre un relatif état d’équilibre entre entrées et «sorties».

[table omise]

[La fidélité des franciscains au mysticisme médiéval par Jean-Marie Gourvil : pp.187-235] [Turba magna : pp.239-24]



Table

Avertissement 7

Florilège de textes ..9


Franciscaines .11

Ana Maria de San José (1581-1632), clarisse ..15

Anne-Marie du Calvaire (1644-1673), clairette .23

Germaine d’Armaing, un contre-exemple 31


Minimes ..35

Nicolas Barré (1621-1686), frère minime et poète .35

Boniface Maes (1627-1706) 38

Théologie mystique (1668) ..39


Un regard sur les héritiers 49

Les successeurs dans « l’école de l’amour pur » .50

Ambroise de Lombez (1708-1778) 52

Jeanne de la Nativité [Le Royer] (1731-1798), clarisse 57

Oraison sans le faire exprès ! .57


Le cadre historique 61


Un Grand Siècle franciscain à Paris (1574-1689) P. Moracchini 63


1. L’héritage médiéval 67

1.1. Le Grand couvent des cordeliers 67

1.2. L’Ave Maria..74

1.3. Les cordelières du faubourg Saint-Marcel (ou de la rue de Lourcine) 80


2. Les capucins ..83

2.1. Saint-Honoré ..88

2.2. Saint-Jacques 93

2.3. Le couvent du Marais 95


3. La réforme du Tiers-Ordre régulier 100

3.1. Vincent Mussart (1570-1637) .101

3.2. Les débuts de la réforme du Tiers-Ordre régulier .105

3.3. Le couvent de Picpus ..107

3.4. Le couvent de Nazareth 110

3.5. Le couvent de Belleville 115


4. Les récollets .116

4.1. Aux origines de l’établissement des récollets à Paris .117

4.2. Le couvent du faubourg Saint-Laurent ..122

4.3. La résidence du faubourg Saint-Germain ..125


5. Les implantations féminines au XVIIe siècle ..127

5.1. Les capucines 128

5.2. Les élisabéthines ..132

5.3. Les « petites cordelières » ..134

5.4. Les annonciades 135

5.5. Les récollettes du faubourg Saint-Germain 139

5.6. Les communautés sous l’Ordinaire .141


6. Le Tiers-Ordre séculier ..144

7. La famille franciscaine ..145

8. La fin d’un Grand Siècle ..148

Les communautés franciscaines à Paris entre 1650 et 1600 .152

Les communautés franciscaines à Paris vers 1650, répartition géographique 154


Nécrologe des capucins de la province de Paris ..157


Présentation d’ensemble .158

Extraits du Catalogue .161

Une existence difficile ..177

Quelques capucins font l’objet d’une notice conséquente ..182


La fidélité des franciscains au mysticisme médiéval (J.-M. Gourvil) .187


Introduction 188

1. Retour sur le monde médiéval et le franciscanisme ..189

1.1. Les pauvres dans la vie communautaire .189

1.2. L’émergence de la société communale 192

1.3. Saint François, la révélation du « fond de l’âme chrétienne » 194

1.4. Saint Bonaventure (1217-1274), le choix de la mystique dionysienne ..195

1.5. La fin du Moyen Âge, le temps des frères mineurs .200


2. Le mysticisme franciscain à l’epoque flamboyante et à la Renaissance .201

2.1. Harphius choisit Ruusbroec contre la Dévotion moderne. .201

2.2. La fin des « grandes peurs » et l’émergence de la Renaissance, la gestion sociale de la Dévotion moderne 207

2.3. Les frères mineurs à l’époque de la montée des Réformes .211


3. La Réforme catholique et les ruptures du XVIIe siècle 212

3.1. Le concile de Trente et la Réforme catholique, le temps des jésuites et des capucins .213

3.2. De l’invasion mystique au crépuscule des mystiques, les deux visages de la Réforme catholique en France .215

3.3. L’hôpital des deux XVIIes siècles, de la compassion à l’Hôpital Général ..219

3.4. La Fronde et le tournant du second XVIIe siècle : Monsieur Vincent défend la compassion .221


4. Le mysticisme franciscain dans le Grand Siècle .222

4.1. La fidélité dionysienne du mysticisme franciscain 222

4.2. Les franciscains au Grand Siècle, le refus de la gestion des œuvres modernes ..225

Conclusion : la mystique franciscaine au XVIIe siècle, le refus de l’esprit bourgeois et de la gestion des œuvres modernes ..232


Annexes ..237


Turba magna 239

Liste d’auteurs spirituels : observants, récollets, tertiaires réguliers (XVIIe et XVIIIe siècles) ..240

Observants 241

Récollets 241

Tiercelins ..242

Congrégations féminines 243

Une liste capucine inépuisable ..243

Liste alphabétique d’auteurs spirituels capucins (XVIIe et XVIIIe siècles) .244

Filiations capucines et influences 249

Index et tables..253


Table des auteurs présentés dans les trois tomes .255


Index pour les trois tomes 257















25.BENOIT DE CANFIELD, DE LA VOLONTE DE DIEU, QUINZE CHAPITRES DE LA REGLE DE PERFECTION.

(32) Canfield Règle (Arfuyen) pour Jch.doc



Benoît de Canfield, La Règle de perfection, Quinze chapitres de De la volonté de Dieu essentielle, d’après la première édition, Texte établi et présenté par Murielle et D. Tronc, Paris, Arfuyen, « Les carnets spirituels », 2009, 170 p. [Troisième partie de la Reigle collationnée sur le ms. de Troyes.]


Préface


« Auparavant qu'elle vint à Coutances, elle ne savait point lire183, mais lorsqu'elle y fut, on lui apprit à lire. En ce temps-là, Notre Seigneur lui fit avoir un livre qui s'appelle : la Règle de la Perfection qui est divisé en trois parties. La troisième partie traite de la plus haute contemplation et les deux premiers renseignent des moyens dont on peut se servir pour y arriver. Lorsqu'elle lut ce livre, elle ne savait lire que bien imparfaitement, en épelant et en hésitant. Néanmoins lorsqu'elle vint à l'ouvrir, elle lisait tout courant et sans broncher dans la troisième partie… »

Après le Concile de Trente (1545-1563), les catholiques vécurent un renouveau intense. Notre époque peine à imaginer ce monde où franciscains et jésuites prêchaient l’oraison à tous : ils en faisaient le pivot de la vie chrétienne et rédigeaient de très nombreux textes portant sur la vie intérieure. En 1574, les capucins184, appelés d’Italie en France par Catherine de Médicis, furent très bien accueillis : l’on se pressait en foule à leurs prédications qui chantaient la joie et l’abandon à la grâce divine.

L’Anglais Benoît de Canfield (1562-1610), converti après une jeunesse généreusement vécue, se réfugia en France pour échapper aux persécutions de la première Elisabeth. Sa vie intérieure était intense. Emerveillé par la beauté des églises et des cérémonies, il tombait en extase en écoutant de l’orgue : « A peine pouvais-je jamais entendre telle harmonie que les grosses larmes ne me ruisselassent des yeux ; étant tout hors de moi, transporté en Vous, je demeurai comme ayant perdu tout sentiment de moi et du monde [...] me trouvant tout enflammé du feu de Votre amour185. » Entré chez les capucins en 1587, il effrayait ses condisciples par des extases si profondes qu’on ne pouvait l’en sortir. Une fois, suivant la médecine du temps, on lui mit des pigeons fraîchement égorgés sur la tête, on le piqua avec de grosses épingles, sans parvenir à le sortir de son état186 ! Il dira : « Je le sentais bien, mais j’avais tellement l’esprit occupé ailleurs que je ne pouvais l’en divertir pour parler ni donner aucun signe de mon sentiment187»

Il finit cependant par être reconnu et respecté. Sa renommée se répandit : trop oublié aujourd’hui, il devint la grande autorité mystique de son temps188. On lui demanda « d’expertiser » les extases de Mme Acarie189. Bérulle lui confia Melle Abra de Reconis qu’il avait ramenée du protestantisme. En 1598, il assura la direction de l’abbesse de Montmartre Marie de Beauvilliers190, et fut son solide appui pendant la difficile réforme de cette influente abbaye. A l’intérieur de l’ordre, il reçut la charge de former les novices : Martial d’Etampes (1575-1635) reçut l’habit des mains de Benoît au couvent des capucins d’Orléans ; il formera à son tour Jean-François de Reims (-1660). Aussi bien par ses écrits que par sa présence personnelle, l’influence de Canfield fut immense : en 1694, Mme Guyon achèvera sa grande anthologie des mystiques sur son nom191.

En 1599, il tenta de partir évangéliser l’Angleterre, mais fut immédiatement emprisonné pour trois ans. Délivré grâce à Henri IV, il revint en France où il reprit ses activités de prédication et de direction. Il mourut au couvent de St Honoré le 21 novembre 1610.

*

L’essentiel de son expérience mystique est rapporté dans la Reigle de perfection contenant un abrégé de toute la vie spirituelle réduite à ce seul poinct de la Volonté de Dieu, dont l’essentiel fut rédigé avant 1593. Il refusa longtemps de la publier, tout en prêtant des cahiers pour aider ses dirigés. Des copies circulèrent en France et en Flandre. Sur ordre de ses supérieurs et afin d’éviter des altérations de sa pensée, il se décida en 1608, deux ans avant sa mort, à en publier les deux premières parties.

La troisième et dernière partie de la Reigle, qui concerne la vie mystique avancée, ne lui semblait « être ni propre ni convenable au commun » (Préface). Il avait souvent refusé de la communiquer,  notamment à son confrère Jean-Baptiste de Blois : « Ne me demandez, je vous prie, cette troisième partie…192 ». Il fut toutefois rassuré par la traduction faite par les chartreux en 1606 de l’Ornement des Noces spirituelles de Ruusbroec : « Et encore que la hauteur de son sujet me l’avait fait excéder la capacité du commun, néanmoins la vérité est qu’il y a plusieurs livres de style et sujet autant relevé » (Epître au Lecteur, 1610). Il va donc, à l’exemple de Ruusbroec, oser publier la troisième partie sur la « vie suréminente », d’autant qu’il a scrupule à laisser sans conseil les âmes expérimentées : « Ce n’est pas chose équitable que les âmes bien avancées soient privées de viandes solides sous prétexte que les commençants ne peuvent manger que du lait ; ni qu’on ôte au philosophe ses livres de philosophie, sous ombre que le grammairien ne les entend pas. » (Epître, 1610).

Ses admirateurs étaient de cet avis puisqu’ils en avaient fait paraître en 1609 une édition « pirate » chez Jean Osmont, à Rouen. L’auteur protesta parce qu’il n’avait pas relu l’imprimé, probablement aussi par prudence, puisque cette édition fut aussitôt critiquée par les autorités religieuses : François de Sales s’inquiétait de l’absence en cette partie de l’humanité de Notre Seigneur ainsi que de la condamnation de l’entendement et de l’imaginaire dans l’expérience de Dieu193. Des docteurs vinrent chez les capucins demander des éclaircissements sur certains passages. Se tinrent alors des conférences comme cela se reproduira à la fin du siècle lors de la querelle quiétiste : « …un mystique y défendit sa pensée contre des docteurs soucieux avant tout d’orthodoxie194. »

Il en sortit l’édition de 1610 chez l’éditeur Chastellain : elle contenait des concessions prudentes aux autorités, et en particulier un « Traité de la Passion » en quatre chapitres ajoutés à la fin de la troisième partie. Jean Orcibal a montré combien les omissions et les additions de termes comme « plutôt, comme, quasi, presque, en quelque manière… » affaiblissent la hardiesse du texte initial en enlevant le caractère absolu du néant de la créature.

Voilà pourquoi, publiant ici la troisième partie de la Reigle, nous avons choisi de reprendre l’édition Osmont : elle traduit le jaillissement original de l’écriture de Benoît quand il parle d’expérience à d’autres mystiques sans le contrôle de sa hiérarchie. Nous avons écarté les quatre chapitres ajoutés, concession en contradiction avec une oraison où aucune image ne subsiste, car « l’image la plus déliée empêche le vol de l’esprit195. »

*

Les deux premières parties de l’œuvre traitent des abords de la vie intérieure : la vie active des commençants, puis la vie d’oraison. La troisième partie est de loin la plus fascinante puisqu’elle parle de la  « vie superéminente », à savoir des « choses abstraites196 de la haute contemplation et de l’essence de Dieu » (Préface 1609), autrement dit des sommets de la vie mystique. Elle met en jeu « la pure et nue foi contraire aux sens, qui est la partie supérieure de l’âme », là où l’on « contemple Dieu sans aucun moyen ou entre-deux » (Reigle, II, 12). Car cet amoureux de Dieu ne supporte aucun intermédiaire entre Dieu et lui, si ténu soit-il : Canfield consacre l’essentiel de l’œuvre à l’analyse subtile des nombreux obstacles qui subsistent chez celui qui a pourtant dépassé l’attachement au corps et aux passions.

La Reigle de perfection […] réduite à ce seul poinct de la Volonté de Dieu rassemble toute la vie intérieure en un abandon actif à la volonté de Dieu, démontrée dès le premier chapitre de la troisième partie comme identique à Dieu même. Cette volonté est connue à l’homme par les commandements de Dieu et l’Eglise, mais elle est ressentie intérieurement « par les inspirations, illuminations, élévations et attractions de Dieu » ; « elle est chose si délicieuse et plaisante à l’âme qu’elle l’attire, enivre, illumine, dilate, étend, élève et ravit en telle sorte qu’elle ne sent plus aucun vouloir, affection ou inclination propre, mais, totalement dépouillée d’elle-même et de toute volonté propre, intérêt et commodité, est plongée en l’abîme de cette volonté et absorbée en l’abyssale volupté d’icelle, et ainsi est fait[e] un même esprit avec Dieu. » 197

L’homme renonce par amour à sa volonté propre, Dieu purifie l’âme de tout ce qui n’est pas Lui et devient le principe de tous les actes humains. Canfield suit ici la grande tradition de la mystique rhénane que l’on voit développée dans la Perle évangélique, qu’il avait probablement lue puisqu’elle avait été traduite en 1602.

La vie mystique cherche son achèvement dans l’identification avec Dieu par l’anéantissement amoureux de la créature. D’où cette dialectique : à chaque instant, le mystique choisit entre le Tout de Dieu et le rien de la créature devant Dieu.

Deux possibilités s’offrent d’annihilation de soi-même : la première est passive, si l’amant de Dieu « toujours attend l’actuel trait de Dieu » (Reigle, III, 11), l’initiative divine à laquelle il essaie d’être toujours ouvert. Mais, à cette attente amoureuse, Canfield préfère la seconde possibilité, l’annihilation active : à ce stade, seule la volonté divine peut agir, mais l’homme peut aider la grâce par « quelques très subtiles industries de notre côté, non que telles industries soient des actes de l'âme, mais tant s'en faut qu'au contraire elles servent pour assoupir toutes actuelles opérations d'icelle et pour la rendre nue » (III, 3). A tout instant donc, il essaie de marcher selon la « nue foi », c’est-à-dire de « voir ce tout au Créateur » et « ce rien à la créature », de vivre « continuellement avec toute constance en cet abîme de l'Etre de Dieu, et en la nihilaité [néant] de toutes choses » (III, 13).

Tentant de décrire ces extases dans un commentaire au Cantique mêlé de comparaisons charnelles hardies, Canfield s’abandonne à de beaux épanchements lyriques : « Ô quelle immense beauté reluit en cette vision où est découverte la divine face amoureusement riante sur l'âme !198 » (III, 5). Mais l’exigence de cette expérience se traduit aussi en termes sobres et absolus : « …si on contemple la créature sans contempler le Créateur, elle est ; mais si on contemple le Créateur, il n'y a plus de créature […] Donc, d'autant qu'ici est question de trouver Dieu, et cette infinie essence, il ne faut [pas] considérer la créature comme quelque chose, mais comme absorbée en cet abîme » (III, 8).

Ce qui ne signifie pas mépriser la vie ordinaire, mais, comme dans la « vie commune » vécue par Ruusbroec, la laisser pénétrer par le divin : « Nous n'entendons point quand nous disons qu'il ne faut retourner à la volonté extérieure, qu'il faille mépriser les œuvres extérieures […], mais entendons qu'on les spiritualise et annihile à mesure qu'on les fait » (III, 13).

Le mystique aspire à dépasser l’opposition entre extases et vie ordinaire pour que sa vie tout entière soit remplie de Dieu : cet état final « n'est autre chose qu'une continuelle présence et habitude d'union entre Dieu et l'âme son épouse, en laquelle l'âme revêtue de Dieu, et Dieu de l'âme sans se retirer et sans aucune rétraction ou intervalle, vivent l’un dans l’autre… » (III, 7). La langue de Canfield devient incandescente quand il décrit l’aspiration de l’âme à cet état où Dieu seul subsistera : elle « hait à mort tout ce qui peut faire sentir quelque plaisir, ou avoir autre pensée d'elle‑même, ou qui lui donne à savoir qu'elle est une et son Epoux un autre, auquel plus que sa vie elle désire avec toutes créatures d'être fondue, liquéfiée, consumée et anéantie » (III, 7).

Ce qui a le plus choqué les censeurs romains, ne fut pas de dire la possibilité d’extases exceptionnelles, depuis longtemps reconnue, mais la hardiesse d’affirmer que l’expérience finale, qui allie vacuité et amour, peut être « habituelle » : « … cette annihilation est si parfaite et habituelle en l'âme en ce degré ici que, toutes choses parfaitement réduites à rien, elle demeure comme suspendue en une immense vacuité ou nihilaité, sans pouvoir voir ni appréhender chose aucune, ni même elle‑même ; laquelle infinie vacuité, ou nihilaité, ressemble à la sérénité du ciel sans aucun nuage, et est une déiforme lumière. Or en cette lumière est aussi l'amour (non autre chose) qui doucement enflamme, brûle et allume l'âme… » (III, 7).

*

Le lecteur va avoir devant les yeux une oeuvre écrite par un Anglais immigré dans une langue archaïque : elle nécessite donc une lecture lente. Par ailleurs, Canfield aimait à l’excès les balancements et les parallèles logiques dans lesquels on se perd et qui lui ont donné une réputation d’obscurité : c’est paradoxalement quand il veut être très rigoureux qu’il devient difficile à suivre ! Il faut donc passer outre les excès de logique, accepter de ne pas tout comprendre, pour aller vers les passages denses, abrupts, tout droit sortis du feu de l’expérience mystique. Un peu de patience permettra de s’attacher à ce mystique ardent, tout frémissant d’amour divin et qui brûlait d’y amener ses lecteurs.





[REIGLE DE PERFECTION TROISIÈME PARTIE.

Chapitres 1 à 15. De la Volonté de Dieu essentielle, parlant de la vie superéminente

pp.23-170]




26.CONSTANTIN de BARBANSON I. LES SECRETS SENTIERS DE L’ESPRIT DIVIN

(33) Constantin de Barbanson Les Secrets sentiers de l'Esprit divin.docx



Constantin de Barbanson, I, Les Secrets sentiers de l’Esprit divin, manuscrit précédant les Secrets sentier de l’Amour divin, Introduction et annotations par D. Tronc, lulu.com, coll. « Chemins mystiques », Série « Constantin de Barbanson », 364 p. [le ms. …de l’Esprit divin est une source très spontanée qui diffère largement du volume publié Secrets sentiers de de l’Amour divin]

Un mystique spéculatif flamand d’expression française

Cette étude ouvre sur l’ensemble des cinq volumes qui rassembleront l’opus de Constantin de Barbanson (1582-1631).

Une rude époque

Constantin est né à la fin d’une période difficile marquée par les luttes entre catholiques et protestants. On connaît les figures du duc d’Albe s’opposant à celle de Guillaume le Taciturne fondateur de la dynastie d’Orange. Ce sont les acteurs d’une histoire terrible qui conduisit à la séparation définitive entre un sud catholique - la moderne Belgique - et un nord protestant - les Provinces unies ou moderne Hollande.

Le père de Constantin s’appelait Théodoric Paunet. Il était receveur des domaines de Barbanson ou Barbençon, situé dans la province du Hainaut [199]. Il fut établi sur ces terres par les seigneurs du lieu. Vers 1578 il eut pour fils aîné Jean, qui fit profession chez les franciscains capucins de Louvain le 28 mai 1600 sous le nom de frère Félix de Beaumont [200]. Un autre fils né vers 1580 devint frère mineur à Nivelles sous le nom de Pierre et vécut à Ypres, Gand et Bruges sous diverses charges. Il devint confesseur de l’archiduchesse Isabelle, puis fut enfin nommé évêque de Saint-Omer en 1627 pour mourir dès 1630. [201].

Enfin naquit en 1582 un troisième fils, baptisé sous le prénom de Théodoric, reprenant le prénom de son père qui venait d’être tué par des protestants. Il s’agit de notre futur capucin Constantin. Pour le moment il doit supporter avec sa mère et ses frères la misère - une misère d’ailleurs très générale en cette période troublée.

Puis il se présente le 20 septembre 1600 chez les capucins de Bruxelles qui avaient pour maître Jean de Landen. La province flamande comptait dix-sept couvents après seulement quinze ans d’existence : « Toute la province est spiritualisée : nombreux sont ceux qui éprouvent extases et rapts [202] », raconte en 1612 le Père Philippe de Cambrai qui est le premier chroniqueur à nous renseigner sur l’établissement de l’Ordre en Flandre. Le rédacteur de la préface à la réédition des Secrets Sentiers de 1932 résume et rapporte :

« Nous y pouvons lire les « performances » de Jean de Landen prêchant tout le jour en carême et rentrant à jeun le soir dans son couvent […] l’obéissance était pratiquée jusque dans des choses impossibles, où la discrétion des supérieurs nous paraîtrait facilement en défaut. Un religieux s’accuse un jour d’avoir cassé un plat de terre cuite ; mange-le, lui fut-il répondu ; et l’ordre fut exécuté. […] Sur les routes qu’il était si dangereux de fréquenter seul, les capucins sont envoyés sans armes ni vivres ; jamais aucun d’eux ne fut tué, dit Philippe de Cambrai ; ceux qui restaient au couvent priaient tant pour les voyageurs ! »[203]

Ce sont quelques aspects de la vie concrète rigoureuse que dut connaître Constantin. Il est formé par le P. Francis Nugent [204], gardien du couvent de Douai, actif auprès des capucines et des bénédictines de la même ville. Ici la chronique signale que 

« dès 1595 le danger [d’un mouvement pseudo-mystique] semble assez grave pour que le Chapitre provincial de Lille interdise de parler d’union […] en 1598 le P. Francis Nugent est appelé à Rome pour se justifier […] est privé de voix active et passive, le Provincial Hippolyte de Bergame également ; et défense est portée, sous peine d’excommunication, de lire ou seulement de conserver Harphius, Tauler, Ruysbroeck et autres auteurs mystiques. » [205].

La rigueur concrète des conditions de vie s’accompagnait ainsi d’un contrôle des idées. Constantin s’y pliera tout en veillant à présenter une sereine défense de convictions basées sur son expérience.

La vie capucine

Jean de Landen a été formé par le P. Bellintani de Salo, illustre capucin de la première époque qui mourut en 1611 à l’âge de 77 ans. Voici le bel aperçu rédigé par Noettinger, un bénédictin ami de la spiritualité qui anime la vie capucine :

« A le considérer [le P. Bellintani], on croit toucher le fond de la spiritualité franciscaine et voir une réussite de la première béatitude. Plus la pauvreté marque d’emprise sur son âme, plus la charité s’y développe et son premier fruit, la joie. Non pas le seul détachement des biens extérieurs, qui n’est que le premier pas dans cette voie, mais l’esprit de pauvreté, mais la pureté de l’esprit, mais la pauvreté de l’esprit, que d’autres définissent l’humilité parfaite, l’anéantissement de tout son être, la conscience de son néant, la dépendance absolue, l’abandon entre les mains de Dieu ». [206].

Jean de Landen est préposé à la formation des novices. Constantin fait profession entre ses mains le 20 septembre 1601 puis entreprend le cycle des études préparatoires au sacerdoce et au titre de prédicateur, probablement à Douai qui possède une université. Nous y trouvons trace en 1610 où il signe comme témoin d’une profession.

Constantin est envoyé en Rhénanie en 1612. Il séjourne à Cologne, parmi sept religieux désignés pour une première fondation et mène une vie itinérante. Il a juste trente ans.

Le bénédictin ami Noettinger précise :

« Peut-être, cependant, dès les premières années, fut-il chargé d’instruire les novices ; car ses supérieurs ne pouvaient ignorer la part qu’il avait eue dans la formation spirituelle des bénédictines de Douai. »

Car en 1613, à l'âge de trente et un an, il prêche retraite à la demande de l’abbesse des bénédictines de Douai. Le manuscrit intitulé Secrets sentiers de l’Esprit divin [207] est probablement issu de cette retraite (ou d’une autre rencontre la suivant de peu). Dix ans sépareront la première retraite de la publication des Secrets sentiers de l’Amour divin parus dans cette même ville.

Faut-il y voir l’effet d’une résistance à surmonter ? Dans une lettre du 3 mai 1613 à Madame Florence de Werquignoel, la réformatrice et première abbesse de la Paix-Notre-Dame à Douai, à propos d’un Traité de l’oraison qui lui a été adressée (s’agirait-il de notre Secret sentiers de l’Esprit divin ?), Constantin écrit :

« C’est merveille aussi si plusieurs choses qui y sont n’ont pas été contredites par ceux qui par aventure les auront vues, car ces matières sont fort sujettes à être mécrues ou rejetées par plusieurs qui s’y opposent. » [208].

En 1618-1619 il est responsable de la communauté capucine de Mayence et élu définiteur provincial. L’année suivante, il est gardien du couvent de Paderborn (où, déjà en 1615, il avait paru dans un acte dirigeant des travaux), ensuite des couvents de Munster, de Cologne en 1622, de Mayence en 1627, enfin de Bonn à partir de 1628.

« Plus d’une fois, d’après l’usage courant, il aura été en même temps maître des novices, comme plusieurs auteurs l’affirment expressément. […Il] fut l’ami et l’admirateur de la jeune congrégation des Capucines flamandes, fondées à Bourbourg (Nord) en 1614. Il fit connaître le nouvel institut en Allemagne ; dans trois villes où il a été Gardien (Cologne, Paderborn et Bonn) des monastères de femmes finirent par s’affilier à la congrégation naissante. » [209].

Il garde des liens avec sa terre natale, lié d’amitié avec l’archidiacre de Tournai Jean Boucher, avec Madame Florence de Werquignoel, dont nous avons lu un extrait de lettre ; avec François Sylvius vice-chancelier de l’université ; avec les capucines de Flandre en délicatesse avec l’évêque de Saint-Omer …qui n’est autre que son frère Pierre.

« Il vint donc à Saint-Omer, peut-être à temps pour revoir sa mère dont les funérailles furent célébrées en l’église de récollets le 28 octobre [1628], réussit naturellement à convaincre l’évêque, puis descendit chez les capucines où il se prêta de très bonnes grâces aux ‘désirs de toutes celles qui avaient à lui parler.’ L’Histoire des Capucines de Flandre [210] nous a conservé la teneur d’une direction donnée par lui à sœur Ange de Douai […] tourmentée d’angoisses et de peines intérieures ; ‘Elle reçut pour avis que, étant à l’oraison, elle devait se tenir simplement humiliée devant Dieu, et, comme en s'offrant à la divine justice, attendre en silence ce qu'il plairait à Sa Majesté suprême de lui envoyer ; qu’au sortir de l'oraison et dans toutes ses actions, elle devait s'étudier à conserver le visage toujours serein et ne point faire paraître le moindre signe de mélancolie, de tristesse et d'affliction intérieure, parce qu'en cela la nature se nourrit et l’âme perd le fruit de sa souffrance en cherchant avec empressement la compassion des créatures’ » [211].

Il venait de terminer le manuscrit de l’Anatomie de l’âme [212] lorsque la mort brutale par hémorragie cérébrale le surprit le 26 novembre 1631 [213]. L’ouvrage sera publié quatre ans plus tard. L’édition, un «  cube » de plus d’un millier de pages denses, fut établie grâce à la fidélité d’un compagnon pour rendre hommage à une vie exemplaire :

« Tous les témoignages nous [le] montrent bon jusqu’à l’extrême limite, celle qui voisine avec la faiblesse, bon par détachement, aimé et vénéré de tous…». Il présente une « voie affective ou mystique par négation … Aussi la volonté est-elle, d’après les Secrets sentiers, la principale faculté mystique. Entendez … surtout l’amour. » [214].

L’on trouve rapportée [215] que :

« …la vertu qui brillait le plus chez lui était la mansuétude et la bénignité pour ses frères ; elle allait jusqu'à la faiblesse. On rapporte que le démon, après avoir résisté aux exorcismes pratiqués sur un énergumène par le père Constantin, annonça la mort de ce vénérable religieux, au moment où elle avait lieu à une grande distance, ajoutant que la cause de l'impuissance de ce père sur lui avait été l'excès de son indulgence pour ses frères, et que ce même défaut lui avait mérité quelque peine en purgatoire. La parole du démon se trouva vraie en ce qui concernait la mort du père Constantin, seul point que l'on pût vérifier. Elle eut lieu à Bonn, le 26 novembre 1632. L'affluence extraordinaire du peuple qui venait honorer sa dépouille mortelle obligea ses confrères à l'ensevelir de nuit. 26 ans après, on ouvrit son tombeau ; il s'en échappa une odeur très suave et une lumière merveilleuse [216]. »

Influences reçues et transmises

Influencé par la Mystica theologia d’Hugues de Balma [217], ouvrage attribué à l’époque à Bonaventure et relayé par les écrits de Harphius et de Canfield, Constantin exerça à son tour une influence notable sur le Cardinal Bona (1609-1674) et sur le capucin allemand Victor Gelen (†1669) ainsi que sur l’anglais mystique Augustin Baker (1575-1641) [218].

On relève ainsi des chaînes traduisant les influences exercées soit par les textes (>) soit directement (>>) :

Hugues de Balma > Harphius > Canfield > C. de Barbanson,

J. de Landen et F. Nugent >> C. de Barbanson,

C. de Barbanson > Bona, Gelen, Baker,

C. de Barbanson >> Dame de Werquignoeul, première abbesse de la Paix Notre-Dame de Douai,

F. Sylvius de l’Université de Douai, et C. de B. >> capucines de Flandre dont sœur Ange de Douai.

Plus tard il sera apprécié de l’éditeur protestant Pierre Poiret [219].

La bibliographie qui concerne Constantin n’est pas abondante et nous venons d’en présenter les informations utiles à notre propos. Aucune monographie consacrée à Constantin n’a été établie à ce jour, mais la réédition en 1932 des Secrets sentiers de l’Amour divin est soigneusement introduite. Quelques indications complémentaires figurent dans l’Histoire des capucines de Flandre.

Le capucin Théotime de Bois-le-Duc a tenté une synthèse du contenu mystique en deux articles dont le second est de grand intérêt [220]. Ces articles étant peu accessibles hors de quelques bibliothèques franciscaines, nous reproduisons le second en fin du présent volume : voir l’Annexe « ETUDES, I, La doctrine mystique du P. Constantin de Barbanson par le P. Théotime de Bois-le-Duc ». Nous la complétons par II, notice établie par le capucin Candide de Nant pour le Dictionnaire de spiritualité [221]. Enfin nous livrons III, “Lectures des sœurs capucines et auteurs capucins belges », un aperçu de lectures recommandées aux sœurs capucines par leur mère supérieure ainsi que des noms évoquant une turba magna d’auteurs spirituels capucins belges.

Expérience et compréhension mystique

Constantin de Barbanson est original par son association du vécu mystique à la tentative de le traduire par un « système ». L’expérience exprimée avec vivacité dans les Secrets sentiers de l’Esprit divin éditée en 1623 dans les Secrets sentiers de l’Amour divin apporte des témoignages qui seront relayés par la théologie mystique de l’Anatomie de l’âme en 1635.

Le terme d’Anatomie peut sembler étrange appliqué au domaine mystique. Il est alors courant et inclut par exemple l’exposé de 1628 de la découverte par Harvey de la circulation sanguine Exercitatio anatomica. La compréhension « théorique » de l’expérience mystique était rendue nécessaire par des suspicions qui se manifestaient déjà à l’époque.

Elle demande un effort qui est largement récompensé. Il suffit de lire lentement quelques pages et d’y retourner sans vouloir couvrir d’un trait l’abondante Anatomie. On se situe encore tôt dans le siècle, et hors de France : la langue n’est pas fixée ; ses provinces et a fortiori les pays étrangers flamands ou des bords du Rhin sont en retard sur Paris d’un bon demi-siècle [222].

Constantin est remarquable par un optimisme qui le conduit à insister sur l’efficace manifestée par le mystique accompli. Ce dernier n’a plus à craindre une fausse « divinisation », car, loin d’être une illusoire possession, elle marque l’abandon et l’oubli total de soi-même, signes de la prise en main de l’être par la grâce.

Constantin expose une vie mystique avancée, en renvoyant pour le reste aux nombreux traités traitant de la méditation. Il présente sans détour un « état permanent » final. Il parle peu des représentations de Jésus-Christ : elles soutiennent une méditation affective à dépasser. Il tente d’harmoniser la théologie d’école avec sa propre expérience (la démarche intellectuelle de cette théologie scolastique s’écarte depuis le XVe siècle des recours à l’expérience mystique et ne peut donc plus être nommée Théologie mystique comme cela était le cas pour Hugues de Balma).

Constantin déclare :

« Nous avons été créés, non pour nous anéantir, mais pour vivre et agir […] la grâce doit peu à peu s’emparer de toutes nos facultés et de tous nos actes. » [223].

Il répond aux critiques provenant du père Graciàn (Gratien, †1614), le confesseur de Thérèse d’Avila. On sait que ce dernier devint le confesseur d’Ana de Jesus et d’Ana de San Bartolome. Il achevait en Flandre une vie devenue (enfin) paisible. Toujours très actif, Graciàn fut le moteur d’une querelle née de la divergence entre l’approche christocentrique thérésienne importée « du sud » et la traditionnelle approche apophatique « nordique » défendue par les capucins flamands [224]. La méfiance envers les mystiques « abstraits » s’était déjà manifestée dès l’arrivée de jésuites à Douai.

Ce conflit oblige Constantin à mettre de l’ordre dans son exposé mystique, non sans une certaine prolixité qui explique en partie l’obscurité dans laquelle est tombée l’Anatomie, par ailleurs desservie par un volume d’un bon millier de pages. Car la marque du capucin prêcheur est de s’en tenir souvent à un unique, mais fort volume, le « manuel » qui résume une vie d’apostolat. Ici, l’auteur est desservi par son origine (deux fois : origine excentrée, décalage temporel de l’état de la langue française), mais cela ne doit pas décourager la méditation de traités séparés dont chacun s’avère aussi lisible que la Reigle si appréciée de William Fitch of Little Canfield (le Père Benoît de Canfeld). Remède proposé : découvrir la vaste Anatomie os après os, en goûter quelques pages, voire une seule, et s’en tenir là.

Constantin prend la suite de Benoît, et par la chronologie et dans l’exposé de la vie mystique. Il prend le relais en allant plus profondément dans l’exposé de la voie, ce que nous attribuons en partie à leur différence d’âge lorsqu’ils écrivaient [225]. Son objectif est surtout défini plus largement, car il ne se limite pas à un exposé portant sur la pratique de l’oraison. Il n’est pas dualiste [226].

Aussi le carme Dominique de Saint-Albert (1596-1634), le disciple le plus brûlant du grand Jean de Saint-Samson, pouvait-il écrire :

« En ma solitude j’ai conféré ces deux livres, celui du P. Benoît et de Barbanson. P. Benoît ne me semble que spéculatif au respect de l’autre qui a la vraie expérience des secrets mystiques. » [227]

Introduction

Après avoir présenté l’auteur et son œuvre, nous abordons le contenu du premier des cinq volumes livrant le corpus. En 1613, à l'âge de trente et un ans, Constantin a prêché retraite à la demande de l’abbesse des bénédictines de Douai.

La source

La source que nous éditons est probablement issue de cette retraite (ou d’une retraite la suivant de peu). Il s’agit du manuscrit 2367 réserve de la Bibl. Franciscaine de Paris qui s’avère précéder la première édition imprimée de 1623. Nous avons été introduits à ce manuscrit par la note du P. Willibrord de Paris dont nous allons donner des extraits [228]. En ouverture, la note décrit le manuscrit :

“La Bibliothèque Franciscaine Provinciale de Paris possède un manuscrit apparemment inconnu des historiens de !a spiritualité franciscaine, et qui semble pourtant ne pas manquer d'intérêt. Il est intitulé simplement : Les / Secrets Sentiers / de / l'Esprit divin : / Composez / par le R. P. Constantin / Capucin.

“Le titre et le nom de l'auteur piquent tout de suite la curiosité.

“Ce manuscrit mesure 142 mm de hauteur sur 91 de largeur. Il est tout entier de la même main, sur un papier vergé, non filigrané, d'assez mauvaise qualité, sauf de la p. 237 à la p. 297, où le support de l'écriture est plus solide. Ce détail n'est pas sans importance, car la mauvaise qualité de ce papier a permis à l'encre de le ronger totalement en bien des endroits, de le transpercer partout, et d'en rendre ainsi la lecture assez pénible, d'autant plus que la main fut rapide, serra les lignes, et ne s'appliqua point à calligraphier. Les 412 pages qui le composent se répartissent ainsi : 1-8 deux pièces d'introduction ; 9 rappel du titre, et titre de la 1re partie, puis une table jusqu'à la p. 11 ; 13 à 87, texte de la première partie ; 88 à 93 en blanc ; 93 rappel du titre et titre de la seconde partie ; p. 95 prologue de cette partie, jusqu'à 101 ; 101 à 337, texte de cette partie, suivie du cri « Vive L'amour », 338 à 344 sont en blanc ; 345 commence par : « Quant est des quiétudes. Scachez que » et ce texte va jusqu'à la page 360 ; 361 à 368 sont encore en blanc ; 369 débute ainsi : « De la vie intime. / D'autant » et cette suite termine le manuscrit, à la p. 412.”

Tenter une datation approximative comme une relative localisation de ce livret par analyse des pièces des six parties reliées ensemble du volume [229] ne permet pas au P. Willibrord « d’obtenir une donnée précise ». Passant de la critique externe décevante à celle du contenu, l’intérêt du manuscrit lui apparaît alors pleinement – et nous a poussés à le lire :

Comparaison avec l’imprimé

Le P. Willibrord compare assez précisément l’imprimé au manuscrit dont il a repéré l’intérêt (ce qui n’exclut pas une découverte toujours possible de manuscrits parallèles [230] :

“Comme il a été impossible de déceler l'âge et la provenance de l'écrit, on pourrait croire qu'il s'agit là d'une simple copie sur l'imprimé, donc sans intérêt réel. Mais nous avons été frappé dès l'abord par une première divergence entre ce manuscrit et le grand ouvrage du mystique capucin. Ce chef-d'œuvre, dans toutes ses éditions imprimées (1623-1629-1643-1649, etc., 1932 pour le français ; 1623 et 1698 pour le latin) s'appelle : Les Secrets Sentiers de l'AMOUR divin. Or notre manuscrit dit : Les Secrets Sentiers de l'ESPRIT divin. C'est déjà une première différence. Si nous avançons dans la suite du texte, nous ne manquons pas d'en relever bien d'autres.

“D'abord les deux passages qui ouvrent le traité, “A Dieu Tout Puissant” (1932, p. 14) et “Aux âmes dévotes” (1932, p. 16) sont plus longs dans le manuscrit, et plus ou moins interpolés de l'un en l'autre. De plus, le prologue des éditions imprimées n'existe pas dans notre manuscrit (1932, p. 19 à 39). Mais considérons le corps de l'ouvrage. Le Ms., à la p. 9, porte : « Les voyes secrettes de l'Esprit divin. Première Partie contenante certains points nécessaires à ceux qui veulent commencer à s'appliquer du tout au vray amour de Dieu, et de la nécessité de son Esprit divin. » Comparez avec le titre des éditions imprimées (1932, p. 43),

« Première partie contenante aucuns préambules ou points plus, principaux, nécessaires d'être sus et exercés par celui qui veut s'avancer au chemin de la perfection. » A la suite de ce titre, le manuscrit donne sa table (p. 10). Regardons-là en même temps que celle des éditions (1932, p. 40-41) :

“MANUSCRIT :

Du but et de la fin finale du chemin de la perfection.

“Chapitre 1. Premier point nécessaire à la Perfection de la cognoissance de Dieu et de soy-mesure. Chapitre 2. De l'humilité, montrant la nécessité que nous avons d'icelle. Chapitre 3. Humilité que c'est. Moyens pour acquérir la vraie humilité. Second point nécessaire à la perfection [nos italiques faisant ressortir les différences]. Chapitre 4. De la mortification. Troisièsme point nécessaire à la perfection de l'amour divin. Chapitre 5. Moyens pour acquérir l'amour divin. Chapitre 6. Aucuns advis touchant le chemin de la perfection, et de l'oraison mentale.

“IMPRIMES :

“Chapitre 1. Du but et de la fin prétendue en tout ce chemin du divin amour. Chapitre 2. De la connaissance de Dieu et de soi-même. Chapitre 3. De l'humilité. Humilité, que c'est. Moyens pour acquérir l'humilité. Chapitre 4. De la mortification. Chapitre 5. De l'amour divin. Chapitre 6. Aucun avis.

[…]

“Pour ce qui est de la deuxième partie voici leur titre mis en parallèle :

“MANUSCRIT:

“Seconde partie, contenante une briève mais entière deduction de tout le chemin de la vraye Oraison mentale, avec tous les estats et passages qui s’y rencontrent. (p.93).

“IMPRIMES :

“Seconde partie contenante une entière description et poursuite de tout le chemin d'oraison mentale par lequel on va à Dieu et parvient - on à la jouissance de son divin amour ; avec les degrés, états et opérations que l'on y rencontre. (1932, p.103).

D'apparence on croit trouver tout à fait la même matière. Mais si l'on compare un tant soit peu les deux textes, on constate une divergence plus grande encore que pour la première partie, en même temps qu'un réel parallélisme au fond, et de grandes pages textuellement identiques. Contentons-nous de comparer les deux tables de chapitres. Les quatre premiers ont des titres à peu près communs ; à partir du cinquième, on rencontre la différencele Ve du MS (p. 187) correspond au IXe des éditions ; le VIe (p. 212) au Xe; le VIIe (p. 272) au XIIe, et à la p. 301 le manuscrit porte un « Amen » terminal. Mais il ajoute (pp. 302 ; 305 ; 345 ; 369 et 401) des passages qui n'ont pas l'air de se faire suite entre eux, ni de correspondre aux chapitres XIII à XVI que nous trouvons dans les éditions imprimées. […]

L'on sait par ailleurs (dom A. Julien nous l'affirme apud R.A.M. 1932, p. 412-415) que des copies d'un brouillon préparatoire à l'édition circulaient bien des années avant l'impression première des Secrets Sentiers en 1623 Pas de doute, semble-t-il, que notre manuscrit ne soit un des premiers états de cette œuvre. […]

Après avoir souligné combien les deux textes divergent, l’érudit père Willibrord conclut : « Pas de doute, semble-t-il, que notre manuscrit ne soit un des premiers états » des Secrets sentiers publiés [231]. Sa brève, mais précieuse note nous a incité à déchiffrer le manuscrit car nous avions déjà largement apprécié l’édition de 1623. Puis, appréciant sa fraîcheur et l’élan qu’il peut nous communiquer, à le transcrire.

Analyse du contenu

Constantin se propose de révéler « les voies les plus reculées de la connaissance des mortels » données par Dieu :

« C'est un secret, et à l'oreille que je désire les vous dire, craignant que les inexperts ou incrédules d'une si grande bonté divine ne sachent croire que ces choses sont si faciles à qui s'emploie à les chercher [232].

« Car Dieu de son côté nous le veut donner, nous invite à le rechercher, et jamais ne manquera à ceux qui le cherchent en vérité : « Je suis, dit-il, à la porte de vos âmes, et je heurte, attendant si quelqu'un me la veut ouvrir, et celui qui me donnera entrée chez soi, je viendrai et ferai un banquet avec lui en son âme [233] ».

§

Nous donnons dans les vingt pages qui suivent de nombreux et assez amples extraits. Outre le choix de telles « bonnes feuilles », cela souligne l’intérêt concentré sur des chapitres de la seconde partie du manuscrit ; on est ainsi encouragé à surmonter de premiers envois « à Dieu » et « à l’âme fidèle » puis à s’habituer au ‘style ‘rocailleux’. Nos extraits couvrent surtout la dernière moitié manuscrite, entre les pages (m158) et (m294).Le thème amoureux de la « supposition impossible »

Entre tous les moyens, « l'amour est l'exercice principal et le premier de tous qui rend tous les autres faciles, adoucissant toutes difficultés » et « l'amour est le pied, au moyen duquel il va en avant, et celui qui n'aime, ne chemine point aussi » : le terme d’amour sera constamment repris [234].



Le thème amoureux de l’extrême « supposition impossible » est présent par deux fois :

« Il faut encore avec telle pureté et sincérité chercher cet amour qu'encore qu'on saurait que Notre Seigneur ne nous voulût pour sien, ains [mais] plutôt qu'il nous voulût perdre à jamais, encore que n'aurions jamais reçu aucun bénéfice de lui, encore que n'espérions rien ni après ni Paradis, ni grâce ni gloire, [même ain]si voudrions-nous lui servir, chérir et caresser de toutes les forces de notre âme, le connaissant vraiment digne de tout honneur que lui voudrions faire [235].

Comment cela est-il possible sinon par une expérience mystique donnée par grâce ?

« …la connaissance expérimentale qu'elle reçoit de l'amour, bonté, dignation [bienveillance] de Dieu en son endroit, lui donne un objet si aimable, si désirable, si solide et si efficace en son esprit qu'elle est enseignée à exercer les actes d'un amour le plus purifié qui lui est possible, inclinant son cœur à le désirer, chérir et à le servir de tout son désir, comme bien souverainement aimable, si digne de toute gloire, honneur et louanges ;

Ce qui « semble bon sans autre pourquoi » : sans qu’un don, secondaire en comparaison de ce qu’elle a reçu par « dignation », soit nécessaire :

[…] que combien même elle n'aurait jamais rien reçu de lui, ni grâce [particulière], ni gloire, ni paradis ni enfer, [ain]si voudrait-elle le servir, l'aimer et le désirer de tout son cœur, pour ce seulement qu'il est digne, ou bien pour toute raison parce qu'elle le veut ainsi, et que cela lui semble bon sans autre pourquoi ! [236].

Il existe une condition « pour arriver à cet amour divin » en attente :

Croire indubitablement que ce grand Dieu est intimement dedans nous en notre esprit et n’est pas besoin de l'aller (m57) chercher au Ciel par sublimes conceptions ni par discours des choses saintes ; car il habite en votre esprit comme en sa propre image, et ne s'en retire jamais, ne désirant que de se pouvoir donner à connaître à votre âme, et lui communiquer ses grâces, son amour [237].

Sachant qu’Il est présent en notre esprit il ne reste…

… plus rien que de voir le moyen de se dépêtrer peu à peu de ces imaginations grossières et extérieures de l’humanité de Notre Seigneur, (m71) apprenant à le concevoir présent en son âme au sommet de son esprit, et toujours cheminer ainsi en sa divine présence, sans descendre aux opérations de l’imagination.

Alors :

Dieu nous tire d'un degré à l'autre, tellement peu à peu et avec telle coopération nôtre, que l’on les passe sans distinguer ou remarquer, sinon après que l'œuvre est faite. [238].

En résumé :

Dieu est un bien infini, la source, l’origine et fontaine de tout bien, lequel est présent intimement à notre âme […] de sorte qu’il n’est pas besoin de chercher Dieu trop loin de nous […] Il est à la porte de notre cœur, (m105) attendant là si quelqu'un lui doit ouvrir, pour le pouvoir combler de ses grâces [239].

Là-dessus vous devez savoir qu’entre les œuvres que Dieu a faites hors de nous en ce grand monde, il y a encore d’autres qu'il fait dedans nous, et que nous expérimentons nous-mêmes, savoir est l'opération de sa divine grâce en notre âme, nous faisant connaître par propre expérience sa bonté, sa miséricorde, sa libéralité et sa grande dignation en notre endroit.

Et telle connaissance ici de Dieu établie ainsi en nous parce qu’avons ressenti et expérimenté en nous-mêmes, et non pas seulement par ouï-dire, (m141) comme elle est au dernier point d'assurance et de certitude, aussi est-ce le moyen de connaître le plus parfait et accompli, le plus solide, le plus ferme et le plus certain que l'on pourrait avoir [240].

La « méthode » consiste en une continuelle oraison : pourrait-elle être discontinue et inférieure à ce que nous éprouvons dans un amour humain ?

N’avez-vous jamais aimé une créature au monde ? Souvenez-vous combien il vous était agréable de penser à icelle, comme rien ne nous en pouvait empêcher, comme notre cœur y était porté […] vous commencerez à faire que tout le jour entier, voire toute votre vie, vous sera une continuelle oraison, persévérant à savoir ainsi en continuel mouvement d'amour et de désirs intérieurs vers Notre Seigneur à toute heure et à tout moment, en tout temps et en tout lieu [241].

De la méditation à l’élévation d’esprit vers l’Unité

Ici au moment du passage de la méditation à l’élévation d’esprit ou contemplation, se pose le passage à l’acte : doit-il être volontaire ou non ? ce point se résoud par un juste milieu :

Car c'est ici le point tant débattu, de savoir s'il est licite de faire ceci [se dépêtrer un peu des images] de soi-même et quitter ainsi la méditation des Mystères sacrés pour s'appliquer du tout à la recherche de Dieu spirituellement en son Esprit, [sans] que l'on y soit intérieurement invité par l'abondance de la grâce et d'opération divine : la plupart tenant que non et que c'est même pure tromperie que de dire le contraire. Et de là puis après vient que mille et mille personnes (m158) demeurent ici arrêtées, sans jamais passer plus outre, ou certes seulement après un long temps extrêmement, pour n'oser aucunement s'ingérer eux-mêmes aux choses ulté­rieures.

Constantin s’écarte nettement d’une quiétude mal comprise car on peut coopérer au travail de la grâce sans risque de s’y substituer.

Sachez donc que, touchant donc ce que trouverez ainsi quelques livres, qui vous diront qu'il faut attendre que Notre Seigneur nous tire par sa grâce à ces choses qui tiennent ainsi du plus relevé que la considération des Mystères de l'humanité de Notre Seigneur, et nullement s'ingérer de soi-même : il les faut entendre avec discrétion, que toute présomption en soit tellement exclue et bannie, que pourtant la coopération que nous devons apporter aux grâces divines, n'en soit point forclose [interdite].

Il est tout certain que cet esprit, cet amour, ou cette présence divine que vous désirez, et pour laquelle vous aspirez et le jour et la nuit, [il] ne sera pas en votre possibilité naturelle de l'acquérir par aucun effort ou industrie que (m159) pourriez oncques [jamais] y apporter, mais dépend du tout de la bonté divine de la nous donner, par une infusion de sa grâce. Et c’est ce que veulent dire ceux qui en parlent le plus pertinemment, le tout en l’attente de la divine attraction.

Mais au reste, de dire que ne pourrions-nous y disposer par notre propre diligence, fidélité et coopération, cela ne se peut aucunement soutenir. […]

Pour l’ordinaire, cette coopération peut même faire appel à l’exercice d’aspiration, pratiqué assez largement à l’époque par exemple chez des carmes de la réforme française dite de Touraine [242] :

Dieu opère avec nous conformément aux exercices que prenons, soit pour les exercices de la vie active, soit pour l'exercice intérieur d'amour ; et partant si on doit arriver à cet Amour divin, il faut qu’on apprenne à s’écouler en Dieu avec les actes de nos trois puissances supérieures de foi, d’espérance et d’amour.[…] C'est pourquoi il faut que cheminant toujours en avant, nous traitions maintenant plus outre d'une disposition encore plus immédiate [sans intermédiaire] que les précé­dentes pour arriver à la jouissance de la présence de Dieu et de l'opération de son divin Amour, à savoir de l’exercice de l’aspiration, qui est (m161) un exercice spirituel, par lequel l'âme, se retirant tout en son cœur, s'efforce de s'élever plus outre à Dieu, par dessus soi-même, non plus par aucunes imaginations, mais selon que réellement, essentiellement et par soi-même il est présent à chacun de nous, désireux de se communiquer à nous au sommet de notre esprit par l'infusion de ses grâces […]

Constantin s’oppose à ‘l’oisiveté’, reproche justifié chez certains quiétistes déviants ; il suggère de se remémorer une expérience mystique passée puis de « captiver » son entendement, tenir en laisse la folle du logis, afin de s’élever à Dieu d’un vol léger :

Non pas que l'on doive être intérieurement oisif, attendant que Dieu fasse tout, mais c'est s'approchant de Dieu par amour, et le venant à connaître par expérience propre en son âme, au lieu de la vivacité d'entendement que l'on appliquait à diverses bonnes considérations, on les restreint maintenant à certaines intérieures espèces obscures, non pas imaginées, mais restées de l'expérience que l'on a eue du ressentiment [expérience] de l'opération divine. […] Alors, (m166) ne cheminant plus que de la partie amative, on s'efforce de captiver son entendement quant aux discours, pensées ou intelligences de quoi que ce soit, et certaines intérieures espèces, énigmes ou idées, avec l'aide desquelles la volonté ou partie amative s'aide à se dépêtrer de la terre et de tout ce qui est d'inférieur, pour joyeusement, amoureusement et d'un vol léger s'élever à Dieu […] 

Décision prise, la dynamique d’une vie intérieure se met en route. Le pèlerinage est décrit en de belles pages comme une ascension jusqu’au repos, « lieu où habitent les désirs de son cœur » :

Elle [l’âme] poursuit, elle patiente, elle attend, elle espère ; et en fin pendant toutes ces choses elle ressent quelquefois comme, outre son effort en son industrie propre, Notre Seigneur lui communiquer l'aide de sa divine opération, lui facilitant ses actes, lui renforçant le courage. Et en cette sorte poursuivant son chemin, ayant toujours l'œil de son désir vers le haut de l'esprit, elle s'aliène de la terre, elle monte à la montagne du Seigneur, et finalement arrive aux opérations de l'Esprit, là où, sans images d'aucuns Mystères, (m172) l'âme est introduite tout dans soi-même plus intimement que ni tous les sens extérieurs ou intérieurs, ni que son effort ou pouvoir naturel pourrait porter. […] Et là, avec grande paix, quiétude et silence, la vue de son désir fort éclairée, elle se met en la présence de cette souveraine Majesté, […] l'appréhendant en son (m173) esprit comme idée d'un Être infini au-dessus de soi, surpassant toute sa capacité, élevant à lui son cœur comme au seul objet de son désir et tout le sujet de son amour, ne forgeant autre conception de lui que de son bien, son désir, son amour, sa vie, son tout, […] elle demeure ainsi en soi-même attentive à désirer et ressentir l'opération du divin Amour en elle, rapportant sans cesse toutes ses pensées à rechercher en son esprit la présence et la face de celui qui est tout son bien, Notre Seigneur, par ses dignations infinies, trouvant cette âme ainsi vide, libre et disposée de tout autre chose si qu'elle ne désire et n'attend autre que lui seul, auquel elle a mis tout son cœur, tout son trésor et toute son attente, ne peut manquer à lui infondre toutes sortes de grâces avec l'opération de son Amour divin. […] c'est chose incroyable des occultes opérations de Dieu, qu'elle y trouvera des chemins inconnus, qu'il lui montrera des connaissances infuses qu'il lui donnera, des inusitées affections qui lui seront communiquées, et des désirs ardents dont sa volonté sera enflambée ! […]

Mais ce sera Dieu qui, par l'infusion de ses grâces, illuminera son âme de toute sorte de divines connaissances qui lui sont nécessaires. Et de ces lumières infuses, il la fera passer au repos de l'amour et de la fruition de la présence de l'Esprit divin, selon que porte cet état ici, là où, demeurant ferme par une adhésion (m177) tranquille, et reposée pour avoir trouvé la région de l'Esprit divin, lieu où habitent les désirs de son cœur, [elle] attend là sa divine opération, comme elle y est assez fréquente. [243]

Le chapitre 4 que nous avons privilégié se poursuit au chapitre suivant par une comparaison avec la montagne « où demeure le Dieu de Jacob » :

C’est ici que le cœur ou la volonté de la créature commence à devenir le tabernacle, le temple et le domicile de Dieu, dans lequel il versera d'ici en avant tant de grâces et tant de sincères ressentiments de son divin Amour qu'il semblera à notre créature qu’elle portera avec soi le Paradis, […] état de si merveilleuse pa[ix][244], tranquillité et de repos intérieur, que ri[en] de plus admirable qu’un tel accoisement [245] de toute chose en cette âme, tout le reste des autres puissances demeurant assoupi[es], outrepassées et comme insensibles, et s’appliquant en cette région toujours ainsi immédiatement à Dieu, et s’efforçant singulièrement de se solider en l’unité de l’Esprit. […] l’état de la présence de Dieu, région de l’Esprit divin, ou bien région déiforme.

L’Unité est soulignée, sans attention du regard intelligent, mais par un actif sentiment éprouvé au centre de l’âme :

…l’âme ne doit pas se forger rien de déterminé en son esprit, à quoi elle s’adresse comme à son Dieu, son Seigneur, etc. Mais elle doit entendre que l’union est faite tout au cœur, ou au centre de son âme, et que tout ce qu’elle voit sans soi, est la région divine […] ce n’est pas par une vue, ou par un regard intérieur de la simple intelligence directement attentive à considérer Dieu présent, que cette jouissance ou union se passe, mais par un actuel ressentiment au centre de son âme, par un témoignage assuré de sa proximité et présencialité [246] causée par lesdits traits divins.

…Devant lequel actif sentiment tout le reste, manifestations, effets advenants, ne sont que des accidents, des faiblesses de la nature à contrôler :

…tout ce qui paraît ainsi au-dehors n’est rien qu’un effet ou accident extérieur nullement à estimer ni à désirer (m198) puisque sans tels accidents on peut fort bien jouir de la substance et des fruits de ce divin trait d’infusion divine ; voire plutôt est à suivre et prier Notre Seigneur de réformer tels effets extérieurs advenants, qu’il permet arriver, pour être trop paraissants aux yeux des hommes, qui n’admirent que semblables choses extraordinaires.

Et les exagérations des témoignages d’amour ne sont qu’éblouissement devant la noblesse d’essence :

Jaçoit [bien] donc que vous oyez ou lisez les exagérations du divin Amour en cet état, ne vous trompez pas, comme si l'âme devait s'y arrêter, car bien que l'on écrive avec tant de paroles enflambées, ce n'est pas néanmoins que l'on veuille exprimer le ressentiment ni la faire attacher à la saveur qu’il porte avec soi, puisque ce n’est qu’un effet que l’on doit négliger, mais c’est que l’on s’efforce de le décrire en sa noblesse essentielle, et que l’on ne sait sinon avec semblables paroles. Sachez donc que c’est à l’Esprit tout pur, nu, abstrait et séparé de tout ce ressentiment d’amour, que l’on a au terme, (m203) que l’on doit s’arrêter en cet état, et non pas à l’amour dont la partie amative est remplie.

Il s’agit d’être « transformé en l’Esprit » et non d’éprouver, comme l’indique la suite du même texte :

Le progrès dont de cet état doit forme est de se perdre, de se plonger et de se transformer tellement en Dieu que l’on ne sache plus que c’est d’amour, devenant si Esprit que l’amour soit lais[ssé] fort loin derrière en bas au cœur ; et qu’ainsi transformé en l’Esprit divin, voyant on ne voit point, sentant on ne sent point, écoutant on n’oye point, pour la grande aliénation de soi-même en l’Esprit divin.

Et vous « n’aurez pas Dieu comme distinct de vous », mais élevé « en une vastité […] en Dieu par-dessus toute forme, être et distinction » :

Si donc vous désirez savoir ce (m206) qu’entre tant de faveurs, de grâces et de caresses vous pouvez remarquer pour votre avancement, c’est qu’étant retourné à vous-même, en votre industrie propre, vous preniez garde de ne pas coopérer avec Dieu, vous constituant en sa présence en telle forme que le teniez présent à vous comme distinct et un autre que vous, auquel vous vous adressiez et teniez mille propos, mais vous ressentant en votre centre à la façon qu’opérait en vous le trait divin, auquel, comme j’ai dit ci-dessus, vous ramassiez là un recentre de votre âme et l’Esprit divin, et tout ce qu’il y a identifiant, c’est-à-dire unissant ce tout avec votre être, et coopérant en cette sorte à votre avancement ; et ainsi n’aurez pas Dieu comme distinct de vous, mais comme identifié avec votre être […]

[Il faut] remarquer ce que j’ai dit [247], que de ne se pas former un tel intérieur, auquel Dieu et vous soyez deux distincts, mais vous unissant par ensemble au centre, votre élévation après soit toute gaie, joyeuse et sereine (m208), mais bien sublime [248] en une vastité, amplitude de chose, ne cherchant que de reposer en Dieu par-dessus toute forme, être et distinction, par-dessus toute parole, encore même mentale, par-dessus toute action forme autre qu’une oblation représentation entière de tout votre être déifié, en la présence de cet Esprit invisible, identifiant, ramassant et rabaissant en bas, en votre centre tout ce qui se peut ramasser venant de l’esprit, pour rester au-dessus tout élevé en l’unité de l’Esprit divin, non pas oiseux, mais tout en action, au cœur ou volonté, afin de là le sentir en actions et mouvements, et non pas endormi ou insensible [249].

L'âme jusques au bout de ses forces

Après la découverte rendue possible grâce à l’Amour divin qui se manifeste en premier à l’homme vient l’apparente absence de l’Amour. Il s’agit d’une « nuit ». Suit donc le grand renversement « difficile sans doute à passer » - non sans avoir préalablement averti l’âme et obtenu son consentement :

Finale­ment donc, après plusieurs petites épreuves, Dieu, la voyant forte et courageuse, entièrement dépêtrée de l'affection de la terre, résolue de Le suivre quoi qu'il lui puisse coûter de peines et de fatigues, et de ne [pas] L'abandonner pour dur et austère qu'Il se montre en son endroit, et surtout la reconnaissant forte assez pour l'opération qu'Il veut faire en elle, lui met une incli­nation secrète de se remettre, abandonner et se jeter du tout en Sa disposition divine, pour faire d'elle selon Son bon plaisir en temps et en éternité, et ne désirant que de Lui com­plaire à quel prix que ce soit.

Et après avoir finement tiré son consentement total, commence à la mettre en un état auquel il faudra qu'elle endure merveilleusement, et d'au­tant que c'est ici un des plus fâcheux passages et (m216) rencontre [250] pénible de toute la vie spirituelle que ce pré­sent état de privation […], Dieu ayant coutume de mettre ici l'âme jusques au bout de ses forces et de lui en donner autant qu'elle en puisse porter […] la prive premièrement de toutes les opérations supérieures de l'esprit et de toute occupation de son divin Amour, qu'elle soulait [se satisfaisait d’]avoir, la remettant au plus bas de ses puissances inférieures, là où elle se trouve si remplie de soi-même, si éloignée de la région divine que l'opération de Dieu quasi ou point du tout ne se peut res­sentir ; [251].

Suit la description d’un état de « martyre ». La raison 

…est qu’il la veut conduire à un état auquel elle ne pourra plus s’adresser à Dieu comme distinct d’elle [252] ou comme un autre second, mais auquel, par grâce, tout son être, son fond et son opérer sera tout identifié avec celui-là auquel auparavant elle soulait [se satisfaisait d’]adresser tous ses désirs, ses affections et ses actes d’amour ; et partant il est nécessaire que cette façon de s’adresser à Dieu comme second entièrement distinct d’elle, lui soit ôté : autrement (m226) elle s’y voudrait toujours maintenir.

Dieu donc la voulant par cette opération changer, lui ôte le moyen de se pouvoir plus écouler en lui par amour ; par ainsi il faut qu’elle sache que jamais plus il ne se communiquera à elle comme il faisait et voulait au haut de son esprit en la manière comme auparavant. […] il faut que le tout se passe par l’accoisement [le repos], tranquillité, et la paix qu’elle conserve (m228) en soi-même, et non autrement, comme par moyen propre et unique pour cet état présent de s’en dépêtrer. […] La raison est que par cet accoisement, l’esprit, qui est tout le supérieur de l’âme, se regagnera peu à peu non pas en s’élevant par actions y tendant directement, mais plutôt pour dire ainsi, icelui descendant en ce fond ;

L’évocation de représentations sensuelles qui nous parlent moins aujourd’hui s’achève sur une comparaison forte où Constantin évoque concrètement notre révolte :

Avez vous jamais vu un chien enragé qui, ne pouvant arriver à celui qui le frappe, se prend au bâton dont il est frappé. Ainsi cette nature humiliée jusqu'au bout, délaissée toute à soi-même, remplie de sa malice, agitée quelquefois de colère, de rage, d'impatience, se voudrait bander contre Dieu, et contre tout indifféremment, sa malice ne (m232) respectant personne, mais n’y pouvant aborder [car] empêtrée de l'esprit, se ronge, se passionne et se dépite toute en soi-même contre la pressure et l'angoisse qu'elle ressent.

Avec un brève consolation lorsque « petit à petit tout va de mal en pis » :

Et puis sachez que si bien en l'état précédent vous viviez en si grande assurance de l'Amour divin, vous étiez néanmoins la même que vous êtes maintenant, et aussi imparfaite que pour l'heure vous vous ressentez.



Enfin on va sortir de cette nuit (le mot n’est jamais utilisé par le très positif Constantin), mais très progressivement et nous lui laissons parole :

La nouvelle opération du divin Amour

…c'est maintenant en ces états qui suivront auxquels ne pouvant plus opérer d'action formée, tout l'effort, toute l'industrie et tout le coopérer qu'elle pourra y apporter, sera de se tenir gaie, joyeuse, contente et allègre au-dedans, et avec telle disposition passer toutes les rencontres fâcheuses qui se présenteront en son âme. (m260). Avec cette paix et joie selon l'Esprit au milieu des angoisses de la nature, elle se dispose le plus immédiatement qu'il lui serait possible au ressentiment de la nouvelle opération du divin Amour au plus intime de son centre ; […] et à cet effet se tient insensible aux choses inférieures, se tient légère et prête à s'envoler en Dieu, si le moyen lui en était donné. Mais quoi, il n'y a moyen d'y aborder : aussi n'est-ce pas ici encore la fin.

[…elle ne peut] rien faire autre chose pour tout, que bien doucement, humblement et pacifiquement s'humilier, s'abaisser et se plonger en une profondeur sans fin, sans fond et sans mesure qu'elle appelle son néant, et ainsi s'humiliant elle s'exerce comme un ramas[253] de toute sa mesure intelligible en un point ; tout immédiatement après quoi sans aucun milieu ne ressentira au-dedans de soi, et dedans le pourpris [254] de son être créé ou naturel, une autre capacité qui n'a ni borne ni limite, comme une région d'amplitude, d'étendue infinie, laquelle chose ainsi immense n'est pas comprise de l'entendement.

Et depuis cette introduction en une telle amplitude intérieure, tout ce qui se passe et s'y agit avec Dieu, se fait d'une façon passive, recevant seulement et non coopérant.

Et voici pourquoi tous les mystiques et spirituels veuillent toujours appeler cet état ici passif, d'autant qu'ils expriment si clairement que tout ce qu'ils en reçoivent est purement infus de l'Esprit divin, ayant tellement outrepassé les limites de leurs puissances naturelles et perdu l'activité d'icelles qu'il ne reste plus rien d'elles que la capacité de recevoir, d'être mus et d'être remplis, et non d'agir, se mouvoir ou coopérer de soi-même.[255].

Enfin le dernier chapitre [256] poursuit en explicitant une suite infinie des états.

Ayant à traiter de ce dernier état [La nouvelle opération du divin Amour], je veux être autant bref que Dieu y est abondant en ses opérations divines. Car comme il possède intérieurement en cet état la créature, en usant comme de son instrument du tout façonné à son divin vouloir, il la remplit tellement de soi-même que c'est lui qui la meut et l'anime en ses opérations. Et laquelle partant n'a pas beaucoup besoin de nos lois ou instructions (m273) après qu'elle aura passé les premiers commencements de cet état, et qu'elle y sera un peu habituée. […]

Dieu resserrant merveilleusement cet esprit dans ses bornes, qui volontiers s'élèverait à Dieu par-dessus soi, tout ce qui lui peut venir d'élévation, méditation, imaginations, élévations internes, ou pensée de quoi que ce soit, doit être doucement négligé, et là laissé pour demeurer tout en soi-même en sa partie supérieure, en une paix et sérénité d'esprit, quoique pauvre et dénuée de toute chose, voire de Dieu même, sans élévation, sans imagination (m275) et sans occupation autre qu'une solitude intérieure, […] elle entre dans l'être divin comme dans une région de merveilleuse amplitude […] n'y trouve que Dieu, et plus rien de soi-même, encore qu'elle voudrait […]

L'âme aimante ne perd jamais son être essentiel de nature humaine pour se revêtir de l'être (m285) divin. Mais elle perd son être naturel quant à sa corruption accidentaire et quant à ses opérations naturelles, étant revêtue du nouvel homme, qui est créé selon Dieu en justice et sainteté de vérité comme dit saint Paul aux Ephésiens […]comme dit Tauler après d'autres Pères spirituels, et expliquant commodément ces choses par la similitude du fer, charbons ardents, de l'air illuminé des (m286) rayons du soleil, de l'eau jetée en petite quantité dans un vaisseau de vin, et semblables ; […]

quant aux actes extérieurs, la personne opère toujours à la façon ordinaire des autres hommes, selon que porte l’exigence des vertus morales, réservé seulement que son comportement extérieur est plus doux, modeste, gracieux, bénigne, paisible et posé que celui des autres, et comme elle est si toute passée en l'Esprit divin, si identifiée avec Dieu qu'elle se semble à la manière susdite, Dieu, déifiée et toute divinisée, Dieu lui étant soi-moi, sans avoir d'autre distinct de soi, à qui elle se puisse adresser comme à son Dieu, son Seigneur, etc. Car elle se voit soi-même être Tout, ou bien un grand Tout être soi-même, pour la grande ressemblance qu'elle a avec Dieu, à la façon que le feu brûlant semble (m290) plutôt être feu que non pas fer ; et si elle chante les louanges divines, c'est soi-même qu'elle loue, c'est-à-dire celui qui est fait soi et son moi par grâce […]

Après donc ces merveilleux élèvements, cette si grande connaissance, Dieu la laisse peu à peu retourner à elle, revivre la vie ordinaire des exilés de ce monde, la faisant descendre jusqu'aux premiers degrés de cette région déiforme ; de là encore plus bas hors d'icelle, tout en soi-même, jusques que même au plus bas de la nature inférieure, et en si grande pauvreté et privation de toute grâce (m294) qu'elle fut dernièrement avant cette jouissance divine ; avec cette différence toutefois de son côté, qu'ayant ainsi eu l'expérience de la fin de cette œuvre, elle est hors de tant de doutes qui l'accablaient la première fois qu'elle y passa, n'y trouvant pas tant de difficulté, comme ayant trouvé ce secret, et sondé le fond de cette pauvreté. […]

Et toujours ainsi par vicissitude jusqu'à la mort. [257].

Synthèse

Constantin offre un aperçu couvrant la vie mystique dans son ensemble et sur sa durée. Il précise, avec une autorité qu’il affirme dès son envoi « à Dieu tout-puissant », le schéma traditionnel des trois voies, en lui donnant chair.

D’abord la découverte, rendue possible grâce à l’Amour divin qui se manifeste en premier à l’homme. Découverte qui n’exclut pas une mise à disposition de ce dernier par sa vigilance, l’attention amoureuse en miroir du don reçu.

Ensuite l’apparente absence de l’Amour est absolue et nécessaire pour couper à tout attachement. Elle est mal vécue. Il s’agit bien d’une « nuit », mais le terme s’est prêté à trop de développements emphatiques pour qu’il apparaisse chez unrhéno-flamand optimiste. Par contre ce dernier évoque une révolte bien concrète.

Puis une lente renaissance, état renouvelé, divinisation. Là l’âme est bien la même, mais elle perd toute vision d’elle-même, - est-elle encore et Dieu même ? L’âme demeure « en une paix et sérénité d'esprit, quoique pauvre et dénuée de toute chose, voire de Dieu même, sans élévation, sans imagination ». Cet état n’exclut pas des aller-retours, les descentes et remontées comme dans un ascenseur, mais cette fois les descentes seront « hors de doute. » Il s’agit finalement d’être assoupli comme un cuir que l’on tanne et d’apprendre à reconnaître l’infinie diversité des états.

On ne trouve guère un exposé comparable par sa complétude - déjà présente dans ce premier jet, elle sera approfondie dans l’Anatomie -, sauf peut-être chez madame Guyon : ses Torrens présenteront sous une comparaison empruntée à la belle nature un parallèle lyrique à l’exposé de Constantin.

Deux points  nous sont chers : (i) ce n’est pas seulement l’homme qui perd pied, mais l’obstacle d’une dualité disparaît, car au retour de l’épreuve « Dieu » ne peut plus être perçu comme distinct. (ii) des aller-retours sont vécus «  toujours ainsi par vicissitude jusqu'à la mort ».

Table

AVANT-PROPOS 9


UN MYSTIQUE SPÉCULATIF FLAMAND D’EXPRESSION FRANÇAISE 15

Une rude époque 15

La vie capucine 19

Influences reçues et transmises 25

Expérience et compréhension mystique 28


SECRETS SENTIERS DE L’ESPRIT DIVIN 33

INTRODUCTION 35

La source 35

Comparaison avec l’imprimé 37

Analyse du contenu 41

Le thème amoureux de la « supposition impossible » 42

De la méditation à l’élévation d’esprit vers l’Unité 46

L'âme jusques au bout de ses forces 55

La nouvelle opération du divin Amour 58

Synthèse 62

Page manuscrite de l’Esprit divin 65

Avertissement 66


LES SECRETS SENTIERS DE L’ESPRIT DIVIN 70

A Dieu tout-puissant souverain roi du ciel & de la terre 71

À l'âme fidèle désireuse de ces secrets sentiers de l'Esprit divin. 73


LES VOIES SECRÈTES DE L'ESPRIT DIVIN. PREMIÈRE PARTIE 77

contenant certains points nécessaires à ceux qui veulent commencer à s'appliquer du tout [tout à fait] au vrai Amour de Dieu, et de la recherche de son Esprit divin. 77

Du but, et de la fin finale du chemin de la perfection. Chapitre 1. 78

Premier point nécessaire à la perfection de la connaissance de Dieu et de soi-même. Chapitre 2. 84

De l'humilité, montrant la nécessité que nous avons d'icelle. Chapitre 3. 87

Humilité que c'est. 91

Moyens pour acquérir la vraie humilité. 92

Second point nécessaire à la perfection, de la mortification. Chapitre 4. 94

Troisième point nécessaire à la perfection de l'amour divin. Chapitre 5. 103

Moyens pour acquérir cet amour divin. Chapitre 6. 105

Aucuns advis touchant le chemin de la perfection et oraison mentale. 112

Premier advis 112

Second advis 114

3. Advis 117

4. Advis 120

5. Advis 123

6. Advis 124

7. Advis. 125

8. Advis 126

9. Advis 127


LES SECRETS SENTIERS DE L’ESPRIT DIVIN, SECONDE PARTIE 129

contenant une brève mais entière déduction de tout le chemin de la vraie oraison mentale, avec tous les états et passages qui s’y rencontrent. 129


Prologue. 130

Sommaire et abbrégé de tout le chemin de l’oraison mentale. Chapitre 1. 135

De la Méditation. Chapitre 2. 141

De l’origine de la méditation, que c’est, et comment on la doit faire. 143

D’une autre façon de Méditation propre à ceux qui déjà quelque temps se sont exercés en la précédente. Chapitre 3. 154

De la montagne de la vraie oraison mentale ou bien de la vraie élévation d'esprit. Chapitre 4. 168

De la présence de Dieu ou bien de la région déiforme. Chapitre V. 189

De l’état de privation ou soustraction des grâces divines, qui est la disposition immédiate pour le dernier état de la perfection. Chapitre 6. 207

Du dernier état de la perfection qui est la jouissance du vrai Esprit de Dieu, ou bien de la vie superessentielle. Chapitre 7. 243


Avis spirituels. 258

Parler de Dieu à l'âme par lequel il enseigne l'exercice d'aspiration et ses conditions. 260

La substance de l'expérience 260

Conditions de l'exercice. 260

1. Intimement, 260

2. Simplement. 264

3. Confidemment. 265

4. Librement, en joie et en repos. 269

5. Irréfléchissement. 273

6. Fidèlement. 275


Avis sur ces six conditions pour obvier à la crainte de multiplicité qu'on en pourrait avoir. 278

Quand est des quiétudes. 279

Des trois étages. 281

De l'acte intime. 289

Abrégé du chemin de l'Esprit. 291

Ici quelque chose touchant l'amour. 295

L'anéantissement de nous-mêmes nécessaire à cet exercice d'amour. 302

Hauts enseignements pour l'oraison mentale signamment aspiratoire. 308


ÉTUDES 315


La doctrine mystique du P. Constantin de Barbanson par le P. Théotime de Bois-le-Duc, o.f.m. cap[ucin]. 317


Dictionnaire de Spiritualité, 2.1634-1641 : Article « Constantin de Barbanson ». 347


Lectures des sœurs capucines et auteurs capucins belges 3





27.CONSTANTIN de BARBANSON II. LES SECRETS SENTIERS DE L’AMOUR DIVIN

(34) Constantin de Barbanson Les Secrets sentiers de l'Amour divin.docx



Constantin de Barbanson, II, Les Secrets sentiers de l’Amour divin, Ouvrage publié à Douai en 1629, Oeuvre mystique annotée par D. Tronc, lulu.com, coll. « Chemins mystiques », Série « Constantin de Barbanson », 2014, 350 p.

Avertissement

Les Secrets sentiers de l’Amour divin esquels est cachée la vraie Sapience céleste et le Royaume de Dieu en nos âmes est une oeuvre dont le titre rend parfaitement compte de son contenu.

Nous reproduisons ici, en tome II des oeuvres de Constantin de Barbanson (1582-1631) la dernière édition du vivant de l’auteur publiée à Lille en 1629. Ces Secrets sentiers de l’Amour divin… fut le titre de la partie appréciée et éditée plusieurs fois du corpus des écrits de Constantin. L’ultime réédition publiée à Solesmes en 1932 reprenait la première édition publiée à Cologne en 1623. Le travail du bénédictin dom Noetinger [258] fit ainsi redécouvrir Constantin.

Nous renvoyons aux études de dom Noetinger. Elles précèdent et suivent son édition du texte de Constantin, tandis que ses notes reprises ici sont signalées par “[N]”. Nous renvoyons également à des études postérieures dont la plus ample propose une théologie mystique ; études franciscaines qui restent de nos jours d’accès malaisé, aussi ont-elles été reproduites en fin de notre précédent tome I Les secrets sentiers de l’Esprit divin [259].

Nous avons antérieurement abordé et présenté un choix de “bonnes feuilles” et de chapitres entiers extraits des deux Sentiers de l’Esprit et de l’Amour. Ces florilèges figurent dans nos synthèses couvrant le Grand Siècle [260].

La réédition de l’Amour divin de 1932 fut suivie de la redécouverte en 1950 du manuscrit intitulé l’Esprit divin que nous venons d’éditer pour la première fois dans la série consacrée à Constantin comme tome I des oeuvres.

Le lecteur trouvera ici quelques correspondances qui facilitent le passage de l’imprimé au manuscrit et inversement. Elles sont indiquées entre crochets (par exemple “[m29]” propose de se rendre à la page 29 du manuscrit publié au tome I).

Nous avons également indiqué entre parenthèses les numéros de pages de la réédition de 1932. Nous avons souvent repris son découpage en paragraphes d’un texte primitivement imprimé sans respiration. Enfin nous indiquons directement sans parenthèses ni crochets (ces derniers sont réservés aux appels de notes) les numéros de page de l’édition de 1629 reprise ici.

Nous renvoyons à l’étude ouvrant le tome I. Elle situait Constantin et son oeuvre, dont le présent tome II de l’Amour divin. Les trois parties de l’Anatomie constituent les tomes III à V.

Respectant ainsi l’ordre chronologique de composition du corpus, s’ordonne un témoignage mystique exceptionnel rédigé sur vingt années. Il demande un effort de lecture tout comme c’est le cas pour d’autres métaphysiciens plus récents d’outre-Rhin. Constantin demeure unique par sa précision et par son originalité.



Table

Avertissement 9


À SON ALTESSE SÉRÉNISSIME LE RÉVÉRENDISSIME PRINCE FERDINAND 15

EGO FR. CONSTANTINUS DE BARBANSON 19

APPROBATIONS DES DOCTEURS : 21

À DIEU TOUT PUISSANT souverain roi du ciel & de la terre 23

AUX AMES DÉVOTES 25



PROLOGUE CONTENANT LE SOMMAIRE DE CETTE ŒUVRE, L'INTENTION DE L'AUTEUR & QUEL CHEMIN IL VEUT ENSEIGNER 27

DIONYSIUS CARTHUSIANUS CUIDAM DOCTORI RELIGIOSAE VITAE AEMULO SCRIBENS SIC EUM ARGUIT 44

AVIS SUR CE LIVRET AUX ÂMES DÉVOTES, de l’un et l’autre sexe.[...]. 45



PREMIÈRE PARTIE CONTENANTE AUCUNS PRÉAMBULES OU POINTS PLUS PRINCIPAUX, NÉCESSAIRES D'ÊTRE SUS & exercés par celui qui veut s'avancer au chemin de la perfection 51


CHAPITRE I. DU BUT ET DE LA FIN prétendue en tout ce chemin du divin amour 51

CHAPITRE II. DE LA CONNAISSANCE DE DIEU et de soi-même. 57

CHAPITRE III. DE L'HUMILITÉ. 59

Humilité, que c'est. 64

Moyens pour acquérir humilité. 65

CHAPITRE IV. DE LA MORTIFICATION. 69

CHAPITRE V. DE L'AMOUR DIVIN. 77

Amour divin; et aimer Dieu que c’est. 79

Moyens pour acquérir ce divin amour. 81

CHAPITRE VI. AUCUNS AVIS. 89

[Premier avis] 89

Deuxième avis. 91

Troisième avis. 93

Quatrième avis. 95

Cinquième avis. 97

Sixième avis. 99

Septième avis. 100

Huitième avis. 100

Neuvième avis. 101

Dixième avis. 102



SECONDE PARTIE. DES SECRETS SENTIERS DE L'AMOUR DIVIN 105


PROLOGUE 105


CHAPITRE I. SOMMAIRE DECLARATION DE TOUT LE CHEMIN D'ORAISON MENTALE 109


CHAPITRE II. DE LA MÉDITATION. QUE C'EST, ET COMME ON LA DOIT FAIRE 115


CHAPITRE III. SECONDE FAÇON DE MÉDITATION PROPRE POUR CEUX QUI, EXERCITÉS EN LA PRÉCÉDENTE, DÉSIRENT S'AVANCER EN CE CHEMIN 125


CHAPITRE IV. DE LA VRAIE ÉLÉVATION D'ESPRIT A DIEU PAR NÉGATION ET DÉPOUILLEMENT DE TOUTE IMAGINATION ET DISCOURS INTELLECTUEL; OÙ EST DÉCLARÉ L'ORDRE ET LE PROGRÈS DE CETTE MONTÉE CÉLESTE 135


CHAPITRE V. D'AUCUNS ABUS QUI SE GLISSENT EN L'ÂME AU CHEMIN DE CETTE ÉLÉVATION ETRECHERCHEMENT DE DIEU EN SON ESPRIT 149

CHAPITRE VI. POURSUITE DE L'ÉTAT D'ÉLÉVATION PRÉCÉDENT, AVEC DÉCLARATION PLUS AMPLE DES DEGRÉS ET ÉCHELONS DE CETTE MONTÉE CÉLESTE 171


CHAPITRE VII. DE LA NÉGATION, ABSTRACTION, MORT ET DÉPOUILLEMENT DE TOUTE CHOSE, QUE NÉCESSAIREMENT ON DOIT ADJOINDRE A CE DEGRÉ D'ÉLÉVATION. 187


CHAPITRE VIII. DE LA VRAIE ET LÉGITIME TRANQUILLITÉ, QUIÉTUDE, PAIX OU REPOS QUE L'ON TROUVE EN CE CHEMIN PAR APPROCHE- MENT DE L'ESPRIT, EN EXCÈS ET SURPASSEMENT DE L'OPÉRATION PROPRE ET HUMAINE. 199


CHAPITRE IX. DE LA PRÉSENCE DE DIEU SELON LA FAÇON MYSTIQUE, QUI EST LA COMMUNICATION QUE DIEU FAIT DE SOI-MÊME, PAR INFUSION DE SON ESPRIT AU SUPRÊME DE L'ÂME 211


CHAPITRE X. DE L'ÉTAT DE PRIVATION OU DÉRÉLICTION INTÉRIEURE, QUI EST LA DISPOSITION IMMÉDIATE POUR LE DERNIER ÉTAT DE PERFECTION. 231


CHAPITRE XI. DE CE QUE DIEU A PRÉTENDU DE L'ÂME PAR LES FÂCHEUX RENCONTRES DE L'ÉTAT PRÉCÉDENT. AVEC PLUS AMPLE EXPLICATION ENCORE DUDIT ÉTAT DE PRIVATION. 257


CHAPITRE XII. DU DERNIER ÉTAT QUI EST DE LA PARFAITE UNION, JOUISSANCE ET FRUITION DE L'ESPRIT ET AMOUR DIVIN. 269


CHAPITRE XIII. DE LA FRUITION PUREMENT D'AMOUR, PAR RÉELLE TOUCHE DIVINE AU CENTRE DE LA VOLONTÉ. 279


CHAPITRE 14 : QUE L'AME PARVENUE A CES SUBLIMES DEGRES DE DIVIN AMOUR N'EST AUCUNEMENT OISEUSE ET DE CE QU'ELLE FAIT. 301


CHAPITRE XV. DE LA VOIE MYSTIQUE ET SCOLASTIQUE, LÀ OÙ SE TRAITE DE CE QUE L'ON TROUVE DU CÔTÉ DE LA VOLONTE ET DE LA DIFFÉRENCE DE CES DEUX VOIES. 309


CHAPITRE XVI. AUCUNS DOUTES OU DEMANDES AVEC LEURS RÉSOLUTIONS. 339

Première demande 341

Réponse 341

Deuxième demande 343

Réponse 343

Troisiéme demande 345

Réponse 345

FIN 349





28.CONSTANTIN de BARBANSON III & IV. ANATOMIE DE L’AME

(35) Constantin de Barbanson Anatomie de l'âme I & II.docx



Constantin de Barbanson, III & IV, Anatomie de l’âme, Première partie comportant vingt-deux chapitres, Depuis le commencement de la vie spirituelle, jusqu'à l'état expérimental de la grâce supernaturelle. Deuxième partie, Il y a encore une seconde Anatomie à passer selon l'être de la déiformité, après la mort de la propriété. Oeuvres mystique annotée par D. Tronc, lulu.com, coll. « Chemins mystiques », Série « Constantin de Barbanson », 2014, 407 p.

[L’Anatomie de l’âme est un ouvrage très rare réédité la première fois comme défense et illustration de la pratique mystique.]

PRÉSENTATION

Aux deux formes des Secrets sentiers s’ajoute l’Anatomie de l’âme 261 où Constantin de Barbanson (1582-1631) justifie ses sentiers de l’Esprit et de l’Amour par une théologie toute mystique.

La cohérence de l’Anatomie est voilée. Constantin tente d’exprimer une vision d’unité profonde assez nouvelle. Il n’a guère pu s’appuyer sur des exemples ou sur des textes antérieurs. S’ajoute la difficulté d’usage d’un français qui n’a pas encore bénéficié de la rénovation opérée en littérature religieuse  par François de Sales au début du XVIIe siècle : les francophones vivant en terres rhéno-flamandes sont en retard sur le plan linguistique.

C’est la nouveauté conceptuelle défendue par Constantin qui nous encourage à présenter intégralement son dernier texte difficile et long. Son originalité restera pour longtemps inégalée, car les contrôles mis en place au sein du monde catholique ont depuis limité la liberté d’expression et des prises de risque acceptables par ses auteurs mystiques.

Il fallait l’édition posthume d’un écrit quelque peu obscur et par là demeuré confidentiel, livraison en un seul bloc du testament d’un capucin protégé par son ordre, car jouissant d’une réputation personnelle irréprochable, pour éviter un examen rigoureux suivi d’une éventuelle condamnation romaine. Nous pensons que des aspects « monistes » répondront à certaines questions devenues très actuelles. Constantin prolonge des expositions mystiques antérieures telles celle offerte par Benoît de Canfield par sa Reigle.

Elle fut rendue possible par le silence ultérieur imposé à ce dernier et par le désir de nombreux dirigés d’un milieu flamand bouillonnant de capucins et de capucines 262. Ils contribuent à l’explosion mystique d’où sera issue « l’invasion » du Royaume de France. Quelques grandes figures s’en dégagent, telle celle contemporaine et voisine du « Jean de la Croix flamand » Jean-Evangéliste de Bois-le-duc (1588-1635).

L’originalité d’un tempérament « métaphysique » n’est pas indifférente de l’origine géographique et d’une culture encore sensible aux mystiques du nord et du Rhin. Son expression restera sous forme d’une synthèse rédigée dans les dernières années d’une vie extérieurement simple et dévouée, éditée post-mortem puis oubliée par les courants dominants.





§

L’édition fut-elle entièrement préparée par l’auteur, selon le récit d’une mort survenant au moment où il livre son manuscrit aux regards des censeurs, ou bien faut-il plutôt voir dans une telle anecdote la justification « d’une œuvre » dont nous possédons la compilation par un proche confrère de « papiers » laissés lors d’un décès inattendu ?

Cela expliquerait la perception qui naît quand on s’avance dans un long texte parfois répétitif - diverses pièces se recouvrent-elles ? - et d’un style de plus en plus relâché alors même que notre intérêt croît ; il faut aussi tenir compte de l’ordre allant du général structuré au particulier plus divers, une « descente » assez habituelle aux publications du siècle 263.

Le texte à nos yeux sans équivalent est resté caché comme déjà indiqué puisqu’une seule édition a été faite hors du royaume après la mort de Constantin ; parce qu’il livre une séquence de textes intermédiaires, le texte livré par son auteur au jugement de l’inquisition de Douai ayant été perdu (ou dissimulé) ; parce que l’écriture se ressent d’une langue tributaire d’un milieu flamand et germanique ; par l’impression de pages entières sans respiration (Kant !) ; par plus de mille pages édités à faible tirage en un petit cube compact, dont la séquence de traités indépendants présente des répétitions ; parce que cette édition unique posthume est rapidement devenue rarissime.

Ayant échappé aux censeurs par une difficulté évidente d’accès à la lecture comme par son excentrement vis-à-vis de centres de contrôle romain, Constantin demeure une autorité reconnue et acceptée dans le monde catholique 264, utile donc pour introduire dans sa tradition certaines affirmations abruptes ; lesquelles sont hardies tant qu’on les pose sur le plan des idées (toujours prêtes à être détachées de l’expérience qui les justifie) et de la théorie, mais acceptables quand on reconnaît leur dépendance vis-à-vis du vécu – « réalité expérimentale » chère à notre métaphysicien. Nous proposons parfois quelque interprétation d’un texte souvent obscur, compte tenu du vieux français et de l’expérience dont Constantin tente de rendre compte pour la première fois dans notre langue.

Du moins l’obscurité dans laquelle est tombé ce testament lui a permis de ne pas être mis en cause pour une approche très originale, moniste, donc compatible avec d’autres traditions alors que de nos jours survient leur rencontre.

§

On se reportera au tome I pour la vie de l’auteur et ses sources. Nous avons aéré l’édition en découpant le texte continu en de nombreux paragraphes afin d’articuler une lecture qui sera nécessairement lente pour en tirer plein profit intérieur. Certains termes déjà désuets à son époque ont été modernisés ( en déjà, etc.) après avoir signalé leur première occurrence. Le texte intègre les errata qui couvrent les cinq dernières pages de l’unique édition de 1635. Ponctuation et orthographe sont revues.

Notre édition en trois parties respecte le découpage de l’original, mais nous avons regroupé dans le volume présent les deux premières parties. Elles sont un peu plus courtes que la dernière : quatre beaux Traités que leur progression prépare.






ANATOMIE DE L'AME, ET DES OPÉRATIONS DIVINES EN ICELLE.

Qui est une addition au livre des Secrets Sentiers de l'amour Divin : enseignant en quoi consiste l'avancement spirituel de l'âme dévote, et le vrai état de la perfection.

Où les vérités fondamentales de la vie Mystique sont mises au jour, et réduite aux règles et façons de parler de la Théologie Scolastique, et les abus découverts.

Oeuvre singulier et très utile, faite en faveur des âmes qui suivent l'Esprit de Dieu, et pour la satisfaction de ceux qui les y adressent.

Par le R. Père Constantin de Barbanson, Prédicateur Capucin, Définiteur de la Province de Cologne, et Gardien du couvent de Bonne.

À Liège, chez Léonard Streele le Jeune

MDCXXXV

avec permission des supérieurs

Table

ANATOMIE DE L’AME3

Première partie comportant vingt-deux chapitres3

Depuis le commencement de la vie spirituelle, jusqu'à l'état expérimental de la grâce supernaturelle.3

Deuxième partie3

Il y a encore une seconde Anatomie à passer selon l'être de la déiformité, après la mort de la propriété.3


PRÉSENTATION 5

ANATOMIE DE L'AME, ET DES OPERATIONS DIVINES EN ICELLE.9

Discours et avis préalable aux amateurs de la piété et de la vérité.11


PREMIERE PARTIE .25


Avant-propos contenant les causes de cette édition.27

Premier point. / De diverses manières de parler de l'état de la perfection.27

Deuxième point. En quoi ces façons de parler sont défectueuses.29

Troisième point. Que l'âme ne peut pas persévérer stablement au sommet de la perfection.30

Quatrième point. Que l'état de la perfection éminente a besoin de règles.31

Cinquième point. Que l'âme ne doit pas être sans opération en l'état de jouissance et d'union.34

Sixième point. Que les secrets principaux de la vie mystique ne sont pas contenus seulement ès plus hauts degrés, mais aussi ès plus bas.36

Septième point. D'où vient la différence des opinions et disputes entre les scolastiques et les mystiques.38

Huitième point. De l'utilité de la doctrine des choses mystiques.40

Neuvième point. Comment les répétitions sont convenables.42


Chapitre I. Sommaire de tout ce que contient le chemin, qui nous mène à Dieu par l'exercice interne et mystique.43

Premier point. Que la vie mystique consiste en l'amour de Dieu, et des vertus, et en l'expérience des choses divines.43

Deuxième point. Que la grâce n'ôte pas la corruption de la nature, et pourquoi la concupiscence nous est laissée.44

Troisième point. Que l'âme commençante ne vit pas selon la grâce qui est en elle, mais selon sa nature corrompue.47

Quatrième point. Comment les mystiques considèrent l'âme commençante.48

Cinquième point. Que la réformation spirituelle ne se fait pas sans travail.50

Sixième point. Que l'être déiforme ne suffit pas mais qu'il faut opérer selon iceluy.52

Septième point. Comme il faut chercher Dieu en tant que fin dernière.53

Huitième point. Que Dieu se communique à nous en qualité de cause efficiente et de finale.54

Neuvième point. Que l'âme trouve Dieu en elle plutôt comme son principe que comme sa fin.55

Dixième point. Avis pour n'être pas trompé.55


Chapitre II. Continuation de ce sommaire, où sont montrées les conséquences qui s'ensuivent des susdits principes et vérités premières.56

Première conséquence.56

Premier point. Que tout ce que nous avons et expérimentons de divin en notre intérieur n'est pas Dieu même.56

Deuxième point. Que Dieu relevé par-dessus tout, est l'objet de notre connaissance et amour, et notre fin dernière.57

Troisième point. Que la présence divine objective est la vraie présence.58


Conséquence seconde.59

Premier point. Qu'il y a en nous deux manières d'être, et que celui de la corruption doit mourir, et celui de la grâce vivre.59

Deuxième point. Que l'exercice de la volonté essentielle de Dieu doit être bien entendu.60


Troisième conséquence. Qu'il y a deux façons de trouver et posséder Dieu. L'une comme principe, l'autre comme fin.61

Quatrième conséquence. Que l'âme est en l'état de la perfection, lors que la grâce domine en elle.62

Cinquième conséquence. Que la perfection est un état habituel et permanent, avec ses parties et degrés.63

Sixième conséquence. Combien l'oisiveté fausse est pernicieuse.64

Septième conséquence. Que l'âme n'est pas purement passive mais active en l'état de la perfection.64


Huitième conséquence. Que le vrai état de la perfection contient un degré de renouvellement spirituel, outre la voie de la volonté essentielle.66

Point premier. De la déiformité de l'être de l'âme en l'état parfait.66

Deuxième point. De l'opération formelle de connaissance par verbe mental, et d'amour par union fruitive.67

Chapitre trois. Explication de la pratique, et premièrement comme l'âme se trouve du commencement, lorsque des extériorités elle se veut appliquer aux intériorités.73

Premier point. De la disposition de l'homme selon le cours commun de la vie chrétienne et humaine.74

Deuxième point. Comme il faut dresser en Dieu ses intentions.76

Troisième point. Combien la mortification est nécessaire.77

Quatrième point. Pourquoi l'opération humaine est si peu estimée en la vie mystique.78

Cinquième point. En quoi gît le principal avancement spirituel.80


Chapitre IV. Que la bonne volonté doit être le soutènement et la base fondamentale de tout cet édifice spirituel ; et qu'elle doit retirer l'entendement des spéculations curieuses, pour l'appliquer à ce qui la peut faire revivre à l'amour divin.81

Premier point. En quoi consiste notre corruption.81

Deuxième point. Que la bonne volonté est le premier fondement de tout l'édifice spirituel.82

Troisième point. Que la volonté est le vrai fond et le moi de l'âme.83

Quatrième point. Qu'en chaque changement intérieur notable l'âme est réduite à sa pure bonne volonté.83

Cinquième point. Comment l'âme commençante doit exciter sa volonté aux saintes affections.84

Sixième point. Que le vrai progrès de l'âme consiste en la dévotion et non en la spéculation.84

Septième point. Que la première dévotion appartient à la partie inférieure.85

Huitième point. À quel effet doit servir l'opération de l'entendement.86


Chapitre V. Que le premier degré du voyage spirituel consiste à se faire actif et opérant, selon tout l'effort possible à l'âme de bonne volonté, sans se fier sur la résignation à la volonté de Dieu, craignant de fomenter sa paresse et négligence.87

Premier point. Que l'âme désireuse de l'amour de Dieu se doit efforcer de l'acquérir par tous moyens possibles.87

Deuxième point. De l'exercice principal de l'âme en ce degré.89

Troisième point. Comment l'exercice de la volonté de Dieu, et la résignation ont lieu en ces premiers degrés.90

Avis.91


Chapitre six. De la fin, du but, et objet, que la bonne volonté doit avoir, en embrassant efficacement, et poursuivant courageusement le chemin de la perfection.92

Premier point. Que l'âme doit savoir à quel but elle tend.92

Deuxième point. Que l'âme a Dieu habitant en elle par le don habituel de la grâce.93

Troisième point. Qu'il faut chercher et désirer Dieu.93

Quatrième point. Que l'âme ne cherche pas Dieu pour en avoir l'expérience.94

Cinquième point. Que c'est un abus de dire que l'âme juste ne doit pas chercher Dieu, et pourquoi ?95

La cause de cet abus.97

Sixième point. Que l'âme qui cherche Dieu, le cherche comme objet final de notre connaissance et amour.98

Septième point. Que l'âme atteint Dieu son objet en deux manières.99

Huitième point. Que la recherche de Dieu ne trouble pas le repos intérieur.99

Conclusion de ce chapitre.100


Chapitre sept. Que la volonté de Dieu selon qu'on l'entend le plus communément, ne doit pas être donnée à l'âme pour objet direct et final, mais indirectement et par forme de résignation.100

Premier point. Qu'il faut faire distinction de la volonté divine en Dieu, et en ses effets.100

Deuxième point. Que la volonté divine en nous consiste en certains effets et opérations par lesquelles Dieu nous dispose à l'état déiforme ; puis nous le donne, et enfin nous conduit à son union objective.101

Troisième point. Comme l'âme se doit contenter de la volonté de Dieu, et la suivre.102

Quatrième point. Comment l'homme par les premiers effets de la volonté divine opérant en lui et sa coopération avec icelle, quitte sa propriété et parvient à l'état déiforme d'une conformité et union habituelle d'amour et de volonté avec Dieu.103

Cinquième point. De la différence de nos actes devant et après la grâce.104

Sixième point. Quel est, ou n'est pas notre vrai fin et objet final.105

Conclusion.106


Chapitre huit. De deux abus contraires, qui se retrouvent en aucuns, pendant le chemin de la perfection.107

Premier point. Quels sont ces abus ?107

Abus des doctes.107

Abus des mystiques.108

Deuxième point. De l'origine de ces abus.108

Troisième point. Que le remède à l'abus des doctes est de savoir que l'âme doit perdre la manière de son état et opération humaine, et en attendre une toute nouvelle et surnaturelle.111

Quatrième point. Du remède à l'abus des mystiques.113


Chapitre IX. Qu’on ne doit pas mépriser les sensibilités, ni les discours intellectuels, ni son opération propre ; mais les acquérir, en user, et s'en servir en son temps, et puis les outrepasser.114

Premier point. Quand il faut faire cas ou non des sentiments, discours et opérations propres.114

Deuxième point. Comme l'âme procède par ordre en ces trois premiers degrés, et que l'amour sensible est le premier.115

Troisième point. Du second degré, qui est l'amour raisonnable.116

Quatrième point. Du troisième degré, qui est l'attention amoureuse en unité d'esprit.116

Cinquième point. Comme il faut acquérir et passer par chaque degré, et puis l'outrepasser.117

Sixième point. Que du mépris de la dévotion sensible, méditation, et façon coopérative procède l'oisiveté fausse.118


Chapitre dix. Du sommet auquel on parvient par l'exercice de la méditation, le discours et libre usage des puissances naturelles de l'âme avec la grâce.119

Premier point. Que tout degré parvient à un sommet proportionné.119

Deuxième point. Que le contentement de l'âme au service de Dieu et en sa vocation est le premier effet du sommet du premier degré.120

Troisième point. Que le second effet du premier sommet est de n'avoir nulle affection aux créatures et d'être porté à toute vertu.121

Quatrième point. Que peu de personnes passent ce premier degré.122

Cinquième point. Des causes qui retardent le progrès spirituel de la plupart des gens de bien.123

Sixième point. Pourquoi Dieu n'est pas connu ni reçu des sages, quand il vient chez eux ; mais bien des âmes simples.124

Septième point. Que l'âme doit ici commencer à quitter son opération pour suivre celle de Dieu.126


Chapitre XI. Que le moyen de parvenir aux degrés suivants est de se bien fonder en une droite et sincère intention, sans mélange de propre intérêt ; et qu'on peut bien enseigner, même par écrit les choses qui s'y passent, pour l’aide et direction des âmes dévotes.127

Premier point. Que l’âme dévote doit être bien ordonnée en ses intentions et désirs.127

Deuxième point. Quelle doit être l'intention de l'âme aimante.128

Troisième point. Que les choses spirituelles se peuvent enseigner.130

Quatrième point. Que pour entendre les choses mystiques il les faut croire.132


Chapitre douze. De quelques autres vérités fondamentales bien remarquables, pour pouvoir entendre et suivre les secrets de la vie mystique.133

Premier point. Que deux moyens contraires avancent l'âme, dont l'un est son propre effort, et l'autre la privation d’iceluy.134

Deuxième point. Comme l'opération de l'âme commence à cesser, et celle de Dieu à succéder, et qu'elle est l'une et l'autre.135

Troisième point. Que les effets fâcheux à notre nature sont opérations et dons de Dieu, et pourquoi.136


Chapitre treize. Que notre avancement est à considérer de deux endroits divers : c'est à savoir du côté de la façon opérative, par élévation d'esprit vers Dieu ; et du côté du fond par amélioration de l’être ou état fondamental de l'âme.140

Premier point. Du progrès spirituel quant à l'être et à l'opération.140

Deuxième point. De l'acquisition et accroissement de la grâce et charité.141

Troisième point. Que le secret de notre avancement gît à donner lieu à la volonté et opération divine.143

Quatrième point. De l'avancement par mélioration du fond de l'âme.145

Cinquième point. Du progrès par élévation d'esprit.148

Sixième point. Comme l'âme se doit comporter au changement de son état radical.148


Chapitre quatorze. Continuation de l'ordre et entresuite des degrés, qu'on trouve avec Dieu en ce voyage spirituel. / Que l'avancement de l'âme, après le sommet du chapitre dixième, consiste à le perdre et être dénué de tout ce qu'il contenait de hauteur, de facilité, et de façon opérative.150

Premier point. Comment l'âme perd le sommet acquis, et est remise aux états inférieurs, et quel profit lui en revient.150

Deuxième point. Du commencement de la vraie façon du chemin mystique.152

Troisième point. En quel temps se doit quitter l'activité propre, et trois signes pour le discerner.154

Le premier signe est le dégoût des bons exercices.155

Le deuxième est l'aliénation des plaisirs vains.155

Le troisième est une inclination à la solitude et attention amoureuse.155


Chapitre quinze. Qu'il y a des âmes qui dès le commencement ont l’humeur et la grâce de procéder par forme de présence de Dieu objective, et de contemplation selon l'esprit.157

Premier point. De ceux qui obtiennent tôt la présence divine.157

Deuxième point. De ceux qui arrivent tard à la présence de Dieu.158

Troisième point. De la vraie présence divine, réelle et mystique.160

Quatrième point. Des premiers degrés et de la présence divine, et de la privation d’iceux.162

Cinquième point. Des degrés de la privation totale.164


Chapitre seize. De ceux qui n'ayant pas eu du commencement la présence de Dieu, la peuvent néanmoins acquérir par l'exercice de l'aspiration et élévation d'esprit à Dieu. Ce qui est un degré médiocre entre la privation totale, et entre la liberté d’user de ses puissances naturelles, et se peut appeler la grâce, ou le degré de la contemplation.166

Premier point. Que le degré de l'amour aspirant est fondé sur la privation des discours de l'entendement, et sur l'efficace de la volonté prévenue divinement.166

Deuxième point. Que Dieu commence toujours son opération par l’inférieur de l'âme.167

Troisième point. Comment Dieu opérant en l'âme, la prépare à la réception de son esprit divin par quelques effets de privation et un touchement intime.169

Quatrième point. Du profit de l'âme par la voie purement affective avec la simple et nue foi.171

Cinquième point. Que Dieu se fait ici premier opérant en l'âme, et comment elle le forme aimable en son entendement par les affections de sa volonté aimante.172

Sixième point. Que par ces effets divins de privation et de prévention l'âme parvient à l'expérience de Dieu en tant que premier opérant en elle.174

Septième point. Comment l'âme en vertu de sa libre bonne volonté, et de la grâce excitante se réduit au seul amour aspirant, et parvient à la vraie contemplation.176

Huitième point. Pourquoi Dieu prive l'âme de ses intelligences ordinaires.178

Neuvième point. Que ces effets divins de privation et de traits d'amour fruitif ne sont pas incompatibles.180


Chapitre 17. Du sommet qu'on peut obtenir selon le degré d'aspiration, qui est la manifestation de l'esprit divin par haut ; et comme il est précédé d'une compression et terrassement de l'infériorité, pas excès et outrepassement d’icelle, qui est la division de l'âme et de l'esprit.182

Premier point. De la division de l'âme et de l'esprit.182

Deuxième point. Comme Dieu se manifeste en l'esprit.184

Troisième point. Que la présence divine est souvent différée jusqu'après la privation totale.185

Quatrième point. En quel rang doivent être mis les extases, ravissements, révélations, visions, etc.187


Chapitre 18. De l'état de la privation totale. Selon lequel l'âme n'a plus la liberté d'user de son entendement, ni vouloir au dedans avec Dieu, mais devient sa captive et esclave.188

Premier point. Combien il importe de bien entendre et enseigner les secrets des aridités, dérélictions et privations intérieures.189

Deuxième point. Comme Dieu pousse l'âme à poursuivre la perfection, et d’ailleurs la prive de ses grâces, et de l'usage de ses puissances.191

Troisième point. Qu'il faut que l'âme meure à soi pour revivre à Dieu.194

Quatrième point. Que la perte de la liberté d'opérer, et la chute en l’ordre du gouvernement divin interne est une grâce notable, et le fruit de la fidélité de l'âme.196


Chapitre 19. Que cette privation est une précieuse mort spirituelle de l'âme pour ne plus vivre ou opérer hors de Dieu comme auparavant, et pource est un renversement et changement total d’icelle.197

Premier point. De deux façons de mourir, à soi et aux créatures. L'une par outre passement d'icelles, l'autre par privation de grâce et des opérations supérieures.197

Deuxième point. Que la mort qui est causée par l'état de la privation totale, est la plus parfaite.198

Troisième point. Qu’en cette vie mortelle nul n'est si saint qu'il n'ait plus rien à purger et mortifier, et soit exempt de changement.199

Quatrième point. Combien cette mort est excellente, et que par icelle Dieu devient le fond et principe de la vie et opération nouvelle de l'âme.201


Chapitre 20. Que cet état ou passage est difficile et laborieux, d'autant qu'il porte avec soi une façon contraire à la manière qui semblerait être nécessaire pour faire progrès au chemin de l'amour divin, et ce que de là doit être noté.203

Premier point. Qu'il est nécessaire de donner bien à entendre le passage de la privation rigoureuse.203

De plusieurs choses qui sont ici à remarquer.205

Première remarque. Qu'il faut accepter le contraire de ce qu'on espérait.205

Deuxième remarque. Que c'est par moyens contraires qu'on parvient au bien désiré.206

Troisième remarque. Qu'il y a grande différence entre le procédé humain et le mystique.206

Quatrième remarque. Que l'amour-propre doit être détruit, et le divin présider en nos âmes.206

Cinquième remarque. Que la connaissance de nous-mêmes doit être expérimentale.207

Sixième remarque. Que la grâce conduit l'âme par effets fâcheux à la privation totale, et par icelle à la ruine entière de son amour-propre.208


Chapitre vingt et un. Que tous ceux qui ont à parvenir au vrai amour et esprit de Dieu, doivent nécessairement passer par ce détroit de privation rigoureuse, et la raison pourquoi.210

Premier point. Qui sont ceux qui n'arrivent pas à l'état de la privation totale.210

Deuxième point. Raisons pourquoi il faut que l'âme passe par la rigueur de la privation.211


Chapitre 22. Conclusion de toute cette première partie, montrant à quoi l’âme devient finalement par cet état ou degré de privation.214

Premier point. Du vrai dépouillement et résignation parfaite.214

Deuxième point. De ce que c'est de trouver Dieu en tant que plus intime dedans nos âmes.215


SECONDE PARTIE .221

En laquelle est déclaré ce que c'est, et en quoi consiste l'état de la perfection : et que pour y parvenir, il y a encore une seconde Anatomie à passer ; à savoir selon l'être de la déiformité, après la mort de celui de la propriété.221

Prologue.223


Chapitre premier. Que l'état de la perfection ne consiste pas en l'exercice, ou degré du Tout et du Rien ; mais en une vie nouvelle que l'âme reçoit en Dieu, selon laquelle le Tout et le Rien unis par ensemble, sont la première pièce fondamentale dudit état.227


Chapitre deux. Que ce précisément, que nous acquérons de Divin par l'état de la privation, ou de l'anéantissement de soi-même, est de recevoir de Dieu un être nouveau de surnaturalité ; duquel Dieu est le fondement et l'auteur, ou principe efficient.232

Premier point. De la renaissance de l'âme.232

Deuxième point. Quel avancement cause l'état de la privation.234

Troisième point. De deux occasions de l'abus du silence et repos intérieur.234

Premier abus.235

Deuxième abus.235

Quatrième point. De la réalité et expérience des mystères de la justification.237

Cinquième point. Comment la privation fait croître l'âme en grâce et charité.240


Chapitre trois. Comment ceux-là expliquent l'état de la perfection, qui en traitent par la voie de la volonté essentielle de Dieu.243


Chapitre quatre. D'une autre façon de s'expliquer selon l'exercice du rien et du tout.246

Extrait de l'exercice abusif du Rien et du Tout.246

Avis sur l'exercice abusif susdit.257


Chapitre cinq. De ceux qui procèdent par un faux silence et cessation de toute opération, prenants de ce occasion de la doctrine précédente qui l’enseigne si formellement, bien qu'au-dehors de la vraie intelligence des choses mystiques.257


Chapitre six. Que la doctrine contenue ès explications représentées, a besoin d'une bonne intelligence et déclaration, et les raisons pourquoi.260

Premier point. Que les expériences de la vie mystique se peuvent déclarer par les termes ordinaires de la doctrine commune des Docteurs.260

Deuxième point. Que l'être et l'opérer naturel doit être changé en un autre surnaturel.261

Troisième point. Que nous sommes créés pour vivre et opérer, et jouir de Dieu par opération.263

Quatrième point. Que nous devons être faits semblables à Dieu par être de grâce, et par opération de connaissance et d'amour.265

Cinquième point. Qu'il faut mettre en pratique des actions vertueuses.266


Chapitre sept. Sommaire d'une autre façon de parler en expliquant l’état de la perfection contenant douze vérités fondamentales sur lesquelles elle est appuyée.269

Premier fondement.271

Deuxième fondement.272

Troisième fondement.272

Quatrième fondement.273

Cinquième fondement.273

Sixième fondement.273

Septième fondement.274

Huitième fondement.274

Neuvième fondement.274

Dixième fondement.274

Avertissement [note de l’éditeur].275

Explication du premier fondement.276


Chapitre huit. Que la grâce ne détruit pas la nature, mais la réforme, la méliore, et perfectionne ; et que partant se trouve aussi en Dieu selon icelle grâce une Anatomie nouvelle, et un nouveau progrès de l'âme vers Dieu objectivement commençant du plus bas jusqu'au sommet.276

Premier point. Que l'être naturel doit être surnaturalisé par la grâce, et changé de corruption en déiformité.276

Deuxième point. Comment la grâce déifie l'âme depuis la moindre de ses puissances, jusques à la plus haute.277

Troisième point. Que vivre selon les portions basses de l’âme ne déroge rien à l'état de la perfection.278

Quatrième point. Qu'il faut trouver une Anatomie selon l'être déiforme.279

Explication du second fondement.280


Chapitre neuf. De ce que c'est vivre ou être en Dieu, et avoir Dieu en soi.280

Premier point. Que la première pièce de la perfection est d'être en Dieu ; et le commencement de la vie déiforme, dépendre de son gouvernement divin.280

Deuxième point. De la manière d'être en Dieu naturellement.281

Troisième point. De la façon d’être, et d’avoir Dieu surnaturellement.282

Quatrième point. Ce que c'est avoir Dieu très intimement, et à quel effet.285

Cinquième point. Qu'après la privation l'âme de procès plus par contemplation mais par être d'une vie nouvelle.286

Explication du troisième fondement.287


Chapitre dix. Que Dieu est en deux façons en nos âmes ; à savoir en tant que cause efficiente ou premier opérant ; et en tant que cause finale, ou objet déterminant notre connaissance et amour, et que partant il y a semblablement deux sortes d'unions, et de présence avec Dieu : l'une fondamentale, et l'autre objective. (101)287

Premier point. Combien la connaissance de ces deux unions est importante.287

Deuxième point. Que l'âme doit être unie à sa première cause devant que parvenir à sa fin.288

Troisième point. De la première façon de trouver Dieu en son intérieur.289

Quatrième point. Que cette première présence et union est le fond et principe de la vie parfaite.291

Cinquième point. De la seconde manière, et finale de trouver Dieu.295

Sixième point. Comment l'esprit de l'homme produit la présence divine, objective et fruitive.296

Explication du quatrième fondement.297


Chapitre onze. Que la doctrine du Tout et du Rien est défaillante en l'assignation de la fin finale et intention dernière de l'âme.297

Premier point. De trois degrés de présence divine. Le premier par propre concept et effort. Le second par foi nue et lumière infuse. Le troisième par production d'un Verbe mental de connaissance actuelle.297

Deuxième point. Du moyen de connaître et redresser le défaut de la doctrine du Tout et du Rien.300

Avis sur la manière de parler.301

Explication du cinquième fondement.302


Chapitre douze. Que c'est semblablement un manquement de prendre l'être de la participation divine pour la même essence divine ; et dire qu'on doit toujours voir cette essence, et ne voir qu'elle.302

Premier point. Comment l'être déiforme est composé de deux volontés, l'humaine et la divine, et que cette union n'est que la première pièce du vrai état de perfection.303

Deuxième point. Que c'est un grand abus de tirer cet être divin participé en union intime à vue ou contemplation.306

Troisième point. Que ce n'est pas Dieu, qui croît en nous comme la lumière, mais l'être de la participation divine.307

Explication du fondement sixième.308


Chapitre treize. Que ces mots de présence, union, vision, contemplation, dont on use en la doctrine du Tout et du Rien, sont toutes équivocations ; pour n'être pas usurpés en même sens que les doctes entendent et attendent des mystiques, à savoir de présence, union et vision objective.308

Premier point. Que la conjonction de Tout et du Rien est nécessaire pour venir à la présence divine objective.308

Deuxième point. En quoi consistent toutes ces équivocations.310

Explication du septième fondement.315


Chapitre quatorze. Que notre perfection consiste non à demeurer rien, mais à revivre et nous recouvrer en Dieu : et ainsi à devenir semblables à lui par être et opération déiforme.315

Premier point. Que comme il y a une mort au péché, et une vie de grâce, aussi il y a une mort à la corruption, et une vie déiforme.315

Deuxième point. En quoi consiste la vie du nouvel homme en Dieu. Et par quelle manière il peut parvenir à la jouissance d'iceluy.317

Troisième point. Que pour atteindre Dieu fruitivement, en tant qu'il est la fin dernière de l'homme, quatre choses y sont requises. Un. La nature divine participée. Deux. Les puissances informées de qualités infuses. Trois. L'opération surnaturelle procédant d'icelles. Quatre. Dieu agent premier et principal effectuant le tout par son trait divin.320

Explication du huitième fondement.323


Chapitre quinze. Que l'âme est opérante, et active en Dieu : c'est-à-dire en l'état de la perfection, et non pas en pur silence et cessation de tout mouvement.323

Premier point. Qu'il faut que l'âme soit opérante en l'état de la perfection.323

Deuxième point. Comment l'âme est active, et fait avec Dieu, ce que Dieu fait en elle.325

Troisième point. Que c'est chose dangereuse de dire que l'âme ne fait rien, mais est du tout passive en l'état de la perfection.326

Quatrième point. Que d'être actif en opérant n'est pas contre la désappropriation.328

Cinquième point. Que notre opération en l'état déiforme dépend de la volonté divine.329

Explication du neuvième fondement.331


Chapitre seize. Que néanmoins l'âme est aussi passive en l'état de la perfection, et d'où cela procède.331

Premier point. Qu'il faut discerner l'opération de grâce d'avec celle de propriété.331

Deuxième point. Comment l'âme est passive en l'état déiforme.332

Troisième point. Comment le cours actif de l'âme est interrompu ; et son progrès avancé par cette interruption.335

Explication du dixième fondement.337


Chapitre dix-sept. Qu'il faut discerner trois sortes de temps en l'état de la perfection.337

Premier point. De la cause de cette distinction.337

Deuxième point. Quels sont ces trois temps.338

Troisième point. D'une autre triple différence de degré et de progrès selon les trois parties de l'homme.341


Conclusion de cette seconde partie.343


Chapitre dix-huit. Du commencement de la vie déiforme, et comment l'âme parvenue à l'état de grâce prédominante, ne demeurent pas oiseuse en pur anéantissement, ni en simple attente de la manifestation de la présence divine en son esprit ; mais se comporte activement par un mouvement circulaire : s'unissant intimement avec Dieu son principe, pour procéder plus outre vers sa présence objective par-dessus tout : qui est la fin du chemin mystique.343

Premier point. Qu'il ne faut pas usurper la façon de l'état déiforme devant l'avoir acquis.344

Deuxième point. De quelle âme il est ici question au progrès de ces sentiers divins,347

Troisième point. À quoi l'âme est réduite par la privation totale.350

Quatrième point. Que la coopération de l'âme est nécessaire en tout degré.355

Cinquième point. Du comportement de l'âme devant sa déréliction.362

Sixième point. De trois choses qui concourent à la formation de l'état interne en ce délaissement.368

Septième point. Comment l'âme forme son état en ce degré.371

Huitième point. De l'exercice de l'âme au progrès de sa privation, et de son mouvement circulaire.374

Neuvième point. Du temps de cette pratique.379

Dixième point. Que l'union du rien et du Tout se doit multiplier en trois fois par redoublement selon les trois étages de l'âme.381


Chapitre dix-neuf. Poursuite de cette explication, où est montré quelle différence il y a entre elle et les autres précédentes.386

Premier point. Que cette différence est grande et petite.386

Deuxième point. Du vrai noeud de la différence en la pratique.388

Troisième point. Comment la façon de mourir à soi et de n'être pas s'accorde avec la vie de grâce et de charité.393


Chapitre vingt. Que la participation de la divinité est l'être et la vie de l'âme en l'état de perfection, et non pas la déité même, ou l'unité de l'être divin, ou la volonté divine essentielle.397

Premier point. À quel effet Dieu s'unit à l'âme en qualité de principe efficient.397

Deuxième point. Comment nous sommes et devons être faits semblables à Dieu.398

Troisième point. Que ce qui paraît en l'âme n'est pas Dieu, mais la semblance et participation divine.399

Quatrième point. Que l'âme ne voit pas Dieu en soi, mais ce qu'elle est par la participation de l'être divin.401

Cinquième point. En quelle manière l'être déiforme se fait et s'accomplit.402

Sixième point. Des conséquences qui suivent des susdits points.403

Septième point. Qu'il faut abstraire Dieu de ses effets, et pensez plus hautement de lui.407







29.CONSTANTIN de BARBANSON V. ANATOMIE DE L’AME

(36) Constantin de Barbanson Anatomie de l'âme III Quatre Traités.docx



Constantin de Barbanson, V, Anatomie de l’âme, Troisième partie comportant quatre Traités, Comment l’âme qui est parvenue à l’état de la perfection se doit comporter pour faire progrès…, Présentation et notes par D. Tronc, lulu.com, coll. « Chemins mystiques », Série « Constantin de Barbanson », 2014, 346 p.

Présentation commune aux trois parties de l’Anatomie de l’âme

L’originalité de L’Anatomie de l’âme [265] de Constantin de Barbanson (1582-1631) justifie sa redécouverte. Nous avons déjà souligné l’intérêt de cet ensemble de textes en présentant l’auteur dans le premier tome de la série qui lui est consacrée [266]. Le lecteur surmontera ici quelques difficultés : l’usage d’un français ancien, celui du XVIe siècle plutôt que du début du XVIIe siècle, car la périphérie rhéno-flamande est en retard linguistique sur le centre du royaume de France ; une nouveauté conceptuelle pour l’expression de laquelle le novateur Constantin n’a guère pu trouver d’aide.

C’est cette nouveauté qui nous encourage à présenter l’Anatomie intégralement. Cette originalité restera inégalée, car les contrôles mis en place au sein du monde catholique limiteront par la suite étroitement la liberté d’expression d’auteurs mystiques. Il fallait l’édition posthume d’un capucin protégé par son ordre, car jouissant d’une réputation irréprochable pour éviter un examen très rigoureux et une éventuelle condamnation romaine.

Un certain parfum « moniste » répond à une problématique très actuelle. Surtout Constantin prend la suite d’expositions antérieures telle que celle offerte par le jeune Benoît de Canfield dans sa Reigle. Elle fut rendue possible et désirable par la présence de nombreux dirigés dans un milieu flamand qui vit une explosion mystique d’où sera issue « l’invasion » du Royaume de France par les capucins [267]. Quelques grandes figures en sont issues, telle que celle du « Jean de la Croix flamand » Jean-Evangéliste de Bois-le-duc (1588-1635).

Une Anatomie de l’âme à nos yeux sans équivalent est restée cachée parce qu’une seule impression en a été faite hors du royaume et après la mort de son auteur ; parce que l’écriture se ressent d’une langue tributaire d’un milieu flamand et germanique ; par l’impression de trop de pages entières sans respiration ; plus de mille pages édités en « un petit cube » compact ; l’édition unique est rapidement devenue rarissime.

Ayant ainsi échappé aux censeurs par une difficulté d’accès comme par son excentrement vis-à-vis des centres de contrôle romains, Constantin demeure une autorité reconnue et acceptée dans le monde catholique [268], utile donc pour introduire dans la tradition chrétienne certaines explicitations ; affirmations hardies tant qu’on les pose sur le plan des idées et de la théorie (toujours prêtes à être détachées de l’expérience qui les justifie), mais acceptables quand on connaît leur dépendance vis-à-vis du vécu – réalité expérimentale chère à notre métaphysicien.

Nous proposerons parfois une interprétation d’un passage ambigu compte tenu de l’usage - correct - du vieux français et d’une expérience dont Constantin tente de rendre compte pour la première fois dans notre langue.

Nous avons aéré l’édition en découpant un flux continu en de nombreux paragraphes afin d’articuler une lecture nécessairement lente pour en tirer plein profit intérieur. Certains termes déjà désuets à son époque ont été modernisés (jà en déjà, etc.) après avoir signalé leur première occurrence. Le texte intègre les errata qui couvrent les cinq dernières pages de l’édition de 1635. Ponctuation et orthographe sont revues.

Présentation propre à la troisième partie de l’Anatomie

Nous éditons ici la troisième et dernière partie de l’Anatomie de l’édition de 1635. Elle se compose de quatre Traités. Nous pensons que ces brèves synthèses furent constituées en dernier lieu, en s’aidant des deux premières parties de cette même Anatomie, ainsi que des Secrets sentiers [269] : en effet Constantin renvoie dans les Traités à ses écrits antérieurs en indiquant des numéros de chapitres développant le point en cours d’exposition. Ces Traités sont structurés, brefs, précis et complets : ils peuvent être proposés en lecture avant d’aborder des sources plus amples telles que les deux premières parties de l’Anatomie.

Le confrère capucin éditeur a rédigé plusieurs textes en ajouts de ceux de Constantin. Ils sont distribués avant sa première partie, puis avant sa troisième partie, et même encore brièvement en conclusion [270]. Cette distribution indique que la mise en place des écrits qui “ont pu être recouverts” fut progressive ; ce qui est confirmé par la présence au sein d’un même volume de deux ensembles consécutifs d’Approbations (également reportés en fin de volume).

On aboutit ainsi au “cube” très dense publié post-mortem en 1635 que nous éditons en trois tomes : il fut malheureux de déprécier un riche trésor en le livrant tout d’un coup et en vrac - du moins l’ensemble a-t-il été sauvé. Nous espérons élargir le cercle de rares admirateurs en aérant ses très longs blocs textuels, en mettant en valeur un accomplissement tout d’expérience et très précisément ‘anatomizé’.

La “Préface au lecteur” composée par le confrère éditeur en ouverture de la troisième partie nous apprenait que :

« La matière de la troisième pièce [partie] de cette Anatomie Spirituelle devait être, lecteur dévot, la même que celle de la deuxième, mais ici réduite en ordre selon la suite et manière requise en sa pratique […] Mais comme [par le décès brusque de Constantin] il a plu à Dieu de lui donner plutôt sans remise la jouissance heureuse des secrets de sa sapience qu'il lui avait manifesté durant sa vie […] cette troisième partie, qui vous est ici exhibée, n'est autre qu'un amas, et assemblage de (2r°) certains traités et écrits du dit auteur qui sont à propos et se rapportent à la matière ; et sont [présents] tous ceux, qui après toutes sortes de devoirs [de sauver l’œuvre] humainement possibles ont pu être recouverts jusques aujourd'hui. Desquels néanmoins non seulement les plus parfaits et avancés en la voie mystique pourront cueillir plusieurs secrets, et documents rares. […] En gros, et en substance (2v°), tout est compris dans les traités qui sont ici assemblés, non seulement quant à la théorie, mais aussi en bonne partie quant à la pratique… »

Manquerait donc une synthèse finale comme il va nous l’apprendre, mais heureusement selon l’éditeur ami “tout est compris dans les Traités”, c’est-à-dire l’essentiel mystique. Dans la suite de sa Préface nous trouvons quelques renseignements sur le sort dernier de ces écrits, et du cas qu’en faisait un auteur bien conscient de leur caractère novateur. L’espoir de leur “recouvrement” ne se serait pas réalisé, le confrère n’ayant pu mettre la main sur des manuscrits dont il était certain que Constantin “y travaillait actuellement tous les jours”:

« l'auteur d'icelle [Anatomie], le propre jour qu'il rendit l'âme, ayant paqueté ce qu'il avait prêt, et donné charge de le faire adresser aux Pays-Bas pour être le (7r°) tout examiné, approuvé, et imprimé avec ce qu'il avait envoyé auparavant, prononça ces paroles : « Je rends grâce à Dieu, j'ai achevé mon livre, je ne vivrai plus guère, je ne m'en soucie pas, puisque mon livre est achevé. » Et de fait la seconde partie de ladite Anatomie avec lettre écrite de sa main du propre jour de son décès, par laquelle il promettait que les chapitres derniers qui manquaient, et ensemble toute la troisième partie suivrait bientôt, est venu à bon port, et été cause de cette impression. Ce qui fait présumer qu'il était déjà venu à chef de tout son dessein, et ne restait qu'à mettre le reste au net, ou qu'il l'aurait bientôt achevé. D'où par conséquent se peut encore espérer le recouvrement de ce qui doit servir à l'accomplissement de tout cet œuvre ; puisqu'il est certain qu'il en avait lors chez soi, soit les copies, soit les minutes, (7v°) soit pour le moins tous les premiers brouillons, et qu'il y travaillait actuellement tous les jours. »

Mais nous lisons dans le second jeu d’Approbations la confirmation suivante du recouvrement de l’envoi dernier :

« À l'occasion du recouvrement des manuscrits égarés du révérend père Constantin de Barbanson, et des pièces y retrouvées, qui manquaient et ont été remises en cette sienne Anatomie, j'en ai fait une curieuse et attentive revue d'un bout à l'autre […]. Fait à Betune le 12 de mars 1636. F. BONAVENTURE DE LA BASSEE Prédicateur Capucin. »

Il se peut donc que le recouvrement ait été accompli après la rédaction d’une Préface non revue que nous venons de largement citer ? Quoi qu’il en soit, “toute la troisième partie suivrait bientôt” promettait Constantin. Ce que nous éditons ici s’en approche donc avec certitude au niveau du contenu mystique. Le lecteur surmontera une forme qui n’a pas eu le temps d’être finement polie, ce qui contraste parfois avec la grande clarté et la netteté de la ferme pensée sous-jacente.

Nous avons largement annoté l’édition, car ralentir la lecture ne paraît pas déplacé sur un texte aussi dense (peut-être un polissage final aurait-il étendu l’écriture). Nous n’avons pas hésité à s’aventurer à des interprétations touchant au vécu expérimental même s’il demeure particulier à chacun : le lecteur jugera.

Souvent des termes rares surprennent. Ils ne sont pas des erreurs sur le vocabulaire provenant d’un étranger, mais dénotent l’usage de mots disparus depuis le XVIe siècle au sein du royaume de France. Nous livrons leurs synonymes, parfois même si leur signification est évidente, afin d’en justifier l’usage. Enfin l’auteur est marqué par son séjour en Rhénanie et s’autorise des germanismes tels que des inversions opérées dans la construction des phrases. Parfois il construit un terme neuf ou hapax par association de deux termes reconnus ; à défaut il s’appuie sur le latin.

Plus profondément faudrait-il ici justifier l’approche intérieure ? Constantin le fait théologiquement en citant des Pères et saint Thomas. Une vérification consistera pour nous à citer un témoignage sur son rayonnement personnel insistant sur sa douceur et s’achevant sur un brusque décès :

«…il est du tout croyable, que les bénédictions, et les avant-goûts de l'éternité desquels Dieu l'a prévenu, et favorisé toute sa vie, lui ont été tournés à la fin d'icelle immédiatement en jouissance, et félicité perpétuelle. Tel est le sentiment de ceux qui ont connu la pureté, et l'intégrité, la douceur (4r°) et mansuétude, la piété et dévotion, la candeur et ingénuité, la bonté et simplesse vraiment chrétienne, et religieuse, l'amour et charité de Dieu et du prochain, l'abstraction et le recueillement intérieur continuel, l'affection très singulière aux choses de l'esprit, le désir et zèle amoureux de l'avancement des âmes en icelles ; enfin l'observance, et perfection régulière qui ont relui en la vie et conversation du R. P. Constantin de Barbanson. Le témoignage qu'en a rendu l'un des premiers Pères Capucins de la province de Cologne par lettre écrite de Bonne (où il est mort) en date du 18 de juin 1632, porte entre autres les paroles qui suivent : ‘[…] Je ne me peux persuader autrement, sinon que notre Dieu l'aura fait goûter immédiatement des effets les plus secrets qu'il avait longtemps recherché, et pratiqué conformément à son Livre. Il avait été a Vêpres, et pensant reposer quelque peu, il fut entendu ronfler de la celle [cellule] voisine, et fut plutôt mort, qu'on n'aperçut qu'il était malade. Celui qui a connu sa vie, ne sera étonné d'une telle mort : car étant déjà mûr, et bien cuit au feu de l'amour divin, ce n'est pas merveille, s'il est tombé tout à coup comme une pomme de l'arbre’, etc. »

Table

PRESENTATION COMMUNE AUX TROIS PARTIES DE L’ANATOMIE DE L’AME 17

PRESENTATION PROPRE A LA TROISIEME PARTIE DE L’ANATOMIE 21



TROISIÈME PARTIE 27

EN LAQUELLE EST ENSEIGNE COMMENT L'AME QUI EST PARVENUE A L'ETAT DE LA PERFECTION SE DOIT COMPORTER, POUR FAIRE PROGRES EN ICELLE, ET Y ACQUERIR PLUSIEURS DEGRES JUSQU'A LA FIN DE SA VIE. 27


PREMIER TRAITE, AUQUEL SONT PONCTUELLEMENT DECLAREES LES CHOSES QUI SE FONT OCCULTEMENT EN L'AME, DEPUIS LE TEMPS QU'ELLE EST REDUITE AUX INFERIORITES, EN PRIVATION DES SUPERIORITES. 29

Prologue. 29

Chapitre premier. De divers états, selon lesquels l'homme a coutume de vivre et opérer, devant qu'il descende à cette infériorité si réelle. 35

Premier état. 35

Deuxième état. 35

Troisième état. 44

Chapitre deux. Explication du troisième état, qui est l'état d'infériorité, en négation de tout l'usage de la portion supérieure: pourquoi il est difficile, et quels secrets il contient. 45

Premier point. De la dénudation de l'entendement. 45

Deuxième point. De la privation de la liberté d'user tant de sa volonté, que de son entendement. 49

Chapitre trois. De ce que contient fondamentalement, et en vérité l'état d'infériorité, sans pouvoir de s'étendre en Dieu dessus soi par manière de fin et d'objet. 55

Chapitre quatre. Que ces sentiments au fond intime sont opérations et effets de Dieu en nous, voulant nous disposer à la fruition de son esprit divin au sommet selon un nouveau degré, et qu'ensemble avec la réelle immutation [...] divine nous devons adjoindre une pensée convenable de tel notre état présent. 65

Chapitre cinq. Comment il faut former l'état présent d'infériorité, et quelle pensée y doit être adjointe avec due proportion. 71

Chapitre six. Comment se fait le progrès selon ces états d'infériorité, et que chaque degré est composé de quelque ternaire ou trinité. 79

Premier point. Du progrès selon l'infériorité. 79

Deuxième point. Du ternaire de chaque degré. 82

Chapitre sept. En quelle manière l'inaction de Dieu vient. Ce que c'est d'icelle, et ce qui suit en l'âme après icelle. 85


SECOND TRAITE, CONTENANT LES PRINCIPES DE L'ETAT DEIFORME. 95

Chapitre 1. De certains points nécessaires à l'intelligence du dernier état de la perfection. 95

Premier point.[...]. Pour rendre la connaissance de l'union et de la transformation mystique plus ouverte et facile, il convient de noter les points suivants : 95

Deuxième point. 96 Troisième point. 96

Quatrième point. 96 Cinquième point. 96

Sixième point. 97 Septième point. 97

Huitième point. 98 Neuvième point. 99

Dixième point. 99 Onzième point. 100

Douzième point. 100 Treizième point. 101

Quatorzième point. 101 Quinzième point. 102

Seizième point. 105 Dix-septième point. 105

Chapitre deux. Que l'état de la perfection est un état solide et permanent, et qu'il a aussi ses pièces intégrantes, qui sont être, opérer, et avoir objet. 109

Premier point. Quel est l'état de la perfection ? 109

Deuxième point. De la première pièce de l'état de la perfection, qui est l'être déiforme. 111

Troisième point. Que la seconde partie de l'état de la perfection est l'opération. 112

Quatrième point. Que la présence divine objective est la troisième pièce de l'état de la perfection. 113

Chapitre trois. Que du Rien et du Tout il n’en faut faire qu'une chose ; et prendre icelle pour son propre être fondamental, et ainsi commencer la vie déiforme ; 115

Chapitre quatre. Du silence et repos intérieur, et qu'en icelui l'âme n'est point oiseuse, mais active, et comment. 121

Premier point. Quel est le vrai silence interne. 121

Deuxième point. Quel est l'action de l'âme en ce silence et repos interne. 123

Troisième point. Comment la volonté cédant à Dieu meurt à soi, et est faite vivante en Dieu. 126

Quatrième point. En quelle manière la volonté opère par application divine. 127

Cinquième point. Des mystères contenus ès points susdits. 130

Sixième point. Du comportement extérieur en cet état. 132

Septième point. Quelques avis contre les abus de cette doctrine. 134

Chapitre cinq. Comment l'âme se trouve durant sa relévation. 135


TROISIEME TRAITE, MONTRANT QUE L'AVANCEMENT, OU LA PERFECTION DE L'AME DEVOTE, NE CONSISTENT PAS A ETRE TOUJOURS EN UN SOMMET DE JOUISSANCE ; MAIS PLUTOT EN PLUSIEURS REITERATIONS DE MONTER, ET DE DESCENDRE, SELON PLUSIEURS DEGRES QUE DIEU LUI FAIT ACQUERIR EN LA SUITE, CAPTIVITE, ET ESCLAVAGE DE SON GOUVERNEMENT DIVIN. 145

Article premier. Que la perfection de la vie spirituelle ne gît pas en un sommet uniforme d'esprit, et de jouissance divine. 145

Article deux. Pourquoi Dieu prive l'âme de sa jouissance suprême. 147

Article troisième. Qu'après la jouissance suprême en esprit, il y a une manière toute diverse d'être, et de traiter avec Dieu, et une infinité de nouveaux degrés de perfection. 155

Article quatre. Que l'âme est dénuée de la fruition divine ; et du sommet de l'esprit remise en son infériorité pour recommencer un nouveau degré. 160

Article cinq. Que ce rabaissement est chose plus parfaite que la hauteur du sommet précédent. 161

Article six. Que le retour aux bassesses cause en l'âme la connaissance réelle de soi-même par l'expérience de son impuissance. 163

Article sept. Que l'expérience de notre corruption nous est nécessaire pour la réformation d'icelle, et notre avancement. 165

Article huit. Que la connaissance de l'excellence de la fruition divine dépend de la privation de icelle. 166

Article neuf. Qu'en ces états derniers il est à propos de connaître et pénétrer ce que Dieu opère en l'âme. 167

Article dix. Que par la privation de la jouissance, et le retour en infériorité l'âme acquiert en Dieu une façon nouvelle. 169

Article onze. Que l'âme remise en sa bassesse doit procéder par forme d'être, et d'état. 170

Article douze. Comment l'âme doit être contente de sa seuleté en son rabais, et recommencements mystiques. 172

Article treize. Que le désir de Dieu est ici la vie de l'âme, et comme son maître. 174

Article quatorze. De la séparation qui arrive ici entre Dieu et l'âme, et comme elle le trouve enfin en tant que principe. 175

Article quinze. Que le fond de l'âme doit être préparé pour chaque degré de fruition divine en l'esprit. 178

Article seize. Comme il faut concevoir le profit spirituel de l'âme parvenue au sommet de son esprit. 179

Article dix-sept. Quelle est l'union de Dieu avec l'âme en l'intime de son être. 182

Article dix-huit. En quelle manière Dieu prend à soi notre humanité et ces états derniers : et que cette union est la similitude de l'hypostatique ? 185

Article dix-neuf. Que l'âme ne s'arrête pas à l'union divine intime, mais se dispose et coopère à être relevée en celle de l'esprit. 189

Article vingt. Du bien que cause la connaissance expérimentale de Dieu en tant que principe et objet. 192

Article vingt et un. Combien l'expérience alternative des états inférieurs et supérieurs est profitable, et ses effets. 193


QUATRIEME TRAITE, QUI EST UNE EXPLICATION PLUS AMPLE DES VERITES CONTENUES AU PRECEDENT. 199

Préface. 199

Chapitre premier. Que Dieu étant en nous comme principe, c'est passivement que nous tombons en lui ; et y étant comme notre fin dernière, c'est activement que nous l'acquérons. Et que ce n'est pas assez d'être et vivre en Dieu, si nous ne venons à jouir de Dieu en Dieu, et devenons petits Dieux en Dieu, et ce que de là s'ensuit. 201

Premier point. De l'union de la volonté et de l'esprit, et leur différence. 201

Deuxième point. De la manière passive et active de trouver Dieu. 203

Troisième point. Quelle est la mobilité et la stabilité de l'âme en cet état. 206

Chapitre deux. Que l'état de la suprême jouissance divine selon l'esprit est d'assez longue durée, encore que le sommet même ne dure pas longtemps, et comment la descente se fait. 209

Premier point. En quelle façon l'âme descend de la fruition suprême. 210

Deuxième point. De la descente fruitive, et non fruitive. 211

Troisième point. Comment et combien l'âme possède Dieu fruitivement durant sa descente. 214

Quatrième point. Que l'état de la descente fruitive comprend la présence divine en toutes les parties de l'âme. 216

Cinquième point. Ce que c'est d'un degré substantiel et d'un intermédiat. 219

Chapitre trois. En quelle manière l'âme est relevée à un sommet plus parfait. 220

Chapitre quatre. Que l'opération divine en nos âmes prend son origine de deux côtés différents ; l'un inférieur, l'autre supérieur ; par bas, ou par haut. 225

Premier point. De la manière d'expérimenter l'aide et l'opération divine par bas, et façon de principe. 226

Deuxième point. Que l'attente de la manifestation divine en l'esprit ne doit pas être purement passive. 228

Troisième point. De l'état et conduite de l'âme durant ses rabaissements. 230

Quatrième point. De la manière de recevoir l'opération divine selon l'esprit. 234

Chapitre 5. Ce que la dénudation contient, et que la volonté nue est le soutien fondamental de tout l'édifice mystique. 239

Premier point. Pourquoi l'âme est réduite à sa seule nue bonne volonté. 239

Deuxième point. Comment la dénudation doit être entendue. 241

Troisième point. Que l'entendement supérieur est ici exclu de l'état interne. 242

Quatrième point. En quelle façon l'entendement se comporte et commence à revivre en cet état d'infériorité. 244

Chapitre 6. Pourquoi l'âme ne se peut étendre vers Dieu par désirs ou par actes formés ; et comment Dieu est ès états inférieurs en qualité de premier principe fondal ou fontal. 249

Premier point. Comment le désir de Dieu en l'âme est identifié avec la bonne volonté et aussi avec Dieu principe. 249

Deuxième point. Que l'âme vient à l'expérience de la présence intime de Dieu par la soumission et par les touches d'amour. 250

Troisième point. Comme il faut entendre et prendre cette union signe de Dieu ainsi avec notre volonté. 253

Chapitre 7. De certaines conséquences qui suivent des choses susdites : à savoir que donc nous ne sommes pas toujours stablement persistants en un sommet. Et que nous ne sommes pas aussi toujours comme rien ou seulement passifs. 255

Premier point. Que l'homme mortel n'est et ne peut toujours persévérer en un sommet de jouissance divine. 257

Deuxième point. Que l'âme dévote ne se doit pas promettre une stabilité au suprême de son esprit. 260

Troisième point. Que la paix est vivante et opérante en cet état et comment. 261

Chapitre 8. Que l'âme néanmoins est aussi passive et en quoi. Doctrine notable pour entendre les documents plus obscurs des mystiques et connaître en quoi l'âme est active et en quoi passive. 265

Premier point. De ceux qui qui font l'âme toute passive ou toute active. 265

Deuxième point. Qu'il y a temps d'agir et temps de disposition à l'action. 266

Troisième point. En quoi et comment l'âme est passive ou active. 267

Quatrième point. Qu'il y a plus de difficultés en la manière passive qu'en l'active, à cause des mutations fréquentes. 270

Cinquième point. Comment les degrés de la charité se changent et croissent en l'âme. 274

Chapitre 9. Que l'âme peut en deux façons coopérer avec Dieu pendant ces divins sentiers, et que double est sa fidélité en la suite de la volonté divine en soi. 277

Premier point. Quelle est cette double coopération. 277

Deuxième point. Qu'il faut remarquer ce que Dieu opère en l'âme et pourquoi. 279

Troisième point. Quand et comment les effets divins en nous doivent être observés. 280

Quatrième point. De l'abus de ceux qui blâment l'observation des œuvres divines internes. 283

Chapitre dix. Déclaration de la descente fruitive. 287

Premier point. Comment l'âme s'élève en Dieu par-dessus soi en sa portion suprême intellectuelle. 287

Deuxième point. Comment l'âme descend de cette suprémité fruitivement. 290

Troisième point. En quelle manière l'âme descend maintenant d'un degré en un moindre. 292

Quatrième point. Comment l'âme arrivée au suprême de son humanité parvient à son propre esprit et puis après à l'esprit divin. 293

Cinquième point. Comme le susdit degré de descente fruitive se perd, et un nouveau se forme. 296


PIECES AJOUTEES PAR LE PREMIER EDITEUR 303

À son Altesse Sérénissime Ferdinand, 305

Préambule 313

Article I. De la cause des écritures mystiques. 313

Article II. De la diverse manière de traiter les choses spirituelles. 315

Article trois. De la diversité des grâces divines. 319

Article quatre. De l'usage des dons, et grâce divine. 320

Article cinq. Des qualités de l'auteur de ce livre. 324

Article six. Du contenu, et de l'ordre, et but de ces additions. 325

Article sept.. Quelques avis sur ce contenu. 327

Deuxième avis. 329

Troisième avis. 330

Article 8. De l'excellence de l'État surnaturel de l'homme. 332


[Exclamation, Conclusion, Table] 341

Approbations. 341

Avertissement. 343

Préface au lecteur. 343

[Table des traités et chapitres] 349

Approbations dernières. 350

[Correction des fautes survenues en l’impression] 352




30.MARTIAL D’ETAMPES Maître en oraison

(37) Martial (word d’origine) = Martial d'Etampes, maître en oraison A EDITER & REVU 11 déc .doc



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Martial d’Etampes, Maître en Oraison, Textes présentés par Joséphine Fransen et D. Tronc, Editions du Carmel, coll. « Sources mystiques », 2008, 247 p.

[comporte une étude et des écrits de cet éminent mystique capucin du début du XVIIe siècle.]

Introduction

On ne connaît souvent parmi les franciscains que le nom du capucin d’origine anglaise Benoît de Canfield car il appartient à la première génération des fondateurs franciscains qui assurèrent « l’invasion mystique » de la France dès la fin des guerres de religion271 : l’influence de sa Reigle de perfection est restée inégalée. Elle fut cependant complétée, voire approfondie sur de nombreux points, par les écrits d’autres capucins d’égale valeur mystique. Ils ont fait vivre durant tout le siècle une spiritualité enracinée sur la tradition transmise par Harphius272.

Martial d’Etampes (1575-1635) est l’un de ces franciscains qui furent, au début du XVIIe siècle, les infatigables ouvriers intérieurs de l’essor spirituel. Il est le représentant le plus illustre en son temps de la seconde génération capucine273. Il exerça une forte influence sur Jean-François de Reims son contemporain. Et ce n’est qu’après quatre générations, d’où sortirent plus d’une dizaine de grandes figures mystiques, que s’étendit un « crépuscule » qui recouvrit jusqu’à nos jours la grande tradition mystique franciscaine capucine274.

Nous rappellerons brièvement l’histoire de la famille franciscaine et l’esprit intérieur qui animait ses membres, avant de présenter les rares informations qui nous sont parvenues sur la vie de Martial. Quelques thèmes chers à celui-ci introduiront aux deux textes principaux de son opus reproduits dans ce volume.

Franciscains et capucins

Après la mort de François d’Assise en 1226, des franciscains « Spirituels » qui voulaient maintenir l’idéal de perfection du fondateur s’opposèrent aux franciscains de la « Communauté » qui n’observaient plus littéralement la Règle et le Testament du fondateur. Bien des problèmes pratiques posés par l’extension de l’ordre s’opposaient en effet à la stricte pauvreté matérielle, sans compter la sirène offerte sous forme d’études au sein des universités naissantes.

Le règne « efficace » du frère Elie, de 1232 à 1239, n’arrangea rien. Celui, sensé, de saint Bonaventure, de 1257 à 1274, ne put récupérer une situation tendue275. Cependant, en 1282, on relevait plus de quarante mille religieux répartis en près de mille six cents maisons. L’affrontement entre « idéalistes » et « réalistes » fut finalement tranché en faveur de la « Communauté » par Jean XXII, le pape autoritaire responsable du procès d’Eckhart. Puis la société européenne fut troublée par l’arrivée de la peste au milieu du XIVe siècle ainsi que par le schisme avignonnais, et l’ordre franciscain connut une décadence.

Mais des réformes successives assurent tout au long de l’histoire franciscaine une grande vitalité. Au « conventualisme », terme qui désignent la branche de ceux qui adaptent l’idéal de pauvreté aux contingences permettant l’organisation de la communauté, vont s’opposer les observants, qui « s’unissent pour restaurer l’ordre dans son observance primitive et sa splendeur », avec des méthodes diverses, mais en « donnant la préférence aux couvents pauvres et écartés » 276.

Ce mouvement des observants naît vers 1380 puis se développe à Foligno. En 1451 le mouvement compte deux cents religieux répartis en trente-quatre maisons, formant de nombreuses petites communautés. En France un mouvement de réforme prend forme au sein des conventuels et se développe sous l’impulsion de sainte Colette (-1448). En Espagne, l’un des foyers animé par Juan de Guadalupe (-1506) sera à l’origine des franciscains « déchaux » aux tendances érémitiques et pénitentielles.

En 1517, à la veille de l’expansion luthérienne, on compte pour l’Europe environ vingt-cinq mille conventuels et trente-deux mille observants, formant deux immenses familles autonomes. Divisions et réformes apparaissent, signes d’une poussée vitale. A la fin du processus, on distingue de nombreuses familles franciscaines 277.

Les conventuels perdent progressivement de leur importance : nombreux en Allemagne et en Europe centrale, ils sont touchés par la réforme luthérienne. Les déchaux s’organisent autour de diverses figures dont l’espagnol Pierre d’Alcantara qui fut influent sur Thérèse d’Avila. Les récollets, issus de maisons de retraites ou « récollections », prospèrent en France puis en Belgique et en Allemagne.

Mais surtout une nouvelle famille est née en Italie autour de 1520, celle des frères mineurs capucins. Ils sont plus de trois mille répartis en trois cents couvents avant même de franchir les Alpes en 1574. A la fin du premier siècle de leur existence, toute l’Europe est conquise avec près de dix-sept mille religieux répartis en près de treize cents maisons 278. En Rhénanie et en Flandre, l’essor capucin culmine dans les grandes figures de Constantin de Barbanson et de Jean-Evangéliste de Bois-le-duc, le « Jean de la Croix flamand ». En France les capucins dominent par leur rayonnement l’ensemble des autres branches par leur exemplarité :

Leur vie se caractérisait par une austère simplicité et un amour fraternel, une vie intérieure intense, un apostolat multiforme 279.

Le but auquel doivent conduire austérité et observance de la Règle est la vie d'oraison. L'aphorisme de Bernardin d'Asti, co-fondateur des capucins, devint un axiome pour toutes les générations 280 :

Si vous me demandez qui est bon religieux, je répondrai : celui qui fait oraison. Si vous me demandez qui est meilleur religieux, je répondrai : celui qui fait meilleure oraison. Et si vous me demandez qui est excellent religieux, j'affirmerai en toute sincérité : celui qui fait excellente oraison.

L’un d’entre eux est l’excellent religieux et mystique Martial.

La vie de Martial

Jean Raclardy naît à Etampes le 22 juillet 1575, d’une famille de petits artisans. Il entre le 20 juillet 1597 au couvent des capucins d'Orléans, y reçoit l'habit des mains de Benoît de Canfield, maître des novices, fait profession le 29 juin 1598 entre les mains d’Honoré de Paris sous le nom de Martial. Il est absorbé par la tâche de maître des novices (Meudon, Paris, Troyes, Amiens) et de confesseur de religieuses capucines (Paris, puis Amiens de nouveau, de 1631 à sa mort). De santé fragile, il exerça sa patience dans ses infirmités. On lui attribue miracles et prémonitions.

Il était porté d'une charité si grande envers les infirmes et ceux qui étaient en quelque nécessité, qu'il eut employé sa vie et incommodé sa santé pour leur porter du soulagement, et était si compatissant aux besoins et nécessités des affligés, qu'il en pleurait de compassion 281.

Nous disposons d’une seule mais solide étude qui accompagnait l’édition de quelques lettres282. Elle est l’œuvre de Raoul de Sceaux, le grand connaisseur de la vie franciscaine à l’époque de Martial 283 :

S'il est aujourd'hui possible de projeter quelque lumière sur cette existence volontairement effacée, nous le devons à l'empresse­ment du P. Sylvestre de Paris, l'Ancien, qui, chargé, à titre d'archi­viste de la Province de Paris, de tenir à jour le nécrologe, a consacré à la mémoire du P. Martial d'Etampes plusieurs pages pleines d'in­térêt [ms. du Titre, pages 36, 71 sv.], et inséré quelques lettres qui lui furent remises après la mort de celui-ci. [...]

Jean Raclardy naquit à Etampes le 22 juillet 1575, et ses parents François Raclardy et Michelle Benoist, petits artisans mais excellents catholiques, firent baptiser leur enfant le jour même à l'église Notre-Dame. Dès l'âge de six ans, celui-ci déclarait vouloir être religieux dans l'Ordre de saint François, « et comme on luy eu dit que ses reli­gieux ne manioient et n'avoient point d'argent, il n'en voulut plus avoir ny manier que pour avoir des livres, se portant a vouloir étudier et s’adonnant a la lecture de livres de dévotion284». Chaque jour son père assistait à la messe célébrée de grand matin « pour la com­modité des artisans et manouvriers ». L'enfant se levait à temps pour l'y accompagner, « et mesme il prit aussi la coutume d'entendre tous les jours matines, et pour quelque mauvais temps qu’il eut faict, on ne le pouvoit destourner ny retarder dy aller ».

Attrait de la prière, attrait de la mortification, telles sont les deux caractéristiques de la jeunesse du futur P. Martial. Il saura y répon­dre durant toute sa vie. On l'estimait et on l'aimait ; bien plus, cer­tains amis de sa famille avaient confiance dans l'efficacité de ses prières. Des voisins venaient-ils chercher des herbes dans le jardin des Raclardy pour quelque malade ? Ils désiraient que ce fût l'enfant qui les leur donnât, et lui, agissant tout simplement, disait : “Allez, allez, je prie Dieu pour qu'il en garisse », et la guérison, effectivement, ne tardait pas. A vingt-deux ans il entra au couvent des Capucins d'Orléans, le 20 juillet 1597, et y reçut l'habit des mains du P. Benoît de Canfield, maître des novices, que remplaça au cours de l'année, le P. Honoré de Paris. C'est dire l'excellente formation que reçut le P. Martial, qui devait un jour lui succéder dans cette charge.

Jeune prêtre, il sembla déjà favorisé de grâces mystiques. « Il étoit souvent attaqué de grandes tendresses de coeur Un jour de Noël étant à l'autel, il en fut si vivement attaqué, commençant le Gloria in exelsis, qu'il fut contraint d'en sortir, ne pouvant continuer la messe et fallut prier un autre prestre d'aller dire cette messe, et cette ten­dresse de cœur, ou sentiment de dévotion fut de longue durée, et quasi de quatre heures sans le quitter pour pouvoir dire la saincte messe. Depuis, il obtint de Dieu de nestre plus travaillé de tels senti­ments a lautel quand il y auroit des séculiers a l'esglise285 » . Ces phé­nomènes ne l'empêchèrent cependant pas d'exercer un certain minis­tère, prêchant partout la paix et la charité. Dieu bénissait son aposto­lat. Le fait suivant en est une preuve. A Paris, deux voisins s'étaient voué une haine réciproque, et malgré les efforts des Capucins, nulle réconciliation ne semblait possible. Le P. Martial, qui résidait alors au couvent parisien de l'Annonciation, au faubourg Saint-Jacques, fut envoyé vers l'un d'eux, très malade, par le P. Henri de La Grange­ Palaiseau, alors gardien du couvent286. Il s'y rendit et ne lui eut pas sitôt parlé, que celui-ci se sentit transformé, « et mesme ressentit de si grandes douleurs en son corps, et mesme des peines en son esprit, et tout cela incita le malade de dire avec un grand ressentiment au P. Martial quil supplioit de prier Dieu pour luy, et quil feroit tout ce quil desiroit pour se reconcilier ». Le Père revint au couvent « ou il fit oraison pour luy, et sur le soir, retourna voir ledit malade, et le réconcilia de telle sorte avec son ennemy, quils se firent protestation d'estre a lavenir aussi bons et plus grands amis qu'auparavant287 ».

Maître des novices au couvent de Meudon en 1615288, puis en 1617 en celui de Troyes, il exerça encore la même charge au couvent d'Amiens en 1619289. L'enseignement départi à ses novices, nous le découvrons dans ses oeuvres, et principalement dans le Traicté facile pour apprendre a faire oraison mentale, et surtout l'Exercice des trois clous amoureux et douloureux pour imiter Jésus-Christ attaché sur la croix au Calvaire290, ou encore l'Exercice du silence intérieur. Toutefois, la formation de ses novices, si absorbante soit-elle, ne lui fait pas négliger, nous l'avons vu, la visite des malades, obtenant la conversion in extremis, de certains, celle par exemple, de cet abbé auquel il adresse un écrit qui le bouleverse, le fait rentrer en lui-même et le convertit291. Il dirige la conscience de ses confrères.

Un jour, il dit à un capucin favorisé par Dieu de sentiments extraordinaires : “Disposés vous a bien souffrir, car assurément, après que nostre Dieu vous aura esprouvé et purgé, il vous donnera bien d'autres lumières plus excellentes, ce qui est arrivé tant pour les souffrances que pour les lumières”. Nostre Père Martial scavoit bien que nostre Dieu ne communique point des graces extraordinaires, quil ne fait auparavant ou par après ressentir de grandes souffrances ». Lui-même souffrait presque continuellement, par suite d'une santé défaillante, « et avec ses douleurs, il ne se relachoit point de ses austérités, veilles et travaux, ny de jour ni de nuict, et prechoit a former et instruire ses novices, plus par exemple que de parolles, quoy que fort assidu a leur faire de ferventes exhortations, lesquelles on admiroit ses lumiè­res et les connaissances intérieures que nostre Dieu luy donnoit, qu'il a couchés par escrit en cet admirable livre des trois clous»292.

On lui attribuait certaines guérisons soudaines et humainement inexplicables, mais sa vie était surtout digne d'admiration. Confesseur des Capucines de Paris de 1628 à 1631, puis de celles d'Amiens de 1631 à sa mort293, il se révéla un grand maître de la vie spirituelle. A la demande du P. Sylvestre de Paris les moniales d'Amiens, après la mort de leur confesseur, ont insisté dans une lettre insérée au nécro­loge, sur la charité, l'esprit de sacrifice du P. Martial. Son zèle pour l'avancement spirituel des âmes qui lui étaient confiées, lui rendait intolérables les moindres défaillances. « Il étoit porté d'une charité si grande vers les infirmes et ceux qui étoient en quelque nécessité, quil eut emploié sa vie, et incomodé sa santé pour leur apporter du soula­gement, et étoit si compatissant aux besoins et nécessités des affligés, quil en pleuroit de compassion ». La réforme de l'abbaye de Saint­-Julien d'Amiens lui coûta mille peines, tant de la part des moniales que des autorités ecclésiastiques. « Il y travailla avec telle ferveur et assiduité, quil gagna doucement les plus rebelles, et les a tellement portées au bien que par après, celles la eurent plus de résolution a y continuer et persévérer. Il ny a que Dieu et luy qui scache ce qu'il a souffert a établir cette réforme, et scache les actes d'humiliation et de patience quil a pratiqués a gagner ces religieuses, lesquelles le meprisoient Et estant proche de mourir, lesdittes religieuses luy en­voièrent demander pardon de tout ce quil avoit souffert a leur occasion »294.

Sa vie, tant à Paris, qu'à Amiens, était rude. Après les matines il ne reprenait que rarement son repos. C'est durant ces veilles qu'il faisait son oraison ou rédigeait ses conférences et ses écrits. Austère, il l'avait toujours été. A Amiens, sa mortification n'échappa guère aux religieuses. « En hiver, venant de grand matin du couvent de nos Pères Capucins, qui est asses esloigné de nostre monastère, et que les chemins fussent couverts de neges et quil fit grand froid, il mon­toit droit au confessionaire, sans sarrester a se chauffer, pour voir si quelqu'une d'entre nous avoit besoin de son assistance ». Les Capuci­nes, qui n'ignoraient pas quelles étaient ses souffrances corporelles, admiraient sa patience au milieu des maladies qui l'accablaient mais qui ne l'empêchaient pas de vaquer à son ministère de confesseur. Celui-ci était chargé, et le P. Martial l'avouait lui-même dans la let­tre II adressée, le 4 décembre, à une Capucine de Paris : confessions, préparation des conférences, sermon du dimanche, direction des retraitants295, visite des malades occupaient amplement ses journées. Mal­gré ses fatigues et ses infirmités, il demeurait humble aux yeux des hommes, doux et patient, s'estimant le plus imparfait de ses novices296.

Au cours du mois de juin 1635, le P. Martial d'Etampes sentit nettement ses forces décliner. Le 16 du même mois, alors qu'il était allé, suivant son habitude, faire des conférences spirituelles à trois communautés religieuses d'Amiens, il se sentit très mal. Réunissant toutes ses forces, il parvint à célébrer encore la messe conventuelle chez les Capucines, puis rentra au couvent assez éloigné de là, où il arriva exténué. Le P. Aimé de Beauvais, son ancien novice et alors son gardien. le trouva fort mal. « C'est maintenant, mon Père, lui dit-il, qu'il faut avoir le coeur à Dieu ». Le malade répondit seulement : “Oui, à Dieu, à Dieu, à Dieu ». On se hâta de lui donner les sacre­ments. Or, « le lundi à l'heure des matines, un Frère le visitant pour luy rendre quelque service, luy trouvant les pieds tout froids », il l'appela. Le mourant lui répondit « que son esprit était en grande jubilation, proférant des paroles entrecoupées que le religieux ne pouvoit discerner ». Sur les quatre heures du matin « un peu devant le lever du soleil », le P. Martial s'éteignit. On était au 19 juin 1635, jour anniversaire de sa profession.

Quand la nouvelle de la mort arriva au monastère des Capucines, celles-ci, par l'intermédiaire de leur syndic, tentèrent d'obtenir que la dépouille mortelle de leur confesseur fût inhumée dans leur église, mais le P. Gardien du couvent d'Amiens s'y opposa formellement. On se contenta de leur remettre le coeur du défunt, qui, placé dans un vase de plomb, fut enterré devant l'autel principal de l'église. Le P. Aimé accorda encore aux moniales la faveur de vénérer le corps de leur père spirituel, et « toutes vinrent baiser les pieds avec beau­coup de larmes et de sanglots ». A trois heures de l'après-midi, on plaça la dépouille du P. Martial dans le choeur des religieuses, pen­dant que celles-ci psalmodiaient l'office des morts. Puis, les Capucins « vinrent processionnellement du couvent au nombre de quarante­-deux », assister à l'absoute et emmener le défunt, afin de l'inhumer dans leur église. Ce fut un transfert triomphal. Le corps était porté par six religieux, entourés de six autres portant un flambeau, et sui­vis du reste de la communauté, ainsi que d'une foule telle « qu'on n'eut pas pensé, quil y eut tant de peuple dans la ville ». Elle rem­plissait l'église à tel point, que le cortège put difficilement y péné­trer. Il fut d'ailleurs impossible d'arrêter la dévotion populaire. On coupa l'habit du défunt, ses cheveux et sa barbe, aussi le P. Gardien donna-t-il l'ordre de couvrir le corps. « Les tréteaux sur lesquels il étoit furent rompus, on l'emporta dans la chapelle de saint Antoine de Pade ou il devoit estre enterré »297.

La mémoire du P. Martial d'Etampes demeura en bénédiction, non seulement à Amiens, mais dans toute la Province de Paris. Peu de temps après le décès, un religieux écrivait au P. Sylvestre, rédac­teur du nécrologe : « Je l'ay recogneu grand observateur de la régu­larité, fort fervent a se mortifier, tant en ses paroles qu'en ses gestes, grandement austère en son vivre et en son dormir. grand homme d'oraison et de pratique spirituelle, comme il a bien fait paroistre, tant en ses leçons particulières qu'en ses exhortations comme aussi ès livres et escripts réduisant toute sa doctrine en pratique par imitation des exemples de la vie de Nostre Seigneur, jusques a mourir en croix avec luy » 298.

Un maître artisan tout intérieur

Son enseignement est à la fois humain et élevé. Tous sont appelés. Chaque acte d’une méthode d’oraison est déjà une oraison, aussi devons-nous y entrer « comme à yeux clos, car Dieu n’a pas besoin de nos règles pour nous donner ses grâces et lumières 299 ». Il parle des « secrets sentiers de Son divin amour », en référence à Constantin de Barbanson300.

Il s’agit de « plonger en Dieu comme des poissons dans l'eau ». C’est un acte de la volonté, au travers des images. Il demande simplement quelques paroles amoureuses, « sans plus d'autres inventions pour aimer que l'amour même, car rien n'est plus propre à produire un feu qu'un autre feu ». Cela suffit car « le doux, simple et amoureux souvenir de Dieu contient éminemment tous les autres actes que l'on pourrait produire, comme de dresser son intention. » Selon la tradition de Benoît de Canfield : « Acquiescez à Sa volonté pour ne ressentir plus qu'un seul vouloir. » Car « Dieu est toujours présent, paix et repos au centre de soi-même », sans attribut particulier pour Celui qui s’annonce par : Je suis qui suis. La patience est requise car, « fontaine de bonté, il ne peut opérer que le bien dans le mal qu'Il permet de nous arriver. » On atteindra finalement un état où « l'on ne reconnaîtra plus que Dieu en nous, par la grâce de son opération », tandis que « nous ne verrons plus que Dieu en toutes choses. »

On trouve l’écho de son exigeante tendresse dans des lettres :

C'est le propre des bonnes âmes, plus elles approchent du soleil, de se perdre de vue et de s'anéantir tellement qu'elles ne voient pas seulement leur ombre, car elles n'en ont point du tout tant elles sont dans l'anéantissement et bas estime d'elles-mêmes [...] Interrogez votre pauvre cœur pour savoir ce qu'il désire, et quand vous trouverez que ce n'est pas Dieu ou ce qui vous peut aider à vous élever à lui, recourez-y promptement, et vous remettez en Dieu seul. Cette remise de votre esprit en Dieu souvent pratiquée vous apportera un grand profit, et abondance de fruits, et s'ils n'ont été si grands depuis mon départ, ce n'est pas faute que je n'ai prié Dieu pour vous, et si vous ne vous avancez, c'est que mes prières ne sont exaucées pour n'être assez ferventes, priez qu'elles le soient [...] Frère Martial, capucin inutile, et en parfaite santé grâce à Dieu 301.

Le Traité très facile pour apprendre à faire l’oraison mentale commence par rectifier certaines représentations :

La dévotion n'est pas un sentiment comme plusieurs se persuadent, mais c'est un acte de la volonté par lequel on se porte promptement au service de Dieu302.

Le ministère de Martial lui permet de donner quelques conseils pour passer de la méditation au « silence de l’esprit » qui est la marque de l’entrée dans l’oraison dite passive :

Il faut passer au travers des images, objets, distractions, et diverses pensées qui se présenteront à notre pauvre esprit pour détourner notre vue de Dieu, et demeurer fixes en ce simple regard tant qu'il nous sera possible, sans pourtant nous forcer, ni violenter la tête ni l'estomac ; et pour pratiquer ceci plus facilement, il faut jeter les yeux de l'esprit sur la grandeur de Dieu, sur sa majesté, sur sa bonté, puissance, sagesse, et autres perfections ; mais particulièrement sur son amour, duquel Il s'aime Lui-même, nous en réjouissant et L'en congratulant, en comprenant telles perfections seulement en bloc, et sans aucune spéculation ou distinction, les admirant et contemplant simplement au plus intérieur de notre âme ; puis en un instant il faut retomber sur notre néant au plus intime de notre âme. Ce regard doit être accompagné d'une grande révérence, qui causera une douceur en notre intérieur et un silence en notre esprit, dans lequel nous devons demeurer tant qu'il durera303 .

Il conseille un « acte de foi » qui consiste à « plonger » en Dieu :

Quand nous voyons donc la complaisance, le chagrin ou le dégoût survenir, soit en l'opération intime, soit en l'oraison, qui est son propre lieu, ou parmi les hantises et actions du prochain, sans que nous nous amusions à combattre tels fantômes, il faut, par un acte de foi, croire fermement que toutes ces tentations, distractions, dégoûts, inquiétudes, efforts, perturbations, et bref tout ce que les démons nous peuvent susciter, ne sont pas capables de faire que Dieu nous soit moins présent ni qu'il soit moins digne d'être notre unique objet, ni empêcher que nous ne prenions en Lui en ce temps-là même notre très parfait contentement ; et si les distractions nous ont possédé quelque temps, en telle sorte que durant leur violence nous n'ayons eu le loisir de recourir à l'anéantissement actif, comme il arrive souvent en l'oraison et en d'autres rencontres, nous nous devons au moins pour lors abîmer, plonger et jeter en Dieu comme des poissons dans l'eau, sitôt que nous nous apercevons du péril auquel nous sommes. C'est pourquoi il faut toujours nous tenir sur le bord du lac…304 

Il recourt à la comparaison traditionnelle illustrant le dur chemin de transformation, qui sera reprise entre autres par madame Guyon :

…et qu'il faut que nous nous considérions comme le blé qui sert tant à l'entretien et à la nourriture des hommes, et qui ne peut être bon à manger s'il n'a pas passé par beaucoup de métiers, parmi lesquels il semble qu'il doive être plutôt consommé et anéanti, que pouvoir servir à aucun usage ; car le jetant premièrement en terre, qui ne dirait qu'on le veut perdre en le faisant pourrir ? Le mettant puis [188] après sous un fléau, l'écrasant entre deux meules, le jetant dans un four embrasé, qui ne dirait qu'il est entièrement perdu ? Et cependant c'est pour lors qu'il est plus propre pour nos usages 305.

L’in-action ou action divine en l’âme assure une nouvelle naissance dans le silence de toutes nos puissances :

C'est là pareillement l'exercice des âmes avancées, qui sont tirés de Dieu par un mouvement particulier, ou par je ne sais quelle impuissance de ne pouvoir faire autrement, ce qui arrive par un délaissement intérieur qui les rend incapables d'une plus grande et plus actuelle occupation d'esprit, ou par une disposition corporelle qui leur donne le même empêchement ; et c'est l'exercice de la seule chose nécessaire que Notre Seigneur recommandait tant à Marthe, et dont il louait si hautement Marie, qui écoutait dans le plus intime et le plus [311] profond de son cœur avec un profond silence ces divines paroles, au pied de lesquelles étaient prosternés. Ainsi les âmes séraphiques n'ayant qu'une pensée, qu'une volonté et une action en l'objet de Dieu seul, si simplement, si nuement, si paisiblement écouté, elles semblent plutôt souffrir la suave inaction de Dieu qu'agir d'elles-mêmes […] Ce saint exercice nous a été enseigné de Jésus naissant aussi bien que de Jésus prêchant Marthe et Marie : naissant, parce qu'il naquit au temps de la minuit, que toutes choses étaient en un très profond silence, comme dit le Sage, afin que cette sienne seconde naissance temporelle répondit à l'éternelle, qui est grandement silencieuse ; que la troisième naissance qu'il prétend faire en nos âmes, fût en quelque façon semblable aux deux susdites, par la pratique d'un silence universel de toutes nos puissances, en l'objet de quoi que ce soit, excepté de Dieu : car autrement comme Dieu ne se manifesta pas à Élie dans le tourbillon ni dans la commotion, ni dans le feu, mais dans un doux [314] respir d'un très agréable zéphir…306

La garde du cœur est permanente, sans souci d’accéder à quelque attribut distinct :

Une âme séraphique, selon cet exercice, depuis le lever du matin jusqu'au coucher du soir, ne fera donc autre chose intérieurement, à quelque action qu'elle vaque, soit profane ou sainte, que de se recueillir toute en la simple vue de Dieu seul ; à chaque [321] fois qu'elle y retourne, si elle s'aperçoit en sortir par quelques distractions, elle y rentre aussi paisiblement et confidemment, comme si elle n'en eût jamais sorti, […][327] Se portant donc ainsi avec les ailes d'un souvenir simple, et d'un amour pur vers Dieu leur unique objet, comme si elles n'avaient que cela à faire et à voir, elles y découvrent tout ce qui se passe et s'élève de tumultueux en elles-mêmes, pour le calmer aussitôt, ni plus ni moins qu'en voyant dans un miroir les tâches et les difformités de leur visage […] Cette voie de l'âme fait un bruit silencieux comme le murmure confus des eaux et le son de Dieu sublime, parce que tout ce qu'elle voit par pensée et qu'elle reçoit de l'amour de Dieu (qui sont les deux ailes qui l'élèvent) n'est rien de distinct par autre attribut particulier ; ainsi Dieu parlant de soi-même à Moïse, ne lui dit-il pas : « Je suis qui suis », sans dire quel qu'il était. C'est aussi le même langage de l'Epouse parlant de son Époux : « Mon Bien-aimé est à moi et moi à lui », sans spécifier quel est le Bien-aimé, ni quelle est la Bien-aimée, pour donner à entendre qu'il est tout son bien, toute sorte [330] de perfections…307.

Les trois clous sont « conformité, uniformité, et déiformité 308 », non quelque dévotion imaginative comme pouvait le faire croire le titre de l’œuvre dont nous indiquons dans la note bibliographique l’origine fortuite, mais une expérience bien concrète d’une transformation vécue :

[195] Nous expérimenterons en nous-mêmes de si grands changements intérieurs et extérieurs, que nous ne les croirions pas, si le nous ne les voyons de nos propres yeux, mais par des effets quasi inconcevables de la sainte opération de l'Esprit de Dieu en nous, comme de paix sans plus d'inquiétudes…

On retrouve la fonte de la volonté en Dieu, conformité qui donne la paix si recherchée :

Notre volonté étant fondue par le feu du divin amour, elle s'écoulera tout en Dieu, pour n'avoir plus et ne ressentir plus qu'un seul vouloir, semblable à celui de Dieu et par ce moyen plus divin ; que tous nos désirs et souhaits seront accomplis, d'où nécessairement s'ensuivra la paix ; car le plus grand ennemi d'icelle, qui est notre propre volonté, étant surmonté, et lui ayant fait jeter les armes par terre, toutes les guerres viendront à cesser, tant les inquiétudes d'esprit que les perturbations de cœur, causées [214] par les dérèglements de la propre volonté en soi

Renoncez aussi à tous les choix et élections de vos raisons humaines et propre jugement, encore que très bonnes et très saintes, qui ne font que tyranniser votre pauvre cœur et le désunir de Dieu : c'est pourquoi anéantissez toutes les vues et lumières de votre esprit, encore que très justes et raisonnables, qui vous troublent et inquiètent, et divisent votre cœur de l'unité, pour vous rendre en tout [225] uniformes par la lumière de la foi, afin de dissiper toutes les multiplicités et de vous faire reposer non plus en votre plaisir, mais seulement en celui de Dieu en l'état où vous êtes

Puis l’abandon conduit à « voir toutes choses en Dieu » en nous déiformant :

Ne faisant quasi plus rien de nous-mêmes, comme si nous étions [253] dans l'impuissance, nous devons voir Dieu en toutes choses, ou plutôt toutes choses en Dieu […] Cette fidèle pratique nous rendra toujours déiformes, c'est-à-dire qu'elle transformera nos actions humaines en divines…

Ici notre conversion doit [317] être ferme, notre récollection stable, notre introversion continuelle, notre paix très grande, et notre tranquillité très simple pour ce que nous commençons à entrer dans la région déiforme, sur le haut de la montagne de l'Esprit, au lieu du calvaire, d'où elle ne doit plus rien respirer que l'air du Paradis , et aspirer, et soupirer de vivre dans la pureté de l'Esprit, en paix et silence, au-dessus de tous les troubles et inquiétudes de la nature, et là aimer Dieu sans moyen.

Il affirme nettement la possibilité d’une union divine en utilisant subtilement l’image classique du miroir :

L'union est toute spirituelle [...] lui fait trouver Dieu partout, même dans les plus grandes souffrances : avec l'épouse, elle en jouit comme d'un beau lys entre les ronces des tribulations,

C'est la pratique de la déiformité, où Dieu par l'abondance de ses grâces, dissipe tous les empêchements et anéantit tous les milieux et entre-deux de l'union de notre esprit pour nous unir à Lui : car par cette pratique, ne voulant rien, ne désirant rien, ayant tout quitté, n'ayant plus nulle propriété, notre âme sera comme un très beau miroir, dans laquelle se pourra former l'image des vertus de Jésus-Christ crucifié, et surtout de la charité. Or prenez garde que pour former l'image dans le miroir, il doit être éloigné de l'objet pour la représenter au vrai, et voilà ce que l'âme fidèle fait par l'anéantissement sous les pieds de toutes les créatures ; et c'est en ce temps que ce grand [465] Dieu par un amour de bienveillance, forme en cette âme l'image de sa toute-puissance, de sa bonté et de son amour

L’œuvre se termine par quelques conseils pratiques et par un encouragement :

[626] Servez-vous des vertus et jamais ne servez les vertus

Chaque degré est divisé en quatre articles, […] Le quatrième article est l'opération de Dieu ; et c'est lors qu'il vous donne l'assurance, par l'expérience de sa proximité, et qu'il vous regarde ; car ce regard amoureux sur vous, dissipent par un instant tout le mal [642] qui est en vous, pour vous remplir de tout bien309

Les sources et notre choix

Les sources principales d’informations sur Martial consistent en un article et en recensions dans le Dictionnaire de Spiritualité. Nous avons cité l’article d’intérêt majeur paru dans les Etudes franciscaines, qui utilise au mieux le nécrologe des capucins de la province de Paris ; d’autres sources figurent dans les notes de cet article (également citées pour cette raison). Ces références sont :

DS 10 col. 675 à 677 (art. « Martial d’Etampes » par W.-C. van Dijk) - DS 5 col. 1375 (un paragraphe dans l’art. « Spiritualité franciscaine » où Optat de Veghel lui attribue « l’essence de la spiritualité mystique de son époque ».)

P. Raoul de Sceaux, “Lettres inédites du P. Martial d'Etampes”, Etudes franciscaines, XIV, n°32, juin 1964, p. 89-102 (il comporte la biographie citée précédemment, suivie de lettres extraites du nécrologe).

Nécrologe [des capucins de la province de Paris], ms. « d’Hautefeuille », château du Titre (nous avons consulté son microfilm 76 aux Arch. des Capucins de Paris).

Les sources sûres éditées au XVIIe siècle sont au nombre de deux (mais selon van Dijk, on a également imprimé des ouvrages sous son nom et malgré lui). La première source, dont le niveau d’intérêt est variable, est cependant la seule qui a fait l’objet d’éditions successives sans changement substantiel (à la différence de ce qui se produira chez son disciple Jean-François de Reims dont l’œuvre atteindra quatre fois son volume primitif dans des éditions successives tout en gardant le même titre !) : le Traité très facile… vise en effet à une distribution plus large que l’Exercice des trois Clous… puisque celui-ci était destiné au cercle des religieuses capucines d’Amiens, les « filles de la Passion », dont il fut le confesseur les quatre dernières années de sa vie (le titre ne doit donc rien au dolorisme du siècle).

Traité très facile pour apprendre à faire l’oraison mentale, divisé en trois parties principales Par le révérend père Martial d'Etampes, prêtre capucin et maître des novices. Saint-Omer, 1630310 ; Paris, Thierry, 1635 ; Paris, Fremiot, 1639311 [cette édition n’est pas citée par van Dijk] ; Paris, Coignard, 1671, 1682, 1722312 [toutes ces éditions ne diffèrent que par le découpage d’un même texte ; les deux dernières éditions sont suivies d’une Vie]. Le Traité très facile fut rapidement complété par un Exercice du silence qui tranche par son grand intérêt (nous le reproduirons suivant les éditions de 1639 et 1722).

L'exercice des trois Clous amoureux et douloureux, pour imiter Jésus-Christ, attaché sur la croix au Calvaire, et pour nous unir à luy, Paris, Jean Camusat, 1635313.

S’ajoutent quelques lettres livrées dans le Nécrologe qui furent éditées dans l’article des Etudes franciscaines.

Nous avons retenu ici deux textes314 majeurs en les reproduisant intégralement : le bref Exercice du silence suivi de l’Exercice des trois clous. La typographie des éditions est fort libre : les sous-titres des œuvres commencent souvent par des majuscules pour continuer en minuscules au moment même où ils approchent plus précisément du contenu ; parfois même plusieurs petits paragraphes successifs séparent les membres d’une même phrase… Aussi avons-nous uniformisé tout sous-titre en un seul paragraphe et converti ses majuscules en minuscules. La ponctuation est revue. Trois niveaux de sous-titres sont utilisés. Nous introduisons un corps de caractère réduit pour quelques passages jugés moins prégnants (Extrait de privilège, début de l’Exercice des trois clous), suggérant ainsi de les oublier.

Le style de l’Exercice du silence a été revu et policé par des retouches de formes très nombreuses (et par quelques omissions), ce qui rend sa lecture plus facile, s’adressant à un public plus large (quoique religieux), mais s’éloigne souvent du jet spontané destiné aux religieuses capucines. Nous avons préféré éditer les deux formes courtes de ce bijou315. On lira le texte du premier jet « imparfait », parfois obscur mais savoureux et plus proche de l’expérience mystique immédiate et concrète, de l’édition de 1639 (Martial meurt en 1635), puis le texte repris sous une forme littérairement plus achevée, aisé à lire et découpé en chapitres, de la dernière édition de 1722.





Table

INTRODUCTION 2

Franciscains et capucins2

La vie de Martial4

Un artisan maître tout intérieur9

Les sources et notre choix13

.17


EXERCICE DU SILENCE INTÉRIEUR .17

Exercice du silence intérieur de pensée, de parole et d’œuvre pour être toute unie et absorbée en Dieu seul. [Edition de 1639]18

Extrait du Privilège du Roi.18

[Avant-Propos]18


La pratique de cet exercice21

Abrégé de la susdite Pratique du Silence.27

Litaniae in honorem Jesu Christi Domini nostri27

Approbation27


Traité onzième de l’exercice du silence, que le Religieux doit garder de pensée, de parole et d’œuvre pour être tout uni et absorbé en Dieu seul. [Edition de 1722] 28

La pratique de cet exercice, chapitre II.30

Figure de cet exercice représenté par les quatre animaux d’Ezéchiel. Chapitre III.33

Le fruit de cet exercice est la séparation de toutes choses, et l’union totale et parfaite à Dieu seul. Chapitre IV.35

Abrégé de la susdite Pratique du Silence.36


L’EXERCICE DES TROIS CLOUX AMOUREUX ET DOULOUREUX 37

Avant-propos37

Du fondement de cet exercice38

Le sujet de tout cet exercice38

Abrégé de cet exercice, en ses quatre parties38

Division abrégée pour la pratique de ces quatre parties38

Du profit que les âmes fidèles pourront retirer de cette pratique39

Avis nécessaires pour l’intelligence de la pratique de ces exercices41

TABLE des traités contenus en ce Livre :42


Préface qui servira de fondement à cet exercice. 43

Les trois grâces que Jésus-Christ crucifié donne à l’âme qui le regarde dévotement.44

Le premier enseignement de Jésus, qui servira de fondement au Calvaire, de l’abnégation propre, lieu pour recevoir la lumière de la vie de l’union.45

Le second enseignement de Jésus-Christ sera la Croix de résignation, qui servira de second fondement à la vie de l’union.47

Le troisième enseignement sera par le sang de Jésus-Christ, qui nous parle, afin de nous donner un bon cœur magnanime pour le troisième fondement de cette pratique.49


La première partie [préparation de l’union] de l’exercice des trois clous, pour correspondre à la profondeur de l’amour que Jésus-Christ nous a montré au pied de la croix, laquelle nous servira de préparation à l’union.51

Avant-propos51

1. La première disposition pour l’union sera la foi52

2. Pratique de cette grande foi, nécessaire pour la disposition de l’union53

3. L’honneur que l’âme religieuse rend à Dieu en la pratique de la foi55

4. Pratique de l’abnégation, qui est la seconde disposition de l’union56

5. Pratique de la résignation, troisième disposition de l’union58

6. L’âme, par ces trois dispositions de foi, d’abnégation et de résignation, commence à vivre à Dieu, pour Dieu et en Dieu60

7. De la multiplicité et de l’unité, et de la simplicité des cet exercice61

8. Quelles sont les âmes qui doivent pratiquer cet exercice64

9. La vraie manière d’opérer des âmes fidèles et de bonne volonté65

10. De l’ordre du divin amour, dernière disposition de l’union66

Conclusions de cette première partie70


La seconde partie [de la manière de l’union] qui est un moyen 77

Avant-propos77

Des quatre articles, et pourquoi ils sont ainsi divisés en chaque degré78

Premier degré d’union, par conformité de volonté80

Article premier de ce degré, pour nous unir à Jésus-Christ par notre fidèle opération.80

Le second article du 1[er] degré, pour nous unir à Jésus-Christ par notre fidèle opération.81

Le troisième article du premier degré, pour nous unir à Jésus-Christ par notre fidèle opération.82

Le quatrième article du premier degré, pour faire reposer l’âme en Dieu, qui est son opération.83


Second degré d’union au divin plaisir par uniformité de volonté en la manière qu’il plaira à Dieu.84

Avant-propos84

Article premier du second degré pour unir l’âme à Dieu, par sa fidèle opération.84

Article second du second degré, pour unir l’âme à Dieu par sa fidèle opération.85

Le troisième article du second degré, pour unir l’âme à Dieu, par son opération fidèle.86

Le quatrième article du second degré, pour faire reposer l’âme en Dieu, par sa divine opération.87


Troisième degré d’union par transformation d’opération où l’âme religieuse s’unit à Dieu, sans nul autre moyen que de Dieu même qui est le troisième Clou appelé déiformité.88

Avant-propos88

Article premier du troisième degré, pour unir l’âme à Dieu en esprit et vérité, par sa fidèle opération.88

Article second du troisième degré, pour unir l’âme à Dieu, en esprit et vérité, par notre fidèle opération.89

Article troisième du troisième degré, pour unir l’âme à Dieu, en esprit et vérité, par notre fidèle opération.91

Article quatrième du troisième degré, pour faire reposer l’âme en Dieu, qui est sa divine opération.93

Conclusion de cette manière d’union, pour porter l’âme dans l’unité.94

Que toute la pratique de ces trois degrés d’union consiste et s’entretient par un regard amoureux, simple pensée, ou par un doux souvenir.96

Ces trois degrés d’union sont appuyés et compris des articles de notre Credo.99

Qu’il ne faut [pas] retenir ces trois degrés comme images, et qu’ils sont compris l’un dans l’autre.103


La troisième partie [la vie de l’union] sera un moyen pour correspondre à la hauteur de l’amour, qui nous parait sur la Croix, par trois sortes d’exercices, pour l’entretien de la vie unitive, qui sont l’abandon, l’indifférence et le grand anéantissement.105

Avant-propos.105

1. Le premier exercice, pour river les Clous des âmes qui sont dans la parfaite union, sera de vivre, à l’exemple de Jésus-Christ, dans un continuel abandon.107

2. Quel est le bonheur des âmes en cette pratique d’abandon.109

3. Le second exercice pour river le second Clou des âmes qui sont dans la vraie union, qui est de vivre dans une sainte indifférence.110

4. Ce qu’il faut faire pour goûter combien Dieu est doux.112

5. Le troisième exercice des âmes unies à Dieu est la mort, la séparation et l’anéantissement, pour river le troisième Clou de l’union.116

6. Pour vivre toujours dans l’union.118

7. Petits degrés d’introversion par lesquels le S. Esprit conduit les âmes séraphiques à l’union.121

8. L’union doit être la fin de tous les exercices des âmes religieuses.122

9. Profits de l’union125

10. Moyen très facile aux âmes séraphiques de se réunir à Dieu, lorsqu’elles pensent être désunies.129

Les fondements de cette troisième partie, qui est la vie de l’union et région du divin amour, sont les Commandements de Dieu.133


La quatrième partie [la conservation de l’union], sera pour correspondre à la longueur de l’amour infini que Jésus-Christ nous a montré sur la Croix, par sept sortes d’amours, tirées des paroles qu’il a dites en icelle, pour la conservation de la vie de l’union.141

Avant-propos qui nous fera connaître que la demeure ordinaire des âmes dévotes, est le mont de Calvaire.142

Les sept paroles de Jésus-Christ mourant en la Croix, dites à ses enfants, pour la conservation de l’unité d’esprit.146

1. De la première parole dite à son Père pour ses ennemis, par laquelle il nous enseigne à disposer nos mauvaises humeurs par un amour combattant.146

2. La seconde parole de Jésus au bon Larron, où il nous enseigne de mortifier les passions, pour conserver l’union par un amour crucifiant.150

3. La troisième parole à la sainte Mère, où il nous enseigne de réduire en nous-mêmes sa Passion en pratique, selon l’exemple de la glorieuse Vierge, au pied de la Croix, par un amour fort et confiant.152

4. La quatrième parole de Jésus à son Père, par laquelle il nous enseigne de nous unir à lui dans les grands excès des souffrances, par un amour vigilant.155

5. La cinquième parole de Jésus a été : « J’ai soif », pour nous donner une haute estime de sa Passion, en un amour insatiable des souffrances.157

6. La sixième parole de Jésus-Christ est : « Tout est consommé », pour nous fortifier dans la continuation de l’union par un amour consommant.160

7. La septième parole de Jésus, recommandant son esprit à son Père, pour nous enseigner à mourir dans la sacrée union.162

8. Conclusion de cette pratique d’union.167


Conclusion, et fin dernière, s’adressant à Jésus.170

La conclusion de cette quatrième partie, qui peut être dite le Royaume de lumière, d’amour et d’ardeur.171


Petit abrégé de cet Exercice en forme d’examen, très nécessaire pour la pratique. 177

Abrégé du commencement de la pratique qui est dans l’avant-propos.177

Abrégé de la première partie, divisée en trois pratiques.178

Abrégé de la seconde partie, divisé en trois degrés.179

Les trois degrés d’union.179

Abrégé de la troisième partie, divisée en trois sortes d’exercices.180

Les cinq plaies du cœur amoureux, ou douloureux.181

Abrégé de la quatrième partie, divisée en sept sortes d’amours, pour la conservation de l’union.181


Les trois Clous du cœur Séraphique, pour la réunion de notre esprit.183


Mise à disposition du corpus de l'œuvre.186




JEAN-FRANçOIS DE REIMS

Le franciscain Jean-François de Reims (-1660) et son œuvre.

Dominique Tronc, novembre 2011.

JF de Reims Introduction, éditions 1638 et 1660.doc



Jean-François Dozet, entré chez les franciscains capucins en 1615 sous le nom de Jean-François de Reims (-1660) 316, apprit du maître des novices de la province de Paris Martial d’Etampes (1575-1635) à partager « le même climat de liberté intérieure, la même préoccupation d’initiation mystique… ». Il vécut l’expérience de longues années dans la conduite de monastères de religieuses et du gouvernement de maisons de sa province : « L’âme est pour lors une pure capacité remplie de l’opération divine ». Il fut gardien à Rethel, Pontoise, Reims, Paris, et cinq fois définiteur provincial. 317.

On a rapproché sa « doctrine » de celle de l’ermite ardennais Hubert Jaspart (1582-1655) 318. Jean-François aurait influencé le fondateur de l’Institut des Frères des Ecoles chrétiennes saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719). Ce dernier, né également à Reims, était lié à la famille Dozet.

Jean-François de Reims est l’auteur de deux ouvrages monumentaux : Le Directeur pacifique des consciences 319 est suivi peu après par La vraie perfection de cette vie dans l’exercice de la présence de Dieu 320. Ce dernier titre nous intéresse par son but spirituel exposé mystiquement. Parmi ses nombreuses éditions321 nous avons eu recours à celles de 1638, 1646, 1656, 1660. 322.

Après avoir publié les principaux écrits de Martial d’Etampes 323 on trouvera ici accès à l’œuvre mystique de son disciple Jean-François cherchant à nous introduire à La Vraie perfection de cette vie dans l’exercice de la présence de Dieu. Nous reprenons la forme courte d’origine. Car le premier état possède un caractère spontané qui disparaîtra par la suite pour laisser place aux méthodes et aux pratiques dévotes.

Cet extension tardive montre l’importance aux yeux du directeur Jean-François d’une exposition détaillée point par point et dans tous ses détails de la conduite spirituelle souhaitable chez ses nombreuses dirigé(e)s, bénédictines de Reims, capucines de Paris, filles de la Passion 324, outre le gouvernement de maisons de sa province. Mais une telle approche très analytique ne correspond guère à notre goût moderne et risque de faire perdre aux « Commençants » la belle simplicité de leur conformité à la Volonté de Dieu.

Cette tendance vers une complexité dévote - avant la réaction qui s’introduira sous forme du genre littéraire des Moyens courts auquel appartient le notable opuscule de madame Guyon - est en fait commune à de nombreux auteurs de la seconde moitié du Grand siècle incluant les spirituels capucins. Ces derniers livrent ainsi l’expérience de toute leur vie d’apostolat, souvent sous un seul ouvrage ou du moins sous un seul titre 325. Ici, le premier jet de La vraie perfection suffit pour livrer l’essentiel d’un exercice de la présence de Dieu en un seul volume de dimension raisonnable.

Nous dérogeons exceptionnellement à la règle d’exacte fidélité textuelle suivie pour les autres ouvrages de la collection « Sources Mystiques » : l’adaptation de l’œuvre de Jean-François de Reims, réalisée par le P. Philippe Perruchot à l’usage du Centre saint Jean de la Croix, modernise en effet les tournures des phrases. Mais le P. Philippe a veillé à ne pas changer le vocabulaire et respecte attentivement le sens spirituel profond 326. La lecture rendue aisée est très bien adaptée au flux ample et souple de l’écriture de Jean-François.

D’ailleurs cette liberté n’est-elle pas encouragée par celle que prit l’auteur ? Car de la première édition en 1638 de son œuvre jaillissante à la dernière édition en 1660 dite « du vivant de l’auteur » ou presque puisqu’elle eut lieu l’année de sa mort, le contenu est très largement amplifié et alourdi : le texte qui figure sous le titre inchangé de La vraie perfection est près de cinq fois plus ample 327!

De multiples adjonctions prennent alors place sous les sept sous-titres conservés d’ « Instructions », soit sous la forme d’amplifications des sections primitives au sein de chacune d’entre elles, soit par le biais de nombreux ajouts de sections : on passe ainsi de deux à dix sections dès l’Instruction IV… Nous proposons en Annexe placée en fin de volume une description comparative. Au-delà d’un intérêt érudit, une telle liste des variantes de titres et des ajouts suggère une évolution d’une exposition relativement spontanée à une présentation qui se veut manuel méthodique par sections multipliées.

Mais laissons parler le cœur de Jean-François. Les grandes analogies offertes par la nature sont préférables aux livres devenus inutiles. La mer lui donne matière à image : « A quoi [460] j’ajouterai que les âmes qui y sont élevées, entendent mieux ce qui se passe, leur intérieur ayant Dieu même pour guide et pour précepteur, que tout ce que les livres leur en peuvent déclarer ; et se trouvent pour l’ordinaire plutôt embrouillées par la lecture des livres qui en traitent, qu’enseignées et soulagées. Il me reste seulement à vous dire que la cause pour laquelle cette divine présence ne produit pas en nous les degrés et effets susdits, n’est autre que notre indisposition ; car comme le soleil matériel n’imprime ses rayons [que] sur un sujet bien poli, de même ce divin soleil n’envoie ses grâces [que] sur un sujet bien disposé. Et comme la mer ne souffre rien d’impur, mais jette toute l’écume dehors, même les corps morts, ainsi Dieu ne veut rien d’impur, et ne peut demeurer avec [461] ce qui ressent la mort et l’impureté. Il faut donc que ce Dieu de pureté ne trouve point d’obstacles en nous, mais qu’il y rencontre un cœur dépouillé et vide de toute créature, afin qu’Il le puisse remplir de Lui. »328.



Annexe : COMPARAISON DES CONTENUS DES EDITIONS DE 1638 ET 1660

(1638 figure en grand corps, 1668 figure en petit corps souligné)

[…...]

PERE JOSEPH du Tremblay

chx chx p joseph.doc

µ à compléter par livres Chatou







94.« LE JOUR MYSTIQUE » DE PIERRE DE POITIERS [Intégral]

(38) Pierre de Poitiers Le Jour Mystique (intégral) révisé.docx

« Le jour mystique » de Pierre de Poitiers, lulu.com, coll. « Chemins mystiques », 730 p. HC.



Et en vue de l’édition choisie par Soeur ermite Marie du Centre Jean-de-la-Croix communication du fichier :

(38) Pierre de Poitiers […] (s.Marie)-rev DT….doc



En complément des textes très heureusement choisis au sein de cette « lumière » ou Jour mystique par sœur Marie de l’Enfant-Jésus, puis édités dans la collection « Sources mystiques » du Centre Jean-de-la-Croix, je livre ici le texte dans son intégralité. L’ensemble édité initialement en deux tomes comporte plus d’un million et demi de caractères ; Il couvre ici un seul volume en sept cent pages, en petit corps, avec interlignes et marges réduites.

Pierre de Poitiers est un « médecin de l’âme » qui a tenté de couvrir son domaine d’expertise. Il mérite un effort allant au-delà d’une appréciation accordée à d’autres mystiques.

On ne feuilletera pas d’une traite l’outil ici assemblé. Il sera consulté à plusieurs reprises comme on le fait d’un manuel de santé ou comme on le fait du Vidal en recherche de médicament.

C’est l’unique et dernier exposé paru en occident chrétien couvrant la vie mystique considérée dans sa pratique et dans son ensemble. Car en 1671 les novices franciscains capucins se font rares et la littérature de direction pratique va disparaître de l’horizon. Ici figure un Testament, celui de Pierre de Poitiers, édifice construit en défense de la vraie mystique.

Ce Jour évoque et peut se comparer (avec des avantages, dont en premier lieu celui d’être rédigé en notre langue) à certains traités importés d’orient, à tel sutra bouddhique. Ces traités sont monumentaux et procèdent par reprises successives du même sujet vu selon divers angles. Ici il en de même mais avec moins de répétitions. Pierre éclaire les coins et les recoins obscurs d’une intériorité expérimentalement vécue (malgré ses dénégations).

La tâche est accomplie avec une intelligence et une clarté filles du Grand siècle mais sans recherche d’élégance. L’exposé est remarquable par son équilibre. Il se débite mal en morceaux choisis. Allons à la découverte du monument.

Dominique et Murielle Tronc, Élisabeth Beauchet et sœur Marie ont tour à tour transcrit et corrigé des saisies. Le dossier intégral date de février 2011. Il a été révisé en 2017.

Table

PIERRE DE POITIERS (~1610-1683) CONSEILLER DES PUISSANTS ET DÉFENSEUR DES MYSTIQUES. 27


NOTICE DU DICTIONNAIRE DE SPIRITUALITÉ. 29


FICHES ONOMASTIQUES 35


RÉFÉRENCES. 35


CHRONOLOGIE 35

Avant 1640 35

1640-1650 35

1650-1660 36

1660-1670 36

1670-1680 37

Après 1680 38


LE JOUR MYSTIQUE DANS LES «JUSTIFICATIONS» 39


LE JOUR MYSTIQUE OU L’ÉCLAIRCISSEMENT DE L’ORAISON ET THÉOLOGIE MYSTIQUE 47


TOME PREMIER 47

À JÉsus-Christ [Tome I page ii] 47

Approbation de Mgr l’ÉvÊque d’HÉliopolis 62

Approbation des docteurs. 63

Autre approbation. 63

Table des TraitÉS, des chapitres et des SECTIONs du premier Tome 64


Livre premier. 65

DE LA NATURE DE L’ORAISON MYSTIQUE ET DE L’EXCESSIVE ACTIVITÉ OU PROPRIÉTÉ D’IMAGES 65

Traité PREMIER. De l’existence, de la nature, de l’objet, et des espèces de l’oraison mystique. 65

Argument 65


[TRAITE I, Tome I Page 3] 65

CHAPITRE PREMIER. Pour servir de préface à tout l’ouvrage. 65

Remarques nécessaires à l’intelligence de ces traités d’oraison et de théologie mystique. 65

SECTION I. Dessein général de l’ouvrage, et l’excellence de son sujet. 65

SECTION II. Raisons ou motifs qui ont porté l’auteur à faire ces traités mystiques, sa méthode, l’ordre et la suite des matières contenues en cet ouvrage. 67

SECTION III. De l’utilité et de la nécessité de cette science mystique. 73

SECTION IV. Quels sont les auteurs qui doivent être appelés mystiques. 76

SECTION V. D’où procèdent des difficultés qui se rencontrent à traiter ou à entendre les matières mystiques, et les auteurs qui en ont écrit; avec l’explication de quelques termes obscurs dont ils usent, et qui comprennent le mystère et le secret de leur silence. 78

SECTION VI. Suite du sujet précédent. 82

SECTION VII. L’union qui se fait par l’amour mystique est glorieuse à Dieu comme elle est très utile et honorable à l’âme. 86

SECTION VIII. Différence entre la morale ou la sagesse des mystiques ou parfaits chrétiens, et celle des philosophes ou sages païens. 88

SECTION IX. Dispositions nécessaires à ceux qui veulent s’adonner ou s’appliquer à l’oraison et théologie mystique, ou faire profit en la lecture des livres qui en traitent. 94

SECTION X. suite du précédent sujet 100

CHAPITRE II. De l’oraison en général. 106

SECTION I. Ce que c’est que l’oraison. 106

SECTION II. De l’oraison au sens de l’Écriture. 109

SECTION III. Excellence de l’oraison. 113

SECTION IV. De trois sortes d’oraisons. 116

CHAPITRE III. Du nom de l’oraison mystique, et en quel sens on le doit prendre. 121

CHAPITRE IV. De l’existence de l’oraison mystique, appelée communément contemplation sans formes ou images 122

SECTION première. S’il y a quelque oraison mystique, où il faille citer les actes ou les pensées. 122

SECTION II. Opinion affirmative et véritable qu’il y a une oraison mystique dans laquelle il faut quitter les formes et les images ou les actes et les pensées 123

CHAPITRE V. Description de l’Oraison Mystique, et de ses différentes espèces. 124

SECTION I. Ce que c’est que l’oraison mystique. 124

SECTION II. L’oraison mystique expliquée et décrite par les mystiques sous le terme d’oraison de repos, ou sans actes, méditations et discours. 124

SECTION III. L’oraison mystique décrite et expliquée sous le terme de contemplation sans formes et images. 126

SECTION IV. Réflexion sur les deux sections précédentes, et quelle conséquence on en doit tirer pour la créance de l’oraison mystique. 128

SECTION V. L’oraison mystique prouvée par l’Écriture sainte. 129

SECTION VI. L’oraison mystique prouvée par raisons, en répondant aux objections faites contre elle. 130

SECTION VII. Trois autres objections résolues. 132

De deux sortes d’oraison mystique, l’une savoureuse et l’autre sans goût. Et premièrement de celle qui est savoureuse. 133

CHAPITRE VI. Du repos mystique savoureux. 134

SECTION première. Définition du repos mystique savoureux. 134

SECTION II. Expression plus particulière de cet état en l’âme et ce qu’il y produit 135

SECTION III. Descriptions différentes du repos mystique savoureux, faites par les théologiens mystiques. 136

SECTION IV. Suite du sujet et quelques autres descriptions du repos mystique savoureux. 137

SECTION V. Autre description de l’oraison de repos savoureux, et que l’on peut l’expliquer affirmativement ou négativement. 140

SECTION VI. Ce qui se fait ou se passe dans l’âme pendant le repos mystique savoureux 140

SECTION VII. Explication plus ample de ce qui se passe en ce repos. 142

CHAPITRE VII. Du repos mystique qui est sans goût. 143

SECTION I. Quel est ce repos mystique sans goût. 143

SECTION II. Convenances et différences qui se rencontrent entre les deux repos mystiques, le savoureux, et celui qui est sans goût. 143

SECTION III. Suite du sujet précédent, et quelques autres différences entre ces deux repos. 145

SECTION IV. Quelques raisons pour lesquelles dans le repos mystique sans goût l’âme doit avoir le désir de produire des actes et non pas dans le savoureux. 146

SECTION V. Cinquième raison et remarque notable sur le sujet de la production d’actes en l’oraison mystique. 147

SECTION VI. Il y a distinction essentielle entre les deux repos, le savoureux et celui qui est sans goût. 148

CHAPITRE VIII. Ces deux sortes d’oraison sont quelquefois compatibles, ou incompatibles avec les actes. 149

SECTION I. L’oraison de repos admet quelquefois la production d’actes. 149

SECTION II. Quelques remarques sur le sujet de ces oraisons; et réponse aux arguments de l’opinion contraire. 150

SECTION III. Il se prouve par autorité que l’oraison mystique savoureuse admet quelquefois les bonnes pensées. 152

SECTION IV. Cette oraison savoureuse est quelquefois compatible avec les extroversions et occupations. 153

SECTION V. Cette oraison est quelquefois incompatible avec les bonnes pensées. 154

SECTION VI. Comment l’oraison mystique sans goût est quelquefois incompatible avec les bonnes pensées, et qu’elle doit être la conduite de l’âme en cet état. 155

SECTION VII. La doctrine précédente est confirmée par l’autorité des mystiques. 156

SECTION VIII. Cette oraison mystique sans goût compatit quelquefois avec les bonnes pensées, et même avec les occupations. 158

SECTION IX. Raison pourquoi l’oraison de quiétude compatit quelquefois avec les bonnes pensées, et quelquefois elle n’y compatit pas. 158

SECTION X. Résolution d’un doute sur ce sujet, et instruction de ce que doit faire l’âme dans l’oraison de repos sans goût. 160

SECTION XI. Comment l’âme se doit conduire dans les différents états de cette oraison compatible ou incompatible avec les pensées. 160

CHAPITRE X. Les oraisons de repos mystique compatibles ou incompatibles avec les actes et les méditations sont de même espèce. 161

CHAPITRE X. De l’objet de l’oraison de repos mystique, et quel il est. 162

SECTION I. L’âme en cette oraison a un objet dans lequel elle se repose. 162

SECTION II. Dieu est l’objet de l’oraison de repos mystique. Ce qui est prouvé par raisons. 163

SECTION III. Quatre autres raisons pour prouver le même sujet. 165

SECTION IV. Preuve de ce que dessus par autorité. 167

SECTION V. Quelques autres autorités en preuve du même sujet. 168

SECTION VI. Dieu est l’objet de l’oraison mystique savoureuse. 169

SECTION VII. Suite du sujet précédent. Quatrième preuve par l’autorité des mystiques. 170

SECTION VIII. Dieu est l’objet de l’oraison mystique sans goût. 170

SECTION IX. Sentiments des mystiques sur ce sujet. 173

SECTION X. Dieu seul est l’objet de cette oraison, et l’inclination aux choses divines en est l’effet. 174

SECTION XI. Remarque notable sur l’oraison de repos sans goût. 175

CHAPITRE XI. Sous quelle considération Dieu est l’objet de l’oraison mystique, ou de quiétude. 175

SECTION I. Dieu est l’objet du repos mystique sous la considération de souverain bien. 175

SECTION II. Preuves par autorités que Dieu, comme bien souverain, est l’objet de cette oraison. 178

CHAPITRE XII. Si cette oraison a un objet matériel et formel, et quel il est. 178

Chapitre XIII. Dieu comme présent est l’Objet de cette oraison. 180


TRAITE II. De la propriÉTÉ des images, ou de l’excessive activitÉ. [Tome I page 360] 181

Argument. 181

CHAPITRE I. De l’excessive activité. 182

SECTION I. De la nature et des espèces de l’excessive activité. 182

SECTION II. De la propriété des images, et ce que c’est. 183

SECTION III. L’âme ne doit avoir attache aux images, actes et pensées. 184

SECTION IV. Sentiments des théologiens mystiques sur la doctrine précédente. 185

CHAPITRE II. De la violence excessive et indiscrète de l’âme à produire des actes quand elle est en telles sécheresses que moralement parlant cela ne lui est pas possible. 187

SECTION I. Quelques remarques sur ce sujet. 187

SECTION II. Il ne faut pas faire effort trop violent pour produire des actes. 187

SECTION III. Quelques temps ou états dans lesquels il faut quitter les actes de l’oraison agissante. 189

SECTION IV. Suite du sujet. Comment l’âme se doit conduire pendant les doutes. 190

CHAPITRE III. De la violence ou effort raisonnable et discret. 191

SECTION I. Quelle est cette violence. 191

SECTION II. Confirmation de ce que dessus par autorité des mystiques. 192

CHAPITRE IV. Effets ou Dommages de la mauvaise activité. 193

SECTION I. Dommage qu’elle cause à l’âme. 193

SECTION II. Dommage que l’excessive activité cause au corps. 194

SECTION III. Dommage que cause l’excessive activité à tout l’homme. 195

SECTION IV. Effets ou dommages de la mauvaise activité, prouvés par les raisons et les autorités des mystiques. 196

CHAPITRE V. Causes de l’excessive activité. 198

SECTION I. Les démons sont l’une des causes de l’excessive activité. 198

SECTION II. Seconde cause, les directeurs. 199

SECTION III. Combien ces mauvais directeurs sont dommageables aux âmes. 200

SECTION IV. Troisième cause de la mauvaise activité, l’âme même. 202

SECTION V. Preuve par autorité de ce qui s’est dit des causes de l’excessive activité. 203

LIVRE SECOND DE LA FOI NUE TANT DIVINE QU’HUMAINE ET DE LA SATISFACTION QUE LA FOI NUE DOIT PRODUIRE EN L’ÂME 207


TRAITE III [Tome I page 417] 207

Argument 207

CHAPITRE I. Des choses qui concourent à former le repos mystique, et premièrement de la foi, laquelle est nécessaire pour diriger la volonté. 208

CHAPITRE II. De la foi en tant qu’elle sert à l’oraison mystique 209

CHAPITRE III : D’une autre espèce de foi nue humaine nécessaire à l’oraison mystique. 210

CHAPITRE IV : Convenances entre la foi nue et la commune chrétienne. 211

SECTION I : Quatre sortes de convenances entre ces deux croyances. 211

SECTION II : Suite du sujet. Six autres convenances. 213

CHAPITRE V : En quoi la foi mystique est différente de la commune. 215

CHAPITRE VI : De l’existence de la foi nue divine. 217

SECTION I : Cette existence prouvée par raisons. 217

SECTION II : Suite des raisons pour la preuve de l’existence de la foi nue. 219

SECTION III : Réponse à quelques objections qu’on peut faire contre l’existence de la foi nue. 221

CHAPITRE VII. De la nécessité de la foi nue divine pour l’oraison de repos. 223

SECTION I : Si la foi nue divine est nécessaire. Première opinion négative 223

SECTION II. Seconde opinion affirmative et véritable : que la foi nue est nécessaire à l’oraison de repos. Raisons de sa nécessité. 224

SECTION III. Deux autres raisons de la nécessité de la foi nue. 225

SECTION IV. Réponses aux arguments faits contre la nécessité de cette foi nue. 226

CHAPITRE VIII. La foi nue humaine nécessaire; raisons de sa nécessité. 227

CHAPITRE IX. Si la foi nue est actuelle ou habituelle. 228

SECTION I. La foi nue est un acte. 228

SECTION II. Raisons qui prouvent que la foi nue est un acte. 229

SECTION III. Réponse à quelques objections contre l’actualité de la foi. 230

SECTION IV. Quel est l’acte de la foi nue. 231

CHAPITRE X. De l’habitude de la foi nue. 233

SECTION I. Comment la foi nue forme des habitudes et comment elle peut être dite habituelle. 233

SECTION II. Comment on peut s’habituer à la foi nue. 233

CHAPITRE XI. Si la foi nue est infuse ou acquise. 235

SECTION I. La foi nue est infuse. 235

SECTION II. L’objet et les actes de la foi nue sont surnaturels. 235

SECTION III. Dans la foi nue il y a une habitude naturelle acquise. 236

SECTION IV. Quelques difficultés sur ce sujet avec leurs résolutions. 237

CHAPITRE XII. Comment dans l’oraison de repos la foi humaine est nue aussi bien que la divine. 239

CHAPITRE XIII. L’oraison de repos n’est oraison à notre égard que dans l’acte humain de la foi nue. 239

CHAPITRE XIV. La foi nue en tant qu’humaine est acquise. 240

CHAPITRE XV. La pratique et la connaissance de la foi nue sont surnaturelles. 241

CHAPITRE XVI. De l’objet matériel de la foi nue divine. 241

SECTION I. Opinions différentes sur ce sujet. 241

SECTION II. Trois autres opinions de l’objet matériel de la foi nue. 242

SECTION III. La foi nue suppose un sujet qui a la foi virtuelle de tous les articles révélés, quoiqu’elle n’en exerce pas des actes exprès. 243

SECTION IV. Quel est l’objet de la foi nue infuse. 244

SECTION V. La croyance de l’immensité de Dieu ni de sa providence n’est pas l’objet de la foi nue. 245

SECTION VI. La vérité universelle n’est pas l’objet de la foi nue. 247

SECTION VII. Comment le tout et le rien et la présence de Dieu essentielle peuvent être dits l’objet de la foi nue. 248

SECTION VIII. La connaissance du souverain bien est l’objet de la foi nue comme présent et intime à l’âme et non comme absent et éloigné. 248

SECTION IX. Résolution de quelques difficultés ou objections contre la section précédente. 249

CHAPITRE XVII. Les lumières de la foi nue causent en l’âme une préférence de Dieu à toutes choses et une conformité à sa volonté. 249

Elle lui en donne aussi pour produire des actes de résignation, de soumission et de conformité à la volonté de Dieu en ce qui est de souffrir les sécheresses, les soustractions, les incapacités d’agir. Car comme nous avons dit que la volonté produit de tels actes, il faut que la foi nue lui en fournisse des lumières; elle fait voir à l’âme que la volonté de Dieu et son bon plaisir s’accomplissent dans tels états qu’il désire d’elle, qu’elle les subisse avec patience; la foi nue [517] lui fait voir ces choses ou semblables par une connaissance directe et habituelle, comme la foi explicite la fait par la connaissance expresse et réfléchie. 250

CHAPITRE XVIII. De l’objet de la foi nue en tant qu’elle est acquise et humaine. 250

SECTION I. Quel est son objet? 250

SECTION II. Résolution de quelques difficultés sur la section précédente. 250

SECTION III. Suite et résolution de quelques autres difficultés. 251

SECTION IV. Quelles sont les choses que la foi humaine croit. 252

CHAPITRE XIX. De l’objet formel de la foi nue, tant la divine que l’humaine. 253

CHAPITRE XX. Que les actes de la foi nue divine et humaine peuvent être aidés par le raisonnement. 254

CHAPITRE XXI. Il ne faut point chercher des raisons dans l’exercice actuel de l’oraison de repos. 255

CHAPITRE XXII. La pratique parfaite de la foi nue humaine exclut tout raisonnement. 256

CHAPITRE XXIII. Du sujet de la foi nue, ou en quelle puissance elle réside. 256

SECTION I. La foi nue, tant divine qu’humaine, réside dans l’entendement et non dans les sens. 256

CHAPITRE XXIV. En quelles oraisons il faut pratiquer la foi nue. 259

SECTION I. Elle se pratique en l’oraison de repos sans goût et dans le savoureux. 259

SECTION II. La foi nue opère seulement dans les deux espèces d’oraisons mystiques, savoureuse et sans goût. 259

CHAPITRE XXV. Si la foi nue peut croître en l’âme. 260

SECTION I. Si la foi nue divine peut croître. 260

SECTION II. La foi nue humaine peut croître ou diminuer. 260

CHAPITRE XXVI. Si la foi nue est stable ou changeante. 261

CHAPITRE XXVII. Qualités de la foi nue. 262

SECTION I. Si elle est simple. 262

SECTION II. Raisons pour lesquelles la foi nue peut être appelée simple. 262

SECTION III. Si la foi nue est vive ou morte. 264

SECTION IV. La foi nue peut être séparée de la grâce. 264

SECTION V. De la foi, de l’espérance et de la charité opérantes au repos mystique. 266

CHAPITRE XXVIII. Certitude de la foi nue tant divine qu’humaine et quelle elle est. 266

CHAPITRE XXIX. Combien il est nécessaire à l’âme qui aspire à l’oraison de se servir de la certitude morale et humaine de la foi nue. 267

SECTION II. L’âme qui s’appuie sur la foi nue humaine n’est pas aisément trompée, et pourquoi. 268

SECTION III. Autre raison en confirmation de la doctrine précédente. 269

SECTION IV. Raisons ou motifs, pour lesquels l’âme se doit exercer en l’oraison mystique sans goût avec assurance morale qu’elle s’unit à Dieu. 270

SECTION V. Autres raisons qui persuadent à l’âme l’usage de cette assurance morale. 272

SECTION VI. Suite et plus ample explication de la nécessité de cette assurance morale pour l’oraison de repos. 275

SECTION VII. L’âme doit croire avec assurance qu’elle pratique parfaitement la volonté de Dieu dans l’oraison de repos souffrant. 277

SECTION VIII. Résolution d’une difficulté pour plus grand éclaircissement du sujet. 279

SECTION IX. Comment l’âme doit, en l’oraison, exercer l’acte d’assurance morale qu’elle fait la volonté de Dieu. 280

SECTION X. L’âme possédant le repos ne le doit pas chercher, mais en jouir. 281

CHAPITRE XXX. Si la foi nue doit exclure tout doute. 282

SECTION I. Première opinion avec quelques remarques 282

SECTION II. Seconde et plus vraie opinion que l’assurance doit être sans doute, et comment. 283

SECTION III. D’où procèdent les doutes qui troublent et agitent l’âme pendant l’oraison mystique. 285

CHAPITRE XXXI. L’oraison de repos doit exclure toute hésitation. 287

CHAPITRE XXXII. L’oraison de repos doit exclure tout endormissement de foi. 288

CHAPITRE XXXIII. Si l’oraison de repos sans goût est compatible avec les craintes et les pusillanimités. 290

SECTION I. Opinion affirmative. 290

SECTION II. Seconde opinion négative et la vraie. 291

CHAPITRE XXXIV. D’où naissent les craintes que peut avoir l’âme de s’exercer en l’oraison de repos sans goût. 293

SECTION I. De la première cause des craintes dans cette oraison. 293

SECTION II. D’une seconde cause de ces craintes. 295

SECTION III. De deux autres de ces craintes. 297

CHAPITRE XXXV. Du temps auquel les craintes de ne pas faire oraison attaquent plus l’âme qui s’y adonne. 298

CHAPITRE XXXVI. De la qualité ou grandeur des craintes qui arrivent dans l’oraison mystique. 300

CHAPITRE XXXVII. Quelles sont les craintes en général qui doivent être admises ou bannies et chassées de l’âme par la foi nue humaine. 301

SECTION I. Quelques choses à noter sur ces craintes. 301

SECTION II. L’oraison de repos n’exclut pas les craintes bonnes et raisonnables. 302

SECTION III. L’oraison de repos demande la crainte de Dieu. 303

SECTION IV. L’oraison de repos ou la foi nue exclut les craintes contraires à sa pratique. 303

SECTION V. De quelques autres craintes et ce qu’il en faut penser. 304

SECTION VI. Objection contre la doctrine précédente résolue 306

SECTION VII. Les craintes et les doutes dans la seule partie inférieure ne sont pas contraires à l’oraison de repos. 307

SECTION VIII. Ce qu’il faut penser des vaines craintes sur le sujet des choses temporelles. 310

CHAPITRE XXXVIII. Résolutions de quelques difficultés qui peuvent former les doutes et les craintes dans l’âme pendant l’oraison de repos. 311

SECTION I. Deux moyens de surmonter les craintes et les doutes. 311

SECTION II. Première difficulté : que la conduite de l’âme par cette voie d’oraison mystique paraît dangereuse. 311

SECTION III. II et III. Difficulté prise de deux sujets d’y craindre la paresse. 313

SECTION IV. Quatrième difficulté : autre sujet de craindre, la paresse et la perte des vertus. 314

SECTION V. V et VI. Difficulté. Crainte de consentir aux distractions, ou donner trop de liberté aux sens. 315

SECTION VI. VII et VIII Difficulté. Crainte de l’orgueil, ou négligence. 316

SECTION VII. Exhortation et motifs aux âmes de ne pas laisser l’oraison pour les doutes et craintes qui les attaquent. 317

CHAPITRE XXXIX. Réponses aux objections faites en faveur de l’opinion qui admet les craintes en la pratique de l’oraison de repos sans goût. 319

CHAPITRE XL. Sur quels motifs ou raisons est fondée l’assurance que donne la foi nue humaine. 319


TRAITE IV. De la satisfaction que la Foi nue doit produire en l’Âme qui pratique l’Oraison Mystique [Tome I, page 677]. 323

Argument. 323

Chapitre unique. De la satisfaction de la foi nue en l’âme mystique. 324

Section I. Quelle est cette satisfaction. 324

Section II. L’oraison de repos sans goût doit chasser toute propre et sensuelle satisfaction. 324

Section III. De la vraie et bonne satisfaction. 325

Section IV. De deux sortes de satisfactions pendant les oraisons de sécheresse, ou de facilité d’actes. 326

Section V. Motif et raisons qui doivent exciter l’âme à acquérir la satisfaction pendant l’oraison de repos sec. 328

Section VI. Trois autres motifs pris de la considération de nous-mêmes, de nos actions extérieures et de l’oraison de repos. 329

Section VII. Causes de cette satisfaction. 330

Section VIII. En quelle partie de l’âme cette satisfaction est résidente. 332

Section IX. La satisfaction de l’âme doit être conforme à l’état d’oraison dans lequel elle se trouve. 333

Section X. De trois sortes de satisfactions. 334

Section XI. Effets de cette satisfaction. 335

Section XII. Cette satisfaction accomplit l’oraison de repos. 337

Section XIII. Quels sont les empêchements et les obstacles de cette satisfaction. 338

Section XIV. Trois autres empêchements de cette satisfaction. 339

Section XV. Signes de la parfaite satisfaction en l’oraison mystique. 340

Section XVI. Résolution de quelques difficultés contre la doctrine précédente, et conclusion. 340

[fin du TOME I : page 719] 341


TOME SECOND. 343


Permission d’imprimer et Approbations 343

Permission d’imprimer du Très Révérend Père Procureur de Cours, et Vicaire Général de l’Ordre. 343

Approbations des théologiens de l’ordre. 343

Table 346


LIVRE TROISIÈME. DU SUJET ÉLOIGNÉ ET DU SUJET PROCHAIN DE L’ORAISON MYSTIQUE. 347


TRAITE V. Du sujet éloigné de l’oraison mystique, ou qui sont ceux à qui elle doit être enseignée et qui sont capables de la pratiquer [Tome II page 1]. 347

Argument. 347

CHAPITRE I. Des personnes capables ou incapables de l’oraison mystique. 348

SECTION I. L’oraison mystique ne doit être enseignée aux infidèles et pécheurs, mais aux justes. 348

SECTION II. On peut enseigner cette oraison aux personnes qui vivent dans le siècle, et à celles mêmes qui y sont les plus occupées. 349

SECTION III. L’oraison mystique doit être enseignée aux commençants et aux novices. 351

SECTION IV. Où la doctrine contenue en la précédente section est expliquée, et où il est montré qu’il faut enseigner l’oraison de repos savoureux aux commençants. 352

SECTION V. Il faut enseigner aux commençants l’oraison de repos sans goût. 355

CHAPITRE II. Si la théologie mystique doit être enseignée aux simples et ignorants, ou seulement aux doctes. 357

SECTION I. Première opinion. Que cette science ne se doit enseigner qu’aux doctes. 357

SECTION II. Cette théologie doit être enseignée aux simples et aux ignorants. 359

SECTION III. Réponse aux objections formulées en la section première contre la vérité de la section précédente. 363

CHAPITRE III. Si cette théologie doit être enseignée aux doctes. 366

SECTION I. Cette théologie est pour les doctes s’ils pratiquent l’oraison mentale. 366

SECTION II. La doctrine accompagnée d’humilité n’est pas contraire à la théologie mystique. 367

SECTION III. Résolution de quelques difficultés contre la doctrine précédente. 369

CHAPITRE IV. Si cette théologie mystique se doit enseigner indifféremment à tous ceux qui s’adonnent à l’oraison mentale, et s’ils en sont tous capables. 370

SECTION I. Première opinion négative. 370

SECTION II. Opinion affirmative expliquée; et que tous ne sont pas appelés à la contemplation affirmative. 371

SECTION III. La contemplation, ou oraison mystique savoureuse, n’est pas une grâce extraordinaire à l’égard des contemplatifs. 374

SECTION IV. Quelques autres raisons qui prouvent le même sujet, et qui font voir pourquoi Dieu donne des consolations aux âmes contemplatives. 376

SECTION V. La connaissance et la pratique de l’oraison mystique sans goût est nécessaire à tous ceux qui font oraison mentale. 380

SECTION VI. L’oraison de repos en général est pour tous ceux qui s’adonnent à l’oraison mentale. 381

SECTION VII. Preuve de la doctrine précédente par l’autorité des docteurs mystiques. 382

CHAPITRE V. Si Jésus-Christ a pratiqué l’oraison, et quelle. 384

SECTION I. Jésus a pratiqué l’oraison mentale par production d’actes d’entendement et de volonté. 384

SECTION II. Si Jésus-Christ a exercé l’oraison mystique ou la contemplation sans formes, et si elle se trouve dans les bienheureux. 386

CHAPITRE VI. Si la Sainte Vierge a pratiqué l’oraison de repos. 387

SECTION I. Si elle a exercé celle qui est sans goût. 387

SECTION II. La Sainte Vierge a pratiqué l’oraison mystique savoureuse. 390

CHAPITRE VII. Si quelques saints ont eu des privilèges incompatibles avec l’oraison mystique ou de quiétude. 391

SECTION I. S’ils en ont eu d’incompatibles avec celle qui est sans goût. 391

SECTION II. Si quelques saints ont eu quelques grâces incompatibles avec l’oraison mystique savoureuse. 394

CHAPITRE VIII. Si les âmes de Purgatoire pratiquent l’oraison de repos mystique. 395

SECTION I. Si elles pratiquent celle qui est sans goût. 395

SECTION II. Les âmes de Purgatoire ne pratiquent pas l’oraison de ce repos savoureux. 397




TRAITE VI. Du sujet prochain de l’oraison mystique, ou du fond de l’Âme. [Tome II, page 117] 399

Argument. 399

CHAPITRE I. De la division de l’âme et quelles sont ses parties. 400

CHAPITRE II. D’où procède l’ignorance de la plus éminente partie de l’âme, appelée pointe de l’esprit. ? 402

CHAPITRE III. De la division ou distinction des trois facultés de l’âme. 403

CHAPITRE IV. Noms donnés à ces trois facultés de notre âme, et principalement à la troisième et suprême. 406

CHAPITRE V. Noms donnés par les mystiques à la plus haute portion de l’âme ou point de l’esprit. 408

CHAPITRE VI. Explication du fond de l’âme ou pointe de l’esprit. 409

SECTION I. Opinion première, que ce fond est l’essence de l’âme même. 409

SECTION II. La suprême partie de l’esprit appelée apex mentis, pointe ou cime de l’esprit, n’est pas l’essence ni la substance de l’âme. 411

SECTION III. La raison qui prouve que cette suprême partie n’est pas l’essence ou la substance de l’âme. 413

SECTION IV. On demande s’il se fait en la contemplation de la suprême partie de l’âme un attouchement substantiel de Dieu, et de l’âme, et comment? 414

SECTION V. Résolution ou explication des difficultés proposées contre la doctrine précédente. 417

SECTION VI. Seconde opinion : que la suprême partie de l’âme est la syndérèse. 420

SECTION VII. L’opinion qui dit que la syndérèse est la suprême partie de l’âme se détruit d’elle-même. 420

SECTION VIII. Cette opinion détruit la théologie mystique. 421

SECTION IX. Raisons pour lesquelles la suprême pointe de l’esprit ne peut être la syndérèse. 422

SECTION X. Pourquoi les mystiques appellent syndérèse la suprême pointe de l’esprit. 425

SECTION XI. Troisième opinion. Que la suprême partie ou la pointe de l’esprit est une puissance réellement distincte des trois supérieures, la mémoire, entendement et volonté. 426

SECTION XII. La suprême pointe de l’esprit n’est pas une puissance de l’âme distincte réellement des trois autres, mémoire, entendement et volonté. 429

SECTION XIII. Suite du précédent sujet. 431

SECTION XIV. Quelques autres opinions touchant la suprême partie de l’âme. 432

SECTION XV. Quelle est cette pointe d’esprit déclarée par l’autorité des mystiques. 433

SECTION XVI. Réponse à quelques objections qu’on peut faire contre la définition que nous avons donnée à la pointe de l’esprit. 435

CHAPITRE VII. Quelle est la fonction ou l’opération de la suprême pointe de l’esprit. 436

SECTION I. Quand et comment les puissances de l’âme sont appelées pointe de l’esprit. 436

SECTION II. Les pensées et les discours ne sont pas la fonction de la pointe de l’esprit, mais la seule contemplation. 437

SECTION III. Opinion de quelques-uns, que la contemplation affirmative est la fonction de cette pointe. 438

SECTION IV. La contemplation négative et sans forme est la fonction de cette pointe. Sentiment et autorités des mystiques. 438

SECTION V. Suite des preuves d’autorité pour la doctrine précédente. 440

SECTION VI. La doctrine précédente confirmée par raisons. 442

SECTION VII. Si les deux sortes d’oraisons de repos sans goût et savoureux sont la fonction de cette suprême partie. 442

SECTION VIII. La contemplation affirmative n’est pas la fonction de la suprême portion de l’âme. 443

CHAPITRE VIII. La différence des fonctions ou opérations des trois parties de l’âme. 445

SECTION I. Sentiment des auteurs mystiques. 445

SECTION II. Explication plus précise des fonctions ou des opérations de trois parties de l’âme. 447

SECTION III. Suite du sujet précédent, où il est parlé des fonctions et opérations des deux parties, supérieur et inférieur. 449

SECTION IV. Preuve de la doctrine précédente par l’autorité des mystiques. 450

SECTION V. Division de la suprême partie de l’âme. 453

CHAPITRE IX. Qualité, noblesse et excellence de la suprême partie de l’âme. 454

SECTION I. Son excellence déclarée par le nom que lui donne la mystique. 454

SECTION II. La force de cette suprême partie rend l’âme inexpugnable aux ennemis du salut, et premièrement au diable. 455

SECTION III. La suprême partie inexpugnable à la chair au à la sensualité. 458

SECTION IV. La suprême partie de l’âme invincible à toutes les choses du monde. 459

SECTION V. Autorité pour la preuve du précédent sujet. 461

SECTION VI. Le fond de l’âme est la demeure de Dieu. 463

SECTION VII. La suprême portion de l’âme porte l’image et la ressemblance de Dieu. 464

SECTION VIII. La pointe de l’esprit est une des plus grandes merveilles du monde. 464

SECTION IX. L’opération de la pointe est fort semblable à celle des anges. 466

SECTION X. Quelles peuvent être les obstacles à l’opération de Dieu dans le fond de l’âme. 468

SECTION XI. Effets de l’introversion de l’âme en son fond. 469

SECTION XII. Confirmation de ce que dessus par quelques autorités. 471

LIVRE QUATRIÈME. DE L’ORAISON DE REPOS MYSTIQUE SAVOUREUX, ET DE CELUI QUI EST SEC, OU SANS GOÛT. 475


TRAITE VII. Des diverses espÈces d’oraisonS mystiqueS savoureuseS. [Tome II, page 283]. 475

Argument. 475

CHAPITRE PREMIER. De la première espèce de l’oraison de repos mystique savoureux, qui est dans l’imagination et qui s’appelle assoupissements délicieux. 476

SECTION I. Quelques remarques sur le sujet de cette oraison. 476

SECTION II. Entre les oraisons de repos mystique, il y en a une qu’on peut appeler un assoupissement gracieux. 478

SECTION III. Convenances de cet assoupissement mystique avec le corporel. 478

SECTION IV. Différence entre l’assoupissement mystique et le corporel. 480

SECTION V. Quel est le sujet où réside cet assoupissement mystique. 481

SECTION VI. Quelques raisons qui prouvent qu’en cet assoupissement mystique l’âme a une attention particulière à un objet qui n’est point aperçu. 482

SECTION VII. L’objection contre la doctrine précédente résolue. 483

SECTION VIII. Les sens externes sont à demi liés dans cet assoupissement mystique, et comment. 484

SECTION IX. Comment l’âme reçoit cet assoupissement mystique. 486

CHAPITRE II. De la seconde espèce de repos mystique savoureux résidant en la concupiscible. 487

SECTION I. S’il est vrai qu’il y ait une telle oraison. 487

SECTION II. Quelques raisons qui prouvent que Dieu communique ce repos savoureux résidant en la concupiscible. 488

SECTION III. Explication ou éclaircissement de ce repos savoureux résidant en la concupiscible, en laquelle il y a une ardeur sensible. 489

SECTION IV. Cette oraison, outre l’ardeur, est encore accompagnée d’une délectation sensible. 492

SECTION V. Comment l’âme est enflammée dans cette oraison, tantôt par des méditations et autrefois sans elle. 493

SECTION VI. L’âme est quelquefois enflammée par un désir de Dieu, dont elle ne peut jouir à souhait. 494

CHAPITRE III. De la troisième espèce de l’oraison de repos mystique, qui est une quiétude agréable résidente dans la volonté. 496

SECTION I. Explications ou déclarations de cette quiétude agréable résidente dans la volonté. 496

SECTION II. Cette oraison est une espèce d’oraison de repos mystique savoureux. 497

SECTION III. Explications ou déclarations pratiques de l’état de l’âme en cette oraison. 498

SECTION IV. La volonté seule est le siège de ce goût. 499

SECTION V. L’entendement a quelque opération et concourt en cette oraison. 500

SECTION VI. Comment la volonté attire quelquefois les autres puissances à son goût. 501

SECTION VII. Continuation et plus ample déclaration du sujet précédent. 502

SECTION VIII. En quoi ce repos savoureux convient avec les autres. 505

SECTION IX. Différence de ce repos avec les autres. 506

SECTION X. Deux autres différences de ce repos d’avec les autres. 507

CHAPITRE IV. De la quatrième espèce de l’oraison de repos mystique savoureux, laquelle réside en la seule volonté et est en forme et ressemblance de froidure ou de rafraîchissement insensible, la partie inférieure étant en paix avec la supérieure. 508

SECTION I. Quelle sorte d’oraison est celle-ci, à quoi elle est semblable, et ce qu’on entend par le terme de froidure et de chaleur. 508

SECTION II. Comme l’âme, en cette oraison, s’entretient avec un goût sans chaleur et un repos sans pensées. 511

SECTION III. Dieu communique assez ordinairement cette oraison à l’âme, et les profits qu’elle en retire. 512

SECTION IV. Comme cette oraison de repos froid et sans actes est différente des autres. 513

CHAPITRE V. De la cinquième espèce de l’oraison de repos mystique savoureux, qui est un repos agréable résidant en la seule volonté, et qui a la ressemblance de chaleur. 514

SECTION I. S’il peut y avoir une oraison de repos avec ardeur résidente dans la seule volonté. 514

SECTION II. Il peut y avoir une chaleur dans la seule volonté, qui s’entretienne sans penser. 514

SECTION III. Il est prouvé par autorité que Dieu peut donner au contemplatif une oraison de repos savoureux sans pensées dans la seule volonté, avec ressentiment de chaleur. 515

SECTION IV. Continuation du sujet précédent. 517

SECTION V. Différence entre la chaleur qui est dans la volonté et celle qui est dans la concupiscible. 519

SECTION VI. Ces ardeurs de la volonté et de la concupiscible se donnent par habitude. 519

SECTION VII. Cette oraison de repos peut être entretenue. 520

CHAPITRE VI. De la sixième espèce de l’oraison du repos mystique avec un goût savoureux, qui est un repos plaisant, résident en la seule volonté, et ayant la similitude de froidure ou de rafraîchissement, mais tourmentée et vexée de la partie inférieure. 520

SECTION I. Il y a un état d’introversion tranquille avec un goût suave, quoique les sens et les passions soient émus. 520

SECTION II. Explication particulière des révoltes de la partie inférieure contre la supérieure jouissant d’un repos agréable. 522

SECTION III. États de l’âme dans son repos pendant la révolte de la partie inférieure. 523

SECTION IV. En quoi cette oraison de repos convient avec les autres, ou est différente d’elles. 525

SECTION V. La réponse à quelques objections sur ce sujet. 526

SECTION VI. La volonté dans la quiétude ne doit pas adhérer au trouble des sens, mais nourrir son repos. 527

SECTION VII. Avis à l’âme de ne quitter son repos pour le trouble des sens. 529

SECTION VIII. Le trouble des sens est plus utile que dommageable à l’âme qui s’en veulent servir. 531

CHAPITRE VII. De la septième espèce de repos mystique savoureux qui réside dans l’entendement. 534

SECTION I. Il y a une espèce de repos mystique savoureux qui réside dans l’entendement. 534

SECTION II. Qu’en cette oraison Dieu donne une notion mystique plaisante. Sentiment des mystiques. 535

SECTION III. Témoignage du bienheureux père Jean de la Croix en preuve de cette doctrine. 536

SECTION IV. Quand l’entendement est le principal agent, il reçoit une notion aperçue dont l’objet est caché. 538

SECTION V. Cette notion mystique de l’entendement peut être plus ou moins grande. 540

SECTION VI. De la durée de cette oraison. 542

SECTION VII. Cette oraison est de trois sortes. 543

CHAPITRE VIII. De la huitième espèce de l’oraison de repos savoureux, où il y a notion mystique dans l’intellect avec un grand repos. 544

SECTION I. Explication de l’état de cette oraison. 544

SECTION II. Cette notion plus particulièrement expliquée. 545

CHAPITRE IX. De la neuvième espèce de l’oraison de repos savoureux, où il y a une troisième sorte de notion donnée de Dieu à l’intellect, différente des deux précédentes. 546

SECTION I. Description de cette notion et sa différence avec les deux précédentes. 546

SECTION II. Différence essentielle de cette notion d’avec les deux autres, sa durée, et si elle se donne par habitude. 547

CHAPITRE X. De la dixième espèce de l’oraison de repos savoureux qui réussit en toutes les puissances de l’âme. 549

SECTION I. Il se prouve, par autorités des mystiques, qu’il y a une oraison de repos savoureux où toutes les puissances de l’âme sont unies. 549

SECTION II. Suite du sujet précédent. 551

SECTION III. Les trois puissances supérieures de l’âme opèrent en cette oraison, et premièrement, quelle est l’opération de la volonté. 552

SECTION IV. Quelle est l’opération de l’entendement en cette oraison. 553

SECTION V. Si l’entendement opère en cette oraison avec ou sans notion. 555

SECTION VI. Difficultés résolues sur la distinction de cette oraison d’avec celle de la précédente espèce. 557

SECTION VII. La mémoire opère en cette oraison, et comment. 558

SECTION VIII. Les sens internes opèrent en cette oraison, et premièrement y sont liés. 559

SECTION IX. Les sens internes opèrent en cette oraison, et comment? 560

SECTION X. L’âme en cette oraison n’est qu’à demi privée de l’usage des sens extérieurs. 561

SECTION XI. Que les sens externes tombent en défaillance selon que l’union des puissances croît. 562

SECTION XII. Le repos de toutes les puissances aboutit quelquefois à l’extase. 562

SECTION XIII. Différence entre cette oraison et l’extase. 563

SECTION XIV. Il y a du plus ou du moins dans la qualité, dans la durée et dans les effets de cette oraison. 564

CHAPITRE XI. Si toutes les diverses espèces du repos mystique savoureux décrites ci-dessus sont différentes essentiellement, ou seulement accidentellement. 565

SECTION I. Quelques choses à remarquer sur ce sujet. 565

SECTION II. Toutes ces espèces du repos mystique savoureux sont distinctes essentiellement. 566

Extrait du privilège du roi. 569


TRAITE VIII. Des diffÉrentes espÈces d’oraisonS mystiqueS sans goÛt [Tome II, page 497]. 571

Argument. 571

CHAPITRE I. L’oraison mystique sans goût produit ses actes sèchement et difficilement. 572

SECTION II. De la nature des sécheresses. 572

SECTION III. Différences qui se trouvent entre les oraisons de facilité et de sécheresse. 573

SECTION IV. Sixième différence qui se trouve entre les actes de l’oraison facile et ceux de la sécheresse. 576

SECTION V. Convenances entre l’état de sécheresse et celui de fécondité. 578

CHAPITRE II. De la première espèce du repos mystique sans goût et des actes divers que l’âme y peut produire; et premièrement : 578

SECTION I. Des actes intérieurs. 578

SECTION II. Actes différents de soumission, de dépendance d’humilité, de confiance, et semblables. 579

SECTION III. Actes de bouche de l’oraison de repos sans goût. 581

SECTION IV. Avis notable sur les actes de bouche de l’oraison mystique sans goût. 582

SECTION V. Actes du repos mystique par gestes extérieurs. 583

SECTION VI. Des actes significatifs par convention. 584

SECTION VII. Comme il faut pratiquer ces actes de convention. 586

CHAPITRE III. De la seconde espèce du repos mystique sans goût, qui est un même acte plusieurs fois répété. 587

SECTION I. Quelques remarques sur l’oraison de cette seconde espèce. 587

SECTION II. Pratique de cette seconde espèce par trois sortes d’actes : et premièrement de ceux qui regardent Dieu. 588

SECTION III. Actes qui regardent les créatures. 589

SECTION IV. Suite de la section précédente : actes concernant les créatures considérées à l’égard de l’âme et en elles-mêmes. 590

SECTION V. Quelques actes à l’égard de l’âme considérée en sa bassesse ou vileté. 592

CHAPITRE IV. De la troisième espèce du repos mystique sans goût, où l’âme ne peut produire que quelques actes d’entendement pour soutenir son oraison. 593

SECTION I. Description de cette oraison. 593

SECTION II. Actes qui se peuvent produire en cette troisième espèce de repos. 595

SECTION III. Les actes que l’âme produit en sécheresse doivent être accompagnés d’un repos mystique sans goût. 596

SECTION IV. L’âme dans l’état ci-dessus décrit ne peut produire qu’un acte de désaveu de l’offense de Dieu. 597

CHAPITRE V. De la quatrième espèce du repos mystique sans goût, qui est un envisagèrent de son intérieur. 598

SECTION I. Quel est cet envisagèrent et comment il se fait. 598

SECTION II. Cet envisagèrent est une espèce de repos mystique sans goût. 600

SECTION III. Quel est l’objet de cet envisagèrent. 602

SECTION IV. Pratique de cet envisagèrent. 605

SECTION I. Les différences de l’envisagèrent clair et de l’obscur. 606

SECTION II. Convenances de ces deux envisagements 609

SECTION III. Quel est l’objet de cet envisagement obscur. 612

SECTION IV. Cet envisagement n’est pas une contemplation mystique. 613

SECTION V. L’envisagement obscur est une disposition pour arriver à la contemplation mystique. 614

SECTION VI. Dans l’envisagement clair et obscur, il y a un repos, un désir de produire des actes et des sécheresses. 616

SECTION VII. L’oraison d’envisagement ne doit pas être négligée. 617

CHAPITRE VII. De la sixième espèce, qui est un repos mystique sec sans pensées et sans aucun acte apercevable. 619

SECTION I. En quoi cette oraison diffère des espèces précédentes. 619

SECTION II. Différence de cette sixième espèce de repos mystique sans goût d’avec les suivantes, en ce qu’elle a une notion. 622

SECTION III. En quoi l’oraison de repos sans goût qui a une notion diffère du savoureux. 624

SECTION IV. Différences qui se trouvent en cette oraison à l’égard d’elle-même. 625

CHAPITRE VIII De la septième espèce, qui est un repos mystique sans goût, sans pensées ou actes aperçus et sans notions. 626

SECTION I. Quel est ce repos mystique. 626

SECTION II Des ténèbres et des désolations de l’âme en cette espèce d’oraison. 628

SECTION III. Comment l’âme se doit conduire pendant les détresses de cette oraison. 630

CHAPITRE IX. De la huitième espèce, qui est un repos mystique sans notion et avec trouble de la partie inférieure. 631

SECTION I. Déclaration de cette oraison et comment il s’y faut conduire. 631

CHAPITRE X. De la neuvième espèce qui est un repos mystique sans pensées, et sans notion, qui donne grand dégoût de l’oraison de repos. 632

SECTION I. Quelle est la convenance et la différence de cette neuvième espèce avec la précédente. 632

SECTION II. On déclare quel est le dégoût qui se rencontre en cette oraison. 634

SECTION III. En quel sujet réside le susdit dégoût, et comme il ne doit pas empêcher l’oraison de repos mystique. 635

CHAPITRE XI. De la dixième espèce du repos mystique sans goût, qui est un repos sans lumière, sans notion, sans pensée et langoureux. 637

SECTION I. Quel est ce repos langoureux. 637

SECTION II. Ce repos langoureux ne doit pas être négligent. 639

SECTION III. Ce que doit faire l’âme dans cet état de repos languissant. 641

CHAPITRE XII. D’une onzième espèce du repos mystique, qui est mixte et composée, ou sans goût et avec goût; qui est une nonchalance mystique de produire des actes. 642

SECTION I. En quoi consiste cette nonchalance mystique. 642

SECTION II. Le mot de négligence ou nonchalance mystique usité et approuvé dans la théologie mystique. 644

SECTION III. Le mot de négligence mystique, en sa propre signification, est pris pour l’onzième espèce de repos mystique. 646

SECTION IV. Comment l’entendement et la volonté opèrent dans cette oraison. 647

SECTION V. Cette sorte d’oraison n’est pas simple, mais mixte. 648

CHAPITRE XIII. De quelques autres espèces d’oraisons de repos qui tiennent du savoureux et de l’insipide. 649

SECTION I. Quatre choses considérables en l’oraison de repos mystique. Des trois premières. 649

SECTION II. Suite du sujet : quatrième chose considérable. 651

SECTION III. Il importe que l’âme soit fidèle à la pratique de ces états. 653

CHAPITRE XIV. Si toutes les espèces de l’oraison du repos mystique sans goût diffèrent essentiellement ou seulement accidentellement. 654

SECTION I. Les choses nécessaires à former une oraison de repos sans goût. 654

SECTION II. D’où procède la différence essentielle des diverses espèces du repos mystique sans goût. 655

SECTION III. Différence essentielle des oraisons de repos mystique sans goût, expliquée et déclarée. 657


TRAITE IX : DU SACRIFICE DE JÉSUS CHRIST, ou mÉthode succincte et facile qui enseigne l’Âme à se transformer en JÉsus crucifié et à se sacrifier avec lui, et qui comprend les actes principaux et plus excellents de l’oraison mentale [Tome II page 702] 661

Élévation à Jésus crucifié. 661

CHAPITRE I. DU SACRIFICE DE JÉSUS-CHRIST. 662

SECTION I. De la nature du sacrifice et pourquoi il est institué. 662

SECTION II. Excellence du sacrifice de la Loi Nouvelle au-dessus de tous les autres. 664

SECTION III. Trésors de l’âme contenus dans le sacrifice de Jésus-Christ. 665

SECTION IV. Quatre principaux actes du sacrifice de Jésus-Christ qui doivent être imités par l’âme dévote. 666

SECTION V. Pratique des actes du sacrifice. 671

EXERCICE DU SACRIFICE MYSTIQUE sur le modèle de celui de Jésus-Christ, pour faciliter la pratique de l’oraison mystique qui est sèche et sans goût. 673

CHAPITRE II. Du sacrifice mystique de l’âme. 674

SECTION I. Ce sacrifice se peut appeler silencieux et imperceptible. 674

SECTION II. La créature doit paraître anéantie en la présence de Dieu. 675

SECTION III. L’âme en toutes choses se doit élever à Dieu en Jésus-Christ et avec Jésus-Christ. 676

SECTION IV. Actes ou sentiments différents qui naissent en l’âme de la considération de Jésus crucifié. 677

SECTION V. Actes en forme d’oraison, pour se présenter à Dieu en sacrifice, en l’union de Jésus-Christ son fils, sacrifié sur la croix et sur les autels. 679

SECTION VI. Actes en forme d’oraison pour se sacrifier à Jésus-Christ en tant qu’il est Dieu, et avec lui en tant qu’il est le prêtre et la victime. 681

CHAPITRE III. De l’image de Jésus-Christ, et comment l’oraison mystique s’en sert. 682

SECTION I. De l’amour que les contemplatifs portent à la sacrée humanité de Jésus-Christ. 682

SECTION II. De l’union de l’âme contemplative avec Jésus-Christ; et comment il est l’objet de son oraison. 685

SECTION III. S’il y a quelque temps ou quelques états dans l’oraison, où il faut laisser l’image de Jésus-Christ et quels ils sont. 690


TRAITE X. Quelques matiÈres ou sujets propres à entretenir ou augmenter la paix et le repos de l’Âme en Dieu avec quelques avis et motifs nÉcessaires pour cet effet [Tome II, page 780] 695

CHAPITRE I : matières et sujets propres à entretenir la paix de l’âme. 695

SECTION I. L’âme doit souvent considérer l’excellence de sa vocation. 695

SECTION II. Confiance en Notre Seigneur, grand moyen d’acquérir la paix. 696

SECTION III. L’âme doit bien connaître la fin et les moyens de sa vocation. 697

SECTION IV. L’âme en toutes choses se doit laisser conduire par l’Esprit de Dieu. 699

SECTION V. Comment l’âme en tous états doit vivre abandonnée à Dieu. 700

SECTION VI. L’âme doit éviter ou rejeter tout ce qui peut troubler la paix de son abandon ou de son repos en Dieu. 703

SECTION VII. L’oraison de repos ne doit pas exclure toute méthode ou usage de bonnes pensées. 705

SECTION VIII. Moyens dont Notre Seigneur se sert pour introduire l’âme dans l’oraison mystique. 706

SECTION IX. Idée de l’âme mystique et parfaite. 707

CHAPITRE II. Où sont contenus quelques motifs qui doivent exciter l’âme à se rendre spirituelle, intérieure et mystique. 711

SECTION I. Les desseins de Dieu sur l’âme tendent à la rendre spirituelle. 711

SECTION II. Les grâces admirables que Dieu communique à l’âme pour la rendre intérieure et parfaite. 715

SECTION III. Les joies éternelles de l’âme qui aura été intérieure et mystique. 718

SECTION IV. Regrets immortels de l’âme, laquelle aura méprisé les grâces qui lui avaient été présentées pour sa perfection. 721

CONCLUSION [Tome II page 848]. 726

[Fin du TOME II et dernier] 731




97. ALEXANDRIN DE LA CIOTAT (1629-1706)

(39) Alexandrin […] DT annoté s.Marie.docx

[l’introduction:]

(39) Alexandrin rev.DT (+table).docx

[le texte :]

LE PARFAIT DÉNUEMENT DE L'ÂME CONTEMPLATIVE

DANS UN CHEMIN DE TROIS JOURS

par lequel Dieu nous appelle à la solitude intérieure afin que nous nous consacrions à lui dans la plus haute contemplation

suivi du Traité des extases, ravissements, révélations et illusions



[édité par sœur ermite Marie dans la coll. Sources mystiques, avec l’introduction suivante de ma main:]

Un capucin mystique

À la fin du premier siècle d’existence des frères mineurs capucins, branche franciscaine née peu après 1517, toute l’Europe était conquise, avec près de dix-sept mille religieux répartis en près de treize cents maisons. Au milieu du xviiie siècle, l’Ordre comptait trente-cinq mille membres. Au milieu du xxe, les capucins comptaient encore seize mille religieux (dont l’abbé Pierre, qui fut l’un d’entre eux avant de quitter l’Ordre pour raison de santé).

«Leur vie se caractérisait par une austère simplicité et un amour fraternel, une vie intérieure intense, un apostolat multiforme329.» Le but auquel devait conduire l’observance de la règle était la vie d’oraison. L’aphorisme de Bernardin d’Asti: «Si vous me demandez qui est bon religieux, je répondrai: celui qui fait oraison. Si vous me demandez qui est meilleur religieux, je répondrai: celui qui fait meilleure oraison. Et si vous me demandez qui est excellent religieux, j’affirmerai en toute sincérité: celui qui fait excellente oraison», devint un axiome pour toutes les générations de capucins330.

En France, au xviie siècle, les capucins constituent une imposante cohorte de directeurs spirituels. On ne connaît le plus souvent qu’une seule de ces figures, celle haute en couleur du fondateur Benoît de Canfield (1562-1610), anglais francisé assez tardivement. Sa Règle de perfection, rédigée dès 1595, fut lue par tous les mystiques du siècle suivant dans la France catholique. Les capucins qui lui succédèrent présentent une originalité moins évidente au premier regard. Puis ils furent peu à peu oubliés, même s’ils écrivaient avec grande profondeur spirituelle, en un français plus pur que celui de Benoît.

C’est toute une « école française de mystiques franciscains » de bure ou de cœur331 dont il faut lire les manuels pour en apprécier la grandeur. La collection «Sources mystiques» contribue à cette reconnaissance par Martial d’Étampes, maître en oraison ; Pierre de Poitiers, Le Jour mystique ; les trois volumes de La Vie mystique chez les franciscains du dix-septième siècle ; le tome II : Florilège de figures mystiques de la réforme capucine, relève plus de dix figures mystiquement accomplies, en dernier lieu notre capucin.

Alexandrin de La Ciotat fut un homme du midi, ami du P. Piny, le dominicain apôtre du pur amour332. On ne sait pas grand-chose du simple frère qui résidait près de Marseille, donc loin du centre du Royaume. La notice que lui consacre son confrère contemporain Jacques de Blois dans le Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique nous instruit brièvement333 :

Frère mineur capucin de la province Saint-Louis. Honoré Colomb est né à la Ciotat334 en 1629. Son père était capitaine de vaisseau marchand. En 1648 Honoré Colomb fait profession dans l’ordre des Frères mineurs capucins sous le nom de P. Alexandrin.

D’une piété exemplaire, animé d’un grand zèle dans l’exercice de la prédication, il remplit la charge de gardien dans plusieurs couvents de sa province. Il mourut à Marseille en 1706.

Mais Jacques de Blois ajoute335 :

Tout en se rattachant à la théologie dionysienne en passant par Harphius et le P. Benoit de Canfeld, le P. Alexandrin puise surtout dans son expérience personnelle. Il écrit à l’heure troublée du quiétisme, au milieu des condamnations qui atteignent alors nombre d’ouvrages spirituels. La doctrine sur l’oraison est ferme, solide. Il montre résolument à l’âme s’adonnant à la vie spirituelle la nécessité du renoncement à toutes les étapes de ses ascensions. En dépit des difficultés du sujet, il demeure clair, précis, témoin cette rapide description de la vie mystique : «La vie mystique est un tombeau où l’âme contemplative expire à la vie naturelle et aux opérations propres pour ne vivre que de la vie de Jésus-Christ. » Le P. Piny O.P., approuvait la doctrine du P. Alexandrin.

Le Parfait Dénuement de l’âme contemplative

Alexandrin est l’auteur d’un seul ouvrage (c’est le cas de nombreux capucins) : Le Parfait Dénuement de l’âme contemplative, dans un chemin de trois jours, par lequel Dieu nous appelle à la solitude intérieure, afin que nous nous consacrions à lui dans la plus haute contemplation. Deus vocavit nos ut eamus viam trium dierum in solitudinem et sacrificemus Domino Deo nostro (Exodus, c. v). Avec un traité des extases, ravissements, révélations et illusions. Accessit tandem clavis praecisa totius theologiae mysticae sancti Dyonysii Areopagitae336, par le R. P. Alexandrin de la Cieutat, prédicateur capucin, à Paris, chez Denys Thierry, rue Saint-Jacques, MDCLXXX, in-8o, 34 fos., 520 p. Une seconde édition revue et augmentée par l’auteur parut à Marseille, chez Charles Brébion, en 1681, in-12, 30 fos, 561 p.

Attiré par «le P. Alexandrin puise surtout dans son expérience personnelle», et par le début du titre d’ouvrage : Le Parfait Dénuement, j’ai été séduit. Sans informations biographiques complémentaires, ma recherche d’occurrence par nom d’auteur au sein de l’œuvre de Bremond337 livre dans La Métaphysique des saints ** (tome VIII de l’Histoire littéraire du sentiment religieux), pages 88-90, une appréciation fort élogieuse d’Alexandrin, attachée à l’étude de Piny338, qu’il tient en grande estime :

Combien plus précieuses, trois pages de lui [Piny], presque inédites, par où je finirai ces quelques notes sur la carrière du P. Piny. C’est l’approbation raisonnée et enthousiaste qu’il donne, en 1679 — apogée de son activité littéraire — à un ouvrage de haute mystique — Le Parfait dénuement de l’âme contemplative. Peut-être connaissait-il familièrement l’auteur de ce livre, un Provençal comme lui, mais de Basse-Provence — le P. Alexandrin de la Ciotat — Civitatensis — prédicateur capucin, qui appartenait alors, semble-t-il, au couvent de Marseille. Le P. Alexandrin, écrit-il, développe avec tant de clarté et tant de conviction tout ce qu’il y a de plus mystérieux, dans la vie mystique et dans la plus haute contemplation que j’ose dire que quiconque en fera la lecture, mais d’une manière à la comprendre, et à vouloir se laisser convaincre, comprendra aisément ce qui lui avait peut-être jusqu’ici paru incompréhensible » : toujours cette odeur de poudre, ou, du moins, cette atmosphère d’alerte; toujours quelque adversaire dans l’ombre, qui se hérisse contre des vérités éclatantes : « savoir que, dans l’oraison des parfaits, et parmi les contemplatifs, on contemple, et qu’on peut contempler, sans formes, (sans) images; que la contemplation n’en est pas moins lumineuse, pour ne rien apercevoir de distinct; que l’oraison n’est jamais plus sublime que quand on pense à Dieu et qu’on le connaît, sans penser qu’on y pense, et sans pouvoir comprendre ni exprimer ce qu’on connaît, et qu’on n’est jamais moins oisif dans l’oraison, ni l’oraison jamais plus fructueuse, ni plus sanctifiante, que quand on cesse de faire et d’opérer, pour laisser agir Dieu et opérer ce qu’il lui plaît et en la manière qu’il lui plaît. C’est donc le témoignage que je rends à ce livre et à son auteur, après l’avoir lu très exactement, et m’y être instruit, en fait de spiritualité, de bien des choses ».

Alexandrin de la Ciotat, en effet, intelligence lucide, s’il en fut, directeur d’une rare expérience, et, ce qui n’est jamais à dédaigner, écrivain de race, n’est pas de ces hommes, si nombreux en spiritualité, comme en tous les genres, qui laissent leur sujet où ils le prennent. Disciple d’Harphius et représentant très averti de la tradition franciscaine, il aura, sans doute, appris bien des choses au P. Piny, dont la bibliothèque n’était pas des plus copieuses. Rien toutefois d’essentiel, rien qu’un disciple de saint Thomas, de Suso et de Tauler, ne connût déjà ou équivalemment ou implicitement, si j’ose ainsi m’exprimer. Que, loin de le surprendre, de l’arrêter, en quoi que ce soit, ce livre ait enchanté le P. Piny, c’est déjà très intéressant pour nous, qui ne mettrons jamais assez en lumière l’unanimité de toutes les écoles mystiques. Mais que, pleinement d’accord sur le fond des choses, ces deux spirituels suivent des voies toutes différentes, voilà qui donne davantage à réfléchir et qui nous permet de fixer, d’ores et déjà, l’originalité du P. Piny.

Qu’on me permette un mot plus expressif que décent, mais dont on sentira bien que je ne l’emploie que pour me faire comprendre : l’originalité de ce très haut, de ce pur mystique, comme aussi bien du P. de Clugny, est d’escamoter la mystique. Originalité, qui me paraît bienfaisante à un point que je ne saurais dire. On aurait évité bien des malheurs, si tous les autres maîtres avaient imité cette réserve. Et encore plus intelligente que bienfaisante, si j’ose encore m’exprimer ainsi. On croirait à lire le P. Piny, ou bien que cette sublime théologie lui est étrangère, ou du moins qu’il n’a pas le moindre désir de la communiquer à ses lecteurs. Il fuit d’instinct les technicités où se complaisent la plupart des autres, la moindre apparence d’ésotérisme. Le P. Alexandrin de la Ciotat distingue « trois journées », « trois pas », trois classes. On monte de la méditation à la « contemplation acquise », puis de celle-ci à l’infuse. Notez que le P. Alexandrin simplifie les choses. Trois degrés, cela fait un escalier bien simple, si on le compare à d’autres échelles, sans en excepter celle du P. Poulain. Dans l’école du P. Piny, une classe unique, toujours la même, du reste. Pas d’examen de sortie. Les élèves vivraient-ils deux ou trois cents ans, qu’ils n’épuiseraient pas l’unique programme, d’ailleurs beaucoup plus facile à comprendre que la distinction entre l’actif et le passif. Mais quoi, dans cette classe, pas un banc d’honneur pour les mystiques? Non, car ce banc, ce serait toute la classe. Il n’y a là, en vérité, que des mystiques, lesquels ne savent pas qu’ils le sont, et n’ont pas besoin de le savoir.

Et cela, le P. Alexandrin ne l’ignore pas davantage, bien qu’il lui plaise d’approfondir logiquement cet accessoire que le P. Piny se donne l’air d’ignorer. Après tout, dit-il, en effet, l’expérience « ou repos mystique… n’est autre en sa propre nature qu’un parfait abandonnement de l’âme au bon plaisir de Dieu, et un anéantissement qui la conduit à une parfaite union ».

Vous voyez qu’ils ne pouvaient pas ne pas s’entendre. Une seule différence entre l’un et l’autre : cette définition que le P. Alexandrin rappelle, en passant, comme un axiome, le P. Piny la tourne, la retourne, l’approfondit, l’illustre de mille façons. C’est là, en deux lignes, toute sa doctrine, encore plus riche que simple, encore plus pratique aussi, du moins il me semble, que profonde.

Il n’y a pas grand-chose à ajouter à ce bon «résumé». D’autres appréciations du fort spirituel Bremond ajoutent un peu de piquant : elles sont relevées ici dans une longue note339.

De l’ensemble de l’ouvrage se dégage une solide doctrine spirituelle : tout ce qu’il dit est très judicieux, et conforme aux meilleures sources sur la question de l’oraison; il souligne les pièges qui s’y rencontrent, les diverses étapes qui se présentent habituellement, le passage de la méditation à la contemplation.

Alexandrin de La Ciotat, publié en 1680, avait lu Le Jour mystique de Pierre de Poitiers, autre capucin, publié en 1671, et au moins en un endroit il le cite quasi littéralement340 :

Saint Bonaventure parlant de la durée de ce repos délicieux, dit que l’amour de Dieu connu par une pure intelligence anime l’âme et la suspend de toutes les choses extérieures, l’unifiant à Dieu par suavité et que, plus cet amour est véhément et cette intelligence claire, plus elle attire à soi l’esprit, jusqu’à ce qu’ayant oublié tout ce qui est au-dessous de Dieu, il demeure librement attaché au seul rayon de la contemplation divine. Mais comme le corps qui se corrompt appesantit l’âme, corpus quod corrumpitur aggravat animam, cela passe comme un éclair.

Comme nous l’avons lu sous la plume de Bremond, le R. P. Alexandre Piny, docteur en théologie de l’Ordre des frères prêcheurs, en compagnie de l’approbation vertueuse de Mgr Savignac, docteur de Sorbonne, fournit un solide appui mystique :

Mais ce qui m’a paru encore plus remarquable dans ce livre, et qui marque aussi que celui qui l’a fait n’en a pas moins parlé par expérience que par abondance de lumière, c’est qu’il développe avec tant de clarté et tant de conviction tout ce qu’il y a de plus mystérieux dans la vie mystique et dans la plus haute contemplation, que j’ose dire que quiconque en fera la lecture, mais d’une manière à la comprendre et à vouloir se laisser convaincre, comprendra aisément ce qui lui avait peut-être jusqu’ici paru incompréhensible, savoir que dans l’oraison des parfaits et parmi les contemplatifs, on contemple et qu’on peut contempler sans formes, images, que la contemplation n’en est pas moins lumineuse pour ne rien apercevoir de distinct, que l’oraison n’est jamais plus sublime que quand on pense à Dieu et qu’on le connaît sans penser qu’on y pense et sans pouvoir comprendre ni exprimer ce qu’on connaît, et qu’on n’est jamais moins oisif dans l’oraison ni l’oraison jamais plus fructueuse ni plus sanctifiante que quand on cesse de faire et d’opérer pour laisser agir Dieu et opérer ce qui lui plaît et en la manière qui lui plaît.

Poursuivons ce bref aperçu de notre mystique Alexandrin par des extraits qui mettent en valeur le début de la dernière partie du Parfait Dénuement de l’âme contemplative. Ce court florilège encouragera ainsi le lecteur à patienter jusqu’à ce qu’il parvienne lui-même au sommet de l’œuvre. Car l’ascension proposée en trois parties se conforme aux contraintes régnant à la fin du Grand Siècle, qui traduisent une influence janséniste privilégiant mérites et morale (c’est le cas de Mgr Savignac, co-approbateur avec Piny). L’air du temps exigeait de tout prédicateur un chemin balisé qui soit valable pour des alpinistes quittant un point de rassemblement forcément bas et plat... Nul doute que lors de rapports personnels, le directeur-confesseur s’en affranchissait et orientait rapidement, directement et droitement vers le sommet quand cela s’avérait possible.

Quel est le dessein de l’ouvrage d’Alexandrin ?

Je connais même des personnes spirituelles qui n’avancent point dans les voies de l’oraison parce qu’elles n’y marchent qu’à tâtons et qu’on ne leur fait pas comprendre que les voies par lesquelles Dieu les conduit sont des élévations à la contemplation. Ces pauvres âmes souffrent les peines d’une amante fidèle à laquelle on défendrait d’aimer, de converser et de parler du langage de son bien-aimé, ce leur est un tourment incroyable de se voir si doucement et si fortement attirées sans qu’il leur soit permis de suivre les attraits de l’Époux, parce que, n’ayant pas assez d’expérience dans la vie mystique, elles ne sauraient marcher dans ces voies extraordinaires sans guide, quoiqu’elles se sentent si fortement attirées qu’elles ne peuvent s’en défendre qu’avec violence. Ces âmes pures vivent dans une incertitude de leur état, qui est tout à fait contraire au repos et à la quiétude que Dieu demande dans la contemplation. […] Au lieu de suivre l’Époux par amour, elles ne s’amusent qu’à examiner avec crainte où est-ce qu’elles vont, qu’est-ce qui se fait, qu’est-ce qui se passe dans l’intérieur? Et quoique les attraits divins soient assez puissants, elles n’arrivent jamais à l’union d’une parfaite contemplation, parce qu’au lieu de suivre l’Agneau à l’odeur de ses parfums, elles se font traîner par violence, elles n’osent s’abandonner à des mouvements qu’elles ne connaissent pas et qu’on ne leur fait pas connaître. […] Or dans ce petit livre, l’âme bien intentionnée trouvera, comme dans une carte céleste, les voies pour quitter le monde et revenir à Dieu341.

Les uns [les théologiens mystiques] disent que l’âme, par la force de l’amour divin, est unie à Dieu sans moyen, les autres qu’elle le contemple et le voit autant qu’on le peut voir en cette vie. Il y en a qui s’expliquent d’une autre façon et disent que l’âme cesse d’agir par une sainte oisiveté, ou bien qu’elle est morte ou anéantie en elle-même, ou plutôt qu’elle est déifiée et toute transformée en Dieu : cachée, vivante en lui et de lui, etc.

Si vous considérez bien toutes ces différentes façons de parler, vous trouverez qu’elles ne disent qu’une même chose. Premièrement, être uni à Dieu sans moyen, c’est à dire immédiatement, ce n’est dire rien moins qu’un dépouillement entier de toutes choses. Secondement, voir Dieu autant qu’on le peut voir en cette vie, ce n’est dire autre chose que le voir sans empêchement, sans nuages et dans un dénuement parfait de tout ce qui est créé. En troisième lieu, cesser d’agir emporte un dénuement achevé de toutes les opérations sensibles et intellectuelles. Enfin, dire que l’âme est morte et anéantie en elle-même ne veut dire autre chose qu’un parfait dénuement de toutes sortes de réflexions et de pensées.

[…]

Je remarque que Dieu travaillant à la formation de l’homme, il est dit qu’il le fit à son image et ressemblance; et comme Dieu est un acte très pur, très simple, qui n’admet aucun changement et qui ne souffre aucune division en se divisant même, il s’ensuit que l’âme doit être très pure en son essence et très simple en son unité pour avoir cette divine ressemblance, qui seule la peut réunir à son principe. […] Cette théologie nous explique fort bien la leçon que Jésus-Christ nous fait tout nu sur la croix lorsque, n’ayant plus de paroles pour nous instruire parce qu’il était prêt d’expirer, ni de mains pour nous montrer le chemin parce qu’elles étaient attachées avec des clous, il nous parle d’exemple et nous enseigne par sa nudité qu’il faut nous dépouiller de toutes choses, et principalement de tout péché, pour approcher son Père, qu’il faut nous dépouiller de toutes les créatures et principalement de nous-mêmes, et n’avoir que le bon plaisir de la volonté de Dieu, si nous voulons nous unir à lui. [...]

Car s’il faut premièrement déraciner les ronces et les épines d’une terre qu’on veut mettre en labour, s’il faut couper les branches d’un arbre sur lequel on veut enter un meilleur fruit, s’il faut effacer les images de dessus une cire sur laquelle on veut imprimer une nouvelle figure; à plus forte raison, ne faut-il pas déraciner tout ce qu’il y a d’imperfection dans le vieil homme afin de le revêtir du nouveau?342

Après avoir ainsi exposé ce qu’il se propose par son ouvrage, Alexandrin ordonne son discours. Il prend tout son temps dans une première partie, à laquelle je ne m’attarde pas :

Premièrement, il y a des spirituels si avides des douceurs divines pour en avoir goûté une fois, et vous en trouvez qui sont si empressés de recevoir des grâces sensibles que Ruusbroec343 les appelle les luxurieux spirituels, parce qu’ils ne cherchent que la saveur et le goût dans leur dévotion, dont ils perdent tout le mérite. Car s’ils passent une ou deux oraisons sans recevoir de ces visites qu’on ne saurait mériter que par la persévérance et par l’humilité, ils se ralentissent tout d’un coup, ils tombent dans la paresse et dans la langueur et menacent de tout quitter si Dieu ne leur en fait pas goûter præpropere, c’est-à-dire «bien vite».344

Suivent de nombreux « pas », 25 en tout.

Passons à la seconde journée :

Car, quoique d’ordinaire, dans le sujet que nous traitons, il conduise les âmes de la méditation à l’oraison d’affection, de l’oraison d’affection à la contemplation actuelle et acquise et de la contemplation acquise à la contemplation infuse et passive, il élève quand il veut et tout d’un coup au plus haut de cet état les idiots et les plus simples. Mais comme la contemplation est l’état des parfaits, personne ne doit s’introduire de soi-même sans y être appelé; on doit seulement frapper à la porte sans vouloir y entrer par des empressements qui ne méritent que du rebut345. [...] La contemplation, qui n’est qu’une union de l’âme avec Dieu, ainsi que nous avons dit, se fait dans un cabinet si secret qu’il n’a ni porte ni fenêtre, et où Dieu seul peut entrer346.

Après le trente et unième pas, abordons enfin la troisième et dernière journée. Elle comporte vingt-trois pas seulement. Les premiers sont fort bons :

Grâce à Dieu, nous voici arrivés dans le fond de ce désert où les forêts sont si épaisses et les arbres si élevés que le soleil n’y saurait voir la terre. Grâce au Ciel, nous voici de retour dans le fond de notre solitude, où l’âme a des pensées si profondes et si relevées qu’il n’y a que Dieu seul qui la puisse pénétrer de ses lumières. Son immensité est la grandeur qui l’environne, sa bonté est tout l’air qu’elle respire, sa sagesse est le soleil qui l’éclaire, son amour est le feu qui l’échauffe, sa toute-puissance est la terre qui la soutient, sa providence est la mer qui la nourrit, et ses grâces la conservent fidèle à son service. Dans ce désert l’âme voit tout en Dieu et ne voit que Dieu, dans ce profond silence elle ne s’entretient qu’avec Dieu et de Dieu, dans cette parfaite oisiveté elle n’agit que de la part de Dieu et pour Dieu347.

[…]

Toutes les oraisons se réduisent à trois sortes. La première, qui est la plus connue, est celle qui s’exerce par le moyen de la méditation, qui n’est autre qu’un raisonnement ou une réflexion dont un chacun tire des affections et des résolutions convenables à son état. La seconde est une effusion de la grâce ou une touche que Dieu fait à la pointe de l’esprit ou à la partie supérieure de l’âme, laquelle élève par ses ardeurs la volonté à l’amour divin et, éclairant l’entendement de ses lumières, dissipe et anéantit tous les fantômes de l’esprit comme la lumière du soleil anéantit celle des étoiles. Quelquefois elle captive si bien les puissances sensibles en unité de cœur que l’âme, étant dépouillée de tout sentiment, se trouve parfaitement unie à Dieu par affection et Action de grâces sans aucune diversité de discours : et c’est en quoi consiste la contemplation affirmative. La troisième et dernière manière d’oraison est la contemplation négative et purement mystique, comme nous dirons ci-après348.

[…]

La contemplation négative et purement mystique est celle qui est sans formes, sans images, où l’oraison de quiétude qui n’a ni pensée ni un acte, mais un seul repos obscur, parce que l’âme n’y aperçoit point l’objet qu’elle contemple ni comment elle y tend et s’y repose, ni de quelle manière elle s’y est perdue349. [...]

On ne dit pas aussi que l’âme agisse, mais bien qu’elle est simplement passive et qu’elle souffre l’inaction divine qui n’est autre de la part de l’âme qu’un entier anéantissement de toutes ses opérations propres et naturelles et un abandonnement simplement passif au bon plaisir de Dieu sans rien faire de son propre mouvement pour augmenter l’opération divine ni pour la conserver, craignant qu’elle ne s’échappe […] L’on ne dit pas même que l’âme se repose en Dieu dans l’oraison de quiétude et purement mystique, parce que ce serait la faire agir naturellement en quelque manière, puisque se reposer est une action naturelle et qu’elle pourrait apercevoir son repos comme dans la contemplation affirmative. Mais on dit que c’est Dieu qui se repose dans le fond de l’âme, qui la remplit de sa présence et qui l’occupe toute de son opération.

Sixième pas :

Remarquez bien ceci, âmes contemplatives, et souvenez-vous pour n’être pas trompées que la contemplation négative n’est pas toujours et dans toute son étendue une aliénation et une abstraction continuelle de toutes sortes de pensées et images comme on pourrait s’imaginer. Au contraire, elle commence d’ordinaire par des ressemblances, par des vues simples et dénuées, lesquelles se dénuent et se perfectionnent de plus en plus à mesure que les opérations sont plus spirituelles, et enfin elles s’anéantissent dans un repos qui ne laisse pas seulement dans l’âme la liberté d’avoir des désirs ni de former nulle sorte de pensée, parce qu’étant toutes pleines de Dieu, toutes absorbées dans son amour et entièrement occupées de son intime présence, elles en restent toutes éprises au lieu de la comprendre et de se posséder. [...]

Ce serait une faute très grande de produire des actes pour refuser et pour anéantir la lumière qui se laisse apercevoir; et la faute serait plus considérable de fuir l’union que Dieu fait avec l’âme, parce qu’elle lui est sensible. Mais ce que l’âme dévote doit faire est de ne pas adhérer à la sensibilité et à la lumière qu’elle aperçoit comme à la fin de la contemplation. Au contraire il faut la négliger seulement pour se laisser transformer et pour s’anéantir dans cette même lumière, afin que l’on expérimente sans savoir comment. [...]

Et voilà, âmes dévotes, à peu près ce que vous devez faire pour être attirées à la contemplation surnaturelle et comment vous devez vous comporter pour vous maintenir dans cette sainte oisiveté où le moindre mouvement naturel est capable d’interrompre son repos. Mourez donc en toutes vos connaissances afin que Dieu vous communique ses lumières; et souvenez-vous que saint Antoine avait coutume de dire que l’oraison de celui-là n’est pas faite qui se souvient de soi, qui entend et qui prend garde à ce qu’il fait350.

Septième pas :

Les obstacles dans la contemplation sont d’ordinaire les images qu’on se forme ou les actes qu’on veut produire au temps que Dieu se veut communiquer dans l’oraison de quiétude, qui est incompatibles avec les bonnes pensées; ou bien c’est quelque immortification secrète que Dieu veut punir par la soustraction de ses douces influences, pour ne pas correspondre fidèlement et produire des actes quand ils sont nécessaires pour s’entretenir dans les remises de ce repos et pour coopérer à l’entretien de cette quiétude.

Mais les contemplatifs remarquent encore des imperfections si extraordinaires et si subtiles qu’elles sont rarement connues et plus rarement corrigées. La première, qui vous surprendra d’abord, peut être un désir trop ardent d’aimer Dieu ou un trop grand désir d’anéantissement pour Dieu; et la raison est, parce que pour lors une âme agissant trop d’elle-même, bien qu’amoureusement pour Dieu, ne laisse pas de troubler cette grande tranquillité que l’Époux céleste demande dans une âme où il se veut reposer; car il faut qu’elle soit tout à fait calme et non pas agitée par des mouvements qui, quoiqu’ils soient tous pour Dieu, ne laissent pas d’interrompre l’inaction divine, parce qu’ils sont encore trop humains. De sorte qu’un cœur affectif, qui est très propre pour la contemplation quand il est bien conduit, met de grands empêchements par son amour trop actif à cette même élévation.

Une seconde faute qu’on remarque est une subtile image qu’on retient encore parce qu’elle est si déliée et si secrète qu’elle est inconnue à l’âme. C’est pourtant une imperfection de s’occuper, quoique de Dieu, dans l’oraison, quand Dieu seul veut l’occuper lui-même. Il n’est plus temps de le regarder énigmatiquement et sous des formes imaginaires, quoique très spirituelles, quand Dieu veut se manifester sans image et comme à la façon des anges. Car remarquez qu’il y a bien de la différence entre contempler un objet et le considérer par pensée. Le premier est un acte d’intelligence et l’autre simplement d’entendement. Et s’il faut me demander de quelle manière l’âme se peut dépouiller d’une image qui lui est inconnue, les docteurs répondent à cette difficulté que Dieu l’en dépouillera lui-même dès qu’elle sera parfaitement anéantie et que pour lors elle connaîtra son imperfection après que Dieu l’aura purifiée de son défaut.

Mais une des plus subtiles fautes qu’on peut commettre est un désir extrême qu’on a de s’unir intimement à Dieu, cette imperfection est d’autant plus secrète à l’âme qu’elle croit et proteste de ne point se rechercher, mais seulement de se vouloir unir à Dieu en esprit. C’est pourtant un artifice de l’esprit de nature, ainsi que l’expérience fait voir, parce qu’elle n’est jamais contente dans son désir qu’elle n’ait quelque sentiment d’union et quelque connaissance expérimentale de la présence de Dieu. Cependant pour trouver Dieu dans la pure contemplation, il faut le chercher seulement par un simple ressouvenir et non par des élancements sensibles qui sont contraires à cet état de perfection, où on ne doit avoir qu’une foi nue et sans vue, et non une vue expérimentale comme vous souhaitez. Souvenez-vous donc que Dieu est un pur esprit qui ne tombe point sous les sens et qui s’unit parfaitement dans le fond de l’âme, où il n’entre ni vue ni expérience, mais seulement un amour pur nu et vide de tout sentiment.

C’est encore une imperfection assez familière aux personnes spirituelles d’observer trop exactement les imperfections qu’elles commettent ou de faire réflexion sur tout ce que la grâce opère intérieurement, parce que pour lors l’âme s’occupe trop et se rend trop active, dans un temps où elle ne doit être que dans le repos. C’est en quoi plusieurs se trompent de se rendre si attentives pour remarquer tout ce qui se passe et tout ce qui se fait intérieurement, qu’elles ne sont jamais dans le repos nécessaire à une parfaite union351.

Neuvième pas :

La seconde condition de l’âme contemplative est qu’elle adhère incessamment à Dieu et s’unit immédiatement à lui et sans milieu par voie d’amour et non par voie de connaissance. […] J’avoue que la contemplation consiste essentiellement dans l’entendement, mais son principe, qui est la charité, étant dans la volonté, il s’ensuit que la parfaite contemplation se doit achever par voie d’amour et non par voie de connaissance [...]

Enfin, pour achever le portrait de l’âme contemplative, il faut encore une troisième condition, qui est le remède pour la seconde imperfection qu’on y commet, ainsi que nous avons dit dans le chapitre iv, et c’est que l’âme doit mourir dans toutes ses opérations propres et naturelles et se perdre elle-même en l’essence divine (comme dit Ruusbroec) sans moyen de la divinité, c’est-à-dire que l’âme se doit unir à Dieu sans milieu, sans formes, sans images et sans penser qu’elle y pense352.

Dixième pas :

Car comme celui qui regarde fixement le soleil en perd la vue et ne le voit plus pour n’en pouvoir pas supporter l’éclat, ainsi l’âme contemplative perd la parole, le sentiment et la raison parce que ce qu’elle voit, ce qu’elle sent, ce qu’elle goûte surpasse infiniment tous ses sens et toutes ses connaissances. Et je défie les plus beaux esprits de se former quelque imagination ou quelque idée d’un être qui ne reçoit ni forme ni figure; je défie la plus éloquente de toutes les langues de dire quelque chose d’approchant de ce qui est ineffable et de raisonner sur une essence qui est infiniment au-dessus de toutes les connaissances et de tous les raisonnements.

Il ne faut pas être ni grand théologien ni grand mystique, il ne faut que pratiquer communément l’oraison pour faire toutes ces expériences. Car où trouvera-t-on une âme de prière qui n’ait expérimenté qu’elle ne peut pas expliquer ni comprendre ce qui est inconcevable et qu’elle n’a jamais su se former une idée de cette éternité, de cette immensité de Dieu où elle perd toutes ses pensées et où véritablement elle serait oisive si Dieu n’opérait en elle-même?

[…] Je dis que je ne m’étonne pas que peu de personnes croient et comprennent cette oraison qui se fait sans formes et images, puisqu’elle est par-dessus toute imagination et qu’elle surpasse toute connaissance. Au contraire je serais surpris si plusieurs comprenaient une oraison que si peu de personnes expérimentent. Je soutiens encore que ce n’est pas non plus une contradiction de cesser d’agir naturellement et d’agir surnaturellement en même temps, et qu’une âme n’est pas oisive cessant dans ses propres opérations, quand elle cesse volontairement d’agir et qu’elle donne son consentement à l’inaction qui la purge, la purifie et l’illumine surnaturellement. J’avoue bien que dans ce parfait état d’union de l’âme avec Dieu, elle ne saurait comprendre par pensée ce que c’est et encore moins expliquer par paroles ce qu’elle sent, ce qu’elle expérimente; mais elle n’y perd pas son temps pour cela, parce qu’il lui reste une connaissance expérimentale de la présence de Dieu qui la soutient, qui l’éclaire, qui la pénètre et qu’elle sent plus présente et plus intimement en elle qu’elle-même.

Vous devez inférer de là l’abus de ceux qui croient qu’il faut toujours agir, former des pensées et produire des actes d’adoration, d’aspiration et d’Action de grâces, qui enseignent que la parfaite contemplation consiste en ces actes sensibles et aperçus et condamnent à une fausse oisiveté toutes les cessations d’actes et toutes les suspensions, bien qu’elles soient surnaturelles, contre le sentiment pourtant de tous les mystiques et du grand saint Denys…353

Onzième pas :

En quatrième lieu, si la contemplation en sa fin et en sa perfection n’est autre du côté de l’âme qu’une liquéfaction agréable, un doux absorbement en Dieu où elle perd ses vues et ses connaissances comme une étoile perd sa clarté en vue du soleil, jubilus liquefactionis, il n’y a point d’objet qui puisse mieux liquéfier un cœur dans l’amour divin que la vue d’un Dieu souffrant, d’un Dieu anéanti pour l’amour des hommes; car, comme on ne saurait juger de la hauteur d’une montagne si on ne considère la bassesse du pied ni entrer dans la connaissance de la profondeur d’un abîme si on ne voit pas la cime du rocher qui l’environne, je dis qu’on n’entre jamais mieux dans la connaissance des secrets divins que par la contemplation du Verbe incarné. Car c’est là où l’âme peut voir d’une seule vue la hauteur et la profondeur, le pied et la cime, le tout et le rien et si je l’ose dire l’éternité de sa naissance et les anéantissements de son incarnation, l’immensité de son essence et les humiliations de son enfance; c’est là qu’on ne peut trop admirer la sagesse infinie dans la conduite de notre rachat354.

J’omets tous les pas qui suivent, soit du douzième au vingt-troisième, ainsi que le bref Traité des extases, ravissements, révélations et illusions. D.T.



Fin d’Etudes I





ETUDES MYSTIQUES II


DOMINIQUE TRONC




Table

Origines d’une Filiation



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ORIGINES d’une FILIATION

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31.UNE FILIATION MYSTIQUE : CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ, JEAN DE BERNIÈRES, JACQUES BERTOT, JEANNE-MARIE GUYON [Dix-septième siècle, 2003]



(40) Une filiation mystique (txt pour art.2003).doc

(40) D Tronc Une filiation mystique (art. XVIIe siècle218 2003).pdf



Dominique Tronc P.U.F. | Dix-septième siècle 2003/1 - n° 218 pages 95 à 116 ISSN 0012-4273 Article en ligne: http://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2003-1-page-95.htm



Madame Guyon revient à Paris en 1686, âgée de trente-huit ans. Veuve depuis dix ans, restée indépendante vis-à-vis de toute structure religieuse, elle affirme et exerce une autorité spirituelle. Celle-ci lui attache des disciples dont le plus illustre est Fénelon, ce qui lui attire rapidement de redoutables épreuves : elle les surmontera mais demeurera suspecte. Les circonstances décrites dans sa Vie et surtout dans sa Correspondance active et passive355 doivent être éclairées par une approche historique. Respecter ce dont elle témoigne d’intime dans ses écrits conduit à préciser les influences reçues qui ne sont pas seulement d’origine scripturaire, mais transmises directement de personne à personne. La lecture des sources découvre alors la grandeur, souvent abrupte, d’une filiation mystique reconnue mais peu étudiée356.

Celle-ci commence avec le franciscain Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), s’illustre par la figure laïque de Jean de Bernières (1602-1659), s’étend au cercle de l’Ermitage dont fait partie le discret mais important confesseur Jacques Bertot (1620-1681). Le rôle de ce dernier déborde les clôtures religieuses et s’avère déterminant auprès de la jeune Jeanne-Marie Guyon (1648-1717). Elle assumera à son tour la fonction de ses prédécesseurs dans des circonstances devenues difficiles et donc d’une façon cachée.

Les quelques noms qui viennent d’être cités n’épuisent pas les richesses d’un réseau dont les figures couvrent le siècle (et au-delà). Les effets de la condamnation du « quiétisme » (1687) puis des Maximes des saints de Fénelon (1699), ainsi que leurs conséquences - absence de toute structure religieuse favorable, méfiance de laïcs par ailleurs sensibles à l’éloquence de Bossuet – ne sont pas encore totalement effacés. Bremond prévoyait un dernier volume de son grand œuvre consacré à l’histoire de la querelle du Quiétisme357 ; Cognet avait l’espoir de rédiger une monographie sur Madame Guyon358. L’un et l’autre ont disparu trop tôt. Nous proposons ici un bref aperçu d’une école mystique qui attend son historien pour la replacer au centre de la vie spirituelle du siècle. Nous présentons successivement quatre figures liées par filiation en les situant au sein d’un « réseau » d’amis. Quelques citations donnent la saveur du vaste corpus de textes de nature expérimentale qui restent à éditer et à comprendre.

Les origines. Jean-Chrysostome de Saint-Lô, directeur de Jean de Bernières.

La première communauté du Tiers Ordre Régulier franciscain aurait été reconnue par le Pape en 1401 et se propage jusqu’à Gênes où ils ont en charge l’hôpital359 ;  Catherine de Gênes (1447-1510), dont l’influence sera très grande chez Jacques Bertot et Madame Guyon, a été une tertiaire franciscaine. De l’Italie arrivent deux membres du Tiers Ordre Régulier, Vincent de Paris et son compagnon Antoine. Ils recherchent une solitude peu compatible avec les événements politiques de la fin des guerres de religion, comme en témoigne ce récit des tribulations de nos deux ermites aux mains des gens de guerre, alors qu’ils voulaient vivre cachés dans la forêt :

Ils tombèrent entre les mains des Suisses hérétiques, qui espérant une bonne rançon de quelques Parisiens qu’ils avaient pris parce que le siège [de Paris, en 1590] devait être bientôt levé, étaient résolus de les laisser aller, et de prendre les deux hermites. Frère Antoine en eut avis secrètement par une Demoiselle prisonnière, le malade [Vincent] qui tremblait la fièvre quarte entendit ce triste discours, et se jetant hors de sa couche descendit l’escalier si promptement qu’il roula du haut en bas, sans néanmoins aucune blessure. L’intempérance des soldats, et l’excès du vin les avait mis en tel état, que Vincent et Antoine s’échappèrent aisément… 360

Vincent établit le monastère de Picpus entre le Faubourg Saint Antoine et le château du bois de Vincennes ; la congrégation se développe et une bulle de 1603 ordonne qu’un Chapitre provincial soit tenu tous les deux ou trois ans. Le premier Chapitre a lieu en 1604.

Apparaît la figure du père Chrysostome de Saint Lô (1594-1646) dont la vocation est suscitée par Antoine le Clerc sieur de la Forest (1563-1628), un laïc parisien cultivé, consulté par de nombreux spirituels. Chrysostome est élu Provincial de France en 1634, puis, lorsque celle-ci est divisée en deux, prenant les noms de saint François et de saint Yves, il devient en 1640 Provincial de cette dernière, correspondant à la Normandie-Bretagne361. Actif voyageur, mort âgé de cinquante-deux ans, il a cependant eu le temps de rédiger des opuscules362.

Les Pensées d’Eternité d’un certain solitaire et d’un autre serviteur de Dieu nous touchent par la rectitude et la grandeur convenant bien à une « ouverture spirituelle » pour une future école de vie intérieure. Ces textes évoquent les grandes peurs que l’on attribue parfois au Moyen Age mais possèdent aussi un côté biographique nouveau. Jean-Chrysostome résume ainsi très sobrement la durée d’une vie spirituelle sous la forme émouvante d’une liste :

I. Un autre serviteur de Dieu a été conduit à une très haute perfection par les vues pensées de l’Eternité. Il était de maison et façonné aux armes. Voici que environ à l’âge de vingt-trois ans, comme il banquetait avec ses camarades mondains, il entrouvrit un livre, où lisant le seul mot d’Eternité, il fut si fort pénétré d’une forte pensée de la chose, qu’il tomba par terre comme évanoui, et y demeura six heures en cet état couché sur un lit, sans dire son secret. […] III. Ensuite il fut tourmenté de la vue de l’éternité de l’Enfer, environ huit ans […] IV. Après cet état il demeura trois autres années dans une croyance comme certaine de sa damnation : tentation qui était aucune fois si extrême, qu’il s’en évanouissait. […] V. Ensuite de cet état, il demeura un an durant fort libre de toutes peines [...]VI. Après cette année, il en demeura deux dans la seule vue de la brièveté de la vie [...] VII. Ensuite [...] il fut huit ans dans la continuelle vue que Dieu l’aimait de toute Eternité…363

Ce guerrier plongé dans le monde pénètre tout à coup le sens profond du mot « éternité ». Une existence résumée en quelques points donne une impression d’élan absolu associée à la brièveté de notre condition. L’inspiration qui animera toute les membres de cette  école  est posée de façon saisissante : des expériences mystiques intenses, qui peuvent faire tomber à terre, sont suivies d’années d’épreuves. L’amour de Dieu pour sa créature est premier. La vie spirituelle est dynamique et couvre la durée d’une vie. Le chemin suivi est classique : initiative divine brusque et inattendue qui change la vie, très longue purification, victoire définitive de l’Amour.

Le traité de La Sainte Désoccupation de toutes les créatures, pour s’occuper en Dieu seul balaye le chemin sans compromis : il faut laisser la place et toute la place au divin qui alors anime la créature : « Dieu opère tellement en cette âme, qu’il semble que ce soit plutôt Lui qui produise cet amour [...] l’âme demeure souvent comme liée et garrotée, sans rien penser ni agir comme d’elle-même, mais mûe seulement364. » C’est la passiveté mystique au terme d’un long cheminement de « désoccupation très pure, par laquelle l’âme parvient à une continuelle vue et présence de Dieu365. »

Jean-Chrysostome anime un cercle mystique auquel appartiennent Jean de Bernières et Catherine de Bar, la mère du Saint-Sacrement (1614-1698) :

l’on a vu plusieurs personnes de celles qui suivaient ses avis [...] courir avec ferveur [...] La première est feu M. de Bernières de Caen [...] le Père Jean Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce [...] Ce sentiment d’un directeur [...] adressé à un disciple [...] en augmentait les ardeurs d’une manière incroyable. Ainsi il commença tout de bon à chercher les moyens d’être pauvre. […] Ayant été soulagé de la fièvre quarte il s’en alla à Saint-Maur [...] pour y voir la R. Mère du Saint-Sacrement, maintenant supérieure générale des Religieuses bénédictines du Saint-Sacrement. Elle était l’une des filles spirituelles du bon père, et en cette qualité il voulut qu’elle fût témoin de son agonie. […] [il] mourut le 26 mars 1646 âgé de 52 ans [...] L’on remarqua que la plupart des religieux du couvent de Nazareth où il mourut, fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher366.

Jean de Bernières témoigne directement de la direction de celui qu’il considère comme son père spirituel :

[…] ce me serait grande consolation que [...] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père [...] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père [...] Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu367 ?

Jean de Bernières, directeur de Jacques Bertot.

Jean de Bernières368, né en 1602 d’un trésorier général de France, mène une vie laïque, sensible à l’amitié, insensible aux différences sociales, payant de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause, désirant la pauvreté (mais capable de conseiller Mme de la Peltrie en procès avec sa famille et de gérer des ressources pour la fondation des missions du Canada), demeurant humain dans la peur de la mort (car il se souvient de l’agonie douloureuse de Jean-Chrysostome). La forme de ses écrits a été considérablement revue, ce dont se plaignaient déjà ses contemporains369.

Bernières est ferme dans ses convictions :

Lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie. Quand le grand archidiacre d’Evreux, Boudon, victime d’une sorte de conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, « se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui »370.

De concert avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, grand seigneur qui passe des armes et des sciences à l’exercice de la charité371, Bernières contribue à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires.

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital [...] porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice [...] il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui372.

Il est aussi « le directeur des directeurs de conscience373 » et parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels [...] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes374.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison375.

Il prend ici soin de privilégier les rapports personnels dans sa direction, ce qui évoque des lettres que Madame Guyon adressera bien plus tard de Blois à des dirigés376. Il est cependant bien conscient de n’être que l’intendant de Dieu :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion [...] Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par ordre de Dieu, et notre bon Père [Chrysostome] ne l’a pas fait bâtir par hasard ; la grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait377.

Il est de fait au centre d’un large cercle : sur place M. de Gavrus, neveu de Jean, fonde l’hôpital général de Caen ; Boudon deviendra l’archidiacre « persécuté » d’Evreux, écrivain abondant auquel nous devons de précieuses informations ; Lambert de la Motte, Mgr de Béryte, est un des premiers évêques de la Chine.

L’influence de ce cercle s’étend au Canada, dans des circonstances pour le moins inhabituelles: Mme de la Peltrie, veuve, aussi généreuse qu’originale, veut fonder une maison religieuse au Canada. Sa famille s’y oppose, elle consulte un religieux qui suggère l’expédient d’un mariage simulé. La proposition est présentée à M. de Bernières, « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté ». Ce dernier consulte son directeur :

Celui qui le décida fut le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô [...] Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage [...] du moins à se prêter au jeu [...] en faisant demander sa main. [...] La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire « faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage »378.

Notons l’intervention positive du Père Chrysostome, qui peut être sévère mais sans étroitesse d’esprit, et la liberté de tous dans cette affaire qui prend une pente assez comique quand Bernières est veillé à Paris par Mme de la Peltrie lors d’une maladie. Finalement le grand départ de Dieppe de la flotte de printemps en 1639 emporte Mme de la Peltrie ( ? -1671), fondatrice temporelle de la communauté ursuline du Québec, et surtout Marie de l’Incarnation (1599-1672) qui animera cette communauté :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel-Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes [...] mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Mme de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation379.

De nombreux familiers de l’Ermitage suivront le même chemin : Ango de Maizerets, dont la vie se confondra avec celle du séminaire fondé là-bas à l’imitation de l’Ermitage, et qui se dévouera à l’éducation des enfants ; M. de Bernières, neveu de Jean, qui meurt à Québec en 1700 ; François de Montmorency-Laval (1623-1708), évêque de Québec ; M. de Mésy, duelliste raffiné converti, premier gouverneur de Québec ; Roberge, le fidèle valet de chambre et disciple, après la mort de son maître380. Bernières restera le correspondant préféré de Marie de l’Incarnation (avec le fils de cette dernière, dom Claude Martin), mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » sont perdues.

Revenons en France : Catherine de Bar devenue Mère Mectilde du Saint-Sacrement, appréciée de Madame Guyon381, fonde les bénédictines de l’Adoration perpétuelle du très Saint Sacrement à Paris ; elles iront en Lorraine et jusqu’en Pologne382. Le père Jean-Chrysostome est son confesseur. Elle se lie à Bernières et ils demeureront en correspondance. Elle passe environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen383. Son confesseur suivant, Epiphane Louys (1614-1682), mystique attachant, lorrain comme elle, s’est lié aussi avec Bernières.

Le laïc Jean de Bernières est influent à Paris par l’intermédiaire du jeune confesseur Jacques Bertot, son ami et surtout disciple, et il lui adresse quatorze lettres qui tranchent par leur ton et leur profondeur sur l’ensemble de sa correspondance384. Elles sont adressées à « l’ami intime », que nous pensons pouvoir identifier à Bertot grâce à quelques indices tels que « Je connais aussi que vous êtes encore utile et nécessaire aux B[énédictines] et à M[ontmartre]385 » :

…Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire…386

Mon cher Frère, demeurez bien fidèle à cette grande grâce, et continuez à nous faire part des effets qui vous seront découverts : vous savez bien qu’il n’y a rien de caché entre nous, et que Dieu nous ayant mis dans l’union il y a si longtemps, Il nous continuera les miséricordes pour nous établir dans Sa parfaite unité, hors de laquelle il ne faut plus aimer, voir, ni connaître rien387.

Jacques Bertot, directeur de Jeanne-Marie Guyon.

Jacques Bertot naît à Caen le 29 juillet 1622, fils unique d’un marchand drapier de Caen388. L’essentiel de sa vie est résumé longtemps après sa mort dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées par Madame Guyon  sous le titre Le Directeur mistique:

Monsieur Bertot [...] natif de Coutances389 [...] grand ami de [...] Jean de Bernières [...] s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [ et] plusieurs personnes [...] engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre [...] Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche Paris [sic], où il est resté dans cet emploi environ douze ans jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. … [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes [...] ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

On peut distinguer deux périodes dans cette vie, autour de deux localisations géographiques successives, à Caen puis à Paris ; on se gardera toutefois d’attribuer une trop grande importance à ces localisations, compte tenu de voyages fréquents.

Pendant vingt ans, de 1655 à 1675, Jacques Bertot, qu’il ne faut pas confondre avec d’autres ecclésiastiques normands390, est prêtre séculier et directeur du monastère des ursulines de Caen :

(La même année 1655 biffé) Au même temps (add. marg.) […] nous perdîmes Monsieur Du Rocher de Bernay […] On procéda incessamment à l'élection d'un autre supérieur. Messieurs François de Laval, et Jacques Bertot furent présentés à l'évêque Monseigneur de Servien qui confirma supérieur Monsieur Bertot.391

Jourdaine de Bernières, sœur du vénéré Jean de Bernières, prestigieuse supérieure du couvent, lui vouait une confiance et une obéissance absolue, comme en témoignent les deux épisodes suivants :

Elle fut élue unanimement pour la dernière fois. Sa surprise la fit sortir du chœur et courir s'enfermer dans sa chambre pour empêcher sa confirmation et en appeler à l'évêque ; mais Monsieur Bertot, supérieur qui présidait à l'élection et M. Postel son assistant, allèrent la trouver et lui faire un commandement exprès de consentir à ce que le chapitre venait de faire. A ces mots, vaincue par son respect pour l’obéissance, elle ouvre la porte et se laisse conduire à l’église pour y renouveler son sacrifice…392

Il fit assembler les religieuses au chœur, et, en leur présence, blâma la conduite de leur supérieure à qui il fit une ferme réprimande avec des termes si humiliants que plusieurs des religieuses qui connaissaient son innocence en furent sensiblement touchées […] le jour même elle fut trouver le supérieur au parloir, non pas pour (se plaindre ou biffé) se justifier, mais pour lui parler des affaires de la maison comme à son ordinaire, dont il fut également surpris et édifié. Toutes choses bien éclaircies, il conçut une plus haute estime de la mère de saint Ursule [Jourdaine de Bernières] qu'il n'avait eu393

Bertot est actif hors de cette charge de supérieur. Il est en relation avec la célèbre Marie des Vallées394, influente sur saint Eudes, et l’apprécie :

Elle me disait que la Miséricorde [en note : c'est-à-dire l’amour-propre chargé des richesses spirituelles de la Miséricorde] allait fort lentement à Dieu, parce qu’elle était chargée de dons et de présents, de faveurs et de grâces de Dieu, qu’ainsi son marcher était grave et lent; mais que l’amour divin qui était conduit par la divine Justice, allant sans être chargé de tout cela, marche d’un pas si vite que c’est plutôt voler.395.

Il est également lié à l’aventure commune de l’apostolat au Canada396, illustrée par Marie de l’Incarnation. Son rayonnement va donc bien au-delà du monastère de Caen, ce dont témoignent plusieurs lettres397 de Catherine de Bar (devenue la Mère fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, appréciée par Madame Guyon au monastère de la rue Cassette) :

- à Jean de Bernières lui-même398, qui, dès juillet 1645, atteste du fruit des activités du jeune disciple et nous éclaire sur sa vigoureuse direction (une caractéristique propre à l’école) :

Monsieur. Notre bon Monsieur Bertot nous a quittés avec joie pour satisfaire à vos ordres et nous l'avons laissé aller avec douleur. Son absence nous a touché, et je crois que notre Seigneur veut bien que nous en ayons du sentiment, puisqu'Il nous a donné à toutes tant de grâces par son moyen, et que nous pouvons dire dans la vérité qu'il a renouvelé tout ce pauvre petit monastère et fait renaître la grâce de ferveur dans les esprits et le désir de la sainte perfection. Je ne vous puis dire le bien qu’il a fait et la nécessité où nous étions toutes de son secours […] mais je dois vous donner avis qu'il s'est fort fatigué et qu'il a besoin de repos et de rafraîchissement. Il a été fort travaillé céans, parlant [sans] cesse, fait plusieurs courses à Paris en carrosse dans les ardeurs d'un chaud très grand. Il ne songe point à se conserver. Mais maintenant, il ne vit plus pour lui. Dieu le fait vivre pour nous et pour beaucoup d'autres. Il nous est donc permis de nous intéresser de sa santé et de vous supplier de le bien faire reposer.

Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélitées et combien j'ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâce. Je deviens si vide, et si pauvre de Dieu même que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l'un et l'autre que je demeure ainsi abandonnée, laissant tout périr. […]

- à la Mère Benoite de la Passion prieure de Rambervillers, le 31 août 1659 :

Monsieur [Bertot] a dessein de vous aller voir l’année prochaine, il m’a promis que si Dieu lui donne vie il ira. Il voudrait qu’en ce temps-là, la divine Providence m’y fît faire un voyage afin d’y venir avec vous [...] Il faut mourir. Monsieur Bertot sait mon mal [...]s’il vous donne quelques pensées, écrivez-le moi confidemment.

- à la Mère Dorothée (Heurelle), sous-prieure, le 8 août 1660 :

A Rambervilliers ce 8 août 1660. M. Bertot est ici, qui vous salue de grande affection [...] je ressens d’une singulière manière la présence efficace de Jésus-Christ Notre Seigneur.

Finalement, Bertot part de Caen pour Paris, en 1675399 :

M. Bertot, après avoir été notre Supérieur, voulut se démettre de cette charge, ayant trouvé à Paris des occupations qui l'obligeaient à la résidence ; on fit élection de Monsieur de Launé Hué, (docteur de Sorbonne : ajout marg), pour remplir sa place (ajout interl : le 15 avril 1675.)

Dans la dernière partie de sa vie, Jacques Bertot est actif comme confesseur à la célèbre abbaye de Montmartre, proche du pèlerinage à saint Denis400. Le rôle de la vénérable abbaye bénédictine, fondée en 1133, était central depuis sa réforme mouvementée qui eut lieu au début du siècle avec l’aide de Benoît de Canfield :

Les religieuses de plus en plus mécontentes des efforts de leur abbesse [...] deux fois essayèrent vainement de l’empoisonner ; une autre fois, elles décidèrent quelques-uns de « leurs amis » à l’assassiner, mais l’un d’eux recula devant ce crime et prévint Madame de Beauvilliers qui dès lors logea dans une chambre séparée, à porte double et ne mangea plus d’aucun plat qui ne fut préparé par une des deux sœurs converses sur lesquelles on pouvait compter [elle les avait amenées avec elle] […] L’évêque de Paris [...] rassembla les religieuses [...] ordonna tout d’abord le rétablissement de la clôture ; toutes se levèrent et s’emportèrent, à ce qu’il paraît, de la façon la plus scandaleuse. Le prélat se retira en promettant à Mme de Beauvilliers de la défendre et en réalité il ne fit rien. Mme de Beauvilliers, soutenue par son seul directeur, le P. Caufeld [sic] prit résolument son parti401

Cela se passait juste avant 1600 : on ne sait pas s’il connaît la réformatrice, Madame de Beauvilliers402, mais il lit certainement attentivement l’opuscule qu’elle compose pour ses religieuses, en suivant de très près Benoît de Canfield :

“s’il est si plaisant et agréable d’entrer dans le secret de notre intime ami, qu’est-ce d’entrer dans le secret et le plus caché du cœur de Dieu ? Et c’est ce que fait, et à quoi arrive l’âme par l’exercice continuel de la conformité de sa volonté à celle de Dieu, car en faisant la volonté de Dieu, l’âme la connaît” 403

Il est surtout lié à Françoise-Renée de Lorraine, Madame de Guise404, abbesse qui lui succède en des temps moins troublés, de 1644 à 1669, avant de mourir en 1682 :

M[ada]me de Guise dirigea l’abbaye pendant vingt-cinq ans. Douée d’une haute intelligence, elle était en relation avec les beaux esprits et les femmes élégantes du temps : le docteur Valant, le médecin de M[ada]me de Sablé et de toute la société précieuse en même temps que de l’abbaye, nous a conservé plusieurs billets d’elle fort galamment tournés405.

On note le choix de Bertot pour régler, vers 1673, une affaire compliquée où Jean Eudes, ami de Jean de Bernières, est attaqué par ses anciens confrères oratoriens qui tentent de le discréditer en ridiculisant son attachement à Marie des Vallées.

On entrevoit tout un réseau de relations transversales entre divers membres du groupe de l’Ermitage406. Madame de Guise a dû aider à la constitution du cercle dévôt407 autour de Bertot, dont l’activité est attestée par la publication des deux volumes de ses Retraites sous l’impulsion de l’abbesse. Ces témoignages de son activité sont suivis, plus tardivement, de sa très intéressante mise au point sous le titre Conclusion aux retraites, également destinée à Madame de Guise408. Ce texte fondamental correspond probablement à celui qui est évoqué par Fénelon et expliqué par Orcibal. Ce dernier connaissait les deux volumes de Retraites, dont il fixe la date à 1662, alors que la Conclusion est publiée en 1684, soit peu après la disparition de Bertot409.

Celui-ci se révèle en fait par une œuvre écrite assez abondante, remarquable par sa force et sa netteté en ce qui concerne l’expression du cheminement mystique, mais tombée dans l’oubli à la disparition des cercles guyoniens : l’anonymat (même si l’on évoque l’auteur en préface), l’extrême rareté des exemplaires, due à leur suppression des bibliothèques de communautés religieuses comme à leur dissémination européenne410, la pauvreté ou l’étrangeté des titres expliquent cet oubli. Il est vrai que le style ne se soucie pas d’élégance, l’auteur visant à préciser l’expérience qu’il partage, quitte à tourner autour d’elle pour en souligner tous les aspects.

Le corpus de l’œuvre, tel que nous avons pu le reconstituer, comporte sept volumes publiés en trois fois sur 64 ans, donc à des dates très différentes : les volumes des Retraites en 1662, leur Conclusion en 1684, Le directeur Mistique en 1726. Un huitième volume qui s’intitulerait De la Contemplation resterait peut-être à découvrir411.

De 1662, Diverses retraites…412 et Continuation des retraites…413 donnent en deux volumes, sous une pagination unique, sinon cohérente, des schémas de retraites probablement rassemblés par les soins d’auditeurs. De 1684, La conclusion des retraites…414, troisième et dernier volume édité après la mort de Bertot, a été retrouvée à Chantilly415. Il s’agit d’un traité bref mais bien charpenté et très précis, couvrant avec grande autorité toute la voie mystique, dont nous ne connaissons pas d’équivalent contemporain. Les Torrents de Madame Guyon reprennent le fond de cet exposé sous une forme moins sévère, parfois lyrique.

A ces trois volumes s’ajoutent quatre volumes de textes et de lettres qui ont été rassemblés en hommage par sa disciple J.-M. Guyon et édités en 1726, quarante-cinq ans après la mort de Bertot, sous le titre : Le directeur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion…416, par le cercle de P. Poiret peu après la mort de ce dernier. Il comporte douze traités, dont le style a pu être revu par Madame Guyon (vol. I), suivi de 221 lettres montrant les qualités de précision et l’autorité du directeur (vol. II à IV). Elles sont adressées à des correspondants non cités, dont en premier lieu Madame Guyon. A l’œuvre de Bertot celle-ci ajoute, nommément cités, une relation concernant Marie des Vallées et des lettres de Maur de l’Enfant-Jésus. L’ensemble se termine sur des lettres de Madame Guyon adressées à des disciples et non plus à Bertot. Cette édition très rare est suivie d’un choix en un volume également rare417.

Il faut ajouter à ces œuvres publiées les lettres de Bertot reprises dans la correspondance de Madame Guyon418 ainsi qu’une belle lettre419 sous forme manuscrite, recopiée de la main de Dupuy, copiste de lettres de Madame Guyon, et datée du 22 mars 1677.

J. Bertot meurt prématurément à cinquante-neuf ans à Paris le 28 avril 1681420. Il n’a exprimé que de très rares confidences sur lui-même :

En vérité il [Notre Seigneur] me détourne tellement des créatures que j’oublie tout volontiers et de bon cœur. Ce m’est une corvée étrange que de mettre la main à ma plume. Tout zèle et toute affection pour aider aux autres m’est ôtée; il ne me reste que le mouvement extérieur : mon âme est comme un intrument dont on joue, ou si vous voulez comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime421. Cette disposition d’oubli me possède tellement, peut-être par paresse, qu’il est vrai que je pense à peu de chose.422

L’oubli mystique n’empêche pas une activité intense. Enfin il livre ses affinités par quelques noms d’auteurs spirituels :

Tant de livres ont été faits par de saintes personnes pour aider les âmes en la première conduite, comme Grenade, Rodriguez et une infinité d’autres [...] Pour la voie de la foi, il y en a aussi plusieurs, comme le bienheureux Jean de la Croix, Taulère, le Chrétien Intérieur [de Bernières] et une infinité d'autres423 Le livre de la Volonté de Dieu [ou Règle de Perfection] de Benoît de Canfeld peut beaucoup servir424.

Le rayonnement de Bertot, « conférencier très apprécié de l'aristocratie et, en particulier, de divers membres de la famille Colbert425 », déborde sur un cercle laïc que l’on retrouvera autour de Madame Guyon :

Chevreuse dut-il à Fénelon la connaissance de Mme Guyon ? Bien qu'il paraisse l'admettre, Saint-Simon fournit un fort argument à la thèse contraire. Après avoir indiqué que les conférences de Bertot à Montmartre étaient suivies par Mme de Charost et par le duc de Noailles, il ajoute en effet : « MM. de Chevreuse et de Beauvillier fréquentaient aussi cette école. Mme Guyon fit la connaissance de ces deux derniers par Fénelon [...] Ces deux ducs et leurs femmes depuis longtemps initiés aux rudiments de cette école par celle de Montmartre, goûtèrent Mme Guyon au point de se mettre sous sa conduite à la suite de l'abbé de Fénelon426.

Saint-Simon, ami des ducs, mais ennemi de la dame qui les séduit d’une façon incompréhensible pour lui, souligne le 10 janvier 1694 les relations qui avaient lié Bertot et Madame Guyon, et la continuité que cette dernière assure :

Elle ne fit que suivre les errements d’un prêtre nommé Bertaut [sic], qui bien des années avant elle, faisait des discours à l’abbaye de Montmartre, où se rassemblaient des disciples, parmi lesquels on admirait l’assiduité avec laquelle M. de Noailles, depuis Maréchal de France, et la duchesse de Charost, mère du gouverneur de Louis XIV, s’y rendaient, et presque toujours ensemble tête à tête, sans que toutefois on en ait mal parlé. MM. de Chevreuse et de Beauvilliers fréquentaient aussi cette école427.

Le témoignage donné en 1695 par un informateur de Madame de Maintenon confirme le rôle central qui fut celui de Bertot dans les cercles laïcs constitués autour de Montmartre. Il met en lumière son activité auprès des Nouvelles Catholiques, auxquelles Madame Guyon et Fénelon furent attachées. Le lecteur appréciera les insinuations sur les jeunes dames tôt levées et le parfum d’enquête policière qui se dégage d’un document par ailleurs fort bien documenté428 :

[f° 2v°] Il y a plus de vingt ans que l'on voit [vit] à la tête de ce parti [le quiétisme], Mr Bertau [Bertot], directeur de feu Madame de Montmartre. […] Cet homme était fort consulté ; les dévots et les dévotes de la Cour avaient beaucoup de confiance en lui ; ils allaient le voir à Montmartre, et sans même garder toutes les mesures que la bienséance demandait ; de jeunes dames de vingt ans partaient pour y aller à six heures du matin tête-à-tête avec de jeunes gens à peu près du même âge. On rendait compte publiquement de son intérieur, quelquefois l'intérieur par écrit courait la campagne. Mr B[ertot] faisait aussi des conférences de spiritualité à Paris dans la maison des Nouvelles Catholiques, et auxquelles plusieurs dames de qualité assistaient et admiraient ce qu'elle n'entendaient pas. […] Madame G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée, et la plus avancée, et Madame de Charost était la seconde, aussi soutient-elle à présent ceux qui doutent. Elle paraît à la tête du parti, pendant que Madame Guyon est absente ou caché. […]

[f° 39v°] On pourra tirer des lumières de la sœur Garnier et de la sœur Ansquelin des Nouvelles Catholiques, si on les ménage adroitement, et qu'on ne les commette point. Elles peuvent parler sur Madame Guyon, sur la sœur Malin et sur Monsieur Bertot. Il se faisait chez elles des conférences de spiritualité auxquelles présidait Monsieur Bertot. […] Madame la duchesse d'Aumont et Madame la marquise de Villars pourront dire des nouvelles de la spiritualité du sieur Bertaut avec qui Madame Guyon avait une liaison si étroite qu'il disait que c'était sa fille aînée. […]

M. de Gaumont est un dirigé moins célèbre, « homme d’une pureté admirable429 » selon Madame Guyon :

Marie Le Doux maîtresse d'école de la paroisse Saint-Sulpice assura en 1695 qu'elle était autrefois de la communauté des Quinze-Vingt qu'avait établie M. de Gaumont, prêtre, sous la conduite de M. Bertaut [Bertot]. Depuis il donna à ces filles le P. de La Combe pour supérieur et voulait que Mme Guyon fût supérieure430.

En résumé, la vie de Monsieur Bertot, sans événements majeurs, mal connue - nous la décrivons ici pour la première fois - est celle d’un prêtre dévoué à la tâche de direction spirituelle, devenant le lien essentiel entre le groupe normand formé autour de l’Ermitage de Jean de Bernières et du monastère de Jourdaine et le groupe de Paris constitué autour du monastère de Montmartre. Le cercle de Paris deviendra celui de Madame Guyon lorsqu’elle prendra la succession de son directeur spirituel à son retour de voyages.

La dirigée la plus connue - parmi beaucoup d’autres, surtout des dames religieuses - de Monsieur Bertot est donc Madame Guyon431, qu’il rencontre par l’intermédiaire de la mère Geneviève Granger432.

Plusieurs rencontres sont nécessaires, qui mettent en jeu divers membres du « réseau » mystique associé à Bernières et à Bertot : le « bon père » franciscain Archange Enguerrand introduit la jeune femme à la vie intérieure433, lui fait rencontrer la mère Granger434, par ailleurs connue de la duchesse de Charost435. La mère Granger la prend en charge436 et lui donne Bertot pour directeur. Elle le rencontre le 21 septembre 1671 dans des circonstances qui resteront gravées dans sa mémoire :

 je dirai que la petite vérole m'avait si fort gâté un oeil que je craignais de le perdre tout à fait, je demandai d’aller à Paris pour m’en faire traiter, bien moins cependant pour cela que pour voir M. B[ertot] que la M[ère] G[ranger] m’avait depuis peu donné pour directeur et qui était un homme d’une profonde lumière. Il faut que je rapporte par quelle providence je le connus la première fois. Il était venu pour la M[ère] G[ranger]. Elle souhaitait fort que je le visse; sitôt qu’il fut arrivé, elle me le fit savoir, mais comme j'étais à la campagne, je ne trouvais nul moyen d'y aller. Tout à coup mon mari me dit d'aller coucher à la ville pour quérir quelque chose et donner quelque ordre. Il devait m'envoyer quérir le lendemain, mais ces effroyables vents de la St Matthieu vinrent cette nuit-là de sorte que le dommage qu'ils causèrent [attesté et daté dans le journal d’un Montargois] m'empêcha de retourner de trois jours. Comme j'entendis la nuit l'impétuosité de ce vent, je jugeai qu'il me serait imp ossible d'aller aux Bénédictines ce jour-là et que je ne verrais point M. Bertot. Lorsqu'il fut temps d'aller, le vent s'apaisa tout à coup, et il m'arriva encore une providence qui me le fit voir une seconde fois437.

Nous ne pouvons ici étudier la dimension mystique de la direction spirituelle reçue par Madame Guyon, ce qui grossirait démesurément notre texte438. Elle est assurée sans compromis par Monsieur Bertot. Cette rigueur existe aussi chez le « bon franciscain » Archange Enguerrand439 ( ? -1699) et se retrouvera, mais avec souplesse, chez Madame Guyon440. C’est une caractéristique de l’école : l’amour du directeur se manifeste dans sa rigueur ; on n’affronte rien qui soit au-dessus de ses forces mais tout est apporté par la grâce441. Voici un exemple illustrant l’esprit de cette direction :

Vous ne pouvez assez entrer dans le repos et dans la paix intérieure; car c’est la voie pour arriver où Dieu vous appelle avec tant de miséricorde. Je vous dis que c’est la voie, et non pas votre centre : car vous ne devez pas vous y reposer ni y jouir ; mais passer doucement plus loin en Dieu et dans le néant ; c’est-à-dire qu’il ne faut plus vous arrêter à rien quoiqu’il faille que vous soyez en repos partout. Sachez que Dieu est le repos essentiel et l’acte très pur en même temps et en toutes choses [...] Je vous en dis infiniment davantage intérieurement et en présence de Dieu; si vous y êtes attentive vous l’entendrez. Soutenez-vous en Dieu nuement et simplement, seule et une [...] N’ayez donc plus d’idées, de pensées, de sentiments de vous-même, non plus que d’une chose qui n’a jamais été et ne sera jamais442.

Il est le premier à parler de l’union spirituelle qu’il éprouve avec ses amis et disciples. Il les porte comme un père dans ses prières et les amène à l’union avec lui dans le même état spirituel :

Si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre ; et tous ensemble n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul443

Madame Guyon et ses dirigés.

Jeanne-Marie Guyon commence ses voyages juste après la disparition de Bertot, par l’établissement des Nouvelles Catholiques, connues de ce dernier444, à Gex, près de Genève. Mais découvrant vite l’ambiguïté de la situation des converties, après des voyages en Savoie-Piémont, elle revient en France en 1686, pour se retrouver au centre du cercle parisien – événement apparemment soudain445 que nous comprenons mieux après avoir éclairé sa relation avec Monsieur Bertot.

Sur le plan de la vie intérieure, des textes, beaucoup plus amples que les allusions de Bernières ou de Bertot, attestent une transmission directe de la grâce de personne à personne, qui ne dépend que de Dieu seul et qui s’effectue de préférence en silence. Elle suppose un même recueillement des personnes. Elle est décrite ainsi :

Vous m’avez demandé comment se faisait l’union du cœur ? Je vous dirai que l’âme étant entièrement affranchie de tout penchant, de toute inclination et de toute amitié naturelle, Dieu remue le cœur comme il Lui plaît ; et saisissant l’âme par un plus fort recueillement, Il fait pencher le coeur vers une personne. Si cette personne est disposée, elle doit aussi éprouver au-dedans d’elle-même une espèce de recueillement et quelque chose qui incline son cœur […] Cela ne dépend point de notre volonté : mais Dieu seul l’opère dans l’âme, quand et comme il Lui plaît, et souvent lorsqu’on y pense le moins. Tous nos efforts ne pourraient nous donner cette disposition ; au contraire notre activité ne servirait qu’à l’empêcher446. »

On trouve de nombreux textes parallèles où se trouvent décrites les modalités de cette transmission, dans les Discours spirituels, la Vie par elle-même447 et les Explications des deux Testaments. Le célèbre verset  « …lorsqu‘il y a en quelque lieu deux ou trois personnes assemblées en mon nom, je suis là au milieu d’elles » est commenté ainsi448 :

Ils se parlent plus du cœur que de la bouche ; et l’éloignement des lieux n’empêche point cette conversation intérieure. Dieu unit ordinairement deux ou trois personnes […] dans une si grande unité, qu’ils se trouvent perdus en Dieu […] l’esprit demeurant aussi dégagé et aussi vide d’image que s’il n’y en avait point. […] Dieu fait aussi des unions de filiations, liant certaines âmes à d’autres comme à leurs parents de grâce.

A la fin de sa vie, de pieux disciples rapporteront la plongée spontanée dans l’intériorité qui s’effectue auprès d’elle, sans nulle suggestion orale ni rappel de sa part :

Elle vivait avec ces Anglais [des Ecossais] comme une mère avec ses enfants. […] Souvent ils se disputaient [le premier soulèvement écossais des jacobites eut lieu en 1715], se brouillaient ; dans ces occasions elle les ramenait par sa douceur et les engageait à céder ; elle ne leur interdisait aucun amusement permis, et quand ils s’en occupaient en sa présence, et lui en demandait son avis, elle leur répondait : « Oui, mes enfants, comme vous voulez. » Alors ils s’amusaient de leurs jeux, et cette grande sainte restait pendant ce temps-là abîmée et perdue en Dieu. Bientôt ces jeux leur devenaient insipides, et ils se sentaient si attirés au-dedans, que, laissant tout, ils demeuraient intérieurement recueillis en la présence de Dieu auprès d’elle449.

Madame Guyon affirme ce lien intérieur avec Fénelon, qu’elle considère comme son fils spirituel le plus proche ; elle écrit en avril 1690 :

…j’ai cette confiance que si vous voulez bien rester uni à mon coeur, vous me trouverez toujours en Dieu et dans votre besoin450.

A cette confiance Fénelon répond :

Si vous veniez à manquer, de qui prendrais-je avis ? ou bien serais-je à l'avenir sans guide ? Vous savez ce que je ne sais point et les états où je puis passer [...] Je puis me trouver dans l'embarras ou de reculer sur la voie que vous m'avez ouverte, ou de m'y égarer faute d'expérience et de soutien. Je me jette tête première et les yeux bandés dans l'abîme impénétrable des volontés de Dieu. Lui seul sait ce que vous m'êtes en Lui et je vois bien que je ne le sais pas moi-même, mais je vous perds en Lui comme je m'y perds451

Madame Guyon le considère même comme son successeur :

Je vous laisse l’esprit directeur que Dieu m’a donné. […] Je laisse aussi cette Vie que vous m’avez défendu de brûler, quoiqu’il y ait bien des choses inutiles452

Mais malheureusement il meurt avant elle. Dans les dernières années de sa vie, Mme Guyon réunissait à Blois des disciples, qui se voyaient aussi entre eux, indépendamment. On dispose de séries de lettres adressées au marquis de Fénelon, le neveu de l’archevêque, au baron de Metternich, diplomate de la cour de Prusse, à Poiret et à son groupe d’amis, à des Ecossais453 . Les lettres circulaient entre les disciples, qui eux-mêmes voyageaient beaucoup entre Blois, Paris, Cambrai, la Hollande, l’Ecosse proche de celle-ci par mer…

Une école mystique française.

On n’a pas de preuve que ce type de transmission de la grâce de cœur à cœur se soit poursuivi après la mort de Madame Guyon. Mais ses disciples ont continué à se réunir en cercles dont on retrouve les traces jusqu’en 1830 environ. Ainsi, en 1769, J.-Ph. Dutoit, un pasteur de Lausanne et éditeur de son œuvre, fut l’objet d’une visite de la police de Berne, dont le procès-verbal de saisie de ses livres se limite à quatre auteurs : Bernières, Bertot, Madame Guyon, Poiret (outre la Bible et l’Imitation)454. Cela ferme en quelque sorte deux siècles d’histoire.

On connaît par ailleurs l’influence sur des milieux très divers, dont le milieu maçonnique par l’intermédiaire du chevalier Ramsay. Il existe plus qu’une influence chez le jésuite Jean-Pierre de Caussade : L’Abandon à la Providence divine, œuvre préférée à d’autres du même auteur, constitue une résurgence en milieu catholique - avec toute la précaution rendue nécessaire après l’affaire du quiétisme - de la spiritualité de l’école455. Elle trouve aussi refuge dans les terres lointaines du Québec depuis Bernières, ou étrangères du protestantisme depuis Madame Guyon. L’œuvre de celle-ci et de ses prédécesseurs est connue des Quakers américains, de Wesley et des Méthodistes456.

Cette tradition d’origine française est capitale par le témoignage qu’elle donne de la primauté accordée à la vie intérieure et à l’expérience mystique, qui peut s’accompagner d’une pratique religieuse mais n’en dépend pas. Cette expérience personnelle n’a pas été vécue par des génies solitaires, mais dans des cercles amicaux réunis autour d’un père ou d’une mère spirituelle qui transmettaient la grâce de cœur à cœur. On devine des filiations de ce type chez des Pères du désert, dans le milieu où vécut Syméon le Nouveau Théologien, chez des franciscains, des béguines et chez Ruysbroek, au Carmel, pour ne citer que des exemples antérieurs au sein de cultures d’inspiration chrétienne ; mais les témoignages écrits font le plus souvent défaut.

Honoré de Sainte-Marie, carme contemporain de Madame Guyon, avait cette perception de l’histoire de la spiritualité, qu’il nous présente comme un torrent spirituel, jamais interrompu, et détaille, siècle après siècle, avec une érudition étonnante pour son époque, dans sa belle Tradition[…] sur la contemplation457.

Le crépuscule de la vie mystique458  a vu, au sein du catholicisme, un développement étonnant de formes extérieures - culte marial, apparitions - dont beaucoup se détournent. Il vaut la peine de réhabiliter une filiation proposant un « christianisme intérieur » d’une grande sobriété. Certes elle a échoué à s’insérer dans le courant majoritaire, mais elle est parvenue à associer très tôt des catholiques à des protestants, et même à influencer quelques adeptes des lumières.


100A.MADAME GUYON AU CENTRE D’UNE FILIATION MYSTIQUE [Genève 2017]

(41) Mme Guyon au centre d’une filiation 1mars18.docx



Mme Guyon au centre d'une filiation mystique avec les deux annexes 17nov17.docx

Contribution à «Madame Guyon, Mystique et politique à la Cour de Versailles, à l’occasion du troisième centenaire de sa mort»

Université de Genève, 23-25 novembre 2017



J’aborde la notion de filiation mystique vécue chez des spirituels qui se rassemblèrent autour de Monsieur Bertot puis de Madame Guyon (et avant eux autour du P. Chrysostome puis de Monsieur de Bernières). Mon but n’est pas de débattre des idées qui animèrent les adeptes de la quiétude, mais de cerner leur expérience singulière en s’appuyant sur quelques textes qui nous sont parvenus.

Au centre d’une Filiation? La mystique ne se vit pas en s’appuyant sur des livres, mais en partageant l’expérience et la vie d’une personne humaine qui a déjà parcouru un tel chemin. Madame Guyon incarne un fonctionnement mystique et montre comment y accéder. C’est particulièrement manifeste dans les groupes que nous allons évoquer.

Monsieur Bertot et Madame Guyon ne sont pas des génies solitaires. Ils ne se sont pas formés tout seuls, mais l’ont été par de smystiquesaccomplis de générations précédentes459. Ils font partie d’une tradition d’origine franciscaine460.

Chaque génération a un père (ou une mère spirituelle) auquel tous se réfèrent. Le père spirituel (ou la mère) est toujours formé par le précédent. Ce sont indifféremment des laïques ou des clercs, des hommes ou des femmes. C’est l’accomplissement mystique qui compte. Pas de passation de pouvoir au sens humain du terme : on n’est pas dans un ordre monastique où l’on élit un prieur. Pas de vote ni de discussion : on est dans le domaine de l’évidence informelle. Le meilleur forme ses amis; quand il meurt, le plus accompli lui succède, car il est reconnu depuis des années.

Ces passages d’autorité ont eu lieu sans interruption pendant un siècle sur quatre générations.

Je vais citer quelques traces écrites qui relient les figures mystiques centrales avant d’aborder de ce qui se passait entre elles et leurs associé(e)s.

La première figure fut celle du franciscain Chrysostome de Saint-Lô (1594 – 1646) du Tiers ordre Régulier [TOR] directeur du laïc Jean de Bernières (1601 – 1659). Le Père Chrysostome lança l’idée de construire un lieu d’accueil pour y réunir leurs amis et chercher l’oraison. Jean de Bernières le réalisa. Il résume ainsi l’esprit qui animait les visiteurs de l’Ermitage de Caen :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion, et quelque temps qu’il fasse, bon ou mauvais, nous tâchons de ne nous pas arrêter.461

Bernières et Mère Mectilde (1614-1698), fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, éditent des écrits de leur «Père» Chrysostome462 fort difficilement récupérés par cette dernière. S’en détachent leurs propres demandes et les réponses de leur directeur.

Puis Bernières prend la suite en 1646 dans la direction des proches, dont son amie Mectilde. Il dirige, parmi d’autres, Mgr de Laval, futur évêque de Québec, et Jacques Bertot (1620 – 1671).

Le confesseur et «directeur mystique» Bertot porte la tradition normande de l’Ermitage au couvent de Montmartre. Il impressionne l’Abbesse463 et attire des gens de la Cour464.

Plusieurs ouvrages dévoilent les liens qui unissent entre eux Chrysostome, Bernières, Mectilde, Bertot465. Mectilde écrit à Bernières466 :

De l’Hermitage du Saint Sacrement, le 30 juillet 1645.

Monsieur,

Notre bon Monsieur Bertot nous a quittés avec joie pour satisfaire à vos ordres et nous l’avons laissé aller avec douleur. Son absence nous a touchées, et je crois que notre Seigneur veut bien que nous en ayons du sentiment, puisqu’Il nous a donné à toutes tant de grâces par son moyen, et que nous pouvons dire dans la vérité qu’il a renouvelé tout ce pauvre petit monastère et fait renaître la grâce de ferveur dans les esprits et le désir de la sainte perfection. Je ne vous puis dire le bien qu’il a fait et la nécessité où nous étions toutes de son secours […], mais je dois vous donner avis qu’il s’est fort fatigué et qu’il a besoin de repos et de rafraîchissement. Il a été fort travaillé céans, parlant [sans] cesse, fait plusieurs courses à Paris en carrosse dans les ardeurs d’un chaud très grand. Il ne songe point à se conserver. Mais maintenant, il ne vit plus pour lui. Dieu le fait vivre pour nous et pour beaucoup d’autres. Il nous est donc permis de nous intéresser de sa santé et de vous supplier de le bien faire reposer. […]

Parmi les fidèles, une jeune veuve de Montargis, Madame Guyon, fait le récit de sa première rencontre :

Je dirai que la petite vérole m’avait si fort gâté un œil que je craignais de le perdre tout à fait, je demandai d’aller à Paris pour m’en faire traiter, bien moins cependant pour cela que pour voir M. B [ertot] que la M [ère] G [ranger] m’avait depuis peu donné pour directeur et qui était un homme d’une profonde lumière. Il faut que je rapporte par quelle providence je le connus la première fois. Il était venu pour la M [ère] G [ranger]. Elle souhaitait fort que je le visse; sitôt qu’il fut arrivé, elle me le fit savoir, mais comme j’étais à la campagne, je ne trouvais nul moyen d’y aller. Tout à coup mon mari me dit d’aller coucher à la ville pour quérir quelque chose et donner quelque ordre. Il devait m’envoyer quérir le lendemain, mais ces effroyables vents de la St Matthieu vinrent cette nuit-là [tempête attestée du 21 septembre 1671] de sorte que le dommage qu’ils causèrent m’empêcha de retourner de trois jours. Comme j’entendis la nuit l’impétuosité de ce vent, je jugeai qu’il me serait impossible d’aller aux Bénédictines ce jour-là et que je ne verrais point M. Bertot. Lorsqu’il fut temps d’aller, le vent s’apaisa tout à coup, et il m’arriva encore une providence qui me le fit voir une seconde fois.467

Mais sa direction fut rude et resta un temps incomprise. Plus tard «sa fille spirituelle» rassemblera ses écrits. Le directeur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion [...] paraîtra en 1726468. Un bref résumé de sa vie ainsi qu’un témoignage sur la fidélité de disciples figurent dans l’Avertissement :

«Monsieur Bertot natif de Coutances grand ami de Jean [5] de Bernières s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [à diriger] plusieurs personnes engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche [de] Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans [6] jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. [7] [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.469

Madame Guyon se référera à son autorité jusqu’à la fin de sa vie :

«Je vous envoie une lettre d’un grand serviteur de Dieu qui est mort il y a plusieurs années. Il était ami de Monsieur de Bernières, et il a été mon Directeur dans ma jeunesse.»470

Par ailleurs elle avait fait des vœux secrets typiquement franciscains :

«J’avais fait cinq vœux en ce pays-là [à Gex]. Le premier de chasteté que j’avais déjà fait sitôt que je fus veuve, celui de pauvreté, c’est pourquoi je me suis dépouillée de tous mes biens, je n’ai jamais confié ceci à qui que ce soit. Le troisième d’une obéissance aveugle à l’extérieur à toutes les providences ou à ce qui me serait marqué par mes supérieurs ou directeurs, et au-dedans d’une totale dépendance de la grâce. Le quatrième d’un attachement inviolable à la sainte Église. Le cinquième était un culte particulier à l’enfance de Jésus-Christ plus intérieur qu’extérieur.»471

J’achève ici cet aperçu de liens entre Chrysostome, Bernières, Bertot, Guyon. Les indices écrits qui nous sont parvenus sont rares puisqu’il n’y a aucune élection humaine. Les mystiques répugnent à attester dans leurs écrits, sinon incidemment, d’une autorité de direction qui se doit d’être intérieure.

De plus l’environnement «externe» est hostile aux mystiques tout au long du siècle472 en commençant par les «objections» faites par des docteurs parisiens à Rouen lisant la troisième partie de la Reigle parue en 1609 du mystique franciscain capucin Canfield473.

Mectilde eut quant à elle de nombreuses difficultés pour récupérer les écrits de Chrysostome des mains de ses confrères du Tiers Ordre Régulier.

«Je tente toutes les fortunes et voies possibles pour tirer quelque chose de si dignes écrits, mais c’est temps perdu que d’y faire effort. Le Père provincial et les autres ont arrêté et protesté que jamais ils ne laisseront sortir d’entre leurs mains ces écrits sans être corrigés d’un esprit conforme à leurs sentiments et disent qu’ils sont tout pleins d’erreurs474

«J’ai bien de l’appréhension qu’on ne les brûle, car ils sont entre les mains de ses persécuteurs.»475

Elle livre un aperçu sur la faible considération dont le P. Chrysostome jouissait auprès de ses «responsables» :

«La sainte abjection l’a accompagné à la vie et à la mort et même après la mort, il est demeuré abject dans l’esprit de quelques-uns de l’ordre. Frère Jean [Aumont] m’a mandé ceci et dit qu’il ne faut point réveiller sa mémoire dans leur maison pour le respect de quatre ou cinq [...]  

Plus tard, en l’année fatidique 1694 qui amorce la descente aux enfers de Madame Guyon, le P. Paulin, responsable du même Tiers Ordre Régulier, fera une déposition «mitigée» sur Madame Guyon476.

Il n’est pas surprenant que les quiétistes apprennent à devenir prudents. C’est pourquoi on ne sait pas qui a pris la suite de leur animatrice après 1717.

La notion de filiation reste pourtant vivante au XVIIIe siècle. Si l’intensité mystique semble souvent disparaître, les gens influencés par Madame Guyon gardent la notion d’une succession possible et de l’importance d’avoir un directeur spirituel.

Une demoiselle suisse demande qui succède à Madame Guyon :

«M. de Marçais m’a conté qu’une demoiselle en Suisse qui était intérieure, et dont j’ai oublié le nom, avait écrit en France pour s’informer si Madame Guyon n’avait point [93] laissé de successeur dans l’état apostolique qui assistât d’autres personnes intérieures. Sur quoi après avoir écrit en bien des endroits, elle avait enfin reçu avis qu’il existait effectivement une personne pareille, savoir la duchesse de Grammont; mais qu’elle se tenait fort cachée quant à son extérieur, à cause du grand nombre d’ennemis qui persécutaient la vie intérieure. Que par cette raison, elle n’était connue que de personnes pareillement adonnées à la vie intérieure. Les lettres furent écrites quelques années après l’année 1720.»477

Une pièce atteste de la filiation Bernières-Bertot-Guyon perçue à la fin du siècle des Lumières. Elle concerne Jean-Philippe Dutoit (1721-1793). Ce pasteur de Morges près de Lausanne, deuxième éditeur de l’œuvre de Mme Guyon après Pierre Poiret, eut un certain rayonnement. Il se lia au comte Frédéric de Fleischbein (1700-1774) dont la femme Pétronille d’Echweiler (1682-1740) fréquenta brièvement Blois, lieu de retraite de Madame Guyon sortie de la Bastille478.

Il s’agit du procès-verbal de saisie opérée par les calvinistes de Berne par l’intermédiaire de leur représentant à Lausanne479 :

«6e janvier 1769. Nous David Jenner, ci-devant colonel en Hollande, actuellement baillif de Lausanne, au nom et de la part de Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs de la ville et république de Berne, savoir faisons qu’en conséquence des ordres que nous aurions reçus de L.L. E.E[ xcellenc] es du Sénat, en date du 5e du courant, pour enlever à Monsieur le Ministre Dutoit de Moudon, tous ses papiers, écrits et livres, faire inventaire des dits et en procurer ensuite l’expédition [...]

Lequel Mr Dutoit ayant ouï la notification des ordres reçus, aurait d’abord manifesté qu’il est bien dans l’intention de s’y conformer en toute soumission et sincérité, ainsi que le porte l’inventaire suivant :

La Bible de Madame Guyon et plusieurs de ses ouvrages, mais non pas tous.

Monsieur de Bernières soit le Chrétien intérieur.

La Théologie du Cœur [de Poiret].

Le Directeur mystique de Monsieur Bertot.

La liste se termine sur trois “classiques”, Teresa, Luther, l’Imitation480; Dutoit

Déclarant de bonne foi qu’il ne se sait ici aucun autre livre mystique ou ascétique.»

Je viens d’établir quelques liens internes et de suggérer un contexte externe délicat. La (re) découverte481 d’une filiation dont la colonne vertébrale passe du franciscain Chrysostome de Saint-Lô à monsieur de Bernières, puis à Monsieur Bertot, enfin à Madame Guyon, est confirmée par l’attestation tardive précédente.

Deux nœuds dominèrent : les amis de l’Ermitage de Caen précèdent et donnent naissance au cercle quiétiste parisien animé par monsieur Bertot et repris par madame Guyon et Fénelon. Au-delà de la confirmation d’une transmission, j’ai compris assez vite qu’il fallait en situer l’axe au sein d’un réseau d’amis, retrouver les branches de l’arbre. J’ai établi des dossiers de sources pour quelques-uns482. Hommes et femmes qui bénéficient d’une lignée procédant des aînés aux cadets s’assemblent à leurs contemporains mystiques de même génération.

Sur près de deux siècles, une centaine de figures mystiques parvinrent par quelque précieuse «réaction chimique» à rayonner et à partager leur énergie. La filiation devient un arbre touffu, voire lié à des arbres voisins483. La «Liste de proches : réseaux Normand puis Parisien enfin Européen» reportée en Annexe porte un «regard transversal» absent de la présentation «longitudinale» chronologique.

§

Approchons maintenant le vécu. Chaque père ou mère spirituelle est l’objet d’une vénération et d’une fidélité absolue. C’est évident pour Madame Guyon que ses proches avaient pourtant tout intérêt à abandonner. Pendant qu’elle affronte le pouvoir et les prisons, Fénelon saborde sa carrière à la Cour tandis que les grandes familles des Beauvilliers et des Chevreuse la défendent discrètement.

Seul un rayonnement extraordinaire permet d’expliquer l’attirance puis la fidélité des visiteurs et des amis sur vingt ans (1694 procès d’Issy – 1712/1714 décès des ducs). C’est ce que ressent Madame Guyon quand elle affirme qu’il y a passage de la grâce à travers sa personne vers celui qui vient la voir. Ce groupe a donc une spécificité plus étonnante que son organisation sociale autour d’un maître spirituel. Laquelle?

Le phénomène se reproduit à chaque génération. Voici ce que ressentaient les auditeurs de Chrysostome parlant de Dieu :

Quand il en parlait [du Sauveur], c’était avec des ardeurs qui mettaient le feu divin de tous côtés; particulièrement quand il faisait des conférences de l’anéantissement d’un Dieu dans le mystère de l’Incarnation, il paraissait comme tout accablé sous les grandes lumières qu’il recevait, et qu’il communiquait [notre soulignement] avec des effets extraordinaires de grâce […]484

Aussi la fidélité de Bernières à son père spirituel fut indéfectible comme le montre l’émotion traduite dans une lettre à Mère Mectilde :

«Ce me serait grande consolation que […] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père […] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père […] Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu?»485

Ils ont commencé à prendre conscience d’un partage de la grâce chez Bernières quand ses amis priaient ensemble à l’Ermitage :

Adieu, ma très chère sœur, Messieurs de Bernières et de Rocquelay vous saluent; ils font des merveilles dans leur ermitage : ils sont quelquefois plus de quinze ermites; ils demandent souvent de vos nouvelles. Si notre bonne mère Prieure voulait écrire de ses dispositions à Monsieur de Bernières, elle en aurait consolation, car Dieu lui donne des lumières prodigieuses sur l’état du saint et parfait anéantissement.486

Bernières constate combien la grâce est active parmi eux. Il utilise le verbe «communiquer» :

Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par l’ordre de Dieu, et notre bon Père ne l’a pas fait bâtir par hasard. La grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait.487

Boudon (1624-1702) témoigne :

Non seulement il était consulté par les laïques, mais par les ecclésiastiques et les religieux. Grand nombre de ces derniers ont fait des retraites dans sa maison avec la permission de leur supérieur […] C’était une chose admirable de voir le changement que l’on remarquait dans les personnes qui avaient des liaisons spéciales avec lui.488

Bernières attend l’inspiration de l’Esprit pour parler :

Ses paroles étaient pleines d’une force divine, et gagnaient les cœurs à Dieu. L’ayant un jour averti de quelques manquements d’une personne qui dépendait de lui, je remarquai qu’il fut assez longtemps sans lui en rien dire; et j’admirais après cela, que lui ayant fait voir ses défauts en très peu de paroles, et pour ainsi parler, sans presque lui rien dire, cette personne demeura tout à coup comme terrassée sous le poids du peu de paroles qu’il lui avait dites, et apporta le remède à ces manquements. Je vis bien qu’il avait tardé à l’avertir, non pas par aucune négligence, mais attendant le mouvement de l’esprit de Dieu qui agissait en lui. S’il lui eût parlé plus tôt, il l’eût fait en homme, et ses avis n’eussent pas eu les effets qui arrivèrent. 489

Avec Bertot on passe à un deuxième degré dans la diffusion de la grâce puisqu’il a la hardiesse d’affirmer que sa prière pouvait faire partager aux autres ses états mystiques pendant qu’il officiait à la messe. Il ne fait pas que rayonner : il porte autrui dans sa prière et fait partager ses états mystiques.

«Demeurons ainsi, j’y veux demeurer avec vous et je vais commencer aujourd’hui à la sainte messe. Je suis sûr que si je suis une fois élevé à l’autel, c’est-à-dire que si j’entre dans cette unité divine [249], je vous attirerai490, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre. Et tous ensemble, n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul, unis à Son Unité, ou plutôt n’étant qu’une unité en Lui seul, par Lui et pour Lui. Adieu en Dieu.» 491

Il offrit à Mme Guyon de transformer leur relation en moments de silence où il pourrait lui communiquer la grâce de cœur à cœur et lui apprend comment s’y prêter :

[240] «Puisque vous voulez bien que je vous nomme ma Fille, que vous l’êtes en effet devant Dieu qui l’a ainsi disposé, vous souffrirez que je vous traite en cette qualité, vous donnant ce que j’estime le plus, qui est un profond silence. Ainsi lorsque vous avez peut-être pensé que je vous oublierais, c’était pour lorsque je pensais le plus à votre perfection. Mais je vous parlerai toujours très peu : je crois que le temps de vous parler est passé, et que celui de vous entretenir en paix et en silence est arrivé.492

Après sa mort arrivée tôt en 1681, Madame Guyon va faire ses propres découvertes et va analyser ce qui se passe pendant ses transmissions. Ces écrits sont uniques à notre connaissance, car si ce charisme est bien connu hors du christianisme, chez les soufis, en Inde, dans l’orthodoxie (saint Seraphim de Sarov), il est moins connu dans le monde catholique centré autour de Jésus seul médiateur, la grâce passant par lui et les sacrements suppléant à son absence physique.

Peut-être Madame Guyon avait-elle expérimenté la transmission chez l’évêque Ripa, proche du Cardinal Petrucci, car elle était probablement pratiquée chez Molinos par des quiétistes italiens.

Rentrée en France, elle accueille une foule de visiteurs à Grenoble. C’est à ce moment que les autorités ecclésiastiques commencent à trouver qu’elle empiète sur leur domaine et qu’il faut s’en débarrasser. C’est le premier heurt avec le pouvoir. Pour la combattre, les autorités vont prendre prétexte d’un conflit sur les idées (sur l’oraison passive).

Elle rentre à Paris où elle alternera succès et épreuves. Elle reprend le cercle de Bertot et noue des amitiés qui résisteront à tout : ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvilliers, Fénelon, etc.

Pour eux la transmission de la grâce par Madame Guyon est une évidence. Une fois éprouvée, cette expérience ne peut être reniée. Si quelqu’un vient voir Madame Guyon, et s’assoit auprès d’elle en silence, c’est pour ressentir la présence divine : elle transmet l’expérience mystique aux autres sans qu’il y ait d’ascétisme ou d’effort.

Tout se passait avec simplicité, parfois en plaisantant entre «michelins» — saint Michel n’était-il particulièrement apprécié de François d’Assise?

Mon bon abbé [de Béthune-Charost] faites-moi faire un cachet où il y ait un saint Michel qui marche sur le dragon — cela est nécessaire et mystérieux — sinon vous perdrez votre charge. La petite Cécile sera intendante des bouquets de la chapelle des Michelins, elle doit abattre l’oreille droite de Baraquin [le Diable]. Le chien doit lui mordre la gauche, la sœur Ursule lui écraser le bout de la queue. Tous les autres enfants ensemble lui écraseront le corps. S B [Fénelon], un autre et moi lui écraserons la tête. Ne voyez-vous pas P [ut] [Dupuy] qui veut lui marchez sur la patte, mais il craint de lui faire mal, il ne lui touche qu’à l’ongle. [...] Ne voyez-vous pas Dom Al [leaume] qui a perdu son collet à la lutte, le bon marquis qui lui coupe une patte de derrière avec son épée? Le Bon [Beauvillier] tient gravement une de ses cornes, mais il ne veut pas se déranger, il se tient bien compassé. Le Tut [eur] [Chevreuse] tient la corne du milieu et lui couvre les yeux le mieux qu’il peut. Voyez la doyenne des d [uchesses] qui tremble de peur, mais elle ne laisse pas de lui mettre un pied sur la croupière. Voyez d’un autre côté une petite d [uchesse] étourdie qui voulait sauter sur lui à pieds joints; elle aurait fait une belle culbute si notre patron [saint Michel] ne l’avait soutenue par-derrière. Allons, courage, montez peu à peu!493

Nous avons le récit de ce qui se passait plus tard à Blois vingt ans après. Outre une ouverture d’esprit tout œcuménique, la «dame directrice» avait atteint l’ultime simplicité :

Elle vivait avec ces Anglais [des Écossais] comme une mère avec ses enfants. […] Souvent ils se disputaient [à propos de politique : le premier soulèvement écossais des jacobites eut lieu en 1715], se brouillaient; dans ces occasions elle les ramenait par sa douceur et les engageait à céder; elle ne leur interdisait aucun amusement permis, et quand ils s’en occupaient en sa présence, et lui en demandaient son avis, elle leur répondait : «Oui, mes enfants, comme vous voulez». Alors ils s’amusaient de leurs jeux, et cette grande sainte restait pendant ce temps-là abîmée et perdue en Dieu. Bientôt ces jeux leur devenaient insipides, et ils se sentaient si attirés au-dedans que, laissant tout, ils demeuraient intérieurement recueillis en la présence de Dieu auprès d’elle.

Quand on lui apportait le Saint Sacrement, ils se tenaient rassemblés dans son appartement, et à l’arrivée du prêtre, cachés derrière le rideau du lit, qu’on avait soin de fermer, pour qu’ils ne fussent pas vus parce qu’ils étaient protestants, ils s’agenouillaient [43] et étaient dans un délectable et profond recueillement, chacun selon le degré de son avancement, souvent aussi dans des souffrances assorties à leur état. 494

C’est cette expérience qui est centrale, elle est le fondement du lien entre Madame Guyon et ses disciples : ils sont attachés à une personne qui répand la grâce. C’est le cas envers elle, mais nous l’avons vu chez Chrysostome, puis Bernières, puis Bertot : autrement dit, à chaque génération, un saint se manifeste, à travers lequel on ressent la présence divine. C’est là-dessus que se joue la succession à chaque génération. C’est ce qui explique la vénération et la fidélité de l’entourage.

Il y a une condition pour que la transmission ait lieu : il faut que le mystique soit dans l’état «apostolique» (dans un état identique à celui des premiers Apôtres), i.e. il faut être tellement vide que l’on devient un passage pour la grâce : pas de pouvoir personnel, Dieu fait ce qu’il veut. Ce n’est pas la réussite d’une personne humaine, mais une fonction dans laquelle on ne se met pas volontairement soi-même :

C’est un abus dans la vie spirituelle, et qui s’y glisse même dès son commencement, que de vouloir travailler pour les autres à contretemps. Et ce n’est que par une fausse ferveur que l’on entreprend de les aider par soi-même avant d’en avoir reçu la mission. Plusieurs se croient capables de conduire dans la voie des saints qui n’y sont pas encore bien entrés eux-mêmes, et voulant faire part aux autres des grâces qui ne leur sont données que pour eux, ils en perdent eux-mêmes le fruit et ne peuvent en aider les autres. Il ne se faut point porter à aider le prochain tant qu’on le désire et que l’on n’a pas l’expérience des choses divines et la vocation. Il faut être établi auparavant dans la vie intérieure.495

Il faut aussi être missionné par le père ou la mère spirituels. Madame Guyon écrit à Fénelon qu’elle a reçu de Bertot son «esprit directeur» :

Il m’est venu dans l’esprit ce matin que M. B [ertot] a, en mourant, m’ayant laissé son esprit directeur pour ses enfants, ceux qui se sont égarés aussi bien que ceux qui sont restés fidèles n’auront la communication de cet esprit que par moi, mais dans votre union. Car Dieu me fait être avec vous une et indivisible et, quand toutes les répugnances de vous à moi seront ôtées, vous découvrirez une union d’unité divine qui vous charmera. Il y a plusieurs pédagogues, mais il n’y a qu’un père en Christ496, et le père en Christ ne [137 r °] se sert pas seulement de la force de la parole, mais de la substance de son âme qui n’est autre que cette communication centrale du Verbe que le seul Père des esprits peut communiquer à Ses enfants, et comme cette communication du Verbe dans l’âme est l’opération de la paternité divine et la marque de l’adoption des enfants, c’est aussi la preuve de la paternité spirituelle qui communique à tous en substance ce qui leur est nécessaire sans savoir comme cela se fait.

Il y a des personnes qui, à cause de leur état imparfait, sentent [137 v °] mieux cette communication parce qu’elle est toujours conforme au sujet qui la reçoit, et non à celui qui la communique. Il en est de même de tous dons du Seigneur : ils sont [d’autant] plus sensibles ou spirituels que celui qui les reçoit est plus sensible ou spirituel. Cette communication se reçoit de tous, quoiqu’elle ne se sente pas également de tous. [...]497

Elle s’associe Fénelon qu’elle considère comme son successeur dans cette fonction. Fénelon était son disciple le plus cher, et un jour où elle était malade et croyait mourir, elle lui écrivit pour lui léguer la direction de leur groupe spirituel et la possibilité de transmettre la grâce :

«Je vous laisse l’esprit directeur que Dieu m’a donné.»498

Cette succession n’aura jamais lieu, car Fénelon mourut en janvier 1715 avant elle (juin 1717).

Fénelon faisait des réunions avec ses amis mystiques à Cambrai. Il rapporte qu’il y ressent la présence de Madame Guyon. Autrement dit, en union avec Madame Guyon. Fénelon partage son état mystique avec son visiteur :

Je sens un très grand goût à me taire et à causer avec Ma.499 Il me semble que son âme entre dans la mienne et que nous ne sommes tous deux qu’un avec vous en Dieu. Nous sommes assez souvent le soir comme de petits enfants ensemble, et vous y êtes aussi [f ° 19v °] quoique vous soyez loin de nous.500

Il confirme l’explication qu’en avait donnée Madame Guyon à propos de Mathieu 18, 20 :

«Ils se parlent plus du cœur que de la bouche; et l’éloignement des lieux n’empêche point cette conversation intérieure. Dieu unit ordinairement deux ou trois personnes de cette sorte dans une si grande unité, qu’elles se trouvent perdues en Dieu jusqu’à ne pouvoir plus se distinguer […]

Ces unions ont encore une autre qualité, qui est qu’elles n’embarrassent ni n’occupent point, l’esprit demeurant aussi dégagé et aussi vide d’image que s’il n’y en avait point501. […]

Dieu fait aussi des unions de filiations, liant certaines âmes à d’autres comme à leurs parents de grâce [...]»502

Madame Guyon se percevait comme un canal qui donne passage à la grâce en l’absence de toute volonté propre, sans intentionnalité personnelle, dans la «passiveté» totale, dans l’extrême soumission à Dieu :

«Quand l’âme a perdu et tout pouvoir propre et toute répugnance à être mue et agie selon la volonté du Seigneur, alors Il la fait agir comme Il veut […] Quand Dieu la meut vers un cœur, à moins que ce cœur ne refusât lui-même la grâce que Dieu veut lui communiquer, ou qu’il ne fût mal disposé par trop d’activité, il reçoit immanquablement une paix profonde […] Quelquefois plusieurs personnes reçoivent dans le même temps l’écoulement de ces eaux de grâce 503.»

Elle insiste sur le fait qu’il n’y a aucun pouvoir personnel, que seule une âme anéantie peut laisser passer la grâce :

Vous m’avez demandé comment se faisait l’union du cœur ? Je vous dirai que l’âme étant entièrement affranchie de tout penchant, de toute inclination et de toute amitié naturelle, Dieu remue le cœur comme il Lui plaît; et saisissant l’âme par un plus fort recueillement, Il fait pencher le cœur vers une personne. Si cette personne est disposée, elle doit aussi éprouver au-dedans d’elle-même une espèce de recueillement et quelque chose qui incline son cœur [...] Cela ne dépend point de notre volonté : mais Dieu seul l’opère dans l’âme, quand et comme il Lui plaît, et souvent lorsqu’on y pense le moins. Tous nos efforts ne pourraient nous donner cette disposition; au contraire notre activité ne servirait qu’à l’empêcher.504

On a les témoignages directs de Madame Guyon qui est la première à avoir analysé ce qui se passe dans cette transmission. Elle n’a lieu que si la personne a atteint l’état apostolique :

Si son propre salut ne la touche pas d’une manière aperçue, celui des autres ne la touche point aussi. Cependant elle y est employée et y travaille par Providence. Dieu la pousse quelquefois fortement à désirer le salut et la perfection de certaines âmes, en sorte qu’elle donnerait sa vie pour les faire correspondre à Dieu dans toute l’étendue de Ses desseins sur elles - mais sans soin ni souci, sans y mettre rien du sien, servant de pur instrument en la main de Dieu, qui donne telle pente et telle activité qu’il Lui plaît, mais activité dans un parfait repos, sans sortir de Lui-même, sans nulle pente propre, quoique la pente soit quelquefois infinie : car l’âme parvenue à l’entière désappropriation et propre à s’écouler en Dieu, y étant abîmée, est comme une eau fluide qui ne peut être fixée, mais qui s’écoule sans cesse suivant la pente qui lui est donnée.

Elle comprend qu’elle participe à la qualité communicable de Dieu et qu’elle ne vit et ne subsiste que pour se répandre. Plus elle s’écoule, plus elle est pleine sans nulle plénitude propre, mais de la plénitude de Dieu en Lui qui se communique à tous les êtres et qui entraîne avec Lui ceux qu’Il a abîmés en Lui. C’est Lui qui leur donne toute pente. Cependant cela se fait sans s’en occuper, sans y penser, sans se soucier du succès : tout périrait et se renverserait que l’âme n’en serait point touchée, ce qui n’empêche pas qu’elle ne souffre les biens ou les maux des âmes qui lui sont unies pour recevoir ses communications. C’est comme une rivière qui s’écoule agréablement lorsqu’on lui fait passage, mais qui remonte avec effort contre elle-même lorsqu’elle n’en trouve point. [...] On ne sait plus ce que c’est que parents, amis, biens, enfants, intérêt, honneur, santé, vie, salut, gloire, éternité : tout cela ne subsiste plus pour une telle âme, quoiqu’à l’extérieur elle paraisse toute commune, agissant et faisant comme les autres. 505

Quand l’âme a, ainsi que je l’ai dit, perdu et tout pouvoir propre et toute répugnance à être mue et agie selon la volonté du Seigneur, alors Il la fait agir comme Il veut sans choix des moyens : Il se communique par elle sans qu’il y ait en cela le moindre penchant de son côté. Il le fait vers qui Il lui plaît, quand et comme Il lui plaît. Si elle voulait se communiquer ou d’un autre côté que Dieu ne le fait ou dans un temps qu’Il ne la meut pas, cela serait entièrement inutile et dessécherait plutôt le cœur que de lui communiquer la vie. Mais quand Dieu la meut vers un cœur, à moins que ce cœur ne refusât lui-même la grâce que Dieu veut lui communiquer ou qu’il ne fût mal disposé par trop d’activité, il reçoit immanquablement une paix profonde et même quelquefois savoureuse, qui est la plus forte marque de la communication.

Mais, dira-t-on, comment est-ce que cette âme peut discerner quand et à qui Dieu veut qu’elle se communique? Cela se discerne parce que l’âme sent un surcroît de plénitude qu’elle sent bien n’être pas pour elle — Dieu la tenant à l’égard d’elle-même dans un vide presque toujours égal et dans un entier équilibre, et c’est ce qui fait qu’elle est plus propre à ce que Dieu veut —, elle sent, dis-je, une plénitude très forte qui même l’accablerait si elle ne trouvait personne. Mais Dieu dont la bonté est infinie ne lui donne cette plénitude que lorsqu’il y a des sujets plus ou moins disposés pour la recevoir. L’âme ne peut non plus ignorer pour qui Dieu la remplit de la sorte, parce qu’il penche son cœur du côté qu’il veut qu’elle se communique, comme on met un tuyau dans un jardin pour faire arroser l’endroit que l’on veut arroser et cet endroit-là seulement demeure arrosé. Quelquefois plusieurs personnes reçoivent dans le même temps l’écoulement de ces eaux de grâce, et cela à proportion que leur capacité est plus ou moins étendue, leur activité moindre et leur passiveté plus grande.506

Madame Guyon se livre le plus directement dans ses commentaires aux «Autorités» mystiques qu’elle invoque dans les Justifications assemblées avec Fénelon en 1694. Ses comparaisons sont très directes :

Comme on voit un fer touché de l’aimant attirer d’autres fers, aussi une âme en qui Dieu habite de la sorte, attire les autres âmes par une vertu secrète; de sorte qu’il suffit de l’approcher pour être mis en oraison et en recueillement. C’est ce qui fait que sitôt qu’on s’approche d’elle, on a plus envie de se taire que de parler, et Dieu se sert de ce moyen pour se communiquer aux âmes : marque de la pureté de ces unions et affections.507

De même que les âmes sales et impudiques communiquent cet air corrompu à qui les approchent : ainsi par un contraire effet une âme pure communique la pureté; et comme elle est pleine de grâce et sacrée de l’onction divine, elle communique cette grâce et cette onction à ceux qui l’approchent. Et comme elle n’est pleine que de Dieu, elle ne peut communiquer que Dieu. Comme elle est vide de soi, elle ne se communique plus elle-même, ni rien d’elle, mais l’image et la grâce son divin époux. D’où vient que le souvenir de ces personnes, bien loin d’imprimer leur image impure, porte d’abord à Dieu et recueille en lui; c’est la plus sûre marque que l’âme s’est quittée soi-même pour passer en Dieu, qu’elle est disparue elle-même, qu’elle ne vit plus elle, mais que son Dieu vit en elle; puisqu’elle ne donne plus d’autres espèces que celles dont elle est elle-même affectée.

Il faut remarquer de plus que ce n’est par aucun signe extérieur qu’elle recueille les autres, mais comme elle est arrivée dans le Centre, l’impression se fait par le dedans, comme si c’était Dieu même, sans qu’il en paraisse rien au-dehors; par ce que cette âme en sortant d’elle-même a outrepassé son propre fonds pour se perdre en Dieu au-delà d’elle-même : elle ne laisse donc aucune trace ni cette idée d’elle, mais de Dieu, son amour et sa vie.508

Elle ne se livre pas à des effusions mystiques personnelles, mais éclaire une communication qui s’élargit progressivement:

Dieu Se communique à toutes les créatures, mais il ne Se communique avec autant d’abondance que de délectation sinon dans les âmes bien anéanties, parce qu’elles ne résistent plus et que, Dieu étant Lui-même leur fond, Il Se reçoit Lui-même en Lui-même. De là vient que la communication que nous recevons de Dieu même au-dedans est d’autant plus sensible qu’elle est plus resserrée; et par la même raison, elle est d’autant plus insensible qu’elle est plus immense, car Dieu ne Se communique point autrement par Lui-même que par le néant, puisque c’est la même chose. [...]

Comme cette communication demeure mystérieuse pour nous tous, elle s’en remet aux exemples attestés dans l’écrit sacré509 :

La communication se fait par approche pour les âmes qui ne sont pas anéanties et par simple regard ou pensée pour celles qui le sont. Un exemple de ceci est en saint Jean Baptiste : les premières communications se firent par voie d’approche; et ce fut la raison pourquoi la Sainte Vierge demeura trois mois chez Sainte Élisabeth, après quoi Saint Jean n’eut plus besoin de s’approcher de Jésus-Christ dès qu’il fut fort. Aussi n’eut-il point d’empressement pour Le voir, quoique, lorsqu’ils s’approchèrent, il y eut encore un renouvellement de grâce.510

Il a soif : et de quoi, ô Divin Sauveur? De communiquer le don de Dieu : O si tu savais le don de Dieu, et qui est Celui qui te demande à boire, tu Lui en eusses demandé, et Il t’eût donné à boire une eau vive511. O c’est Lui-même! Pressé qu’Il est de cette même soif, ne crie-t-Il pas : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne, et des fleuves de paix couleront dans ses entrailles512, mais des fleuves qui montent jusqu’à la vie éternelle, c’est-à-dire qu’ils produisent l’effet de mettre l’âme en vie éternelle et qu’elle puisse recevoir les communications immenses de Dieu même.513

Le modèle primordial est le Christ lui-même qui crie «si quelqu’un a soif, qu’il vienne, et des fleuves de paix couleront dans ses entrailles» (Jean 7,37 – 38). Madame Guyon et ses proches pensent revivre l’expérience des Apôtres qui recevait directement la grâce du Christ et l’ont retransmise à leurs disciples. Elle affirme donc que la grâce peut passer par une personne humaine. Pour Bossuet et les juges, affirmer cela est impossible à tolérer et interprété comme une affirmation de soi!

En réalité pour elle, il ne s’agit en rien de la passation de pouvoir, de la réussite d’une personne, mais d’une fonction imposée par le divin. Tout le monde se moque de ses prétentions, d’autant plus qu’elle est une femme. Les mauvais traitements et la violence verbale des interrogatoires vont lui donner un moment de doute sur elle-même : elle se demande s’il ne faut pas obéir à l’autorité de l’Eglise incarnée par Bossuet. Puis c’est le tournant, elle se rend compte qu’elle ne peut pas nier sa propre expérience. Elle prend la décision de défendre son expérience. Bossuet va dès lors se heurter à un mur.

Une lettre adressée à Marie-Anne de Mortemart514 raconte comment elle est passée du règne du dogme à l’affirmation de l’expérience :

[...] Qu’un médecin veuille persuader à un malade qu’il ne souffre pas une certaine douleur dont il est fort travaillé, parce que lui, médecin, et d’autres ne la sentent pas, le malade qui sent toujours la même douleur, n’en est pas plus persuadé; tout ce dont il reste persuadé, après bien des raisonnements, est : ou que le médecin ne l’entend pas, ou qu’il ne sait pas expliquer son mal en des termes qui se puissent faire entendre. Il en est de même des expériences de l’intérieur. Je captive et soumets mon esprit pour croire que ce que je souffre ou expérimente n’est ni un tel bien ni un tel mal, et c’est ce qui est du domaine de la raison et de la foi; mais je ne suis pas maître de mes douleurs ni ne puis me persuader ni par la raison ni par la foi que je ne les sens pas, car je les sens véritablement. Tout ce que je puis faire donc, est de croire que je m’en exprime mal, qu’elles ne sont pas d’un tel ordre de certaines maladies, que je donne à ces [f ° 192v °] douleurs des noms qu’elles ne doivent pas avoir; mais de me convaincre que je ne les sens pas, cela est impossible : elles se font trop sentir. Je n’en sais ni la cause ni les définitions, mais je sais que je les endure. On me dit à cela que tels et tels les ont contrefaites, que d’autres se sont imaginées d’en avoir, etc., qu’enfin peu d’âmes ont ces douleurs, et que par conséquent je ne les ai pas. Je crois tout cela, mais je n’en puis croire la conclusion qui est que je ne les sens pas, parce que ce qu’on sent et souffre tombe sous l’expérience, demeure réel et ne peut être la matière de ma foi. Je croirai que des gens l’imaginent [que] d’autres contrefont, d’autres exagèrent leurs maux, d’autres abusent; je croirai encore que la tendresse que j’ai pour moi me fait exagérer mes maux, me leur fait donner un nom qu’ils n’ont pas; mais je ne croirai point, lorsque je les sens avec tant de violence, qu’ils soient imaginaires en moi, puisque je les souffre.

Je ne dirai donc pas, si vous voulez, que tels et tels sont intérieurs, je ne dirai pas que je le sois moi-même, mais je sais bien que j’ai fait un chemin où j’ai trouvé bons ces passages. Je ne dispute ni du nom des villes que j’ai trouvées en mon chemin, ni de leur situation, ni même de leur structure, mais il est certain que j’y ai passé. J’ai éprouvé telles et telles douleurs, telles et telles syncopes, je ne dispute ni de leur nom ni de leur origine, mais je sais que je les ai souffertes et n’en puis douter. Il me semble qu’on ne peut pas se dispenser, pour savoir la vérité, de soutenir la vérité de l’expérience intérieure, qui est réelle. Pour les noms, les termes, les dogmes qu’ils veulent introduire, plions et soumettons, mais dans le fait de l’expérience de bonnes et de saintes âmes515, peut-on dire, avec vérité ni même avec honneur le contraire? Et quand nous serions assez lâches pour le faire, l’expérience de tant de saintes âmes qui ont précédé, qui sont à présent et qui viendront après nous, ne rendrait-elle pas témoignage contre nous? Tout passe, la force, les préjugés, etc., mais la vérité demeure. [f ° 193] Il me paraît de conséquence de séparer ici le dogme, je ne sais si je dis bien, du fait de l’expérience.

Voilà délivré un texte fondamental à la modernité étonnante après lequel Madame Guyon ne retournera plus en arrière.

À sa mort, si nous ne savons pas qui lui a succédé516, notons que «la petite duchesse», destinataire du texte précédent, reçut la permission d’être en silence auprès des gens :

«… Cependant, lorsqu’elle veut être en silence avec vous, faites-le par petitesse et ne vous prévenez pas contre. Dieu pourrait accorder à votre petitesse ce qu’Il ne donnerait pas pour la personne. Lorsque Dieu s’est servi autrefois de moi pour ces sortes de choses, j’ai toujours cru qu’Il l’accordait à l’humilité et à la petitesse des autres plutôt qu’à moi…»517

Marie-Anne de Mortemart pouvait donc transmettre la grâce dans un cœur à cœur518. Par contre, c’est Madame de Grammont qui est nommée par des Écossais519 (et la même en réponse à la demande précédemment citée d’une demoiselle suisse). Nous avons donc le choix entre deux dames qui vécurent jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Coopéraient-elles et furent-elles aidées520? L’étude des filiations en France, écossaise, hollandaise, suisse et germanique (Fleischbein, Dutoit, etc.) ne fournit pas de figure mystiquement comparable à Guyon ou Fénelon 521. Peut-être le secret obligé fut-il trop bien gardé.

§

Je terminerai en énonçant ce que furent les conséquences du comportement de Madame Guyon :

Dans un siècle où la liberté n’est pas une norme, vivre sa vérité au milieu des pouvoirs, mais sans revendiquer de pouvoir, mène à des conflits avec les tenants de l’autorité. Son vécu mystique et sa fonction de transmission de la grâce ont amené Madame Guyon à accomplir trois «exploits» :

1) résister au pouvoir royal : Guyon a l’occasion d’introduire l’oraison à Saint-Cyr; elle a de l’influence sur les Grands et surtout sur Fénelon. Madame de Maintenon ne peut tolérer son intrusion à Saint-Cyr et déclenche la colère du roi. Prétexte : les idées quiétistes. Le roi s’inquiète, car à l’époque il n’y a pas de liberté de conscience et il a la mainmise sur les idées.

Il faut dire que Madame Guyon a amené la mystique dans un lieu inapproprié : la Cour de Louis XIV. Elle s’est trouvée mêlée à des problèmes de pouvoir de par son ascendant sur les Ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, sur Fénelon devenu précepteur du Dauphin, donnant ainsi beaucoup d’espoir au parti dévot. Cette entreprise était naïve puisqu’il s’agissait de vivre les valeurs de l’amour chrétien au milieu de la Cour, mais elle portait un espoir immense : mettre sur le trône du «Roi très Chrétien522» un dauphin qui aurait gouverné en incarnant ses valeurs.

2) résister au pouvoir religieux : les clercs se dissimulent derrière un débat d’idées à propos de l’oraison passive. En réalité, ils ne supportent pas d’être éliminés de la relation avec Dieu : la transmission directe de la grâce leur enlève leur statut d’intermédiaires entre Dieu et les chrétiens.

3) résister au pouvoir masculin : cette femme ose affirmer son expérience alors qu’elle est sous tutelle d’hommes qui savent mieux qu’elle ce qu’elle doit ressentir ou penser. Elle se bat en particulier pour avoir un confesseur qui la respecte.

En conclusion, son vécu mystique et sa fonction de transmission de la grâce ont amené Madame Guyon à accomplir trois choix évidents à notre époque, mais inacceptables au XVIIe siècle :

1) En tant que femme, elle a refusé le pouvoir masculin.

2) En tant qu’individu, elle a refusé le principe d’autorité en restant ferme dans sa liberté de conscience.

3) En tant que mystique, elle a établi le primat à l’expérience sur le dogme.

Voilà trois révolutions accomplies par une petite femme qui ne voulait qu’être plongée en Dieu.

ANNEXES

Liste de proches : réseau normand, puis parisien, enfin européen523 :

PREMIER NŒUD des proches de l’Ermitage de Caen :

Marie des Vallées (1590-1656), la «sainte de Coutances»

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) du TOR, «notre bon Père»

Jourdaine de Bernières (1596-1645), proche éditrice de son frère

Marie de l’Incarnation (1599-1672), apôtre du Canada

Jean Eudes (1601-1680), canonisé et fondateur des eudistes

Jean de Bernières (1602-1659), du Tiers Ordre séculier, créateur de l’Ermitage

Jean Aumont (1608-1689), «le vigneron de Montmorency» du TO

Gaston de Renty (1611-1649), ami de Bernières

Catherine de Bar (1614-1698), Annonciade puis «Mère du Saint-Sacrement», bénédictine fondatrice.

Louis-François d’Argentan (1615-1680), capucin, éditeur corédacteur du Chrétien intérieur.

Jacques Bertot (1620-1681) prêtre, confident de Bernières, discret «passeur mystique» de Caen à Montmartre, père spirituel de Madame Guyon.

François de Montmorency Laval (1623-1708), canonisé, premier évêque de Québec, fondateur d’un séminaire et du nouvel Ermitage.

Henri Boudon (1624-1702), du TO séculier (?), auteur abondant

Archange Enguerrand (1631-1699), récollet, «le bon franciscain» rencontré par la jeune madame Guyon.



DEUXIÈME NŒUD des proches de Mme Guyon et de Fénelon et de leurs disciples :

Des initiateurs et initiatrices :

Mère Geneviève Granger 1600-1674

Jacques Bertot 1620-1671

Archange Enguerrand 1631-1699

François Lacombe 1640-1715

Duchesse de Béthune-Charost [née Marie Fouquet] 1641?-1716

Jeanne-Marie Guyon 1647-1717



Des amis disciples «cis» :

François de Fénelon 1651-1715

Paul de Beauvillier 1648-1714 x Duchesse de Beauvillier 1655-1733 [née Colbert]

Charles-Honoré de Chevreuse 1656-1712 x Duchesse de Chevreuse, -1732 [née Colbert]

Marie-Anne de Mortemart 1665-1750 [née Colbert]

Isaac Dupuy apr.1737

Marquis de Fénelon 1688-1746

Marie-Christine de Noailles «la colombe» 1672-1748 x A. de Gramont comte de Guiche



Des amis disciples «trans» :

Pierre Poiret 1646-1719

Ramsay «chevalier» écossais 1686-1743

James 16th Lord Forbes 1689-1761 & Lord Deskford 1690-1764

Friedrich von Fleischbein baron de Pyrmont piétiste 1700-1774

Jean-Philippe Dutoit-Mambrini pasteur à Morges 1721-1793



L’Ecole du cœur, madame Guyon au centre d’une Filiation mystique

[tableau identique à celui d’Expériences IVa]











Traduction anglaise (Mme Sara Lewis)  :

100B.MADAME GUYON AT THE CENTRE OF A MYSTICAL TRANSMISSION

(42) Madame Guyon at the center of mystical transmission.odt



Dominique Tronc

Contribution by Dominique Tronc to 'Madame Guyon, Mystique et politique à la Cour de Versailles, à l’occasion du troisième centenaire de sa mort', (Madame Guyon, Mysticism and Politics at the Court of Versailles, to mark the three hundredth anniversary of her death University of Geneva, 23-25 November 2017

I examine here the notion that a mystical transmission was experienced by those living a devout life who gathered round M. Bertot and then Madame Guyon (and before them, round Fr. Chrysostome and then M. de Bernières). I do not aim to discuss the ideas which inspired the adepts of quietude, but to identify their particular experience on the basis of some of the texts available.

At the centre of a Transmission? A mystic does not live by relying on books, but by sharing the experience and the life of a human being who has already walked such a path. Madame Guyon embodied a mystical function and showed how to achieve it. This is particularly evident in the groups evoked here.

M. Bertot and Madame Guyon were not solitary geniuses. They were not formed in isolation, but by accomplished mystics of previous generations.524 They formed part of a tradition of Franciscan origin.525 Each generation acknowledged the authority of a spiritual father (or mother). The spiritual father (or mother) was always formed by his or her predecessor. They could be either clergy or lay, men or women. It was their mystical accomplishment which mattered. Power was not transmitted in the human sense of the term: this was not a monastic order which elected a prior(ess). No voting or discussion: this was a case of informal evidence. The best person formed his friends; on his death his successor, recognised as such for years, was the most accomplished person.

These transmissions of authority took place uninterruptedly during a century, through four generations. Below I cite some written traces linking the central mystical figures, before examining what took place between them and their associates.

The first of these figures was the Franciscan Chrysostome de Saint-Lô (1594 – 1646) of the Regular Third Order, director of the layman Jean de Bernières (1601 – 1659). Fr. Chrysostome launched the idea of establishing a meeting place where their friends could gather and seek to practise inner prayer. Jean de Bernières realised this idea. He described the state of mind which inspired visitors to the Hermitage at Caen as follows:

We live here in great repose, liberty, gaiety and obscurity, being unknown to the world and not knowing ourselves either. We go towards God without reflecting, and whether conditions are good or bad we try not to stop.526

Bernières and Mother Mectilde (1614-1698) who founded the Benedictines of the Blessed Sacrament published some of their "Father" Chrysostome's writings, which Mother Mectilde had obtained with great difficulty. They feature their questions and their director's replies.

Then in 1646 Bernières assumed the direction of his associates, including his friend Mectilde. Among others, he directed Mgr de Laval, the future bishop of Quebec, and Jacques Bertot (1620 – 1671).

The confessor and "mystical director" Bertot took the Norman tradition of the Hermitage to the convent of Montmartre. He impressed the Abbess527 and attracted members of the Court.528.

Several works reveal the ties which united Chrysostome, Bernières, Mectilde and Bertot.529 Mectilde wrote to Bernières:530

From the Hermitage of the Blessed Sacrament, 30 July 1645.

Sir,

Our good M. Bertot has left us joyfully to satisfy your orders, and we have let him go with pain. His absence has affected us, and I believe that Our Lord wishes us to be affected, since he has given us all so many graces by his means, and we can truthfully say that he has renewed all this poor little monastery and revived the grace of fervour and the desire of holy perfection in our minds. I cannot tell you the good he has done and how much we all needed his aid […], but I must warn you that he is very tired and needs rest and refreshment. He had to work hard here, speaking constantly, and made several journeys to Paris by coach in extremely hot weather. He never thinks of taking care of himself. But now he no longer lives for himself. God makes him live for us and for many others. So we are allowed to be concerned about his health, and to beg you to make him have a good rest. […]

One of the faithful, a young widow from Montargis, Madame Guyon, described her first meeting with M. Bertot :

I should say that the smallpox had so greatly damaged an eye that I was afraid I would lose it altogether, I asked to go to Paris to have it treated, although much less for that reason than to see M. B [ertot], whom M[other] G [ranger] had recently given me as director, and who was a man filled with light. I must recount how I had the good fortune to meet him for the first time. He had come for M [other] G [ranger]. She very much wanted me to see him; as soon as he arrived she let me know, but as I was in the country I could not find any means of going there. Suddenly my husband told me to go and stay overnight in town to seek something and give some orders. He should have sent me to seek it the next day, but those frightful St Matthew's winds came that night [storm recorded on 21 September 1671], so that the damage they caused prevented me from returning for three days. When I heard the force of that wind at night, I judged that it would be impossible for me to go to the Benedictines that day, and so I would not see M. Bertot. When it was time to go the wind suddenly calmed, and I received more good fortune which enabled me to see him a second time.531

But his direction was severe and for a while was not understood. Later, his "spiritual daughter" gathered his writings. Le directeur Mistique ou les Œuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu Mr de Bernières & directeur de Mad. Guion [...] was published in 1726.532 Its Foreword gives a brief summary of his life and testimony to the fidelity of his disciples:

«Monsieur Bertot born in Coutances a great friend of Jean [5] de Bernières acted as a director of souls in several communities of Nuns [and directed] several persons occupying important positions both at Court and in the war. He continued this practice until providence appointed him to direct the Benedictine Nuns of the Abbey of Montmartre near Paris, in which employment he remained for about twelve years [6] until his death at the beginning of March 1681 after a long wasting disease. [7] [He was] buried in the Church of Montmartre, at the right side on entering. Some persons have always preserved such great respect [that they] often went to his tomb to offer their prayers.533

Madame Guyon referred to his authority until the end of her life:

«I am sending you a letter from a great servant of God who died several years ago. He was a friend of Monsieur de Bernières, and he was my Director in my youth.»534

Moreover, she had made typically Franciscan secret vows:

«In that place [at Gex] I made five vows. The first, of chastity, which I had already made as soon as I became a widow, that of poverty, which is why I gave up all my possessions, I have never confided that to anyone. The third, to blindly obey all external events or what my superiors or directors indicated for me, and within, to depend totally on grace. The fourth, inviolable attachment to holy Church. The fifth was a special cult, more inner than external of the childhood of Jesus Christ.»535

This concludes my glimpse of the links between Chrysostome, Bernières, Bertot and Guyon. Only rare written indications have reached us because no human choice was involved. In their writings mystics are reluctant, except in passing, to refer to the authority of a direction which must be inner.

Moreover, the "external' environment throughout the century was hostile to mystics,536 starting with the "objections" raised by Parisian academics at Rouen on reading the third party of the Reigle by the Franciscan Capuchin mystic Canfield which appeared in 1609.537

As for Mectilde, she had much difficulty in recovering Chrysostome's writings from his brethren in the Regular Third Order.

«I try every chance and means to obtain some of those so worthy writings, but the effort is a waste of time. The Provincial and the others have decreed and protested that they will never let those writings out of their hands unless they are corrected in a way which matches their opinions, and they say they are completely full of errors538

«I am much afraid they may be burned, for they are in the hands of his persecutors.»539

She gave a glimpse of the low regard in which Fr. Chrysostome was held by those "responsible" for him» :

«Holy abjection accompanied him in life and death, and even after death he has remained abject in the opinions of some members of the order. Brother Jean [Aumont] told me this and says that to respect four or five of them, his memory must not be evoked in their house [...]  

Later, in the fatal year 1694 when Madame Guyon's descent into hell began, Fr. Paulin, leader of that same Regular Third Order, made a "lukewarm" statement on Madame Guyon.540

It is not surprising that the quietists learned to become prudent. That is why we do not know who succeeded their leader after 1717. Nevertheless, the notion of transmission remained alive in the eighteenth century. If mystical intensity often seemed to disappear, people influenced by Madame Guyon retained the idea of a possible succession and the importance of having a spiritual director. A young Swiss lady asked who had succeeded Madame Guyon :

«M. de Marçais told me that a lady living a devout life in Switzerland, whose name I have forgotten, written to France to enquire whether Madame Guyon had left [93] a successor in the apostolic state who might assist other persons living a devout life. After writing to a number of places, she was finally informed that there was indeed such a person, that is, the Duchess of Grammont; but that externally she stayed well hidden, owing to the great number of enemies who persecuted the inner life. This was why she was only known to other persons following a devout life. The letters were written several years after 1720.»541

A document bears witness to the Bernières-Bertot-Guyon transmission as perceived at the end of the Age of Enlightenment. It concerns Jean-Philippe Dutoit (1721-1793). This pastor from Morges near Lausanne, the second publisher of Madame Guyon's works after Pierre Poiret, had a certain influence. He had links with Count Frédéric de Fleischbein (1700-1774), whose wife Pétronille of Echweiler (1682-1740) spent a short time in Blois, Madame Guyon's retreat after her release from the Bastille.542 The document is the report of a seizure carried out for the Calvinists of Berne by their representative in Lausanne:543 :

«6 January 1769. We David Jenner, formerly colonel in Holland, currently bailiff of Lausanne, in the name and on behalf of Their Excellencies our Sovereign Lords of the city and republic of Berne, make known that as a result of the orders which we received from Their Excellencies of the Senate, to take away from the Rev. Dutoit de Moudon all his papers, writings and books, make an inventory of them and then arrange for their despatch [...]

After being informed of the orders received, the Rev. Dutoit first indicated that it was his firm intention to obey them in full submission and sincerity, as shown by the following inventory :

Madame Guyon's Bible and several of her works, but not all.

Monsieur de Bernières, i.e. the Chrétien Intérieur.

La Théologie du Cœur [by Poiret].

The Mystical Director by Monsieur Bertot.

The list ended with three "classics", Teresa, Luther and the Imitation;544 with Dutoit Declaring in good faith that he knows of no other mystical or ascetic book here.»

I have now established some internal links and suggested a delicate outside situation. The (re)discovery545 of a transmission whose backbone passed from the Franciscan Chrysostome de Saint-Lô to M. de Bernières, then M. Bertot, and finally Madame Guyon, is confirmed by the late evidence quoted above.

There were two main links: the friends of the Hermitage at Caen preceded and gave birth to the Parisian quietist circle led by M. Bertot and taken over by Madame Guyon and Fénelon. In addition to confirming a transmission, I understood quite quickly that its axis must be situated in a network of friends and the branches of the tree re-discovered. For some I have drawn up dossiers of sources.546 Men and women benefiting from a lineage leading from older to younger gathered with their mystical contemporaries from the same generation.

For nearly two centuries, about a hundred mystical figures managed through some precious «chemical reaction» to exert an influence and share their energy. The transmission became a tree with thick foliage, and even links to neighbouring trees.547 In the Annex the «List of relations: Norman, then Parisian and finally European networks» gives a «transversalview » absent from the «longitudinal» chronological presentation. Two diagrams with comments follow, showing the transmission visually with support from the sources.

§

We now come to the actual experience. Every spiritual father or mother is an object of veneration and absolute fidelity. In Madame Guyon's case this is clear, although it would have been in the interests of those close to her to abandon her. While she had to face power and prison, Fénelon scuppered his career at the Court, and the great Beauvilliers and Chevreuse families discreetly defended her. Only an extraordinary influence makes it possible to explain the attraction and then the fidelity of her friends during twenty years (from the Issy trial in 1694 to the death of the Dukes in 1712/1714). It is what Madame Guyon experienced when she affirmed that grace passed through her person to someone who came to see her. So this group had a specific quality more exceptional than a social organisation around a spiritual leader. What was it? The phenomenon was reproduced in each generation. This is what those who heard Chrysostome speak of God experienced:

When he spoke [of the Saviour], it was with ardours which lit the divine fire on all sides; particularly when he gave conferences on the annihilation of a God in the mystery of the Incarnation, he seemed as if completely overcome beneath the great lights which he received, and which he communicated [emphasis added] with extraordinary effects of grace […]548

Bernières' fidelity to his spiritual father was also unshakeable, as shown by the emotion expressed in a letter to Mother Mectilde:

«It would be a great consolation for me if [] we could speak of what we have heard our good Father say [] since God has united us so closely as to make us children of the same Father […]Do you know that just his memory places my soul in the presence of God?»549

They began to become aware of the sharing of grace by Bernières when his friends prayed together at the Hermitage :

Farewell, my very dear sister, MM de Bernières and de Rocquelay greet you; they are doing wonders in their hermitage: sometimes there are more than fifteen hermits; they often ask for news of you. If our good Mother Prioress wished to write to M. de Bernières about her states of mind, she would be consoled for them, for God gives him prodigious light on the state of blessed and perfect annihilation.550

Bernières noted how active grace was among them. He used the verb «communicate» :

I clearly know that the Hermitage is established by order from God, and our good Father did not have it built by change. The grace of inner prayer is communicated easily there to those who dwell there, and one cannot say how this is done, except that God does it.551

Boudon (1624-1702) testified:

He was consulted not only by laymen, but by the clergy and monastics. A great number of the latter have made retreats in his house with the permission of their superior […] It was admirable to see the change observed in persons who had special relations with him.552

Bernières waited for inspiration from the Spirit before speaking :

His words were full of a divine force and won hearts to God. After informing him one day about some faults committed by a person in his employment, I noticed that for quite some time he said nothing about it to him; and after that I admired him because although he used very few words to make that person see his faults, saying almost nothing to him, so to speak, that person was as if suddenly struck down by the weight of the few words [Bernières] had said to him, and corrected those faults. I saw clearly that it was not through any negligence, but for a movement of the spirit of God acting in him, that he had waited to warn him. If he had spoken earlier he would have done so as a man, and his advice would not have the effects which resulted. 553

Bertot marks the passage to a second degree in the diffusion of grace, as he boldly stated that his prayer could make others share his mystical states while he said Mass. He did not merely influence; he carried others in his prayer and shared his mystical states with them.

«Let us remain thus, I wish to remain there with you and I will begin today in the holy mass. I am sure that if I am once raised up at the altar, that is to say if I enter into that divine unity [249], I will draw you to it,554 you and many others who are merely waiting. And all together, being one in feeling, in thought, in love, in conduct and in mood, we will fall happily into God alone, united with His Unity, or rather being one sole unity in Him alone, by Him and for Him. Farewell in God.» 555

He invited Mme Guyon to transform their relationship into moments of silence when he could communicate grace from heart to heart, and taught her how to favour this:

[240] «Since you wish me to call you my Daughter, which you are indeed before God who has so decided, you will allow me to treat you as such by giving you what I value most, which is a profound silence. Thus, when perhaps you think I might have forgotten you, it will be so that I can think most about your perfection. But I will always speak very little to you; I believe that the time to speak to you is over, and the time to converse with you in peace and silence has arrived.556

After his death early in 1681, Madame Guyon made her own discoveries and began to analyse what took place during her transmissions. So far as we know these writings are unique, for while this charisma is well-known outside [Western] Christianity, among the Sufis, in India and in Orthodoxy (Saint Seraphim of Sarov), it is less well-known in the Catholic world centred around Jesus as the sole mediator, grace being transmitted by him and with the sacraments compensating for his physical absence.

Perhaps Madame Guyon had experienced transmission with Bishop Ripa, who was close to Cardinal Petrucci, as some Italian quietists probably practised it with Molinos.

On her return to France she received a crowd of visitors at Grenoble. This was when the ecclesiastical authorities began to find that she was trespassing on their territory, and that they needed to get rid of her. This was her first brush with power. To oppose her the authorities used the pretext of a conflict over ideas (on passive inner prayer).

She returned to Paris, where she alternated between successes and ordeals. She took over Bertot's circle and developed friendships which withstood everything, with the Dukes and Duchesses of Chevreuse and Beauvilliers, Fénelon, etc. For them, it was evident that Madame Guyon transmitted grace. Once felt, that experience could not be denied. If someone went to see Madame Guyon and sat beside her in silence, it was to experience the divine presence; she transmitted the mystical experience to others without any asceticism or effort. It all happened simply, sometimes with joking between "Michaelites" -- did not St. Francis of Assisi particularly appreciate St. Michael?

My good father [of Béthune-Charost], have a seal made for me with Saint Michael trampling on the dragon — this is necessary and mysterious — otherwise you will lose your post. Little Cecile will be in charge of the bouquets for the Michaelites' chapel, she must cut off the Baraquin's [the Devil's] right ear. The dog must bite his left ear and Sister Ursula crush the end of his tail. All the other children together will crush his body. S B [Fénelon], another and I will crush his head. Do you not see P [ut] [Dupuy] who wants to step on his paw, but is afraid of hurting him and only touches a nail? [...] Do you not see Dom Al [leaume] who has lost his collar in the struggle, the good marquis who is cutting off one of his rear paws with his sword? The Good [Beauvillier] solemnly holds one of his horns,but he does not want to be disturbed, he holds himself very stiffly.. The Tut [or] [Chevreuse] holds the middle horn and covers his eyes as best he can. See the senior d [uchess] who is trembling with fear, but she still puts one foot on his hindquarters. See from the other side a scatterbrained little d [uchess] who wanted to jump on him with both feet joined; she would have had a fine fall if our patron [St Michael] had not supported her from behind. Come on, courage, go up little by little!557

We have the account of what happened afterwards at Blois, twenty years later. Together with fully ecumenical open-mindedness, the «lady directress» had reached ultimate simplicity:

She lived with those English [Scots] like a mother with her children. […] They often argued [over politics: the first Scottish Jacobite rising took place in 1715], and quarrelled; on those occasions she brought them round with her gentleness and urged them to give way; she did not forbid them any lawful amusement, and when they amused themselves in her presence and asked her opinion, she answered: «Yes, my children, as you wish». Then they amused themselves with their games, and during that time this great saint remained plunged and lost in God. Soon these games became insipid to them, and they felt such an inner attraction that they left everything and remained inwardly recollected with her in the presence of God.

When the Blessed Sacrament was brought to her, they remained gathered in her apartment, and when the priest arrived, hidden behind the bed curtain, which was carefully closed so they would not be seen because they were Protestants, they knelt down [43] and were in a deep and delectable state of recollection, each according to the degree of his progress, often also in sufferings relating to their state. 558

This was the central experience which was the foundation of the link between Madame Guyon and her disciples : they were attached to someone who gave out grace. This was so in her case, but we have seen it with Chrysostome, then Bernières, then Bertot: in other words, in each generation there appeared a saint through whom the divine presence was experienced. This is what decided the succession in each generation. This is what explains the veneration and fidelity of their followers.

There was one condition for the transmission to take place: the mystic must be in the "apostolic" state (in a state identical to that of the first Apostles), i.e. so empty that one became a passage for grace: no personal power, God did as he wished. It was not an achievement by a human being, but a function which someone did not assume voluntarily:

It is an abuse in the spiritual life, and which slips in even from its start, to want to work for others at the wrong time. And only a false fervour makes one set out to use one's own power to aid them before having received the mission to do so. Some people believe they are capable of leading on the path of the saints when they have not started on it properly themselves, and by wishing to share with others graces they have been given only for themselves, they lose the fruit themselves and cannot aid others with them. One must not seek to aid one's neighbour, no matter how much one wishes to do so, if one does not have experience of divine matters and a vocation. One must first be established in the inner life.559

One must also be appointed by the spiritual mother or father. Madame Guyon wrote to Fénelon that she had received her "spirit of direction" from Bertot» :

It came to my mind this morning that as M. B [ertot], when dying, left me his spirit of direction for his children, neither those who have strayed nor those who have stayed faithful will have that spirit communicated to them except by me, but in union with you. For God makes me be one and indivisible with you, and when all the reservations from you to me have been removed, you will discover a union of divine unity which will charm you. There are several teachers, but there is only one father in Christ,560 and the father in Christ uses [137 r °] not only the force of his speech, but the substance of his soul, which is no other than that central communication of the Word which the Father of spirits alone can communicate to His children, and as that communication by the Word in the soul is the operation of the divine paternity and the mark of adoption of his children, it is also the proof of the spiritual paternity which communicates to all in substance what they need, without knowing how this is done.

There are some persons who, because of their imperfect state, feel [137 v °] this communication better, because it is always in accordance with the subject who receives it, and not with the one who communicates it. It is the same with all the gifts of the Lord : they are [all the more] sensitive or spiritual when the recipient is more sensitive or spiritual. All receive this communication, although all do not feel it equally. [...]561

She associated herself with Fénelon, whom she regarded as her successor in that function. Fénelon was her dearest disciple, and one day when she was ill and thought she was dying, she wrote to him to bequeath to him the direction of their spiritual group and the possibility of transmitting grace :

«I leave you the spirit of direction which God has given me.»562

This succession never took place, as Fénelon died in January 1715, before her (June 1717).

Fénelon held meetings with his mystic friends at Cambrai. He reported that he sensed Madame Guyon's presence at them. In other words, in union with Madame Guyon. Fénelon shared his mystical state with his visitor:

I feel a very great desire to be silent and to speak with Ma.563 It seems to me that her soul enters mine and that we two are just one with you in God. Quite often in the evening we are together like little children, and you are there too [f ° 19v °] although you are far away from us.564

He confirmed the explanation given by Madame Guyon concerning Matthew 18, 20:

«They speak more from the heart than from the mouth; and the distance between them in no way prevents that inner conversation. God ordinarily unites two or three persons of that sort in so great a unity that they find themselves lost in God until they can no longer distinguish between them […]

These unions have yet another quality, which is that they in no way cause embarrassment or take control, the mind remaining as free and as empty of images as if they did not exist.565 […]

God also makes unions of relationships, binding certain souls to others as if to their parents in grace [...]»566

Madame Guyon saw herself as a channel acting as a passage for grace, with no will of her own, without any personal intention, in total «passiveness», in extreme submission to God:

«When the soul has lost both all her own power and all reluctance to be moved and acted upon according to the Lord's will, then He makes her act as He wishes [] When God moves her towards a heart, unless that heart itself refuses the grace which God wishes to communicate to it, or is ill prepared through too much activity, it unfailingly receives a profound peace […] Sometimes several persons receive the outpouring of these waters of grace at the same time. 567»

She insisted on the fact that there was no personal power [involved], that only an annihilated soul could allow the passage of grace:

You have asked me how the union of the heart takes place. I will tell you that when the soul is entirely freed from all penchants, all inclinations and all natural friendship, God moves the heart as He pleases; and seizing the soul through a stronger contemplation, He makes the heart incline towards someone. If that person is prepared, he or she too must experience a sort of inner contemplation, and something which influences the heart [...] This in no way depends on our will: but God alone operates it in the soul, as and when He pleases, and often when it is least in one's thoughts. All our efforts could not give us that state of mind; on the contrary, our activity would only serve to prevent it.568

We have direct testimony from Madame Guyon, who was the first to analyse what happens during that transmission. It only takes place if the person has attained the apostolic state:

Her own salvation does not visibly concern her, and neither does that of others. Nevertheless, she is engaged in it and working for it through Providence. Sometimes God impels her to strongly desire the salvation and perfection of certain souls, so that she would give her life to make them comply with the full extent of God's intentions for them - but without care or anxiety, without contributing anything of her own, serving purely as an instrument in the hands of God, who gives whatever inclination and activity He pleases, but an activity in perfect repose, without parting from Him, without any personal inclination, although sometimes the inclination may be infinite: for the soul which has arrived at complete detachment and is fit to be poured out into God, being plunged there, is like flowing water which cannot be fixed but flows ceaselessly according to the slope given to it.

She understands that she participates in God's communicable quality, and that she lives and subsists solely to pour it out. The more it flows, the fuller she is, not with her own fullness, but with the fullness of God in Him which is communicated to all beings and draws along with it those He has plunged into Himself. It is He who gives her all her inclinations. However, this is done without paying attention to them, thinking of them or worrying about whether they will succeed: everything could perish and be overthrown without affecting her soul, though this does not prevent her from sharing the good or bad fortune of the souls who are united with her to receive her communications. It is like a river which flows pleasantly when it is given passage, but rises effortfully against itself when its passage is blocked. [...] One no longer knows who or what are relatives, friends, possessions, children, interests, honour, health, life, salvation, glory, eternity: none of that exists any longer for such a soul, although from the outside she seems quite ordinary, acting and doing like others. 569

When the soul has lost both all her own power and all reluctance to be moved and acted upon according to the Lord's will, then He makes her act as He wishes without choosing her methods. He communicates through her without the slightest inclination on her part.[…] He communicates with whoever He pleases, as and when he pleases. If she wished to communicate herself, or communicate in a direction not chosen by God, at a time when God did not so move her, this would be entirely useless and would dry up the heart rather than transmitting life to it. But When God moves her towards a heart, unless that heart itself refuses the grace which God wishes to communicate to it, or is ill prepared through too much activity, it unfailingly receives a profound and sometimes even delectable, which is the strongest sign of communication. [...]

But one may say, how can that soul discern when and to whom God wishes her to communicate? It is discerned because the soul feels an excess of fullness and clearly senses that it is not for her — for with regard to herself God almost always keeps her in emptiness and complete equilibrium, and this makes her fitter for what God wishes —, as I said, she feels a very strong fullness which would even overwhelm her if she found no one. But God whose goodness is infinite only gives her that fullness when there are subjects more or less prepared to receive it. Nor can the soul be unaware for whom God fills her in this way, because He inclines her heart in the direction where He wants her to communicate, as we place a hosepipe in a garden to water the spot we wish to water, and only that spot is watered. Sometimes several persons receive the outpouring of these waters of grace at the same time, in proportion to their greater or lesser capacity and whether they are less active and more passive.570

Madame Guyon expressed herself most directly in her commentaries on the mystical "Authorities" she evoked in the Justifications collected with Fénelon in 1694. Her comparisons were very direct:

As iron touched by a magnet is seen to attract iron, so a soul in whom God dwells in this way attracts other souls by a secret virtue; so that it is sufficient to approach her in order to be placed in inner prayer and recollection. This is why as soon as one approaches her, one desires to be silent rather than to speak, and God makes use of that means to communicate with souls: a sign of the purity of these unions and affections.571

Just as soiled and shameless souls communicate that corrupted air to those who approach them: similarly, by a contrary effect a pure soul communicates purity; and as she is full of grace and anointed with the divine ointment, she communicates that grace and that ointment to those who approach her. And as she is full only of God, she can only communicate God. As she is empty of herself, she no longer communicates herself or anything of hers, but the image and the grace of her divine spouse. This is why remembering these persons, far from calling up their impure image, turns first to God and contemplates in Him; this is the surest sign that the soul has left herself to pass into God, that she herself has disappeared, that she herself no longer lives, but her God lives in her; since she no longer gives anything but what affects herself.

It should also be noted that she does not draw others by any external sign, but as she has arrived at the Centre, the impression is made from within, as if it were God himself, without anything appearing externally; as by leaving herself behind, that soul has gone beyond her own being to lose herself in God beyond herself: so she leaves behind no trace or idea of herself, but only of God, His love and His life. 572

She did not express personal mystical effusions, but clarified a communication which progressively grew:

God communicates Himself to all creatures, but He does not communicate Himself with as much abundance and delectation except in fully annihilated souls, because they no longer resist, and as God himself is their basis, He receives Himself in Himself. This is why the communication we receive from God, even within, is felt more easily when it is narrower; and for the same reason, it is less easy to sense when it is more immense, for God does not communicate Himself by Himself except through nothingness, since that is the same thing. [...]

As this communication remains mysterious for all of us, she turned to examples recorded in the scriptures:573 

For souls who are not annihilated communication takes place through an approach, but for those who are it is by a simple look or thought. St John the Baptist is an example of this: the first communications took place by means of an approach: and this was why the Blessed Virgin remained three months with Saint Elizabeth, after which St. John no longer needed to approach Jesus Christ once he was strong. Thus he was not in a hurry to see Him, though when they met there was again a renewal of grace.574

He thirsts: and for what, O Divine Saviour? To communicate the gift of God. Oh, if you knew the gift of God, and who He is who asks you for a drink, you would have asked Him, and he would have given you living water to drink.575 Oh, it is Himself! Driven as He is by that same thirst, does He not cry: If someone is thirsty, let him come, and rivers of peace will flow within him,576 but rivers which mount up to eternal life, that is to say that they produce the effect of placing the soul in eternal life so that she may receive the immense communications of God Himself.577

The primordial model is Christ himself, who cries «if someone is thirsty, let him come, and rivers of peace will flow within him» (John 7,37 – 38). Madame Guyon and those close to her thought they were re-living the experience of the Apostles, who received the grace of Christ directly and re-transmitted it to their disciples. She therefore affirmed that grace can pass through a human being. For Bossuet and her judges it was impossible to tolerate that affirmation, which they interpreted as self-affirmation!

In fact, for her this had nothing to do with the transmitting of a person's power or personal success, but with the transmitting of a divinely imposed function. Everyone mocked her claims, all the more so because she was a woman. Ill-treatment and the verbal violence of her interrogations led her to doubt herself for a moment; she asked herself whether she should not obey the authority of the Church embodied in Bossuet. Then came the turning-point; she realised she could not deny her own experience. From then on Bossuet was up against a wall.

A letter addressed to Marie-Anne de Mortemart578 described how she had passed from the realm of dogma to the affirmation of experience:

[...] If a doctor wishes to persuade a sick person that he does not suffer from a certain pain which greatly troubles him, because he, the doctor, and others do not feel it, the sick person, who still feels the same pain, still remains unconvinced; after much arguing he is convinced only that either the doctor does not understand him or that he does not know how to explain his illness in terms which can be understood. It is the same with inner experiences. I imprison and submit my mind in order to believe that what I suffer or experience is neither such a good nor such an evil, and belongs in the sphere of reason and faith; but I am not the master of my pains and cannot persuade myself by either reason or faith that I do not feel them, for I truly do feel them. So all I can do is believe that I express them badly, that they are not of the order of certain illnesses, that I give these [f ° 192v °] pains names they ought not to have; but to convince myself that I do not feel them is impossible; they make themselves felt all too much. I know neither their cause nor their definitions, but I know I endure them. I am told that some have pretended to have them, that others have imagined they had them, etc., that after all few souls have these pains and consequently I do not have them. I believe all that, but I cannot believe the resulting conclusion, which is that I do not feel them, because what one feels and suffers forms part of experience, remains real and cannot be matter for my faith. I will believe that some imagine them, others pretend to have them, others exaggerate their ills, that others misuse them; I will also believe that my fondness for myself makes me exaggerate my ills, makes me give them a name they do not have; but when I feel them in me with such violence I will not believe that they are imaginary, since I suffer from them.

If you wish, I will not say that certain persons live a devout life, I will not say that I do myself, but I know well that I have followed a way on which I found these passages good. I do not argue about the names of the towns I met on my way, their location or even their structure, but it is certain that I passed through them. I have experienced certain pains or fainting fits, I dispute neither their name nor their origin, but I know I suffered them and cannot doubt that. It seems to me that to know the truth, one cannot avoid maintaining the truth of the inner experience, which is real. For the names, the terms, the dogmas they want to introduce,we may give way and submit, but regarding the factual experience of good and holy souls,579 can one say the contrary with truth or even honour? And if we were so cowardly as to do so, would not the experience of so many holy souls who have preceded us, are alive now and will come after us give testimony against us? Everything passes, force, prejudices, etc., but the truth remains. [f ° 193] It seems important to me to separate the dogma, I do not know if that is how to put it, from the fact of experience.

Here Madame Guyon produces a fundamental and astonishingly modern text, after which she no longer backed down.

Although we do not know who succeeded her after her death,580 we may note that the «little duchess», the recipient of the above text, received permission to be silent when with other people:

« However, when she wishes to be in silence with you, do it through your littleness and do not prevent it. God could grant to your littleness what He would not give for the person. When God made use of me in the past for this sort of thing, I always believed He granted it to the humility and littleness of others rather than to me…»581

So Marie-Anne de Mortemart could transmit grace from heart to heart.582 On the other hand, it was Madame de Grammont who was named by the Scots583 (and also in reply to the request from a young Swiss lady referred to above). Thus we have a choice between two ladies who lived until the middle of the eighteenth century. Did they cooperate, and were they assisted?584The study of Scottish, Dutch, Swiss and Germanic transmissions in France (Fleischbein, Dutoit, etc.) does not reveal a figure mystically comparable to Guyon or Fénelon.585 Perhaps the obligatory secret was too well kept.

§

I will end by noting the consequences of Madame Guyon's behaviour:

In a century where freedom was not the norm, living one's personal truth in the midst of the authorities, but without claiming authority, led to conflicts with the holders of authority. Madame Guyon's mystical experience and function of transmitting grace led her to perform three «exploits» :

1) resisting the royal power: Guyon had the opportunity to introduce inner prayer to Saint-Cyr; she influenced leading aristocrats and, above all, Fénelon. Madame de Maintenon could not tolerate her intrusion in Saint-Cyr, and provoked the king's anger. Pretext: quietist ideas. This worried the king, since at that time freedom of conscience did not exist and he had a stranglehold on ideas.

It must be said that Madame Guyon had taken mysticism into an inappropriate place: the Court of Louis XIV. She found herself involved in problems of power through her influence over the Dukes of Chevreuse and Beauvilliers and over Fénelon who had become the Dauphin's tutor, thus giving the devout party much hope. This undertaking was naive, as it meant practising the values of Christian love in the midst of the Court, but it carried the immense hope of placing on the throne of the 'most Christian King"586 a dauphin whose rule would have embodied its values.

2) resisting the power of official religion: the clergy hid behind a debate of ideas concerning passive inner prayer. In fact they did not accept being eliminated from relations with God: the direct transmission of grace deprived them of their status as intermediaries between God and Christians.

3) resisting the authority of men: this woman dared to affirm her experience, although she was under the sway of men who knew better than her what she should feel or think. She fought especially to have a confessor who respected her.

In conclusion, her mystical experience and her function of transmitting grace led Madame Guyon to accomplish three choices which seem obvious nowadays, but were unacceptable in the seventeenth century :

1) As a woman, she refused masculine authority.

2) As an individual, she refused the principle of authority by staying firm in her freedom of conscience.

3) As a mystic, she established the primacy of experience over dogma.

Three revolutions achieved by a little woman who wanted only to be plunged in God.



ANNEXES

List of contacts: Norman, then Parisian and finally European networks:587 

FIRST GROUP of those close to the Hermitage of Caen :

Marie des Vallées (1590-1656), the «saint of Coutances»

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) member of the Regular Third Order, «our good Father»

Jourdaine de Bernières (1596-1645), who published her brother's writings

Marie de l’Incarnation (1599-1672), apostle of Canada

Jean Eudes (1601-1680), canonised and founder of the Eudists

Jean de Bernières (1602-1659), member of the Secular Third Order, creator of the Hermitage

Jean Aumont (1608-1689), «the winegrower of Montmorency» member of the Third Order

Gaston de Renty (1611-1649), friend of Bernières

Catherine de Bar (1614-1698), Annonciade then « Mother of the Blessed Sacrament», founder of a Benedictine order.

Louis-François d’Argentan (1615-1680), Capuchin, publisher and co-editor of the Chrétien Intérieur.

Jacques Bertot (1620-1681) priest, confidant of Bernières, discreet «mystical transmitter» from Caen to Montmartre, Madame Guyon's spiritual father.

François de Montmorency Laval (1623-1708), canonised, first bishop of Quebec, founder of a seminary and a new Hermitage.

Henri Boudon (1624-1702), of the Secular Third O (?), a prolific author

Archange Enguerrand (1631-1699), Recollect, the "good Franciscan" met by the young Madame Guyon.

SECOND GROUP of those close to Mme Guyon and Fénelon, and their disciples :

Initiators (men and women) :

Mother Geneviève Granger 1600-1674

Jacques Bertot 1620-1671

Archange Enguerrand 1631-1699

François Lacombe 1640-1715

Duchess of Béthune-Charost [née Marie Fouquet] 1641?-1716

Jeanne-Marie Guyon 1647-1717



Disciple friends «at home» :

François de Fénelon 1651-1715

Paul de Beauvillier 1648-1714 x Duchess de Beauvillier 1655-1733 [née Colbert]

Charles-Honoré de Chevreuse 1656-1712 x Duchess de Chevreuse, -1732 [née Colbert]

Marie-Anne de Mortemart 1665-1750 [née Colbert]

Isaac Dupuy after.1737

Marquis de Fénelon 1688-1746

Marie-Christine de Noailles «the dove» 1672-1748 x A. de Gramont, Count of Guiche



Disciple friends «abroad» :

Pierre Poiret 1646-1719

Chevalier Ramsay (Scottish) 1686-1743

James 16th Lord Forbes 1689-1761 and Lord Deskford 1690-1764

Friedrich von Fleischbein, Baron of Pyrmont, Pietist 1700-1774

Jean-Philippe Dutoit-Mambrini, pastor at Morges 1721-1793



Madame Guyon at the centre of a mystical transmission (diagrams with comments and sources)

L’Ecole du cœur, madame Guyon au centre d’une Filiation mystique


Commentaries and Sources :

Commentary :

The first diagram shows the founding figures around whom numerous devotees gathered in "Schools of the Heart". Three branches of a "spiritual delta" formed, starting from a first "group" led by Jean de Bernières under the direction of « our good Father Chrysostome » :

--A second Hermitage was founded in Quebec by Mgr de Laval.

-- The Circle of Quietude created by M. Bertot at Montmartre was taken over by Madame Guyon.

-- The Benedictines of the Blessed Sacrament were the 'daughters’ of Mother Mectilde.

Madame Guyon took over the Circle of Quietude.

The second diagram shows the European influence in four columns.588 Disciples « at home » et « abroad » [in other countries] are laid out vertically by date and horizontally according to four geographical regions. Cross-relations are omitted. For couples or brothers, the dates of death are separated by ‘&’.



I realised that it was necessary to locate this transmission and support it by possible recourse to the mystical texts produced by devotees in these networks of friends. Texts in relation with the writings of Madame Guyon are available in two collections: «Sources mystiques» (published by the «Centre Jean-de-la-Croix») and «Chemins mystiques» (online Internet purchase via the printer http://lulu.com, search key  Dominique Tronc). Consult the site http://www.cheminsmystiques.com and the references in the communication, including in chronological order :

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), of the Third Order of Saint Francis of Assisi, Founder of the School of Pure love

Jean de Bernières, Œuvres mystiques I Chrétiens [Sources mystiques] & II Correspondence [forthcoming]

The Friends of the Hermitages of Caen & Quebec [v. DT]

The Mystical Friendships of Mother Mectilde of the Blessed Sacrament 1614-1698

Jacques Bertot mystical director [for available examples, v. DT]

Archange Enguerrand (1631-1699), Franciscan Recollect director and 'Good monastic' according to Madame Guyon

François Lacombe (1640-1715), Life, Works, Ordeals of Madame Guyon's Father Confessor

Memoirs de Saint-Simon concerning Fénelon, Madame Guyon and their associates

Marie-Anne de Mortemart (1665-1750) The "little duchess" [...]

Schools of the Heart in the Age of Enlightenment, Disciples of Madame Guyon & Influences

Expériences mystiques en Occident IV. Une École du Cœur [forthcoming]

33.JEAN-CHRYSOSTOME DE SAINT-LÔ (1594-1646)

(43) Chrysostome 18 avril antidoté.docx



Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), Du Tiers Ordre de Saint François d’Assise, Fondateur de l’Ecole du Pur Amour. Dossier de sources transcrites et présentées par Dominique Tronc. Lulu.com, 2017, 378 p.

Ce dossier contient de larges extraits prélevés dans les sources qui nous éclairent sur les débuts de «l’école du cœur» :

Présentation

Les débuts du tiers Ordre franciscain — Vincent Mussart — Notices (J.-M. de Vernon)

La Vie d’Antoine Le Clerc, sieur de la Forest (J.-M. de Vernon)

L’Homme Intérieur ou La Vie du Vénérable Père Jean Chrysostome (Henri-Marie Boudon)

Divers exercices de piété et de perfection(Chrysostome de Saint-Lô édité par M. de Bernières)

Divers traités spirituels et méditatifs (Chrysostome de Saint-Lô édité par Mère Mectilde)

Deux directions : Monsieur de Bernières et Mère Mectilde (Extraits prélevés dans les sources précédentes)



J’omets la transcription de près de la moitié des Divers exercices de piété et de perfection, gros assemblage de six cents pages d’écrits recueillis «de notre bon Père». Il s’agit d’exercices méditatifs et ascétiques. Ils soulignent les épreuves subies par Jésus-Christ, le modèle pour François d’Assise qui fut fidèlement repris à l’Ermitage de Caen. Ils constituaient des supports utilisés tous les jours et lors des retraites par les Associés de l’Abjection. Marquées par un esprit de grande humilité et de simplicité franciscaine, mais aussi par le dolorisme propre aux dévots du Grand Siècle, des sections sont écourtées lorsqu’elles s’avèrent répétitives et mettent alors mal en valeur la fraîcheur spontanée propre à la vie des mystiques. Par contre la dernière partie de l’assemblage livre les directions personnelles assurées par le P. Chrysostome. Elle est admirable

Présentation

Jean-Chrysostome naquit vers 1594 dans le diocèse de Bayeux en Basse-Normandie, et étudia au collège des jésuites de Rouen. Âgé de dix-huit ans, il prit l’habit, contre le gré paternel, le 3 juin 1612 au couvent de Picpus à Paris589. Il fut confirmé dans sa vocation par un laïc, Antoine le Clerc, sieur de la Forest : ce dernier est donc le probable «ancêtre» du courant spirituel de l’Ermitage qui passe par Chrysostome, par Bernières et Mectilde-Catherine de Bar, et par bien d’autres dont Monsieur Bertot, Madame Guyon.

Les origines et le sieur de la Forest (1563-1628)

Un aperçu biographique intéressant nous est donné par l’historien du Tiers Ordre franciscain Jean-Marie de Vernon, qui consacre très exceptionnellement plusieurs chapitres à Antoine le Clerc590 :

À vingt ans il prit les armes, où il vécut à la mode des autres guerriers, dans un grand libertinage. La guerre étant finie, il entra dans les études, s’adonnant principalement au droit. [...] Il tomba dans le malheur de l’hérésie [528] d’où il ne sortit qu’après l’espace de deux ans. [...] Son bel esprit et sa rare éloquence paraissaient dans les harangues publiques dès l’âge de vingt ans. Sa parfaite intelligence dans la langue grecque éclata lorsque le cardinal du Perron le choisit pour interprète dans la fameuse conférence de Fontainebleau contre du Plessis Mornay.

[532] Un lépreux voulant une fois l’entretenir, il l’écouta avec grande joie, et l’embrassa si serrement, qu’on eut de la peine à les séparer. [...] Une autre peine lui arriva, savoir qu’étant entièrement plongé dans les pensées continuelles de Dieu qui le possédait, il ne pouvait plus vaquer aux affaires des parties dont il était avocat. [535] Ses biens de fortune étant médiocres, la subsistance de sa famille dépendait presque de son travail.

Dieu lui révélait beaucoup d’événements futurs, et les secrets des consciences : par ce don céleste [sur lequel J.-M. de Vernon s’étend longuement, citant de multiples exemples], il avertissait les pécheurs [...] marquait à quelques-uns les points de la foi dont ils doutaient; à d’autres il indiquait en particulier ce qu’ils étaient obligés de restituer. [...] Les âmes scrupuleuses recevaient un grand soulagement par ses conseils et ses prières. [...] [537] Le père Chrysostome de Saint-Lô […] a reconnu par expérience en sa personne la certitude des prophéties du sieur de la Forest, quand une maladie le mena jusques aux portes de la mort, comme elle lui avait été présagée. [...]

Quatre mois devant sa mort, étant sur son lit dans ses infirmités ordinaires, il s’entretenait sur [542] les merveilles de l’éternité : on tira les rideaux, et sa couche lui sembla parée de noir; un spectre sans tête parut à ses pieds tenant un fouet embrasé : cette horrible figure ne l’effrayant point, il consacra tout son être au souverain Créateur. Il parla ainsi au démon : «Je sais que tu es l’ennemi de mon Dieu, duquel je ne me séparerai jamais par sa grâce : exerce sur mon corps toute ta cruauté; mais garde-toi bien de toucher au fond de mon âme, qui est le trône du Saint-Esprit.» L’esprit malin disparaissant, le pieux Antoine demeura calme, et prit cette apparition pour un présage de sa prochaine mort; ses forces diminuèrent toujours depuis et il tomba tout à fait malade au commencement de l’année 1628. Les sacrements de l’Église lui furent administrés en même temps. À peine avait-il l’auguste eucharistie dans l’estomac qu’il vit son âme environnée d’un soleil, et entendit cette charmante promesse de Notre Seigneur : «Je suis avec toi, ne crains point.» Les flammes de sa dilection s’allumèrent davantage, et il ne s’occupait plus qu’aux actes de l’amour divin, voire au milieu du sommeil.

[543] M. Bernard [un ami] présent sentit des atteintes si vives de l’amour de Dieu, qu’il devint immobile et fut ravi. [...] Le lendemain samedi vingt-trois de janvier [...] il rendit l’esprit à six heures du soir dans la pratique expresse des actes de l’amour divin. [...] On permit [544] durant tout le dimanche l’entrée libre dans sa chambre aux personnes de toutes conditions, qui le venaient visiter en foule. Les religieux du tiers ordre de Saint-François gardaient son corps, qui fut transporté à Picpus.

Le maître caché des mystiques normands

Le Père Chrysostome de Saint-Lô a été plus négligé encore que Constantin de Barbanson. Pourtant, «les indices de l’influence de Jean-Chrysostome sont de plus en plus nombreux et éclairants : le cercle spirituel formé par lui, les Bernières, Jean et sa Sœur Jourdaine, Mectilde du Saint Sacrement et Jean Aumont (peut-être tertiaire régulier) auxquels les historiens en ajouteront d’autres (de Vincent de Paul à Jean-Jacques Olier), a vécu une doctrine d’abnégation, de «désoccupation», de «passivité divine591».

Il est la figure discrète, mais centrale à laquelle se réfèrent tous les membres du cercle mystique normand, qui n’entreprennent rien sans l’avis de leur père spirituel (seule «Sœur Marie» des Vallées jouira d’un prestige comparable). Ce que nous connaissons provient de la biographie écrite par Boudon592, et les connaisseurs de l’école des mystiques normands Souriau593, Heurtevent594, plus récemment Pazzelli595, n’ajoutent guère d’éléments. Tout ce que nous savons se réduit à quelques dates, car si Boudon est prolixe quant aux vertus, il est discret quant aux faits. Sa pieuse biographie couvre des centaines de pages qui nous conduisent, suivant le schéma canonique «de la vie aux vertus», mais le contenu spécifique au héros se réduit à quelques paragraphes.

Il assura le rôle de passeur entre l’ancien monde monacal et un monde laïque. En témoignent des lettres remarquables de direction de Catherine de Bar et de Jean de Bernières. Nous en reproduirons (pour la première fois) certaines dans les chapitres suivants consacrés à ces disciples.

Lecteur en philosophie et théologie à vingt-cinq ans, il fut définiteur de la province de France l’an 1622, devint définiteur général de son ordre et gardien de Picpus en 1625, puis de nouveau en 1631, provincial de la province de France en 1634, premier provincial de la nouvelle province de Saint-Yves, en 1640, après que la province de France eut été séparée en deux.

Le temps de son second provincialat étant expiré, on le mit confesseur des religieuses de Sainte-Élisabeth de Paris, qui fut son dernier emploi à la fin de sa troisième année [de provincialat]. [...] Au confessionnal dès cinq heures du matin, il rendait service aux religieuses avec une assiduité incroyable. À peine quelquefois se donnait-il lieu de manger, ne prenant pour son dîner qu’un peu de pain et de potage, pour [y] retourner aussitôt596.

Il alla en Espagne par l’ordre exprès de la Reine, pour aller visiter de sa part une visionnaire, la Mère Louise de l’Ascension, du monastère de Burgos. Voyage rude imposé par un monde qui n’est pas le sien :

Libéral pour les pauvres […] il ne voulait pas autre monture qu’un âne. […] Dans les dernières années de sa vie il ne pouvait plus supporter l’abord des gens du monde et surtout de ceux qui y ont le plus d’éclat597.

Aussi, libéré de son provincialat, il éprouve une sainte joie et ne tarde pas à se retirer :

Il ne fit qu’aller dans sa cellule pour y prendre ses écrits et les mettre dans une besace dont il se chargea les épaules à son ordinaire [...] passant à travers Paris [...] sans voir ni parler à une seule personne de toutes celles qui prenaient ses avis598.

Il enseignait «qu’il fallait laisser les âmes dans une grande liberté, pour suivre les attraits de l’Esprit de Dieu […]; commencer par la vue des perfections divines […]; ne regarder le prochain qu’en charité et vérité dans l’union intime avec Dieu599». Il eut de nombreux dirigés :

L’on a vu plusieurs personnes de celles qui suivaient ses avis [...] courir avec ferveur. [...] La première est feu M. de Bernières de Caen. [...] La seconde personne [...] qui a fait des progrès admirables [...] sous la conduite du Vénérable Père Jean-Chrysostome a été feu M. de la Forest [qui] n’eut pas de honte de se rendre disciple de celui dont il avait été le maître600.

Enfin, après cette vie intense, l’incontournable chapitre terminant la vie d’un saint ne nous cache aucunement l’agonie difficile :

Ayant été soulagé de la fièvre quarte il s’en alla à Saint-Maur [...] pour y voir la Révérende Mère du Saint Sacrement [Mectilde de Bar], maintenant supérieure générale des religieuses bénédictines du Saint Sacrement. Pour lors, il n’y avait pas longtemps qu’elle était sortie de Lorraine à raison des guerres, et elle vivait avec un très petit nombre de religieuses dans un hospice. [...] Elle était l’une des filles spirituelles du bon Père, et en cette qualité il voulut qu’elle fût témoin de son agonie : il passa environ neuf ou dix jours à Saint-Maur, proche de la bonne Mère. [...] Au retour de Saint-Maur, [...] il entra dans des ténèbres épouvantables. [...] Il écrivit aux religieuses : «Mes chères Sœurs, [...] il est bien tard d’attendre à bien faire la mort et bien douloureux de n’avoir rien fait qui vaille en sa vie. Soyez plus sages que moi. [...] C’est une chose bien fâcheuse et bien terrible à une personne qui professait la sainte perfection de mourir avec de la paille. [...]» L’on remarqua que la plupart de religieux du couvent de Nazareth où il mourut [le 26 mars 1646, âgé de 52 ans] fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher601.

Je vais maintenant livrer l’intégralité de ses écrits. Ils nous sont parvenus en deux livres rares publiés au milieu du dix-septième siècle. L’importance de leur direction mystique justifie de lire l’ensemble de style sévère proche des écrits du Moyen Âge. Il s’agit de méditations et de retraites qui introduisent à la grandeur divine.

Présentation des écrits de Chrysostome publiés par ses disciples Bernières et Mectilde

Les Divers exercices… publiés à Caen par les soins de Bernières (et non pas «traités» publiés à Paris par les soins de Mectilde), dont nous connaissons trois exemplaires, publiés quatre années après les traités, comprennent trois parties paginées séparément602. La première partie rassemble de nouveau divers schémas propres à des retraites qui reflètent l’atmosphère doloriste de l’époque. Quelques extraits suffiront à mieux faire comprendre ce vécu dévot, en un aperçu unique d’une littérature qui fut très abondante.

Cette littérature privilégie les croix et l’exemple du Crucifié. Elle supprime trop tôt et par volonté propre les joies naturelles à la vie, au risque de provoquer des réactions très fortes, inconscientes, parce que réprimées, attribuées à l’époque aux démons. Elle met en place un réseau de contraintes où l’ascétisme prend facilement la première place, ce qui empêche toute vie intérieure mystique donnée par grâce de s’épanouir. Ce qui était liberté et joie devient limitation et peur. La vie naturelle est culpabilisée et contrôlée afin d’être évacuée au plus tôt : on privilégie ainsi l’exercice de la volonté si cher au Grand Siècle. Mais il est vrai que la vie était souvent courte et soumise aux aléas des maladies, ce qui suggérait d’aller vite!

Cet esprit du temps ne s’améliorera pas au fil du siècle. Les illustrations d’excès commis sont innombrables, telles les épreuves que s’inflige dans sa jeunesse Claude Martin, le fils de Marie de l’Incarnation du Canada, avant de devenir lui-même un très profond spirituel; telle l’ascèse moralisante recommandée par le milieu de Port-Royal, que supporte fort mal Louis-Charles d’Albert, duc de Luynes et père du duc de Chevreuse (ce dernier deviendra disciple de Madame Guyon — qui en fournit elle-même un témoignage dans le récit de sa jeunesse). Cet excès débordera le siècle au sein du monde dévot et couvrira la première moitié du XVIIIe siècle603.

L’Imitation a été le texte préféré d’une dévotion qui s’écarte de la pure mystique d’un Ruusbroec pour se charger de culpabilité voire de pratiques masochistes imitant les souffrances physiques de Jésus604. Cette dévotion ne correspond guère à ce que propose Jean-Chrysostome : il se démarque de son temps par son insistance sur la liberté et l’absence de vœux; l’exercice «doit être très libre, sans contrainte, et sans empressement», pour servir l’Amour toujours premier. Mais d’autre part il fonde la «Société de la sainte Abjection» et — tout en admirant les héros cornéliens ses contemporains — nous regrettons l’usure prématurée de ses disciples Renty et Bernières.

Chrysostome a dirigé des retraites, dont nous allons donner un exemple, car nous ne pouvons passer sous silence la tendance morbide qui caractérise bien d’autres textes contemporains. Un tel imaginaire dévotionnel à la frange de la vie mystique est de toute époque La prière s’appuie ici sur des représentations sanglantes de Jésus-Christ, d’un goût trop épicé pour notre sensibilité — le piétisme, tel qu’il se présente dans les textes de certaines cantates de Bach, s’inscrira plus tard dans cette tradition.

Note sur la direction de Bernières par le P. Chrysostome

Une correspondance ignorée entre Chrysostome et Bernières est imprimée à la fin de l’ouvrage édité à Caen sous le nom de «Divers exercices de piété et de perfection 605.» Elle couvre la dernière moitié de la seconde partie de l’ouvrage intitulé «Diversités spirituelles» avec une pagination nouvelle (signe d’ajout précédant de peu l’édition locale à Caen?). Ces lettres non datées ont échappé à l’attention, car un Bernières discret se fait précéder par d’autres dirigé (e) s sans que son nom apparaisse 606.

C’est un document extraordinaire qui livre l’intimité des rapports entre les deux mystiques. On notera la netteté avec laquelle Chrysostome sait répondre aux questions de Bernières qui sont toujours proches des nôtres. Elles sont le plus souvent très concrètes (que faire de nos biens?) et hors de toute considération théorique.

Bernières n’a pas encore atteint à cette date une pleine maturité intérieure. Il va rapidement surmonter ses hésitations et des scrupules, et sera en cela vivement mené et encouragé par «notre bon Père Chrysostome». Voici ce dialogue de lettres dont les pièces sont numérotées; nous ajoutons l’incipit entre guillemets, les titres d’origine étant divers et imprécis.

Deux directions

Présentation de Monsieur de Bernières et de Mère Mectilde

Le Père Chrysostome a récolté une belle moisson : autour de lui s’est formée une communauté d’«âmes intérieures», dont les deux plus célèbres furent Mère Mectilde, fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement, et Monsieur de Bernières, dont la figure rayonna sur les familiers de l’Ermitage.

Je reprends leurs initiations mystiques telles qu’elles vont paraître prochainement dans deux volumes consacrés à ces disciples «de notre Père Chrysostome».

Monsieur de Bernières précède chronologiquement et spirituellement Mère Mectilde dont il assurera la direction mystique après le décès du Père. Il apparaît ici en premier par la reprise du «Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur», la seconde moitié de la deuxième partie des «Divers exercices de piété et de perfection», œuvre de Chrysostome reproduite intégralement plus haut. Le «doublon» se présente ici un peu différemment, en cohérence avec l’édition d’une Correspondance de Bernières dont il constitue l’«ouverture».

Les écrits de Mère Mectilde furent fidèlement préservés par ses «filles» bénédictines du Saint-Sacrement. Ils fournissent la seconde initiation, ici reproduite selon l’édition à paraître de ses «Amitiés mystiques».

Auprès de dirigés devenus à leur tour directeurs, femmes et hommes s’agrégèrent, formant deux branches d’une «école» mystique marquée par l’esprit franciscain.

L’initiation de Bernières607

Une correspondance ignorée entre Chrysostome et Bernières est imprimée à la fin de l’ouvrage édité à Caen sous le nom de «Divers exercices de piété et de perfection 608.» Elle couvre la dernière moitié de la seconde partie de l’ouvrage intitulée «Diversités spirituelles». Ces lettres non datées ont échappé à l’attention, car un Bernières discret se fait précéder par d’autres dirigé (e) s sans que son nom apparaisse 609 et une nouvelle pagination est adoptée.

C’est un document extraordinaire qui livre l’intimité des rapports entre les deux mystiques. Aussi D. Tronc l’édite ici en un sous-ensemble précédant le grand corpus chronologique des lettres et maximes 610. On notera la netteté avec laquelle Chrysostome sait répondre aux questions de Bernières qui sont toujours proches des nôtres. Elles sont le plus souvent très concrètes (que faire de nos biens?) et hors de toute considération théorique.

Bernières n’a pas encore atteint à cette date une pleine maturité intérieure. Il va rapidement surmonter ses hésitations et des scrupules, et sera en cela vivement mené et encouragé par «notre bon Père Chrysostome». Voici ce dialogue de lettres dont les pièces sont numérotées; nous ajoutons l’incipit entre guillemets, les titres d’origine étant divers et imprécis.

Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur [reprise]

Autres avis de conduite à diverses personnes. Tant sur l’oraison et contemplation, que sur les pratiques des plus pures vertus chrétiennes, selon l’esprit et la grâce de la perfection évangélique.

1. Lettre. «J’ai lu et considéré la vôtre…»

M., Jésus Maria. J’ai lu et considéré la vôtre, dont je vous remercie très humblement, car l’honneur de votre souvenir m’est très cher. Quant aux choses de votre âme, dont il vous a plu m’écrire; voici mon petit sentiment que je soumets à votre meilleur jugement. 78 611.

1. Cette vocation à l’oraison vous oblige à une grande pureté d’âme et de vertu, car c’est la raison que le lieu où le Dieu tout saint veut reposer, et opérer, soit aussi bien pur, ou tendant à la pureté de perfection sans retenue.

2. Cette vue simple et générale de l’immensité Divine, avec la jouissance de votre volonté, est une parfaite contemplation, et qui selon que vous écrivez, paraît purement passive. Prenez garde si dans ce temps votre volonté est opérante, soit par admiration de l’entendement auquel elle se conjoint, soit par amour, par adoration, ou par quelque autre affection; il n’importe, pourvu qu’il se fasse quelque opération. Ce n’est pas que l’âme ne se trouve quelquefois en cet état, sans pouvoir discerner si elle a opéré, tant elle est passive, et Dieu opère puissamment en elle; il semble en ce que vous écrivez, que vos puissances soient en ce temps passivement en admiration, et en amour 79 dans les coopérations fort simples, et tout cela est fort bon.

3. Vous avez raison de dire que s’abîmer dans Dieu, est autre chose que de s’unir à Dieu, et que vous le sentez ainsi. Sur quoi je vous dirai que selon que vous écrivez, il y a toujours union, mais à raison de l’abondance, votre âme semble passer en une déiformité; et vous connaîtrez mieux cela dans l’expérience, que je ne vous le saurais expliquer avec la science des livres.

4. Dans l’occasion de vos faiblesses, vous vous défendez, vous abîmant dans l’immensité, sans pratiquer un acte formel de vertu, contraire à l’imperfection? À quoi je réponds, que cela se peut, et fort bien; néanmoins il est bon ensuite dans la force de l’âme, de pratiquer tels actes formels de vertu, semblables en quelque façon à celles que vous avez omis, à raison que la perfection consiste en la vertu, et que l’âme y fait progrès par ces pratiques, beaucoup plus que par la pratique 80 susdite.

5. Vous vous étonnez de vos faiblesses au milieu de tant de faveurs; demeurez pacifique dans cette vue, aimant bien fort l’abjection qui vous en provient; ensuite humiliez-vous, puis prenez à tâche de pratiquer les vertus contraires à vos défauts, et laissez votre perfection entre les mains du bon Dieu, qui manifestement vous chérit et demeure en vous.

Courage Monsieur, votre voie est très bonne; souvenez-vous de moi pauvre pécheur, environné et chargé de beaucoup d’affaires, etc.

2. Autres avis au même. «J’ai lu et considéré vos articles…»

M. J’ai lu et considéré vos articles, assurément toutes ces lumières de la beauté d’abjection, tant en Jésus 81 qu’en l’âme du parfait, sont surnaturelles, c’est-à-dire passives, et de la grâce d’oraison. Je vous crois appelé d’une manière particulière, à honorer Jésus-Christ dans ses humiliations, dont la beauté qui vous pénètre, marque une consommation de l’amour de Jésus dans votre âme. Il est bon de cultiver cette vue de la beauté d’abjection, tantôt par la méditation, et tantôt par œuvres.

La vue par laquelle l’âme voit la voie d’abjection et de souffrance, incomparablement plus belle, que celle de douceur et d’amour, est purement surnaturelle, et marque que l’âme passe en un état bien plus parfait, que celui dans lequel elle était auparavant.

Il me semble que votre trait vous attire présentement beaucoup à la Passion, qui est la très inscrutable Abjection de Jésus. Je suis en lui, etc. 82

3. à 14. Voir l’édition supra du «Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur», seconde moitié de la deuxième partie des «Divers exercices de piété et de perfection», œuvre de Chrysostome.

15. Autres propositions et réponses sur l’oraison, etc.

[I.] M. Proposition. Comment doit-on conseiller les âmes sur la passiveté d’oraison; les y faut-il porter, et quand faut-il qu’elles y entrent, et qu’elles en sont les dangers? 132

Réponse. Ordinairement le spirituel ne doit pas prévenir la passiveté. Je dis ordinairement, d’autant que s’il travaille fortement, il pourrait demeurer quelque peu de temps sans agir, s’exposant à la grâce et à la lumière, et éprouver de fois à autre si telle pauvreté lui réussit.

Benoît de Canfeld en son Traité de la volonté Divine est de cet avis. Je crois néanmoins que celui qui s’en servira doit être discret et fidèle. 2. Le spirituel lâche qui s’expose indiscrètement à la lumière passive, se répand dans l’oisiveté, et dans la distraction, et quelquefois s’il est faible de cerveau, il s’expose à l’illusion.

II. Proposition. J’ai su de vous quelque chose touchant les communions fréquentes, ce qui me fait vous demander comment on s’y doit disposer en esprit d’oraison, lorsqu’on a des affaires.

Réponse. Le spirituel ayant des affaires, s’il en est désoccupé dans l’affection, et qu’il les conduise par principe de vue de Dieu, il se doit contenter 133 du peu de temps que la Divine Providence lui donne. 2. Plusieurs se flattent dans les affaires, et ne tendent pas assez fidèlement à ménager du temps pour l’intérieur. 3. La communion indévote contriste Jésus-Christ.

III. Proposition. Comment peut-on faire suivre l’idée opérante de son oraison dans l’occupation du prochain?

Réponse. Cela doit être différent selon les diverses dispositions naturelles, et surnaturelles des âmes, lesquelles doivent suivre pour présence de Dieu, ce qui paraît plus propre en leur état, sans s’attacher à l’objet de leur oraison. L’âme sera en un temps pénétrée d’une vérité ou objet, et en un autre temps d’une autre vérité et d’un autre objet, en cela il faut observer la liberté d’esprit. L’on peut donc garder l’idée opérante de l’oraison, dans quelques sentiments faciles, et dans les résolutions; si l’objet de l’oraison vous presse de sa lumière, suivez-le, et faites usage d’amour avec discrétion. 134

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.

M. Jésus soit notre lumière. Les grâces des âmes, et la vocation à la sainte perfection sont très différentes; il importe extrêmement au spirituel de bien examiner à quel état et à quel degré sa grâce paraît; le conduire autrement n’étant pas passif à la conduite Divine, il avance très peu, et demeure dans un centre qui n’est pas conforme au dessein de Dieu. Il faut que le feu se retire à sa sphère, l’air à la sienne, et la terre et l’eau à la leur. Et si le feu voulait se loger dans le centre de la terre, ce serait un désordre répugnant au dessein de la Divinité. Ainsi en va-t-il du spirituel, car s’il paraît par sa grâce être destiné à rendre et demeurer dans un centre élevé de perfection, il fait contre le 135 dessein de Dieu de s’arrêter dans celui qui est bas, terrestre et imparfait.

Je vous ai toujours dit que vous n’étiez pas dans le centre de votre grâce, et de votre perfection, et que votre vocation vous appelait à un état beaucoup plus pur et parfait. Votre grâce va principalement à la contemplation, à laquelle pour soulager votre corps, vous pourrez joindre un peu d’action.

2.612 La grâce vous appelle à la parfaite et pure conformité des différents états et dispositions de Jésus-Christ, et j’ai reconnu cela très clairement, tant par vos dispositions précédentes, que par celles que vous m’avez communiquées depuis peu encore.

Pour donc correspondre parfaitement à la conduite Divine, mon avis serait que vous entrassiez dans l’exécution des propositions que vous m’avez faites; mais il faut que cela se fasse d’une manière bien pure, et conforme aux dispositions de Jésus 136 Christ, et cela est très facile à faire; et je crois que vous n’aurez aucun repos que vous n’en usiez de la sorte, parce que vous ne seriez pas dans le centre de votre grâce.

Comme donc j’ai bien étudié votre grâce, et vos dispositions, je vous dis assurément que Dieu tout bon vous veut pauvre Evangélique, en la manière qui vous a déjà été prescrite; vous devez y tendre et travailler; et cependant souvenez-vous que le diable est bien rusé pour empêcher la pureté de perfection d’une âme.

Adieu cher Frère. Voici le temps d’aimer du pur amour, ne tardez plus. Ce pur Amour ne se peut trouver que dans le cœur évangélique très pauvre sans réserve.

Dieu. Jésus. Marie. Amour. Croix. Pureté. Amen613.

L’initiation de Mectilde614

Mectilde, âgée de vingt-huit ans et demi est depuis dix mois réfugiée en Normandie. Elle a rencontré en juin 1643 Chrysostome par l’intermédiaire de Jean de Bernières, l’un de ses dirigés qui a déjà pris soin d’elle sur le plan matériel et que nous rencontrerons plus tard comme directeur mystique 615 :

Monsieur, mon très cher Frère,

Béni soit Celui qui par un effet de son amoureuse Providence m’a donné votre connaissance pour, par votre moyen avoir le cher bonheur de conférer de mon chétif état au saint personnage que vous m’avez fait connaître.

J’ai eu l’honneur de le voir et de lui parler environ une heure. En ce peu de temps, je lui ai donné connaissance de ma vie passée, de ma vocation et de quelque affliction que Notre-Seigneur m’envoya quelque temps après ma profession. Il m’a donné autant de consolation, autant de courage en ma voie et autant de satisfaction en l’état où Dieu me tient que j’en peux désirer en terre. O que cet homme est angélique et divinisé par les singuliers effets d’une grâce très intime que Dieu verse en lui! Je voudrais être auprès de vous pour en parler à mon aise et admirer avec vous les opérations de Dieu sur les âmes choisies. O que Dieu est admirable en toutes choses! Mais je l’admire surtout en ces âmes-là.

Il m’a promis de prendre grand intérêt à ma conduite. Je lui ai fait voir quelques lettres que l’on m’a écrites sur ma disposition. Il m’a dit qu’elles n’ont nul rapport à l’état où je suis et que peu de personnes avaient la grâce de conduite, ce que je remarque par expérience.

Entre autres choses qu’il m’a dites, et qu’il m’a assurée, c’est que j’étais fort bien dans ma captivité, que je n’eusse point de crainte que Dieu voulût que je sois à lui d’une manière très singulière et que bientôt je serai sur la croix de maladies et d’autres peines. Il faut une grande fidélité pour Dieu.

Je vous dis ces choses dans la confiance que vous m’avez donnée pour vous exciter de bien prier Dieu pour moi. Recommandez-moi, je vous supplie, à notre bonne Mère Supérieure [Jourdaine, sœur de Jean de Bernières] et à tous les fidèles serviteurs et servantes de Dieu que vous connaissez. Si vous savez quelques nouvelles de la sainte créature que vous savez [Marie des Vallées], je vous supplie de m’en dire quelque chose. [...]

On sent que la jeune femme est nature dans sa relation, alternant compte-rendus, exclamations, incertitude présente quant à sa «carrière». Cela changera en passant de la dirigée à la directrice! Pour l’instant la jeune Mectilde a besoin d’être assurée en ce début de la voie mystique.

Le Père Chrysostome apportera donc point par point ses réponses aux questions que se pose la jeune dirigée. Elle lui demande conseil sur son expérience profonde et ardente. Chrysostome lui répond de façon très détachée et froide de façon à ne susciter chez cette femme passionnée ni attachement ni émotion sensible; afin que son destin extraordinaire soit mené jusqu’au bout, il ne manifeste pratiquement pas d’approbation, car il veut la pousser vers la rigueur et l’humilité la plus profonde. La relation faite à son confesseur est rédigée à la troisième personne! – du moins dans ce qui nous est parvenu616.

Premier texte : Relation au Père Chrysostome avec réponses, juillet 1643.

1re Proposition : Cette personne [Mectilde] eut dès sa plus tendre jeunesse le plus vif désir d’être religieuse; plus elle croissait en âge, plus ce désir prenait de l’accroissement. Bientôt il devint si violent qu’elle en tomba dangereusement malade. Elle souffrait son mal sans oser en découvrir la cause; ce désir l’occupait tellement qu’elle épuisait en quelque sorte toute son attention et tous ses sentiments. Il ne lui était pas possible de s’en distraire ni de prendre part à aucune sorte d’amusement. Elle était quelquefois obligée de se trouver dans différentes assemblées de personnes de son âge, mais elle y était de corps sans pouvoir y fixer son esprit. Si elle voulait se faire violence pour faire à peu près comme les autres, le désir qui dominait son cœur l’emportait bientôt et prenait un tel ascendant sur ses sens mêmes qu’elle restait insensible et comme immobile en sorte qu’elle était contrainte de se retirer pour se livrer en liberté au mouvement qui la maîtrisait. Ce qui la désolait surtout, c’était la résistance de son père que rien ne pouvait engager à entendre parler seulement de son dessein. Il faut avouer cependant que cette âme encore vide de vertus n’aspirait et ne tendait à Dieu que par la violence du désir qu’elle avait d’être religieuse sans concevoir encore l’excellence de cet état.

Réponse : En premier lieu, il me semble que la disposition naturelle de cette âme peut être regardée comme bonne.

2. Je dirai que dans cette vocation, je vois beaucoup de Dieu, mais aussi beaucoup de la nature : cette lumière qui pénétrait son entendement venait de Dieu; tout le reste, ce trouble, cette inquiétude, cette agitation qui suivaient étaient l’œuvre de la nature. Mais, quoi qu’il en soit, mon avis est, pour le présent, que le souvenir de cette vocation oblige cette âme à aimer et à servir Dieu avec une pureté toute singulière, car dans tout cela il paraît sensiblement un amour particulier de Dieu pour elle.

2e Proposition : cette âme, dans l’ardeur de la soif qui la dévorait ne se donnait pas le temps de la réflexion; elle ne s’arrêta point à considérer de quelle eau elle voulait boire. Elle voulait être religieuse, rien de plus; aussi tout Ordre lui était indifférent, n’ayant d’autre crainte que de manquer ce qu’elle désirait : la solitude et le repos étant tout ce qu’elle souhaitait.

Réponse : 1. Ces opérations proviennent de l’amour qui naissait dans cette âme, lesquelles étaient imparfaites, à raison que l’âme était beaucoup enveloppée de l’esprit de nature. 2. Nous voyons de certaines personnes qui ont la nature disposée de telle manière qu’il semble qu’au premier rayon de la grâce, elles courent après l’objet surnaturel : celle-ci me semble de ce nombre. Combien que par sa faute il se soit fait interruption en ce qu’elle s’éloignait617 de Dieu.

Le dialogue se poursuit et se terminera sur une 19e proposition : le père Chrysostome est patient!

[...]

17e Proposition618 : Elle entrait dans son obscurité ordinaire et captivité sans pouvoir le plus souvent adorer son Dieu, ni parler à Sa Majesté. Il lui semblait qu’Il se retirait au fond de son cœur ou pour le moins en un lieu caché en son entendement et à son imagination, la laissant comme une pauvre languissante qui a perdu son tout; elle cherche et ne trouve pas; la foi lui dit qu’il est entré dans le centre de son âme, elle s’efforce de lui aller adorer, mais toutes ses inventions sont vaines, car les portes sont tellement fermées et toutes les avenues, que ce lieu est inaccessible, du moins il lui semblait; et lorsqu’elle était en liberté elle adorait sa divine retraite, et souffrait ses sensibles privations, néanmoins son cœur s’attristait quelquefois de se voir toujours privé de sa divine présence, pensant que c’était un effet de sa réprobation.

D’autre fois elle souffrait avec patience, dans la vue de ce qu’elle a mérité par ses péchés, prenant plaisir que la volonté de son Dieu s’accomplisse en elle selon qu’il plaira à Sa Majesté.

Réponse : Il n’y a rien que de bon en toutes ses peines, il les faut supporter patiemment et s’abandonner à la conduite de Dieu. Ajoutez que ces peines et les autres lui sont données pour la conduire à la pureté de perfection à laquelle elle est appelée et de laquelle elle est encore bien éloignée. Elle y arrivera par le travail de mortification et de vertu.

18e Proposition : Son oraison n’était guère qu’une soumission et abandon, et son désir était d’être toute à Dieu, que Dieu fût tout pour elle, et en un mot qu’elle fût toute perdue en Lui; tout ceci sans sentiment. J’ai déjà dit qu’en considérant elle demeure muette, comme si on lui garrottait les puissances de l’âme ou qu’on l’abîmât dans un cachot ténébreux. Elle souffrait des gênes et des peines d’esprit très grandes, ne pouvant les exprimer ni dire de quel genre elles sont. Elle les souffrait par abandon à Dieu et par soumission à sa divine justice.

Réponse : J’ai considéré dans cet écrit les peines intérieures. Je prévois qu’elles continueront pour la purgation et sanctification de cette âme, étant vrai que pour l’ordinaire, le spirituel ne fait progrès en son oraison que par rapport à sa pureté intérieure, sur quoi elle remarquera qu’elle ne doit pas souhaiter d’en être délivrée, mais plutôt qu’elle doit remercier Dieu qui la purifie. Cette âme a été, et pourra être tourmentée de tentations de la foi, d’aversion de Dieu, de blasphèmes et d’une agitation furieuse de toutes sortes de passions, de captivité, d’amour. Sur le premier genre de peine, elle saura qu’il n’y a rien à craindre, que telles peines est un beau signe, savoir de purgation intérieure, que c’est le diable, qui avec la permission de Dieu, la tourmente comme Job. Je dis plus qu’elle doit s’assurer que tant s’en faut que dans telles tempêtes l’âme soit altérée en sa pureté, qu’au contraire, elle y avance extrêmement, pourvu qu’avec résignation, patience, humilité et confiance elle se soumette entièrement et sans réserve à cette conduite de Dieu.

Sur ce qui est de la captivité dont elle parle en son écrit, je prévois qu’elle pourra être sujette à trois sortes de captivités : à savoir, à celle de l’imagination et l’intellect et à la composée de l’une et de l’autre. Sur quoi je remarque qu’encore que la nature contribue beaucoup à celle de l’imagination et à la composée par rapport aux fantômes ou espèces en la partie intellectuelle, néanmoins ordinairement le diable y est mêlé avec la permission de Dieu, pour tourmenter l’âme, comme dans le premier genre de peines; en quoi elle n’a rien à faire qu’à souffrir patiemment par une pure soumission à la conduite divine; ce que faisant elle fera un très grand progrès de pureté intérieure.

Quant à l’intellectuelle, elle saura que Dieu seul lie la partie intellectuelle, ce qui se fait ordinairement par une suspension d’opérations, exemple : l’entendement, entendre, la volonté, aimer, si ce n’est que Dieu concoure à ses opérations; d’où arrive que suspendant ce concours, les facultés intellectuelles demeurent liées et captives, c’est-à-dire, elles ne peuvent opérer; en quoi il faut que l’âme se soumette comme dessus619 à la conduite de Dieu sans se tourmenter. Sur quoi elle saura que toutes les peines de captivité sont ordinairement données à l’âme pour purger la propriété de ses opérations, et la disposer à la passivité de la contemplation. Sur le troisième genre de peines d’amour divin, il y en a de plusieurs sortes, selon que Dieu opère en l’âme, et selon que l’âme est active ou passive à l’amour, sur quoi je crois qu’il suffira présentement que cette bonne âme sache :

1. Que l’amour intellectuel refluant en l’appétit sensitif cause telles peines qui diminuent ordinairement à proportion que la faculté intellectuelle, par union avec Dieu, est plus séparée en son opération de la partie inférieure.

2. Quand l’amour réside en la partie intellectuelle, ainsi que je viens de dire, il est rare qu’il tourmente; cela se peut néanmoins faire, mais je tiens qu’il y a apparence que, pour l’ordinaire, tout ce tourment vient du reflux de l’opération de l’amour de la volonté supérieure à l’inférieure, ou appétit sensitif.

3. Quelquefois par principe d’amour l’âme est tourmentée de souhaits de mort, de solitude, de voir Dieu et de langueur; sur quoi cette âme saura que la nature se mêlant de toutes ces opérations, le spirituel doit être bien réglé pour ne point commettre d’imperfections; d’où je conseille à cette âme :

1. d’être soumise ainsi que dessus à la conduite de Dieu;

2. de renoncer de fois à autre à tout ce qui est imparfait en elle au fait d’aimer Dieu;

3. elle doit demander à Dieu que son amour devienne pur et intellectuel;

4. si l’opération d’amour divin diminue beaucoup les forces corporelles, elle doit se divertir et appliquer aux œuvres extérieures; que si ne coopérer en se divertissant, l’amour la suit [la poursuit], il en faut souffrir patiemment l’opération et s’abandonner à Dieu, d’autant que la résistance en ce cas est plus préjudiciable et fait plus souffrir le corps que l’opération même. Je prévois que ce corps souffrira des maladies, d’autant que l’âme étant affective, l’opération d’amour divin refluera en l’appétit sensitif, elle aggravera le cœur et consommera beaucoup d’esprit, dont il faudra avertir les médecins. J’espère néanmoins qu’enfin l’âme se purifiant, cet amour résidera davantage en la partie intellectuelle, dont le corps sera soulagé. Quant à la nourriture et à son dormir, c’est à elle d’être fort discrète, comme aussi en toutes les austérités, car si elle est travaillée de peines intérieures ou d’opérations d’amour divin, elle aura besoin de soulager d’ailleurs son corps, se soumettant en cela en toute simplicité à la direction. Sur le sujet de la contemplation, je prévois qu’il sera nécessaire qu’elle soit tantôt passive simple, même laissant opérer Dieu, et quelquefois active et passive; c’est-à-dire, quand à son oraison la passivité cessera, il faut qu’elle supplée par l’action de son entendement.

Ayant considéré l’écrit, je conseille à cette âme :

1. De ne mettre pas tout le fond de sa perfection sur la seule oraison, mais plutôt sur la tendance à la pure mortification.

2. De n’aller pas à l’oraison sans objet. À cet effet je suis d’avis qu’elle prépare des vérités universelles de la divinité de Jésus-Christ, comme serait : Dieu est tout-puissant et peut créer à l’infini des millions de mondes, et même à l’infini plus parfaits; Jésus a été flagellé de cinq milles et tant de coups de fouet ignominieusement, ce qu’Il a supporté par amour pour faire justice de mes péchés.

3. Que si portant son objet et à l’oraison elle est surprise d’une autre opération divine passive, alors elle se laissera aller. Voilà mon avis sur son oraison : qu’elle souffre patiemment ses peines qui proviennent principalement de quelque captivité de faculté. Qu’elle ne se décourage point pour ses ténèbres; quand elle les souffrira patiemment, elles lui serviront plus que les lumières.

19e Proposition : Il semble qu’elle aurait une joie sensible si on lui disait qu’elle mourrait bientôt; la vie présente lui est insupportable, voyant qu’elle l’emploie mal au service de Dieu et combien elle est loin de sa sacrée union. Il y avait lors trois choses qui régnaient en elle assez ordinairement, à savoir : langueur, ténèbres et captivité.

Réponse : Voilà des marques de l’amour habituel qui est en cette âme. Voilà mes pensées sur cet état, dont il me demeure un très bon sentiment en ma pauvre âme, et d’autant que je sens et prévois qu’elle sera du nombre des fidèles servantes de Dieu, mon Créateur, et que par les croix, elle entrera en participation de l’esprit de la pureté de notre bon Seigneur Jésus-Christ. Je la supplie de se souvenir de ma conversion en ses bonnes prières, et je lui ferai part des miennes [T4, p. 641] quoique pauvretés. J’espère qu’après cette vie Dieu tout bon nous unira en sa charité éternelle, par Jésus-Christ Notre Seigneur auquel je vous donne pour jamais.

Dans le deuxième texte infra on note la précision et le soin pris de même pour encadrer la jeune femme (elle n’aura que trente ans à la mort de son directeur). Une liste (cette fois elle atteint trente points!) livre le parfum commun à l’école. Bertot proposera plus tard de façon très semblable un «décalogue» de règles à observer par la jeune madame Guyon (dans une filiation, on n’invente pas).

Nous livrons tout le texte malgré sa longueur, car il est unique par sa précision et sa netteté dans une direction mystique assurée avec fermeté par «le bon Père Chrysostome» : on est infiniment loin de tout bavardage spirituel.

Deuxième texte : Autre réponse du même père à la même âme 620.

Cette vocation paraît : 1. Par les instincts que Dieu vous donne en ce genre de vie, vous faisant voir par la lumière de sa grâce la beauté d’une âme qui, étant séparée de toutes les créatures, inconnue, négligée de tout le monde, vit solitaire à son unique Créateur dans le secret dû.

2. Par les attraits à la sainte oraison avec une facilité assez grande de vous entretenir avec Dieu des vérités divines de son amour.

3. Dieu a permis que ceux de qui vous dépendez aient favorisé cette petite retraite qui n’est pas une petite grâce, car plusieurs souhaitent la solitude et y feraient des merveilles, lesquels néanmoins en sont privés.

4. Je dirai que Dieu par une Providence vous a obligée à honorer le saint Sacrement d’une particulière dévotion, et c’est dans ce Sacrement que notre bon Seigneur Jésus-Christ, Dieu et homme, mènera une vie toute cachée jusqu’à la consommation des siècles, que les secrets de sa belle âme vous seront révélés.

5. Bienheureuse est l’âme qui est destinée pour honorer les états de la vie cachée de Jésus, non seulement par acte d’adoration ou de respect, mais encore entrant dans les mêmes états. D’Aucuns honorent par leur état sa vie prêchante et conversante, d’autres sa vie crucifiée; quelques-uns sa vie pauvre, beaucoup sa vie abjecte; il me semble qu’Il vous appelle à honorer sa vie cachée. Vous le devez faire et vous donner à Lui, pour, avec Lui, entrer dans le secret, aimant l’oubli actif et passif de toute créature, vous cachant et abîmant avec Lui en Dieu, selon le conseil de saint Paul, pour n’être révélée qu’au jour de ses lumières.

6. Jamais l’âme dans sa retraite ne communiquera à l’Esprit de Jésus et n’entrera avec lui dans les opérations de sa vie divine, si elle n’entre dans ses états d’anéantissement et d’abjection, par lesquels l’esprit de superbe est détruit.

7. L’âme qui se voit appelée à l’amour actif et passif de son Dieu renonce facilement à l’amour vain et futile des créatures, et contemplant la beauté et excellence de son divin Époux qui mérite des amours infinis, elle croirait commettre un petit sacrilège de lui dérober la moindre petite affection des autres et partant, elle désire d’être oubliée de tout le monde [T4, p. 653] afin que tout le monde ne s’occupe que de Dieu seul.

8. N’affectez point de paraître beaucoup spirituelle : tant plus votre grâce sera cachée, tant plus sera-t-elle assurée; aimez plutôt d’entendre parler de Dieu que d’en parler vous-même, car l’âme dans les grands discours se vide assez souvent de l’Esprit de Dieu et accueille une infinité d’impuretés qui la ternissent et l’embrouillent.

9. Le spirituel ne doit voir en son prochain que Dieu et Jésus; s’il est obligé de voir les défauts que commettent des autres, ce n’est que pour leur compatir et leur souhaiter l’occupation entière du pur amour. Hélas! Faut-il que les âmes en soient privées ! Saint François voyant l’excellence de sa grâce et la vocation que Dieu lui donnait à la pureté suprême, prenait les infidélités à cette grâce pour des crimes, d’où vient qu’il s’estimait le plus grand pécheur de la terre et le plus opposé à Dieu, puisqu’une grâce qui eût sanctifié les pécheurs, ne pouvait vaincre sa malice.

10. L’oraison n’est rien autre chose qu’une union actuelle de l’âme avec Dieu, soit dans les lumières de l’entendement ou dans les ténèbres. Et l’âme dans son oraison s’unit à Dieu, tantôt par amour, tantôt par reconnaissance, tantôt par adoration, tantôt par aversion du péché en elle et en autrui, tantôt par une tendance violente et des élancements impétueux vers ce divin621 objet qui lui paraît éloigné, et à l’amour et jouissance auquel elle aspire ardemment, car tendre et aspirer à Dieu, c’est être uni à Lui, tantôt par un pur abandon d’elle-même au mouvement sacré de ce divin Époux qui l’occupe de son amour dans les manières [T4, p. 655] qu’il lui plaît. Ah! Bienheureuse est l’âme qui tend en toute fidélité à cette sainte union dans tous les mouvements de sa pauvre vie! Et à vrai dire, n’est-ce pas uniquement pour cela que Dieu tout bon la souffre sur la terre et la destine au ciel, c’est-à-dire pour aimer à jamais? Tendez donc autant que vous pourrez à la sainte oraison, faites-en quasi comme le principal de votre perfection. Aimez toutes les choses qui favorisent en vous l’oraison, comme : la retraite, le silence, l’abjection, la paix intérieure, la mortification des sens, et souvenez-vous qu’autant que vous serez fidèle à vous séparer des créatures et des plaisirs des sens, autant Jésus se communiquera-t-Il à vous en la pureté de ses lumières et en la jouissance de son divin amour dans la sainte oraison; car Jésus n’a aucune part avec les âmes corporelles qui sont gisantes dans l’infection des sens.

11. L’âme qui se répand dans les conversations inutiles, ou s’ingère sous des prétextes de piété, se rend souvent indigne des communications du divin Époux qui aime la retraite, le secret et le silence. Tenez votre grâce cachée : si vous êtes obligée de converser quelquefois, tendez avec discrétion à ne parler qu’assez peu et autant que la charité le pourra requérir; l’expérience nous apprendra l’importance d’être fidèle à cet avis.

12. Tous les états de la vie de Jésus méritent nos respects et surtout ses états d’anéantissement. Il est bon que vous ayez dévotion à sa vie servile; car il a pris la forme de serviteur, et a servi en effet son père et sa mère en toute fidélité et humilité vingt-cinq ou trente ans en des exercices très abjects et en un métier bien pénible; et pour honorer cette vie servile et abjecte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, prenez plaisir à servir plutôt qu’à être servie, et vous rendez facile aux petits services que l’on pourra souhaiter de vous, et notamment quand ils seront abjects et répugnants à la nature et aux sens.

13. Jésus dans tous les moments de sa vie voyagère a été saint, et c’est en iceux la sanctification des nôtres; car il a sanctifié les temps, desquels il nous a mérité l’usage, et généralement toutes sortes d’états et de créatures, lesquelles participaient à la malédiction du péché. Consacrez votre vie jusqu’à l’âge de trente-trois ans à la vie voyagère du Fils de Dieu par correspondance de vos moments aux siens, et le reste de votre vie, si Dieu vous en donne, consacrez-le à son état consommé et éternel, dans lequel Il est entré par sa résurrection et par son ascension. Ayez dès à présent souvent dévotion à cet état de gloire de notre bon Seigneur Jésus-Christ, car c’est un état de grandeur qui était dû à son mérite, et dans lequel vous-même, vous entrerez un jour avec lui, les autres états [d’anéantissement] de sa vie voyagère n’étant que des effets de nos péchés.

14. L’âme qui possède son Dieu ne peut goûter les vaines créatures, et à dire vrai, celui-là est bien avare à qui Dieu ne suffit622. À mesure que votre âme se videra de l’affection aux créatures, Dieu tout bon se communiquera à vous en la douceur de ses amours et en la suavité de ses attraits, et dans la pauvreté suprême de toutes créatures, vous vous trouverez riche [T4, p. 659] par la pure jouissance du Dieu de votre amour, ce qui vous causera un repos et une joie intérieure inconcevables.

15. Vous serez tourmentée de la part des créatures qui crieront à l’indiscrétion et à la sauvagerie : laissez dire les langues mondaines, faites les œuvres de Dieu en toute fidélité, car toutes ces personnes-là ne répondront pas pour vous au jour de votre mort; et faut-il qu’on trouve tant à redire de vous voir aimer Dieu?

16. Tendez à vous rendre passive à la Providence divine, vous laissant conduire et mener par la main, entrant à l’aveugle et en toute soumission dans tous les états où elle voudra vous mettre, soit qu’ils soient de lumière ou de ténèbres, de sécheresse ou de jouissance, de pauvreté, d’abjection, d’abandon, etc. Fermez les yeux à tous vos intérêts et laissez faire Dieu, par cette indifférence à tout état, et cette passivité à sa conduite, vous acquerriez une paix suprême qui [vous établira dans la pure oraison623] et vous disposera à la conversion très simple de votre âme vers Dieu le Créateur.

17. Notre bon Seigneur Jésus-Christ s’applique aux membres de son Église diversement pour les convertir à l’amour de son Père éternel, nous recherchant avec des fidélités, des artifices et des amours inénarrables. Oh! Que l’âme pure qui ressent les divines motions de Jésus et de son divin Esprit, est touchée d’admiration, de respect et d’amour à l’endroit de ce Dieu fidèle!

18. Renoncez à toute consolation et tendresse des créatures, cherchez uniquement vos consolations en Jésus, en son amour, en sa croix et son abjection. Un petit mot que Jésus vous fera entendre dans le fond de votre âme la fera fondre et se liquéfier en douceur. Heureuse est l’âme qui ne veut goûter aucune consolation sur la terre de la part des créatures!

19. Par la vie d’Adam, nous sommes entièrement convertis à nous-mêmes et à la créature, et ne vivons que pour nous-mêmes, et pour nos intérêts de chair et de sang; cette vie nous est si intime qu’elle s’est glissée dans tout notre être naturel, n’y ayant puissance dans notre âme, ni membre en notre corps qui n’en soit infecté; ce qui cause en nous une révolte générale de tout nous-mêmes à l’encontre de Dieu, cette vie impure formant opposition aux opérations de sa grâce, ce qui nous rend en sa présence comme des morts; car nous ne vivons point à Lui, mais à nous-mêmes, à nos intérêts, à la chair et au sang. Jésus au contraire a mené et une vie très convertie à son Père éternel par une séparation entière, et une mort très profonde à tout plaisir sensuel et tout intérêt propriétaire de nature, et Il va appelant ses élus à la pureté de cette vie, les revêtant de Lui-même, après les avoir dépouillés de la vie d’Adam, leur inspirant sa pure vie. Oh! Bienheureuse est l’âme qui par la lumière de la grâce connaît en soi la malignité de la vie d’Adam, et qui travaille en toute fidélité à s’en dépouiller par la mortification, car elle se rendra digne de communiquer à la vie de Jésus!

20. Tandis que nous sommes sur la terre, nous ne pouvons entièrement éviter le péché. Adam dans l’impureté de sa vie nous salira toujours un peu; nous n’en serons exempts qu’au jour de notre mort que Jésus nous consommera dans sa vie divine pour jamais, nous convertissant si parfaitement [à son Père éternel] par la lumière de sa gloire que jamais plus nous ne sentions l’infection de la vie d’Adam ni d’opposition à la pureté de l’amour.

21. La sentence que Notre Seigneur Jésus-Christ prononcera sur notre vie au jour de notre mort est adorable et aimable, quand bien par icelle il nous condamnerait, car elle est juste et divine, et partant mérite adoration et amour : adorez-le donc quelquefois, car peut-être alors vous ne serez pas en état de le pouvoir faire; donnez-vous à Jésus pour être jugée par lui, et le choisissez pour juge, quand bien même il serait en votre puissance d’en prendre un autre. Hugo, saint personnage, priait Notre Seigneur Jésus-Christ de tenir plutôt le parti de son Père éternel que non pas le sien : ce sentiment marquait une haute pureté de l’âme, et une grande séparation de tout ce qui n’était point purement Dieu et ses intérêts.

22. Notre bon Seigneur Jésus-Christ dit en son Évangile : bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Oh! En effet, bienheureuse est l’âme qui n’a point ici d’autre désir que d’aimer et de vivre de la vie du pur amour, car Dieu lui-même sera sa nourriture, et en la plénitude de son divin amour assouvira sa faim. Prenez courage, la faim que vous sentez est une grâce de ferveur qui n’est donnée qu’à peu. Travaillez à évacuer les mauvaises humeurs de la nature corrompue, et cette faim ira toujours croissant, et vous fera savourer avec un plaisir ineffable les douceurs des vertus divines.

23. Tendez à acquérir la paix de l’âme autant que vous pourrez par la mortification de toutes les passions, par le renoncement à toutes vos volontés, par la désoccupation de toutes les créatures, par le mépris de tout ce que pourront dire les esprits vains et mondains, par l’amour à la sainte abjection, par un désir d’entrer courageusement dans les états d’anéantissement de Jésus-Christ quand la Providence le voudra, par ne vouloir uniquement que Dieu et sa très sainte volonté, par une indifférence suprême à tous événements; et votre âme ainsi dégagée de tout ce qui la peut troubler, se reposera agréablement dans le sein de Dieu, qui vous possédant uniquement, établira en vous le règne de son très pur amour.

24. Il fait bon parler à Dieu dans la sainte oraison, mais aussi souvent il fait bon l’écouter, et quand les attraits et lumières de la grâce nous préviennent, il les faut suivre par une sainte adhérence qui s’appelle passivité.

25. Le spirituel dans les voies de sa perfection est sujet à une infinité de peines et de combats : tantôt il se voit dans les abandons, éloignements, sécheresses, captivités, suspensions; tantôt dans des vues vives de réprobation et de désespoir; tantôt dans les aversions effroyables des choses de Dieu; tantôt dans un soulèvement général de toutes ses passions, tantôt dans d’autres tentations très horribles et violentes, Dieu permettant toutes ces choses pour évacuer de l’âme l’impureté de la vie d’Adam, et sa propre excellence. Disposez-vous à toutes ces souffrances et combats, et souvenez-vous que la possession du pur amour vaut bien que nous endurions quelque chose, et partant soyez à Jésus pour tout ce qu’il lui plaira vous faire souffrir.

26. Derechef, je vous répète que vous soyez bien dévote à la Sainte Vierge : honorez-la dans tous les rapports qu’elle a au Père éternel, au Fils et au Saint-Esprit, à la sainte humanité de Jésus. Honorez-la en la part qu’elle a à l’œuvre de notre rédemption, en tous les états et mystères de sa vie, notamment en son état éternel, glorieux et consommé dans lequel elle est entrée par son Assomption; honorez-la en tout ce qu’elle est en tous les saints, et en tout ce que les saints sont par elle : suivez en ceci les diverses motions de la grâce, et vous appliquez à ces petites vues et pratiques selon les différents attraits. Étudiez les différents états de sa vie, et vous y rendez savante pour vous y appliquer de fois à autre; car il y a bénédiction très grande d’honorer la Sainte Vierge. Je dis le même de saint Joseph : c’est le protecteur de ceux qui mènent une vie cachée, comme il l’a été de celle de Jésus-Christ.

27. La perfection ne consiste pas dans les lumières, mais néanmoins les lumières servent beaucoup pour nous y acheminer, et partant rendez-vous passive à celles que Dieu tout bon vous donnera, et en outre tachez autant que vous pourrez à vous instruire des choses de la sainte perfection par lectures, conférences, sermons, etc., et souvenez-vous que si vous ne nourrissez votre grâce, elle demeurera fort faible et peut-être même pourrait-elle bien se ralentir.

28. L’âme de Jésus-Christ est le paradis des amants en ce monde et en l’autre; si vous pouvez entrer en ce ciel intérieur, vous y verrez des merveilles d’amour, tant à l’endroit de son Père que des prédestinés. Prenez souvent les occupations et la vie de ce tout bon Seigneur pour vos objets d’oraison.

29. Tendez à l’oraison autant que vous pourrez : c’est, ce me semble, uniquement pour cela que nous sommes créés : je dis pour contempler et [pour] aimer; c’est faire sur la terre ce que font les bienheureux au ciel. Aimez tout ce qui favorisera en vous l’oraison, et craignez tout ce qui lui sera opposé. Tendez à l’oraison pas vive, en laquelle l’âme sans violence entre doucement dans les lumières qui lui sont présentées, et se donne en proie à l’amour, pour être dévorée par ses très pures flammes suivant les attraits et divines motions de la grâce. Ne vous tourmentez point beaucoup dans l’oraison, souvent contentez-vous d’être en la présence de Dieu, sans autre opération que cette simple tendance et désir que vous sentez de L’aimer et de Lui être agréable; car vouloir aimer est aimer, et aimer est faire oraison.

30. Prenez ordinairement des sujets pour vous occuper durant votre oraison; mais néanmoins ne vous y attachez pas, car si la grâce vous appelle à d’autres matières, allez-y; je dis ordinairement, car il arrivera que Dieu vous remplissant de sa présence, vous n’aurez que faire d’aller chercher dedans les livres ce que vous aurez dans vous-même; outre qu’il y a de certaines vérités divines dans lesquelles vous êtes assez imprimée, que vous devez souvent prendre pour objets d’oraison. En tout ceci, suivez les instincts et attraits de la grâce. Travaillez à vous désoccuper et désaffectionner de toutes les créatures, et peu à peu votre oraison se formera, et il y a apparence, si vous êtes fidèle, que vous êtes pour goûter les fruits d’une très belle perfection, et que vous entrerez dans les états d’une très pure et agréable oraison : c’est pourquoi prenez bon courage; Dieu tout bon vous aidera à surmonter les difficultés que vous rencontrerez dans la vie de son saint Amour. Soyez fidèle, soyez à Dieu sans réserve; aimez l’oraison, l’abjection, la croix, l’anéantissement, le silence, la retraite, l’obéissance, la vie servile, la vie cachée, la mortification. Soyez douce, mais retenue; soyez jalouse de votre paix intérieure. Enfin, tendez doucement à convertir votre chère âme à Dieu, son Créateur, par la pratique des bonnes et solides vertus. Que Lui seul et son unique amour vous soient uniquement toutes choses. Priez pour ma misère et demandez quelquefois pour moi ce que vous souhaitez pour vous 624.

Extraits de lettres où Mectilde parle de Chrysostome

Les 26 lettres sont de Mectilde sauf une : 6 en 1644, 5 en 1645, 13 en 1646 où meurt Chrysotome, 2 en 1653. Rien de fondamental sauf un profond attachement à l’égard de Chrysostome (Mectilde est encore loin d’avoir achevé un détachement mystique), le transfert de direction que ce dernier confie à Bernières, la récolte difficile de ses écrits auprès de ses confrères du TOR, l’édition entreprise à Paris par Mectilde qui obtiendra trois approbations. Bernières est absent en tant qu’écrivain de lettres, mais il assurera l’édition complémentaire du volume publié à Caen, nettement plus d’intérêt à nos yeux. Voici des extraits de ces lettres625 :

15 février 1644 LMB Saint Maur («Notre bon Père» surchargé).

Je n’osais m’adresser directement à vous, sachant bien que présentement les affaires du Canada vous occupent, néanmoins j’étais pressée de vous demander par l’entremise de notre bon Frère Monsieur de Rocquelay l’assistance que vous m’avez donnée. Notre bon Père Chrysostome étant toujours surchargé d’affaires je ne l’ose l’importuner. De sorte que je supplie votre charité de souffrir que je m’adresse quelquefois à vous pour en recevoir ce que ma nécessité demande et ce que la gloire d’un Dieu vous oblige de me donner.

31 mars 1644 LMB (Des bons effets d’une direction appréciée).

Il n’y a rien dans cet écrit que vous puissiez faire transcrire, car de plus de mille personnes vous n’en trouverez point de ma voie ni qui lui soit arrivé tant de choses. Vous n’en verrez qu’un bien petit abrégé en cet écrit, car des grands volumes ne suffiraient pour contenir le tout. J’espère néanmoins que vous en concevez suffisamment pour admirer la bonté de Dieu qui m’a enlevée par les cheveux comme le Prophète. Le bon Père Chrysostome ne se peut tenir de remarquer quelle Providence de Dieu, et combien amoureuse sur une pécheresse comme moi. Toute la répugnance que je puis avoir de la vue de l’écrit, c’est certaines rêveries. [...]

Voilà aussi un petit billet qu’une de mes Sœurs écrit au Révérend Père Chrysostome, je vous supplie de me bien recommander à lui à Dieu encore une fois mon très cher Frère.

13 mai 1644 LMJ (sur les écrits du Père).

À Jourdaine de Bernières Le ciel vous récompensera de tout et singulièrement du saint petit livre que vous m’avez envoyé. On dit qu’il ne s’en trouve plus d’imprimé. Je vais le faire remettre sous la presse, car j’en désire quantité626. Vous avez fort bien compris dans la lettre de N627 ce que je demande de sa charité, et lesquelles choses il m’a promis. J’excuse le retardement qu’il apporte à me donner ce bien d’autant que je sais qu’il est si fort occupé de Dieu et employé ès œuvres de son service qu’il n’a pas le loisir d’effectuer ce qu’il m’a promis, mais puisque la Divine Providence vous a fait la dépositaire de ces trésors, je vous supplie en l’amour des sacrées plaies de notre très adorable Maître de me faire part des grands biens que vous possédez.

Entre autres choses, il m’a parlé de certains degrés de la parfaite abjection que notre bon Père Chrysostome a fait depuis peu, mais ils ne sont imprimés. Lui ayant dit que j’avais un imprimeur à ma liberté il m’assura qu’il me les enverrait avec la beauté divine et quantité d’autres choses, je ne sais s’il en a perdu le souvenir. Au temps qu’il pourra appliquer son esprit à ces choses, je supplie votre bonté de lui en parler. Cependant, de votre628 [26], soyez-moi favorable et prenez quelque pitié d’une âme dans toutes sortes de privations. Je vous renverrai fidèlement ce que vous m’envoyez après que je l’aurai copié.

19 août 1644 LMR (Visite attendue).

J’attends cette semaine notre très cher Père Chrysostome. J’attends quelque chose de sa charité pour une de mes sœurs d’ici et pour la Mère Benoîte. Je vous enverrai le tout lorsque je l’aurai, quand Notre Seigneur vous donnera quelque chose ensuite de sa divine soif. Je vous supplie m’en faire part afin qu’avec vous je puisse au mieux qu’il me sera possible désaltérer l’ardeur de mon Jésus et souffrir lors qu’il m’en rendra digne. Je vous laisse tout à lui et pour lui. Je suis/M./Votre etc.

21 octobre 1644 LMR (Voyage à Paris?)

J’attends cette semaine le bon Père Chrysostome pour l’entretenir sur les pensées d’une retraite que j’ai faite ces jours passés. Je vous enverrai ses sentiments sur ce que j’ai expérimenté. [...] Je vous supplie que notre cher N. se souvienne quelquefois devant Dieu de sa pauvre et indigne Sœur. On m’a dit qu’il devait bientôt venir à Paris. Je m’en réjouis, car certainement notre bon Père viendra à Saint-Maur avec lui. Très cher Frère, tâchez d’être de la partie et notre joie sera grande. Nous parlerons ouvertement de tout ce que nous aimons

10 décembre 1644 LMR Saint Maur (sur la Mère Benoîte, «une élue»).

Je viens de recevoir une lettre que notre bonne Mère Benoîte vous écrit. Je vous l’envoie vous suppliant de prendre la peine de lui écrire comme vous l’avez reçue. Je pensais vous envoyer la disposition, mais elle est encore entre les mains de notre bon Père Chrysostome. Je promets qu’aussitôt qu’il y aura fait réponse, je vous en enverrai la copie. Vous verrez un excès de la miséricorde divine à la sanctification de cette âme. C’est une élue.

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers (Voyage en Lorraine?)

À Monsieur de Rocquelay. Notre sortie de Paris a été en quelque sorte si précipitée qu’il me fut impossible de vous écrire selon que je l’avais projeté. J’appris de notre très honoré Père Chrysostome qu’il devait venir dans dix jours, mais il n’y avait pas moyen de retarder. Il me promit qu’il se souviendrait de moi dans les saintes conférences que vous ferez ensemble. [...] Je vous écris la présente à Voy, le dimanche 29 janvier 1645. Ce bourg est à 20 lieues de Rambervillers.

Février 1645 LMR Rambervillers («Suppliez-le»)

Priez Dieu pour nous, je vous supplie et m’obligez de prendre la peine de présenter nos humbles obéissances à notre bon Père Jean Chrysostome. Suppliez-le d’avoir mémoire de moi devant Notre Seigneur.

11 Août 1645 LMB (Maladie)

Je vous assure, Mon très cher Frère, que je vais prier Dieu en tous les lieux de ma connaissance pour la conservation de notre bon Père [Chrysostome]. Plus je fais de réflexion sur nos états plus je vois le besoin que nous avons de sa sainte conduite. Nous allons commencer une neuvaine de communions pour cet effet, nous adressant à la sacrée Mère de Dieu qui a tout pouvoir dans le Ciel. Chacune de nous en particulier le demande à Dieu. Je vous supplie, attendant votre réponse dans notre pauvre retraite de Saint-Maur, faites-moi savoir comme il se porte et puis que la divine Providence vous tient à Paris. Tâchez de le faire soulager, Monsieur de Saint-Firmin fut hier ici. Il me dit qu’il avait grand regret de n’être venu à Saint-Maur que vous y étiez. Il désire de vous voir. Il connaît [51] de très bons médecins. Voyez si je le dois prier de les consulter ou si vous prendrez la peine de parler vous-même aux médecins pour leur faire concevoir ses incommodités, il est important qu’ils en sachent les causes. Il me tarde d’apprendre ce qu’ils en auront conclu. Je voudrais être à Paris pour employer ma petite puissance à vous servir en cela. J’écris à monsieur Ameline sans lui parler de son affaire. Je laisse le tout à notre bonne Mère qui en peut parler comme il faut. Communiquez toutes choses à notre cher Père [Chrysostome] et ensemble conclure de ce qu’il convient faire pour la gloire de Dieu, et pour la perfection de celles qui seront destinées à cette œuvre.

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur

Je ne vous mande rien de particulier. Je suis trop pressée. Nos humbles et bien affectionnées recommandations à notre cher Père [Chrysostome] lorsque vous le verrez.

5 novembre 1645 LMB (Les assistances reçues)

Je vous supplie avant que de partir de me recommander à notre très cher et bon Père [Chrysostome], et le remerciez pour moi de tous les soins et [41] les assistances que j’ai reçus de sa bonté. Obligez-le par vos intimes prières d’être toujours mon père et mon cher directeur, puisque notre Seigneur me l’a donné par vous. Faites, je vous supplie, que ce bonheur me soit continué

10 Février 1646 LMB (Une maladie qui ne paraît pas grave)

Jésus pauvre629 soit l’objet de votre amour! J’ai reçu une de vos lettres c’est l’unique que j’ai reçue depuis la maladie de notre très cher Père [Chrysostome] [...] Ne vous mettez point en peine de son traitement, nous qui sommes près de lui. Nous en avons bien soin. Il m’a mandé qu’il y avait apparence que sa fièvre le voulait quitter et qu’il s’abandonnait à ce qu’il plairait à notre Bon Dieu d’en ordonner. Il nous fait aussi espérer de le voir dès les premiers beaux jours. Il faudrait que vous fussiez de la partie pour rendre la consolation entière.

26 Mars 1646 LMB ( conduit à l’extrémité?)

Fidélité sans réserve630! Sacrificate sacrificium, etc. Je n’espérais pas vous mander de si tristes nouvelles, mais [98] il ne faut point différer de vous dire que notre très cher Père [Chrysostome] reçut hier au soir l’Extrême-Onction. Aujourd’hui matin, le médecin m’a mandé qu’il était à l’extrémité. Je vous laisse à penser quelle surprise et quel choc j’ai reçu à ces nouvelles. Il sortit d’ici mercredi, fête de notre Bienheureux Père631. Il était en si bonne disposition que j’en étais toute ravie. Il retourna trop tôt pour nous, car venant d’un bon air, le lendemain il retombe dans sa maladie dont les médecins conclurent qu’il lui fallait tirer du sang. Ce qui l’a réduit dans l’extrémité où il est, on n’en attend plus que la disposition de l’ordre divin. Je ne vous puis dire combien une telle perte me touche. Encore, si vous étiez ici pour lui rendre les derniers devoirs comme à notre très cher et très honoré Père!

C’est à présent que nous entrons dans le vrai dépouillement, car il me semblait qu’en le possédant, je jouissais d’une précieuse richesse. Je dirai désormais : «Mon Père qui êtes aux Cieux», puisque je le crois dans la béatitude éternelle s’il meurt. Et je commence déjà à le prier fervemment qu’il me donne secours du ciel comme il l’a fait en la terre pour aller à mon Dieu. J’ai mandé au bon Frère Jean [Aumont]  de vous avertir promptement de tout. Je ne sais s’il l’aura fait. Je finis, attendant des nouvelles de ce saint Père, j’envoie savoir comme il est. Je vous laisse dans la douleur de notre perte. Pour moi, je me sens comme abîmée dans le divin plaisir de mon Dieu avec agrément de toute [99] privation que je ressens très grande pour me donner moyen de me sacrifier de la bonne façon. À Dieu, mon très cher Frère, et pour l’avenir, mon Père et mon Frère. Au saint amour, je suis,/M/Votre, etc.

16 Avril 1646 LMJ. (La mort — Obtenir ses écrits — Une petite ceinture de fer)

À la Mère Jourdaine de Bernières, Supérieure des Ursulines de Caen.

Je voudrais vous pouvoir dire combien la mort de notre très saint Père Jean Chrysostome me dépouille des créatures. Il me semble que je n’ai plus de secours en terre et que je me dois désormais toute renfermer dans Dieu, où je trouverai celui qu’il a retiré de la terre pour l’abîmer dans l’éternité de son divin amour. Je vois néanmoins que mon dénuement n’est pas entier puisqu’il me reste la chère consolation d’écrire à notre cher Frère et de recevoir ses avis et les vôtres. Notre saint Père nous a instamment recommandé la communication avec grande franchise : ce sont ses dernières paroles que j’observerai toute ma vie à votre endroit et celui de nos deux bons frères. Ce fut l’avis qu’il me donna pour, après sa mort, conserver entre nous son esprit et ses hautes maximes de perfection qu’il nous enseignait de pratiquer. Je suis très aise que l’on vous écrivît sa mort. Le bon Père Elzéar, son bon parent, nous vint voir et se chargea de nos lettres qui vous exprimaient quelque peu de ma douleur. Je ne sais si vous l’avez reçu. Quoiqu’il en soit, ne vous mettez pas en peine de ma santé. Elle sera toujours bonne lorsque je ne désisterai point de me rendre à Dieu. J’écrivis ces jours passés à notre très Cher Frère où je lui mandais que notre saint Père demeurait toujours en abjection dans l’esprit de quelques-uns de leur maison, et Frère Jean m’a mandé qu’il n’en faut point parler.

J’avais prié Monsieur de N. de faire effort pour nous avoir quelques-uns de ses écrits, mais particulièrement celui des attributs divins. Il les a demandés avec trop peu de ferveur et, comme le Provincial lui demandait s’il les voulait voir et lire, j’en fus fâchée, car s’il les eût pris pour quinze jours, je les aurais fait copier. Je vois bien que ce bon M. n’était pas un de ses fidèles enfants. Il faut néanmoins que je fasse un second effort pour les avoir, mais j’attendrai l’avis de notre bon Frère auquel j’ai écrit de ceci. Le Révérend Père Elzéar vous fera bien mieux que moi le récit de la mort de notre digne Père. Je crois qu’il est présentement à Caen.

J’espère être demain ou après sur le tombeau de notre saint Père où certainement je verserai beaucoup de larmes. Je me souviendrai de vous, ma très Chère Sœur, car j’ai une grande confiance à ses prières et, depuis sa mort, j’ai reçu beaucoup de miséricordes et grâces très particulières. Je le prie en mes oraisons et je m’en trouve bien. Frère Jean désire de nous voir. J’apprendrai encore quelque chose de lui. J’ai demandé quelque chose pour conserver comme relique, mais je n’ai pas été digne d’obtenir ce que je désirais. Un peu avant sa mort, il m’avait donné sa petite ceinture de fer qu’il a portée beaucoup d’années. Je la garde bien chèrement et duquel je voulais vous en écrire et à notre cher Frère, mais j’attendais encore pour voir si ma disposition est solide.  

24 Juin 1646 RMR («Un souvenir très particulier» - Projet de publication)

Le jour de la Saint Jean [Baptiste], qui est la fête de notre très cher frère duquel j’ai eu un souvenir très particulier. Dieu seul! Monsieur, Jésus nous soit uniquement toutes choses à jamais! Je me réserve de vous écrire après le départ de notre chère Mère où j’espère avoir plus de loisir qu’à présent. Cependant votre bonté m’oblige de vous écrire ce mot pour vous assurer que j’ai reçu les deux livres que notre très cher Frère [Bernières] nous envoie (par votre bon voisin). Je l’en remercie de tout mon cœur et vous aussi. C’est pour une bonne demoiselle de nos bienfaitrices qui nous les a demandés très instamment. Vous nous avez obligée extrêmement. Je [ne] prétends point vous entretenir par la présente. Je me réserve à vous raconter mes dépouillements qui semblent s’accroître tous les jours, mais d’une manière que je ne sais si je vous la pourrai dire. Je vous supplie de dire à notre très cher et très bon Frère que s’il veut faire imprimer quelque écrit de notre bienheureux Père [Chrysostome)] que monsieur le Curé de Saint-Jean en Grève à Paris me promet telle approbation que je voudrais pour les écrits de ce digne personnage. Que notre cher Frère voie s’il est à propos de faire imprimer la sainte abjection. Une autre personne s’offre à payer les frais qu’il y faudra faire. Je suis dans l’attente de deux témoignages de deux bons prêtres, grands serviteurs de Dieu, qui ont eu connaissance particulière de la béatitude de notre saint Père. Je vous les enverrai si notre Seigneur me rend digne de les posséder. J’ai vu son portrait. On me l’apporta jeudi dernier, mais il a si peu de ressemblance à son original que j’ai prié le peintre d’en faire un autre. Je lui ai dit les défauts que j’y trouvais. Il m’a promis d’y travailler au bref. La vue de son image quoique mal faite m’a extrêmement touchée et causé de si grands respects que s’il eût été bien naturel, je me fusse jetée en terre pour le révérer et le baiser dans un grand sentiment d’humilité, mais il avait si peu de rapport que s’il ne m’eût assuré qu’il l’avait (peint) pour représenter ce saint Père, je ne l’aurais jamais pris pour cela.

7 juillet 1646 RMB (Confiée à Bernières)

Ayez pitié de mes pauvretés et me prêtez secours pour aller à Dieu. Notre Père [Chrysostome] m’a ordonné d’avoir recours à votre charité et je vous demande l’aide que vous me devez par son saint amour, pour ne point tomber dans une infidélité qui ne se pourrait bonnement réparer.

28 Juillet 1646 RMB Le Bienheureux Grégoire Lopez – Elle se confie à Bernières)

Je commençai le lendemain que j’ai reçu votre lettre qui était le 20 juillet, la fête du bienheureux Grégoire Lopez632. Je fus extrêmement aise [77] de me pouvoir donner à la puissance et à l’amour de Jésus Christ avec ce grand saint. Notre bienheureux Père [Chrysostome] m’a bien recommandé de l’aimer et de tâcher de l’imiter dans sa haute pureté. Il est vrai que la divine miséricorde m’a fait beaucoup de grâces, mais il faut que vous connaissiez mes infidélités aussi bien que les faveurs que je reçois de notre bon Seigneur. Elles sont extrêmes et la négligence que j’apporte à la grâce est un défaut épouvantable, car il me semble que mon esprit ne devrait plus être ni avoir vie qu’en Jésus-Christ. Je sens un grand désir d’user de la simplicité dont vous nous parlez dans les vôtres pour par icelles avoir moyen d’accomplir les conseils de notre bon Père, mais je vous supplie, avertissez-moi en toute franchise et liberté de ce que vous remarquerez être contraire à l’esprit de Jésus Christ. Vous ne pouvez refuser cette grâce sans offenser sa charité qu’il a mise en vous et qu’il prend plaisir d’y régner.

21 Août 1646 RMB (Bernières saint Ange)

Je remarque qu’au temps que vous pouvez posséder ce bonheur, je priais plusieurs jours de suite mon saint ange [P. Chrysostome] de faire prier cette sainte pour moi. Hélas, je ne pensais pas pour lors que vous deviez faire l’office de mon Ange.

5 septembre 1646 L 1,34 Pauvres de toutes créatures, ne vivons que de Dieu purement en Dieu. (Union).

Ma très chère Sœur, pauvres de toutes créatures, ne vivons que de Dieu purement en Dieu. Ce doit être à présent là notre principale occupation, puisque ce que nous possédions de plus cher en la terre est tellement en Dieu, qu’il sera éternellement une même chose avec Lui. Nous ne pouvons donc désormais être unis à ce cher père [Chrysostome] que nous ne soyons unis à Dieu. Et c’est ce qui nous doit faire estimer notre privation, puisqu’elle nous conduit à une si parfaite union.

26 Septembre 1646 RMR

J’ai bien de quoi vous entretenir de notre bon Père et de notre cher Ange [Chrysostome et Bernières]. Priez Dieu pour moi de tout votre cœur. Je vous enverrai deux dispositions intérieures bien jolies. À Dieu, mon très cher Frère! Que Jésus vous consomme de son divin amour et nous favorise d’une pauvreté suprême de toutes créatures, d’une souffrance sans consolation d’aucune créature!

5 Octobre 1646 RMR (Récolte d’écrits, portrait)

J’attends avec affection le traité de la sainte abjection de notre B. P. [Chrysostome]. J’ai un imprimeur tout prêt qui désire avec passion de l’imprimer et deux excellents docteurs qui donneront leur approbation. Voyez si vous voulez prier Monsieur de Barbery d’y joindre la sienne. Si vous m’aviez donné la beauté divine, il y a longtemps que cela serait fait. Je vous supplie, que ce soit au plus tôt et me mandez, s’il vous plaît, si notre très cher frère le veut en petit livre ou en cahier. Envoyez-moi un petit morceau de papier de la largeur et longueur que vous le désirez. Voilà une copie de son portrait que le peintre m’a envoyé, mais je l’ai trouvée si mal rapportant à son original que je l’ai prié d’en faire d’autres et lui ai dit les défauts que j’y remarque. Celui-ci n’en a quasi point de ressemblance. Le second qu’il a fait est beaucoup mieux. J’espère qu’au troisième, il réussira et puis il nous en fera des tableaux à l’huile plus solides que celui-ci. Montrez-le, s’il vous plaît, et leur demandez s’ils ont reçu nos lettres.

23 Octobre 1646 RMB («il me semble que j’ai changé de disposition»)

Dieu seul et il suffit!

Depuis la mort de notre bon Père [Chrysostome], il me semble que j’ai changé de disposition et je ne sais si vous avez vu quelque petite chose, mais grande pour moi, que j’ai reçue de la divine bonté. Entre autres choses (Je serais trop longtemps à dire le reste), il me fut donné d’entendre que cette année était pour moi une année de miséricorde et, pour vous parler franchement, il ne se passe guère de jours que je n’en reçoive de nouvelles. Je les attribue au mérite et à l’intercession de notre bon Père et admire une chose en lui à mon égard. La première fois que je m’en aperçus fut peu de jours après sa bienheureuse mort. Je me sentis poussée intérieurement de demeurer environ deux heures à genoux, les mains jointes, et mon âme se trouvait dans un si grand respect que je ne pouvais me mouvoir à l’extérieur. Au commencement, je faisais une très humble et très douce prière à notre bienheureux Père de me donner part à son esprit. Enfin je désirais avoir liaison avec son âme, et entrer dans ses fidélités au regard de la grâce, et après cette petite prière je me trouve dans un grand silence. Mon âme adhérait passivement à son lieu et on me tenait en état de recevoir de grandes choses. Dans ce silence et ce grand recueillement de toutes mes puissances, il se fit en mon âme une impression de l’esprit de Jésus Christ et cela se faisait, tout mon intérieur était rempli de Jésus Christ, comme une huile épanchée, mais qui opérait une telle onction, que depuis ce temps-là, il m’en a toujours demeuré quelque sentiment, mais ceci fit des effets tout particuliers en moi.

Pour notre refuge ici, nous vivons comme des enfants attachés à la sainte Providence qui nous subvient en nos besoins. Notre bon Père [Chrysostome] nous a très instamment exhortées en ses derniers jours d’établir ce refuge et d’en faire une retraite d’âmes ordonnées et attirées à l’oraison.

Ne devons-nous pas plus espérer de vous voir, mon très cher Frère? [Ne] viendrez-vous pas visiter le tombeau de notre bon Père [Jean Chrysostome] et par même moyen consoler de votre présence ses pauvres enfants? Je n’espère pas encore retourner en Lorraine, mais si cela est, il faut auparavant que vous me fassiez la grâce de me faire voir la bonne âme de Coutances. Je ne crois pas que Notre Seigneur désagrée cela (sic). J’espère qu’il vous en donnera la pensée. Pour les commodités du voyage, j’y mettrai bon ordre et sans bruit. Il suffirait que vous y trouvassiez pour nous y donner accès.

Le bon Frère Jean [Aumont] vous salue d’une entière affection, et vous remercie de tout son cœur de la peine que vous avez prise pour son dessein. Il est tellement rempli de la divine grâce, à présent, qu’il a perdu tout autre désir.

6 Novembre 1646 RMB (« vous êtes mon bon Frère et celui qui m’est donné de Dieu par la bouche de notre bon Père.»). 

3/Je crains de perdre l’esprit d’oraison qu’il semble prendre quelque petit accroissement, celui de pénitence et de sainte pauvreté et abjection que notre bon Père [Chrysostome] nous a si saintement imprimées en notre esprit.

À Dieu, mon très cher Frère! Voyez avec quelle simplicité je vous écris. Vous le voulez bien, car vous êtes mon bon Frère et celui qui m’est donné de Dieu par la bouche de notre bon Père.

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu.

J’espère d’être bientôt en l’état que la direction du Père Chrysostome avait tant approuvé, et m’avait conseillé de la part de Notre Seigneur. Que N. lui offre, s’il lui plaît, je l’en prie de tout mon cœur, afin que dépouillé de moi-même, je sois revêtu de Jésus-Christ.

1er Décembre 1653 lettre à Monsieur Henri Boudon

Mon très cher frère633 Jésus soit notre unique vie pour le temps et l’éternité. Il y a quelque dix ou douze jours que je suis incommodé d’un gros rhume qui m’a empêché de répondre à vos précédentes dont je vous remercie, ayant reçu beaucoup de consolation à les lire. Je réponds présentement à votre dernière et voici une lettre pour notre chère Mère de St Jean toute conforme a vos intentions que vous lui ferez tenir en la manière que vous le jugerez à propos. Jamais cette bonne mère ne m’a parlé de Madame de Guise.

Lettre datée du 12 avril 1646 de Benoîte de la Passion à Mectilde

à notre révérende Mère Institutrice réfugiée à Saint-Maur :

«Vive l’anéantissement sacré de mon Dieu! Par la lecture de votre lettre, j’ai appris que notre cher Père avait quitté la terre pour aller au ciel. J’eus une grande émotion de cœur qui me continua le long du jour (c’était le dimanche de Quasimodo). Cette émotion contenait en soi une grande ardeur d’esprit, qui brisait quasi les forces du corps. L’espérance, la réjouissance de sa béatitude emportait le dessus sur la tristesse. Au commencement de l’office des morts, je fus outré de nouveau d’une grande tristesse, mais l’intime complaisance au vouloir de ce grand Dieu ne permit point que les larmes coulassent. Il me semblait que mon âme se fondait en dilection du bon plaisir de Dieu. Étant en oraison après Vêpres, il me fut montré comme dans une nuée assez claire, que la perte que nous avons faite se trouvait dans le ciel, qu’on ne pouvait pas dire en vérité l’avoir perdu, que les pertes que l’on fait en Dieu se retrouvent pleinement en Lui.

Vous savez, ma très Chère Mère, combien j’ai perdu, parlant humainement, néanmoins il n’était pas en mon pouvoir d’en faire le sacrifice à ce Dieu d’amour, parce que mon vouloir était tout anéanti dans le vouloir divin. Je ne saurais dire, ma très Chère Mère, l’occupation de mon esprit tout ce jour-là. J’aime autant en béatitude, et même davantage que l’assistance que j’en recevais lorsqu’il était en terre. Il nous peut beaucoup plus servir en ces hauts lieux qu’en cette vallée de larmes. Je suis bien plus près de lui à présent que lorsqu’il était vivant à Paris, parce que nous le trouvons en Dieu.

Il faut que je vous dise, ma Chère Mère, qu’un peu avant la mort, une nuit en dormant il me semblait voir un religieux de l’ordre de Saint-François, grandement vénérable, qui me parlait de Dieu et des choses de la perfection avec beaucoup de dilection pour moi. La nuit suivante, je vis le même religieux dans un lieu où il y avait une grande assemblée de peuple, entr’autres vous y étiez, Chère Mère, et notre Mère Prieure et une religieuse. Ce digne religieux était un peu éloigné de nous et tenait dessous ses pieds un serpent et beaucoup de bêtes venimeuses qui dans mon esprit représentaient le diable, la chair et le monde. Les ayant ainsi subjuguées, il s’en alla avec grande vitesse et agilité dans un lieu très haut et délicieux. Étant dans ce lieu délectable, il regardait toute l’assistance avec une grande douceur. Qu’est ceci, disais-je en moi-même? Ne serait-ce point le Père Chrysostome qui s’en ira bientôt à Dieu? Ma Chère Mère, je vous dis ceci en simplicité, et je n’y fais aucun fondement

Tables

1.Table d’ensemble :

Ce dossier contient de larges extraits prélevés dans les sources qui nous éclairent sur les débuts de «l’école du cœur» :

Présentation

Les débuts du tiers Ordre franciscain — Vincent Mussart — Notices (J.-M. de Vernon)

La Vie d’Antoine Le Clerc, sieur de la Forest (J.-M. de Vernon)

L’Homme Intérieur ou La Vie du Vénérable Père Jean Chrysostome (Henri-Marie Boudon)

Divers exercices de piété et de perfection (Chrysostome de Saint-Lô édité par M. de Bernières)

Divers traités spirituels et méditatifs (Chrysostome de Saint-Lô édité par Mère Mectilde)

: Monsieur de Bernières et Mère Mectilde (Extraits prélevés dans les sources précédentes)


J’omets la transcription de près de la moitié des Divers exercices de piété et de perfection, gros assemblage de six cents pages d’écrits recueillis «de notre bon Père». Il s’agit d’exercices méditatifs et ascétiques. Ils soulignent les épreuves subies par Jésus-Christ, le modèle pour François d’Assise qui fut fidèlement repris à l’Ermitage de Caen. Ils constituaient des supports utilisés tous les jours et lors des retraites par les Associés de l’Abjection. Marquées par un esprit de grande humilité et de simplicité franciscaine, mais aussi par le dolorisme propre aux dévots du Grand Siècle, des sections sont écourtées lorsqu’elles s’avèrent répétitives et mettent alors mal en valeur la fraîcheur spontanée propre à la vie des mystiques. Par contre la dernière partie de l’assemblage livre les directions personnelles assurées par le P. Chrysostome. Elle est admirable.



2.Table détaillée

Présentation 7

Les origines et le sieur de la Forest (1563-1628)7

Le maître caché des mystiques normands9


Les débuts de l’Ordre & Vincent Mussart 13

Article XVIII. La restauration des tertiaires réguliers en France en 1595 par le révérend père Vincent Mussart ou de Paris.15

Article XIX. Le père Vincent de Paris surmonte des difficultés extrêmes dans le rétablissement du tiers Ordre Régulier.16

Article XX. Le progrès de la congrégation gallicane depuis le commencement de sa réforme.18

[Election du P. Chrysotome provincial de France]18

§.XXII. Les personnes remarquables de la province de Saint-François [Vincent de Paris annote Denis le Chartreux]18


Notice sur le P. Chrysostome19


La Vie d’Antoine Le Clerc, sieur de la Forest 23

Chapitre premier. Sa jeunesse et sa science.25

Chapitre II. Ses exercices de piété.27

Chapitre III. Son degré d'oraison, et son esprit prophétique.29

Chapitre IV. Continuation du sujet précédent.32

Chapitre V. Sa préparation à la mort.34


L’Homme Intérieur ou La Vie du Vénérable Père Jean Chrysostome 39

Première partie42

Chapitre II. La naissance et l’éducation du vénérable Père Jean Chrysostome.42

Chapitre III. Son entrée dans le cloître.43

Chapitre IV. Ses excellentes vertus dans l’état religieux.44

Chapitre VI. Sa pureté angélique.46

Chapitre VIII. Sa fidélité inviolable aux exercices spirituels.47

Chapitre X. Sa vertu éminente dans ses différents emplois, et les bénédictions abondantes que Dieu y a répandues.47

Deuxième partie.50

Chapitre Premier. De sa haute estime pour Dieu.50

Chapitre II. Du pur amour que le vénérable P. Jean Chrysostome e eu pour Dieu.51

Chapitre V. De son entier abandon à la Divine Providence.53

Chapitre VI. De la sainte haine qu’il s’est portée.54

Chapitre VIII. De son rare amour pour la vie cachée.56

Chapitre IX. De son amour admirable pour la vie abjecte.57

Chapitre X. De son amour insatiable pour les croix.57

Troisième partie58

Chapitre III. De sa dévotion aux mystères de l’aimable Jésus.58

Chapitre IV. De son Oraison.58

Chapitre VII. De sa charité pour le prochain.59

Chapitre VIII. De la sainteté de sa conduite. Eloge de M. de Bernières et de M. de la Forêt.60

Chapitre IX. De ses traités spirituels.71

Chapitre X. De sa dernière maladie et précieuse mort.71

Chapitre Xl. Sa mémoire est en bénédiction.76

Présentation des écrits de Chrysostome publiés par ses disciples Bernières et Mectilde79

Note sur la direction de Bernières par le P. Chrysostome82


Divers exercices de piété et de perfection 83

(page de titre, face au beau portrait de Chrysotome :) « La Solitude des cinq jours. De la souffrance de Jésus dans le mépris d’Hérode »84

Approbations des Docteurs.84


[Première partie paginée de 1 à 212 ] ]87


Premier exercice traitant de la sainte vertu d’abjection87


Premier traité : de la sainte abjection.87

La société spirituelle de la sainte abjection87

Avis.87

Règles de la société.87

Chapitre premier87

La Sainte protestation d'Abjection qui se doit faire ensuite de la messe en laquelle on aura communié.89

Exercice journalier de cette sainte société.90

Chapitre II.90


Traicté second. États différents et diverses pratiques de la sainte abjection.93

Advis93

Chapitre I. Vues ou lumières surnaturelles de la superbe d’Adam93

Chapitre II. Abjection dans le rien de l’être94

Chapitre III. Abjection de Providence.95

Chapitre IV. Abjections d'inutilité.95

Chapitre V. Abjection dans les contradictions.96

Chapitre VI. Abjection dans le péché.97

Chapitre VII. Abjections dans notre peu d'esprit, nos sottises, et nos impertinences.97

Chapitre VIII. Abjection dans la pauvreté des créatures.99

Chapitre IX. Mépris de l'esprit humain et mondain.99

Chapitre X. Sacrifice d'Abjection.100

Chapitre XI. Affliction de l'éclat et de l'excellence.101

Chapitre XII. Silence dans l'Abjection.102

Chapitre XIII. Souhait d'abjection à l'infini.103

Chapitre XIV. Espérance d'abjection.104

Chapitre XV. Éternité d'abjection.105

Chapitre XVI. Vue intellectuelle et surnaturelle de l'abjection de Jésus-Christ.106

Chapitre XVII. Paix suprême en l'abjection.107

Chapitre XVIII. Joie intellectuelle d'abjection.107

Chapitre XIX. Tourment d'amour en l'Abjection.108


Troisième traité. Méditations brèves pour adorer imiter Jésus en ses différents états d'Abjection.109

Méditation I. De l'abjection de Jésus en son état éternel et divin.110

Méditation II. De la sainte abjection de Jésus en sa sainte conception.111

Méditation III. De l'abjection de Jésus naissant de pauvres parents.113

Méditation IV. De l'abjection de Jésus durant les neuf mois de la grossesse de la Vierge.114

Méditation V. De la Sainte abjection de Jésus naissant en Bethléem.114

[Liste de méditations omises]115

Méditation XXV. De l'abjection de Jésus dans le mépris d'Hérode.115

Méditation XXVI. De l'abjection de Jésus en sa flagellation.116

Méditation XXVII. De l'abjection de Jésus couronné d'épines et revêtu du manteau de pourpre.118

Méditation XXVIII. De l'abjection de Jésus dans la souffrance Ecce Homo.119

Méditation XXIX. De l'abjection de Jésus jugé à mort.121

Méditation XXX. De l'abjection de Jésus dans son crucifiement.122

Méditation XXXI. De l'abjection de Jésus dans le délaissement divin.123

Méditation XXXII. De l'abjection de Jésus fils de Dieu après la mort.124


IV. Traité. Méditation d'abjection en la vue de la divinité.126

Avis.126

Méditation I. D'abjection en la vue de l'existence divine.127

Méditation II. D'abjection en la vue de la spiritualité divine.129

Méditation III. D'abjection en la vue de la simplicité divine.129

Méditation VII. D'abjection en la vue de l'immensité divine.131

[Méditation VIII. D'abjection en la vue de l'immutabilité divine omise de même que Méditations IX et X]132

Méditation XI. D'abjection en la vue de l'incompréhensibilité divine.132

[Méditation XII. D'abjection en la vue de la vérité divine omise ainsi que les suivantes de XIII à XXI]133

Méditation XXII. D'abjection en la vue de la Providence divine.133

Méditation XXIII. D'abjection en la vue de la souveraineté divine omise ainsi que les Méditations XXIV à XXIX.134

Méditation XXX. D'abjection en la vue de Dieu bienfaisant.134

Avis.135

[Table des divers traités contenus en ce troisième exercice omise]135


[Deuxième partie paginée de 1 à 240] 136


La dévotion de la Sainte Agonie de Jésus que l'on peut pratiquer durant le Saint Carême.136

Avis.136

I. Méditation. Pour le dimanche. De la sueur de sang.136

II. Méditation. Pour le lundi. La confusion de Jésus dans la sainte agonie.137

III. Méditation. Pour le mardi. De Jésus faisant justice de nos péchés au père éternel dans la sainte Agonie.138

IV. Méditation. Pour le mercredi. Du père éternel courroucé contre Jésus en tant que revêtu de nos péchés.138

V. Méditation. Pour le jeudi. De la vive appréhension des peines que Jésus souffrit dans la sainte Agonie.139

VI. Méditation. Pour le vendredi. De la vue du déicide et du mésusage des souffrances de Jésus.140

VII. Méditation. Pour le samedi. De la soumission de Jésus au décret du père éternel dans la sainte Agonie.141


La solitude de cinq jours, De la souffrance de Jésus dans le mépris d'Hérode.142

L'usage de cette solitude.142

Texte des évangélistes de la souffrance du mépris de Jésus chez Hérode.143

I. Journée. Méditation de la souffrance de Jésus dans le mépris d'Hérode.143

[II. Journée. Méditation sur le même sujet par voie affective omise comme la IIIe ]145

IV. Journée. Méditation de la soif, du mépris qui travailla Jésus en esprit d'amour, durant la souffrance de ce saint mystère.145

[V. Journée omise. Affections ou oraisons jaculatoires omises. Diversités spirituelles que l’exercitant lira durant cette solitude omises]148

Les neuf degrés du mépris de soi-même, par lesquels en l'union de celui de Jésus, le spirituel tend à la sainte perfection.148

[Le mépris de Jésus, extrait de ce qu'en dit la B. Angélique de Foligy au Chap. 60 de ses œuvres. Omis. - Les vues intellectuelles du mépris de Jésus, extraite en partie de la bien heureuse Angélique de Foligny. Remis. Omis. Vision admirable du mépris que Jésus a souffert pour notre rédemption. Omis.]151

[Dévotion du saint mépris de Jésus-Christ de sainte Élisabeth, fille d’André Rois de Hongrie, et Religieuse du tiers Ordre de Saint-François. Omis.]151

[Omission des entrées suivantes]151

Exercice méditatif des dix jours151

[L’ensemble courvrant les pages 133 à 240 est omis sauf pour exemple pages 190 194 ci-après :]151


[Troisième partie paginée de 1 à 136] 153


Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur […]153

Règle de perfection que le susdit auteur s'était prescrit à soi-même.153

Lettre d'un certain Spirituel Ecclésiastique où il déclarait ses dispositions au Père, et requérait ses avis.159

Réponse du sage Directeur.160

Voici donc mes petits avis pour la pratique de votre oraison.163

Autre lettre du même Ecclésiastique.165

Réponse du Révérend Père, sur les articles particuliers qui étaient décrits bien au long dans la lettre susdite.165

Autres propositions du même.167

Autres propositions et réponses à diverses personnes religieuses et autres.169

Premièrement.169

Réponses du Révérend Père.170

Autres réponses à une religieuse.174

À une autre religieuse.176


À une religieuse.177

Lettre sur ses dispositions, exercices, et pratiques.177

Autre lettre.181

Autre lettre.182

Autres avis de conduite à diverses personnes.184

Tant sur l'oraison et contemplation, que sur les pratiques des plus pures vertus chrétiennes, selon l'esprit et la grâce de la perfection évangélique.184

1. Lettre. “J'ai lu et considéré la vôtre…”184

2. Autres avis au même. “J'ai lu et considéré vos articles…”186

3. Autres propositions d'un certain spirituel, et les réponses du Père. “Je suis souvent dans l’état de douceur et d’amour…”186

4. Autres propositions et réponses. “Dites-nous un peu mon cher Père…”189

5. Autre lettre d'un spirituel, et les réponses du Père. “Depuis que je vous ai obéi…”190

6. Autre lettre en forme de propositions, et les réponses. “…dans une grande obscurité intérieure…”191

7. Autre lettre de réponse du Père à un spirituel. “J’ai considéré votre dernière lettre, et je demeure dans mon sentiment…”195

8. Autre lettre et réponse. “J'ai lu et considéré le rapport de votre oraison”196

9. Autre lettre du révérend Père. “Notre cher frère et ami en J.C.”197

10. Autres propositions et réponses, touchant la pratique de quelques conseils évangéliques.199

11. Autre réponse à un bon serviteur de Dieu. “Notre très cher frère en Jésus-Christ”200

12. Autre lettre à un spirituel, fidèle et fervent. “J'ai considéré vos lettres…”201

13. Autres propositions ou déclarations de l'intérieur d'une âme, et les réponses du révérend Père.203

14. Autre lettre adressant au Père, et ses réponses. “Depuis l'avis que vous m'avez donné, que c'est l'ordre de Dieu…”207

15. Autres propositions et réponses sur l'oraison, etc.209

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.210


Divers traités spirituels et méditatifs 214

A Madame de Puisieux.216

Advis nécessaire au Lecteur.217

Traité premier, Le Temps, la mort et l’éternité.220

Considérations sur le bon usage du temps.220

Méditation de la mort222

Vérités pour concevoir devant Dieu notre abjection infinie.226

Considérations de l'Eternité.227

Chapitre I.227

Pensées affectives sur l'éternité de Dieu.233

Chapitre II. De l'antécédente.233

Pensées affectives sur l'éternité.236

Du paradis. Chapitre III. À toute éternité.236

Pensées terribles de l'éternité de l'Enfer.241

Chapitre IV.241

Pensée d'éternité d'un certain solitaire, et d'un autre serviteur de Dieu.242

Chapitre V.242

Traité second. La Sainte Désoccupation de toutes les créatures, pour s’occuper en Dieu seul.246

Maximes de désoccupation. (Page 113).252

Examen de la désoccupation.253

Les degrés de la sainte désoccupation des créatures, pour s'occuper en Dieu seul.262


Traité troisième. Les Dix Journées de la sainte Occupation, ou divers Motifs d’aimer Dieu et s’occuper en son Amour.274

Advis préliminaire.274

Première journée. Motifs de l'amour divin.275

II. Journée. Motifs de l'Amour Divin.277

III. Journée. Motifs de l'Amour Divin.280

IV. Journée. Motifs de l'Amour divin.282

V. Journée. Motifs d'Amour Divin.284

VI. Journée. Motifs d'Amour Divin.286

VIII. Journée. Motifs d'Amour Divin.290

IX. Journée. Motifs d'Amour Divin.292

X. Journée. Motifs d'Amour Divin.294


Traité quatrième. Exercice sur la vie de Saint Élisabeth, imitant Jésus, en forme d'examen sur les vertus.296

De la marque d'une future sainteté éminente. Exercice I.296

De la dévotion. Exercice II.296

De l'Amour Divin. Exercice III.297

De l'amour du prochain. Exercice IV.297

De l'amour des Pauvres. Exercice V.298

De l'amour des pécheurs. Exercice VI.298

De l'amour des ennemis. Exercice VII.299

De la sainte abjection et humilité. Exercice VIII.300

De la sainte pauvreté. Exercice IX.300

De la pure virginité. Exercice X.301

De la sainte obéissance. Exercice XI.302

De la volonté de Dieu. Exercice XII.302

Du zèle de la gloire de Dieu. Exercice XIII.303

Des inspirations divines. Exercice XIV.303

Du saint amour de la perfection. Exercice XV.304

De l'amour de la solitude. Exercice XVI.304

De l'Oraison. Exercice XVII.305

De la vie divine. Exercice XVIII.305

De la pure union avec Jésus. Exercice XIX.306

De la communion avec Jésus. Exercice XX.306

De la communication avec la sainte Vierge. Exercice XXI.307

De la glorieuse communication avec Dieu. Exercice XXII.307

De la dévotion au mystère du lavement des pieds. Exercice XXIII.308

De la dévotion à la sainte communion. Exercice XXIV.308

De la dévotion à la sainte passion. Exercice XXV.309

De la haine du péché en la croix. Exercice XXVI.310

De la pauvreté des créatures. Exercice XXVII.310

Du pur souhait de la mort. Exercice XXVIII.311

De la mort en la sainte Pauvreté. Exercice XXIX.311

De la disposition à la mort. Exercice XXX.312

Du combat de la mort. Exercice XXXI.313

De la mort sainte et glorieuse. Exercice XXXII.313

De la glorieuse sépulture. Exercice XXXIII.314

Méditation abrégée par voie d'amour, de la très adorable Incarnation et bénite Naissance en notre chair du Verbe Eternel.316

Remarque notable pour s'exciter à la dévotion de l'Incarnation et Naissance de l'enfant Dieu.320

Approbation des théologiens de l'ordre.322

Permission du très révérend Père provincial.323

Approbations des Docteurs.323

Privilège du Roi.323

Transport du dit Privilège323


Deux directions 326

Présentation de Monsieur de Bernières et de Mère Mectilde326


L’initiation de Bernières328


Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur [reprise]330

1. Lettre. “J'ai lu et considéré la vôtre…”330

2. Autres avis au même. “J'ai lu et considéré vos articles…”331

3. à 14. Voir l’édition supra du « Cinquième et dernier Traicté, contenant un recueil de plusieurs diversités spirituelles de mesme Autheur », seconde moitié de la deuxième partie des « Divers exercices de piété et de perfection », œuvre de Chrysostome.332

15. Autres propositions et réponses sur l'oraison, etc.332

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.333


L’initiation de Mectilde335

Monsieur, mon très cher Frère,335

Premier texte : Relation au Père Chrysostome avec réponses, juillet 1643.337

Deuxième texte : Autre réponse du même père à la même âme .343


Extraits de lettres où Mectilde parle de Chrysostome352

15 février 1644 LMB Saint Maur ( « Notre bon Père » surchargé).352

31 mars 1644 LMB (Des bons effets d’une direction appréciée).352

13 mai 1644 LMJ (sur les écrits du Père).353

19 août 1644 LMR (Visite attendue).353

21 octobre 1644 LMR (Voyage à Paris ?)354

10 décembre 1644 LMR Saint Maur (sur la Mère Benoîte, « une élue »).354

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers (Voyage en Lorraine?)354

Février 1645 LMR Rambervillers (« Suppliez-le »)354

11 Août 1645 LMB (Maladie)354

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur355

5 novembre 1645 LMB ( Les assistances reçues )355

10 Février 1646 LMB (Une maladie qui ne paraît pas grave)355

26 Mars 1646 LMB (conduit à l’extrémité ?)356

16 Avril 1646 LMJ. ( La mort – Obtenir ses écrits – Une petite ceinture de fer)356

24 Juin 1646 RMR ( « Un souvenir très particulier » - Projet de publication )357

7 juillet 1646 RMB ( Confiée à Bernières)358

28 Juillet 1646 RMB Le Bienheureux Grégoire Lopez – Elle se confie à Bernières)358

21 Août 1646 RMB ( Bernières saint Ange)359

5 septembre 1646 L 1,34 Pauvres de toutes créatures, ne vivons que de Dieu purement en Dieu. ( Union ).359

26 Septembre 1646 RMR359

5 Octobre 1646 RMR ( Récolte d’écrits, portrait)359

23 Octobre 1646 RMB ( « il me semble que j’ai changé de disposition »)360

6 Novembre 1646 RMB (« vous êtes mon bon Frère et celui qui m’est donné de Dieu par la bouche de notre bon Père. »).361

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu.361

1er Décembre 1653 lettre à Monsieur Henri Boudon361

Lettre datée du 12 avril 1646 de Benoîte de la Passion à Mectilde362

34.JEAN DE BERNIERES LE CHRETIEN INTERIEUR ET LETTRES A L’AMI INTIME

(44) BERNIERES ARFUYEN Chrétien et lettres à l’ami 7mars.doc

(44) Bernières Arfuyen correctif.doc



Jean de Bernières, Le Chrétien intérieur, textes choisis suivis des Lettres à l’Ami intime, Texte établi et présenté par Murielle et D. Tronc, Paris, Arfuyen, « Les carnets spirituels », 2009, 200 p.

[septième livre du Chrétien intérieur et « Lettres à l’Ami intime ».]

Préface

Jean de Bernières (1602-1659) naît dans une grande famille normande fort pieuse : son père, trésorier général des finances, fonde pour sa fille Jourdaine le couvent des Ursulines de Caen.

Jean s’engage dans la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen fondée en 1644 par Gaston de Renty (1611-1649) : ce grand seigneur était passé des armes et des sciences à l’oraison et à l’exercice de la charité. La Compagnie avait pour but de rassembler les chrétiens pour s’aider les uns les autres vers la perfection et travailler ensemble au service des pauvres. Devenu le bras-droit de Renty, Bernières lui succède en 1649.

Mais surtout, il fait partie du Tiers Ordre franciscain laïc634 : il reste engagé dans le monde, tout en menant une vie consacrée à l’oraison. 

Il soulage la misère autour de lui par une pratique intense de la charité : « Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui. »635.

Il contribue toute sa vie à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires. Avec le prêtre Jacques Garnier, il fonde à Caen l’Hôpital des Pauvres Renfermez pour élever les enfants abandonnés ; avec saint Jean Eudes, une maison pour les femmes repenties…

Il s’associe au projet de Marie de l’Incarnation et de Mme de la Peltrie, qui veulent partir en 1639 en mission de conversion auprès des Iroquois du Canada : il aide Mme de Peltrie dans son procès avec sa famille ; puis, malgré son envie de partir, il reste gérer les ressources pour les missions du Canada. Il restera en correspondance avec Marie de l’Incarnation pour qui il éprouve une grande vénération.

Même s’il en fait bon usage, sa fortune lui pèse. Rempli de l’idéal franciscain transmis par son père spirituel du Tiers Ordre Régulier Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), il se sent coupable :

il faut tout quitter pour vaquer à Dieu seul, aimer pour cela les mépris, les souffrances et la pauvreté.636 

Quand il veut faire donation de ses biens, sa famille résiste :

Ma belle-sœur fait de son mieux pour empêcher que je ne sois pauvre ; elle me fait parler pour ce sujet par de bons religieux [...] il n’y a plus moyen d’être pauvre637.

Il y parvient cependant et passe ses dernières années dans un simple logis, mangeant du pain noir dans de la vaisselle en terre ! Il ne vit plus que de ce que lui donne sa famille :

Je ne dois non plus manquer à embrasser la pauvreté, quoiqu’elle m’abrège la vie naturelle638.

Sa charité repose sur une vie spirituelle intense au milieu d’un groupe d’amis qu’il finit par diriger. Ils ont le désir de se regrouper dans une maison commune : l’Ermitage, où ils pourront vivre une vie d’oraison et de charité hors de toutes contraintes.

A la porte du monastère de Jourdaine Bernières fait bâtir en 1648 une maison pour retraitants, « ouverte aux laïques ou même aux religieux ». Il parle avec humour de cet hôpital un peu particulier qui accueille les pauvres spirituels :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels, qui ayant la volonté de sortir de leurs imperfections, en demeurent pourtant toujours entachés. Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes639.

Jean y accueille ses amis avec simplicité et dans une grande liberté :

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de me venir voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez, nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison…640.

Son premier biographe témoigne : « Ce qui est de merveilleux, c’est que l’on ne s’ennuyait jamais [...] il n’y avait aucun exercice particulier de piété réglée parce que l’oraison perpétuelle en faisait toute l’occupation. L’on s’y levait de grand matin, et durant toute la journée, c’était une application continuelle à Dieu. Chacun avait sa cellule, mais on prenait les repas en commun ; au sortir de table les ermites faisaient encore une heure d’oraison ensemble, puis chacun reprenait sa liberté d’action [...] ils allaient voir les malades, faisaient le catéchisme aux enfants abandonnés641. » Son biographe moderne assure que « certains ménages y venaient aussi s’y retirer642 ».

Catherine de Bar, Mère fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement, témoigne  de cette vie érémitique643 et de son admiration pour Bernières : « Messieurs de Bernières et Roquelay [son secrétaire] vous saluent. Ils font des merveilles dans leur ermitage ; ils sont quelquefois plus de quinze ermites. [...] Si notre bonne Mère Prieure voulait écrire de ses dispositions à M. de Bernières, elle en aurait consolation, car Dieu lui donne des lumières prodigieuses sur l’état du saint et parfait anéantissement ».

Quand à l’animateur, il reste bien conscient de n’être que l’intendant de Dieu, constatant simplement une communication inexplicable :

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion, et quelque temps qu’il fasse, bon ou mauvais, nous tâchons de ne nous point arrêter. Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par ordre de Dieu, et notre bon Père ne l’a pas fait bâtir par hasard, la grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait644 .

Il est insensible aux différences sociales. En témoigne cette conversation avec son serviteur :

Vous êtes mon maître, je vous dois tout dire comme à mon père spirituel – Vous le pouvez, lui dis-je, car je vous aime en Jésus-Christ, et je vous ai tenu auprès de moi, afin que vous fussiez tout à lui645.

Remplir cette fonction de directeur lui est une charge. Plein de doutes sur lui-même, il se demande s’il ne doit pas abandonner :

J’avoue que ce m’est une grande croix de donner des enseignements aux autres, moi qui en vérité ne sais rien646.

Il écrit encore :

Il ne faut pas prendre garde à ce que je dis : ma lumière est petite, mon discernement faible, et ma simplicité grande647.

Il suscite pourtant un tel respect qu’il dirige dans toutes les classes sociales, des laïcs et des prêtres, des supérieurs de monastères. Il forme pendant quatre ans à l’Ermitage le futur premier évêque de Québec, Mgr de Laval. Il initie à l’oraison des dizaines de religieuses en faisant des conférences au parloir du monastère de Jourdaine.

Ce renouveau mystique s’étendra de Caen à Paris par l’intermédiaire de monsieur Bertot (1620-1681), son ami devenu confesseur de l’abbaye des bénédictines de Montmartre648, puis par madame Guyon (1647-1717), la dirigée laïque de ce dernier, qui lira Bernières avec admiration et retrouvera la même absence de conventions pour mener ses amis vers l’oraison.

Nous avons heureusement des témoignages écrits de cette vie mystique. Bernières dictait, sur ordre de son confesseur, à un prêtre qui vivait chez lui. Il écrivait aussi beaucoup à ses dirigés : nous donnons ici un aperçu de cette correspondance par les dix-huit lettres adressées à Jacques Bertot, « l’ami intime ».

Compilé après sa mort, le Chrétien intérieur a été composé principalement à partir des lettres précieuses pour son entourage : il n’est donc pas un traité logique ou une méthode d’oraison.

Dans le livre VII du Chrétien intérieur que nous publions presque entièrement à la suite de quelques chapitres tirés des livres précédents, les lettres ont été collationnées les unes à côté des autres comme on a pu : c’est ainsi que l’on passe du très beau chapitre 10 sur les ténèbres divines au chapitre 11 qui traite d’une étape « inférieure », la « petite » oraison de lumières. Mais cela importe peu : comment ordonner les diverses facettes d’un diamant d’où sortent une même lumière intérieure ?

On ne doit pas non plus s’attendre à un « beau style » : la langue est celle d’une conversation sans prétentions correspondant à la modestie de leur auteur. Par contre, on trouvera là des comptes-rendus véridiques, un témoignage vécu d’une grande simplicité. Il parle beaucoup de ses manques. Les choses sont telles qu’elles sont : il les raconte avec une profonde honnêteté en restant au plus près de l’expérience. 

Ces états mystiques sont difficiles à décrire :

Je m’exprime comme je puis, car il faut chercher des termes pour dire quelque chose de la réalité de cet état qui est au-dessus de toutes pensées et conceptions. Et pour dire en un mot, je vis sans vie, je suis sans être, Dieu est et vit, et cela me suffit […] Voilà bien des paroles pour ne rien exprimer de ce que je veux dire.649

L’oraison est le fondement de sa vie :

L’oraison est la source de toute vertu en l’âme ; quiconque s’en éloigne tombe en tiédeur et en imperfection. L’oraison est un feu qui réchauffe ceux qui s’en approchent, et qui s’en éloigne se refroidit infailliblement.650

Il décrit plusieurs sortes d’oraison, mais le livre VII propose surtout l’oraison passive dans laquelle il a vécu toutes ses dernières années. Celle-ci met l’âme dans une nudité totale pour la rendre capable de l’union immédiate et consommée, dit-il dans une lettre à sa sœur Jourdaine. Elle ne peut souffrir aucune activité, ayant pour tout appui l’attrait passif de Dieu [] En cet état, il faut laisser opérer Dieu et recevoir tous les effets de sa sainte opération par un tacite consentement dans le fond de l’âme.651

Cette oraison ne peut s’appuyer que sur un absolu renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu :

Un homme d’oraison doit être un homme mort … C’est se moquer de vouloir faire oraison et vouloir encore prendre goût aux créatures.652

Il s’attriste :

Ainsi quand nous dormons, nous sommes dans un profond oubli de Dieu ; mais, ce qui est déplorable, nous continuons cet oubli dans le réveil, par le peu d’application à Dieu et à ses perfections, toute notre âme étant occupée aux petites créatures.653

Dans une lettre du 29 mars 1654, il affirme le but de l’Ermitage :

C’est l’esprit de notre ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Bien entendu, Bernières et ses amis sacrifient à la sévérité de la spiritualité de leur temps : pour participer à la Passion de Jésus-Christ, on se livre à des pratiques que nous n’admirons plus (discipline tous les jours, croix d’argent à pointes654, etc.). Car Bernières a été formé par « notre bon père655  » Jean-Chrysostome avec une rigueur extrême : celui-ci avait fondé une « Société de la sainte Abjection656 » dont les membres s’engageaient à être en communion avec la vie de Jésus et à recevoir les mépris et les persécutions comme la divine Providence. Sous cette grande ombre, Bernières pourchasse ses imperfections dans les moindres recoins et s’en angoisse au point de craindre d’être damné !

Aucune satisfaction ne doit être donnée à la « nature » : il ne faut jamais la satisfaire, si peu que ce soit. Mais la raison de cette rigueur est beaucoup plus profonde que des outrances ou un masochisme qui ne sont plus de notre époque : la grâce, qui est pour lui la présence de Jésus-Christ, doit gouverner toutes les actions, jamais l’homme naturel :

… ce qui est purement naturel ne plaît pas à Dieu ; [il] faut que la grâce s’y trouve afin que l’action lui soit agréable et qu’elle nous dispose à l’union avec lui.657

Il est tourmenté par ses manquements à l’union permanente :

Je vous confesse que quand je rentre dans moi-même et que la vie de Jésus-Christ reçoit interruption ou division, il me semble que je tombe en enfer, sentant une douleur si cuisante que je ne la puis exprimer.658

Durant que l’on goûte quelque autre chose, quoique très innocemment, l’on cesse de goûter Dieu seul et c’est cette cessation d’amour que l’âme ne peut souffrir.659

L’idéal est de se laisser gouverner par la grâce :

C’est un moyen très utile pour l’oraison de s’accoutumer à ne rien faire que par le mouvement de Dieu. Le Saint-Esprit est dans nous, qui nous conduit : il faut être poussé de lui avant que de rien faire […] L’âme connaît bien ces mouvements divins par une paix, douceur et liberté d’esprit qui les accompagne, et quand elle les a quittées pour suivre la nature, elle connaît bien, par une secrète syndérèse [remords de conscience] qu’elle a commis une infidélité.660

La charité en particulier ne doit s’appuyer que sur cette vie intérieure profonde et, dans ses dernières années, il se méfie de toute action qui ne serait pas dictée par un mouvement de la grâce :

Ne vous embarrassez point des choses extérieures sans l’ordre de Dieu bien reconnu, si vous n’en voulez recevoir de l’affliction d’esprit et du déchet dans votre perfection. […] Oh, que la pure vertu est rare ! Ce qui paraît le meilleur est mélangé de nature et de grâce.661

C’est dans ses Lettres à l’ami intime, que Bernières se dévoile le plus : bien que son ami soit plus jeune, il est visible qu’il le considère comme son égal. Il peut lui parler à cœur ouvert des états les plus profonds de ses dernières années :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre… 

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même …662

On est touché de voir que, bien que parvenu à un haut degré d’union à la fin de sa vie comme le montrent l’évolution de ses lettres et les admirables derniers chapitres du Chrétien Intérieur, Bernières s’angoissait tellement de ses failles personnelles qu’il pensait mériter l’Enfer. Il avait donc demandé à Dieu de mourir subitement, et il fut exaucé. Une tradition de famille raconte :

« … il demandait toujours à Dieu de mourir subitement […] rentré à l’Ermitage, le soir venu, il se mit à dire ses prières. Son valet de chambre vint l’avertir qu’il était temps pour lui de se mettre au lit. Jean lui demanda un peu de répit, et continua de prier. Peu après le valet entendit un bruit sourd et rentra : Bernières venait de tomber de son prie-Dieu, mort. »663. On était le 3 mai 1659.

35.BERNIERES ŒUVRES MYSTIQUES I L’INTERIEUR CHRETIEN SUIVI DU CHRETIEN INTERIEUR ET DES PENSEES

(45) Bernières Oe mys I Chrétiens D Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel).doc

(45) Bernières Oe mys I Chrétiens D Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel).pdf



Jean de Bernières, Œuvres Mystiques I, L’Intérieur chrétien suivi du Chrétien intérieur augmenté des Pensées, Edition critique avec une étude sur l’auteur et son école par D. Tronc, Ed. du Carmel, coll. « Sources mystiques », 2011, 518 p.

Avant-Propos

Jean de Bernières (1602-1659) a été récemment le sujet d’une journée d’étude à Caen à l’occasion de son 350e anniversaire où il a été présenté comme le « mystique de l’abandon et de la quiétude »664. Cette rencontre a mise en évidence sa profonde influence sur les premiers chrétiens canadiens, dont se détachent les belles figures de Marie de l’Incarnation (1599-1672) et de François de Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de Québec. En France son influence s’exerça sur Mectilde de Bar (-1698), fondatrice d’une congrégation bénédictine consacrée à l’adoration perpétuelle qui s’étendit jusqu’en Pologne, puis sur monsieur Bertot (1620-1681), confesseur de la célèbre abbaye bénédictine de Montmartre et animateur du cercle spirituel qui sera repris par madame Guyon (1648-1717) et par Fénelon (1651-1715), enfin sur bien d’autres spirituels.

Les figures que nous venons de citer ont souvent pâti d’un soupçon, - ou d’une accusation - de « quiétisme » fondé sur leur appréciation indirecte parce que l’accès à des écrits devenus rares est malaisé. C’est une des raisons pour faciliter l’accès au fondateur Bernières par l’édition critique du corpus issu de ses écrits. Car c’est en lisant les témoignages des spirituels que l’on peut se former une opinion juste, tout en limitant le recours à la littérature foisonnante induite post-mortem sur des bases incertaines (dont souvent des propositions condamnées que l’on ne retrouve pas dans les sources).

Mais surtout se révèle la grandeur du témoignage très personnel du mystique Bernières qui, n’étant pas entré dans les ordres, n’étant responsable que de lui-même, livre l’intime de son âme beaucoup plus directement que ne peuvent se le permettre des directeurs attachés à leur « religion ». On rencontre ici un homme et non seulement de bons conseils ou une saine doctrine. En cela il est toujours notre contemporain.

Rétablir Bernières par « son œuvre », en faisant appel aux meilleures sources de l’abondante production éditoriale qui suivit sa mort, doit satisfaire à plusieurs contraintes : proposer au spirituel une nourriture actuelle sous un accès facile par révisions de l’orthographe et de la ponctuation des sources ; satisfaire le chercheur par l’édition intégrale des versions retenues des titres ; préparer le « dossier » qui facilitera le travail d’un futur traducteur au fil des annotations du texte courant.

Le volume présent Œuvres mystiques I rassemble l’œuvre imprimée sous les noms successifs d’Intérieur Chrétien puis de Chrétien Intérieur, ce dernier titre incluant assez tardivement des Pensées. Ces titres sont précédés d’une étude qui s’attache aux sources textuelles, puis aux influences reçues et transmises, apportant ainsi le complément nécessaire aux évocations biographiques existantes.

Le volume Œuvres mystiques II livrera prochainement la partie la moins remaniée du corpus en présentant une Correspondance établie aussi complètement que possible à partir des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres) et de manuscrits jamais édités. Cet ensemble sera présenté en ordre chronologique et précédé d’une étude par le P. Eric de Reviers portant sur l’évolution de la spiritualité de Bernières.

Jean de Bernieres : écrits et influences

Plutôt que de présenter Jean de Bernières (1602-1659) comme une grande figure isolée, nous préférons montrer sa fécondité en la situant au sein du grand courant mystique de la quiétude. Il en fut l’animateur encore tout proche de son émergence.

Jean de Bernières n’a jamais songé à écrire une « œuvre » : celle-ci fut construite post-mortem à partir de ses lettres et de notes. Mais dans le domaine de l’édition à but spirituel du XVIIe siècle, Le Chrétien intérieur eut un succès très important, comparable au rayonnement des écrits de François de Sales. Décrire finement l’histoire et les contenus des titres imprimés sous la signature de Bernières permet d’évaluer le crédit variable à accorder à l’un ou l’autre d’entre eux, car les sources manuscrites ont été transformées puis perdues. Nos choix éditoriaux reposent sur cette revue historique associée à l’analyse des contenus.

Les écrits permettent de témoigner de l’existence de « divins sentiers », de les baliser, de contrôler l’expérience personnelle. Mais, par delà des traces écrites, rien ne remplace les rapports directs entre mystiques vivants : Jean de Bernières est dirigé par un franciscain du Tiers Ordre Régulier, avant d’être à son tour très actif au sein d’un réseau où il exerce une influence sur ses amis, puis dirige des cadets. Les habitués de l’Ermitage construit par ses soins posent sans le savoir les fondations d’une tradition mystique que nous appelons « l’école du Pur Amour ».

Leurs traces restent bien visibles sur la durée du siècle, tant que ces spirituels peuvent agir au grand jour avant la condamnation finale du quiétisme par le bref Cum alias (1699). Cette décision d’origine essentiellement politique ne pouvait heureusement pas tarir un courant mystique qui ne dépend pas des hommes : elle faisait simplement partie d’une remise en ordre générale, en France, en Italie et en Espagne, face aux protestants, aux jansénistes, aux mystiques. Ces derniers devinrent par la suite très discrets, mais nous relèverons des résurgences qui signalent l’existence de divers ruisseaux souterrains actifs et voyageurs durant les trois derniers siècles.

A la suite de l’édition des textes, un tableau en deux parties placé en fin de volume présente le « réseau » mystique où Bernières occupe une place centrale, constituant un premier « nœud » qui rassemble des membres de l’école. Enfin une autre annexe décrit dans le détail les éditions.

Un succès éditorial

Jean de Bernières a écrit des lettres et a rédigé des notes personnelles prises au cours de retraites. Encore peut-on douter de la continuité vécue de ces dernières car elles semblent avoir été assemblées à partir d’extraits de sa correspondance, en conformité avec un genre littéraire aujourd’hui perdu, celui des « schémas de retraites ».665

On a de même constitué les ouvrages regroupant les mots Chrétien et Intérieur en assemblant des extraits de lettres avec toute la liberté permise à l’époque. Leurs éditions furent un succès de librairie à l’origine d’un célèbre procès entre éditeurs : l’Intérieur Chrétien devint l’année suivante le Chrétien Intérieur aux multiples impressions durant tout le XVIIe siècle et adapté au cours du siècle suivant :

Le Chrétien Intérieur … publié en 1661 … atteint dès 1674 sa quatorzième édition et la même année le libraire Edme Martin estime qu’il en a vendu trente mille exemplaires ». 666

Le livre atteint de fait un public très large. Il est facile à lire. Il présente peu d’idées neuves mais est plein d’onction. Un choix orienté, de façon parfois doloriste, adapte le grand mystique Jean à l’esprit de son temps, ce qui ne pouvait que favoriser sa réception. Aussi le titre apparaît-il même dans des bibliothèques très réduites. Ainsi :

[La] veuve de Pierre Helyot 667 … détient les Fleurs des saints en deux volumes in-folio, le Chrétien Intérieur de Bernières-Louvigny, une Explication des cérémonies de la messe et une quinzaine d’autres petits livres de dévotion dont … une préparation à la mort ». 668

L'histoire à rebondissements du succès du premier titre L’Intérieur Chrétien (1659) trop rapidement devenu Le Chrétien intérieur (ce dernier selon deux versions : « primitive » de 1660 et « tardive » de 1676) a été décortiquée avec soin et sagacité par Heurtevent et Luypaert669. L’apparition d’Œuvres spirituelles (1670) distinctes et fiables, enfin l’ajout au Chrétien de Pensées (1676) complètent les Chrétiens. Présentons les acteurs, puis nous tenterons d’éclairer les rebondissements de la pièce jouée :

Les acteurs

Il faut citer en premier lieu Jourdaine de Bernières (1596-1645), qui entra au couvent des Ursulines, construit magnifiquement en 1624 avec l’argent de la famille. Dirigée par son cadet Jean, elle devient supérieure du couvent dès 1630 et fait montre d’une belle autorité qui peut s’accompagner de conseils pittoresques : ainsi à propos d’une novice à éprouver, « Mettez-la à bouillir… », écrit-elle670. D’autres religieuses du même couvent auront également un rôle déterminant : la Mère Michelle Mangon, une grande spirituelle cachée, amie du Père Chrysostome de Saint-Lô, ainsi que la Mère de Saint-Charles. Outre les ursulines qui tentent de contrôler la situation, de 1659 à 1677 opèrent trois personnages masculins en relation avec les éditeurs :

Nicolas Charpy de Sainte-Croix (1610-1671 ?)est une figure littéraire assez connue à l’époque et choisie pour assurer le succès d’une première édition ; courtisan auprès des Grands, de Mazarin en particulier, il révélera un caractère aventurier après sa disgrâce ;

Louis-François d’Argentan (1615-1680), franciscain capucin, poursuit une activité opiniâtre d’éditeur-rédacteur671. Il accèdera aux responsabilités au sein de son ordre :

Le 7 mai 1630, à l'âge de 15 ans, Jean Yver fut admis au noviciat des capucins et c'est alors que, selon l'usage, il prit le nom de Louis-François d'Argentan. Un an après, il fit profession et ses supérieurs l'envoyèrent au couvent de Falaise. Il y demeura jusqu'en 1638 et, à cette date, revient au couvent d'Argentan. [...] En 1641, le père Louis-François était lecteur de philosophie au couvent de Caen, tout en prenant part aux missions prêchées dans la contrée [...] De 1653 jusqu'à sa mort, nous le voyons occuper les plus hautes charges : deux fois provincial, deux fois définiteur, commissaire général, gardien de plusieurs couvents et, malgré tout, s'adonnant à une prédication ininterrompue672.

Dans son œuvre propre, il fut un abondant mais pâle imitateur de Bernières673. Glanons chez lui quelques reflets du maître674 :

ne considérez pas l’humanité seule, ni aussi la divinité seule séparément, ou l’une après l’autre Si donc elle contemple l’une et l’autre ensemble, il faut qu’elle ait des images et qu’elle n’en ait point en même temps, et dans la même simple vue ; ce qui semble impossible Il participe à nos faiblesses et nous participons à Sa force vous Le contemplez souffrant et mourant en vous-même, bien mieux et plus distinctement que vous ne pourriez Le considérer endurant en Jérusalem et sur le Calvaire. [I, 268-272]

Il est impossible que la vie naturelle [II, 445] et humaine se rencontre dans une âme avec la divine. La corruption de la première est la génération de la seconde ; il faut que l’une cesse, si on veut que l’autre commence : et partant sitôt que la grâce nous conduit à mourir à nous-mêmes et à nos propres opérations, il faut tout quitter sans réserve, vie, pensées, désirs, recherches, affections, et demeurer purement passifs à l’opération divine, qui ne tend qu’à notre mort.

Robert de Saint-Gilles ( ?-1673), de l’ordre des minimes675, frère de la Mère Michelle Mangon, est chargé de l’édition des Œuvres spirituelles… qui paraissent en 1670. Il a succédé en 1665 à dom Quinet comme Visiteur du couvent676.

La pièce

Quel est le déroulement des événements ? La première publication cherche à mettre en valeur un choix bref d’écrits de Bernières sous l’autorité de Nicolas Charpy de Sainte-Croix : L’Intérieur chrétien … par un Solitaire, paraît à Paris chez Cramoisy en 1659. Charpy signe l’ « Epître à Jésus-Christ » ouvrant le petit volume comportant quatre livres aux courts chapitres. Très probablement d’Argentan a opéré sous son autorité, en agissant en intermédiaire entre le couvent des ursulines où devaient se trouver les sources, et l’homme de lettre auquel on fait appel pour assurer le succès de l’édition.

Le succès dépasse les espérances. D’Argentan assemble alors hâtivement des sources beaucoup plus considérables que ce qui venait d’être publié. Le Chrétien intérieur … par un Solitaire [d’Argentan], paraît à Rouen en huit livres chez Grivet en 1660.

Survient un procès prévisible entre éditeurs, dû au succès inattendu. Les deux titres étaient trop proches même si les contenus différaient largement car 531 pages pleines succédaient à 165 pages aérées. L’éditeur rouennais Grivet est condamné (toutefois sans amende) et l’éditeur parisien Cramoisy devient propriétaire des deux titres avec une exclusivité de neuf ans.

Ce dernier est le grand gagnant car il va rééditer de nombreuses fois le Chrétien : non pas selon sa forme courte initiale, mais selon la version ample en huit livres compilée par d’Argentan et publiée chez son concurrent provincial perdant ! Le même titre sort donc successivement chez deux éditeurs ennemis.

Il faut attendre 1670 pour que toute initiative possible de la part du parti perdant puisse prendre place, à savoir les ursulines et le maladroit d’Argentan. Pressé de rétablir avec toute l’ampleur due « l’œuvre » de son maître Bernières, celui-ci avait en effet publié hâtivement, et son assemblage manquait de plan et d’équilibre. Jourdaine et ses ursulines, mécontentes du « gel » imposé pendant neuf ans, cherchent ailleurs pour une édition future qui assurerait une meilleure mise en valeur et un plus grand respect de Jean de Bernières. Elles ont recours au frère de la Mère Michelle Mangon, Robert de Saint-Gilles.

Mais à la date libératoire, un Official janséniste persécute les ursulines de Jourdaine (l’interdit est jeté sur le couvent !), tandis que meurt la Mère Mangon. Cela fait perdre un peu de temps, celui nécessaire à la communauté pour sortir des épreuves. Robert - sous un titre passe-partout d’Œuvres spirituelles ne prêtant guère à contestation - publie enfin des lettres soit voilées (premier tome de Maximes), soit ouvertement (deuxième tome de Lettres). Elles sont très précieuses car peu remaniées et datant souvent de la fin de vie de Bernières. La mort de Jourdaine, qui les avait gardées sept ans, les a rendues disponibles. On est en 1670.

Robert meurt en 1673. Lors de la réédition en 1675 des Œuvres spirituelles, la Mère de Saint-Charles annote en marge les Maximes pour indiquer les dates des lettres dont elles sont extraites, mettant ainsi en évidence la pratique très générale de fabrication de titres à partir d’extraits de lettres.

En 1676, peut-être par « émulation », paraissent en adjonction au Chrétien, des Pensées…, assez proches de lettres (et en présentant nommément certaines).

Enfin d’Argentan publie en 1677, sous son nom et non plus sous celui d’un « Solitaire », sa version « améliorée » et augmentée : Le Chrétien intérieur … par le R.P. Louis-François d’Argentan, en deux tomes et six traités.

Les sources imprimées

Quatre recueils manuscrits (deux utilisés pour les Chrétiens ? deux ajoutés postérieurement et couvrant les années de la fin de vie de Bernières ?) se seraient égarés au début du XVIIIe siècle : nous espérons leur découverte677. Pierre-Daniel Huet, caennais né en 1630, le savant évêque d’Avranches qui avait la réputation méritée d’être un observateur scrupuleux, atteste les avoir vus678. Il se plaint à juste titre du travail de réécriture par Louis-François d’Argentan :

J’ai lu exactement tous les livres de M. de Bernières … Ses écrits furent abandonnés au Père Louis-François qui les tourna à sa mode, et c’est de quoi je me suis plaint. Le Chrestien Intérieur est de ce genre.679

Les éditions des Chrétiens furent très nombreuses car la technique des presses manuelles de l’époque ne permettait de tirer, généralement en un mois par titre, qu’entre cinq cents et douze cents exemplaires, ce qui avait pour effet de multiplier les réimpressions. Les caractères en plomb, principale richesse d’un éditeur (avec le stock imprimé non relié), étaient constamment réemployés680. Ces recompositions d’une impression à la suivante d’un même texte, ainsi que le métier indépendant des relieurs permettant facilement de modifier l’assemblage d’imprimés et l’adjonction éventuelle de correctifs, explique la multiplicité des éditions et les variations si souvent constatées entre elles. Ceci demande de ne pas s’en tenir à une seule page de titre en tête d’ouvrage, mais de décrire attentivement les contenus et des paginations souvent multiples car reprises.

La multiplicité des éditions des Chrétiens peut heureusement se rattacher à trois « familles » : Intérieur Chrétien de 1659, Chrétien Intérieur « primitif » de 1660 avec adjonction de Pensées en 1676, Chrétien Intérieur « tardif » de 1676. Au sein de chaque famille, les variations entre rééditions sont mineures.

Par contre, les trois familles de Chrétiens se distinguent entre elles très largement. En témoignent en premier lieu de considérables différences de taille : on passe de ~170 000 caractères (évaluation brute, espaces compris) pour L’Intérieur Chrétien de 1659 signé Charpy « assisté » très probablement par d’Argentan, à ~770 000 caractères pour Le Chrétien Intérieur « primitif » en huit livres (1660) signé « Un Solitaire » qui n’est autre que le même d’Argentan, enfin à ~1 200 000 caractères pour Le Chrétien Intérieur « tardif » en deux tomes et dix livres, de 1676, signé nommément par ce dernier !

Des Pensées viennent se greffer  aux éditions des Chrétiens (aussi bien « primitif » que « tardif »), peut-être pour leur donner « du poids » face à la réédition des Œuvres spirituelles. Ces Pensées bénéficièrent en 1676 de deux éditions chez le même éditeur, l’une sous forme d’un petit volume indépendant, l’autre en ajout à l’édition de l’année du Chrétien intérieur.

Aux ajouts - nouvelles sources et amplifications - correspond une baisse de la fidélité aux sources provenant des dictées de Bernières, et donc de qualité, car d’Argentan était moins doué que son maître, comme il a la grande honnêteté de l’avouer en évoquant ses propres écrits dans l’édition même de ceux de son maître :

… à mon grand regret, elles [ses propres Conférences Théologiques] n’allument pas, ce me semble, un si grand feu dans la volonté, parce qu’elles n’ont pas cette abondance de l’onction divine, qui se fait goûter par tout le Chrétien Intérieur … qu’il n’est pas en notre pouvoir de donner à nos paroles, si le saint Esprit ne répand sa grâce sur nos lèvres.681

Il nous renseigne aussi avec candeur sur son traitement des écrits de Bernières, suggérant un large travail de réécriture de sa part. Nous citons largement, compte tenu de l’incidence sur le crédit à accorder à certaines parties faibles du Chrétien et aussi parce que d’Argentan souligne involontairement fort bien la « fatigue » que ressentent des spirituels non mystiques à la lecture de textes abordant des états élevés sans images :

…il y a beaucoup de redites [chez Bernières] … étant vrai que les lumières et les affections que la grâce répand dans une âme, sont bien souvent les mêmes, sinon qu’elles se perfectionnent toujours dans la suite, et qu’elles la font passer dans des états bien plus purs et plus élevés. Mais on n’y voit pas cette variété de pensées, de matières, ni de sujets qui divertit dans les autres livres, et qui empêche que la lecture n’en soit ennuyeuse. Il a fallu débrouiller tout cela avec assez de fatigue et mettre quelque ordre où il n’y en avait aucun. Et après tout, il s’y trouvera encore peut-être, un peu trop de répétitions…

N'attendez pas dans ce petit livre [du Chrétien] une disposition si régulière, ni une liaison si juste des matières qu'il traite. Il [Bernières] ne parle pas pour instruire personne, il va où Dieu le conduit, et bien heureux qui le pourra suivre. Et ne m'accusez pas si je n'ai pas été si exact à écrire tout ce qu'il a dit sur un sentiment que j'ai quelquefois trouvé plus étendu qu'il ne fallait ; ou si j'ai d'autres fois ajouté quelques lignes du mien quand Dieu m'en a donné la lumière et que j'ai cru qu'il était nécessaire pour un plus grand éclaircissement.682

Indépendamment des Chrétiens et de l’adjonction de Pensées s’ajoutent enfin des Œuvres spirituellesMaximes et Lettres. On a précédemment relevé la preuve de la composition des Maximes à partir de lettres par un ajout marginal de dates lors de leur réédition de 1675.

Jean a écrit à ses dirigé(e)s : Catherine de Bar, M. Bertot, des amis partis au Canada, des proches normands… Ces lettres ont été rassemblées dans le second volume des Œuvres spirituelles publié après le succès du Chrétien intérieur. On a malheureusement perdu la correspondance avec la vénérable Mère Marie de l’Incarnation. Par contre on peut tirer parti de textes de Jean-Chrysostome de Saint-Lô édités par Bernières et comportant de façon voilée la direction de ce dernier par ce confesseur. Il existe également des copies de lettres non publiées jusqu’à maintenant, en particulier la correspondance avec Catherine de Bar préservée au sein des monastères des bénédictines du Saint-Sacrement683.

Notre ANNEXE : DESCRIPTION DES EDITIONS ANCIENNES livre la composition précise de prototypes choisis parmi les éditions auxquelles nous avons eu accès684, pour représenter les « branches » ou sources distinctes. Celles-ci sont finalement au nombre de quatre : « trois Chrétiens et leur cousin ». C’est la base solide nécessaire pour s’y retrouver dans la jungle des multiples éditions qui ont établi le rayonnement du mystique.

Choix pour nos éditions

L’Intérieur Chrétien de 1659 et Le Chrétien Intérieur en huit livres de 1660 sont relativement fiables car un an après le décès de Bernières, d’Argentan n’a pas eu le temps de réécrire son maître. L’adjonction de Pensées aux Chrétiens Intérieurs est fiable. Ces trois textes sont repris sous le présent titre : Œuvres mystiques I L’Intérieur Chrétien suivi du Chrétien Intérieur augmenté des Pensées.

Ce qui fut tardivement édité sous le nom d’Œuvres spirituelles … Maximes Lettres est beaucoup moins connu mais est plus sûr685. On note que les mêmes lettres ne sont pas utilisées dans les Chrétiens et dans les Œuvres spirituelles686. La reprise des contenus rassemblés sous ce dernier titre, augmentée de lettres complémentaires jamais publiées paraîtra sous le titre : Œuvres mystiques II Correspondances.

Enfin en dernier lieu vient Le Chrétien Intérieur de 1677 largement tributaire d’un d’Argentan peu inspiré mystiquement. Nous ne le retenons pas.

Un courant mystique « ouvert »

Les grandes figures mystiques du XVIIe siècle n’ont pas été des génies solitaires, mais ont vécu au sein d’un réseau d’amitiés qui les reliait à des personnes qui avaient la même expérience de Dieu : indifféremment clercs ou laïcs, les aînés incarnent cette expérience et forment les plus jeunes à l’oraison, chacun étant à son tour « maître des novices ».

C’est ainsi qu’une chaîne relie Chrysostome de Saint-Lô à Jean de Bernières, puis Bernières à Jacques Bertot, enfin Bertot à Jeanne-Marie Guyon. Bien des études restent à entreprendre pour étudier le réseau étoilé qui s’est formé autour de Bernières, tâche entreprise par le P. Charles du Chesnay687. Le second réseau étoilé autour de Mme Guyon688 et de Fénelon reste de même à explorer.

Un autre cheminement passant par la fondatrice Catherine de Bar et l’ordre des bénédictines du Saint Sacrement a fait de son côté l’objet d’études assez nombreuses mais pas toujours largement diffusées689.

Une expérience vivante passe ainsi des aînés aux cadets. Dans ce courant, des figures à fort relief comme Bernières apparaissent comme des noeuds qui rassemblent de multiples liens. Ainsi Jean bénéficie d’une très ancienne tradition franciscaine incarnée par « notre bon Père Chrysostome », avant d’être influent sur Catherine de Bar, sur Jacques Bertot, sur de nombreuses figures dont les Canadiens. On n’oubliera pas les « frères » plutôt que disciples que sont Gaston de Renty, Jean Eudes…

Une tradition franciscaine

Jean est disciple de Chrysostome de Saint-Lô du Tiers Ordre Régulier [TOR] franciscain et fait partie du Tiers Ordre laïc étroitement connecté aux réguliers, comme nous le rapporte l’historien de l’ordre Jean-Marie de Vernon :

Le sieur de Bernières de Louvigny de Caen éclate assez par son propre lustre, sans que ma plume travaille pour honorer sa mémoire. Son livre posthume publié sous l'inscription du Chrétien intérieur avec tant de succès, est une étincelle du feu divin qui l'embrasait. Les lumières suréminentes dont son esprit était rempli, n'ont pas pu être toutes exposées sur le papier ni dans leur entière force : comme il était enfant de notre Ordre dont il a pris l'habit [nos italiques], aussi en a-t-il tendrement aimé tous les sectateurs690.

Quand il s’agira d’éditer une « œuvre » à partir de ses lettres, on fera appel au franciscain capucin Louis-François d’Argentan, puis à Robert de Saint-Gilles, de l’ordre des minimes proche des franciscains. Plus tard la liste des amis de l’école du Pur Amour témoigne d’une très forte imprégnation franciscaine691 : la moitié d’entre eux sont membres des Tiers Ordres régulier ou séculier franciscains.

La direction ferme du P. Chrysostome

Nous ne pouvons alourdir cette introduction en présentant le P. Chrysostome (1594-1646) qui mérite une étude séparée. Il était ancré dans un franciscanisme vécu intensément. Malgré des pratiques ascétiques qui remontent au Moyen Age, nous intéresse toujours chez lui une valeur qui reste intemporelle : son détachement absolu, vers lequel il entraîne son entourage.

Bernières est donc dirigé avec un amour sans concession. Il est membre de la confrérie confidentielle de la « sainte Abjection » fondée sous l’impulsion de « notre bon Père » Chrysostome. Elle unit ces amis tous pénétrés de révérence envers la grandeur divine. Pour bien saisir l’esprit intime qui les anime, voici un échange de lettres entre Jean et son directeur692 :

Mon révérend père693,

Je me suis trouvé depuis quelques semaines dans une grande obscurité intérieure, dans la tristesse, divagation d'esprit, etc. Ce qui me restait en cet état était la suprême indifférence en la pointe de mon esprit, qui consentait avec paix intellectuelle à être le plus misérable de tous les hommes et à demeurer dans cet état de misère où j'étais tant qu'il plaira à notre Seigneur.

Réponse :

J'ai considéré votre disposition. Sur quoi, mon avis est que cet état de peine vous a été donné pour vous disposer à une plus grande pureté et sainteté intellectuelle par une profonde mort des sens et une véritable séparation des créatures. Je vous conseille durant cet [94] état de peines :

1. De vous appliquer davantage aux bonnes oeuvres extérieures qu'à l'oraison,

2. Ayez soin du manger et dormir de votre corps,

3. Faites quelques pèlerinages particulièrement aux églises de la sainte Vierge,

4. Ne violentez pas votre âme pour l'oraison : contentez-vous d'être devant Dieu sans rien faire.

5. Dites souvent de bouche : je veux à jamais être indifférent à tout état, ô bon Jésus, ô mon Dieu, accomplissez votre sainte volonté en moi, et semblables. Il est bon aussi de prononcer des vérités de la Divinité, comme serait : Dieu est éternel, Dieu est Tout-puissant ; et de la sainte Humanité, comme serait : Jésus a été flagellé, Jésus a été crucifié pour moi et par amour. Ce que vous ferez encore que vous n'ayez aucun goût en la prononçant, etc. […]

Le P. Chrysostome n’hésite pas à éclairer Jean inquiet sur une oraison devenue « abstraite » après les ferveurs anciennes694 :

J'ai lu et considéré le rapport de votre oraison. […103]

1. Souvenez-vous que d'autant plus que la lumière monte haut dans la partie intellectuelle et qu'elle est dégagée de l'imaginaire et du sensible, d'autant plus est-elle pure, forte et efficace, tant en ce qui est du recueillement des puissances qu'en ce qui est de la production de la pureté.

2. Quand vous sentirez disposition à telle lumière, rendez-vous entièrement passif.

3. Souvenez-vous qu'aucune fois cette vue est si forte qu'au sortir de l'oraison le spirituel croit n'avoir point affectionné son objet, ce qui n'est pas pourtant, car la volonté ne laisse pas d'avoir la tendance d'amour mais elle est comme imperceptible, à cause que l'entendement est trop pénétré de la lumière. [104]

4. Enfin, souvenez-vous que dans cet état, il suffit que la lumière soit bonne et opérante, et il n'importe que l'entendement et la volonté opèrent également ou qu'une puissance absorbe l'autre. Il faut servir Dieu à sa mode dans telle lumière qui ne dépende point de nous. […]

Mais aussi bien Chrysostome répond à des questions touchant la vie pratique, par exemple en réponse au désir de solitude éprouvé par Jean695 :

Divisez votre temps et tendez de ne vous donner aux affaires que par nécessité, prenant tout le temps qu'il vous sera possible pour la solitude de l'oratoire. O cher frère, peu de spirituels se défendent du superflu des affaires. O que le diable en trompe sous des prétextes spécieux et même de vertu. […]

Puis Jean devenu à son tour directeur d’âmes demande l’avis de son maître :

Comment dois-je conseiller les âmes sur la passivité de l'oraison ? Les y faut-il porter et quand faut-il qu'elles y entrent et quels en sont les dangers ?

- Ordinairement le spirituel ne doit pas prévenir la passivité. Je dis ordinairement, d'autant que s'il travaille fortement il pourrait demeurer quelque peu de temps sans agir, s'exposant à la grâce et à la lumière, et éprouver, de temps à autre, si telle pauvreté lui réussit. Benoît de Canfeld en son Traité de la volonté divine, est de cet avis. Je crois néanmoins que celui qui s'en servira doit être discret et fidèle. […]

On a beaucoup insisté sur le caractère sévère de Chrysostome de Saint-Lô. Bernières semble – du moins au début de son évolution intérieure – être affligé d’un tempérament scrupuleux. Peut-être faut-il surtout mettre en cause la forme religieuse que prend à l’époque l’angoisse humaine696.

Bernières prendra « à la lettre » les injonctions de son confesseur :

…le Père Jean Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce Ce sentiment d’un directeur adressé à un disciple en augmentait les ardeurs d’une manière incroyable. Ainsi il commença tout de bon à chercher les moyens d’être pauvre. Mais comme son bon directeur n’était plus ici-bas il ne trouvait presque personne qui ne s’y opposât697

Mais le même Chrysostome, comme nous le verrons, sait être libre comme le montre l’aventure canadienne d’un mariage blanc simulé.

Bernières témoignera de sa vénération :

…ce me serait grande consolation que nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père Savez- vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu698 ?

Les conseils d’amies mystiques

Bernières bénéficie aussi des conseils de plusieurs amies avancées dans la voie mystique:

Marie des Vallées (1590-1656)

La simple mais sainte « sœur » de Coutances reçoit la visite chaque année de membres de l’Ermitage et ses « dits » sont consignés par saint Jean Eudes (1601-1680) dans son « manuscrit de Québec » et par Gaston de Renty (1611-1649) :

Ces conseils ont été donnés apparemment à Mr. de Bernières, (Voyez dans ses Oeuvres spirituelles, II. Partie, Lettres XXX, Pour la vie Unitive) ou à Mr. Bertot, (Voyez ci-dessus lettre XL, §2699, et lettre LXIV, §6700) ou à quelqu’un de leurs amis, qui avaient tous une grande estime pour cette fille, et l’allaient voir ordinairement une fois par an.

Sur le don d’anéantissement ou de la foi nue, l’emploi pour le prochain, la présence réelle de Jésus-Christ, la conversation en esprit et en silence, la communication essentielle de Dieu :

1. Cette Servante de Dieu étant consultée par un Serviteur de Dieu701, elle lui dit [f°408] d’avoir courage, qu’il n’est point arrivé, mais qu’il est en chemin ; qu’il faut laisser aller les personnes qui ont des lumières et des beaux sentiments, que ce n’est point là sa voie. […]

2. Elle a dit qu’elle ne peut rien faire ni penser, sinon demeurer dans sa maison qui est le néant […]

3. Elle m’a dit quantité de fois : vous voilà en beau chemin, Dieu vous y conduise. 702 […]

Et Jean Eudes raconte :

Dans un voyage que M. de Bernières fit à Coutances, pendant qu’il y fut il alla souvent prendre son repas chez M. Potier où était la sœur Marie. Or l’un et l’autre firent dessein d’envoyer quérir du sucre et quelque autre petite délicatesse, afin de le mieux traiter, mais lorsqu’il était présent, ils ne s’en souvenaient point du tout ; et quand il était parti, ils étaient fâchés d’y avoir manqué, mais pourtant ils oublièrent encore par après, excepté un soir qu’ils l’attendaient et qu’ils se souvinrent bien, mais cette fois il ne vint pas. Ensuite de cela, comme la sœur Marie se plaignait de leur peu de mémoire, Notre Seigneur lui dit : « C’est ma divine volonté qui en a ainsi disposé. Elle veut que vous lui aidiez à marcher dans le chemin de la perfection. Toutes ces choses ne sont que des retardements, excepté quand on en use par infirmité ou par quelque autre bonne raison. » [320]703.

Marie de l’Incarnation (1599-1672)

Bernières, après l’avoir connue brièvement et conduite à Dieppe pour son départ au Canada, restera son correspondant préféré (avec son fils dom Claude Martin), mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » sont malheureusement perdues :

Ses lettres ne traitaient pour la plupart que de l’oraison … Il [Bernières] en faisait une estime singulière. Il me dit qu’il avait connu bien des personnes appliquées à l’oraison … qu’il n’en avait jamais vu qui en eût mieux l’esprit, ni qui en eût parlé plus divinement.704.

… notre Mère est une seconde sainte Thérèse … C’est aussi le sentiment de Monsieur de Bernières … quoiqu’il y eût peu de personnes éminentes en oraison qui n’eussent communiqué avec lui … je lui ai néanmoins entendu dire qu’il n’avait jamais vu de personnes élevées au point où était la mère de l’Incarnation.705.

On ne peut donc que supposer un échange fructueux avec la mystique ursuline, en notant que si Marie Guyart reçoit des « communications de pur amour » avant la fin 1626, devenue Marie de l’Incarnation, elle est déjà fort avancée mystiquement lors de sa rencontre avec Jean de Bernières au printemps 1639706. On est en droit de penser qu’elle fut une « aînée » conseillère de l’approfondissement ultérieur de Jean qui se produit entre 1645 et 1657 par passage de l’abjection à l’abandon.

Charlotte le Sergent (1604-1677)

La « sublime » mystique707, cachée au sein du couvent des bénédictines de Montmartre, soutint Bernières (et bien d’autres, dont Catherine de Bar) :

Persuadé que Dieu l’éclairait sur la conduite d’autrui, on la consultait de tous côtés et même des personnes qui d’ailleurs étaient fort éclairées : comme Monsieur de Bernières…

Elle lui dit entr’autres choses : … il m’a semblé que votre âme se rabaissait par trop en réfléchissant sur elle-même, et sur les opérations divines dans son intérieur. Elle doit être à mon avis plus simple et s’attacher uniquement à l’Auteur de cet ouvrage et non pas à ses effets. Il vous doit suffire de lui laisser une pleine liberté d’agir à sa mode et selon son bon plaisir […]

Monsieur de Bernières étant pressé d’abandonner toutes choses et d’entreprendre une vie pauvre et réduite à la mendicité … [reçut cette réponse :]

Votre esprit naturel est agissant et actif … vous devez demeurer indifférent à tout … seulement vous humilier. C’est en ce point que consiste la pauvreté d’esprit dans ce vide et dans ce dénuement de toute propre élection…708.

La vie de Jean de Bernières.

Nous allons être brefs sur la biographie de Bernières : pour de plus amples détails, on se rapportera au récit vivant et de lecture aisée rédigé par Souriau dès 1913709. En fait, on sait peu de chose se rapportant à l’intime, hors ce qu’il en témoigne lui-même lors de rares confidences écrites.

Né en 1602, troisième fils d’un trésorier général de France, il utilisera par la suite une partie de sa fortune pour de nombreuses fondations caennaises, de concert avec son ami le baron de Renty. Après la mort de son ami Renty en 1649, il prend la direction de la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen, poursuivant une orientation toute dirigée vers les pauvres. Il paye de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause.

En 1639, il prend part de façon originale au départ de Mme de la Peltrie et de Marie de l’Incarnation pour le Canada. Tout à fait capable de conseiller Mme de la Peltrie en procès avec sa famille, il gère des ressources pour la fondation des missions du Canada pendant les vingt années qui suivent le célèbre voyage.

Sur le plan prosaïque de l’activité professionnelle, Bernières, qui reprit la charge de son père comme Trésorier à Caen de 1631 à 1653, semble avoir bien rempli son rôle, à en juger par cette lettre adressée par des Trésoriers de France à Caen le 29 octobre 1648 :

Messieurs, Tous les Bureaux de France vous sont grandement redevables d'avoir travaillé si utilement et heureusement à nos affaires communes. Comme ils sont obligés à vous en faire leurs très humbles remerciements, nous serions bien fâchés qu'aucun nous devançasse à vous en témoigner sa gratitude. Nous nous acquittons donc de ce devoir et louons Dieu que le succès a répondu par vos soins à nos espérances [...]710.

Ce rôle ne fut pas de tout repos car une révolte paysanne lié à l’imposition de l’impôt sur le sel fut à la même époque durement matée par le terrible chancelier Séguier (dont le journal intime note le nombre de pendus aux arbres : ils sont censés y demeurer jusqu’à leur chute naturelle !). Bernières fait alors partie de la vingtaine de notables agenouillés prêtant serment de fidélité au Roi711.

De 1646 à 1649, donc à un âge déjà avancé pour l’époque, il fait bâtir l’Ermitage, maison de retraite spirituelle où il dirige religieux comme laïcs, dans une grande liberté. « Le directeur des directeurs de conscience712 » parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage, maison qu’il a fait construire « au pied » du couvent de sa sœur Jourdaine713 :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels [...] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes714.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison715.

Désirant en bon membre du Tiers Ordre séculier franciscain pratiquer la pauvreté, il veut faire donation de ses biens, mais…

…Ma belle-sœur fait de son mieux pour empêcher que je ne sois pauvre ; elle me fait parler pour ce sujet par de bons religieux il n’y a plus moyen d’être pauvre716.

Pour ses dernières années, il a trouvé la solution : il ne possède plus que de ce que lui donne sa famille et vit avec le strict nécessaire :

J’embrasse la pauvreté quoiqu’elle m’abrège la vie naturelle717.

Enfin Jean est insensible aux différences sociales. Comme le rapporte cette conversation, son serviteur est pour lui un fils spirituel :

- Vous êtes mon maître, je vous dois tout dire comme à mon père spirituel - Vous le pouvez, lui dis-je, car je vous aime en Jésus-Christ, et je vous ai tenu auprès de moi, afin que vous fussiez tout à lui718.

Les multiples activités des amis de l’Ermitage

Bernières rayonne sur les amis qui séjournent avec lui à l’Ermitage : il donne l’exemple d’une pauvreté et d’une charité fondées sur l’oraison et l’abandon à la grâce divine. Il n’y a aucune opposition entre actifs et contemplatifs puisque la charité est suscitée par les mouvements intérieurs de l’Esprit Saint dans l’âme. Jean Eudes (1601-1680), fondateur des eudistes, incarne aussi cet esprit actif : ils sont du même âge et leur amitié durera longtemps. De même, avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, et grand seigneur qui passe des armes et des sciences à l’exercice de la charité, Bernières contribue à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires.

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui. 719.

L’influence du cercle va s’étendre au Canada dans des circonstances pour le moins inhabituelles. Nous citons cette histoire pittoresque pour illustrer un esprit de liberté et d’indépendance que l’on ne trouve pas toujours explicite dans des écrits retravaillés. Mme de la Peltrie, veuve aussi généreuse qu’originale, veut fonder une maison religieuse au Canada. Sa famille s’y oppose, elle consulte un religieux qui suggère l’expédient d’un mariage simulé. La proposition est présentée à M. de Bernières, ce « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté ». Ce dernier consulte son directeur :

Celui qui le décida fut le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage du moins à se prêter au jeu en faisant demander sa main. La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire « faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage »720.

Notons l’intervention positive du Père Chrysostome, qui peut être sévère mais sans étroitesse d’esprit, et la « sainte » liberté de tous dans cette affaire qui va prendre une pente assez comique. Le grand voyage pour le Canada débute par une tournée de « ramassage » passant par Tours de deux sœurs ursulines suivi d’une présentation à la Cour et d’un séjour à Paris :

Le groupe comprenait sept personnes, Mme de la Peltrie et Charlotte Barré, M. de Bernières avec son homme de chambre et son laquais, et les deux Ursulines dont Marie de l’Incarnation, qui écrit : « M. de Bernières réglait notre temps et nos observances dans le carrosse, et nous les gardions aussi exactement que dans le monastère A tous les gîtes, c’était lui qui allait pourvoir à tous nos besoins avec une charité singulière Durant la dernière journée de route, M. de Bernières s’était senti mal : il arriva à Paris pour se coucher. » Mme de la Peltrie joua jusqu’au bout la comédie du mariage : « elle demeurait tout le jour en sa chambre, et les médecins lui faisaient le rapport de l’état de sa maladie et lui donnaient les ordonnances pour les remèdes ». Mme de la Peltrie et la sœur de Savonnières s’amusaient beaucoup de cette comédie. M. de Bernières un peu moins.721.

Finalement le grand départ de Dieppe de la flotte de printemps en 1639 emporte Mme de la Peltrie (-1671), fondatrice temporelle de la communauté ursuline du Québec, et Marie de l’Incarnation (1599-1672) qui animera cette communauté :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Mme de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation722.

Malgré son envie de partir, le pauvre Bernières restera donc en France pour gérer les ressources nécessaires aux fondations canadiennes.

Les conseils en oraison

Bernières est le directeur de nombreuses personnes, aussi bien des laïcs que des clercs. Il dirige sa sœur aînée Jourdaine : très attachée à son frère, elle sauvera ses écrits et sa mémoire, non sans rencontrer des contrariétés. On sait aussi qu’il allait souvent parler aux ursulines pour les former à l’oraison. Ne pouvant traiter même brièvement de Jourdaine et d’une relation que l’on suppose presque quotidienne, nous renvoyons à Souriau et aux Annales du monastère723.

Catherine de Bar, qui deviendra la sainte « Mère du Saint-Sacrement » (1614-1698), passe environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen où le Père Jean-Chrysostome est son confesseur. Elle demeurera en correspondance avec Bernières724, de même que son nouveau confesseur Epiphane Louys, mystique attachant et lorrain comme elle, qui se liera également avec Bernières725. Jean peut être rude dans ses lettres : « Vous n'êtes pas pourtant dans cet état [de pur amour], car l'on vous chérit trop »…

Dans ses lettres à Bernières, on la voit traverser dans sa jeunesse les vides de la purification mystique :

3 juillet 1643. Monsieur, Notre bon Monsieur Bertot nous a quittées avec joie pour satisfaire à vos ordres. Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélités et combien j'ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâces. Je deviens si vide et si pauvre, même de Dieu, que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l'un et l'autre que je demeure ainsi abandonnée, laissant tout désir

13 novembre 1643. …Il n'y a rien dans mon coeur. Je suis pauvre véritablement, mais si pauvre que je ne puis exprimer 726.

Grâce à une vie longue et féconde, Catherine de Bar transmettra l’esprit de l’Ermitage. Nous ne pouvons consacrer ici une juste place à la fondatrice d’un ordre toujours vivant et actif à restituer sa mémoire.

Jacques Bertot (1620-1681) ou « Monsieur Bertot » (il est prêtre), est une figure charnière aussi fondamentale que demeurée discrète727 : il relie Caen et Paris, car il apporte la mystique de l’Ermitage à l’abbaye de Montmartre, d’où elle rayonnera. Un bref résumé de sa vie ainsi qu’un témoignage sur la fidélité de disciples est inclus dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées sous le titre Le directeur Mistique [sic] [...] ami intime de feu Mr de Bernières…, publié quarante-cinq ans après sa mort, par reconnaissance de Mme Guyon envers son directeur :

« Monsieur Bertot natif de Coutances [en fait Caen] grand ami de Jean de Bernières s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [et] plusieurs personnes engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche [de] Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

Après des études au collège de Caen, il devient prêtre et s’attache à Jean de Bernières. C’est probablement à lui qu’est destinée la majorité des lettres intitulées « à l’ami intime » qui tranchent par leur ton et leur profondeur particulière sur l’ensemble de la correspondance728. On y sent l’autorité de l’expérience, mais aussi une complicité spirituelle et la certitude d’être parfaitement compris d’un compagnon qui prend le chemin commun :

… Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire…729.

Ce grand mystique aura une profonde influence, en particulier sur Mme Guyon.

L’action de Bernières s’étend aussi sur le Canada puisqu’il forme à l’oraison François de Montmorency-Laval (1623-1708) pendant plusieurs années : celui-ci part au Canada où il deviendra le très saint premier évêque de Québec730 (il emporte avec lui le manuscrit des « dits » de Marie des Vallées). De nombreux familiers de l’Ermitage partiront au Canada : Ango de Maizerets, dont la vie se confondra avec celle du séminaire fondé là-bas à l’imitation de l’Ermitage, et qui se dévouera à l’éducation des enfants ; M. de Bernières, neveu de Jean, qui meurt à Québec en 1700 ; M. de Mésy, duelliste raffiné converti, premier gouverneur de Québec ; Roberge, le fidèle valet de chambre et disciple, y partira après la mort de son maître… 731.

Henri-Martin Boudon (1624-1702), l’archidiacre « persécuté » d’Evreux, responsable d’une très abondante production littéraire, dont la seule biographie existante du P. Chrysostome, conservera la confiance et l’appui de Bernières. Ce dernier est ferme dans ses convictions :

Lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie. Quand le grand archidiacre d’Evreux, Boudon, victime d’une sorte de conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui 732.

On peut citer bien d’autres figures : sur place, M. de Gavrus, neveu de Jean, fonde l’hôpital général de Caen ; Jean Aumont (1608-1689) « le vigneron de Montmorency », du Tiers Ordre franciscain, est l’auteur notable et attachant de L’Ouverture intérieure du royaume de l’Agneau occis dans nos cœurs… ; Lambert de la Motte, devenu Mgr de Béryte, est l’un des premiers évêques de la Chine.

Une heureuse fin

Usé par une vie très active, la fin de Bernières sera brusque, exauçant un intime désir né du souvenir de l’agonie douloureuse de son confesseur  le Père Chrysostome :

Il avait pourtant peur de la mort Une tradition de famille rapportait qu’il demandait toujours à Dieu de mourir subitement Le 3 mai 1659 rentré à l’Ermitage, le soir venu, il se mit à dire ses prières. Son valet de chambre vint l’avertir qu’il était temps pour lui de se mettre au lit. Jean lui demanda un peu de répit, et continua de prier…733.

Son valet de chambre [Denis Roberge, qui finira ses jours au Canada] ne s’en aperçut [de sa mort] qu’en l’entendant tomber sur son prie-Dieu. Il avait passé le jour aux Croisiers, où l’on solemnisait la fête de l’Invention de la Sainte-Croix, jour précieux pour lui…734.

Sa mort et sa maladie n’ont duré qu’un quart d’heure. Sans être aucunement malade, sur les 9 heures du soir, samedi, 3e de mai … il se souviendra de nous. Il nous aimait.735.

« Dieu est et vit, et cela me suffit »

Lorsque sa vue baissa, Bernières dictait, sur ordre de son confesseur, ses lettres et ses notes d’oraison à M. Roquelay, un prêtre qui vivait chez lui. Elles furent assemblées pour l’Intérieur Chrétien, paru l’année de sa mort, puis pour le Chrétien intérieur paru l’année suivante.

Nous ne ferons ici que suggérer quelques aspects essentiels de sa vie intérieure. Quelques passages suggèrent les diverses facettes d’un diamant d’où sort une même lumière intérieure. Sur un mode mineur :

Je m’exprime comme je puis, car il faut chercher des termes pour dire quelque chose de la réalité de cet état qui est au-dessus de toutes pensées et conceptions. Et pour dire en un mot, je vis sans vie, je suis sans être, Dieu est et vit, et cela me suffit […] Voilà bien des paroles pour ne rien exprimer de ce que je veux dire.736.

L’oraison est le fondement de sa vie :

L’oraison est la source de toute vertu en l’âme ; quiconque s’en éloigne tombe en tiédeur et en imperfection. L’oraison est un feu qui réchauffe ceux qui s’en approchent, et qui s’en éloigne se refroidit infailliblement.737.

Il en décrit plusieurs sortes, mais propose surtout l’oraison passive dans laquelle il a vécu toutes ses dernières années. Celle-ci met l’âme dans « une nudité totale pour la rendre capable de l’union immédiate et consommée », écrit-il à sa sœur Jourdaine. Elle « ne peut souffrir aucune activité, ayant pour tout appui l’attrait passif de Dieu […] En cet état, il faut laisser opérer Dieu et recevoir tous les effets de sa sainte opération par un tacite consentement dans le fond de l’âme» 738.

Cette oraison ne peut donc s’appuyer que sur un absolu renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu :

Un homme d’oraison doit être un homme mort … C’est se moquer de vouloir faire oraison et vouloir encore prendre goût aux créatures.739.

Dans une lettre du 29 mars 1654, il affirme le but de l’Ermitage :

C’est l’esprit de notre Ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Aucune satisfaction ne doit être donnée à la « nature », si peu que ce soit. Mais la raison de cette rigueur est beaucoup plus profonde que des outrances qui ne sont plus de notre époque. C’est en effet la grâce, pour lui la présence de Jésus-Christ, qui doit gouverner toutes les actions, jamais l’homme naturel :

… ce qui est purement naturel ne plaît pas à Dieu ; [il] faut que la grâce s’y trouve afin que l’action lui soit agréable et qu’elle nous dispose à l’union avec lui.740.

L’idéal est de se laisser gouverner par la grâce :

C’est un moyen très utile pour l’oraison de s’accoutumer à ne rien faire que par le mouvement de Dieu. Le Saint-Esprit est dans nous, qui nous conduit : il faut être poussé de lui avant que de rien faire […] L’âme connaît bien ces mouvements divins par une paix, douceur et liberté d’esprit qui les accompagne, et quand elle les a quittées pour suivre la nature, elle connaît bien, par une secrète syndérèse [remords de conscience] qu’elle a commis une infidélité.741.

La charité en particulier ne doit s’appuyer que sur cette vie intérieure profonde et, dans ses dernières années, il se méfie de toute action qui ne serait pas dictée par un mouvement de la grâce :

Ne vous embarrassez point des choses extérieures sans l’ordre de Dieu bien reconnu, si vous n’en voulez recevoir de l’affliction d’esprit et du déchet dans votre perfection. […] Oh, que la pure vertu est rare ! Ce qui paraît le meilleur est mélangé de nature et de grâce.742.

C’est dans ses Lettres à l’ami intime743, que Bernières se dévoile le plus : bien que son ami soit plus jeune, il est visible qu’il le considère comme son égal. Il peut lui parler à cœur ouvert des états les plus profonds de ses dernières années :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre… 

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même …744.

Jean dans sa jeunesse croyait l’abjection, la volonté d’anéantissement devant Dieu, supérieure à tout. Il s’aperçoit que l’abandon est le sommet et la base de tout, ce qui lui fait composer cet hymne sur lequel nous achevons l’aperçu de sa voie :

Ô cher abandon, vous êtes à présent l'objet de mon amour, qui dans vous se purifie, s'augmente et s'enflamme. Quiconque vous possède, ressent et goûte les aimables transports d'une grande liberté d'esprit. Une âme se perd heureusement en vous, après avoir perdu toutes les créatures pour l'amour de l'abjection, et ne se retrouve jamais qu'en Dieu, puisqu'elle est séparée de tout ce qui n'est point lui.

Ô cher abandon, vous êtes la disposition des dispositions, et toutes les autres se rapportent à vous. Bienheureux qui vous connaît car vous valez mieux que toutes les grâces et toute la gloire de la terre et du ciel. Une âme abandonnée à un pur regard vers Dieu n'a du ressentiment que pour ses intérêts, n'a point de désir, même des croix et de l'abjection : elle abandonne tout pour devenir abandonnée. Peu de paroles ne peuvent expliquer les grands effets que vous produisez dans un intérieur, qui n'est jamais parfaitement établi en Dieu s'il ne l'est en vous. Vous le rendez insensible à toutes sortes d'accidents, rien que votre perte ne le peut affliger.

Vous êtes admirable, mon Dieu, vous êtes admirable dans vos saintes opérations, et dans les ascensions que vous faites faire aux âmes que vous conduisez de lumière en lumière avec une sainte et divine providence qui ne se voit que dans l'expérience. Il me semblait autrefois que la Grâce de l'amour de l'abjection était comme la dernière ; mais vous m'en découvrez d'autres qui me font monter l'âme plus haut.

Ô cher abandon, vous serez sans doute la dernière disposition ; je ne désire que vous et la mort, comme la porte pour entrer dans un abandonnement éternel. Chère mort, que vous me semblez belle et douce ! Que d'attraits vous avez pour moi ! Délivrez-moi de ma captivité, afin que je puisse jouir de mon Bien-Aimé. Néanmoins si votre venue interrompt mon abandon, ne venez pas car vous n'êtes rien en comparaison, et toutes vos délices me sembleraient amères.

Ô cher abandon, vous êtes le bon ami de mon cœur, qui pour vous seul soupire. Mais quand pourrai-je connaître que je vous posséderai parfaitement ? Ce sera lorsque la divine Volonté régnera parfaitement en moi. Car mon âme sera établie dans une entière indifférence au regard des événements et des moyens de la perfection, quand elle n'aura point d'autre joie que celle de Dieu, point d'autre tristesse, d'autre bonheur, d'autre félicité. […]745

L’école du pur amour

Ce qui a été semé va germer.

Les amis de l’Ermitage forment une association peu courante de laïcs et de religieux, sans règle propre aux « religions » constituées. Ce réseau vivant se rassemble autour de personnalités qui se succèdent génération après génération : le laïc sieur de la Forest forme à l’oraison le Père Chrysostome, qui instruit le laïc Bernières, qui forme ensuite le prêtre Bertot, à qui succèdera une laïque, Mme Guyon… Quel nom donner à cette succession dans le temps de grandes figures réunies par le même idéal mystique qu’ils donnent à leur entourage ? Les expressions “Oratoire du coeur” et “Ecole de l’oraison cordiale” apparaissent chez Bremond dans le chapitre qu’il consacre quelque peu abusivement à Querdu Le Gall (une des nombreuses figures secondaires du réseau) et à Jean Aumont précédemment cité : le prêtre breton et le “vigneron de Montmorency” sont deux personnages excentrés et excentriques aux images naïves qui plaisent au conteur de beaux récits illustrés746. A la contraction en “Ecole du coeur”, nous préférons le terme “Ecole du Pur Amour”, afin d’éviter tout compromission de nature affective compte tenu du sens dévalué attribué au « cœur » depuis Rousseau et le Romantisme.

Voici par ordre chronologique les noms et dates de ses principaux animateurs à la suite de ceux que nous venons de citer en évoquant les multiples activités de Bernières. Chaque nom de la liste est suivi de son appartenance religieuse s’il y a lieu, et de quelques mots permettant son identification747. Les italiques indiquent l’appartenance franciscaine748 :

Marie des Vallées (1590-1656) : la « sainte de Coutances » est largement consultée ; elle est visitée, chaque année au moins, par Jean Eudes qui note ses admirables dits749, Jean de Bernières, Gaston de Renty, Henry Boudon…

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) l’organisateur en Normandie-Bretagne de la seconde province française du Tiers Ordre Régulier franciscain, « Notre bon Père », qui donne l’impulsion de départ ;

Jean Eudes (1601-1680), oratorien missionnaire, fondateur de la congrégation des Eudistes750.

Jean de Bernières (1602-1659) du Tiers Ordre franciscain, le saint mystique laïc de Caen.

Jean Aumont (1608-1689) du Tiers Ordre franciscain : « le vigneron de Montmorency » est un auteur attachant qui mériterait d’être mieux étudié ;

Gaston de Renty (1611-1649), seigneur ami de Bernières751 ;

Catherine de Bar, « la Mère du Saint-Sacrement » (1614-1698), Annonciade puis fondatrice ;

Jacques Bertot (1620-1681), prêtre, le « passeur mystique » entre Caen et Montmartre ;

Henri Boudon (1624-1702) du Tiers Ordre (?), auteur abondant752 défendu par Bernières ;

Paulin d’Aumale ( ? – apr. 1694) du Tiers Ordre Régulier, mêlé à la querelle du quiétisme ;

Archange Enguerrand (1631-1699) Récollet, « le bon franciscain » connu de Mme Guyon ;

Jeanne-Marie Guyon (1648-1717) et François de Fénelon (1651-1715), archevêque de Cambrai.

En résumé, ce réseau d’amis753, associant aînés et cadets, s’est constitué autour de Jean-Chrysostome de Saint-Lô et de son très actif et rayonnant disciple Jean de Bernières basé à Caen. Le « cercle mystique normand » s’étend ensuite à Paris car M. Bertot est nommé aumônier du célèbre couvent de bénédictines de Montmartre : il y anime un cercle où l’on vient de tout Paris. Après sa mort en 1681, sa dirigée Jeanne-Marie Guyon prend ses dirigés en charge754. C’est elle qui éveille à la vie mystique François de Fénelon (1651-1715). Ils seront nommés « notre mère » et « notre père » par les disciples qui viendront pratiquer l’oraison à Blois et à Cambrai à la fin d’une vie redevenue paisible après de multiples persécutions.

Madame Guyon dépend donc du courant de l’Ermitage755. Elle ne cite Bernières qu’indirectement, dans une lettre à un étranger : « Je vous envoie une lettre d’un grand serviteur de Dieu [Bertot], qui est mort il y a plusieurs années : il était ami de monsieur de Bernières, et il a été mon directeur dans ma jeunesse. »756. Les précautions sont en effet nécessaires compte tenu de la condamnation post-mortem de ce dernier en 1689, associée à celle de Molinos, qui s’avère gênante puisqu’elle se produit pendant les années actives publiques parisiennes de la « Dame directrice », nom malicieux accolé par Monsieur Tronson à l’active animatrice du cercle mystique « quiétiste ». Madame Guyon manifestera toute son estime pour Catherine de Bar, la « sainte » Mère du Saint-Sacrement, qu’elle connaîssait personnellement, ainsi que pour Marie des Vallées :

pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a faits depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose.757.

Ce deuxième foyer parisien animé par madame Guyon est très actif à la fin du XVIIe siècle et « relance » le courant issu du premier foyer normand animé par monsieur de Bernières. Il est aujourd’hui possible de l’apprécier dans sa grandeur parfois abrupte car les écrits originaux sont devenus accessibles758.

Au sein d’une expérience mystique bien vivante, on voit de plus apparaître le courant bénédictin entrelacé avec le courant issu du Tiers Ordre Régulier franciscain : le célèbre couvent des bénédictines de Montmartre prend M. Bertot pour confesseur, et Catherine de Bar fonde les Bénédictines du Saint-Sacrement759.

Sur la liste des membres principaux de « l’école du cœur », six (ou peut-être sept) d’entre eux sont directement rattachés aux courants franciscains, dont quatre (ou cinq) aux deux Tiers Ordres : deux sont membres du TOR et deux (ou trois) sont membres du TO laïc, auxquels s’ajoutent un Récollet et l’Annonciade Catherine de Bar devenue fondatrice de son propre ordre, toujours actif de nos jours. Tous les membres, sauf les « héritiers » Guyon et Fénelon, sont nés du vivant de l’initiateur, le Père Jean-Chrysostome.

Ce réseau informel liant des franciscains à des prêtres séculiers et à des laïcs fut bien vivant par sa descendance à travers Jacques Bertot, ainsi que par l’intermédiaire des deux ordres toujours actifs fondés par saint Jean Eudes et par la Mère du Saint-Sacrement ; il se propagea à travers toute l’Europe (les bénédictines du Saint-Sacrement sont présentes en Pologne) et au Canada (par la grande Marie de l’Incarnation correspondante de Bernières).

Nous allons voir que des cercles spirituels quiétistes inspirés par Mme Guyon s’établirent hors du Royaume entre 1710 et 1830 : en Hollande autour de Poiret, des Forbes en Ecosse, de Fleischbein et Dutoit en Suisse et en Allemagne ; par peur des persécutions anti-mystiques, on sort de France et du monde catholique.

Des rivières « cachées » et une voie occultée

Les mystiques normands animés par Bernières et leur descendance « étoilée » dans et hors du cadre français catholique sont la principale contribution du franciscanisme aux temps modernes. Leurs descendants sont attestés formellement tout au long du Siècle des Lumières tandis que les influences perdurent ensuite autour du thème de l’abandon.

L’importance de cette voie mystique a été occultée dès la fin du XVIIe siècle pour deux raisons : la première raison, évidente, est l’« erreur du quiétisme » qui lui fut attribuée ; mais l’étiquette s’avère d’un usage large et flou tandis que les propositions relevées ne se retrouvent pas dans les textes incriminés760. Cette appartenance à une voie ou école ou parti provoquera la condamnation de Bernières post-mortem en 1689 (à la suite de celle de Molinos), puis d’un ensemble élargi aux « nouveaux mystiques » Guyon et Fénelon (bref Cum alias, 1699). La reconnaissance du rôle de transmission entre Caen et Paris assuré par M. Bertot est bien établie chez les adversaires, en particulier par une enquête qui souligne son rôle à la tête du « parti » :

Il y a plus de vingt ans que l’on voit à la tête de ce parti M. Bertau [Bertot], directeur de feu madame de Montmartre [la supérieure du couvent des bénédictines]… Madame G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée… » 761.

La seconde raison, moins évidente, découle d’une situation de fait à cheval entre corps religieux et société laïque, qui ne permet pas de cerner facilement un corps ou « religion », première étape pour définir un champ d’études. Cette école alterne en effet religieux et laïcs comme le montre la séquence principale de filiation : M. de la Forest - Père Chrysostome – M. de Bernières – le prêtre Jacques Bertot – Mme Guyon et Fénelon archevêque de Cambrai.  Cette alternance toute moderne s’accorde pourtant avec l’antique tradition franciscaine des Tiers Ordres Régulier (réservé aux clercs) et séculier (proposé aux laïcs).

Chez les laïcs, des vœux particuliers prennent la place des règles religieuses, ce qui rapproche les uns des autres : Bernières, incité par son directeur Chrysostome,  a mis en œuvre des vœux propres au Tiers Ordre séculier, réalisant son souci de pratique de la pauvreté. De même Mme Guyon - qui partage avec Bernières la particularité d’appartenir à une fort riche famille - témoigne de vœux de chasteté, de pauvreté, d’obéissance, pris lors de son veuvage :

J’avais fait cinq vœux en ce pays-là [Thonon en Savoie, à l’époque de la rédaction de son Moyen court] : le premier de chasteté, que j’avais déjà fait sitôt que je fus veuve ; celui de pauvreté ; c’est pourquoi je me suis dépouillée de tous mes biens. Je n’ai jamais confié ceci à qui que ce soit. Le troisième, d’une obéissance aveugle, à l’extérieur, à toutes les providences ou à ce qui me serait marqué par mes supérieurs ou directeurs, et au-dedans, d’une totale dépendance de la grâce. Le quatrième, d’un attachement inviolable à la sainte Église, ma mère, non seulement dans ses décisions générales, où tout catholique est obligé de se soumettre, mais dans ses inclinations, et de procurer le salut de mes frères dans ce même esprit. Le cinquième était un culte particulier à l’enfance de Jésus-Christ, plus intérieur qu’extérieur. Et quoique mon âme ne fût plus en état d’avoir besoin de ces vœux, Notre Seigneur me les fit faire extérieurement et me donna, en même temps, au-dedans, l’effet réel de ces mêmes vœux. Depuis ce temps, il n’est pas en mon pouvoir de garder de l’argent : je vis avec une entière pauvreté.762

Ainsi leurs membres sont solidement ancrés dans la pratique des vertus sans en être esclave : le franciscain capucin Martial d’Etampes disait : « Servez-vous des vertus et jamais ne servez les vertus ». Ceci permet à l’école du Pur Amour de poursuivre son chemin malgré les traverses.

Influences dans le monde catholique français

Le premier cercle constitué autour de M. Bertot fut repris et élargi. Des cercles mystiques se forment à Blois autour de Mme Guyon et à Cambrai autour de Fénelon : ils restent très discrets. Une vingtaine de noms sont bien identifiés, desquels se détachent les ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvillier, la duchesse de Mortemart, Dupuy…, puis à la génération suivante le neveu marquis de Fénelon. Les autres amis de Fénelon, vivant à ou près de Cambrai, sont par contre mal identifiés763.

Ensuite, des courants souterrains prennent le relais. Les influences furent larges dans le monde catholique français chez des figures mystiques que l’on trouve rassemblées autour du thème de l’abandon. Ds foyers de grande valeur existent : par l’intermédiaire de la Mère de Siry,  François-Claude Milley (1668-1720) est en rapport avec Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) : ces deux jésuites sont « deux maîtres de l’abandon qui ont puisé à la même source »764. Milley écrit à la Mère de Siry :

J’ai vu les lettres spirituelles de M. de Bernières ; cet ouvrage surpasse tous les autres … j’y ai trouvé mes sentiments pour la conduite de l’abandon si bien marqués, et exprimés en termes si ressemblants, que je croyais presque l’avoir copié avant que de le connaître. Les personnes … disent que c’était moi qui avais fait ces lettres. 765

On a longtemps attribué au P. de Caussade un ouvrage majeur : L’Abandon à la Providence divine, dont on ne connaît pas l’auteur mais qui est d’« inspiration guyonnienne »766 :

[Il] fait figure de superbe rejeton de la tradition guyonnienne … qui inspirera notamment le P. Grou puis, au XIXe siècle, la spiritualité dite de l’abandon ou de l’enfance, illustrée par Mgr Gay et Thérèse de Lisieux.

On sait combien ce beau livre sur l’abandon traverse les siècles et est lu aujourd’hui aux Etats-Unis comme en France.

L’influence se prolonge au cours des XIXe et XXe siècles chez le Père Henri Ramières (1821-1884), jésuite spirituel, premier éditeur de L’Abandon à la Providence divine ; et chez Dom Vital Lehodey (1857-1948), qui écrivit Le saint Abandon, 1919.

Mais en France malheureusement, la crainte s’est attachée à toute forme que l’on pouvait soupçonner d’être « quiétiste », et les noms de l’école du Pur Amour ont été effacés de la mémoire jusqu’aux réhabilitations modernes par Delacroix, Brémond, Baruzi, puis par Bergson, Henderson, Cognet, Gondal

Influences hors du Royaume

Chez les catholiques, la vie intérieure est censurée en Italie et en Espagne comme en France, ce qui limite les traces imprimées. En Europe centrale et du nord, les confessions calvinistes ou même luthériennes demeurent fortement opposées à toute mystique car elle est associée primitivement aux moines et moniales combattus par les réformateurs ; mais des protestants piétistes sont influencés par le courant guyonnien. Des relais à l’étranger se constituent au début du XVIIIe siècle :

- en Suisse, à Morges près de Lausanne, où le notable écrivain vaudois Jean-Philippe Dutoit-Mambrini (1721-1793) est pasteur dans la seconde moitié du siècle et second éditeur de l’œuvre guyonnienne dont l’édition primitive était épuisée767. Il avait nettement conscience d’une continuité « d’école » comme en témoigne la saisie effectuée chez ce pasteur piétiste par la sévère police bernoise à la fin du XVIIIe siècle. Le procès-verbal de saisie de ses livres se limite à quatre auteurs : Bernières, Bertot, Mme Guyon, Poiret (outre la Bible et l’Imitation)768. Le groupe guyonnien rencontre par la suite un écho lors du « réveil » suisse animé par Vinet au début du XIXe siècle, puis semble disparaître.

- En Allemagne le comte Friedrich von Fleichbein (1700-1774)769, dont la jeune femme Pétronille d’Eisweiler connut brièvement le cercle de Blois et Mme Guyon, associe quiétisme et piétisme rigoriste. Cette association a fait l’objet d’une description critique par Karl Philipp Moritz (1756-1793) dans son roman autobiographique Anton Reiser : en contraste avec l’atmosphère mortifère du cercle piétiste rigoriste, les lectures de Fénelon et de Mme Guyon apportent ouverture et paix à l’adolescent. Le comte fut en relation avec Dutoit-Mambrini qui le révérait.

- En Hollande, à Rijnsburg, le cercle formé autour de Pierre Poiret (1646-1719)770 influencera le grand mystique et théologien Tersteegen (1697-1759) qui « découvrira les écrits de nombreux mystiques, notamment ceux de madame Guyon … dont il traduira une partie. » 771. Poiret apprécie les écrits de Bernières. Sa notice sur lui prend place entre celle de François d’Assise et celle de Henri Suso ! 772.

- En Ecosse à Aberdeen773, le cercle relié à Mme Guyon par l’intermédiaire de Pierre Poiret fusionnera avec la belle tradition spirituelle épiscopalienne, illustré par Henry Scougal 774 et James Garden775.

- En Angleterre, à Londres, le Dr Keith est en relation avec de nombreux intellectuels, tandis qu’il distribue largement les ouvrages mystiques édités en Hollande par Poiret. William Law, Wesley le fondateur du Méthodisme, des quakers sont en relation avec le mouvement du christianisme intérieur relayé par les écrits guyonniens776. La « lumière intérieure » chère au grand mystique quaker Robert Barclay, dont An Apology for the True Christian Divinity fut publié en 1678, est à rapprocher au « christianisme intérieur » vécu dans l’école. Enfin on ne saurait oublier l’influence sur la franc-maçonnerie (de rite écossais) initiée par le Chevalier Ramsay777.

L’étude du devenir de ces petites rivières après le début du XIXe siècle et hors de France est à faire. On sait que le cercle de Morges près de Lausanne se sclérose autour de 1832, mais qu’en est-il en Ecosse, Norvège et Suède (les grandes familles écossaises ayant pied des deux côtés de la Mer du Nord), voire en Russie778 où Mme Guyon fut partiellement traduite ?

Enfin, au-delà de ces influences directes de personne à personne il faudrait étudier les influences indirectes qui s’opèrent par des écrits. Pour le seul XIXe siècle : influences « littéraires » relevées chez Benjamin Constant dans son roman Cécile : « La lecture de plusieurs ouvrages de Mme Guyon produisit en moi une sorte de calme inusité qui me fit du bien. J’essayai la prière… » ; sa sœur Lisette de Constant était d’ailleurs adepte du cercle des « Ames Intérieures » issu de Dutoit ; influence dans les Journaux d’Amiel et de Maine de Biran779 ; admiration de Schopenhauer pour madame Guyon et son école780.

Conclusion

Pour clore cette fresque rapide qui présente le grand courant mystique de la quiétude, nous en rappelons les grands lignes : la rivière prend sa source dans les deux Tiers Ordres franciscains, se développe au sein du groupe de mystiques normands familiers d’un Ermitage construit et animé par Bernières, passe à Paris dans le cercle né autour du couvent de Montmartre, ainsi qu’au Canada (par Marie de l’Incarnation, Mgr Laval et d’autres figures moins célèbres proches de Jean) et en Pologne (par la fondation de Catherine de Bar). Un second « nœud » mystique se constitue autour de Mme Guyon et de Fénelon. Contrainte à la discrétion, la rivière mystique devient souterraine en Europe, avant d’être redécouverte par l’auteur du Sentiment religieux H. Bremond781, et par l’auteur du Crépuscule des mystiques L. Cognet dont le sujet essentiel est « l’aventure » de Mme Guyon. Notre époque voit la résurrection des écrits qu’elle fit naître.

Avertissement

Ce premier tome présente trois sources. L’Intérieur Chrétien (1659) est court et clair. Le Chrétien Intérieur (1660) en huit livres, au texte plus long, forme le corps de l’ouvrage. Les Pensées proches de lettres originales lui furent adjointes en 1676.

Nous avons choisi l’édition du Chrétien Intérieur « divisé en huit livres … PAR UN SOLITAIRE » , reliée en un puis en deux volumes après adjonction de Pensées , de préférence à l’édition sous le même titre assemblée postérieurement en deux tomes, comportant trois traités chacun, « Par le R. P. d’ARGENTAN », qui n’est autre que le « solitaire » dévoilé. Il n’était évidemment pas possible d’éditer cette dernière amplification textuelle, ni une reprise par ailleurs intéressante par un plan modifié, éditée tardivement en 1781. Les descriptions détaillées d’éditions caractéristiques de ces avatars de « l’œuvre » de Bernières constitue une annexe placée en fin de volume. Une base photographique couvrant l’ensemble de ces sources est disponible sur demande.

Le dossier des deux Chrétiens sous leurs premières formes782 et incluant les Pensées est ainsi rendu accessible. Il permet une réévaluation sereine sans l’ombre portée par un « quiétisme » que l’on ne retrouve pas dans les textes.

Le lecteur en quête de vie intérieure trouvera ici l’expression d’un vécu authentique. Il fera aisément la distinction entre l’élan et la simplicité profonde propres à Bernières et les développements oratoires associés par un d’Argentan qui se pose souvent en « co-auteur ».

Nous indiquons quelques doublons. Des textes du Chrétien Intérieur reproduits en notes au début de l’Intérieur Chrétien – nous n’avons cependant pas poursuivi un exercice assez encombrant - montrent par les variantes les libertés prises lors du travail de réécriture.

Nous relevons en notes des origines épistolaires. Ne figurent ici que quelques rares mises en parallèle de lettres compte tenu de l’édition prochaine d’un second tome consacré à la Correspondance. Outre des sources directes, nous avons reproduit des extraits apparentés au texte courant.

La ponctuation a été modernisée.

Générations autour de Jean de Bernieres

[omission]

Description des éditions anciennes

Cette annexe porte sur les écrits imprimés783. Nous décrivons précisément des prototypes par « branches » choisis parmi leurs très nombreuses éditions784. Pour attirer l’attention sur les différences les plus significatives entre ces éditions, nous soulignons les passages indiquant ces différences. La description minutieuse est nécessaire pour s’y retrouver dans la jungle des éditions qui assurèrent l’influence d’un Bernières reconstruit. On ne liste pas les multiples rééditions très semblables d’une même branche785. Se succèdent :

(1) Un Intérieur Chrétien suivi de deux Chrétiens Intérieurs

[1659]. L’Intérieur Chrétien ou la conformité intérieure, Que doivent avoir les Chrétiens avec Jésus-Christ, à Rouen, 1659 ; [éd. rare d’un « petit in-12 de 165 pages » (Heurtevent) ; nous avons disposé d’une réédition in-12 à Lyon, chez Rolin Glaize, 1677, comportant : Epître « A Jésus-Christ » (2 p.) signée de N. Charpy de Ste Croix, Table (5 p.), « Extrait des registres du Conseil d’Etat » (16 p. !), « Permission » (1 p.), « L’Intérieur chrétien » divisé en quatre livres, pp. 1-191, soit 25 lignes de ~35 car. / l. , ~170 000 caractères espaces compris].

[1660]. Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ, divisé en huit livres, qui contiennent des sentimens tous divins, tirés des Ecrits d’un grand Serviteur de Dieu de notre Siècle, par un Solitaire [Jean-François d’Argentan], Claude Grivet, Rouen, 1660 [nous avons disposé de deux petits in-12 : la première édition sans page de titre et la seconde édition avec p. de titre ; cette dernière s’avère identique à la précédente mais recomposée (même nombre exact de pages mais léger décalage du texte) ; elle comporte : Epître « A Jésus-Christ (10 p. de contenu nouveau) non signée, « Approbation des docteurs » C. Mallet et F. Jean Soret (2 p.), et Privilège du Roi (3 p.) suivi de « Ledit Grivet a associé audit Privilège, Jean Viret Imprimeur… » (7 lignes absentes de la première édition par ailleurs identique), « Le Chrestien Intérieur » divisé en huit livres, pp. 1-531, Table (des livres premier à huitième, 7 p.), soit 33 lignes de ~44 car. / l., ~770 000 caractères espaces compris ou une amplification par un facteur 4,5 en comparaison de l’Intérieur Chrétien !]

Suivirent de très nombreuses éditions chez « le libraire d’en face » grand gagnant du procès, Claude Cramoisy ; puis chez la veuve Edme Martin, Paris …1680, 1684… [ces éditions quasiment identiques corrigent quelques petites erreurs ou obscurités de la première édition hâtive de Rouen].

Depuis 1676 elles ont pour titre : Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure […] par un Solitaire. Augmenté des Pensées de M. de Bernières Louvigny. ; l’édition de 1684 comporte deux tomes (reliés ensemble). Tome I : gravure de Messire Jean de Bernières.., page de titre, « A Jésus-Christ » (12 p.), Table (4 p.) de quatre [premiers] livres, Approbations de Docteurs [les mêmes], « Le chrestien intérieur. Première partie » suivie des livres I à IV, pp. 1-414. Tome II : « Le Chrestien intérieur, ou la conformité […]. Seconde partie. », Table (4 p.) des livres cinquième à huitième, Table (4 p.) pour le temps de l’Avent, « Le Chrestien Intérieur. Seconde partie. » suivie des livres V à VIII, pp. 3 -276, suivie des « Pensées de M. de Bernières Louvigny, ou Sentimens du Chrestien Intérieur sur les principaux Mystères de la Foi. Pour les plus grandes fêtes de l’année. », pp. 277-366, suivi de l’ « Extrait du Privilège du Roi », des « Approbations des Docteurs » [les mêmes], de l’ « Extrait des Registres du Conseil d’Etat » (8 p.) [au total Chrétien 688 + Pensées 90 = 778 pages, 29 lignes de 36 car par page, 812 000 caractères avec espaces.]

De nombreuses éditions suivirent dont : Charles Robustel, Paris, 1690 [textes identiques selon les mêmes paginations], etc.

[1687]. Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ. Tome second. Tiré comme le premier des manuscrits de feu de sainte mémoire Monsieur de Bernières-Louvigny, autrefois Trésorier de France au Bureau de Caen. Par le R.P. Louis-François d’Argentan, capucin. Dernière édition. A Paris, 1687. Contient : « Avertissement nécessaire » (24 p. de d’Argentan), Table des Traités (premier à troisième du premier livre, premier à troisième du second livre 786), Permission & approbations (6 p. de nombreux frères et de Pirot), extrait du Privilège du Roi, « Achevé d’imprimer pour la première fois le dernier jours de décembre 1676 » (2 lignes), [liste incluant les écrits nombreux (et insipides) de d’Argentan :] « Livres de piété… » (1 p.). « Le Chestien Intérieur. Livre premier. Où il est traité comment il faut mourir à la vie pécheresse… » pp. 1 -610 [le texte de cette édition « en deux tomes » diffère beaucoup de la précédente « en huit livres »].

[1781]. Le Chrétien Intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir tous les chrétiens avec Jésus-Christ. Tiré des manuscrits de feu M. de Bernières-Louvigny, Trésorier de France, décédé à Caen le 3 mais 1659, âgé de 57 ans. Tome premier. Dernière édition. Pamiers & Bordeaux, 1781. Contient : « Epître à Jésus-Christ » (i à xii), « Avertissement nécessaire du Père d’Argentan, premier éditeur du Chrétien Intérieur » (xiii à xix), Approbation (xix, du seul C. Mallet), « Avis du nouvel éditeur » (xx à xxiv), « Le Chrétien Intérieur. Livre Premier. Où il est traité comment il faut mourir à la vie pécheresse… » (pp. 1 -538), Table (des livres premier à troisième787, pp. 539 -547), « Permission simple » (1 p.) ; Tome second. « Le Chrétien Intérieur. Livre Premier. De la vie surhumaine… » (pp. 1 -466), Table (des livres premier à septième788, pp. 467-472). - Le texte de cette édition tardive très soignée reprend la précédente signée d’Argentan mais en inversant les volumes (le tome premier de 1781 correspond au tome second de 1687) et avec quelques modifications affectant l’ordre, qui sont justifiées p. xxi à xxiii ; 1004 pages de 30 lignes de ~41 car., ~1 235 000 caractères espaces compris]

(2) Des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres)

[1670]. Les Oeuvres Spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Divisée en deux parties. La première contient des Maximes pour l’établissement des trois états de la vie chrétienne. La seconde contient les Lettres qui font voir la pratique des Maximes. A Paris chez Claude Cramoisy, 1670 ; la veuve d’Edme Martin, 1678 ; Bonaventure le Brun, Rouen, 1678  [Description du Tome I : Le titre précédent est suivi de : « Le libraire au lecteur » (3 p.), « Discours sur les Œuvres spirituelles… » (21 p.), Approbations (4 p.), « Maximes et avis spirituels… » 1-287, réparties selon les vies purgative, illuminative, unitive. Les Maximes sont en fait des lettres, comme le montrent les dates en marges heureusement placées en marges par la Mère de Saint-Charles à partir de la nouvelle édition de 1675 ; description du tome II : Les Oeuvres Spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Seconde partie contenant les lettres qui font voir la pratique des Maximes est suivi de : « Table … pour la vie purgative, unitive & parfaite, illuminative » (14 p.), « Lettres ou les maximes et avis spirituels pour la vie purgative sont mis en pratique » 60 lettres, pp. 1-164, « Lettres …pour la vie illuminative » 54 lettres, pp. 165 -342, « Lettres …pour la vie unitive » 61 lettres, pp. 343-523, Approbations (4 p.) ; 629 pages de 29 lignes de ~41 car., ~750 000 caractères espaces compris.

Ces Œuvres spirituelles, augmentées de correspondances tirées de la direction de Bernières par Chrysostome de Saint-Lô ainsi que des échanges entre Bernières et Catherine de Bar feront l’objet du second tome de la présente édition des Œuvres.

(3) Des Pensées

[1676]. Pensées de De Bernières Louvigny, ou Sentimens du Chestien Intérieur sur les principaux mystères de la Foi. Pour les plus grandes Festes de l’année. A Paris, Chez la Veuve d’Edme Martin, au Soleil d’or, et au sacrifice d’Abel. Et Sébastien Cramoisy, à la Renommée. MDCLXXVI. Avec Privilège du Roi. – Cette édition comporte : Page de titre, « Le mérite de feu M. de Bernières Louvigny est si connu… » (3 p.), Table (7 p.), Extrait du Privilège du Roi (2 p.), « Pensées… [les titres complets des parties suivent les Temps de l’année] » 1-125). [Il s’agit d’une édition en petit format des 90 pages reproduites à la suite du Chrétien Intérieur la même année chez la même Edme Martin, édition décrite précédemment. - La comparaison entre ces Pensées et le Chrétien montre de grandes différences  à l’avantage des Pensées ; de style proche des lettres et comportant d’ailleurs certaines annoncées comme telles, elles paraissent relever de sources plus directes que le Chrétien qui d’ailleurs en reprend fort librement certains passages ; il y a donc des doublons].





Table

(Pagination *.doc de ~300 pages, le livre imprimé en couvre 520)



JEAN DE BERNIERES, ŒUVRES MYSTIQUES

L’INTERIEUR CHRETIEN SUIVI DU CHRETIEN INTERIEUR

ET DES PENSEES

Remerciements 3

Avant-Propos 4


JEAN DE BERNIERES : ECRITS ET INFLUENCES 5

Un succès éditorial 6

Les acteurs 7

La pièce 8

Les sources imprimées 9

Choix pour nos éditions 11

Un courant mystique « ouvert » 12

Une tradition franciscaine 13

La direction ferme du P. Chrysostome 13

Les conseils d’amies mystiques 15

La vie de Jean de Bernières. 17

Les multiples activités des amis de l’Ermitage 20

Les conseils en oraison 21

Une heureuse fin 23

« Dieu est et vit, et cela me suffit » 23

L’Ecole du Pur Amour 27

Des rivières « cachées » et une voie occultée 29

Influences dans le monde catholique français 31

Influences hors du Royaume 32

Conclusion 33

Avertissement 34


L'INTERIEUR CHRETIEN 35

Livre premier. 35

Chapitre premier. De la vie chrétienne, et de la folie du monde. 35

Chapitre 2. De la conversion à Dieu, à l'exemple de saint Paul. 38

Chapitre 3. De l'estime qu'il faut faire de l'esprit du christianisme. 39

Chapitre 4. De la liberté chrétienne. 40

Chapitre 5. Que la vérité se rencontre seulement dans l’Esprit du Christianisme, et que tout le reste n'est que vanité. 43

Chapitre 6. De la connaissance de notre néant. 44

Chapitre 7. De la vie chrétienne qui nous élève au-dessus de nos sentiments. 44

Chapitre 8. De la peine qu'il y a à bien choisir sa manière de vivre. 45

Chapitre 9. De la profonde connaissance et aveu des misères humaines, jointe à la confiance en Dieu. 46

Chapitre 10. Réflexion sur notre anéantissement. 47

Chapitre 11. Suites de l'anéantissement. 48

Chapitre 12. Conclusion sur l'anéantissement connu. 49

Livre deuxième. 49

Chapitre 1. De l'esprit des souffrances. 49

Chapitre 2. Des souffrances. 50

Chapitre 3. Des souffrances, et de la vraie Croix. 51

Chapitre 4. Des peines intérieures. 51

Chapitre 5. De l'union avec Dieu présent dans les peines d'esprit. 53

Chapitre 6. De l'alliance qu'il faut faire avec la sacrée folie de la Croix. 53

Chapitre sept. Du dénuement et anéantissement de soi-même et de ses volontés. 56

Chapitre huit. Du détachement. 56

Chapitre neuf. Par la vue de Dieu présent en nous, la privation des créatures nous touche peu. 57

Chapitre dix. De la pauvreté. 57

Chapitre onze. De l'amour de l'abjection. 58

Chapitre douze. De cette vie mortelle. 58

Chapitre treize. Sur la mort et la pourriture du corps. 58

Chapitre quatorze. De la présence de Dieu. 59

Chapitre quinze. De la présence de Dieu en nous. 59

Chapitre seize. Considérations sur la présence de Dieu, qui nous doit occuper. 61

Chapitre dix-sept. Que Dieu est notre fin et notre centre. 61

Livre troisième. 62

Chapitre premier. De la vue de Dieu dans l'oraison. 62

Chapitre deux. De la conformité au bon plaisir de Dieu, et de l'abandonnement à sa Providence. 63

Chapitre trois. De l'abandonnement à l'indifférence chrétienne. 65

Chapitre quatre. Du détachement des créatures quoique saintes. 66

Chapitre cinq. De l'amitié qu'il faut avoir selon l'Esprit de Jésus-Christ, et de l'amour de Dieu. 66

Chapitre six. Moyens pour se détromper des affaires du siècle. 67

Chapitre sept. De l'anéantissement. 67

Chapitre huit. De l'examen qu'il faut faire de notre coeur. 69

Chapitre neuf. Pour encourager un coeur timide au regard de Dieu. 69

Chapitre dix. Retour à Dieu après quelques fautes. 70

Chapitre onze. Contre la crainte de ne pas bien réussir dans les supériorités, et contre le mal des rechutes. 71

Livre quatrième. 73

Chapitre premier. Des divers genres de vie en union avec Dieu. 73

Chapitre deux. Maximes de la vie chrétienne. 73

Chapitre trois. Degrés par où les âmes montent à la vie divine. 74

Chapitre quatre. Trois degrés de la vie spirituelle. 75

Chapitre cinq. Maximes pour la vie contemplative. 75

Chapitre six. Du contentement de Dieu en soi-même, et de ses perfections. 75

Chapitre sept. De la perfection de l'amour de Dieu pour nous. 76

Chapitre huit. De la communion et de ses effets. 76

Chapitre neuf. De l'usage de la grâce. 78

Chapitre dix. De la Sainte Trinité. 79

Chapitre onze. Des directeurs. 79

Chapitre douze. Sentiments qu'il faut avoir quand nous voyons des saintes âmes être bien épurées. 80

Conclusion. Abrégé des différentes vies de Jésus-Christ. 80


LE CHRÉTIEN INTÉRIEUR OU LA CONFORMITÉ INTÉRIEURE QUE DOIVENT AVOIR LES CHRÉTIENS AVEC JÉSUS-CHRIST. 83

AVERTISSEMENT 83

A Jésus-Christ 83

Approbation des docteurs. 86

Autre approbation. 86

Privilège du roi. 87


LE CHRÉTIEN INTÉRIEUR 88

Livre I. De l'amour des humiliations, qui est le fondement solide de toute la perfection chrétienne. 88

Chapitre 1. Qu'il faut entreprendre la perfection chrétienne avec un esprit d'humilité. 88

Chapitre 2. Fondement de la vraie humilité chrétienne. 90

Chapitre 3. Que le centre et repos de la créature est son néant. 91

Chapitre 4. Que les grands Saints sont arrivés à la perfection par un grand amour du mépris et de l'abjection. 92

Chapitre 5. Que nous n'avons non plus du vrai Esprit de Jésus-Christ que de tendance vers l'abjection. 93

Chapitre 6. Que la vue de notre néant inspire le mépris de nous-même, et l'amour de Dieu. 95

Chapitre 7. Combien Dieu est glorifié par notre anéantissement. 96

Chapitre 8. Combien une âme est riche, quand elle peut avoir l'amour du mépris. 97

Chapitre 9. Quel avantage nous tirons des anéantissements. 98

Chapitre 10. Le chemin pour arriver au parfait anéantissement. 100

Chapitre 11. Qu'il se faut bien abandonner à Dieu, pour être anéanti. 101

Chapitre 12. Qu'il faut renoncer au sens et à la raison humaine, pour aimer les humiliations. 101

Chapitre 13. Que l'anéantissement s'apprend mieux par la pratique que par la spéculation. 102

Chapitre 14. Qu'une âme épousant Jésus-Christ épouse aussi sa Croix et ses opprobres. 104

Chapitre 15. Que l'expérience des bontés de Dieu nous anéantit puissamment. 105

Chapitre 16. Que l'agrément de notre abjection après nos fautes, répare l'injure de Dieu, et rétablit notre ruine. 106

Chapitre 17. Considération sur la vileté du corps corruptible. 107

Chapitre 18. Considération sur la pente naturelle que nous avons au mal. 108


Livre II. De la vie surhumaine, qui est la vie de tous les vrais Chrétiens 110

Chapitre 1. L'idée de la vie surhumaine. 110

Chapitre 2. De la haute estime qu'on doit faire de la vie chrétienne. 110

Chapitre 3. Qu'il se faut entièrement convertir à Dieu, comme saint Paul. 112

Chapitre 4. De l'alliance qu'il faut faire avec la sacrée folie de la Croix. 113

Chapitre 5. Comme il faut conformer notre intérieur à celui de Jésus-Christ. 114

Chapitre 6. La sublimité de la vie chrétienne. 115

Chapitre 7. Divers degrés de la vie surhumaine. 116

Chapitre 8. Pratique de la vie surhumaine 118

Chapitre 9. De la liberté que nous donne l'exercice de la vie surhumaine 119

Chapitre 10. Notre plus grand bonheur en terre est de professer la vie chrétienne. 120

Chapitre 11. Que la vérité se trouve seulement dans l'Esprit du Christianisme, le reste est vanité. 122

Chapitre 12. Dans le Christianisme nous pouvons mener plusieurs vies, qui toutes sont la vie de Jésus-Christ. 123

Chapitre 13. Quelques maximes de la vie surhumaine. 124

Chapitre 14. Combien une âme est contente dans la vie surhumaine 125

Chapitre 15. Que l'on ne saurait vivre de la vie surhumaine par l'esprit humain. 127

Chapitre 16. Conclusion, qu'il se faut appliquer aux pratiques de la vie surhumaine. 128


Livre III. De la présence de Dieu, et de l'abandon à sa Providence. 130

Chapitre 1. Notre première pensée au matin doit être que Dieu est présent. 130

Chapitre 2. A la vue de Dieu présent on est peu touché de l'absence des créatures. 131

Chapitre 3. On peut et on doit conserver la Présence de Dieu dans les occasions d'extroversion. 132

Chapitre 4. La Présence de Dieu se voit clairement dans un intérieur épuré. 133

Chapitre 5. Comme l'union à la Présence de Dieu doit régler notre vie. 135

Chapitre 6. Comme la Présence de Dieu met une âme dans un état de souffrance et de jouissance. 136

Chapitre 7. Que la divine Présence nous fait aimer l'oraison ou l'action, selon qu'il plaît à Dieu. 137

Chapitre 8. La Présence de Dieu fait mépriser tout le reste. 139

Chapitre 9. Où est-ce que nous trouvons mieux la Présence de Dieu. 140

Chapitre 10. Qu'il se faut abandonner avec confiance à la divine Providence. 141

Chapitre 11. Etre indifférent à tout, excepté au bon plaisir de Dieu. 143

Chapitre 12. Se tenir en grand respect devant Dieu présent. 144

Chapitre 13. Se laisser conduire à l'Esprit de Dieu 145

Chapitre 14. Le parfait abandon de Dieu fait trouver le Paradis en terre. 147

Chapitre 15. Combien la beauté de l'ordre de Dieu contente une âme. 148

Chapitre 16. Pratiques de la Présence de Dieu, pour les sept jours de la semaine. 149


Livre IV. De la solitude et la pratique de deux excellentes retraites de dix jours. 154

Chapitre 1. Les beautés de la solitude chrétienne. 154

Chapitre 2. La nécessité de la solitude. 155

Chapitre 3. Les difficultés de la solitude. 156

Chapitre 4. Des occupations de la solitude. 157

Chapitre 5. Comme il faut mettre son âme et ses sens en solitude. 158

Chapitre 6. Solitude de dix jours, sur le Mystère ineffable de la Trinité. 160

Chapitre 7. Autre solitude de dix jours, sur la Personne adorable de Jésus-Christ. 177


Livre V. De la Communion et de ses effets. 196

Chapitre 1. De la préparation à la Communion. 196

Chapitre 2. Pour communier bien dignement, il se faut mettre dans un état conforme à celui de Jésus au Saint Sacrement. 197

Chapitre 3. Pour recevoir dignement la Communion, il faut faire les mêmes actions que Jésus-Christ pratique en nous la donnant. 198

Chapitre 4. Occupations intérieures durant la Communion. 200

Chapitre 5. Autres entretiens intérieurs pour action de Grâce après la Communion. 201

Chapitre 6. Autres manières d'actions de grâces après la Communion. 202

Chapitre 7. Le premier effet de la Communion est de produire en nous l'amour des croix et des humiliations. 203

Chapitre 8. Continuation du même sujet. 204

Chapitre 9. Le second effet de la Communion est de nous transformer. 205

Chapitre 10. Le troisième effet de la Communion, qui est l'union parfaite et consommée. 207

Chapitre 11. Le quatrième effet de la Communion est un grand Amour. 208

Chapitre 12. Le cinquième effet de la Communion est de donner la force et la persévérance au service de Dieu. 209




Livre VI. Des croix intérieures et extérieures. 212

Chapitre 1. Qu'il faut beaucoup estimer les croix. 212

Chapitre 2. Qu'il faut beaucoup aimer les croix. 213

Chapitre 3. Qu'il faut aimer les croix. 214

Chapitre 4. Les croix succèdent aux tyrans, pour faire de notre vie un martyre continuel. 216

Chapitre 5. Des croix extérieures dans la perte de biens. 217

Chapitre 6. Dispositions durant une maladie, où le corps était en croix, et l'âme en jouissance. 218

Chapitre 7. Autres dispositions d'une maladie, où le corps et l'âme sont en croix. 219

Chapitre 8. Des croix intérieures de l'âme dans l'obscurité. 220

Chapitre 9. De la pesanteur des croix intérieures. 222

Chapitre 10. Le grand fruit que nous pouvons tirer des croix intérieures. 223

Chapitre 11. Qu'il faut souffrir de nos propres imperfections. 224


Livre VII. De l'oraison ordinaire et de la contemplation. 227

Chapitre 1. Quelle estime il faut faire de l'oraison. 227

Chapitre 2. Des différentes sortes d'oraisons mentales. 228

Chapitre 3. Qu'il faut être indifférent à telle oraison que Dieu voudra que nous fassions. 229

Chapitre 4. Qu'il est surtout nécessaire de s'appliquer à l'oraison. 231

Chapitre 5. Des obstacles qui empêchent de faire oraison. 233

Chapitre 6. Des moyens qui facilitent l'exercice de l'oraison. 234

Chapitre 7. Qu'il ne se faut porter de soi-même qu'à une oraison ordinaire. 236

Chapitre 8. Comme on passe de l'oraison ordinaire à la contemplation. 237

Chapitre 9. De l'oraison de Foi. 239

Chapitre 10. Des sacrées ténèbres de l'oraison. 240

Chapitre 11. Des lumières de l'oraison. 242

Chapitre 12. De l'oraison passive. 244

Chapitre 13. De la pure et parfaite oraison. 245

Chapitre 14. De la faim et du rassasiement de Dieu. 247

Chapitre 15. De l'oraison infuse. 249

Chapitre 16. De l'oraison de quiétude. 251

Chapitre 17. De l'intime union d'amour de l'âme avec Dieu en l'oraison. 253

Chapitre 18. Du silence intérieur où Dieu parle et est écouté. 255

Chapitre 19. De la contemplation très épurée. 256

Chapitre 20. Des différentes caresses que Dieu fait à l'âme dans l'oraison. 259


Livre VIII. Plusieurs maximes importantes pour se conduire dans la vie spirituelle. 261

Chapitre 1. Avoir sur toutes choses une extrême horreur du péché. 261

Chapitre 2. S'ajuster au pas de la Grâce, pour n'aller plus vite ni plus lentement qu'elle ne veut. 262

Chapitre 3. S'abandonner entièrement à Dieu. 263

Chapitre 4. Ne s'attendre à rien qu'à souffrir. 263

Chapitre 5. Renoncer à soi-même en tout, et combattre ses propres inclinations. 264

Chapitre 6. Avis pour se bien comporter dans la supériorité. 265

Chapitre 7. Avoir une intention très pure et désintéressée. 267

Chapitre 8. Conférence qui éclaircit plusieurs belles difficultés touchant l'oraison. 267


PENSEES 270

DE MONSIEUR DE BERNIERES LOUVIGNY, OU SENTIMENTS DU CHRETIEN INTERIEUR. 270

Sur les principaux mystères de la foi. Pour les plus grandes Fêtes de l'année. 270

Pensées sur le mystère de l'Incarnation de Notre Seigneur. 272

Pour le temps de l'Avent. 272

I. De l'anéantissement du Fils de Dieu dans son Incarnation. 272

II. Sur le même sujet. 273

Pour le même temps de l'Avent. 274

Lettre à une religieuse. 274

Pour le jour des Cendres. 275

De la gloire qui revient à Dieu, de l'état de nos corps réduits en poussière. 275

Pour le dimanche des Rameaux. 275

Lettre. Le triomphe abject de Jésus dans son entrée en Jérusalem. 275

Pensées sur la Passion de Notre Seigneur. 277

Pour le temps de la semaine sainte. 277

I. Sur le mystère de l'Ecce homo. 277

II. Sur Jésus crucifié. 277

III. Sur Jésus crucifié. 277

IV. Estime du Sang de Jésus-Christ. 278

Pour le jeudi saint. 278

Sur l'institution du saint Sacrement de l'autel. 278

Pensées pour le vendredi saint. 279

I. Sur les douleurs du Fils de Dieu en sa Passion. 279

II. Qu'il faut porter la croix de la pauvreté, en l'honneur du pauvre Jésus. 279

Pour le soir du vendredi saint. 280

III. Sur la mort du Fils de Dieu, et sur son sacré corps mis dans le tombeau. 280

Pour le samedi saint. 281

Sur le Sépulcre de Jésus. 281

Pour le saint jour de Pâques. 281

Sur la gloire de la Résurrection du Fils de Dieu. 281

Pour le temps de Pâques. 282

Que le Mystère de la Résurrection, et les autres qui le suivent, sont des sources de grâce. 282

Pensées pour la fête de l'Ascension de notre Seigneur. 283

I. Le triomphe de Jésus-Christ dans son Ascension, comparé avec l'Ascension surhumaine d'une âme au-dessus d'elle-même. 283

II. Souffrir pour l'honneur de Jésus souffrant, et aspirer à la Gloire, pour l'honorer triomphant dans le Ciel. 284

III. Colloque à la sainte Vierge qui reste sur la terre, après que son Fils est monté glorieux dans le Ciel. 285

POUR LA VEILLE DE LA PENTECOTE. 285

De la nécessité de la Grâce de Jésus-Christ, qui nous est donnée par le Saint- Esprit. 285

Pensées pour le jour de la Pentecôte. 286

I. Demander au Saint-Esprit la grâce de mourir aux créatures pour être tout à Dieu. 286

II. Demander au Saint-Esprit la vie surhumaine, et l'Esprit du Christianisme, qui est un Esprit de souffrance et d'anéantissement. 287

III. Du règne du Saint-Esprit en l'âme du Chrétien. 288

Pour le même jour de la Pentecôte. 289

Lettre. De la faiblesse de notre nature, qui doit être fortifiée par le Saint-Esprit. 289

Pensées pour la fête de la très Sainte Trinité. 289

I. De la soumission de l'entendement du Chrétien à l'égard du Mystère de la Trinité. 289

II. De l'état de contemplation qui honore le mystère de la Trinité. 290

Pour la fête du Saint Sacrement, et pour les jours de communion. 290

Des effets de la communion. 290

Pour la fête et Octave du Saint Sacrement. Lettres. 291

Lettre I. De la douceur admirable de Jésus au Saint Sacrement. 291

Lettre II. L'Eucharistie nous donne des forces pour nous élever sur la montagne du Seigneur, c'est-à-dire jusqu'à l'Esprit de Jésus-Christ. 291

EXTRAIT DU PRIVILEGE du roi 292


ANNEXES 293

GENERATIONS AUTOUR DE JEAN DE BERNIERES 293

NOUVELLES GENERATIONS ET INFLUENCES 294

DESCRIPTION DES EDITIONS ANCIENNES 295

(1) Un Intérieur Chrétien suivi de deux Chrétiens Intérieurs 295

(2) Des Œuvres spirituelles (Maximes et Lettres) 297

(3) Des Pensées 297







36.JEAN DE BERNIERES/ Lettres et Maximes mystiques / Un florilège

(46) Cor.Bernières CHX revu avec add. et thèmes formaté Lulu.odt





JEAN DE BERNIÈRES



Œuvres mystiques

II

LETTRES & MAXIMES



Edition par

Dom Éric de Reviers, o.s.b.



Rétablissant l’ordre chronologique et citant des extraits du Chrétien Intérieur

Incluant un dialogue poursuivi avec Mère Mectilde fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement





Tome I Introduction par dom Eric de Reviers et correspondance des années 1631 à 1646

Tome II Etude par Jean-Marie Gourvil et correspondance des années 1647 à1657





Rédaction d’un choix : « Jean de Bernières / Lettres et Maximes mystiques / Un florilège établi par Dominique Tronc »

Jean de Bernières est le mystique accompli de la filiation de la quietude passant par madame Guyon. Il est au Coeur du “premier noeud” normand tandis qu’elle sera au coeur du second noeud parisien;

Ce qui suit : Extraits (avec parallèles du Chrétien) et ajout d’un niveau 4 pour les extraits soulignés (un “choix du choix” facilitant la recherche d’une structure non chronologique.

D’où: Table niveaux 1 à 3 (“la Table sous Word”)

suivie d’une Table de niveau 4 suivie de Thèmes par clefs



L’idée est de faire un florilège faisant ressortir les axes ou clefs de Bernières sans respecter l’ordre chronologique parce que nous avons retenu surtout les dernières années :

1(1646) 5(47) 2(48) 2(49) 4(50) 1(51) 1(52) somme 16

13(53) 10(54) 1(55) 5(56) s 29

13(57) 9(58) 4(59) s 26

Comptabilité approximative (8 maximes sans dates) = 1653-1654 : 23, 1657-59 : 26, autre : 22 (avant : 16 pendant : 6) = Les 2/3 retenus couvrent à peine plus de 4 ans pour 1647-1657début soit une dizaine années.

Présentation intégrée ou par clefs comme Les Justifications ? commencer par regrouper en clefs :

Avant 1653

      1. (1) 6 Mars 1646 L 1,27 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. -- Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même…

6 mars 46 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. […]ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : «Courage, notre cher Frère; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs! Tendez à la pureté vers Dieu.»

M. Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même. Si nous étions établis comme il faut, dans le pur amour, nous ne voudrions rien posséder avec Dieu, crainte de le posséder moins purement. Mais parce que nous avons des attaches secrètes aux lumières, aux goûts et à la félicité sensible, quand Dieu demeure seul dans nos cœurs, nous ne pouvons être satisfaits, si nous ne sentons la satisfaction de sa présence. Que toutes vos peines cessent, et au lieu de crier miséricorde comme si Dieu vous abandonnait, que votre âme magnifie le Seigneur, et qu’elle se réjouisse en lui seul. Car Il fait de grandes choses en vous en cet état de souffrances intérieures. Il y opère par une Providence spéciale la pureté de son amour, dont le moindre degré vaut mieux que la possession de toutes les créatures.

À la lecture de vos lettres j’ai remercié la divine Bonté des faveurs qu’elle vous départit au travers de toutes ces angoisses et obscurités d’esprit. Et je vous avoue qu’au lieu de vous soulager, si je pouvais augmenter vos peines, je le ferais pour donner lieu de croître en la pureté d’amour. Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. N’attendez de moi que de véritables effets d’amitié et non de vaines tendresses.

[...] Je vous avoue, ma chère sœur que depuis peu, je conçois beaucoup de choses de la vie dont je parle. Vous en avez l’expérience. C’est pourquoi je ne vous en dis pas davantage, si non qu’il faut une rare fidélité pour mener sans discontinuation une si belle vie. C’est ce que nous apprenait notre très cher père789, par toutes les maximes790 de perfection qu’il nous a laissées : de tendre à l’abjection, à la solitude, à la mort de toutes choses, d’anéantir en nous tout esprit humain et mondain, de ne vouloir que Dieu et la croix. Ma très chère sœur, ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : «Courage, notre cher Frère; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs! Tendez à la pureté vers Dieu.» Je finirai de même cette lettre. Encourageons-nous les uns les autres pour cet effet. N’ayons rien de réservé et soyons dans une pleine et entière communication de nos dispositions et des grâces que Dieu nous fera, avec simplicité et sans réflexion. Et puis quel moyen de prendre conseil les uns des autres sans cela?

[……………….]

      1. Table des seuls titres



6 mars 46 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. Je vous y attacherais davantage si je pouvais. […]ce cher Père me sert encore si puissamment, que la lecture des avis qu’il lui a plu me donner me met toujours en ferveur. Jamais je ne fus plus résolu de travailler de la bonne manière à la pure vertu et bonne mortification que je suis. Il me souvient que dans les dernières lignes qu’il m’écrivait, il mettait : «Courage, notre cher Frère; encouragez-vous les uns les autres à la sainte perfection. Ô que Dieu a peu de vrais et de fidèles serviteurs! Tendez à la pureté vers Dieu.»

Janvier 47 effets d’une maladie naturelle qui néanmoins m’ont réduit au néant et beaucoup humilié.

15 février 47 j’ai été réduit au néant. ... Dieu nous a si étroitement unis, que de nous faire enfants d’un même Père, et d’un si accompli en toutes sortes de vertus. Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu,

12 sept 47 rien voir que Lui

12 sept 47 b elle parle par les infusions qu’elle reçoit de Lui immédiatement

28 sept 47 digne Mère de Chantal

20 janv 48 faire voir ses bontés en moi qui suis inutile en sa maison

1648 vous trouverez bientôt la région de paix

Mars 49 dans ses propres operations … elle ne parviendra jamais à cet état de la pure union avec Dieu, qui se fait d’une manière qui ne tombe point sous les sens

Mars 49 b par cette perte que l’âme se trouve bien établie en Dieu, et qu’elle y fait sa demeure; ou plutôt quelle devient un même esprit avec Lui.

20 janv 50 Et si elle a tout, elle n’a rien, puisqu’elle est dans la privation de toutes les créatures. Et elle a tout, puisqu’elle a Dieu en esprit et vérité.

Avril 50 vraie transformation en Dieu

Mai 50 le goûte sans le goûter et le possède sans le posséder. ... l’union essentielle où l’âme jouit de Dieu, le possède et y est abîmée

Mai 50 b l’union accidentelle ... l’union et l’oraison essentielle ... la perd en Dieu

1651 solitude admirable que l’âme a en son Dieu qui la rend indépendante de tout

1652 Si votre âme durant l’oraison est sans pensées et sans sentiments, ne vous en mettez point en peine

1653 C’est un état de pauvreté qui contient toutes les richesses, parce que l’on y vit de Dieu en Dieu, et l’on s’y trouve tellement perdu

1653 b La foi est un rayon divin qui subsiste en sa pureté, au milieu des brouilleries et inquiétudes de nos sens ... Le rayon du soleil naturel demeure en sa pureté au milieu de la bouillie.

1653 c tout ce qui se passe en elle, c’est son divin Esprit qui l’opère ou qui le permet

1653 d Dieu est mon âme, ou mon âme est Dieu

10 fév 53 perdu dans l’abîme obscur de la foi, elle y doit demeurer en assurance

24 avril 53 Quiconque est arrivé à cet état voit en Dieu ses amis, les aime et les possède en Lui, et comme Dieu, il est partout, il les possède partout. ... Les âmes qui vivent en Dieu ont des intelligences si secrètes et une manière de se communiquer si admirable, que cela ne se comprend que par l’expérience.

4 mai 53 Monsieur de Renti ... je me sens encore plus uni à lui que jamais, et me semble avoir autant de familiarité avec lui

4 mai 53 Cette Foi obscure me mène pourtant plus loin dans Dieu que toutes les conceptions que j’ai jamais pu former

Juillet 53 les vertus sans réflexion et sans peine

23 août 53 Si nous nous voyons, il faut que ce soit en Dieu, afin que nous demeurions perdus continuellement en Lui. ... Tout ce qui n’est point Dieu me semble comme l’extérieur, et l’intérieur est Dieu seul. ... Tout ce que je fais, c’est de le laisser faire, et tâcher que mon fond soit comme une pure capacité pour recevoir Dieu à mesure qu’il se communique.

26 août 53 Le P. N. a l’esprit rempli de plusieurs beaux meubles pour y loger Dieu. Il faut qu’il en jette une bonne partie par la fenêtre.

7 sept 53 L’on reçoit une liberté si parfaite que l’on vaque à l’extérieur sans contrainte, et sans extraversion. ... «Je suis, répondit-elle, où j’étais il y a quinze ans.» -- «Et où étiez-vous?» -- «J’étais dans la perte en Dieu.»

16 déc 53 La boue entre les mains de Dieu fait des miracles

1654 Je suis bien aise que vous goûtiez l’oraison sans la goûter,

29 mars 54 ce néant ne consiste pas seulement à avoir aucune attache aux choses du monde, mais à être hors de soi-même; c’est à dire, hors de son propre esprit et sa propre vie.

30 mars 54 Ce mot est pour vous assurer, que je me sens aussi uni à vous à Caen comme à Rouen, et que notre union s’établit et s’affermit dans le fond de l’âme, aussi bien de loin que de près. ... N’avoir rien, c’est avoir tout; et ne savoir rien, même que l’on soit devant Dieu, est une manière de présence de Dieu

19 avril 54 Le divin Soleil éclairera vos ténèbres, et échauffera vos froideurs par ses divins rayons. N’apportez point seulement d’empêchement à sa divine lumière, et vous verrez que tout ira bien.

13 mai 54 Mais cet ouvrage est souvent si caché et inconnu, même aux personnes spirituelles, qu’en vérité elles font beaucoup souffrir, ne pouvant concevoir que ce soit une œuvre de Dieu, de ne pouvoir ni penser, ni rien dire de distinct et d’aperçu

17 sept 54 Au lieu que dans les autres l’on a des images, des connaissances, et des sentiments de Dieu, en celle-ci l’on possède Dieu même, lequel étant vu au fond de l’âme, commence à la nourrir et à la soutenir de Lui-même, sans lui permettre d’avoir aucun appui sur ce qui est créé. Et c’est ce que l’on appelle science mystique, que cette expérience de Dieu en Dieu même, de laquelle l’on n’est capable, que lorsque le don en a été fait par une miséricorde spéciale

19 oct 54 l’âme n’est pas au point de la perfection, qu’elle n’ait outrepassé tout ce qui n’est point Dieu pour arriver à Dieu même, et y vivre dans une nudité parfaite d’être, de vie et d’opération

20 oct 54 conduite passive, se laisse tirer à l’opération divine. Le procédé que tient cette divine opération, c’est d’élever l’âme peu à peu des sens à l’esprit, et de l’esprit à Dieu, qui réside dans le fond. ... obscurités en son esprit, si épaisses qu’elle ne voit et ne connaît plus rien. ... l’âme expérimente qu’il faut qu’elle soit dénuée toujours d’affection des grâces sensibles, des lumières, et des sentiments ... Ce qui embarrasse les âmes, c’est qu’elles s’imaginent n’avoir rien s’il n’est sensible et aperçu

5 nov 54 elle vivrait hors d’elle-même et en quelque façon, ne serait plus elle-même ni n’opérerait plus elle-même, mais elle agirait en Dieu par Dieu même

11 nov 54 Toutes ces expériences particulières qu’elle a eues autrefois, sont perdues et abîmées dans une unité si pure et si nue, qu’elle ne goûte rien en particulier ... je vis sans vie, je suis sans être. Dieu est, et vit, et cela me suffit. ... Cette unité divine est à présent mon fond, mais si caché et si perdu, que je ne trouve plus rien, sinon que je me perde moi-même

2 fév 55 je craignais beaucoup que ce ne fut un certain néant que notre esprit forme et prend pour objet, et non pas un néant mystique que Dieu communique à l’âme et qui est le principe de ses opérations.

Je sentis en mon oraison toutes mes puissances accoisées et remplies d’une grande paix

3 janv 56 quand elle en approche, la mer par un flux vient comme au-devant d’elle pour la solliciter de se hâter de se perdre.

13 août 56 Ce n’est plus qu’un exil ou un bannissement de Dieu

14 sept 56 Il y a tant de goût et de saveur à être anéanti de cette sorte, qu’il est impossible que l’âme puisse se servir d’autre règle, que de se laisser abîmer dans l’océan infini de la Divinité.

10 oct 56 me semblant que je n’ai jamais été plus éloigné de Dieu que lorsque je l’ai expérimenté plus proche.

20 nov 56 Vous concevez bien que cette divine union ne se fait plus comme auparavant que votre état fut changé. Car elle se faisait par le moyen des lumières, des ferveurs de grâces et de dons que vos puissances recevaient de la bonté de Dieu, et dans cette jouissance vous Lui étiez unie. ... À présent Notre Seigneur vous a élevée au-dessus de toutes ces dispositions créées, lesquelles quoi que très bonnes et saintes, sont néanmoins finies et limitées. ... réduire non seulement sa créature à la petitesse, de la brûler jusques à la rendre cendre et poussière.

16 janv 57 // Ruusbroec

21 janv 57 // Canfield

23 janvier 57 rentrer dans votre fond, ou plutôt dans Dieu même. Cela est très vrai et tout réel et non imaginaire ... Les fleurs d’un arbre s’épanouissent fort facilement et promptement, mais le fruit n’est produit qu’avec le temps.

9 avril 57 Tournez votre âme du côté de la confiance en Dieu et d’une sainte assurance et espérance

9 avril 57 il faut traverser des voies et des passages pénibles et difficiles, où l’esprit meurt peu à peu, sans qu’il contribue lui-même à se faire mourir791. C’est Dieu seul qui fait cet ouvrage. Nous ne devons point y ajouter ni diminuer.

26 août 57 souffrir en patience passive toutes les pointes des douleurs des épines intérieures

30 août 57 lumières ou ténèbres, goût ou dégoût, recueillement ou distractions. Ces choses sont dans les dehors de l’âme, et la quiétude, le calme et la paix sont dans le fond. C’est pourquoi cette diversité et variété qui se rencontrent dans les sens n’incommodent pas la paix qui est dans l’intime de notre âme

20 sept 57 Laissez donc pour l’ordinaire votre âme sans beaucoup agir, et croyez que Dieu agira en elle.

20 sept 57 Les ténèbres, les sécheresses et les étouffements intérieurs que l’on expérimente quelquefois, de sorte qu’il semble que l’on soit tombé dans un abîme, ne nous doivent pas étonner, puisque ce sont des effets de Dieu résidant au fond de l’âme

29 sep 57 mourir encore au désir de ne mourir pas assez tôt.

6 oct 57 Que si l’image de Jésus-Christ lui est donnée, qu’elle ne la quitte point. Si elle lui est ôtée, qu’elle ne la cherche point. ... qu’elle ne craigne pas d’avoir un repos dans lequel l’image de Jésus-Christ ne paraisse point

13 oct 57 la Lumière éternelle commence Elle-même à pénétrer votre intérieur. Et cette pénétration continuant, Elle la perdra en Dieu et la déifiera peu à peu

28 oct 57 Vous direz peut-être que votre intérieur est plein de distractions et de ténèbres : à la bonne heure ! Cet abîme de misères et de pauvreté n’empêche pas que Dieu n’agisse secrètement et imperceptiblement, pour jeter votre âme et toutes ses opérations propres dans le néant. Ne vous imaginez donc pas qu’il ne se passe rien en elle. Mais demeurez seulement paisible et tranquille, et l’ouvrage de Dieu se fera.

1 juillet 58 Comme du soleil s’écoule la variété des couleurs sur les fleurs, quoique le soleil ne contienne qu’en éminence les couleurs, et non point formellement, car on aurait beau regarder de près le rayon du soleil si on y découvrait les couleurs qu’il répand sur les fleurs.

29 sept 58 fidélité (note) … chercher uniquement Dieu pour se perdre

7 oct 58 Toute la voie mystique est remplie de miséricordes qui passent au-delà de nos mérites ... C’est pour lors qu’Il nous ouvre la porte du réel anéantissement dans lequel Dieu est seul et la créature n’est plus.

10 oct 58 Dieu vous veut tout à Lui, en Lui, et par Lui-même ... d’une manière au-dessus de toute manière, très simple, très douce, et très efficace

31 oct 58 Et vous anéantissant par sa plénitude, Il vous fait changer d’état intérieur, y ayant une différence très grande entre la lumière du rayon et la lumière du centre

12 déc 58 Vous expérimenterez des secours extraordinaires de Dieu, lequel s’Il ne fait pas réussir ce que vous prétendez pour les affaires extérieures de sa gloire, Il avancera celles de votre intérieur, vous jetant dans une plus grande perte de vous-même et un plus profond abîmement en Lui

16 déc 58 don qui vous a été fait d’expérimenter que votre âme tombe dans le néant ... cit. de M. des Vallées

21 déc 58 Quand vous auriez à quitter une couronne, il ne faudrait pas délibérer. Puisque servir Dieu c’est régner et que d’être objet en la Maison de Dieu vaut mieux que d’habiter aux palais des gens du monde.

22 déc 58 L’anéantissement étant une source inépuisable de lumières et de discernements

4 janvier 59 Cette extrême pauvreté intérieure nous remplit de Dieu, à la vérité d’une manière insensible et imperceptible à notre esprit humain. Trois ou quatre moments d’une telle oraison valent mieux qu’un jour entier de l’oraison qui ne se fait qu’en pensée et en sentiments amoureux

12 janvier 59 La présence réelle de Dieu ne peut pas souffrir que nous ayons autre occupation que Lui seul. Demeurez donc ainsi perdu ... En cet état la liberté commence d’être très grande; nos puissances et nos sens n’étant embarrassés d’aucune réflexion, et se laissant appliquer uniquement à l’œuvre extérieure de Dieu.

24 janv 59 L’abandon ne consiste pas à ne rien faire dans l’intérieur, à n’avoir ni pensées, ni affections, ni sentiments; mais à les recevoir plutôt de Dieu que de les exciter avec nos industries par effort d’esprit. ... Ceux qui commencent croient ne rien faire quand ils tombent dans cet état d’obscurité, et l’expriment aux autres comme ils le croient. Et c’est ici la source de toutes les contradictions et persécutions que l’on fait aux mystiques

26 janvier 59 la volonté ayant fait mourir les affections répandues dans les créatures, elle produit un amour tout simple vers Dieu qui lui donne un recueillement amoureux et une union avec Lui

Abandonnez-vous au soin et à la conduite de votre Père qui est aux Cieux. Il a plus de véritable amour pour vous que toutes les créatures ensemble n’en pourraient avoir. Tous les solitaires ont beaucoup de joie de vous voir réduit à la pauvreté. ... votre bonheur est bien meilleur que le nôtre, puisque vous êtes destiné à une vie mourante et souffrante, et nous, à une vie contemplative qui est toute pleine de douceur

19 fév 59 Notre Seigneur vous conduit par les aridités, sécheresses et peines intérieures. Ne refusez pas la miséricorde qu’Il vous fait de vous traiter de la sorte ... Et l’âme sans oraison qui lui paraisse ne laisse pas d’en avoir une très bonne qu’elle ne sent et ne goûte point. ... L’oisiveté consiste à ne rien faire du tout, laissant son âme volontairement distraite et inutile, dans la croyance qu’elle ne peut rien faire. L’abandon empêche qu’on ne fasse rien par soi-même, mais soumet à l’âme faire tout ce que Dieu veut. ... la fidélité à l’abandon consiste à faire la conduite de Dieu uniquement et non pas la nôtre.

16 mars 59 l’union que l’on a avec Dieu; laquelle se reconnaît par la profonde mort que l’on a de soi-même et des créatures. C’est ici l’essentiel de la vie mystique. ... Et c’est un grand aveuglement de ce que les serviteurs de Dieu n’en font presque nul état, croyant que la vie mystique n’est que pour les solitaires. ... Si l’on veut que vous soyez Docteur, soyez-le; il importe peu, pourvu que la mort et le néant soient de la partie.

29 mars 59 Tout votre bonheur sera de faire sa sainte volonté; laquelle vous étant manifestée, doit ôter de votre esprit toute crainte et inquiétude ... reculer les affaires de Dieu pour vaquer à Dieu même, puisque c’est Lui seul qui nous donnera la grâce d’y pouvoir réussir, et de ne pas nous y chercher

2 avril 59 laisser votre âme dans une parfaite liberté, sans vouloir qu’elle s’applique à quelque chose en l’oraison, sinon quand Dieu le voudra. La non-oraison est la voie pour l’oraison mystique

16 avril 59 Dans cet état de simple attention... ... Laissez passer toutes ces pensées...

M 3, 2 L’oraison qui se fait avec foi simple, sans raisonnements et méditations, est bonne. Elle est fondée dans les Pères, et peut être appuyée de quantité de passages. Mais c’est un don de Dieu particulier ... |Mais] Cette oraison pratiquée par ceux qui n’en ont point le don particulier et extraordinaire, ne fait nul effet en eux et les laisse croupir dans beaucoup d’imperfections

M 3, 3 L’état passif ne consiste pas à n’avoir point de pensées, ni à ne point faire d’actes; mais seulement à supprimer notre activité propre, pour entrer dans l’activité de Dieu

M 3, 4 Cet état consiste à se laisser posséder à l’Esprit de Jésus-Christ qui veut vivre Lui Seul et opérer en l’âme

M 3, 6 Les distractions, les tentations, les ténèbres, et les sécheresses de l’intérieur ne lui feront plus de peur, puisqu’elles serviront même à l’établir dans l’état passif.

M 3, 8 Le second degré est illuminatif.

M 3, 10 Comme le fer qui est devenu comme du feu

M 3, 11 Dans ce dernier degré de la vie unitive, le temps d’oraison n’est pas réglé...



      1. Thèmes par clefs

Un classement chronologique n’a pas de sens sur une courte durée de qq. années car la variance liée aux correspondants divers l’emporte sur l’évolution de Bernières, d’où un regroupement thématique :





Abandon passiveté : (5) 3janv56, 20sept57, 24janv59, 26janv59, 19fév59

Communication : (3) 24avril53, 4mai53, 30mars54

Dieu : (22) 12sept47, 12sept47b, 28sept47, 20janv48, avril50, 1651, 1653, 1653c, 1653d, 23août53, 26août53, 7sept53, 16déc53, 19avril54, 19oct54, 5nov54, 13août56, 10oct56, 23janv57, 9avril57, 10oct58, 12déc58, 29mars59

Foi : (3) 1653b, 10fév53, 4mai53

Liberté : (3) juillet53, 7sept53, 1juillet58

Néant, anéantissement : (10) janv47, 15fév47, 29 mars54, 2fév55, 14sept56, 7oct58, 31oct58, 16déc58, 21déc58, 22déc58, 4janv59

Oraison, purification : (19) 6mars46, 1652, 1654, 13mai54, 17sept54, 20oct54, 9avril57, 26août57, 20sept57, 29sept57, 6oct57, 13oct57, 28oct57, 16avril59, M3,2, M3,3, M3,6, M3,8, M3,10, M3,11

Paix : (3) 1648, 2fév55, 30août57

Union : (8) mars49, mars49b, mai50, mai50b, 11nov54, 20nov56, 26janv59, 16mars59





On peut envisager la séquence suivante :

Oraison , néant, abandon, paix > union, dieu > communication, liberté



      1. Correspondance par années

47, 49-50 puis

2-53 à 11-54 soit 21mois

puis trou d’une année

puis 1-56 à 4-59 soit 39mois









37B.JEAN DE BERNIERES ET L'ERMITAGE DE CAEN, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle - Lettres & Maximes Tome I 1631 – 1646 [Dom Éric de Reviers, o.s.b]

Suivant l’ordre chronologique de la Correspondance

Citant des extraits du Chrétien Intérieur

et d’Auteurs mystiques



(47) Correspondance Bernières 1631-1646 Champion 8fév19 revu DT 10mai.odt



!Correspondance Bernières 8e éd 1631-1646 au 12jan18.docx

Avant-propos

Jean de Bernières (1602-1659) demeure actuel par sa condition de laïque et par l’exemplarité qu’il assura dans le champ social au « siècle des saints ». Son influence s’étendit très au-delà de sa Normandie natale. Elle fut en effet relayée par ses amis et ses dirigés du cercle de l’Ermitage, la maison d’accueil de Caen qu’il créa près du couvent d’ursulines fondée par sa sœur Jourdaine .

Les écrits et les influences reçues puis exercées par Jean de Bernières ont été présentés en Œuvres mystiques I . Cette étude a depuis été élargie par de multiples contributions éclairant Jean et ses proches du cercle de l’Ermitage .

Le Chrétien intérieur fut très souvent réimprimé et lu par tous les spirituels sur la durée du Grand Siècle et même par la suite . Malheureusement les lettres qui furent assemblées et publiées sous ce titre pertinent ont été interpolées, voire augmentées, suivant la pratique habituelle à l’époque pour construire « un livre ». Et leurs sources sont le plus souvent perdues.

Par chance nous disposons d’un trésor publié discrètement plus de dix ans après Le Chrétien intérieur sous un titre volontairement peu explicite d’Œuvres spirituelles . Il s’agit de lettres entières et de fragments recueillis par Mère de Saint-Charles, alors supérieure ursuline du couvent fondé par Jourdaine de Bernières .

Ils ne doublent que rarement les éléments utilisés pour construire le Chrétien intérieur . Des lettres admirables datant de la fin de la vie du mystique étaient en effet devenues disponibles après la mort de sa sœur. Elles ne sont reprises que dans les Oeuvres spirituelles donc ici pour la première fois depuis le dix-septième siècle. Elles ont été peu retouchées : c’est l’une des qualités attachées aux correspondances anciennes .

La présente édition des Maximes & Lettres a l’immense mérite de modifier l’ordre primitif en restituant autant que possible l’ordre chronologique. Elle remplace une répartition qui suivait le schéma traditionnel des trois voies mystiques en mélangeant les dates de rédaction des pièces.

Car on sait qu’une photographie ne peut rendre compte de la dynamique d’une vie. Une séquence qui couvre près de trente ans peut rendre compte du pèlerinage intérieur de Bernières, couvrant les années 1631 à 1659. Elle permet d’apprécier la trajectoire intérieure suivie par Jean.

Le lecteur va suivre un guide d’ascension mystique. A la base une « abjection » au sens premier de s’incliner devant la grandeur divine. Ensuite et toujours l’abandon au travail de la grâce divine.

Le travail de restitution a été mené durant quinze années par dom Éric de Reviers à l’Abbaye Saint-Anne de Kergonan …lorsque ses emplois lui laissaient quelque disponibilité.

Il reconstitue l’ordre chronologique mêlant Lettres entières et fragments des Maximes. Il ajoute des lettres préservées dans l’Ordre fondé par Mère Mectilde. De nombreuses lettres de cette dernière assurent un dialogue mystique préservé très rarement dans d’autres correspondances . En introduction il approfondit une méditation qui concluait les Rencontres autour de Jean de Bernières tenues en 2009 autour de l’esprit de pauvreté, de l’abandon et de l’oraison. D’amples annotations introduisent pièce après pièce des textes mystiques parallèles. Les citations éclairent surtout le Bernières correspondant par un Bernières devenu un « auteur » célébré par le Chrétien Intérieur.

L’authenticité, elle respectée, de sa correspondance, livre un manuel dont l’intérêt demeure. Elle ouvre constamment et droitement sur la vie intérieure, sans que l’on ait besoin de passer préalablement par un tri resserré, parce que Jean évite de rapporter toutes ses obligations extérieures. Monsieur de Bernières n’était pas responsable religieux en titre comme le furent Monsieur de Genève ou la fondatrice Madame de Chantal, Surin, Olier, Fénelon.

Cette densité unique sur le plan intérieur (mais pauvreté au niveau du vécu journalier car l’auteur se cache), suggéra à dom Eric de citer d’autres mystiques de même eau, en favorisant Jean de la Croix et François de Sales, auteurs de référence. Enfin le lecteur doit être déchargé des recherches textuelles pour préserver la paix de sa lecture à but spirituel. Cela justifie la longueur de telle note sans coupure : elle livre tout un paragraphe à fin de méditation. D’où la vastitude de l’ouvrage et l’inhabituelle importance d’un appareil de notes. Elles sont bien loin d’apparaître seulement comme apparat critique ou de constituer un outil comparatif.

Notre édition comporte deux tomes.

Le premier couvre les années 1631-1646 de formation de monsieur de Bernières ainsi que de sœur Mectilde qui deviendra sa confidente par « notre bon Père » Chrysostome. Lui succède son disciple. Vivant au cœur de responsabilitésla spirituelles comme par l’intime fréquentation de son « ami Jean », frère Éric de Reviers nous a proposé en introduction un florilège relevé sur l’œuvre du mystique incitant à vivre comme pèlerins en marche sur les Secrets sentiers de l’Amour divin .

Le second tome couvre le plein accomplissement, soit les années 1647-1659. Jean-Marie Gourvil, qui fut directeur des études à l'Institut Régional du Travail Social de Normandie, montre combien l'amour mystique de Dieu et l'amour du pauvre s’unirent chez le mystique de Caen, l’inspirateur d’une grande tradition chrétienne à retrouver par delà morale et norme humaines.

Avant-propos

Jean de Bernières (1602-1659) demeure actuel par sa condition de laïque et par l’exemplarité qu’il assura dans le champ social au « siècle des saints ». Son influence s’étendit très au-delà de sa Normandie natale. Elle fut en effet relayée par ses amis et ses dirigés du cercle de l’Ermitage, la maison d’accueil de Caen qu’il créa près du couvent d’ursulines fondée par sa sœur Jourdaine .

Les écrits et les influences reçues puis exercées par Jean de Bernières ont été présentés en Œuvres mystiques I . Cette étude a depuis été élargie par de multiples contributions éclairant Jean et ses proches du cercle de l’Ermitage .

Le Chrétien intérieur fut très souvent réimprimé et lu par tous les spirituels sur la durée du Grand Siècle et même par la suite . Malheureusement les lettres qui furent assemblées et publiées sous ce titre pertinent ont été interpolées, voire augmentées, suivant la pratique habituelle à l’époque pour construire « un livre ». Et leurs sources sont le plus souvent perdues.

Par chance nous disposons d’un trésor publié discrètement plus de dix ans après Le Chrétien intérieur sous un titre volontairement peu explicite d’Œuvres spirituelles . Il s’agit de lettres entières et de fragments recueillis par Mère de Saint-Charles, alors supérieure ursuline du couvent fondé par Jourdaine de Bernières .

Ils ne doublent que rarement les éléments utilisés pour construire le Chrétien intérieur . Des lettres admirables datant de la fin de la vie du mystique étaient en effet devenues disponibles après la mort de sa sœur. Elles ne sont reprises que dans les Oeuvres spirituelles donc ici pour la première fois depuis le dix-septième siècle. Elles ont été peu retouchées : c’est l’une des qualités attachées aux correspondances anciennes .

La présente édition des Maximes & Lettres a l’immense mérite de modifier l’ordre primitif en restituant autant que possible l’ordre chronologique. Elle remplace une répartition qui suivait le schéma traditionnel des trois voies mystiques en mélangeant les dates de rédaction des pièces.

Car on sait qu’une photographie ne peut rendre compte de la dynamique d’une vie. Une séquence qui couvre près de trente ans peut rendre compte du pèlerinage intérieur de Bernières, couvrant les années 1631 à 1659. Elle permet d’apprécier la trajectoire intérieure suivie par Jean.

Le lecteur va suivre un guide d’ascension mystique. A la base une « abjection » au sens premier de s’incliner devant la grandeur divine. Ensuite et toujours l’abandon au travail de la grâce divine.

Le travail de restitution a été mené durant quinze années par dom Éric de Reviers à l’Abbaye Saint-Anne de Kergonan …lorsque ses emplois lui laissaient quelque disponibilité.

Il reconstitue l’ordre chronologique mêlant Lettres entières et fragments des Maximes. Il ajoute des lettres préservées dans l’Ordre fondé par Mère Mectilde. De nombreuses lettres de cette dernière assurent un dialogue mystique préservé très rarement dans d’autres correspondances . En introduction il approfondit une méditation qui concluait les Rencontres autour de Jean de Bernières tenues en 2009 autour de l’esprit de pauvreté, de l’abandon et de l’oraison. D’amples annotations introduisent pièce après pièce des textes mystiques parallèles. Les citations éclairent surtout le Bernières correspondant par un Bernières devenu un « auteur » célébré par le Chrétien Intérieur.

L’authenticité, elle respectée, de sa correspondance, livre un manuel dont l’intérêt demeure. Elle ouvre constamment et droitement sur la vie intérieure, sans que l’on ait besoin de passer préalablement par un tri resserré, parce que Jean évite de rapporter toutes ses obligations extérieures. Monsieur de Bernières n’était pas responsable religieux en titre comme le furent Monsieur de Genève ou la fondatrice Madame de Chantal, Surin, Olier, Fénelon.

Cette densité unique sur le plan intérieur (mais pauvreté au niveau du vécu journalier car l’auteur se cache), suggéra à dom Eric de citer d’autres mystiques de même eau, en favorisant Jean de la Croix et François de Sales, auteurs de référence. Enfin le lecteur doit être déchargé des recherches textuelles pour préserver la paix de sa lecture à but spirituel. Cela justifie la longueur de telle note sans coupure : elle livre tout un paragraphe à fin de méditation. D’où la vastitude de l’ouvrage et l’inhabituelle importance d’un appareil de notes. Elles sont bien loin d’apparaître seulement comme apparat critique ou de constituer un outil comparatif.

Notre édition comporte deux tomes.

Le premier couvre les années 1631-1646 de formation de monsieur de Bernières ainsi que de sœur Mectilde qui deviendra sa confidente par « notre bon Père » Chrysostome. Lui succède son disciple. Vivant au cœur de responsabilitésla spirituelles comme par l’intime fréquentation de son « ami Jean », frère Éric de Reviers nous a proposé en introduction un florilège relevé sur l’œuvre du mystique incitant à vivre comme pèlerins en marche sur les Secrets sentiers de l’Amour divin .

Le second tome couvre le plein accomplissement, soit les années 1647-1659. Jean-Marie Gourvil, qui fut directeur des études à l'Institut Régional du Travail Social de Normandie, montre combien l'amour mystique de Dieu et l'amour du pauvre s’unirent chez le mystique de Caen, l’inspirateur d’une grande tradition chrétienne à retrouver par delà morale et norme humaines.

Editions et Chronologie

Une édition chonologique

Les Lettres et les Maximes sont ici assemblées et ordonnées chronologiquement, contrairement aux éditions du XVIIe siècle qui adoptent le schéma des trois voies mystiques, et qui séparent éditions de lettres et extraits constitutifs de Maximes.

L’ordre chronologique rétabli permet de mieux apprécier l’admirable évolution intérieure de Jean de Bernières. Son ascension mystique part de « l’abjection » ou contemplation de la grandeur divine pour parvenir à l’abandon total à Sa grâce.

On complétera par quelques lettres déjà publiées dans Œuvres mystiques I, « Pensées », pages 470, 491, 495-496.

Eclairer Bernières par Bernières

Eclairer Bernières par lui-même est la meilleure façon de le comprendre. Une partie essentielle de notre travail a consisté à relever de nombreuses citations du Chrétien Intérieur en consonance avec les lettres. Le fruit de cette comparaison annotée est frappante : Le Chrétien Intérieur et les Oeuvres spirituelles ont pour sources deux corpus de lettres distincts. Sauf pour les toutes premières années où l’on relève des doubles avec les Maximes, les sources diffèrent dès 1645 environ.

Les sources

[Source de Lettres :] Les Œuvres spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni, ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Seconde partie, contenant les Lettres qui font voir la pratique des Maximes. À Rouen, De l’imprimerie de Bonaventure Le Brun, Imprimeur-Libraire, dans la cour du Palais, M.DC.LXXVIII., avec Approbations.

[Source de Maximes :] Les Œuvres spirituelles de Monsieur de Bernières Louvigni, ou conduite assurée pour ceux qui tendent à la perfection. Divisée en deux parties. La Première contient des Maximes pour l’établissement des trois états de la vie chrétienne. La seconde contient les Lettres qui font voir la pratique des Maximes. Sur l’imprimé, à Paris, Chez la Veuve d’Edme Martin, rue S.Jacques au Soleil d’or, & au sacrifice d’Abel. M.DC.LXXVIII., avec Approbations.

[La source de Lettres complémentaires conservées au sein de l’Ordre des bénédictines du Saint-Sacrement fondé par Mère Mectilde est précisée pour chacune d’entre elle].

Les exemplaires de l’édition de Lettres et de Maximes sont fort rares, contrairement à ceux de multiples éditions du Chrétien Intérieur. Nous avons utilisé deux tomes qui faisaient partie des archives du Premier Carmel de Paris (et tenons à disposition des chercheurs leurs saisies photographiques). Suite à la fermeture du carmel de Clamart, successeur dépositaire du Premier Carmel, ces tomes sont préservés chez les Carmes d’Avon.

Par ailleurs le monastère des Bénédictines du Saint-Sacrement de Rouen nous a très généreusement ouvert ses portes, ce qui a permis d’ajouter aux sources imprimées des copies de lettres préservées au sein de l’ordre fondé par Mectilde, l’amie et dirigée de Bernières. Nous remercions dom Joël Letellier pour le partage de transcriptions mectildiennes. Enfin de nombreux « parallèles » figurent au sein du Chrétien intérieur, ouvrage bâti à partir d’une partie disparue de la correspondance : certains sont ici livrés en notes sous forme d’extraits.

On aura par ailleurs recours aux travaux de Souriau, Heurtevent, Luypaert, du Chesnay. Ils sont cités avec de nombreuses autres sources dans Œuvres mystiques I L’intérieur Chrétien […], coll. « Sources Mystiques », Éditions du Carmel, 2011, et dans Rencontres autour de Jean de Bernières 1602-1659, Mectildiana, Parole et Silence, 2013.

Les événements importants dans la vie de Jean de Bernières

1602 naissance de Jean de Bernières

1631 début de la construction du couvent des ursulines. Jourdaine de Bernières (1596-1670) en sera la supérieure 

Épidémie à Caen, Jean Eudes (1601-1680) dans son tonneau.

Jean de B. reprend la charge de son père de Trésorier de Caen qu’il assurera jusqu’en 1653

1634 Jean de B. et Jean Eudes fondent une maison pour les filles repenties

1638 début de correspondance (perdue) avec l’ursuline Marie de l’Incarnation (1599-1672 à Tours

1639 B. accompagnent Mme de la Peltrie et de Marie de l’Incarnation. Après un passage à Paris, elles s’embarquent le 4 mai de Dieppe vers la Nouvelle-France

1644 à 1646 Jean Eudes persécuté est aidé par le « chrétien parfait » Gaston de Renty (1611-1649)

1646 † de « notre bon père Chrysostome » (Jean-Chrysostome de Saint-Lô, du Tiers Ordre Régulier franciscain)

Début de la construction de l’Ermitage, maison d’accueil achevée trois ans plus tard. B. y habitera.

1647 B. en voyage à Rouen où se trouve Mectilde (1614-1698). Il voyage parfois ailleurs durant la années suivantes

1649 † de Renty le 24 avril

B. prend la direction de la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen

1652 guerre civile à Paris

1655 établissement de la « maison de charité » de la Compagnie de Caen

Jean Eudes note les « dits » de « sœur Marie » [M. des Vallées] lors de séjours à Coutances. Il est en compagnie de B. et d’autres.

Le futur évêque de Québec Laval à l’Ermitage (François de Montmorency – Laval, 1623-1708)

1656 † de Marie des Vallées

Conflit avec des jansénistes ; conflit entre les ermites et l’Oratoire jansénisant

1658 Du Four à la porte du couvent des ursulines

1659 † de Bernières le 3 mai

1660 pamphlet de Du Four ; interdiction jetée sur le couvent des ursulines

1689 Le Chrétien intérieur traduit en italien est condamné.

1692 Les Œuvres spirituelles traduites en italien sont condamnées

[...]



TABLE DES MATIERES

(entière car permet des recherches :)

Jean de Bernières et l'Ermitage de Caen, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle.341

Lettres & Maximes341

"Celui-là est humble, qui se cache en son propre néant et sait s'abandonner à Dieu."

Remerciements

Avant-propos

Introduction

1. Un pauvre ermite caché dans le fond de sa solitude.

2. Maître du Saint Abandon et de l’enfance spirituelle.

3. l’Ami spirituel

4. Un directeur spirituel avisé

5. Un Maître d’oraison

Un enseignement à l’image de sa vie intérieure

Les différents états de la vie mystique

Premiers conseils adressés à Catherine de Bar

La transformation de l’âme en Dieu

Bienheureuse solitude

Marie Madeleine modèle de la vie contemplative

La Croix préférable à la solitude

L’oraison de pure foi

Une théologie mystique

Les nuits de l’âme

Bienheureux néant!

Quand la vie d’oraison est incomprise…

Le courage de la passivité

La vraie oraison c’est Dieu même dans l’âme

Les phases de l’oraison passive

Les bienfaits de l’oraison passive

La lecture conduit à la contemplation

Une vue simple et amoureuse

L’oraison la meilleure

Un Feu incandescent

Jésus-Christ seul nous ouvre les portes du réel anéantissement

L’oraison dans la maladie

L’oraison est nécessaire à un chrétien pour vivre chrétiennement

Quand la fatigue vient dans l’oraison

L’oraison est missionnaire

Le «testament spirituel» de Bernières

Conclusion

Édition et Chronologie

Eclairer Bernières par Bernières

Les sources

Répartition des correspondances

Titres, sigles, corps de caractères


Correspondance


La direction par le P. Chrysostome

1. Lettre. “ J’ai lu et considéré la vôtre…”

2. Autres avis au même. “ J’ai lu et considéré vos articles…”

3. Autres propositions d’un certain spirituel, et les réponses du Père. “ Je suis souvent dans l’état de douceur et d’amour…”

4. Autres propositions et réponses. “ Dites-nous un peu mon cher Père…”

5. Autre lettre d’un spirituel, et les réponses du Père. “ Depuis que je vous ai obéi…”

6. Autre lettre en forme de propositions, et les réponses. “… dans une grande obscurité intérieure…”

7. Autre lettre de réponse du Père à un spirituel. “ J’ai considéré votre dernière lettre, et je demeure dans mon sentiment…”

8. Autre lettre et réponse. “ J’ai lu et considéré le rapport de votre oraison”

9. Autre lettre du révérend Père. “ Notre cher frère et ami en J.C.”

10. Autres propositions et réponses, touchant la pratique de quelques conseils évangéliques.

11. Autre réponse à un bon serviteur de Dieu. “ Notre très cher frère en Jésus-Christ”

12. Autre lettre à un spirituel, fidèle et fervent. “ J’ai considéré vos lettres…”

13. Autres propositions ou déclarations de l’intérieur d’une âme, et les réponses du révérend Père.

14. Autre lettre adressant au Père, et ses réponses. “ Depuis l’avis que vous m’avez donné, que c’est l’ordre de Dieu…”

15. Autres propositions et réponses sur l’oraison, etc.

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection.


Lettres et Maximes suivant l’ordre chronologique

[1631]

1631 M 2159 Trois degrés d’oraison dans la voie mystique .

L’âme dans l’oraison de la voie mystique passe par différents états. Le premier est purement de discours.

1631 M 2160 Lecture et méditation pour les commençants.

Quand vous rencontrerez des âmes désireuses de l’oraison, et qui n’en ont pas encore beaucoup d’usage, il ne faut point d’abord leur conseiller la simplicité ni le recueillement continuel.

1631 M 2161 Dieu montre à l’âme le degré d’oraison où Il l’appelle.

Il arrive aux âmes que Dieu prend soin de conduire à la perfection du divin Amour, comme il arrive à ceux qui doivent faire un grand voyage.

1631 M 2162 se mettre en chemin.

Après que l’âme a découvert les miséricordes que Dieu lui veut faire, il faut qu’elle se mette en chemin d’y arriver.

1631 M 2163 Quel est ce chemin pour y parvenir.

La règle qu’il faut garder en l’oraison de cet état est de recevoir avec une grande liberté et simplicité ce que Notre Seigneur donne.

1631 M 2164 Les actions extérieures ne sont pas un obstacle.

Quoi que les actions extérieures ne vous semblent pas de si bon goût que la solitude et l’oraison

[1632]

10 0ctobre 1632 M 2,23 (2.5.8) Il faut se plaire et se réjouir dans l’état où nous nous trouvons.

En quelque posture que vous vous trouviez, Dieu vous y veut

10 0ctobre 1632 M 2,24 (2.5.9) L’âme est totalement indifférente pour ses états…

L’âme est totalement indifférente pour ses états, ne cherchant qu’à servir Dieu et à se sauver

18 Octobre 1632 M 2,1 (2.1.1) aimer et servir Dieu, et tout le reste n’est rien

Nous devons faire grand état et avoir une grande estime de la vie dévote

10 Décembre 1632 M 1,26 (1.3.8) Dieu se comporte avec nous comme le soleil

L’indifférence à tout ce qui plaît à Dieu oblige le spirituel à livrer de grands combats à la sensualité

[1634]

27 Décembre 1634 M 2122 Pour vivre chrétiennement il faut vivre comme Jésus

Pour vivre chrétiennement il faut vivre comme Jésus, c’est à dire, avec ses vues et ses sentiments

[1635]

10 Octobre 1635 M 2,22 (2.5.7) Conformité à son saint vouloir

Nul exercice ne nous mène à Dieu si saintement que celui de la conformité à son saint vouloir

[1637]

1637 M 2,16 (2.5.1) «Dieu le veut»

Le grand mot qui me rend si totalement affectionné aux pauvres

1637 M 2,17 (2.5.2) Faire tout ce que nous voulons parce que Dieu le veut.

L’un des plus grands secrets de la dévotion, c’est de n’avoir point d’autre vouloir ou non vouloir que celui de Dieu.

1637 M 2,18 (2.5.3) Dieu fait pour le mieux

Une âme a sujet d’être contente, quand elle contente Dieu, et qu’elle ne désire rien plus que ce qu’Il veut lui donner

1637 M 2,19 (2.5.4) Une âme résignée aux volontés de Dieu est contente

Une âme résignée aux volontés de Dieu est contente parmi ses bassesses, ses faiblesses et ses petitesses.

Après Pâques 1637 M 1,46 (1.6.2) Embrasser amoureusement le mépris.

Un grand point de la vie spirituelle et qui acquiert à l’âme un grand mérite

Après Pâques 1637 M 1,47 (1.6.3) La cause des plus grands péchés du monde, c’est la crainte d’être méprisé.

L’horreur du mépris est fort étrange

Après Pâques 1637 M 1,48 (1.6.4) Jésus venant au monde : remède à la peur du mépris.

Jésus venant au monde a voulu donner remède à ce grand mal

Après Pâques M 1,49 (1.6.5) Le mépris préserve des maux qui accompagnent ordinairement l’honneur et la complaisance.

Une personne qui reçoit un mépris qui lui vient de la part des hommes, ne doit pas regarder pourquoi les hommes lui font ce mépris.

[1638]

Avril 1638 M 2137 Combien de lumières naissent de ce principe! Il est un Dieu.

Il est un Dieu. Ô que cela bien conçu et bien appréhendé profite à une âme!

Avril 1638 M 2138 Nous revêtir de Dieu…

Que de peine à nous dépouiller de nous-mêmes, et à nous revêtir de Dieu

Mai 1638 M 2,2 (2.1.2) Service de Dieu

Un jour employé au service de Dieu vaut mieux qu’un million d’années

Mai 1638 M 2,3 (2.1.3) Il vaut beaucoup mieux servir Dieu, que de servir les rois de la terre.

Dieu est le Roi des Rois, et le Seigneur des Seigneurs.

Mai 1638 M 2,4 (2.1.4) Servir Dieu c’est une souveraine grandeur.

La maison de Dieu est comme la maison des Princes

[1639]

26 Décembre 1639 M 2,46 (2.8.1) Voir les choses avec les lumières de la foi

Un moyen efficace pour être tout à Dieu par fidélité

26 Décembre 1639 M 2,47 (2.8.2) Les mondains qui n’ont ni la vue, ni le goût de la foi, sont aveugles et fort mal conduits.

Notre entendement ne peut avoir de plus hautes occupations que de connaître Dieu

26 Décembre 1639 M 2,48 (2.8.3) Reconnaître l’excellence de la foi

L’on ne peut reconnaître l’excellence de la foi que par la lumière de la foi même

[1640]

1er Avril 1640 M 3,29 Notre disposition

Notre disposition doit être une soif insatiable du mépris, de la pauvreté et de la douleur.

8 Septembre 1640 M 1,33 (1.5.1) Le monde craint si fort les misères temporelles qu’il ne se met pas en peine des éternelles.

Il faut croire que le monde s’amuse dans l’estime qu’il a pour les choses, quand il préfère les extérieurs aux intérieures

8 Septembre 1640 M 1,34 (1.5.2) les emplois éclatants et les plus grandes charges du monde

Il faut encore croire que les emplois éclatants et les plus grandes charges du monde ne tendent qu’à des bagatelles

18 Septembre 1640 M 3,59 La foi parfaite

La richesse d’une âme, sa perfection, sa béatitude et sa gloire consistent à être unie à Dieu

Novembre 1640 M 2,34 (2.6.8) Toute notre ambition

Que ne mettons-nous toute notre ambition à nous faire aimer de tout le Paradis

[1641]

Janvier 1641 M 2,20 (2.5.5) Le secret d’être en repos, c’est de contenter Dieu.

Ce qui trouble notre paix, et qui nous jette dans l’inquiétude, est que nous voulons faire ce que Dieu ne veut pas

Janvier 1641 M 1,13 (1.2.8) Une chose épouvantable

C’est une chose épouvantable à une âme à qui Dieu se communique

Janvier 1641 M 1,27 (1.3.9) Souveraine misère de l’homme, de n’avoir aucune entrée ni ouverture dans les lumières du christianisme.

Il faut tout doucement faire entrer les âmes dans les lumières du christianisme, et puis les laisser un peu faire sans les presser.

Janvier 1641 M 2,5 (2.1.5) Pratiquer beaucoup et savoir peu

Le défaut de la plupart de ceux qui veulent servir Dieu, est de se mettre en peine et être curieux

Janvier 1641 M 2,6 (2.1.6) Servir Dieu à ses dépens, sans prétention et purement pour Lui.

Les âmes d’une vertu éminente, et qui n’ont jamais goûté, ou rarement, de consolations sensibles

10 Janvier 1641 L 1,2 Imitez le pauvre et humble Jésus.

12 Janvier 1641 L 1,3 Il n’y a qu’à se laisser manier à Dieu comme une boule de cire molle.

17 Janvier 1641 L 1,4 Combien fait une âme qui ne veut rien faire par elle-même.

29 Janvier 1641 M 1,31 (1.4.4) Pauvreté évangélique

O que je l’ai vue belle ce matin durant mon oraison, cette admirable pauvreté évangélique!

Mars 1641 M 3,66 Etre uni un quart d’heure à Dieu glorifie Dieu plus que toutes les affaires que l’on fait dans le monde.

Les âmes que Dieu illumine savent que d’être uni un quart d’heure à Dieu

Mars 1641 M 3,67 La solitude intérieure…

Il faut tâcher d’avoir la solitude intérieure,

3 Mars 1641 M 2,29 (2.6.3) Les bonnes actions

Tout ainsi que l’huile entretient la lampe

5 Mars 1641 M 2,73 (2.10.14) La grâce de travailler et de souffrir pour Dieu vaut mieux que toutes les extases des contemplatifs.

Il y a des grâces dont l’on ne fait point quasi d’estime

13 Mars 1641 M 2157 Le plus beau livre

Le plus beau livre est celui de Dieu en moi.

13 Mars 1641 M 2,12 (2.3.3) Aucune pratique, Dieu seul

Il ne faut dans la vie intérieure avoir liaison à aucune pratique

13 Mars 1641 M 2,95 (2.13.4) Dans la maladie

Dans la maladie il faut faire oraison en la manière qu’on la peut faire

13 Mars 1641 M 2,96 (2.13.5) Qu’il se rencontre peu de gens d’oraison, même dans les cloîtres et parmi les dévots!

Que le don d’oraison est rare!

13 Mars 1641 M 2,97 (2.13.6) Pour arriver à l’union

Un moyen efficace pour arriver à l’union, et pour conserver un grand intérieur

13 Mars 1641 M 2114 (2.14.12) Exil

Dieu bannit et exile quelquefois un cœur de sa présence plus ou moins de temps

5 mai 1641 L 1,1 Sacrée communion, c’est de vous que j’attends des forces pour maintenir mon âme

27 Mai 1641 M 2,62 (2.10.2) désirs de souffrir

J’avais un jour des désirs extrêmes de souffrir, et je disais

13 Juin 1641 M 2115 (2.14.13) Aimer Dieu

Une de mes grandes consolations est de savoir que je puis avec la grâce aimer Dieu autant que les plus grands esprits.

Juillet 1641 M 1,14 (1.2.9) Le péché mortel est un grand mépris de Dieu.

J’ai eu une grande vue de l’horreur du péché véniel.

2 Juillet 1641 M 1,9 (1.2.4) Offenser une bonté infinie est un mal incompréhensible.

La crainte du péché ne doit pas être fondée sur la considération des peines qu’il mérite

6 Août 1641 L 2,6 Je suis aussi content de demeurer ici comme d’aller en Canada.

[1642]

1642 M 1,86 (1.10.3) Nous ne devons pas nous inquiéter de nos chutes et de nos fautes.

Touchant les imperfections qui se rencontrent dans l’intérieur

Septembre 1642 M 2,27 (2.6.1) La charité bien ordonnée

La charité bien ordonnée commence par soi-même

Septembre 1642 M 2,30 (2.6.4) Dieu doit donner mouvement.

Je ne dois rien entreprendre pour aider les âmes

Septembre 1642 M 2,31 (2.6.5) Notre impuissance

Nous devons reconnaître sincèrement et de bonne foi notre impuissance à faire réussir les choses que nous entreprenons

6 Novembre 1642 LMR Barbery. Le lieu de notre petite retraite

Je prie celui qui remplit votre cœur de la sacrée dilection de son divin amour pour ces indignes esclaves

Décembre 1642 LMR Suppliez-le que je me convertisse sans plus tarder

Quoique extrêmement pressée de mes occupations ordinaires

16 décembre 1642 M 1,64 (1.8.6) Dans le doute il faut donner plus que moins à la mortification.

Voici, ce me semble, le règlement de la grâce

[1643]

2 Janvier 1643 L 1,6 Vous ne devez pas tant lire, mais beaucoup ruminer.

9 Janvier 1643 LMR L’amour est fidélité!

Cet aimable Jésus me tient [si fort barré] en captivité

27 Janvier 1643 L 1,7 Je tâche de m’occuper plus en Dieu qu’en moi-même.

2 février 1643 LBM Sur l’humilité de la Très Sainte Vierge dans la purification.

Que vous dit votre cœur ce matin, ma très chère Sœur

LBM Vous êtes la meilleure amie que j’ai au monde.

Ma très chère Sœur, avant que Jésus unisse son Cœur au mien par la Sainte Communion

10 février 1643 M 1,58 C’est pourquoi il faut mourir

Qu’il faut peu de choses à mettre obstacle à la grâce de Dieu en nous

10 Février 1643 M 2,84 (2.12.6) S’attacher à Dieu seul

C’est un grand bonheur de rencontrer des âmes saintes.

10 Février 1643 M 2,90 (2.12.7) Jamais l’homme par propre inclination ne doit désirer d’emploi où il a trop de périls pour lui.

Je sais bien qu’il faut travailler pour le prochain

10 Février 1643 M 2,91 (2.12.8) Les directeurs doivent coopérer à la grâce et aider les âmes à faire ce que Dieu veut.

C’est un défaut quasi général aux directeurs de ne point considérer et étudier les desseins que Dieu a sur les âmes

21 Février 1643 M 3,30 L’abîme de l’anéantissement

La vue de l’abjection me fait entrer dans de grands sentiments d’un parfait dénuement

24 février 1643 M 1,58 (1.7.8) La voie de l’abjection

L’âme est privée d’un grand bonheur lorsqu’elle s’excuse de ses fautes

24 février 1643 M 1,67 (1.8.9) Détachement

Une âme ne sera jamais bien pure qu’elle ne soit bien détachée

5 Mars 1643 LMR“ Je ne sais plus où j’en suis”.

2 Mai 1643 M 2165 Dieu doit être le Maître

Il faut se conduire en l’oraison comme Dieu voudra.

15 Mai 1643 LMR J’ai un grand attrait pour chérir la sainte abjection

Monsieur, Notre Seigneur triomphant et glorieux vous comble de son saint amour pour humble remerciement de la sainte charité que vous me faites.

29 Mai 1643 L 2,7 Correspondre à toutes ses faveurs

Ma très chère Sœur, Voici tout simplement ce qu’il me semble que Dieu me donne

24 Juin 1643 L 1,8 La vie surhumaine, vie cachée et inconnue des hommes vaut mieux que toute la terre.

M. Je n’ai pas de consolations sensibles, mais je suis pourtant bien

30 juin 1943 (Juin 1945) LMB Ô que cet homme est angélique et divinisé.

De St Maur, 30 juin 1643. Mon très cher Frère, Béni soit celui qui par un effet de son amoureuse Providence

3 Juillet 1643 L 2,12 Qu’après avoir goûté Dieu, le goût de la créature est plat!

M. Je vous veux rendre compte de ma disposition présente.

4 Juillet 1643 L 1,9 Ce n’est pas à moi à conduire les âmes.

M. Je bénis Notre Seigneur de ce qu’il vous a ouvert les yeux

18 Juillet 1643

18 Juillet 1643 M 2,61 (2.10.1) Une illusion

Plusieurs croient être fort spirituels

18 Juillet 1643 M 2,63 (2.10.3) Ceux qui sont dans l’honneur, et qui ont beaucoup d’avantages naturels de corps et d’esprit me font peur.

Quand je vois une personne accablée de misères

23 Juillet 1643 M 2,88 (2.12.5) Quand et comment nous devons servir au prochain?

Prenons plaisir de voir que les autres servent très utilement au prochain

28 Juillet 1643 M 2123 C’est l’Esprit de Jésus qui donne la vie à nos âmes.

C’est chose pitoyable que l’aveuglement des hommes

Août 1643 M 2151 Dans son Sacré Cœur, j’expérimente que rien ne me manque.

Je dois dépendre totalement de la Divine Providence

Août 1643 M 2152 Abandon total à la Providence de Dieu.

Il arrive souvent que la mère a du lait dans une mamelle, et n’en a point dans l’autre.

Août 1643 M 2153 Il faut donc qu’il laisse agir les autres, et qu’il se contente de caresser sa mère.

Il y a des âmes choisies de Dieu pour les grands travaux qui regardent sa gloire.

15 Août 1643 L 1, 5 Il me paraît que je suis dans une plus profonde pauvreté d’esprit que jamais.

28 août

Septembre 1643 M 3,20 Que de choses à retrancher dans un cœur qui aime purement!

Lorsque le pur amour vient dans un cœur, il paraît doux

Septembre 1643 M 3,21 Destruction de la nature

Le pur amour est la destruction de la nature.

Septembre 1643 M 3,22 La perte de toutes les créatures conduit bien avant dans le royaume de la pureté, de la tranquillité et de l’union.

Par un grand sentiment pour la pauvreté de toute créature

Septembre 1643 M 3,23 le pur amour qui opère l’anéantissement total.

Belles paroles de la bienheureuses Catherine de Gênes

Septembre 1643 M 1,45 (1.6.1) La leçon du mépris

La leçon du mépris est la plus belle leçon de la vie chrétienne.

Septembre 1643 M 2,54 (2.9.1) La leçon de la véritable humilité.

Les vertus qui consistent en l’action ne sont pas fort mal aisées à pratiquer

Septembre 1643 M 2,55 (2.9.2) La principale fidélité qu’Il nous demande.

J’ai remarqué plusieurs fois que Notre Seigneur nous fait entreprendre de certaines choses

Septembre 1643 M 2,56 (2.9.3) Aimer son abjection…

Le principal soin de l’âme est de s’humilier, de s’avilir, et d’aimer son abjection.

Septembre 1643 M 2,57 (2.9.4 à 7) Un cœur humble

La vie d’une personne humble

Septembre 1643 M 2,58 (2.9.8) Aimer la correction

Aimer la correction et l’accusation franche de ses défauts

Septembre 1643 M 2,59 (2.9.9) Ne désirer point d’être aimé particulièrement

Ne désirer point d’être aimé particulièrement, car ce désir procède de l’estime de nous-mêmes

(2.9.10) Ne s’étonner jamais de ses défauts…

(2.9.11) Enfin le comble de la parfaite humilité…

Septembre 1643 M 2,60 (2.9.12) Si cinquante fois le jour nous tombons.

Quand nous manquons à la fidélité que nous devons à Dieu

25 Septembre 1643 LMR Près de partir pour retourner à Barbery

Nous avons reçu les vôtres du 17 du courant.

30 Septembre 1643 M 2,61 (2.6.6) quelquefois nous produisons de bons fruits en gâtant les affaires.

Quoi que l’on puisse dire, il y a peu de gens qui fassent vivre Jésus-Christ en eux dans la pratique

30 Septembre 1643 M 2,65 (2.10.5) Le repos de la croix est un repos de grâce.

Le repos que nous prétendons dans l’éloignement de tout ce qui nous fâche

1er Octobre 1643 L 1,10 Quand on s’attriste de l’absence de quelque ami.

12 Octobre 1643 M 2,85 (2.12.2) La présence de Dieu en nous

C’est faire tort à la présence de Dieu en nous

13 Octobre 1643 M 2,66 (2.10.6) privés de consolation

Lorsque Dieu permet que nous soyons privés de toute sorte de consolation humaine

13 0ctobre 1643 M 2141 Le grand Ami qui est Dieu

Une âme peut-être autant séparée des créatures au milieu des villes et des communautés, comme dans les déserts.

14 Octobre 1643 M 1,29 (1.4.2) Il ne faut pas croire que l’on soit oisif

Il ne faut pas croire que l’on soit oisif quand on demeure dans une condition ou dans un emploi où l’on fait peu de choses, lorsque Dieu nous y appelle.

16 octobre 1643 Rêve mystique . La terre d’anéantissement

Ma nuit fut partagée en deux différentes dispositions

24 Octobre 1643 M 1,28 (1.4.1) L’âme bien éclairée aimera mieux perdre toutes les créatures que d’être désoccupée de son Dieu.

Il n’y a rien que les personnes qui aspirent à la perfection de la vie contemplative doivent craindre davantage

24 octobre 1643 M 1,50 (1.6.6) Une personne religieuse qui se voit incapable de rendre service doit être bien aise de vivre en cellule séparée des autres.

Soit qu’une personne religieuse se voie naturellement incapable de rendre service

24 Octobre 1643 M 1,74 (1.9.3) Esprit d’anéantissement

J’ai désiré autrefois mourir

13 Novembre 1643 LMR Si pauvre que je ne puis exprimer ma pauvreté

15 Novembre 1643 LMB Il nous survient ensuite de cette croix

28 novembre 1643 LMB Je pris possession d’une terre

Il y a environ quatre ou cinq ans que je pris possession d’une terre quasi pareille à Celle dont vous me faites la description

2 Décembre 1643 LMB Je n’irai point en Lorraine

J’ai reçu les vôtres datées du vingt novembre

Décembre 1643 LMR Soupirs d’une âme toute glacée

Amour. Fidélité. /Jésus couronne votre cœur, Marie sanctifie votre âme

28 Décembre 1643 LMR Elle se tiendra bien honorée d’être le marchepied

Jésus soit votre amour et Marie votre conduite, très cher esclave

[1644]

Le 25 janvier de l’an 1644 LMB A Saint-Maur-les-Paris

Je prie Dieu qu’il accomplisse les sacrés souhaits que vous faites à mon âme

Février 1644 M 2114 Pour brûler du divin Amour, il faut que mon cœur soit comme un bois bien sec

Vous me faites une grande miséricorde, Ô mon Dieu, en me donnant le saint et très noble mouvement d’amour.

Février 1644 M 2,13 (2.4.1) Infidélité

Ne suivre pas une inspiration connue, c’est commettre une grande infidélité

19 février 1644 LMB Saint Maur. Nos Sœurs de Barbery iront à Saint-Silvin

Jésus, Marie, Benoît. Monsieur, mon très cher frère. Béni soit Celui qui est éternellement

28 Février 1644 M 2103 (2.14.1). S’il y a quelque bien en nous, il n’est pas de nous

Dieu use de préventions admirables envers l’âme, pour l’éveiller du sommeil où elle dort avec les créatures.

18 Mars 1644 M 2117 -- Ô parfaite nudité, que tu es belle! Mais que tu es rare!

Une âme appelée à la vie et à la voie de Providence

31 mars 1644 LMB Un bien petit abrégé en cet écrit

Puisque Notre Seigneur m’a voulu priver de votre cher entretien, j’espère qu’il vous fera recevoir la présente,

Avril 1644 M 3, 13 L’union au bon plaisir de Dieu

L’union au bon plaisir de Dieu est la disposition des dispositions.

Avril 1644 M 3, 14 Quand l’âme perdrait tout, elle ne perd rien

Quand l’âme perdrait tout, elle ne perd rien, pourvu que l’union au bon plaisir de Dieu lui demeure.

Avril 1644 M 3,15 Que nous sommes ignorants

Que nous sommes ignorants quand nous nous plaignons de la perte de nos dispositions

5 Avril 1644 LMR Vos prières ne seront point vaines

Ce 5 avril 1644/Paix et amour. Monsieur, j’ai reçu les vôtres adressées par leur inscription à Notre Révérende Mère, elle vous écrit

20 avril 1644 LMR Saint-Maur Priez fortement pour ma conversion.

À Monsieur de Rocquelay. Mane nobiscum Domine quoniam ad

1er mai 1644

14 mai 1644 LMR Obéissance de Monsieur de Bayeux

À Monsieur de Rocquelay. Monsieur, j’ai reçu les vôtres datées du 28 avril sur lesquelles je vous dirai seulement que pour nos Sœurs

13 mai 1644 LMJ À Jourdaine .Sur Mere Benoîte

À Jourdaine de Bernières Benedictus sit Sanctissimum Sacramentum

20 Mai 1644 M 3, 23 La grâce des grâces c’est de nous tirer de notre vie humaine à la surhumaine.

Dieu nous a fait une grande grâce de nous tirer du néant

28 Mai 1644 M 1,79 (1.9.8) L’extrême anéantissement

Passant dans une église, proche du lieu où l’on faisait une fosse pour enterrer un corps, je vis plusieurs têtes de morts

Juin 1644 M 2116 (2.15.1) Dieu veut être aimé

Dieu veut être aimé dans une très grande pureté

Juin 1644 M 2117 (2.15.2) L’amour de Dieu, quand il est pur et parfait

Si l’amour fait oublier toutes choses et soi-même pour vivre dans l’objet aimé

30 Juin 1644 M 2,7 (2.2.1) Tout ce qui est l’ordre de Dieu est mon souverain bien.

Tout ce qui est ordre de Dieu m’est en singulière vénération.

30 Juin 1644 M 2,8 (2.2.2) Le seul ordre de Dieu

Je dois être aussi content d’une petite vocation comme d’une grande.

30 Juin 1644 M 2,9 (2.2.3) L’ordre de Dieu suffit pour rendre l’âme bienheureuse.

Je n’avais jamais bien entendu cette vérité si souvent dite et redite

30 Juin 1644 M 3, 52 Toutes les voies de Dieu sont bonnes.

L’on doit être fort passif aux opérations de Dieu en nous.

30 Juin 1644 M 3,53 Vie divine de Jésus souffrant

Jésus doit être notre modèle en ses jouissances et en ses souffrances.

2 Juillet 1644 M 2113 Bienheureuse l’âme qui se laisse dévorer à l’Amour.

Si nous nous remettons entièrement entre les mains de Jésus Homme Dieu

2 Juillet 1644 M 2149 Mourir plutôt, mon Dieu, que de me détourner jamais de vous.

Qu’est-ce que Dieu?

15 juillet 1644 Saint-Maur LMR Le voyage de Lorraine

À Monsieur de Rocquelay. Dites, s’il vous plaît, à notre cher […] que Monsieur de Barbery lui écrit

17 juillet 1644 Saint Maur LMR Mes petites aventures

À Monsieur de Rocquelay. J’ai reçu ce matin les vôtres, mais n’y remarquant point de date

20 Juillet 1644 L 1,12 Quand vos mystères sont une fois goûtés, ô Jésus.

M. Je vous envoie le premier sentiment que j’ai écrit depuis notre tracas

4 Août 1644 L 1,13 Pourvu que je sois avec ce cher Ami, tous lieux me sont indifférents.

M. Je remercie Notre Seigneur des grâces qu’Il vous fait

18 août 1644 LMB La lettre de la bonne âme

Monsieur, Il me semble vous avoir supplié de ne vous mettre point en peine

19 août 1644 LMR Aimez Dieu pour moi

Notre divine Princesse, la sacrée Mère d’amour

5 septembre 1644 L 1,14 Ce qu’est la créature après la chute d’Adam.

M. Voulant répondre à la vôtre, j’ai trouvé que les sentiments que Dieu m’avait donnés en l’oraison ne vous seraient pas mauvais

30 septembre

Automne 1644 L 1,11 La véritable amitié n’est fondée qu’en Dieu.

Ma très chère Sœur, Notre Seigneur fait notre unique consolation. Il ne faut pas différer

Automne 1644 L 1,15 Il faut trouver moyen d’être vraiment et parfaitement pauvre avec Jésus.

M. Je sens un mouvement intérieur de vous écrire ce

10 Octobre 1644 M 2,28 (2.6.2) O que l’on perd de temps!

C’est un grand secret aux personnes spirituelles pour leur avancement, que le bon emploi du temps.

20 Octobre 1644 M 2119 Porter sa croix

L’essence du christianisme est de renoncer à soi-même

21 octobre 1644 LMR J’attends cet le bon Père Chrysostome

À Monsieur de Rocquelay. Bénie soit la divine Providence qui m’a aujourd’hui consolée de vos chères lettres

26 Octobre 1644 M 1,72 (1.9.1) Tout ce qui n’est point Dieu n’est que fumée, vanité et folie.

Après l’expérience que j’ai eu de plusieurs complaisances et joies

26 Octobre 1644 M 1,73 (1.9.2) Quand me séparerez-vous, Seigneur, du corps de cette mort?

Comme je venais de dormir

10 décembre 1644 LMR Saint Maur

Amour, amour, amour pour Jésus anéanti

25 Décembre 1644 L 3,11 Il ne dit point : qu’il soit élevé en l’oraison, mais qu’il prenne sa croix

M. Il faut prendre garde de mettre la perfection où elle n’est pas

26 Décembre 1644 M 2106 (2.14.4) Aimer Dieu par état et par opération.

Le peu de connaissance et d’amour actuel que nous avons pour Dieu

[1645]

3 Janvier 1645 M 2,99 (2.13.8) Désirs de la solitude

Il me vient toujours des désirs de la solitude pour vaquer à Dieu plus facilement

3 Janvier 1645 M 2100 (2.13.9) Les petits oiseaux me semblent bienheureux, qui se retirent au plus haut des arbres. -- Un jour après la sainte communion…

3 janvier 1645 LMR Quelque effet du véritable abandon

Monsieur, Je vous désire consommé des divines flammes du saint amour

6 Janvier 1645 M 2140 L’état de désoccupation des créatures en l’occupation de Dieu seul

Le désir d’une grande liberté d’esprit m’a fort occupé

6 Janvier 1645 M 2128 Dans l’esprit de croix est contenu la suprême liberté de L’Esprit.

L’esprit de la Croix fut donné par infusion à Jésus

7 Janvier 1645 L 1,16 Il ne faut que Dieu seul à une âme qui aime.

M. L’Enfant Jésus soit l’unique objet de nos affections. Notre Seigneur vous a donc mis à l’épreuve.

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers.

À Monsieur de Rocquelay. Notre sortie de Paris a été en quelque sorte si précipitée

Février 1645 LMR Rambervillers

1 Février 1645 M 3, 16 Grande paix

«Mon Dieu, tout ce que vous voudrez». C’était lors mon aspiration.

11 Février 1645 M 1,80 (1.9.9) La pourriture est la suite et la récompense du péché.

Mon aspiration présente c’est : «Ô Amour, laissez-moi souffrir

11 Février 1645 M 1,81 (1.9.10) La justice divine

J’admirais la beauté de la justice de Dieu en elle-même et en ses effets qui anéantissent le corps

11 Février 1645 M 1,82 (1.9.11) La divine justice

L’amour de la divine justice rend l’âme triomphante.

11 Février 1645 M 1,83 (1.9.12) La justice a été opprimée

La divine Justice paraît merveilleusement en la passion et en la mort de Jésus.

12 Février 1645 L 1,17 Suprême indifférence à tout état et toute disposition.

3 Mars 1645 L 2,48 Nous ne voyons plus que Lui au milieu des tintamarres de Paris.

3 Mai 1645 M 2142 Les êtres créés ne me semblent que des songes et des rêveries.

Dieu vient quelquefois dans une âme, et s’y fait voir, ou plutôt il s’y découvre

5 Mai 1645 M 2102 (2.13.11) L’âme glorifie Dieu en aimant

Comme dans le regard de la Majesté souveraine

5 Mai 1645 M 1,4 (1.1.4) La créature de Dieu n’est faite que pour brûler d’amour pour Dieu.

Mon aspiration présente, c’est : «je suis créé pour Dieu, je suis tout à Dieu».

5 Mai 1645 M 1,5 (1.1.5) Faire en soi ce que Dieu fait en Lui-même

Que c’est une grande chose que d’être créé à l’image de Dieu

5 Mai 1645 M 2,86 (2.12.3) Retirons nos affections éparses

Un ami spirituel vaut mieux tout seul, que ne valent ensemble tous les amis de la chair et du sang

5 Mai 1645 M 2,87 (2.12.4) L’amour des parents ne se perd point, mais il se purifie à la mort.

Divine Providence, que vous êtes admirable dans la conduite de vos amis!

7 Mai 1645 M 2,68 (2.10.8) Nous devons voir ceux qui nous persécutent avec des yeux de douceur et d’amour.

La seule affection de souffrir

7 Mai 1645 M 2125 L’abandon à la divine Providence comme la plus grande richesse qui soit en la terre.

L’homme intérieur fortifié de la grâce et éclairé des lumières de la foi

7 Mai 1645 M 2129 Former notre intérieur sur le sien

Pour acquérir un grand intérieur il faut s’appliquer souvent à contempler l’intérieur de Jésus

31 Mai 1645 L 1,18 Le Cœur seul de Jésus-Christ me pourrait suffire de lecture et de conférences.

26 juin 1645 LMB à Saint Maur.

M., Jésus anéanti soit la consommation de nos désirs et de nos desseins.

30 juin 1645 LMB Saint Maur Constante et ferme résolution des cinq solitaires

Je réponds aux deux lettres que vous avez pris la peine de m’écrire

Juillet 1645 M 2111 (2.14.9) C’est la grande peine des âmes de purgatoire d’aimer beaucoup.

Il m’a semblé que c’était un purgatoire d’amour

4 juillet 1645 LMB Tâchez de venir promptement à Saint-Maur.

J’ai reçu les vôtres et appris l’état de vos affaires.

4 juillet 1645 L 1,19 Cinq ou six personnes de rare vertu.

21 juillet 1645 M 1,35 (1.5.3) L’aversion que les véritables chrétiens ont pour le monde.

Que le sens de ces divines paroles est beau! «Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo»

22 Juillet 1645 L 2,10 Le meilleur est de laisser tout à Dieu et de rien choisir de nous-mêmes.

29 juillet 1645 L 1,20 Je ne veux point d’autre solitude que la solitude du bon plaisir divin.

30 juillet 1645 LMB de l’ermitage du Saint-Sacrement

7 Août 1645 M 2132 Heureux qui se peut perdre et qui ne se retrouve jamais!

Une âme se perd en Jésus lorsqu’elle s’anéantit

8 Août 1645 M 1,85 (1.10.2) Au-dessus de nos mérites

Quelque petite grâce que nous recevions

11 Août 1645 LMB Notre pauvre retraite de Saint-Maur

15 Août 1645 L 2,38 Marie a été la plus misérable, la plus chétive et la plus crucifiée de toutes les créatures après son fils.

17 Août 1645 M 1,36 (1.5.4) C’est une grande affaire que de vivre en solitude.

Un saint homme disait

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur Lorraine

Je vous écris ce petit mot, en hâte

3 octobre 1645 L 1,21 Ce qui vient de la Providence est bien meilleur pour notre perfection, que ce que nous choisissons.

13 octobre 1645 L 1,22 Notre Seigneur retarde mon retour par la maladie de mon valet.

1645 LMR Que faut-il faire pour être toute à Dieu?

Que vous dirai-je, mon très cher Frère

13 Octobre 1645 M 2143 Nos amis

C’est un grand sacrifice que d’immoler à Dieu nos amis

13 Octobre 1645 M 2144 La possession de Dieu seul est le paradis des âmes vertueuses.

Que nous sommes injustes de nous plaindre de la Providence

13 Octobre 1645 M 2145 La pauvreté des créatures nous donne la possession de Dieu.

Je ne m’étonne plus que Jésus nous ait obligés à estimer et aimer la pauvreté de toutes les créatures.

13 Octobre 1645 M 2146 Rien de si peu connu par les hommes que Dieu.

Vous diriez que les hommes se font tort de penser à Dieu

21 Octobre 1645 L 1,23 Sur la mort précieuse de ce même serviteur.

Novembre 1645 M 2,76 (2.10.11) Peu arrivent à la perfection parce que peu veulent beaucoup souffrir.

Pourquoi pensez-vous que si peu arrivent à la perfection?

Novembre 1645 M 2,71 (2.10.12) Quelque chose d’excellent avec rien

Il n’appartient qu’à Dieu de faire quelque chose d’excellent avec rien.

5 novembre 1645 LMB Très cher Père Chrysostome

Je vous envoie ce que vous m’avez demandé

8 Novembre 1645 M 2,11 (2.3.2) Notre vie intérieure doit être notre vie ordinaire et continuelle

L’homme mène ici-bas plusieurs vies différentes

8 Novembre 1645 M 3,61 En Dieu seul se trouve la plénitude.

Je me suis étonné comme quoi Dieu veut se communiquer à de chétives créatures

9 Novembre 1645 M 2111 Pur amour

Lorsque le pur amour vient dans un cœur

11 novembre 1645 LMB Dieu

C’est donc aujourd’hui que j’entre dans la privation de votre chère présence

1645 LMR Privée de sa présence

11 Novembre 1645 M 3,62 De la complaisance de Dieu en Dieu seul.

Je sens toujours beaucoup d’amour pour la félicité de Dieu

11 Novembre 1645 M 3,63 La félicité de Dieu

La vue de Dieu heureux en soi est ma principale disposition

12 Novembre 1645 M 3,64 Mon Dieu

Tout ce que j’entends dire et tout ce que je vois, me fait réjouir de la félicité de Dieu.

12 Novembre 1645 M 3,65 La félicité de Dieu est uniquement mon tout en toutes choses.

Je ne puis dire avec délibération que je me réjouis en ceci ou en cela

15 novembre 1645 LMB Dites-moi, je vous prie en confiance

Vous qui, par un très saint et particulier effet de la grâce

17 Novembre 1645 M 2124 Cette transformation veut

Il faut qu’un chrétien soit dans la transformation de Jésus

17 Novembre 1645 M 1,6 (1.2.1) Le péché est pire pour les hommes que le néant.

Il est vrai que je ne suis qu’un pur néant et que péché.

17 Novembre 1645 M 2127 L’éloignement de la vie de Jésus est plus à craindre que l’enfer.

Dieu, par sa divine conduite, prétendant faire de moi,

18 Novembre 1645 M 2101 (2.13.10) l’amour presse une âme et la tourmente pour l’obliger à demeurer seule avec le Bien-Aimé

Il est impossible d’aimer Dieu sans le connaître, et c’est dans la solitude extérieure

31 Novembre 1645 M 2139 Nous sommes appelés à la conquête du royaume de Dieu.

Le Royaume des cieux souffre violence

Décembre 1645 Tout ce qui nous anéantit est bon et il n’y a rien de meilleur en la terre.

Ne pouvant vous aller voir durant le saint temps de l’Avent

20 Décembre 1645 M 1,15 (1.2.10) Une âme qui est une fois dans l’état du péché n’en peut jamais sortir d’elle-même.

La vue de l’état du péché me faisait connaître combien j’étais indigne

Décembre 1645 L 1,24 Quand une âme bien disposée trouve un bon directeur, elle fait merveille.

30 décembre 1645 M 1,1 (1.1.1) Sentiment du néant.

La vue de mon néant et de ma pauvreté me pénètre tellement

30 Décembre 1645 M 1,37 (1.5.5) Par la lumière surnaturelle je vois tout le temporel comme un chien mort.

Il me semble que Dieu me veut occuper tout en lui-même

31 Décembre 1645 M 1,59 (1.8.1) La chute des âmes élevées arrive ordinairement par faute de mortification.

J’ai connu plus que jamais, qu’une âme ne peut demeurer longtemps dans un haut état d’oraison

31 Décembre 1645 M 1,60 (1.8.2) Les plus petites inclinations naturelles doivent être mortifiées.

Qu’il faut peu de choses à mettre obstacle à la grâce de Dieu

31 décembre 1645 M 1,61 (1.8.3) La grâce

La grâce ne s’établit en nos âmes que par la ruine de ce que nous avons de plus cher

31 décembre 1645 M 1,62 (1.8.4) Dans une vie douce, l’on va doucement à la perfection.

Nous voulons être chrétiens et parfaits chrétiens

[1646]

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce.

2 Janvier 1646 L 1, 25 Prêchez, mais à l’apostolique.

2 Janvier 1646 M 1,2 (1.2.2) Dieu seul connaît le néant de la créature.

Je ne puis bien connaître mon néant ni ma pauvreté par toutes mes lumières.

2 Janvier 1646 M 2126 La pauvre étable de Bethléem avec Jésus

La pauvre étable de Bethléem avec Jésus vaut mieux que tous les palais les plus riches de l’univers

3 Janvier 1646 M 2134 La couronne est la gloire du roi et le mépris du pauvre de Jésus-Christ.

J’ai eu une forte vue que Jésus a sanctifié tous les états de misère où il a passé

3 janvier 1646 L 1,26 Dieu ébauche les saints sur le Thabor et les achève sur le Calvaire.

13 Janvier 1646 M 2,98 (2.13.7) Tant plus qu’une âme est élevée en l’oraison

Tant plus qu’une âme est élevée en l’oraison, tant plus son équipage de grâce doit croître et son train grossir.

13 Janvier 1646 LMB La maladie du cher Père

Jésus anéanti soit à jamais l’objet de nos amours. J’ai reçu les vôtres très chères que j’attendais avec impatience.

16 Janvier 1646 M 2104 (2.14.2) Dieu est en notre âme. Il s’y fait voir, Il s’y repose et s’y plaît.

Sur l’attente que mon âme avait d’être toute à Dieu et de Lui être fidèle

16 Janvier 1646 LMB En peine de notre très cher Père

Je crois que vous êtes en peine de notre très cher Père [Chrysostome] ensuite des nouvelles que je vous ai mandées.

16 Janvier 1646 M 2105 (2.14.3) Ces âmes choisies semblent inutiles

Le divin Époux se réserve des âmes choisies qu’il n’emploie que très peu aux affaires temporelles

19 Janvier 1646 M 2,10 (2.3.1) L’intérieur dissipé est comme un feu follet.

Le feu d’un intérieur qui n’est pas retiré en soi-même

19 Janvier 1646 M 2115 Rien ne peut contenter une âme qui aime beaucoup et purement que le Bien-Aimé.

Une âme qui brûle du pur amour

19 Janvier 1646 M 2116 Cette âme ressemble au cœur qui n’est jamais inquiet.

Cette façon d’aimer est excellente

20 janvier 1646 M 1,66 (1.8.8) Tout plaisir qui n’est point de Dieu dans l’usage des créatures doit être mortifié.

L’état présent de cette vie corrompue

21 Janvier 1646 M 2156 Il est des directeurs trop humains et sensuels.

Allons donc à ce qui est plus de Dieu

21 Janvier 1646 M 1,38 (1.5.6) Jésus n’est pas né dans une hôtellerie, mais dans une pauvre étable.

Un des plus grands empêchements à la perfection

21 Janvier 1646 M 1,39 (1.5.7) Une âme ne peut être en repos et satisfaite que dans les croix.

La conduite des chrétiens de la primitive Église est admirable

21 Janvier 1646 M 1,67 Il faut quitter le soin des choses temporelles pour ne penser qu’à Dieu seul.

Il ne faut être dans les créatures, que autant que la gloire de Dieu et leur besoin le requièrent

22 Janvier 1646 M 1,69 (1.8.11) Ô que Marie Madeleine me plaît dans son oisiveté!

Il ne faut être dans les créatures qu’autant que la gloire de Dieu et leur besoin le requièrent

22 Janvier 1646 M 1,68 (1.8.10) Rien n’est si mortifiant que le pur amour.

Le pur amour est terrible et cruel.

30 Janvier 1646 M 1,40 (1.5.8) Il faut quitter les honneurs et les richesses lorsqu’on le peut faire.

Si l’on veut être parfait, et se revêtir entièrement de l’Esprit de Jésus-Christ

30 Janvier 1646 M 2120 Etats de grâce

Jésus nous a mérité les grâces et les faveurs du christianisme sur le Calvaire, lieu très abject

Février 1646 M 1,25 (1.3.7) Ne point trop écouter notre nature.

Nous devons croire que notre nature tend toujours à la corruption et aux relâchements

Février 1646 M 1,65 (1.8.7) L’usage de la mortification dans les maladies.

L’excellente mortification quand elle est continuelle

9 Février 1646 L 2,11 Se voir et s’aimer en Dieu, c’est se voir et s’aimer comme il faut.

Dieu seul, et il suffit. Si je ne vous écris pas si souvent comme je désirerais ce n’est pas faute d’affection…

10 Février 1646 LMB Fièvre de notre cher Père

16 Février 1646 LMR Il y a crainte de mort

Le saint Amour de Jésus soit la consommation de nos désirs!nMonsieur

26 février 1646 LMJ Saint Maur les Paris La riche nuit qu’il reçut à Saint-Maur

À la Mère Jourdaine de Bernières, Supérieure

Lorsque je fais réflexion sur mes extrêmes misères

6 Mars 1646 L 1,27 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix.

M. Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même.

10 Mars 1646 L 1,28 L’on ne manque jamais de trouver pleinement Dieu quand on a perdu toutes les créatures.

M . J’ai reçu de vos chères lettres, qui m’apprennent le départ de votre bonne supérieure

23 mars 1646 L 1,29 L’Esprit de Dieu aime l’ordre et la sainte discrétion.

M . Je vous dirai simplement pour répondre à la vôtre

26 Mars 1646 LMB Tristes nouvelles

Fidélité sans réserve! Sacrificate sacrificium, etc. Je n’espérais pas vous mander de si tristes nouvelles

28 Mars 1646 LMB -- le sacrifice de notre saint Père est consommé

Fiat voluntas tua/M/S’en est fait, le sacrifice de notre saint Père est consommé

Lettre de Mère Benoîte de la Passion à notre révérende Mère Institutrice [Mère Mectilde] réfugiée à Saint-Maur

Vive l’anéantissement sacré de mon Dieu! Par la lecture de votre lettre, j’ai appris que notre cher Père avait quitté la terre

1er Avril 1646 L 1,30 La fidélité est le plus pur de la charité.

Mon très cher frère, Jésus soit notre tout pour jamais

Avril 1646 M 2,79 (2.10.19) Recevons amoureusement les croix qui nous arrivent.

Si nous avions à regretter quelque chose à la mort

Avril 1646 M 2,80 (2.10.20) Le temps de souffrir, c’est le temps d’aimer.

La mesure de l’amour que Dieu nous porte

4 Avril 1646 M 2,81 (2.11.1) Jésus a très peu de compagnons de sa pauvreté.

La pauvreté est un état tout à fait ennuyeux à la nature.

4 Avril 1646 M 2,82 (2.11.2) L’esprit de pauvreté est très rare parmi les chrétiens.

Jésus a très peu de compagnons de sa pauvreté

4 Avril 1646 M 2,83 (2.11.3) Aimer la pauvreté des amis

Une bonne raison pour porter une âme à aimer la pauvreté des amis et les injures des ennemis

7 avril 1646 M 2,49 (2.8.4) L’obstacle que nos sens apportent à notre perfection.

C’est une pratique admirable pour un chrétien

7 Avril 1646 M 2107 (2.14.5) L’homme ne peut être sans aimer

L’homme ne peut être sans aimer. Tant moins il aime les créatures, tant plus il aime Dieu.

8 Avril 1646 M 2108 (2.14.6) Quelle générosité faut-il à un cœur qui veut aimer purement.

La fidélité d’amour consiste à faire mourir

8 Avril 1646 M 2109 (2.14.7) L’état le plus parfait de cette vie

Il me semble que l’état le plus parfait de cette vie, c’est quand l’amour et la souffrance se rencontrent

8 Avril 1646 M 2110 (2.14.8) Allons donc à la mort de tout ce qui n’est point Dieu.

Ô Seigneur Jésus, les fondements de la perfection à laquelle vous appelez vos amis, sont étranges!

10 Avril 1646 LMB. Il est demeuré abject dans l’esprit de quelques-uns

16 Avril 1646 LMJ. Effort pour nous avoir quelques-uns de ses écrits

Puisque notre joie et notre plaisir doivent être dans les volontés de notre bon Dieu

18 Avril 1646 M 1,17 (1.2.12) Qui meurt …

Qui meurt plus conformément à Jésus, meurt plus heureusement

18 Avril 1646 M 1,18 (1.2.13) Jésus crucifié est notre trésor. -- L’on tient que Jésus crucifié a reconnu tous nos péchés…

1646 L 2,44 C’est un feu que l’oraison; qui s’en éloigne tombe dans la froideur.

23 Avril 1646 L 1,31 La vie passe comme un songe.

25 Avril 1646 M 2118 Quelle générosité faut-il à un cœur qui veut aimer purement?

La fidélité d’une âme

26 Avril 1646 LMB Au nombre de ses bons protecteurs. La privation de ces écrits…

30 Avril 1646 L 1,32 Ô que je gagnerais au milieu de mes pertes, si j’étais fidèle!

Mai 1646 M 2,94 (2.13.3) Il serait bon de nous adresser à Dieu premièrement qu’à la créature.

Souvent notre faiblesse et notre ignorance fait que nous avons besoin des autres.

3 mai 1646 L 1,33 J’aspire très fortement à mon ermitage qui me servira de fumier. -- Dieu seul, et il suffit. Il est vrai que la

11 Mai LMB. j’ai besoin de votre secours

Monsieur, je vous supplie et conjure pour l’amour de notre bon Seigneur Jésus-Christ que vous me donniez conseil

12 Mai 1646 LMB. Sur son tombeau, je ne l’y trouvais point, mais toujours dedans Dieu

13 Mai 1646 M 2,72 (2.10.13) Regarder le dessein du Père éternel

Le vrai spirituel ne regarde pas le dessein particulier de la créature qui la persécute

15 Mai 1646 RMB. Je ne puis écrire au révérend Père Elzéar sans avoir où j’adresserai mes lettres.

5 Juin 1646 RMB. Me fortifiez de votre secours aux pieds de Dieu et de notre saint Père.

14 Juin 1646 M 2160 Je L’aime parce qu’Il est bon, et non pas seulement parce qu’Il me fait des miséricordes.

Quoiqu’il arrive du changement en nous

24 Juin 1646 RMR Imprimer quelque écrit de notre bienheureux Père

Le jour de la Saint Jean [Baptiste], qui est la fête de notre très cher frère

7 juillet 1646 RMB Une telle captivité et impuissance

9 Juillet 1646 M 2,21 (2.5.6) La croix d’incertitude est une grande croix.

Une âme qui connaît ce que Dieu veut d’elle

28 Juillet 1646 RMB Imiter Grégoire Lopez

1646 L 2,43 Aimons si fortement l’Amour que nous vivions et mourions d’Amour.

21 Août 1646 RMB Nouvelles d’une félicité éternelle

5 septembre 1646 L 1,34 La perte des créatures

7 Septembre 1646 M 2,93 (2.13.2) Il faut toujours vivre conformément à l’état présent où Dieu nous met.

C’est se moquer que de vouloir faire oraison

8 Septembre 1646 M 1,51 (1.7.3) Paroles inutiles

Les paroles, les pensées et les entretiens des créatures qui paraissent bonnes et saintes

8 Septembre 1646 M 1,53 (1.7.4) La vraie souffrance est pure, humble, résignée et paisible.

Quand nous souffrons avec trouble et inquiétude

8 Septembre 1646 M 1,55 (1.7.5) La croix cause de la peine, mais notre amour propre cause de l’imperfection et de l’inquiétude.

Il y a beaucoup de différence entre les peines de la nature dans les croix

8 septembre 1646 M 2,14 (2.4.2) Il faut demeurer comme la Magdeleine aux pieds de notre maître en silence.

La parfaite correspondance intérieure est une chose si cachée

8 septembre 1646 M 2,15 (2.4.3) La plus grande affaire

La plus grande affaire qu’une âme puisse avoir en ce monde, c’est d’obéir à Dieu et de le contenter.

16 Septembre 1646 M 2112 La solitude me plaît et j’y aspire parce que j’y trouve Dieu seul qui est l’objet et le centre du pur Amour.

La plus grande misère de cette vie n’est pas la souffrance

26 Septembre 1646 RMR J’ai reçu les cahiers

5 Octobre 1646 RMR J’attends avec affection le traité de la sainte abjection de notre B. P.

23 Octobre 1646 RMB Plus de quatre heures d’oraison solitaire. Rambervillers

Octobre 1646 M 2,53 (2.8.8) Imperfections

Quiconque se défie de soi, ne s’étonne point de se voir tombé en plusieurs imperfections, ni même en péché.

Octobre 1646 M 1,3 (1.1.3) Aveu de son néant, souverain remède de l’orgueil.

Je dois honorer les grandeurs de la divinité par mes petitesses

6 Novembre 1646 RMB Ni grâce, ni capacité pour être supérieure

J’ai reçu les vôtres aujourd’hui et je vous y fais un mot de réponse.

10 Novembre 1646 RMB Mille fois mieux un petit coin dans mon état d’abjection

Je pense que vous avez reçu celle que je vous écrivis mercredi dernier.

17 Novembre 1646 RMR Un refuge pour nos Sœurs près de Caen

Je vous dois des reconnaissances infinies

14 Décembre 1646 RMB Je doute si nos Mères me donneront liberté d’y être retirée.

J’ai reçu les vôtres très chères par lesquelles vous prenez la peine de nous déclarer vos pensées sur l’affaire



37C.JEAN DE BERNIERES ET L'ERMITAGE DE CAEN, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle - Lettres & Maximes Tome II 1647 – 1659 [Dom Éric de Reviers, o.s.b]

Suivant l’ordre chronologique de la Correspondance

Citant des extraits du Chrétien Intérieur

et d’Auteurs mystiques



(48) Correspondance Bernières 1647-1659 Champion 8fév19 revu DT 10mai.odt



!Correspondance Bernières 8e éd 1647-1659 au 12jan18.docx

Table

Pourquoi lire Jean de Bernieres aujourd’hui?

Première partie : un dévot de l’époque baroque

Un siècle coupé en deux périodes, l’une baroque et l’autre classique..

Une famille normande à l’époque de la Réforme «catholique»

La charité baroque de Jean de Bernières

La révolte des nu-pieds (1639-1340)

La compagnie du Saint-Sacrement et Bernières

Jean de Bernières et la fondation de la Nouvelle-France

L’Ermitage créé par Jean de Bernières

Deuxième partie : le christianisme intérieur de Bernières, nouveauté ou tradition?

La critique janséniste du christianisme intérieur comme point de repère“ moderne”

La tradition mystique dans laquelle se situe Bernières.

La théologie mystique de Bernières

La partie supérieure de l’âme, le cœur

La lumière en l’âme, l’embrasement, la déification, l’union transformante

La crucifixion, l’abjection, l’abandon de soi, le néant

La prière continuellement

La connaissance négative de Dieu et le repos de l’âme.

Conclusion : lire Bernières aujourd’hui!


Correspondance 1647-1659

[1647]

1647 M 1,30 (1.4.3) Les ouvrages de la grâce sont quasi tout faits de la main de Dieu.

Ma nature faible entre quelquefois dans des craintes de trop faire

Janvier 1647 M 3,18 Les voies dont Dieu se sert pour purifier les âmes, sont différentes.

Dieu se communique quelquefois à des âmes imparfaites

Janvier 1647 M 3,19 D’une grâce qui va et vient, tantôt ordinaire, tantôt extraordinaire.

Il faut de la grâce pour méditer, mais il faut une abondance de grâce pour contempler.

12 Janvier 1647 L 2,14 Ne vous attachez point à la rigueur de vie, mais uniquement au bon plaisir de Dieu, qui doit être votre seule vie.

Janvier1647 L 1, 37 J’ai été dans des oublis de Dieu si grands qu’ils vous étonneraient très fort.

18 Janvier 1647 RMB Votre silence a été bien long; votre fièvre en a été la cause

22 Janvier 1647 M 1,63 (1.8.5) -- Il faut toujours aimer et toujours pratiquer la mortification du corps…

4 Février 1647 L1, 57 Je reçois des nouvelles lumières, et de nouvelles forces pour aller promptement au dernier état que Dieu me prépare.

Février 1647 M 1,70 (1.8.12) Le dépouillement, gage d’une grande pureté.

La grâce, pour l’ordinaire, nous porte aux dépouillements effectifs

Février 1647 M 1,11 (1.2.6) Nous ne tenons à Dieu que par un filet de miséricorde.

Nous avons un aussi grand fond d’orgueil que Lucifer

9 février 1647 M 1,41 (1.5.9) Vanité

Par nos vanités nous croyons de nous ce qui n’est pas

15 février 1647 L 2, 35 Soyez donc comme une petite boule de cire entre ses mains, et soyez contente de ses divines dispositions.

16 février RMB Il faudra souffrir par notre retour à Rambervilliers

Monsieur, mon âme a reçu tant de forces et de consolations par la lecture de vos chères lettres

23 Février 1647 M 2131 Le Corps mystique

Il faut que l’âme se mette sous la conduite de Jésus.

26 février RMB Vous êtes encore nécessaire pour sa gloire

… Je vous dis en toute simplicité que ma santé est très bonne

1er mars 1647 M 2,44 (2.7.10) Il faut aspirer aux pures vertus.

Nous devons toujours prendre le parti de Dieu contre nous-mêmes.

1er mars 1647 M 2,45 (2.7.11) Vertu

Tant plus un homme est vertueux

Mars 1647 L1 La solitude est bonne, mais le Calvaire est préférable.

25 Mars 1647 M 1,52 (1.7.2) Ne pas désirer les grâces extraordinaires, mais les recevoir avec humilité.

Tout désir des grâces extraordinaires

27 Février LMJ

1er Avril 1647 LMR Consoler nos Mères de Lorraine

7 Avril 1647 LMR Écrits de la bonne âme

1647 L 1,35 Le parfait abandon qui rend l’âme toute simple.

Avril 1647 M 1,10 (1.2.5) Si Dieu était mortel, le péché le ferait mourir.

Il est vrai que tout pécheur est ignorant

Avril 1647 M 1,7 (1.2.2) Tout péché enferme le mépris de Dieu.

Le grand mal du péché, c’est le mépris de Dieu.

Avril 1647 M 1,8 (1.2.3) C’est une grande stupidité que d’être insensible aux offenses de Dieu.

Le seul déplaisir que doit avoir une créature raisonnable

3 mai 1647 LMB M’anéantir à Caen

13 Mai 1647 M 1,12 (1.2.7) Le péché originel nous a entièrement renversés.

Le péché originel nous a entièrement renversés, et voici la grande désolation où il nous met tous.

13 Mai 1647 M 1,42 (1.5.10) Notre première affaire et notre obligation principale, c’est d’être à Dieu.

13 Mai 1647 M 1,43 (1.5.11) Les nouvelles et les affaires : la poussière dans les yeux de l’âme.

Quand j’entends quelques nouvelles

13 Mai 1647 M 1,75 (1.9.4) Le désir de mourir est très bon.

Puisque l’on ne peut vivre sans pécher

13 Mai 1647 M 1,76 (1.9.5) Ô qu’une âme plaît à Dieu dans le désir de la mort pour mourir au péché.

Saint Thérèse qui allait toujours à la pureté d’amour

25 mai 1647 LMB J’ai tant d’affaires

25 Mai 1647 M 3,17 Le Saint-Esprit résidant en nous, nous dirige.

L’Esprit de Dieu qui est le Saint-Esprit

26 Mai 1647 M 2135 Unir le peu que nous faisons avec l’infini que Jésus fait.

Quand notre âme sera distraite

27 Mai 1647 M 3,73 Le fond de notre cœur : le lieu de la pure oraison.

Dieu est dans toutes les créatures.

31 Mai 1647 M 1,77 (1.9.6) Une bonne maladie gagnée au service de Dieu.

C’est une grande conquête qu’une bonne maladie gagnée au service de Dieu.

2 Juin 1647 L 2,15 La vie présente fournit les occasions d’un continuel sacrifice.

6 Juin 1647 M 2,75 (2.10.15) La sainteté divine prend plaisir de purifier les élus dans les tribulations, comme l’or dans la fournaise.

Les croix, les souffrances intérieures et extérieures

6 Juin 1647 M 2,76 (2.10.16) La Providence a ses martyrs.

Dieu s’intéresse dans la conduite de ses mains

15 Juin 1647 LMB Pour ce qui est de nos habits, je ne prendrai qu’une robe

15 juin 1647 L 2,36 Former Jésus-Christ dans les cœurs.

16 Juin 1647 M 2112 (2.14.10) Il faut toujours tendre à ce qui est plus parfait.

Parce que nous rendons à Dieu un témoignage

16 Juin 1647 M 2113 (2.14.11) L’amour mutuel demande fidélité.

Les âmes qui aiment beaucoup Dieu

16 Juin 1647 M 2,52 (2.8.7) Il faut que notre fidélité paraisse en répandant notre foi sur toutes nos actions.

Cette maxime est prise d’une belle pensée de Clément

2 Juillet 1647 M 3, 68 Le plus grand ouvrage de Dieu, dans la créature, c’est sa pure union.

Il faut croire que le plus haut état où Dieu me veut

14 Juillet 1647 M 2133 Qui se tiendra dans les bornes de la raison ne fera jamais grandes choses en fait de christianisme.

Il faut fuir les indiscrétions

1647 L 2,4 Il faut servir Dieu à sa mode, et non à la vôtre.

Août ou juillet (P 101) 1647 LMB Il me semblait que j’étais dans mon centre

Août 1647 M 1,22 (1.3.4) Un homme pauvre

Un homme qui travaille à se détacher de soi-même

14 août 1647 M 1,78 (1.9.7) Il faut tout mépriser, quand on veut aller à Dieu : les biens, l’honneur, et même la vie.

Un bon religieux m’a dit autrefois qu’il sentait bien la perte

21 Août 1647 M 2,36 (2.7.2) Exemple d’une sainte fille qui ne faisait que filer.

Une âme bien faite ne doit avoir attention qu’à faire ce que Dieu veut, et rien plus.

21 Août 1647 M 2,37 (2.7.3) Que Dieu et sa sainte volonté

Une âme qui se plaint de faire peu quand elle fait ce que Dieu veut, se plaint par amour propre

21 Août 1647 M 2,38 (2.7.4) Toutes les grâces, grandes ou petites, sont l’œuvre de Dieu.

Un même Esprit qui est Dieu, fait une grande division et une grande diversité de grâces

21 Août 1647 M 2,39 (2.7.5) Peu faire, peu souffrir, peut prier, c’est le propre des petites âmes.

Ma petitesse et ma pauvreté en matière de vertu

21 Août 1647 M 2,40 (2.7.6) Une véritable pratique, bien solide et utile.

J’ai appris en ce temps une véritable pratique

21 Août 1647 M 2,41 (2.7.7) Les grandes âmes sont employées aux grandes œuvres.

Dieu éprouve assurément ses bons serviteurs

21 Août 1647 M 2,42 (2.7.8) Se contenter de son emploi.

21 Août 1647 M 2,43 (2.7.9) S’humilier de n’avoir pas à souffrir beaucoup.

Il nous faut humilier, si Dieu ne nous met pas en état de souffrir beaucoup dans de grandes occasions.

8 Septembre 1647 M 2,84 (2.12.1) Le prochain

Nous devons condescendre au prochain en tout ce qui ne sera point contraire à Dieu

12 Septembre 1647 M 2,50 (2.8.5) La patience avance une âme dans les voies de Dieu aussi bien que la jouissance.

Il ne faut point que nous prétendions ni de grandes faveurs

12 Septembre 1647 M 3,24 Rayon de Dieu en l’âme

Un des grands effets du rayon de Dieu en l’âme

12 Septembre 1647 M 3,25 En présence de Dieu tout s’évanouit comme un songe.

Ce rayon de lumière divine cause encore une grande surprise

12 Septembre 1647 M 3,48 Le goût de Dieu est suivi des embrassements amoureux.

Une âme ne peut ressentir les visites et les communications

12 Septembre 1647 M 3,49 Dialogue de l’âme avec le Bien Aimé.

Une âme bien pure, bien morte à tout

12 Septembre 1647 M 3,50 Dialogue de l’âme avec le Bien Aimé.

L’Époux parlant, l’âme l’écoute avec grand respect, et amour,

12 Septembre 1647 M 3,51 En l’absence du Bien Aimé.

Quand l’Époux ne donne point de marques extraordinaires

12 Septembre 1647 M 3, 69 Demeurer uni à Dieu, c’est tout faire.

Ne pensons pas ne rien faire en demeurant unis avec Dieu.

12 Septembre 1647 M 3, 70 C’est dans le fond du cœur que se passent les plus nobles opérations de l’amour.

Quand Dieu nous prive de cette union en telle manière que

23 Septembre 1647 M 1,71 (1.8.13) Nous craignons trop notre réputation.

La révérende mère de Chantal disait que la raison pourquoi

23 Septembre 1647 M 2,25 (2.5.10) L’état d’une âme qui ne veut que Dieu seul.

Il ne faut mettre de bornes à nos dépouillements.

28 Septembre 1647 M 2,26 L’abandon à la Providence.

L’abandon à la Providence n’empêche pas que l’on se donne

1647 L 1,36 Ne rougissez point de suivre l’Évangile.

Novembre 1647 M 1,24 (1.3.6)

Sainte Thérèse dit qu’il ne faut pas faire beaucoup d’état de quelques petites maladies

Novembre 1647 M 1,44 (1.5.12) Peu s’y perfectionnent parce que l’on y est divisé

Beaucoup se sauvent dans les mariages, dans les affaires et dans les emplois

Novembre 1647 M 2158 Vivre en ce monde comme s’il n’y avait que Dieu seul.

Un grand secret pour la perfection est de vivre en ce monde, comme s’il n’y avait que Dieu seul.

Décembre 1647 M 2,92 (2.13.1) Quelquefois s’aider en l’oraison

Il faut quelquefois s’aider en l’oraison

2 Décembre 1647 M 3,71 Ce que c’est que le fond de l’âme, et comme Dieu s’y plaît.

Le fond de l’âme est une demeure sacrée et secrète, où Dieu

2 Décembre 1647 M 3,72 Le temps des visites de Dieu dépend de son bon plaisir.

L’âme ainsi conduite au secret de son cœur reçoit un grand discernement

12 décembre 1647 LMB Meilleure santé

[1648]

Janvier 1648 M 1,19 (1.3.1) L’oraison

L’oraison est le canal par où les grâces viennent dans notre âme.

Janvier 1648 M 1,20 (1.3.2) Un artifice du démon de susciter de beaux prétextes pour nous retirer de l’oraison.

Beaucoup d’âmes sont déçues

Janvier 1648 M 1,21 (1.3.3) Il faut contenter Dieu à l’aveugle.

J’ai vu une bonne âme qui vivait dans des états de peines et de ténèbres

Janvier 1648 M 1,56 (1.7.6) L’expérience de ses péchés et de ses imperfections ruine beaucoup notre propre estime.

L’expérience que l’on a de ses péchés et de ses imperfections

Janvier 1648 M 1,57 (1.7.7) Nous plairons à Dieu si nous nous tenons petits.

Je remarque aussi plusieurs peines d’esprit qui nous arrivent

Janvier 1648 M 2,69 (2.10.9) Différence entre les souffrances qui sont présentes et les futures.

J’ai trouvé qu’il y a cette différence

20 Janvier 1648 M 2147 Bouches inutiles

1er février 1648 L 2,46 Le martyre d’amour est plus long que celui des tyrans.

M. Jésus hostie vous soit tout pour jamais. Je fus hier bien marri

L 2,47 Ma volonté me paraît perdue dans celle de Dieu.

25 Mars 1648 M 2,81 (2.10.21) Il n’y a que l’âme de croix qui goûte les joies de l’Esprit et les suavités divines.

Il ne faut jamais être sans souffrir pour être heureux

11 Avril 1648 M 3,54 L’union à Jésus est l’unique paradis de la terre.

J’ai plus de plaisir à voir Jésus, et ses mystères

11 Avril 1648 M 3,55 Avoir toujours Jésus présent.

N’y aurait-il pas moyen d’avoir toujours Jésus ainsi présent?

25 Juin 1648 LMB Donner de vos nouvelles

29 Juin 1648 M 1,51 (1.7.1) Les trois quarts et demi de notre vie se passent en croix.

Tant que nous serons sur terre, nous aurons toujours à souffrir.

29 Juin 1648 M 3, 34 Docte ignorance

Dieu seul en pure foi est une excellente manière d’oraison.

19 Août 1648 LMB Maladie de Bernières

À Monsieur de Bernières, le 19 août 1648. Monsieur. J’ai reçu une lettre de notre bonne amie, la mère de Saint-Jean

24 Août 1648 LMB Meilleure santé

A Monsieur de Bernières 24 août 1648 le jour Saint-Barthélemy. Monsieur. J’ai reçu les vôtres avec consolation de vous savoir en meilleure santé

7 Septembre 1648 LMB Une diversité de petites affaires

À Monsieur de Bernières, le 7 septembre 1648. Monsieur. Je pensais vous écrire amplement aujourd’hui et à notre chère Mère de Saint Jean

10 Septembre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières, le 10 septembre 1648. Monsieur. Je ne vous saurais exprimer la force et la consommation que j’ai reçues par les vôtres dernières

28 Septembre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières, le 28 septembre 1648. Monsieur. Ce petit mot seulement pour vous dire que j’ai reçu les vôtres toutes pleines d’onction

8 Octobre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières, le 8 octobre 1648. J’ai reçu les vôtres du trois courant. Je vous rends mille et millions de grâces très humbles de votre charité

26 Octobre 1648 LMB Mauvaises nouvelles de Lorraine

À Monsieur de Bernières, le 26 octobre 1648. Monsieur. J’ai reçu les vôtres il y a huit jours et je pensais y faire un mot de réponse; mais deux ou trois petits embarras

5 Novembre 1648 LMB

À Monsieur de Bernières le 5 novembre 1648. Monsieur. J’ai reçu vos très chères lettres du 29 du mois passé.

7 Décembre1648 LMB Par les ténèbres et par la pauvreté

À Monsieur de Bernières le 7 décembre 1648. Monsieur. Ces mots ne sont pas pour vous obliger à nous répondre

1648 L 3,12 Vouloir être à Dieu en la manière qu’Il lui veut, soit active, ou passive, ou patiente.

Monsieur , Étant à Paris, le P. P. me dit qu’il fallait une grande patience

1648 L 2,1 Quand l’on ne veut que Dieu et son bon plaisir, l’on se sent paisible et content en tous les états.

Je n’ai pu vous écrire plus tôt les deux mots qui suivent. C’est une grande pitié que d’être imparfait

1648 L 2,37 Demeurez en la compagnie de Jésus, pauvre, abject, petit, humilié, et hostie.

Que Jésus seul vive à présent en votre cœur plus que jamais


[1649]

Mars 1649 M 3,26 La pure oraison

La pure oraison cause la perte de l’âme en Dieu où elle s’abîme comme dans un océan de grandeur

Mars 1649 M 3,27 La comparaison d’une goutte d’eau qui tombe dans la mer.

Cette perte en Dieu ne se peut exprimer que grossièrement

Mars 1649 M 3,28 L’âme perdue

L’âme ainsi perdue est tout abandonnée entre les mains de Dieu

Mars 1649 M 3,35

Quand Dieu allume le flambeau de la foi dans une âme

Mars 1649 M 3,36 Quand Dieu laisse l’âme dans la foi nue.

Quelquefois Dieu prive l’âme des clartés et des goûts que la foi donne

Octobre 1649 M 2,67 (2.10.7) En Dieu seul est la vraie joie et le repos.

Que la vie du chrétien est douce et agréable, quand elle est crucifiée

2 Octobre 1649 M 2,33 (2.6.7)

8 0ctobre 1649 M 2,35 (2.7.1) Le grand soin d’une âme est de s’appliquer uniquement à contenter Dieu.

Le moindre soin d’une âme bien pure est de réfléchir sur elle-même

9 Octobre 1649 M 2136 Il ne faut pas tellement s’appliquer à la divinité qu’on oublie la vie crucifiée de Jésus.

Quand on est élevé à la connaissance de Jésus-Christ

9 Octobre 1649 M 2154 Il faut suivre à l’aveugle la Providence de Dieu.

Le secret le plus assuré pour aller à la sainteté

M 2155 Mourir à tout ce qui n’est point Dieu.

Il ne faut pas se contenter de mourir à tout ce qui n’est point Dieu

9 Octobre 1649 M 3,57 L’entrée de l’âme dans l’état d’union.

Dieu achemine l’âme à l’union par les bonnes pensées

9 Octobre 1649 M 3,58 Cette entrée coûte de grands labeurs.

L’on ne parvient ordinairement à cet état d’union qu’après plusieurs années

11 Octobre 1649 M 3,56 Dans un seul regard voir Jésus Dieu et homme.

L’âme passe par divers états devant que d’arriver à ce dernier

18 Octobre 1649 M 3,38 Vivre selon ce qui nous est donné de Dieu, avec fidélité, et puis il fait ce qu’Il Lui plaît.

L’on peut connaître en cette lumière

19 Novembre 1649 M 3,37 Au milieu des ténèbres du corps, Dieu donne la foi comme une lumière divine et miraculeuse.

J’ai senti mon esprit comme enfermé dans la prison de ce corps

30 Novembre 1649 M 2,64 (2.10.4) Un grand aveuglement

C’est un grand aveuglement que d’aimer si peu la souffrance

Décembre 1649 M 2121 La félicité des chrétiens, c’est d’être les images vivantes de Jésus Christ en terre.

Comme le Père éternel a des complaisances infinies

Décembre 1649 M 2,77 (2.10.17) La vie des chrétiens

La vie des chrétiens conduite dans les règles de l’Évangile est un martyre perpétuel

Décembre 1649 M 1,16 (1.2.11) Jésus mourant fait connaître le péché.

L’on ne peut jamais mieux voir ses péchés

Décembre 1649 M 3,41 Comme la lumière divine fait voir et goûter en Dieu les plus sublimes vérités.

Quand on considère les vérités chrétiennes

5 décembre 1649 M 2,70 (2.10.10) Une âme bien éclairée

Une âme bien éclairée fait usage de toutes les contradictions

16 Décembre 1649 M 2,51 (2.8.6) Lorsque la foi règne

Lorsque la foi règne dans notre âme, elle lui communique des vues et des sentiments


[1650]

1er janvier 1650 L 2,19 Face à la médisance, s’abîmer en Dieu.

1er Janvier 1650 M 3,44 Rien que la foi toute nue pour trouver Dieu en un moment.

Dans la gloire, l’on voit Dieu à découvert.

4 Janvier 1650 M 3,60 L’oraison d’union consiste à l’adhérence à Dieu.

Il faut bien remarquer que la substance de l’oraison

4 Janvier 1650 M 3,60 Le tout de l’âme c’est d’être en Dieu par union de foi pure.

Les lumières que l’âme reçoit n’étant pas Dieu

4 Janvier 1650 M 2172 Les lumières, les goûts, les sentiments ne sont pas Dieu.

L’état d’aveuglement et d’insensibilité

20 Janvier 1650 M 3,31 La grande passivité de l’âme doit être de posséder Dieu en son fond

La grande passivité de l’âme doit être

20 Janvier 1650 M 3,32 Ce pur anéantissement s’appelle nuit obscure.

Cet état de pur anéantissement est un état de grandes souffrances au commencement

20 Janvier 1650 M 3,45 A une âme qui agit trop en l’oraison par ses propres opérations.

Il faut dire à une âme qui agit trop en l’oraison par ses propres opérations

7 Février 1650 M 3,12 La théologie mystique

Pour apprendre la théologie mystique, il faut plus étudier le crucifix que les livres

Avril 1650 M 3,39 Ce goût de Dieu vaut mieux que tout.

D’où me vient l’impression si forte

Avril 1650 M 3,42 On ne connaît le goût de Dieu qu’en Dieu même.

Avril 1650 M 3,43 Ce goût de Dieu est un petit échantillon de la Gloire.

Pour peu que cet Être infini se donne à expérimenter

Avril 1650 M 3,46 Ce goût de Dieu est le fruit de la Croix.

Nous ne verrons point combien le Seigneur est doux

Avril 1650 M 3,47 Ce goût de Dieu sépare l’âme d’elle-même et des créatures.

Quel moyen de s’amuser aux créatures

Mai 1650 M 3,74 L’âme n’a point de ciel que Dieu même.

En l’autre monde, Dieu fait le grand coup de sa miséricorde

Mai 1650 M 3,75 L’union essentielle où l’âme jouie de Dieu.

À moins que d’en avoir eu l’expérience

Mai 1650 M 3,76 Distinguer union essentielle et union accidentelle.

En l’union accidentelle l’âme reçoit

1650 M 3,79 L’union essentielle c’est une possession de Dieu et une jouissance de Lui en Lui-même.

Enfin il me semble que toutes les écritures de ces choses devraient finir

20 Juillet 1650 M 1,32 (1.4.5) Tant de livres?

Pourquoi tant de livres? Il faut désirer les créatures avec beaucoup de modération

12 Septembre 1650 M 3,78 En état d’unité

En état d’unité la créature est totalement anéantie

9 décembre 1650 L 2,16 Une âme n’a autre chose à faire en la terre que d’écouter Dieu et Le suivre.

Monsieur, On dit d’ordinaire que c’est le plus parfait d’être sans sentiment,

15 Décembre 1650 L 2,53 Il faut obéir à Dieu et vous perdre pour Lui et en Lui entièrement.

M, J’ai reçu vos dernières dans lesquelles vous me mandez que Dieu seul nous doit suffire;


[1651]

Janvier 1651 M 3,77 La grâce de vision est plus pure, plus spirituelle et plus divine que la simple vue.

La grâce de vision est plus pure, plus spirituelle et plus divine que la simple vue.

Janvier 1651 L 2,2 Il ne faut pas attendre d’être parfait pour communier. -- Jésus soit notre unique tout pour jamais. Puisqu’il vous fait la grâce de vouloir venir en vous…

M. Jésus soit notre unique tout pour jamais. Puisqu’il vous fait la grâce de vouloir venir en vous

3 Janvier 1651 M 2, 174 l’âme demeure passive, laissant opérer l’Esprit qui gémit en ceux qui sont anéantis.

La conduite de l’âme dans l’oraison me semble bonne et avantageuse lorsque l’anéantissement est suivi de la paix

7 Janvier 1651 L 2,5 la pure oraison ne se fait point par lumières, mais par anéantissement.

M. Nous avons lu avec affection, et consolation les petites remarques sur vos exercices

12 Janvier 1651 L 2,9 Ne vous dispensez pourtant jamais de votre chapelet.

M. Dieu soit béni à jamais de ce que vous êtes en parfaite santé.

14 Février 1651 L 1,39 Il faut qu’un capitaine meure à la tête de sa compagnie.

M. Dieu seul suffit. Je répondrai brièvement à vos lettres premières et dernières

10 mai 1651 J’ai appris les discours que le père N. a fait de vous et de moi, et qui vous cause tant d’abjection.

Ma très chère soeur.Dieu seul et il suffit. J’ai appris les discours que le père N

29 juin 1651 … au reste ma très chère sœur

1651 L 3,49 Ce riche néant dans lequel on trouve tout.

M. Prenez courage, et continuez à vous avancer dans la mort de votre propre esprit et de vous-même

1651 L 3,28 Ce qui met obstacle à l’âme de devenir divine.

Il faut vous dire, puisque vous le voulez, et que la direction l’a ordonné,

1651 L 2,54 -- Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie…

M. Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie.

1651 L 3,56 Rien que Dieu n’occupe mon âme, puisque rien n’y demeure.

M. Jésus Dieu et homme, et Il suffit.

16 Décembre 1651 L 2,3 La patience passive est une excellente oraison.

Madame, Jésus soit notre unique lumière et conduite. Je réponds à vos deux dernières


[1652]

1652 L 1,40 Le métier d’un chrétien est de porter sa croix.

Mademoiselle, puisque vous voulez que je vous dise mes petits sentiments,

1652 M 2171 Sans pensées et sans sentiments

Si votre âme durant l’oraison est sans pensées et sans sentiments, ne vous en mettez point en peine

Mars 1652 L 2,28 Ne pas s’attarder, ni s’attacher aux visions.

Monsieur, J’apprends par vos dernières ce qui se passe dans votre intérieur

6 Mai 1652 L 2,18 -- Madame, Jésus soit notre unique joie dans nos souffrances…

Madame, Jésus soit notre unique joie dans nos souffrances

26 Juillet 1652 LM à M. Boudon

Mon très cher frère, Dieu seul suffit! Le 26 juillet 1652. Je reçus hier votre chère lettre avec grande joie, mais la lecture d’icelle m’affligea sensiblement

18 Septembre 1652 L 2,41 Se laisser conduire en aveugle.

Monsieur. Jésus-Christ souffrant soit l’unique Amour de nos cœurs. Je n’ai pu répondre plus tôt à vos dernières qui me déclarent bien naïvement l’état intérieur de votre âme

26 octobre 1652 L 1,49 Soyez comme la Madeleine à ses pieds.

Madame, Je me réjouis de vous voir toujours dans le dessein d’être tout à Dieu


[1653]

1653 L 3,39 De la vie cachée avec Jésus Christ en Dieu.

M. J’ai reçu grande joie d’apprendre des nouvelles de votre santé

1653 L 3,7 Jetez plutôt les yeux sur Jésus-Christ que sur vos imperfections

Monsieur, Jésus soit notre unique Amour. Pour répondre à vos dernières, je vous puis assurer en toute sincérité, que vous m’êtes plus cher que moi-même

1653 L 3,18 S’accoutumer à faire l’oraison avec la pure lumière de la foi.

M. Je vous dirai qu’il ne faut pas s’étonner des oppositions et contradictions

1653 L 3,40 Dans la voie passive de l’anéantissement.

M. Depuis que Dieu par sa miséricorde a introduit l’âme dans la voie passive de l’anéantissement

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu.

Monsieur, Pour le présent il me semble que Dieu est mon seul intérieur

2 janvier 1653 LMB Monsieur Picoté, prêtre de Saint-Sulpice, grand serviteur de Dieu, ami de notre très saint et très digne Père Chrysostôme

Monsieur, Je ne crois pas que nous soyons si fort dans le silence cette année que celle que nous avons passée.

9 janvier 1653 L Ne pas tant vous occuper à l’extérieur que vous ne donniez pour l’intérieur

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre unique pour le temps et l’éternité. Ce n’est pas à moi de dire mes sentiments d’une affaire si importante

19 Janvier 1653 L 2,20 La voie de pure souffrance est la meilleure.

Mon cher Père, Jésus soit notre unique vie. J’ai eu beaucoup de joie de recevoir de vos lettres dans lesquelles je remarque clairement la conduite de Dieu

10 Février 1653 M 2172 Cette sacrée obscurité est plus claire que la lumière même.

Quand l’âme est parvenue à un degré d’oraison où l’esprit humain se trouve perdu dans l’abîme obscur de la foi

23 février 1653 L 3,21 Continuellement je ne suis plus en moi, mais en Lui.

M. Je ne puis vous exprimer la joie que je reçois d’apprendre la ferveur et la fidélité

3 Mars 1653 L 2,21 C’est au Saint Esprit à qui vous devez demander direction et conduite.

Mon Très cher Père, Dieu seul suffit. Pour répondre à vos lettres que j’ai reçues aujourd’hui

24 Avril 1653 L 3,29 Qui vit en Dieu seul, voit en Dieu ses amis.

M. Jésus Ressuscité soit notre unique vie. Ces lignes sont pour vous réitérer les assurances de mes affections

4 Mai 1653 L 2,13 -- Monsieur de Renti était mon intime ami.

4 Mai 1653 L 2,49 Un simple regard vers Jésus-Christ suffit.

Mon Révérend Père, Jésus-Christ soit l’union de nos cœurs. Je viens de recevoir vos dernières, lesquelles m’apprennent la fidélité

20 mai1653 LM à M. Boudon Souffrir quelque chose pour son nom.

Mon très cher frère, 20 mai 1653. Je prie Notre Seigneur Jésus

Ce mot est pour vous témoigner la joie de mon cœur en ce qu’il a plu à Dieu vous rendre digne de souffrir quelque chose pour son nom.

Juillet 1653 L 3,22 Il y a différents états dans la voie mystique.

Mon très cher Père, Dieu seul suffit à une âme anéantie. Je viens de recevoir vos dernières. Pour réponse, je vous dirai que la difficulté

1er Juillet 1653 L 3,42 Demeurer unis et abîmés dans cette infinie bonté.

Ma très chère Sœur, Jésus soit l’unique vie de nos cœurs. Quoique vous soyez éloignée, je crois que vous êtes présente à l’Ermitage

9 Août 1653 LMB J’ai mis en mains de Monsieur Boudon…

Monsieur, Ce 9 août 1653. Je vous fais ce petit mot pour vous assurer que j’ai mis en mains de Monsieur Boudon le livre que vous avez désiré

Août 1653 L 1,41 Priez votre Sainte Mère de me secourir dans ma misère.

Monsieur, Jésus soit notre unique vie. J’ai eu beaucoup de consolation de recevoir de vos chères lettres. J’avais besoin de leur secours

Août 1653 L 1,42 Qu’il fait bon être enfant de la Providence!

Monsieur, Jésus fait notre unique vie, par le saint Amour et divin Cœur de son admirable et très digne Mère.

Août 1653 L 1,43 Si votre fond est vide, ne le remplissez pas.

Madame, Jésus soit notre unique vie. Je viens de recevoir vos dernières qui me font connaître que Notre Seigneur vous donne part à sa croix

Août 1653 L 3,57 Comment l’âme doit vivre perdue en Dieu.

M. Jésus soit notre unique vie pour le temps et pour l’éternité. Je remercie Notre Seigneur de la continuation des grâces qu’Il vous fait en l’état où Il vous met.

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme.

M. Je répondrai à vos dernières, sans faire réflexion sur ce que vous a dit Monsieur N.

25 août 1653 L 1, 44 J’ai une petite chambre que je vous garde.

Monsieur, chacun a sa grâce.

25 Août 1653 L 2, 50 Un regard amoureux de Dieu en l’oraison.

M. Un regard simple de Jésus-Christ ou de quelqu’un de ses mystères, ou de quelque perfection divine

26 Août 1653 L 2,52 Dieu seul, Lui-même, doit être l’âme de votre âme.

4 Septembre 1653 L 1,46 Dans la direction ne pas contraindre les âmes.

7 Septembre 1653 L 2,27 Quand Dieu devient l’âme de notre âme.

Touchant la déclaration que vous me faites de votre oraison

8 Septembre 1553 L 2,29 Il faut tout doucement encourager les âmes.

M. Je vois par vos dernières que l’union d’entre vous et N. n’est pas faite au point que je l’aurais désiré.

1er Décembre 1653 lettre à Monsieur Henri Boudon.

16 Décembre 1653 L 3,9 La boue entre les mains de Dieu fait des miracles.


[1654]

1654 L 3,34 Le secret de la parfaite union avec Dieu.

Avant février 1654 LMB Nous prendrons la croix

Je vous supplie me faire la faveur de faire savoir à notre très chère Sœur que nous prendrons la croix

22 Mars 1654 L 3,33 C’est une grande richesse que la pauvreté intérieure.

M. Jésus souffrant soit notre unique amour. J’ai grande joie qu’il ait fait notre union par providence particulière

29 Mars 1654 L’esprit de notre petit Ermitage.

Ma très chère Mère, Jésus soit l’unique vie de nos âmes.

30 Mars 1654 L 3,4 N’avoir rien, c’est avoir tout.

M. Jésus mourant soit l’unique vie de nos âmes. Ce mot est pour vous assurer, que je me sens aussi uni à vous à Caen comme à Rouen

19 Avril 1654 L 2,51 Il faut mourir auparavant que de vivre d’une nouvelle vie.

M. Jésus soit l’unique amour nos cœurs.

Mai 1654 L 3,2 La récompense d’une croix est plus grande croix.

J’ai reçu votre lettre avec beaucoup de consolation, y apprenant la continuation à rechercher le Bien-aimé

13 Mai 1654 L 3,6 Il n’y a qu’à Le laisser faire.

M, Jésus soit l’unique Vie et la seule Lumière de nos âmes.

21 Août 1654 LMB Je vous reproche votre infidélité de n’être point venu à Paris avec Monsieur Bertaut

Ce 21 Août 1654. Je ne vous fais que ce mot étant encore bien faible d’une petite fièvre

15 septembre 1654 MB sur le père Eudes et Marie des Vallées [extraits]

J’ai reçu samedi l’honneur de la vôtre par laquelle vous avez la bonté de nous mander

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi

M. Puisque cette personne est avec vous, prenez-y garde.

14 Octobre 1654 L 2,39 Comme une petite étable de Bethléem.

Ma Révérende Mère, après avoir prié sur ce que vous me proposez en votre lettre au sujet de vos établissements

17 Octobre 1654 L 3,5 Autant on est détaché de toute choses, autant on est disposé à être uni à Dieu.

M. Jésus soit notre unique conduite, puisqu’il est la Lumière essentielle

19 Octobre 1654 L 3,60 Que l’Esprit de Dieu fasse son ouvrage à sa mode.

Monsieur, Jésus soit notre unique Lumière.

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Autant que ma petite lumière me donne de discernement

20 Octobre 1654 L 2,25 Un abrégé de la voie mystique.

Ma très chère Sœur, Jésus la Lumière essentielle soit notre unique conduite dans les voies de la sainte oraison.

5 novembre 1654 L 1,46 Mon fond, c’est la seule lumière de la Foi.

M. Je connais un certain état d’anéantissement de la créature

11 Novembre 1654 L 3,41 Dieu est et vit, et cela me suffit.

Mon Très cher Frère, Jésus soit l’unique vie de nos âmes


[1655]

Non datée L 2,22 Les lumières de Jésus-Christ ne sont pas Jésus-Christ.

Mon très cher Père, Nous nous portons bien Dieu merci, tous ensemble.

Janvier 1655. mon possible pour aller vous voir cet été prochain

Jésus soit l’unique de nos âmes. Vous ne devez pas douter ma très chère sœur que je fasse mon possible

Janvier 1655 Extrait d’une lettre que Monsieur de Bernières fit à notre vénérable mère

[…] S’il m’était permis de me regarder je serais affligée de son Établissement

Fin janvier 1655 J’attendais le retour de Mr de Montigny

J’attendais le retour de Mr de Montigny pour vous donner de nos nouvelles,

2 février 1655 L 2,40 Ce qui attire Jésus dans les monastères.

Ma Révérende Mère, Jésus soit l’unique de nos âmes.

3 Février 1655 M 2166 Demeurez en sa Sainte Présence.

Étant en oraison, si votre intérieur devient insensible devant Dieu

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité

M. Je vous dirai pour réponse à vos dernières, que les faveurs et les dons de la gloire

17 Mars 1655 L 3,24 On s’imagine qu’être en quiétude, c’est ne rien faire.

Mon Révérend Père, C’est une grande misère de ne point connaître qu’il ne faut pas toujours chercher Notre Seigneur.

27 Septembre 1655 L 3,27 Demeurer en Dieu et y vivre c’est un Paradis.

Jésus soit notre unique vie pour jamais


[1656]

3 Janvier 1656 L 3,13 Perte de l’âme en Dieu, la comparaison d’une rivière

Ma très chère Sœur, Jésus Christ soit notre unique vie. Je viens de recevoir vos dernières qui me consolent beaucoup

4 Août 1656 L 3,58 Quand Jésus, Soleil éternel, se lève au fond de l’âme.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Vous m’avez obligé de me donner avis de la douleur de N

13 Août 1656 M 2173 Il blesse d’une manière que Lui seul peut guérir.

Mon oraison a bien changé. Ce n’est plus qu’un exil ou un bannissement de Dieu

14 Septembre 1656 L 3,25 Tant de goût et de saveur à être anéanti.

M. Je fus presque résolu hier de partir avec Monseigneur l’évêque de Kilala;

10 Octobre 1656 L 3,47 En même temps, sa présence et son absence.

M. Jésus soit l’unique union de nos cœurs.

13 Octobre 1656 L 3,26 Ayant Dieu on a tout.

M. Jésus soit notre unique vie pour le temps et l’éternité.

20 Novembre 1656 L 3, 36 Que nous soyons un jour tous fondu en Jésus.

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre mort, notre vie, notre néant et notre tout.

21 Novembre 1656 L 3,37 Le procédé simple et pauvre de Jésus-Christ.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Nous vous envoyons la lettre de N.

[1657]

16 Janvier 1657 L 2,31 Les trois degrés pour monter au sommet de la montagne.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Je vous suis infiniment obligé

21 Janvier 1657 L 3,31 Les biens qu’apporte cette sorte d’oraison sont innombrables

M. Jésus la lumière éternelle soit notre unique conduite.

23 Janvier 1657 L 3,15 De l’anéantissement mystique.

M. Pour ce qui vous regarde, nous n’avons rien à dire

9 Avril 1657 L 3,35 Tournez votre âme du côté de la confiance en Dieu.

Jésus soit notre tout pour jamais. J’ai fait réflexion sur ce que vous me mandez

9 Avril 1657 L 2, 24 C’est Dieu seul qui fait cet ouvrage.

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre tout pour jamais. Je vous demande pardon

3 Août 1657 L 3,14 Il faut voir à quelle oraison l’on est appelé.

Mon révérend Père, connaître et aimer Jésus Christ soit notre unique prétention.

26 Août 1657 L 2,23 Souffrir en patience passive.

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre unique lumière, et notre unique appui.

30 Août 1657 L 3,16 C’est la dernière lecture qu’il faut quitter, que celle de l’Écriture sainte.

Jésus soit notre tout pour jamais. Je ne manquerai pas durant votre retraite

20 Septembre 1657 L 3,17 Une vue simple et amoureuse doit nourrir votre âme

M. Jésus la lumière éternelle soit votre unique conduite.

20 Septembre 1657 M 1,87 (1.10.4) La fidélité d’une âme consiste à recevoir la mort que toutes ces choses lui donnent, et à ne point agir autrement.

Les ténèbres, les sécheresses et les étouffements intérieurs

24 Septembre 1657 M 1,84 (1.10.1) Chercher Dieu. le posséder et d’en jouir.

L’unique affaire que nous avons en ce monde

25 Septembre 1657 L 3,53 Jésus anéantit l’âme qui est unie à Lui.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Votre état présent

29 Septembre 1657 M 1,89 (1.10.6) L’union mutuelle en Dieu supplée à tout et opère secrètement des effets de grâce plus grands que le commerce des lettres.

Ceux pour qui j’ai plus d’affection

29 Septembre 1657 M 1,90 (1.10.7) Mourir au désir de ne pas mourir assez tôt.

L’avancement de l’intérieur

6 Octobre 1657 L 2,30 Dans l’oraison, il ne faut jamais quitter Jésus Christ.

M. Touchant la difficulté qui est venue à la personne dont il est question lisant Sainte Thérèse

7 Octobre 1657 L 3,1 Les trois degrés d’oraison extraordinaire.

Monsieur, Jésus la lumière éternelle, soit toujours votre unique conduite. J’ai lu

13 Octobre 1657 L 3,54 Sur l’anéantissement et la déification.

Mon très cher Frère, Jésus soit notre unique vie pour jamais. Il y a bien de la différence

28 Octobre 1657 M 2167 -- Si Dieu vous appelle par grâce à la pure passivité dans l’oraison…

20 Novembre 1657 M 2168 L’oraison faite sans industrie est la meilleure.

L’abandonnement et la simplicité sont tout à fait nécessaires

20 Novembre 1657 M 2169 Demeurez plutôt doucement abandonnée à l’œuvre de Dieu en vous

C’est le propre du centre de tirer à lui les choses qui doivent y être unies.

20 Novembre 1657 M 2170 Ceux qui commencent doivent marcher petitement et humblement.

Au commencement l’on ne peut pas pratiquer si bien


[1658]

30 janvier 1658. bâtir un monastère qui soit conforme à la demeure de Jésus-Christ au très Saint-Sacrement.

Je vous suis infiniment obligé Madame

1 Juillet 1658 L 3,45 Vous êtes en chemin vers un pays qu’on appelle le néant.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Je viens de recevoir

29 Septembre 1658 L 3,10 Il doit suffire de laisser brûler ce Feu intérieur.

Monsieur, la personne dont il est question, doit s’abandonner

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte! Quel anéantissement dans une âme!

Jésus-Christ soit notre unique vie pour le temps et pour l’éternité. C’est Lui seul

10 Octobre 1658 L 3,44 Dieu écoulé dans votre fond sollicite et tire votre âme de passer du rayon en Lui seul.

Monsieur, Jésus soit notre tout pour le temps et pour l’éternité. Je reconnais par la lecture de votre dernière

31 Octobre 1658 L 3,50 Une différence très grande entre la lumière du rayon et la lumière du centre

Monsieur, Jésus soit notre unique tout pour jamais. J’ai lu avec attention votre dernière

11 Novembre 1658 M 1,88 (1.10.5) Un moment de la volonté de Dieu est préférable à toutes les choses du monde.

Un moment de la volonté de Dieu

27 Novembre 1658 L 1,47 Un Chartreux, c’est comme une rivière qui coule dans un désert s’écoulant en la mer qui est Jésus-Christ. -- J’ai reçu une grande joie d’apprendre par vos dernières que vous avez été reçu à faire profession…

Mon Très cher Frère, Jésus soit notre unique tout pour le temps et pour l’éternité. J’ai reçu une grande joie

1er Décembre 1658 L 1,48 Surtout aimez la pureté de cœur, sans laquelle il n’y a rien à faire en l’oraison.

M. Votre dernière m’a beaucoup consolé

2 Décembre 1658 L 2,34 Retourner et s’écouler en Dieu.

M. Jésus soit notre unique tout pour le temps et pour l’éternité. La personne dont vous m’avez écrit doit des reconnaissances

12 Décembre 1658 L 3,20 Un pauvre chétif homme qui tend à l’anéantissement est capable de tout.

Monseigneur , Jésus soit notre unique vie pour le temps et l’éternité. Je ne vous puis exprimer la joie que nous avons tous récemment d’apprendre

16 Décembre 1658 L 3,38 C’est un grand don d’entrer dans le néant, plus grand d’y habiter, et très grand d’y être consommé.

M. Jésus soit notre unique tout pour le temps et l’éternité. Je reçois votre dernière

21 Décembre 1658 L 2,33 Votre oraison s’augmentera peu à peu avec la fidélité de la faire tous les jours.

Monsieur, Je suis fort obligé à Monsieur votre frère

22 décembre 1658 L 1,49 Moins vous ferez, plus vous ferez de bien à vos novices.

Mon Révérend Père, Jésus nous soit toutes choses. Sa divine Providence


[1659]

1659 L 3,52 Tout ce qui n’est point essentiel sépare l’âme de Jésus-Christ.

Mon très cher Père, Jésus soit notre unique tout pour le temps et pour l’éternité. Je crois que vous avez bien fait d’assister les hospitalières

Janvier 1659 L 1,50 Marchez le plus que vous pourrez en liberté d’esprit.

M. Jésus soit unique force et soutien. Pour répondre à vos dernières

Janvier 1659 L 1,51 Laisser à Dieu de vouloir pour vous.

Madame, Je répondrai par ce mot à vos deux lettres

4 janvier 1659 L 2,17 Toute votre oraison, dans le délaissement intérieur où vous êtes, est de n’en avoir point.

Mon Révérend Père, Jésus anéanti soit votre soutien

12 Janvier 1659 L 3,46 C’est le trésor des trésors de se perdre en Dieu.

M. Jésus soit notre unique tout pour jamais. Comme je pensais répondre

24 Janvier 1659 L 3,19 Prenez garde à ne pas vouloir être si fort abandonné que vous vouliez tomber dans l’oisiveté.

M. Jésus soit votre unique conduite. Je vous confesse que je suis mortifié d’être obligé de vous aider

24 Janvier 1659 L 3,43 Le seul ordre de Dieu nous donne Dieu seul.

M . Jésus seul soit notre unique conduite. Je reçus hier vos dernières lettres

26 Janvier 1659 L 3,8 L’âme agit plus dans la simplicité que dans la multiplicité.

Monsieur, Jésus soit votre lumière. C’est à Lui à vous éclairer

Février 1659 L 1,56 Quand l’âme est oisive, elle devient pleine de tiédeur.

Monsieur, Pour répondre à votre dernière, je vous dirai que dans l’oraison

Février 1659 L 2, 26 Il faut mourir en la croix où Dieu attache.

M. L’intérieur de N. étant conduit par la pure lumière de la foi

5 février 1659 L 1,54 L’union sensible bien ménagée fait du bien.

M. Jésus soit notre tout pour jamais. La disposition intérieure

10 Février 1659 L 1,53 Très souvent on imite Jésus-Christ qu’en apparence et en idée.

Monsieur, Jésus crucifié soit notre unique amour. Il faut que vous disiez la même chose

14 Février 1659 L 1,55 Je suis résolu de ne point descendre de la croix, et d’y souffrir sans me plaindre et sans me justifier.

M. Le soupçon que l’on a eu que j’ai appuyé M.D. m’a décrié

19 Février 1659 L 2,45 La différence entre l’abandon et l’oisiveté.

Monsieur, Jésus soit notre unique tout pour jamais. J’ai lu vos dernières du septième de ce mois

16 Mars 1659 L 3,3 L’essentiel de la vie mystique.

M. Je vous suis infiniment obligé de l’honneur de votre souvenir

29 Mars 1659 L 1, 60 Il faut reculer les affaires de Dieu pour vaquer à Dieu seul.

Monsieur, Jésus soit notre tout pour le temps et pour l’éternité. Pour répondre à votre dernière, je vous dirai

2 Avril 1659 L 3,23. La non-oraison est la voie pour l’oraison mystique.

Monsieur, Jésus-Christ crucifié soit notre unique amour. Votre dernière m’a beaucoup consolé

8 Avril 1659 L 1,52 Ne pas descendre des croix où vous êtes attachée.

Madame, Jésus soit notre unique consolation et mettez en lui seul votre confiance, et votre amour.

16 Avril 1659 L 2,32 L’humilité et l’abandon doucement exercé en sa Présence.

Monsieur, Jésus soit notre tout à jamais. J’ai grande joie

Maximes non datées

M 3, 1 Dans l’état passif, l’âme ne doit presque plus agir, mais l’Esprit de Dieu doit agir en elle.

Après qu’une personne a été quelque temps fidèle à la simplicité intérieure

M 3, 2 L’état passif n’est pas pour toutes les âmes qui tendent à la perfection.

L’oraison qui se fait avec foi simple

M 3, 3 L’état passif consiste à supprimer notre activité propre, pour entrer dans l’activité de Dieu.

L’état passif ne consiste pas à n’avoir point de pensées

M 3, 4 L’état passif consiste à se laisser posséder par L’Esprit de Jésus-Christ.

Cet état consiste à se laisser posséder à l’Esprit de Jésus-Christ

M 3, 5 Le premier degré de l’état passif est purgatif.

Le premier degré de cet état

M 3, 6 L’état de l’âme dans ce premier degré de vie parfaite demeure dénué et étouffé.

Les distractions, les tentations, les ténèbres, et les sécheresses

M 3, 7 Le fruit de ce premier degré de vie unitive n’est pas de cesser les œuvres extérieures de sa condition, mais de ne les plus faire de son propre esprit.

Le fruit de ce premier degré

M 3, 8 Le second degré de l’état passif est illuminatif.

Le second degré est illuminatif.

M 3, 9 En ce second degré de vie unitive, l’âme éprouvent encore de grands délaissements.

L’âme en ce second degré

M 3, 10 Le dernier degré c’est l’unitif, où l’âme devient un même esprit avec Dieu.

Le dernier degré c’est l’unitif

M 3, 11 Dans ce dernier degré de la vie unitive le temps d’oraison n’est pas réglé comme aux autres précédents.

Dans ce dernier degré


Table des matières


Table des incipit 1631-1659







37D. Lettres Bernières - Mectilde


(49) Correspondance Bernières 8e ed 1631-1646 & 1647-1659 – Lettres seules – Mectilde.odt

Table des matières

Jean de Bernières et l'Ermitage de Caen, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle. 3

Lettres & Maximes 3

Édition et Chronologie 4

Eclairer Bernières par Bernières 4

Les sources 4

Répartition des correspondances 7

Titres, sigles, corps de caractères 7

Correspondance 9

Lettres et Maximes suivant l’ordre chronologique 9

6 Novembre 1642 LMR Barbery. Le lieu de notre petite retraite 9

Je prie celui qui remplit votre cœur de la sacrée dilection de son divin amour pour ces indignes esclaves 9

Décembre 1642 LMR Suppliez-le que je me convertisse sans plus tarder 10

Quoique extrêmement pressée de mes occupations ordinaires 10

[1643] 11

2 Janvier 1643 L 1,6 Vous ne devez pas tant lire, mais beaucoup ruminer. 11

9 Janvier 1643 LMR L’amour est fidélité! 12

Cet aimable Jésus me tient [si fort barré] en captivité 13

27 Janvier 1643 L 1,7 Je tâche de m’occuper plus en Dieu qu’en moi-même. 15

2 février 1643 LBM Sur l’humilité de la Très Sainte Vierge dans la purification. 17

Que vous dit votre cœur ce matin, ma très chère Sœur 17

LBM Vous êtes la meilleure amie que j’ai au monde. 20

Ma très chère Sœur, avant que Jésus unisse son Cœur au mien par la Sainte Communion 20

5 Mars 1643 LMR“ Je ne sais plus où j’en suis”. 21

15 Mai 1643 LMR J’ai un grand attrait pour chérir la sainte abjection 23

Monsieur, Notre Seigneur triomphant et glorieux vous comble de son saint amour pour humble remerciement de la sainte charité que vous me faites. 23

29 Mai 1643 L 2,7 Correspondre à toutes ses faveurs 24

Ma très chère Sœur, Voici tout simplement ce qu’il me semble que Dieu me donne 24

30 juin 1943 (Juin 1945) LMB Ô que cet homme est angélique et divinisé. 29

De St Maur, 30 juin 1643. Mon très cher Frère, Béni soit celui qui par un effet de son amoureuse Providence 29

15 Août 1643 L 1, 5 Il me paraît que je suis dans une plus profonde pauvreté d’esprit que jamais. 31

28 août 39

25 Septembre 1643 LMR Près de partir pour retourner à Barbery 39

Nous avons reçu les vôtres du 17 du courant. 39

16 octobre 1643 Rêve mystique . La terre d’anéantissement 41

Ma nuit fut partagée en deux différentes dispositions 41

13 Novembre 1643 LMR Si pauvre que je ne puis exprimer ma pauvreté 50

15 Novembre 1643 LMB Il nous survient ensuite de cette croix 51

28 novembre 1643 LMB Je pris possession d’une terre 53

Il y a environ quatre ou cinq ans que je pris possession d’une terre quasi pareille à Celle dont vous me faites la description 53

2 Décembre 1643 LMB Je n’irai point en Lorraine 54

J’ai reçu les vôtres datées du vingt novembre 54

Décembre 1643 LMR Soupirs d’une âme toute glacée 55

Amour. Fidélité. /Jésus couronne votre cœur, Marie sanctifie votre âme 55

28 Décembre 1643 LMR Elle se tiendra bien honorée d’être le marchepied 56

Jésus soit votre amour et Marie votre conduite, très cher esclave 56

[1644] 56

Le 25 janvier de l’an 1644 LMB A Saint-Maur-les-Paris 56

Je prie Dieu qu’il accomplisse les sacrés souhaits que vous faites à mon âme 56

19 février 1644 LMB Saint Maur. Nos Sœurs de Barbery iront à Saint-Silvin 57

Jésus, Marie, Benoît. Monsieur, mon très cher frère. Béni soit Celui qui est éternellement 57

31 mars 1644 LMB Un bien petit abrégé en cet écrit 59

Puisque Notre Seigneur m’a voulu priver de votre cher entretien, j’espère qu’il vous fera recevoir la présente, 59

5 Avril 1644 LMR Vos prières ne seront point vaines 60

Ce 5 avril 1644/Paix et amour. Monsieur, j’ai reçu les vôtres adressées par leur inscription à Notre Révérende Mère, elle vous écrit 60

20 avril 1644 LMR Saint-Maur Priez fortement pour ma conversion. 61

À Monsieur de Rocquelay. Mane nobiscum Domine quoniam ad 61

1er mai 1644 64

14 mai 1644 LMR Obéissance de Monsieur de Bayeux 64

À Monsieur de Rocquelay. Monsieur, j’ai reçu les vôtres datées du 28 avril sur lesquelles je vous dirai seulement que pour nos Sœurs 64

13 mai 1644 LMJ À Jourdaine .Sur Mere Benoîte 65

À Jourdaine de Bernières Benedictus sit Sanctissimum Sacramentum 65

15 juillet 1644 Saint-Maur LMR Le voyage de Lorraine 67

À Monsieur de Rocquelay. Dites, s’il vous plaît, à notre cher […] que Monsieur de Barbery lui écrit 67

17 juillet 1644 Saint Maur LMR Mes petites aventures 68

À Monsieur de Rocquelay. J’ai reçu ce matin les vôtres, mais n’y remarquant point de date 68

4 Août 1644 L 1,13 Pourvu que je sois avec ce cher Ami, tous lieux me sont indifférents. 70

M. Je remercie Notre Seigneur des grâces qu’Il vous fait 70

18 août 1644 LMB La lettre de la bonne âme 74

Monsieur, Il me semble vous avoir supplié de ne vous mettre point en peine 74

19 août 1644 LMR Aimez Dieu pour moi 77

Notre divine Princesse, la sacrée Mère d’amour 77

5 septembre 1644 L 1,14 Ce qu’est la créature après la chute d’Adam. 78

M. Voulant répondre à la vôtre, j’ai trouvé que les sentiments que Dieu m’avait donnés en l’oraison ne vous seraient pas mauvais 78

30 septembre 80

21 octobre 1644 LMR J’attends cet le bon Père Chrysostome 80

À Monsieur de Rocquelay. Bénie soit la divine Providence qui m’a aujourd’hui consolée de vos chères lettres 80

10 décembre 1644 LMR Saint Maur 81

Amour, amour, amour pour Jésus anéanti 81

3 janvier 1645 LMR Quelque effet du véritable abandon 82

Monsieur, Je vous désire consommé des divines flammes du saint amour 82

29 janvier 1645 LMR route de Rambervillers. 83

À Monsieur de Rocquelay. Notre sortie de Paris a été en quelque sorte si précipitée 83

Février 1645 LMR Rambervillers 85

26 juin 1645 LMB à Saint Maur. 86

M., Jésus anéanti soit la consommation de nos désirs et de nos desseins. 86

30 juin 1645 LMB  Saint Maur Constante et ferme résolution des cinq solitaires 87

Je réponds aux deux lettres que vous avez pris la peine de m’écrire 87

4 juillet 1645 LMB Tâchez de venir promptement à Saint-Maur. 88

J’ai reçu les vôtres et appris l’état de vos affaires. 88

30 juillet 1645 LMB de l’ermitage du Saint-Sacrement 90

7 Août 1645 M 2132 Heureux qui se peut perdre et qui ne se retrouve jamais! 91

Une âme se perd en Jésus lorsqu’elle s’anéantit 91

8 Août 1645 M 1,85 (1.10.2) Au-dessus de nos mérites 91

Quelque petite grâce que nous recevions 91

11 Août 1645 LMB Notre pauvre retraite de Saint-Maur 92

25 Septembre 1645 LMB Saint Maur Lorraine 92

Je vous écris ce petit mot, en hâte 92

1645 LMR Que faut-il faire pour être toute à Dieu? 93

Que vous dirai-je, mon très cher Frère 93

5 novembre 1645 LMB Très cher Père Chrysostome 94

Je vous envoie ce que vous m’avez demandé 94

11 novembre 1645 LMB Dieu 95

C’est donc aujourd’hui que j’entre dans la privation de votre chère présence 95

1645 LMR Privée de sa présence 96

11 Novembre 1645 M 3,62 De la complaisance de Dieu en Dieu seul. 97

Je sens toujours beaucoup d’amour pour la félicité de Dieu 97

11 Novembre 1645 M 3,63 La félicité de Dieu 98

La vue de Dieu heureux en soi est ma principale disposition 98

12 Novembre 1645 M 3,64 Mon Dieu 99

Tout ce que j’entends dire et tout ce que je vois, me fait réjouir de la félicité de Dieu. 99

12 Novembre 1645 M 3,65 La félicité de Dieu est uniquement mon tout en toutes choses. 100

Je ne puis dire avec délibération que je me réjouis en ceci ou en cela 100

15 novembre 1645 LMB Dites-moi, je vous prie en confiance 101

Vous qui, par un très saint et particulier effet de la grâce 101

17 Novembre 1645 M 2124 Cette transformation veut 102

Il faut qu’un chrétien soit dans la transformation de Jésus 102

17 Novembre 1645 M 1,6 (1.2.1) Le péché est pire pour les hommes que le néant. 103

Il est vrai que je ne suis qu’un pur néant et que péché. 103

17 Novembre 1645 M 2127 L’éloignement de la vie de Jésus est plus à craindre que l’enfer. 104

Dieu, par sa divine conduite, prétendant faire de moi, 104

18 Novembre 1645 M 2101 (2.13.10) l’amour presse une âme et la tourmente pour l’obliger à demeurer seule avec le Bien-Aimé 104

Il est impossible d’aimer Dieu sans le connaître, et c’est dans la solitude extérieure 104

31 Novembre 1645 M 2139 Nous sommes appelés à la conquête du royaume de Dieu. 106

Le Royaume des cieux souffre violence 106

Décembre 1645 Tout ce qui nous anéantit est bon et il n’y a rien de meilleur en la terre. 107

Ne pouvant vous aller voir durant le saint temps de l’Avent 107

20 Décembre 1645 M 1,15 (1.2.10) Une âme qui est une fois dans l’état du péché n’en peut jamais sortir d’elle-même. 110

La vue de l’état du péché me faisait connaître combien j’étais indigne 110

Décembre 1645 L 1,24 Quand une âme bien disposée trouve un bon directeur, elle fait merveille. 110

30 décembre 1645 M 1,1 (1.1.1) Sentiment du néant. 113

La vue de mon néant et de ma pauvreté me pénètre tellement 113

13 Janvier 1646 LMB La maladie du cher Père 114

Jésus anéanti soit à jamais l’objet de nos amours. J’ai reçu les vôtres très chères que j’attendais avec impatience. 114

16 Janvier 1646 M 2104 (2.14.2) Dieu est en notre âme. Il s’y fait voir, Il s’y repose et s’y plaît. 115

Sur l’attente que mon âme avait d’être toute à Dieu et de Lui être fidèle 115

16 Janvier 1646 LMB En peine de notre très cher Père 115

Je crois que vous êtes en peine de notre très cher Père [Chrysostome] ensuite des nouvelles que je vous ai mandées. 115

10 Février 1646 LMB Fièvre de notre cher Père 116

16 Février 1646 LMR Il y a crainte de mort 117

Le saint Amour de Jésus soit la consommation de nos désirs!nMonsieur 117

26 février 1646 LMJ Saint Maur les Paris La riche nuit qu’il reçut à Saint-Maur 118

À la Mère Jourdaine de Bernières, Supérieure 118

Lorsque je fais réflexion sur mes extrêmes misères 118

10 Mars 1646 L 1,28 L’on ne manque jamais de trouver pleinement Dieu quand on a perdu toutes les créatures. 120

M . J’ai reçu de vos chères lettres, qui m’apprennent le départ de votre bonne supérieure 120

23 mars 1646 L 1,29 L’Esprit de Dieu aime l’ordre et la sainte discrétion. 122

M . Je vous dirai simplement pour répondre à la vôtre 122

26 Mars 1646 LMB Tristes nouvelles 124

Fidélité sans réserve! Sacrificate sacrificium, etc. Je n’espérais pas vous mander de si tristes nouvelles 124

28 Mars 1646 LMB -- le sacrifice de notre saint Père est consommé 125

Fiat voluntas tua/M/S’en est fait, le sacrifice de notre saint Père est consommé 125

Lettre de Mère Benoîte de la Passion à notre révérende Mère Institutrice [Mère Mectilde] réfugiée à Saint-Maur 126

Vive l’anéantissement sacré de mon Dieu! Par la lecture de votre lettre, j’ai appris que notre cher Père avait quitté la terre 126

10 Avril 1646 LMB. Il est demeuré abject dans l’esprit de quelques-uns 127

16 Avril 1646 LMJ. Effort pour nous avoir quelques-uns de ses écrits 129

Puisque notre joie et notre plaisir doivent être dans les volontés de notre bon Dieu 129

26 Avril 1646 LMB Au nombre de ses bons protecteurs. La privation de ces écrits… 131

11 Mai LMB. j’ai besoin de votre secours 133

Monsieur, je vous supplie et conjure pour l’amour de notre bon Seigneur Jésus-Christ que vous me donniez conseil 133

12 Mai 1646 LMB. Sur son tombeau, je ne l’y trouvais point, mais toujours dedans Dieu 135

15 Mai 1646 RMB. Je ne puis écrire au révérend Père Elzéar sans avoir où j’adresserai mes lettres. 137

5 Juin 1646 RMB. Me fortifiez de votre secours aux pieds de Dieu et de notre saint Père. 138

24 Juin 1646 RMR Imprimer quelque écrit de notre bienheureux Père 138

Le jour de la Saint Jean [Baptiste], qui est la fête de notre très cher frère 138

7 juillet 1646 RMB Une telle captivité et impuissance 140

28 Juillet 1646 RMB Imiter Grégoire Lopez 141

1646 L 2,43 Aimons si fortement l’Amour que nous vivions et mourions d’Amour. 143

21 Août 1646 RMB Nouvelles d’une félicité éternelle 145

5 septembre 1646 L 1,34 La perte des créatures 148

26 Septembre 1646 RMR J’ai reçu les cahiers 151

5 Octobre 1646 RMR J’attends avec affection le traité de la sainte abjection de notre B. P. 151

23 Octobre 1646 RMB Plus de quatre heures d’oraison solitaire. Rambervillers 153

6 Novembre 1646 RMB Ni grâce, ni capacité pour être supérieure 159

J’ai reçu les vôtres aujourd’hui et je vous y fais un mot de réponse. 159

10 Novembre 1646 RMB Mille fois mieux un petit coin dans mon état d’abjection 161

Je pense que vous avez reçu celle que je vous écrivis mercredi dernier. 161

17 Novembre 1646 RMR Un refuge pour nos Sœurs près de Caen 162

Je vous dois des reconnaissances infinies 162

14 Décembre 1646 RMB Je doute si nos Mères me donneront liberté d’y être retirée. 164

J’ai reçu les vôtres très chères par lesquelles vous prenez la peine de nous déclarer vos pensées sur l’affaire 164

Jean de Bernières et l'Ermitage de Caen, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle. 171

Lettres & Maximes 171

Correspondance 1647-1659 173

[1647] 173

Janvier1647 L 1, 37 J’ai été dans des oublis de Dieu si grands qu’ils vous étonneraient très fort. 173

18 Janvier 1647 RMB Votre silence a été bien long; votre fièvre en a été la cause 176

4 Février 1647 L1, 57 Je reçois des nouvelles lumières, et de nouvelles forces pour aller promptement au dernier état que Dieu me prépare. 178

15 février 1647 L 2, 35 Soyez donc comme une petite boule de cire entre ses mains, et soyez contente de ses divines dispositions. 182

16 février RMB Il faudra souffrir par notre retour à Rambervilliers 189

Monsieur, mon âme a reçu tant de forces et de consolations par la lecture de vos chères lettres 189

26 février RMB Vous êtes encore nécessaire pour sa gloire 190

Je vous dis en toute simplicité que ma santé est très bonne 192

1er mars 1647 M 2,44 (2.7.10) Il faut aspirer aux pures vertus. 193

Nous devons toujours prendre le parti de Dieu contre nous-mêmes. 193

1er mars 1647 M 2,45 (2.7.11) Vertu 194

Tant plus un homme est vertueux 194

Mars 1647 L1 La solitude est bonne, mais le Calvaire est préférable. 194

27 Février LMJ 196

1er Avril 1647 LMR Consoler nos Mères de Lorraine 196

7 Avril 1647 LMR Écrits de la bonne âme 198

1647 L 1,35 Le parfait abandon qui rend l’âme toute simple. 200

3 mai 1647 LMB M’anéantir à Caen 201

25 mai 1647 LMB J’ai tant d’affaires 203

2 Juin 1647 L 2,15 La vie présente fournit les occasions d’un continuel sacrifice. 204

15 Juin 1647 LMB Pour ce qui est de nos habits, je ne prendrai qu’une robe 206

15 juin 1647 L 2,36 Former Jésus-Christ dans les cœurs. 207

Août ou juillet (P 101) 1647 LMB Il me semblait que j’étais dans mon centre 209

12 décembre 1647 LMB Meilleure santé 210

L 2,47 Ma volonté me paraît perdue dans celle de Dieu. 211

25 Juin 1648 LMB Donner de vos nouvelles 212

19 Août 1648 LMB Maladie de Bernières 214

À Monsieur de Bernières, le 19 août 1648. Monsieur. J’ai reçu une lettre de notre bonne amie, la mère de Saint-Jean 214

24 Août 1648 LMB Meilleure santé... 215

A Monsieur de Bernières 24 août 1648 le jour Saint-Barthélemy. Monsieur. J’ai reçu les vôtres avec consolation de vous savoir en meilleure santé 215

7 Septembre 1648 LMB Une diversité de petites affaires 216

À Monsieur de Bernières, le 7 septembre 1648. Monsieur. Je pensais vous écrire amplement aujourd’hui et à notre chère Mère de Saint Jean 216

10 Septembre 1648 LMB 217

À Monsieur de Bernières, le 10 septembre 1648. Monsieur. Je ne vous saurais exprimer la force et la consommation que j’ai reçues par les vôtres dernières 217

28 Septembre 1648 LMB 218

À Monsieur de Bernières, le 28 septembre 1648. Monsieur. Ce petit mot seulement pour vous dire que j’ai reçu les vôtres toutes pleines d’onction 218

8 Octobre 1648 LMB 219

À Monsieur de Bernières, le 8 octobre 1648. J’ai reçu les vôtres du trois courant. Je vous rends mille et millions de grâces très humbles de votre charité 219

26 Octobre 1648 LMB Mauvaises nouvelles de Lorraine 221

À Monsieur de Bernières, le 26 octobre 1648. Monsieur. J’ai reçu les vôtres il y a huit jours et je pensais y faire un mot de réponse; mais deux ou trois petits embarras 221

5 Novembre 1648 LMB 223

À Monsieur de Bernières le 5 novembre 1648. Monsieur. J’ai reçu vos très chères lettres du 29 du mois passé. 223

7 Décembre1648 LMB Par les ténèbres et par la pauvreté 224

À Monsieur de Bernières le 7 décembre 1648. Monsieur. Ces mots ne sont pas pour vous obliger à nous répondre 224

15 Décembre 1650 L 2,53 Il faut obéir à Dieu et vous perdre pour Lui et en Lui entièrement. 225

M, J’ai reçu vos dernières dans lesquelles vous me mandez que Dieu seul nous doit suffire; 225

14 Février 1651 L 1,39 Il faut qu’un capitaine meure à la tête de sa compagnie. 228

M. Dieu seul suffit. Je répondrai brièvement à vos lettres premières et dernières 228

10 mai 1651 J’ai appris les discours que le père N. a fait de vous et de moi, et qui vous cause tant d’abjection. 231

Ma très chère soeur.Dieu seul et il suffit. J’ai appris les discours que le père N 231

29 juin 1651 … au reste ma très chère sœur 234

1651 L 3,49 Ce riche néant dans lequel on trouve tout. 234

M. Prenez courage, et continuez à vous avancer dans la mort de votre propre esprit et de vous-même 234

1651 L 2,54 -- Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie… 235

M. Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie. 235

26 Juillet 1652 LM à M. Boudon 238

Mon très cher frère, Dieu seul suffit! Le 26 juillet 1652. Je reçus hier votre chère lettre avec grande joie, mais la lecture d’icelle m’affligea sensiblement 238

2 janvier 1653 LMB Monsieur Picoté, prêtre de Saint-Sulpice, grand serviteur de Dieu, ami de notre très saint et très digne Père Chrysostôme 241

Monsieur, Je ne crois pas que nous soyons si fort dans le silence cette année que celle que nous avons passée. 241

9 janvier 1653 L Ne pas tant vous occuper à l’extérieur que vous ne donniez pour l’intérieur 245

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre unique pour le temps et l’éternité. Ce n’est pas à moi de dire mes sentiments d’une affaire si importante 245

19 Janvier 1653 L 2,20 La voie de pure souffrance est la meilleure. 246

Mon cher Père, Jésus soit notre unique vie. J’ai eu beaucoup de joie de recevoir de vos lettres dans lesquelles je remarque clairement la conduite de Dieu 246

10 Février 1653 M 2172 Cette sacrée obscurité est plus claire que la lumière même. 249

Quand l’âme est parvenue à un degré d’oraison où l’esprit humain se trouve perdu dans l’abîme obscur de la foi 249

23 février 1653 L 3,21 Continuellement je ne suis plus en moi, mais en Lui. 249

M. Je ne puis vous exprimer la joie que je reçois d’apprendre la ferveur et la fidélité 249

3 Mars 1653 L 2,21 C’est au Saint Esprit à qui vous devez demander direction et conduite. 251

Mon Très cher Père, Dieu seul suffit. Pour répondre à vos lettres que j’ai reçues aujourd’hui 251

24 Avril 1653 L 3,29 Qui vit en Dieu seul, voit en Dieu ses amis. 253

M. Jésus Ressuscité soit notre unique vie. Ces lignes sont pour vous réitérer les assurances de mes affections 253

20 mai1653 LM à M. Boudon Souffrir quelque chose pour son nom. 255

Mon très cher frère, 20 mai 1653. Je prie Notre Seigneur Jésus 255

Ce mot est pour vous témoigner la joie de mon cœur en ce qu’il a plu à Dieu vous rendre digne de souffrir quelque chose pour son nom. 255

1er Juillet 1653 L 3,42 Demeurer unis et abîmés dans cette infinie bonté. 256

Ma très chère Sœur, Jésus soit l’unique vie de nos cœurs. Quoique vous soyez éloignée, je crois que vous êtes présente à l’Ermitage 256

9 Août 1653 LMB J’ai mis en mains de Monsieur Boudon… 258

Monsieur, Ce 9 août 1653. Je vous fais ce petit mot pour vous assurer que j’ai mis en mains de Monsieur Boudon le livre que vous avez désiré 258

4 Septembre 1653 L 1,46 Dans la direction ne pas contraindre les âmes. 259

Avant février 1654 LMB Nous prendrons la croix 260

Je vous supplie me faire la faveur de faire savoir à notre très chère Sœur que nous prendrons la croix 260

22 Mars 1654 L 3,33 C’est une grande richesse que la pauvreté intérieure. 262

M. Jésus souffrant soit notre unique amour. J’ai grande joie qu’il ait fait notre union par providence particulière 262

29 Mars 1654 L’esprit de notre petit Ermitage. 264

Ma très chère Mère, Jésus soit l’unique vie de nos âmes. 264

13 Mai 1654 L 3,6 Il n’y a qu’à Le laisser faire. 269

M, Jésus soit l’unique Vie et la seule Lumière de nos âmes. 269

21 Août 1654 LMB Je vous reproche votre infidélité de n’être point venu à Paris avec Monsieur Bertaut 272

Ce 21 Août 1654. Je ne vous fais que ce mot étant encore bien faible d’une petite fièvre 272

15 septembre 1654 MB sur le père Eudes et Marie des Vallées [extraits] 273

J’ai reçu samedi l’honneur de la vôtre par laquelle vous avez la bonté de nous mander 273

us ne devez pas douter ma très chère sœur que je fasse mon possible17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi 274

M. Puisque cette personne est avec vous, prenez-y garde. 274

14 Octobre 1654 L 2,39 Comme une petite étable de Bethléem. 277

Ma Révérende Mère, après avoir prié sur ce que vous me proposez en votre lettre au sujet de vos établissements 277

20 Octobre 1654 L 2,25 Un abrégé de la voie mystique. 278

Ma très chère Sœur, Jésus la Lumière essentielle soit notre unique conduite dans les voies de la sainte oraison. 278

possible pour aller vous voir cet été prochain 285

Jésus soit l’unique de nos âmes. Vo 285

Janvier 1655 Extrait d’une lettre que Monsieur de Bernières fit à notre vénérable mère 285

[…] S’il m’était permis de me regarder je serais affligée de son Établissement 285

Fin janvier 1655 J’attendais le retour de Mr de Montigny 286

J’attendais le retour de Mr de Montigny pour vous donner de nos nouvelles, 286

2 février 1655 L 2,40 Ce qui attire Jésus dans les monastères. 288

Ma Révérende Mère, Jésus soit l’unique de nos âmes. 288

27 Septembre 1655 L 3,27 Demeurer en Dieu et y vivre c’est un Paradis. 296

Jésus soit notre unique vie pour jamais 296

[1656] 298

3 Janvier 1656 L 3,13 Perte de l’âme en Dieu, la comparaison d’une rivière 298

Ma très chère Sœur, Jésus Christ soit notre unique vie. Je viens de recevoir vos dernières qui me consolent beaucoup 298

4 Août 1656 L 3,58 Quand Jésus, Soleil éternel, se lève au fond de l’âme. 302

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Vous m’avez obligé de me donner avis de la douleur de N 302

20 Novembre 1656 L 3, 36 Que nous soyons un jour tous fondu en Jésus. 305

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre mort, notre vie, notre néant et notre tout. 305

21 Novembre 1656 L 3,37 Le procédé simple et pauvre de Jésus-Christ. 310

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Nous vous envoyons la lettre de N. 310

23 Janvier 1657 L 3,15 De l’anéantissement mystique. 311

M. Pour ce qui vous regarde, nous n’avons rien à dire 311

9 Avril 1657 L 3,35 Tournez votre âme du côté de la confiance en Dieu. 313

Jésus soit notre tout pour jamais. J’ai fait réflexion sur ce que vous me mandez 313

9 Avril 1657 L 2, 24 C’est Dieu seul qui fait cet ouvrage. 315

Ma très chère Sœur, Jésus soit notre tout pour jamais. Je vous demande pardon 315

[1658] 319

30 janvier 1658. bâtir un monastère qui soit conforme à la demeure de Jésus-Christ au très Saint-Sacrement. 319

Je vous suis infiniment obligé Madame 319

Table des matières





37D. Lettres Bernières - Bertot

(50) Correspondance Bernières […] Bertot.docx

Table des matières

Jean de Bernières et l'Ermitage de Caen, une école d'oraison contemplative au XVIIe siècle. 3

Lettres & Maximes 3

Édition et Chronologie 4

Eclairer Bernières par Bernières 4

Les sources 4

Répartition des correspondances 7

Titres, sigles, corps de caractères 7

Correspondance 10

Lettres et Maximes suivant l’ordre chronologique 10

31 Mai 1645 L 1,18 Le Cœur seul de Jésus-Christ me pourrait suffire de lecture et de conférences. 10

4 juillet 1645 L 1,19 Cinq ou six personnes de rare vertu. 13

3 octobre 1645 L 1,21 Ce qui vient de la Providence est bien meilleur pour notre perfection, que ce que nous choisissons. 15

[1646] 18

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce. 18

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme. 20

M. Je répondrai à vos dernières, sans faire réflexion sur ce que vous a dit Monsieur N. 20

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi 22

M. Puisque cette personne est avec vous, prenez-y garde. 22

14 Octobre 1654 L 2,39 Comme une petite étable de Bethléem. 25

Ma Révérende Mère, après avoir prié sur ce que vous me proposez en votre lettre au sujet de vos établissements 25

17 Octobre 1654 L 3,5 Autant on est détaché de toute choses, autant on est disposé à être uni à Dieu. 26

M. Jésus soit notre unique conduite, puisqu’il est la Lumière essentielle 26

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre. 28

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Autant que ma petite lumière me donne de discernement 28

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité 31

M. Je vous dirai pour réponse à vos dernières, que les faveurs et les dons de la gloire 31

14 Septembre 1656 L 3,25 Tant de goût et de saveur à être anéanti. 32

M. Je fus presque résolu hier de partir avec Monseigneur l’évêque de Kilala; 32

21 Janvier 1657 L 3,31 Les biens qu’apporte cette sorte d’oraison sont innombrables 36

M. Jésus la lumière éternelle soit notre unique conduite. 36

1 Juillet 1658 L 3,45 Vous êtes en chemin vers un pays qu’on appelle le néant. 39

M. Jésus soit notre tout pour jamais. Je viens de recevoir 39

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte! Quel anéantissement dans une âme! 41

Jésus-Christ soit notre unique vie pour le temps et pour l’éternité. C’est Lui seul 41

10 Octobre 1658 L 3,44 Dieu écoulé dans votre fond sollicite et tire votre âme de passer du rayon en Lui seul. 46

Monsieur, Jésus soit notre tout pour le temps et pour l’éternité. Je reconnais par la lecture de votre dernière 46

31 Octobre 1658 L 3,50 Une différence très grande entre la lumière du rayon et la lumière du centre 50

Monsieur, Jésus soit notre unique tout pour jamais. J’ai lu avec attention votre dernière 50

12 Janvier 1659 L 3,46 C’est le trésor des trésors de se perdre en Dieu. 55

M. Jésus soit notre unique tout pour jamais. Comme je pensais répondre 55

24 Janvier 1659 L 3,43 Le seul ordre de Dieu nous donne Dieu seul. 57

M . Jésus seul soit notre unique conduite. Je reçus hier vos dernières lettres 57

Ici lettres issues de Arfuyen !

38.RENCONTRES AUTOUR DE MONSIEUR DE BERNIERES (1602 – 1659)

(51) Rencontres autour de Jean de Bernières (Parole et Silence 2013).doc

(51) Rencontres autour de Jean de Bernières (Parole et Silence 2013).pdf



Rencontres autour de Monsieur de Bernières (1603-1659) Mystique de l’abandon et de la quiétude, coll. « Mectildiana », Editions Parole et Silence, 2013, 594 p. [ce collectif assemblé par J-M. Gourvil & D. Tronc, regroupe les contributions de dom T. Barbeau, J. Dickinson, J.-M. Gourvil, I. Landy, dom J. Letellier, B. Pitaud, J. Racapé, dom E.de Reviers, D. Tronc, A. Valli.]

Redécouvrir Jean de Bernières

Parmi les mystiques du XVIIe siècle, Jean de Bernières (1602-1659) est une grande figure laïque. Son importance et la profondeur de sa vie intérieure égalent celles de figures religieuses qui le précèdent de peu : l’évêque pasteur des âmes François de Sales (1567-1622), le franciscain capucin Benoît de Canfield (1562-1610), le grand carme Jean de Saint-Samson (1571-1636), l’ursuline amie Marie de l’Incarnation fondatrice au Canada (1599-1672).

L’influence spirituelle et mystique de « Monsieur de Bernières » s’étendit non seulement auprès de ses dirigé(e)s, mais par ses écrits qui, arrangés et publiés peu après sa mort, rencontrèrent un succès inattendu. L’Intérieur chrétien devenu Le Chrétien intérieur bénéficia d’innombrables éditions. Cette influence très large a pu être comparée à celle exercée par L’introduction à la vie dévote de l’évêque de Genève. Bernières figure ainsi parmi les auteurs de spiritualité les plus lus au XVIIe siècle. L’un des éditeurs du Chrétien intérieur dit en avoir imprimé trente mille exemplaires.

Déjà de son vivant il fut une personnalité forte et appréciée. Trésorier de France il collabore à la fondation de nombreuses œuvres à Caen avec saint Jean Eudes et le baron Gaston du Renty. Il est membre influent de la Compagnie du Saint Sacrement. Dans une ville où les protestants et les jansénistes occupent une place importante, et qui connut de nombreux troubles politiques liés à la misère — en 1639 les « nu-pieds » se révoltent — Jean est reconnu comme un catholique artisan de paix. Mais alors que l’autre Jean (Eudes) fut canonisé, le fondateur de l’Ermitage devint suspect, car son oeuvre fut rattachée post-mortem en 1689 au corpus quiétiste (mais lui-même ne fut pas mis en cause) condamné au moment même d’une tentative de béatification à Rome ; ceci en bonne compagnie dont Benoît de Canfeld, confesseur de Monsieur Vincent, et Jean-Joseph Surin.

En effet, entre la disparition en 1659 de monsieur de Bernières et la fin du siècle, la méfiance vis-à-vis des expressions mystiques s’accroît. Le Crépuscule des mystiques, titre évocateur donné par Louis Cognet à sa célèbre étude de la crise quiétiste, marque un tournant dans l’histoire de la spiritualité et dans l’histoire des mentalités : un « univers dionysien » laisse place à l’exercice d’une rationalité moderne peu adaptée aux expressions d’un christianisme intérieur.

La redécouverte de la grande richesse spirituelle du début de l’époque moderne se fera au début du XXe siècle sous l’impulsion d’Henri Bremond. La volonté de sortir Jean de Bernières d’un relatif oubli participe de cette redécouverte des trésors de notre histoire. Car notre époque en recherche est sensible aux témoignages de vécus existentiels. C’est tout justement là où réside l’intérêt de la redécouverte de Bernières : n’ayant pas à tenir compte d’une appartenance à un ordre religieux, cet homme actif autant que contemplatif, se livre intimement et très simplement, toujours avec grande humilité, mais non sans manifester une ferme autorité.

Notre époque a ressuscité de grandes figures mystiques du XVIIe siècle : celles de Canfeld par les travaux d’Orcibal, de Surin par les travaux de Certeau, de Marie de l’Incarnation et de son fils Dom Claude par les travaux de Dom Oury. Si les travaux de Souriau (1913) et de Heurtevent (1938) sortirent Bernières de l’obscurité, il manquait une approche plus récente d’une spiritualité commune aux membres du cercle de l’Ermitage.

Une journée d’étude organisée autour du « Caennais Jean de Bernières mystique de l’abandon et de la quiétude » eut lieu le 13 juin 2009 au cœur de sa ville natale, dans l’église St Jean qu’il a si souvent fréquentée et dans laquelle il avait été inhumé au moment de la disparition du monastère des Ursulines à la fin du XVIIIe siècle. Trois cent cinquante années et un mois après la disparition du mystique le 3 mai 1659, cette première manifestation collective fut organisée à l’initiative de Jean-Marie Gourvil avec l’appui du Centre d’Études Théologiques de Caen et de la paroisse792. L’assistance à cette journée fut plus nombreuse que ses organisateurs n’étaient en droit d’espérer. Ce fut un signe de l’intérêt attaché aujourd’hui aux conditions permettant à tous d’exercer une vie mystique complète, active et contemplative tout à la fois, à la suite de la figure exemplaire de Jean.

Le présent ouvrage a été donc construit en complétant largement des matériaux recueillis lors de cette journée d’étude. Tandis que les auteurs de contributions orales ont depuis remanié leur texte, des études complémentaires ont été sollicitées auprès d’autres connaisseurs de Bernières et grands amateurs de ses écrits mystiques. Nous n’avons pas voulu restreindre leurs approches alors même qu’elles privilégient tel disciple plutôt que le maître, car elles illustrent ainsi son rayonnement.

Les amis de Jean de Bernières se retrouvent ainsi rassemblés. Ils honorent celui dont Bremond déclarait qu’il « ne pense pas autrement que l’unanimité des grands mystiques, depuis le pseudo Denys jusqu’à saint Jean de la Croix »793.

Un premier ensemble de deux contributions expose des fondamentaux nécessaires pour SITUER « MONSIEUR DE BERNIERES » : John A. Dickinson présente le cadre normand caractérisé par une dureté des temps et des politiques. Dom Joël Letellier développe en une large fresque l’entourage humain sur lequel Bernières exerça sa profonde influence puis évoque les principaux thèmes de ce « chrétien intérieur. » Le lecteur prendra ici déjà connaissance de nombreux textes issus de ce dernier794.

Un second ensemble comporte quatre contributions qui présentent les rapports entre JEAN ET SES AMIS SPIRITUELS. Quatre regards convergent ainsi à partir de ces figures vers l’animateur du cercle de l’Ermitage. Il s’agit de l’ursuline Marie de l’Incarnation (du Québec), de l’évêque François de Laval, de la bénédictine fondatrice Mectilde de Bar et du prêtre Jacques Bertot. Plus précisément Isabelle Landy-Houillon s’attache à la présence de Jean dans les écrits de Marie de l’Incarnation et de son fils Dom Martin. Dom Thierry Barbeau nous introduit au bienheureux François de Laval, premier évêque de Québec ainsi qu’à la réplique de l’Ermitage fondée en Nouvelle-France. Le père Bernard Pitaud présente des extraits de la correspondance de la direction spirituelle de Mectilde puis s’attache à l’évolution de cette grande figure fondatrice. Enfin, nous sommes heureux de franchir le cercle francophone grâce à la contribution d’Annamaria Valli, sœur de l’ordre fondé par Mectilde.

Le troisième ensemble présente JEAN DANS SON SIÈCLE. Il comprend deux contributions qui s’attachent aux influences reçues et exercées par delà les figures amies précédentes. Jean-Marie Gourvil présente un Bernières actif soutien des pauvres et rattache notre Trésorier de France dans la grande tradition mystique commune aux Églises chrétiennes qui s’efface avec la condamnation des mystiques et l’enfermement des pauvres à la fin du XVIIe siècle. Dominique Tronc rappelle les influences reçues d’un directeur franciscain puis celles exercées sur divers membres du cercle de l’Ermitage et de leurs descendants à travers des filiations spirituelles.

L’ouvrage ne pouvait se refermer sans LIRE JEAN DE BERNIERES. Dom Éric de Reviers nous propose une lectio autour de trois thèmes : « Dame Pauvreté », le Saint Abandon, l’Oraison mystique. Cette présence de monsieur de Bernières par des extraits de lettres de direction — après les larges citations offertes par Dom Joël Letellier et par le père Bernard Pitaud — est complétée hors correspondance par les lectures qui furent faites en l’église Saint-Jean de Caen à la fin de la journée d’étude.

Enfin des « Sources bibliographiques » soulignent l’importance des travaux de Charles Berthelot du Chesnay et de Paul Milcent, deux disciples récents de saint Jean Eudes qui fut un ami de Jean de Bernières, puis décrit des éditions anciennes, propose les rééditions disponibles et un choix d’études.

Le présent recueil constitue ainsi tout à la fois une étude et un florilège de notre spirituel, en une tresse associant citations, gloses, approches historiques. Des regards indépendants convergent vers l’auteur à partir d’amis qu’il sût rassembler en son Ermitage. Le corpus de son œuvre sera rendu entièrement disponible lorsque le volume de la Correspondance complètera celui des Chrétiens récemment paru.

Il reste pour nos successeurs à approfondir de nombreux thèmes : « Bernières et l’Ecole Rhéno-flamande. » ; « L’Ermitage fut-il un béguinage ? » ; « La grande diversité spirituelle d’amis collaborant à une même œuvre » ; « Bernières et Marie des Vallées » (leurs deux noms sont gravés sur la grande cloche du séminaire de Coutances fondé par saint Jean Eudes…) ; un « Bernières et Thérèse de Lisieux » et, pourquoi pas, un « Bernières et l’hésychasme oriental ».

Mieux comprendre Bernières c’est revenir au témoignage d’une vie mystique vécue par un laïc intégré dans la Cité. La rupture culturelle de la fin du XVIIe siècle marque encore notre mentalité et rend difficile l’accès à une vie ouverte sur le christianisme intérieur et sur sa grande tradition mystique. En approchant « monsieur de Bernières » nous nous intégrons dans la Paradosis trop oubliée.

J-M.G & D.T.



[Contributions : pp.17-589, v. Table]

Jean de Bernières, sources et influences sur l’histoire de la spiritualité

La contribution à la journée d’étude organisée en 2009 autour du « Caennais Jean de Bernières mystique de l’abandon et de la quiétude »  constitua l’amorce de l’étude sur l’auteur et son école qui figure au début du premier volume des oeuvres de Jean publié deux années plus tard aux Éditions du Carmel795. La communication sous sa forme écrite que l’on va lire reprend donc une bonne partie de cette étude,796 mais expose en plus les influences qui s’exercèrent au-delà du Royaume de France et des milieux catholiques et n’avaient pu trouver place dans cette étude. Elles s’exercèrent tout au long du XVIIIe siècle et au début du siècle suivant.

Les sources puis les influences sur l'histoire de la spiritualité sont exposées ici en trois parties :

I. Influence par des écrits : le succès de librairie d’une œuvre construite post-mortem à partir de lettres assura le rayonnement du mystique en son siècle.

II. Sources et influence directe d’ « Amis spirituels » au XVIIe siècle : les écrits n’ont qu’une influence indirecte, donc modeste, lorsqu’il s’agit de la vie la plus intime. S’attacher aux rapports directs entre mystiques vivants situe Jean au sein d’un réseau issu du franciscanisme puis montre son influence sur ses amis puis ses cadets. Les habitués de l’Ermitage fondèrent « l’école du Pur Amour ». Les traces restent visibles sur la durée du siècle, puisque ses acteurs pouvaient agir au grand jour avant la condamnation du quiétisme par le bref Cum alias en 1699. Ceci justifie le titre attaché au dernier volet :

III. « Rivières cachées » aux siècles suivants. Une condamnation d’origine politique ne peut tarir un courant spirituel qui dépend peu des hommes. Le rejet fit partie d’une remise en ordre générale du Royaume par un Louis XIV confronté aux protestants, opposé aux jansénistes, certes indifférent à toute « mystiquerie », mais laissant pleine liberté à Mme de Maintenon. Les mystiques se cachèrent donc, mais nous relèverons quelques résurgences qui indiquent le parcours de divers ruisseaux souterrains actifs durant les trois derniers siècles.

I. Un succès éditorial

Jean de Bernières n'a écrit ou dicté que des lettres outre quelques notes personnelles prises au cours de retraites. On a fabriqué le Chrétien Intérieur en les assemblant avec toute la liberté permise à l’époque.

Les éditions furent un succès de librairie à l’origine d’un célèbre procès entre éditeurs : ainsi l’Intérieur Chrétien devint l’année suivante le Chrétien Intérieur aux multiples impressions durant le XVIIe siècle : « Le Chrétien Intérieur … publié en 1661 … atteint dès 1674 sa quatorzième édition et la même année le libraire Edme Martin estime qu’il en a vendu trente mille exemplaires ».797 Les impressions se poursuivirent aux deux siècles suivants avant de cesser depuis le milieu du XIXe siècle.798

Les deux Chrétiens atteignent un public large car ils sont faciles à lire. Ils présentent peu d’idées neuves, mais sont pleins d’onction. Car un choix, orienté par un « co-rédacteur » parfois doloriste, adapte le grand mystique à l’esprit de son temps. Aussi le titre apparaît-il dans des bibliothèques très réduites. Ainsi la « veuve de Pierre Helyot799 … détient les Fleurs des saints en deux volumes in-folio, le Chrétien Intérieur de Bernières-Louvigny, une Explication des cérémonies de la messe et une quinzaine d’autres petits livres de dévotion dont … une préparation à la mort »800.

L'histoire à rebondissements provoqués par le succès du premier titre — Intérieur Chrétien (1659), rapidement devenu Chrétien intérieur (ce dernier selon deux versions : « primitive » de 1660 et « tardive » de 1676) — a été décortiquée avec soin et sagacité par Heurtevent et Luypaert801. Les deux Chrétiens sont suivis d’Œuvres spirituelles (1670) distinctes et fiables, enfin de Pensées (1676). La brève synthèse suivante porte sur les acteurs, la pièce jouée, la revue des principales éditions selon « une étoile à quatre branches ».



Les acteurs principaux à l’origine des éditions

Il faut citer en premier lieu Jourdaine de Bernières (1596-1645), qui entra au couvent des Ursulines, construit magnifiquement en 1624 avec l’argent de la famille. Dirigée par son cadet, elle devient supérieure du couvent dès 1630 et fit montre d’une belle autorité qui put s’accompagner de conseils pittoresques : ainsi à propos d’une novice à éprouver, écrit-elle : « Mettez-la à bouillir… » 802.

D’autres religieuses du même couvent auront également un rôle déterminant : la Mère Michelle Mangon, une grande spirituelle cachée, amie du père Chrysostome de Saint-Lô, ainsi que la Mère de Saint-Charles. Outre ces ursulines qui tentent de contrôler la situation, de 1659 à 1677 opèrent trois personnages masculins en relation avec les éditeurs :

Nicolas Charpy de Sainte-Croix, figure littéraire assez connue à l’époque, fut choisi pour assurer le succès d’une première édition. Courtisan auprès des Grands, de Mazarin en particulier, Charpy révélera un caractère aventurier après sa disgrâce.

Le père Louis-François d’Argentan (1615-1680), franciscain capucin attirera toujours l’attention des admirateurs de Bernières à la suite de son activité opiniâtre d’éditeur-rédacteur. Jean Yver fût admis au noviciat des capucins sous le nom de Louis François d'Argentan. Un an après, il fit profession et ses supérieurs l'envoyèrent au couvent de Falaise. Il y demeura jusqu'en 1638 et, à cette date, revient au couvent d'Argentan. En 1641, le père Louis-François était lecteur de philosophie au couvent de Caen, tout en prenant part aux missions prêchées dans la contrée. De 1653 jusqu'à sa mort, il est deux fois provincial, deux fois définiteur, commissaire général, gardien de plusieurs couvents et, malgré tout, il s'adonne à une prédication ininterrompue803. Il rédige lui-même de nombreux écrits. Ceci explique son rôle encombrant qu’il assuma en réécrivant Bernières. Dans son œuvre propre il en fut un abondant, mais pâle imitateur804. Glanons cependant chez lui un reflet du maître805 :

Ne considérez pas l’humanité seule, ni aussi la divinité seule séparément, ou l’une après l’autre Si donc elle contemple l’une et l’autre ensemble, il faut qu’elle ait des images et qu’elle n’en ait point en même temps, et dans la même simple vue ; ce qui semble impossible Il participe à nos faiblesses et nous participons à Sa force vous Le contemplez souffrant et mourant en vous-même, bien mieux et plus distinctement que vous ne pourriez Le considérer endurant en Jérusalem et sur le Calvaire. [I, 268-272].

Le père Robert de Saint-Gilles ( ?-1673), de l’ordre des minimes806, chargé de l’édition des Œuvres spirituelles… qui paraissent en 1670, succéda en 1667 à Dom Quinet comme Visiteur du couvent. Il était le frère de la Mère Michelle Mangon.



La pièce jouée

Contons-là au présent pour en rendre toute la vivacité : La première publication cherche à mettre en valeur quelques écrits de Bernières sous l’autorité de Nicolas Charpy de Sainte-Croix : L’Intérieur chrétien … par un Solitaire, paraît à Paris chez Cramoisy en 1659. Charpy signe l’ « Épitre à Jésus-Christ » ouvrant le petit volume comportant quatre livres aux courts chapitres. Très probablement d’Argentan opère sous son autorité, agissant en intermédiaire entre le couvent des ursulines où devaient se trouver les sources, et l’homme de lettre auquel on a fait appel pour assurer le succès de l’édition.

Le succès dépasse les espérances. D’Argentan assemble alors hâtivement des sources qui s’avèrent beaucoup plus considérables que ce qui venait d’être publié. Le Chrétien intérieur … par un Solitaire [d’Argentan], paraît à Rouen en huit livres chez Grivet en 1660.

Survient un procès prévisible entre deux éditeurs. Les titres étaient trop proches même si les contenus différaient largement : 531 pages pleines succédaient à 165 pages aérées ! L’éditeur rouennais Grivet est condamné (toutefois sans amende) et l’éditeur parisien Cramoisy devient propriétaire des deux titres avec une exclusivité de neuf ans. Ce dernier est donc le grand gagnant car il va pouvoir rééditer de nombreuses fois le Chrétien : non pas selon sa propre forme initiale courte, mais selon la version ample en 8 livres compilée par d’Argentan et publiée chez son adversaire, le perdant ! Le même titre sort donc successivement chez deux éditeurs ennemis ce qui n’a pas peu contribué à obscurcir l’historique éditorial.

Il faut donc attendre 1670 pour toute initiative possible de la part des perdants, les ursulines et le maladroit d’Argentan. Il avait de plus publié hâtivement son deuxième Chrétien et son assemblage manquait de plan et d’équilibre. La sœur de Jean, Jourdaine de Bernières, est probablement fort mécontente du « gel » imposé pendant neuf ans à la suite d’une précipitation initiale. Les urulines cherchent ailleurs et ont recours au frère de la Mère Michelle Mangon, le minime Robert de Saint-Gilles.

Mais à la date libératoire, un Official janséniste persécute les Ursulines de Jourdaine (l’interdit est jeté sur le couvent !), tandis que meurt la Mère Mangon. Cela fait perdre un peu de temps, celui nécessaire à la communauté pour sortir des épreuves. Robert — sous un titre passe-partout d’Œuvres spirituelles ne prêtant guère à contestation — publie enfin des lettres soit cachées (premier tome de Maximes), soit ouvertement (deuxième tome de Lettres). Elles sont très précieuses car peu remaniées et datant souvent de la fin de vie de Bernières, rendues disponibles par la mort de Jourdaine qui les avait gardées sept ans. On est en 1670. Robert meurt en 1673.

Lors de la réédition en 1675 des Œuvres spirituelles, les Maximes sont annotées en marges pour indiquer les dates des lettres dont elles sont extraites — heureuse initiative de la nouvelle Mère de Saint-Charles. En 1676 paraissent en adjonction au Chrétien, les Pensées…, assez proches de lettres dont elles sont issues.

Enfin, dernier épisode, d’Argentan publie en 1677, sous son nom et non plus sous celui d’un « Solitaire », sa version « améliorée » : Le Chrétien intérieur … par le R.P. Louis-François d’Argentan, en deux tomes et dix livres.



Une étoile à quatre branches

Les éditions dont nous venons de décrire l’histoire tourmentée ont été établies fort librement à partir de manuscrits rassemblés à la mort de Bernières. Quatre tomes manuscrits (deux utilisés pour le Chrétien ? deux ajoutés postérieurement et couvrant les années de la fin de vie de Bernières ?) se seraient égarés au début du XVIIIe siècle807. Pierre-Daniel Huet, caennais né en 1630, le savant évêque d’Avranches qui avait la réputation méritée d’être un observateur scrupuleux, atteste les avoir vus808. Il se plaint à juste titre du travail de réécriture par Louis-François d’Argentan :

 J’ai lu exactement tous les livres de M. de Bernières … Ses écrits furent abandonnés au Père Louis-François qui les tourna à sa mode, et c’est de quoi je me suis plaint. Le Chestien Intérieur est de ce genre809.

À notre époque on peut heureusement tirer parti de publications (textes de Chrysostome de Saint-Lô édité par Bernières) ou de lettres non publiées (copies en possession des Bénédictines du Saint-Sacrement). L’ensemble doit inclure la formation de Bernières, par son maître Chrysostome, puis les directions du même Bernières qui échange avec ses proches. Jean transmet ce qu’il a reçu à Mectilde du Saint Sacrement, à Bertot, à des figures devenues canadiennes, etc. On a malheureusement perdu la correspondance avec la vénérable Mère Marie de l’Incarnation.810

Les éditions furent très nombreuses car la technique des presses manuelles de l’époque ne permettait de tirer, généralement en un mois pour un titre, qu’entre cinq cents et douze cents exemplaires. Les caractères en plomb, principale richesse d’un éditeur (avec le stock imprimé non relié), étaient constamment réemployés 811. Ceci (et le fait de l’activité indépendante de reliure permettant facilement de modifier l’assemblage d’imprimés non reliés, l’adjonction de correctifs, etc.) explique la multiplicité des éditions et les variations si souvent constatées entre éditions. Ce qui exige de ne pas s’en tenir aux seuls titres et justifie d’en décrire très attentivement les contenus. Nous renvoyons pour celles de Jean de Bernières à la « Description des éditions anciennes » donnée en annexe de ses Œuvres mystiques 812.

La multiplicité des éditions du Chrétien se ramènent en fait à trois sources (« Trois frères chrétiens ») : Intérieur Chrétien de 1659, Chrétien Intérieur « primitif » de 1660, Chrétien Intérieur « tardif » remanié de 1676. Indépendamment s’ajoutent des Œuvres spirituellesMaximes et Lettres. (« Un cousin »).

Les trois familles du Chrétien se distinguent par de considérables différences de taille813. Aux ajouts — nouvelles sources et amplifications — correspond une baisse de la fidélité aux sources provenant des dictées de Bernières, et donc de qualité, car d’Argentan était bien moins doué que son maître, comme il a l’honnêteté de l’avouer en évoquant ses propres écrits dans l’édition de ceux de son maître :

À mon grand regret, elles [ses Conférences théologiques] n’allument pas, ce me semble, un si grand feu dans la volonté, parce qu’elles n’ont pas cette abondance de l’onction divine, qui se fait goûter par tout le Chrétien Intérieur … qu’il n’est pas en notre pouvoir de donner à nos paroles, si le saint Esprit ne répand sa grâce sur nos lèvres814.

Le « co-auteur » d’Argentan nous renseigne avec candeur sur son traitement des écrits de Bernières suggérant ainsi un large travail de réécriture :

Il y a beaucoup de redites [de Bernières] … étant vrai que les lumières et les affections que la grâce répand dans une âme, sont bien souvent les mêmes, sinon qu’elles se perfectionnent toujours dans la suite, et qu’elles la font passer dans des états bien plus purs et plus élevés. Mais on n’y voit pas cette variété de pensées, de matières, ni de sujets qui divertit dans les autres livres, et qui empêche que la lecture n’en soit ennuyeuse. Il a fallu débrouiller tout cela avec assez de fatigue et mettre quelque ordre où il n’y en avait aucun. Et après tout, il s’y trouvera encore peut-être, un peu trop de répétitions…

N'attendez pas dans ce petit livre [du Chrétien] une disposition si régulière, ni une liaison si juste des matières qu'il traite. Il [Bernières] ne parle pas pour instruire personne, il va où Dieu le conduit, et bien heureux qui le pourra suivre. Et ne m'accusez pas si je n'ai pas été si exact à écrire tout ce qu'il a dit sur un sentiment que j'ai quelquefois trouvé plus étendu qu'il ne fallait ; ou si j'ai d'autres fois ajouté quelques lignes du mien quand Dieu m'en a donné la lumière et que j'ai cru qu'il était nécessaire pour un plus grand éclaircissement815.

Face à l’édition des Œuvres spirituelles viennent se greffer aux Chrétiens l’ajout de Pensées à partir de 1676. De l’autre côté, la source de la composition de Maximes à partir de lettres est signalée par les ajouts marginaux de dates, mais seulement lors de leur réédition de 1675 en premier tome des Œuvres spirituelles (à l’origine il fallait se placer à la hauteur des Chrétiens en proposant une « œuvre » et pas seulement les lettres du second tome).

En résumé, ce qui fut tardivement édité sous le nom d’ Œuvres spirituelles … Maximes Lettres (au nombre de 175) est souvent de première qualité. Cet ensemble est beaucoup moins connu que les Chrétiens mais plus fiable816. Les mêmes lettres ne sont pas utilisées dans les Chrétiens et dans les Œuvres817. On n’oubliera pas l’adjonction tardive de Pensées au Chrétien. Il faudrait enfin y ajouter « près d’une centaine de lettres » localisées par Heurtevent qui prévoyait dès 1938 leur édition818. De qualité moindre vient L’Intérieur Chrétien de 1659 et Le Chrétien Intérieur en huit livres de 1660 (le livre VII est toutefois remarquable). Car un an après le décès de Bernières, d’Argentan n’a pas eu le temps de réécrire son maître, ce qui console du plan défectueux ! Enfin en dernier vient Le Chrétien Intérieur de 1677 largement tributaire d’un d’Argentan peu inspiré mystiquement.

II. Des « amis » spirituels

En fait il s’agit d'un réseau étoilé reliant en tous sens diverses figures amies. Nous privilégions la chaîne centrale liant Chrysostome de Saint-Lô à Jean de Bernières, ce dernier à « Monsieur Bertot » puis ce prêtre mystique à Jeanne-Marie Guyon… Nous ne faisons ici qu’effleurer le sujet (rien qu’en ce qui concerne la « branche guyonienne »819, il existe une seconde chaîne passant par Jean Aumont « Le pauvre villageois » et par Archange Enguerrand « le bon franciscain »). Bien des études restent à entreprendre, poursuivant la tâche entreprise par le P. Charles du Chesnay 820.

Il s’agit en fait d’un courant qui passe des aînés aux cadets, où des figures à fort relief comme Bernières puis plus tard comme Guyon et Fénelon apparaissent aux nœuds de multiples liens. Aucun « n’invente » quoi que ce soit, mais il transmet ce qu’il a reçu. Jean de Bernières reçoit d’une très ancienne tradition franciscaine incarnée par « notre bon Père Chrysostome », avant d’être influent sur Mectilde de Bar, Jacques Bertot, de nombreuses figures dont les canadiennes. On n’oubliera pas les « frères » plutôt que disciples que sont Gaston de Renty, saint Jean Eudes…



Jean se rattache à une tradition franciscaine

Jean est disciple de Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) du Tiers Ordre Régulier franciscain et fit partie du Tiers Ordre laïc étroitement connecté au réguliers, comme nous le rapporte l’historien de l’ordre Jean-Marie de Vernon :

Le sieur de Bernières de Louvigny de Caen éclate assez par son propre lustre, sans que ma plume travaille pour honorer sa mémoire. Son livre posthume publié sous l'inscription du Chrétien intérieur avec tant de succès, est une étincelle du feu divin qui l'embrasait. Les lumières suréminentes dont son esprit était rempli, n'ont pas pu être toutes exposées sur le papier ni dans leur entière force : comme il était enfant de notre Ordre dont il a pris l'habit [nos italiques] ; aussi en a-t-il tendrement aimé tous les sectateurs 821.

Quand il s’agit d’éditer une « œuvre » à partir de ses lettres, on fait appel à d’Argentan capucin, puis à un minime, ordre assez proche des franciscains. Et plus tard la liste des membres majeurs de l’école du Pur Amour souligne une forte présence franciscaine822.

Membre de la confrérie confidentielle de la « sainte Abjection » fondée sous l’impulsion du P. Chrysostome, unissant des amis tous pénétrés de révérence envers la grandeur divine, Jean fut dirigé fermement. Il est très important de saisir l’esprit intime qui les anime. Voici un échange de lettres823 :

Mon révérend père824,

Je me suis trouvé depuis quelques semaines dans une grande obscurité intérieure, dans la tristesse, divagation d'esprit, etc. Ce qui me restait en cet état était la suprême indifférence en la pointe de mon esprit, qui consentait avec paix intellectuelle à être le plus misérable de tous les hommes et à demeurer dans cet état de misère où j'étais tant qu'il plaira à notre Seigneur.

Réponse :

J'ai considéré votre disposition. Sur quoi, mon avis est que cet état de peine vous a été donné pour vous disposer à une plus grande pureté et sainteté intellectuelle par une profonde mort des sens est une véritable séparation des créatures. Je vous conseille durant cet état de peines :

1. De vous appliquer davantage aux bonnes oeuvres extérieures qu'à l'oraison,

2. Ayez soin du manger et dormir de votre corps,

3. Faites quelques pèlerinages particulièrement aux églises de la Sainte Vierge,

4. Ne violentez pas votre âme pour l'oraison : contentez-vous d'être devant Dieu sans rien faire.

5. Dites souvent de bouche : je veux à jamais être indifférent à tout état, ô bon Jésus, ô mon Dieu, accomplissez votre sainte volonté en moi, et semblables. Il est bon aussi de prononcer des vérités de la Divinité, comme serait : Dieu est éternel, Dieu est tout puissant, et de la sainte Humanité, comme serait : Jésus a été flagellé, Jésus a été crucifié pour moi et par amour. Ce que vous ferez en corps que vous n'ayez aucun goût en la prononçant, etc.

Le P. Chrysostome n’hésite pas à éclairer Jean inquiet sur une oraison devenue « abstraite » après les ferveurs anciennes :

J'ai lu et considéré le rapport de votre oraison. …

1. Souvenez-vous que d'autant plus que la lumière monte haut dans la partie intellectuelle et qu'elle est dégagée de l'imaginaire et du sensible, d'autant plus est-elle pure, forte et efficace, tant en ce qui est du recueillement des puissances qu'en ce qui est de la production de la pureté.

2. Quand vous sentirez disposition à telles lumières, rendez-vous entièrement passif.

3. Souvenez-vous qu'aucune fois cette vue est si forte qu'au sortir de l'oraison le spirituel croit n'avoir point affectionné son objet, ce qui n'est pas pourtant. Car la volonté ne laisse pas d'avoir la tendance d'amour, mais elle est comme imperceptible, à cause que l'entendement est trop pénétré de la lumière.

4. Enfin, souvenez-vous que dans cet état, il suffit que la lumière soit bonne et opérante, et il n'importe que l'entendement et la volonté opèrent également ou qu'une puissance absorbe l'autre. Il faut servir Dieu à sa mode dans telle lumière qui ne dépende point de nous. […]

Mais aussi bien Chrysostome répond à des questions touchant la vie pratique, par exemple en réponse au désir de solitude éprouvé par Jean :

Divisez votre temps et tendez de ne vous donner aux affaires que par nécessité, prenant tout le temps qu'il vous sera possible pour la solitude de l'oratoire. O cher frère, peu de spirituels se défendent du superflu des affaires. O que le diable en trompe sous des prétextes spécieux et même de vertu. […]

Puis Jean devenu à son tour directeur d’âmes demande l’avis de son maître :

Comment dois-je conseiller les âmes sur la passivité de l'oraison. Les y faut-il porter et quand faut-il qu'elles y entrent et quels en sont les dangers ?

Réponse :

Ordinairement le spirituel ne doit pas prévenir la passivité. Je dis ordinairement, d'autant que s'il travaille fortement il pourrait demeurer quelque peu de temps sans agir, s'exposant à la grâce et à la lumière, et éprouver, de temps à autre, si telle pauvreté lui réussit. Benoît de Canfeld en son Traité de la volonté divine, est de cet avis. Je crois néanmoins que celui qui s'en servira doit être discret et fidèle. […]

L’adhésion à une sévère rectitude permet une transmission mystique dont Bernières témoignera chaleureusement :

Ce me serait grande consolation que nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu ? 825.

On a beaucoup insisté sur le caractère sévère de Chrysostome de Saint-Lô et certes Bernières prendra « à la lettre » ses injonctions :

Le père Jean-Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce Ce sentiment d’un directeur adressé à un disciple en augmentait les ardeurs d’une manière incroyable. Ainsi il commença tout de bon à chercher les moyens d’être pauvre. Mais comme son bon directeur n’était plus ici-bas il ne trouvait presque personne qui ne s’y opposât 826. 



Jean est conseillé par des amies mystiques

Bernières a peut-être eu à surmonter un tempérament scrupuleux, mais il bénéficia des conseils de plusieurs mystiques amies (citées ici suivant l’ordre chonologique) :

La simple, mais sainte « sœur » Marie des Vallées (1590-1656) reçoit chaque année à Coutances la visite de membres de l’Ermitage et ses « dits » sont consignés :

Ces conseils ont été donnés apparemment à Mr. de Bernières … ou à quelqu’un de leurs amis, qui avaient tous une grande estime pour cette fille, et l’allaient voir ordinairement une fois par an. Sur le don d’anéantissement ou de la foi nue, l’emploi pour le prochain, la présence réelle de Jésus-Christ, la conversation en esprit et en silence, la communication essentielle de Dieu : 1. Cette Servante de Dieu étant consultée par un Serviteur de Dieu827, elle lui dit d’avoir courage, qu’il n’est point arrivé, mais qu’il est en chemin ; qu’il faut laisser aller les personnes qui ont des lumières et des beaux sentiments, que ce n’est point là sa voie… 2. Elle a dit qu’elle ne peut rien faire ni penser, sinon demeurer dans sa maison qui est le néant… 3. Elle m’a dit quantité de fois, vous voilà en beau chemin, Dieu vous y conduise…828.

Et nous dit Jean Eudes :

Dans un voyage que M. de Bernières fit à Coutances, pendant qu’il y fut il alla souvent prendre son repas chez M. Potier où était la sœur Marie. Or l’un et l’autre firent dessein d’envoyer quérir du sucre et quelque autre petite délicatesse, afin de le mieux traiter, mais lorsqu’il était présent, ils ne s’en souvenaient point du tout ; et quand il était parti, ils étaient fâchés d’y avoir manqué, mais pourtant ils oublièrent encore par après, excepté un soir qu’ils l’attendaient et qu’ils se souvinrent bien, mais cette fois il ne vint pas. Ensuite de cela, comme la sœur Marie se plaignait de leur peu de mémoire, Notre Seigneur lui dit : « C’est ma divine volonté qui en a ainsi disposé. Elle veut que vous lui aidiez à marcher dans le chemin de la perfection. Toutes ces choses ne sont que des retardements, excepté quand on en use par infirmité ou par quelque autre bonne raison. [320]829.

Bernières, après avoir conduite à Dieppe Marie de l’Incarnation [Guyart] pour son départ au Canada, restera un correspondant préféré mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » sont perdues :

Ses lettres ne traitaient pour la plupart que de l’oraison … Il [Bernières] en faisait une estime singulière. Il me dit qu’il avait connu bien des personnes appliquées à l’oraison … qu’il n’en avait jamais vu qui en eût mieux l’esprit, ni qui en eût parlé plus divinement.830.

Notre Mère est une seconde sainte Thérèse … C’est aussi le sentiment de Monsieur de Bernières … quoiqu’il y eût peu de personnes éminentes en oraison qui n’eussent communiqué avec lui … je lui ai néanmoins entendu dire qu’il n’avait jamais vu de personnes élevées au point où était la mère de l’Incarnation.831.

On ne peut donc que supposer un échange fructueux avec la mystique ursuline en remarquant que Marie Guyart reçoit des « communications de pur amour » avant la fin 1626 et qu’elle est déjà fort avancée mystiquement lors de sa rencontre avec Jean au printemps 1639832. Nous pensons qu’elle fut une « aînée » conseillère, notant l’approfondissement ultérieur de Jean de l’abjection à l’abandon.

La bénédictine Charlotte le Sergent (1604-1677), figure cachée au sein du couvent de Montmartre, « sublime » mystique pour Bremond833, soutint Bernières (et bien d’autres dont Mectilde de Bar) :

Persuadé que Dieu l’éclairait sur la conduite d’autrui, on la consultait de tous côtés et même des personnes qui d’ailleurs étaient fort éclairées : comme Monsieur de Bernières… Elle lui dit entr’autres choses … « il m’a semblé que votre âme se rabaissait par trop en réfléchissant sur elle-même, et sur les opérations divines dans son intérieur. Elle doit être à mon avis plus simple et s’attacher uniquement à l’Auteur de cet ouvrage et non pas à ses effets. Il vous doit suffire de lui laisser une pleine liberté d’agir à sa mode et selon son bon plaisir… »

Monsieur de Bernières étant pressé d’abandonner toutes choses et d’entreprendre une vie pauvre et réduite à la mendicité … [reçut cette réponse :] Votre esprit naturel est agissant et actif … vous devez demeurer indifférent à tout … seulement vous humilier. C’est en ce point que consiste la pauvreté d’esprit dans ce vide et dans ce dénuement de toute propre élection…834.



L’influence de Jean sur ses proches

Saint Jean Eudes (1601-1680) est du même âge et leur amitié durera longtemps. Le fondateur des Eudistes illustre l’esprit actif de tous les membres de l’Ermitage. Il faut mettre ici en doute l’opposition entre actifs et contemplatifs : le « préquiétiste » Bernières s’usera à la tâche. En fait la distinction s’avère secondaire dès lors que l’ascèse ne prend pas la place de la charité : il s’agit de différences subtiles comme celles qui font le charme des fleurs d’une même famille.

De concert avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, grand seigneur qui passe des armes et des sciences à l’exercice de la charité, Bernières contribue à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires :

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui. 835.

Une histoire souvent reprise illustre un esprit de liberté et d’indépendance que l’on ne trouve pas toujours explicite dans les écrits retravaillés de Jean : Mme de la Peltrie ( -1671), veuve, aussi généreuse qu’originale, veut fonder une maison religieuse au Canada. Sa famille s’y oppose, elle consulte un religieux qui suggère l’expédient d’un mariage simulé. La proposition est présentée à M. de Bernières, ce « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté ». Ce dernier consulte son directeur : « Celui qui le décida fut le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage du moins à se prêter au jeu en faisant demander sa main. La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire « faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage »836. Notons l’intervention positive du père Chrysostome, qui peut être sévère, mais sans étroitesse d’esprit, et la liberté de tous dans cette affaire qui prend une pente assez comique quand Bernières est veillé à Paris par Mme de la Peltrie lors d’une maladie.

Car le grand voyage pour le Canada débute par un « ramassage » de deux sœurs à Tours suivi d’une présentation à la Cour et d’un séjour à Paris :

« Le groupe comprenait sept personnes, Mme de la Peltrie et Charlotte Barré, M. de Bernières avec son homme de chambre et son laquais, et les deux Ursulines dont Marie de l’Incarnation, qui écrit : « M. de Bernières réglait notre temps et nos observances dans le carrosse, et nous les gardions aussi exactement que dans le monastère À tous les gîtes, c’était lui qui allait pourvoir à tous nos besoins avec une charité singulière Durant la dernière journée de route, M. de Bernières s’était senti mal : il arriva à Paris pour se coucher. » Mme de la Peltrie joua jusqu’au bout la comédie du mariage : « elle demeurait tout le jour en sa chambre, et les médecins lui faisaient le rapport de l’état de sa maladie et lui donnaient les ordonnances pour les remèdes ». Mme de la Peltrie et la sœur de Savonnières s’amusaient beaucoup de cette comédie. M. de Bernières un peu moins. »837.

Finalement le grand départ de Dieppe de la flotte de printemps en 1639 a lieu :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel-Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Mme de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation.838.

Jourdaine est l’aînée très attachée à son frère. Elle sauvera, non sans rencontrer des contrariétés, sa mémoire. On sait que Bernières allait souvent parler aux ursulines. Nous renvoyons à Souriau et aux Annales du monastère839. « Le directeur des directeurs de conscience840 » parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage, maison qu’il a fait construire « au pied » du couvent de Jourdaine :

« Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger a avec moi que des pauvres spirituels [...] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes. »841.

« Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison. »842.

Dans une lettre du 29 mars 1654, il affirme le but de l’Ermitage :

« C’est l’esprit de notre Ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu. »

Sur le plan de l’activité professionnelle, Bernières, qui fut Trésorier de France à Caen de 1631 à 1653, semble avoir bien rempli son rôle à en juger par cette lettre adressée par des Trésoriers de France à Caen le 29.10.1648 :

« Messieurs, Tous les Bureaux de France vous sont grandement redevables d'avoir travaillé si utilement et heureusement à nos affaires communes. Comme ils sont obligés à vous en faire leurs très humbles remerciements nous serions bien fâchés qu'aucuns nous devançâssent à vous en témoigner sa gratitude. Nous nous acquittons donc de ce devoir et louons Dieu que le succès a répondu par vos soins à nos espérances. »843.

Au-delà d’un « devoir d’état » pleinement assumé, Jean paye de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause, désirant en bon membre du Tiers Ordre franciscain pratiquer la pauvreté. Il veut faire donation de ses biens, mais « Ma belle-sœur fait de son mieux pour empêcher que je ne sois pauvre ; elle me fait parler pour ce sujet par de bons religieux il n’y a plus moyen d’être pauvre » 844. Pour ses dernières années il a trouvé la solution : il ne vit plus que de ce que lui donne sa famille — aussi déclarera-t-il : « J’embrasse la pauvreté quoiqu’elle m’abrège la vie naturelle » 845. Mais il est tout à fait capable de conseiller Mme de la Peltrie en procès avec sa famille et il gère des ressources pour aiser à la fondation des missions du Canada.

Jean de Bernières fut sensible à l’amitié, mais insensible aux différences sociales :

« Ses serviteurs ne sont pas pour lui de simple laquais, mais de véritables frères en Jésus-Christ Jean rapporte cette conversation étonnante : « Vous êtes mon maître, je vous dois tout dire comme à mon père spirituel – Vous le pouvez, lui dis-je, car je vous aime en Jésus-Christ, et je vous ai tenu auprès de moi, afin que vous fussiez tout à lui » 846.

Il est très humble :

« Je m’exprime comme je puis, car il faut chercher des termes pour dire quelque chose de la réalité de cet état qui est au-dessus de toutes pensées et conceptions. Et pour dire en un mot, je vis sans vie, je suis sans être, Dieu est et vit, et cela me suffit … Voilà bien des paroles pour ne rien exprimer de ce que je veux dire. »847.

L’oraison est le fondement de sa vie : « L’oraison est la source de toute vertu en l’âme ; quiconque s’en éloigne tombe en tiédeur et en imperfection. L’oraison est un feu qui réchauffe ceux qui s’en approchent, et qui s’en éloigne se refroidit infailliblement. »848. Les Chrétiens proposent surtout l’oraison passive dans laquelle il a vécu toutes ses dernières années. Celle-ci met l’âme dans « une nudité totale pour la rendre capable de l’union immédiate et consommée », dit-il dans une lettre à sa sœur Jourdaine. Elle « ne peut souffrir aucune activité, ayant pour tout appui l’attrait passif de Dieu […] En cet état, il faut laisser opérer Dieu et recevoir tous les effets de sa sainte opération par un tacite consentement dans le fond de l’âme. » 849.

Aucune satisfaction ne doit être donnée à la « nature », si peu que ce soit. Mais la raison de cette rigueur est beaucoup plus profonde que des outrances qui ne sont plus de notre époque : la grâce, qui est pour lui la présence de Jésus-Christ, doit gouverner toutes les actions, jamais l’homme naturel : « Ce qui est purement naturel ne plaît pas à Dieu ; [il] faut que la grâce s’y trouve afin que l’action lui soit agréable et qu’elle nous dispose à l’union avec lui. »850. L’idéal est de se laisser gouverner par la grâce :

« C’est un moyen très utile pour l’oraison de s’accoutumer à ne rien faire que par le mouvement de Dieu. Le Saint-Esprit est dans nous, qui nous conduit : il faut être poussé de lui avant que de rien faire […] L’âme connaît bien ces mouvements divins par une paix, douceur et liberté d’esprit qui les accompagne, et quand elle les a quittées pour suivre la nature, elle connaît bien, par une secrète syndérèse [remords de conscience] qu’elle a commis une infidélité. »851.

Dans ses dernières années, il se méfie de toute action qui ne serait pas dictée par un mouvement de la grâce :

« Ne vous embarrassez point des choses extérieures sans l’ordre de Dieu bien reconnu, si vous n’en voulez recevoir de l’affliction d’esprit et du déchet dans votre perfection. … Oh, que la pure vertu est rare ! Ce qui paraît le meilleur est mélangé de nature et de grâce. »852.

C’est dans ses Lettres à l’ami intime853, que Bernières se dévoile le plus : bien que son ami soit plus jeune, il est visible qu’il le considère comme son égal. Il peut lui parler à cœur ouvert des états les plus profonds de ses dernières années :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre… Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même …854.

Jean dans sa jeunesse croyait l’abjection supérieure à tout. Il s’aperçoit que l’abandon est le sommet et la base de tout, ce qui lui fait composer cet hymne :

Ô cher abandon, vous êtes à présent l'objet de mon amour, qui dans vous se purifie, s'augmente et s'enflamme. Quiconque vous possède, ressent et goûte les aimables transports d'une grande liberté d'esprit. Une âme se perd heureusement en vous, après avoir perdu toutes les créatures pour l'amour de l'abjection, et ne se retrouve jamais qu'en Dieu, puisqu'elle est séparée de tout ce qui n'est point lui. […]

Vous êtes admirable, mon Dieu, vous êtes admirable dans vos saintes opérations, et dans les ascensions que vous faites faire aux âmes que vous conduisez de lumière en lumière avec une sainte et divine providence qui ne se voit que dans l'expérience. Il me semblait autrefois que la Grâce de l'amour de l'abjection était comme la dernière ; mais vous m'en découvrez d'autres qui me font monter l'âme plus haut. […]

Ô cher abandon, vous êtes le bon ami de mon cœur, qui pour vous seul soupire. Mais quand pourrai-je connaître que je vous posséderai parfaitement ? Ce sera lorsque la divine Volonté régnera parfaitement en moi. Car mon âme sera établie dans une entière indifférence au regard des événements et des moyens de la perfection, quand elle n'aura point d'autre joie que celle de Dieu, point d'autre tristesse, d'autre bonheur, d'autre félicité. […]855.



Jean veille sur ses cadets

Nous somme brefs sur ces amitiés qui sont couvertes dans les communications de cet ouvrage collectif :

Catherine de Bar qui deviendra la sainte « Mère du Saint-Sacrement » (1614-1698) transmet l’esprit de l’Ermitage grâce à une vie particulièrement féconde et longue. Elle passe environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen où le Père Jean-Chrysostome est son confesseur. Elle demeurera en correspondance avec Bernières856, de même que son nouveau confesseur Épiphane Louys (1614-1682), mystique attachant et lorrain comme elle, qui se liera également avec Bernières. Jean peut être rude dans ses lettres : « Vous n'êtes pas pourtant dans cet état [de pur amour], car l'on vous chérit trop »… Elle traverse dans sa jeunesse les affres « nocturnes » de purification mystique :

3 juillet 1643. Monsieur, Notre bon Monsieur Bertot nous a quittées avec joie pour satisfaire à vos ordres. Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélités et combien j'ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâces. je deviens si vide et si pauvre, même de Dieu que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l'un et l'autre que je demeure ainsi abandonnée laissant tout désir

13 novembre 1643. …Il n'y a rien dans mon cœur . Je suis pauvre véritablement, mais si pauvre que je ne puis exprimer 857.

« L’ami intime » Jacques Bertot (1620-1681) ou « Monsieur Bertot » (car il est prêtre), est une figure charnière reliant Caen et Paris, aussi fondamentale que demeurée discrète858. Un bref résumé de sa vie ainsi qu’un témoignage sur la fidélité de disciples est inclus dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées sous le titre Le directeur Mistique [...] ami intime de feu Mr de Bernières… publié quarante-cinq ans après sa mort de Bertot en révérence de Mme Guyon à son directeur :

« Monsieur Bertot natif de Coutances [en fait de Caen] grand ami de Jean de Bernières s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [à diriger] plusieurs personnes engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche [de] Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. [Il fut] enterré dans l’Église de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

Après des études au collège de Caen, il devint prêtre et s’attacha à Jean de Bernières. Ce dernier lui écrivit ces lettres « à l’ami intime » qui tranchent par leur ton et leur profondeur particulière sur l’ensemble de la correspondance859. On y sent l’autorité de l’expérience, mais aussi une complicité spirituelle et la certitude d’être parfaitement compris d’un jeune compagnon qui prend le chemin commun :

…Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire…860.

Jean de Bernières forme à l’Ermitage pendant plusieurs années François de Montmorency-Laval (1623-1708), qui emportera avec lui le manuscrit des « dits » de Marie des Vallées avant de devenir évêque de Québec.861.

De nombreux familiers de l’Ermitage suivront le même chemin : Ango de Maizerets, dont la vie se confondra avec celle du séminaire fondé là-bas à l’imitation de l’Ermitage, et qui se dévouera à l’éducation des enfants ; M. de Bernières, neveu de Jean, qui meurt à Québec en 1700 ; M. de Mésy, duelliste raffiné converti, premier gouverneur de Québec ; Roberge, le fidèle valet de chambre et disciple, après la mort de son maître…

Henri-Martin Boudon (1624-1702), l’archidiacre « persécuté » d’Évreux, l’auteur d’une abondante production littéraire, dont une biographie du P. Chrysosotome, conservera la confiance et l’appui de Bernières, car ce dernier est ferme dans ses convictions :

Lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie. Quand le grand archidiacre d’Évreux, Boudon, victime d’une sorte de conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui 862.

Bien d’autres figures devraient être citées. Sur place, M. de Gavrus, neveu de Jean, fonde l’hôpital général de Caen. Jean Aumont (1608-1689) du Tiers Ordre franciscain, est un auteur notable et attachant863. Lambert de la Motte, devenu Mgr de Béryte, est l’un des premiers évêques de la Chine. Etc.



Une heureuse fin

Usé par une vie suractive, la fin de Bernières sera brève, exauçant un intime désir né du souvenir de l’agonie douloureuse de son confesseur  Jean-Chrysostome :

Il avait pourtant peur de la mort Une tradition de famille rapportait qu’il demandait toujours à Dieu de mourir subitement Le 3 mai 1659 rentré à l’Ermitage, le soir venu, il se mit à dire ses prières. Son valet de chambre vint l’avertir qu’il était temps pour lui de se mettre au lit. Jean lui demanda un peu de répit, et continua de prier…864.

Son valet de chambre [Denis Roberge] ne s’en aperçut [de sa mort] qu’en l’entendant tomber sur son prie-Dieu. Il avait passé le jour aux Croisiers, où l’on solemnisait la fête de l’Invention de la Sainte-Croix, jour précieux pour lui…865

Sa mort et sa maladie n’ont duré qu’un quart d’heure. Sans être aucunement malade, sur les 9 heurs du soir, samedi, 3e de mai … il se souviendra de nous. Il nous aimait. 866.

Ce qui a été semé germe :



L’Ecole du Pur Amour

Il s’agit de l’association de laïcs et de religieux sans règle propre aux « religions » constituées : un réseau autour d’une filiation courant successivement du laïc sieur de la Forest au père Chrysostome, puis au laïc Bernières, au prêtre Bertot, à Mme Guyon…

Jean Aumont (1608-1689) du Tiers Ordre franciscain est « Le vigneron de Montmorency », auteur attachant qui mériterait d’être mieux étudié ; Paulin d’Aumale (apr. 1694) du Tiers Ordre Régulier sera mêlé à la querelle du quiétisme ; Archange Enguerrand (1631-1699) Récollet, sera « le bon franciscain » qui éveillera à la vie intérieure la jeune Jeanne-Marie Guyon (1648-1717).

Mme Guyon sera l’animatrice du cercle mystique important de la fin du siècle. Elle éveillera à la vie mystique François de Fénelon (1651-1715) et bien d’autres figures. Ils seront nommés « notre mère » et « notre père » par les disciples des cercles de Blois et de Cambrai. Nous avons relevé des indices précis sur ses liens avec le cercle normand comme avec la mouvance franciscaine, outre sa direction par monsieur Bertot disciple direct de Bernières867. Mais elle ne cite pas ce dernier868, très certainement par précaution, compte tenu de la condamnation post-mortem associée à celle de Molinos qui s’avère gênante puisqu’elle se produit pendant les années actives publiques parisiennes.

Par contre Mme Guyon estime Mectilde de Bar, la « sainte » Mère du Saint-Sacrement, connue personnellement :

Un mot là-dessus : la mère du Saint-Sacrement est celle dont je vous ai parlé, qui est l’ins[ti]tutrice de cet ordre, fut de mes amies et [est] une s[ain]te. Le reste de la communauté est fort opposé à l’intérieur et mad[emoise]lle de Chevreuse fera bien de n’en pas parler, afin de ne se point attirer de croix mal à propos et de conserver son don. Elle pourra parler à la mère du Saint-Sacrement tant qu’elle voudra.869

Ainsi que Marie des Vallées :

« Pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a fait depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre, mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose ».870.

Ce deuxième foyer parisien très actif à la fin du XVIIe siècle « relance » le courant mystique issu du premier foyer normand. Les écrits originaux sont aujourd’hui accessibles871. Mme Guyon et Fénelon sont à l’origine de cercles spirituels établis hors du Royaume en Hollande, Suisse et Allemagne, Écosse, autour de Poiret, de Fleischbein et de Dutoit, des Forbes, sur lesquels nous allons revenir.

Pour résumer la période qui s’achève à la mort de Bernières, « L’Ecole », à prendre au sens d’un réseau d’amis associant aînés et cadets, s’est constituée autour de Jean-Chrysostome de Saint-Lô, l’organisateur en Normandie-Bretagne de la seconde province française du Tiers Ordre Régulier franciscain, et de son très actif et rayonnant disciple Jean de Bernières basé à Caen. Le « cercle mystique normand » s’étend ensuite à Paris grâce au « passeur » monsieur Bertot peu après la disparition de Jean. Il fleurira une deuxième fois, tard dans le siècle, autour du célèbre couvent de bénédictines de Montmartre.

On touche ici au rôle d’un courant bénédictin entrelacé au courant issu du Tiers Ordre Régulier franciscain : le célèbre couvent prend monsieur Bertot pour confesseur, « l’Ami intime » dans des lettres de Bernières tandis que Mectilde de Bar fonde les bénédictines du Saint-Sacrement872. Le cercle animé par monsieur Bertot s’est établi autour du couvent des bénédictines de Montmartre avant d’être repris par Mme Guyon et Fénelon873.

Sur la liste des apôtres principaux de « l’école du cœur », six (ou sept) d’entre eux sont directement rattachés aux courants franciscains, dont quatre (ou cinq) aux deux tiers ordres. Il s’agit de deux membres du TOR et de deux (ou trois) membres du Tiers Ordre laïc, auxquels s’ajoutent un Récollet et l’Annonciade devenue fondatrice de son propre ordre de bénédictines. Tous les membres, sauf deux « héritiers », sont nés du vivant de « l’initiateur » Jean-Chrysostome.

Ce réseau informel liant franciscains à des prêtres séculiers et à des laïcs fut bien vivant par sa descendance à travers Jacques Bertot, ainsi que par l’intermédiaire de deux ordres toujours actifs fondés par saint Jean Eudes et par la Mère du Saint-Sacrement ; il se propagea à travers toute l’Europe (les cercles quiétistes qui sortent même du monde catholique, les bénédictines du Saint-Sacrement présentes en Pologne) et au Canada (par la grande mystique Marie de l’Incarnation, la correspondante de Bernières) :

III. « Rivières cachées »

Nous pensons que les membres de « l’école du cœur » appartenant aux deux Tiers Ordres ainsi que leur descendance « étoilée » dans et hors du cadre français catholique forment la principale contribution couvrant deux siècles provenant des franciscains. Les mystiques normands animés par Bernières seront actifs à Paris, au Canada, en Europe et en Écosse, enfin aux Etats-Unis.



Une voie occultée

L’importance de cette voie mystique a été occultée pour plusieurs raisons :

(1). Elle inclut certains quiétistes même s’il ne s’agit pas d’hétérodoxes ayant partagé l’ « erreur » d’un quiétisme perçu comme paresse spirituelle (l’étiquette est d’un usage si large que les propositions condamnées ne se retrouvent pas dans les textes874). Cette appartenance à une voie ou école ou « parti quiétiste » provoqua en 1687 la condamnation post-mortem d’œuvres de Bernières en même temps que celle de Molinos (la figure comme l’œuvre), puis en 1699 d’un ensemble élargi par le bref Cum alias à Mme Guyon, François de Fénelon et d’autres. Car la reconnaissance du rôle de transmission entre Caen et Paris assuré par monsieur Bertot était déjà reconnue à la fin du siècle par une enquête qui souligna son rôle à la tête du « parti » :

« Il y a plus de vingt ans que l’on voit à la tête de ce parti M. Bertau [Bertot], directeur de feu madame de Montmartre [la supérieure du couvent des bénédictines]… Madame G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée… » 875.

(2). Elle est vécue par des « amis » d’origines diverses, appartenant souvent à la société laïque, ce qui ne permet pas de cerner facilement un corps ou « religion », ce qui constitue une première étape indispensable pour définir un champ d’études. Aussi le champ, par ailleurs objet de suspicion, resta en friche. L’école alterne ses membres les plus influents entre religieux et laïcs selon la séquence principale suivante : à l’origine, le Tiers Ordre Régulier franciscain – un premier relai existe incarné par le sieur de la Forest à Rouen876 — le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô – Monsieur de Bernières à Caen – le prêtre Jacques Bertot à Caen puis Paris – Mme Guyon et l’archevêque de Cambrai Fénelon - des disciples catholiques français « cis » et protestants étrangers « trans » sur lesquels nous allons revenir… : il s’agit d’un mélange entre religieux et laïcs tout moderne même s’il trouve sa source naturelle dans le milieu franciscain médiéval des deux Tiers Ordres !

(3). Le relai assuré par des protestants dont en premier lieu par le pasteur-éditeur Pierre Poiret près d’Amsterdam puis par le pasteur-éditeur Dutoit-Mambrini à Lausanne. En outre l’utilisation par des pamphlétaires protestants de la persécution « papiste » subie par Mme Guyon n’arrangea rien.

Catholiques, protestants… On retrouve leur unité pour certains d’entre eux au niveau du vécu d’un « christianisme intérieur » — certes suspect vu des autorités « extérieures », aussi bien protestantes vis-à-vis des piétistes (souvent en interaction avec des membres de cercles guyonniens), que catholiques vis-à-vis des quiétistes :

Chez les protestants ce vécu est orienté par la lecture de l’œuvre guyonnienne  et d’autres mystiques : les publication de Poiret circulent largement. On a les traces d’envois de livres (par exemple cent volumes sont expédiés à Londres au docteur Cheynes, dont quarante-deux parviendront aux grandes familles écossaises vivant près d’Edimbourg ou d’Aberdeen) et de lettres (par exemple des lettres adressées à des correspondants du cercle de Morges près Lausanne dont certaines atteignent des vallées reculées d’une Suisse encore sauvage).

Chez des laïcs catholiques, des vœux particuliers prennent la place des règles vécues par leurs guides religieux, ce qui rapproche les uns des autres : Bernières, incité par son directeur Chrysostome,  met en œuvre des vœux propres au tiers ordre séculier, réalisant son souci de pratique de la pauvreté. De même Mme Guyon — qui partage avec Bernières la particularité d’appartenir à une fort riche famille — témoigne de vœux de chasteté, de pauvreté, d’obéissance, pris lors de son veuvage :

J’avais fait cinq vœux en ce pays-là [Thonon en Savoie, à l’époque de la rédaction de son Moyen court] : le premier de chasteté, que j’avais déjà fait sitôt que je fus veuve ; celui de pauvreté ; c’est pourquoi je me suis dépouillée de tous mes biens. Je n’ai jamais confié ceci à qui que ce soit. Le troisième, d’une obéissance aveugle, à l’extérieur, à toutes les providences ou à ce qui me serait marqué par mes supérieurs ou directeurs, et au-dedans, d’une totale dépendance de la grâce. Le quatrième, d’un attachement inviolable à la sainte Église, ma mère, non seulement dans ses décisions générales, où tout catholique est obligé de se soumettre, mais dans ses inclinations, et de procurer le salut de mes frères dans ce même esprit. Le cinquième était un culte particulier à l’enfance de Jésus-Christ, plus intérieur qu’extérieur. Et quoique mon âme ne fût plus en état d’avoir besoin de ces vœux, Notre Seigneur me les fit faire extérieurement et me donna, en même temps, au-dedans, l’effet réel de ces mêmes vœux. Depuis ce temps, il n’est pas en mon pouvoir de garder de l’argent : je vis avec une entière pauvreté.877

Ainsi leurs membres sont solidement ancrés dans la pratique des vertus sans en être esclave (le franciscain capucin Martial d’Etampes résume : « Servez-vous des vertus et jamais ne servez les vertus ») ce qui permet à l’école du Pur Amour de poursuivre son chemin malgré les traverses. Mais elle requiert une exploration des courants souterrains qui prirent le relai des cercles mystiques formés à Blois autour de Mme Guyon et à Cambrai autour de Fénelon :



Influences hors du Royaume

Chez les catholiques la vie intérieure est censurée en Italie comme en Espagne ce qui limite la possibilité d’utiliser des imprimés. En Europe centrale et du nord, les protestants piétistes (mais non les confessions calvinistes ou même luthériennes opposées à une mystique associée aux moines et moniales combattus par les réformes) sont influencés au contraire par ce moyen. Des relais à l’étranger se constituèrent au début du XVIIIe siècle :

(1) en Suisse à Morges près de Lausanne où Jean-Philippe Dutoit-Mambrini (1721-1793), notable écrivain vaudois, fut pasteur dans la seconde moitié du siècle et éditeur de l’œuvre guyonnienne878. Jean-Philippe naquit d’un père vaudois qui, lui, renonça à devenir pasteur en jugeant sévèrement l’état du clergé protestant, et d’une mère d’origine italienne ; il fit des études de théologie. À trente et un ans il traversa une crise intérieure à l’occasion d’une longue et dangereuse maladie. L’année suivante il rencontre par les textes Mme Guyon :

S'il avait reçu « une clarté » de Voltaire, il devait, l'année suivante, en recevoir une bien plus grande de celle dont il fut le pieux disciple et le fervent éditeur. En feuilletant un jour les étalages des bouquinistes de la foire, avec son ami le régent Ballif, les Discours de Mme Guyon tombèrent entre ses mains et, sinon tout de suite, du moins bien vite, la grande mystique devint sa directrice et son inspiratrice… »879.

Il faut souligner l’importance d’une saisie par la sévère police bernoise à la fin du XVIIIe siècle chez ce pasteur piétiste. Nous citons ici un extrait du procès-verbal compte tenu de l’importance d’une telle pièce qui atteste la conscience d’une continuité « d’école » sur plus d’un siècle880 :

« 6e Janvier 1769. Nous David Jenner, ci-devant colonel en Hollande, actuellement baillif de Lausanne, au nom et de la part de Leurs Excellences nos Souverains Seigneurs de la ville et république de Berne, savoir faisons qu'en conséquence des ordres que nous aurions reçus de L.L. E.E[xcellenc]es du Sénat, en date du 5e du courant, pour enlever à Monsieur le Ministre Dutoit de Moudon, tous ses papiers, écrits et livres, faire inventaire des dits et en procurer ensuite l'expédition […avons] rencontré le dit Mr Dutoit, actuellement dans un état de maladie, au dit domicile, logé à un 3me étage, dans un petit cabinet dont le lit et une malle occupent presque tout l'espace. […faisons l’] inventaire suivant : La Bible de Mme Guyon et plusieurs de ses ouvrages, mais non pas tous. Monsieur de Bernières soit le Chrétien intérieur. La Théologie du Cœur [de Poiret]. Le Directeur mystique de Monsieur Bertot. Œuvres de Ste Thérèse (N. B. Appartient à Mr Grenus.) La Bible de Martin [Luther]. L'Imitation d'A Kempis. Déclarant de bonne foi qu'il ne se sait ici aucun autre livre mystique ou ascétique… »

Le groupe guyonnien rencontre par la suite un écho lors du « réveil » suisse animé par Vinet au début du XIXe siècle, puis semble disparaître.

Benjamin Constant, influencé un temps par son cousin le Chevalier de Langalerie, nous apporte dans son roman semi-autobiographique Cécile son témoignage sur les derniers jours du groupe de Morges. Il vaut d’être cité compte tenu de la valeur de l’écrivain touché un moment par la grâce :

Il y a à Lausanne une secte religieuse, composée d’un assez grand nombre de personnes de conditions différentes et qui, connues sous le nom de Piétistes et fort calomniées, professent les opinions de Fénelon et de Mme Guyon. Plusieurs de mes parents appartenant à cette secte avaient, à diverses époques, esssayé de m’y faire entrer. J’avais été très irreligieux dans ma jeunesse […] Cet homme, de l’esprit duquel je ne puis douter et dont la bonne foi, encore aujourd’hui, ne m’est point suspecte […] avait écarté de ses discours tout ce qui n’aurait eu rapport qu’à des dogmes qui eussent appelé un examen dangereux. Le mot même de Dieu n’avait pas été prononcé. « Vous ne pouvez nier, m’avait-il dit, qu’il n’y ait hors de vous une puissance plus forte que vous-même. […] Comment prier, m'objecterez-vous, quand on ne croit pas ? Je ne puis vous faire qu'une réponse : essayez et vous verrez, deman­dez et vous obtiendrez. Mais ce n'est pas en demandant des choses déterminées que vous serez exaucé ; c'est en demandant de vouloir ce qui est. Le changement ne se fera pas sur les circonstances extérieures, mais sur la dis­position de votre âme. […] Ces réflexions me frappèrent. La lecture de plusieurs ouvrages de Mme Guyon produisit en moi une sorte de calme inusité qui me fit du bien. J'essayai la prière, autant que cela se peut sans conviction préalable. J'écar­tai toute recherche sur la nature de la puissance inconnue que je sentais au-dessus de moi. Je ne m'adressai qu'à sa bonté. Je ne lui demandai que de me donner la force de me résigner à ses décrets. J'éprouvai un soulagement manifeste. Ce qui m'avait paru dur à supporter tant que je m'étais arrogé le droit de la résistance et de la plainte, perdit la plus grande partie de son amertume dès que je me fis un devoir de m'y soumettre. Ce premier adoucis­sement de mes longues souffrances m'encouragea…

(2) en Allemagne le comte Friedrich von Fleichbein (1700-1774)881, dont la jeune femme Pétronille d’Eisweiler connut brièvement le cercle de Blois et Mme Guyon, associe quiétisme et piétisme rigoriste882. Il est en relation avec le pasteur Dutoit-Mambrini qui le révère.

(3) en Hollande à Rijnsburg, le cercle formé autour de Pierre Poiret (1646-1719)883 sera influent sur le grand mystique et théologien Tersteegen (1697-1759) qui « découvrira les écrits de nombreux mystiques, notamment ceux de Mme Guyon … dont il traduira une partie. »884.

(4) en Écosse à Aberdeen, les disciples écossais de Mme Guyon constituaient un groupe d’amis885 dont Henderson886 restitue l’atmosphère attachante, la droiture et le courage de ses membres pris par les remous politiques. Car l’Écosse a une histoire faite de luttes inégales887.

Le groupe qui deviendra guyonien était à l’origine marqués par l’esprit ouvert de la confession protestante épiscopalienne parce que se succédèrent des religieux remarquables qui enseignèrent in Divinity à l’université d’Aberdeen (l’une des trois meilleures universités britanniques, avec Oxford et Cambridge) : John Forbes, qui tint un journal intérieur de 1624 à 1647 ; puis Henry Scougall, auteur de la remarquable Life of God in the soul of man888 (1677) ; enfin James Garden auteur de la non moins remarquable Comparative theology (1699). Ce dernier devint guyonien ainsi que son jeune frère George dont la vie profonde tranparaît dans des conseils adressés à un correspondant trop « enthousiaste »889 :

[…] 6. Pour ceux qui s’adonnent à la prière du silence, il est [pré]supposé que leurs sens, appétits et passions sont en grande part mortifiés et soumis … sinon ils peuvent être conduits à une fausse quiétude qui ne purifie pas le cœur, mais l’expose à l’illusion.

7. La prière de silence étant détournement de l’âme de la compréhension de toutes les créatures et de toutes leurs images, et se fixer par pure Foi sur Dieu, suprême Vérité et Bien, comme il est en Lui-même infiniment au-delà des conceptions de toute créature, par un amour ardent de la suprême et sans limite et incompréhensible beauté [lovelyness], la grande Fin de tout ceci doit être enracinée dans l’espoir et l’amour divin […] Celui qui prie de cette façon n’attend aucun discours, ni mouvements, ni lumières extraordinaires, ni autres miracles. Et ne désire aucune autre chose sinon de toujours croire en Dieu profondément et fermement, d’espérer en lui et de l’aimer dans le temps et durant l’éternité sans changement.

8. Mais si de telles âmes ont à quelque moment des lumières et conditions extraordinaires sur des choses particulières, ils ne sont pas mariés avec elles, parce qu’ils savent que ce qui est connu, possédé et senti ici bas n’est pas Dieu […]

9. L’état ordinaire d’une âme qui est sur le point d’acquérir la prière silencieuse, est un état de foi pure et obscure. Il ne connaît pas Dieu, il ne le sent pas. Nuages et obscurité l’entourent. Il est placé comme dans une terre sèche et assoiffée où il n’y a pas d’eau : et cependant il est encore plus assoiffé et affamé de Dieu et de la prière et ses dégoûts des choses temporelles s’accroissent, tandis qu’il lui semble n’avoir ni vertu et ne pas aimer Dieu. Et ceci est sa vraie purification, pas simplement des images et de l’amour des choses corporelles, mais de soi, de l’amour-propre, de la complaisance en soi-même, de la recherche de soi-même…

Jacobites de manière avouée ou cachée, ils voyageaient ou se réfugiaient sur le continent. Ils passaient par la Hollande, qui n’était qu’à trois (voire deux) jours de bateau des ports de la côte est situés entre Edimbourg et Aberdeen. De nombreuses communautés d’Ecossais s’établirent ainsi sur le continent, tout comme les Hollandais furent présents à Culross, le beau port et village visité de nos jours près d’Edimbourg.

Le dégoût des affrontements et des controverses au nom de l’Ecriture souvent interprétée trop littéralement, tourna leur attention vers « l’intérieur » mystique. Tout un réseau d’Ecossais reçut ainsi les ouvrages mystiques de Poiret par l’intermédiaire du Dr. Keith de Londres. Ce dernier importa par exemple cent exemplaires d’un de ses titres pour en redistribuer quarante-deux en Écosse890.

(5) Une influence s’exercera aux Etats-Unis où la branche protestante méthodiste se développa par l’intermédiaire de John Wesley, le spirituel au centre de cette renaissance qui succède dans la seconde moitié du XVIIIe siècle à la période sèche « des lumières » en Angleterre891 :

« Plus que tout autre, son action a permis la survie dans le monde anglo-saxon du goût de la vie intérieure et de la croyance à la possibilité de la sainteté. Elle n’aurait pas été possible sans les efforts de Poiret qui lui ont fourni la charte du Méthodisme…892. »

Il admet la possibilité de la délivrance « du pouvoir de pécher par la complète domination de Dieu dans le cœur qu’Il remplit entièrement de son amour » (Orcibal). Son « pure love » rejoint l’union avec Dieu défendue par Mme Guyon893. Il est en relation avec Dutoit par l’intermédiaire de J. de La Fléchère…

…pasteur suisse qu'il choisira comme successeur. Ami du guyonien Dutoit-Membrini, celui-ci donna courageusement au mot « mystique » un sens bien différent de celui que Wesley lui attribuait encore d'une façon implicite. […] Aux Lumières, succédait le Pré-romantisme et Richardson, le nouvel auteur à la mode, faisait dans son sir Charles Grandison le portrait du pieux non-jureur Robert Nelson. Un poème de John Byrom réussissait à donner au mot enthusiasm, longtemps si décrié, un sens favorable. Sans doute ce mouvement s'accompagnait vers 1773 d'une reconnaissance du guyonisme et du bourignonisme, mais le rôle bienfaisant de J. Wesley sur la société anglaise était maintenant trop bien reconnu pour qu'il risquât d'être confondu avec des illuminés extravagants.894.

« Très tôt il avait été question de la célèbre mystique en Grande-Bretagne. En décembre 1703 parut à Londres la traduction de son plus fameux opuscule sous le titre A short and easie method of Prayer.895 Nous sommes à tout le moins sûrs que J. Wesley consacra à l'étude de A short method les journées des 4 et 5 janvier 1735 896. Le 5 juin 1742, il relut l'opuscule en y joignant le texte français des Torrents spirituels. Sous l'influence de J. Fletcher, Wesley redevenait beaucoup plus favorable à la mystique. À la suite de Hartley, il se posait donc, le 27 août 1770, en champion de Mme Guyon contre Littleton : malgré ses erreurs, elle n'avait rien d'« une enthousiaste. Sans aucun doute, elle possédait une intelligence tout à fait exceptionnelle et une excellente piété. Elle n'était pas plus lunatique qu'hérétique897.

« Mais c'est l'année 1772 qui marque un tournant décisif dans l'histoire du guyonisme anglo-saxon. […] Fait plus grave898, il semble que bien des méthodistes, et parmi les plus zélées, avaient aussitôt (surtout à Bristol) pris la mystique pour modèle899. Il n'y a donc pas à s'étonner que, les années suivantes, son nom se retrouve près de vingt fois sous la plume de J. Wesley. On comprend pourtant que ses avertissements soient d'abord restés vains : s’il dénonçait les « raffinements « mystiques de Mme Guyon et leur « quiétisme anti-scriptural «, il ne manquait pas en effet d'ajouter qu'ils étaient d’autant plus dangereux que beaucoup « de choses excellentes « s'y trouvaient mêlées. […] « le monde n'a jamais vu une telle vie… un mélange aussi prodigieux «. […] « dans cette gangue, que d'or pur ! Quelle profondeur de religion, d'union spirituelle à Jésus-Christ ! Quelles hauteurs de justice, et de paix, et de joie dans le Saint-Esprit ! Que nous rencontrons peu d'exemples comparables d'amour exalté de Dieu et du prochain ; de véritable humilité ; d'invincible douceur et de résignation sans bornes ! Si bien que, somme toute, je ne sais s'il ne faudrait pas parcourir plusieurs siècles pour retrouver en une autre femme un tel modèle de véritable sainteté «. Par la suite,Wesley rappela de temps en temps ses réserves, mais il ne rétracta jamais rien de ses éloges : c'est toujours l'exilée de Blois qu'il prend pour terme de comparaison en fait de profonde communion avec Dieu et, les livres de « sister Pennington « ayant brûlé, il place Mme Guyon parmi les quelques volumes qui doivent lui être envoyés d'urgence. En 1781, deux de ses publications révélèrent ses nouveaux sentiments à un plus vaste public. Dans les extraits qu'il donna de The fool of quality de Henry Brooke (sous le titre de The History of Henry, earl of Moreland), il reproduisait les termes enthousiastes qu'inspirait à l'auteur la maîtresse spirituelle de sa Louisa. En revanche, sa Concise ecclesiastical history supprimait la plupart des attaques dont elle et Fénelon faisaient l'objet dans Mosheim et Maclaine.900.

« Mais les noms de Fénelon et de Renty n'évoquent pas assez la violence de la crise mystique que Wesley traversa de 1731 à 1736 : lui-même en a reconnu la réalité et ses Diaries inédits en précisent la nature. Son ardeur était alors entretenue par son professeur de sténographie J. Byrom qui essayait de faire connaître en Angleterre les auteurs édités par P. Poiret. […] En janvier 1735, Wesley étudiait également le Moyen court de Mme Guyon et le docteur Cheyne réussit même à éveiller chez lui un vif intérêt pour Marsay qu'il traitait encore en 1756 d'« éminent mystique «. À ces auteurs, l'influence de William Law lui faisait enfin joindre la lecture de Tauler, de la Théologie germanique et de Molinos. On ne s'étonnera donc pas qu'il ait défendu l'idéal de l'Amour pur, le désintéressement total qui va jusqu'à la résignation à l'Enfer, si telle est la volonté de Dieu.901.

Il faut également souligner l’influence chez les Quakers qui firent beaucoup « pour la renommée de la victime de Bossuet » comme l’indique précisément Orcibal :

Après avoir publié, en 1727, une courte Letter to J.O. being an account of Madam Guyon, Josiah Martin traduisait plusieurs de ses poèmes dans The Archbishop of Cambray's dissertation on pure love (Londres, 1735, pp. 122-138) – et en note il souligne « nettement l'importance que prit dès lors chez les Quakers son idée de la fécondité spirituelle [que nous trouvons un apport saisissant à la lecture de son Cantique]. Et il insiste sur le rôle que jouèrent après Martin, les ouvrages de Gough et surtout A Guide to true Peace (Stockton, 1813) où W. Backhouse et J. Janson groupèrent des extraits de Fénelon, de Mme Guyon et de Molinos. »902.

…le « Friend » Josiah Martin, intéressant écrivain qui devait répondre aux Lettres philosophiques de Voltaire, fit plus encore pour la réputation de l'archevêque de Cambrai, en qui il voyait « aussi un quaker » , puisqu'il publia entre 1727 et 1738 divers recueils d'écrits du prélat auxquels il joignit des cantiques de Mme Guyon et une apologie des idées de celle-ci.903

L’année 1772 « marque un tournant décisif dans l'histoire du guyonisme anglo-saxon. Le Quaker de Bristol James Gough donna, en deux volumes, une traduction de la Vie de Mme Guyon. Quelques mois plus tard, Cornelius Cayley accordait des éloges également vifs à la tolérance de l'héroïne et à l'esprit catholique de l'éditeur »904. Enfin l’idée de fécondité spirituelle propre à Mme Guyon, que nous trouvons particulièrement mise en valeur à l’occasion de son Commentaire au Cantique ainsi rendu très original, fut largement reprise905.

Wiliam Law (1686-1761), ascète et mystique assez proche des Quakers mais qui vécut et mourut Anglican, écrivait vers 1738 :

Je désirais presque, écrivait-il vers 1738, qu'il n'y eût pas de livres de spiritualité en dehors de ceux qui ont été écrits par des catholiques. Vous trouverez chez Bertot premier directeur de Mme Guyon, « toutes les instructions qu’une (531) personne descendue du Ciel pourrait vous donner ». Il s'intéressait pour les mêmes raisons au carme Laurent de la Résurrection, humble cuisinier fort admiré de Fénelon, dont les paroles et les exemples étaient bien connus en Angleterre grâce aux Devotional Tracts concerning the Presence of God. 906.

La bibliothèque de Law possédait les Discours chrétiens et spirituels et le Moyen Court. Il les « a certainement étudiés de très près car ils sont couverts de traits et de signes divers. Les pages blanches du second volume contiennent en outre d'excellents résumés des idées essentielles de la mystique »907.

§

Nous n’avons pas encore réussi à retracer en aval le devenir de ces petites rivières d’un « delta spirituel » après le début du XIXe siècle et hors de France. Le cercle de Morges se sclérose après 1832, mais qu’en est-il en Écosse, Norvège et Suède (les grandes familles écossaises ayant pied des deux côtés de la mer du nord), voire en Russie où un pope aurait traduit partiellement Mme Guyon !



Influences dans le monde catholique français

Les influences dans le monde catholique français chez des figures mystiques que l’on trouve rassemblées autour du thème de l’abandon furent occultées à la suite des condamnations du « quiétisme ». Il s’agit en premier lieu du cercle constitué autour de Monsieur Bertot, repris et élargi par Mme Guyon. Une vingtaine de noms sont bien identifiés, desquels se détachent les ducs et duchesses de Chevreuse et Beauvillier, la duchesse de Mortemart, Dupuy…, puis à la génération suivante le neveu marquis de Fénelon et d’autres amis de Fénelon, vivant à ou près de Cambrai, malheureusement mal identifiés908.

D’autres foyers existèrent :

(1) François-Claude Milley (1668-1720) fut en rapport avec Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), tous deux jésuites, par l’intermédiaire de la Mère de Siry : il s’agit de « deux maîtres de l’abandon qui ont puisé à la même source »909.

Milley écrit à la Mère de Siry :

J’ai vu les lettres spirituelles de M. de Bernières ; cet ouvrage surpasse tous les autres … j’y ai trouvé mes sentiments pour la conduite de l’abandon si bien marqués, et exprimés en termes si ressemblants, que je croyais presque l’avoir copié avant que de le connaître. Les personnes …disent que c’était moi qui avait fait ces lettres 910.

(2) le P. de Caussade est influencé de façon directe. Car L’Abandon à la Providence divine n’est pas de lui. Il est aujourd’hui clair que « l’image d’un Caussade auteur spirituel majeur … n’a pas résisté à cette mise à plat », tandis que la liaison avec la Visitation de Meaux explique l’ » inspiration guyonnienne »911. On sait combien ce beau livret traverse les siècles et est lu largement aux Etats-Unis comme en France.

Nous relevons enfin une influence prolongée au cours des XIXe et XXe siècles :

(3) chez le Père Henri Ramières (1821-1884), jésuite, bon spirituel, premier éditeur de L’Abandon à la Providence divine attribué à Caussade.

(4) chez Dom Vital Lehodey (1857-1948), auteur de l’ouvrage : Le saint Abandon, 1919.

(5) d’autres bénéficièrent de l’influence de ce courant mystique, mais ces liens échappent à la preuve directe.

Est attestée en tous cas l’influence prolongée de L’abandon à la Providence divine réédité au XIXe siècle par le père jésuite H. Ramières912 : ce texte « fait figure de superbe rejeton de la tradition guyonienne … qui inspirera notamment le P. Grou puis, au XIXe siècle, la spiritualité dite de l’abandon ou de l’enfance, illustrée par Mgr Gay et Thérèse de Lisieux. »913.

Conclusion

Cette présentation à Caen nous a donnée l’idée et l’impulsion de poursuivre un travail qui ne manquera pas d’être sujet à discussions et donc à de fructueuses mises au point914. Il présentera le grand courant mystique de la quiétude qui naît de membres des deux Tiers Ordres franciscains, se développe au sein du groupe de mystiques normands familiers d’un Ermitage construit et animé par monsieur de Bernières, passe à Paris dans le cercle né autour du couvent de Montmartre, prit de l’importance autour de Mme Guyon et de Fénelon avant d’être contraint de se cacher, pour se répandre cependant en Europe, avant d’être étudié par Bremond, l’auteur du Sentiment religieux915, et par Cognet, l’auteur du Crépuscule des mystiques916, enfin édité917.

Les écrits issus de Jean de Bernières seront eux bientôt et enfin entièrement disponibles en éditions critiques : Outre le « cahier spirituel » publié chez Arfuyen livrant le Livre VII du Chrétien en huit Livres et des Lettres à l’ami intime et l’ édition intégrale des deux Chrétiens précédemment cités, la Correspondance de Jean mise en ordre chronologique918 et présentée par le P. Éric de Reviers mettra en valeur la trajectoire mystique accomplie entre 1644 (environ) et 1659, date de la disparition précoce du « pauvre devant Dieu » dont l’abjection devant la grandeur divine devint abandon à son amour.



Table

Rencontres autour de Jean de Bernières mystique de l’abandon et de la quiétude2

Redécouvrir Jean de Bernières5


I. SITUER « MONSIEUR DE BERNIÈRES »9


Caen à l’époque de Jean de Bernières et de François Montmorency de Laval10

John A. Dickinson

Une période de crises politiques, religieuses, sociales et environnementales10

Une ville à la vie culturelle bien développée « les pieds dans l’eau »11

Chef-lieu d’une économie locale14

Un centre intellectuel14

La charité nécessaire15

Une action laïque pour contrer le protestantisme16

Père spirituel de l’Église canadienne17


L’entourage et la spiritualité de Jean de Bernières (1602-1659)19

Avec quelques traits caractéristiques de ses lettres contenues dans les Œuvres spirituelles en la première période de sa correspondance, 1641-164519

Dom Joël Letellier, o.s.b.19

I/ Le texte et le contexte. Succès des éditions, mais difficulté d’atteindre l’écrit originel20

L’entourage de Jean de Bernières, le contexte de ses premières lettres et sa lignée spirituelle24

II/ La spiritualité de Jean de Bernières d’après ses premières lettres, de 1641 à 164549

Conclusion : une fenêtre ouverte sur l’univers de Jean de Bernières85


II. JEAN ET SES AMIS SPIRITUELS88


La présence de Jean de Bernières dans les écrits de Marie de l’Incarnation et de son fils Dom Martin89

Isabelle Landy-Houillon89

Présence de Monsieur de Bernières dans les textes91

Spiritualités comparées : créature et Créateur93

Oraison, contemplation et charité100


Un disciple méconnu de Jean de Bernières : le bienheureux François de Laval, premier évêque de Québec (1623-1708)104

Dom Thierry Barbeau, o.s.b.104

François de Laval : un homme, une vie106

L'Ermitage de Caen ou la formation spirituelle d'un futur pasteur112

Jean de Bernières et François de Laval : une commune spiritualité de la désappropriation120

Un Ermitage pour une Église naissante : la fondation du Séminaire de Québec125


La correspondance spirituelle entre Jean de Bernières et mère Mectilde du Saint-Sacrement136

Bernard Pitaud, P.S.S.136

Introduction : la rencontre ; une amitié spirituelle ; les conditions de la correspondance137

LA DIRECTION SPIRITUELLE DE MERE MECTILDE PAR BERNIERES140

DEUXIEME PARTIE : L’EVOLUTION DE LA VIE SPIRITUELLE DE MERE MECTILDE170

La filiazione Bernières – Bertot – Catherine Mectilde de Bar213

Annamaria Valli, OSBap213

1. Il vissuto di Mectilde nelle lettere a Rambervillers del 1659-1661214

2. Le notizie su Monsieur Jacques Bertot e il rimando a Bernières224

3. Conclusioni236


III. JEAN DANS SON SIECLE245


Jean de Bernières, dans l’histoire sociale et spirituelle de l’époque moderne246

Jean-Marie Gourvil246

Bernières et la modernité246

Bernières entre popularité et condamnation251

Jean de Bernières : sa vie, son œuvre254

Les ruptures de l'époque moderne263

Le Moyen-Age, vie communautaire et vision enchantée du monde264

L'émergence de la période moderne et le Concile de Trente270

L'hôpital des deux XVIIes siècles, de la compassion à l'hôpital général277

L'école et l'éducation des deux XVIIes siècles291

La spiritualité dionysienne de Jean de Bernières297

Bernières et la modernité308

Bernières entre popularité et condamnation312

Jean de Bernières : sa vie, son œuvre315

Les ruptures de l'époque moderne323

Le Moyen-Age, vie communautaire324

et vision enchantée du monde324

L'émergence de la période moderne et le Concile de Trente330

L'hôpital des deux XVIIe siècles, de la compassion à l'hôpital général336

L'école et l'éducation des deux XVIIe siècles349

La spiritualité dionysienne de Jean de Bernières355

Conclusion, sortir de la modernité !363


Jean de Bernières, sources et influences sur l’histoire de la spiritualité365

Dominique Tronc365

I. Un succès éditorial366

II. Des « amis » spirituels372

III. « Rivières cachées »387

Conclusion398


IV. LIRE JEAN DE BERNIERES400


Jean de Bernières, Portrait spirituel à partir de sa correspondance et de ses notes spirituelles.401

Dom Éric de Reviers, o.s.b.401

« Un pauvre ermite caché dans le fond de sa solitude »406

Maître du Saint Abandon et de l’enfance spirituelle.421

Un Maître d’oraison439


Textes de Jean de Bernières lus en l’église Saint Jean de Caen le 13 Juin 2009.507


Sources bibliographiques513

Le « paysage mystique normand » abordé par Charles Berthelot du Chesnay, Eudiste.513

Des éditions anciennes aux éditions contemporaines.519







39.MARIE DES VALLEES LE JARDIN DE L’AMOUR DIVIN

(52) MARIE_DES_VALLEES_Arfuyen_20oct2010.doc

(52) Correctif pour Marie des Vallées éd Arfuyen juin 2013.doc



!Marie des Vallées Jardin de l'amour anc. Vie admirable D & M Tronc (Arfuyen 2013).pdfMarie des Vallées Jardin de l'amour anc. Vie admirable D & M Tronc (Arfuyen 2013).doc



Marie des Vallées, Le Jardin de l’Amour divin, Textes choisis et présentés par Dominique et Murielle Tronc, Arfuyen, « Les carnets spirituels », 2013, 207 p.

Préface

« Je vous crucifierais, dit-elle au Seigneur, je frapperais à grands coups de marteau sur les clous, je vous mettrais même en Enfer, si la Divine Volonté me l’ordonnait ». Voilà qui est parler, et que nous sommes loin des timides façons du christianisme ordinaire ! … Que cette sainte me plaît. Elle parle à Dieu presque d’égal à égal, et elle a l’air d’avoir perdu la tête au moment où son bon sens de paysanne est le plus fort »919.

Marie des Vallées (1590-1656), exerça une profonde influence sur le cercle mystique normand, auquel appartenaient Jean de Bernières (1602-1659) et son jeune associé Jacques Bertot, la mère fondatrice Catherine de Bar, François de Montmorency-Laval futur évêque de Québec, saint Jean Eudes, le baron de Renty Certains membres du cercle de l’Ermitage de Caen allaient chaque année passer plusieurs jours auprès de « la sainte de Coutances », lui faisant part de leurs difficultés les plus intimes.

Son souvenir resta présent chez leurs successeurs et l’on se recueillit longtemps sur sa tombe. Ce réseau mystique s’étendit jusqu’à Paris et pénétra la Cour peu après le milieu du XVIIe siècle par l’intermédiaire de M. Bertot ; et Mme Guyon, qui s’y rattache, écrit à la fin du siècle au fidèle duc de Chevreuse :

« …pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a fait depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose »920.

Cette confidence résume une vision juste d’une mystique par une autre : l’« innocente » servante, obsédée par la crainte, voire la conviction d’être possédée, à une période où l’on brûle les sorcières par milliers, s’est jetée sans réserve à Dieu. Elle s’est aussi dangereusement « livrée en sacrifice » pour le rachat de ses persécuteurs. Ce don a renforcé des épreuves à l’issue incertaine. On apprécie mieux aujourd’hui le risque d’une telle offrande à porter le mal d’autrui. Le jeune jésuite Surin arrive à Loudun en 1634, l’année où Marie émerge du « mal de douze ans » et va de même entreprendre un étrange voyage intérieur921.

« Cela ne fait rien à la chose » ? En effet la sainte servante parvient à un état spirituel permanent qui lui permet de venir en aide à ses visiteurs. L’un d’entre eux, (le futur saint) Jean Eudes, note soigneusement ses « dits ». Son texte est resté dans l’ombre, en vue de le préserver pour permettre sa canonisation, car il fut pris à partie dans une méchante querelle où l’on chercha à le discréditer en rapportant sa dépendance envers la « sœur Marie ».

Signe de vénération, une copie du texte accompagna Monseigneur de Laval au Canada, sur une coquille en bois, dans les conditions aventureuses d’une des traversées maritimes si bien décrites par Marie de l’Incarnation. Redécouvert, le manuscrit revient en France deux siècles plus tard, cette fois sur un bateau en fer. Ayant ainsi traversé avec succès deux fois l’océan, il repose aujourd’hui aux archives eudistes de Paris : cette Vie admirable mérite enfin d’être reconnue. Nous faisons suivre des extraits, qui forment la plus grande partie de ce petit volume, par un bref aperçu des Conseils d’une grande servante de Dieu, oublié, lui aussi, au sein d’un recueil mystique publié tardivement922. Ce bref résumé de la voie mystique vécue dans toute son exigence jette un éclairage vivant sur les entretiens par lesquels la sœur Marie, âgée, rayonnait sur ses visiteurs.

Marie fut ainsi « sauvée » et authentifiée deux fois et dans deux directions différentes : par le premier évêque de Québec, qui emporta de France le manuscrit de la Vie admirable rédigé par Jean Eudes ; puis près d’Amsterdam, par l’éditeur protestant des œuvres de M. Bertot où sont inclut les Conseils.

Certaines pages paraissent aujourd’hui étranges parce qu’elles mettent en évidence l’esprit du temps vécu par une fille de la campagne normande qui a traversé des épreuves intimes extrêmes et se croit possédée, suivant en cela l’opinion de ses proches. Mais le témoignage pénètre plus profond, car sœur Marie atteint le cœur de la vie mystique. Elle se révèle positive et moins portée à la crédulité que certaines des figures religieuses de son époque. Elle présente une « figure de résistante » qui surmonte toute épreuve. En ce qui concerne la forme, la véracité d’une nuit mystique est restituée sur un mode très coloré, souvent proche de celui des visionnaires du Moyen Age. S’en détachent des « songes » de toute beauté.

Le témoignage est admirable par la trajectoire héroïque dans et par une passiveté qui sortira victorieuse du bourbier des sens. Ses « dits » sont à comparer, par leur droiture devant la grandeur divine, à ceux de la grande Catherine de Gênes. De multiples dialogues magnifiques dans leur profondeur transcendent le ciment d’un rapporteur trop sensible aux rites de la piété d’antan. Nous les avons dégagés de leur gangue pour les présenter ici.

Il s’agit bien d’une œuvre maîtresse dont le mérite est de traduire l’élan « implacable » nécessaire à l’achèvement du chemin mystique923. L’appel, qui reste à vivre aujourd’hui sous des formes qui ont évoluées, témoigne d’un Invariant qui transcende époques et croyances. Achevons par un bref aperçu biographique :

La sainte de Coutances

Marie des Vallées naît dans un village de Basse Normandie de parents pauvres. Orpheline de père à douze ans, elle devient servante. Demandée en mariage, elle refuse et se trouve victime, au plan du vécu psychologique, d’un sort jeté sur elle. On la conduit à Rouen auprès de l’archevêque pour des exorcismes solennels :

« On lui fit faire fort souvent des choses fort pénibles, comme lorsqu’on lui ordonna d’apporter un réchaud plein de feu dans lequel on lui faisait mettre quantité de soufre mêlé avec de la rüe hachée menue, et qu’on lui commanda de tenir sa bouche ouverte sur le réchaud pour recevoir la fumée qui en sortait et lors qu’on lui faisait boire des douze verres d’eau bénite tout de suite ».

La rüe, plante médicinale d’un goût âcre et amer, à l’odeur très persistante, était en effet utilisée contre les ensorcellements.

« Ensuite de quoi elle fut rasée partout. Ce qui se fit le matin, et l’après-midi, il vint six ou sept des messieurs du Parlement avec des médecins et des chirurgiens en la présence desquelles elle fut dépouillée pour la seconde fois ; et ce fut alors qu’elle fut piquée par tout le corps avec des aiguilles et des alènes »924.

L’absence de douleur était un signe suspect : telle était la pratique d’époque des procès en sorcellerie. Rouen héritait d’une Inquisition rodée. Après six mois de prison vécus dans des conditions atroces, elle est déclarée vertueuse et devient servante au service de l’évêché de Coutances. Elle se croit toujours possédée, car « à son époque, dans le contexte de la polémique avec les protestants, mettre en doute la réalité d’une possession pouvait être interprété comme un manque de foi 925 ». On devine l’effet pervers qui peut s’ensuivre.

A vingt-cinq ans, le 8 décembre 1615, elle accepte héroïquement un « échange de volonté » (ce qui peut être comparé à la prise en charge par Surin d’âmes en perte). Trop volontaire, elle vit le désespoir des damnés qui sont les objets de « l’Ire de Dieu » et connaît deux épisodes terribles qu’elle nomme « l’Enfer » (1617-1619) et « le Mal de douze ans » (1622-1634) 926 : « Elle dit qu’une des plus grandes peines des damnés, c’est l’ennui qui est si grand que les heures leur semblaient des siècles ». (V 2.4 927)

Sortant lentement de cette nuit, elle vivra encore vingt-deux années. Sur ordre de l’évêque, le père Eudes l’exorcise « en grec » en 1641. Puis elle deviendra la conseillère d’un grand nombre de visiteurs. Ainsi « l’an 1653, au mois de juin, quelques personnes de piété étant venues voir la sœur Marie pour la consulter sur plusieurs difficultés qu’ils avaient touchant la voie par laquelle Dieu les faisait marcher, qui était une voie de contemplation, ils demeurèrent quinze jours à Coutances, la voyant tous les jours et conférant avec elle sur ce sujet, deux, trois, quatre, et quelquefois cinq heures par jour. » 

D’une grande sagesse, elle évoque pour eux la diversité des chemins spirituels :

« Ce n’est pas à nous de choisir cette voie et nous ne devons pas y entrer de nous-mêmes et par notre mouvement. C’est à Dieu de la choisir pour nous et nous y faire entrer. On n’en doit parler à personne pour la leur enseigner car si on y fait entrer des personnes qui n’y soient point attirées de Dieu, on les met en danger et grand péril de s’égarer et de se perdre […] Il ne faut point s’imaginer qu’il n’y ait que ce chemin qui conduise à l’anéantissement de nous-mêmes et à la perfection. Les uns y vont par la contemplation, les autres par l’action, les autres par les croix, les autres par d’autres chemins. Chaque âme a sa voie particulière. »

« Comme ils voulaient continuer à lui parler, elle leur dit : La porte est fermée, je n’entends plus rien à ce que vous me dites. »928, faisant ainsi écho à un Ruusbroec (1293-1381) qui renvoyait parfois ses visiteurs lorsqu’il sentait la grâce d’inspiration absente.

Les dits que l’on va aborder utilisent des images vives, voire luxuriantes. Ils traduisent une culture visuelle typique de qui n’est pas intellectuel, en utilisant la représentation médiévale du monde qui perdure dans les campagnes. Ces images demeurent ici très bien organisées et veulent assurer la fonction enseignante de paraboles mystiques.

Hors image, le dit demeure sobre, une « flèche de feu » comme chez Catherine de Gênes - sûr indice de la véritable vie mystique opposée à la seule imagination visionnaire : si la « sœur Marie » rapporte un songe c’est pour l’interpréter allégoriquement en vue d’un enseignement spirituel. Et ses réactions vis-à-vis de clercs, ses interactions sociales, etc., révèlent un solide bon sens et même un sens souvent critique : ne travaille-t-elle pas pour venir en aide aux ensorcelés de toutes origines ?

[Le Jardin de l’Amour divin : pp.19-200]



NOTE SUR LE PRÉSENT TEXTE

Jean Eudes rencontre Marie des Vallées en 1641. Elle a entamé la paisible et dernière partie de sa vie. Le visiteur relate en détails les révélations de la « voyante de Coutances » dans sa Vie admirable en 10 livres rédigée en 1655. Le « manuscrit de Québec », intitulé La vie admirable de Marie des Vallées et des choses prodigieuses qui se sont passées en elle… est une copie de cette première relation perdue. Il n’a jamais été édité par crainte de voir la réputation de son rédacteur mise en cause. Quelques extraits utilisés par des biographes modernes satisfont surtout une curiosité envers l’étrange, ce qui a fait méconnaître la grandeur de la mystique. Ils sont abondants au seul début d’un manuscrit par ailleurs difficile à déchiffrer. D’autres sources existent dont le manuscrit Renty 3177 de la Mazarine, intitulé Admirable conduite de Dieu, l’Abrégé rédigé en 1653 par le P. Eudes, etc. L’étude comparative entre toutes les sources reste à faire. Nous éditerons prochainement le « manuscrit de Québec » complet.







40.LA VIE ADMIRABLE DE MARIE DES VALLEES ET SON ABREGE RÉDIGÉS PAR JEAN EUDES SUIVIS DE CONSEILS D’UNE GRANDE SERVANTE DE DIEU

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La Vie Admirable de Marie des Vallées et son Abrégé rédigés par saint Jean Eudes suivis des Conseils d’une grande servante de Dieu, Ed. du Centre Saint-Jean-de-la-Croix, coll. « Sources mystiques », 2013, 693 p.

Textes présentés et édités par Dominique Tronc & Joseph Racapé, cjm Avec la collaboration de la Congrégation des Eudistes.

Marie des Vallées, possédée par Dieu

La Vie de Marie des Vallées est vraiment un livre extraordinaire […]: « Je vous crucifierais, dit-elle au Seigneur, je frapperais à grands coups de marteau sur les clous, je vous mettrais même en Enfer, si la Divine Volonté me l’ordonnait ». Voilà qui est parler, et que nous sommes loin des timides façons du christianisme ordinaire ! [] Que cette sainte me plaît. Elle parle à Dieu presque d’égal à égal, et elle a l’air d’avoir perdu la tête au moment où son bon sens de paysanne est le plus fort. (Julien Green929)

Marie des Vallées exerça une profonde influence sur le cercle mystique normand, auquel appartenaient saint Jean Eudes, le baron de Renty, Jean de Bernières et son jeune associé Jacques Bertot, Mechtilde-Catherine de Bar (la Mère fondatrice du Saint-Sacrement), François de Montmorency-Laval (le futur évêque de Québec), ainsi que sur des figures venant d’autres horizons930. Certains membres du cercle allaient chaque année passer plusieurs jours auprès de « sœur Marie » lui faisant part de leurs difficultés les plus intimes pour être conseillés.

Puis son souvenir resta très présent chez leurs successeurs, et l’on se recueillait sur sa tombe, dans la cathédrale de Coutances. Ainsi Madame Guyon, qui se rattache à ce réseau mystique – il s’étendit jusqu’à Paris et pénétra la Cour peu après le milieu du siècle par l’intermédiaire de Monsieur Bertot – écrit à la fin du siècle au duc de Chevreuse :

pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a faits depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre, mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose931.

Cette confidence résume une vision juste d’une mystique par une autre : l’« innocente » servante, obsédée par la crainte voire la conviction d’être possédée, à une période où l’on brûle les sorcières par milliers, s’est jetée sans réserve à Dieu. Elle s’est aussi dangereusement « livrée en sacrifice » pour le rachat de ses persécuteurs (dont un vrai sorcier ?). Ce don a renforcé des épreuves « nocturnes » à l’issue incertaine. On apprécie mieux aujourd’hui le risque d’une telle offrande à porter le mal d’autrui. Le célèbre jésuite Jean-Joseph Surin arrive à Loudun en 1634, l’année où Marie émerge du « mal de douze ans » et va lui aussi entreprendre un étrange voyage intérieur932.

« Cela ne fait rien à la chose », nous dit la mystique de la fin du grand siècle ? En effet la sainte servante parvint à un état apostolique stable qui lui permit de venir en aide à ses visiteurs. L’un d’entre eux, saint Jean Eudes, nota soigneusement les « dits de la sœur Marie ». Son texte est resté dans l’ombre, en vue de préserver le saint, car il fut pris à partie dans une méchante querelle où l’on chercha à le discréditer par une supposée dépendance933.

Signe de vénération, une copie du texte accompagna Monseigneur de Laval au Canada, sur une coquille en bois, dans les conditions aventureuses d’une des traversées maritimes si bien décrites par Marie de l’Incarnation. Redécouverte, elle revint en France deux siècles plus tard, cette fois sur un bateau en fer. Ayant ainsi traversé avec succès deux fois l’océan, le « manuscrit de Québec » repose depuis lors aux archives eudistes de Paris : il mérite bien d’être enfin transcrit, toute controverse atténuée : sa Vie admirable constitue le corps de notre volume.

Nous avons fait suivre ce recueil par l’Abrégé de la vie, œuvre de saint Jean Eudes rédigée à l’occasion de l’enquête diocésaine portant sur sa dirigée : il justifie avec vigueur et profondeur la sainte servante auprès des autorités religieuses de son temps.

Enfin le volume s’achève par des Conseils d’une grande servante de Dieu, qui figurent au sein d’un recueil mystique publié tardivement934. Cet admirable résumé de la voie mystique vécue dans toute son exigence jette un éclairage vivant sur les entretiens par lesquels « sœur Marie », âgée, rayonnait sur ses visiteurs. Il offre au lecteur en recherche spirituelle de lire avec attention, avec bienveillance et ouverture, un complément précieux au long et parfois étrange périple raconté dans la Vie admirable.

Marie fut ainsi « sauvée » et authentifiée deux fois, dans deux directions bien différentes : par le premier évêque de Québec, qui emporta de France un manuscrit de la Vie admirable rédigée par saint Jean Eudes ; par l’éditeur Pierre Poiret des œuvres de Monsieur Bertot incluant des Conseils dont nous ne connaissons pas l’auteur.

D’autres textes manuscrits restent à étudier dont certains attribués à Gaston de Renty, mais aucun n’approche la richesse de cette Vie admirable. On sait que d’autres membres du cercle mystique réunis autour de Monsieur de Bernières visitèrent la sœur Marie, tel Boudon935.

Certaines pages paraîtront étranges parce qu’elles mettent en évidence l’esprit du temps vécu par une fille de la campagne normande ayant traversé des épreuves intimes extrêmes et se croyant possédée. Elles témoignent de la peur des diables, comparable, s’il faut citer un exemple actuel, à celle de fidèles du vaudou. Parfois le « dieu-monstre » paraît se repaître de la douleur des hommes en expiation de leurs péchés. Nuit et dépression associée sont renforcées par la crédulité de proches, voire par l’effet dévastateur d’une crucifixion mal interprétée. On ne peut que compatir à la souffrance inutile qui s’ajoute alors à celle de toute purification intérieure.

Mais le témoignage, attentivement lu, pénètre beaucoup plus profond, car sœur Marie atteint directement le cœur du message chrétien. Elle se révèle plus positive et moins portée à la crédulité que certaines des figures religieuses de l’époque. Elle présente une « figure de résistante » qui surmonte toute épreuve. En ce qui concerne la forme, la véracité descriptive d’une nuit mystique est restituée sur un mode très coloré, souvent proche de celui de visionnaires du moyen âge, dont se détachent des rêves de toute beauté.

Le témoignage demeure admirable par la trajectoire héroïque dans et par sa passive936 qui sortira victorieuse d’un bourbier des sens, et par des « dits » que l’on ne peut comparer, dans leur droiture parfaite devant la grandeur divine, qu’à ceux de la grande Catherine de Gênes. Si le début de la biographie est par trop peuplé de diables, la seconde partie (d’une nouvelle main qui commence au livre 4), offre de multiples dialogues magnifiques dans leur profondeur ; diamants dans une gangue, ils transcendent le ciment du rapporteur parfois sensible aux rites d’une piété d’antan.

Il s’agit d’une œuvre maîtresse dont le premier mérite est de traduire l’élan « implacable » nécessaire à l’achèvement du chemin mystique937. L’appel reste à vivre aujourd’hui sous des formes qui ont évolué. Il témoigne d’un Invariant qui transcende époques et croyances.

La sainte de Coutances

Marie des Vallées (1590-1656) est née de parents pauvres dans un village de basse Normandie. Orpheline de père à douze ans, elle devint servante. Demandée en mariage, elle refusa et fut la victime d’un sort jeté sur elle par une sorcière. Son entourage et l’évêque lui-même finirent par se convaincre qu’elle était possédée du démon. On la conduisit à Rouen auprès de l’archevêque pour des exorcismes solennels :

… on lui fit faire fort souvent des choses fort pénibles, comme lorsqu’on lui ordonna d’apporter un réchaud plein de feu dans lequel on lui faisait mettre quantité de soufre mêlé avec de la rüe hachée menue, et qu’on lui commanda de tenir sa bouche ouverte sur le réchaud pour recevoir la fumée qui en sortait et lors qu’on lui faisait boire des douze verres d’eau bénite tout de suite. […]

La rüe, plante médicinale d’un goût âcre et amer, à l’odeur très persistante, était utilisée contre les ensorcellements.

Ensuite de quoi elle fut rasée partout. Ce qui se fit le matin, et l’après-midi, il vint six ou sept des messieurs du Parlement avec des médecins et des chirurgiens en la présence desquels elle fut dépouillée pour la seconde fois ; et ce fut alors qu’elle fut piquée par tout le corps avec des aiguilles et des alènes938.

L’absence de douleur est un signe suspect. Telle est la pratique des procès en sorcellerie. Rouen héritait d’une inquisition rodée, et cela avant même le célèbre procès de Jeanne en 1431.

Après six mois de prison vécus dans des conditions atroces, Marie est déclarée vertueuse (mais toujours sous l’emprise des diables939). Elle habite à l’évêché de Coutances, puis devient servante du curé Le Rouge et de l’abbé Potier ; elle est alors dirigée par M. Le Pileur, vicaire général.

Elle se croit toujours possédée, car « à son époque, dans le contexte de la polémique avec les protestants, mettre en doute la réalité d’une possession pouvait être interprété comme un manque de foi940 ». On devine l’effet pervers qui peut s’ensuivre.

À vingt-cinq ans, le 8 décembre 1615, elle accepte un « échange de volonté » suivant en cela la seule porte de sortie possible :

… si ma propre volonté est anéantie et que celle de Dieu me soit donnée en la place, je ne l’offenserai plus, car il n’y a que ma propre volonté qui puisse faire le péché. C’est pourquoi je renonce de tout mon cœur à ma propre volonté et me donne à la très adorable volonté de mon Dieu, afin qu’elle me possède si parfaitement que je ne l’offense jamais. (Vie 1.9)

Probablement trop volontaire, elle vit le désespoir des damnés, objets de « l’Ire de Dieu », et connut deux épisodes terribles qu’elle nomma « l’Enfer » (1615-1618) et « le Mal de douze ans » (1621-1633)941 :

Elle dit qu’une des plus grandes peine des damnés, c’est l’ennui qui est si grand que les heures leur semblaient des siècles. (Vie 2.4)

Alors, elle se résolut de se tuer. Pour cet effet elle prend un couteau […] Dieu lui ouvrant l’esprit : […] Où suis-je ? […] Je suis encore au monde, voici une table, un coffre, un lit. Je suis en une chambre, je suis encore en la terre et par conséquent je puis me sauver. (Vie 2.5)

Elle sort lentement de cette nuit et vivra encore vingt-deux années. Sur ordre de l’évêque, le père Jean Eudes l’exorcise « en grec » en 1641. Elle deviendra progressivement la conseillère d’un grand nombre de visiteurs :

L’an 1653, au mois de juin, quelques personnes de piété étant venues voir la sœur Marie pour la consulter sur plusieurs difficultés qu’ils avaient touchant la voie par laquelle Dieu les faisait marcher, qui était une voie de contemplation, ils demeurèrent quinze jours à Coutances, la voyant tous les jours et conférant avec elle sur ce sujet, deux, trois, quatre, et quelquefois cinq heures par jour. Il est à remarquer qu’elle n’est pas maintenant dans cette voie, étant dans une autre incomparablement au-dessus de celle-là par laquelle elle a passé autrefois, mais il y a si longtemps qu’elle ne s’en souvient plus. (Vie 9.6.2)

D’une grande sagesse, elle évoque alors la diversité des chemins spirituels :

Ce n’est pas à nous de choisir cette voie et nous ne devons pas y entrer de nous-mêmes et par notre mouvement. C’est à Dieu de la choisir pour nous et nous y faire entrer. On n’en doit parler à personne pour la leur enseigner, car si on y fait entrer des personnes qui n’y soient point attirées de Dieu, on les met en danger et grand péril de s’égarer et de se perdre […] Il ne faut point s’imaginer qu’il n’y a que ce chemin qui conduise à l’anéantissement de nous-mêmes et à la perfection. Les uns y vont par la contemplation, les autres par l’action, les autres par les croix, les autres par d’autres chemins. Chaque âme a sa voie particulière. Il ne faut point penser que la voie de la contemplation soit la plus excellente…

Comme ils voulaient continuer à lui parler, elle leur dit : « La porte est fermée, je n’entends plus rien à ce que vous me dites. » (Vie 9.6.2)

Faisant ainsi écho à Ruusbroec qui renvoyait parfois ses visiteurs lorsqu’il sentait la grâce d’inspiration absente.

Sa biographie comporte trois périodes de durées comparables : jeunesse et possession avec des épreuves extérieures associées (maltraitances de jeunesse, prison et procès à Rouen) jusqu’à vingt-cinq ans, période d’épreuves intérieures jusqu’à quarante-quatre ans (enfer, mal de douze ans, 1615-1634), normalisation progressive et apostolat jusqu’à la mort arrivée à l’âge assez avancé de soixante-six ans (1634-1656).

Le côté excessif des possessions et du désespoir a-t-il été exagéré dans les comptes rendus de témoins en contact avec une malade sans médecins ? C’est une hypothèse basée sur un grand écart que nous ressentons entre la qualité des « dits » attribuables à sœur Marie avec certitude et certains des développements qui leur sont associés.

Les dits utilisent des images vives, voire luxuriantes, et traduisent une culture visuelle typique de qui n’est pas un intellectuel, utilisant la représentation médiévale du monde. Ces images demeurent bien organisées et sont associées pour assurer avec succès la fonction enseignante de véritables paraboles mystiques. Hors image, le dit demeure sobre, « flèche de feu » comme chez Catherine de Gênes, sûr indice de la vraie mystique opposée à la visionnaire (qu’elle ne veut pas être : si elle rapporte un rêve c’est pour l’interpréter allégoriquement de suite à fin d’enseignement spirituel). D’autre part ses interactions sociales, ses réactions vis-à-vis de clercs, etc., révèlent un solide bon sens et même un sens critique : ne travaille-t-elle pas pour deux types de sorciers, ceux d’Église comme les autres ? Les apports du biographe soulignent souvent l’extrême : car il s’agit de vanter l’héroïcité face aux défis infernaux.

Une progressive emprise de Dieu

Les rêves ou « songes » de Marie des Vallées sont d’une étonnante intensité. Au commencement ils expriment son angoisse liée aux suspicions de sorcellerie, en évoquant un monde infernal. Par la suite, ils traduiront l’ouverture vers le monde divin. Commençons par son antipode :

Elle se trouva en esprit enfermée un espace de temps dans une salle où il n’y avait aucune ouverture, par conséquent ni portes ni fenêtres, et au milieu était l’embouchure de l’enfer, c’est-à-dire un gouffre et un abîme au fond duquel elle voyait le feu de l’enfer… Chaque jour le lieu où elle était fondait peu à peu sous ses pieds, et le puits de l’abîme s’augmentait jusqu’à tant qu’il n’était qu’un petit rebord qui était à la muraille et une petite pièce de bois percée à jour et détachée de la paroi, à laquelle elle passait son bras pour s’empêcher de tomber dans l’abîme. Elle criait à Notre Dame : Est-ce là le chef d’œuvre de votre puissance ? Quelle cruauté ! Ah ! Je ne puis plus demeurer en cet état. Enfin quand tout fut fondu sous ses pieds, elle se trouva délivrée. (Vie 1.8)

De même :

Imaginez-vous, dit-elle, un puits extrêmement large et profond, dans lequel il y a de l’eau et du feu. L’eau est au milieu en figure ronde, et qui s’élève en haut […] sans être appuyée ni soutenue tout autour d’aucune chose, demeurant ferme et solide comme une colonne sans qu’il en tombe une seule goutte, et cette eau est horriblement vilaine, puante et froide extrêmement et plus que toutes les glaces imaginables. Le feu est tout autour de l’eau comme si c’était une muraille qui l’environnât. Si bien que représentez-vous une muraille de feu tout autour de cette eau, dans laquelle il y a depuis le bas jusques au haut, quantité de sièges ou de places disposées comme sont les trous d’un colombier. C’est dans ces sièges de feu qu’elle appelle des chaises que sont les damnés, et les mêmes sièges sont plus ou moins ardents pour chacun d’eux, qu’ils ont plus ou moins commis de péchés. Et après qu’ils ont été quelque temps dans le feu, les démons les prennent et les jettent dans l’eau, et peu après ils les rejettent de l’eau dans le feu, les faisant ainsi passer d’une extrême chaleur à une extrême froideur… (Vie 2.6)

Au-delà de cette veine imaginative, ses dits sont sobres et montrent un esprit très clair : « au premier degré, la volonté cherche à devenir conforme à celle de Dieu (Vie 4.2) » ; puis la volonté « ne fait plus d’élection ; elle ne produit plus aucun acte, comme étant déjà fort malade d’amour, mais elle laisse agir Dieu pour elle ainsi qu’il lui plaît (Vie 4.2) » ; au troisième degré, la volonté est morte, anéantie : elle n’a plus de vie ni de sentiment ; c’est Dieu qui agit ; ailleurs elle parle à ce sujet de « vivre hors de son être, d’une vie inconnue à celui qui la possède (Vie 9.4) ».

Elle évoque brièvement la sécheresse mystique…

Notre Seigneur lui dit qu’elle était comme un vaisseau de terre qui est plein d’une précieuse liqueur, mais il ne la sent ni ne la goûte point. (Vie 3.8)

… distincte de la dépression selon ce qu’elle en laisse paraître :

Et il ne faut point penser que cela vienne de quelque humeur mélancolique fâcheuse dont elle soit pétrie, car au contraire elle est sanguine de son tempérament et par conséquent elle est joviale, douce, facile, condescendante et obligeante tout ce qui se peut. (Vie 3.9)

Elle souligne l’utilité de l’épreuve par une formule paradoxale et abrupte :

Le plus grand don que Notre Seigneur lui a fait est de lui avoir donné le désespoir qui lui a ôté la foi et l’espérance. (Vie 3.8).

Car elle n’est rien en elle-même – mais habitée par Dieu :

Qu’êtes-vous donc ? Dit-Il.

Alors venant à se regarder, elle ne trouve rien.

Notre Seigneur lui dit : […] C’est moi qui suis vivant en vous… (Vie 4.8.1)

Le péché disparaît avec toute propriété, ce qu’elle exprime par un dialogue :

Elle dit souvent à Notre Seigneur : En vous cherchant je me suis perdue, et Notre Seigneur lui répond quelquefois : Eh bien avez-vous perdu au change ? Je me suis mis en votre place. Et quand elle s’examine pour trouver en elle quelque péché, Il lui dit : Me croyez-vous capable de pécher ? S’il y a du péché en vous, c’est moi qui l’ai commis. (Vie 6.13.1)

Elle insiste sur la seule possibilité qui lui reste de laisser Dieu opérer, bien au-delà des moyens humains disponibles dans une abbaye d’ici-bas, utilisant un jeu de paradoxes qui souligne notre incapacité naturelle :

Notre Seigneur lui proposa une forme d’abbaye dont l’abbesse était la divine Volonté. La maîtresse des novices était Notre Dame. Les âmes qui y sont venues sont exercées durant leur noviciat à la connaissance d’elles-mêmes […] ne font profession que quand elles sont entièrement dépouillées d’elles-mêmes. Lorsqu’elles font profession, elles sont au pied de la montagne de perfection sur laquelle s’acheminant, elles commencent de se déifier peu à peu, et en cet état elles ont à pratiquer les excès de l’Amour divin qui contient sept articles : Le premier est d’allumer le feu dans l’eau. Le second de marcher sur les eaux à pied sec. Le troisième d’habiter parmi les couleuvres, serpents et autres bêtes venimeux sans en être endommagé. Le quatrième de vivre dans la mort. Le cinquième de faire la guerre à Dieu et Le vaincre. Le sixième d’être chargé de chaînes et de liens pour aller plus vite. Le septième de s’abstenir de toute nourriture pour être plus fort et plus gras.

Voici l’explication que Notre Seigneur lui a donnée de ces choses : Allumer le feu dans les eaux, c’est conserver l’amour divin dans les souffrances… Marcher sur les eaux à pied sec, c’est mépriser et fouler aux pieds les plaisirs licites et illicites sans y toucher […] Faire la guerre à Dieu et Le vaincre c’est s’opposer à Dieu fortement quand Il veut châtier les pécheurs et Le fléchir à miséricorde. Être enchaîné pour mieux courir, c’est porter la peine du péché d’autrui pour aller promptement à Dieu. […] Toutes ces choses surpassent la nature, dit la sœur Marie. Il n’y a que Dieu seul qui les puisse opérer dans l’âme […] il n’y a qu’une chose à faire c’est d’avoir toujours les yeux fixés sur la divine volonté et ne regarder ni le ciel ni la terre. (Vie 4.10-11)

Il faut passer par la nuit de la purification pour atteindre un Dieu pourtant proche, comme le décrit ce dialogue construit autour d’une image forte et qui reprend probablement le déroulement d’un rêve mystique :

Notre Seigneur lui dit : Que cherchez-vous ?

– C’est vous que je cherche, il y a si longtemps et je ne vous trouve point […]

­– Venez, venez ici, Je vous veux donner quelque chose.

Alors elle vit dans le Saint Sacrement une main extrêmement noire et épouvantable qui lui donna une grande frayeur. Cette main était serrée et elle tenait en soi quelque chose qui était dans une enveloppe beaucoup plus noire et épouvantable que la main. Notre Seigneur ayant levé un coin de cette enveloppe, elle aperçut une pierre précieuse cachée là-dedans, grosse comme un petit œuf qui jetait des rayons de lumière extrêmement brillants. Cette pierre précieuse était entourée de bandelettes qui pourtant ne la couvraient pas toute, et elle vit que cette pierre précieuse voulait sortir et comme s’échapper pour aller ailleurs. Mais cette main la retenait dedans soi.

– Qu’est-ce que tout cela, dit la sœur Marie. Qui est cette main qui est si noire ? […]

C’est mon divin amour, répondit Notre Seigneur […]

Quel est ce gant ?

– C’est l’Ire de Dieu […] cette pierre précieuse c’est Moi-même, car Je suis en vous, Je vous soutiens. (Vie 4.9.19)

Un autre beau dialogue joue sur le paradoxe de la lumière et de l’aveuglement :

Un jour Notre Seigneur dit à la sœur Marie : Les aveugles se sont assemblés pour faire le procès au soleil. Ils disent pour leur raison qu’il a perdu sa lumière et qu’il faut le chasser du ciel parce qu’il occupe inutilement la place qu’il y a.

– Je vous prie, ayez pitié d’eux, car ils ne savent ce qu’ils disent, et leur donnez un arrêt favorable.

– Oui, dit Notre Seigneur. Je m’en vais terminer ce procès et lui donnerait arrêt dans l’excès de mon amour. Et en même temps Il prononça l’arrêt en cette sorte : Je condamne le soleil de donner des yeux aux aveugles pour le connaître et pour voir sa lumière. Au même temps que Notre Seigneur parla du procès des aveugles, la grâce divine descendit… (Vie 5.2.4)

Elle exprime ainsi la maternité spirituelle :

Vous êtes suspendue entre le ciel et la terre, car vous n’avez consolation ni du ciel ni de la terre et vous êtes en travail d’enfant […] vous enfanterez la joie. (Vie 5.6.6)

La divine volonté revient très souvent :

Elle dit qu’elle regarde la divine volonté comme sa reine et qu’elle se comporte avec elle avec grande soumission et respect et qu’elle ne prend aucune familiarité avec elle, et que son occupation ordinaire et continuelle est de chercher les moyens de faire en toutes choses ce qu’elle veut avec promptitude et fidélité. (Vie 6.2.5)

La grandeur divine se manifeste par un amour rigoureux :

Mais l’amour divin est sévère, rigoureux et terrible. Il rit toujours, mais il frappe bien rudement. Je tremble quand je le vois. Quand on se plaint à lui, il ne fait qu’en rire ; on ne sait où il va ni où il mène ; il se fait suivre à l’aveugle. (Vie 6.4)

Les étapes de la voie sont détaillées dans un songe mystique qui a pour cadre une forêt. Il décrit de façon imagée le travail de purification, le cheminement sur la voie mystique de la foi nue sous la forme d’une montée suivie d’un envol spirituel, enfin la nuit inattendue :

« Frappe sur ces branches ! » Elle frappe, il en sort du sang. […] Elle coupa ses branches tout autour, c’est-à-dire celles du bas. […] Et elles arrivèrent à un bel arbre tout émondé auquel il ne restait qu’une petite branche en haut pour soutenir une colombe. Elle y monta jusqu’au haut par le moyen des estocs qui y étaient restés après avoir été émondés, et ne trouvant rien pour s’appuyer, elle fut saisie de frayeur, mais elle fut changée en colombe et devint aveugle et bien effrayée, ayant peine à s’appuyer et ne sachant où voler ailleurs, à cause qu’elle était aveugle (Vie 7.1.4),

car on rencontre Dieu en faisant l’expérience du néant :

C’est une chose très certaine que mon esprit s’en est allé au néant et qu’il a épousé la divine volonté. Ce n’est point une rêverie ni une imagination. C’est une vérité véritable, de laquelle il m’est impossible de douter. […]

Aujourd’hui, Il me disait : Si votre esprit revenait, [ne] le voudriez-vous point ?

-- Non […] j’aimerais mieux aller au néant que de lui donner la moindre étincelle de l’amour que je dois à Dieu seul. […] C’est un amour déiforme qui n’appartient qu’à Dieu seul. Il n’y a que Dieu seul qui le puisse donner et par une très pure bonté : car cet amour ne se peut mériter par aucune bonne œuvre ni souffrance quelle qu’elle soit942.

Dans les Conseils, elle souligne que demeurer dans la « maison du néant » assure la passiveté qui permet à Dieu de « faire son ouvrage » :

Ce ne sont pas les goûts, mais l’opération de Dieu que l’on cherche. (§11)

Dieu dès le premier degré prend l’âme par la main et la conduit ; elle n’a qu’à demeurer passive et Dieu fait son ouvrage. (§12)

La sœur Marie [...] très souvent n’aperçoit point même Dieu dans son fond, il se cache, et elle le laisse cacher, sans vouloir qu’il se manifeste plus clairement ; car elle ne peut choisir : toute sa capacité est de laisser faire Dieu. (§20)

Il est aisé de remarquer quand une âme y est arrivée : elle est contente de son néant, il lui est toutes choses. (§22)

La vraie demeure de l’âme, c’est la maison du néant, où il n’y a rien. (§4)

Ce néant, c’est elle-même qui doit s’effacer devant Dieu, partout présent, si proche qu’Il ne peut être vu :

« Depuis qu’Il lui fit voir qu’elle n’était rien et qu’Il était tout en elle, Il est toujours demeuré dans son cœur. C’est là qu’elle Le trouve et qu’elle Le voit d’une manière qui est sans nulle forme ni figure. » (Vie 9.6.2)

Quand elle donne conseil à ses amis, elle souligne combien il est illusoire d’attribuer quelque importance à ce que l’on réalise par volonté propre, par une comparaison entre nos enfantillages et la puissance divine (c’est ici Dieu qui parle) :

Voulez-vous que je vous fasse voir de quelle façon vous augmentez Ma gloire ? Dites-moi une chose : voilà un petit enfant qui prend de l’eau dans le creux de sa main ou au bout de son doigt et qui la jette dans la mer, accroît-il de beaucoup l’eau de la mer ? […] Il y en a d’autres qui retiennent toute l’eau dans leur main au lieu de la jeter dans la mer et ce sont ceux qui font quelques bonnes actions, mais qui Me les dérobent par vanité.

« En une autre occasion, Il lui dit encore : Voulez-vous savoir ce que vous faites et de quoi vous servez à Mon œuvre ? Vous y servez autant qu’un petit enfant de deux ou trois ans qui voyant charger un tonneau dans une charrette, va pousser au bout avec une petite bûchette, puis il dit qu’il a mis le tonneau dans la charrette et cependant il a bien plus apporté d’obstacle qu’il n’a servi, incommodant et retardant ceux qui chargeaient le tonneau, parce qu’ils avaient crainte de le blesser.  (Vie 10.4)

Un dense résumé d’une vie mystique :

J’ai donné cette médecine à mes apôtres et à mes meilleurs amis. Elle est composée de trois ingrédients, donner, recevoir et demander. Donner à Dieu sa vie humaine et recevoir Sa vie divine laquelle on reçoit à mesure qu’on lui donne la sienne […] Et quand il est tout à fait mort à soi-même et à la vie humaine, il ne vit plus que de Dieu et il n’y a plus rien en lui que de divin, il se présente à Dieu ayant en soi Ma vie et tous Mes mérites, et lui demande hardiment le salut du prochain et tout ce qui est nécessaire pour le procurer. Voilà le plus court chemin de la perfection. (Vie, 10.3.1)

… est suivi d’un encouragement sous la forme d’une certitude d’un achèvement sans distinction de qualités propres :

Il y a cette différence entre ceux qui tendent à la perfection et les gentilshommes qu’entre ceux-ci il y a des comtes et des barons, des marquis, des ducs et très peu de rois, car il est impossible que tous soient rois. Mais tous ceux qui tendent à la perfection peuvent devenir rois, car à mesure qu’ils perdent leur vie, ils vivent de la vie de Dieu, et quand ils sont tout à fait morts à eux-mêmes, ils ne vivent plus que de la vie de Dieu et pour lors ils sont rois. (Vie 10.9.1)

En résumé, son orientation spirituelle consiste en une soumission totale, aimante, absolument désintéressée, à la volonté de Dieu, sans avoir aucun égard ni au mérite ni à la récompense, ce qui n’exclut pas un dialogue d’égal à égal avec les médiateurs Jésus-Christ et sa Mère. Elle porte les peines d’autrui dans un désir profond de leur salut, « pour enfanter la joie ».

Au sein d’une tradition mystique

Elle apprend à lire et goûte Benoît de Canfield, apprécie Thomas Deschamps943 (comme l’apprécia également Jean de Saint-Samson), mais fait une réserve pour Thérèse (comme le fit madame Acarie à son premier contact par lecture seule), qui lui paraît placer trop haut un sensible qui précède la nuit. Cette discrimination qui témoigne de son expérience mystique est attestée ainsi :

Auparavant qu’elle vint à Coutances, elle ne savait pas lire, mais lorsqu’elle y fut, on lui apprit à lire. En ce temps-là, Notre Seigneur lui fit avoir un livre qui s’appelle : la Règle de la Perfection qui est divisé en trois parties. La troisième partie traite de la plus haute contemplation et les deux premiers enseignent les moyens dont on peut se servir pour y arriver.

Lorsqu’elle eut ce livre, elle ne savait que lire très imparfaitement, en épelant et en hésitant. Néanmoins lorsqu’elle vint à l’ouvrir, elle lisait tout courant et sans broncher dans la troisième partie, et qui plus est, elle l’entendait fort bien. Mais elle ne pouvait lire dans les deux autres, d’autant qu’elle n’en avait que faire, Dieu ne l’ayant point fait passer par ce chemin là pour la conduire à la perfection où elle était arrivée et qui était décrite dans cette troisième partie.

Notre Seigneur lui donna encore un autre livre composé par un prêtre nommé Thomas Deschamps, intitulé les Fleurs de l’Amour Divin ou le Jardin des Contemplatifs, là où l’on voyait plusieurs choses de très haute perfection […] quand elle lisait ce que sainte Thérèse a écrit dans ses livres touchant la plus sublime contemplation, elle s’étonnait de ce que cette sainte en faisait tant d’états, parce qu’elle croyait que cela était commun à tout le monde. (Vie 9.6)

Elle se sent très proche de Catherine de Gênes :

La sœur Marie assure qu’elle a expérimenté en soi beaucoup de conformité avec ce qui est écrit de sainte Catherine de Gênes en sa Vie, excepté qu’il y avait en cette sainte beaucoup d’amour sensible… Sainte Thérèse va doucement et s’avance peu à peu, mais je suis trop précipitée, dit la sœur Marie, je marche à la désespérade, (c’est son mot) : témoins ces grands désirs que j’ai eus de l’enfer […] sainte Catherine de Gênes ne veut rien que ce que Dieu veut […] C’est pourquoi elle dit que sainte Catherine de Gênes est sa bonne sœur. (Vie 7.5)

Elle exerce une profonde influence sur saint Jean Eudes, qui défend son souvenir avec constance, comme un bien majeur qu’il ne peut trahir. Il notera : « J’eus le bonheur de commencer à connaître la sœur Marie des Vallées, par laquelle sa divine Majesté m’a fait un très grand nombre de grâces très signalées944. » Car seule une intime certitude de la circulation de grâce, associée aux rapports visibles, permet d’être fidèle à des personnes dont on ne partage pas forcément les caractères particuliers ; il en sera de même entre Madame Guyon et Fénelon.

Une autre influence dont on possède la trace écrite concerne le baron de Renty Renty qui vient la voir en 1642:

Nous vous avons bien recommandée à cette bonne âme [sœur Marie], quoi qu’elle ne vous ait pas oubliée depuis la première fois, elle vous est fort liée.

Elle lui donne « la clef qui ouvre le chemin que j’ai marché en cette vie » :

Dans ce chemin l’amour divin consomme l’âme en lui-même, et la transforme en Dieu ; il l’anéantit et la déifie, et n’y demeure que Dieu seul vivant et régnant. Voilà la dignité…945 



Table

La Vie Admirable de Marie des Vallées1

Textes présentés et édités par2

Dominique Tronc & Joseph Racapé, cjm2

Centre Saint-Jean-de-la-Croix2


Marie des Vallées, possédée par Dieu3

La sainte de Coutances6

Une progressive emprise de Dieu8

Au sein d’une tradition mystique12


Saint Jean Eudes, témoin fidèle14

Avant-Propos14

La renommée d’une dirigée14

Les manuscrits 68 de Cherbourg et 6980 de Vienne (Autriche)15

Deux lettres de saint Jean Eudes16

Lettre LVI : À M. Trochu, aumônier de Mgr de Ligny, évêque de Meaux, qui avait écrit à M. de La Haye, Supérieur du séminaire de Caen, au sujet des bruits qu’on faisait courir sur le P. Eudes, par rapport à Marie des Vallées.16

Lettre LVII : A Mgr de Nesmond, évêque de Bayeux. Sur ses rapports avec Marie des Vallées. [1675]17

Avertissement19


LA VIE ADMIRABLE DE MARIE DES VALLÉES, ET DES CHOSES PRODIGIEUSES QUI SE SONT PASSEES EN ELLE 20


Livre 1.21

Contenant ce qui s’est passé en elle jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans.21

Chapitre 1er. Sa vie et sa disposition depuis sa naissance jusques à l’âge de dix-neuf ans, et comme elle a été instruite, conduite et protégée de Dieu.21

Chapitre second. De la manière qu’elle a été possédée corporellement par les malins esprits.24

Chapitre troisième. Ce qu’elle fit quand elle eut connaissance qu’elle était possédée des malins esprits.25

Chapitre 4. Ce qu’elle a souffert de la part des démons par la possession.26

Chapitre 5. Ce qu’elle a souffert de la part des hommes, spécialement pendant qu’elle a été prisonnière à Rouen.27

Chapitre 6. Ce qu’elle a souffert de la part des sorciers.31

Chapitre 7. Les remèdes dont l’Église se servait pour détruire les maléfices et comme elle en fut entièrement délivrée.33

Chapitre 8. L’état misérable des sorciers.34

Chapitre 9. De l’échange qui s’est fait de la volonté de la sœur Marie avec celle de Dieu.37

Chapitre 10. Des choses qui se sont ensuivies du susdit échange, dont la première est qu’elle est privée de sa liberté.41

Chapitre 11. De la seconde chose qui s’est ensuivie du sudit échange, qui est la privation de la sainte communion.43


Livre 2. Les désirs extrêmes qu’elle a eus de souffrir, et tout ce qui concerne l’enfer dans lequel elle a été.45

Chapitre 1.45

Chapitre 2. Elle désire ardemment et demande avec instance les tourments de l’enfer afin d’en garantir les sorciers : elle y descend et y est condamnée à souffrir les supplices qu’ils méritent.47

Chapitre 3. Les peines de l’esprit. L’Ire de Dieu.50

Chapitre 4. Les peines des sens.52

Chapitre 5. De plusieurs autres choses qui lui arrivèrent pendant qu’elle était en enfer.54

Chapitre 6. Description de l’enfer et comme la sœur Marie en sortit.55

Chapitre 7. Les peines d’enfer lui avaient été prédites et figurées avant qu’elle y entrât.57

Chapitre 8. La raison pour laquelle elle ne croit point aux choses qui se passent en elle, c’est la poire d’angoisse qu’on lui a mise en la bouche, c’est-à-dire, les quatre grands maux que le Père, le Fils, le Saint-Esprit et la Sainte Vierge lui ont donnés après l’enfer.57


Livre 3. Qui contient ce qui concerne le mal de douze ans et qui fait voir comme elle a porté les péchés d’autrui et un grand nombre de diverses sortes de souffrances.59

Chapitre 1. Figures et prédictions du mal de douze ans. Il est figuré par une coupe pleine de feu et de soufre. Elle est appelée à souffrir ce mal de douze ans.59

Section 1. Le mal de douze ans est figuré par une couche et une fournaise ardente.60

Section 2. Autres figures de ce même mal.60

Chapitre 2. Vœux pour obtenir le mal de douze ans. Vœu que Notre Seigneur a fait à la Croix pour la sœur Marie de souffrir ce mal. Vœu de Notre Dame pour impétrer le même mal.61

Chapitre 3. Son esprit a des désirs très ardents d’entrer dans le mal de douze ans. Ses sens en sont effrayés. Elle connaît qu’il est proche et le prédit, et de plusieurs autres choses qui se sont passées en elle pour l’y préparer, durant les trois ans qui l’ont précédé.62

Chapitre 4. Le mal de douze ans.64

Chapitre 5. Les plaies du mal de douze ans.68

Chapitre 6. On lui fait rendre grâces à Dieu de lui avoir donné le mal de douze ans.71

Chapitre 7. Elle est chargée des péchés de tout le monde. Elle en porte les sentiments, la malédiction et la punition : c’est l’Amour divin qui l’en a chargée, dont Notre Seigneur lui donnera l’absolution.71

Chapitre 8. Elle est privée de toute consolation et ne croit point aux choses qui se passent en elle, et n’en parle que par contrainte : les sens font des conférences.75

Section 1. Le plus grand don que Notre Seigneur lui a fait est de lui avoir donné le désespoir qui lui a ôté la foi et l’espérance.77

Chapitre 9. La Passion de Notre Seigneur est le cœur et l’âme de la sœur Marie et comme toutes choses l’affligent, on lui plante la Croix dans le Cœur.78

Section 1. Elle est privée de toute consolation et est remplie de souffrances. La consolation lui est un retardement dans sa voie, elle préfère les souffrances aux joies du paradis.80

Section 2. Ses sens sont purifiés par plusieurs tribulations. Tourment de quinze jours et de douze jours. Elle rend grâce à la Trinité des cinq plaies qu’elle a portées.81


Livre 4. Contenant plusieurs choses qui font voir l’excellence de cette œuvre.82

Chapitre 1. De son innocence, de sa pureté virginale, de son martyre.82

Chapitre 2. Trois degrés de perfection.83

Chapitre 3. Règle de perfection.84

Chapitre 4. L’état de perfection où est arrivée la sœur Marie est le plus haut degré du dénuement intérieur. De sa conformité avec Notre Seigneur.88

Section I. Elle est attachée à la queue de cheval de Notre Seigneur qui est son amour divin, afin qu’elle le suive partout. Elle est crucifiée avec lui.88

Chapitre 5. Elle est la croix vivante de Notre Seigneur.89

Chapitre 6. Notre Seigneur est toujours en son cœur et il y est régnant comme dans son palais royal.90

Chapitre 7. Contestation entre l’esprit et les sens. Cinq versets pour les sens et cinq pour l’esprit. Notre Seigneur est son époux.90

Chapitre 8. Qu’elle est morte et anéantie et que Notre Seigneur est tout en elle.94

Section 1. Que Notre Seigneur rend plus d’honneur et de gloire à son Père, qu’Adam et toute sa postérité ne lui en auraient rendu quand ils seraient demeurés dans la Justice originelle.97

Section 2. Comme son esprit, sa mémoire, son entendement, sa volonté, ses passions, ses sens et sa raison s’en sont allés au néant.98

Section 3. Elle est toute anéantie en soi-même et toute transformée en Notre Seigneur et déifiée.100

Section 4. Autre anéantissement qui s’appelle l’expiravit de l’esprit, lequel ensuite épouse la divine Volonté.101

Section 5. L’expiravit des sens.105

Chapitre 9. Son beau verset.105

Section 1. Son beau verset est un verset divin sorti d’un conseil divin et c’est la sapience éternelle.107

Section 2. Son beau verset lui est représenté par une pierre précieuse enchâssée dans une bague.108

Chapitre 10. Plusieurs autres choses qui font voir son état. Le Fils de Dieu la demande en mariage.109

Section 1. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit lui donnent la bénédiction. Dieu conduit toutes ses actions et exauce ses prières.109

Section 2. Il y a un grand feu caché sous la cendre.110

Section 3. Elle se revêt d’une vieille robe qui représente son état.110

Section 4. Elle est noire, mais elle est belle. Elle a une bague à son doigt.111

Section 5. Elle est représentée par un ver de terre.112

Section 6. Trois oiseaux : un paon, un aigle et une colombe qui représentent le parfait usage qu’elle a fait des trois puissances de son âme.113

Section 7. L’amour divin fait un tableau en la sœur Marie, et la sœur Marie fait un beau tableau de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ.114

Section 8. La sœur Marie est un bouquet composé de toutes sortes de maux. Elle est un chandelier d’or avec un encensoir.115

Section 9. Par trois encensoirs on fait voir comment elle est associée avec Notre Seigneur et la Sainte Vierge dans l’œuvre du salut des âmes.116

Section 10. Ce qui se fait en elle est l’œuvre de l’Amour divin et des excès de la Charité divine.117

Section 11. Abbaye de perfection et règles des excès de l’Amour divin qu’il a fait garder à la sœur Marie.118

Section 12. Les grands chemins abondent en froment et les campagnes sont stériles. On lui donne et elle donne un grain de raisin. Dieu est tout en elle et n’est que son habit dont Il est revêtu.119

Section 13. Plusieurs versets qui expriment son état.120

Section 14. Son état est représenté par ces paroles : Terribilis est locus iste. Non est hic aliud nisi domus Dei et porta cœli.121

Section 15. Deux cantiques en forme de colloques entre Notre Seigneur, sa sainte mère et la sœur Marie, qui expriment son état.121

Section 16. Elle est dans le néant du péché avec Notre Seigneur pour en tirer les âmes.127

Section 17. La sœur Marie est une étable aux pourceaux, la maison du soleil, le château de Jésus et sa couche nuptiale, etc.127

Section 18. Salle carrée qui est la figure de la sœur Marie et des fruits que Dieu en tirera.129

Section 19. Belle description de la sœur Marie.130

Section 20. Elle voit Notre Seigneur crucifié et couvert de plaies, qui est le modèle de l’état où elle est. Elle n’a qu’un même cœur avec Notre Seigneur et Sa sainte mère.132

Section 21. Elle est dans un état de mort effroyable.133


Livre 5. Contenant plusieurs autres choses qui font voir la sublimité, la vérité, la fin et les fruits de l’œuvre admirable que Dieu a opérée en la sœur Marie.135

Chapitre 1. Ce qui se fait en la sœur Marie est un œuvre de l’amour divin, qui est impénétrable à l’esprit, à la raison et à la science humaine.135

Chapitre 2. La vérité des choses qui se passent en la sœur Marie.136

Section 1. On lui atteste que ce qui se passe en elle est l’œuvre du Saint-Esprit.136

Section 2. Bâtons d’ivoire et de cèdre, preuves de la vérité.137

Section 3. Témoignages de l’esprit de Dieu en la sœur Marie et de la vérité des choses qui se passent en elle.137

Section 4. Les aveugles font le procès au soleil. Le procès d’entre les sens de la sœur Marie et quelques particuliers.138

Chapitre 3. La sœur Marie se met entre Notre Seigneur et la terre pour empêcher de la châtier, prenant sur elle les peine dues à ses péchés.140

Chapitre 4. Dieu récompense abondamment ceux qui servent à cet œuvre. Des trois rois.141

Chapitre 5. Abrégé des états principaux par lesquels la sœur Marie a passé.141

Chapitre 6. Ce qui se passe en elle sera manifesté en son temps.144

Section 1. Les douze frères sont des conseillers examinateurs. On lui promet qu’elle gagnera son procès.145

Section 2. Notre Dame fait vœu et promet de la mener à la sainte Trinité dans le ciel pour être guérie. On écrit son arrêt.145

Section 3. Notre Seigneur lui chante un motet et lui promet de la ressusciter. Elle fait quatre vœux. On la fera vivre en terre de la vie du ciel.146

Section 4. Notre Seigneur lui promet plusieurs grandes choses. Elle demande cinq choses pour ses cinq sens. Elle doute extérieurement et est assurée intérieurement.147

Section 5. Notre Seigneur lui promet de lui faire connaître la vérité et à tout le monde. Confirmation de la vérité.149

Section 6. Elle est suspendue entre le ciel et la terre. Elle enfante la joie.152

Chapitre 7. La fin de cet œuvre. Le changement et la fin viendront quand elle y pensera le moins.153

Section 1. Elle va au-devant de son époux par la voie des excès. Il L’attend caché dans une sente pour la surprendre en passant.153

Section 2. La fin sera plus belle et plus admirable qu’on ne pense.154

Section 3. Au moment que la sœur Marie connaîtra la vérité, elle demeurera endormie sur le pavé. Les souffrances sont un grand sujet de joie.155

Section 4. Le changement est proche.156

Chapitre 8. La destruction des péchés est la fin de cet œuvre. La divine Volonté marchera à la tête de l’armée.157

Section 2. Le feu de la haine du péché dont elle est embrasé pour l’anéantir. David a tué Goliath, Judith, Holopherne. Esther a délivré son peuple et Aman a été pendu.158

Section 3. Conclusions de la très sainte Trinité contre le péché. Trois flèches pour faire mourir les péchés de fragilité, d’ignorance et de malice.159

Section 4. L’amour divin commande à toutes les vertus de lever chacune une armée pour combattre et pour tuer le péché.161

Section 5. Arrêt de mort contre le péché.162

Chapitre 9. La grande tribulation que Dieu enverra pour détruire le péché163

Chapitre 10. La conversion générale. Vœux et prières pour la conversion générale.163

Section 1. Plusieurs belles paroles et promesses touchant la conversion générale.167

Section 2. Trois femmes dont l’une est morte, l’autre se tue, et la troisième est crucifiée.168

Section 3. On lui fit dire trois litanies pour la conversion des infidèles, des mauvais catholiques, des prêtres et de tout le monde.170

Section 4. Baptême de deux enfants dont Notre Dame est enceinte. L’amour divin instruit le faux zèle des païens.170

Section 5. Figures de l’état des infidèles et de leur vocation et conversion à la foi.171

Section 6. La conversion des sorciers.172

Section 7. Trois villes prises, à savoir le ciel, la terre et l’air, qui est une figure de la conversion générale.173

Section 8. Les canons du Père, du Fils et du Saint-Esprit pour convertir tout le monde.173

Section 9. Elle est une flèche empoisonnée. Elle fait un message aux éléments.174

Section 10. Notre Seigneur ayant visité ses terres, dit avec tristesse : terra miseria, etc. La joie qui le suit chante alléluia et prend possession de tout le monde.175

Section 11. Notre Seigneur sur le bord du néant du péché pour en tirer les âmes. Le torrent des sept rivières.176

Section 12. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont disposés à faire miséricorde à toutes les âmes et la leur faire de grands dons.179

Section 13. Le cantique de la divine sapience. La terre sera peuplée de saints.181

Section 14. Les cèdres du Liban. La corne de licorne. L’état du monde après la conversion générale.182

Section 15. Dieu se servira des malins esprits pour détruire leur ouvrage et pour convertir le monde.184


Livre sixième. Contenant ce qui appartient aux divins attributs, à Notre Seigneur Jésus-Christ, à sa sainte Passion, au Saint-Sacrement, à la communion et à la confession.186

Chapitre 1. C’est ici un œuvre des divins attributs.186

Chapitre 2. L’amour de la sœur Marie vers la divine volonté. Elle l’honore comme sa mère, etc.187

Section 1. Elle regarde et suit en toutes choses la divine volonté. Les créatures nous montrent cette leçon : elle doit être suivie au préjudice de la raison.188

Section 2. Deux manières de donner sa volonté à Dieu. Il donne la sienne à ceux qui lui donnent la leur comme il faut.189

Section 3. Suivre en tout la divine volonté est un martyre. Moyens pour connaître la divine volonté.190

Section 4. Elle est animée de la divine Volonté. Estriveries qui font voir que la divine Volonté est régnante en elle.191

Section 5. Sa soumission et son respect vers la divine Volonté, qui règle les choses qui la concernent, lesquelles sont toutes mystérieuses.192

Section 6. La divine Volonté couronnée en la sœur Marie.193

Chapitre 3. Son abandon à la divine providence.194

Chapitre 4. L’amour divin est rigoureux et terrible.194

Section 1. Le jardin de l’amour divin.194

Section 2. La charité divine fait une collation à la divine justice, l’enivre de son vin, met des bondes à son torrent et lui arrache des mains son couteau, ses flèches et ses foudres.195

Section 3. Trois déluges, dont le troisième est l’amour divin.196

Section 4. La différence qu’il y a entre l’amour divin et la charité divine.197

Chapitre 5. De la divine miséricorde.197

Chapitre 6. De la divine justice.198

Section 1. La divine Justice est la plus belle des divines perfections.198

Section 2. Son grand amour envers la divine justice.199

Section 3. Les différents effets de la miséricorde, de la charité et de la justice.200

Chapitre 7. De la force divine, de la patience et de la toute-puissance.201

Chapitre 8. La miséricorde, la patience et la bonté de Dieu sont lassées d’attendre les pécheurs.201

Chapitre 9. Notre Seigneur a donné trois armes à la sœur Marie, avec lesquelles elle a vaincu l’Ire de Dieu, sa toute-puissance et sa justice.202

Chapitre 10. De Notre Seigneur Jésus-Christ.202

Section 1. Trois cœurs de Notre Seigneur Jésus-Christ. Rosaire en l’honneur de son saint nom.203

Chapitre 11. De la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est son âme qu’Il met entre les mains de son Père. Son grand amour vers elle.204

Section 1. La Passion de Notre Seigneur est l’estomac de la gentilité, de l’hérésie et de l’Église, pour digérer et consumer leurs péchés.205

Section 2. Ce que la Passion est à Dieu, aux hommes et au péché.206

Section 3. L’abjection de Jésus-Christ est une fontaine de lumière, et sa Passion est une fournaise d’amour.206

Chapitre 12. Du très Saint Sacrement de l’autel. Comme elle le salue. Elle y trouve tous les saints.207

Section 1. Le paradis terrestre qui est le Saint Sacrement de l’autel.207

Section 2. Autre jardin du Saint Sacrement.209

Section 3. Comme il faut exposer le Saint Sacrement.211

Chapitre 13. De la communion et de la confession.212

Section 1. La sainte communion lui est rendue.212

Section 2. Qui sont ceux qui peuvent communier souvent.213

Section 3. De la confession et comme elle purifie les âmes.213


Livre 7. Qui contient ce qui regarde la mère de Dieu, les anges et les saints, l’Église militante et souffrante.215

Chapitre 1. La dévotion que la sœur Marie a eue pour la Sainte Vierge et qu’elle est la main de Dieu.215

Section 1. La Sainte Vierge la délivre de prison et est sa caution.215

Section 2. Notre Dame lui prête son carrosse.216

Section 3. Elle est la grande basse de la Sainte Vierge.216

Section 4. Notre Dame lui commande de donner une aumône et lui rend peu après. La même Vierge donne des armes pour combattre et des prix à ceux qui vainquent.217

Section 5. Notre Dame défend à un prédicateur de recommander un autel dédié à son honneur aux aumônes. Elle a un privilège : de sauver ceux qui la prêchent. Son humilité et sa charité.219

Chapitre 2. De l’Ave Maria, du Saint Rosaire et du Saint Scapulaire.220

Chapitre 3. La fête du très Saint Cœur de la bienheureuse Vierge, de l’Ave cor sanctissimum et de cette prière : Sancta Maria virgo cui data omis, etc.222

Chapitre 4. Ce qu’il faut faire pour honorer les reliques des saints. Elle les va saluer au ciel.224

Section I. Les saints viendront pour détruire le péché.226

Chapitre 5. De quelques saints en particulier. De saint Joseph, saint Joachim, sainte Anne, saint Pierre, saint Paul, saint Étienne, sainte Catherine de Gênes, de Ste Thérèse et de sainte Gertrude.227

Chapitre 6. De l’Église et de l’état où elle est.229

Section I. On la fait prier pour l’Église.230

Section II. Dispute entre l’Amour divin et l’Église.231

Section III. Vœux pour l’Église et pour les prêtres. Elle sera saignée. On la fait baigner au fleuve du Jourdain.232

Chapitre 7. Du purgatoire. Comme plusieurs âmes en sont délivrées par son moyen.233


Livre 8 contenant plusieurs choses contre le péché en général et plusieurs péchés en particulier.235

Chapitre 1. La laideur du péché et la haine que la sœur Marie lui porte, et la cause.235

Section 1. Le dernier degré de la haine du péché, et sur ces paroles : « Voce magna expiravit. »236

Section 2. Désir extrême qu’elle a de la mort du péché. Les hommes attirent l’Ire de Dieu par leurs péchés. Le péché est notre frère aîné.237

Chapitre 2. Contre l’orgueil. Exemples de quelques personnes orgueilleuses.238

Chapitre 3. Contre la vanité. La haine que la sœur Marie lui porte. Combien elle est dangereuse. Elle rend une puanteur insupportable. Un saint homme est en purgatoire pour la vanité.239

Section 1. La vanité se nourrit par les louanges, et se fortifie par les flatteries des hommes qui sont du poison.240

Chapitre 4. Contre l’amour-propre, la propre excellence, la vanité et l’orgueil.241

Chapitre 5. Contre la profanation des Lieux saints. Les ecclésiastiques qui se comportent irrévérencieusement dans l’église attirent l’Ire de Dieu.242

Section 1. Contre ceux qui chantent en fredonnant et qui ne prononcent pas bien ce qu’ils disent. Contre ceux qui causent à l’église, et contre les mères dont les enfants profanent l’église par leur faute.242

Chapitre 6. Contre les superstitions, parjures et ceux qui retiennent le bien d’autrui.245

Chapitre 7. Contre l’envie, les contestations et les moqueries.245

Chapitre 8. Contre la gourmandise, ivrognerie et friandise.247

Chapitre 9. Contre le péché déshonnête.248

Section 1. Oraison et moyen contre les tentations impures. Contre les gorges découvertes, pompes et vanités mondaines ; et contre les chansons profanes.248

Chapitre 10. Contre les nouvelles modes.250

Chapitre 11. Contre le monde. Les biens temporels ne sont rien.252

Section 1. Elle a vaincu le monde, le diable et la chair.253


Livre 9. Qui contient des choses très excellentes touchant la grâce et plusieurs des principales vertus chrétiennes.254

Chapitre 1. La sœur Marie est en la main de la grâce qui l’a toujours conduite depuis son baptême et à laquelle elle a toujours obéi.254

Section 1. Règne de la grâce dans la sœur Marie, et les règles qu’elle lui donne pour les puissances de son âme, pour ses sens, pour ses passions, pour la prière, tentations, charité vers soi-même, ses amis et vers ses ennemis.255

Section 2. Elle lui fait pratiquer plusieurs mortifications. Elle anime quelquefois ses sens. La grâce est une couronne. Dieu la donne à celui qui fait ce qu’il peut.256

Chapitre 2. De la foi. Trois sortes de foi.257

Chapitre 3. De l’amour de Dieu. Colloque entre Notre Seigneur et la sœur Marie, qui fait voir le grand amour qu’elle lui porte.258

Section 1. Elle aime Dieu purement et ne veut point de récompense. Son amour déiforme au regard de Dieu.259

Section 2. On ne peut rien faire pour l’amour de Dieu quand on n’a pas l’amour de Dieu en soi. Différence de ceux qui agissent par amour de Dieu et de ceux qui agissent par amour propre.261

Chapitre 4. De la dévotion. En quoi elle consiste et quelle a été celle de Notre Seigneur sur la terre.261

Section 1. Différence des âmes qui sont dans la dévotion sensible d’avec celles qui sont dans les sécheresses. Le démon donne quelquefois des consolations. Trois maux dans la dévotion et leurs remèdes.262

Chapitre 5. De sa dévotion et vénération pour toutes les choses de l’Église. Sur les encensements. De l’eau bénite.263

Section 1. Du psautier. Trois directeurs de la sœur Marie. Excellence de sept psaumes pénitentiaux.265

Chapitre 6. De la contemplation. La sœur Marie a été élevée dès le commencement au plus haut degré de la contemplation.268

Section 1. La manière avec laquelle Notre Seigneur lui parle et comme elle connaît la vérité des choses qui lui sont proposées.269

Section 2. Trois sortes de contemplations. Elle résout des difficultés qu’on lui propose sur la contemplation, et donne des avis fort utiles sur ce sujet.269

Chapitre 7. Le jardin des contemplatifs.272

Chapitre 8. Plusieurs manières d’oraison de la sœur Marie en divers temps.275

Section 1. Elle ne peut prier quand elle veut, ni pour qui elle veut. On la fait prier pour sept sortes de personnes et pour cinq sortes de pèlerins.276

Section 2. Elle prie pour le salut de plusieurs qu’elle obtient. Prières qu’on lui fait dire au matin, à midi, et au soir au son de la cloche.278

Section 3. Trois rosaires qu’on lui fait dire pour remercier Dieu de tous les biens qu’il a faits à Jésus-Christ, à Notre Dame et à tous les saints. Explication de ces paroles : « Petite et accipietis, etc.. Hosanna in excelsis est une prière infinie.280

Chapitre 9. Elle aime son prochain plus que soi-même. Combien la condescendance est agréable à Dieu. Un homme est sauvé pour approuver le bien. Une fille sauvée pour un acte de charité.281

Chapitre 10. De sa charité vers ses ennemis.282

Chapitre 11. De sa charité vers les âmes et du zèle de leur salut. La sœur Marie voit la beauté des âmes et est embrasée de zèle pour leur salut.283

Section 1. Son amour pur vers Dieu et son affection pour les âmes.283

Section 2 : Elle trouve la couronne de Notre Seigneur qui sont les âmes, dans la mer, dans l’abîme et dans le néant.284

Section 3. Sa charité vers les âmes. Elles sont son cœur et elle n’a que des excès d’amour vers elles.285

Section 4. Les tourments que son amour lui fait souffrir en la vue de la perdition des âmes.288

Section 5. Son zèle très ardent pour le salut des âmes.288

Section 6. Elle a grande compassion des pécheurs. Travailler pour le salut des âmes, c’est conquérir la terre sainte. C’est le plus court chemin de la perfection et le plus grand témoignage d’amour vers Dieu. Cinq sortes de personnes qui travaillent au salut des âmes.291

Chapitre 12. De la charité et mansuétude vers les pauvres, et de l’aumône.292


Livre 10. Contenant beaucoup de choses très utiles touchant l’humilité et plusieurs autres vertus. De la perfection. Du don de prophétie et des miracles.292

Chapitre 1. De l’humilité de la sœur Marie.292

Section 1. Les trois partages des enfants d’Adam qui contiennent une belle instruction sur la connaissance de soi-même.293

Section 2. Notre Seigneur lui dit ses louanges, qui appartiennent aussi à tous les enfants d’Adam et qui contiennent une plus grande explication des trois partages.294

Section 3. Elle a une très basse estime de soi-même, un très grand mépris et haine de soi-même. Actes merveilleux d’humilité.295

Section 4. Elle aime d’être avertie. Sa plus grande joie est d’être méprisée et son plus grand tourment d’être honorée.296

Section 5. Tout ce qui tourne à son honneur lui sert à confusion et à tourment.297

Section 6. Elle a affection pour ceux qui la méprisent et aversion pour ceux qui l’estiment. Les louanges sont du poison et plus dangereuses que les médisances.298

Section 7. Notre Seigneur cache dans son sein la petite violette qui est la sœur Marie.300

Chapitre 2. De la haine extrême qu’elle a contre l’honneur.300

Section 1. Le dernier degré de la haine de l’honneur.301

Section 2. Ce qu’elle dit aux autres porte à l’humilité.302

Chapitre 3. De plusieurs autres choses qui montrent l’humilité, en quoi elle consiste et qu’elle a une infinité de degrés.303

Section 1. L’humilité comprend deux choses : la connaissance de Dieu et de soi-même — et c’est le plus court chemin pour arriver à la perfection. Qui a l’humilité a toutes les vertus.304

Section 3. L’humilité et la crainte soutiennent la fragilité.306

Section 4. Plusieurs motifs d’humilité. Le portrait de la vraie et parfaite humilité.307

Chapitre 4. De l’obéissance. Notre Seigneur lui commande de faire plusieurs petites choses pour l’exercer dans cette vertu. Elle vaut mieux que la dévotion. Contre la propre volonté.308

Section 1. Exemples de l’obéissance.309

Chapitre 5. Du silence, de la patience, des austérités et de la pauvreté.309

Chapitre 6. De l’abstinence de la sœur Marie et comme elle porte au boire et au manger la pénitence du plaisir déréglé que les autres y prennent. De la virginité, de la chasteté, et que Notre Seigneur conseille toujours le plus facile.310

Chapitre 7. De la vérité, simplicité et fidélité dans les promesses.311

Section 1. Elle prie pour la connaissance de la vérité : la fidélité de l’âme au regard de Dieu.313

Chapitre 8. Belle instruction sur toutes les vertus.313

Chapitre 9. De la perfection. En quoi elle consiste. Son abrégé.314

Section 1. Le plus court chemin de la perfection. La grande différence qu’il y a entre ceux qui marchent par ce chemin.315

Section 2. La meilleure manière de faire ses actions avec perfection. Trois choses dont il se faut garder dans le chemin de la perfection.315

Chapitre 10. Communion, union, transformation et déification.316

Section 1. La goutte de rosée qui demande de se perdre dans la mer de la Divinité.317

Chapitre 11. De son esprit prophétique. Elle connaît l’état différent des âmes. Elle les voit aussi après leur mort.317

Section 1. Elle discerne l’esprit de vérité dans les âmes d’avec l’esprit d’illusion.318

Section 2. Elle voit la perdition d’une fille mondaine, le salut d’une autre, l’état d’un grand après sa mort.318

Section 3. Dieu fait miséricorde à une fille qui s’était noyée, Il suspend le jugement d’un jeune homme qui s’était pendu. Elle voit l’état effroyable du plus méchant homme du monde.318

Section 4. Elle connaît les pensées les plus secrètes de l’esprit.318

Section 5. Elle prédit les choses à venir.319

Chapitre 12. De plusieurs choses miraculeuses que la divine Puissance a opérées par la sœur Marie. Notre Seigneur la vient voir avec sa couronne d’épines.320

Continuation du même sujet.320

Toute sa vie est pleine de miracles.321


ABRÉGÉ DE LA VIE ET ÉTAT DE MARIE DES VALLÉES.323


Chapitre 1. Des choses principales qui se sont passées en elle depuis sa naissance jusqu’en l’an dix-neuvième de son âge.323

Chapitre 2. De la manière en laquelle la Sœur Marie a été possédée corporellement des malins esprits et comme elle a été persécutée par les sorciers325

De l’échange qui fut fait de la volonté de la S [œur] M [arie] avec celle de Dieu328

Oraison du R. P. Cotton .329

Des choses qui se sont ensuivies de la susdite échange.331

De la seconde chose qui s’est ensuivie du susdit échange333

D’un autre enfer dans lequel S [œur] M [arie] a été l’espace de 12 ans335

Remarques sur les choses susdites qui font voir que c’est un ouvrage du Saint-Esprit337

Plusieurs autres marques qui font voir que c’est l’Esprit de Dieu qui est l’auteur de cet ouvrage341

Première marque341

Seconde marque343

Troisième marque345

Quatrième marque347

Cinquième marque qui en contient un grand nombre d’autres.347

Éclaircissement des difficultés350

Première difficulté : c’est une possédée. Réponse350

Seconde difficulté avec sa réponse.353

Troisième difficulté355

Quatrième difficulté. La privation de la communion, l’espace de trente-trois ans. Réponse357

Cinquième difficulté. Il s’ensuivrait que la S [œur] M [arie] ne pêcherait plus en aucune façon359

Sixième difficulté. Souffrir les tourments de l’enfer en ce monde ici est une chose inouïe362


CONSEILS D’UNE GRANDE SERVANTE DE DIEU APPELEE SŒUR MARIE DES VALLEES 366


Bibliographie sommaire378

I. Sources manuscrites378

II. Sources imprimées (par ordre chronologique de parution)378

Table des Matières380





41.INFLUENCE MYSTIQUE ET POSTERITE DE MARIE DES VALLEES [Coutances 2013]

(54) Influence mystique et postérité de M des V (Courances 1juin13).doc



Contribution à « Marie des Vallées, la « sainte de Coutances », Actes du Colloque du 1er juin 2013 réunis pa le P. Daniel Doré, cjm, Vie Eudiste, hors série, 39-48.



L’influence de Marie des Vallées (1590-1656) [M des V] s’exerça directement par les conseils qu’elle donna à ses visiteurs dont saint Jean Eudes, Jean de Bernières et d’autres spirituels de l’Ermitage de Caen fondé par ce dernier.

La postérité d’une telle influence fut assurée à la génération suivante puis plus récemment grâce aux « dits » rapportés. Ils sont livrés dans La Vie admirable rédigée par saint Jean Eudes et dans les Conseils édités en collaboration avec Joseph Racapé946.



Regrettons que l’état de santé du Père Racapé ne lui ait pas permis d’assurer un aller-retour entre Paris et Coutances. M’intéressant à madame Guyon et à sa lignée spirituelle dont monsieur de Bernières947, je suis venu aux Archives eudistes consulter les dossiers assemblés par le P. Du Chesnay en vue d’une grande thèse inachevée sur le fondateur de l’Ermitage. Leur conservateur m’a fait découvrir le manuscrit dit de Québec et devint un ami. Il a repris avec grand soin ma transcription et éclaire la lecture d’un texte imprégné par la pratique religieuse traditionnelle. Il a ajouté l’Abrégé. Le volume s’achève par un texte méconnu, les Conseils d’une grande servante de Dieu attachés au Directeur mystique publié en milieu protestant à Amsterdam en 1726. Nous touchons ici à des influences qui s’exercèrent au sein de milieux les plus divers.

Influence directe par des conseils aux visiteurs.

Les membres de l’Ermitage de Caen faisaient annuellement un séjour auprès de « sœur Marie ». Nous en trouvons des traces écrites dans La Vie ou les Conseils (leurs références figurent en notes dans notre contribution rédigée). Voici un passage assez long mais révélateur :

L’an 1653, au mois de juin, quelques personnes de piété étant venues voir la sœur Marie pour la consulter sur plusieurs difficultés qu’elles avaient touchant la voie par laquelle Dieu les faisait marcher, qui était une voie de contemplation, elles demeurèrent quinze jours à Coutances, la voyant tous les jours et conférant avec elle sur ce sujet, deux, trois, quatre, et quelquefois cinq heures par jour.

Il est à remarquer qu’elle n’est pas maintenant dans cette voie, étant dans une autre incomparablement au-dessus de celle-là par laquelle elle a passé autrefois, mais il y a si longtemps qu’elle ne s’en souvient plus. C’est pourquoi, lorsqu’elles lui parlaient de cela, au commencement elle leur disait que ce n’était pas là sa voie et qu’elle n’y entendait rien. Mais peu après Dieu lui donna une grande lumière pour répondre à toutes leurs questions, pour éclaircir leurs doutes, pour lever leurs difficultés, pour parler pertinemment sur l’oraison passive, pour en découvrir l’origine, les qualités et les effets, pour faire voir les périls qui s’y rencontrent, pour donner les moyens de les éviter et pour discerner la vraie dévotion d’avec la fausse.

« Cette voie est fort bonne en soi, leur dit-elle, et c’est la voie que Dieu vous a donnée pour aller à lui, mais elle est rare : il y a peu de personnes qui y passent, c’est pourquoi il est facile de s’y égarer.

« Ce n’est pas à nous de choisir cette voie et nous ne devons pas y entrer de nous-mêmes et par notre mouvement. C’est à Dieu de la choisir pour nous et nous y faire entrer. On n’en doit parler à personne pour la leur enseigner, car si on y fait rentrer des personnes qui n’y soient pas attirées de Dieu, on les met en danger et grand péril de s’égarer et de se perdre. Si quelques-uns en parlent, il faut les écouter. Si on reconnaît à leur langage qu’ils marchent en ce chemin, alors on peut s’en entretenir avec eux. Cette voie est pleine de périls, il y faut craindre la vanité, l’amour-propre, la propre excellence, l’oisiveté et perte de temps.

« Il ne faut pas s’imaginer qu’il n’y ait que ce chemin qui conduise à l’anéantissement de nous-mêmes et à la perfection. Tous chemins vont en ville. Il y a une infinité de voies qui vont à la perfection : les uns y vont par la contemplation, les autres par l’action, les autres par les croix, les autres par d’autres chemins. Chaque âme a sa voie particulière. Il ne faut pas penser que la voie de la contemplation soit la plus excellente… 948 

Les conférences mystiques n’excluaient pas de bons moments. Mais ils restent contrôlés:

Dans un voyage que M. de Bernières fit à Coutances, pendant qu’il y fut il alla souvent prendre son repas chez M. Potier où était la sœur Marie. Or l’un et l’autre firent dessein d’envoyer quérir du sucre et quelque autre petite délicatesse, afin de le mieux traiter, mais lorsqu’il était présent, ils ne s’en souvenaient point du tout ; et quand il était parti, ils étaient fâchés d’y avoir manqué, mais pourtant ils oublièrent encore par après, excepté un soir qu’ils l’attendaient et qu’ils se souvinrent bien, mais cette fois il ne vint point. Ensuite de cela, comme la sœur Marie se plaignait de leur peu de mémoire, Notre Seigneur lui dit : « C’est ma divine volonté qui en a ainsi disposé. Elle veut que vous lui aidiez à marcher dans le chemin de la perfection. Toutes ces choses ne sont que des retardements, excepté quand on en use par infirmité ou par quelque autre bonne raison. »]949

Le grand respect de tous les pèlerins mystiques envers celle qu’ils nommaient notre « sœur Marie » demeura gravé dans le bronze ce dont témoigne la cloche du séminaire de Coutances : « +1655 iai este nommee Marie par Marie des Vallers et par Mre Jean de Berniere ». Et sœur Marie fut inhumée dans la chapelle du séminaire de Coutances, le 4 novembre 1656950.

Elle était donc bien « considérée comme une sainte femme, et une conseillère spirituelle avisée, par beaucoup de personnes notables. On peut citer entre autres : Gaston de Renty (1611-1649) ; Jean de Bernières (1602-1659) ; la mère Mechtilde du Saint-Sacrement (Catherine de Bar) (1614-1698), fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement ; Catherine de Saint-Augustin ; Simone de Longprey (1632-1668 à Québec), moniale hospitalière de la Miséricorde, béatifiée le 23 avril 1989 ; Mgr François de Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de Québec, béatifié le 22 juin 1980 ; Mgr Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), vicaire apostolique de Cochinchine, etc. » 951.

Jean Eudes prit courageusement sa défense dans son Abrégé que nous publions à la suite de la Vie : il ne pouvait abandonner sa dirigée et en même temps inspiratrice ; il précède ainsi l’archevêque de Cambrai Fénelon prenant la défense de madame Guyon.

Comprenons bien la source toute intérieure, clef du respect de tous ces proches, livrée dans les Conseils. Que se passait-il autour d’elle ? On perçoit trois niveaux :

1.Elle répond aux questions et ses réponses seront notées probablement le jour même par ses interlocuteurs dont saint Jean Eudes,

2.Elle raconte ce qui lui arrivait dont ses « songes » ou rêves, pour instruire,

3.Une communication de cœur à cœur en silence se produit dans une prière commune mystique.En témoigne probablement Bernières dans les Conseils d’une grande servante de Dieu rapportés dans le Directeur mystique :

27. Je dis à la sœur Marie que je conversais avec elle en Dieu, sans que je pense y converser de paroles. Elle m’a dit qu’il y a un langage intérieur, et que cela était vrai. Je suis venu peu à peu à ne plus parler avec elle, mais à demeurer auprès d’elle en Dieu […] J’ai bien connu que c’était imperfection à moi de lui parler, n’étant pas la manière que Dieu voulait sur moi. Il me semblait que mon âme était introduite dans un cabinet seule avec elle, où les autres ne pouvaient empêcher la conversation, non pas elle-même : c’est un pur don que Dieu seul peut faire952.

33. En l’année 1655, notre voyage pour voir la sœur Marie ne fut pas à dessein d’avoir quelque réponse ou quelque don particulier, mais afin d’obtenir par ses prières, l’établissement de la réelle présence de Dieu dans le fond de notre âme. Nous avions eu quelques mois auparavant plusieurs lumières qu’il y a dans l’essence de l’âme une capacité comme infinie de recevoir cette réelle présence ou plutôt d’être abîmée en Dieu même ; nous étions dégoûtés de nous servir d’aucuns moyens, cette communication essentielle de Dieu ne se pouvant faire qu’en Dieu et par Dieu même, ce que notre âme expérimente par un instinct secret.

34. Elle ne laissa pas de nous dire des histoires, ou des visions ou lumières qu’elle avait eues de l’état de déification, qui faisaient connaître le bonheur d’une âme qui entre en cet heureux état. Nous lui témoignâmes de le désirer, et que nous ne pouvions plus goûter aucun don, mais Dieu seul, et qu’elle priât pour nous obtenir cette grande miséricorde : nous trouvions notre intérieur changé, comme étant établi dans une région plus indépendante de moyens, et où il y a plus de liberté, de pureté et de simplicité, où l’anéantissement et la mort de soi-même sont expérimentés d’une manière tout autre que par le passé.953

Puis l’influence devenue moins directe se poursuit cependant sur la génération suivante par la diffusion de ses paroles :

-Soit perçue négativement par des jansénistes (nous ne traitons pas les épisodes compliqués de la collision entre mystiques et anti-mystiques),

-Soit perçue positivement - cela nous intéresse - par d’autres spirituels. D’abord par l’intermédiaire de Mgr de Laval qui emporta en Nouvelle-France notre manuscrit. C’est un indice de vénération profonde car on ne transportait pas de bibliothèques dans les traversées aventureuses de l’époque ! Le manuscrit « de Québec » traversa d’ailleurs deux fois l’océan…

L’influence atteindra à la fin du siècle madame Guyon – elle se rattache au même réseau mystique par monsieur Bertot passeur de Caen à Montmartre– réseau qui s’étendit ainsi à Paris et pénétra la Cour peu après le milieu du siècle. Madame Guyon écrit en 1693 au duc de Chevreuse :

pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a faits depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre, mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose954.

L’influence se prolonge encore au XVIIIe siècle par les Conseils édités près d’Amsterdam en 1726 par le groupe du pasteur Poiret, influent éditeur de trésors mystiques955.

Puis la personnalité de M des V parvint à émouvoir des chercheurs spirituels au XXe siècle :

Emile Dermenghem, reconnu par la suite pour ses belles études sur le soufisme, la fait heureusement revivre même s’il insiste sur les possessions et autres étrangetés 956.

Julien Green témoignera dans son Journal :

La Vie de Marie des Vallées est vraiment un livre extraordinaire […] : « Je vous crucifierais, dit-elle au Seigneur, je frapperais à grands coups de marteau sur les clous, je vous mettrais même en Enfer, si la Divine Volonté me l’ordonnait ». Voilà qui est parler, et que nous sommes loin des timides façons du christianisme ordinaire ! […] Que cette sainte me plaît. Elle parle à Dieu presque d’égal à égal, et elle a l’air d’avoir perdu la tête au moment où son bon sens de paysanne est le plus fort. 957 .958.

Quel intérêt nous pousse à lire M des V aujourd’hui ?

Selon deux champs distincts :

Le champ historique / sociologique :

Le témoiognage éclaire les conditions difficiles auxquelles eurent à faire face des mystiques au début du XVIIe siècle. Leurs vies présentent des phases semblables : épreuves, déréliction, parfois troubles proches de la folie, résurrection intérieure. Même Benoît de Canfield ou François de Sales en sa jeunesse se croient un moment au moins perdus !

La comparaison de deux grandes figures qui sortirent de leur enfer héroïquement par le haut reste à faire : je pense au proche cadet Jean-Joseph Surin (1600-1665) [Marie des Vallées : 1590-1656].

Comme lui, l’« innocente » servante, obsédée par la crainte voire la conviction d’être possédée, à une période où l’on brûle les sorcières par milliers, s’est jetée sans réserve à Dieu. Elle s’est aussi dangereusement « livrée en sacrifice » pour le rachat de ses persécuteurs. Ce don a renforcé des épreuves. On apprécie mieux aujourd’hui le risque d’une telle offrande à porter le mal d’autrui. Jean-Joseph Surin arrive à Loudun en 1634, l’année où Marie émerge du « mal de douze ans » et il va entreprendre à son tour un étrange voyage intérieur.

Dans ses précieuses notices à l’édition de la correspondance de Surin959, Michel de Certeau décrit comment le jésuite tente une approche humaine au milieu du théâtre fou de Loudun – et ce qui s’ensuivit960.

Le champ spirituel et mystique :

Il s’agit de quitter ce qui attire notre curiosité et de tenter une approche plus intérieure.

M des V montre comment l’on peut surmonter ses handicaps naturels par le haut, comme le fera Surin (et d’autres). Ces handicaps furent probablement renforcés par ce que nous pensons avoir été des épreuves troubles vécues dans sa jeunesse -peut-être même peut-on supposer quelque viol dont on imagine les effets sur bien des années.

De tels témoignages mis à jour et situés dans leur contexte soulignent comment peut s’opérer une progressive emprise de Dieu. Cette emprise permet de passer au-delà du plan psychologique et d’atteindre le plan spirituel, ce dont témoigne une grande paix et sagesse durant les dix dernières années. Selon une voie certes étrange et dépendante de l’époque. En témoignent des rêves et des « dits » de toute beauté.

Il faut ici souligner ce qui constitue à nos yeux le bon « mode d’emploi » de La Vie : commencer la lecture au Livre quatrième sinon même par les Conseils à la fin du volume! Ce que j’ai vérifié la semaine dernière lors d’une relecture de l’ensemble du volume : à une rupture de la copie par introduction de feuillets vierges et par un changement de main du copiste (indiqué note 121, page 151) correspond un changement très profond d’atmosphère où les beaux et profonds passages prennent place en remplaçant bien des diableries. S’agirait-il de deux rédactions distinctes d’époques différentes?

Laissons-lui la parole.

Je vous convie à achever cette matinée sur quelques extraits d’un volume de 693 pages :

Le deuxième jour de décembre [1644], Notre Seigneur lui proposa une forme d’abbaye dont l’abbesse était la divine Volonté. […]

Les âmes qui sont en ce noviciat ne font profession que quand elles sont entièrement dépouillées d’elles-mêmes. Lorsqu’elles font profession, elles sont au pied de la montagne de perfection sur laquelle s’acheminant, elles commencent de se déifier peu à peu, et en cet état elles ont à pratiquer les excès de l’amour divin qui contient sept articles :

Le premier est d’allumer le feu dans l’eau.

Le second de marcher sur les eaux à pied sec. […]

Le cinquième de faire la guerre à Dieu et Le vaincre. […]

Voici l’explication que Notre Seigneur lui a donnée de ces choses : allumer le feu dans les eaux, c’est conserver l’amour divin dans les souffrances. Plus les souffrances s’augmentent, plus l’amour divin s’augmente et s’embrase.

Marcher sur les eaux à pied sec, c’est mépriser et fouler aux pieds les plaisirs licites et illicites sans y toucher. Les plaisirs sont signifiés par les eaux parce qu’ils s’écoulent comme l’eau et n’ont point d’arrêt. […]

Faire la guerre à Dieu et le vaincre, c’est s’opposer à Dieu fortement quand Il veut châtier les pécheurs et le fléchir à miséricorde[…]

Toutes ces choses surpassent la nature, dit la sœur Marie. Il n’y a que Dieu seul qui les puisse opérer dans l’âme. 961

§

Un jour Notre Seigneur dit à la sœur Marie : « Les aveugles se sont assemblés pour faire le procès au soleil. Ils disent pour leur raison qu’il a perdu sa lumière et qu’il faut le chasser du ciel parce qu’il occupe inutilement la place qu’il y a.

– Je vous prie, ayez pitié d’eux, car ils ne savent ce qu’ils disent, et leur donnez un arrêt favorable.

– Oui, dit Notre Seigneur. Je m’en vais terminer ce procès et lui donnerais arrêt en l’excès de mon amour. »

Et en même temps Il prononça l’arrêt en cette sorte : « Je condamne le soleil de donner des yeux aux aveugles pour le connaître et pour voir sa lumière. »962

[…]

– Qu’est-ce que ces yeux et qu’est-ce que cette lumière du soleil ?

– Ces yeux, répliqua Notre Seigneur, c’est Ma divine grâce que Je donnerai à tous, et la lumière du soleil, c’est la foi.963

Elle aime Dieu purement :

L’an 1653, le 29 juillet, la sœur Marie, étant animée extraordinairement, parla en cette sorte : « C’est une chose très certaine que mon esprit s’en est allé au néant et qu’il a épousé la divine Volonté. Ce n’est point une rêverie ni une imagination.964

Dans la même inspiration :

Il lui dit : « Vous êtes comme un luth qui ne dit mot si on ne le touche, et qui ne dit que ce qu’on lui fait dire ; c’est la divine volonté qui vous anime, qui vous fait parler et qui vous fait dire ces choses965. »

§

Ses visions sont d’une grande beauté mais parfois obscures elles demandent attention et interprétation. Ce sont des analogies mystiques :

Un jour la Sainte Vierge dit à la sœur Marie : « Allons, ma grande basse [servante], travailler au bois. » La Sainte Vierge avait une faucille, une hache et une échelle dont les échelons étaient de corde, et une petite bêche. Elle la mena à l’entrée du bois où ce n’était qu’épines et broussailles. Elle lui bailla la faucille et lui commanda d’essarter [débroussailler] toutes ces épines. Elle le fait et voyant ses mains ensanglantées, elle dit à la Sainte Vierge : « Ma mère, j’ai mes mains tout ensanglantées. » La Sainte Vierge répartit : « Mon Fils ne m’a jamais demandé de mitaines. » Elle continue, fait la même plainte plusieurs fois et entend la même réponse. En essartant, elle arrive à un bel arbre touffu qui jetait de belles branches de tous côtés. La Sainte Vierge lui dit : « Frappe, ma grande basse, frappe sur ces branches ». Elle frappe, il en sort du sang.

Elle en a frayeur et se veut retirer. La Sainte Vierge lui dit plusieurs fois avec colère : « Frappe, il occupe la terre. » Elle coupa ses branches tout autour, c’est-à-dire celles du bas. Elle lui commanda d’essarter comme devant avec les mêmes plaintes et les mêmes réponses, et elle disait ce verset : Sequar quocumque ierit. Et elles arrivèrent à un bel arbre tout émondé auquel il ne restait qu’une petite branche en haut pour soutenir une colombe. Elle y monta jusqu’en haut par le moyen des estocs qui y étaient restés après avoir été émondés, et ne trouvant rien pour s’appuyer, elle fut saisie de frayeur, mais elle fut changée en colombe et devint aveugle et bien effrayée, ayant peine à s’appuyer et ne sachant [273v] où voler ailleurs, à cause qu’elle était aveugle.966

Son exigence :

Eh bien ! Que demandez-vous ? Voulez-vous que je vous donne la méditation ?

– Nenni, dit-elle, ce n’est pas cela que je veux.

– Voulez-vous la contemplation ?

– Non.

– Quoi donc ?

– Je demande la connaissance de la vérité ! 967

Son plus profond désir est de sauver les âmes :

« Mais quand je serais arrivée à la porte du paradis, après que toutes les âmes y seraient entrées jusqu’à la dernière, si on me fermait la porte, que dirais-je ? Je dirais à Dieu sans regret, puisque toutes les âmes sont sauvées : « Je suis en repos, je suis contente qu’on m’envoie au néant »968

Sa grande prudence dans la conduite d’autrui due à une longue expérience :

Ce n’est pas à nous de choisir cette voie et nous ne devons pas y entrer de nous-mêmes et par notre mouvement. C’est à Dieu de la choisir pour nous et nous y faire entrer. On n’en doit parler à personne pour la leur enseigner, car si on y fait rentrer des personnes qui n’y soient pas attirées de Dieu, on les met en danger et grand péril de s’égarer et de se perdre. Si quelques-uns en parlent, il faut les écouter. Si on reconnaît à leur langage qu’ils marchent en ce chemin, alors on peut s’en entretenir avec eux. Cette voie est pleine de périls, il y faut craindre la vanité, l’amour-propre, la propre excellence, l’oisiveté et perte de temps.

Il ne faut pas s’imaginer qu’il n’y ait que ce chemin qui conduise à l’anéantissement de nous-mêmes et à la perfection. Tous chemins vont en ville. Il y a une infinité de voies qui vont à la perfection : les uns y vont par la contemplation, les autres par l’action, les autres par les croix, les autres par d’autres chemins. Chaque âme a sa voie particulière. Il ne faut pas penser que la voie de la contemplation soit la plus excellente.969

§

Sa manière ordinaire de connaître la vérité des choses qui lui sont proposées par diverses personnes n’est pas par intelligence ni par lumière, mais par un goût expérimental qui lui ouvre le fond du cœur dans lequel elle entre…970

Sa modestie empreinte de réalisme :

En une autre occasion, Il lui dit encore : « Voulez-vous savoir ce que vous faites et de quoi vous servez à Mon œuvre ? Vous y servez autant qu’un petit enfant de deux ou trois ans qui voyant charger un tonneau dans une charrette, va pousser au bout avec une petite buchette, puis il dit qu’il a mis le tonneau dans la charrette et cependant il a bien plus apporté d’obstacle qu’il n’a servi, incommodant et retardant ceux qui chargeaient le tonneau, parce qu’ils avaient crainte de le blesser. 971

Terminons par ce beau passage qui fait songer à Ruusbroec :

L’an 1647, la sœur Marie entendit une voix qui criait en elle : « Audience, audience, ô grande mer d’amour. C’est une petite goutte de rosée qui demande d’être absorbée dans vos ondes, afin de s’y perdre et de ne se retrouver jamais. » Cette voix cria ainsi presque trois jours durant continuellement.

La sœur Marie demanda : « Qu’elle est cette voix ?

– C’est la voix, dit Notre Seigneur, d’une âme qui est arrivée à la perfection, laquelle est dépouillée d’elle-même et de tout ce qui n’est point Dieu, et qui est revêtue et embrasée d’amour et de charité, et qui crie par les grands désirs qu’elle a d’être tout à fait transformée et déifiée 972. Mais je la laisse dans ce divin feu afin de la purifier encore davantage.











42.LES AMITIÉS MYSTIQUES DE MÈRE MECTILDE DU SAINT-SACREMENT 1614-1698

(55) Mectilde Amitiés éd.7 b.docx



Les Amitiés mystiques de Mère Mectilde du Saint-Sacrement Catherine de Bar 1614-1698, Moniale et fondatrice bénédictine au XVIIe siècle, D. Tronc avec l’aide de moniales de l’Institut du Saint-Sacrement, coll. Mectildiana, Parole et Silence, 2917, 1-343.

Ouverture

« Le langage des mystiques est fort malaisé à entendre pour ceux qui ne le sont pas.

« C’est une théologie qui consiste toute en expérience, puisque ce sont des opérations de Dieu dans les âmes par des impressions de grâces et par des infusions de lumières ; par conséquent l’esprit humain n’y saurait voir goutte pour les comprendre par lui-même.

« Ce « Rien » dont notre Mère [Mectilde] parle avec tant d’admiration se trouve de cette nature. C’est, sans doute, un dépouillement de l’âme effectué par la grâce, qui la met en nudité et en vide, pour être revêtue de Jésus-Christ, et pour faire place à son Esprit qui veut venir y habiter.

« Mais nous pouvons dire encore que la nature par elle-même ne peut arriver à cet état. Il n’appartient qu’à Celui qui a su, du rien faire quelque chose, la réduire de quelque chose comme à Rien, non pas par son anéantissement naturel, mais par un très grand épurement de tout le terrestre, où il la peut mettre. » 973.

Il n’est nul besoin de revenir sur la vie extérieure de Mère Mectilde (voyages, épreuves, fondation de l’Institut, etc.) puisqu’elle a été fort bien décrite dans tous ses détails. Notre point de vue sera tout autre, car nous allons nous centrer sur le vécu intérieur de Mectilde. Sa vie se nourrit en effet d’une expérience spirituelle profonde et les fondations ne sont que le jaillissement créateur qui en est issu : sans la grâce, l’action dans le monde n’aurait ni sens ni fondement. C’est cette intériorité qui attire encore à l’heure actuelle les femmes qui aspirent à rentrer dans la communauté : l’appel mystique vécu par la mère fondatrice s’est transmis de génération en génération, toujours vivant.

Autour de cet axe central, il nous a paru utile de rassembler des textes qui sont toujours d’actualité pour le chercheur spirituel, car ils émanent d’une personne qui a demandé la grâce et qui l’a reçue. Ce choix comprend essentiellement des lettres de Mère Mectilde : elle fut en effet en relation avec de nombreux correspondants qui partageaient la même recherche mystique. De nombreuses lettres possèdent une force intérieure toujours actuelle qui peut aider des chercheurs de vérité.

C’est tout un milieu que nous allons découvrir : c’est pourquoi nous avons donné à ce volume le titre d’Amitiés mystiques 974. Dès sa jeunesse et pendant une vie exceptionnellement longue pour l’époque puisqu’elle couvre quatre-vingt-trois années, Mectilde a connu un milieu très favorable à l’expérience intérieure. Nous verrons ainsi se succéder des correspondant(e)s que nous avons classé(e)s en trois groupes selon un ordre chronologique : des « aînés » dans la voie spirituelle l’ont aidée dans sa recherche intérieure ; puis elle a noué des amitiés avec des compagnes de la même génération ; enfin en tant que Mère Mectilde du Saint-Sacrement, elle a transmis son expérience à ses dirigées ou aux visiteurs.

 Chaque figure aura son entrée et un choix de textes. L’ordre chronologique sera respecté : il s’ouvre sur les initiateurs et s’achève sur des figures sous influence tandis que la première ANNEXE donne une liste de figures omises au fil du texte principal.

Nous verrons ainsi le franciscain du Tiers Ordre régulier Chrysostome de Saint-Lô, puis Jean de Bernières s’imposer comme ses directeurs principaux, tandis que Marie des Vallées et Charlotte Le Sergent ont exercé des influences profondes, mais plus discrètes (QUATRE « AÎNÉS DIRECTEURS »).

Mectilde ayant alors atteint la maturité peut fonder et animer mystiquement son Institut des bénédictines du Saint-Sacrement. Elle nous fait partager un “véritable esprit” qui l’anime par des extraits de Conférences et d’Entretiens.

Revenant au fil des amitiés mystiques nous nous attacherons à des COMPAGNES ET COMPAGNONS : l’amie Marie de Châteauvieux, la Mère Benoîte de la Passion (Élisabeth de Brême), Dorothée (Heurelle) deviennent des bénédictines rattachées à l’Institut. Le lorrain Épiphane Louys, confesseur mystique et abbé d’Estival, est en relation étroite avec la Mère Benoîte et aidera Mectilde. Monsieur Bertot, ami de Jean de Bernières et confesseur des ursulines de Caen puis des bénédictines de Montmartre, assurera des contacts.

Puis nous nous intéresserons à la génération suivante une AMIE & DES MONIALES. Elles se livraient en toute vérité et Mère Mectilde répondait sans complaisance avec toute la rigueur nécessaire au grand but poursuivi, mais guidée par l’amour immense dans lequel elle baignait.

Enfin, n’oublions pas des RELATIONS & INFLUENCES plus larges et parfois tardives. La Tradition bénédictine fut forte, les relations avec le jésuite Guilloré ou avec l’archiprêtre Boudon furent cordiales. À la fin de sa vie, la Mère du Saint-Sacrement rencontra madame Guyon et Fénelon, figures éminentes du courant de la quiétude issu d’une même source, l’Ermitage fondé par monsieur de Bernières.

§

Ce parcours chronologique ne livre qu’une petite partie de ce qui nous est parvenu, car les moniales nous ont préservé près de trois mille lettres et pièces diverses en les recopiant durant trois siècles 975. Ces lettres et d’autres pièces manuscrites 976 sont répertoriées dans un Fichier central 977 établi au siècle dernier. Nous disposons de près de mille d’entre elles, éditées à fin de lecture spirituelle 978 et connaissons souvent l’histoire des transmissions 979.

L’intérêt des correspondances l’emporte à l’époque classique sur celui des textes publiés, car elles traduisent des amitiés initiatrices qui respectent « l’autre » dans ce qu’il a de personnel et d’unique 980. Leur usage privé ou limité à des lectures dans un cercle discret permettait d’échapper aux censures de l’État et de l’Église. Enfin les lettres résistaient assez bien aux travaux éditoriaux de réécriture 981 courants à l’époque.

Ce Florilège a été établi par « distillations successives » opérées par lecture de l’ensemble des imprimés disponibles. Les extraits proposés ont été vérifiés et corrigés par sœur Marie-Hélène Rozec [s. M.-H.] en recourant à des manuscrits considérés comme fiables par les auteures du Fichier Central. Nous y avons adjoint des extraits de manuscrits, tels que ceux concernant Madame de Béthune, ainsi que des extraits d’écrits hors correspondances (Conférences et Entretiens). Dans tous les cas l’orthographe a été revue ainsi que la ponctuation.

Rares sont les ensembles de correspondances qui conservent une pleine utilité pour le lecteur d’aujourd’hui : pour le Grand Siècle, on peut citer celles de François de Sales, Jean-Joseph Surin, Marie de l’Incarnation (du Canada), Jeanne-Marie Guyon, François de Fénelon. Les lettres de Mère Mectilde sont de la même profondeur.

Afin de situer Mectilde au centre de relations multiples, nous commencerons par un bref rappel des durées qu’elle vécut en des lieux très divers : il témoigne d’une longue vie semée d’épreuves. On complétera cette présentation par les études disponibles citées en notes et annexes.

Le premier chapitre s’achève sur une « Chronologie et durée des états de vie ». Chaque personnalité incarnant la grâce de façon différente, des extraits tenteront de cerner l’esprit mystique qu’elle transmettait à des compagnes lorsque la formation spirituelle explicitée au second chapitre fut achevée. Le chapitre suivant situé presque au centre de gravité de l’ouvrage opère un choix dans des pièces sans destinataires (datées on non). Les trois derniers chapitres distribuent par correspondant(e)s celles dont les destinataires sont connues; ils couvrent la plus grande partie du volume.

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Pour aller au-delà de notre choix orienté mystiquement, on dispose d’un large éventail. Il fut édité par les sœurs de l’Institut à la suite de l’achèvement d’un Fichier Central listant les sources des pièces d’origine mectildienne distribuées dans l’Institut. Pour faciliter l’usage de cette vaste entreprise éditoriale, nous reconstituons sa trame en fin de l’annexe « Histoire de transmissions ».

Nous nous effaçons devant les témoignages mystiques livrés ici en caractères romains. Résultat d’une lente distillation opérée sur l’ensemble publié ainsi que sur certains manuscrits, puis vérifiés, ils prédominent largement au fil du texte principal. À lire sans ordre imposé !

MECTILDE (1614-1698)

La biographie de Mectilde 982 a été souvent et bien présentée 983. Précisons seulement ici les durées vécues dont rend compte la « Chronologie et durée des états de vie » (fin de ce chapitre). En effet seules des durées associées à des lieux de rencontres possibles entre personnes physiques permettent des influences profondes des aînés aux cadets sur la voie mystique.

La vie de Mectilde comporte deux périodes de durées comparables : jeunesse et années de formation intérieure, puis accomplissement d’« une mystique de présence continuelle à Dieu grâce à la pauvreté de cœur 984 ».

Jeunesse et années de formation intérieure :

En première moitié de vie, dix-sept années précèdent l’entrée dans un ordre religieux suivies de dix-neuf années qui connaissent voyages d’est en ouest et inversement. Ces déplacements forcés s’accompagnent de nombreuses épreuves. Elles sont  intérieures et extérieures. Un incendie et deux guerres sont vécus sur les marches du Royaume sans parler de la Fronde et de sa misère parisienne. Mectilde vit des changements d’état consacrés, d’annonciade en bénédictine « simple » puis prieure et fondatrice.

Cette période est souvent dramatique, extérieurement très active, parfois presque chaotique, partageant le lourd souci de la responsabilité de communautés : elle voudra s’y soustraire 985. Les événements ne renverseront pas l’équilibre de notre solide Lorraine, mais ne lui épargneront ni doutes, ni angoisses, ni maladies.

En durées, cette première moitié de la vie couvre près de huit années comme annonciade 986, puis quatre années comme bénédictine, ces dernières réparties presque également entre Rambervillers, Saint-Mihiel, Montmartre 987, la région caennaise. Et ce n’est pas fini : succèdent quatre années à Saint-Maur près de Paris, trois années au Bon Secours de Caen, enfin un semestre à Rambervillers 988.

Une moitié lorraine vécue à l’est, hors ou aux marches du royaume, est ainsi « équilibrée » si l’on peut dire par une autre moitié vécue à l’ouest ou au centre du royaume entre région parisienne et région de Caen. Les multiplicités de lieux et de déplacements sont souvent accompagnées de pauvreté, voire de misère. Au total deux « séjours » à Rambervillers, deux « séjours » caennais, six déplacements avec changements de vie 989.

Accomplissement d’une mystique de présence à Dieu.

Les quarante-sept années parisiennes de la deuxième période de maturité et de vieillesse comportent encore des déplacements liés aux fondations : ainsi quatre visites sont attestées pour celle de Rouen 990. Ce presque demi-siècle couvre trois années d’implantation parisienne, puis cinq années vécues au monastère de la rue Férou, enfin trente-neuf années plus paisibles (après une crise intérieure culminant en 1659, l’année de la mort de son guide Jean de Bernières). Elles sont vécues au monastère de la rue Cassette 991.

Adhérer-adorer

Après cet aperçu biographique, illustrons l’esprit communiqué autour d’elle. Mectilde laissera comme testament les deux seuls mots « adhérer-adorer » ; « adorer Dieu dans le temple de notre âme, dans notre prochain, dans tout événement, et adhérer à cette “volonté de Dieu qui est Dieu même” ». Elle se situe mystiquement dans la ligne du franciscain capucin Benoît de Canfield ce qui s’explique assez naturellement par sa première appartenance franciscaine comme Annonciade, un ordre proche des capucins, et parce qu’elle a passé un an à Montmartre auprès de la supérieure Marie de Beauvilliers aidée au début du siècle par Benoît lors de la célèbre et difficile réforme du monastère.

D’autres influences indirectes s’exercent, dont témoignera un beau texte glosant Jean de la Croix si important pour elle 992, cité infra dans la section consacrée à Marie de Châteauvieux.  Il livre en même temps un aperçu sur la direction exercée par la fondatrice, bien adaptée à des intellectuels, direction ferme mais aussi toute chargée d’une dynamique positive. Au-delà de Jean de la Croix, qui à l’époque n’est pas encore pleinement reconnu par tous, Mectilde a lu d’autres auteurs mystiques contemporains 993.

Mais nous donnons la priorité aux rapports directs entre personnes bien vivantes. De nombreux textes donnent le parfum des « conférences » adressées par la « sainte mère » à ses religieuses :

Pour moi, je ne veux que la sainteté, je veux tout donner pour l’acquérir. Vous me direz peut-être qu’elle est trop rigou­reuse et trop difficile à contenter. Hélas, qu’est-ce donc que ces sacrifices qu’elle exige de nous ? Que nous lui donnions de l’humain pour le divin, y a-t-il à balancer ? […]

Laissez à cette divine sainteté la liberté d’opérer en vous, et elle vous divinisera, et je vous puis dire comme saint Paul que vous verrez et éprouverez ce que la langue ne peut expliquer, ce que l’esprit ne peut concevoir, ce que la volonté et le cœur ne peuvent espérer ni oser désirer. Mais personne ne veut des opérations de cette adorable sainteté. Presque toutes les âmes s’y opposent. Dès qu’elles se trouvent dans quelque état de sécheresse ou de ténèbres, elles crient, elles se plaignent, elles s’imaginent que Dieu les oublie ou les abandonne.

Ah ! Quelque désir que vous ayez de votre perfection, Dieu en a un désir infiniment plus grand, plus vif et plus ardent. Sa divine volonté ne peut souffrir vos imperfections. Sacrifiez-les donc toutes à toute heure et à tout moment, et vous deviendrez toute lumineuse. Mais l’on veut se donner la liberté d’aller partout ; [91] de tout dire, tout voir, tout entendre, tout censurer, juger celle-ci, contrarier celle-là : ainsi l’on s’attire bien des sujets de distraction et de dissipation dont on ne se défait point si facilement. On sort de son intérieur, on ne veut point de captivité, point de recueillement. […] Transportez-vous dans le Paradis, mes sœurs, je vous le permets…

Il n’y a pas de plus ou de moins en Dieu, cela n’est que selon notre manière de voir les choses, mais pour parler notre langa­ge, on peut dire que la sainteté de Dieu est la plus abstraite de ses adorables perfections. Elle est toute retirée en elle-même. Si nous n’avons pas de grandes lumières, des pénétrations extraordinaires et que nous ne soyons même pas capables de ces grâces éminentes, aimons notre petitesse et demeurons au moins dans l’anéantissement, sans retour sur nous-mêmes pour le temps et pour l’éternité. Ce n’est pas moi qui vous parle, je ne le fais pas en mon nom, je ne suis rien, et je suis moins que personne, mais je le fais de la part de mon Maître qui m’a mise dans la place où je suis. Finissons ; je ne sais pas ce que je vous dis. Priez Notre-Seigneur pour moi 994.

Une conférence, datée de l’année 1694, livre l’intimité mystique vécue à la fin d’une longue vie éprouvée :

Il n’est pas nécessaire pour adorer toujours de dire : « Mon Dieu, je vous adore », il suffit que nous ayons une certaine tendance intérieure à Dieu présent, un respect profond par hommage à sa grandeur, le croyant en nous comme il y est en vérité […]

C’est donc dans l’intime de votre [98] âme, où ce Dieu de Majesté réside, que vous devez l’adorer continuellement. Mettez de fois à autre la main sur votre cœur, vous disant à vous-même : « Dieu est en moi. Il y est non seule­ment pour soutenir mon être, comme dans les créatures inani­mées, mais il y est agissant, opérant, et pour m’élever à la plus haute perfection, si je ne mets point d’obstacle à sa grâce.

Imaginez-vous qu’il vous dit intérieurement : « Je suis toujours en toi, demeure toujours en moi, pense pour moi et je penserai pour toi et aurai soin de tout le reste. Sois toute à mon usage comme je suis au tien, ne vis que pour moi », ainsi qu’il dit dans l’Écriture : « Celui qui me mange vivra pour moi, il demeurera en moi et moi en lui » (Jn 6, 57).

Oh ! Heureuses celles qui entendent ces paroles et qui adorent en esprit et en vérité le Père, le Fils et le Saint-Esprit et Jésus Enfant dans sa sainte naissance avec les saints Mages, si vous voulez que nous retournions au Mystère de l’Épiphanie 995.

Chronologie et durées des états de vie

Cette chronologie 996, donnée aux deux pages suivantes pour un aperçu d’ensemble face à face, souligne les avatars et les DIFFICULTÉS surmontées au cours d’une longue vie.

Mectilde vécut de nombreux aller et retour de l’est à l’ouest  sous plusieurs états (d'annonciade, de bénédictine, de fondatrice).

Les durées sont soulignées.

1614 31/12 : Naissance de Mectilde = 17 années avant l’entrée dans un ordre religieux.

1631 /11. Annonciades rouges de Bruyères (Vosges).

1633. « Soeur Catherine de Saint Jean l’évangéliste ».

1635. « Mère Ancelle ».

1635 29/05 : INCENDIE du couvent de Bruyères, exode Saint-Dié-Badonviller-Epinal.

1636 à 1638. Séjour à Commercy où elle tient une école.

1638 à 1639. Second séjour à Saint-Dié.

= 1631 /11 à 1639 /07 : = 7 ans 8 mois annonciade (dont 4 ans 1 mois hors couvent de Bruyères).

1639 2/07 : Bénédictines de Rambervillers (Vosges).

1640 11/07 : « Soeur Mectilde ».

= 1639 /07 à 1640 /09 : = 1 an 2 mois bénédictine à Rambervillers, Vosges.

1640 /09. GUERRE DE TRENTE ANS, départ vers Saint-Mihiel.

1640 /09 à 1641 21/08 : Saint-Mihiel.

= 1640 /09 à 1641 21/08 : = 1 an bénédictine à Saint-Mihiel.

1641 01/08 : Pèlerinage au sanctuaire marial de Benoîte-Vaux.

1641 21/08 : Départ pour Paris.

1641 24/08 : Refuge à Paris (Mlle Le Gras) = une nuit !

1641 25/08 à 1642 10/08 : chez les Bénédictines de Montmartre.

= une année au monastère des Bénédictines de Montmartre, Paris.

1642 /08. En Normandie à Caen, Almenèches, Vignats, Barbery.

1643 /06. Fin de séjour normand = 10 mois en Normandie.

1643 23/08 : Saint-Maur [des-Fossés], près Paris.

= 1643 /06 à 1647 /06 : = 4 ans à Saint-Maur près Paris.

1644 25/03 : Décès du P. Jean-Chrysostome

1647 21/06 : Priorat des Bénédictines N.-D. du Bon-Secours de Caen.

= 1647 /06 à 1650 /08 : = 3 ans 2 mois au monastère des Bénédictines N.-D. du Bon-Secours de Caen.

1650 28/08 : prieure à Rambervillers = 7 mois à Rambervillers, Vosges.

1651 24/03 : GUERRE FRANCE-EMPIRE, arrivée à Paris, rue Saint Dominique, « Le Bon ami ».

1652 14/08 : Premier contrat de fondation.

1653 25/03 : Première exposition du Saint Sacrement lors de la fête de l’Annonciation, rue du Bac/05 obtention des Lettres Patentes.

1654 12/03 : Pose de la croix rue Férou avec la Reine,

1654 22/08 : La Vierge est élue Abbesse perpétuelle.

= 1651 24/03 à 1659 21/03 : = 8 ans à Paris (dont 5 ans env. rue Férou en location de 1654 à 1659.

1659 21/03 : rue Cassette (installation).

1664 8/12 : Toul (fondation de).

1666 28/04 : Rambervillers (agrégation du monastère).

1669 8/04 : Nancy, Lorraine.

1684 Paris (Second monastère) (fondation du).

1685 Caen (agrégation du monastère des bénédictines).

1688 Varsovie & Châtillon-sur-Loing (fondations de).

1696 Dreux (fondation de).

1698 6/04 : Mère Mectilde décède à l’âge de 83 ans 4 mois six jours à la veille de l’Annonciation, le dimanche de Quasimodo.

= 39 ans rue Cassette, (1659-1698).

Des « Aînés directeurs »

Nous privilégions les influences reçues de figures qui, ayant précédé Mectilde sur le chemin mystique, lui apportèrent de précieuses directions et des conseils : ils sont nés entre 1590 et 1604 soit au moins dix ans avant elle et c’est leur expérience qu’elle va revivre. Cette partie les regroupe ; elle se situe en « amont » dans l’histoire intime des amitiés d’une Mectilde encore « progressante ».

Mectilde eut en effet la chance d’être dirigée par quatre mystiques accomplis, cas qui demeure unique à nos yeux -- et elle sut avec ténacité en tirer parti. En effet se succèdent : le Père Chrysostome de juin 1643 à son agonie en mars 1646, la « sœur Marie » des Vallées qui disparaît en 1656 997, la Mère de Saint Jean l’évangéliste (Charlotte Le Sergent), bénédictine qui demeurera cachée à Montmartre, enfin Monsieur de Bernières, actif à l’Ermitage de Caen jusqu’à sa mort soudaine en 1659. Seul ce dernier a fait récemment l’objet d’approches variées et d’éditions de textes.

Des relations intimes illustrent comment fonctionne un réseau d’amis qui s’entraident sur le chemin mystique. Elles nous sont parvenues grâce à l’Institut fondé par Mectilde. Ses soeurs bénédictines ont su les préserver dans leurs monastères, mais le corpus des textes accumulés reste à défricher.

Une telle diversité de relations croisées associée à leur préservation demeure à nos yeux uniques 998. Elles n’ont pas fait l’objet d’études aussi nombreuses que celles sur tel mystique largement reconnu qui demeure isolé, voire placé sur un piédestal. Cette relative absence, mais plutôt l’utilité toujours actuelle de méditer sur des relations exemplaires entre pèlerins mystiques justifie notre travail 999.

Nous commençons par l’« aîné » Père Chrysostome de Saint-Lô. Son disciple Jean de Bernières, qui le suivra dans le tour des amis que nous menons chronologiquement -- à défaut d’établir une synthèse qui demanderait un rappel des liens croisés entre les membres de ce réseau spirituel 1000 -, écrivait à Mectilde peu après la disparition de leur « bon père » Chrysostome :

… ce me serait grande consolation que [...] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père [...] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père [...] Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu ? 1001.

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (~1595-1646)

Cette section consacrée au « Père des mystiques normands » sera ample dans sa présentation incluant celle de son cadre. Par contre nous ne situerons que brièvement les autres figures principales, pouvant renvoyer à leurs sources et à des études.

On connaît mal le passeur mystique Jean-Chrysostome 1002, tandis que Bernières, Marie des Vallées, l’abbé d’Estival Épiphane Louys, et même certaines des compagnes et des dirigées de Mectilde sont aujourd’hui assez bien étudiés. Le Père Chrysostome est à la source d’un vaste réseau spirituel.

Le cercle mystique normand donnera naissance à trois branches : (1) celle ouverte par Mectilde, fondatrice des Bénédictines du Saint-Sacrement ; (2) celle prenant pied en Nouvelle-France, ensemencée par Marie de l’Incarnation et par François de Laval ; (3) une « école de la quiétude » dont le passeur est Monsieur Bertot puis l’animatrice Madame Guyon auprès de Fénelon et de membres de cercles cis (français) et trans (européens). Nous approchons dans le présent volume la branche d’un « delta spirituel » qui a été moins explorée par suite de la vie en clôture. Outre son intérêt propre, elle a assuré la conservation de très nombreux témoignages ainsi bien protégés jusqu’à notre époque et qu’il importe de sauver 1003.

Il s’agit d’abord de présenter l’esprit franciscain qui anime aussi bien la jeune annonciade Mectilde que les membres de l’Ermitage fondé par Bernières sur la suggestion de Jean-Chrysostome, nombreux amis qu’elle rencontrera dans un malheur transformé pour elle en source d’approfondissement mystique.

L’esprit est transmis par un Provincial du Tiers Ordre Régulier franciscain dont la spiritualité encore proche du Moyen Age ensemence le cercle mystique dont fera partie Mectilde. Un bref rappel historique précède ici les rapports entre le directeur et sa dirigée pour mieux situer une histoire -- qui reste ici française et donc somme toute locale -- dans le fil séculaire de la vénérable tradition mystique franciscaine. La tradition bénédictine est également importante pour Mectilde, mais nous l’abordons peu, seulement en fin de volume, car son caractère mystique est moins exprimé.

Tertiaires franciscains réguliers et Laïcs

L’historien Pierre Moracchini explique :

Très tôt, sans doute dès le XIIIe siècle, des membres du Tiers-Ordre franciscain (hommes et femmes) ont vécu en communauté et se sont orientés vers la vie religieuse, la vie « régulière ». Ce mouvement a donné naissance à une infinie variété de sœurs franciscaines, mais également – et c’est plus étonnant compte tenu de l’existence du premier ordre des frères mineurs – à un Tiers-Ordre régulier masculin. Celui-ci a connu une histoire complexe, marquée par diverses réformes dont celle du père Vincent Mussart au début du XVIIe siècle1004.

La première communauté du Tiers-Ordre Régulier franciscain aurait été reconnue par le Pape en 1401 et se propage jusqu’à Gênes où ils ont en charge l’hôpital 1005 ; Catherine de Gênes (1447-1510) fut tertiaire franciscaine. De l’Italie arrivent deux membres du Tiers Ordre Régulier, Vincent de Paris et son compagnon Antoine. Ils recherchent une solitude peu compatible avec les événements politiques de la fin des guerres de religion, comme en témoigne le récit des tribulations de nos ermites aux mains des gens de guerre, alors qu’ils voulaient vivre cachés dans la forêt. Jean Marie de Vernon explique 

Ils tombèrent entre les mains des Suisses hérétiques, qui espérant une bonne rançon de quelques Parisiens qu’ils avaient pris parce que le siège [de Paris, en 1590] devait être bientôt levé, étaient résolus de les laisser aller, et de prendre les deux hermites. Frère Antoine en eut avis secrètement par une Demoiselle prisonnière, le malade [Vincent] qui tremblait la fièvre quarte entendit ce triste discours, et se jetant hors de sa couche descendit l’escalier si promptement qu’il roula du haut en bas, sans néanmoins aucune blessure. L’intempérance des soldats, et l’excès du vin les avaient mis en tel état, que Vincent et Antoine s’échappèrent aisément… 1006.

Pierre Moracchini résume ensuite l’histoire de la fondation qui prend forme :

Une fois guéri, Vincent reprend sa vie d’ermite, et il est rejoint par plusieurs compagnons, dont son propre frère, François Mussart. […] Vincent Mussart et ses compagnons cherchent encore leur voie sur le plan spirituel. C’est alors que survient l’épisode décisif que nous relate Jean-Marie de Vernon : « Le Père Vincent taschant plus que jamais de découvrir la volonté de Dieu, connut par le rapport de Frère Antoine, que la manière de vivre de la Demoiselle Flamande, qui le faisoit autrefois subsister par ses aumosnes, consistoit dans la troisième Règle de saint François d’Assize. […] Ayant visité plusieurs Bibliothèques de Paris, il rencontra dans celle de M[onsieur] Acarie -- mary de sœur Marie de l’Incarnation, avant qu’elle entrast dans l’Ordre des Carmélites -- les Commentaires du docteur extatique Denis Rikel chartreux 1007, sur la troisième Règle de saint François ».

Soulignons le lien de Vincent avec le couple Acarie : il se poursuivit probablement au sein du cercle qui incluait le chartreux Beaucousin, vit passer François de Sales. Vincent établit le monastère de Picpus entre le Faubourg Saint Antoine et le château du bois de Vincennes ; la congrégation se développa et une bulle de 1603 ordonna qu’un Chapitre provincial fût tenu tous les deux ou trois ans. Le premier Chapitre eut lieu en 1604. Vincent de Paris étendit peu à peu sa juridiction sur d’anciens couvents tertiaires en y implantant sa réforme.

Apparaît le père Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), figure centrale à laquelle se réfèrent les membres du cercle mystique normand qui n’entreprennent rien sans son avis. Seule l’humble « sœur Marie » des Vallées (1590-1656), sa contemporaine qui va faire l’objet de la présentation suivante, jouira d’un prestige comparable et attirera chaque année ses membres à séjourner auprès d’elle.

Une vie chargée, des témoignages mystiques forts

Jean-Chrysostome naquit vers 1594 dans le diocèse de Bayeux en basse Normandie, et étudia au collège des jésuites de Rouen. Âgé de dix-huit ans, il prit l’habit, contre le gré paternel, le 3 juin 1612 au couvent de Picpus à Paris. Lecteur en philosophie et théologie à vingt-cinq ans, il fut définiteur de la province de France en 1622, définiteur général de son ordre et gardien de Picpus en 1625, puis de nouveau en 1631, provincial de la province de France en 1634, puis premier provincial de la nouvelle province de Saint-Yves (après que la province de France eut été séparée en deux) en 1640.

Le temps de son second Provincialat étant expiré, on le mit confesseur des religieuses de Ste Élisabeth de Paris qui fut son dernier emploi à la fin de sa troisième année [de Provincialat] […] Au confessionnal dès cinq heures du matin, il rendait service aux religieuses avec une assiduité incroyable. À peine quelquefois se donnait-il lieu de manger, ne prenant pour son dîner qu’un peu de pain et de potage, pour [y] retourner aussitôt1008.

Il alla en Espagne sur l’ordre exprès de la Reine, pour aller visiter de sa part une visionnaire, la Mère Louise de l’Ascension, du monastère de Burgos. Voyage rude et contraint, car il préférait la solitude :

Libéral pour les pauvres […] il ne voulait pas autre monture qu’un âne […] Dans les dernières années de sa vie il ne pouvait plus supporter l’abord des gens du monde et surtout de ceux qui y ont le plus d’éclat1009.

Aussi, quand il fut enfin libéré de son provincialat, il éprouva une sainte joie et ne tarda pas à se retirer :

Il ne fit qu’aller dans sa cellule pour y prendre ses écrits et les mettre dans une besace dont il se chargea les épaules à son ordinaire […] passant à travers Paris […] sans voir ni parler à une seule personne de toutes celles qui prenaient ses avis…1010.

Il enseignait : Qu’il fallait laisser les âmes dans une grande liberté, pour suivre les attraits de l’esprit de Dieu […] commencer par la vue des perfections divines […] ne regarder le prochain qu’en charité et vérité dans l’union intime avec Dieu1011.

Le cercle spirituel qui se rassembla autour de lui à Caen, comprenait Jean de Bernières et sa sœur Jourdaine, Mectilde du Saint-Sacrement, Jean Aumont (sans doute tertiaire régulier), auxquels les historiens ajoutent Vincent de Paul et J.-J. Olier. Ils ont vécu ensemble « une doctrine d’abnégation, de désoccupation, de passivité divine…1012» Jean-Chrysostome est la figure discrète, mais centrale à laquelle se référaient ces éminentes figures qui n’auraient rien entrepris sans l’avis de leur père spirituel :

L’on a vu plusieurs personnes de celles qui suivaient ses avis, marcher à grands pas, ou, pour mieux dire, courir avec ferveur dans les voies les plus simples de la haute perfection. […] La première est feu Mr de Bernières, de Caen. […] Le P. Jean-Chrysostome lui avait écrit que l’actuelle pauvreté était le centre de sa grâce, et qu’il n’aurait jamais de parfait repos qu’il n’y fût comme dans son centre 1013.

Ce que nous connaissons provient de sa biographie écrite par Boudon. Les connaisseurs modernes de l’école des mystiques normands, Souriau1014 et Heurtevent1015, n’ajoutent guère à ses éléments : le premier éclaire le contexte historique ; le second ajoute qu’un de ses frères fut capucin, une de ses sœurs clarisse à Rouen : tout le milieu était donc d’inspiration franciscaine ! Boudon ne nous cache pas que son agonie fut difficile et qu’il traversa un dernier dépouillement intérieur. Il exerça peut-être un dernier soutien en liaison à des proches :

Ayant été soulagé de la fièvre quarte il s’en alla à Saint Maur […] pour y voir la R. Mère du Saint-Sacrement [Mectilde], maintenant supérieure des Religieuses bénédictines du Saint Sacrement […] Elle était l’une des filles spirituelles du bon père, et en cette qualité il voulut qu’elle fût témoin de son agonie : il passa environ neuf ou dix jours à Saint Maur, proche de la bonne Mère […] Au retour de Saint Maur […] il entra dans des ténèbres épouvantables […] il écrivit aux Religieuses :

 « Mes Chères Sœurs […] il est bien tard d’attendre à bien faire la mort et bien douloureux de n’avoir rien fait qui vaille en sa vie. Soyez plus sages que moi […] C’est une chose bien fâcheuse et bien terrible à une personne qui professait la sainte perfection de mourir avec de la paille […] »

L’on remarqua que la plupart des religieux du couvent de Nazareth où il mourut [le 26 mars 1646, âgé de 52 ans], fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher1016.

Les trois seuls exemplaires connus des ouvrages de Jean-Chrysostome relèvent de deux sources1017 : la première est constituée des Divers traités spirituels et méditatifs. Le Traité premier, Le Temps, la mort et l’éternité, comporte des « Pensées d’Éternité d’un certain solitaire et d’un autre serviteur de Dieu » qui nous touchent par leur rectitude et leur grandeur. Si ce texte évoque les grandes peurs de la damnation, il possède par contre un côté biographique tout nouveau. Jean-Chrysostome y résume sobrement les biographies de deux amis 1018 foudroyés par l’amour divin : après le coup de poing initial asséné par la grâce, la vie mystique est résumée en quelques périodes ponctuées de moments charnières, dans une dynamique qui couvre toute la durée de la vie. Une existence est dite en quelques paragraphes, ce qui nous livre une impression saisissante de force associée à la brièveté de notre condition :

I. Le premier, étant un jeune homme d’un naturel fort doux et d’un esprit fort pénétrant […] se retira en solitude, après une forte pensée qu’il eut de l’Éternité, en cette manière. C’est que huit jours durant, à même qu’il commençait la nuit à dormir dans son lit, (82) il entendit une voix très éclatante qui prononçait ce mot d’Éternité, et pénétrait non seulement le sens externe, mais encore le fonds de l’âme, y faisant une admirable impression.

II. Là-dessus, s’étant retiré en solitude, il lui était souvent dit à l’oraison, Je suis ton Dieu, je te veux aimer éternellement : ce qui lui faisait une grande impression de cet amour éternel.

III. Ensuite il lui semblait que toutes les créatures lui disaient sans cesse d’une commune voix « éternité d’amour », et son âme en demeurait fort élevée.

IV. Il passa à un état de peine, et demeura quelques années dans une vue du centre de l’enfer […] (84)

VI. Dieu tout bon lui fit voir un jour ce qui se passait dans le jugement particulier d’une âme qui l’avait bien servi : je voyais, disait-il, une miséricorde infinie qui comblait cette âme d’un amour éternel.

VII. Une autre fois faisant oraison, il entendit une voix qui dit : Je t’ai aimé de toute Éternité : ce qui lui imprima une certaine idée de cet (85) amour divin, qui le séparait du souvenir des créatures. Et au même temps il fut tellement frappé d’amour, qu’il en demeura comme hors de soi toute sa vie1019, laquelle il finit heureusement en des actes d’amour, pour les aller continuer à toute Éternité. […]

On passe maintenant à l’autre ami de Dieu :

I. Un autre serviteur de Dieu a été conduit à une très haute perfection [86] par les vues pensées de l’Éternité. Il était de maison et façonné aux armes. Voici que environ à l’âge de vingt-trois ans, comme il banquetait avec ses camarades mondains, il entrouvrit un livre, où lisant le seul mot d’Éternité, il fut si fort pénétré d’une forte pensée de la chose, qu’il tomba par terre comme évanoui, et y demeura six heures en cet état couché sur un lit, sans dire son secret.

II. Le lendemain, ayant l’usage fort libre de ses puissances, environné néanmoins de la vue d’Éternité, il s’alla confesser à un saint Religieux avec beaucoup de larmes et lui ayant révélé son secret, il en reçut beaucoup de consolation, car il était serviteur de Dieu et homme de grande oraison, qui avait eu révélation de ce qui s’était passé, et qui en se séparant lui dit : Mon frère aime Dieu un moment, et tu l’aimeras éternellement. Ces mots portés et partis d’un esprit embrasé, lui furent comme une flèche de feu, qui navra son pauvre cœur d’un certain amour divin, dont l’impression lui en demeura toute sa vie.

III. Ensuite il fut tourmenté de la vue de l’éternité de l’Enfer, environ huit ans, dans plusieurs visions […]

IV. Après cet état il demeura trois autres années dans une croyance comme certaine de sa damnation : tentation qui était aucune fois si extrême, qu’il s’en évanouissait.

V. Ensuite de cet état, il [89] demeura un an durant fort libre de toutes peines […]

VI. Après cette année, il en demeura deux dans la seule vue de la brièveté de la vie […] Ce qui lui donna un si extrême mépris des choses du monde […] [qu’il] ne pouvait comprendre comme les hommes créés pour l’éternité s’y pouvaient arrêter. [90]

VII. Ensuite […] il fut huit ans dans la continuelle vue que Dieu l’aimait de toute Éternité ; ce qui l’affligeait, avec des larmes de tendresse et d’amour, d’autant qu’il l’aimait si peu et avait commencé si tard. Il eut conjointement des vues fort particulières de la Sainte Passion.

VIII. Dans la dernière maladie il fut tourmenté d’un ardent amour envers Dieu, et d’une grande impatience d’aller à son Éternité.

Dans son Traité second : La Sainte Désoccupation de toutes les créatures, pour s’occuper en Dieu seul, Jean-Chrysostome balaye le chemin sans compromis : il faut laisser de la place et toute la place au divin qui peut alors animer la créature : la passiveté mystique est le terme d’un long cheminement. Jean-Chrysostome donne des indications concrètes et fournit des exemples plutôt qu’il n’expose une théorie :

Dieu tout bon a imprimé votre âme de Sa belle image, pour vous divertir de la laideur des créatures et vous attacher à Sa pure beauté. […] Le Bienheureux frère Gilles, Religieux mineur, enseignait que pour aller droit à la sainte perfection, il fallait que le spirituel fut un à un, c’est-à-dire seul avec Dieu seul, occupé de Dieu seul, et désoccupé de tout ce qui n’était point Dieu1020.

À chaque chose principale qu’il commençait dans la journée, il entrait dans un recueillement intérieur et il faisait résolution de la commencer, continuer et finir en la vue de Dieu seul […] désoccupation très pure, par laquelle l’âme parvient à une continuelle vue et présence de Dieu : de sorte que toutes les créatures semblent lui disparaître, et ne regarde en elle que Dieu seul, intimement présent et opérant […] L’âme parvient à ce degré […] par la fervente pratique de l’oraison et des actes du pur amour1021.

Lors […] elle est comme déiformée et comme passive en ses opérations ; car encore que la volonté concoure à aimer Dieu, néanmoins Dieu opère tellement en cette âme, qu’il semble que ce soit plutôt Lui qui produise cet amour […] l’âme demeure souvent comme liée et garrottée, sans rien penser ni agir comme d’elle-même, mais mue seulement par le Saint-Esprit tant Dieu est jaloux que tout ce qu’elle fait, elle le fasse pour Lui1022.

Le Traité troisième : les dix journées de la sainte occupation, ou divers motifs d’aimer Dieu et s’occuper en son amour appartient aux schémas de retraites qui forment une littérature propre au XVIIe siècle. Leur forme répondait au besoin des directeurs dans les maisons religieuses (une retraite de dix jours est toujours pratiquée annuellement par les carmélites). Le thème de l’amour pur et la joie donnée par la grâce tranchent avec bonheur sur le pessimisme et la culpabilité qui se répandront dans les retraites de la seconde moitié du siècle. De la seconde source, Divers exercices…, nous retiendrons l’extrait d’une lettre peut-être écrite à une dirigée :

Ne vous donnez point la peine de m’écrire votre état passé : je crois vous connaître beaucoup mieux que vous ne vous connaissez vous-même : allez droit à Dieu […] ne vous précipitez pas ; soumettez toujours votre perfection et votre ferveur à la volonté divine, ne voulant que l’état qu’elle agréera en vous […] Votre paix […] consiste en un certain état de l’âme dans lequel elle est tranquille en son fonds avec son maître, quelque tempête qu’il y ait au dehors ou en la partie inférieure qui sert de croix à la supérieure où Dieu réside dans la pureté de son esprit et dans la paix suprême. […]

Tout n’est rien. Tout n’est ni pur ni parfait sinon Dieu seul […] par la grâce d’oraison, et je tiens que c’est Dieu qui se rend maître de l’âme, qui la lui donne [la grâce d’oraison], avec goût qu’elle seule savoure et peut dire1023.

L’Exercice de la Sainte vertu d’Abjection, a été écrit pour répondre aux besoins du groupe de l’Ermitage fondé à Caen par son disciple Jean de Bernières. Le terme abjection ne doit pas être pris au sens péjoratif d’avilissement : il désigne l’humiliation et la prosternation intérieure devant la grandeur divine (second sens selon Littré), la prise de conscience due à la grâce que l’on n’est rien devant Dieu. Quelques extraits font comprendre l’extrême austérité du vécu de ces spirituels :

Premier exercice traitant de la sainte vertu d’abjection/ Premier traité : de la sainte abjection. / La Société spirituelle de la sainte abjection ; / Pratiquée en ce temps avec grand fruit de perfection, par quelques dévots de Jésus humilié et méprisé. / Avis. 1024

Chapitre I. Vues ou lumières surnaturelles de la superbe [orgueil] d’Adam.

Le spirituel en cet état est pénétré de certaines vues ou lumières surnaturelles, par lesquelles il entre en la connaissance [14] intime de son âme et de ses parties intellectuelles, et voit clairement que tout cet être est rempli de la superbe, de l’ambition, de l’orgueil, et de la vanité d’Adam […]

Chapitre II. Abjection dans le rien de l’être.

Le spirituel en cet état voit par lumière surnaturelle, comme le néant ou le rien est son principe originel. Sur quoi vous remarquerez : 1. Que cette vue provient d’une grande faveur de Dieu. 2. Que par icelle l’âme se voit dans un éloignement infini de son créateur. 3. Qu’elle le voit dans une sublimité infinie. 4. Qu’elle se réjouit selon la disposition de sa pureté [16] intérieure de voir que son Dieu soit en l’infinité de l’être et de toute perfection, et elle comme en une certaine infinité du non-être, c’est-à-dire du néant et du rien.

La pratique. L’exercitant ainsi disposé : 1. Se réjouira de l’infinité Divine. 2. Il prendra plaisir de se voir dans l’infinité du rien respectivement à son Dieu. 3. Il considérera que Dieu l’a tiré de ce rien par sa toute-puissance, pour l’élever et le faire entrer en la communion incompréhensible de son être divin et de sa vie divine, par les actes intellectuels et spirituels de l’entendement et de la volonté, par lesquels il est si hautement élevé que comme Dieu se connaît et s’aime, ainsi par alliance ineffable, il le connaît et l’aime […]

Chapitre IV. Abjection d’inutilité.

Cet état appartient particulièrement aux personnes qui sont [19] liées et attachées par obligation aux communautés, dont nous en voyons plusieurs extrêmement tourmentées de la vue de leur inutilité, desquelles aucunes le sont par une certaine bonté naturelle de voir leurs prochains surchargés à leur occasion, et les autres par un certain orgueil qui les pique et les aigrit ; le diable se mêle en ces deux dispositions et le spirituel doit prendre garde de s’en défendre. Pour donc en faire bon usage, 1. Il considérera que celui qui agrée son abjection dans son inutilité, rend souvent plus de gloire à Dieu qu’une infinité de certains utiles, suffisants, indévots et superbes […] 4. Il supportera patiemment les inutilités des autres prochains. 5. Il pensera que la créature [20] n’est autant agréable à Dieu qu’elle est passive à la conduite divine […]

Chapitre XIX. Tourment d’amour en l’abjection.

La superbe vide l’âme de toute disposition d’amour envers son divin créateur où au contraire la sainte abjection la purifie et la dispose à la pureté de cette charité divine dans les manières ineffables […] J’appelle cet état tourment d’amour, d’autant qu’en icelui les âmes sanctifiées par les humiliations sont extrêmement [53] tourmentées des saintes ardeurs, vives flammes et divin amour […]

Méditation XXIII. De la sainte abjection de Jésus dans le reniement de St Pierre.

[108] Considérez et pesez ensuite les circonstances de l’abjection que Jésus a souffertes au reniement de Pierre. 1. C’était le plus considérable des Apôtres. 2. C’était celui qui lui avait plus témoigné de bonne volonté. 3. C’était dans une grande persécution, et lorsqu’il était délaissé de tous les siens. 4. C’était enfin en un temps auquel étant accusé d’avoir semé et prêché des fausses doctrines, il paraissait plus suspect et coupable par un tel reniement […]

Méditation XXX. De l’abjection de Jésus dans son crucifiement.

[130] Quand vous verrez certaines personnes dévotes mourir dans la folie et même avec des circonstances étranges, extravagantes et superbes, ainsi qu’est mort le saint nommé Tauler 1025 […] souvenez-vous qu’il peut arriver que Dieu accorde la mort d’abjection à certains de ses fidèles amants, pour les récompenser de leurs travaux généreux dans les voies de cette sainte vertu et pour les rendre conformes à Jésus […]

IV. Traité. Méditations d’abjection en la vue de la divinité.

Méditation I. D’abjection en la vue de l’existence divine.

Considérez que comme Dieu est le premier être de soi, qui n’a jamais été et ne peut jamais être dans le rien, de même l’amour divin n’a jamais été et ne peut jamais être dans le rien ; pensez que comme [145] Dieu a toujours été et sera toujours nécessairement, étant l’être de soi nécessaire ; ainsi il s’est toujours aimé et s’aimera toujours nécessairement. Ajoutez qu’encore que vous soyez très vil et très abject, il vous a néanmoins toujours aimé et vous aimera toujours à toute éternité, d’un amour autant adorable qu’inconcevable, pesez bien surtout combien c’est une chose étrange et incompréhensible qu’un Dieu s’applique à aimer une créature si abjecte et si petite, qu’elle n’est de soi qu’un pur rien […] chose inconcevable, qu’un Dieu daigne vous donner de l’amour pour l’aimer […]

Méditation XI. D’abjection en la vue de l’incompréhensibilité divine.

Considérez que Dieu […] reste toujours à connaître à l’infini dans son infinité.

Il semble que nous nous soyons éloignés loin de notre sujet ? Mais l’écart apparent nous permet d’être bien au fait du caractère rigoureux, mais attentif à l’autre, d’une initiation qui va façonner Mectilde :

L’initiation de Mectilde

Mectilde, âgée de vingt-huit ans et demi est depuis dix mois réfugiée en Normandie. Elle a rencontré en juin 1643 Chrysostome par l’intermédiaire de Jean de Bernières, l’un de ses dirigés qui a déjà pris soin d’elle sur le plan matériel et que nous rencontrerons plus tard comme directeur mystique 1026 :

Monsieur, mon très cher Frère,

Béni soit Celui qui par un effet de son amoureuse Providence m’a donné votre connaissance pour, par votre moyen avoir le cher bonheur de conférer de mon chétif état au saint personnage que vous m’avez fait connaître.

J’ai eu l’honneur de le voir et de lui parler environ une heure. En ce peu de temps, je lui ai donné connaissance de ma vie passée, de ma vocation et de quelqu’affliction que Notre-Seigneur m’envoya quelque temps après ma profession. Il m’a donné autant de consolation, autant de courage en ma voie et autant de satisfaction en l’état où Dieu me tient que j’en peux désirer en terre. O que cet homme est angélique et divinisé par les singuliers effets d’une grâce très intime que Dieu verse en lui ! Je voudrais être auprès de vous pour en parler à mon aise et admirer avec vous les opérations de Dieu sur les âmes choisies. O que Dieu est admirable en toutes choses ! Mais je l’admire surtout en ces âmes-là.

Il m’a promis de prendre grand intérêt à ma conduite. Je lui ai fait voir quelques lettres que l’on m’a écrites sur ma disposition. Il m’a dit qu’elles n’ont nul rapport à l’état où je suis et que peu de personnes avaient la grâce de conduite, ce que je remarque par expérience.

Entre autres choses qu’il m’a dites, et qu’il m’a assurée, c’est que j’étais fort bien dans ma captivité, que je n’eusse point de crainte que Dieu voulait que je sois à lui d’une manière très singulière et que bientôt je serai sur la croix de maladies et d’autres peines. Il faut une grande fidélité pour Dieu.

Je vous dis ces choses dans la confiance que vous m’avez donnée pour vous exciter de bien prier Dieu pour moi. Recommandez-moi, je vous supplie, à notre bonne Mère Supérieure [Jourdaine, sœur de Jean de Bernières] et à tous les fidèles serviteurs et servantes de Dieu que vous connaissez. Si vous savez quelques nouvelles de la sainte créature que vous savez [Marie des Vallées], je vous supplie de m’en dire quelque chose. [...]

On sent que la jeune femme est nature dans sa relation, alternant compte-rendus, exclamations, incertitude présente quant à sa « carrière ». Cela changera en passant de la dirigée à la directrice ! Pour l’instant la jeune Mectilde a besoin d’être assurée en ce début de la voie mystique.

Le Père Chrysostome apportera donc point par point ses réponses aux questions que se pose la jeune dirigée. Elle lui demande conseil sur son expérience profonde et ardente. Chrysostome lui répond de façon très détachée et froide de façon à ne susciter chez cette femme passionnée ni attachement ni émotion sensible ; afin que son destin extraordinaire soit mené jusqu’au bout, il ne manifeste pratiquement pas d’approbation, car il veut la pousser vers la rigueur et l’humilité la plus profonde. La relation faite à son confesseur est rédigée à la troisième personne ! - du moins dans ce qui nous est parvenu1027.

Premier texte : Relation au Père Chrysostome avec réponses, juillet 1643.

1re Proposition : Cette personne [Mectilde] eut dès sa plus tendre jeunesse le plus vif désir d’être religieuse ; plus elle croissait en âge, plus ce désir prenait de l’accroissement. Bientôt il devint si violent qu’elle en tomba dangereusement malade. Elle souffrait son mal sans oser en découvrir la cause ; ce désir l’occupait tellement qu’elle épuisait en quelque sorte toute son attention et tous ses sentiments. Il ne lui était pas possible de s’en distraire ni de prendre part à aucune sorte d’amusement. Elle était quelquefois obligée de se trouver dans différentes assemblées de personnes de son âge, mais elle y était de corps sans pouvoir y fixer son esprit. Si elle voulait se faire violence pour faire à peu près comme les autres, le désir qui dominait son cœur l’emportait bientôt et prenait un tel ascendant sur ses sens mêmes qu’elle restait insensible et comme immobile en sorte qu’elle était contrainte de se retirer pour se livrer en liberté au mouvement qui la maîtrisait. Ce qui la désolait surtout, c’était la résistance de son père que rien ne pouvait engager à entendre parler seulement de son dessein. Il faut avouer cependant que cette âme encore vide de vertus n’aspirait et ne tendait à Dieu que par la violence du désir qu’elle avait d’être religieuse sans concevoir encore l’excellence de cet état.

Réponse : En premier lieu, il me semble que la disposition naturelle de cette âme peut être regardée comme bonne.

2. Je dirai que dans cette vocation, je vois beaucoup de Dieu, mais aussi beaucoup de la nature : cette lumière qui pénétrait son entendement venait de Dieu ; tout le reste, ce trouble, cette inquiétude, cette agitation qui suivaient étaient l’œuvre de la nature. Mais, quoi qu’il en soit, mon avis est, pour le présent, que le souvenir de cette vocation oblige cette âme à aimer et à servir Dieu avec une pureté toute singulière, car dans tout cela il paraît sensiblement un amour particulier de Dieu pour elle.

2e Proposition : cette âme, dans l’ardeur de la soif qui la dévorait ne se donnait pas le temps de la réflexion ; elle ne s’arrêta point à considérer de quelle eau elle voulait boire. Elle voulait être religieuse, rien de plus ; aussi tout Ordre lui était indifférent, n’ayant d’autre crainte que de manquer ce qu’elle désirait : la solitude et le repos étant tout ce qu’elle souhaitait.

Réponse : 1. Ces opérations proviennent de l’amour qui naissait dans cette âme, lesquelles étaient imparfaites, à raison que l’âme était beaucoup enveloppée de l’esprit de nature. 2. Nous voyons de certaines personnes qui ont la nature disposée de telle manière qu’il semble qu’au premier rayon de la grâce, elles courent après l’objet surnaturel : celle-ci me semble de ce nombre. Combien que par sa faute il se soit fait interruption en ce qu’elle s’éloignait1028 de Dieu.

Le dialogue se poursuit et se terminera sur une 19e proposition : le père Chrysostome est patient !

[...]

17e Proposition1029 : Elle entrait dans son obscurité ordinaire et captivité sans pouvoir le plus souvent adorer son Dieu, ni parler à Sa Majesté. Il lui semblait qu’Il se retirait au fond de son cœur ou pour le moins en un lieu caché en son entendement et à son imagination, la laissant comme une pauvre languissante qui a perdu son tout ; elle cherche et ne trouve pas ; la foi lui dit qu’il est entré dans le centre de son âme, elle s’efforce de lui aller adorer, mais toutes ses inventions sont vaines, car les portes sont tellement fermées et toutes les avenues, que ce lieu est inaccessible, du moins il lui semblait ; et lorsqu’elle était en liberté elle adorait sa divine retraite, et souffrait ses sensibles privations, néanmoins son cœur s’attristait quelquefois de se voir toujours privé de sa divine présence, pensant que c’était un effet de sa réprobation.

D’autre fois elle souffrait avec patience, dans la vue de ce qu’elle a mérité par ses péchés, prenant plaisir que la volonté de son Dieu s’accomplisse en elle selon qu’il plaira à Sa Majesté.

Réponse : Il n’y a rien que de bon en toutes ses peines, il les faut supporter patiemment et s’abandonner à la conduite de Dieu. Ajoutez que ces peines et les autres lui sont données pour la conduire à la pureté de perfection à laquelle elle est appelée et de laquelle elle est encore bien éloignée. Elle y arrivera par le travail de mortification et de vertu.

18e Proposition : Son oraison n’était guère qu’une soumission et abandon, et son désir était d’être toute à Dieu, que Dieu fût tout pour elle, et en un mot qu’elle fût toute perdue en Lui ; tout ceci sans sentiment. J’ai déjà dit qu’en considérant elle demeure muette, comme si on lui garrottait les puissances de l’âme ou qu’on l’abîmât dans un cachot ténébreux. Elle souffrait des gênes et des peines d’esprit très grandes, ne pouvant les exprimer ni dire de quel genre elles sont. Elle les souffrait par abandon à Dieu et par soumission à sa divine justice.

Réponse : J’ai considéré dans cet écrit les peines intérieures. Je prévois qu’elles continueront pour la purgation et sanctification de cette âme, étant vrai que pour l’ordinaire, le spirituel ne fait progrès en son oraison que par rapport à sa pureté intérieure, sur quoi elle remarquera qu’elle ne doit pas souhaiter d’en être délivrée, mais plutôt qu’elle doit remercier Dieu qui la purifie. Cette âme a été, et pourra être tourmentée de tentations de la foi, d’aversion de Dieu, de blasphèmes et d’une agitation furieuse de toutes sortes de passions, de captivité, d’amour. Sur le premier genre de peine, elle saura qu’il n’y a rien à craindre, que telles peines est un beau signe, savoir de purgation intérieure, que c’est le diable, qui avec la permission de Dieu, la tourmente comme Job. Je dis plus qu’elle doit s’assurer que tant s’en faut que dans telles tempêtes l’âme soit altérée en sa pureté, qu’au contraire, elle y avance extrêmement, pourvu qu’avec résignation, patience, humilité et confiance elle se soumette entièrement et sans réserve à cette conduite de Dieu.

Sur ce qui est de la captivité dont elle parle en son écrit, je prévois qu’elle pourra être sujette à trois sortes de captivités : à savoir, à celle de l’imagination et l’intellect et à la composée de l’une et de l’autre. Sur quoi je remarque qu’encore que la nature contribue beaucoup à celle de l’imagination et à la composée par rapport aux fantômes ou espèces en la partie intellectuelle, néanmoins ordinairement le diable y est mêlé avec la permission de Dieu, pour tourmenter l’âme, comme dans le premier genre de peines ; en quoi elle n’a rien à faire qu’à souffrir patiemment par une pure soumission à la conduite divine ; ce que faisant elle fera un très grand progrès de pureté intérieure.

Quant à l’intellectuelle, elle saura que Dieu seul lie la partie intellectuelle, ce qui se fait ordinairement par une suspension d’opérations, exemple : l’entendement, entendre, la volonté, aimer, si ce n’est que Dieu concoure à ses opérations ; d’où arrive que suspendant ce concours, les facultés intellectuelles demeurent liées et captives, c’est-à-dire, elles ne peuvent opérer ; en quoi il faut que l’âme se soumette comme dessus1030 à la conduite de Dieu sans se tourmenter. Sur quoi elle saura que toutes les peines de captivité sont ordinairement données à l’âme pour purger la propriété de ses opérations, et la disposer à la passivité de la contemplation. Sur le troisième genre de peines d’amour divin, il y en a de plusieurs sortes, selon que Dieu opère en l’âme, et selon que l’âme est active ou passive à l’amour, sur quoi je crois qu’il suffira présentement que cette bonne âme sache :

1. Que l’amour intellectuel refluant en l’appétit sensitif cause telles peines qui diminuent ordinairement à proportion que la faculté intellectuelle, par union avec Dieu, est plus séparée en son opération de la partie inférieure.

2. Quand l’amour réside en la partie intellectuelle, ainsi que je viens de dire, il est rare qu’il tourmente ; cela se peut néanmoins faire, mais je tiens qu’il y a apparence que, pour l’ordinaire, tout ce tourment vient du reflux de l’opération de l’amour de la volonté supérieure à l’inférieure, ou appétit sensitif.

3. Quelquefois par principe d’amour l’âme est tourmentée de souhaits de mort, de solitude, de voir Dieu et de langueur ; sur quoi cette âme saura que la nature se mêlant de toutes ces opérations, le spirituel doit être bien réglé pour ne point commettre d’imperfections ; d’où je conseille à cette âme :

1. d’être soumise ainsi que dessus à la conduite de Dieu ;

2. de renoncer de fois à autre à tout ce qui est imparfait en elle au fait d’aimer Dieu ;

3. elle doit demander à Dieu que son amour devienne pur et intellectuel ;

4. si l’opération d’amour divin diminue beaucoup les forces corporelles, elle doit se divertir et appliquer aux œuvres extérieures ; que si ne coopérer en se divertissant, l’amour la suit [la poursuit], il en faut souffrir patiemment l’opération et s’abandonner à Dieu, d’autant que la résistance en ce cas est plus préjudiciable et fait plus souffrir le corps que l’opération même. Je prévois que ce corps souffrira des maladies, d’autant que l’âme étant affective, l’opération d’amour divin refluera en l’appétit sensitif, elle aggravera le cœur et consommera beaucoup d’esprit, dont il faudra avertir les médecins. J’espère néanmoins qu’enfin l’âme se purifiant, cet amour résidera davantage en la partie intellectuelle, dont le corps sera soulagé. Quant à la nourriture et à son dormir, c’est à elle d’être fort discrète, comme aussi en toutes les austérités, car si elle est travaillée de peines intérieures ou d’opérations d’amour divin, elle aura besoin de soulager d’ailleurs son corps, se soumettant en cela en toute simplicité à la direction. Sur le sujet de la contemplation, je prévois qu’il sera nécessaire qu’elle soit tantôt passive simple, même laissant opérer Dieu, et quelquefois active et passive ; c’est-à-dire, quand à son oraison la passivité cessera, il faut qu’elle supplée par l’action de son entendement.

Ayant considéré l’écrit, je conseille à cette âme :

1. De ne mettre pas tout le fond de sa perfection sur la seule oraison, mais plutôt sur la tendance à la pure mortification.

2. De n’aller pas à l’oraison sans objet. À cet effet je suis d’avis qu’elle prépare des vérités universelles de la divinité de Jésus-Christ, comme serait : Dieu est tout-puissant et peut créer à l’infini des millions de mondes, et même à l’infini plus parfaits ; Jésus a été flagellé de cinq mille et tant de coups de fouet ignominieusement, ce qu’Il a supporté par amour pour faire justice de mes péchés.

3. Que si portant son objet et à l’oraison elle est surprise d’une autre opération divine passive, alors elle se laissera aller. Voilà mon avis sur son oraison : qu’elle souffre patiemment ses peines qui proviennent principalement de quelque captivité de faculté. Qu’elle ne se décourage point pour ses ténèbres ; quand elle les souffrira patiemment, elles lui serviront plus que les lumières.

19e Proposition : Il semble qu’elle aurait une joie sensible si on lui disait qu’elle mourrait bientôt ; la vie présente lui est insupportable, voyant qu’elle l’emploie mal au service de Dieu et combien elle est loin de sa sacrée union. Il y avait lors trois choses qui régnaient en elle assez ordinairement, à savoir : langueur, ténèbres et captivité.

Réponse : Voilà des marques de l’amour habituel qui est en cette âme. Voilà mes pensées sur cet état, dont il me demeure un très bon sentiment en ma pauvre âme, et d’autant que je sens et prévois qu’elle sera du nombre des fidèles servantes de Dieu, mon Créateur, et que par les croix, elle entrera en participation de l’esprit de la pureté de notre bon Seigneur Jésus-Christ. Je la supplie de se souvenir de ma conversion en ses bonnes prières, et je lui ferai part des miennes [T4, p. 641] quoique pauvretés. J’espère qu’après cette vie Dieu tout bon nous unira en sa charité éternelle, par Jésus-Christ Notre Seigneur auquel je vous donne pour jamais.

Dans le deuxième texte infra on note la précision et le soin pris de même pour encadrer la jeune femme (elle n’aura que trente ans à la mort de son directeur). Une liste (cette fois elle atteint trente points !) livre le parfum commun à l’école. Bertot proposera plus tard de façon très semblable un « décalogue » de règles à observer par la jeune madame Guyon (dans une filiation, on n’invente pas).

Nous livrons tout le texte malgré sa longueur, car il est unique par sa précision et sa netteté dans une direction mystique assurée avec fermeté par « le bon Père Chrysostome » : on est infiniment loin de tout bavardage spirituel.

Deuxième texte : Autre réponse du même père à la même âme 1031.

Cette vocation paraît : 1. Par les instincts que Dieu vous donne en ce genre de vie, vous faisant voir par la lumière de sa grâce la beauté d’une âme qui, étant séparée de toutes les créatures, inconnue, négligée de tout le monde, vit solitaire à son unique Créateur dans le secret dû.

2. Par les attraits à la sainte oraison avec une facilité assez grande de vous entretenir avec Dieu des vérités divines de son amour.

3. Dieu a permis que ceux de qui vous dépendez aient favorisé cette petite retraite qui n’est pas une petite grâce, car plusieurs souhaitent la solitude et y feraient des merveilles, lesquels néanmoins en sont privés.

4. Je dirai que Dieu par une providence vous a obligée à honorer le saint Sacrement d’une particulière dévotion, et c’est dans ce Sacrement que notre bon Seigneur Jésus-Christ, Dieu et homme, mènera une vie toute cachée jusqu’à la consommation des siècles, que les secrets de sa belle âme vous seront révélés.

5. Bienheureuse est l’âme qui est destinée pour honorer les états de la vie cachée de Jésus, non seulement par acte d’adoration ou de respect, mais encore entrant dans les mêmes états. D’Aucuns honorent par leur état sa vie prêchante et conversante, d’autres sa vie crucifiée ; quelques-uns sa vie pauvre, beaucoup sa vie abjecte ; il me semble qu’Il vous appelle à honorer sa vie cachée. Vous le devez faire et vous donner à Lui, pour, avec Lui, entrer dans le secret, aimant l’oubli actif et passif de toute créature, vous cachant et abîmant avec Lui en Dieu, selon le conseil de saint Paul, pour n’être révélée qu’au jour de ses lumières.

6. Jamais l’âme dans sa retraite ne communiquera à l’Esprit de Jésus et n’entrera avec lui dans les opérations de sa vie divine, si elle n’entre dans ses états d’anéantissement et d’abjection, par lesquels l’esprit de superbe est détruit.

7. L’âme qui se voit appelée à l’amour actif et passif de son Dieu renonce facilement à l’amour vain et futile des créatures, et contemplant la beauté et excellence de son divin Époux qui mérite des amours infinis, elle croirait commettre un petit sacrilège de lui dérober la moindre petite affection des autres et partant, elle désire d’être oubliée de tout le monde [T4, p. 653] afin que tout le monde ne s’occupe que de Dieu seul.

8. N’affectez point de paraître beaucoup spirituelle : tant plus votre grâce sera cachée, tant plus sera-t-elle assurée ; aimez plutôt d’entendre parler de Dieu que d’en parler vous-même, car l’âme dans les grands discours se vide assez souvent de l’Esprit de Dieu et accueille une infinité d’impuretés qui la ternissent et l’embrouillent.

9. Le spirituel ne doit voir en son prochain que Dieu et Jésus ; s’il est obligé de voir les défauts que commettent des autres, ce n’est que pour leur compatir et leur souhaiter l’occupation entière du pur amour. Hélas ! Faut-il que les âmes en soient privées ! Saint François voyant l’excellence de sa grâce et la vocation que Dieu lui donnait à la pureté suprême, prenait les infidélités à cette grâce pour des crimes, d’où vient qu’il s’estimait le plus grand pécheur de la terre et le plus opposé à Dieu, puisqu’une grâce qui eût sanctifié les pécheurs, ne pouvait vaincre sa malice.

10. L’oraison n’est rien autre chose qu’une union actuelle de l’âme avec Dieu, soit dans les lumières de l’entendement ou dans les ténèbres. Et l’âme dans son oraison s’unit à Dieu, tantôt par amour, tantôt par reconnaissance, tantôt par adoration, tantôt par aversion du péché en elle et en autrui, tantôt par une tendance violente et des élancements impétueux vers ce divin1032 objet qui lui paraît éloigné, et à l’amour et jouissance auquel elle aspire ardemment, car tendre et aspirer à Dieu, c’est être uni à Lui, tantôt par un pur abandon d’elle-même au mouvement sacré de ce divin Époux qui l’occupe de son amour dans les manières [T4, p. 655] qu’il lui plaît. Ah ! Bienheureuse est l’âme qui tend en toute fidélité à cette sainte union dans tous les mouvements de sa pauvre vie ! Et à vrai dire, n’est-ce pas uniquement pour cela que Dieu tout bon la souffre sur la terre et la destine au ciel, c’est-à-dire pour aimer à jamais ? Tendez donc autant que vous pourrez à la sainte oraison, faites-en quasi comme le principal de votre perfection. Aimez toutes les choses qui favorisent en vous l’oraison, comme : la retraite, le silence, l’abjection, la paix intérieure, la mortification des sens, et souvenez-vous qu’autant que vous serez fidèle à vous séparer des créatures et des plaisirs des sens, autant Jésus se communiquera-t-Il à vous en la pureté de ses lumières et en la jouissance de son divin amour dans la sainte oraison ; car Jésus n’a aucune part avec les âmes corporelles qui sont gisantes dans l’infection des sens.

11. L’âme qui se répand dans les conversations inutiles, ou s’ingère sous des prétextes de piété, se rend souvent indigne des communications du divin Époux qui aime la retraite, le secret et le silence. Tenez votre grâce cachée : si vous êtes obligée de converser quelquefois, tendez avec discrétion à ne parler qu’assez peu et autant que la charité le pourra requérir ; l’expérience nous apprendra l’importance d’être fidèle à cet avis.

12. Tous les états de la vie de Jésus méritent nos respects et surtout ses états d’anéantissement. Il est bon que vous ayez dévotion à sa vie servile ; car il a pris la forme de serviteur, et a servi en effet son père et sa mère en toute fidélité et humilité vingt-cinq ou trente ans en des exercices très abjects et en un métier bien pénible ; et pour honorer cette vie servile et abjecte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, prenez plaisir à servir plutôt qu’à être servie, et vous rendez facile aux petits services que l’on pourra souhaiter de vous, et notamment quand ils seront abjects et répugnants à la nature et aux sens.

13. Jésus dans tous les moments de sa vie voyagère a été saint, et c’est en iceux la sanctification des nôtres ; car il a sanctifié les temps, desquels il nous a mérité l’usage, et généralement toutes sortes d’états et de créatures, lesquelles participaient à la malédiction du péché. Consacrez votre vie jusqu’à l’âge de trente-trois ans à la vie voyagère du Fils de Dieu par correspondance de vos moments aux siens, et le reste de votre vie, si Dieu vous en donne, consacrez-le à son état consommé et éternel, dans lequel Il est entré par sa résurrection et par son ascension. Ayez dès à présent souvent dévotion à cet état de gloire de notre bon Seigneur Jésus-Christ, car c’est un état de grandeur qui était dû à son mérite, et dans lequel vous-même, vous entrerez un jour avec lui, les autres états [d’anéantissement] de sa vie voyagère n’étant que des effets de nos péchés.

14. L’âme qui possède son Dieu ne peut goûter les vaines créatures, et à dire vrai, celui-là est bien avare à qui Dieu ne suffit1033. À mesure que votre âme se videra de l’affection aux créatures, Dieu tout bon se communiquera à vous en la douceur de ses amours et en la suavité de ses attraits, et dans la pauvreté suprême de toutes créatures, vous vous trouverez riche [T4, p. 659] par la pure jouissance du Dieu de votre amour, ce qui vous causera un repos et une joie intérieure inconcevables.

15. Vous serez tourmentée de la part des créatures qui crieront à l’indiscrétion et à la sauvagerie : laissez dire les langues mondaines, faites les œuvres de Dieu en toute fidélité, car toutes ces personnes-là ne répondront pas pour vous au jour de votre mort ; et faut-il qu’on trouve tant à redire de vous voir aimer Dieu ?

16. Tendez à vous rendre passive à la Providence divine, vous laissant conduire et mener par la main, entrant à l’aveugle et en toute soumission dans tous les états où elle voudra vous mettre, soit qu’ils soient de lumière ou de ténèbres, de sécheresse ou de jouissance, de pauvreté, d’abjection, d’abandon, etc. Fermez les yeux à tous vos intérêts et laissez faire Dieu, par cette indifférence à tout état, et cette passivité à sa conduite, vous acquerriez une paix suprême qui [vous établira dans la pure oraison1034] et vous disposera à la conversion très simple de votre âme vers Dieu le Créateur.

17. Notre bon Seigneur Jésus-Christ s’applique aux membres de son Église diversement pour les convertir à l’amour de son Père éternel, nous recherchant avec des fidélités, des artifices et des amours inénarrables. Oh ! Que l’âme pure qui ressent les divines motions de Jésus et de son divin Esprit, est touchée d’admiration, de respect et d’amour à l’endroit de ce Dieu fidèle !

18. Renoncez à toute consolation et tendresse des créatures, cherchez uniquement vos consolations en Jésus, en son amour, en sa croix et son abjection. Un petit mot que Jésus vous fera entendre dans le fond de votre âme la fera fondre et se liquéfier en douceur. Heureuse est l’âme qui ne veut goûter aucune consolation sur la terre de la part des créatures !

19. Par la vie d’Adam, nous sommes entièrement convertis à nous-mêmes et à la créature, et ne vivons que pour nous-mêmes, et pour nos intérêts de chair et de sang ; cette vie nous est si intime qu’elle s’est glissée dans tout notre être naturel, n’y ayant puissance dans notre âme, ni membre en notre corps qui n’en soit infecté ; ce qui cause en nous une révolte générale de tout nous-mêmes à l’encontre de Dieu, cette vie impure formant opposition aux opérations de sa grâce, ce qui nous rend en sa présence comme des morts ; car nous ne vivons point à Lui, mais à nous-mêmes, à nos intérêts, à la chair et au sang. Jésus au contraire a mené et une vie très convertie à son Père éternel par une séparation entière, et une mort très profonde à tout plaisir sensuel et tout intérêt propriétaire de nature, et Il va appelant ses élus à la pureté de cette vie, les revêtant de Lui-même, après les avoir dépouillés de la vie d’Adam, leur inspirant sa pure vie. Oh ! Bienheureuse est l’âme qui par la lumière de la grâce connaît en soi la malignité de la vie d’Adam, et qui travaille en toute fidélité à s’en dépouiller par la mortification, car elle se rendra digne de communiquer à la vie de Jésus !

20. Tandis que nous sommes sur la terre, nous ne pouvons entièrement éviter le péché. Adam dans l’impureté de sa vie nous salira toujours un peu ; nous n’en serons exempts qu’au jour de notre mort que Jésus nous consommera dans sa vie divine pour jamais, nous convertissant si parfaitement [à son Père éternel] par la lumière de sa gloire que jamais plus nous ne sentions l’infection de la vie d’Adam ni d’opposition à la pureté de l’amour.

21. La sentence que Notre Seigneur Jésus-Christ prononcera sur notre vie au jour de notre mort est adorable et aimable, quand bien par icelle il nous condamnerait, car elle est juste et divine, et partant mérite adoration et amour : adorez-le donc quelquefois, car peut-être alors vous ne serez pas en état de le pouvoir faire ; donnez-vous à Jésus pour être jugée par lui, et le choisissez pour juge, quand bien même il serait en votre puissance d’en prendre un autre. Hugo, saint personnage, priait Notre Seigneur Jésus-Christ de tenir plutôt le parti de son Père éternel que non pas le sien : ce sentiment marquait une haute pureté de l’âme, et une grande séparation de tout ce qui n’était point purement Dieu et ses intérêts.

22. Notre bon Seigneur Jésus-Christ dit en son Évangile : bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Oh ! En effet, bienheureuse est l’âme qui n’a point ici d’autre désir que d’aimer et de vivre de la vie du pur amour, car Dieu lui-même sera sa nourriture, et en la plénitude de son divin amour assouvira sa faim. Prenez courage, la faim que vous sentez est une grâce de ferveur qui n’est donnée qu’à peu. Travaillez à évacuer les mauvaises humeurs de la nature corrompue, et cette faim ira toujours croissant, et vous fera savourer avec un plaisir ineffable les douceurs des vertus divines.

23. Tendez à acquérir la paix de l’âme autant que vous pourrez par la mortification de toutes les passions, par le renoncement à toutes vos volontés, par la désoccupation de toutes les créatures, par le mépris de tout ce que pourront dire les esprits vains et mondains, par l’amour à la sainte abjection, par un désir d’entrer courageusement dans les états d’anéantissement de Jésus-Christ quand la Providence le voudra, par ne vouloir uniquement que Dieu et sa très sainte volonté, par une indifférence suprême à tous événements ; et votre âme ainsi dégagée de tout ce qui la peut troubler, se reposera agréablement dans le sein de Dieu, qui vous possédant uniquement, établira en vous le règne de son très pur amour.

24. Il fait bon parler à Dieu dans la sainte oraison, mais aussi souvent il fait bon l’écouter, et quand les attraits et lumières de la grâce nous préviennent, il les faut suivre par une sainte adhérence qui s’appelle passivité.

25. Le spirituel dans les voies de sa perfection est sujet à une infinité de peines et de combats : tantôt il se voit dans les abandons, éloignements, sécheresses, captivités, suspensions ; tantôt dans des vues vives de réprobation et de désespoir ; tantôt dans les aversions effroyables des choses de Dieu ; tantôt dans un soulèvement général de toutes ses passions, tantôt dans d’autres tentations très horribles et violentes, Dieu permettant toutes ces choses pour évacuer de l’âme l’impureté de la vie d’Adam, et sa propre excellence. Disposez-vous à toutes ces souffrances et combats, et souvenez-vous que la possession du pur amour vaut bien que nous endurions quelque chose, et partant soyez à Jésus pour tout ce qu’il lui plaira vous faire souffrir.

26. Derechef, je vous répète que vous soyez bien dévote à la sainte Vierge : honorez-la dans tous les rapports qu’elle a au Père éternel, au Fils et au Saint-Esprit, à la sainte humanité de Jésus. Honorez-la en la part qu’elle a à l’œuvre de notre rédemption, en tous les états et mystères de sa vie, notamment en son état éternel, glorieux et consommé dans lequel elle est entrée par son Assomption ; honorez-la en tout ce qu’elle est en tous les saints, et en tout ce que les saints sont par elle : suivez en ceci les diverses motions de la grâce, et vous appliquez à ces petites vues et pratiques selon les différents attraits. Étudiez les différents états de sa vie, et vous y rendez savante pour vous y appliquer de fois à autre ; car il y a bénédiction très grande d’honorer la sainte Vierge. Je dis le même de saint Joseph : c’est le protecteur de ceux qui mènent une vie cachée, comme il l’a été de celle de Jésus-Christ.

27. La perfection ne consiste pas dans les lumières, mais néanmoins les lumières servent beaucoup pour nous y acheminer, et partant rendez-vous passive à celles que Dieu tout bon vous donnera, et en outre tachez autant que vous pourrez à vous instruire des choses de la sainte perfection par lectures, conférences, sermons, etc., et souvenez-vous que si vous ne nourrissez votre grâce, elle demeurera fort faible et peut-être même pourrait-elle bien se ralentir.

28. L’âme de Jésus-Christ est le paradis des amants en ce monde et en l’autre ; si vous pouvez entrer en ce ciel intérieur, vous y verrez des merveilles d’amour, tant à l’endroit de son Père que des prédestinés. Prenez souvent les occupations et la vie de ce tout bon Seigneur pour vos objets d’oraison.

29. Tendez à l’oraison autant que vous pourrez : c’est, ce me semble, uniquement pour cela que nous sommes créés : je dis pour contempler et [pour] aimer ; c’est faire sur la terre ce que font les bienheureux au ciel. Aimez tout ce qui favorisera en vous l’oraison, et craignez tout ce qui lui sera opposé. Tendez à l’oraison pas vive, en laquelle l’âme sans violence entre doucement dans les lumières qui lui sont présentées, et se donne en proie à l’amour, pour être dévorée par ses très pures flammes suivant les attraits et divines motions de la grâce. Ne vous tourmentez point beaucoup dans l’oraison, souvent contentez-vous d’être en la présence de Dieu, sans autre opération que cette simple tendance et désir que vous sentez de L’aimer et de Lui être agréable ; car vouloir aimer est aimer, et aimer est faire oraison.

30. Prenez ordinairement des sujets pour vous occuper durant votre oraison ; mais néanmoins ne vous y attachez pas, car si la grâce vous appelle à d’autres matières, allez-y ; je dis ordinairement, car il arrivera que Dieu vous remplissant de sa présence, vous n’aurez que faire d’aller chercher dedans les livres ce que vous aurez dans vous-même ; outre qu’il y a de certaines vérités divines dans lesquelles vous êtes assez imprimée, que vous devez souvent prendre pour objets d’oraison. En tout ceci, suivez les instincts et attraits de la grâce. Travaillez à vous désoccuper et désaffectionner de toutes les créatures, et peu à peu votre oraison se formera, et il y a apparence, si vous êtes fidèle, que vous êtes pour goûter les fruits d’une très belle perfection, et que vous entrerez dans les états d’une très pure et agréable oraison : c’est pourquoi prenez bon courage ; Dieu tout bon vous aidera à surmonter les difficultés que vous rencontrerez dans la vie de son saint Amour. Soyez fidèle, soyez à Dieu sans réserve ; aimez l’oraison, l’abjection, la croix, l’anéantissement, le silence, la retraite, l’obéissance, la vie servile, la vie cachée, la mortification. Soyez douce, mais retenue ; soyez jalouse de votre paix intérieure. Enfin, tendez doucement à convertir votre chère âme à Dieu, son Créateur, par la pratique des bonnes et solides vertus. Que Lui seul et son unique amour vous soient uniquement toutes choses. Priez pour ma misère et demandez quelquefois pour moi ce que vous souhaitez pour vous 1035.

Marie des Vallées (1590-1656)

Cette influence est moins directe - les deux femmes, la simple servante dans le Cotentin et la supérieure à Caen ou à Rouen ne se sont très probablement jamais rencontrées. Les demandes de Mectilde se font donc par intermédiaires masculins, principalement par Bernières. Nous disposons de relations  dont se détache celle rédigée par saint Jean Eudes et renvoyons aux récentes éditions des « dits » admirables de la simple servante 1036. On notera le souvenir très vivant de Marie des Vallées invoquée par la Mère du Saint Sacrement dans les dernières citations de cette section 1037.

« Sœur Marie » possédée par Dieu

Les membres de l’Ermitage de Caen faisaient annuellement un séjour auprès de celle qu’ils appelaient « sœur Marie » même si elle ne demeura que simple servante. Nous en trouvons des traces écrites dans La Vie ou dans les Conseils. Voici un passage révélateur d’un séjour qui fut sûrement rapporté à Mectilde :

L’an 1653, au mois de juin, quelques personnes de piété étant venues voir la sœur Marie pour la consulter sur plusieurs difficultés qu’elles avaient touchant la voie par laquelle Dieu les faisait marcher, qui était une voie de contemplation, elles demeurèrent quinze jours à Coutances, la voyant tous les jours et conférant avec elle sur ce sujet, deux, trois, quatre, et quelquefois cinq heures par jour.

Il est à remarquer qu’elle n’est pas maintenant dans cette voie, étant dans une autre incomparablement au-dessus de celle-là par laquelle elle a passé autrefois, mais il y a si longtemps qu’elle ne s’en souvient plus. C’est pourquoi, lorsqu’elles lui parlaient de cela, au commencement elle leur disait que ce n’était pas là sa voie et qu’elle n’y entendait rien. Mais peu après Dieu lui donna une grande lumière pour répondre à toutes leurs questions, pour éclaircir leurs doutes, pour lever leurs difficultés, pour parler pertinemment sur l’oraison passive, pour en découvrir l’origine, les qualités et les effets, pour faire voir les périls qui s’y rencontrent, pour donner les moyens de les éviter et pour discerner la vraie dévotion d’avec la fausse.

« Cette voie est fort bonne en soi, leur dit-elle, et c’est la voie que Dieu vous a donnée pour aller à lui, mais elle est rare : il y a peu de personnes qui y passent, c’est pourquoi il est facile de s’y égarer.

« Ce n’est pas à nous de choisir cette voie et nous ne devons pas y entrer de nous-mêmes et par notre mouvement. C’est à Dieu de la choisir pour nous et nous y faire entrer. On n’en doit parler à personne pour la leur enseigner, car si on y fait rentrer des personnes qui n’y soient pas attirées de Dieu, on les met en danger et grand péril de s’égarer et de se perdre. Si quelques-uns en parlent, il faut les écouter. Si on reconnaît à leur langage qu’ils marchent en ce chemin, alors on peut s’en entretenir avec eux. Cette voie est pleine de périls, il y faut craindre la vanité, l’amour-propre, la propre excellence, l’oisiveté et perte de temps.

« Il ne faut pas s’imaginer qu’il n’y a que ce chemin qui conduise à l’anéantissement de nous-mêmes et à la perfection. Tous chemins vont en ville. Il y a une infinité de voies qui vont à la perfection : les uns y vont par la contemplation, les autres par l’action, les autres par les croix, les autres par d’autres chemins. Chaque âme a sa voie particulière. Il ne faut pas penser que la voie de la contemplation soit la plus excellente.

Sa manière ordinaire de connaître la vérité des choses qui lui sont proposées par diverses personnes n’est pas par intelligence ni par lumière, mais par un goût expérimental qui lui ouvre le fond du cœur dans lequel elle entre.1038.

Que se passait-il autour d’elle lors d’une telle visite ? Une communication de cœur à cœur en silence se produit dans une prière commune mystique. Ce dont témoigne ses Conseils donnés probablement à Bernières :

27. Je dis à la sœur Marie que je conversais avec elle en Dieu, sans que je pense y converser de paroles. Elle m’a dit qu’il y a un langage intérieur, et que cela était vrai. Je suis venu peu à peu à ne plus parler avec elle, mais à demeurer auprès d’elle en Dieu […] J’ai bien connu que c’était imperfection à moi de lui parler, n’étant pas la manière que Dieu voulait sur moi. Il me semblait que mon âme était introduite dans un cabinet seule avec elle, où les autres ne pouvaient empêcher la conversation, non pas elle-même : c’est un pur don que Dieu seul peut faire 1039.

33. En l’année 1655, notre voyage pour voir la sœur Marie ne fut pas à dessein d’avoir quelque réponse ou quelque don particulier, mais afin d’obtenir par ses prières, l’établissement de la réelle présence de Dieu dans le fond de notre âme. Nous avions eu quelques mois auparavant plusieurs lumières qu’il y a dans l’essence de l’âme une capacité comme infinie de recevoir cette réelle présence ou plutôt d’être abîmée en Dieu même ; nous étions dégoûtés de nous servir d’aucuns moyens, cette communication essentielle de Dieu ne se pouvant faire qu’en Dieu et par Dieu même, ce que notre âme expérimente par un instinct secret.

34. Elle ne laissa pas de nous dire des histoires, ou des visions ou lumières qu’elle avait eues de l’état de déification, qui faisaient connaître le bonheur d’une âme qui entre en cet heureux état. Nous lui témoignâmes de le désirer, et que nous ne pouvions plus goûter aucun don, mais Dieu seul, et qu’elle priât pour nous obtenir cette grande miséricorde : nous trouvions notre intérieur changé, comme étant établi dans une région plus indépendante de moyens, et où il y a plus de liberté, de pureté et de simplicité, où l’anéantissement et la mort de soi-même sont expérimentés d’une manière tout autre que par le passé 1040.

Voici maintenant un exemple des dits rapportés dans la Vie admirable en grand nombre… mais à partir du chapitre IV 1041 :

Le deuxième jour de décembre [1644], Notre Seigneur lui proposa une forme d’abbaye dont l’abbesse était la divine Volonté. […]

Les âmes qui sont en ce noviciat ne font profession que quand elles sont entièrement dépouillées d’elles-mêmes. Lorsqu’elles font profession, elles sont au pied de la montagne de perfection sur laquelle s’acheminant, elles commencent de se déifier peu à peu, et en cet état elles ont à pratiquer les excès de l’amour divin qui contient sept articles :

Le premier est d’allumer le feu dans l’eau.

Le second de marcher sur les eaux à pied sec. […]

Le cinquième de faire la guerre à Dieu et Le vaincre. […]

Voici l’explication que Notre Seigneur lui a donnée de ces choses : allumer le feu dans les eaux, c’est conserver l’amour divin dans les souffrances. Plus les souffrances s’augmentent, plus l’amour divin s’augmente et s’embrase.

Marcher sur les eaux à pied sec, c’est mépriser et fouler aux pieds les plaisirs licites et illicites sans y toucher. Les plaisirs sont signifiés par les eaux parce qu’ils s’écoulent comme l’eau et n’ont point d’arrêt. […]

Faire la guerre à Dieu et le vaincre, c’est s’opposer à Dieu fortement quand Il veut châtier les pécheurs et le fléchir à miséricorde […]

Toutes ces choses surpassent la nature, dit la sœur Marie. Il n’y a que Dieu seul qui les puisse opérer dans l’âme. 1042.

Un jour Notre Seigneur dit à la sœur Marie : « Les aveugles se sont assemblés pour faire le procès au soleil. Ils disent pour leur raison qu’il a perdu sa lumière et qu’il faut le chasser du ciel parce qu’il occupe inutilement la place qu’il y a.

– Je vous prie, ayez pitié d’eux, car ils ne savent ce qu’ils disent, et leur donnez un arrêt favorable.

– Oui, dit Notre Seigneur. Je m’en vais terminer ce procès et lui donnerais arrêt en l’excès de mon amour. »

Et en même temps Il prononça l’arrêt en cette sorte : « Je condamne le soleil de donner des yeux aux aveugles pour le connaître et pour voir sa lumière. »1043.

Ses visions sont d’une grande beauté, mais parfois obscures, elles demandent attention et interprétation. Ce sont des analogies ou paraboles mystiques :

Un jour la Sainte Vierge dit à la sœur Marie : « Allons, ma grande basse [servante], travailler au bois. » La Sainte Vierge avait une faucille, une hache et une échelle dont les échelons étaient de corde, et une petite bêche. Elle la mena à l’entrée du bois où ce n’était qu’épines et broussailles. Elle lui bailla [donna] la faucille et lui commanda d’essarter [débroussailler] toutes ces épines. Elle le fait et voyant ses mains ensanglantées, elle dit à la Sainte Vierge : « Ma mère, j’ai mes mains tout ensanglantées. » La Sainte Vierge répartit : « Mon Fils ne m’a jamais demandé de mitaines. »

Elle [la sœur Marie] continue, fait la même plainte plusieurs fois et entend la même réponse. En essartant, elle arrive à un bel arbre touffu qui jetait de belles branches de tous côtés. La Sainte Vierge lui dit : « Frappe, ma grande basse, frappe sur ces branches ». Elle frappe, il en sort du sang.

Elle en a frayeur et se veut retirer. La Sainte Vierge lui dit plusieurs fois avec colère : « Frappe, il occupe la terre. » Elle coupa ses branches tout autour, c’est-à-dire celles du bas. Elle [la S. Vierge] lui commanda d’essarter comme devant avec les mêmes plaintes et les mêmes réponses, et elle disait ce verset : Sequor quocumque ierit 1044.

Et elles arrivèrent à un bel arbre tout émondé auquel il ne restait qu’une petite branche en haut pour soutenir une colombe. Elle y monta jusqu’en haut par le moyen des estocs qui y étaient restés après avoir été émondés, et ne trouvant rien pour s’appuyer, elle fut saisie de frayeur, mais elle fut changée en colombe et devint aveugle et bien effrayée, ayant peine à s’appuyer et ne sachant où voler ailleurs, à cause qu’elle était aveugle 1045.


Son exigence [de soeur Marie] est forte :

Eh bien ! Que demandez-vous ? Voulez-vous que je vous donne la méditation ?

– Nenni, dit-elle, ce n’est pas cela que je veux.

– Voulez-vous la contemplation ?

– Non.

– Quoi donc ?

– Je demande la connaissance de la vérité !

Relations avec Mectilde

Marie des Vallées était considérée comme une sainte femme conseillère spirituelle avisée par beaucoup de personnes notables : Gaston de Renty ; Jean de Bernières ; Catherine de Saint-Augustin ; Simone de Longprey (1632-1668 à Québec), moniale hospitalière de la Miséricorde ; Mgr François de Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de Québec ; Mgr Pierre Lambert de la Motte (1624-1679), vicaire apostolique de Cochinchine, etc.  Nous relevons des demandes transmises par Mectilde en 1652 et en 1654, sa confiance exprimée en 1677 puis 1683 en une « bonne âme », la « sœur Marie » qui l’accompagne intérieurement :

Mectilde écrit à Boudon :

[…] Travaillez pour la consolation de l’Église. Je suis outrée au dernier point lorsque je vois qu’elle souffre. Je me souviens d’une chose que vous avez vue dans les écrits de la bonne âme. Notre Seigneur a dit qu’il lui donnera une purgation, etc., car Notre Seigneur dit qu’il lui donnera aussi une saignée ; cela comprend beaucoup. Bienheureux ceux qui sont vrais enfants de l’Église, et bien unis à Jésus Christ 1046.

Je vous supplie, mon très cher frère, de nous écrire autant souvent que vous le pouvez sans vous incommoder. Vous savez ce que vous m’êtes en Jésus Christ et comme il veut que vous soyez ma force et sa vertu. Recommandez-moi bien à M. Burel et lui racontez un peu, si Notre Seigneur vous en donne la pensée, l’occasion qui se présente de faire un établissement pour adorer perpétuellement le Saint Sacrement. Dites-lui aussi que M. Tardif vint avant-hier me livrer une nouvelle persécution sur ce sujet, parce qu’étant à Saint-Denis, il vit un mémoire que j’avais écrit pour obtenir de Rome un bref pour me mettre en état de contracter avec les Dames qui fournissent pour établir cette piété. Elles se sont toutes recueillies et fournissent une somme assez suffisante dans le commencement, mais la tempête s’est levée si haut que je ne sais si elle ne renversera point l’œuvre. Car on me blâme d’une étrange manière, disant que mes prétentions sont d’être supérieure et que je me procure cette qualité jusque dans Rome. Il m’en dit beaucoup et de qui j’avais pris conseil sur une affaire de telle importance ; après tout cela, les messieurs du Port-Royal se joignent et redoublent d’importance, et je savais que cela fera de grand éclat et que je passe pour la plus ambitieuse de charges qui ne fut jamais, et pour bien d’autres choses qui exerceraient une personne moins stupide que moi ; mais je suis si bête que je ne me trouble point, laissant le tout à la disposition divine.

Je voudrais bien, mon très cher frère, que vous puissiez aller jusqu’à Caen voir M. de Bernières et prendre ses conseils et ses sentiments sur tout cela. M. Tardif veut que j’en confère avec la bonne âme de Coutances [Marie des Vallées qui y résidait]. Il faudrait que vous et M. de Bernières vissiez cela avec le bon Frère Luc [de Bray], pénitent, qui demeure à Saint-Lô 1047. J’aimerais mieux mourir que d’entreprendre cet ouvrage ni aucun autre s’il n’est tout à la gloire de Dieu.

Vous savez mes intentions et mes dispositions ; je vous en ai parlé avec sincérité et franchise. Vous pouvez parler à ces bonnes personnes librement. M. de Bernières a une charité si grande pour mon âme qu’il sera bien aise de me donner ses avis pour la gloire de Notre Seigneur. Nous ne cherchons tous que cela.

De vous dire que j’ai ardeur pour cette œuvre, je vous confesse ingénument que je ne l’ai point du tout et qu’il me faut pousser pour m’y faire travailler : les serviteurs de Dieu m’en font scrupule. J’ai donc consenti que l’on agisse, mais il y a si peu de choses fait, qu’on le peut facilement renverser si l’on connaît que ce n’est point de Dieu. Mais ce bon M. Tardif ne peut en aucune manière l’approuver, disant que j’ai une ambition effroyable de vouloir être supérieure, que c’est contre mon trait intérieur et contre les desseins de Dieu sur moi, qu’il a souvent manifestés, même par la bonne âme, et que, si elle consent à cela, qu’il soumettra son esprit et n’y répugnera plus.

Je suis en perplexité savoir si je dois continuer, et je voudrais bien qu’il eût plu à Notre Seigneur donner mouvement à la bonne Sœur Marie de l’approuver. Néanmoins, je m’en remets à la conduite de la Providence, vous assurant que j’y ai moins d’attache que jamais. L’accomplissement ou la rupture de cette affaire m’est, à mon égard, une même chose, et, si j’osais, je dirais que le dernier me serait plus agréable, tant j’ai de crainte de m’embarquer dans une affaire qui ne soit point dans l’absolu vouloir de Dieu. Je vous supplie et conjure de beaucoup prier et d’en aller au plus tôt conférer avec notre bon M. de Bernières avant que l’affaire soit poussée plus avant, et que je la puisse rompre en cas qu’il ne l’approuve pas. […] 1048.

Mectilde sollicite la protection de « notre très chère sœur » par l’intermédiaire de Bernières  :

À monsieur de Bernières, 1654. Je vous supplie me faire la faveur de faire savoir à notre très chère Sœur que nous prendrons la croix1049 le 10e de février, jour que nous faisons la fête de notre grande sainte Scholastique. Je la supplie, autant instamment que je puis, de vouloir derechef présenter cette œuvre à Notre Seigneur, et le prier très humblement y vouloir donner sa sainte bénédiction et que le tout soit uniquement pour sa gloire.

Je remets tous mes intérêts, si j’en ai en cette œuvre, pour être sacrifiée, par elle, à Jésus dans la sainte hostie. Je renonce de tout mon cœur à ce qu’il peut y avoir d’humain et proteste que je n’y veux que Dieu seul et l’honneur de sa sainte Mère, laquelle nous avons constituée notre très digne et très adorable supérieure. C’est elle, mon bon frère (362) qui est la vraie Mère et la très digne Mère du Saint Sacrement1050. C’est elle qui est notre Prieure. C’est pour elle cette œuvre et non pour moi. Je la remets en ses saintes mains et n’en retiens pour moi que la peine et l’abjection. Je n’y veux rien, je n’y désire rien, je n’y prétends rien pour moi, au moins est-ce mon désir, et je supplie notre chère Sœur de prier Notre Seigneur et sa très sainte Mère d’y être parfaitement tout ce qu’ils y doivent être, et que nous ayons la grâce, par leur très grande miséricorde, d’être les vraies victimes du très Saint Sacrement.

Cette Maison s’établit à sa seule gloire pour, comme je vous ai déjà dit, réparer autant que l’on peut sa gloire, profanée dans ce très Saint Sacrement par les sacrilèges et (par les) impies ; et surtout par tous les sorciers et magiciens qui en abusent si malheureusement et horriblement.

Priez notre bonne Sœur [Marie des Vallées] qu’elle présente nos intentions à Notre Seigneur et lui demande, pour nous toutes et pour toutes celles que sa Providence conduira en cette Maison, la grâce de vivre de la vie cachée de Jésus dans ce divin Sacrement, savoir : d’une vie cachée et toute anéantie, que nous ne soyons plus rien dans les créatures et que nous commencions à vivre à Jésus, de Jésus et pour Jésus dans l’hostie.

Je voudrais bien qu’il plût à Notre Seigneur opérer ce jour ma vraie conversion, qu’il me fasse sortir entièrement de ma vanité et des créatures.

Tâchez de voir cette chère Sœur ; je vous en supplie, faites y votre possible, et lui remettez de ma part ce saint œuvre entre ses mains pour être présenté à Notre Seigneur. J’ai une grande passion qu’elle soit toute à Dieu et pour Dieu. Je lui demande un quart d’heure de son temps, si Dieu lui permet, pour s’appliquer à lui pour nous, et qu’elle continue à lui demander pour moi une très profonde humilité et la grâce de ne rien prendre en cette œuvre. J’ai un grand désir d’y vivre toute anéantie, mais je suis si impure que ma vie me fait horreur. Priez Notre Seigneur qu’il me change par sa toute-puissance, et que je sois, avant que de mourir, parfaitement à lui et pour lui, et, en son esprit, votre très fidèle et affectionnée

Possible aurons-nous la croix dimanche prochain. Néanmoins toutes choses n’y sont pas encore disposées. Ce qui me satisfait le plus, c’est que j’ai mis cette œuvre entre les mains de mes supérieurs, pour en être fait comme Dieu les inspirera. C’est eux, contre leur ordinaire, qui me pressent d’achever et de prendre vitement la croix1051.

Deux ans plus tard une autre référence à « sœur Marie » permet en outre d’introduire d’autres spirituels que nous n’aborderons pas ou peu : saint Jean Eudes et Mgr de Laval, le discret monsieur Bertot et d’autres familiers, tous de « bons ermites ». Le réseau formé autour de Bernières sous la houlette du P. Chrysostome est ainsi en relation avec Mectilde lorsqu’elle prend solidement pied à Paris (1654 est l’année de la pose de croix pour le nouveau couvent rue Férou) :

À monsieur de Bernières. Ce 21 Août 1654. Je ne vous fais que ce mot étant encore bien faible d’une petite fièvre que j’ai eue et de laquelle le Révérend Père Eudes vous dira des nouvelles. Nous avons eu l’honneur de le voir et recevoir beaucoup de sa charité dont toute notre petite communauté en reste touchée. Je crois que sa conférence opérera de grands effets, je vous supplie de l’en remercier1052. Il vous dira de nos nouvelles et comme il m’a mandé de manger de la viande, ce que j’ai fait sans difficulté puisqu’il l’a voulu et que je sais qu’il est désintéressé. J’espérais qu’il ferait la bénédiction de l’image de Notre Dame, mais la sainte Providence nous en a voulu mortifier, c’est seulement demain que la cérémonie s’en fera, jour de l’octave de l’Assomption. Il m’a promis qu’il sera notre avocat vers la bonne sœur Marie [des Vallées]. J’ai admiré la conduite de Notre Seigneur : quand je l’ai désiré, il ne me l’a pas donné et quand tous désirs et volontés ont été anéantis en moi, il l’a voulu et lui a donné charité pour moi. Je ne doute point que ce ne soit un coup de la sainte et aimable Providence qui se plaît à faire des coups pareils. Je l’adore en tout et prends plaisir de la laisser régner partout sans me mettre en peine d’aucune chose. Ô mon très cher Frère, qu’il fait bon se perdre.

J’ai reçu trois ou quatre de vos chères lettres, mais si petites qu’il n’y avait quasi que deux mots. Nous avons vu Monsieur de [Bernay] et demain il nous fera conférence et je lui rendrai tous les petits services que je pourrai. Monsieur Bertaut [Bertot]1053 dit hier la sainte Messe céans [ici], mais comme nous chantâmes aussitôt après la grand’Messe, je ne pus le voir, il me fit dire qu’il reviendrait.

Cette bonne dame que vous m’aviez mandé de bien recevoir et qui est intime de Timothée [Marie des Vallées] n’est point venue, je la régalerai le mieux que je pourrai.

Le Révérend Père Lejeune 1054 nous vient voir souvent et a grand soin de ma santé, je vous prie l’en remercier quand vous lui écrirez, il a grande bonté pour nous.

Je vous reproche votre infidélité de n’être point venu à Paris avec Monsieur Bertaut. Notre Seigneur vous donnait cette pensée pour le bien et la perfection de ce nouveau monastère où toutes les âmes qui y sont ont une grande tendance à la solitude et à l’anéantissement. Un peu de vos conférences les ferait avancer, l’excuse que vous prenez pour couvrir votre prétexte de ne nous point écrire, de la sainte oraison, n’est point recevable; si c’était un autre que vous, je dirais qu’il fait des compliments spirituels. Je vous supplie de croire que je n’ai d’autre expérience que mon néant que je chéris et que j’aime, mais pour le reste, je suis tout à fait ignorante, donc, très cher Frère, par charité et pour l’amour de Dieu, écrivez-moi quand vous en aurez la pensée.

J’ai bien cru que M. de Montigny [François de Laval-Montigny 1055] vous consolerait et édifierait par sa ferveur, je suis très aise de le savoir là : qu’il y puise bien le pur esprit de Jésus et qu’il s’y laisse bien anéantir afin qu’il soit rendu digne des desseins que Dieu a sur lui. Je salue humblement tous les bons ermites et les supplie de prier pour cette petite Maison qui tend bien à la vie solitaire. J’espère que Notre Seigneur nous donnera la joie et la chère consolation de vous y voir un jour, il me semble que ce sera sa pure gloire. Quoique j’y rencontrerai ma satisfaction, nous ne laisserons pas d’être tous anéantis en Jésus. Je suis en lui toute vôtre1056.

Beaucoup plus tard, Mectilde se souvient par deux fois au moins de celle qu’elle n’a jamais rencontrée autrement qu’en prières qui furent jugées efficaces. Lors du premier chapitre tenu à Rouen le 12 novembre 1677, elle renouvelle le lendemain sa demande de protection 1057 :

[…] Le jour des saints de l’Ordre, treizième de novembre, elle nous dit, au sortir de son action de grâce de la sainte communion, qu’elle avait eu toute la matinée, devant Notre Seigneur, une distraction sur le sujet de la « bonne âme », qui était qu’elle l’avait regardée comme la Sunamite [I Rg. 1,1-4], qui réchauffait en quelque manière Notre Seigneur des froideurs que les pécheurs lui donnaient sujet d’avoir contre eux, en s’étant offerte pour satisfaire pour eux et ayant porté les peines que leurs péchés méritaient. Cette bonne âme est une grande servante de Dieu de la ville de Coutances, dont la plupart du monde ignore la sainteté, la tenant pour une magicienne 1058, parce que Dieu la conduit par une voie fort extraordinaire que les personnes les plus spirituelles ont censurée et n’approuvent pas.

Mais comme notre digne Mère connaît sa vertu et son mérite, tant par la communication qu’elle a eue avec elle par lettres, plus que par le rapport que les serviteurs de Dieu qui la fréquentaient lui en ont fait et plus aussi par les lumières que Notre Seigneur lui en a données et par les assistances qu’elle en a reçues depuis sa mort, si bien qu’elle a recours à elle et la prie souvent dans ses besoins et reçoit par son moyen des grâces très grandes, témoin celles qu’elle lui a faites ici, mais qu’elle n’a pas voulu déclarer. Elle eut donc le mouvement en commençant cette Maison de la mettre sous sa protection et de la prier qu’elle en prît soin, ce qu’elle lui promit. Nous avons cru que ç’avait été elle qui nous avait procuré toutes les traverses que nous avons eues, car l’on dit que toutes les âmes qui l’invoquent, elle ne leur obtient de Dieu que des croix et des humiliations, en connaissant le prix et l’excellence, et que ce sont les plus grandes faveurs qu’il puisse faire aux âmes en ce monde, elle-même en ayant été bien comblée, ayant souffert ce qui ne se peut concevoir. Notre digne Mère nous dit qu’elle obtiendrait aux religieuses de cette Maison la grâce du néant, de connaître Dieu en foi et d’être très pauvre intérieurement. Elle ajouta : « Cela n’est guère agréable pour l’amour-propre, qui veut toujours voir et sentir et ne peut souffrir sa destruction ».

Mectilde témoigne encore de sa confiance en écrivant en 1683 à une religieuse de Toul 1059:

Je suis toujours en transe [en appréhension] de faire aussi continuer les prières. Voilà un grand mal pour une personne aussi usée que votre bonne et digne prieure. Je l’ai, ma très chère fille, toujours à l’esprit et, comme la bienheureuse Marie des Vallées fait quantité de miracles, je la prie, et vous aussi d’y avoir recours. Ne cessez point que vous n’obteniez sa santé. Cependant, embrassez cette chère Mère pour moi, et lui dite de la part de Dieu que je lui défends de mourir.

Enfin dans une Conférence tardive :

Vous craignez, dites-vous, la vanité lors même que vous reportez à Dieu les grâces que vous en recevez, et que vous en avez même de n’en avoir point pris1060 ! Ce sont des pensées qu’il faut mépriser et les laisser tomber sans y réfléchir. Tout le bien donc que vous voyez en vous reportez-le à Dieu, de peur qu’en vous y arrêtant trop vous ne profaniez en vous les dons de Dieu.

La bonne Marie des Vallées ayant une fois demandé à Dieu, pour faire partage avec lui, qu’il lui fasse connaître ce qui appartenait à Dieu en elle-même, afin que dans la suite elle puisse lui rendre ce qui lui appartenait, et qu’elle eût aussi sa part, qu’il était de justice de rendre à chacun ce qui lui convenait, il lui fut répondu fort distinctement : « Ce qui t’appartient est le néant d’être et le double néant de péché, l’ire de Dieu et sa justice ; l’enfer est ton partage, voilà tout ce qui t’appartient, tout le reste est à moi. » 1061.

Mectilde s’inscrit dans un cercle vénérant la « sœur Marie » : Mgr de Laval emporta en Nouvelle-France une copie de la Vie admirable, alors que l’on ne transportait pas de bibliothèques lors des traversées maritimes aventureuses de l’époque. L’influence de sœur Marie atteindra à la fin du siècle madame Guyon qui se rattache au même réseau mystique de l’Ermitage par monsieur Bertot « passeur mystique » de Caen à Montmartre. Madame Guyon écrit en 1693 :

pour Sœur Marie des Vallées, les miracles qu’elle a faits depuis sa mort et qu’elle fait encore en faveur des personnes qui l’ont persécutée, la justifient assez. C’est une grande sainte et qui s’était livrée en sacrifice pour le salut de bien des gens. Elle était très innocente, l’on ne l’a jamais crue dans le désordre, mais bien obsédée et même possédée, mais cela ne fait rien à la chose 1062.

L’influence se prolonge au XVIIIe siècle par les Conseils édités près d’Amsterdam en 1726 par le groupe du pasteur Poiret, l’éditeur de trésors spirituels 1063. Le grand respect de tous les pèlerins mystiques que nous venons de citer envers celle qu’ils nommaient « sœur Marie » demeure gravé dans le bronze de la cloche du séminaire de Coutances : « † 1655 iai este nommee Marie par Marie des Vallers et par Mre Jean de Berniere 1064 ». Sœur Marie fut inhumée le 4 novembre 1656 dans la chapelle du séminaire de Coutances 1065

Charlotte Le Sergent (1604-1677)

Présentons cette figure cachée, puis sa direction de Bernières qui deviendra lui-même directeur de Mectilde. Nous abordons ensuite la relation de Charlotte avec Mectilde : « Vous n’avez rien à craindre… ».

§

Charlotte Le Sergent, bénédictine, maîtresse des novices et prieure connue sous le nom de Mère de Saint Jean l’évangéliste à l’abbaye de Montmartre, exerça un grand rayonnement sur le cercle normand :

On la consultait de tous côtés […] Monsieur de Bernières […] la sœur Antoinette de Jésus […] la Révérende Mère du Saint-Sacrement [Mectilde] et plusieurs autres 1066.

Elle fut attirée par le Carmel et après « quinze ou seize ans » d’instruction « d’une infinité de merveilles 1067 », connut une nuit dont elle fut délivrée ainsi :

Voulant obéir, elle essayait de multiplier les actes et Dieu de son côté lui faisait voir la beauté d’une âme qui ne veut être autre chose qu’une pure capacité de sa divine opération [...] Après six mois d’exercices interrompus par la vivacité de son esprit naturel accoutumé à vouloir connaître toutes choses, elle résolut enfin d’anéantir tout ce qu’il y avait de contraire à l’attrait de Sa grâce. Quand j’en devrais mourir, dit-elle, je le ferai pour Dieu. Cette résolution prise, il lui sembla ressentir au plus intime de son âme une approche de Dieu très secrète et très certaine et elle entendit cette parole intérieure [...] « J’agirai à ma mode : vous irez par un chemin que vous ne connaissez pas » [...] Cette âme demeura lors dans un profond respect devant une si grande Majesté et toute confuse du passé elle répandit quantité de larmes. Cette occupation intérieure dura cinq heures ou environ, pendant laquelle il lui parut que Dieu fit un vide dans son âme, comme quand on prend un balai, et que l’on pousse les ordures hors d’une chambre : en effet, elle se trouva si déchargée, qu’elle respirait à son aise et sans nulle peine : elle allait à l’oraison comme au festin de noces, et l’espace d’un an elle ne manqua guère d’y employer quatre ou cinq heures chaque jour, ne portant avec elle que la nudité d’esprit et la cessation de tout acte. Elle voyait Dieu présent par une foi simple 1068

Dix-huit ans avant sa mort, elle cessa d’écrire ses dispositions,

« parce que Dieu produisait en son âme des abîmes si impénétrables qu’elle les adorait sans les pouvoir ni vouloir comprendre ». Madame de Beauvilliers lui donna « un pouvoir absolu pour la direction de la Communauté ; elle a été trente-deux ans prieure en différentes nominations 1069 »

Quand on lui demande son avis sur une religieuse « extraordinaire », elle répond avec humour en évoquant son vécu « ordinaire » de « bête en la Maison du Seigneur » :

Que pouvez-vous espérer d’une créature qui est dans un abîme de ténèbres et qui marche à l’aveugle dans sa petite voie ? […] L’entende qui pourra, c’est une vérité que l’âme est comme perdue sans savoir où elle est, ni ce qui se passe en elle. Elle n’ose pas même remuer, il faut qu’elle demeure ainsi anéantie sans nulle réflexion.

Mais pour vous dire ma pensée sur la personne dont vous me parlez […] elle réfléchit un peu trop sur ce qui se passe en elle […] Mais enfin Dieu ne conduit pas toutes les âmes par un même sentier : elles ne sont pas toutes appelées pour être des bêtes en la Maison du Seigneur. Il y a des personnes auxquelles on ne peut donner de lois ; il les faut abandonner aux règles de l’amour, et le laisser prendre tel empire qu’il lui plaît sur elles. Il faut seulement les tenir fort petites et humiliées et ne jamais leur faire valoir leurs opérations…1070.

Elle dirigea Bernières dont elle discerna l’excès d’activité et une compréhension imparfaite de « notre tout aimable abjection » 1071.

Il m’a semblé que votre âme se rabaissait par trop en réfléchissant sur elle-même et sur les opérations divines en son intérieur : elle doit, à mon avis être plus simple, et s’attacher uniquement à l’Auteur de cet ouvrage et non pas à ses effets […] Vous me parlez, mon cher Frère, d’un état de déréliction et d’abandon aux égarements d’esprit. Je crois vous avoir déjà dit qu’il faut s’élever en Dieu par la partie suprême de l’âme, et s’y tenir fixe, négligeant beaucoup ce qui se passe dans la partie inférieure […]  C’est alors qu’il faut faire usage d’une foi nue et élevée au-dessus des sens, cette vertu ayant le pouvoir d’arrêter l’âme en Dieu, pendant le tintamarre qui se fait en bas, et que la Sagesse divine permet afin que chacun connaisse quelle serait sa faiblesse s’il était abandonné à lui-même […]

On croit quelquefois que tout est perdu, parce que l’on ne sait pas quel est le prix de la nudité d’esprit […] si l’âme veut agir par elle-même, elle oppose son opération basse et ravalée, à celle de Dieu. Cette inclination d’agir est un reste des activités passées qu’il faut anéantir et écouler en Dieu, pour lui laisser l’âme abandonnée…1072.

Elle lui adressa une longue lettre le dissuadant de pratiquer la pauvreté matérielle extérieure : Bernières était en effet écartelé entre son désir d’être délivré du souci des biens et le recours que l’on faisait à ses capacités de gestionnaire. Il ne fut donc pas question pour lui d’accompagner Marie de l’Incarnation au Canada ! Charlotte l’incita à pratiquer une pauvreté tout intérieure :

Votre esprit naturel est agissant et actif, Dieu le veut faire mourir […] Ne faites aucune élection pour l’intérieur ni pour l’extérieur : tout exercice vous doit sembler bon : consolation, désolation, tentation […] C’est en ce point que consiste la pauvreté d’esprit dans ce vide et dans ce dénuement de toute propre élection, dans le détachement des goûts, des consolations et du repos intérieur [...] Pour l’extérieur, tout emploi vous doit être aussi très indifférent, et votre nouvel état d’oraison, de repos et de silence le demande, puis que son fondement est plus dans la mort de l’esprit et de ses propres opérations, que dans une retraite extérieure. Je sais que celle-ci est bonne quand elle vient de Dieu ; mais il la faut posséder sans attache. L’âme ne doit être liée qu’au seul bon plaisir de l’amour ; qu’il nous mette en l’état qu’il lui plaira, il n’importe. Celui du sacré silence convient fort à l’oraison, il est vrai, mais la soumission aux attraits de l’amour vaut beaucoup mieux [...] tout est aimable quand il vient de ce noble principe 1073.

Relation avec Mectilde : « Vous n’avez rien à craindre ».

Déjà, avant de rencontrer « notre bon P. Chrysostome », Mectilde s’inspirait d’une belle devise de Charlotte Le Sergent :

J’aime beaucoup cette béatitude :

« Bienheureux qui se voit réduit

à porter dans son impuissance

la Puissance qui le détruit. »

Désirez qu’elle s’accomplisse en moi 1074.

La direction du P. Chrysostome ayant été déterminante, mais brève, Charlotte, dont nous venons d’apprécier la vie mystique, prit le relais à partir de juin 1643. Véronique Andral cite une source manuscrite 1075:

« Ne pouvant pas ensuite, tout éclairée qu’elle était, se conduire autrement que par l’obéissance, elle [Mectilde] se mit sous la direction de la Mère de Saint Jean l’évangéliste, religieuse de Montmartre d’un très grand mérite, qui était Supérieure d’une petite Communauté au Faubourg de la Ville-l’Evêque. Cette nouvelle directrice lui interdit absolument toutes les pénitences que le Père Chrysostome lui avait ordonnées. » Elle quitte sa ceinture de fer (L’abbé Berrant, p. 56, situe le fait en juin 1646) 1076. « Que si elle n’était si crucifiée de corps sous la Mère de Saint Jean, elle le fut beaucoup plus du côté de l’esprit, car ce fut alors qu’elle entra par ses avis dans le creuset purifiant où il faut se tenir pour arriver à l’indépendance de toutes les créatures et au Pur Amour de l’Être incréé, et pour mettre sa félicité dans un parfait dénuement de tout soi-même. Sur quoi elle disait souvent qu’elle sentait à toute heure la main du divin Amour qui se faisait justice en elle et qui y détruisait, par la voie d’un crucifiement douloureux, jusqu’au moindre reste de son amour-propre. »

La Mère de Saint Jean l’évangéliste [ci-dessus] désigne Charlotte Le Sergent. Bremond en fait ainsi l’éloge :

De toutes les élèves de Charlotte Le Sergent, c’est Catherine de Bar qui lui fut la plus chère et qu’elle a le mieux façonnée à sa propre image. Elle avait connu d’avance la vocation particulière de cette future « victime » dont nous admirerons plus tard le génie et l’apostolat.

Étant en oraison ce matin, lui écrivait-elle, je vous ai vue entre les bras de Jésus-Christ, comme une hostie qu’il offrait à son Père pour lui-même et d’une manière où votre âme n’agissait point, mais elle souffrait en simplicité ce que l’on opérait en elle » 1077.

Charlotte encourage Mectilde :

Vous n’avez rien à craindre, le je ne sais quoi qui vous va séparant de toute douceur est ce que j’estime le plus simple et le plus sûr en votre voie. Vous n’avez qu’à vous abandonner totalement, élevez-vous à la suprême vérité qui est Dieu, laissez tout le reste pour ce qu’il est […] Je vous dis ce que l’on me met en l’esprit sans le comprendre, étant dans un état où je n’ai rien, rien, rien, sinon une certaine volonté qui veut ce que Dieu veut et qui est disposée à tout.

J’ai vu tout votre être absorbé dans une lumière, devant laquelle la vôtre est disparue, et je voyais en cette région lumineuse, un jour sans ténèbres où la créature n’était plus rien, Dieu étant tout. L’âme demeure entre les bras de son Seigneur sans le connaître et sans même s’en apercevoir 1078.

Le 7 septembre 1648, Mectilde écrit à Bernières :

Je vous demande part à la belle conférence du Rien que vous avez eue avec la chère Mère de Saint Jean.

Ce « rien » est bien sûr celui de Jean de la Croix que Bernières connut et apprécia tôt 1079 ; en effet la Mère de Saint Jean lui écrivait :

Je me doutais bien, lorsque vous me dites que vous tiriez des lumières du Père Jean de la Croix, que vous seriez bientôt conduit dans le sentier secret des peines et des doutes où j’aime mieux votre âme que dans les clartés où elle semblait être auparavant.1080.

Monsieur de Bernières va à son tour prendre la relève. 

Jean de Bernières (1602-1659)

Jean de Bernières a édifié la maison de l’Ermitage, lieu de retraite à l’origine de l’école du Cœur où alterneront consacrés et laïcs au sein d’une filiation de directeurs spirituels. Son courant mystique né dans le milieu franciscain médiéval atteindra les rives du XIXe siècle selon les trois branches d’un « delta spirituel ».

Frère Jean « de Jésus pauvre »

Étrangement, il est difficile de cerner l’homme dans son intimité, car il s’efface dans une humilité gênante pour notre propos. Les amples études qui incluent son nom présentent le milieu, la doctrine et le rayonnement, mais n’abordent guère sa vie personnelle 1081. Frère Jean ne put cependant disparaître entièrement, car son abondante correspondance fut à l’origine de compositions de « livres » : celui intitulé Le Chrétien Intérieur le rendit célèbre dès sa disparition. Après une éclipse liée à la condamnation de quiétistes dont lui-même, il a été redécouvert au XXe siècle et ses écrits sont depuis peu rendus accessibles 1082.

Jean de Bernières naquit dans une famille de la haute bourgeoisie normande : en bon franciscain de cœur, il aurait voulu se débarrasser de sa fortune, mais sa famille s’y refusant, il en fit un large usage. Au-delà de ses dons, il impliquait sa personne : son amour des pauvres était tel qu’il les portait sur son dos jusqu’à l’hôpital de la bonne ville de Caen, suscitant l’hilarité.

Il hérita d’une charge de receveur général des impôts et s’en acquitta de 1631 à 1653 à la satisfaction générale. En 1639-1640, en tant que notable impliqué par sa charge, il dut faire face aux événements de la révolte des nu-pieds qui, menacés de la gabelle, attaquèrent les maisons des receveurs. Cette révolte fut horriblement réprimée par le chancelier Séguier dont on sait qu’il notait sur son carnet jour après jour le nombre de pendus pour l’exemple… On raconte que Bernières allait à cheval prévenir les paysans de la répression imminente.

Quelques histoires personnelles sont édifiantes ou comiques, par exemple celle où Bernières contracte un mariage blanc dans un but très saint. Madame de La Peltrie (1603-1671), veuve aussi généreuse qu’originale, voulait donner son argent à une fondation en Nouvelle-France incluant un projet d’expédition imaginée pour aller convertir les Indiens d’Amérique, mais sa famille s’y opposait. Un religieux suggéra un expédient : un mariage simulé libérerait la dame. La proposition fut présentée à M. de Bernières et ce « fort honnête homme qui vivait dans une odeur de sainteté » demanda conseil à son directeur :

Celui qui le décida fut le Père Jean-Chrysostome de Saint-Lô […] Finalement Bernières se décida, sinon à contracter mariage […] du moins à se prêter au jeu […] en faisant demander sa main. […] La négociation réussit trop bien à son gré. Au lieu de lui laisser le temps de réfléchir, M. de Chauvigny [le père], tout heureux de l’affaire « faisait tapisser et parer la maison pour recevoir et inspirait à sa fille les paroles qu’elle lui devait dire pour les avantages du mariage1083.

On voit là combien le Père Chrysostome pouvait, malgré son austérité, être large d’esprit, et la liberté de tous dans cette affaire qui va prendre une pente assez comique. En vue du grand voyage au Canada, ils partent chercher deux sœurs à Tours, dont la grande Marie de l’Incarnation (1599-1672), puis supportent une présentation à la Cour et un séjour à Paris :

Le groupe comprenait sept personnes, madame de La Peltrie et Charlotte Barré, M. de Bernières avec son homme de chambre et son laquais, et les deux Ursulines dont Marie de l’Incarnation, qui écrit :

« M. de Bernières réglait notre temps et nos observances dans le carrosse, et nous les gardions aussi exactement que dans le monastère. […] À tous les gîtes, c’était lui qui allait pourvoir à tous nos besoins avec une charité singulière […] Durant la dernière journée de route, M. de Bernières s’était senti mal : il arriva à Paris pour se coucher. » Madame de La Peltrie joua jusqu’au bout la comédie du mariage : « elle demeurait tout le jour en sa chambre, et les médecins lui faisaient le rapport de l’état de sa maladie et lui donnaient les ordonnances pour les remèdes ». Madame de la Peltrie et la sœur de Savonnières s’amusaient beaucoup de cette comédie. M. de Bernières un peu moins1084.

Finalement partant de Dieppe, la flotte du printemps 1639 emporta Mme de La Peltrie, fondatrice temporelle de la communauté ursuline du Québec, et Marie de l’Incarnation qui allait animer cette communauté :

Marie de l’Incarnation est encore sous le coup du ravissement qu’elle vient d’avoir en la chapelle de l’Hôtel-Dieu. M. de Bernières monta dans la chaloupe avec les partantes […], mais on lui conseilla de demeurer en France afin de recueillir les revenus de Madame de la Peltrie, pour satisfaire aux frais de la fondation1085.

Bernières, resté en France malgré son ardent désir de partir en mission, gérera les ressources pour les missions de Nouvelle-France pendant les vingt années qui suivront le voyage de fondation. Il aura une longue correspondance (malheureusement perdue) avec Marie de l’Incarnation, aînée mystique qui lui permit de progresser et de sortir de ses limitations.

Bernières eut maille à partir avec sa famille pour des questions financières : faisant partie du Tiers-Ordre franciscain, il voulait faire donation de ses biens. Sa famille résistait. Il se plaignait :

« Ma belle-sœur fait de son mieux pour empêcher que je ne sois pauvre ; elle me fait parler pour ce sujet par de bons religieux […] il n’y a plus moyen d’être pauvre »1086. Pour ses dernières années, il trouva un accord : il ne vécut plus que de ce que lui donnait sa famille, c’est-à-dire très pauvrement et sans confort. Il déclarait, enfin satisfait : « J’embrasse la pauvreté quoiqu’elle m’abrège la vie naturelle »1087.

Il était insensible aux différences sociales. Ses serviteurs n’étaient pas pour lui de simples laquais, mais de véritables frères en Jésus-Christ. Son valet le considérait comme son père spirituel :

Vous êtes mon maître, je vous dois tout dire comme à mon père spirituel – Vous le pouvez, lui dis-je, car je vous aime en Jésus-Christ, et je vous ai tenu auprès de moi, afin que vous fussiez tout à lui 1088.

Comme il avait en esprit le souvenir de l’agonie longue et douloureuse de son directeur Jean-Chrysostome, il était très angoissé par la mort. En fait, usé par une vie suractive, il fut exaucé :

Il avait pourtant peur de la mort […] Une tradition de famille rapportait qu’il demandait toujours à Dieu de mourir subitement […] Le 3 mai 1659 […] rentré à l’Ermitage, le soir venu, il se mit à dire ses prières. Son valet de chambre [Denis Roberge] vint l’avertir qu’il était temps pour lui de se mettre au lit. Jean lui demanda un peu de répit, et continua de prier1089.

Son valet de chambre ne s’en aperçut [de sa mort] qu’en l’entendant tomber sur son prie-Dieu1090.

Mectilde écrit :

Sa mort et sa maladie n’ont duré qu’un quart d’heure. Sans être aucunement malade, sur les 9 heures du soir, samedi, 3e de mai […] Il se souviendra de nous. Il nous aimait 1091.


L’intériorité d’un directeur de conscience

Nous sont parvenues près de deux cents lettres éditées et datées à partir de 1641, qui tracent son parcours spirituel. Les dix-huit années couvertes par cette correspondance témoignent entre autres de la rencontre avec Mectilde dès 1643 (on a malheureusement perdu la correspondance avec Marie de l’Incarnation), puis de la mort du P. Chrysostome en 1646, année où débute la construction du bâtiment de l’Ermitage achevé deux années plus tard.

Presque aveugle à la fin de sa vie, Bernières dictait sa correspondance à un prêtre qui vivait chez lui, monsieur de Rocquelay. Le Chrétien intérieur a été composé hâtivement à partir de ces lettres.

Les années de jeunesse sont pleines de culpabilité et de tension : Bernières appartenait à la confrérie de la « sainte Abjection » fondée par Jean-Chrysostome, et même si ce dernier terme traduit à l’époque reconnaissance et soumission devant la grandeur divine, nous préférons ce qui nous est parvenu des années de maturité où, peut-être grâce à Marie de l’Incarnation, Bernières a évolué de l’abjection vers l’abandon.

Dans les dernières années, il atteint la grande simplicité :

Je m’exprime comme je puis, car il faut chercher des termes pour dire quelque chose de la réalité de cet état qui est au-dessus de toutes pensées et conceptions. Et pour dire en un mot, je vis sans vie, je suis sans être, Dieu est et vit, et cela me suffit […] Voilà bien des paroles pour ne rien exprimer de ce que je veux dire.1092

L’oraison est le fondement de sa vie :

L’oraison est la source de toute vertu en l’âme ; quiconque s’en éloigne tombe en tiédeur et en imperfection. L’oraison est un feu qui réchauffe ceux qui s’en approchent, et qui s’en éloigne se refroidit infailliblement.

Il en décrit plusieurs sortes, et propose surtout l’oraison passive dans laquelle il a vécu toutes ses dernières années. Celle-ci met l’âme dans « une nudité totale pour la rendre capable de l’union immédiate et consommée », écrit-il à sa sœur Jourdaine :

[L’âme] ne peut souffrir aucune activité, ayant pour tout appui l’attrait passif de Dieu […] En cet état, il faut laisser opérer Dieu et recevoir tous les effets de sa sainte opération par un tacite consentement dans le fond de l’âme.1093

Cette oraison ne peut donc s’appuyer que sur un absolu renoncement à tout ce qui n’est pas Dieu : aucune satisfaction ne doit être donnée à la « nature », si peu que ce soit. Ce principe a couramment donné lieu à des outrances ascétiques qui ne sont plus de notre époque : l’amour de la souffrance et l’intense culpabilité vis-à-vis de la « nature » nous choquent. Mais ici la raison de cette rigueur est beaucoup plus profonde : il s’agit de laisser la grâce, la présence de Jésus-Christ, gouverner toutes les actions humaines :

Ce qui est purement naturel ne plaît pas à Dieu ; [il] faut que la grâce s’y trouve afin que l’action lui soit agréable et qu’elle nous dispose à l’union avec lui.1094

C’est un moyen très utile pour l’oraison de s’accoutumer à ne rien faire que par le mouvement de Dieu. Le Saint-Esprit est dans nous, qui nous conduit : il faut être poussé de lui avant que de rien faire […] L’âme connaît bien ces mouvements divins par une paix, douceur et liberté d’esprit qui les accompagne, et quand elle les a quittées pour suivre la nature, elle connaît bien, par une secrète syndérèse [remords de conscience] qu’elle a commis une infidélité.1095

La charité en particulier ne doit s’appuyer que sur cette vie intérieure profonde. Contrairement au volontarisme de sa jeunesse, Bernières se méfie de toute action qui ne serait pas dictée par un mouvement de la grâce :

Ne vous embarrassez point des choses extérieures sans l’ordre de Dieu bien reconnu, si vous n’en voulez recevoir de l’affliction d’esprit et du déchet dans votre perfection. […] Oh, que la pure vertu est rare ! Ce qui paraît le meilleur est mélangé de nature et de grâce 1096.

Les « Lettres à l’Ami intime » 1097 sont des plus belles et Bernières s’y dévoile : bien que son ami (très probablement Jacques Bertot) soit plus jeune, Bernières a trouvé un être à qui il peut confier librement ses états les plus profonds :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre […] 

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même…1098

Après avoir cru l’abjection supérieure à tout, et pratiqué l’humiliation de soi devant Dieu avec une austérité extrême, dans ses dernières années, il prend conscience que l’abandon est la clé de tout et, dans sa joie, lui compose un hymne :

Ô cher abandon, vous êtes à présent l’objet de mon amour ; qui dans vous se purifie, s’augmente et s’enflamme. Quiconque vous possède, ressent et goûte les aimables transports d’une grande liberté d’esprit. […]

Ô cher abandon, vous êtes la disposition des dispositions, et toutes les autres se rapportent à vous. Bienheureux qui vous connaît, car vous valez mieux que toutes les grâces et toute la gloire de la terre et du ciel. Une âme abandonnée à un pur regard vers Dieu n’a du ressentiment que pour ses intérêts, n’a point de désir, même des croix et de l’abjection : elle abandonne tout pour devenir abandonnée. Peu de paroles ne peuvent expliquer les grands effets que vous produisez dans un intérieur, qui n’est jamais parfaitement établi en Dieu s’il ne l’est en vous. Vous le rendez insensible à toutes sortes d’accidents, rien que votre perte ne le peut affliger.

Vous êtes admirable, mon Dieu, vous êtes admirable dans vos saintes opérations, et dans les ascensions que vous faites faire aux âmes que vous conduisez de lumière en lumière avec une sainte et divine providence qui ne se voit que dans l’expérience. Il me semblait autrefois que la Grâce de l’amour de l’abjection était comme la dernière ; mais vous m’en découvrez d’autres qui me font monter l’âme plus haut. […]

Ô, cher abandon, vous êtes le bon ami de mon cœur, qui pour vous seul soupire. Mais quand pourrai-je connaître que je vous posséderai parfaitement ? Ce sera lorsque la divine Volonté régnera parfaitement en moi. Car mon âme sera établie dans une entière indifférence au regard des événements et des moyens de la perfection, quand elle n’aura point d’autre joie que celle de Dieu, point d’autre tristesse, d’autre bonheur, d’autre félicité. […] 1099.

Comme cela était possible à cette époque, ce laïc très respecté dirigea des clercs comme des laïcs : on le considéra comme « directeur des directeurs de conscience1100 ». Il créa un « hôpital » un peu particulier pour accueillir ses amis d’oraison, maison qu’il fit construire « au pied » du couvent de Jourdaine. Il en parlait avec humour :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels […] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes 1101.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison 1102.

Dans une lettre du 29 mars 1654, il précise le but de ces réunions d’amis :

C’est l’esprit de notre Ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Frère Jean est confident de Mectilde puis la dirige

Le P. Jean-Chrysostome meurt lorsque Mectilde a trente-deux ans. Un long chemin reste à parcourir. Pendant seize ans elle va bénéficier de la maturité intérieure de Bernières. Une séquence d’extraits de lettres nous est parvenue depuis 1643, lettre remerciant Bernières de l’avoir présentée au P. Chrysostome, citée précédemment en ouverture de la direction par ce dernier, jusqu’à la mort de Bernières survenue en 1659 à Caen.

Mais toute correspondance devient inutile lorsqu’ils peuvent se voir ou entrer facilement en relation par émissaires. On note donc une concentration des extraits que nous avons retenus sur quelques années où Mectilde réside à Saint-Maur près Paris de fin août 1643 à juin 1647, puis plus tard, lorsque Mectilde a quitté Caen (où elle résida de 1647 à 1650), reprise de correspondance couvrant de 1651 à 1654.

Notre choix s’arrête lorsque « tout est mis en place » sur le plan intérieur chez Mectilde. On se reportera à l’analyse détaillée de leur correspondance par Bernard Pitaud qui vient d’être éditée 1103 . Elle peut être complémentée par Annamaria Valli 1104.

Lorsqu’elle s’adresse au fidèle secrétaire de Bernières la jeune femme est fort entortillée, comme à l’occasion d’une lettre qui remerciait cinq mois plus tôt Bernières pour la rencontre de son premier directeur Chrysostome – mais cela changera complètement lorsque la jeune dirigée deviendra mystique accomplie directrice d’expérience ; c’est l’intérêt de suivre une correspondance au long cours parce qu’elle illustre une progression sur le chemin mystique. Commençons par citer intégralement une lettre qui témoigne de débuts laborieux :

[...]

« On la retrouve à Rambervillers où elle vient d’être élue Prieure. Le 7 de l’an 1651 : « C’est ici une étrange solitude » Elle est dans le « tintamarre » et en éprouve une révolte à en tomber malade. Elle est perplexe et a la tentation de se retirer dans un monastère où elle aurait la paix. Elle projette de demander un Bref au Pape pour se tirer de là. Mais « je ne veux rien faire de ma volonté ». Elle ne désire qu’oraison et solitude. Une abbaye en Alsace, comme sa sœur le lui avait proposé ? Non, elle préfère porter la besace que la crosse ! Ce qu’il lui faut, c’est un petit coin en Provence ou devers Lyon, (pour n’être plus connue de personne). Elle craint que sa « petite oraison » ne s’évapore dans ce tracas 1105.

Bernières lui répond par une belle et longue lettre :

De l’hermitage [sic] de saint Jean Chrysostome ce 14 février 1651.

Dieu seul et il suffit.

Je répondrai brièvement à vos lettres, qui sont les premières et les dernières que j’ai reçues de votre part, lesquelles m’ont beaucoup consolé d’apprendre de vos nouvelles, et de votre état extérieur et intérieur. Je ne vous ai jamais oubliée devant Notre Seigneur, quoi que je ne vous aie pas écrit, notre union est telle que rien ne la peut rompre. Ces souffrances, nécessités et extrémités, où vous êtes, me donneraient de la peine si je ne connaissais le dessein de Dieu sur vous, qui est de vous anéantir toute, afin que vous viviez toute à lui, qu’il coupe, qu’il taille, qu’il brûle, qu’il tue, qu’il vous fasse mourir de faim, pourvu que vous mouriez toute sienne, à la bonne heure. Cependant, ma très chère Sœur, il se faut servir des moyens dont la Providence vous fera ouverture pour vous tirer du lieu où vous êtes, supposé l’extrémité où vous réduit la guerre1106. J’ai bien considéré tous les expédients contenus dans vos lettres ; je ne suis pas capable d’en juger, je vous supplie aussi, de ne vous pas arrêter à mes sentiments. Mais je n’abandonnerai pas la pauvre Communauté de Rambervillers, quoique vous fussiez contrainte de quitter Rambervillers ; c’est-à-dire qu’il vaut mieux que vous vous retiriez à Paris pour y subsister, et faire subsister votre refuge qui secourera vos Sœurs de Lorraine ; que d’aller au Pape pour avoir un couvent, ou viviez solitaire, ou que de prendre une abbaye : La divine Providence vous ayant attachée où vous êtes, il faut mourir, et de la mort de l’obéissance et de la croix. Madame de Mongomery vous y servira et Dieu pourvoira à vos besoins, si vous n’abandonnez pas les nécessités spirituelles de vos Sœurs. Voilà mes pensées pour votre établissement, que vous devez suivre en toute liberté !

Pour votre intérieur, ne vous étonnez pas des peines d’esprit et des souffrances que vous portez parmi les embarras et les affaires que votre charge vous donne, puisque ce sont vos embarras et affaires de l’obéissance. Les portant avec un peu de fidélité, elles produiront en votre âme « une grande oraison », que Dieu vous donnera quand il lui plaira. Soyez la victime de son bon plaisir, et le laissez faire. Quand il veut édifier dans une âme une grande perfection, il la renverse toute ; l’état où vous êtes est bien pénible, je le confesse, mais il est bien pur. Ne vous tourmentez point pour votre oraison, faites-là comme vous pouvez, et comme Dieu vous le permettra, et il suffit. Ces unions mouvementées, ces repos mystiques que vous envisagez ne valent pas la pure souffrance que vous possédez, puisque vous n’avez ce me semble ni consolation divine, ni humaine. Je ne puis goûter que vous sortiez de votre croix, par ce que je vous désire la pure fidélité à la grâce, et que je ne désire pas condescendre à celle de la nature. Faites ce que vous pourrez en vos affaires pour votre Communauté ; si vos soins ont succès à la bonne heure ; s’ils ne l’ont pas ayez patience, au moins vous aurez cet admirable succès de mourir à toutes choses. Si vous étiez comme la Mère Benoîte religieuse particulière, vous pourriez peut-être vous retirer en quelque coin ; mais il faut qu’un capitaine meure à la tête de sa compagnie, autrement c’est un poltron. Il est bien plus aisé de conseiller aux autres que de pratiquer. Dieu ne vous déniera pas ses grâces Courage, ma chère Sœur, le pire qui vous puisse arriver c’est de mourir sous les lois de l’obéissance et de l’ordre de Dieu. À Dieu, en Dieu, je suis de tout mon cœur, ma très chère Sœur, votre très humble, obéissant, frère Jean hermite, dit « Jésus pauvre », c’est le nom qu’il avait pris en renonçant à ses biens 1107.

Le deuxième priorat est bref : sept mois, interrompu par la guerre. Elle est rendue à Paris en 1651. Elle va fonder les bénédictines du Saint-Sacrement ce qui l’occupera fort à partir de 1652 et ouvre ainsi une seconde moitié de vie plus sédentaire. À partir de maintenant, nous avons moins de lettres intérieures à citer en relation avec Bernières et les amis de Caen 1108.

D’abord une grande crise doit être surmontée : c’est ce que Véronique Andral que nous citons titre « Le centre du Néant » :

Le 7 septembre 1652, Mère Mectilde écrit à Bernières : « Je ne sais et ne connais plus rien que le tout de Dieu et le néant de toutes choses. J’ai bien passé par le tamis, depuis que je vous ai écrit Je vous dirai un jour les miséricordes que Notre Seigneur m’a faites depuis un an et demi, et qu’il les a bien augmentées depuis quelques mois ». « J’observe tant le silence pour les choses intérieures que j’ai perdu l’usage d’en parler Je n’ai pas la liberté intérieure de communiquer ». Elle s’enfonce dans le silence et écrit le même jour à Mère Benoîte : « Je suis devenue muette et je n’ai plus rien à dire, car je ne sais et ne connais plus rien dans la vie intérieure. Je n’y vois plus goutte » 1109.

Mère Mectilde a trouvé le « fond » de son néant, mais il y a plusieurs fonds, et elle va aller de fond en fond au moins jusqu’en 1662 […] sa voie s’approfondit et se simplifie. Elle va en reparler à Bernières en lui envoyant le livre de « La Sainte Abjection », œuvre du Père Chrysostome, le 23 novembre 1652 1110 .

Notre Seigneur me fit la miséricorde de me faire rentrer d’une manière toute particulière dans le centre de mon néant où je possédais une tranquillité extrême, et toutes ces petites bourrasques [elle vient de subir de très grandes humiliations] ne pouvaient venir jusqu’à moi parce que Dieu, si j’ose parler de la sorte, m’avait comme cachée en Lui Cela a bien détruit mon appui et ma superbe qui m’élevait de pair avec les saints, et à qui ma vanité semblait se rendre égale ! Oh ! Je suis bien désabusée de moi-même. Je vois bien d’un autre œil mon néant et l’abîme de mes misères ! J’étais propriétaire de l’affection et de l’estime des bonnes âmes. Notre Seigneur a rompu mes liens de ce côté-là Il m’a semblé que Notre Seigneur faisait un renouvellement en moi d’une manière bien différente des autres dispositions que j’ai portées en ma vie : il me dépouillait même de lui-même et m’a fait trouver repos et subsistance hors de toutes choses, n’étant soutenue que d’une vertu secrète qui me tenait unie et séparée. C’est que Notre Seigneur me fait trop de miséricordes 1111.

Le 9 août de l’année suivante 1653 elle a l’occasion de joindre Bernières par l’intermédiaire du fidèle Boudon :

Je vous fais ce petit mot pour vous assurer que j’ai mis en mains de Monsieur Boudon le livre que vous avez désiré que je vous envoie. Je crois qu’il le portera demain au messager. Ce bon Monsieur est à Paris depuis environ trois semaines ; nous l’avons vu avec Monsieur de Montigny 1112, lequel est aussi un très grand serviteur de Dieu. Je l’ai mené ces jours passés à Montmartre où nous trouvâmes le Père Paulin 1113. Je crois que vous savez qu’il demeure à Paris et qu’il fait merveille dans la sainte voie d’anéantissement. Pour moi, j’apprends à me taire, je m’en trouve bien. Je sais quelque petite chose de mon néant et je tâche d’y demeurer et de n’être plus rien dans les créatures et qu’elles ne soient plus rien en moi. J’ai, ce me semble, quelque amour et tendance de vivre d’une vie inconnue aux créatures et à moi-même. Je me laisse à Notre Seigneur Jésus Christ pour y entrer par son esprit. Il y a plus de trois semaines que je n’ai vu le Révérend Père Le Jeune 1114 ; je ne sais s’il est ou non satisfait de moi, je lui ai parlé selon ma petite capacité et l’avais prié de prendre la peine de m’interroger sur tout ce qu’il lui plairait, avec résolution de lui répondre en toute simplicité : je ne sais ce qu’il fera. Je suis toute prête de lui obéir et avec joie, si cela vous plaît, sur tout ce qu’il désire que je fasse.

Vos chères lettres me font plus de bien que toutes les directions des autres personnes. Je crois que c’est à cause de l’union en laquelle notre bon Père nous a unis avant sa mort, nous exhortant à la continuer et à nous entre-consoler les uns les autres. Je ne vous en demande pourtant que dans l’ordre qui vous en sera donné intérieurement, car je veux apprendre à tout perdre pour n’avoir plus que Dieu seul, en la manière qu’il lui plaira. Je vous supplie de prier Dieu pour moi afin que je sois fidèle à sa conduite. Je la vois bien détruisant mon fond d’orgueil et tout ce qui me reste des créatures. J’ai pourtant une petite peine qui me reste au regard de la fondation où la Providence nous a engagées et j’aurais beaucoup de pente à m’en retirer. Je vous manderai le sujet. Présentement, il faut finir : il est trop tard. Je viens de voir le Révérend Père Le Jeune. J’ai bien à vous écrire, mon très bon frère, mais, en attendant, priez Dieu pour moi 1115.

Nous avons cité supra la demande de protection de Mère Mectilde par « notre très chère sœur » Marie des Vallées dans une lettre adressée à Bernières en 1654 ainsi que celle du 25 août de la même année citée infra qui présente les « bons ermites » groupés autour de Jean de Bernières.

Achevant ici presque notre choix, on consultera ses éditeurs récents : V. Andral et d’autres religieuses de l’Institut, B. Pitaud, E. de Reviers 1116. Citons V. Andral :

Le 26 janvier 1655 elle a encore un désir : elle écrit à Bernières : « Il me semble que la plus grande et la dernière de mes joies serait de vous voir et en­tretenir encore une fois avant de mourir, et autant qu’il m’est permis de le désirer, je le désire, mais tou­jours dans la soumission, car la Providence ne veut plus que je désire rien avec ardeur. Il faut tout perdre pour tout retrouver en Dieu ».1117.

Quand on sait la véhémence des désirs de Mère Mectilde dans sa jeunesse, on voit le chemin parcouru.

Elle parle ensuite de son monastère « ce petit trou solitaire » et ajoute :

« S’il m’était permis de me re­garder en cette maison, je serais affligée de son éta­blissement, me sentant incapable d’y réussir. Mais il faut tout laisser à la disposition divine ».1118

Elle le con­sulte sur son désir de ne s’appuyer que sur Dieu seul :

« Il me semble aussi que je n’ai point l’am­bition de faire un monastère de parade. Au contraire, je voudrais un lieu très petit et où on ne soit ni vu ni connu de qui que ce soit. Il y a assez de maisons écla­tantes dans Paris et qui honorent Dieu dans la ma­gnificence. Je désirerais que celle-ci l’honorât dans le silence et dans le néant ». Elle termine : « un mot, je vous supplie » 1119.

D’après Collet, Bernières lui répond :

« Ne doutez pas que je fasse mon possible pour aller vous voir cet été prochain afin de nous entretenir encore une bonne fois en notre vie, y ayant l’apparence que ce sera la dernière, soit que la mort nous surprenne, soit que l’in­commodité de mes yeux ne me permette pas de faire ce voyage plus souvent » 1120.

En conclusion, voici un extrait d’une lettre non datée de Bernières, peut-être de 1652 :

Cette vie nouvelle que vous voulez n’est autre que la vie de Jésus Christ, qui nous fait vivre de la vie surhumaine, vie d’abaissement, vie de pauvreté, vie de souffrance, vie de mort et d’anéantissement, voilà la pure vie dans laquelle se forme Jésus Christ, et qui consomme l’âme en son pur et divin amour.

Soyez seulement patiente et tâchez d’aimer votre abjection. Vous dites que vous êtes à charge et que vous êtes inutile ; cette pensée donnerait bien du plaisir à une âme qui tendrait au néant. O ! qu’il est rare de mourir comme il faut ! Nous voulons toujours être quelque chose et notre amour-propre trouve de la nourriture partout. Rien n’est si insupportable à l’esprit humain que de voir que l’on ne l’estime point, qu’on n’en fait point de cas, qu’il n’est point recherché ni considéré.

Vous ne croiriez jamais si vous ne l’expérimentiez, le grand avantage qu’il y a d’être en abjection dans les créatures. Cela fait des merveilles pour approfondir l’âme dans sa petitesse et dans son néant, quand elle sent et voit qu’elle n’est plus rien qu’un objet de rebut. Cela vaut mieux qu’un mont d’or.

Vous n’êtes pas pourtant dans cet état, car l’on vous aime et chérit trop. C’est une pensée qui vous veut jeter dans quelque petit chagrin et abattement. Présentez-là à Notre Seigneur et sucez la grâce de la sainte abjection dans les opprobres et confusions d’un Jésus Christ 1121.

Il s’agit ici d’une mort mystique. Bernières meurt physiquement en 1659, mais Mectilde, après « sept ans d’épreuves » qui s’achèvent par sa retraite de 1661-1662, va être pleinement utile pendant près de quarante ans, épaulée par des ami(e) s et elle formera à son tour.

Avant de quitter les directeurs, nous présentons un dirigé et jeune ami de monsieur de Bernières qui eut quelques relations avec Mectilde. De même que le « bon frère Jean [Aumont] », il demeure dans l’ombre de Bernières.

Table

Préface8

Remerciements11


LES AMITIÉS MYSTIQUES DE MÈRE MECTILDE12

Ouverture12


MECTILDE (1614-1698)18

Jeunesse et années de formation intérieure :18

Accomplissement d’une mystique de présence à Dieu.19

Adhérer-adorer20

Chronologie et durées des états de vie24


DES « AINÉS DIRECTEURS »28

Jean-Chrysostome de Saint-Lô (~1595-1646)30

Tertiaires franciscains réguliers et Laïcs32

Une vie chargée, des témoignages mystiques forts34

L’initiation de Mectilde44


Marie des Vallées (1590-1656)60

« Sœur Marie » possédée par Dieu60

Relations avec Mectilde66


Charlotte Le Sergent (1604-1677)76

Relation avec Mectilde : « Vous n’avez rien à craindre ».80


Jean de Bernières (1602-1659)84

Frère Jean « de Jésus pauvre »84

L’intériorité d’un directeur de conscience87

Frère Jean est confident de Mectilde puis la dirige94


CONFÉRENCES ET ENTRETIENS124

Une séquence de Conférences et entretiens datés126

1632 (ou 1633)126

Avant 1639129

[...]


Un bouquet de conférences sans date168


COMPAGNES & COMPAGNONS192

Marie de Châteauvieux (~1604-1674)192

Élisabeth de Brême, la Mère Benoîte de la Passion (1607-1668)204

Correspondance de Mectilde avec la Mère Benoîte210

Correspondance avec Épiphane Louys, confesseur et collaborateur224

Épiphane Louys, abbé d’Estival (1614-1682)230

Les Conférences232

Correspondance avec Mère Benoîte et ses dirigées252

Jacques Bertot (1620-1681)266


UNE AMIE & DES MONIALES272

Catherine de Rochefort (1614-1675)274

Jacqueline Bouette de Blemur (1618-1696)292

Gertrude de sainte Opportune [Cheuret]296

Marie de saint François de Paule [Françoise Charbonnier] (-1710)304

Madame de Béthune (1637-1669)314

Présentation314

1683-1686317

1688323

1689326

Mère Marie de Saint-Placide (-1730)330

Et diverses bénédictines de l’Institut340


RELATIONS & INFLUENCES362

La Tradition bénédictine de Saint Vanne et Hydulphe en Lorraine puis de Saint Maur à Paris364

François Guilloré (1615-1684)366

Henri-Marie Boudon (1624-1702)368

Madame Guyon (1647-1717)372

Fénelon (1651-1715)374

Des Bénédictines du Saint-Sacrement de Mectilde à nos jours375


HISTOIRE DES TRANSMISSIONS378

I. Les monastères d’origine.380

II. Les auteurs, principales rédactrices ou copistes.382

III. Les possesseurs de volumes.386

IV. Les transferts importants.390

V. Les « Vies » de Mère Mectilde.392

VI. Pertes de documents (manuscrits et lettres autographes).396

VII. Le Fichier central des Écrits.398

Etat actuel du Fichier Central399

Bibliographie :400


ANNEXES, INDEX & TABLE402

Listes de figures omises au fil du texte principal.404

1. Relations hors fondations :404

2. Bénédictines du Saint-Sacrement et associées :405

Bibliographie, manuscrits, leur disponibilité.408

Ouvrages fréquemment cités et leurs noms réduits.408

Autres sources.408


Manuscrits : leur genèse et leur disponibilité informatique.409


Un travail réfléchi d’édition a déjà été accompli.410


Comment mettre en valeur ce trésor écrit qui témoigne des écoles de la quiétude ?411


Index414

Table416



43.MECTILDE ITINÉRAIRE SPIRITUEL & ORIGINE DES CONFERENCES - ENTRETIENS FAMILIERS



Par Véronique Andral, osb. ap. 1997

- Marie-Catherine Castel, osb. ap.1984



(56) Mectilde, Itinéraire & Entretiens & Recueils.docx

Réimpression, 2016

Table

ITINÉRAIRE SPIRITUEL 5


INTRODUCTION 11

LISTE DES MANUSCRITS UTILISES 13

ENFANCE 15

CHEZ LES ANNONCIADES 18

BÉNÉDICTINE À RAMBERVILLERS 26

VERS LA MORT MYSTIQUE ET LA RÉSURRECTION. 31

ABRÉGÉ D’UNE RETRAITE DE L’ANNÉE 1640 31

LA NORMANDIE. LE PÈRE CHRYSOSTOME. 35

BERNIÈRES 42

RETRAITE 43

LE PROJET D’ERMITAGE 45

CAEN 49

RELATIONS SPIRITUELLES AVEC BERNIÈRES 55

RAMBERVILLERS 70

RETOUR A PARIS 72

LE CENTRE DU NÉANT 76

LA FONDATION 79

LES SEPT ANS D’ÉPREUVE. 93

RETRAITE 108

DEUXIÈME GRANDE ÉTAPE 119

LES DOUZE ANS ET LE DOUZIÈME DEGRE D’HUMILITÉ 119

TERRASSÉE 119

TOUL 123

RÉPARATION 124

PARIS 127

TÉMOIGNAGE DU FRERE LUC DE BRAY 133

UNION SUBSTANTIELLE 138

ADORATION DE LA JUSTICE DE DIEU 141

TROISIÈME GRANDE ÉTAPE L’ENFER DU PUR AMOUR 145

ÉPREUVES 151

GRÂCE D’ABANDON 154

VISITE CANONIQUE 156

« VICTIME » 157

DÉLAISSEMENT 157

MISÉRICORDE 159

LA VIERGE MARIE 161

DERNIERS LABEURS 163

CONFESSION 166

INVITATION AU PARADIS 167

DÉTRESSE 168

JOIE 171

CONSOMMATION 172

1698 — LA PÂQUE DE MERE MECTILDE 177

ÉPILOGUE 182

NOTES 188



ORIGINE DES RECUEILS DE CONFERENCES DE MERE MECTILDE SUR L'ANNEE LITURGIQUE. 199

LE TRAVAIL DE LA MERE N. 200

DIFFERENCES ENTRE LES CONFERENCES. 201

FIDELITE DES COPISTES 203

LES ANNEES LITURGIQUES 204

II L'EXPERIENCE DE MERE MECTILDE. 204

III L’ ENSEIGNEMENT DES CONFERENCES 207

C'EST PAR LA FOI QU'ON ENTRE DANS LE MYSTERE 209

ON NE PEUT MIEUX ENTRER DANS LES MYSTERES QUE PAR CONFORMITE (191) 210

LA VIERGE MARIE 211

TOUS LES MYSTERES DANS LE MYSTERE. L'EUCHARISTIE. 211

LE CORPS MYSTIQUE. L'EGLISE. 213


[Sœur Castel] 215

ENTRETIENS FAMILIERS 215

AVANT-PROPOS 215

ENTRETIENS 219

Billet 1685 219

21 septembre 1687 220

Le jour des Saints Anges 1687 220

1689 Je vous exhorte à fuir l’humain ». 221

2 février 1692 222

1692 « Notre bonne Mère ». 223

1692 « Abjection ». 224

13 février 1694 226

15 février 1694 228

16 février 1694 230

20 février 1694 230

24 février 1694 « Dégagement ». 231

25 février 1694 232

26 février 1694 233

7 mars 1694 233

19 mars 1694 235

19 mars 1694 235

20 mars 1694 236

Mars 1694. Après sa maladie « Commeen celle (évangile) d’aujourd’hui ». 236

1er avril 1694 240

Avril 1694 241

Avril 1694 241

2 avril 1694. 242

2 avril 1694 243

10 avril 1694, Samedi Saint 244

12 avril 1694. Lundi de Pâques 245

18 avril 1694. Octave de Pâques 246

3 mai 1694 « Une expression de ses états ». 247

Mai 1694 249

21 mai 1694 249

26 juin 1694 249

Août 1694 « Et d’où vient ». 251

Août 1694 253

7 septembre 1694 253

8 novembre 1694 254

2 décembre 1694. Un jeudi 256

8 décembre 1694 « Ne feignez pas ». 257

Date présumée : 1694 258

Sur la confession 259

Date présumée : 1694 261

Date présumée : 1694 « Abject ». 261

Date présumée : 1694 262

Date présumée : 1694 263

Mercredi des Cendres 1695 263

10 avril 1695 264

28 avril 1695 264

30 avril 1695 266

20 mai 1695 270

21 mai 1695 272

23 mai 1695 273

24 mai 1695 « Pour assister au Veni Creator ». 274

25 mai 1695 275

28 mai 1695 276

29 mai 1695 279

29 mai 1695 280

29 mai 1695 281

29 mai 1695 282

31 mai 1695 282

12 juin 1695 (sic) 284

Date présumée : 1695 288

Date présumée : 1695 288

1695 288

Du jour de la Présentation de la très sainte Vierge 1696. 289

12 octobre 1697 291

Octobre 1697 « Captivité ». 293

16 octobre 1697 294

6 novembre 1697 295

Date présumée : 1697 296

Date présumée : 1697 296

Date présumée : 1697 297

Date présumée : 1697 297



44.MECTILDE « Totum » (éditions publiées de 1973 à 1998).

(57) MECTILDE totum intégral (ocr éditions modernes).docx



Ensemble en fichier *.docx éditable en deux tomes I & II. Au total ~1400 pages.

Cette compilation contribue à faire revivre le grand travail effectué à l’Institut du temps où les moniales de l’Ordre des bénédictines du Saint-Sacrement étaient très nombreuses. Elles ont tiré au cours du dernier quart du XXe siècle le meilleur parti des archives en leur possession par l’établissement d’un « Fichier central » suivi d’un choix éclairé de correspondances de leur fondatrice au Grand siècle. Ces choix furent établis avec une pleine appréciation spirituelle.

Constituer aujourd’hui une édition critique de toute la correspondance de Mectilde avec ses ami(e)s supposerait un travail immense dont la ‘plus-value’ spirituelle n’apporterait qu’un complément aux choix éclairés disponibles.

Le dossier que l’on propose infra pour lecture par des « âmes intérieures » n’a demandé qu’un peu de technique : photographies de livres suivis de reconnaissance des caractères (à corriger et compléter). Il regroupe cinq millions de caractères sans espaces ! L’ensemble est compact mais la source Word *.docx disponible sur demande se lit facilement sur écran ou tablette dont les formattages sont souples. A nos yeux lecture obligée pour apprécier le siècle mystique parcouru par Mectilde (1614-1698).

Ce dossier fut donc lu pour établir mon florilège plus bref cité précédemment : « Les Amitiés Mystiques de Mère Mectilde… » publié en ligne en 2017, préparant une édition prochaine chez « Parole et Silence » dans la collection « Mectildiana » 1122.

Il est facile d’y apprécier et d’extraire de beaux passages de lettres de Mectilde. Il permet de lire avec grand fruit certains des volumes publiés au sein de l’Institut, actuellement indisponibles, tels que les remarquables « Itinéraire » et « Pologne ».

Il comporte (l’odre non chronologique débute par des études situant Mectilde dans son milieu) :

Ame offerte = Catherine de Bar 1614-1698 Une âme offerte à Dieu en saint Benoît, Téqui, 1998.

Amitié = Une amitié spirituelle au grand siècle, lettres de Mère Mectilde de Bar à Marie de Châteauvieux, Tequi, 1989.

Daoust = J. Daoust, Catherine de Bar Mère Mectilde du Saint-Sacrement, Tequi, 1979.

Documents historiques = Catherine de Bar, Documents Historiques, 1973.

Ecoute = Mère Mectilde su Saint Sacrement à l’écoute de Saint Benoît, Bénédictines du SS Rouen, Téqui, 1988.

Inédites = Catherine de Bar Mère Mectilde du Saint Sacrement 1614-1698, Lettres inédites, Bénédictines du SS, Rouen, 1976.

Itinéraire = Véronique Andral, Catherine de Bar Mère Mectilde du Saint-Sacrement 1614-1698, Itinéraire spirituel, 2e éd. 1997.

Pologne = En Pologne avec les bénédictines de France, Téqui, 1984.

Rouen = Catherine de Bar Fondatrice des Bénédictines du Saint Sacrement 1614-1698 Fondation de Rouen, Bénédictines du SS, Rouen, 1977.



45.LES AMIS DES ERMITAGES DE CAEN & DE QUEBEC

(58) Amis Ermitages Caen Québec 1juillet15-revu17.docx



Les Amis des Ermitages de Caen & de Québec, dossier assemblé par D. Tronc, coll. « Chemins mystiques », lulu.com, 564 p. [Filiations et amis, directions mystiques, membres du cercle normand, Marie de l’Incarnation, liens et documents]

Quatrième de couverture :

Dossier assemblé par Dominique Tronc

« Nous présentons en première partie sous le titre I. FILIATION ET AMIS le cercle large de l’Ermitage normand. C’est la vision « horizontale » où nous accordons la plus grande importance aux mystiques fondateurs.

Comment s’opère la succession d’aîné à cadet ? C’est la vision « verticale » Nous reprenons les liens entre quelques fondateurs en seconde partie où nous centrons l’aperçu intérieur sur des II. DIRECTIONS MYSTIQUES dont celles de Bernières et de Mectilde par « notre bon père Chrysostome ».

« Suivent des matériaux :

« III. MEMBRES DU CERCLE NORMAND regroupe des extraits mystiques pour ses principales figures.

« IV. MARIE DE L’INCARNATION extraits de correspondance.

« V. LIENS entre les deux principales figures de Marie de l’Incarnation et de Jean de Bernières.]

PRÉSENTATION

Proviennent-ils de Paris ? ou de Rouen, seconde ville du royaume ? De cités plus modestes : Caen et Tours ! Car tout repose sur quelques mystiques qui apparaissent ici ou là et pas forcément dans de grands centres culturels, politiques ou sociaux.

Tout commence à la fin du XVIe siècle lorsque le royaume de France sort avec Henri IV du choc entre protestants et catholiques 1123. En 1600 Paris compte environ deux cent cinquante mille habitants, Rouen est la seconde ville du royaume avec environ soixante-dix mille habitants, Caen a trente mille habitants (Paris doublera sa population à la fin du siècle, Rouen et Caen stagneront). C’est de Caen, dixième ville du royaume, que surgira un renouveau spirituel à partir d’une maison sans prétention, construite et animée par Jean de Bernières « dans la cour » d’un couvent d’ursulines dirigé par sa sœur aînée Jourdaine. Jean et Jourdaine sont dirigés par le Père Chrysostome de Saint-Lô, un franciscain.

Notre histoire va être celle du cercle né autour de ces figures. Nous les appelons Amis des Ermitages : Amis, car les contacts directs d’aide entre spirituels sont essentiels: on ne fait pas de feu avec une seule bûche. Ermitages, parce qu’il faut un foyer spirituel, un lieu concret facilitant les rencontres. Il y en eut deux, le premier foyer à Caen suivi d’une migration en Nouvelle France à Québec.

Ils prennent place au sein d’une tradition qui remonte au Moyen Age, tandis que l’on pourra suivre leurs successeurs en France jusqu’au XIXe siècle. Nous nous limitons à la première moitié du XVIIe siècle : des débuts normands aux émigrations vers le Canada. Ensuite les lignées divergent.

§

Nous présentons en première partie sous le titre I. FILIATION ET AMIS le cercle large de l’Ermitage normand. C’est la vision « horizontale » où nous accordons la plus grande importance aux mystiques fondateurs.

Comment s’opère la succession d’aîné à cadet ? C’est la vision « verticale » Nous reprenons les liens entre quelques fondateurs où nous centrons l’aperçu intérieur sur des II. DIRECTIONS MYSTIQUES dont celles de Bernières et de Mectilde par « notre bon père Chrysostome ».

Suivent des matériaux :

III. MEMBRES DU CERCLE NORMAND regroupe des extraits mystiques pour ses principales figures.

IV. MARIE DE L’INCARNATION regroupe des extraits de sa correspondance.

V. LIENS relevés entre Marie de l’Incarnation et Jean de Bernières.

VI. DOCUMENTS (Québec) extraits.



Mais tout d’abord présentons un tableau du réseau d’amis. Limité à quelques fondateurs, il est complété infra.

Ce réseau des Amis de deux Ermitages - l’un situé à Caen, l’autre à Québec -, d’un Cercle de la Quiétude et de Bénédictines, présente les figures fondatrices autour desquelles s’assemblèrent de nombreux spirituels en « Ecoles du Cœur ».

Trois branches d’un « delta spirituel » se forment à partir de l’Ermitage animé par Jean de Bernières sous la direction de « notre bon père Chrysostome ». En Nouvelle France, animé par Mgr de Laval, dans le Cercle de la Quiétude créé par Monsieur Bertot pour être repris par Madame Guyon et par Fénelon, chez les Bénédictines du Saint-Sacrement, ordre contemplatif fondé par Mère Mectilde.

Ce diagramme résume notre synthèse d’une longue histoire de liberté qui relie religieux et laïcs dans une tradition propre aux Tiers ordres franciscains. Elle se prolongera jusqu’à nos jours en terres catholiques et protestantes.

I. Filiation et amis

Quatre parties dans cette première présentation des FILIATION et des AMIS :

LES DEBUTS : Origine franciscaine,

LES AMIS DE BERNIERES : « L’école du Cœur »,

DISCIPLES et FILIATIONS en France, 

MIGRATIONS CANADIENNES.

LES DEBUTS : Origine franciscaine

Notre histoire commence dès la naissance de l’ordre franciscain. Il recouvre rapidement l’Europe et sont déjà plusieurs dizaines de milliers à la mort de François en 1226. En particulier son tiers ordre est très vivant. Pour contrôler des dérives possibles – il y avait eu du temps de François bien de mouvements de réforme, dont les pauvres de Lyon, les vaudois, etc., qui n’eurent pas eu la chance de François d’être accepté par un évêque ami devenu pape - on créa en 1400 un Tiers Ordre Régulier.

Les deux tiers ordres - le laïc et le régulier - seront en interaction. C’est le secret d’une fécondité rare constatée au XVIIe siècle où deux mille membres du TOR occupent une place importante alors qu’ils sont très minoritaires au sein de cent mille franciscains français qui vécurent le siècle 1124.

Le balancement de génération à génération entre clercs et laïcs est également remarquable. S’ajoute la variété des appartenances : franciscains, ursulines, jésuites, prêtres et laïcs se retrouveront en amitié à l’Hermitage de Caen construit par Bernières.

Nous commençons à l’arrivée en France de tertiaires réguliers et poursuivrons par une revue de ses amis.

La réforme française du Tiers-Ordre régulier.

Le père Vincent Mussart (1570-1637) en est l’artisan lorsqu’il découvre dans la bibliothèque du couple Acarie (Mme Acarie deviendra la première Marie de l’Incarnation cofondatrice des carmélites françaises) les commentaires du mystique Denys le chartreux (1402/3-1471) sur la troisième règle de saint François. Ceci se passe vers 1592/3. Il rencontre un ermite réputé, Antoine Poupon. La vie érémitique n’est pas facile à l’époque des guerres de religion:

Ils tombèrent entre les mains des Suisses hérétiques, qui espérant une bonne rançon de quelques Parisiens qu’ils avaient pris parce que le siège [de Paris, 1594] devait être bientôt levé, étaient résolus de les laisser aller, et de prendre les deux hermites. Frère Antoine en eut avis secrètement par une Demoiselle prisonnière, le malade [Vincent Mussart] qui tremblait la fièvre quarte entendit ce triste discours, et se jetant hors de sa couche descendit l’escalier si promptement qu’il roula du haut en bas, sans néanmoins aucune blessure. L’intempérance des soldats, et l’excès du vin les avaient mis en tel état, que Vincent et Antoine s’échappèrent aisément

Puis des compagnons se présentent : sept tertiaires vont suivre une année de noviciat et en 1595 le Tier-Ordre régulier renaît en France 1125.

Antoine le Clerc (1563-1628)

Le rôle éminent d’Antoine le Clerc « sieur de La Forest » est souligné par l’historien du Tiers Ordre franciscain Jean-Marie de Vernon qui nous livre en 1667 un aperçu complet de sa vie 1126. Il couvre cinq chapitres ce qui est tout à fait exceptionnel puisqu’il ne se distingue ni par son rang au sein de la noblesse ni par quelque rôle éminent au sein de l’Église ou de l’Ordre.

Né de bonne famille à Auxerre, il mène une jeunesse aventureuse et doublement compromettante pour des yeux catholiques. L’historien nous avertit :

À vingt ans il prit les armes, où il vécut à la mode des autres guerriers, dans un grand libertinage. La guerre étant finie, il entra dans les études, s'adonnant principalement au droit […] Il tomba dans le malheur de l'hérésie [protestante][528] d'où il ne sortit qu'après l'espace de deux ans.

Le récit de sa conversion est le « coup de foudre » rapporté par le Père Jean-Chrysostome qui fait le compte-rendu de la conversion de son conseiller de jeunesse, ami « de maison et façonné aux armes » 1127.

Le texte évoque les grandes peurs de la damnation que l’on rattache en général au Moyen Âge. Après le coup de poing initial donné par la grâce, la vie mystique est découpée en quelques grandes périodes ponctuées de moments charnières, dans une dynamique qui couvre la durée d’une vie. Une existence résumée en quelques paragraphes rend l’impression saisissante de force associée à la brièveté de toute condition.

Nous allons lire largement - nous ferons souvent de même favorisant le florilège mystique plutôt que l’étude historique – sans toutefois signaler oralement les coupures opérées dans le texte :

I. Un autre serviteur de Dieu a été conduit à une très haute perfection [86] par les vues pensées de l’Éternité. Il était de maison et façonné aux armes. Voici que, environ à l’âge de vingt-trois ans, comme il banquetait avec ses camarades mondains, il entrouvrit un livre, où lisant le seul mot d’Éternité, il fut si fort pénétré d’une forte pensée de la chose, qu’il tomba par terre comme évanoui, et y demeura six heures en cet état couché sur un lit, sans dire son secret.

II. Le lendemain, ayant l’usage fort libre de ses puissances, environné néanmoins de la vue d’Éternité, il s’alla confesser à un saint Religieux avec beaucoup de larmes et lui ayant révélé son secret, il en reçut beaucoup de consolation, car il était serviteur de Dieu et homme de grande oraison, qui avait eu révélation de ce qui s’était passé, et qui en se séparant lui dit : « mon frère aime Dieu un moment, et tu l’aimeras éternellement. » Ces mots portés et partis d’un esprit embrasé, lui furent comme une flèche de feu, qui navra son pauvre cœur d’un certain amour divin, dont l’impression lui en demeura toute sa vie.

III. Ensuite il fut tourmenté de la vue de l’éternité de l’Enfer, environ huit ans, dans plusieurs visions […]

IV. Après cet état il demeura trois autres années dans une croyance comme certaine de sa damnation : tentation qui était aucune fois si extrême, qu’il s’en évanouissait.

V. Ensuite de cet état, il [89] demeura un an durant fort libre de toutes peines […]

VI. Après cette année, il en demeura deux dans la seule vue de la brièveté de la vie […] Ce qui lui donna un si extrême mépris des choses du monde […] [qu’il] ne pouvait comprendre comme les hommes créés pour l’éternité s’y pouvaient arrêter. [90]

VII. Ensuite […] il fut huit ans dans la continuelle vue que Dieu l’aimait de toute Éternité ; ce qui l’affligeait, avec des larmes de tendresse et d’amour, d’autant qu’il l’aimait si peu et avait commencé si tard. Il eut conjointement des vues fort particulières de la Sainte Passion.

VIII. Dans la dernière maladie, il fut tourmenté d’un ardent amour envers Dieu, et d’une grande impatience d’aller à son Éternité.

Revenlons sur la biographie du « sieur de la Forest ».

Il possédait un talent utile dans le monde :

Son bel esprit et sa rare éloquence paraissaient dans les harangues publiques dès l'âge de vingt ans. Sa parfaite intelligence dans la langue grecque éclata lorsque le cardinal du Perron le choisit pour interprète dans la fameuse conférence de Fontainebleau contre du Plessis Mornay

Mais mieux, charité, travail, vie intérieure approfondie, dons mystiques, se combinent, mais sans facilité :

[532] Un lépreux voulant une fois l'entretenir, il l'écouta avec grande joie, et l'embrassa si serrement, qu'on eut de la peine à les séparer. […] Une autre peine lui arriva, savoir qu'étant entièrement plongé dans les pensées continuelles de Dieu qui le possédait, il ne pouvait plus vaquer aux affaires des parties dont il était avocat. [535] Ses biens de fortune étant médiocres, la subsistance de sa famille dépendait presque de son travail…

Indice révélateur d’une vie mystique, le « soulagement » ou paix du cœur ressenti en sa présence :

Dieu lui révélait beaucoup d'événements futurs, et les secrets des consciences : par ce don céleste il avertissait les pécheurs […] marquait à quelques-uns les points de la foi dont ils doutaient ; à d'autres il indiquait en particulier ce qu'ils étaient obligés de restituer […] Les âmes scrupuleuses recevaient un grand soulagement par ses conseils et ses prières…

Une vie bien remplie s’achève en combattant courageusement la crainte du diable, mal dont tous étaient atteints au début du XVIIe siècle (Benoît de Canfield, François de Sales…).

Voici par notre historien du TOR un récit typique des récits d’agonie qui termine la Vie et précèdent la revue des Vertus dans les écrits hagiographiques d’époque :

Quatre mois devant sa mort étant sur son lit dans ses infirmités ordinaires, il s'entretenait sur [542] les merveilles de l'éternité : on tira les rideaux, et sa couche lui sembla parée de noir ; un spectre sans tête parut à ses pieds tenant un fouet embrasé : cette horrible figure ne l'effrayant point […] il parla ainsi au démon : « […] garde-toi bien de toucher au fond de mon âme, qui est le trône du Saint-Esprit. » L'esprit malin disparaissant, le pieux Antoine demeura calme, et prit cette apparition pour un présage de sa prochaine mort ; ses forces diminuèrent toujours depuis […] il vit son âme environnée d'un soleil, et entendit cette charmante [au sens fort de charme] promesse de notre Seigneur : « Je suis avec toi, ne crains point. » Les flammes de sa dilection s'allumèrent davantage, et il ne s'occupait plus qu'aux actes de l'amour divin, voire au milieu du sommeil.

Plus sobrement le Père Jean-Chrysostome concluait ainsi :

VIII. Dans la dernière maladie, il fut tourmenté d’un ardent amour envers Dieu, et d’une grande impatience d’aller à son Éternité. [91 des Traités de 1651]

Les proches bénéficièrent de l’agonie priante du mourant - il en sera de même à la mort de Jean-Chrysostome :

[543] M. Bernard [un ami] présent sentit des atteintes si vives de l'amour de Dieu, qu'il devint immobile et fut ravi. […] Le lendemain samedi vingt-trois de janvier […] il [le sieur de la Forest] rendit l'esprit à six heures du soir dans la pratique expresse des actes de l'amour divin…

Puis :

on permit [544] durant tout le dimanche l'entrée libre dans sa chambre aux personnes de toutes conditions, qui le venaient visiter en foule. Les religieux du tiers ordre de Saint-François gardaient son corps, qui fut transporté à Picpus.

Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646)

Voici page précédente un portrait conventionnel, mais prêtant une figure très attachante « à notre bon Père Chrysostome »,

La gravure figure en frontispice à la page de titre de l’ouvrage édité par Bernières à Caen d’écrits recueillis - difficilement - par la Mère Mectilde à Paris en son couvent de franciscains du TOR : tous n’étaient pas des amis du mystique… 



>> La vie mystique chez les Franciscains du dix-septième siecle. Tome I. Introductions, Florilège issu de Traditions franciscaines (Observants, Tiers Ordres, Récollets), D. Tronc, Ed. du Centre Saint-Jean-de-la-Croix, coll. « Sources mystiques », 367 pages.



Étant encore écolier, [Jean-Chrysostome] écrivit de Rouen à M. de la Forest pour le consulter sur sa vocation. Étant venu à Paris, il prit l'habit à Picpus…1128.

Ce rapport entre le sieur de la Forest et le jeune homme est un exemple des nombreuses relations qui se poursuivront entre le TO des laïcs et le TO des Réguliers : il n’y a pas de hiatus entre la vie intérieure et le monde. Alternent, par quelque bénéfique hasard, après le Père Vincent Mussart, Antoine le Clerc, sieur de la Forest ; puis le Père Jean-Chrysostome, Monsieur de Bernières, le prêtre Jacques Bertot, madame Guyon, l’archevêque Fénelon (succession propre à l’une des filiations nées à l’Ermitage). Des relations directes les relient, mais n’ont souvent pas laissé de traces écrites 1129.

Jean-Chrysostome de Saint-Lô est la figure centrale à laquelle se réfèrent les membres du cercle mystique normand, qui n’entreprennent rien sans l’avis de « notre bon Père Chrysostome ».  Seule l’humble « sœur Marie » des Vallées jouira d’un prestige comparable et attirera chaque année ses membres à séjourner auprès d’elle.

Ce que nous connaissons de la biographie de Chrysostome provient essentiellement de Boudon 1130. Les connaisseurs de l’école normande n’y ajoutent guère d’éléments1131. Tout ce que nous savons sur Chrysostome se réduit à quelques dates, car si Boudon est prolixe quant aux vertus, il reste discret quant aux faits ! Sa pieuse biographie couvre des centaines de pages qui nous conduisent « de la vie aux vertus », mais le contenu spécifique au héros se réduit à quelques paragraphes.

Jean-Chrysostome naquit vers 1594 et étudia au collège des jésuites de Rouen. À dix-huit ans, il prit donc l’habit suivant l’avis du sieur de la Forest et entra le 3 juin 1612 contre le gré paternel au couvent de Picpus à Paris fondé par Mussart :

Le P. Chrisostome dit de St Lo [sic] naquit à St Fremond Basse-Normandie diocèse de Bayeux et fut nommé Joachim au baptême. Un de ses frères fut capucin et une sœur a été clarisse à Rouen de l'étroite observance. Joachim étudia à Rouen et y eut pour maître le P. Caussin, jésuite1132. Étant encore écolier, il écrivit de Rouen à M. de la Forest pour le consulter sur sa vocation. Étant venu à Paris, il prit l'habit à Picpus. Son père fit ce qu'il put pour le faire sortir du cloître et y employa à cet effet un magistrat considérable du parlement de Normandie. Le jeune homme tint ferme1133.

Après une vie de directeur1134, il traverse à son agonie un dernier dépouillement intérieur dont l’effet se communique, tout comme ce fut le cas d’Antoine le Clerc :

L’on remarqua que la plupart de religieux du couvent de Nazareth où il mourut [le 26 mars 1646], fondaient en larmes et même les deux ou trois jours qui précédèrent sa mort, et cela sans qu’ils pussent s’en empêcher1135.

Les incompréhensibles « larmes » sont à rapprocher des « atteintes vives de l’amour de Dieu » ressenties auprès d’Antoine, comme des phénomènes proprement mystiques.

Jean-Chrysostome assura ainsi un rôle de passeur. En témoignent des lettres remarquables de direction adressées à Catherine de Bar et à Jean de Bernières sur lesquelles nous revenons en fin de journée. Elles éclairent une très vigoureuse conduite d’abnégation et de « désoccupation ». Son influence couvre la première génération du cercle spirituel : Jean de Bernières et sa sœur Jourdaine, Mectilde du Saint-Sacrement et Jean Aumont; les historiens ajoutent des figures extérieures à notre école :Vincent de Paul, J.-J. Olier…

Les amis de Bernières : « L’école du Cœur »

Voici page précédente un portrait conventionnel, prêtant une figure de dévôt des plus sérieux à Monsieur de Bernières.

Réseau d’amis associant aînés et cadets, le « cercle mystique normand » basé à Caen se constitue donc autour de Chrysostome et de ses dirigé(e)s Jourdaine et Jean de Bernières. Nous reviendrons dans notre seconde partie des DIRECTIONS MYSTIQUES non seulement sur Jean-Chrysostome, mais sur Marie des Vallées et Marie de l’Incarnation provisoirement « oubliés ».

La moitié des membres de « l’école du cœur » nés du vivant de l’initiateur Jean-Chrysostome sont directement rattachés aux courants franciscains. Le rayonnement de Jean de Bernières sur des amis qui séjournent dans son Ermitage est renforcé par son exemplaire pauvreté et sa charité, fondée sur l’oraison dans l’abandon à la grâce divine. Le réseau informel fut vivant par sa descendance dans deux ordres toujours actifs, l’un fondés par Catherine de Bar appelée aussi « Mère du Saint-Sacrement », l’autre par saint Jean Eudes.

Catherine fonde en Pologne ; Mgr de Laval  crée l’Ermitage du Nouveau Monde au séminaire de Québec ; M. Bertot confesseur aux ursulines de Caen puis aux bénédictines de Montmartre est à l’origine du cercle mystique 1136 dont des membres quiétistes pénétreront plus tard des terres protestantes.

Quel nom donner à une telle association sans unité de conditions ni de liens canoniques (mais monsieur de Bernières « prit l’habit de notre ordre  [franciscain] » dit l’historien du TOR Jean-Marie de Vernon et il se plaignit de ne pouvoir vivre la pauvreté ; Mme Guyon prendra également vœu portant sur la pauvreté. Tous deux étaient issus de riches familles).

Les expressions d’Oratoire du cœur et d’Ecole de l’oraison cordiale apparaissent chez Bremond dans le chapitre qu’il consacre à Querdu Le Gall et à Jean Aumont (deux figures secondaires du réseau) 1137. Filiation mystique du pur Amour, insistant sur le lien de nature mystique qui exista entre aînés et cadets, et évitant la note intellectuelle attachée à École est malheureusement bien long. En ayant soin d’enlever la note affective attribuée à cœur depuis Rousseau et le Romantisme, nous adoptons la contraction en Ecole du cœur. Elle ouvre sur une pratique mystique de l’oraison.

[Tableau omis]

Le tableau des deux pages suivantes dispose les noms des figures que nous allons rapidement présenter.

Verticalement chronologique (1ere colonne) il témoigne des influences d’aînés vers des cadets.

Horizontalement il indique des compagnonnages.

Au centre une filiation Chrysostome - Bernières – Bertot – Guyon.

S’appuyant solidement à droite sur une colonne en grande partie féminine de Marie des Vallées, Jourdaine, Mectilde.

La dernière colonne concerne de près la Nouvelle-France, elle est largement à compléter et nous sommes avec vous pour apprendre !

À gauche des amis un peu plus autonomes, dont Eudes et Renty.

À souligner :

-Près de trente figures choisies dans une foule dévote.

-La diversité des appartances (en italiques). De g. à dte et de ht en bas : jésuite, bénédictin, laïc, franciscain, laïque, ursuline, pour la seule première ligne. On y ajoutera la diversité franciscaine : TOR, capucin, récollet ; un prémontré, de simples prêtres…

Cette diversité explique une difficulté rencontrée jusqu’à aujourd’hui pour rendre compte de leur importance : pas de définition claire, pas d’Ordre fédérateur permettant une identification claire d’un objet d’études – s’ajoute l’ombre portée par la condamnation du quiétisme en 1699.



FILIATIONS ET AMITIÉS MYSTIQUES

Explorons les figures dans l’ordre chronologique de leurs naissances. On ne pourrait que perdre le parfum intérieur c’est-à-dire l’essentiel en les rassemblant sous des habits communs d’appartenances religieuses ou de corps de pensée ou sous des thèmes fédérateurs issus par exemple de l’école historique des Annales.

Nous laissons pour l’instant de côté les deux grandes figures apparemment excentrées (au moins pour les Français du centre du Royaume !) de « sœur » Marie des Vallées et de Marie de l’Incarnation (« du Canada »).

Jourdaine de Bernières (1596-1645), la fondation et l’histoire d’un couvent d’ursulines.

Attachée à son frère cadet, Jourdaine sauvera sa mémoire, non sans rencontrer des contrariétés éditoriales. Son frère allait souvent parler à la communauté des ursulines et le bâtiment de l’Ermitage était situé « aux pieds » du couvent c’est-à-dire à son service (en fait dans sa cour, au même niveau).

Sur Jourdaine et la vie de « son » couvent, nous disposons de précieuses Annales du monastère de Ste Ursule de Caen établi en 1624… Ce long manuscrit sauvé par miracle 1138 expose tardivement, mais avec intelligence sur la durée d’un siècle les vicissitudes vécues dans ce couvent ; en particulier les religieuses seront en butte à des jansénistes zélés, mais nous négligerons ce sujet. Nous citons plutôt que de gloser :

[La sainte famille Bernières]

Dès qu'elles [les religieuses destinées à la fondation] furent arrivées à Caen qui fut le sixième septembre 1624, on les conduisit à la maison que Mme de Bernières mère de la fondatrice avait mis par ses soins en état de recevoir les religieuses. Elles la trouvèrent garnie des meubles et autres provisions nécessaires, et quand il leur manquait quelque chose on n'allait pas plus loin que chez M. et Mme de Bernières qui fournissaient abondamment à tout, jusqu'à dégarnir un lit de taffetas cramoisi pour tendre le sanctuaire et faire un pavillon au Saint-Sacrement.

L'on sait quel fut leur fond de religion [à la famille Bernières], et avec quelle exactitude ils observèrent la loi du Seigneur. Il [le père de Jean] leur donna trois fils, le premier fut d'épée, et fit voir que la piété n'est pas incompatible avec les armes. M. D’acqueville (21) pris la robe et fut conseiller au grand Conseil. Il était d'une prudence et d'une probité extraordinaire, c'était le père des pauvres, et on peut dire que la charité lui procurera une mort prématurée, car étant maire de ville à Paris il voulut se procurer à la descente des bateaux remplis de soldats qui avaient des maladies contagieuses et pour […] les pressants entre ses bras pour les conduire à l'hôpital. Au retour il fut ?atteint de la même maladie dont il mourut. Pour Monsieur de Bernières de sainte mémoire qui était le troisième [fils], ses écrits le font assez connaître.

Cette maison que nos Mères occupèrent émit située en la rue Guilbert, elles y furent 12 ans tandis que sans interruption on travaillait à bâtir celle où nous sommes présentement.

[Notre très honorée fondatrice Jourdaine de B.]

Dans son couvent des Ursulines, construit magnifiquement en 1624 avec l’argent de la famille,

Ce jour [d’engagement] qu'elle disait le plus heureux de sa vie fut le 30e de novembre 1626. (27) Elle ne voulut pas l'avancer d'un moment quoiqu'on lui offrit de faire venir une dispense de Rome aisée à obtenir eu égard à son âge, à ses talents […] La providence qui l'avait choisie pour gouverner cette maison en fit un exemple de régularité, d'obéissance, d'humilité. […] (28)

Après sa profession, on la vit courir sans relâche dans les voies de la perfection, et elle y fit de si grands progrès que peu de temps après, on l'établit maîtresse des novices […] Elle était si remplie de Dieu et avait tant de grâce pour en remplir les autres, que dans les instructions particulières et les exhortations générales, ces novices étaient pénétrés de la force et de l'onction de l'esprit qui parlait par sa bouche…

[La peste et la retraite dans une maison des Bernières]

La peste qui désolait les environs de la ville de Caen entra dans notre maison, et y attaqua une sœur converse qui venait de faire profession. Aussitôt que cette pauvre fille sentit son mal, elle fit prier la mère de Sainte Ursule [Jourdaine] d'aller la trouver dans un lieu écarté. S'y rendant promptement et la malade lui ayant expliqué l'état où elle se trouvait la supplia de ne point approcher d'elle, disant qu'elle croyait que c'était la peste. Mais la charitable maîtresse sans s'effrayer du péril voulut voir l'endroit où elle paraissait […] et malgré les vomissements et les autres accidents qui tourmentaient cette fille, elle resta auprès d'elle tout le temps nécessaire pour la consoler et l'encourager à bien soutenir cette épreuve du Seigneur. Elle s'offrit même de l'assister jusqu'à la mort si on le lui voulait permettre. 16-(34) 1139 la mère supérieure avertie de cet accident fit visiter la malade ; et dès qu'on eut aperçu que c'était la peste, elle fut séparée de la communauté avec deux religieuses une de chœur et une converse qui s'offrirent volontairement pour la garder.

Cependant les supérieurs jugèrent qu'il fallait transporter la malade hors la ville avec ses gardes, il s'agissait de trouver un lieu, chose qui n'était pas facile. Ce fut singulièrement en cette occasion que Monsieur de Bernières fit paraître la tendresse qu'il avait pour sa fille et pour sa chère communauté.

Il prêta donc une maison de campagne à demi-lieue de la ville pour y retirer la malade et celles qui l'assistaient, ou il eut soin de les faire visiter et consoler, en ne les laissant manquer d'aucune chose surtout des secours spirituels. M. le prieur de ?Venoix administra les sacrements à la malade, et communia plusieurs fois les deux religieuses qui étaient auprès d'elle. 17-(35) La malade mourut bien secourue en toutes manières. Celles qui l'assistaient n'eurent aucun mal, et revirent enrichies des mérites que leur charité leur avait acquis, faisant voir qu'on a rien à craindre où Dieu nous veut. Toutes les autres furent aussi préservées, mais ce ne fut pas sans de grandes attentions, et bien des mouvements.

On jugea nécessaire de faire sortir un grand nombre de novices, et toutes les pensionnaires, avec plusieurs religieuses pour les conduire. Monsieur de Bernières continuant ses bontés prêta une autre maison de campagne bien meublée et propre à les recevoir, mais par malheur il n'y avait point de chapelle ni de lieu propre à en servir. Elles furent obligées de faire leur oratoire sous une charterie qu'on orna le mieux qu'il fut possible. Là, comme dans le plus magnifique temple, on disait tous les jours la sainte messe. 18-(36) Elles y communiaient régulièrement deux fois la semaine, un père de la compagnie de Jésus, à qui en avait eu recours dès l'établissement allait entendre leur confession sous les ?vendredi. L'office divin y était récité aux heures marquées avec autant de piété que dans nos églises. Je ne peux cependant passer sous silence une particularité réjouissante […] leur sérieux y fut mis plus d'une fois à l'épreuve, par l'ignorance d'un homme qui leur servait de sacristain, lequel ne savait des réponses de la messe que le seul mot d'amen qu'il plaçait partout, de sorte qu'une religieuse était obligée de la répondre…

Apparaît ici la très discrète et austère Mère Michelle Mangon, grande spirituelle amie du Père Chrysostome:

[La Mère Michelle Mangon]

19-(37) La Mère supérieure avec celles qui étaient restées au couvent firent tout ce qui était nécessaire pour en ôter le mauvais air, et rappelèrent les fugitives qui avaient un empressement extrême de se réunir à elles. Le désir qu'eut la mère de Sainte Ursule de rester dans sa chère clôture fut si grand, et son détachement du monde si parfait, que passant auprès du logis de M. son père et de Madame sa mère, elle ne voulut point descendre du carrosse pour y entrer, quelque instance qu'on lui en fit, et quelque bonne que parussent les raisons qu'on lui disait. Elle crut qu'il n'en était point qui ne dussent céder à l'intention qu'elle avait de donner un exemple à la postérité. En effet le sien eut tant de pouvoir sur toute sa compagnie 21-(38) qu'aucune novice ne se voulut séparer des autres quoiqu'elles en fussent fortement sollicitées par leurs parents, mais rentrèrent toutes ensemble dans leur maison avec beaucoup de joie de voir réunies pour louer et remercier Dieu qui les avait préservés…

[Maximes de Jourdaine]

Jourdaine devint supérieure du couvent dès 1630. Elle fit montre d’une belle autorité qui pouvait s’accompagner de conseils pittoresques : ainsi à propos d’une novice à éprouver, écrit-elle : « Mettez-la à bouillir… »1140.

Voici quelqu'une de ces maximes qu'on a eu soin de recueillir comme très propre à maintenir le bon ordre […] Qu'avons-nous à faire, disait-elle, de nous embarrasser du monde, il nous quitte plus volontiers que nous ne pensons. Ne nous faisons de sorte que le moins que nous pourrons. L'enceinte de nos murs peut suffire à notre béatitude. (51)-33 […] soyons religieusement observatrice du silence, et si attentives sur nos paroles que nous puissions compter les inutiles pour en rendre compte, puisque Dieu nous le demandera un jour. Le silence d'action n'est pas moins nécessaire pour se maintenir dans le recueillement. Cinquièmement ne manquons jamais à faire la retraite annuelle, les affaires temporelles n'en souffriront rien. Et soyons fille d'oraison, nous en serons plus utiles au prochain.

[Jourdaine et Chrysostome]

161 Cependant quelque soin qu'elle ait pris de se dérober à nous cacher les ferveurs et les grâces singulières qu'elle a reçues dans ses communications avec Dieu nous en pouvons apprendre quelque chose par son commerce de lettres avec le révérend père Chrysostome pénitent directeur de Monsieur de Bernières qui était à son égard, ce qu'était à Sainte Thérèse ce bon gentilhomme dont elle parle si souvent. Comme elle n'avait rien de secret pour lui, et que réciproquement il lui faisait part des lumières qu'il recevait si abondamment dans son oraison, ils se trouvèrent des rapports de grâce et de lumière qui les réunit tous la même conduite. La mère de la Conception [Jourdaine] lui donnait par écrit sa manière d'oraison, ses vues de perfection, ses sentiments intérieurs, les dons et les grâces dont Dieu l'honorait, particulièrement dans ses retraites, ses peines ses doutes, etc. et en un mot tout ce qui se passait de bon et de mauvais dans elle, comme le font toutes les âmes fidèles à se faire conduire sûrement dans les voies de Dieu ; monsieur de Bernières en consultait le père Chrysostome et ce sont ces réponses à une ursuline qu'on 162 trouve dans son livre des maximes et lettres spirituelles qui nous font connaître quelques traits de sa vie intérieure dont elle n'a laissé que peu d'écrits…

Ce fut elle qui obtint de leur saint directeur la communication des écrits de Monsieur de Bernières. M. Roquelay son fidèle secrétaire eu ordre de les lui ?remettre entre les mains, et comme elle était alors supérieure, elle les fit transcrire par les mains de sœur Charles et de Jésus. Nous en conservons deux tomes in-folio [malheureusement perdus], d'où l'on a extrait les deux parties du Chrétien intérieur qui ont été imprimées.

[Jourdaine âgée élue pour la troisième fois]

… il s'agissait des intérêts de Dieu et de la religion, […] C'est ce qui lui fit refuser avec une fermeté inflexible deux religieuses du Port Royal, qui lui furent envoyées avec une lettre de cachet en l'année 1663. Elle les retint hors la clôture, tandis qu'elle envoya un exprès à Bayeux porter une lettre à monseigneur l'évêque rempli de si bonnes raisons pour se défaire des deux religieuses 149 qu'enfin elle gagna sa cause, elles furent envoyées ailleurs. […]

Elle a passé les jours et une partie des nuits à écrire des lettres pour envoyer au bout du monde à de saints missionnaires, avec lesquels elle avait des correspondances pour moyenner avec eux la conversion des peuples sauvages du Canada et de L'hybernie. […150] Il n'y avait rien de plus aimable que son commerce de lettres avec les personnes qui passaient dans la Nouvelle-France pour y cultiver ces jeunes plantes de l'Évangile qu'on y élevait, lesquelles se sentant redevables à ses bienfaits, lui faisaient des remerciements suivant leur génie capable de toucher et mettre en mouvement un aussi bon cœur que le sien.



Jean de Bernières (1601-1659)

>> Jean de Bernières, Le Chrétien intérieur, textes choisis suivis des Lettres à l’Ami intime, Texte établi et présenté par Murielle et Dominique Tronc, Paris, Arfuyen, « Les carnets spirituels », 2009, 200 pages. [septième livre du Chrétien intérieur et « Lettres à l’Ami intime ».]

>> Jean de Bernières, Œuvres Mystiques I, L’Intérieur chrétien suivi du Chrétien intérieur augmenté des Pensées, Edition critique avec une étude sur l’auteur et son école par Dominique Tronc, Ed. du Carmel, coll. « Sources mystiques », 2011, 518 pages.

>> Jean de Bernières, son influence sur l’histoire de la spiritualité », 381-421, & « Des éditions anciennes aux éditions contemporaines », 583-588, in : Rencontres autour de Monsieur de Bernières (1603-1659) Mystique de l’abandon et de la quiétude, coll. « Mectildiana », Editions Parole et Silence, 2013, 594 pages. [ce collectif assemblé par J-M. Gourvil & D. Tronc regroupe les contributions de dom T. Barbeau, J. Dickinson, J.-M. Gourvil, I. Landy, dom J. Letellier, B. Pitaud, J. Racapé, dom E.de Reviers, D. Tronc, A. Valli.]

>> Jean de Bernières, Œuvres Mystiques II, Correspondance, Edition critique présentée par le P. Eric de Reviers, Ed. du Centre Saint-Jean-de-la-Croix, coll. « Sources mystiques ». [à paraître prochainement]

§

Il utilisa sa fortune à la fondation d’hôpitaux, de missions et de séminaires. Insensible aux différences sociales (il traite son serviteur en frère spirituel), il n’obéissait pas aux règles de l’époque concernant son rang :

Il paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital [...] porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice. [...] Il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui1141.

Le Directeur spirituel

Dans ses Lettres à l’ami intime1142, Bernières se dévoile, car bien que son ami prêtre Jacques Bertot soit plus jeune il lui parle à cœur ouvert des états les plus profonds vécus dans ses dernières années :

Je ne puis vous exprimer par pensées quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre […] Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de pays d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire, qui n’est que commencé : cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fasse que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même…1143.

Jean pratique un abandon intérieur qui ne l’empêche pas d’être très actif et en premier lieu de diriger ceux qu’il attire. Ce « directeur des directeurs de conscience1144 »  parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qui accueille des hôtes de passage, maison qu’il a fait construire « au pied1145 » du couvent de Jourdaine :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger a avec moi que des pauvres spirituels […] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes 1146.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison 1147.

Dans une lettre du 29 mars 1654, il précise ainsi le but d’une association pour laquelle il a construit un foyer d’accueil :

C’est l’esprit de notre Ermitage que d’arriver un jour au parfait néant, pour y mener une vie divine et inconnue au monde, et toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.

Nous achevons sur l’histoire d’

Une œuvre reconstituée et influente.

Jean de Bernières n'a écrit que des lettres et quelques notes personnelles prises au cours de retraites. On a fabriqué en les assemblant avec toute la liberté permise à l’époque L’Intérieur Chrétien, puis dès l’année suivante Le Chrétien Intérieur. Ce dernier titre entreprend une glorieuse carrière : « Le Chrétien Intérieur […] publié en 1661 […] atteint dès 1674 sa quatorzième édition et la même année le libraire Edme Martin estime qu’il en a vendu trente mille exemplaires1148 ».

Le texte atteint un public très large, car il est facile à lire. Il est plein d’onction. Un choix orienté par l’éditeur-corédacteur d’Argentan adapte le mystique à l’esprit de son temps. Aussi le titre se retrouve dans des bibliothèques même réduites. Ainsi 

« la veuve de Pierre Helyot1149 [] détient les Fleurs des saints en deux volumes in-folio, le Chrétien Intérieur de Bernières-Louvigny, une Explication des cérémonies de la messe et une quinzaine d’autres petits livres de dévotion dont [] une préparation à la mort »1150.

L’Intérieur Chrétien (1659) est devenu Le Chrétien intérieur, ce dernier lui-même faisant l’objet de deux versions : « primitive » de 1660 et « tardive » de 1676 1151. Succèdent des Œuvres spirituelles (1670) distinctes et fiables, enfin on ajoute aux Chrétiens des Pensées (1676). Des rééditions modernes sont disponibles ou en cours 1152.

La grandeur mystique du trajet de l’abjection à l’abandon est évidente par la mise en ordre chronologique de la correspondance. Jean a réussi à rester très caché dans sa vie personnelle, mais de récentes contributions soulignent les multiples influences qu’il a exercées 1153.

L’Ermitage

Reprenons ici la suite de citations des Annales du couvent  en commençant par ce qui concerne la pierre angulaire de l’Ermitage – réduit après un nettoyage post-quiétiste illustré par la reproduction figurant au verso de ce feuillet et qui s’ouvre par :

Il ne faut pas oublier la maison reconnue l'Ermitage que Monsieur de Bernières frère de notre révérende mère fondatrice fit bâtir dans l'avenue qui conduit de notre cours du dehors. [Barré : la communauté avait acheté le fond ?450 ? livres] ce bâtiment fut commencé en 1646 et achevé en 49. La communauté avait acheté le fond ?[illis.]? livres. Et il donna ?2000 ? [illis.] [barré : à la communauté] en demandant de [illis.]pendant sa vie dont il fit part à plusieurs ecclésiastiques qui demeuraient avec lui. Monseigneur de la Boissière qui a été évêque dans les pays étrangers M. Bertot qui a été notre supérieur en fût le second…

Large omission dans la copie du XIXe siècle de tout ce qui suit 1154. À partir d'ici le bas de page est barré ainsi que la page suivante, deux fois en croix !

110 …M. Roquelé [add.: secrétaire de Monsieur de Bernières] que nous pouvons mettre au nombre de nos bienfaiteurs y demeura longtemps. Il nous laissa en mourant non seulement une grande idée de ses vertus, mais encore de grands témoignages de son attachement pour la communauté, à laquelle il donna 1000 écus pour fonder une messe à perpétuité, dont celle du lundi, se dit pour la dernière décédée sur l'autel privilégié. De plus il nous envoya tous ses livres qui ont bien augmenté notre bibliothèque. Il nous donna aussi de

111 que [sic]…

Changement de main et discontinuité du sens : feuillet[s] enlevé[s] ? La numérotation est continue : 110-111, et donc postérieure au ms. lui-même plus ancien que sa copie du XIXe siècle citée en note. Le texte suit ainsi :

…que M. de Gavrus prenait la place de son ?saint oncle se retirât dans cette maison avec plusieurs gentilshommes pieux et détachés du monde comme lui, pour y faire revivre l'esprit de son saint fondateur. Le premier n'en sortait que pour visiter les ouvriers qu'il faisait travailler à l'église de l'hôpital général dans le qu'il avait la conduite, dès qu'elle fut ?rehaussée de bâtir, Dieu l'attira à lui, il en fit le lieu de sa sépulture et demanda d'être mis à l'entrée de la poste.

Messieurs de ?Moneanisi de Dampierre et Dargences leur succédèrent, ajoutant à la vie solitaire et intérieure des premiers hermites au milieu d'une ville, ce que la charité peut faire de plus utile pour le prochain ; qui est le service des pauvres. Ils pansent leurs plaies, les soignent et leur donnent toute sorte de médicaments ne trouvant point de plus grandes douceurs dans leurs travaux que le soulagement qu'ils donnent au plus dégoûtant.

Commençons une revue de figures remarquables associées à l’Ermitage en suivant l’ordre chronologique. Certaines sont à l’origine du grand mouvement mystique qui couvre plus de deux siècles en plusieurs branches d’un « delta spirituel » : branche canadienne par Marie de l’Incarnation et Mgr de Laval, branche religieuse de l’ordre des Bénédictines du Saint Sacrement fondé par Mectilde-Catherine de Bar, branche « quiétiste » animée par monsieur Bertot puis par madame Guyon et Fénelon… Sans oublier la congrégation des Eudistes dont la dépendance vis-à-vis de l’Ermitage est moindre.

M. Rocquelay prêtre (-1669)

Outre le passage que nous venons de citer, les mêmes Annales rédigées jusqu’en 1738 peuvent mettre plus aisément le secrétaire de Bernières en valeur que ce dernier qui a fait l’objet d’une condamnation post-mortem :

159.. Je trouve en 1665 une donation de cent livres de rente, fait à cette communauté par M. François Roquelay prêtre secrétaire et intime ami lequel voulant montrer de plus en plus sa singulière affection qu'il avait pour nous, il donna encore l'année suivante la somme de 2200 livres, le tout avec des conditions très avantageuses qui sont écrites dans les registres. Le chapitre s'engagea par reconnaissance à le faire participant de toutes nos prières et bonnes œuvres, et après sa mort, les mêmes messes communions et offices comme pour nos sœurs décédées.

Jean Eudes (1601-1680), missionnaire.

Jean Eudes est du même âge que Jean de Bernières et leur amitié durera longtemps. Il illustre l’esprit actif de tous les membres de l’Ermitage  et le « préquiétiste » Bernières s’usera plus vite encore à la tâche

Originaire d’une famille paysanne, Jean Eudes entre à l’Oratoire et se distinguera par son assistance héroïque aux pestiférés qui sont isolés par peur de la contagion. Son biographe moderne nous explique : « Jean Eudes voulait assister les malades : il ne pouvait donc rester dans les quartiers encore sains. Il décida de vivre comme ceux qu’il aidait. On les isolait dans les prés, abrités dans de grands tonneaux […] dans la vallée de l’Orne, les prairies Saint-Gilles appartenant à l’abbaye aux Dames […] c’est là qu’il priait, dormait, mangeait ; et l’abbesse, nous dit-on, venait elle-même lui servir ses repas 1155. »

Jean Eudes consacre ensuite son activité aux missions, évangélisant des diocèses normands 1156. Il quitte l’Oratoire pour pouvoir fonder une congrégation en vue de former des prêtres et prend en charge plusieurs séminaires, malgré l’opposition de ses anciens confrères appuyés par des jansénistes. Il trouve « lumière et encouragement » chez Marie des Vallées - on lui doit notre principale source sur elle, le fameux manuscrit de Québec - ainsi qu’auprès de Bernières et de Renty.

Pour lui « l’amour, vie de Dieu, est l’alpha et l’oméga de toute réalité […] chacun est aimé sans mesure, d’un amour unique ». Notre cœur - symbole d’amour et d’intériorité mystérieuse qui fait « un seul être de tous les membres du corps mystique » - est fait pour « une très simple vue de Dieu, sans discours ni raisonnement ». Le sens profond que prend pour lui le mot « cœur » est remarquable, avant que ce terme d’origine physiologique, caractéristique du temps où l’on plaçait notre centre dans cet organe ne soit dévalué par des sensibilités imaginatives. C’est un symbole d’intériorité et d’amour.

Regardez votre prochain […] comme une chose qui est sortis du cœur et de la bonté de Dieu , qui est une participation de Dieu, qui est créée pour retourner en Dieu 1157.

Jean Aumont (1608-1689), pauvre villageois.

Autre disciple de Jean-Chrysostome de Saint-Lô, laïc membre du Tiers Ordre, Jean Aumont vécut dans le monde : il possédait peut-être un petit vignoble à Montmorency 1158. Il fut en relation assez étroite avec Catherine de Bar : le « bon frère Jean » aurait été envoyé en exil en 1646 par suite de son ardeur à propager les maximes de Jean-Chrysostome mort la même année (ceci laisse entrevoir des tensions fortes entre ces mystiques et leur entourage). Il est « tellement rempli de la divine grâce à présent, qu’il a perdu tout autre désir. Il se laisse consommer » dit-elle. Il rencontrera de nouveau Catherine à Caen en 1648 et à Paris en 1654.

Il nous a laissé un livre atypique 1159, beau, original et savoureux, dont les illustrations (de même que les images publiées par Querdu Le Gall 1160) ont fait la joie de Bremond lorsque celui-ci présenta « le vigneron de Montmorency et l’école de l’oraison cordiale ». Dans L’Agneau occis dans nos cœurs (1660) l’auteur est parfois trop abondant et imaginatif et son style est rocailleux 1161. Mais il recèle de grandes beautés et témoigne d’une « intelligence extrêmement vive, pénétrante et limpide au didactisme le plus subtil 1162. »

Cet homme apparemment si simple avait atteint les profondeurs de la vie en Dieu : il nous transmet son élan qui fait fi de tous les obstacles. L’ouvrage rare n’ayant jamais été réédité et reflétant avec originalité de suggestives représentations propres à l’ancienne astrologie médiévale, nous en livrons ici d’assez longs extraits. Tout d’abord une vive analogie imagée :

Mais dites-moi de grâce si quelqu'un enfermé en votre cave, et frappant à la porte pour se faire ouvrir, vous alliez cependant au plus haut et dernier étage la maison demander qui est là : vous n'auriez sans doute aucune bonne réponse, car la grande distance du grenier à la cave ne permettrait pas que votre ‘Qui va là ?’ fût entendu. Mais peut-être que cette personne-là n'ayant pas encore bien appris tous les lieux et endroits de la maison pourrait bien être excusée d'aller répondre au grenier quand on frappe à la porte de la cave, et ignorant principalement ces bas étages et lieux souterrains : c'est pourtant d'ordinaire où l'on a de coutume de loger le meilleur et le plus excellent vin ; mais assez souvent l'on se contente d'y envoyer la servante sans se donner la peine d'y descendre soi-même pour en puiser à son aise et se rassasier. Je veux dire que Dieu étant l'intime de notre intime 1163, il frappe à la porte de ce fond et plus profond étage de nos âmes, et que partant il y faut descendre en esprit et par foi pour y écouter en toute humilité ce qu'il plaira à Sa divine Majesté de nous y ordonner pour son contentement, et ne nous pas contenter d'y envoyer la servante de quelque chétive considération, laquelle ne peut descendre jusqu'au caveau de l'Époux, mais seulement sans s'abaisser elle demande du faîte de la maison qui est là. […]

Voici donc, âmes chrétiennes, que tout le secret et l'importance de l'affaire de notre salut est qu'il faut bien apprendre et bien savoir une bonne fois pour toutes notre vie, que toute la beauté, le trésor et les richesses de l'âme chrétienne sont par dedans elle-même, et que c'est par ce dedans que Dieu nous frappe, et nous appelle d'une voix de père et de cordial ami 1164.

Il faut enfin entrer, et se retirer en esprit, en foi et en amour dans notre église intérieure, d’étage en étage, de degré en degré, et de dedans en dedans jusques dans le sanctuaire divin. Et là l’âme toute ramassée et réunie en elle-même, et toute réduite à son point central, et toute passive et abandonnée aux impérieux débords du divin [31] amour, qui la pénètrent au-dedans et qui la revêtent et investissent de divinité, et ainsi, l’âme croissant en amour croît aussi en lumière…

[33] Enfin il faut avouer que Dieu aime infiniment le cœur humain, au fond duquel est la capacité amatique [d’aimer] propre à recevoir ce Dieu d'amour dans le fourneau de sa volonté : car comme Il est infiniment aimant, Il cherche des cœurs qui se veulent donner tout entier en proie à son divin amour afin que, les en ayant tous remplis jusques à en regorger, ils le puissent aimer en sa manière infinie avec son même amour.

Il faut passer au-delà du fonctionnement « dans la tête » :

[57] C'est la maladie naturelle de l'homme de vouloir être homme raisonnant et à soi sans démission ; et roulant dans sa tête le chariot naturel de ses pensées, il se figure une foi plus imaginaire qu'infuse, et partant plus acquise que donnée, et ainsi avec certaine pratique spirituelle et non intérieure, puisqu'il ne tend pas en dedans au fond du cœur, mais demeurant seulement dans la nature du propre esprit bien policé et prudemment exercé par les temps, les lieux, les motifs, les actes, les sujets et les raisonnements sur tout cela ; et cependant on ne s'avise pas que l’on tient continuellement le dos tourné à Dieu et à ce divin soleil intérieur qui luit au fond de nos âmes, et dont ils ne sont point éclairés, parce qu’ils se tiennent la face de l’âme tournée en dehors sur leurs actes, sur les points et motifs des sujets et objets de leur méditation avec la roue du raisonnement, tout ainsi qu’un écureuil enfermé dans une cage en forme de roue qui court sans cesse à l’entour de soi-même, et n'entre jamais dedans, et ne cessant de tournoyer sans rien avancer, ni bouger d'un pas, ni sortir de sa place, ni même changer de posture ; ainsi fait l'homme qui cherche Dieu à la naturelle ne cessant de rôder, et tournoyer à l'entour de la roue de ses propres raisonnements

Voici un développement à partir de belles images qui relie les forces intérieures à des figures astrologiques communes à une culture évangélique populaire :

De la souveraineté de la Foi sur toutes les lumières infuses les plus sublimes1165.

…Dieu n'a rien fait que de parfait. Et comme il est en soi et de soi lumière éternelle, il va éclairant et illuminant toutes ténèbres, soit par lui-même, ou par causes secondes. D'où vient qu'il a posé au ciel de notre âme ses deux grands corps lumineux, la Foi et la Charité, pour y verser leurs influences et ordonner toutes les saisons. Et partant, la Foi nous y est comme une belle Lune, qui va nous éclairant parmi cette vastitude immense et ténébreuse qu'il y a à passer entre Dieu et nous ; et elle nous a été donnée de Dieu tout ainsi que l'Étoile d'Orient fut donnée aux Mages pour les conduire sûrement, et les éclairer pour chercher et trouver ce tendre Agneau de Dieu dans son palais de Bethléem, où elle disparut et s'éclipsa à l'abord de ce beau Soleil lumineux de l'Orient (403) éternel, tout nouvellement levé sur notre horizon pour y éclairer les épaisses ténèbres de la gentilité. Ainsi la Foi comme une belle lune attachée au ciel de notre esprit va éclairant et vivant parmi tous les étages de ce monde spirituel de degré en degré.

Mais tout ainsi que l'Étoile d'Orient disparut aux Mages lors de leur entrée en Jérusalem, de même [il] en arrive à l'âme recueillie et ramassée au fond de sa Jérusalem intérieure, de là où se lève ce grand corps lumineux de la Charité ; lequel comme un beau Soleil éclatant, ardent et tout lumineux et embrasant, fait éclipser la Foi pour ce moment par son abord enflammé, opérant et impérieux, et qui réduit et réunit toute lumière en son principe. En sorte que pendant ses grandes irradiations embrasées de la Charité dont l'âme est tout investie, pénétrée et abîmée en cet océan divin, la foi n'y paraît point pendant l'opération, quoiqu'elle y soit beaucoup plus noblement, et plus lumineuse, et comme vivifiée et éclairée de la Charité, qui fait la vie de sa lumière. Et tout ainsi qu'au lever du soleil toute la lumière des Astres s'éclipse, de même à l'abord du Soleil de la Charité, toutes les vertus comme lumières participées de ce grand corps éclatant et flamboyant de ses divines ardeurs, s'éclipsent pendant le temps et le moment de cette irradiation. Quoique la Foi s'éclipse et disparaît durant ces lumineuses irradiations de la Charité, elle ne laisse pas d'être toujours dans l'âme, même tenant le dessus sur toutes les lumières de la Charité, parce que nous croyons infiniment plus de Dieu par la Foi qu'il ne nous en est manifesté par ces excessives lumières d'amour.

L’ambition spirituelle est une qualité lorsqu’elle est bien comprise, affirmation qui est bien loin du dolorisme et que l’on entend rarement à l’époque :

[454…] Âme chrétienne, voulez-vous contenter votre démangeaison d'être ? Eh bien, soyez à la bonheur, mais en Jésus-Christ ; et ne soyez point jamais ailleurs ; car ce que vous ne pouvez être vous-même par nature, vous le pourrez être en Jésus-Christ par la foi, par sa grâce, et par son amour, et en vous rendant intérieurement à lui au fond de votre cœur : tout ce que vous ne pourrez apprendre ni atteindre par votre propre esprit, vous le pourrez savoir et appréhender par l'Esprit de Jésus-Christ. Car le Saint-Esprit donné à l'âme va anéantissant la créature pour la rendre en lui, et la faire grande et solidement savante. Non toutefois en comprenant ou atteignant par nous-mêmes les divins Mystères, mais en nous laissant comprendre à eux, ils nous conduisent et nous font entrer en Dieu, d'où ils sont sortis, et nous y font être créature nouvelle…

La souveraine liberté réside dans l’adhérence au divin attrait :

Et comme cet écoulement de l'âme en la Divinité est prévenu d'un puissant attrait intérieur, cela fait que l'on dit ne pas agir, quoique pourtant l'âme agisse toujours, mais d'une manière si simple et si libre qu’il ne paraît point à l'âme qu'elle agisse. Et à la vérité elle n'agit que d'un acte très simple, qui consiste en attention ou en adhérence au divin attrait ;

[…] il faut donc approcher de Dieu en esprit et par foi. Mais où, chères âmes ? C’est au fond de votre cœur, là où vous vous devez retirer en silence et humilité, pour y recevoir l’illustration du pur Amour dans le miroir intérieur de votre âme, duquel rayon lumineux et clarifiant, est réimprimée en votre âme la divine ressemblance, laquelle vous ouvrira le droit héréditaire à l’héritage du Père ; et partant entrons dans le cabinet de notre cœur et y établissons notre demeure au plus profond de ce mystérieux désert [...] solitude qu’elle porte partout avec elle, où elle se peut retirer comme dans un monastère naturel, vivant et portatif

[603] Se tourner à l’opposite sur l’exercice naturel des puissances et s’en façonner des notions, raisonnements et affections, c’est de propos délibéré se façonner des idoles spirituelles, auxquelles on défère plus qu’à Dieu

Gaston de Renty (1611-1649)

Gaston de Renty 1166 reçut l’éducation d’un grand seigneur, se distingua en mathématiques et sciences naturelles, entra à dix-sept ans à l’académie militaire, fut marié à vingt-deux ans : le couple aura deux fils et deux filles. Il publie à vingt-huit ans un traité de la sphère céleste, une géographie, un manuel de fortification. « Tous les éléments d’une réussite mondaine sont réunis » - mais il veut se faire chartreux !

Découvert et ramené à Paris, il s’occupe de reconstruire des églises ! Sa mère, dont les projets sont ainsi ruinés, le poursuivra de procédures pour lui disputer l’héritage paternel. Il trouve le cadre de son action dans la Compagnie du Saint-Sacrement dont il est un supérieur exemplaire de 1639 à sa mort, multipliant les fondations charitables. Se levant à cinq heures, il peut également diriger des carmélites, une ursuline, une fille de Saint-Thomas, la présidente de Castille ; il fonde avec Henry Buch les Frères cordonniers en 1645, puis les Frères tailleurs. « Dans Paris inondé, glacé et assiégé, il porte lui-même du pain à des pau­vres honteux dans des quatrièmes étages1167. »

Son influence sera considérable au XVIIIe siècle, en particulier sur le fondateur du méthodisme John Wesley qui l’étudie lors de son séjour dans la Géorgie lointaine et qui tire un Abrégé très élaboré de sa Vie 1168, ainsi que sur le quaker W. Penn, sur le groupe mystique guyonien d’Aberdeen, etc.

Ses lettres témoignent d’un profond équilibre spirituel et d’une grande paix, ce que ne laissait pas deviner sa biographie 1169.

…tant s'en faut qu’elle [la grâce] nous restreigne à deux conditions qu'au contraire elle les sanctifie toutes. … Et je crois que ce serait une très grande erreur de vouloir faire changer une personne de son état et de sa condition pour lui faire trouver la perfection … Car il faut savoir que la grâce ne détruit pas la nature, mais la perfectionne 1170.

…vrai renoncement de soi, qui consiste à ne se servir plus de sa propre prudence, prévoyance, ni de la capacité de notre esprit, mais met l’âme nue et dépouillée de tout dans l’abandon et la tutelle de l’esprit de son Dieu qui lui suggère en chaque temps et action ce qui est à faire et est son mouvement et sa vie; mais cet état doit être accompagné de paix, et d’une grande adhérence à Dieu dans son recueillement 1171.

La paix mystique l’habite, il ne sait que suivre le mouvement de la grâce quand il s’agit de s’occuper d’autrui :

Pour ce qui me regarde, je n’ai pas grand-chose à dire. Je porte par la miséricorde de Dieu un fond de paix devant lui en l’esprit de Jésus-Christ, dans une expérience si intime de la vie éternelle, que je ne la puis déclarer: et voilà où je suis le plus tiré, mais je suis si nu et si stérile, que j’admire la manière où je suis, et en laquelle je parle. Je m’étonnais, comme parlant à la personne susdite, je commençais un discours sans savoir comme je le devais poursuivre, et disant la seconde parole, je n’avais point de vue de la troisième et ainsi des suivantes. Ce n’est pas que je n’aie la connaissance entière des choses en la manière que j’en suis capable, mais pour produire quelque chose au dehors, cela m’est donné et comme on me le donne, je le donne à un autre, et après il ne me reste rien que le fond susdit 1172.

L’unité ou communion des saints est une réalité perçue ici-bas :

Il y a environ dix ou douze jours que m’étant mis à mon ordinaire le matin à prier Dieu, je sentais en moi-même n’y avoir aucune entrée: je me tiens là humilié Lorsqu’il me fut donné à connaître qu’en effet j’avais l’indignité que je sentais, mais que je devais chercher en la communion des Saints mon entrée à Dieu J’eus connaissance pour lors que Dieu et Notre Seigneur ne nous formaient pas pour être tous seuls et séparés, mais pour être unis à d’autres, et composer avec eux par notre union un Tout divin. Comme une belle pierre, telle que serait le chapiteau d’une colonne, est inutile, si elle n’est au lieu où elle est destinée pour tout l’ouvrage, et jusqu’à ce qu’elle soit posée et cimentée avec tout le corps du bâtiment, elle n’a ni sa conservation, ni sa décoration, ni en un mot, sa fin. Cela m’a laissé dans l’amour et dans la liaison véritable et expérimentale de la Communion et de la communication des Saints 1173.

Mectilde-Catherine de Bar (1614-1698)

>> Catherine de Bar 1614-1698 Mère Mectilde du Saint-Sacrement, Les amitiés mystiques de Mère Mectilde, un florilège, Dominique Tronc [en préparation)



Catherine de Bar fit profession chez les franciscaines Annonciades en 1633 1174. Nommée supérieure, elle fuit avec ses religieuses la guerre et l’entrée des Français en Lorraine et trouve refuge au monastère des bénédictines de Rambervilliers, puis à l’abbaye de Montmartre où elle passe l’année 1641. Établie à Caen, elle rencontre Jean de Bernières et tout le groupe qui l’entoure, dont Jean Eudes et Marie des Vallées. À cette époque Bernières lui écrit avec rudesse : vous n'êtes pas pourtant dans cet état [de pur amour], car l'on vous chérit trop

Elle reconstitue sa communauté à Saint-Maur-des-Fossés près de Paris en 1643. Elle se confie alors au père-Chrysostome de Saint­-Lô, qui « trou­vait plus de spiritualité dans le petit hospice de Saint­-Maur que dans tout Paris. » Elle demeurera en correspondance avec Bernières1175, de même que son nouveau confesseur Epiphane Louys (1614-1682), qui se liera également avec Bernières.

Elle traverse dans sa jeunesse les douleurs du vide :

3 juillet 1643. Monsieur, Notre bon Monsieur Bertot nous a quittées avec joie pour satisfaire à vos ordres. Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélités et combien j'ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâces. Je deviens si vide et si pauvre, même de Dieu que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l'un et l'autre que je demeure ainsi abandonnée laissant tout désir

13 novembre 1643. …Il n'y a rien dans mon cœur. Je suis pauvre véritablement, mais si pauvre que je ne puis exprimer 1176.

C’est la préparation à une vie active accompagnant une longue montée spirituelle1177.

Approfondissement.

Bernières meurt en 1659 tandis que Mectilde va vivre encore pendant 39 ans. L’ascension mystique se poursuit au milieu d’une perpétuelle activité de la fondatrice et de dures épreuves intérieures. Maladie et délaissement marquent les dernières années qui nous laissent les plus beaux témoignages mystiques :

Oui, mes enfants, dans l'abandon il y a une grâ­ce ineffable qui conduit l'âme jusque dans le sein de Dieu [...] Je trouve néanmoins qu'il y a encore quelque chose de plus dans le délaissement que l'âme fait d'elle-même. Car dans l'abandon nous nous avons encore en vue, mais dans le délaissement nous nous perdons [...] Il y en a très peu qui se délaissent, parce que les re­tours que nous faisons sur nos intérêts nous font re­prendre ce que nous avions abandonné. Et voilà comme j'ai appris le délaissement : mon imagination, après deux ou trois jours de ma maladie, me présenta à mon jugement, et Dieu me fit la miséricorde de me mettre dans un état d'abandon et de délaissement. En ce même temps, mon âme me fut représentée comme une chiffe, et je voyais cette chiffe toute marquée de Dieu. Cela me fit comprendre que Dieu voulait que je me délaissasse ainsi que l'on fait d'une chiffe, qu'à peine relève-t-on de terre, ou du moins si on la relève, ce n'est que pour la mettre en quelque coin, et non pour la serrer dans un coffre. En vérité, mes enfants, il fait bon être chiffe ! [...] Dieu m'a renvoyée afin que je commence à vivre en simplicité comme un enfant, tout abandonnée à lui sans retour sur moi.1178.

Je me suis coulée comme un petit mou­cheron en Dieu […] Il y a plus de trente ans que je l'ai prié de me tenir sous ses pieds. J'ai été effrayée de voir l'amour infini de ce Cœur adorable envers les créatures. Il ne s'irrite point contre elles, pour tous les outrages qu'il en reçoit à tout moment. Au lieu de nous foudroyer comme nous le mériterions, il n'en a pas même de ressentiment. Il n'est pas vindicatif : toujours prêt à nous recevoir, il n'attend pas même que nous allions à lui. Il nous pré­vient par ses grandes miséricordes.1179.

Une vie bien remplie. Influences.

Mectilde-Catherine de Bar fut active par de nombreuses fondations. Résumons-les : Institut de l’Adoration perpétuelle rue Cassette à Paris1180 où les religieuses s’établirent en 1659, fondations de Toul (1664), agrégation de son monastère de profession de Rambervilliers (1666), agrégation à Nancy (1669), fondations de Rouen (1676-1678), d’un second monastère à Paris (1684), agrégation du Bon Secours de Caen (1685), fondations de Varsovie (1687-1688), de Châtillon (1688) et Dreux (1696)… La fondatrice est accablée et supplie ainsi en 1685 un Prieur en vue d’éviter sa réélection :

La crainte de retomber aux élections de la Prieure dans cette place que j’ai remplie si indignement, m’oblige de vous représenter Mon très Révérend Père que je ne trouve en moi aucune capacité de bien faire […] J’ai deux incommodité[s] qui s’y oppose[nt] ; la première est que n’ayant plus de dents je ne puis plus parler qu’avec une très grande peine et sans me pouvoir bien faire entendre, n’ayant pas la poitrine bonne je ne peux parler si haut, la seconde c’est que je suis assez sourd[e] […] Les infirmités de l’esprit sont beaucoup plus grandes…1181

Usée à la fin d’une vie si bien remplie elle se confessa au P. Paulin, le supérieur du couvent du TOR de Picpus et le dépositaire des papiers de Bertot. Le jour de sa mort, vers six heures du matin, ce dernier lui de­manda : "Ma Mère, que faites-vous ? À quoi pensez- vous ?" Elle lui répondit par ces deux mots qui ouvrirent jadis sa mission de fondatrice et qu'elle redit si souvent depuis : "J'adore et me soumets".1182

La mort de la fondatrice à plus de 83 ans précède de peu la création d’un monastère à Rome en (1703)1183. De nos jours les bénédictines du Saint-Sacrement sont actives en France, Italie, Allemagne, Pologne, et veillent sur la mémoire de leur fondatrice1184. Il s’agit d’une des trois rivières dont la source commune se situe à l’Ermitage de Caen : cet ordre de bénédictines, la communauté canadienne, la filiation mystique transmise par monsieur Bertot.

Résidant à la fin de sa vie au premier monastère de la rue Cassette dont elle était la supérieure, Mectilde-Catherine était connue et appréciée de Madame Guyon qui déclare à son confident1185 :

« La Mère du Saint-Sacrement est celle dont je vous ai parlé, qui est l’Ins[ti]tutrice de cet ordre [des bénédictines du Saint-Sacrement], fut de mes amies et [est] une s[ain]te. »

Fénelon de son côté écrira à une religieuse à l’occasion de sa mort 1186:

« Elle me disait, elle m’écrivait, qu’elle ne sentait pas la moindre révolte […] ‘Je sens’ (m’écrivait-elle l’année passée) ‘en moi une disposition si prompte à entrer dans tous les desseins de Dieu et agréer les états les plus anéantissants qu'aussitôt qu'il m'y met, je baise, je caresse ce précieux présent’ […] Conservez la simplicité […]que notre chère Mère [du Saint-Sacrement] vous a enseignée. » 

Disciples et filiation en France

Louis-François d’Argentan (1615-1680), capucin.

Le franciscain capucin Louis-François d’Argentan (1615-1680), accéda à de larges responsabilités au sein de son ordre 1187. Il retient l’attention des admirateurs de Bernières à la suite de son activité opiniâtre d’éditeur-corédacteur. Ses réécritures bien adaptées à l’esprit du temps contribuèrent à faire connaître son maître 1188. Son œuvre propre le montre abondant, mais pâle imitateur de Bernières1189. Glanons toutefois chez lui un beau reflet du maître1190:

« Ne considérez pas l’humanité seule, ni aussi la divinité seule séparément, ou l’une après l’autre [...]Si donc elle contemple l’une et l’autre ensemble, il faut qu’elle ait des images et qu’elle n’en ait point en même temps, et dans la même simple vue; ce qui semble impossible Il participe à nos faiblesses et nous participons à Sa force [...] vous Le contemplez souffrant et mourant en vous-même, bien mieux et plus distinctement que vous ne pourriez Le considérer endurant en Jérusalem et sur le Calvaire. » [I, 268-272].

Zélé éditeur de Bernières, à ses ajouts au sein d’éditions successives correspondent une baisse de la fidélité aux sources provenant de dictées, et par là de qualité, car d’Argentan était moins doué. Il a la grande honnêteté de nous le déclarer en évoquant ses propres écrits :

À mon grand regret, elles [ses propres Conférences Théologiques] n’allument pas, ce me semble, un si grand feu dans la volonté, parce qu’elles n’ont pas cette abondance de l’onction divine, qui se fait goûter par tout le Chrétien Intérieur … qu’il n’est pas en notre pouvoir de donner à nos paroles, si le saint Esprit ne répand sa grâce sur nos lèvres 1191.

Il nous renseigne aussi avec candeur à nos yeux sur son travail de réécriture. Notre capucin souligne si bien la « fatigue » que ressentent d’honnêtes spirituels non mystiques à la lecture de textes abordant des états intérieurs sans figures !

« N'attendez pas dans ce petit livre [du Chrétien] une disposition si régulière, ni une liaison si juste des matières qu'il traite. Il [Bernières] ne parle pas pour instruire personne, il va où Dieu le conduit, et bien heureux qui le pourra suivre. Et ne m'accusez pas si je n'ai pas été si exact à écrire tout ce qu'il a dit sur un sentiment que j'ai quelquefois trouvé plus étendu qu'il ne fallait ; ou si j'ai d'autres fois ajouté quelques lignes du mien quand Dieu m'en a donné la lumière et que j'ai cru qu'il était nécessaire pour un plus grand éclaircissement 1192. »

Jacques Bertot (1620-1671)

>>Jacques Bertot Directeur mystique, Textes présentés par Dominique Tronc, coll. « Sources mystiques », Editions du Carmel, Toulouse, 573 p., 2005. [Première étude présentant le résultat de recherches sur la ‘vie cachée’ de monsieur Bertot et la reconstitution du corpus de ses écrits précède le choix d’un septième de leur volume].

La filiation de Bertot à Madame Guyon (1647-1717)

La vie mystique fleurira une deuxième fois autour du célèbre couvent de bénédictines de Montmartre dans le cercle spirituel animé par Bertot et repris par madame Guyon. Notons ici le rôle d’un courant bénédictin entrelacé au courant issu du Tiers Ordre Régulier franciscain. Nous relevons d’autres liens avec le cercle normand, car, outre sa direction par monsieur Bertot, madame Guyon est ouverte à la vie intérieure par “le bon franciscain” Enguerrand, lui-même en relation avec Jean Aumont : c’est une « chaîne parallèle » reliant en deux générations à Bernières. Un remarquable mémoire sur Marie des Vallées est présenté dans le Directeur Mystique accompagnant les écrits de Bertot assemblés par elle puis édités par le groupe de Poiret1193 : son influence est ainsi confirmée tardivement en 1726. Enfin madame Guyon connaît et apprécie la “sainte” Mère du Saint-Sacrement.

Ainsi les liens avec la mouvance franciscaine se sont maintenus : outre l’ouverture à la vie intérieure par “le bon franciscain” Enguerrand, le seul vivant contemporain cité est “l’auteur du Jour mystique” Pierre de Poitiers, franciscain capucin ; enfin les papiers de Bertot furent déposés au couvent franciscain de Nazareth alors dirigé par Paulin d’Aumale avant de parvenir à madame Guyon puis d’être édité par le groupe du pasteur Poiret.

Deuxième bras du « delta spirituel »

Madame Guyon sera associée mystiquement à Fénelon (1651-1715) et leurs cercles s’établiront en Hollande, Suisse et Allemagne, Écosse. Certes madame Guyon ne put citer Bernières compte tenu de la condamnation post-mortem 1194, mais les cercles spirituels s’en souviendront : informés de l’existence à Lausanne d’un groupe suspect de piétisme, les autorités bernoises firent le 6 janvier 1769 une saisie des rares livres et écrits en possession du pasteur Dutoit, second éditeur de madame Guyon, dont la liste prouve la conscience qui demeura de la filiation passant par Bernières puis Bertot 1195.

Henri-Martin Boudon (1624-1702)

Reprenant de son ami François de Laval la charge de l’archidiaconé d’Évreux, Boudon reçoit le sacerdoce le 1er janvier 1655. Il se met à l’œuvre « jetant l’effroi dans tous les ouvriers d’iniquité et plein de bonté pour les âmes faibles », 1196 mais rentre en conflit avec des jansénistes. On échafauda une histoire scandaleuse mettant en cause une veuve mère de famille. Elle entreprit de se justifier par ses écrits et « ce fut un beau tapage ». Il fut ensuite accusé d’avoir eu pour servante une sainte fille déguisée en homme, aussi « on le chansonna sur le Pont-Neuf ». Mais il conservera la confiance et l’appui de Bernières :

Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui 1197.

L’Archidiacre est cependant déposé et interdit. Il demeura « dans une humilité admirable jusqu’en 1675, où son principal accusateur, touché de repentir, se rétracta. » Il reviendra à la table de son évêque et ce dernier assistera de nouveau à ses prédications… Boudon est l’auteur d’une très abondante production littéraire1198. Ses livres eurent un succès extraordinaire et furent traduits en nombreuses langues. La doctrine - bien exercée par la vie - tient au recours en « Dieu seul » 1199 et en la pratique d’une sainte abjection, au sens de révérence devant la grandeur divine, où « l’on reconnaît les doctrines de l’Ermitage. »

Claude La Colombière (1641-1682)

Dans sa jeunesse Claude La Colombière jésuite (1641-1682) connaît l’Ermitage qui est pour lui « un paradis terrestre 1200. » Juste après sa profession jésuite le 2 février 1675 il est nommé supérieur de Paray-le-Monial où vit la visitandine Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690). Il en devient « le directeur par une volonté expresse de Dieu ». Mais il y demeure seulement dix-huit mois, arrivant à Londres le 13 octobre 1676. Après cinq semaines passées dans le cachot de King’s Bench à la fin de l’année 1678, expulsé, il rentre à Lyon, épuisé. Revenu à Paray-le-Monial en septembre 1681, il meurt six mois plus tard, le 15 février 1682 1201.

Migrations canadiennes

Marie-Madeleine de la Peltrie (1603-1671)

[Mme de la Peltrie et Mr de Bernières, une entreprise secrète]

Nous utilisons toujours les Annales :

« Les refus de la mère fondatrice plusieurs fois réitérées pour de nouvelles fondations n'empêchèrent pas Mme de la Peltrie de lui demander ses conseils et quelqu'une de ces religieuses pour contribuer au dessein que Dieu lui avait inspiré de fonder une maison d'ursulines dans la Nouvelle-France à la ville de Québec. Cette vertueuse veuve en avait consulté plusieurs fois Monsieur de Bernières qui approuvant fort cette sainte entreprise n'oublia rien de ce qu'il put faire pour sa réussite et [ qu'ils eussent add.] de fréquents entretiens sur ce projet se firent toujours si secrètement que personne n'en eut la connaissance. Ils savaient ce que dit le sage, qu'une affaire déclarée est ordinairement une affaire échouée. Ce fut avec cette prudente conduite 38 que se conclut en fort peu de temps la plus grande entreprise que les femmes pussent faire pour la gloire de Dieu [add. et le salut des âmes]. On peut voir cette histoire fort particularisée dans la vie de la religieuse Mère de l'Incarnation qui alla établir ce monastère à l'autre bout du monde avec Mme de la Peltrie. Voici l'extrait d'une lettre qu'elle écrivit à notre mère fondatrice étant sur le point de son embarquement qui exprime lieu les sentiments tout divins de son cœur vers Dieu, que tout ce qu'on en pouvait dire. Comme cette lettre est écrit de sa main nous la conservons aussi précieusement qu'une relique, la voici mot à mot.

Suit le texte de la lettre de Mme de la Peltrie 1202 :

Ma très chère et honorée sœur, 39 Je serais la plus ingrate du monde si avant que de m'embarquer je ne vous rendais, mais très humbles devoirs, pour vous remercier des obligations infinies que je vous ai, et pour vous dire le dernier adieu […] J’ai prié mon ange gardien visible, Monsieur de Bernières, votre frère, de vous dire toutes choses. […] Ce 20e septembre 1633 [en fait 1639 !]

M. de Mésy (-1665)

« Il faudrait encore citer parmi les anciens disciples de Bernières à l’Ermitage de Caen Augustin de Saffray de Mézy, ancien duelliste converti, qui fut le premier gouverneur de la Nouvelle-France sous l’autorité directe du roi (1663-1665). »1203 

« C'est une figure très originale 1204; après avoir été « plongé dans le siècle » , après avoir passé pour un duelliste raffiné, il finit par édifier même Mme de Longueville. C'est M. de Bernières, son ami intime, qui l'a conquis à la vie de la grâce. Il prend à l'Ermitage de telles leçons d'humilité que, aux processions, il aime à porter la croix des Capucins ; il devient l'ami de cœur du pauvre Boudon, du futur évêque de la Nouvelle-France. La Compagnie du Canada ayant donné son territoire au Roi, Louis XIV laisse l'évêque de Québec choisir lui-même le premier gouverneur : Mgr de Laval se rappelle son ancien confrère de l'Ermitage, et en 1663 l'emmène avec lui au Canada. Comme signe de particulière confiance, l'évêque donne au gouverneur une clef de son séminaire pour qu’il y puisse venir à toute heure […] les deux amis cessèrent vite de s’entendre, le Roi ayant commis l’imprudence de donner la présidence du Conseil au gouverneur et à l’évêque […] Un jour, dans une discussion plus violente que d'habitude, M. de Mézy accable Mgr de Laval des plus grossières injures, et lui jette à la tète la propre clef du Séminaire. M. de Mésy, on le voit, n'avait pas encore tout à fait « dépouillé le vieil homme » ; il était fort vif. Pourtant il n'avait pas oublié complètement les beaux jours de l'Ermitage. Lorsque, en février 1665, il se sentit près de mourir, il se fit transporter à l'Hôtel-Dieu fondé par l'évêque, dans la salle des pauvres. Il fit venir Mgr de Laval pour une réconciliation sincère. Il se confessa à lui, il eut le temps de rétracter publiquement tout ce qu'il avait dit ou écrit contre le clergé et son chef; il mourut enfin, le 5 mai, dans les bras de l'évêque, et fut enterré, suivant sa volonté, dans le cimetière des pauvres. »

Ango de Maizerets

Louis Ango des Maizerets qui avait accompagné Mgr de Laval en 1663, au retour de son voyage en France, et qui fut désigné comme premier assistant du supérieur 1205

«  Celui-ci descend des grands marchands de Dieppe 1206, de ces Ango qui traitent d'égal à égal avec les rois. Sa famille possède un château à Argentan 1207. Il fait ses études à La Flèche, où il entre dans la congrégation du Père Bagot. Il se retrouve à Paris avec ses amis de collège, et fonde avec eux une espèce de petite communauté au faubourg Saint-Marceau. En 1652 la guerre civile les force à quitter Paris ; ils vont se réfugier au château de M. de Maizerets. Au bout de quelques mois, les amis se séparent : quelques-uns retournent à Paris, tandis que Louis Ango, avec d'autres, entre à l'Ermitage. Tout en restant un homme du monde aux manières prévenantes, alliant la politesse la plus parfaite à la simplicité, il se pénètre de l'esprit de la maison ; il y prend le goût de la vie pénitente et mortifiée. Puis, à la dispersion de l'Ermitage, après la mort de M. de Bernières, il va faire son séminaire à Paris, aux Bons-Enfants : ordonné prêtre, il se sent peu à peu envahi par le désir d'aller retrouver au Canada ses anciens confrères de Caen, le neveu de M. de Bernières, et Morel, et Dudouyt, et l'évêque de Pétrée ; Mgr de Laval, pendant un de ses séjours en France, le décide ; Ango quitte tout, famille, patrie. Sur le vaisseau qui l'emmène au Canada, le scorbut éclate : M. de Maizerets tombe si gravement malade que ses amis font pour lui un vœu à saint Ignace et à saint François-Xavier : il est sauvé. À partir de ce moment, sa vie se confond avec celle de l'Église du Canada, avec celle du « séminaire » que Mgr Laval a fondé là-bas, à l'imitation de l'Ermitage ; à ce séminaire il donne tout, et d'abord sa fortune : « Nos biens étaient communs avec ceux de l'évêque, écrit-il. Je n'ai jamais vu faire parmi nous aucune distinction du pauvre et du riche ni examiner la naissance et la condition de personne, nous regardant tous comme frères`. » Il donne aussi son travail, sa santé, sa vie. Il finit par être frappé d'une hémiplégie qui lui ôte l'usage de la parole : « En quoi, dit une chronique manuscrite du séminaire, Dieu l'a voulu purifier », car on l'accuse d'être un peu indiscret 3. C'est sa concession à la faiblesse humaine. Par ailleurs c'est un homme fort, qui, pendant près de cinquante ans, se dévoue à l'éducation des enfants. Il les aime d'une tendresse presque féminine, qui éclate surtout au moment de sa fin : il pleure en les voyant autour de son lit de mort, et il leur donne sa bénédiction sans pouvoir parler. »

M. de Bernières (-1701), neveu de Jean

l’Ermitage de Caen, en plus de François de Laval : Henri de Bernières qui en fut le premier supérieur et occupa cette charge à quatre reprises, en tout pendant 25 années ;1208

« . Il part pour le Canada en même temps que l'évêque de Pétrée : « C'est un jeune gentilhomme qui ravit tout le monde par sa modestie », écrit la Mère Marie de l'Incarnation. Il se dévoue à l'Église de la Nouvelle-France, « faisant voir par ses vertus, dit une Ursuline de Québec, le fruit qu'avait produit en lui l'éducation qu'il avait reçue de son saint oncle, M. de Bernières ». II meurt à Québec le 3 décembre 17002. »1209.

Les Annales en parlent ainsi :

42-(60) […] Monsieur de Bernières ne pouvant aller conduire à Québec Mme de la Peltrie, lui donna un autre lui-même pour lui servir d'ange visible, ce fut son neveu fils de M. Dacqueville, seul dans la famille qui se soit engagé dans les ordres sacrés ; déjà il était diacre quand son saint oncle conduisit la fondatrice des ursulines en la Nouvelle-France, et pour lui donner un aumônier de vaisseau dont il fut sûr, il inspira au jeune diacre de se faire prêtre pour se sacrifier à cette nouvelle mission. La chose ne fut pas difficile à lui persuader étant naturellement fort porté au bien, il reçut la proposition, et aussitôt la mit en effet. Une seule difficulté (61)-43 s'opposaient à son pieux dessein, Madame sa mère qui l'aimait extrêmement et qui était charmé d'avoir un fils consacré aux autels, se faisait une forte anticipée quand elle pensait à lui voir dire sa première messe, et à participer tous les jours à son sacrifice. C'était un grand embarras que de lui déclarer cette nouvelle vocation pour tirer son consentement. L'on crut qu'étant aussi vertueuse qu'elle l'était elle ne s'y opposerait pas absolument. Mais pour éviter les obstacles qui auraient pu apporter quelque retardement Monsieur de Bernières animé de l'esprit de Dieu se faisant fort du consentement le fit embarquer, et revint en apporter lui-même la nouvelle à Madame sa mère, guérissant à même temps par des saintes industries la plaie qu'il avait faite. C'est ce que j'ai cru rapporter plus d'une fois à Madame Dacqueville sa mère, qui eut la consolation après vingt ans d'absence de le revoir en ce pays, à la vérité pour peu de temps et seulement pour chercher les moyens de donner une partie 44-(62) de son bien au séminaire des missions de Québec, où il retourna incessamment pour y tenir jusqu'à sa mort la place de grand vicaire et de supérieur des ursulines et hospitalières de cette ville, où il finit sa sainte vie dans les travaux, et la rigueur d'un hiver qui fit mourir beaucoup de personnes en ce pays. Ce fut en 1701.

L'abbé Dudouyt

Jean Dudouyt, débarque à Québec au cours de l’été ou à l’automne de 1662 et nommé procureur du Séminaire en 1664.1210

« Nous sommes certains de l'affiliation de l'abbé Jean Dudouyt 1211, un des plus grands missionnaires du Canada. De taille moyenne, il a l'œil vif, la figure ascétique, le maintien grave et digne. Il aurait pu avoir des ambitions mondaines : il a tout quitté pour entrer à l'Ermitage 1212. La vie austère qu'on y mène l'attire, comme aussi l'intransigeance dans l'orthodoxie. Dangereusement malade, il voit s'approcher de son lit, pour lui donner le viatique, le curé d'une paroisse de Caen, véhémentement soupçonné de jansénisme. Dudouyt refuse absolument de communier de sa main : on est obligé d'aller chercher un autre prêtre. Tant de vigueur agrée au futur évêque de Québec ; Dudouyt finit par aller rejoindre Mgr de Laval dans son vicariat apostolique D'esprit pratique, ayant le sens administratif, Dudouyt devient le bras droit de son évêque. Il se distingue surtout dans une mission de confiance que lui a donnée Mgr de Laval : Dudouyt revient à Paris, chargé de traiter avec Colbert la grave question de l'eau-de-vie au Canada. L'évêque de Québec, qui ne voit que l'intérêt religieux, condamne la traite ; Colbert, qui ne cherche que l'intérêt fiscal, approuve les traitants.

Les lettres de Dudouyt à son évêque reflètent la pure doctrine de l'Ermitage. Il y a là beaucoup plus que la moyenne de l'esprit catholique 1213. Avec une entière liberté, Dudouyt ose, par exemple, lamer les procédés qu'emploie un frère de l'évêque, Henri de Laval, prieur de la Croix, notamment à propos d'un procès que ce frère soutient pour le prieuré de Tournay : « Cette affaire est assez douteuse Je ne sais quelle en sera l'issue. Il serait à souhaiter qu'il ne s'y fût pas engagé. Il vaudrait beaucoup mieux se disposer à bien mourir Cela n'édifie pas. » Même liberté dans les conseils un peu autoritaires que cet homme apostolique envoie à Mgr de Laval : « Je bénis Dieu, avec tous vos amis, de vous avoir conservé pour le bien de son Église, et le prie de vous donner des grâces et des années pour affermir ce que vous avez si heureusement établi. Votre âge et vos indispositions ne vous permettent pas de supporter de si grands travaux. Il faut les modérer, et prendre les soulagements nécessaires pour travailler plus longtemps au salut des âmes que Notre-Seigneur vous a confiées 1214. » Peu de prêtres écriraient sur ce ton à leur évêque, quand même ce ne serait pas un Montmorency-Laval. Il y a là comme un souvenir de la primitive Église ; ou peut-être encore est-ce un reste de l'amitié spirituelle qui les unissait à l'Ermitage ; d'avoir été tous deux les élèves de M. de Bernières entretenait entre eux une de ces amitiés de séminaire qui résistent aux différences de la hiérarchie. Puis Dudouyt a sa grandeur propre : c'est, dit-on au Canada, « l'un des plus grands ecclésiastiques que Mgr de Laval ait employés 1215. » Revenu à Paris, il s'y considère comme en exil, séparé qu'il est de son évêque, et de ce Séminaire de Québec qui est la reconstitution lointaine de l'Ermitage. En 1677 il supplie Mgr de Laval de le rappeler : « L'on pourra vous écrire qu'il serait à propos que je reste encore quelque temps en France; mais il n'y faut pas acquiescer Il ne serait pas d'édification que je restasse plus longtemps en France 1216. » Il y mourut pourtant; mais Mgr de Laval rapporta au Canada le cœur de son fidèle compagnon, de celui qui l'avait aidé à fonder l'Église de Québec ; pour ne pas être tout à fait séparé de son ami, l'évêque inhuma ce cœur dans sa cathédrale 1217. »

François de Laval (1623-1708)

Mgr de Laval sera présenté vendredi par dom Thierry Barbeau.

M. de Laval demeura quatre ans chez M. de Bernières , & y mena la vie la plus recueillie & la plus austère. L'oraison, l'étude, les conférences spirituelles n'y étaient interrompues que par les visites qu'il rendait assidûment aux malades de l'Hôtel-Dieu.

Troisième bras du « delta spirituel »

L’évêque fondera un Ermitage à Québec à l’image de celui qui l’a formé à Caen 1218.

Il donnera une dernière marque de l’estime et de la confiance qu’il portait envers François de Laval en lui demandant d’emmener avec lui l’un de ses neveux, Henri, le fils de son frère cadet, Pierre, le sieur d’Acqueville que nous venons de présenter.

On lira l’appréciation donnée de Laval par Marie de l’Incarnation, en 1659 :

C’est une consolation d’avoir un homme dont les qualités personnelles sont rares et extraordinaires. … Il ne sait ce que c’est que respect humain. Il est pour dire la vérité à tout le monde, et il la dit librement dans les rencontres. Il fallait ici un homme de cette force pour extirper la médisance…

Citons seulement un exemple de belle conformité à la grâce divine : Mgr de Saint-Vallier avait sur le Séminaire des vues différentes de son prédécesseur François et en entreprit la refonte. À l’automne 1689, le vieil évêque se confiait ainsi à l’abbé Milon, prêtre du Séminaire des Missions étrangères de Paris :

Vous jugerez bien, mon cher Monsieur, que s’il y a eu jamais une croix amère pour moi, c’est celle-ci, puisque c’est l’endroit où j’ai toujours dû être le plus sensible, je veux dire le renversement du Séminaire, que j’ai toujours considéré, comme en effet qu’il l’est, comme l’unique soutien de cette Église et tout le bien qui s’y fait. […] Mais au milieu de toutes ces agitations, nous ne devons pas nous abattre si les hommes ont du pouvoir pour détruire, la main de Notre-Seigneur est infiniment plus puissante pour édifier. Nous n’avons qu’à lui être fidèles et le laisser faire1219.





II. DIRECTIONS MYSTIQUES

Après avoir situé tour à tour les figures associées à l’Ermitage normand, nous voulons maintenant préciser ce qui les unit. La vie mystique ne se prêtant pas à une approche thématique voire une théorie des idées, nous préférons insister sur les liens établis entre deux mystiques. Plus précisément entre aînés et cadets comme enseignement qui se doit d’être adapté à chacun même s’il s’avère utile à d’autres.

Nous choisissons les quelques directions dont nous avons des traces écrites:

Bernières dirigé par Chrysostome et conseillé par trois figures féminines : Marie des Vallées, Marie de l’Incarnation, Charlotte le Sergent.

Mectilde dirigée par le même Chrysostome et conseillée par la même Charlotte.

François de Laval et Mectilde dirigés par Bernières devenu à son tour un « aîné ».

Nous avons déjà vu un canadien conseillé par Bertot.

Nous n’avons pas le temps de nous pencher sur Mectilde dirigeant de nombreuses bénédictines ou Bertot dirigeant Mme Guyon…

Le tableau des figures que nous avons présenté tout à tour en première intervention adoptait la forme d’un damier : cette présentation matricielle assurait verticalement un déroulement et regroupait horizontalement par affinités.

Il ne laissait pas voir les recouvrements qui permettent des influences entre figures par contacts répétés durant de nombreuses années. Aussi une présentation synchronique s’impose tout en rendant moins claires les filiations :

FIGURE : UN RÉSEAU D’AMIS (PRÉSENTATION SYNCHRONIQUE)

<< Benoît de Canfield (1562-1610) capucin

<< Antoine le Clerc (1563-1628) laïc



1590 Marie des Vallées, « sœur Marie »….……1656

1594 JEAN-CHRYSOSTOME fr.TOR 1646

1596 Jourdaine de Bernières = M. Ste Ursule ursuline…1670

1599 MARIE DE L’INCARNATION [du Canada] ursuline 1672

1601 Jean Eudes, Congrégation des Eudistes…… 1670

1602 JEAN DE BERNIÈRES, laïc…………1659

1604 Charlotte le Sergent, bénédictine………………….. 1677

Table

LES AMIS DES ERMITAGES DE CAEN & DE QUEBEC 3

PRÉSENTATION 13

I. FILIATION ET AMIS 19

LES DEBUTS : Origine franciscaine 19

La réforme française du Tiers-Ordre régulier. 20

Antoine le Clerc (1563-1628) 20

Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) 27

LES AMIS DE BERNIERES : « L’école du Cœur » 33

Jourdaine de Bernières (1596-1645), la fondation et l’histoire d’un couvent d’ursulines. 41

[La sainte famille Bernières] 41

[Notre très honorée fondatrice Jourdaine de B.] 42

[La peste et la retraite dans une maison des Bernières] 42

[La Mère Michelle Mangon] 43

[Maximes de Jourdaine] 44

[Jourdaine et Chrysostome] 44

[Jourdaine âgée élue pour la troisième fois] 45

Jean de Bernières (1601-1659) 47

Le Directeur spirituel 48

Une œuvre reconstituée et influente. 49

L’Ermitage 51

M. Rocquelay prêtre (-1669) 55

Jean Eudes (1601-1680), missionnaire. 55

Jean Aumont (1608-1689), pauvre villageois. 57

Gaston de Renty (1611-1649) 63

Mectilde-Catherine de Bar (1614-1698) 67

Approfondissement. 70

Une vie bien remplie. Influences. 71

DISCIPLES et FILIATION en FRANCE 75

Louis-François d’Argentan (1615-1680), capucin. 75

Jacques Bertot (1620-1671) 77

La filiation de Bertot à Madame Guyon (1647-1717) 77

Deuxième bras du « delta spirituel » 77

Henri-Martin Boudon (1624-1702) 78

Claude La Colombière (1641-1682) 79

MIGRATIONS CANADIENNES 81

Marie-Madeleine de la Peltrie (1603-1671) 81

[Mme de la Peltrie et Mr de Bernières, une entreprise secrète] 81

M. de Mésy (-1665) 82

Ango de Maizerets 83

M. de Bernières (-1701), neveu de Jean 84

L'abbé Dudouyt 85

François de Laval (1623-1708) 87

Troisième bras du « delta spirituel » 87

II. DIRECTIONS MYSTIQUES 91

FIGURE : UN RÉSEAU D’AMIS (PRÉSENTATION SYNCHRONIQUE) 93

Bernières 95

Dirigé par le P. Chrysostome 95

Les visites à Marie des Vallées (1590-1656) 101

Le soutien de Charlotte le Sergent (1604-1677). 101

L’influence de Marie de l’Incarnation (1599-1672) 102

Mectilde / Catherine de Bar 105

Dirigée par le P. Chrysostome 105

Lui succède Charlotte le Sergent. 116

Confessée par Epiphane Louys (1614-1682) 117

Dirigée par Bernières. 117

François de Laval 119

Dirigé par Bernières à l’Ermitage de Caen 119

Le lien est maintenu 120

III.  MEMBRES DU CERCLE NORMAND (Florilège) 125

Marie des Vallées 1590-1656 125

Influence directe par des conseils aux visiteurs. 125

La source toute intérieure 127

Les influences sur les générations suivantes 128

Le champ historique / sociologique 130

Le champ spirituel et mystique 131

Jourdaine de Bernières 1596-1670 (Annales des ursulines de Caen) 139

[La sainte famille Bernières] 139

[Notre très honorée fondatrice Jourdaine de Bernières] 139

[La peste et la retraite dans une maison des Bernières] 141

[Maximes de Jourdaine] 143

[Mme de la Peltrie et Mr de Bernières, une entreprise secrète] 144

[Lettre de Mme de la Peltrie] 145

[La Mère Michelle Mangon] 146

[Il ne faut pas oublier la maison reconnue l’Ermitage…] 147

[Le janséniste Charles du Four suivi de l’interdit] 148

[Jourdaine âgée élue pour la troisième fois] 149

[M. François Roquelay] 150

[Jourdaine et Chrysostome] 150

Jean de Bernières 1602-1659 153

La présence de Dieu se voit clairement dans un intérieur épuré. 153

Se laisser conduire à l’Esprit de Dieu 156

Autres dispositions d’une maladie, où le corps et l’âme sont en croix. 158

Le grand fruit que nous pouvons tirer des croix intérieures. 159

Des différentes sortes d’oraison mentale. 160

Qu’il faut être indifférent à telle oraison que Dieu voudra que nous fassions. 163

Qu’il est sur tout nécessaire de s’appliquer à l’oraison. 165

Des obstacles qui empêchent de faire oraison. 168

Des moyens qui facilitent l’exercice de l’oraison. 171

Qu’il ne se faut porter de soi-même qu’à une oraison ordinaire. 174

Comme on passe de l’oraison ordinaire à la contemplation. 176

De l’oraison de Foi 178

Des sacrées ténèbres de l’oraison 181

Des lumières de l’oraison 184

De l’oraison passive 187

De la pure et parfaite oraison 190

De la faim et du rassasiement de Dieu 193

De l’oraison infuse 196

De l’oraison de quiétude 199

De l’intime union d’amour de l’âme avec Dieu en l’oraison 203

Du silence intérieur où Dieu parle et est écouté. 207

De la contemplation très épurée 209

Des différentes caresses que Dieu fait à l’âme dans l’oraison 214

Jean Aumont (1608-1689), pauvre villageois. 219

L’ouverture intérieure du royaume de L’AGNEAU OCCIS dans nos cœurs : 220

Gaston de Renty 1611-1649 233

L.55 A Mademoiselle de la Chevalerie. 233

L. 61 au P. Saint-Jure du 13 novembre 1643 233

L.72 Vers le 11 décembre 1643 A la Mère Marie de la Trinité 234

L.102 Vers le 22 avril 1644 A la Mère Élisabeth de la Trinité 234

L.117 A la mère Elisabethe de la Trinité 24 juin 1644 235

L. 133 4 octobre 1644 A la Mère Thérèse de Jésus-Languet 236

L.174 Vers le 6 janvier 1645 A la Mère Thérèse de Jésus-Languet 237

L.176 Vers le 6 janvier 1645 A son Directeur le R. P. Saint-Jure S. J. 238

L.195 A son Directeur, le R. P. Saint-Jure, S. J. 238

L.197 Trois lettres à son Directeur, le R. P. Saint-Jure S. J. 239

L. 200 Extrait d’ « Un de ses papiers ». 239

L.252 Destinataire inconnu. 239

L.266 Ma tr. ch. Sr. 240

L.286. 2 juin 1646 [M. des V.] 240

L.295 Vers le août 1646 A l’un de ses amis au Collège de Bourgogne. [relation Eudes] 241

L.357 Septembre 1647 Au Père Jean Eudes. 242

L.369 Octobre 1647 Au Père Jean Eudes.+ note 243

L.299 3 août 1646 Au Président de Castille. 243

L. 302 Trois lettres à son Directeur le R. P. Saint-Jure S. J. 244

L.315 245

L.339 Début mai 1647 A son Directeur, le Révérend Père Saint-Jure S J. 246

L.350 27 juin 1647 A son Directeur le Révérend Père Saint-Jure S J. 247

L.379 A son Directeur le Révérend Père Saint-Jure S. J. 248

Mère Mectilde 1614-1698 249

Jacques Bertot 1620-1681 251

3.68B D’un Serviteur de Dieu […] lettre écrite de Canada. 251

3.69. Réponse à la lettre […] écrite de Canada. 252

3.69B. Du même serviteur de Dieu… 265

3.70. Réponse à la précédente. Dieu tout en l’âme. 265

Mgr de Laval 1623-1708 (Gosselin, Vie) 269

Sur Boudon 269

Sur l’Ermitage de Caen 270

Sur l’embarquement de Mgr de Laval et le neveu de Bernières 273

Jean Eudes 275

Seconde partie IV Du premier fondement de la vie et sainteté chrétienne 275

X La perfection du dégagement chrétien 275

XXII De l’excellence des vertus 276

Lectionnaire propre à la Congrégation de Jésus et Marie (Paris 1977) 277

Du Four le janséniste 279

[fin] 280

IV. MARIE DE L’INCARNATION 1599-1672 283

A. La Vie 283

I. « Une clé » mystique : 283

II.Relevés sur la Vie : 285

B. La Correspondance 291

Correspondance « spirituelle » 291

L.1 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, fin 1626 (?). 291

L.5 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, début 1627. 292



[……………] reprise infra sous le titre Marie de l’Incarnation





VI La traversée des deux premières Ursulines de Paris 519

XIV De Québec, la Mère Marie de S. Joseph au R.P. Claude Martin, 1646 (?). 522

XXIV De Québec, Madame de la Peltrie à Dom Claude Martin, 165 5 522

XXXVII. De Québec, la Mère Marguerite de S. Athanase à Dom Claude Martin, 8 août 1672. 523



V. LIENS (MI-Bernières) 527

MI cite Bernières 527

Dans la Vie par dom Claude Martin : 527

Dans notre choix de la Correspondance de MI 528

L.34 De Paris, à la Mère Françoise de S. Bernard, Supérieure des Ursulines de Tours, 26 février 1639. 528

L.43 De Québec, à une Dame de qualité, 3 septembre 1640. 528

L.66 De Québec, à Mademoiselle de Luynes, 29 septembre 1642. 529

L.143. De Québec, à son Fils, 9 septembre 1652. 532

L.183 De Québec, à son Fils, septembre-octobre 1659. [Laval] 533

L.185 De Québec, à son Fils, 17 septembre 166o. 535

L.192 De Québec à son Fils, 2 novembre 1660 535

L.269 De Québec, au P. Poncet, Jésuite, 25 octobre 1670. [de la Peltrie - le voyage] 535

Bernières cite le Canada 547

6 Août 1641 L 2,6 Je suis aussi content de demeurer ici comme d’aller en Canada. 547

10 Janvier 1641 L 1,2 Imitez le pauvre et humble Jésus. 548

16 octobre 1643 Pensée sur la pauvreté et l’anéantissement. 548

15 février 1644 LMB Saint Maur 549

5 novembre 1654 L 1,46 Mon fond, c’est la seule lumière de la Foi. 550

16 Janvier 1657 L 2,31 Les trois degrés pour monter au sommet de la montagne. 551

12 Décembre 1658 L 3,20 Un pauvre chétif homme qui tend à l’anéantissement est capable de tout. 551

VI. DOCUMENTS (Québec) 553

Mme de la Peltrie 553

Annales de l’Hôtel-Dieu 555

Catherine de Saint-Augustin 559

Prière indienne 561

fin 563

Marie de l’Incarnation 1599-1672





J’ouvre une entrée à cette grande figure « cachée » précédemment dans Les amis des ermitages de Caen et de Québec



(58) Amis Ermitages Caen Québec 1juillet15-revu17.docx



§§



On y trouve un relevé choisi mystiquement dans sa Correspondance



supra pages 291-526 soit le gros du volume. La table précédente est allégée et reportée infra.



Et voir le relevé des liens avec Bernières, infra



Et voir le relevé de Bernières citant le Canada, infra



Table partielle :

A. La Vie 283

I. « Une clé » mystique : 283

II.Relevés sur la Vie : 285

B. La Correspondance 291

Correspondance « spirituelle » 291

L.1 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, fin 1626 (?). 291

L.5 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, début 1627. 292

L.6 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, 27 juillet 1627. 292

L.9 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, 1634 (?) 293

L.17 De Tours, à Dom Raymond dc S. Bernard, Feuillant, 3 mai (?) 1635. 294

L.25 De Tours, à Dom Raymond de S. Bernard, Feuillant, 1633-1635 (?). 295

L.34 De Paris, à la Mère Françoise de S. Bernard, Supérieure des Ursulines de Tours, 26 février 1639. 295

L.49 De Québec, à son fils, 10 septembre 1640. 296

L.56 De Québec, à son Fils, 4 septembre 1641. 297

L.66 De Québec, à Mademoiselle de Luynes, 29 septembre 1642. 302

L.68 De Québec, à son Fils (1), 1er septembre 1643. 306

L.84 De Québec, à l’une de ses Sœurs /, 3 septembre 1644. 313

L.87 De Québec, à la Mère Françoise de S. Bernard, 315

Sous-Prieure du Monastère des Ursulines de Tours, 27 septembre 1644. 315

L.100 De Québec, à son Fils, 11 octobre 1646. 317

L.101 De Québec, à sa Nièce, la Mère Marie de l’Incarnation, Religieuse Ursuline de Tours, octobre 1646. 319

L.109 De Québec, à son Fils, été 1647. 324

L.116 De Québec, à la Mère Marie-Gillette Roland, Religieuse de la Visitation de Tours, io octobre 1648. 327

L.123 De Québec, à son Fils, 22 octobre 1649 329

L.132 De Québec, à un Père de la Compagnie de Jésus (1), 1er septembre 1651 [L’incendie] 340

L.135 De Québec, à son Fils, 13 septembre 1651. 343

136 De Québec, à son Fils, octobre-novembre 1651. 346

L.140 à la Communauté de Tours [sur Mère Marie de saint Joseph] 350

L.143. De Québec, à son Fils, 9 septembre 1652. 355

L.153 De Québec, à son Fils, 26 octobre 1653. 361

L.161 De Québec, à son Fils, 24 septembre 1654. 371

L.183 De Québec, à son Fils, septembre-octobre 1659. [Laval] 377

L.185 De Québec, à son Fils, 17 septembre 166o. 382

L.192 De Québec à son Fils, 2 novembre 1660 386

L.195 à son Fils, 16 septembre 1661. 389

L.201. De Québec, à son Fils, 10 août 1662. 393

L.216 De Québec, à son Fils, 29 juillet 1665. 395

L.222 De Québec, à son Fils, 22 septembre 1666. 402

L.242 à son Fils, 12 octobre 1668 404

L.243 De Québec, à son Fils, 16 octobre 1668. 406

L.247 De Québec, A son fils, 3o juillet 1669. 407

L.263 De Québec, au P. Poncet, Jésuite, 17 septembre 1670. 409

L.267. à son Fils, 25 septembre 1670 413

L.269 De Québec, au P. Poncet, Jésuite, 25 octobre 1670. [de la Peltrie - le voyage] 417

L.274 à son Fils, 8 octobre 1671 427

Correspondance « Indienne » 433

L.43 De Québec, à une Dame de qualité, 3 septembre 1640. 433

L.46 De Quebec, à la Mère Marie-Gillette Roland, Religieuse de la Visitation de Tours, 4 septembre 1640. 438

L.50 De Québec, à la Mère Ursule de Ste-Catherine, Supérieure des Ursulines de Tours, 13 septembre 1640. 439

L.53 De Québec, à la Mère Marie-Gillette Roland, Religieuse de la Visitation de Tours, 3o août 1641. 442

L.65 De Québec, à la Mère Ursule de Ste-Catherine, Supérieure des Ursulines de Tours, 29 septembre 1642. 443

L.80 De Québec, à son Fils, 26 août 1644. 453

L.97 De Québec, à son Fils, 29 août-10 septembre 1646. 460

109 De Québec, à son Fils, été 1647. 470

L.121 De Québec, à la Communauté des Ursulines de Tours, septembre 1649. 482

L.128 De Québec, à son Fils, 3o août 1650. 484

L.131 De Québec, à son Fils, 3o octobre 165o. 489

L.172 De Québec, à son Fils, 14 août 1656. 490

L.184. De Québec, à son Fils, 25 juin 166o. 492

L.196 De Québec, à son Fils, septembre 1661. 501

L.204 à son Fils [tremblement de terre] 505

Appendice 513

II De Québec, la Mère Cécile de Ste-Croix 513

à la Supérieure des Ursulines de Dieppe, 2 septembre 1639. 513

[la traversée et l’arrivée à Québec]. 513

VI La traversée des deux premières Ursulines de Paris 519

XIV De Québec, la Mère Marie de S. Joseph au R.P. Claude Martin, 1646 (?). 522

XXIV De Québec, Madame de la Peltrie à Dom Claude Martin, 165 5 522

XXXVII. De Québec, la Mère Marguerite de S. Athanase à Dom Claude Martin, 8 août 1672. 523


V. LIENS (MI-Bernières) 527

MI cite Bernières 527

Dans la Vie par dom Claude Martin : 527

Dans notre choix de la Correspondance de MI 528

L.34 De Paris, à la Mère Françoise de S. Bernard, Supérieure des Ursulines de Tours, 26 février 1639. 528

L.43 De Québec, à une Dame de qualité, 3 septembre 1640. 528

L.66 De Québec, à Mademoiselle de Luynes, 29 septembre 1642. 529

L.143. De Québec, à son Fils, 9 septembre 1652. 532

L.183 De Québec, à son Fils, septembre-octobre 1659. [Laval] 533

L.185 De Québec, à son Fils, 17 septembre 166o. 535

L.192 De Québec à son Fils, 2 novembre 1660 535

L.269 De Québec, au P. Poncet, Jésuite, 25 octobre 1670. [de la Peltrie - le voyage] 535

Bernières cite le Canada 547

6 Août 1641 L 2,6 Je suis aussi content de demeurer ici comme d’aller en Canada. 547

10 Janvier 1641 L 1,2 Imitez le pauvre et humble Jésus. 548

16 octobre 1643 Pensée sur la pauvreté et l’anéantissement. 548

15 février 1644 LMB Saint Maur 549

5 novembre 1654 L 1,46 Mon fond, c’est la seule lumière de la Foi. 550

16 Janvier 1657 L 2,31 Les trois degrés pour monter au sommet de la montagne. 551

12 Décembre 1658 L 3,20 Un pauvre chétif homme qui tend à l’anéantissement est capable de tout. 551

46.ARCHANGE ENGUERRAND DIRECTEUR FRANCISCAIN RECOLLET (1631-1699)

(59) Enguerrand total formaté 14 x 21,6.docx



Archange Enguerrand (1631-1699), Directeur franciscain récollet et « Bon religieux » auprès de Madame Guyon, Dossier assemblé par Dominique Tronc, lulu.com, coll. « Chemins mystiques », 2017, 196 p.



Étude et Lettres par A. Derville, S.J.

Présentation

Un Récollet intériorisé

Archange Enguerrand, né en 1631, entre chez les Récollets à seize ans et accomplit probablement son noviciat au couvent de Paris. Une lettre écrite à l’âge de vingt-cinq ans évoque sa première messe. Neuf ans plus tard, il part en Italie, passe à Rome, à Sienne, séjourne jusqu’en 1668 au mont Alverne, célèbre « désert » franciscain. Revenant en France, âgé de trente-sept ans, il rencontre à Montargis madame Guyon, âgée de vingt ans, mais qui avait déjà accompli une première recherche spirituelle ; il l’introduit à la vie intérieure :

De loin qu'il me vit, il demeura tout interdit, car il était fort exact à ne point voir de femmes, et une solitude de cinq années dont il sortait ne les lui avait pas rendues peu étrangères. Il fut donc fort surpris que je fusse la première qui se fut adressée à lui, ce que je lui dis augmenta sa surprise, ainsi qu'il me l'avoua depuis, m'assurant que mon extérieur et la manière de dire les choses l'avaient interdit, de sorte qu'il ne savait s'il rêvait. […] Il fut un grand temps sans me pouvoir parler. Je ne savais à quoi attribuer son silence. Je ne laissai pas de lui parler et de lui dire en peu de mots mes difficultés sur l’oraison. Il me répliqua aussitôt : « C'est, Madame, que vous cherchez au-dehors ce que vous avez au-dedans. Accoutumez-vous à chercher Dieu dans votre coeur et vous l'y trouverez.1220 » En achevant ces paroles, il me quitta disant qu’il allait chercher des écrits afin de me les donner. Il m’a dit depuis que c’était bien plutôt la surprise afin que je ne m’aperçusse pas de son interdiction1221 / Le lendemain matin, il fut bien autrement étonné lorsque je fus le voir et que je lui dis l'effet que ses paroles avaient fait dans mon âme ; car il est vrai qu'elles furent pour moi un coup de flèche qui percèrent mon cœur de part en part. Je sentis dans ce moment une plaie très profonde, autant délicieuse qu'amoureuse…1222.

Le « bon religieux fort intérieur de l'ordre de Saint François », qui restera probablement quelques mois au couvent de Récollets de cette ville, lui fera rencontrer la Mère Granger, supérieure du couvent des Ursulines qui la prendra en charge, puis lui fera connaître quelques années plus tard monsieur Bertot. Par la suite madame Guyon reverra Archange à Corbeil, en 1681 : il la préviendra - judicieusement au vu des événements qui suivront près de Genève - contre les Nouvelles Catholiques au moment où elle se rend à Gex. Enfin elle le demandera comme confesseur lors de son emprisonnement, en 1696 :

En cette extrémité, je demandai un confesseur pour mourir en chrétienne. L’on me demanda qui je souhaitais ; je nommai le P. Archange Enguerrant [sic], récollet d'un grand mérite, ou bien un jésuite. Non seulement on ne voulut m'en faire venir aucun, mais on me fit un crime de cette demande.1223.

Gardien du couvent de Saint-Denis (1670-1672), prédicateur assez réputé en 1677, provincial en 1683 de la province de Saint-Antoine (Artois, Hainaut et Flandre française), il est ensuite exilé dix ans à l’autre extrémité du royaume à Saint-Jean-de-Luz, à la suite d’une affaire ayant provoquée une intervention de la Cour. En 1694 il est chargé de la communauté des sœurs visitandines « de Saint Antoine » : « C’est à quoi je ne suis plus guère propre après dix ans d’exil ». Il meurt à Paris le 23 avril 1699.1224

Archange Enguerrand se rattache par l’intermédiaire de son maître Jean Aumont au réseau de « l’école du cœur1225 », issu de l’Ermitage fondé à Caen par monsieur de Bernières. Jean Aumont fut un temps tiercelin, et toujours disciple de Jean-Chrysostome de Saint-Lô, père spirituel de cette société d’amis. Il fut en relation avec Le Gall du Querdu et Mectilde, la « mère du Saint-Sacrement » estimée de madame Guyon, réformatrice bénédictine qui promeut l’adoration perpétuelle, sujet du premier ouvrage imprimé d’Archange 1226. Ce réseau informel est une école cordiale en ce sens qu’elle veut aller directement au cœur, sans aucune spéculation, mais par tous les moyens, dont ceux d’une symbolique affective : les gravures de l’Agneau occis du « simple vigneron » en sont l’illustration. « Le cœur purifié et vidé de l’amour propre est dans son fond le lieu de l’union à Dieu 1227. »

Selon les bons connaisseurs du XVIIe siècle E. Longpré et A. Rayez 1228, Enguerrand est l’une des deux personnalités marquantes des Récollets 1229 et « ses inédits le classent parmi les grands spirituels du siècle ». Je renvoie pour les sources textuelles1230 à leur description par André Derville qui édite aussi, outre un échange avec Jean Aumont1231, à l’époque le « pauvre villageois de Montmorency », des lettres à des religieuses datant de la jeunesse d’Archange. L’ensemble donne un aperçu précis sur la vie d’un Récollet à la fin du siècle en France et en Italie, et témoigne également d’expériences d’amour du début de la vie mystique 1232. Cette étude intitulée « un Récollet français méconnu » suit ma brève introduction.

Une direction dans l’esprit de la fin du siècle

Je m’attache à une série suivie de lettres de direction datant de la maturité avancée. La seconde série de direction de la sœur Marguerite-Angélique, qui vivait très probablement au couvent de Saint-Denis, comporte soixante-dix lettres datées1233.

On est devant ce qui se fait de mieux dans l’esprit austère de la spiritualité du martyre intérieur, lieu commun de la fin du grand siècle français1234. On perd de vue la joie franciscaine parce qu’il s’adresse à une dirigée religieuse avancée dans la voie mystique – ou du moins le suppose-t-il.

Toutefois sa direction s’avère moins « janséniste 1235 » que d’autres de la même époque, sans parler du dessèchement spirituel propre au siècle suivant. La ressemblance avec les lettres de Nicolas Barré de la même époque est frappante – avec toutefois, à l’avantage d’Enguerrand, une moins grande crispation : parce que ce dernier fait appel chez sa dirigée à l’abandon « quiétiste » ? En tout cas commun à tous les membres de « l’école du cœur ». Cette dernière est d’ailleurs scrupuleuse ce qui explique en partie l’attitude du directeur.

Je ne dispose pas du temps nécessaire à consacrer à l’Archange de l’« école du cœur » pour compléter le présent dossier. Il est déjà fort solide grâce à A. Derville. Il faudra un jour tenir compte de manuscrits importants répertoriés dans son étude1236. Cette unique approche profonde d’Enguerrand est difficilement accessible, elle est donc reprise intégralement à la suite de ma brève introduction.

Ce dossier Archange Enguerrand s’inscrit dans un ensemble de sources qui éclairent les compagnes et les compagnons importants de Madame Guyon. Ses volumes sont pour l’instant édités à l’unité à faible coût en ligne (parfois hors commerce, tant que la prise en compte de droits d’éditions récentes ne sont pas résolue ; ce qui est le cas pour les correspondances du Fénelon mystique).

Cette série de sources par figures couvre, outre Fénelon, la « petite duchesse » de Mortemart, des Écossais (réédition du travail érudit d’Henderson), le confesseur Lacombe (intégrale de ses oeuvres), Saint-Simon (extraits des Mémoires relatifs aux membres quiétistes), des disciples « cis » et « trans » au siècle des Lumières, etc. Je construis ainsi le « premier cercle » des proches qui témoignent du rôle mystique assuré par madame Guyon. Ce travail servira aux études à venir par d’autres.

Maintenant, place au travail demeuré caché d’André Derville. Il fait revivre le compagnon éveilleur de Madame Guyon  à un moment crucial de sa vie mystique.

Le « Bon religieux » auprès de Mme Guyon

[Madame Guyon]

Je reprend mon édition de la Vie par elle-même1237, première partie, chapitre huitième :

[…]

1.8 RENCONTRE ET EVEIL INTERIEUR1238

[…]

[5.] Je parlais souvent à mon confesseur de la peine que j'avais de ne pouvoir méditer ni me rien imaginer. Les sujets d’oraison trop étendus m'étaient inutiles et je n'y comprenais rien : ceux qui étaient fort courts et pleins d'onction m'accommodaient mieux. Ce bon père ne me comprenait pas et je croyais que c’était que je ne pouvais me faire entendre. Enfin Dieu permit qu'un bon religieux fort intérieur de l'ordre de Saint François1239 passa où nous étions. Il voulait aller par un autre endroit, tant pour abréger le chemin qu'afin de se servir de la commodité de l'eau qui lui aurait exempté la peine d’aller à pied, mais une force secrète lui fît changer de dessein, et l'obligea de passer par le lieu de ma demeure. Il vit bien d'abord qu'il y avait là quelque chose à faire pour lui. Il se figura que vous l’appeliez là, ô mon Dieu, pour la conversion d'un homme de considération à laquelle il avait déjà travaillé autrefois dans le séjour qu’il avait fait dans cet endroit; il se résolut de l’attaquer sans relâche mais ses efforts furent aussi inutiles que la première fois : c'était la conquête de mon âme que vous vouliez faire par lui. O mon Dieu, il semble que vous oubliiez tout le reste pour ne penser qu'à ce coeur ingrat et infidèle. Sitôt que ce bon religieux fut arrivé au pays, il alla voir mon père qui en eut un contentement extrême, car mon père étant autant à vous qu’il était, se faisait un très grand plaisir de voir des personnes qui vous aimaient purement, ô mon Dieu ! Mon père m’aimait d’une extrême tendresse et la mort de ma mère avait même augmenté son affection pour moi parce que je fus engagée par là à lui rendre certains devoirs que je ne lui eusse pas rendu si ma mère eût été vivante.

[…]

Mon père, ainsi que je l’ai dit, m’aimait fort et m’aimait uniquement. Il crut ne m'en pouvoir donner une marque plus solide qu'en me procurant la connaissance de ce bon religieux. Il me dit ce qu'il connaissait de ce saint homme et qu'il voulait que je le visse. J'en fis d'abord bien de la difficulté parce que je n'allais jamais voir de religieux. Je croyais devoir en user de la sorte afin d'observer les règles de la plus rigoureuse sagesse. Cependant les instances de mon père me tinrent lieu d'un commandement absolu. Je crus que je ne pouvais me mal trouver d'une chose que je ne faisais que pour lui obéir.

[6.] Je pris avec moi une de mes parentes, et j'y allai. De loin qu'il me vit, il demeura tout interdit car il était fort exact à ne point voir de femmes, et une solitude de cinq années dont il sortait1240 ne les lui avait pas rendues peu étrangères. Il fut donc fort surpris que je fusse la première qui se fut adressée à lui, ce que je lui dis augmenta sa surprise, ainsi qu'il me l'avoua depuis, m'assurant que mon extérieur et la manière de dire les choses l'avaient interdit, de sorte qu'il ne savait s'il rêvait. Il n'avança qu'à peine, et je crois que s’il n’eût appréhendé d’offenser la maison de qui ces religieux tiraient presque toute leur subsistance, outre que leur maison avait été établie par la famille, sans cette appréhension dis-je, il ne serait point venu. Il fut un grand temps sans me pouvoir parler. Je ne savais à quoi attribuer son silence. Je ne laissai pas de lui parler et de lui dire en peu de mots mes difficultés sur l’oraison. Il me répliqua aussitôt : C'est, Madame, que vous cherchez au-dehors ce que vous avez au-dedans. Accoutumez-vous à chercher Dieu dans votre coeur et vous l'y trouverez. En achevant ces paroles, il me quitta disant qu’il allait chercher des écrits afin de me les donner. Il m’a dit depuis que c’était bien plutôt la surprise afin que je ne m’aperçusse pas de son interdiction1241.

[7.] Le lendemain matin, il fut bien autrement étonné lorsque je fus le voir et que je lui dis l'effet que ses paroles avaient fait dans mon âme ; car il est vrai qu'elles furent pour moi un coup de flèche qui percèrent mon cœur de part en part. Je sentis dans ce moment une plaie très profonde, autant délicieuse qu'amoureuse; plaie si douce, que je désirais n'en guérir jamais. Ces paroles mirent dans mon cœur ce que je cherchais depuis tant d'années ou plutôt elles me firent découvrir ce qui y était et dont je ne jouissais pas faute de le connaître. O mon Seigneur, vous étiez dans mon cœur et vous ne demandiez de moi qu'un simple retour au-dedans pour me faire sentir votre présence. O bonté infinie, vous étiez si proche, et j'allais courant çà et là pour vous chercher, et je ne vous trouvais pas. Ma vie était misérable et mon bonheur était au-dedans de moi, j'étais dans la pauvreté au milieu des richesses et je mourais de faim près d'une table préparée et d'un festin continuel. O beauté ancienne et nouvelle, pourquoi vous ai-je connue si tard. Hélas ! je vous cherchais où vous n'étiez pas et je ne vous cherchais pas où vous étiez. C'était faute d'entendre ces paroles de votre Evangile, lorsque parlant de votre royaume sur la terre vous dites : Le Royaume de Dieu n'est point ici ou là, mais le Royaume de Dieu est au-dedans de vous1242. Je l'éprouvai bien d'abord car dès lors vous fûtes mon roi, et mon coeur devint votre royaume, où vous commandiez en souverain et où vous faisiez toutes vos volontés. Car ce que vous faites dans une âme lorsque vous y venez comme roi, est le même que vous fîtes venant au monde pour être roi des Juifs. Il est écrit de moi, dit ce divin roi, à la tête du livre, que je ferai votre volonté1243. C'est ce qu'il écrit d'abord à l'entrée du coeur où il vient régner.

[8.] Je dis à ce bon père, que je ne savais pas ce qu'il m'avait fait, que mon coeur était tout changé, que Dieu y était, et que je n'avais plus de peine à le trouver; car dès ce moment il me fut donné une expérience de sa présence dans mon fond, non par pensée ou par application d'esprit, mais comme une chose que l'on possède réellement d'une manière très suave. J'éprouvais ces paroles de l'Epouse des Cantiques : Votre nom est comme une huile répandue; c'est pourquoi les jeunes filles vous ont aimé1244: car je sentais dans mon âme une onction qui, comme un baume salutaire, guérit en un moment toutes mes plaies, et qui se répandait même si fort sur mes sens, que je ne pouvais presque ouvrir la bouche ni les yeux. Je ne dormis point de toute cette nuit parce que votre amour, ô mon Dieu, était non seulement pour moi comme une huile délicieuse, mais encore comme un feu dévorant qui allumait dans mon âme un tel incendie qu'il semblait devoir tout dévorer en un instant. Je fus tout à coup si changée que je n'étais plus reconnaissable ni à moi-même ni aux autres, je ne trouvais plus ni ces défauts ni ces répugnances : tout me paraissait consumé comme une paille dans un grand feu.

[9.] Ce bon père ne pouvait cependant se résoudre de se charger de ma conduite quoiqu'il eût vu un changement si surprenant de la droite de Dieu. Plusieurs raisons le portaient à s'en défendre. La première était mon extérieur, qui lui donnait beaucoup d'appréhension. La seconde était ma grande jeunesse, car je n'avais que dix-neuf ans, et la troisième une promesse qu'il avait faite à Dieu par défiance de lui-même, de ne se charger jamais de la conduite d'aucune personne du sexe à moins que Notre-Seigneur ne l'en chargeât par une providence particulière. Il me dit donc, sur les instances que je lui fis afin qu'il me prît sous sa conduite, de prier Dieu pour cela, qu'il le ferait de son côté. Comme il était en oraison, il lui fut dit : Ne crains point de te charger d'elle, c'est mon Epouse. O mon Dieu, permettez-moi de vous dire que vous n'y pensiez pas. Quoi ! votre épouse, ce monstre effroyable d'ordure et d'iniquité qui n'avait fait que vous offenser, abuser de vos grâces et payer vos bontés d'ingratitude ? Ce bon père me dit après cela, qu'il voulait bien me conduire.

[10.] Rien ne m'était plus facile alors que de faire oraison : les heures ne me duraient que des moments et je ne pouvais ne la point faire : l'amour ne me laissait pas un moment de repos. Je lui disais : “O mon Amour, c'est assez, laissez moi!” Mon oraison fut dès le moment dont j'ai parlé vide de toutes formes, espèces et images; rien ne se passait de mon oraison dans la tête, mais c'était une oraison de jouissance et de possession dans la volonté, où le goût de Dieu était si grand, si pur et si simple, qu'il attirait et absorbait les deux autres puissances de l'âme dans un profond recueillement, sans acte ni discours. J'avais cependant quelquefois la liberté de dire quelques mots d'amour à mon Bien-Aimé; mais ensuite tout me fut ôté. C'était une oraison de foi savoureuse qui excluait toute distinction, car je n'avais aucune vue ni de Jésus-Christ, ni des attributs divins : tout était absorbé dans une foi savoureuse, où toutes distinctions se perdaient pour donner lieu à l'amour d'aimer avec plus d'étendue, sans motifs, ni raisons d'aimer. Cette souveraine des puissances, la volonté, engloutissait les deux autres puissances, et leur ôtait tout objet distinct pour les mieux unir en elle, afin que le distinct, en ne les arrêtant pas, ne leur ôtât pas la force unitive, et ne les empêchât pas de se perdre dans l'amour. Ce n'est pas qu'elles ne subsistassent dans leurs opérations inconnues et passives, mais c'est que la lumière générale pareille à celle du Soleil, absorbe toutes lumières distinctes, et les met en obscurité à notre égard, parce que l'excès de sa lumière les surpasse toutes.

[fin du chapitre].



« Un récollet français méconnu »

[A. Derville]


ANDRÉ DERVILLE, S.J., UN RÉCOLLET FRANÇAIS MÉCONNU: ARCHANGE ENGUERRAND

Extractum ex Periodico Archivum Franciscanum Historicum An. 90 (1997)

Grottaferrata (Roma), 1997

UN RÉCOLLET FRANÇAIS MÉCONNU : ARCHANGE ENGUERRAND

Cet article voudrait attirer l'attention sur la vie et l'oeuvre d'Archange Enguerrand, récollet de la province de Saint-Denis (Paris) dans la seconde moitié du 17e siècle. Jusqu'à présent il n'a été aperçu qu'à travers le «bon religieux» dont Madame Guyon parle, sans le nommer, avec éloge et reconnaissance dans son Autobiographie /1 1245: c'est lui qui l'introduisit à la vie spirituelle intérieure. De leur côté, les bibliographes connaissent de lui deux petits ouvrages devenus rares. Surtout, le premier, le P. Éphrem Longpré a révélé l'existence de quatre manuscrits de notre récollet (Dictionnaire de spiritualité, t. 5, col. 1640); ils sont conservés à la Bibliothèque Mazarine de Paris et à celle des Jésuites, aux Fontaines (Chantilly). Nous en avons repéré deux autres, d'intérêt mineur.

Commençons par présenter l'oeuvre écrite aujourd'hui connue, car c'est essentiellement d'elle que nous pouvons préciser les événements et les étapes de la vie d'Enguerrand. En effet, l'historiographie imprimée des Récollets français au 17e siècle est peu prolixe à son sujet. L'ouvrage principal ici est celui d'Hyacinthe Le Febvre /2: il le nomme dans diverses listes, mais, publié en 1677, il ne dit rien des quelque vingt dernières années d'Enguerrand mort en 1699. La présentation de l'oeuvre donnera en même temps une idée des genres abordés par la plume d'Enguerrand.

Ensuite nous rassemblerons les éléments biographiques en une esquisse de la vie et nous donnerons quelque idée de la doctrine spirituelle.



/1 L'identification de ce «bon religieux» comme étant Enguerrand est faite par FRANÇOIS HÉBERT (1651-1728), Mémoires d'un curé de Versailles, publiés par G. Girard, Paris 1927, 213.

/2 H. LE FEBVRE, Histoire chronologique de la province des Récollets de Paris, Paris, D. Thierry, 1677.

178 1246

Enfin nous présenterons et éditerons quelques textes spirituels, non pas très développés, ce qui demanderait plus d'espace que n'en peut offrir un article de revue, mais des textes révélateurs de sa manière, de son style et de son aventure spirituelle /3.

I. L'oeuvre publiée

Enguerrand a publié deux ouvrages que nous présentons rapidement /4. Le premier est de type spirituel: Instruction pour les personnes qui se sont unies à l'esprit et au dessein de dévotion de l'adoration perpétuelle du Saint Sacrement établie dans la Congrégation des religieuses bénédictines (Paris, J. Henault, 1673, in-4°, pièces préliminaires, 181 p.). Les éditions suivantes (Paris, J. Villery, 1677, à laquelle nous nous référons; Paris, J. Guilletot, 1700 et 1702) portent un titre différent: L'adoration perpétuelle du T Saint-Sacrement, qui est de faire réparation d'honneur et Amende honorable à Jésus-Christ sur les autels La 4e édition est «augmentée d'une pratique de piété pour honorer et adorer le S. Sacrement de l'autel, avec des élévations vers Jésus Christ caché dans l'Eucharistie».

L'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement fut établie dans les années 1650 par Mechtilde du Saint-Sacrement, fondatrice de la congrégation bénédictine du même nom (voir Dictionnaire de spiritualité, t. 10, col. 885-888). Dans sa vie et ses oeuvres nous n'avons pas trouvé mention d'Enguerrand. L'aspect réparateur de la dévotion est présent dès la fondation /5. L'ouvrage est destiné aux «personnes associées à l'Institut des Bénédictines» (Approbation de l'évêque de Pétrée, François de Montmorency-Laval, premier évêque du Canada), et non aux religieuses elles-mêmes.

Après de nombreuses pièces préliminaires, le eoips de l'ouvrage s'organise autour de trois thèmes: les raisons de la dévotion, ses devoirs et son «esprit» (ch. 10-13); Enguerrand développe ici une mystique



/3 On trouve plusieurs graphies du nom: Enguerrand, que nous adoptons, Enguerrant, Anguerrand, etc.- Ne pas le confondre avec le tertiaire régulier de saint François Archange de Saint-Gabriel ou de Rouen, 1637-1700, qui a publié plusieurs ouvrages souvent attribués à notre récollet. Voir Dictionnaire de biographie française, t.3, Paris 1939, col. 375s.

/4 Ces ouvrages et leurs rééditions sont conservés à la Bibliothèque Nationale de Paris, Catalogue général des livres imprimés…, t. 47, col. 580s.

/5 Dictionnaire de spiritualité, t. 13, col. 388s.



eucharistique à peine voilée, parlant de «vie eucharistique» beaucoup plus que de réparation proprement dite.

Le second ouvrage du récollet est une oraison funèbre de la reine de France, Marie-Thérèse d'Autriche, «prononcée dans l'Église cathédrale d'Arras, le 17 août 1683, par le R.P. Archange Enguerrant, provincial des Récollets de la Province de S. Antoine» (Arras, J. Lohen, 1683, in-4°, 42 p. Rééd. Paris, S. Couterot et L. Guérin, 1684). Nous apprenons ici qu'Enguerrand était provincial de la nouvelle province des Récollets, formée des couvents situés sur les provinces d'Artois, du Hainaut et de Flandre réunies à la France depuis le début du siècle.

II. L'œuvre manuscrite

1. Bibliothèque Mazarine (Paris), ms. 1213 (2262). - 321 p., 18/13 cm, 17e s. Provenance incertaine. Titre général: Lettres de la S.A.C.D.H.R.D.L.V.

Il s'agit de la soeur Anne-Cécile Duhamel1247, originaire de Rouen, née vers 1644, entrée à la Visitation de Saint-Denis vers 1660, décédée en ce couvent le 6 septembre 1677. Sa notice nécrologique est conservée aux Archives de la Visitation, à Annecy. Enguerrand a dû la connaître et commencer à la diriger lorsqu'il était prieur des Récollets du couvent de Saint-Denis (1670-1672). Les lettres publiées dans le ms commencent en 1673, quand Enguerrand quitte Saint-Denis; elle s'achève «à la fin de l'année 1674».

Le titre secondaire du ms. s'énonce ainsi: «Recueil des lettres spirituelles et des écrits mystiques de la soeur Cécile de la Visitation et par elle adressées au père Archange Enguerrand, récollet, auxquelles ce père a ajouté quelques éclaircissements après la mort de la dite soeur» (1677). Le ms. se présente comme un ouvrage composé prêt à la publication.

Contenu: 1) Avant-propos sur la vie d'Anne-Cécile et sur ses écrits; elle est retirée de la direction d'Enguerrand (en 1674 ou 1675); ce que confirme la notice nécrologique.

2) «Lettres de la S.A.C écrites depuis 1673, au commencement de la 3e année de ses peines, jusqu'à la fin de 1674»: 12 lettres (p. 31-78).

3) «Avertissement sur les écrits suivants» (p. 79-83) et ces écrits (p. 83-179).

4) «Écrits de la S.A.C. depuis le changement de son état» (p. 180-190).

180

5) «Eclarcissement sur les écrits précédents», par Enguerrand: il s'agit d'un traité de théologie mystique où l'auteur fonde et défend sa spiritualité du «martyre intérieur» (p. 191-321).

Les numéros 1, 3 et 5 sont de la main d'Enguerrand.

2. Mazarine, ms. 1224 (2298). - 18 + 459 p., 19/13 cm, 17e s. Provenance incertaine. Titre général: Lettres spirituelles du père Archange Enguerand, récollet.

Contient: 1) 70 lettres d'Enguerrand, depuis 1665 jusqu'à 1692, sans ordre et adressées à différents destinataires. Beaucoup semblent des extraits délaissant tout ce qui n'est pas spirituel, en particulier les commencements et les fins. Certaines se retrouvent dans le ms. Les Fontaines S.J., 8° 214. On y trouve beaucoup de renseignements sur la vie d'Enguerrand.

2) 87 lettres d'un ecclésiastique anonyme, p. 225-401.

3) 29 lettres d'Enguerrand à une dame inconnue, p. 401-459.

3. Les Fontaines S.J., ms. 80 214. - 548 p., 18/12 cm, fin 17e s. Provenance inconnue. Pas de titre général. Une main a écrit sur le revers de la couverture: «Manuscrits du R.P. Arcange Enguerrant».

Contenu: 1) «Dix méditations sur Jésus Christ pour les Exercices», 1681, p. 1-88. - 2) «Exercice intérieur conduisant l'Âme à Dieu dans son coeur par Jésus Christ», p. 91-136; ce texte est postérieur au livre sur l'adoration perpétuelle auquel il fait allusion, p. 103. - 3) «Traité de la Tyrannie de l'amour propre», 1681, p. 137-205.

4) «Traicté des scrupules», 1681, p. 207-229. - 5) 5 lettres spirituelles, dont celle écrite au Mont Alverne, 26 juillet 1665, est importante, p. 231-279. - 6) «Discours» commentant un texte de saint Bernard, p. 279-314. - 7) «Résolution sur quelques doutes touchant les pratiques intérieures», 1656, p. 315-360.

8) Lettres à différents destinataires, p. 360-403. - 9) Lettre à une «Altesse» alors à Trie-Château (peut-être la duchesse de Longueville), p. 403-420. - 10) «Lettre d'un jeune religieux à un pauvre villageois de Montmorency» avec sa réponse, p. 420-456; le jeune religieux est Enguerrand; le villageois, Jean Aumont.

11 ) P. 457-463: blanches. - 12) Douze lettres spirituelles à une religieuse, p. 464-493; celle des p. 484-488 est écrite de Rome, Enguerrand étant en route pour le Mont Alverne, en 1665. - 13) P. 494-511: blanches. - 14) «Exortation faite à la vesture d'une novice», p. 512-548.



Les lettres commençant aux p. 231 et 233 sont identiques à celles des p. 476 et 478. Les deux séries de lettres, p. 231-279 et 464-493, sont probablement adressées à la même religieuse, car il y a grande unité de ton et des directives spirituelles.

Les numéros 2, 3 et 4 sont aussi contenus dans le ms. Les Fontaines S.J., ms. 8° 618, intitulé Trois Traictéz, 90 f., 17e s.

4. Les Fontaines S.J., ms. 4° 259 - Ce ms. comprend trois parties à pagination discontinue. Les deux premières concernent le mystique carme Jean de Saint-Samson. Puis viennent les «Lettres spirituelles du R.P. Archange, récollet, à la soeur Marguerite-Angélique, R.se de la Visitation», transcrites par deux écritures différentes. Ces lettres couvrent 167 p., 23/16 cm. La 5e lettre est datée de 1679; la 70e et dernière est du 27 novembre 1695.

Aucune réponse de Marguerite-Angélique n'y figure. L'archiviste de la Visitation (Annecy) ne connaît pas de religieuse portant ce prénom. Nous pensons qu'elle appartenait au couvent de Saint-Denis, comme Anne-Cécile Duhamel (cf. supra, n° 3), car Enguerrand évoque son expérience spirituelle (lettre du 27 septembre 1679, p. 14a), ce qui prouve que Marguerite-Angélique la connaissait directement.

Cette correspondance qui s'étale sur seize années répète inlassablement les conseils d'une spiritualité toute intérieure et qui n'est pas loin de celle du «martyre intérieur» que dispensait Enguerrand à Anne-Cécile. Il ne semble pas que Marguerite-Angélique y ait trouvé beaucoup de lumières et de consolations.

5. Vitry-le-François, Bibliothèque municipale, ms. 104, 14 fol.: Conférence spirituelle sur l'évangile de la Samaritaine par le P Arch. Enguerrand. À comparer avec Paris, Bibl. de l'Arsenal, ms. 2120, dont la 4e texte anonyme est une «Conférence spirituelle faite sur l'Évangile de la Samaritaine». Ce ms. pourrait conserver d'autres textes d'Enguerrand.

III. Repères biographiques

Le seul ouvrage, à notre connaissance, qui parle d'Enguerrand est celui d'H. Le Febvre. Les bibliographes L.E. Dupin et Joannes a S. Antonio le mentionnent en lui attribuant des livres qui appartiennent en réalité à Archange de Rouen. La rapide évocation d'Éphrem Longpré dans le Dictionnaire de spiritualité est reprise dans le

182

Dictionnaire de biographie française /6. Les précisions que nous apportons proviennent de la lecture des manuscrits, que nous citerons: Mazarine 1 et 2, Les Fontaines 1 et 2, selon l'ordre dans lequel nous venons de les présenter.

Le nécrologe de la province de Saint-Denis (Paris, B.N., ms. fr. 13875. f. 5a) écrit: «P. Archange Anguerrand, mort à Paris le 23 avril 1699, âgé de 68 ans et en religion 52». Notre récollet est donc né en 1631; ce qui est confirmé par ce qu'il écrit en 1692, se disant «plus que sexagénaire» (Mazarine 1, lettre 67). Nous ne savons rien de sa famille, de son lieu de naissance, de ses premières études.

Il entre chez les Récollets de la province de Saint-Denis en 1647, à seize ans, et fait probablement son noviciat au couvent de Paris. On ne sait où il fit ses études cléricales, les Récollets ayant alors plusieurs maisons où s'enseignaient la philosophie et la théologie. Son ordination sacerdotale doit dater de 1656 ou 1657: une lettre de 1656 évoque sa première messe (Les Fontaines 1, p. 359).

En 1665, Enguerrand part pour l'Italie, passe à Rome, à Sienne et gagne le Mont Alverne où il séjourne «en solitude» jusqu'en 1668. Cette même année, revenant en France, il passe par Montargis, où existait un couvent de Récollets, et y rencontre plusieurs fois Madame Guyon; elle a alors vingt ans. Il lui ouvre les voies intérieures de la vie spirituelle. Combien de temps resta-t-il à Montargis? Probablement plusieurs mois /7. Madame Guyon reverra notre récollet à Corbeil en 1681 et le demandera en vain comme confesseur quand elle sera emprisonnée à Vincennes (1695 ou 1696) /8.

1670-1672: Enguerrand est gardien du couvent de Saint-Denis /9.

En 1677 il a déjà une certaine réputation de prédicateur à Paris, puisque Le Febvre lui attribue un Avent, six carêmes et trois octaves prêchés dans diverses paroisses parisiennes /10.

À partir de 1672 jusqu'au début des années 80, on ignore où réside



/6 LE FEBVRE, Histoire, 72, 109, 113.- L.E. Dupin, Table universelle des auteurs ecclésiastiques, Table alphabétique, t.3, Paris, A. Pralard, 1704, col. 281.- JOHANNES A S.ANTONiO, Bibliotheca Universa Franciscana, 1, Matriti 1732, 137.- Dictionnaire de spiritualité, t. 5, col. 1639; t. 6, col. 1308; t. 13, col. 388s.- Dictionnaire de biographie française, t. 12, 1970, col. 1304.

/7 La Vie de Madame J.M.E. de la Mothe-Guyon, nouvelle édition, t.1, Paris 1790, première partie, ch. 8-13.- M.L. GONDAL, L'acte mystique. Témoignage spirituel de Mme Guyon, thèse, Faculté de théologie de Lyon, 1985, 50-2, 61, 69, 205.

/8 La Vie de Mme Guyon, t. 2, ch.1, n. 6.- Relation de Mme Guyon, Les Fontaines S.J., ms., AR 2/48, p. 16.

/9 LE FEBVRE, Histoire, 72.

/10 Ibid., 109.



Enguerrand. Ses correspondances spirituelles avec les visitandines de Saint-Denis Anne-Cécile et Marguerite-Angélique laissent penser qu'il n'est plus à Saint-Denis, mais probablement à Paris ou dans un couvent proche de la capitale. En 1681 il revoit Mme Guyon à Corbeil.

En 1683, il apparaît dans l'édition de son oraison funèbre de Marie-Thérèse, reine de France, comme étant provincial de la province de Saint-Antoine (Artois, Hainaut et Flandre française). Le ms. Les Fontaines 2, p. 90, comporte une lettre datée d'Arras, août 1683.

Puis viennent dix années d'exil dans le couvent de Saint-Jean-de-Luz. La «Lettre du R.P. A. Angerand à celui qui lui avait procuré son exil», datée de ce même couvent le 15 avril 1692, est fort utile. Elle évoque une grave affaire ayant troublé la province de Saint Antoine et une intervention de la Cour, mais ne précise pas de quoi il s'agit précisément. Enguerrand est démis de sa charge et exilé à l'autre bout de la France. Quand il écrit cette lettre, il se dit exilé depuis huit ans, donc depuis 1684. Une autre lettre, écrite à Toulouse le 28 juillet 1684, dit qu'il «part en exil au désert», «à deux cents lieues de vous ». La première lettre est dans le ms. Mazarine 2, p. 212-222; la seconde dans le ms. Les Fontaines 2, p. 94 -97.

Les dernières années: en 1694, Enguerrand écrit: “Vous savez peut-être aussi que l'on m'a chargé du fardeau de cette nombreuse communauté (celle des «Soeurs de Saint-Antoine.). C'est à quoi je ne suis plus guère propre après dix ans d'exil. Enfin, il y a trois jours que nos grandes affaires de dix ans ont été jugées en dernier ressort. Cela est fini pour toujours». Les Soeurs de Saint-Antoine sont des visitandines. La lettre ne porte pas de date, mais, si l'exil il duré dix ans et qu'il a commencé en 1684, elle est datable de 1694.

En 1695 s'arrêtent les lettres d'Enguerrand à soeur Marguerite Angélique.

Selon le nécrologe, Enguerrand meurt à Paris le 23 avril 1699.

IV. Orientation spirituelle

On peut, sans crainte de se tromper, inscrire les débuts de la vie spirituelle d'Enguerrand dans le cadre de ce qu'Henri Bremond a appelé «l'école du coeur» /11. Jean Aumont, le villageois de Montmorency dont nous avons dit qu'Archange le recontra et dont nous publions



/11 Histoire littéraire du sentiment religieux, tome 7, Paris 1928, 2e partie, ch. 5, p. 321-373.

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ci-dessous l'échange de lettres, en est un bon représentant. Il fut en relation directe avec d'autres formant le groupe de l'Ermitage de Caen: Jean-Chrysostome de Saint-Lô + 1646, Jean de Bernières + 1659, Maurice Le Gall de Querdu, prêtre breton + 1694 et Mechtilde du Saint-Sacrement, réformatrice bénédictine qui promeut l'adoration perpétuelle, sujet du premier ouvrage imprimé d'Enguerrand /12.

Qu'est-ce que cette «école du coeur» /13? Le 17e siècle spirituel français a beaucoup utilisé ce mot, cette image, ce symbole, avec une grande variété de significations. Cependant on peut dire que l'école du coeur met l'accent sur trois points qu'elle tient pour principaux. D'abord, elle veut s'adresser à tout bon chrétien, fût-il sans lettres; point de spéculation éthérée, point d'intelligences mystiques, mais par des gravures, des comparaisons, une symbolique affective, atteindre directement le coeur, la capacité d'aimer. Ensuite, pour elle le coeur est un «lieu», le siège des passions bonnes et mauvaises; c'est de lui que sortent nos pensées et nos actes; c'est lui qu'il faut convertir et ouvrir à Dieu, à sa volonté, à ses lumières, à ses consolations. C'est dire que le coeur est à la fois le siège de cet amour propre qu'il faut déraciner et de l'amour de Dieu qu'il faut accueillir et faire grandir. Le coeur purifié et vidé de l'amour propre est dans son fond le lieu de l'union à Dieu.

On retrouve ces traits chez Enguerrand comme fondement de son enseignement spirituel et surtout dans ses traités. Sur ce fondement, il va progressivement, et surtout dans sa correspondance de direction spirituelle, mettre en lumière que l'union à Dieu et à sa volonté ne peut être qu'une union au Christ, et inévitablement à mesure qu'on progresse une union au Christ souffrant, dans la foi de plus en plus purifiée et nue. C'est pourquoi il parle de sa spiritualité du «martyre intérieur». Il le fait en des termes qui souvent exigent non seulement l'anéantissement de l'estime de soi et de la capacité d'agir par soi-même, mais aussi l'anéantissement de la créature que nous sommes. Y a-t-il là de l'inflation verbale? Peut-être, mais la lecture de ses lettres montre que dans son esprit les âmes appelées à une haute vie spirituelle doivent cheminer dans la nudité de la foi, dans le dépouillement radical, affrontées aux tentations de retour en arrière et de désespérance, parfois éclairées par une grâce dont le but est de les assurer qu'elles sont sur le bon chemin, celui de l'amour du Christ mourant à lui-même.



/12 Sur ces personnages, voir, selon l'ordre où ils sont cités, Dictionnaire de spiritualité, t. 2, col. 881-85; t. 1, col. 1522-27; t. 9, col. 528s; t. 10, col. 881-85. Sur les relations entre Aumont et Mechtilde, t. 2, col. 884s.

/13 Ibid., art. Cor et cordis affectus, t. 2, surtout col. 2306.



Mais Enguerrand montre peu comment, ce faisant, elles vivent à Dieu et de Dieu. Sa spiritualité est orientée vers l'union mystique avec des sévérités qui ont l'accent du jansénisme. Cette mystique explique, croyons-nous, qu'un texte visiblement prêt pour l'impression comme l'est le manuscrit 1213 de la Mazarine n'ait pas été édité à l'époque du quiétisme français. Même si cette spiritualité du «martyre intérieur» avec la déréliction qu'elle comporte est défendable en théorie

/14, il est évident qu'elle ne peut être pratiquée sans danger que si l'équilibre psychologique se maintient grâce à la paix intérieure dans le fond de l'âme. On peut se demander si elle convenait bien aux deux dirigées d'Enguerrand.

Terminons cette esquisse en signalant que notre récollet n'apparaît nulle part comme un fils de saint François. Il est un représentant de ce 17e siècle spirituel français si riche et si divers. C'est surtout à ce titre qu'il ne nous a pas paru inutile de signaler son existence et ses écrits.

V. Textes

A. Un échange de lettres

Nous publions d'abord un échange de lettres entre Archange Enguerrand et un «pauvre villageois de Montmorency». Ces deux documents, contenus dans le ms. Les Fontaines S.J., 8° 214, p. 420-456, ne sont pas datés. Archange s'y dit «jeune religieux» (p. 421) et son correspondant le nomme son «très cher frère», ce qui laisse penser qu'il n'est pas encore prêtre. Enguerrand étant entré chez les Récollets en 1647 et ayant été ordonné prêtre en 1656 ou 1657, l'échange épistolaire se situe entre ces dates.

Table

Présentation5


Un Récollet intériorisé5

Une direction dans l’esprit de la fin du siècle8

Le « Bon religieux » auprès de Mme Guyon11


« Un récollet français méconnu »[par André DERVILLE, sj.] 17

I. L'oeuvre publiée18

II. L'œuvre manuscrite20

III. Repères biographiques23

IV. Orientation spirituelle26

V. Textes28


A. Un échange de lettres28

B. Deux lettres d'Italie37

C. Lettre de direction spirituelle45


Lettres de direction [transcrites de la copie manuscrite du P. André DERVILLE] 55

Lettre première55

Lettre seconde56

Lettre troisième.58

Lettre quatrième59

Lettre cinquième du 16 juin 167960

Lettre 6e du 29 juin 167964

Lettre 7e du 9 juillet 167965

Lettre huitième du Août 167966

Lettre 9e du 27 septembre 167969

Lettre 10e du 28 octobre 167972

Lettre 11e du 2 février 168172

Lettre 12e du 12 mars 1681.76

Lettre 13e du 31 mai (1680)78

Lettre 14e du 21 juin 168079

Lettre 15e du 10 juillet 168081

Lettre 16e du 31 juillet 168082

17e lettre, sans date.84

18e lettre du 8 novembre (1680)84

19e lettre sans date90

20e lettre du 3 décembre 168091

21e lettre du 7 janvier 1681.96

22e lettre du 25 février (1681)97

Lettre 23e99

24e lettre du 22 mai (1681)100

25e lettre du 21 juin (1681)104

26e lettre du 7 juillet (1689)106

27e lettre du 20 août (1681)108

28e lettre du 20 septembre (1681)108

29e lettre du 14 octobre (1681)109

30e lettre du 22 novembre 1681 [63]111

31e lettre du 2 décembre (1681)112

32e lettre du 3 janvier 1682113

33e lettre du 13 (23 ?) Janvier 1682.115

34e lettre du 10 février 1682.118

35e lettre du 6 mai 1682.118

Lettre 36e, sans date.120

37e lettre (sans date).123

38e lettre, du 24 août (1682)126

Lettre 39e du 6 septembre 1682127

40e lettre du 21 avril 1682 (pour 1683).128

41e lettre écrite à Arras le dix neuvième août 1683130

42e lettre du 20 février 1684.130

43e lettre du 28 juin 1684131

44e lettre du 28 juillet 1684133

45e lettre du mois de novembre 1684134

46e lettre (sans date)135

47e lettre du 30 mars 1683 (1685)136

48e lettre du 4 décembre (1685)138

49e lettre du 21 janvier 1686.140

Cinquantième lettre du 19 juillet 1687.142

51e lettre du 25 novembre 1687143

52e lettre du 7 décembre 1688145

53e lettre du 17 janvier suivant (1689)148

Lettre 54e du 1er mars 1689152

Lettre 55e du 14 août 1689155

56e lettre, sans date.157

57e lettre (sans date)161

Lettre 58e du 29 septembre (1689)163

Lettre 59e du 1er décembre (1689)166

Soixantième lettre du 23 avril 1690.166

61e lettre du 15 juillet 1690.168

62e lettre du 8 octobre 1690.171

Lettre 63e du 2 novembre (1690)172

64e lettre du 27 mars 1691.174

65e lettre du mois de juillet 1691.175

66e lettre du 7 septembre 1691.176

67e lettre du 20 juin 1693.178

68e lettre du 2 octobre 1693.179

69e lettre du 16 mai 1694.182

70e et dernière lettre du 27 novembre 1695.183

L’Exercice intérieur (ms.)185

Notice de Anne-Cécile Duhamel, religieuse190

Table193









47.MONSIEUR BERTOT DIRECTEUR MYSTIQUE

(60) BERTOT DM sept 05 (avec p titre & 4e couv).doc

(60) BERTOT_DM.pdf



9 [2005] Jacques Bertot Directeur mystique, Textes présentés par D. Tronc, coll. « Sources mystiques », Editions du Carmel, Toulouse, 573 p., 2005. [La première étude présentant le résultat de recherches sur la ‘vie cachée’ de monsieur Bertot et la reconstitution du corpus de ses écrits précède le choix d’un septième de leur volume]

Présentation

Monsieur Bertot (1620-1681) fait partie des spirituels actifs mais discrets qui souhaitent demeurer cachés. Ce vœu serait accompli si sa dirigée la plus illustre, Madame Guyon (1648-1717), n’avait rassemblé des opuscules et des correspondances de sa main. Ceux-ci furent publiés tardivement en 1726, après leur mort, sous le titre : Le directeur Mistique 1248. Ce titre peut paraître étrange à première vue. Il correspond en fait très exactement au contenu des quatre volumes de cette édition : Monsieur Bertot, profond spirituel, prêtre et confesseur, guida de nombreuses religieuses et des laïcs sur la voie mystique.

Son rôle au sein d’une école spirituelle dite « normande », reconnue mais pas assez étudiée, est central. Une filiation spirituelle commence avec le franciscain Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646), confesseur vénéré d’un groupe nombreux dont Catherine de Bar (mère Mectilde du Saint-Sacrement, 1614-1698), et Jean de Bernières (1602-1659), un laïc. Ce dernier eut l’idée de créer le cercle de l’Ermitage, où il offrait à ses amis mystiques prière, solitude et conseil sur le chemin spirituel : parmi eux, Jacques Bertot. A son tour, Madame Guyon reprendra ce rôle de guidance au milieu d’un cercle d’amis spirituels.

Après avoir été le confesseur du couvent des bénédictines de Caen, dont la prieure était Jourdaine de Bernières, sœur de Jean, Bertot devint celui du couvent de Montmartre à Paris, rendu célèbre par sa réforme entreprise sous Benoît de Canfield. C’est à la fin de sa vie qu’il rencontra la jeune Madame Guyon.

Si Jacques Bertot nous échappe en grande partie au niveau de sa vie qui demeure très discrète, il se révèle intérieurement par son œuvre écrite assez abondante. Le corpus des écrits, reconstitué ici pour la première fois, et dont nous ne présentons ici qu’environ un septième en volume, traduit son expérience la plus profonde lorsqu’il répond aux demandes provoquées par son apostolat. Cette expérience nous a paru admirable et sans équivalent sur de nombreux points : s’en détachent particulièrement les témoignages affirmant l’efficience de la prière pour appeler la grâce divine sur ses dirigés. Ces écrits traduisent l’exigence d’une voie directe, voire abrupte, bien éloignée de toute complaisance ou d’une paresse qui justifierait le sobriquet de « quiétiste ».

Il est étrange que ces écrits remarquables par leur force et leur netteté en ce qui concerne l’expression du cheminement mystique soient demeurés quasi-inconnus jusqu’à maintenant. Des publications réalisés à faible tirage et à des dates très différentes (Les retraites en 1662, leur Conclusion… en 1684, Le directeur Mistique… en 1726), l’anonymat, la rareté, la pauvreté ou l’étrangeté des titres ont contribué à cet oubli. Les volumes ont circulé dans des bibliothèques privées. Ceux qui ont traversé trois siècles sont donc très peu nombreux - réduits pour l’instant à un seul exemplaire répertorié pour l’écrit que l’on trouvera reproduit ici intégralement en conclusion de notre anthologie ! De plus ces textes s’adressent à des dirigés déjà profondément engagés dans la voie mystique, donc peu nombreux.

Jacques Bertot présente un enseignement similaire à celui de son prédécesseur Jean de Bernières, mais l’œuvre de ce dernier nous est malheureusement parvenue profondément retouchée et amputée. Contrairement au lyrisme parfois reproché à Jeanne-Marie Guyon dans ses œuvres les plus connues (qui datent de sa jeunesse et doivent être mesurées à l’aune de textes moins célèbres datant de sa grande maturité), la marque personnelle de « Monsieur Bertot » consiste en une extrême densité et en une grande rigueur. A l’imaginaire ou à l’émotion, il préfère la sobriété, le dépouillement, la simplicité. Mais il émeut quand son amour appelle à tout laisser pour vivre dans le Divin.

Le lecteur intéressé en premier lieu par le contenu spirituel abordera directement ses écrits. Notre anthologie reproduit en premier lieu un choix de lettres qui rendent avec vigueur les thèmes récurrents d’une direction assurée. Puis un choix d’opuscules les illustre tout à tour, qui font souvent appel à des comparaisons simples et intuitives. Ces opuscules atteignent d’ailleurs souvent la dimension de petits traités ; ils ont été vraisemblablement bâtis à l’aide de lettres, voire de schémas de retraites (genre en honneur au XVIIe siècle que nous n’avons pas jugé utile d’être ici représenté). Enfin un traité remarquable, dont nous avons évoqué l’unique exemplaire répertorié à ce jour, récapitule l’essentiel de sa direction.

L’étude qui précède les textes situe Monsieur Bertot dans le milieu large où il fut formé puis où s’exerça par la suite son influence. Elle rassemble ensuite les rares éléments biographiques que nous avons pu réunir autour du très discret confesseur. Elle suggère enfin quelques thèmes caractéristiques de sa direction en l’illustrant par celle de Madame Guyon. Nous ne reproduisons pas ici grand nombre de lettres qui furent adressées à celle-ci puisqu’elles viennent d’être publiées récemment comme abondantes pièces passives du début de la correspondance de sa jeune dirigée 1249.

Comme il s’agit de la première synthèse à ce jour sur Monsieur Bertot (si l’on excepte quelques courts articles de dictionnaires), nous avons dû présenter toutes nos sources par des notes nécessairement étendues lorsqu’elles discutent de dates ou lorsqu’elles détaillent les contenus des ouvrages principaux du corpus. Nous avons renvoyé les plus longues en fin de volume, sous forme d’annexes. Nous avons opéré de même pour deux tableaux pourtant très évocateurs des milieux spirituels en amont et en aval de l’époque médiane vécue par Bertot où il tient le rôle essentiel de passeur.

Nous sommes très redevable aux travaux de J. Bruno, de J. Orcibal, de C. Berthelot du Chesnay, c. j. m. ; aux aides précieuses apportées par Monsieur I . Noye, P. S. S. , par le R. P. A. Derville, S.J. , par le P. Racapé, c. j. m. La collaboration de mon épouse Murielle a amélioré considérablement ce travail qui aborde un champ peu exploré.

Nous espérons que la lecture de ces quelques textes contribuera à faire revivre un directeur spirituel trop méconnu, que sa profondeur mystique égale aux plus grands.

Monsieur Bertot, Directeur Mystique

1. Une « école » des mystiques.

Avant d’aborder la biographie de Jacques Bertot, évoquons le milieu spirituel dans lequel il occupe une place centrale, autant d’un point de vue chronologique (le pic de son activité se situe peu après le milieu du siècle) que par son rôle de passeur entre deux localisations géographiques (la Normandie et Paris).

Ce milieu a laissé relativement peu de traces en dehors des écrits restés confidentiels de ses membres et de condamnations affectant certains d’entre eux 1250. « Ecole de spiritualité » selon une appellation érudite souvent utilisée ? Il s’agit plutôt d’un réseau d’amitiés : les mystiques se reconnaissent entre eux, s’aident mutuellement ; les ainés guident les plus jeunes. Ce réseau est remarquable par le rôle décisif joué par des laïcs : Jean de Bernières gagne sa vie grâce à la recette des impôts, le baron de Renty est actif dans les œuvres. Une formation mystique commune assure la continuité de « l’enseignement », dont les écrits ne sont qu’un reflet. Une forte exigence intérieure les relie, et un vocabulaire commun. Ne s’identifiant à aucun ordre religieux tels que capucins, sulpiciens, jésuites, etc., encore que l’on puisse reconnaître une forte empreinte franciscaine, ce réseau n’a pas été étudié dans son ensemble parce qu’il ne forme pas une « famille » aux contours extérieurs visibles, même si des monographies mettent en valeur quelques-unes de ses belles figures.

La part qui est consacrée à « Monsieur Bertot » dans les histoires de la spiritualité demeure donc pour l’instant modeste en comparaison des écoles françaises liées à des ordres vivants aujourd’hui et qui s’intéressent à leurs origines. Quelques auteurs ont cependant relevé la filiation reliant Bernières à Bertot, puis Bertot à Madame Guyon : P. Pourrat, I. Noye dans une étude approfondie sur le thème de l’Enfance si chère à Madame Guyon, J. Le Brun en présentant les écoles de spiritualité françaises du grand siècle 1251. Nous avons récemment présenté la filiation qui relie Jean-Chrysostome de Saint-Lô à Bernières, ce dernier à Bertot… 1252.

Le père Jean-Chrysostome de Saint-Lô (1594-1646) fut en effet l’initiateur de ce courant : franciscain du tiers-ordre régulier, il demeura dans l’ombre, tout comme Monsieur Bertot, mais on ne saurait en sous-estimer l’importance : il est celui vers lequel tous ceux de la « première génération » se tournent avant de prendre une décision importante. Nous ne pouvons ici que passer sur cette figure essentielle et auteur non négligeable. Jean de Bernières témoigne ainsi de la direction de celui qu’il considère comme son père spirituel :

[…] ce me serait grande consolation que [...] nous puissions parler de ce que nous avons ouï dire à notre bon Père [...] puisque Dieu nous a si étroitement unis que de nous faire enfants d’un même Père [...] Savez-vous bien que son seul souvenir remet mon âme dans la présence de Dieu 1253 ?

Jean de Bernières, né en 1602 d’un trésorier général de France, mena une vie laïque, sensible à l’amitié, insensible aux différences sociales, payant de sa personne lorsque maladie et misère sont en cause, désirant la pauvreté, demeurant humain dans la peur de la mort. Il fut ferme dans ses convictions et lorsqu’on attaque ses amis, il les défend avec énergie : quand le grand archidiacre d’Evreux, Boudon, victime d’une conjuration, est menacé d’interdiction, Jean déclare à la cohorte ennemie que Boudon aura toujours un refuge en sa maison, et que lui, Jean, « se trouverait heureux d’être calomnié et persécuté pour lui » 1254.

De concert avec Gaston de Renty (1611-1649), autre mystique laïc, grand seigneur qui passa des armes et des sciences à l’exercice de la charité 1255, Bernières contribua à la fondation d’hôpitaux, de couvents, de missions et de séminaires. Boudon, devenu son biographe indique qu’il « paye de sa personne, car il va chercher lui-même les malades dans leurs pauvres maisons, pour les conduire à l’hôpital. » Il « porte sur son dos les indigents qui ne peuvent pas marcher jusqu’à l’hospice [...] il lui faut traverser les principales rues de la ville : les gens du siècle en rient autour de lui » 1256.

« Directeur des directeurs de conscience » selon Souriau, il parle avec humour d’un « hôpital » un peu particulier qu’il crée sur ordre de Chrysostome pour accueillir des hôtes de passage :

Il m’a pris un désir de nommer l’Ermitage l’hôpital des Incurables, et de n’y loger avec moi que des pauvres spirituels [...] Il y a à Paris un hôpital des Incurables pour le corps, et le nôtre sera pour les âmes 1257.

Je vous conjure, quand vous irez en Bretagne, de venir me voir ; j’ai une petite chambre que je vous garde : vous y vivrez si solitaire que vous voudrez ; nous chercherons tous deux ensemble le trésor caché dans le champ, c’est-à-dire l’oraison 1258.

Nous vivons ici en grand repos, liberté, gaieté et obscurité, étant inconnus du monde, et ne nous connaissant pas nous-mêmes. Nous allons vers Dieu sans réflexion [...] Je connais clairement que l’établissement de l’Ermitage est par ordre de Dieu, et notre bon Père [Chrysostome] ne l’a pas fait bâtir par hasard ; la grâce d’oraison s’y communique facilement à ceux qui y demeurent, et on ne peut dire comment cela se fait, sinon que Dieu le fait 1259.

Ces derniers fragments évoquent l’atmosphère recueillie, ouverte et libre en même temps, certainement appréciée par le jeune Bertot.

Bernières animait un large cercle sous la direction attentive du père Chrysostome : parmi eux, M. de Gavrus fonda l’hôpital général de Caen ; Boudon deviendra l’archidiacre « persécuté » d’Evreux, écrivain abondant auquel nous devons de précieuses informations ; Lambert de la Motte (Mgr de Béryte) fut l’un des premiers évêques de la Chine.

L’influence de ce cercle s’étendit au Canada, dans la mesure où Bernières facilita le départ de Marie de l’Incarnation (1599-1672), de Dieppe à Québec, par la flotte de printemps, en 1639 ; la grande mystique animera la communauté ursuline du Québec tandis que Bernières restera son correspondant préféré (avec le fils de cette dernière, dom Claude Martin), mais les longues lettres « de quinze ou seize pages » qu’il lui écrivit sont perdues.

En France, Catherine de Bar devenue Mère Mectilde du Saint-Sacrement, appréciée de Madame Guyon 1260, fonda les bénédictines de l’Adoration perpétuelle du très Saint Sacrement à Paris ; elles essaimeront en Lorraine, le pays d’origine de leur fondatrice, puis jusqu’en Pologne 1261. Elle se lia à Bernières et ils demeureront en correspondance. Elle passa environ un an au monastère de Montmartre et au moins trois années à Caen 1262.

Jean de Bernières sera influent à Paris par l’intermédiaire du jeune confesseur Jacques Bertot. Ce dernier aura une influence déterminante sur Madame Guyon.

Nous présentons à la fin de ce volume, en deux annexes et trois tableaux, un grand nombre de figures appartenant à cette « école » des mystiques. L’Annexe I présente une table synchronique. Elle fait apparaître les recouvrements chronologiques entre des spirituels d’orientation mystique, condition d’une influence d’ainé à cadet. L’Annexe II présente l’école « quiétiste » par ses principales figures, incluant celles de l’annexe précédente. Elles influèrent ou furent tributaires de l’influence directe et indirecte de Bertot. Plus de deux siècles s’écoulent entre les initiateurs, nés à la fin du XVIe siècle, figurant dans les trois premières rangées, et les figures appartenant au XIXe siècle, de la dernière rangée.

2. La vie cachée de Monsieur Bertot.

Nous disposons de très peu de renseignements sur Jacques Bertot : il semble avoir réussi à effacer toutes traces personnelles, au point qu’il a été parfois confondu avec des homonymes car ce nom est commun en pays normand (sous des orthographes diverses). Même l’année de sa mort fit l’objet de relations contradictoires comme nous le verrons 1263.

Un bref résumé de sa vie ainsi qu’un témoignage sur la fidélité de disciples est inclus dans l’Avertissement placé en tête des œuvres rassemblées sous le titre du « Directeur mistique » par Madame Guyon et publié quarante-cinq ans après la mort de Bertot 1264 :

« Monsieur Bertot natif de Coutances 1265 grand ami de Jean [5] de Bernières s’appliqua à diriger les âmes dans plusieurs communautés de Religieuses [à diriger] plusieurs personnes engagées dans des charges importantes tant à la Cour qu’à la guerre Il continua cet exercice jusqu’au temps que la providence l’attacha à la direction des Religieuses Bénédictines de l’abbaye de Montmartre proche [de] Paris, où il est resté dans cet emploi environ douze ans [6] jusqu’à sa mort [au] commencement de mars 1681 après une longue maladie de langueur. [7] [Il fut] enterré dans l’Eglise de Montmartre au côté droit en entrant. Les personnes ont toujours conservé un si grand respect [qu’elles] allaient souvent à son tombeau pour y offrir leurs prières.

Par ailleurs les autres sources nous renseignant sur divers événements auxquels il prit part le font apparaître successivement : comme le jeune compagnon voyageant aux côtés de son aîné Jean de Bernières, et qui s’épuise à la tâche, selon des extraits de correspondances entre religieuses ; comme un confesseur inflexible dans une chronique tardive racontant l’histoire de son premier monastère ; comme la cheville ouvrière responsable de la naissance du groupe quiétiste parisien. Si nous rassemblons la mosaïque issue de toutes ces sources 1266, se dessine alors la trajectoire sans éclat apparent d’un confesseur de religieuses et de laïcs. Elle le mènera de Normandie à Paris.

Il naît à Caen le 29 juillet 1622, car probablement baptisé dès le lendemain selon la coutume en cette époque de forte mortalité infantile 1267. En ce qui concerne les origines familiales et pour la période de jeunesse, on dispose à ce jour d’une lettre assez détaillée, mais d’elle seule. Nous la citons entièrement, dans le texte principal ou en note, répartie en plusieurs fragments :

il s’appelait Jacques Bertot natif de St Sauveur de Caen, fils de Louis Bertot et de Judith Le Mière sa mère qui était sœur de Mr Le Mière père de celui qui est présentement Lieutenant particulier de Mr le vicomte de Caen. Le d[it] Sr Louis Bertot était m[archan]d drappier de profession à Caen. Il quitta le négoce environ l’année 1640 vivant de son bien qui est scis [sic] en la paroisse de Tracy proche [de] Villers. Mr l’abbé Bertot était fils unique qui étant dans les ordres sacrées [sic] se mist à l’hermitage avec feu Mr de Bernières et plusieurs autres personnes pour y vivre saintement tous ensemble1268

Il est donc issu d’une famille bourgeoise aisée. Nous avons d’ailleurs retrouvé, dans les archives notariales relatives au couvent des ursulines de Caen fondé par Jourdaine de Bernières, une « liasse à 24 pièces » relative aux ventes de parcelles de terres de la paroisse de Tracy à Louis et Philippe Berthot, des années 1495 à 1601, puis le témoignage silencieux d’un don fait par Bertot au couvent 1269.

Bertot vécut d’abord à Caen, puis à Paris ; mais on se gardera toutefois d’attribuer une trop grande importance à ces localisations compte tenu de voyages fréquents dont témoigne Catherine de Bar (dont quelques extraits relatifs à Bertot sont donnés ci-dessous) : le suivi de religieuses dans divers couvents a pu le rendre itinérant comme ce fut le cas du P. Chrysostome de Saint-Lô, le directeur de Bernières, et d’autres familiers de Bertot.

Caen.

Après des études au collège de Caen, il devint prêtre et s’attacha à Jean de Bernières et à son groupe de l’Ermitage, comme le souligne le titre Le directeur Mistique [...] ami intime de feu Mr de Bernières… Ce dernier lui écrivit des lettres qui tranchent par leur ton et leur profondeur spirituelle particulière sur l’ensemble de sa correspondance 1270. Elles sont adressées à « l’ami intime » : on y sent l’autorité de l’expérience, mais aussi une complicité spirituelle et la certitude d’être parfaitement compris d’un compagnon qui suit le même chemin 1271 :

…Dieu seul, et rien plus. Je n’ai manqué en commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’Il perfectionne, et qu’Il achève Son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu, qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie et votre activité, pour la conserver et augmenter. C’est à Celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voyes de Dieu, moins il y a de choses à lui dire… 1272.

Mon cher Frère, demeurez bien fidèle à cette grande grâce, et continuez à nous faire part des effets qui vous seront découverts : vous savez bien qu’il n’y a rien de caché entre nous, et que Dieu nous ayant mis dans l’union il y a si longtemps, Il nous continuera les miséricordes pour nous établir dans Sa parfaite unité, hors de laquelle il ne faut plus aimer, voir, ni connaître rien 1273.

Bertot devient rapidement le prêtre séculier confesseur du monastère des ursulines de Caen, de 1655 à 1675. C’est dans ce monastère tout proche de l’Ermitage construit par Jean de Bernières, que vivait la sœur de ce dernier, Jourdaine de Bernières, ainsi que Michelle Mangon, une figure discrète mais importante aux yeux de Jean. Bertot exerça les fonctions de supérieur à la mort de M. Rocher de Bernesq, vicaire générale de Bayeux, survenue en 1655.

Ce fut sa principale activité en Normandie. Une ursuline témoignera plus tard, dans quelques passages de précieuses Annales 1274, du rôle parfois délicat qu’assuma Bertot. Nous relevons ces passages dans leur presque totalité, compte tenu de la rareté des sources. Sur la nomination de Bertot :

[La même année 1655 biffé] Au même temps (add. marg.) […] nous perdîmes Monsieur Du Rocher de Bernay [suit son éloge] […] On procéda incessamment à l’élection d’un autre supérieur. Messieurs François de Laval, et Jacques Bertot furent présentés à l’évêque Monseigneur de Servien qui confirma supérieur Monsieur Bertot 1275

Les Annales racontent comment Jourdaine tenta d’échapper à sa troisième nomination:

Elle fut élue unanimement pour la dernière fois. Sa surprise la fit sortir du choeur et courir s’enfermer dans sa chambre pour empêcher sa confirmation et en appeler à l’évêque ; mais Monsieur Bertot, Supérieur qui présidait à l’élection et Mr. Postel son assistant, allèrent la trouver et lui faire un commandement exprès de consentir à ce que le chapitre venait de faire. A ces mots, vaincue par son respect pour l’obéissance, elle ouvre la porte et se laisse conduire à l’église pour y renouveler son sacrifice…1276.

Bertot devint donc en 1655 le supérieur de Jourdaine, ce qui donna lieu à un incident qui bouleversa les cœurs. Il eut lieu avec Jourdaine de Bernières qui, remplaçant Michèle Mangon dans les fonctions de supérieure, jouissait en même temps du prestige d’avoir été la fondatrice du couvent, d’être la sœur du vénéré Jean de Bernières et d’assurer une édition relativement fiable de l’œuvre de ce dernier. Tout ne se passa pas sans quelques difficultés dues au caractère apparemment abrupt de Bertot - ce dont se plaindra aussi la jeune Madame Guyon. Bertot affronta donc Jourdaine ; le compte-rendu des Annales, dont la rédaction est assez tardive, fait penser, par sa dignité vertueuse quelque peu démonstrative, à ceux qui illustrent l’histoire du premier Port-Royal 1277, mais le sens profond en est autre. Dans ce milieu, la direction mystique est assurée avec une rigueur absolue parce que rien ne doit rester qui soit obstacle à la grâce. Même s’il y avait erreur de la part de Bertot, Jourdaine l’interprète comme signe de Dieu, comme nous le verrons chez Madame Guyon dans des circonstances analogues :


1670 [le ms. est daté en tête de page]. La mère de Sainte Ursule étant en charge, le supérieur reçut quelques avis sur quelques points qui lui semblèrent importants où il crut que la Supérieure ne s’était pas acquittée de son devoir. Poussé d’un zèle peu réfléchi de donner des ordres qu’il croyait nécessaires, et en même temps de faire voir que là où il y allait des devoirs de sa charge, et de l’intérêt prétendu de la communauté, il n’avait égard à personne, il fit assembler les religieuses au chœur, et en leur présence, blâma la conduite de leur Supérieure à qui il fit une ferme réprimande avec des termes si humiliants que plusieurs des religieuses qui connaissaient son innocence en furent sensiblement touchées (et même scandalisées biffé) mais l’humble Supérieure, sans rien perdre de sa tranquillité ordinaire, se mit à genoux et écouta avec une paix et une douceur inaltérable tout ce qu’on voulut lui dire, sans répliquer une parole, ni pour se plaindre, ni pour se justifier des choses [210] qui lui étaient imputées, ce qui lui aurait été facile. On la vit sortir de cette assemblée plus contente que si on lui eut donné des louanges, de sorte que cette humiliation publique qui fit verser des larmes à plusieurs, n’eut point d’autre effet que de faire éclater son humilité et sa patience en nous laissant un rare exemple de sa vertu.

Après cette correction elle fut au réfectoire et à la récréation qu’elle aussitôt soutint avec son agrément ordinaire, tandis que plusieurs de celles qui avaient été témoins de ce qui s’était passé n’eurent pas la force de s’y trouver. Elle seule parut insensible à ses intérêts. Une officière feignant une affaire la pria d’aller à sa chambre où elle la suivit, croyant lui donner lieu de se décharger le coeur, mais la généreuse Supérieure donna ordre à toutes les affaires qui se présentèrent [211], sans parler de la sienne, répondant à celles qui blâmaient la trop grande facilité du Supérieur à croire les rapports qui lui avaient été faits, qu’on avait eu raison de la bien humilier, qu’elle le méritait pour tant de fautes connues de Dieu seul, qui n’avait jamais permis cette occasion que pour la faire mieux connaître.

Une particulière qui avait intérêt dans l’affaire, la vint trouver, fort pénétrée de douleur, pour se plaindre de la manière dont on l’avait traitée. Ma soeur, lui dit-elle, il nous faut regarder Dieu en tous événements, ne conserver non plus de ressentiment de ce qui vous touche que j’en ai de ce qui a été dit et fait à mon égard. Ce qu’elle lui dit avec une douceur admirable, quoique elle eût bien plus de sujet de se plaindre, ayant été taxée [212] sur trois ou quatre chefs plus considérables [mots illis.] que les autres dont la plupart n’étaient pas même venu à sa connaissance.

Elle poussa encore plus loin les preuves de sa vertu, car le jour même elle fut trouver le Supérieur au parloir, non pas pour (se plaindre ou biffé) se justifier, mais pour lui parler des affaires de la maison comme à son ordinaire, dont il fut également surpris et édifié. Toutes choses bien éclaircies, il conçut une plus haute estime de la mère de saint Ursule qu’il n’avait eu 20 et se reprocha fort de s’être laissé prévenir par les rapports (qu’on lui avait fais biffé). Il dit en plusieurs occasions que cette sage Supérieure s’était beaucoup mieux justifiée par son silence et sa modération, qu’elle n’aurait fait par toutes les bonnes raisons 1278.

Finalement, on annonça le départ de Bertot qui devient confesseur à Montmartre 1279 :

Mr Bertot, après avoir été notre Supérieur, voulut se démettre de cette charge, ayant trouvé à Paris des occupations qui l’obligeaient à la résidence ; on fit élection de Monsieur de Launé Hué, [docteur de Sorbonne : ajout marginal], pour remplir sa place [ajout interligne : le 15 avril 1675.] 1280.

Bertot ne se limitait pas à la conduite spirituelle au sein du couvent fondé par Jourdaine de Bernières. Il fut en relation avec de nombreuses figures spirituelles : Marie des Vallées 1281 qui fut influente sur saint Jean Eudes et sur d’autres membres du groupe de Caen, l’appréciait ; Bertot témoigna de leur relation :

Et remarquez bien une belle parole que m’a dite autrefois une âme très unie à sa Divine Majesté, savoir, que les montagnes recevaient bien les pluies, mais que les seules vallées les gardent, fructifient et en deviennent fertiles 1282.

Elle me disait que la Miséricorde [en note : c’est-à-dire l’amour-propre chargé des richesses spirituelles de la Miséricorde] allait fort lentement à Dieu, parce qu’elle était chargée de dons et de présents, de faveurs et de grâces de Dieu, qu’ainsi son marcher était grave et lent; mais que l’amour divin qui était conduit par la divine Justice, allant sans être chargée de tout cela, marche d’un pas si vite que c’est plutôt voler 1283.

Son rayonnement s’étendait au-delà du monastère de Caen. En témoigne une lettre écrite en 1667 par Mgr Pallu : ce missionnaire qui avait dressé un « projet de notre Congrégation apostolique », envoyait sa rédaction aux Directeurs du Séminaire des Missions étrangères en demandant l’avis de quatre personnes dont Bertot :

Sur la Méditerranée, en vue de Candie, 3 mars 1667,  […] conférez-en avec Messieurs Bertot, du Plessis et quelques autres personnes de leur esprit et de leur grâce […] [Ces messieurs devront répondre en donnant leurs avis après 15 jours de réflexion :] Priez aussi Messieurs Bertot et du Plessis et les autres auxquels vous vous en ouvrirez de m’écrire ce qu’ils en pensent… 1284.  

Le même Pallu enverra de Surate, en 1672, une demande d’avis sur un auteur spirituel portugais qu’il avait traduit et qu’il proposait de faire voir à quelques personnes dont J. Bertot 1285.

Comme tous ses amis normands, Bertot se passionna pour l’apostolat au Canada, aventure rendue célèbre par la mystique Marie de l’Incarnation (1599-1672). En témoignent deux belles lettres écrites en 1673-1674 à un dirigé canadien 1286.

Enfin Bertot fut lié assez étroitement à Catherine de Bar. Devenue la « Mère du Saint-Sacrement » au monastère de la rue Cassette, cette fondatrice des bénédictines du Saint-Sacrement vécut assez longtemps pour être appréciée par Madame Guyon. Leur lien est attesté par plusieurs de ses lettres adressées à des tiers :

 (a) une lettre à Jean de Bernières 1287, extraite d’une correspondance suivie entre Catherine et Jean, raconte des activités fructueuses du jeune Bertot et demande à le sauvegarder contre ce qui pourrait être un excès de zèle de sa part. Elle montre combien Monsieur Bertot, qui n’avait alors que vingt-cinq ans, était perçu comme un père spirituel qui répandait la grâce autour de lui. Nous percevons ici l’autre visage de Monsieur Bertot dont le travail n’avait ici pas besoin d’être empreint de rigueur. Sa présence pleine d’amour est regrettée :

De l’Hermitage du Saint Sacrement, le 30 juillet 1645.

Monsieur,

Notre bon Monsieur Bertot nous a quittés avec joie pour satisfaire à vos ordres et nous l’avons laissé aller avec douleur. Son absence [52] nous a touchées, et je crois que notre Seigneur veut bien que nous en ayons du sentiment, puisqu’Il nous a donné à toutes tant de grâces par son moyen, et que nous pouvons dire dans la vérité qu’il a renouvelé tout ce pauvre petit monastère et fait renaître la grâce de ferveur dans les esprits et le désir de la sainte perfection. Je ne vous puis dire le bien qu’il a fait et la nécessité où nous étions toutes de son secours […] mais je dois vous donner avis qu’il s’est fort fatigué et qu’il a besoin de repos et de rafraîchissement. Il a été fort travaillé céans, parlant [sans] cesse, fait plusieurs courses à Paris en carrosse dans les ardeurs d’un chaud très grand. Il ne songe point à se conserver. Mais maintenant, il ne [53] vit plus pour lui. Dieu le fait vivre pour nous et pour beaucoup d’autres. Il nous est donc permis de nous intéresser de sa santé et de vous supplier de le bien faire reposer. […]

Il vous dira de nos nouvelles et de mes continuelles infidélités et combien j’ai de peine à mourir. Je ne sais ce que je suis, mais je me vois souvent toute naturelle, sans dispositions de grâce. Je deviens si vide, et si pauvre de Dieu même que cela ne se peut exprimer. Cependant il faut selon la leçon que vous me donnez l’un et l’autre que je demeure ainsi abandonnée, laissant tout périr. […].

(b) Dans une autre lettre, Catherine de Bar transmet le récit de Bertot sur la mort assez brusque de son directeur Jean de Bernières, (nous n’avons pas retrouvé le récit de Bertot qui accompagnait la lettre) ; apparaît ici la figure du père Paulin qui témoignera par la suite sur Madame Guyon :

Mon très cher et bon frère, [...] si déjà vous ne le savez par la voye du R.P. Paulin, [...] Dieu nous a ravi notre cher Monsieur de Bernières, autrement dit Jésus Pauvre, le 3 du mois de mai dernier. Voici ce que M. Bertost [Bertot] nous en a écrit, vous y verrez comme il est mort anéanti, sans aucune apparence de maladie 1288.

(c) Peu de temps après, le nom de Bertot apparaît dans des lettres adressées à d’autres religieuses bénédictines :

- à la mère Benoite de la Passion, prieure de Rambervillers, le 31 août 1659 :

Monsieur [Bertot] a dessein de vous aller voir l’année prochaine, il m’a promis que si Dieu lui donne vie il ira. Il voudrait qu’en ce temps-là, la divine providence m’y fit faire un voyage afin d’y venir avec vous [...] C’est un enfer au dire du bon Monsieur de Bernières, d’être un moment privé de la vie de Jésus-Christ [...] il faut mourir. Monsieur Bertot sait mon mal [...] s’il vous donne quelques pensées, écrivez-le moi confidemment 1289.

- à la mère Dorothée (Heurelle), sous-prieure, le 3 septembre 1659:

[Monsieur Bertot] voulait avoir la bonté de nous venir voir à Pâques. Vous feriez une singulière charité à mon âme de m’obtenir ce bien-là, car il me semble que j’ai grande nécessité de personnes pour mon âme 1290.

- à la même, le 8 août 1660 :

A Rambervilliers ce 8 août 1660 / M. Bertot est ici, qui vous salue de grande affection je ressens d’une singulière manière la présence efficace de Jésus-Christ Notre Seigneur1291.

(d) Plus tard, dans une lettre adressée à une religieuse de Montmartre en juin 1664, elle écrira à propos de Bertot arrivé à Montmartre :

Je serai mille fois plus peinée si je ne savais que notre bon M. Bertot lui tiendra lieu de père et de frère et l’aidera à porter la croix que le Saint-Esprit a mise dans son cœur1292.

Nous avons également retrouvé, relevés par le P. du Chesnay, d’autres passages de moindre portée où apparaît le nom de Bertot et les reproduisons en note 1293.



Montmartre.

Dans la dernière partie de sa vie, en 1675, J. Bertot fut nommé comme confesseur à la célèbre abbaye de Montmartre, proche du pèlerinage à St Denis 1294. Le lieu était à cette époque isolé de l’agglomération parisienne :

Montmartre : 223 feux, y compris ceux de Clignancourt. Ce village est sur une hauteur, au nord, près d’un faubourg de la ville Paris [sic] auquel il donne son nom [...] La chapelle des martyrs [...][possède] une statue de St Denis en marbre blanc. C’est l’endroit où l’on croit qu’il fut enterré avec ses compagnons. On a beaucoup de vénération pour ce lieu, et l’on y voit presque toujours un grand concours de peuple ; Le monastère est également vaste et beau, bien situé et accompagné de jardins d’une grande étendue. L’abbesse est à la nomination du roi. Dans le village est une église paroissiale1295 dédiée à St Pierre 1296.

Bertot - comme Madame Guyon après lui - a dû souvent monter et descendre la butte en contemplant la vue qui s’offrait à ses yeux :

En parcourant le tour de la montagne [sic], on jouit d’une vue très belle et très agréable ; on découvre en plein la ville de Paris, l’abbaye de St Denis et quantité de villages. Les environs sont remplis de moulins à vent. Il y a beaucoup de carrières, dont on tire continuellement le plâtre pour la consommation de Paris [...] on trouve assez fréquemment au milieu de cette masse de gypse, des ossements et vertèbres de quadrupèdes qui ne sont point pétrifiés, mais qui sont déjà un peu détruits, et sont très étroitement enveloppés dans la pierre 1297.

Le rôle de la vénérable abbaye bénédictine, fondée en 1133 était central depuis sa réforme mouvementée qui avait eu lieu au début du siècle avec l’aide de Benoit de Canfield. Bertot a dû souvent entendre évoquer des souvenirs proches de cette période refondatrice :

[16] Les religieuses de plus en plus mécontentes des efforts de leur abbesse [...] deux fois essayèrent vainement de l’empoisonner ; une autre fois, elles décidèrent quelques-unes de « leurs amis » à l’assassiner, mais l’un d’eux recula devant ce crime et prévint Madame de Beauvilliers qui dès lors logea dans une chambre séparée, à porte double et ne mangea plus d’aucun plat qui ne fut préparé par une des deux sœurs converses sur lesquelles on pouvait compter [elle les avait amenées avec elle] [...] l’évêque de Paris [...] rassembla les religieuses [...] ordonna tout d’abord le rétablissement de la clôture ; toutes se levèrent et s’emportèrent, à ce qu’il paraît, de la façon la plus scandaleuse. Le prélat se retira en promettant à Mme de Beauvilliers de la défendre et en réalité il ne fit rien. / Mme de Beauvilliers, soutenue par son seul directeur, le P. Caufeld [Canfield], prit résolument son parti1298.

Ceci se passait juste avant 1600 soit plus d’un demi siècle avant l’activité de Bertot. Mais il a pu connaître la réformatrice, Mme de Beauvilliers, morte en 1657 dans ce couvent 1299, et il a certainement lu attentivement l’opuscule qu’elle composa pour ses religieuses, en suivant de très près Benoît de Canfield, et dont voici un passage relatif à la conformité spirituelle :

s’il est si plaisant et agréable d’entrer dans le secret de notre intime ami, qu’est-ce d’entrer dans le secret et le plus caché du cœur de Dieu ? Et c’est ce que fait, et à quoi arrive l’âme par l’exercice continuel de la conformité de sa volonté à celle de Dieu, car en faisant la volonté de Dieu, l’âme la connaît 1300.

Bertot fut surtout lié à Françoise-Renée de Lorraine, Madame de Guise 1301, abbesse de 1644 à 1669, en des temps moins troublés, et qui mourut dans ce même couvent en 1682:

M[ada]me de Guise dirigea l’abbaye pendant vingt-cinq ans. Douée d’une haute intelligence, elle était en relation avec les beaux esprits et les femmes élégantes du temps : le docteur Valant, le médecin de M[ada]me de Sablé et de toute la société précieuse en même temps que de l’abbaye, nous a conservé plusieurs billets d’elle fort galamment tournés [...] Son administration avait été très favorable au monastère 1302.

L’origine de cette amitié est décrite ainsi par la lettre citée au début de cette biographie:

Quand il fut prêtre, il devint directeur des dames Ursulines et la communauté le députa pour aller à Paris à cause des affaires qu’elle avait avec feu Mr Du Four abbé d’Aunay. Ce voyage lui procura l’honneur de la connaissance de Madame l’Abesse [sic] de Montmartre et de son altesse royale 1303 Mademoiselle de Guise 1304.

Bertot ne se cantonnait cependant pas au rôle de confesseur des bénédictines de Montmartre. Il avait conservé des activités en Normandie : ainsi, on note qu’il fut chargé de régler, probablement en 1673 ou 1674, une affaire compliquée où Jean Eudes, ami de Jean de Bernières, fut attaqué par ses anciens confrères oratoriens. Ces derniers tentèrent de le discréditer, entre autres en ridiculisant son attachement à Marie des Vallées :

les Oratoriens [de Caen]n’eurent pas de peine à faire entrer en lice, une fois encore, le belliqueux Charles du Four, qui était chanoine de Rouen et abbé d’Aunay. Celui-ci fut pourvu de divers manuscrits relatifs à Marie des Vallées ; il en tira un pamphlet anonyme [...] Le P. Eudes était accusé d’avoir commis douze hérésies1305.

Cela montre que J. Bertot, vers la cinquantaine, avait acquis des qualités de diplomate que nous ne devinions pas lorsqu’il abordait avec très grande netteté et sans concession les problèmes intérieurs de ses dirigés. On entrevoit tout un réseau de relations établi entre divers membres du groupe de l’Ermitage et débordant ce groupe vers d’autres spirituels dont Marie des Vallées. Le passage suivant d’une lettre de Bertot serait adressé à Jean Eudes : celui-ci avait été aidé par l’abbesse de Montmartre qui appréciait et éditera une œuvre de Bertot :

J’ai beaucoup de joie de tout ce que vous me mandez de votre cher séminaire [...] Je remercie Dieu de ce que Monseigneur est avec vous pour vous aider [...] Je prie Dieu que la providence divine se mêle de votre bâtiment. Tout ce que l’on voit en ce pays s’y oppose bien par sa pauvreté. Je suis tout à vous 1306.

En milieu parisien, l’amitié de l’abbesse de Montmartre et de Madame de Guise aide à la constitution d’un cercle dévôt autour de Bertot, comme le sous-entend la suite de la même lettre citée :

Monseigneur le duc de Guise le considérait beaucoup aussi bien que Mr de Noaille, Mr le duc de St Aignan et Mr le duc de Beauvilliers 1307.

L’activité d’un tel cercle 1308 est attestée par la publication des deux volumes de retraites sous l’impulsion de l’abbesse. Ces schémas de retraites, comme plus tard les petits traités du premier volume du Directeur Mystique, ont pu être rapportés ou réécrits en partie par d’autres 1309. Ces témoignages de son activité sont suivis, mais bien plus tard, de la très intéressante mise au point par la plume de Bertot lui-même sous le titre Conclusion aux retraites, publiée en 1684 et également destinée à Madame de Guise. Ce texte fondamental est probablement le texte évoqué par Fénelon : Jean Orcibal qui ne connaissait que les deux premiers volumes de retraites, dont il fixe la date à 1662, après avoir rappelé que divers ouvrages portaient le mot Retraite dans leurs titres, cite l’appréciation donnée par Fénelon en la supposant attribuée à ces deux volumes 1310.

Le rayonnement de Bertot, qualifié de « directeur de conscience apprécié 1311 » ou de « conférencier très apprécié de l’aristocratie et, en particulier, de divers membres de la famille Colbert 1312 », déborde donc sur un cercle laïc dont on retrouvera les membres groupés autour de Madame Guyon.

Les méchantes langues de la Cour ne comprenaient pas ce qui unissait ce groupe d’amis que Saint-Simon appellait le « petit troupeau » avec son ironie coutumière. Il dit de Madame Guyon, le 16 janvier 1694 :

Elle ne fit que suivre les errements d’un prêtre nommé Bertaut [sic], qui bien des années avant elle, faisait des discours à l’abbaye de Montmartre, où se rassemblaient des disciples, parmi lesquels on admirait l’assiduité avec laquelle M. de Noailles, depuis Maréchal de France, et la duchesse de Charost, mère du gouverneur de Louis XIV, s’y rendaient, et presque toujours ensemble tête à tête, sans que toutefois on en ait mal parlé. MM. de Chevreuse et de Beauvilliers fréquentaient aussi cette école 1313.

Saint-Simon indique également le rôle antérieur important joué par la duchesse de Béthune, autre dirigée de Bertot :

Dans ce petit troupeau était une disciple des premiers temps [la duchesse de Béthune], formée par M. Bertau qui tenait des assemblées à l’abbaye de Montmartre, où elle avait été instruite 1314.

Bertot est reconnu comme le chef du « petit troupeau » quiétiste par le même Saint-Simon, toujours précisément informé par ses amis les ducs de Chevreuse et Beauvilliers :

[on pouvait] entendre un M. Bertau à Montmartre, qui était le chef du petit troupeau qui s’y assemblait et qu’il dirigeait 1315.

Le témoignage capital donné par un informateur au service de Madame de Maintenon confirme le rôle central de Bertot dans les cercles laïcs constitués autour de Montmartre. Il met aussi en lumière son activité auprès des Nouvelles Catholiques, auxquelles Madame Guyon et Fénelon furent attachés. Bertot avait auparavant fait une donation aux Nouvelles Catholiques - en les associant à une œuvre de charité 1316. Le lecteur appréciera le parfum d’enquête policière qui se dégage d’un document par ailleurs fort bien informé 1317 :

[f° 2v°] Si cette doctrine [le quiétisme] a eu cours ou non, si elle fut étouffée alors, ou si elle s’est perpétuée par le dérèglement de quelques misérables prêtres ou religieux, c’est ce que je ne puis dire. Il y a plus de vingt ans que l’on voit à la tête de ce parti Mr Bertau [Bertot], directeur de feu Madame de Montmartre, qui mourut en 1679 ou [16]80. Cet homme était très ignorant et très grossier, sa conduite n’était pas trop édifiante ; j’ai parcouru quelques-uns de ses ouvrages, entre autres quelques lettres manuscrites qui me viennent d’un endroit sûr, ce sont les mêmes principes, le même jargon, et le même galimatias que nous trouvons dans Molinos et dans les autres quiétistes que nous connaissons. Cet homme était fort consulté ; les dévots et les dévotes de la Cour avaient beaucoup de confiance en lui ; ils allaient le voir à Montmartre, et sans même garder toutes les mesures que la bienséance demandait, de jeunes dames de vingt ans partaient pour y aller à six heures du matin tête-à-tête avec de jeunes gens à peu près du même âge. On rendait compte publiquement de son intérieur, quelquefois l’intérieur par écrit courait la campagne. Mr B[ertot] faisait aussi des conférences de spiritualité à Paris dans la maison des Nouvelles Catholiques, et auxquelles plusieurs dames de qualité assistaient et admiraient ce qu’elles n’entendaient pas. Les soeurs n’y assistaient pas [y assistaient ?], les supérieurs de cette maison ne voyant rien d’ouvertement mauvais ne les empêchèrent pas. Les ouvrages de cet homme tant imprimés que manuscrits sont en grand nombre, je ne sais pas précisément quels ils sont. Madame G[uyon] était, disait-il, sa fille aînée, et la plus avancée, et Madame de Charost était la seconde, aussi soutient-elle à présent ceux qui doutent. Elle paraît à la tête du parti, pendant que Madame Guyon est absente ou cachée. Quoique j’ai bien du respect pour Madame de Charost, je crois vous devoir avertir qu’il faut y prendre garde. […]

[f° 39v°] On pourra tirer des lumières de la sœur Garnier et de la sœur Ansquelin des Nouvelles Catholiques, si on les ménage adroitement, et qu’on ne les commette point. Elles peuvent parler sur Madame Guyon, sur la soeur Malin et sur Monsieur Bertot. Il se faisait chez elles des conférences de spiritualité auxquelles présidait Monsieur Bertot. Les Nouvelles Catholiques n’y assistaient pas, elles pourront néanmoins en dire quelque chose. Madame la duchesse d’Aumont et Madame la marquise de Villars pourront dire des nouvelles de la spiritualité du sieur Bertaut avec qui Madame Guyon avait une liaison si étroite qu’il disait que c’était sa fille aînée. […]

Malgré la vindicte de Madame de Maintenon, ce petit groupe était fort apprécié de Louis XIV pour sa haute moralité et son honnêteté : Chevreuse fut conseiller particulier du roi, Beauvilliers conservera la responsabilité des finances royales, Fénelon fut nommé précepteur du Dauphin. Malgré le manque de liberté de conscience sous ce règne, le cercle solidement constitué par Bertot, puis regroupé autour de Madame Guyon, résistera à toutes les intimidations et survivra longtemps après la mort de celui-ci.

J. Bertot mourut prématurément à 59 ans à Paris le 28 avril 1681 1318 :

  11e septembre 1684, Transaction devant les notaires de Caen au sujet du testament du sieur abbé Bertot : […] on célébrera tous les ans à perpétuité un service solennel le jour de son décès arrivé le 28 avril 1681 pour repos de son âme avec une basse messe de Requiem tous les premiers mardy de chaque mois où les pauvres dud[it] hopital assisteront… » 1319.

Madame Guyon a ainsi raison lorsqu’elle situe la mort de son directeur avant le début de ses voyages :

Je ne pouvais plus consulter M. B[ertot], car il était mort quatre mois avant mon départ1320.

Le savant prélat érudit Huet donne une date fausse dans la lettre citée au début de cette biographie de Bertot, dont nous terminons ici la reproduction :

Mr le duc de Beauvilliers qui eût bien la bonté d’accepter la charge d’être exécuteur de son testament. Il [Bertot] mourut le vingt-trois d’avril 1683 à Montmartre, âgé de 59 cinquante neuf [sic]. Il est inhumé au dessous du bénitier dans l’église de la d[ite] abbaye1321.

Les écrits reproduits dans le Directeur Mystique ont probablement cheminé par le duc de Beauvilliers, exécuteur testamentaire, ensuite par une religieuse de Montmartre, puis par le père Paulin d’Aumale qui les remit à la duchesse de Charost 1322. Ce père eut en dépôt les écrits de Bertot car tous deux appartenaient probablement au même couvent de Nazareth à Paris.

7 juillet 1694. Il y a environ dix ans que Dieu m’ayant donné la connaissance de Mme la duchesse de Charost, par une visite qu’elle me fit l’honneur de me rendre dans notre église, à l’occasion de quelques manuscrits de feu M. l’abbé Bertot, qu’une religieuse de Montmartre, nommée Mme de Saint-André, m’avait chargé à sa mort de lui remettre entre les mains […] je l’allais voir chez elle…1323

Ces manuscrits parvinrent finalement à Madame Guyon. On peut supposer qu’elle disposait également de lettres confiées à ses proches ; tous ces écrits furent préparés pour l’édition par Madame Guyon après sa sortie de la Bastille et enfin édités, sous le nom du Directeur mistique [sic], par les amis de Poiret, en 1726.

Bien que sans événement majeur, la vie de Bertot fut donc extrêmement remplie. Pourtant, grâce aux très rares confidences échappées au fil des lettres du Directeur Mystique 1324, on sait que ce rôle ne fut pas dicté par sa volonté personnelle :

Les affaires sont un poison pour moi et une mort continuelle qui ne fait nul bien à mon âme, sinon que la mort, de quelque part qu’elle vienne, y donne toujours un repos. Mais je n’expérimente pas que cela soit ma vocation ; et ainsi ce repos n’est pas de toute mon âme, mais seulement de la pointe de la volonté 1325.

Son rôle fut capital : ce prêtre entièrement dévoué à la tâche de direction spirituelle, assura la transmission de la spiritualité vécue par le groupe normand constitué autour de l’Ermitage de Jean de Bernières et du monastère de Jourdaine de Bernières, vers le groupe de Paris, constitué autour du monastère de Montmartre et du cercle qui deviendra celui de Madame Guyon quand elle succèdera à son directeur spirituel.

Des copies de lettres de Bertot circulaient chez les fidèles de Madame Guyon et celle-ci jugeait ses écrits si importants qu’elle s’est donné la peine de les rassembler elle-même dans le Directeur Mystique. L’Avertissement du premier volume, rédigé probablement par elle, atteste sa reconnaissance envers lui.

L’influence de Monsieur Bertot se poursuivra jursqu’au siècle suivant : il a été lu dans les cercles guyonniens en Europe au XVIIIe siècle. Les noms de Bertot et Bernières furent engloutis dans la catastrophe de la condamnation du quiétisme et disparurent du monde catholique. Leur importance mystique ne fut plus reconnue que par des protestants éloignés dans le temps, ce qui en quelque sorte « ferme la boucle » sur deux siècles d’histoire. Un choix d’extraits du Directeur mystique a été réédité en milieu piétiste 1326. On trouve le Directeur Mystique ainsi que le Chrétien intérieur de Bernières dans les rares livres possédés par le pasteur Dutoit 1327 et saisis par la police bernoise, lorsque l’activité jugée suspecte de ce dernier provoque une descente chez lui :

Inventaire et verbal de la saisie des livres et écrits de Monsieur Dutoit, 1769 : l’inventaire suivant: la Bible de Madame Guyon et plusieurs de ses ouvrages, Monsieur de Bernières, soit le Chrétien intérieur, la Théologie du Coeur, Le Directeur mystique de Monsieur Bertot, Oeuvres de Ste Thérèse [en note : appartient à Mr Grenus], La Bible de Martin, l’Imitation d’A. Kempis. Déclarant de bonne foi1328.

Les noms de Madame Guyon et de Bertot sont associés dans une lettre de Fleischbein, dont l’épouse, Pétronille d’Eschweiller, fut présente à Blois, auprès de Madame Guyon. Il déclare à son jeune disciple suédois, le comte de Klinckowström :

Dévorez, consumez  écrivent Mme Guyon et M. Bertot [et plus loin:] C’est ce que conseillent et attestent Mme Guyon, M. Bertot, tous les mystiques 1329.

L’importance de Bertot et Bernières est donc reconnue par les disciples de Madame Guyon, majoritairement des étrangers protestants. On sait le rayonnement de Fénelon et l’influence souterraine exercée par nos mystiques sur les jésuites Milley et Caussade, les protestants Tersteegen et Wesley, au XVIIIe siècle. Leur redécouverte, amorcée par Ramière, autre jésuite redécouvrant Caussade au XIXe siècle, est récente. Le nom même de Bertot réapparaîtra sous le nom de Berthod dans la monumentale Histoire du sentiment religieux de Bremond 1330 où il redécouvre de grands spirituels en retournant aux textes eux-mêmes. Bertot a droit, cette fois sous son vrai nom, à un article de Pourrat dans le Dictionnaire de Spiritualité puis, cette fois sous son vrai nom, à un exposé sérieux : « J’ai peur de trop bien comprendre. Les actions de l’âme ne sont plus les siennes mais celles de Dieu ». L’époque où oeuvrait Pourrat explique sa sévérité vis-à-vis des « préquiétistes » auxquels appartiendraient Bernières, le frère Laurent de la Résurrection (!), le grand carme Maur de l’Enfant-Jésus disciple de Jean de Saint-Samson, etc. 1331.

Le mot « quiétisme » est apparu aux historiens modernes comme une étiquette qui ne correspond à aucun contenu cohérent : on ne retrouve pas les propositions condamnées dans les auteurs dits « quiétistes » 1332. Notre époque, enfin, semble capable de redécouvrirsans peur l’expression profonde de ces grands mystiques sans leur accoler d’étiquette toute faite ou des idées préconçues.

3. L’œuvre.

Le corpus de l’œuvre, tel que nous avons pu le reconstituer pour la première fois, comporte sept volumes publiés en trois fois sur une très longue durée de soixante-quatre ans. Un huitième volume qui s’intitulerait De la Contemplation resterait peut-être à découvrir 1333.

Les Retraites.

En 1662 parurent Diverses retraites où une âme après avoir connu son désordre par la lumière du Saint-Esprit, se résoud à le quitter, et embrasser le chemin de la sainte perfection  ainsi que la Continuation des retraites dans lesquelles l’âme puisera des lumières pour travailler solidement à sa perfection 1334  : elles donnent en deux volumes, comportant toutefois une pagination unique sinon cohérente, des schémas de retraites probablement rassemblés par les soins d’auditeurs.

Le caractère schématique et de seconde main, ou du moins attestant des retouches, nuit au contenu,  même si l’on admet que les protestations ultérieures de J. Bertot, qui seraient à l’origine du complément de sa main intitulé Conclusion aux retraites, ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Le genre littéraire propre aux schémas de retraites est bien connu ; de nos jours il apparaît caduc car il est plutôt adapté à des prédicateurs préparant des retraites de dix jours qu’aux besoins actuels. On se reportera plutôt aux retraites de Jean Chrysostome de Saint-Lô qui ont été en honneur dans le groupe de l’Ermitage et méritent la plus grande attention 1335 ; c’est pourquoi nous ne retiendrons aucun texte de ces deux volumes, bien qu’ils reflètent l’activité pastorale de Bertot.

La Conclusion des Retraites […] de l’oraison…

Vingt-deux ans plus tard, en 1684, paraît La conclusion des retraites où il est traité des degrés et des états différens de l’oraison, et des moyens de s’y perfectionner. Ce troisième et dernier volume édité, après la mort de Bertot 1336, par les soins de la supérieure du couvent de Montmartre, a été retrouvé à Chantilly grâce à A. Derville. Il s’agit d’un traité bref, mais bien charpenté et très précis, couvrant avec grande autorité toute la voie mystique : nous n’en connaissons pas d’équivalent contemporain. Le seul texte qui puisse l’égaler est celui des Torrents de Madame Guyon qui reprend le fond de cet exposé sous une forme parfois lyrique. Les deux textes sont d’une grande finesse psychologique. Nous rééditons ce traité dense dans sa totalité, en conclusion du volume. Il résume les principaux thèmes de la correspondance et des opuscules.

Bertot y prend le risque d’affirmer sa grande autorité, poussé à rédiger un tel traité, contrairement à son habitude, pour corriger la perspective des deux volumes de Retraites précédemment publiés : « Tous les degrés d’oraison sont expliqués, les marques pour connaître quand on y est, y sont données, et les effets de chaque degré sont aussi marqués. »

Il est réputé écrire peu  et présente en premier lieu les raisons qui justifient cette entreprise pour lui inhabituelle : précaution contre tout risque de fuite devant la réalité, reconnaissance des dons de la grâce prête à répondre à toute ouverture, reconnaissance de la fonction propre à chaque degré qui devra être parcouru au rythme propre à chacun. La grâce divine apporte le bonheur dès cette vie.

Ensuite commence l’exposition des degrés et des états, partie constituant le traité proprement dit. Elle nous intéresse par la précision de la définition des états et des critères de passages entre eux, qui révèle une expérience de première main couvrant l’ensemble du parcours mystique.

Elle est écrite avec concision sinon légèreté, ce qui est possible car les éléments de persuasion, caractéristiques de l’activité d’un confesseur conférencier, ont été laissés aux deux premiers volumes de Retraites, dont ce traité constitue l’adjonction correctrice. Le lecteur doit surmonter un style recherchant la précision plutôt que l’élégance mais sera largement récompensé de ses efforts. Une certaine pesanteur traduit la volonté du directeur d’éliminer tout ce qui pourrait être source de méprises sur la situation réelle des dirigés.

Le Directeur mystique.

De nombreux manuscrits de Jacques Bertot furent transmis après sa disparition à Madame Guyon. Ils furent mis en ordre par celle-ci, à Blois, probablement après 1710, à une époque où elle était en relation avec l’éditeur P. Poiret, devenu son disciple. Elle avait connu l’errance, la reconnaissance publique suivie des prisons, une série d’événements qui normalement auraient dû la distancier d’un ancien directeur mort trop tôt, en 1681. Mais dans sa vieillesse, elle veut rendre hommage à celui qui l’a formée et qui lui a transmis la possibilité d’aider les autres.

La mise en ordre des écrits de Monsieur Bertot nous apparaît ainsi comme un témoignage de respect rendu vers la fin de sa vie, un « tombeau » élevé à sa mémoire 1337. Ces textes sont édités en 1726 sous le titre : Le directeur Mistique ou les Oeuvres spirituelles de M. Bertot, ami intime de feu M. de Bernières et directeur de Mad. Guion 1338, par le cercle de P. Poiret peu après la mort de ce dernier ; il s’est alors écoulé quarante cinq ans depuis la mort de Bertot

Le titre révélateur de « Directeur Mystique » peut paraître étrange mais l’association des deux termes résume bien le contenu des quatre volumes. En conclusion sont données vingt-et-une lettres - vingt-deux si l’on compte l’ajout d’une lettre-conclusion - de Jeanne Guyon qui ne sont pas adressées à son directeur et qui apparaissent comme postérieures à la mort de ce dernier. Ces lettres montrent la maturité et l’autorité de celle qui s’adresse à son tour à des dirigés, reprenant ainsi la tâche de direction spirituelle là où Monsieur Bertot l’a interrompue 1339. Cela traduit la volonté des disciples de Madame Guyon en relation avec le cercle de P. Poiret, (lui-même devenu l’un d’entre eux), d’indiquer J.-M. Guyon comme le successeur.

L’avertissement indique que Bertot est un disciple de Bernières et souligne la continuité doctrinale entre eux, qui sera de même assurée par Madame Guyon par rapport à Bertot:

…les Ecrits et les Lettres de Monsieur Bertot, son Ami intime et son Fils Spirituel … enseignent la même doctrine…1340.

Il est très difficile de distinguer leurs écrits. C’est la même eau qui court, dans un style plus abrupt et dense chez Monsieur Bertot, plus clair et lyrique chez sa dirigée. Une réécriture de certains textes a pu avoir lieu pour quelques opuscules ou petits traités du tome I 1341. C’était l’époque où l’on se permettait facilement d’intervenir dans le texte d’autrui. De toute façon, ce groupe ne se préoccupait pas de la vanité d’être un auteur. Ils se souciaient uniquement de transmettre une expérience commune grâce à un vocabulaire identique, de génération en génération, de façon à ce que les mystiques futurs puissent s’appuyer sur des textes solides.

Douze traités (vol. I) sont suivis de 221 lettres montrant les qualités de précision et l’autorité du directeur (vol. II à IV). Elles sont adressées à des correspondants non cités par discrétion ou prudence.

A l’œuvre de Bertot, Madame Guyon (ou peut-être les proches de Poiret, mais nous doutons qu’ils aient pris une telle liberté par rapport à « notre mère ») a ajouté une relation concernant Marie des Vallées (vol. II), et des lettres qui lui furent adressées par Maur de l’Enfant-Jésus (vol. IV) : ils sont nommément cités. L’ensemble se termine sur des lettres de Madame Guyon adressées à des disciples, indiquant une continuité dans l’apostolat 1342.

Il est difficile d’établir des attributions certaines pour les lettres de Bertot qui constituent la plus grande partie du DM : les références personnelles sont rares, car elles ont été volontairement omises lorsqu’elles n’étaient pas intimement intégrées au sein du texte. Les dates aussi ont été enlevées. Le classement de l’édition, initié par Madame Guyon, poursuivi par Poiret, mélange les correspondants et n’est pas chronologique, parce qu’il a été établi selon un critère d’intériorité croissante.

De nombreuses lettres sont adressées à Madame Guyon, souvent en réponse aux questions que celle-ci posait sous forme de « lettres à l’auteur » : l’ensemble constitue ainsi une correspondance fascinante qui complète heureusement ce qu’elle rapporte dans la Vie. Cette correspondance corrige l’aspect quelque peu négatif de leurs relations telles qu’elles sont rapportées au début de la Vie dont la rédaction se situe encore tôt dans la vie de Madame Guyon. Elle apprécia mieux par la suite Monsieur Bertot en préparant ce Directeur mystique.

Autres sources.

On retrouve quelques lettres de Bertot reprises dans la correspondance publiée de Madame Guyon 1343, ainsi qu’une belle lettre 1344 restée manuscrite, datée du 22 mars 1677, recopiée de la main de Dupuy, copiste de lettres de Madame Guyon au duc de Chevreuse.

4. Aperçu de la voie.

Monsieur Bertot se situe dans une tradition chrétienne reconnue, comme le montrent les quelques recommandations de lecture qu’il donnait :

Tant de livres ont été faits par de saintes personnes pour aider les âmes en la première conduite, comme Grenade, Rodriguez et une infinité d’autres Pour la voie de la foi, il y en a aussi plusieurs, comme le bienheureux Jean de la Croix, Taulère, le Chrétien Intérieur [de Bernières] et une infinité d’autres1345.

Le livre de la Volonté de Dieu [ou Règle de Perfection] de Benoît de Canfeld peut beaucoup servir 1346.

Mais il ne s’agit jamais d’une « théorie » relevant du champ théologique. Le progrès dans la voie ne dépend jamais d’états spirituels ou d’extases, ces moments privilégiés qui fascinent beaucoup d’entre ceux qui approchent la littérature spirituelle. Bertot reste des plus discrets à leur sujet : ce directeur expérimenté considère les « lumières » comme des appels à se mettre en chemin et une aide à en accepter les fatigues, mais dont les spirituels confirmés auxquels il s’adresse doivent se détacher. Il affirme sans détour la réalité d’un état permanent en Dieu vers lequel il appelle sans relâche à se diriger sans s’arrêter en route.

Dans le premier volume du Directeur mistique, Monsieur Bertot distingue deux degrés qui correspondent à la découverte de l’intériorité puis à l’établissement dans l’unité, un troisième qui correspond à la désappropriation, un dernier à la renaissance à une nouvelle vie : la foi commence à simplifier l’âme, et le feu de ses opérations diminue sans savoir comment ; s’ensuit le repos qui consiste à trouver Dieu en son fond de même que l’on clarifie de l’eau en la laissant reposer ; l’âme se laisse alors couler et perdre dans l’abîme, non par son action mais par une inclination centrale ; enfin l’âme ayant perdu son soi-même en Dieu devenu son principe divin, elle fait ce que Dieu veut faire d’elle et par elle. On retrouve là l’écho de son maître Jean de Bernières :

La pure oraison cause la perte de l’âme en Dieu où elle s’abîme comme dans un océan de grandeur, avec une foi nue et dégagée des sens et des créatures. Jusqu’à ce que l’âme en [237] soit arrivée là, elle n’est point en Dieu parfaitement, mais en quelque chose créée qui la peut conduire à ce bienheureux centre; c’est pourquoi il faut qu’elle se laisse conduire peu à peu aux attraits de la grâce pour ainsi s’élever à une nudité totale par sa fidélité. [...] Cette perte en Dieu ne se peut exprimer que grossièrement, comme par la comparaison d’une goutte d’eau qui tombe dans la mer: par cette chute elle s’y abîme et s’y perd et devient en quelque manière la mer même par la pleine participation de toutes ses qualités. Ainsi une âme élevée en Dieu par la foi nue s’y unit, s’y abîme et s’y perd, participant aux perfections de Dieu qui la déifient en quelque [238] manière.1347.

Une longue description dans le troisième volume du même Directeur mystique précise le chemin :

Il y a quatre degrés en la vie spirituelle, et par lesquels l’âme est conduite en cette vie. Le premier est celui des bonnes lumières et des bons désirs Le second est l’oraison passive en lumière, qui n’est autre chose qu’une quantité de lumières divines données de Dieu dans les puissances ; et leur effet particulier est de les purifier, en leur faisant voir la beauté Ce troisième degré est commencer à entrer dans l’intérieur du temple, je veux dire de Dieu même; et pour cet effet Dieu lui soustrait ses lumières, ses goûts et les désirs de Lui. Elle se débat et fait des efforts pour donner ordre à ce malheur c’est une divine lumière obscure et inconnue qui est donnée à l’âme dans le fond et non dans les puissances, qui fait évanouir votre première lumière qui était dans les puissances et fait voir ainsi leur vie et malignité. Comme la première lumière des puissances faisait voir les ordures du dehors celle-ci fait voir la vie et la saleté de la créature. comme les effets de la première lumière étaient de remplir et de nettoyer, les effets de celle-ci sont de vider et de faire mourir Après un long temps de mort et que l’âme y a été bien fidèle et y a bien souffert ce qui ne se peut dire, par la purification de son intérieur selon toutes ses parties, mais comme en bloc et en confusion, car la lumière y est générale, Dieu lui ôte encore toute la dévotion qu’elle avait … Elle se résout donc de plus en plus à mourir et de se laisser ainsi tuer toute vive et malgré elle. C’est pour lors que l’on découvre cette beauté admirable de notre âme dans sa ressemblance avec Dieu: Vous avez gravé en nous et sur nous la beauté de votre visage. Et un pauvre paysan vous dira des merveilles de l’unité de Dieu Il voit dans son âme comme dans une glace cette unité divine et dans l’opération de ses puissances revivifiées

5. La direction de Madame Guyon.

Monsieur Bertot fut le directeur de très nombreuses personnes, aussi bien de religieuses que de laïcs, d’aristocrates et de gens très simples. Mais les rares traces qui nous en restent n’existent que par le témoignage de madame Guyon. C’est pourquoi nous allons parler plus particulièrement des relations de Monsieur Bertot avec Madame Guyon, sa dirigée la plus connue, car elle est la seule à en avoir relaté les détails dans son autobiographie.

Nous donnons des extraits assez larges parce qu’ils éclairent ce que peut être une direction qui vise à faire franchir le plus rapidement possible les grands obstacles rencontrés sur le chemin mystique. La mémoire de la dirigée est encore vive puisque le début de sa Vie par elle-même a été rédigé dès 1682.

Madame Guyon rencontra Monsieur Bertot grâce à des intermédiaires que celui-ci connaissait depuis longtemps : il est intéressant de voir comment s’enchaîna une succession de rencontres providentielles qui répondaient à son désir d’un approfondissement intérieur. Ce fut la Mère Geneviève Granger, supérieure des bénédictines du couvent de Montargis, qui prit en charge Madame Guyon, et qui la présenta à Monsieur Bertot, la jugeant probablement arrivée à une certaine maturité spirituelle.

Nous ne possédons malheureusement que peu d’informations sur cette belle figure de religieuse dont l’influence, majeure sur la jeune femme, fut parallèle à celle de Bertot 1348:

« … après sa mort [il s’agit de la mère Granger] ses amis ayant demandé quelque chose à garder pour l’amour d’elle, on fut contraint de les refuser, son trésor ne renfermait que deux choses, un pauvre crucifix et un chapelet. … aux pauvres gens qui venaient au tour du monastère, elle avait des respects prenait plus de plaisir à converser avec eux qu’avec les grands du monde, elle ne pouvait souffrir qu’une religieuse parlât de sa naissance elle se regardait comme une cloche qui avertit les autres d’aller à Dieu avait en horreur sa propre excellence, disant qu’il n’y avait rien qui éloignât davantage les âmes de la perfection que l’estime secrète voulait que l’on fît des actions ordinaires d’une façon surnaturelle … Elle avait reçu de Dieu une lumière surnaturelle pour connaître l’intérieur de ses filles [qui] n’avaient point la peine de lui déclarer leur état Approchant d’elle leurs nuages étaient dissipés [La Mère] demandait à Dieu de faire son ouvrage lui-même dans les âmes afin qu’elle n’y eut point de part. »

Madame Guyon fait ainsi le récit de sa première rencontre avec Bertot :

Je dirai que la petite vérole m’avait si fort gâté un oeil que je craignais de le perdre tout à fait, je demandai d’aller à Paris pour m’en faire traiter, bien moins cependant pour cela que pour voir M. B[ertot] que la M[ère] G[ranger] m’avait depuis peu donné pour directeur et qui était un homme d’une profonde lumière. Il faut que je rapporte par quelle providence je le connus la première fois. Il était venu pour la M[ère] G[ranger]. Elle souhaitait fort que je le visse; sitôt qu’il fut arrivé, elle me le fit savoir, mais comme j’étais à la campagne, je ne trouvais nul moyen d’y aller. Tout à coup mon mari me dit d’aller coucher à la ville pour quérir quelque chose et donner quelque ordre. Il devait m’envoyer quérir le lendemain, mais ces effroyables vents de la St Matthieu vinrent cette nuit-là de sorte que le dommage qu’ils causèrent m’empêcha de retourner de trois jours. Comme j’entendis la nuit l’impétuosité de ce vent, je jugeai qu’il me serait impossible d’aller aux Bénédictines ce jour-là et que je ne verrais point M. Bertot. Lorsqu’il fut temps d’aller, le vent s’apaisa tout à coup, et il m’arriva encore une providence qui me le fit voir une seconde fois 1349.

C’est ainsi que Madame Guyon trouva son directeur 1350 : elle se référera à son autorité jusqu’à la fin de sa vie, ce dont témoigne une lettre au comte de Metternich :

« Je vous envoie une lettre d’un grand serviteur de Dieu qui est mort il y a plusieurs années. Il était ami de Monsieur de Bernières, et il a été mon Directeur dans ma jeunesse 1351. »

Tout en demeurant à Montargis, sa ville natale, mais « montant » parfois à Paris, Madame Guyon faisait donc maintenant partie d’un cercle spirituel qui comprenait entre autres la mère Granger, la duchesse de Charost et le duc de Noailles, les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers 1352. Tous avaient une grande vénération pour Monsieur Bertot.

Etrangement, Madame Guyon ne relate dans sa Vie que ses difficultés de relation avec lui. Mais elle en dit la raison : son impossibilité à parler de son état spirituel sauf en mal, alors qu’elle est déjà dans un état d’oraison sans considérations. Elle raconte :

Paris n'était plus pour moi un lieu à redouter, le monde ne servait qu'à me recueillir et le bruit des rues augmentait mon oraison. Je vis M. Bertot, qui ne me servit pas autant qu'il aurait fait si j'avais eu alors le don de m'expliquer, mais Dieu tenait une telle conduite sur moi que, quelque envie que j'eusse de ne rien cacher, je ne pouvais rien dire. Sitôt que je lui parlais, tout m'était ôté de l'esprit 1353, en sorte que je ne pouvais me souvenir de rien que de quelques défauts que je lui disais. Ma disposition du dedans était trop simple pour en pouvoir dire quelque chose, et comme je le voyais très rarement, que rien n'arrêtait dans mon esprit, et que je ne lisais rien qui fut conforme à ce que j'éprouvais, je ne savais comment m'en expliquer. D'ailleurs je ne désirais faire connaître que le mal qui était en moi : c'est ce qui a fait que M. Bertot ne m'a connue qu'après sa mort. Cela m'a été d'une très grande utilité pour m'ôter tout appui, et me faire bien mourir à moi-même1354.

Chez Bertot qui avait à s’occuper de beaucoup de gens, ce mutisme a entraîné un apparent désintérêt :

Je fus faire une retraite avec M. Bertot et Madame de C[harost], au P.[lieu inconnu]. Dieu permit que M. Bertot ne me parlât point qu'un demi-quart d'heure au plus. Comme il vit que je ne lui disais rien, que je ne savais que dire, et que d'ailleurs je ne lui avais jamais parlé des grâces que Notre-Seigneur m'avaient faites, non par envie de les cacher, mais parce que vous ne le permîtes pas, ô mon Dieu, qui n'aviez sur moi que des desseins de mort, M. Bertot parlait aux âmes qu'il croyait d'une plus grande grâce, et me laissait comme celle où il n'y avait presque rien à faire.1355

La Vie témoigne aussi de malentendus qui firent beaucoup souffrir Madame Guyon :

M. B[ertot], sur des rapports qu’on lui fit que je faisais de grandes austérités, car des gens se l’imaginaient à cause de l’extrême peine où j’étais, qui me rendait méconnaissable, et qui me les avait défendues, crut que je me conduisais à ma tête et comme dans cet état déplorable je ne lui pouvais rien mander de moi, Dieu ne le permettant pas, - car quoique j’eusse des peines si vives du péché, lorsque je voulais écrire ou en parler, je ne trouvais rien et j’étais toute stupide ; même lorsque je me voulais confesser, je ne pouvais rien dire sinon que j’avais du sensible pour la créature ; ce sensible était tel que, dans tout le temps qu’il dura, il ne me causa jamais aucune émotion ni tentation dans la chair - M. Bertot m’abandonna, il me fit mander que je prisse un autre Directeur. Je ne doutais plus que Dieu ne lui eût fait connaître mon méchant état, et que cet abandon ne fût la plus sûre marque de ma réprobation [condamnation]. / Je restais si affligée que je crus que je mourrais de douleur.1356

Au moment où elle luttait contre un penchant amoureux, Monsieur Bertot se montra inexorable :

Je croyais être perdue : car tout ce que j’avais pour l’extérieur et l’intérieur me fut ôté. M. Bertot ne me donna plus de secours; et Dieu permit qu’il comprît mal une de mes lettres, et qu’il m’abandonnât même pour longtemps dans mon plus grand besoin, ainsi que je le dirai dans son lieu 1357.

Même lorsqu’elle pensait que son état spirituel s’améliorait, Monsieur Bertot ne la laissait pas être contente d’elle-même :

J’eus l’occasion de voir M. Bertot pour quelque moment. Je lui dis que je croyais mon état bien changé, sans lui en dire le détail, ni ce que j’éprouvais, ni ce qui l’avait précédé. J’eus très peu de temps à lui parler, et encore était-il appliqué à autre chose. Vous permîtes, ô mon Dieu, qu’il me dit que non, peut-être sans y penser. Je le crus, car la grâce me faisait croire ce que l’on me disait malgré mes lumières1358.

Ce n’est qu’en rédigeant son autobiographie qu’elle comprit la signification de ce que la Providence lui avait infligé :

Il semblait que Dieu ne m’avait donné M. Bertot que pour m’ôter les appuis, et non pour m’en servir…1359.

A la fin de son existence, elle reconnaîtra définitivement le sens de ce qu’elle a vécu avec Monsieur Bertot dans l’hommage solennel rendu dans l’Avertissement qui précède le DM :

Ceux qui auront vu l’histoire de la Vie de Madame Guyon écrite par elle-même, y auront remarqué sans doute que notre Auteur a été son Directeur presque durant tout le temps que le divin Amour la conduisit par les voies les plus dures et les plus rigoureuses pour lui faire trouver la vie ressuscitée en Dieu Il est vrai qu’elle reconnaît que, par une [3] providence toute particulière, et pour lui ôter tous les appuis qui auraient pu empêcher en elle la perte de toute vie propre, il ne l’aidait guère pour son intérieur. Cependant Mr. Bertot étant mort dans les commencements de la vie nouvelle, elle nous marque que non seulement elle eut quelque signe de sa mort, et même qu’elle fut la seule à qui il s’adressa, mais aussi qu’il lui a semblé qu’il lui fit part de son esprit pour aider ses enfants spirituels 1360.

En réalité, même si Madame Guyon donne beaucoup d’emphase à sa souffrance, Monsieur Bertot apparaît aussi comme un soutien qui agit quand cela est nécessaire. Il connaît ses besoins malgré la distance physique qui les sépare :

Le jour de l’Assomption de la Vierge de la même année 1672, que j’étais dans une désolation étrange, soit à cause du redoublement des croix extérieures, ou de l’accablement des intérieures, j’étais allée me cacher dans mon cabinet pour donner quelque essor à ma douleur, je vous dis : « O mon Dieu et mon Epoux, vous seul connaissez la grandeur de ma peine. » Il me vint un certain souhait : « O si M. B[ertot] savait ce que je souffre ! » M. B[ertot], qui n’écrivait que rarement, et même avec assez de peine, m’écrivit une lettre datée de ce même jour de l’Assomption sur la croix, la plus belle et la plus consolante qu’il ait guères écrite sur cette matière. Il faut remarquer qu’il était à plus de cent lieues d’où j’étais 1361.

De même qu’il avait su à distance la mort de la Mère Granger :

M. B[ertot], quoiqu’à cent lieues du lieu où la mère Granger mourut, eut connaissance de sa mort et de sa béatitude et aussi un autre religieux 1362.

Quand Madame Guyon a besoin d’un précepteur pour son fils, Monsieur Bertot vient à son secours :

J’allai à Paris exprès pour voir M. Bertot. Je pris prétexte d’une affaire, comme j’en avais un extrême désir. Les instantes prières que je lui avais fait faire de me conduire, jointes à la mort de mon mari dont il crut que je serais fort affligée, l’obligèrent à me conduire de nouveau, ce qui ne me fut que très peu utile, car outre que je ne pouvais lui rien dire de moi, ni me faire connaître à lui, parce que toute idée m’était ôtée, même celle de mes misères, lorsque je lui parlais, votre Providence, ô mon Dieu, permettait que, lorsque j’étais empressée de le voir dans le besoin extrême que je croyais avoir de lui, c’était alors que je ne le pouvais voir. Je fus bien douze ou quinze jours à Mon[tmartre] sans lui pouvoir parler et en près de deux mois je ne lui parlai que deux fois, et encore pour peu de temps, et de ce qui me paraissait le plus essentiel. Je lui dis le besoin que j’avais d’un ecclésiastique pour élever mon fils et lui ôter les mauvaises habitudes et les impressions désavantageuses qu’on lui inspirait contre moi, ce qui était d’autant plus de conséquence qu’il devenait plus grand, car ma belle-mère lui inspirait sans cesse que je n’étais qu’une gueuse, que tout le bien venait de son côté, ce qui n’était pas tout à fait vrai. Cela vint à tel point que, quand il parlait de moi, il ne m’appelait jamais sa mère, mais « elle a dit, elle a fait ». M. Bertot me trouva un prêtre dont on lui avait rendu de très bons témoignages, il me l’envoya1363.

Quelle que soit la difficulté de sa relation avec Monsieur Bertot, Madame Guyon lui témoignait une confiance absolue, voyant en lui l’ordre de Dieu :

Je crus cependant que, quoiqu’il ne m’aidât plus, je devais m’adresser à lui pour une affaire de cette importance, et préférer ses lumières à toutes autres, persuadée que j’étais qu’il me dirait infailliblement la volonté de Dieu. J’y allai donc et il me dit que mon dessein était de Dieu et qu’il y avait déjà quelque temps que Dieu lui avait fait connaître qu’il voulait quelque chose de moi. Je le crus sans hésiter; et je revins pour mettre ordre à tout1364.

Madame Guyon est la destinataire très probable, mais non citée par discrétion, de nombreuses lettres citées dans le DM. Dans celle-ci, le détail de la maladie de la goutte du mari rend cette attribution certaine. Cette lettre rend compte de l’atmosphère habituelle qui régnait entre Bertot et Madame Guyon pendant les dix ans que dura leur relation :

Lettre à l’auteur : Depuis dix ou douze jours Mr. N [Guyon] a eu la goutte. J’ai cru qu’il était de l’ordre de Dieu de ne le pas quitter et de lui rendre tous les petits services que je pourrais. J’y suis demeurée, mais avec une telle paix et satisfaction que je n’en ai expérimenté de même. La bonne Mère [Granger] m’aide infiniment. Je suis bien heureuse qu’elle souffre que je lui conte mes misères: tout ce qu’elle me dit va bien avant dans mon coeur et j’ai fort envie d’en profiter. / Lettre 29 [réponse de Bertot] : Vous avez très bien fait de m’écrire et vous pouvez être sûre M[adame] que j’ai une joie extrême de vous pouvoir être utile en quelque chose. J’en ai reçu une que je ne vous puis exprimer, remarquant en votre lettre non seulement l’accroissement de la lumière divine en votre âme, mais encore ses grandes démarches. Car vous ne pouvez être plus certaine par aucune chose de la vérité de cette divine lumière en votre âme que par cette paix et joie à vous contenter de l’ordre de Dieu dans le service que vous rendez à M[onsieu]r. Remarquez donc que non seulement tout ce service est ordre de Dieu sur vous, mais encore tout ce que ce divin ordre opère en votre âme. Autrefois vous auriez désiré un million de choses et auriez été chagriné en ce bas emploi : mais l’esprit de Dieu vous employant par sa divine lumière en cela, vous y fait trouver Dieu qui vous met dans le repos, et qui vous y fera trouver une plénitude où vous trouverez toutes choses Vous faites bien d’être fidèle aux quatre heures d’oraison que vous faites: mais quand la providence vous en dérobera, pour lors laissez-vous heureusement surprendre Vous ne m’avez jamais mieux exprimé votre intérieur, ni mieux dit ce qui s’y passe; soyez en certaine : c’est pourquoi je renvoie votre lettre avec celle-ci, afin que gardant l’une et l’autre, elles vous servent, d’autant que cela vous sera utile pour toute votre vie1365.

Cette alliance d’amour et de rigueur, caractéristique de Monsieur Bertot, se voit dans les lettres de provenances diverses rassemblées dans le DM. Dans ce décalogue, il montre un esprit concret, raisonnable mais exigeant envers son interlocutrice (nous allégeons beaucoup le contenu des paragraphes, ce qui lui donne toute sa force) :

Vous avez vécu jusqu’ici en enfant avec bien des ferveurs et lumières. / Lisez et relisez souvent ceci; car c’est le fondement de ce que Dieu demande de vous.

1. Si le bon Dieu vous donne des lumières vous pouvez vous y appliquer par simple vue et recevoir de sa bonté ce qu’il lui plaira de vous donner; et si votre âme n’a aucun désir de cette application, il ne faut que continuer votre simple occupation.

2. Continuez votre oraison quoique obscure et insipide. Dieu n’est pas selon nos lumières et ne peut tomber sous nos sens.

3. Conservez doucement ce je ne sais quoi qui est imperceptible et que l’on ne sait comment nommer, que vous expérimentez dans le fond de votre âme; c’est assez qu’elle soit abandonnée et paisible sans savoir ce que c’est.

4. Quand vous êtes tombée dans quelque infidélité, ne vous arrêtez pas à la discerner et à y réfléchir par scrupule; mais souffrez la peine qu’elle vous cause, que vous dites fort bien être un feu dévorant, qui ne doit cesser que le défaut ne soit purifié et remédié.

5. Pour la douceur et la patience, elles doivent être sans bornes ni mesures. …

6. Pour les pénitences, la meilleure que vous puissiez faire est de les quitter…

7. Soyez fort silencieuse, mais néanmoins selon votre état en observant ce que vous devez à un mari, à vos enfants

8. Ce que vous me dites est très vrai que vous êtes bien éloignée du but … Pourvu que vous soyez fidèle, je ne vous manquerai pas au besoin, pour vous aider à vous approcher de Dieu promptement.

9. Vous expérimenterez très assurément que plus vous travaillerez de cette manière, plus vous vous simplifierez et demeurerez doucement et facilement auprès de Dieu durant le jour, quoique dans l’obscurité : au lieu de vous nuire, cela vous y servira.

10. Quand vous avez fait des fautes et que vous y avez remédié oubliez-les par retour simple à Dieu sans faire multiplicité d’actes. 1366

Son amour appelle à rejeter tout attachement et à dépasser toute limitation pour aller vers la vie en Dieu qu’il connaît d’expérience :

Vous avez cru autrefois avoir des merveilles et vous n’aviez rien: et à présent que vous croyez n’avoir rien et être toute corruption et pauvreté, vous pouvez être tout si vous en faites usage, concourant avec Dieu, qui y agit en Dieu, vous laissant doucement pourrir et mourir et vous dénuer, et par là tomber dans le calme et l’abandon1367.

Il ne faut pas s’arrêter en chemin :

Je vous dis que c’est la voie, et non pas votre centre : car vous ne devez pas vous y reposer ni y jouir, mais passer doucement plus loin en Dieu et dans le néant ; c’est-à-dire qu’il ne faut plus vous arrêter à rien quoiqu’il faille que vous soyez en repos partout. Sachez que Dieu est le repos essentiel et l’acte très pur en même temps et en toutes choses1368.

Monsieur Bertot peinait à sortir de ses états mystiques et n’écrivait que si la grâce l’incitait à le faire :

En vérité Il me détourne tellement des créatures que j’oublie tout, volontiers et de bon cœur. Ce m’est une corvée étrange que de me mettre la main à la plume, tout zèle et toute affection pour aider aux autres m’est ôtée, il ne me reste que le mouvement extérieur : mon âme est comme un instrument dont on joue ou, si vous voulez, comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de Celui qui l’anime. Cette disposition d’oubli me possède tellement, peut-être par paresse, qu’il est vrai que je pense à peu de chose 1369.

Aux paroles et aux lettres, ce profond spirituel préférait la communication directe avec les âmes dans le silence :

Puisque vous voulez bien que je vous nomme ma Fille, que vous l’êtes en effet devant Dieu qui l’a ainsi disposé, vous souffrirez que je vous traite en cette qualité, vous donnant ce que j’estime le plus, qui est un profond silence. Ainsi lorsque vous avez peut-être pensé que je vous oublierais, c’étais pour lorsque je pensais le plus à votre perfection. Mais je vous parlerai toujours très peu : je crois que le temps de vous parler est passé, et que celui de vous entretenir en paix et en silence est arrivé. Demeurez donc paisible, contente devant Dieu ou plutôt en Dieu dans un profond silence. Et pour lors vous entendrez ce Dieu parlant profondément et intimement au fond de votre âme.1370.

Je vous en dis infiniment davantage intérieurement et en présence de Dieu ; si vous y êtes attentive, vous l’entendrez.1371.

Madame Guyon ne l’avait pas compris, bien qu’elle ait constaté sans se l’expliquer qu’elle était forcée au silence devant Monsieur Bertot. C’est seulement plus tard dans son propre cercle spirituel qu’elle expérimentera la communication en silence.

Dans plusieurs lettres à des intimes, Monsieur Bertot affirme sans ambages la véritable nature de sa direction spirituelle. Elle se situe non dans le langage, mais dans l’union directe avec les âmes parce qu’il les retrouve dans la profondeur divine.

Je vous assure, Madame, que mon âme vous trouve beaucoup en Dieu et qu’encore que vous soyez fort éloignée, nous sommes cependant fort proches, n’ayant fait nulle différence de votre présence et de votre absence, départ et éloignement. Les âmes unies de cette manière peuvent être et sont toujours ensemble autant qu’elles demeurent et qu’elles vivent dans l’unique nécessaire: là elles se servent et se consolent aussi efficacement pour le moins que si elles étaient présentes, et la présence corporelle ne fait que suppléer au défaut de notre demeure et perte en Dieu. C’est donc là que l’on trouve ses amis et qu’on leur est plus utile qu’en toute autre manière, car en les trouvant on ne laisse pas d’avoir Dieu et de jouir de Lui. Et au contraire quand on a ses amis et qu’on en est occupé par les sens, pour l’ordinaire on est peu en Dieu et on leur est peu utile1372.

Comme dans la tradition des Pères du désert ou des staretz de l’Orthodoxie, il porte ses enfants spirituels dans sa plongée en Dieu et affirme avec hardiesse qu’à travers ce « néant » qu’il est devenu, la grâce divine peut agir :

Je veux bien satisfaire à toutes vos obligations et payer ce que vous devez à Dieu : j’ai de quoi fournir abondamment pour vous et pour beaucoup d’autres; j’ai en moi un trésor caché, c’est un fond inépuisable qui n’est autre que mon néant: c’est là que tout est, c’est là que je trouve de quoi satisfaire à vos obligations. Ce trésor est caché car on croit que je suis quelque chose : c’est qu’on ne me connaît pas. Ce fonds est un trésor, car c’est toute ma richesse, c’est mon bien et mon héritage, c’est mon tout. … Il est inépuisable car Dieu en peut tirer tout ce qu’Il veut Je donne tout d’un seul coup et je suis ravi de n’être et de n’avoir plus rien. Je vous soutiendrai que Dieu ne peut épuiser notre néant, comme Il ne peut épuiser son tout. 1373

Dans une admirable lettre, cet homme qui s’épanchait si peu livre avec émotion son souhait le plus profond :

Si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre; et tous ensemble n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul1374.

Monsieur Bertot mourut le 28 avril 1681 et Madame Guyon le sentit à distance. Quelques années plus tard, elle reprit la direction spirituelle des laïcs qui s’étaient regroupés autour d’elle, disant que Monsieur Bertot lui avait transmis son « esprit pour aider ses enfants spritituels » : le travail de Monsieur Bertot put ainsi continuer.



Table

Présentation4


MONSIEUR BERTOT, DIRECTEUR MYSTIQUE8

1. Une « école » des mystiques.9

2. La vie cachée de Monsieur Bertot.14

Caen.16

Montmartre.25

3. L’œuvre.38

Les Retraites.38

La Conclusion des Retraites […] de l’oraison…39

Le Directeur mystique.40

Autres sources.43

4. Aperçu de la voie.44

5. La direction de Madame Guyon.47


LES ECRITS DE MONSIEUR BERTOT60

Avertissement.62

Contenu.62

Forme.62


I CORRESPONDANCE64

Correspondance sans destinataires identifiés64


Volume II du Directeur mystique65

2.1 Don du repos intérieur.65

2.2 Vie solitaire et d’oraison.68

2.5 Comment juger de l’intérieur.71

2.8 Patience en travaillant à sa perfection.74

2.11 Edifier avant que de dénuer.75

2.12 Fidélité à sa voie.78

2.16 Vraie sainteté des choses bonnes.84

2.18 Oraison dans les grands embarras.89

2.21 Fidélité dans les choses de notre état (réponse).91

2.31 Aller à Dieu par ce qu’on a.92

2.32 Mourir au sensible.95

2.34 Fidélité à la foi purifiante.96

2.35 Purification de l’âme par la foi.98

2.39 Purification. Etat de simplicité.106

2.40 Fidélité. Marie des Vallées.107

2.41 Patience à se corriger.108

2.43 Dépendance du bon plaisir divin.109

2.45 Voie à la liberté divine.110

2.46 Chemin pour trouver Dieu.111

2.48 Voie du néant et de la perte.113

2.50 Retour en Dieu par la foi.115

2.52 Avantages de la foi passive.117

2.53 La foi conduisant par les sécheresses.120

2.54 Foi dans les sécheresses des sens.121

2.63 Fidélité au divin néant en foi.123

2.64 Divine Justice, partage du pur amour..128

2.65 Lumière du fond et de ses effets.130

2.66 La lumière divine se levant en l’âme.134


Volume III du Directeur mystique.141

3.8 Fidélité aux croix extérieures et intérieures.143

3.15 Expérience de ses misères.143

3.20 Courir vers Dieu…145

3.21 Se complaire en Dieu.147

3.24 Réponses à des questions :147

3.29 Faire régner Dieu.149

3.30 Oraison véritable. Foi divine.150

3.31 Lumière de foi.155

3.36 Divine volonté.157

3.46 Suivre Dieu sans voir où.157

3.47 Oraison de repos et d’abandon.158

3.55 S’outrepasser et s’oublier.163

3.56 Se voir en Dieu168

3.57 Multiplicité, Simplicité, Nudité.180

3.58 Degrés pour arriver à la vie spirituelle.184

3.60 Avis pour l’état de la foi nue.191

3.62 Perte totale pour trouver Jésus-Christ.201

3.64 Anéantissements et leurs effets.202

3.68B D’un Serviteur de Dieu […] lettre écrite de Canada.209

3.69. Réponse à la lettre […] écrite de Canada.210

3.69B. Du même serviteur de Dieu…222

3.70. Réponse à la précédente. Dieu tout en l’âme.223


Volume IV du Directeur mystique.225

4.01. Le vaisseau.225

4.03. Oraison de foi.225

4.05. Sécheresses.226

4. 06. Simplicité, abandon.227

4.08. Fidélité au don de foi.228

4.11. S’établir en Dieu.229

4.24 Oraison dans les maladies.231

4.30 Perte de soi-même pour trouver Dieu.234

4.42 Aimer Dieu nonobstant ses misères.235

4.49 Abandon sans regard sur soi.235

4.51 On ne trouve la vie que par la mort.239

4.52 Solitude. Abandon absolu.240

4.53. Trouver Dieu Lui-même pour Lui-même.242

4.54. Efficacité du feu de l’amour divin.243


Correspondance avec Madame Guyon (choix)247

[1.] 3.67. Lettre-traité de la vie intérieure. 1672.248

Avant octobre 1674 :256

[2.] 2.06. Chemin pour trouver Dieu.256

[3]. 2.58. Solitude et dégagement. 1674 ?260

Avant juillet 1676 :261

[4]. 2.56. Enfance spirituelle.261

Avant 1678 :264

[5]. 2.57. Maladies.264

[6]. 2.59. Se souffrir.267

1678 ( ?) :268

[7]. 3.32. Se voir en Dieu.268

[8]. 3.33. La mort à soi.274

Avant avril 1681 :279

[9]. 3.65 Réponse : arriver en Dieu, son centre.279

[10]. 3.68. Réponse : mourir à soi.281

[11]. 4.33. La foi une et pure.282

[12]. 4.34. Du centre de l’âme.287

« Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne : »288

[13]. 4.71. [2elettre]. Silence devant Dieu.288

[14]. 4.72. [3elettre ]. Béatitude en cette vie.289

[15]. 4.75. [6elettre ]. Perte de tout en Dieu.291

[16]. 4.79. [10elettre]. Tendre à Dieu en Lui-même.292

[17]. 4.81. L’état d’anéantissement parfait en nudité entière.295


II OPUSCULES SPIRITUELS300

Opuscule 1. Conduite de Dieu sur les âmes. (Extraits).302

Opuscule 4. Etats d’oraison représentés dans l’évangile du Lazare. (Extraits).309

Opuscule 5. Traité de la voie de l’oraison et de ses divers degrés sous l’emblème des différentes manières d’atteindre au jardin.314

Premier degré.315

Second degré.317

Troisième degré.321

Degrés de l’oraison, comparés.327

Quatrième degré.331

Réflexion.344

Opuscule 6. Voie de la Perfection sous l’emblême d’un nautonnier.348

Opuscule 7. L’oiseau.377

Opuscule 8. Que les morts et les croix sont inséparables du don de foi et d’oraison.407

Opuscule 10. Sur l’état du Centre412

Opuscule 11. Sur l’état du Centre.418

Opuscule 12. Plusieurs éclaicissements422

Première demande [sur l’oraison des débuts].422

Seconde demande [sur l’oraison de simplicité et de foi].422

Troisième demande [sur le recoulement en Dieu].449

Quatrième demande [sur le Père et le Fils].465

Cinquième demande [sur la soumission et la sagesse humaine].467

Sixième demande [sur la paix, etc.].473

Septième demande [sur le fond de l’âme].475

Six questions sur l’oraison.478


III LES DEGRES D’ORAISON488

Approbations.489

Extrait du privilège du Roi.489

TABLE de ce qui est contenu en ces Conclusions des Retraites :490


[INTRODUCTION]492

DEGRES D’ORAISON.497

De l’oraison d’affection.497

[Différence de la méditation et de l’oraison d’affection]497

[Ce que c’est que l’oraison d’affection]498

[Deux sortes d’oraisons d’affection]498

[Effets de l’oraison d’affection]499

[Marques pour connaître quand on doit quitter la méditation pour passer à l’oraison d’affection]500


De l’oraison de simplicité502

[Pourquoi cette oraison s’appelle de simplicité]502

[Différence de l’oraison d’affection et de simplicité]503

[Définition de l’oraison de simplicité]504

[Effets de l’oraison de simplicité]506

[Comment l’âme agit dans l’oraison de simplicité]508

[Marques pour juger quand une âme doit passer de l’oraison de simplicité à l’oraison passive]509


De l’état de l’oraison passive511

[Divers degrés de cette oraison]513


Premier degré de la mort passive516

[Degré de mort]516

[Pourquoi ce degré est premier]516

[Différence de la soustraction de cet état, et de l’état de simplicité]516

[Dépérissement de cet état de mort]517

[Effets de ce degré de mort]517

[Dans l’entendement]518

[Dans la volonté]518

[Dans la mémoire]519

[Différences des peines de cet état et de celles des précédents et comme elles doivent être portées différemment]522

[Abus touchant les peines des premiers états]522

[Marques pour faire le discernement des peines de ce degré et des précédents]523


Second degré de la contemplation passive525

[En quoi consiste ce second degré et la différence dans les autres degrés et états]525

[Effets de ce degré]526

[L’entendement est revivifié]527

[La volonté est vivifiée]528

[La mémoire est vivifiée]528

[Des sécheresses et tentations de cet état]529

[Marques de la fin de cet état]529


Troisième et dernier degré d’union530

[Ce que c’est que ce dernier degré]530

[Comparaison qui exprime bien cet état]531

[Du commencement de cet état]533

[Du milieu de cet état]533


Marques pour discerner534

quand une âme passe de l’oraison de simplicité dans l’état passif.534

[Première marque]534

[Seconde marque]535

[Troisième marque]535

[Combien l’état passif est périlleux sans vocation]536


ECLAIRCISSEMENTS537

sur plusieurs difficultés de ces degrés d’oraison537

[Pourquoi on ne dit rien des révélations]537

[Comme on se doit servir du sujet dans l’oraison d’affection et les autres degrés]538

[Comment se font les examens, actes de contrition et autres pratiques dans les divers degrés d’oraison]540

[Comment on est certifié de son état]542

[Que doit être le directeur]542

[Abus ordinaire des âmes qui sont dans les ténèbres]543

[Différence des véritables obscurités et des fausses]544

[On doit parler des degrés d’oraison avec méthode]545

[Abus de quelques spirituels]545

[Si l’on doit généralement conseiller l’oraison]546

[Comment on doit conseiller l’oraison, selon la capacité de la personne]547

[Prétextes malheureux qui font quitter l’oraison]551


MANIERES D’AGIR DANS LES MALADIES553

et à la mort pour chaque degré553


ANNEXES560

Annexe I : Table synchronique de membres de l’école de l’amour pur561

Table synchronique des membres de l’école de l’amour pur nés entre 1590 et 1651.562


Annexe II : Tableau général de l’école quiétiste du pur amour.563

Tableau général de l’école quiétiste du pur amour (autour de Jean-Chrysostome, Jean de Bernières, Jacques Bertot).566

Suite du tableau général de l’école quiétiste du pur amour (J. Bertot, J.-M. Guyon, disciples et influences) .567


Annexe III : Notes à Monsieur Bertot, Directeur Mystique.568

- Sources utiles à l’approche biographique.568

- Identité, baptême, décès.569

- Figures amies.570

- Le corpus.570

- Ecrits du P. Chrysostome.572


Annexe IV : Chronologie de la vie de Monsieur Bertot.573

Table générale détaillée575







48.BERTOT INTEGRALE

MONSIEUR BERTOT Directeur mystique I Opuscules et Lettres


(61) Bertot Traité Lettres octobre Digest.odt



AVANT-PROPOS

Après vingt années qui ont permis de faire mieux connaître Madame Guyon il est temps de mettre en valeur son propre maître. Ce directeur discret  nous apparaît aujourd’hui comme parfois plus dense et par là il est le préféré de quelques-un(e)s.

On trouvera donc l’intégrale de ce qui nous en est parvenu, primitivement édité en sept volumes égrenés au cours du temps sans nom d’auteur. Le choix que nous avions établi il y a vingt ans  ne serait plus le même aujourd’hui.

L’opus complet présenté ici en trois tomes couvre deux mille pages. Nous avons été aidé en saisies par notre Ami canadien Benoît Emond : depuis des années il est tombé sous le charme du Directeur mystique .

Certes ce titre choisi par le premier éditeur Pierre Poiret me parut étrange lors de sa première rencontre mais il s’avère parfaitement justifié pour le plus exigeant Directeur de son siècle. Tous ses écrits sont profondément intérieurs mais font fi de toute mise en forme  littéraire, compte tenu du « public » très particulier qu’il vise, le plus souvent un seul ou une seule correspondant(e).

Ce présent tome des œuvres de Jacques Bertot entreprend l’édition des Traités et du début des Lettres contenus dans les volumes I et II (sur quatre) publiés anonymement en 1726 comme « Directeur mistique ».

Le tome sujivant achève de transmettre ce qui est directement sorti de la plume du Directeur : fin des lettres contenues dans les volumes III et IV de 1726 et Complément aux Retraites publié en 1682.

Le troisième et dernier tome contient l’intégrale de ces « Retraites » saisies en 1662 par des auditrices.

Il contient aussi les textes de mystiques associés à ceux de Bertot par l’éditeur Pierre Poiret  : il s’agit de Marie des Vallées, de Maur de l’Enfant-Jésus, de Madame Guyon qui va succéder à Bertot comme « Dame directrice ».

Madame Guyon et Pierre Poiret ont ainsi préparés leur disparition en assemblant un « Compagnon mystique » destiné à leurs disciples et à leurs associés1375. Il s’agit bien d’un Directoire à usage de disciples, à l’image du Directoire des Novices préparé par les disciples du Carme Jean de Saint-Samson1376.

Tous ces textes sont d’utilité pérenne. Choisir nous paraîtrait aujourd’hui privilégier arbitrairement telle étape du parcours mystique au détriment d’une autre. Cela justifie la reprise intégrale  du corpus reconstitué (trois mille pages en 2020 succèdent ainsi à cinq cent pages en 2005) : tous textes de même inspiration mystique profonde mais adaptés aux pèlerins sur Les secrets sentiers de l’Amour divin1377 : des tempéraments divers sont en marche.

A l’aide de quelques notes inégalement réparties (fréquentes seulement au début de chaque tome pour ne pas décourager le lecteur) je livre une approche qui se veut indirecte. Il touche à un domaine dont on sait qu’il interdit toute théorie générale1378.

Ces notes sont faciles à « sauter » ce qui permet des libertés et quelques excursus dans l’ouvrage qui succède aux rééditions de Guyon, aux Expériences en Occident, à La Vie mystique chez les Franciscains du XVIIe siècle, à l’Ecole du Coeur.

Avec Benoît-Michel nous complétons les références de Poiret pour pallier à l’ignorance moderne de textes testamentaires.

En ce qui concerne le texte courant je ne substitue aucun synonyme mais, comme pour Guyon et pour d’autres, je modernise l’orthographe et modifie parfois la ponctuation.



TABLE DES MATIERES

Je place un devant les lettres supposées adressées à madame Guyon.

Quarante lettres complètes ont été éditées dans le premier volume de la Correspondance de Madame Guyon, comme faisant partie de la correspondance passive reçue par la jeune femme entre 1672 et mars 1681, date de la mort de son directeur1. Il est probable que de nombreuses autres lettres conservées dans le DM lui sont également adressées


AVANT-PROPOS 5

MONSIEUR BERTOT, DIRECTEUR MYSTIQUE. 9

De Caen… 11

à Montmartre 18

Une voie mystique. 26

Une influence oubliée 33

LE DIRECTEUR MISTIQUE 1714 35

LE DIRECTEUR MISTIQUE OU LES ŒUVRES SPIRITUELLES DE MONSR. BERTOT, Ami intime de feu Mr de BERNIÈRES, & Directeur de Made GUION. Avec 35

Un recueil de LETTRES SPIRITUELLES tant de plusieurs AUTEURS Anonimes, que du R.P. MAUR de l’Enfant Jésus, Religieux Carme, & de Madame GUION, qui n’avaient point encore vu le jour. 35

Divisé en QUATRE VOLUMES, A COLOGNE Chez JEAN DE LA PIERRE. 1726. 35

VOLUME I (OPUSCULES) 35

Avertissement [P. Poiret] 37

Poésies de Madame Guyon 41

Premières pages [édition Poiret] 42

Avertissement [DT] 43

 I.     Conduite de Dieu sur les âmes. 45

I. De la conduite intérieure de Dieu sur les âmes, soit immédiate, soit médiate, pour les faire arriver à la perfection. 45

II.    De l’état du repos sacré. 59

II. De l’état intérieur d’une âme qui après avoir suivi fidèlement Dieu dans la voie active, est enfin élevée par lui au REPOS SACRE ; / Sous la similitude d’un enfant porté par sa mère sur son sein. 59

III.  Profondeur des saints Évangiles 69

III. De la profondeur des saints Évangiles, que les seules âmes de foi sont capables de découvrir. 69

IV.  États d’Oraison, représentés dans l’Evangile du Lazare 77

IV. Les divers états de la Vie intérieure et de l’Oraison, l’actif, le contemplatif, et celui de la mort du fond, suivi de la Vie divine ; représentés dans l’Évangile du Lazare. 77

V.  Degrés de l’Oraison ; comparés aux eaux qui arrosent un jardin. 87

V. Traité de la voie de l’Oraison et de ses divers degrés,/ Sous l’emblème des différentes manières d’arroser un jardin. 87

Avant-Propos. 87

1. Nécessité de bien correspondre à Dieu. 2. Fin et effet de sa divine opération en l’âme. 3. Sujet de ce traité. 87

Premier degré 89

4-6. Voie active et de méditation, sa nécessité et sa fin. 89

Réflexion sur ce premier degré. 91

7-8. Qu’en ce degré il ne faut pas se simplifier, ou cesser d’agir. 91

Second degré 92

9. Oraison d’affection. 10-12. Ici l’âme ne doit pas cesser d’agir, mais coopérer fidèlement avec Dieu. 13. Ce degré ne peut être continuel. 92

Réflexion 97

14.15. Fidélité requise pour avancer. 16. Fin de ce degré et commencement du troisième. 97

Troisième degré 100

17. Perte de l’opération propre par l’abondance de l’opération divine. 18-21. Comment l’âme y coopère. 22, 23. Similitude. 24-27. Effets admirables de cette opération divine en l’âme. 28-30. Qui se perfectionnent de moment en moment, nonobstant les sécheresses et les tentations. 100

Réflexion 107

31-33. En quoi consiste la fidélité de l’âme en ce degré. 34, 35. Qu’il est de grande conséquence d’être fidèle à son don d’Oraison. 38, 39. Avis pour ceux qui ne sont pas capables de ces voies. 107

§. 113

40, 41. Que Dieu a gravé en nos cœurs les instincts de ces choses. 42-46. Bonheur de ceux qui y sont bien fidèles. 113

Quatrième degré 118

47, 48. état tout passif et de la pure opération divine. 49-54. Ses grands effets en l’âme. 55, 56. Qui n’y coopère que par un repos entier et divin. 57, 58. Preuve et assurance de cet état. 59. Révélation admirable de Dieu dans le néant de la créature. 118

§. 126

60-62. Passiveté divine, différente de la passiveté de lumière. 63-66. Nudité entière de l’âme pour trouver tout Dieu en elle. 67-69. Manifestation de Jésus-Christ et de ses états, bien postérieure à celles de Dieu. 126

Réflexion 133

70-72. Que tout ce divin ouvrage s’opère en foi. 73, 74. Croix qui l’accompagnent. Fidélité à son état et au moment présent. 75. Perte de tout désir en plein repos et abandon. 133

VI. Voie de la perfection sous l’emblème d’un Nautonnier 137

VI. Description de la conduite de Dieu sur l’âme pour la mener à la perfection et lui faire trouver la vérité, sous l’emblème d’un Nautonnier qui va faire un grand voyage. 137

AVERTISSEMENT [Madame GUYON] 137

1 – 4. Occasions et sujet de ce traité. 5. Similitude pour expliquer la voie de la perfection. 138

6-8. Du Premier degré, où après les premiers travaux de la conversion 9-11. L’âme s’abandonne à la conduite de Dieu. 12-18. Qui ne manque pas d’opérer en l’âme pour l’avancer vers lui. 141

§. 148

19-22. Purification de l’âme par le feu de l’attribulation et son grand effet. 23-26. Qu’il ne faut pas s’attendre à des épreuves extraordinaires. 27-31. Bonheur qu’on trouve par cette voie, qui fait jouir de Dieu même de plénitude en plénitude. 148

§. 155

32-35. Cause des peines qu’on souffre au commencement, et défauts fort nuisibles en cette voie. 36, 37. Pour y être fidèle il faut s’attacher à la pureté et aux devoirs de son état. 38-40. Exemple de la vie cachée de Jésus-Christ et des âmes intérieures. 155

33. Trois choses sont fort nuisibles en ce degré. 155

§. 160

41-44. Du second degré, ou de la Foi toute nue et simple, et comment l’âme est élevée peu à peu. 45. Comment ses défauts y sont consumés. 46-48. Activité infinie de l’opération divine qui devient ici toute naturelle à l’âme en plein repos. 160

§. 165

49, 50. Merveilles qui s’opèrent ici, où l’âme retrouve tout ce qu’elle a perdu en son dénuement. 51-56. Description de ce dénuement, nécessaire pour conduire l’âme en son centre. 57, 58. Quelle est la vie et l’oraison de cette âme. 165

§. 172

59-62. De l’état du centre, où l’âme est revivifiée selon toute l’étendue de sa création. 63-68. Fidélité nécessaire afin d’arriver là. 69, 70. Abandon absolu, suivi d’une grande facilité à demeurer en Dieu. 71,72. Des défauts en cet état. 172

VII. De l’oraison de foi sous la figure d’un petit oiseau 183

VII. L’oiseau ou explication de l’oraison de foi Sous la figure d’un petit oiseau, lettre sur l’oraison de foi et ses trois degrés. 183

Déduction plus étendue du même sujet. 185

1-5. Premier degré de l’opération divine, le dénuement et la perte. 6, 7 ; Second degré le repos et le calme, quoiqu’en mort. 8-11. Figure de ces deux degrés, qui disposent l’âme pour la suite. 185

§. 191

12, 13. Troisième degré, la Vie nouvelle et sa figure. 14-16. Comment s’opère cet état par la foi peu à peu. 17-22. Description de cette vie nouvelle et ses progrès. 23-27. Moment éternel, où l’âme trouve et fait tout en vie de Dieu. 28-32. Activité divine donnée à l’âme. 33-36. Dégorgement en prières et bonnes œuvres. 191

§ 208

37. De l’oraison de chaque degré et comment y faire ses actions. 208

Premier degré 209

38, 39. Marques et commencement du Premier degré, et ses effets en l’âme. 40, 41. Oraison de ce degré. 42-47. Pratiques de piété et actions du jour. 209

Second degré 216

48-49. Second degré et ses effets. 50-53. De l’oraison des âmes de ce degré. 54-57. Leurs pratiques de piété et leurs actions journalières. 216

Troisième degré 222

58, 59. Du Troisième degré. 60-62. Oraison de l’âme en ce degré. 63-67 ; Ses actions et ses exercices. 222

§ 229

68. Revivification de l’âme en Dieu vers la fin de cet état. 69-71. Son oraison et ses pratiques. 72-74. Multiplicité et fécondité en unité divine. 75. Jouissance de Jésus-Christ par état. 76. Croix passagères et croix par état. 229

VIII.  Les croix inséparables du don de l’oraison 237

VIII. Que les morts et les croix sont inséparables du don de foi et d’oraison dans tous ses degrés ; et qu’il les faut porter selon son degré de passiveté et de jouissance de Dieu. 237

IX.  Opération de la Sainte Trinité dans les âmes 245

IX. Des opérations de la sainte Trinité dans les âmes, où elle produit ou ses divins effets dans leurs puissances, où soi-même dans leur fond. État et vue du centre. 245

X. Sur l’état du Centre 251

X. Réponse à quelques doutes ou difficultés sur l’état d’une âme qui commence d’arriver en son fond ou centre. 251

PREMIERE DEMANDE. 251

Si l’âme doit avoir actuellement Dieu en vue dans toutes les choses qu’elle fait afin que ces mêmes choses lui soient Dieu. 251

RÉPONSE 251

SECONDE DEMANDE 253

Quand est-ce que la lumière du fond éclaire l’âme et, si l’âme la connaît toujours, quand elle l’a et en jouit. 253

RÉPONSE 253

TROISIEME DEMANDE. 255

Si tous les mouvements qui me viennent quand je demeure dans mon centre et dans la perte, sont de l’opération de Dieu ; ou bien si je n’en dois plus avoir, et si je les dois généralement laisser tous perdre en Dieu et demeurer dans la seule et unique paix en Dieu dans le néant de toutes choses. 255

RÉPONSE. 255

QUATRIEME DEMANDE. 256

Si je ne dois plus avoir ni ne faire jamais aucuns actes intérieurs : et comme il arrive que j’en ai quoique très rarement, si c’est Dieu qui les opère et les fait en moi encore qu’il n’y paraisse rien d’extraordinaire ; et quelle est la marque pour connaître quand c’est Dieu qui les fait et opère. 256

RÉPONSE. 256

CINQUIEME DEMANDE. 257

Je vous supplie d’avoir la bonté de me dire quelque chose de la vie de l’âme dans son centre. 257

RÉPONSE. 257

SIXIEME DEMANDE. 258

Je ne sais si je me trompe ; mais il me semble que j’ai à présent un bien plus grand calme et une plus grande paix que dans toutes les misères, pauvreté et le reste, et je crains même que je n’y donne lieu. 258

RÉPONSE. 258

SEPTIEME DEMANDE. 258

Il me semble que je suis quelquefois plus nue et que d’autres fois j’ai plus de mouvement ; mais pour l’ordinaire c’est la nudité. 258

RÉPONSE. 258

HUITIEME DEMANDE. 259

Il me semble que mes sens et mes puissances se remuent comme encachette et à la dérobée pour pouvoir jouir et se perdre dans l’unité et dans le centre. 259

RÉPONSE. 259

NEUVIEME DEMANDE. 259

Il me semble que le distinct, le particulier et l’aperçu est une fatigue et une peine pour ce centre, et que cela l’incommode. J’aurais plusieurs choses à vous dire là-dessus, mais je ne sais comment m’expliquer ; c’est un abîme où il faut que je perde tout. 259

RÉPONSE. 259

DIXIEME DEMANDE. 259

Une de mes plus grandes peines pour le présent est le dénuement dans lequel je me trouve de plus en plus pour la pratique des vertus. 259

RÉPONSE. 259

ONZIEME DEMANDE. 260

Il me semble que j’expérimente quelque chose de Jésus-Christ dans le centre, et que même mes puissances et mes sens lui sont exposés pour recevoir de lui tout ce qui me manque dans la pratique des vertus, ou plutôt pour le laisser lui-même les pratiques en moi. 260

RÉPONSE. 260

DOUZIEME DEMANDE. 260

Toute chose tant intérieures qu’extérieures me deviennent indifférentes et je ne me soucie presque plus de rien, pourvu que je demeure nue et libre et que je conserve ma paix ; car pour le présent je fais ma joie de mon dépouillement et de ma nudité, comprenant bien que cela vaut bien mieux que tout le passé. 260

RÉPONSE. 260

TREIZIEME DEMANDE. 261

Il me semble que je dois aussi laisser perdre cette paix, et toutes choses quelque élevées qu’elles soient ; et que je ne suis bien que quand je n’ai rien et que je ne vois rien. 261

RÉPONSE. 261

QUATORZIEME DEMANDE. 261

S’il faut que pour toutes choses je sois dans l’anéantissement ; car il me semble que Dieu ne demande que cela de moi. 261

RÉPONSE. 261

QUINZIEME DEMANDE. 261

Ayant dit à Madame... quand j’ai eu l’honneur de lui parler, que j’avais compris par ce que vous m’avez dit que j’étais arrivé au centre, que vous m’aviez dit que Dieu était dans le centre de mon âme, et qu’en me donnant des avis, vous m’aviez presque toujours parlé du centre et donné des avis pour me perdre dans ce centre et pour y demeurer perdue. Elle a peine à croire que vous m’ayez dit cela, car elle croit que je n’y suis pas arrivée, mais que j’en suis bien proche, parce qu’elle me trouve plus dénuée que jamais. 261

RÉPONSE. 261

SEIZIEME DEMANDE. 262

Je vous supplie de me faire encore la grâce de me dire d’où vient que dans les peines et les souffrances tant intérieures qu’extérieures que je porte depuis le temps que vous savez, je n’y ai aucune joie, ni satisfaction et contentement, quoique que je ne puisse ni ne veuille vouloir autre chose que ces mêmes choses quand elle m’arrivent, et que je ne vois que la souffrance toute nue et rien qui me console. 262

RÉPONSE. 262

DIX-SEPTIEME DEMANDE. 263

Si je ne dois nullement me mettre en peine de ce qu’ayant Dieu dans le centre de l’âme, ainsi que vous me l’avez assuré et que même j’en ai quelque expérience et connaissance, quoique je ne sache comment cela se fait, dans cette possession que Dieu a pris de mon fond, je n’en ai nulle joie ni contentement : car le contentement que j’ai ne me paraît pas, ni ce que Dieu fait et opère en ce fond, puisqu’il me semble qu’il n’y fait rien, et je n’en aperçois point d’effet : tout ce que je vois est, que ce fond n’est plus mon fond et qu’il se perd de plus en plus, et qu’il y a quelque chose qui l’absorbe et qui le cache, ou plutôt l’anéantit. 263

RÉPONSE. 263

DIX— HUITIEME DEMANDE. 263

Je vous prie de me dire s’il ne me suffit pas d’avoir Dieu pour le centre de mon âme et si je ne dois pas Le laisser être et faire toutes choses en moi, et aussi qu’Il me soit tout en toutes choses, et que toutes choses me soient Lui, et que ce soit là tout mon exercice. 263

RÉPONSE. 263

XI.  Sur l’état du Centre (Avis) 265

XI. Avis () sur l’état d’une âme qui commence à se perdre en Dieu par la foi nue. 265

XII.  Éclaircissements sur l’Oraison et la Vie intérieure 271

XII. Plusieurs éclaircissements et Instructions sur les divers états d’oraison et les dispositions les plus essentielles de la vie intérieure en forme de réponse à quelques demandes. 271

XII. Éclaircissements sur l’Oraison ; etc. 293 raison de simplicité, et ceux pour les faire entrer dans l’Oraison de foi et d’anéantissement. 271

Première demande 271

Je vous supplie de m’expliquer l’oraison des âmes qui commencent d’entrer dans les voies de mortification et de présence de Dieu et ce qu’il faut qu’elles fassent pour l’intérieur et pour l’extérieur. 271

Seconde demande 271

Je vous demande de plus de me marquer les signes convaincants pour les faire entrer dans [293] l’oraison de simplicité, et ceux pour les faire entrer dans l’oraison de foi et d’anéantissement. 271

RÉPONSE[S] 271

1-10. Comment connaître les âmes propres à la simple présence et union de Dieu en foi. 11-15. Moyen de recouvrer ce don quand on l’a perdu. 16-19. Vie et conduite des âmes appelées à cette grâce. 271

§. 283

20-35. De la lumière de Foi, qui est le propre caractère de ces âmes ; avec la Réponse à plusieurs doutes. 283

§. 294

36-39. Quand l’âme peut cesser l’opération de ses puissances. Et du don de la contemplation. 40-43. Comment se disposer pour la lumière divine de la Foi. 44-47. Que cette lumière s’attache à découvrir les défauts. 294

Troisième demande 303

Expliquez-moi de plus le recoulement en Dieu pour les âmes qui ont des paroles intérieures, des ligatures des puissances, des visions et des révélations, et l’usage qu’elles doivent en faire. 303

RÉPONSE 303

1. De l’usage qu’il faut faire des grâces extraordinaires dans le degré de la Méditation et des affections. 8-12. Dans celui de la Contemplation. 13-16. Des goût intérieurs, ligatures des puissances etc. 17-23. De degré de la Foi, et de ses divers états et comment l’âme y est élevée. 24-30. Si dans ce degré l’âme a des graces extraordinaires. 303

Quatrième demande 321

Je vous prie aussi de m’expliquer la conduite de Dieu le Père sur Son Fils en Son incarnation, Sa vie et Sa mort, où Il ne Le fait paraître que comme un homme du commun, ne faisant quasi rien en Lui qui parût que comme en un autre homme. Ce point-là me touche extrêmement. Il me semble que j’aime Jésus-Christ en Son état intérieur et extérieur, et je désire Sa gloire. Je [360] n’ai point de plus grand contentement que de savoir que Dieu est, et que je ne suis rien et aussi bien que le reste des créatures, et j’ai plaisir de savoir que je ne puis rien du tout sans Lui. 321

RÉPONSE 321

1-4. Merveilles que la Foi découvre en l’Incarnation et la vie cachée de Jésus-Christ. 5-13. Comment la Foi devient à l’âme Sagesse divine qui donne et révèle Jésus-Christ et ses mistères. 321

§. 329

14,15. Communication de cette Foi, par degrés. 16, 17. Que la foi est permanente en l’âme nonobstant ses faiblesses. 18-21. Ses progrès et ses découvertes admirables. 329

Cinquième demande 335

Je vous prie encore de m’expliquer ce mot : Et erat subditus illis, comme vous me l’avez dit pour moi et comme je dois expliquer aux autres. 335

Je vous demande aussi un petit discours pour détruire la sagesse humaine, la raisonnable, et pour faire voir comment se conduire selon celle qui paraît plus surnaturelle en ce qui regarde le bien temporel ou spirituel d’une famille ou Communauté. 335

RÉPONSE 335

1-5. Mistère de la Vie cachée et soumise de Jésus-Christ, et instructions qu’il renferme. 6. Fécondité de ce mistère, dans les âmes de foi. 7-9. Vérités et conclusions qui en suivent. 335

§. 342

10-17. Principes solides de la bonne conduite d’une maison 342

Sixième demande 347

Je vous demande encore de m’expliquer quand une âme ne doit plus faire de distinction entre Jésus-Christ et ce qu’elle fait par Son ordre ou par celui des supérieurs. Dites-moi aussi bien nettement ce que c’est que de marcher dans la voie que Dieu veut de nous et d’être toujours comme Il veut ; et ce que c’est que la vraie paix et le vrai repos du cœur, parce qu’il y a des naturels fort paisibles, qui pourraient prendre le naturel pour la grâce. 347

RÉPONSE. 347

§. 348

§ 348

Septième demande 351

Je vous demande de plus ce que c’est que le fond de l’âme et comment il faut y habiter ; et quel est le moyen d’entrer dans la liberté d’esprit. 351

RÉPONSE. 351

1- 7. Du centre de l’âme et comment l’âme y est introduite par la foi. 8,9. Excellence de cet état. 351

§ 357

10-24. Plusieurs questions pour l’Eclaircissement du sujet. 357

10.  I « Comme cette lumière du centre est une lumière fort pure et très relevée, elle me paraît difficile à comprendre ; c’est pourquoi je vous prie de me permettre de vous faire quelques questions, afin de m’éclaircir certains doutes que j’ai. 357

Toutes les âmes qui arrivent à l’union, arrivent-t-elles au centre et par conséquent jouissent-elles de cette divine lumière du centre ? » 357

11. II. « Cette lumière de foi que vous dites faire et opérer ce divin centre, ou pour me servir de vos termes, cette lumière divine qui conduit suavement l’âme en la perdant, ne me paraît pas lumière : car il me semble que durant tout le temps que les sens et les puissances se simplifient et se perdent je ne sais où, en suivant ces ténèbres et en étant fidèle à ces obscurités, sécheresses et pauvretés, ce que l’âme expérimente n’est pas une lumière, mais un défaut de lumière, lequel affame et fait mourir insensiblement ses sens et ses puissances ; et qu’en vérité, ce n’est point un excès et une abondance de lumière comme vous me le dites parlant du fonds. » 358

12. III. « Durant le temps de la perte et du recoulement des sens et des puissances dans l’unité ou dans le centre, il arrive à l’âme tant de pauvretés et elle est si obscure et si pauvre que souvent les sens et les puissances s’ennuyant, vont insensiblement se courber vers les créatures et mendient quelques petits plaisirs afin de se refaire. De plus ces longues obscurités et pauvretés étant surchargées de plusieurs défauts assez fréquents, il en arrive des doutes [410] qui embarrassent très souvent l’âme. 359

Tout cela n’empêche-t-il point la course de la foi ? » 359

15. IV. “Quand la lumière de la foi s’est tellement accrue qu’elle a perdu les sens et les puissances, les réduisant en unité par la perte aperçue de leur opération en distinction, ont-ils alors leur opération en cette même lumière ?” 360

16. « Comment donc cela se fait-il ; car il me semble que très longtemps, les sens et les puissances étant fort simplifiés et perdus en leur opération, on n’aperçoit qu’une simplicité [412] obscure et très sèche, qui ne marque aucune opération ? » 360

17. « Mais, au nom de Dieu, dites-moi si une pensée que j’ai n’est point vraie, savoir comme la foi simplifiant et appauvrissant les sens, les passions et le reste de l’âme qui est capable des vertus, l’âme a souffert une extrême disette et pauvreté des mêmes vertus, et en quelque façon en été privée durant tout ce temps-là, si Dieu n’a point fait cela tout exprès afin de faire dans la suite revivre ces même sens et passions en vertus, par le fond et le centre ? » 361

18. V. « Je vous prie de me dire encore s’il arrive des extases et des visions à telle âme ? » 362

19. VI. « Dites-moi encore si la perte et le recoulement des sens et des puissances est long, et si cela se fait l’un après l’autre, c’est-à-dire si les sens recoulent les premiers et ensuite les puissances ? » 362

24. « Mais me direz-vous, quand ils sont en ce degré, sont-ils si bien morts qu’ils ne peuvent revivre ? » 366

« Mais enfin y a-t-il un temps en cette vie ou l’âme soit si perdue et si vivante en Dieu qu’il n’y ait plus rien des puissances, des sens et les passions à perdre ? » 366

Huitième demande. 368

Comment on doit prendre du soulagement dans la jeunesse ; et surtout dans la vieillesse. 368

Réponse. 368

1 – 6. Précaution pour la jeunesse. 7 — 11. Pour les personnes âgées. 368

Neuvième demande. 374

Comment il faut garder ses sens, et tout l’intérieur et l’extérieur pour vivre en pureté. 374

Réponse. 374

1 – 7. De la purification des sens et des puissances par la destruction des passions. 8 — 15. Qu’elle est différente selon les trois états de la foi. 374

Dixième demande. 385

Comment il faut converser avec les créatures. 385

Réponse. 385

1 – 3. Maximes générales. 4 — 10. Règles spéciales pour les âmes de chaque degré de la foi. 385

VOLUME  II (LETTRES) 393

2.1 Don du repos intérieur 394

LETTRE I. Comment Dieu donne peu à peu à l’âme le Repos Intérieur, et enfin sa Paix Divine. Excellence de ce don, qui s’augmente et fructifie de plus en plus par toutes les croix et contrariétés de la Vie. 394

2.2 Vie solitaire et d’oraison 403

LETTRE II. Avantages de la vie solitaire et d’Oraison par-dessus les saintes occupations 403

2.3 Du dessein de tout quitter. 405

L. III. Que le dessein de tout quitter ne doit s’exécuter qu’avec ordre et dépendance de Dieu. 405

2.4 Conformité à la volonté de Dieu. 406

L. IV. Conserver la conformité à la volonté de Dieu, nonobstant ses fautes et les dissipations de notre état. Utilité des croix. 406

2.5 Comment juger de l’intérieur 408

L. V. Qu’il faut juger de la vérité de l’Intérieur par la fidélité à la pratique des vertus et à mourir à soi par toutes les croix de providence. 408

2,6 Chemin pour trouver Dieu. 412

L. VI. Qu’on n’avance vers Dieu que par les sécheresses et la perte de tout. Chemin raccourci pour trouver Dieu par les providences de notre état. Plusieurs avis. 412

2,7 Mourir à soi. 416

L. VII. Travailler à mourir à soi selon la lumière présente. 416

2.8 Patience en travaillant à sa perfection 417

L. VIII. Qu’il faut avoir grande patience avec soi-même en travaillant à sa perfection. 417

2.9 Faire en paix ce que Dieu demande. 419

L. IX. Fidélité à faire en paix ce que Dieu demande, sans s’embarrasser de ses fautes et tentations. 419

2.10 Sécheresses et simplicité. 422

L. X. Sécheresses et simplicité en l’Oraison. 422

2.11 Édifier avant que de dénuer 422

L. XI. Qu’il faut édifier et purifier les âmes par de bonnes lumières et pratique, avant que de les dénuer et de les acheminer à l’oraison de foi. 423

2,12 Fidélité à sa voie 426

Fidélité à la voie que Dieu choisit pour nous. Bonheur de le connaître. Avantages de celle qui conduit par les pauvretés et misères. Remède à ses défauts selon sa voie et par sa voie même. 426

2.13 Expérience de ses misères 433

L. XIII. Que Dieu ne s’approche de l’âme qu’en l’anéantissant par l’expérience de ses misères afin de la purifier. Comment y correspondre en paix et abandon total. 433

2.14 Trouver Dieu dans les croix de notre état. 437

L. XIV. Que la foi fait trouver Dieu en toutes les croix et contrariétés de notre état. Porter les peines de ses dissipations et tentations, et le sentiment de ses misères sans s’en ébranler. 437

2.15 Pensées involontaires de vanité. 439

L.15 Aller bonnement avec Dieu en négligeant les pensées involontaires de vanité. 439

2.16 Vraie sainteté des choses bonnes 442

Vraie sainteté des choses bonnes. Se laisser conduire en tout à la providence et à l’ordre de Dieu, agréant même la privation des moyens extérieurs dans ce même ordre et se plaisant uniquement dans le bon plaisir divin. 442

2.17 Croix et fatigues. Usage des défauts. 449

L. XVII. S’assurer solidement dans sa voie. Comment régler et porter le sensible qui est d’ordre de Dieu, comme aussi les fatigues de notre état. Faire usage de ses défauts pour s’apetisser. Présence de Dieu au milieu des embarras. 449

2.18 Oraison dans les grands embarras 454

Avis de conduite pour une personne intérieure engagée par nécessité en des grands embarras. 454

Quand cet état souplesse paisible sous la main de Dieu supplée à l’oraison actuelle, et fait trouver Jésus-Christ en toutes choses, en mourant à soi par toutes les providences journalières. 454

2.19 Abandon dans les contrariétés. 458

L. XIX. Se mettre en repos par abandon à Dieu, afin de le trouver dans toutes les contrariétés de providence. 458

2.20 Outrepasser les hésitations de la nature. 460

L. XX. Faire ce qu’on peut pour contenter Dieu, en outrepassant les difficultés et hésitations de la nature. 460

Lettre à l’auteur. Fidélité à l’ordre de Dieu. 462

état d’une personne engagée à la Cour par fidélité à l’ordre de Dieu, et qui y trouve la paix, l’esprit d’oraison, le remède à ses défauts et le soutien parmi les dangers. 462

2.21 Fidélité dans les choses de notre état (Réponse) 463

L. XXI. Réponse à la précédente. /Se posséder en repos dans toutes les choses de notre état, comme étant ordre de Dieu sur nous, pour y trouver Dieu véritablement, quoique ces choses y semblent contraire selon les sens. Comment faire usage des sécheresses et des défauts même, pour avancer vers Dieu. 463

2.22 Tendre à Dieu en repos. 467

L. XXII. Les âmes d’un fond fort actif, doivent tendre à Dieu par de bons désirs avec ferveur, mais en repos, mourant à soi par toutes les providences. Avis sur l’Oraison, les sécheresses et les tentations. 467

2.23 Outrepasser les dons extraordinaires. 471

L. XXIII. Qu’il faut outrepasser les dons extraordinaires en mourant à soi, et tendre à la pure vertu en avançant vers Dieu par tout ce qu’il donne. 471

2.24 Bonheur des grandes croix.  477

L. XXIV. Bonheur des grandes croix, et manière de les bien porter. Source de grâces qui s’y trouve quand on y est fidèle. Avoir soin de sa santé. Se calmer dans les troubles en s’abandonnant à Dieu. 477

2,25 Obscurités. Vraie dévotion. 482

L. XXV. Fidélité dans les obscurités. Vraie dévotion ; mourir à soi par les providences de son état. Comment combattre ses passions. 482

2.26 Fidélité à se corriger dès le commencement. 484

2.27 Dieu opérant par les croix. 493

L. XXVII. Que les croix sont l’instrument par lequel Dieu opère plus magnifiquement en l’âme, qui se laissant en la main de la foi et de la providence, y doit être bien fidèle, de quelque part qu’elles [ces croix] lui viennent. 493

Lettre à l’Auteur : fidélité à l’ordre de Dieu. 504

Fidélité à suivre l’ordre de Dieu dans les croix de notre état. 504

2,28 Réponse à la [lettre] précédente : joie solide dans l’ordre de Dieu. 505

L. XXVIII. Que la seule expérience peut faire goûter la joie solide qu’on trouve dans l’ordre de Dieu, en mourant à soi avec fidélité. 505

Lettre à l’Auteur : paix dans les croix, & c. 508

Paix et joie dans les providences crucifiantes de notre état. 508

2,29 Réponse à la [lettre] précédente : marque sûre de la vraie lumière. 509

L. XXIX. Que la fidélité à se contenter de l’ordre de Dieu dans les providences humiliantes de notre état est la marque sûre de la vraie lumière, et ouvre la porte pour trouver Dieu. Se simplifier à l’Oraison. 509

2.30 On n’arrive à Dieu que par la mort. 513

L. XXX. Qu’on ne peut aller à Dieu que par la mort, qui même va toujours en augmentant par différents degrés. Raison de cette conduite de la sagesse divine. Comment y correspondre selon l’état où l’on est de simplicité ou de passivité. 513

2.31 Aller à Dieu par ce qu’on a 521

L. XXXI. faire usage de ce qu’on a de moment en moment pour aller à Dieu, qui ne manque de se communiquer par la à l’âme selon son besoin, et de la faire mourir à soi, afin qu’elle devienne une créature nouvelle. 521

2.32 Mourir au sensible 524

L.XXXII. mourir au sensible, pour se conduire par la pure foi. 524

2.33 Fidélité à la foi purifiante. 527

L. XXXIII. Fidélité à la lumière purifiante de la foi au milieu des misères qu’elle découvre dans l’âme. 527

2.34 Fidélité à la foi purifiante 530

L. XXXIV. Sur le même sujet. 530

2.35 Purification de l’âme par la foi 533

L.XXXV. De la purification des sens, des puissances et du fond de l’âme par la lumière de la foi ; et que l’on n’y doit être constamment fidèle pour arriver à l’illumination et à l’union. 533

2.36 Foi opérant dans les sécheresses. 542

L. XXXVI. Que la foi divine opère incessamment dans l’âme qui y est fidèle, pour la purifier, nonobstant ses sécheresses et obscurités. 542

Lettre à l’auteur. 546

Pour lui rendre compte d’une retraite ; et de quelques difficultés touchant l’oraison de simple foi. 546

2,37 Nudité dans l’Oraison de foi. 548

L. XXXVII. Réponse à la précédente Sur la simplicité et nudité dans l’Oraison de foi ; sur le désir d’y produire quelques paroles ; sur les doutes de son état ; sur les lectures et conversations ; sur la conséquence à ne pas prévenir l’opération de Dieu ; sur les sujets d’Oraison. 548

2.38 Silence devant Dieu. Bonté de l’Oraison. Etc. 556

L. XXXVIII. Silence devant Dieu. Bonté de l’Oraison. Avis sur le dégoût des conversations, sur la Confession, la Communion, les souffrances et les défauts. 556

2,39 Purification. état de simplicité 562

L. XXXIX. Se laisser purifier à Dieu par l’expérience de ses misères. Comment remédier à ses défauts en l’état de simplicité. Secret pour aller promptement à Dieu. 562

2.40 Mourir à soi en toutes choses 568

L. XL. Fidélité à poursuivre la mort de soi-même en toutes choses. 568

2.41 Patience à se corriger 569

L.XLI. Travailler avec une patience humble à se corriger. Vœu d’obéissance. Etre fidèle aux instincts du pur amour dans l’expérience de ses misères. Que la vraie perfection consiste dans le bon plaisir divin. 569

2.42 Trouver la vie par la voie de la mort. 574

L.XLII. L’âme fidèle à l’ordre divin trouve en tout ce qu’elle a et ce qui lui arrive, sa vie et sa béatitude par la voie assurée de la mort. 574

2.43 Dépendance du bon plaisir divin 578

L.XLIII. Que l’âme de foi trouve tout ce qu’il lui faut et Dieu même par la fidélité à la dépendance du bon plaisir divin en tout ce qui lui arrive à l’exemple de Jésus-Christ. 578

2.44 Présence de Jésus-Christ en l’âme. 582

L.XLIV. Effets de la présence de Jésus-Christ dans l’âme. 582

2.45 Voie à la liberté divine 583

L.XLV. La lumière de foi en aveuglant et apetissant l’âme, la conduit à la liberté et à l’immensité divine. Fidélité de se contenter de l’ordre divin de moment en moment, quelque détruisant qu’il paraisse. 583

2.46 Chemin pour trouver Dieu 588

L.XLVII. Voir en lumière divine. Mourir à soi est le seul chemin pour trouver Dieu et toutes ses merveilles. 588

2.47 Moyens de devenir heureux. 592

L.XLVII. Que la pauvreté, la souffrance et l’abjection rendent véritablement heureux. 592

2.48 Voie du néant et de la perte 594

L.XLVIII. Que la voie de l’anéantissement et de la perte totale est préférable à celle des lumières. 594

2.49 Paix intérieure. Oraison de foi 597

L.XLIX. le moyen d’établir la paix intérieure. Que l’expérience de nos misères sert pour faire croître l’oraison de foi. 597

2.50 Retour en Dieu par la foi 600

L. L. du retour de l’âme en son fond est en Dieu, par la lumière de la foi. 600

2.51 Foi passive et son progrès. 603

L.LI. De la foi passive et de son progrès en l’âme.) 603

2.52 Avantages de la foi passive 605

L.LII. Que la foi passive qui paraît si petite et si obscure en son commencement, et même en son progrès, avance admirablement les hommes fidèles à la suivre en mourant à soi. 605

2.53 La foi conduisant par les sécheresses 609

L.LIII. Que la foi en conduisant l’âme par les sécheresses et l’obscurité la fait heureusement arriver à Dieu. 609

2.54 Foi dans les sécheresses des sen 614

L.LIV. De la fidélité à faire usage de la foi, au milieu des sécheresses des sens. 614

2,55 Enfance spirituelle. Participation de J. C. crucifié. 618

L.LV. Vocation à la S [ain] te Enfance de Notre-Seigneur. Participation de Jésus-Christ crucifié. 618

2.56. Enfance spirituelle. 621

L.LVI. Usage des maladies. état d’enfance spirituelle. 621

2.57. Usage des maladies. 623

L.LVII. Dessein de Dieu dans les maladies envoyées aux personnes d’oraison, et comment y correspondre. 623

2.58. Solitude et dégagement. [1674 ?]  626

L.LVIII. Avantages de la solitude et dégagement entier des créatures. 626

2.59. Se souffrir. 628

L.LIX. Se corriger et se souffrir soi-même en paix et en abandon. 628

2.60 Abandon. Tristesse. Lecture. 630

L.LX. S’abandonner nuement à tout ce qui nous arrive, quelque détruisant qu’il soit. Comment outrepasser la tristesse. Quand il est temps de quitter ou de ne pas quitter la lecture. 630

2.61 Soumission et abandon etc. 633

L.LXI. Que la pure soumission et l’abandon total à la divine Providence faisant sortir l’âme de soi, la fait [font] courir à Dieu sûrement, et l’acheminant au pur dénuement devient [deviennent] pour elle une source de lumière continuelle et féconde en tout. 633

2.62 Source de lumière divine en l’âme. 638

L.LXIII.Bonheur de l’âme qui découvre en soi la source de lumière divine qui fait trouver Dieu et Jésus-Christ, lorsqu’on y est fidèle par la séparation de tout le créé. 638

2.63 Fidélité au divin néant en foi 642

L.LXIII. Comment l’âme appelée au divin néant en foi nue y doit demeurer fidèle, et faire en Dieu son oraison et toutes ses actions et pratiques. Accroissement et fécondité de cet état, qui fait germer Jésus-Christ. Piège que le diable tend à ces âmes. 642

2.64 Divine Justice, partage du pur amour... 651

2.65 Lumière du fond et de ses effets 655

2.66 La lumière divine se levant en l’âme 663

L. LXVI. état d’une âme la lumière divine commence à se lever par le centre. Sûreté de la voie de foi qui mène la par le vide, la certitude et la perte de tout. Différence des âmes conduites par la foi lumineuse d’avec les autres qui vont par la foi obscure. Que celles-ci font les délices de Dieu nonobstant leur faiblesse. 663

2.67 Liberté divine/Perte en Dieu. 670

L. LXVII. Liberté divine d’une âme perdue en Dieu, et manière de la conserver dans les occupations extérieures. 670

2.68 Génération du Verbe en l’âme. 671

L. LXVIII. D’une âme qui ayant trouvé Dieu, devient féconde en lui par la Génération du Verbe en elle. 672

Lettre à l’Auteur. Activité etc. 675

Lettre à l’Auteur. état d’une âme peinée sur ce qu’elle se trouve très active quoiqu’en repos et en unité, et sur son impuissance à remédier à ses défauts. 675

2,69 Réponse à la précédente : Se laisser à Dieu. Vrai néant de l’âme. 677

L. LXIX. Se laisser en tout à la conduite de Dieu. Remédier à ses défauts avec humilité et patience. Néant véritable où l’âme doit tendre soit en l’Oraison, soit en l’action. 677

2,70 [Partie I] : Vie divine des sens. 681

L. LXX. Éclaircissements de quelques difficultés proposées à l’Auteur au sujet de la lettre précédente. 681

I. 681

Les sens peuvent-ils être féconds en manière divine avant que d’être morts et anéantis entièrement ? Les miens ne le sont pas assurément, puisque [ms., puis que (en deux mots)] leur activité est souvent pleine de défauts. La vivacité qu’ils ont, ne vient-elle pas plutôt de leur activité première et imparfaite qui est commune à tous ceux qui ont de la vivacité et qui sont agissants ? [388] 681

RÉPONSE. 681

De la vie divine des sens par la communication sensible des états de Jésus-Christ, qui est le comble des miséricordes de Dieu en cette vie ; et des moyens pour y arriver. 681

[Partie II] : Lumières des âmes imparfaites. 685

II. 685

Puisque l’on ne peut rectifier les puissances, ni les sens, à moins que de les détruire entièrement, puis-je croire que les lumières qui me viennent, sont purement de Dieu, n’ayant point passé par toutes les agonies qui précèdent la mort réelle et véritable ? [394] 685

RÉPONSE. 685

Que Dieu ne manque pas de donner grâce et lumière aux personnes encore imparfaites. 685

[Partie III] : Mort de la mémoire. 687

III. 687

De même ma mémoire ne doit-elle pas se perdre entièrement avant que de devenir si féconde ? Je vous ai ouï dire qu’elle se perdait en un point que dans les affaires on se trouvait fort embarrassé. Et même à présent je suis souvent comme cela dans tout ce que j’entends dire, et dans tout ce que je vois qui ne regarde point mon état présent. Car même pour le passé je ne retiens rien de toutes les choses que j’ai vues, que si confusément que je n’en pourrais rapporter aucune particularité. Cela est pénible dans les conversations, et attire de l’humiliation. Enfin elle est très vide de toute idée excepté, [396] (comme je vous ai mandé) pour le présent de ce que je puis faire dans mon état. Cependant je ne la crois pas morte pour les raisons ci-dessus. Et par une [raison] toute contraire, d’où vient que la vôtre, qui est morte il y a longtemps & qui est revivifiée, manque souvent à vous fournir dans les affaires ce qui est nécessaire ? Pardonnez-moi si j’approfondis trop ; mais cela m’est venu sans y penser, et c’est pour le bien public. 687

RÉPONSE. 687

Que la mort de la mémoire pendant que l’âme se simplifie, est bien différente de la perte de cette puissance en Dieu. Que les puissances perdues en Dieu ne se retrouvent en lui que selon son bon plaisir 687

[Partie IV] : Découverte des défauts. 690

IV. 690

Pour cet instinct de pureté intérieure je l’ai toujours ressenti, mais présentement c’est comme un flambeau qui me fait voir un abîme d’imperfections naturelles, où je ne vois point de fond et dont sans un miracle je ne crois pas pouvoir sortir ; et à présent mes fautes continuelles sont des sottises et des imprudences, ce qui m’attire de bonnes humiliations. Je suis néanmoins tranquille sur cet article après ce que vous m’avez mandé. 690

RÉPONSE. 690

Que la véritable lumière découvre à l’âme de plus en plus ses défauts. 690

[Partie V] : Instinct pour recouler en Dieu. 691

V. 691

Je ne puis m’empêcher de parler d’un autre instinct, quoiqu’il n’en soit pas parlé dans la lettre, que j’ai ressenti dès le commencement que j’ai été touchée de Dieu, et qui quoique souvent caché par mes fautes et par les ténèbres et sécheresses a toujours augmenté. C’est un certain principe de vie tantôt comme [402] un amour secret et inconnu, tantôt comme une faim insatiable de Dieu, enfin comme une pierre qui tend à son centre ; ou plutôt tout cela ensemble, car tout est renfermé dans cette simplicité. Au commencement j’en parlais, comme d’une chose que je croyais commune à tous ceux qui voulaient être à Dieu ; mais cela n’est pas, à ce que je crois. C’est ce que j’ai appelé présence de Dieu. Je n’en ai jamais eu d’autre, et cela plus ou moins ; selon les degrés cela est plus ou moins simple. 691

RÉPONSE. 691

De l’instinct donné à l’âme pour recouler en Dieu. 691

[Partie VI] : Ménager le repos intérieur. 693

VI. 693

Pour le repos dont j’ai parlé, ce qui me le rend un peu suspect, c’est parce qu’il me rend à l’extérieur moins gaie. Car comme je n’ai personne à qui je puisse ouvrir mon cœur, toute ma joie et mon contentement est [sont ?] de me taire. Je ne puis prendre plaisir à ce qui divertit les autres ; et hors ce qui est de mon devoir, le reste souvent me resserre le cœur et me peine. Je l’ai bien éprouvé depuis peu, n’ayant pas eu la même liberté. Quoique je sois pleinement contente, comme je ne vois que des objets tristes, je crains de la [de le] devenir. Ayez la bonté de m’expliquer pourquoi vous m’avez dit souvent que vous ne le craignez pas pour moi ; car j’en ai [405] quelquefois de petites attaques, qui font en moi des effets très mauvais, qui seraient trop longs à dire. 693

RÉPONSE. 693

Qu’il faut bien ménager le repos intérieur pour prévenir la mélancolie. 693

TABLE DES MATIERES 696

Fin 713





MONSIEUR BERTOT Directeur mystique II Lettres Complément aux Retraites

(62) II Bertot.odt

Avertissement



Le second tome des œuvres de Jacques Bertot poursuit l’édition des lettres contenues dans « Le Directeur mistique ». il s’agit des tomes III et IV publiés comme les précédents en 1726.

Nous avons placé à leur suite le « mode d’emploi » des « Retraites » éditées en 1662 ainsi que l’une d’entre elles1379. Ceci ouvre sur la « Conclusion des Retraites » composée par Bertot peu après, mais éditée tardivement en 1682.

Le second tome achève ainsi d’éditer ce qui provient directement de la plume de Bertot.

Le troisième tome contient l’intégrale des « Retraites »1380 et les textes des mystiques associés par l’éditeur Pierre Poiret : Marie des Vallées, Maur de l’Enfant-Jésus, Mme Guyon « Dame directrice » qui lui succède.

Tous ces textes sont d’utilité pérenne. Choisir nous paraîtrait aujourd’hui privilégier arbitrairement une étape du parcours mystique.



Lettres 3

Complément aux Retraites 3

Avertissement 5

Etude (Benoît-Michel ) 7

[10 pages] 7

VOLUME  III (LETTRES) 9

[« TABLE DES LETTRES Contenues dans ce III. VOLUME » suivie d’un « ERRATA DU VOLUME III  » et d’une nouvelle page de titre légèrement allégé, sont omis] 10

3.1 Abandon à l’ordre de Dieu 10

L. I. Que l’abandon paisible à l’ordre de Dieu en tout ce qui nous arrive, est l’unique moyen de se rendre heureux, et de bien faire tout ce qu’on a à faire. 10

3.2 Détruire son fonds de corruption.  13

L.II. Comment détruire son soi-même corrompu, au commencement activement, et puis d’une manière plus simple.  13

3.3 Se simplifier en l’Oraison. Présence de Dieu. 15

L. III. Se simplifier peu à peu dans l’Oraison. Conserver la présence de Dieu dans l’action. 15

3.4 état de simplicité. 17

L. IV. Demeurer en son état de simplicité en priant vocalement, ou pour autrui, en résistant aux tentations, et en remédiant à ses défauts. 17

3.5 Connaissance de soi. Voie du rien. 18

L. V. La véritable lumière donne une vraie connaissance de soi. La voie du rien et de la petitesse est préférable à celle des grâces extraordinaires. 18

3.6 Se dénuer. Trouver Dieu en l’action. 21

L. VI. Se laisser dénuer peu à peu. Comment trouver Dieu dans l’action. Pratiques de petitesse. 21

3.7 Petites croix. Oraison simple 24

3.8 Fidélité aux croix 28

L. VIII. Fidélité aux croix extérieures et intérieures. 28

3.9 À qui parler etc. 29

L. III. Ne parler de la lumière mystique du fond qu’à ceux qui y sont appelés. 29

3.10 Moyen de trouver Dieu. 30

A la personne dont il est parlé dans la [lettre] précédente. 30

L. X. Que la mort à soi-même est l’unique moyen de trouver Dieu. 30

3.11 La croix donne la vérité. 31

L. XI. Qu’il n’y a que la croix qui donne la vérité et la plénitude en cette vie. 31

3.12 La croix fait trouver Dieu. 33

L. XII. Qu’on ne saurait trouver Dieu en cette vie que par la croix. 33

3.13 Se soutenir dans la conversation dans les croix. 35

L. XIII. Comment se soutenir lorsqu’on doit être avec le monde ; et quand on est accablé de croix et de tristesse. 35

3.14 Chagrin et sécheresses. 38

L. XIV. Souffrir humblement les chagrins et les sécheresses de la nature. 38

3.15 Expérience de ses misères 39

L. XV. Se posséder par une paix humble dans l’expérience de ses misères, en s’élevant à aimer Dioeu par-dessus tout. Trouver Jésus-Christ dans les providences crucifiantes de son état. 39

3.16 L’expérience de ses misères. 42

L. XVI. Porter gaiement l’expérience de ses misères. 42

3,17 Faire usage de ses défauts. 44

L. XVII. Comment faire usage de ses défauts et misères. La vertu et la vérité ne s’acquièrent que par le combat. 44

3.18 Moyen de trouver la présence de Dieu. 47

L. XVIII. Que la fidélité à la lumière de l’ordre divin en tout ce qui nous arrive de pénible, est le véritable moyen pour trouver la lumière de la présence de Dieu. 47

3.19 Solitude. Découverte des défauts. 50

L. XIX. Solitude intérieure et extérieure. Fidélité à la lumière qui découvre nos défauts. 50

3.20 Courir vers Dieu etc. 51

L. XX. Courir paisiblement vers Dieu en mourant à soi, quoique dénué de tout. 51

3.21 Se complaire en Dieu 53

L. XXI. Que pour trouver la paix solide, il faut se complaire non en soi, mais en Dieu. 53

3.22 Conduite dans les embarras de sa charge. 54

L. XXII. Avis de conduite intérieure pour une personne de qualité qui par la nécessité de sa condition se trouve engagée dans plusieurs occupations, et même dans des bagatelles. 54

3.23 Fidélité à l’Oraison dans les embarras. 59

L. XXIII. Sur le même sujet. Comment conserver avec la fidélité à sa charge l’esprit d’Oraison, de repos et d’abandon, même dans les abattements causés par les affaires et par la vue de ses défauts. 59

3.24 Réponses à des questions : 63

L. XXIV. Réponse à quelques doutes proposés à l’Auteur. 63

I. 63

D’où vient que je ressens plus mes défauts et souvent même que j’y tombe plus que je ne faisais il y a dix ans ? 63

II. 65

Quelle différence y a-t-il entre mes imperfections et mes chutes, et celles de ceux qui ne font que commencer ; et s’il y a lieu d’espérer que je les consume toutes. 65

III. 67

D’où vient que je n’aurais pas tant de peines intérieures que les croix extérieures ? 67

Lettre à l’auteur. 68

Etat d’une âme qui expérimente des vicissitudes fréquentes, de paix et de trouble, de force et de faiblesse. 68

3.25 Vicissitudes dans l’intérieur. Oraison. 71

Réponse à la Lettre précédente. : 71

L. XXV. Avis sur l’expérience de ses misères et les vicissitudes dans l’état intérieur. Nécessité de l’Oraison. Fruit de l’Incarnation de Jésus-Christ. 71

3.26 Se posséder dans les chutes et dans les affaires. 74

L. XXVI. Se posséder humblement dans ses chutes et dans l’accablement des affaires sans s’en surcharger, et se remettre par là doucement en repos, où l’on trouve Dieu et tout. 74

3.27 Se connaître et se combattre. 77

L. XXVII. Bonheur de se connaître et de se combattre. Victoire de Dieu en l’âme. 77

3.28 Dieu Se donnant à l’âme. 78

L. XXVIII. Quand Dieu se donne à l’âme, tout ce qui n’est pas de lui tombe des mains. Retour à Dieu dans les distractions. 78

3.29 Faire régner Dieu 80

L. XXIX. Fidélité à faire régner Dieu en nous à nos dépens, même par nos défauts. Aller à grands pas à ce qui est ordre de Dieu sans donner lieu à la timidité. 80

3.30 Oraison véritable. Foi divine 84

L. XXX. Que Dieu établit dans les âmes ou il commence à régner, sa véritable la véritable oraison, par les sécheresses, les obscurités et les dissipations ; de même qu’il leur donne la foi divine par les tentations contre la foi. Comment s’appliquer aux actions de vertu, et remédier à ses défauts en cet état. 84

3.31 Lumière de foi 94

L. XXXI. La divine lumière de foi sollicite l’âme à se purifier, puis à chercher la présence de Dieu en son intérieur, et enfin au lieu de cette présence elle substitue la divine Providence, qui lui fait trouver Dieu non seulement dans l’intérieur, mais aussi en son extérieur. Degrés et progrès de cette lumière de Providence, qui lors qu’on y est fidèle, découvre et donne Dieu par tous les moments de la vie. 94

3.32. Se voir en Dieu. 102

L. XXXII. Les âmes unies en Dieu se voient et se servent en lui, quoique absent pour arriver en à cette vie en Dieu, il faut passer par bien des morts, qui naissent ordinairement des plus petites choses de notre état. Comment y être fidèle en passiveté et pertes. Nécessité de tout outrepasser. 102

3.33. La mort à soi. 109

L. XXXIII. Que l’oraison et la solitude n’avance vers l’âme vers Dieu sans la mort à soi, qui seule peut former Jésus-Christ en nous. Avis sur l’oraison comme le moyen pour arriver à la présence de Dieu. 110

3.34 Vie nouvelle. 115

L. XXXIV. Que l’on ne vient à la vie nouvelle que par la mort. En quoi consiste cette vie. 115

3.35 Vie nouvelle. 117

L. XXXV Sur le même sujet. 117

3.36 Divine volonté 118

L. XXXVI. Que Dieu ne vient en l’âme qu’en lui communiquant sa divine volonté, qui n’opère que mort, et qui fait par là trouver Dieu partout et en tout. 118

3.37 Foi obscure. Sécheresses. Oraison. 121

L. XXXVII. Dieu ne donne la foi obscure que pour avancer l’âme vers lui et la faire mourir à soi de plus en plus. Différence des sécheresses en la voie de foi d’avec les autres. Effets de la lumière divine de la foi. Bonté de l’Oraison. Fidélité durant le jour. 121

3.38 Immobilité dans les croix et pertes. 129

L. XXXVIII. Demeurer immobile dans toutes les croix, obscurités, pertes et tentations, dont les âmes de foi se trouvent accablées de toute part par la sage conduite de la Bonté divine. 129

3.39 Croix portées avec paix. 131

L. XXXIX. Bonheur et fruit des croix portées avec paix et générosité, quoiqu’avec confusion. 131

3.40 Recevoir tout de Dieu avec complaisance. 134

L.XL. À un Ecclésiastique, qui quelque travail qu’il fît, ne croyait guère avancer vers la perfection. 134

Se laisser en la main de Dieu pour recevoir de lui avec complaisance tout ce qu’il choisit pour nous, et pour souffrir humblement même ses défauts. 134

3.41 Mystères du Néant. 136

L.XLI. Mystères du Néant, qui est le grand ouvrage de Dieu. 136

LETTRE à l’Auteur. 138

état d’une âme qui se voit tantôt en sécheresse et par là pleine de défauts, et tantôt dans un grand goût de la présence de Dieu en toutes ses actions. 138

3.42 Sécheresses et insensibilités. 139

RÉPONSE à la précédente. 139

Comment il faut être fidèle aux sécheresses et insensibilités quand on s’y trouve, non par sa faute, mais par l’ordre de Dieu. Avis sur le soin pour la santé. Vicissitudes intérieures. 139

3.43 La Foi conduisant à la Sagesse. 144

L.XLIII. Comment la Foi en aveuglant et détruisant l’âme la conduit et l’élève à la divine Sagesse. 144

3.44 S’abandonner sans réflexion. 148

L.XLIV. Ne point se donner à une vocation sans grâce. S’abandonner sans réflexion, suivant Dieu en simplicité et soumission entière. Conduite des filles. 148

3.45 Moyen de trouver J.-C. en son fond. 152

L.XLV. Que la soumission et la petitesse d’esprit est le vrai moyen de trouver Jésus-Christ dans le fond de son âme. 152

3.46 Suivre Dieu sans voir où. 155

L.XLVI. Se laisser conduire sans voir ou l’on voit. Souffrir en abandon et en joie de ce que Dieu est et veut. 155

3.47 Oraison de repos et d’abandon 157

L.XLVII. De l’oraison de repos et d’abandon ; ce que c’est : son commencement, son progrès et ses effets ; et comment s’en servir pour son avancement, même quand on est tombé en quelque défaut. 157

3.48 Croix portées en abandon. 163

L.XLVIII. Bonheur des croix portées en abandon et en perte. Grandes croix des âmes qui sont en Dieu ou qui en approchent ; et quelle doit être leur fidélité à se laisser traiter au gré de la divine Sagesse. 163

3.49 Faim de Dieu et ses effets. 169

L.XLIX. Faim de Dieu ou touche d’amour dans le centre de l’âme, qui la fait tendre au néant et par le néant la purifie et lui fait trouver Jésus-Christ. Comment Dieu se donne à l’âme par tous les besoins et les providences de son état, et enfin lui donne Jésus-Christ par les providences des croix. 169

Lettre à l’Auteur 180

Ecrite par une religieuse, qui lui expose l’état de son âme et les miséricordes de Dieu sur elle : ou l’on voit les belles démarches d’une âme conduite par la foi passive en lumière, et féconde en saintes pratiques de mortification et de renoncement à soi, et en lumières et ardeurs divines pour tous les Mystères de Jésus-Christ, et pour tous les exercices de la vie spirituelle et religieuse. 180

3.50 Perdre les lumières de Dieu en l’unité. 200

RÉPONSE à la précédente.  200

Recevoir passivement les lumières de Dieu, afin de se laisser conduire et perdre par elles dans le repos et l’unité et d’y trouver leur substance en Dieu même. Être fidèle à sa grâce. 200

Lettre à l’auteur 204

De la même religieuse, qui lui déclare les admirables progrès de la foi en son âme pour l’anéantir en elle-même et lui faire chercher et désirer Jésus-Christ seul en foi et en toutes choses, tant par de saintes pratiques que par une oraison passive très lumineuse et très féconde. 204

3.51 Différences de la lumière de Dieu d’avec la nôtre. 211

RÉPONSE à la précédente. 211

L.LI. Différence [sing.] de la lumière de Dieu d’avec la nôtre éclairée même surnaturellement par la grâce. Son efficacité à découvrir les défauts, et à rapetisser et désapproprier l’âme. 211

3.52 Perdre son âme. 215

L.LII. Qu’on ne peut trouver Dieu sans avoir perdu son âme. Ce que c’est que cette perte. Avis pour une personne peinée. 215

3.53 Porter ses misères en abandon. 217

L.LIII. Comment les âmes qui ont en soi le germe de Jésus-Christ, doivent porter en véritable abandon leurs misères et leurs pauvretés, afin d’entrer par leur mort et leur perte totale en la plénitude de Dieu même. 217

3.54 Avis pour l’âme qui approche de Dieu. 223

L.LIV. Avis pour une personne qui approche de Dieu en son fond ; sur le secours du prochain, sur le dénuement, sur l’état du centre, sur la crainte de devenir trop libre, sur la condescendance pour le prochain, sur les sécheresses dans l’Oraison, sur la manière de détruire les défauts. 223

3.55 S’outrepasser et s’oublier 233

L.LV. S’outrepasser et s’oublier incessamment, sans s’arrêter par ses scrupules ou défauts, pour aller et pour se tenir à Dieu même. Nécessité et importance de cette foi non seulement pour les âmes qui vont à Dieu, mais aussi pour celles qui à force de se quitter arrivent en lui. 233

3.56 Se voir en Dieu. Etc. 238

L.LVI. Se voir et se communiquer en Dieu. Que les âmes que Dieu destine pour soi, y sont disposées par les obscurités, les morts et les pertes de toute sorte, afin de les anéantir de plus en plus à l’égard d’elles et de toutes choses. Bonheur ineffable du Rien qui fait trouver Dieu en lui-même, avec des merveilles encore plus incompréhensibles, qui suivent ce Rien soit dès cette vie, soit après la mort. 239

3.57 Multiplicité, Simplicité, Nudité 252

L.LVII. Conduite de Dieu sur l’âme pour la tirer de la multiplicité à la simplicité, et puis à la nudité, ou à sa simple présence en foi. état et pratiques de l’âme arrivée ici, dans l’oraison, à la communion et durant toute la journée. 252

3.58 Degrés pour arriver à la vie spirituelle 262

L.LVIII. Des divers degrés par lesquels Dieu conduit l’âme à la vie spirituelle, savoir 1. Par de bonnes lumières, 2. par l’état passif en lumière divine, et enfin 3. Par la lumière obscure du fond, qui, par bien des croix et des tentations, opère l’anéantissement et la mort totale, suivi de la véritable vie de Dieu. 262

3.59 Trois degrés du don de la foi. 269

L. LIX. De trois degrés du don de la Foi, dont le premier est simplement actif, le second conduit au repos, et le troisième dans l’abîme divin de Dieu même, mais toujours en perdant et anéantissant l’âme de plus en plus. Avis de conduite sur plusieurs peines et doutes. 269

3.60 Avis pour l’état de la foi nue 276

L.LX. Avis pour l’état de la foi nue. Indifférence pour l’oraison ou l’action. Abandon à la providence de moment en moment. Remédier aux défauts en simplicité et unité. Opérer en l’unité divine, et comment l’âme y est élevée par degrés. 276

§ 285

Différence de l’état de la foi d’avec la voie active et même la contemplative, et ses grands avantages et effet. Ne pas s’arrêter au jugement que l’on porte de soi. Importance d’avoir et de suivre un directeur éclairé. Excellence de cette voie de foi devant Dieu. 285

3.61 Germe de vie dans la pauvreté. 296

L.LXI Que la pauvreté et l’abjection la plus extrême donnent le germe de vie. Mourir à tout sans craindre l’oisiveté. 296

3.62 Perte totale pour trouver Jésus-Christ. 298

L. LXII. De la perte totale (du soi), nécessaire pour trouver et pour posséder Jésus-Christ. Avis pour la direction des âmes. 298

3.63 état de pur abandon en nudité. 303

L. LXIII. état de pur abandon d’une âme arrivée à la nudité de foi, au milieu des croix et de tout ce qui lui arrive. Parole divine en l’âme. 303

Lettre à l’Auteur. 307

3.64 Anéantissements et leurs effets 307

L.LXIV. De trois sortes d’anéantissements qui disposent l’âme pour recevoir les dons surnaturels de Dieu, et ensuite Dieu lui-même et toute la sainte Trinité, et enfin le germe foncier de Jésus-Christ. 307

Commencement de vie nouvelle. [Lettre à l’auteur]. 319

Commencement de vie nouvelle en Dieu. 319

3.65. Arriver en Dieu, son centre. [Réponse à la précédente]. 320

L.LXV. Que le centre naturel de l’âme est Dieu, que l’âme y arrivant par la mort de tous y trouvent une joie solide, une dilatation de cœur, et un général qui la contente pleinement et lui donne faciliter pour tout bien intérieurement et extérieurement. 320

Lettre à l’auteur. Unité de l’âme en son fond. 324

Comment une âme arrivée dans l’unité de son fond, y fait usage de ses croix, de ses occupations et de ses défauts mêmes. 324

3.66 Unité de repos dans la multiplicité. [Réponse à la précédente]. 327

L.LXVI. Moyen de trouver Dieu en toutes choses et aussi dans son fond. Comment être en unité de repos dans la multiplicité des croix et des embarras de providence. Que tout est vie à l’âme qui n’agit que par l’ordre et par l’esprit de Dieu. 327

3.67 Commencement de la vie en Dieu. 331

L. LXVII. Sur l’état d’une âme qui commence d’être et de vivre en Dieu ; comment elle doit être fidèle à s’abandonner au moment présent tel qu’il est, pour y avancer et pour y trouver Dieu en toutes choses. 331

§§§ 346

Obstacle à cette grâce dans les personnes de qualité. 346

Lettre à l’auteur. 350

Bonheur d’une âme qui a trouvé Dieu en son fond, et ne vit ni n’agit que par lui. 350

3.68. Réponse : mourir à soi 353

L.LXVIII. Que la vie divine ne se manifeste ni s’avance dans l’âme que par la mort à soi et à son opération propre. 353

Lettre à l’Auteur. Lumières de vérité se levant en l’âme. 354

LETTRE à l’auteur. 354

D’un Serviteur de Dieu, grand ami de M. de Bernières, écrite de Canada. 354

état d’une âme qui commence d’être et de vivre dans la lumière du centre où de vérité. 354

3.69. De la lumière de vérité et de ses effets. [Réponse]. 356

RÉPONSE à la précédente. 356

L.LXIX. Ce que c’est que la lumière du centre ou de vérité. Sa différence de celle des puissances. Ses effets : mort à soi, et perte de toute opération propre ; connaissance véritable de son néant ; abandon au moment de la providence en tout. 356

§§§. 368

Comment cette lumière purifie l’âme de toute vie propre dans la pratique des vertus et dans tous les exercices de piété. Son progrès en réduisant l’âme en son unité et ensuite dans l’unité divine. Bonheur ineffable de la révélation de cette unité divine en l’âme. Génération du Verbe en elle. 368

Lettre à l’auteur. Vivre de la vie de J.C. 377

Du même serviteur de Dieu. 377

état d’une âme qui ne vit plus de sa vie et de la vie de Jésus-Christ. 377

3.70. Dieu tout en l’âme [Réponse] 379

Réponse à la précédente. 379

L.LXX. Comment Dieu devient tout et opère tout dans l’âme morte à soi et à sa propre opération, est fidèle à s’abandonner au moment présent et divin, où elle trouve sa purification et tout, sans être en cet état ni fainéante ni violentée. 379

ADDITION. 387

De quelques Lettres à l’Auteur, trouvées parmi les précédentes, mais sans réponse. 387

Lettre I. Expérience de son fonds de corruption, portée en paix. 387

Lettre II. Patience dans la voie de la mort. 388

De la même personne. 388

Patience dans la voie de la mort et de la foi, sans de décourager. 388

Lettre III. Désir de pureté d’amour. 390

D’une Supérieure. 390

Désir de la pureté d’amour. Aimer par le cœur de Jésus. 390

Lettre IV. Paix dans ses misères et croix. 391

D’une Religieuse. 391

Paix et abandon au milieu de ses misères et de ses croix. Trouver Dieu et les saints en son fond. 391

VOLUME  IV (LETTRES) 394

4.01. Le vaisseau 394

De l’oraison de simple repos, et comment, nonobstant les difficultés que l’âme y trouve au commencement, toutes choses lui peuvent servir pour y avancer. 394

4.02. Oraison de simple repos 399

Comment correspondre à l’Oraison de simple repos en ses différents états. Précaution contre quelques abus. 399

4.03. Oraison de foi 402

Comment l’âme appelée à la vie petite et abjecte et à l’oraison de foi, y doit être fidèle. 402

4.04 Don intérieur. Sécheresses. 407

Cultiver le don de l’intérieur, sans s’étonner des sécheresses des sens. 407

4.05. Sécheresses 408

Sur le bon usage des sécheresses, quoique causée par notre faute. 408

4.06. Simplicité, abandon 411

Usage des sécheresses en l’oraison. S’acheminer à la simplicité. S’abandonner aux providences crucifiantes. 411

4.7 Paix de l’esprit. 415

Paix de l’esprit dans le trouble des sens. Regard amoureux de Jésus anéanti. 415

4.08. Fidélité au don de foi 416

Du don de la foi, comment il est donné à l’âme, et comment l’âme qui l’a reçu, y doit et y peut être constamment fidèle. 416

4.9 On ne trouve Dieu qu’en etc. [On ne trouve Dieu qu’en mourant à soi.] 423

Qu’on ne peut trouver Dieu qu’en mourant à soi par toutes les croix de providence. 423

4.10 Fidélité des âmes de foi à se combattre. 424

Combien il importe pour les âmes de foi d’être fidèles à se combattre sans relâche, afin de détruire la vie propre de la nature, en faisant usage pour cela de toutes les providences de leur état. 424

4.11. S’établir en Dieu 433

Passer au-dessus de toutes les vicissitudes des sens pour s’établir en Dieu au milieu des embarras de notre état. 433

4.12 Se laisser aux croix de providence. 436

Se laisser avec courage à toutes les croix de providence et s’ajuster à elles, nonobstant les sentiments contraires. 436

4.13 S’ajuster à l’ordre de Dieu. 439

S’ajuster à l’ordre Dieu tant en ses exercices qu’en toutes les rencontres de providence, sans se laisser entraîner à la mélancolie. 439

4.14 Discernement des désirs. Moyen de trouver Dieu. 441

Comment discerner si les désirs sont de Dieu. Que la fidélité à suivre l’ordre divin en mourant à soi par tout ce qui nous arrive est le vrai moyen de trouver Dieu et toutes choses en lui. 441

4.15 La foi fait trouver Dieu par Jésus-Christ. 447

Que la foi, en nous nourrissant de Jésus-Christ, et nous faisant par là mourir peu à peu à nous-mêmes, nous fait trouver par lui Dieu et toutes ses merveilles. 447

4.16 Mourir pour trouver la vie. 455

Qu’il faut mourir pour trouver la vie. 455

4.17 Solitude. Mourir à soi. 456

Avantages de la solitude et de la fidélité à mourir à soi. 456

4.18 Mort à soi. 457

La mort à soi-même fait trouver la source de vie. 457

4.19 Mort à soi. [Même titre (d’entête) que celui de la Lettre précédente.] 459

On ne trouve la lumière de vérité, tant pour soi que pour aider le prochain, que par la fidélité à mourir à soi. 459

4.20 Mort à soi. [Même titre d’entête que ceux des deux Lettres précédentes.] 462

La mort à soi est l’abrégé de tout. 462

4.21 La Croix [ms., C maj.] supplée aux exercices. 463

Que la grâce crucifiante supplée aux exercices spirituels, quand on s’en voit privé par ordre de Dieu. 463

4.22 Agréer notre humiliation. 464

Recevoir avec abandon et reconnaissance tout ce qui nous arrive d’humiliant et nous conduit à notre néant. 464

4.23 Repos dans l’abandon. 466

Point de repos que dans l’abandon. 466

4.24 Oraison dans les maladies 467

Avis sur l’oraison de simplicité, et comment en faire usage dans les maladies pour y trouver Dieu, qui ne vient en nous que par notre rien. 467

4.25 Avantages [pluriel] des croix et de l’abandon. 470

Avantage [singulier] des croix. Bonheur d’être abandonné uniquement à Dieu. 470

4.26 Avis pour une âme peinée. [D’une correspondante.] 473

Avis donnés [plur.] à une personne peinée sur la découverte de ses misères. 473

4.27 Faire usage de ses chutes. 475

Comment faire usage de ses chutes dans la voie de la foi. 475

4.28 Fidélité à la lumière purifiante de la foi. 476

De la lumière purifiante de la foi qui découvre à l’âme ses misères afin de les détruire ; et comment on y doit être fidèle en toutes ses actions et pratiques. 476

4.29 Perte de soi-même pour trouver Dieu 483

S’assurer contre la crainte, en mourant à tout par la foi. 483

4.29 Perte de soi-même pour trouver Dieu 484

S’assurer contre la crainte, en mourant à tout par la foi. 484

4.30. Perte de soi-même pour trouver Dieu 486

Éviter la mélancolie. On ne trouve Dieu lui-même que par la perte de foi. 486

4.31 Le cœur vide possède Dieu. 488

Pour posséder Dieu il faut avoir le cœur vide des créatures. 488

4.32 État de la foi nue. 489

État de la foi nue. 489

4.33. La foi toute nue 490

Des avantages de la foi toute nue et toute pure ; et de ses effets et progrès en l’âme 490

4.34. Du centre de l’âme 496

Du centre de l’âme et ses lumières qui en émanent 496

4.35 Voie pour arriver en son centre ou en Dieu. 497

Comment l’âme appelée à l’intérieur y avance peu à peu par le sentier inconnu de la foi, de l’espérance et de la charité, qui en faisant perdre ses puissances, la conduisent heureusement en son centre, ou en Dieu. Des effets de la lumière du fond [sans s] quand elle commence à se lever dans l’âme. 497

4.36 Abandon au milieu des croix. 513

Bonheur et sûreté du pur et amoureux abandon au milieu de toutes sortes de croix. Avantages de la solitude entière. (On croit que les Lettres suivantes jusqu’à la LXIX. [69e] ont été écrites d’un même Auteur et dans le même ordre. 513

4.37 Présence intime de Jésus-Christ. [« Confession » de Bertot ?] 515

Qu’il faut être mort à soi-même pour arriver à la présence intime de Jésus-Christ. 515

4.38 Les croix font courir à Dieu. 517

Que les sécheresses, les tentations et les croix font courir l’âme fidèle vers Dieu. 517

4.39 Les croix font courir à Dieu [bis]. 518

Sur le même sujet. 518

4.40 Béatitude de cette vie. 519

Les souffrances et les humiliations font la béatitude de cette vie. 519

4.41 Attendre Dieu [titre (d’entête) complet ?]. 521

Attendre Dieu avec patience. Prix des croix. 521

4.42 Aimer Dieu nonobstant ses misères 522

Aimer Dieu, nonobstant ses misères. Des écrits et de la vie de Monsieur de Bernières. 522

4.43 Aimer sans amour sensible. 523

Aimer sans amour sensible. Du faux vide à l’Oraison. 523

4.44 Le faux et le vrai vide. 524

Du vrai et du faux vide à l’Oraison. 524

4.45 Sujets à prendre à l’Oraison. 525

Sujets à prendre pour l’Oraison. Qu’il faut mourir, mais non se procurer la mort. 525

4.46 Aimer Dieu au-dessus des sens. 526

Aimer Dieu au-dessus des sens. Aider le prochain avec grande douceur et condescendance. 526

4.47 Abandon malgré ses peines. 528

Abandon et confiance en Dieu, malgré les peines et tentations. 528

4.48 Trouver le bon plaisir divin en tout. 529

Trouver son bonheur dans le bon plaisir [ms., bonplaisir] de Dieu en tout ce qui nous arrive. Avis pour la conduite du prochain. 529

4.49 Abandon sans regard sur soi 531

Que l’abandon absolu entre les mains de Dieu sans regard sur soi est le chemin le plus court et le plus sûr pour arriver à l’amour de Dieu et à la pureté des vertus. 531

4.50 Pratique de l’abandon. 535

En s’abandonnant on apprend à s’abandonner. 535

4.51 On ne trouve la vie que par la mort 536

On ne trouve la vie et la jouissance de Dieu que par la mort et le rien. 536

4.52 Solitude. Abandon absolu 538

Solitude intérieure et extérieure. Que pour trouver Dieu véritablement, il faut perdre tout par abandon absolu. 538

4.53. Trouver Dieu Lui-même pour Lui-même 540

Dieu lui-même pour lui-même ne se trouve que par les pertes extrêmes. 540

4.54. Efficacité du feu de l’amour divin 541

Efficacité du feu de l’amour divin, qui dans les âmes de foi se nourrit même de son contraire et de toutes sortes de renversements, et s’en sert pour les purifier et les changer enfin en Jésus-Christ. 541

4.55 Mourir à tout pour que Dieu vive en nous. 547

Avis de conduite pour une âme qui, après avoir vécu dans les saintes pratiques, est appelée de Dieu à mourir à tout afin qu’il vive seul en elle. 547

4.56 Vicissitude[s]. Mort à soi. 550

Vicissitudes intérieures. On ne trouve Dieu et son amour que par la mort. 550

4.57 Recevoir amoureusement la mort. 553

Recevoir amoureusement la mort de quelque côté qu’elle vienne. 553

4.58 Souffrir ses misères. 554

Souffrir humblement ses misères en adhérant à Dieu. 554

4.59 Fruit des épreuves et des humiliations. 555

Bonheur et fruit des épreuves et des humiliations, qui en faisant mourir l’âme lui donnent la vie. 555

4.60 Sûreté de l’abandon. 558

Sûreté de l’abandon au milieu des troubles des sens. 558

4.61 Opérations purifiantes de la lumière de Dieu. 559

Avis pour une âme qui commence à expérimenter les opérations purifiantes de la lumière et de la présence de Dieu. 559

4.62 Opérations purifiantes de la lumière de Dieu. 564

Sur le même sujet. 564

4.63 Voir et sentir ses misères. 566

Il faut voir et sentir ses misères pour en être purifié. 566

4.64 Anéantissement, voie à l’union divine. 567

Que l’âme doit être toute anéantie et perdue à soi-même pour devenir l’Épouse de Jésus-Christ. 567

4.65 Obscurités dans la voie de foi. 570

Des obscurités dans la voie de la foi simple, et comment en faire usage. 570

4.66 On n’arrive en Dieu que par de grandes croix. 572

Grandes croix des âmes destinées pour arriver en Dieu. 572

4.67 J.-C. ne vit en l’âme que par la croix. 573

Jésus-Christ ne vient et ne vit en l’âme que par la croix. Porter humblement l’expérience de ses misères. 573

4.68 De la vraie régularité. Fruit et effet des opérations crucifiantes de Dieu. 574

4.69 Plusieurs avis sur ce que l'âme expérimente dans l'oraison de simplicité, et sur la conduite des âmes. Qu'il faut outrepasser les dons extraordinaires. 575

4.70 Paix et repos entier en Dieu d'une âme vraiment abandonnée. 580

Les onze lettres qui suivent ont été écrites dans le même ordre à une même personne, et (apparemment) du même auteur que la 81 ou la dernière. 580

« Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne : » 582

4.71. Silence devant Dieu 582

Silence de l’âme afin que Dieu parle en elle. [240] 582

4.72. Béatitude en cette vie 583

Commencement de l’éternité bienheureuse par la foi. Voix du cœur. Richesse du néant. 583

4,73 Fidélité à demeurer en Dieu. 585

Fidélité à demeurer constamment en Dieu dans le vide de tout le créé. 585

4,74 Sur le même sujet. 586

4.75. Perte de tout en Dieu 588

Perte totale de soi et de toutes choses en Dieu. 588

4.76 Sur le même sujet 589

4.77 Recevoir les infirmités et la mort même en paix et abandon. 590

4.78 591

4.79. Tendre à Dieu en Lui-même 592

Tendre à Dieu seul en lui-même, et à notre néant. 592

4,80 Se contenter uniquement de Dieu seul en lui-même. 595

4.81. L’état d’anéantissement parfait en nudité entière 597

De l’état d’anéantissement parfait en nudité entière, où l’âme est et vit en Dieu, au-dessus de tout le sensible et perceptible. 597

SECONDE PARTIE contenant Quelques Lettres Spirituelles du R. P. Maur de l’Enfant-Jésus & de Madame Guyon, 602

Qui n’ont point encore vu le jour. [omises ici] 602

RETRAITES (EXTRAIT) 603

Avertissement pour la retraite. 603

Trois dispositions intérieures dans lesquelles l’âme doit être pour faire fruit des exercices, non seulement de ceci, mais aussi des autres. 612

CONCLUSION DES RETRAITES 1684 616

Approbations 617

Extrait du privilège du Roi 617

TABLE de ce qui est contenu en ces Conclusions des Retraites : 618

[INTRODUCTION] 620

DEGRES D’ORAISON 627

De l’oraison d’affection 627

[Différence de la méditation et de l’oraison d’affection] 627

[Ce que c’est que l’oraison d’affection] 628

[Deux sortes d’oraisons d’affection] 629

[Effets de l’oraison d’affection] 629

[Marques pour connaître quand on doit quitter la méditation pour passer à l’oraison d’affection] 631

De l’oraison de simplicité 632

[Pourquoi cette oraison s’appelle de simplicité] 632

[Différence de l’oraison d’affection et de simplicité] 633

[Définition de l’oraison de simplicité] 634

[Effets de l’oraison de simplicité] 636

[Comment l’âme agit dans l’oraison de simplicité] 638

[Marques pour juger quand une âme doit passer de l’oraison de simplicité à l’oraison passive] 640

De l’état de l’oraison passive 642

[Divers degrés de cette oraison] 644

Premier degré de la mort passive 647

[Degré de mort] 647

[Pourquoi ce degré est premier] 647

[Différence de la soustraction de cet état, et de l’état de simplicité] 648

[Dépérissement de cet état de mort] 648

[Effets de ce degré de mort] 649

[Dans l’entendement] 649

[Dans la volonté] 649

[Dans la mémoire] 651

[Différences des peines de cet état et de celles des précédents et comme elles doivent être portées différemment] 653

[Abus touchant les peines des premiers états] 654

Second degré de la contemplation passive 657

[En quoi consiste ce second degré et la différence dans les autres degrés et états] 657

[Effets de ce degré] 658

[L’entendement est revivifié] 659

[La volonté est vivifiée] 660

[La mémoire est vivifiée] 661

[Des sécheresses et tentations de cet état] 661

[Marques de la fin de cet état] 662

Troisième et dernier degré d’union 663

à laquelle parviennent les âmes qui sont assez heureuses pour être appelées à faire un grand progrès dans ces routes de l’oraison, et qui s’y rendent fidèles. 663

[Ce que c’est que ce dernier degré] 663

[Comparaison qui exprime bien cet état] 663

[Du commencement de cet état] 665

[Du milieu de cet état] 666

Marques pour discerner quand une âme passe de l’oraison de simplicité dans l’état passif. 667

[Première marque] 667

[Seconde marque] 667

[Troisième marque] 668

[Combien l’état passif est périlleux sans vocation] 668

ÉCLAIRCISSEMENTS 670

sur plusieurs difficultés de ces degrés d’oraison qui pour l’ordinaire donnent beaucoup de peine aux âmes qui ne sont pas instruites. 670

[Pourquoi on ne dit rien des révélations] 670

[Comme on se doit servir du sujet dans l’oraison d’affection et les autres degrés] 671

[Comment se font les examens, actes de contrition et autres pratiques dans les divers degrés d’oraison] 673

[Comment on est certifié de son état] 675

[Que doit être le directeur] 676

[Abus ordinaire des âmes qui sont dans les ténèbres] 677

[Différence des véritables obscurités et des fausses] 678

[On doit parler des degrés d’oraison avec méthode] 678

[Abus de quelques spirituels] 679

[Si l’on doit généralement conseiller l’oraison] 680

[Comment on doit conseiller l’oraison, selon la capacité de la personne] 682

[Prétextes malheureux qui font quitter l’oraison] 686

MANIERES D’AGIR DANS LES MALADIES et à la mort pour chaque degré 689

TABLE DES MATIERES 695

Fin 710






MONSIEUR BERTOT Directeur mystique III Retraites et Amis

Marie des Vallées

Jean de Bernières

Mère Mectilde

Maur de l’Enfant-Jésus

Jeanne-Marie  Guyon


(63) III Bertot.odt





Avertissement

Ce troisième et dernier tome contient l’intégrale des « Retraites » saisies par des auditrices religieuses,. Elle est suivie d’autres ensembles.

Il est fascinant de voir comment le jeune prêtre est encore fort tributaire d’une formation catholique ascétisante, tout en sachant présenter avec autorité un Essentiel mystique qui surgit « par le fond » de l’âme. Déjà Bertot pose Dieu en Libérateur du péché.

Il est souhaitable de présenter le genre caduc de schémas de retraites de dix jours. Elles étaient données au sein de plusieurs ordres religieux . On pénètre mieux au coeur de communautés d’ursulines, de bénédictines, de carmélites , etc. que par toute autres portes d’entrées. Elles sont par ailleurs physiquement fermées aux laïcs.

Sauf peut-être dans une Ecole du Coeur qui mélangeait les genres dans la bonne tradition des Tiers Ordres franciscains. On suppose que certaines Règles concernant les clercs pouvaient être discrètement contournées, ou du moins que les échanges en parloirs propageaient de fidèles échos de ces Retraites ; si nécessaire par écrit, dont les imprimés rares que nous transcrivons.

Les retraites dirigées par le « fondateur » Chrysostome de Saint-Lô furent suivies par Bernières (qui les fit éditer), tandis qu’une de celles données par Bertot fut suivie par la jeune Madame Guyon. On y partage l’esprit qui anima ces deux maîtres qui animèrent les centres ou nœuds successifs situés à Caen puis à Paris. Bertot était le passeur commun entre ces deux lieux.

L’Ermitage de Bernières était « au pied» du couvent des Ursulines (physiquement à niveau dans l’île de Caen) de sa sœur Jourdaine. Le couvent des bénédictines de Montmartre devint un « lieu de rencontre » suspect aux yeux d’un enquêteur :

« Cet homme [Bertot] était fort consulté ; les dévots et les dévotes de la Cour avaient beaucoup de confiance en lui ; ils allaient le voir à Montmartre, et sans même garder toutes les mesures que la bienséance demandait, de jeunes dames de vingt ans partaient pour y aller, à six heures du matin, en tête-à-tête avec de jeunes gens à peu près du même âge. On rendait compte publiquement de son intérieur ; quelquefois l'intérieur par écrit courait la campagne »1.

Voilà pour l’appréciation d’effets inattendus de Retraites.

Suivent dans ce dernier tome III les textes d‘Associés par l’éditeur Pierre Poiret  à Bertot.

Il s’agit des AUTRES MYSTIQUES : la « soeur » Marie des Vallées et le Carme Maur de l’Enfant-Jésus présents au sein de volumes du Directeur mistique, et Madame Guyon, la « Dame directrice » qui prendra la suite dans la lignée et conclut le volume IV.

J’ai tenu à y ajouter les INFLUENCES  reçues puis exercées : lettres à l’Ami intime adressée par Bernières à Bertot, dialogue entamé avec Mère Mectilde, dialogue avec Madame Guyon2.

Tous ces textes sont d’utilité pérenne. Choisir nous paraîtrait privilégier arbitrairement une étape d’un parcours mystique.

POSTFACE ou ESSAI [à rédiger]

Les ANNEXES présentent l’index établi par Poiret, l’édition « tardive » de Berlebourg. La biographie de Bertot, l’étude parue en 2005 devenue inaccessible, est reproduite intégralement avec les tableaux d’époque (ils ont peu évolués).

La TABLE livre quatre niveaux de titres. Trois structurant les textes le quatrième explicitant des contenus. C’est l’outil de consultation revu et détaillé qui « cartographie » l’ensemble. Nous avons omis l’index Poiret tout en indiquant liens et lieu.

Des notes réduites à un astérisque « * » signalent de « bonnes pages ».



Quarante lettres complètes ont été éditées dans le premier volume de la Correspondance de Madame Guyon, comme faisant partie de la correspondance passive reçue par la jeune femme entre 1672 et mars 1681, date de la mort de son directeur1. Il est probable que de nombreuses autres lettres conservées dans le DM lui sont également adressées


Avertissement 5

Les Retraites 9

Avertissement pour la retraite. 9

Trois dispositions intérieures dans lesquelles l’âme doit être pour faire fruit des exercices, non seulement de ceci, mais aussi des autres. 22

Approbations. 25

[Première retraite] 26

Premier jour. Méditation. De la fin pour laquelle nous sommes créés. 26

II. jour. Méditation. De la fin de votre rédemption. 29

III. jour. Méditation. Du malheur des âmes qui s’éloignent de leur fin. 33

IV. Jour.Méditation. Pour concevoir le bonheur d’une âme, laquelle après être vraiment efficacement touchée de ces vérités, conçoit un désir de retourner à son Dieu. 36

V.Jour. Méditation. De l’horreur et éloignement extrême qu’une âme doit avoir du péché pour arriver à sa fin. 41

VI. Jour. Méditation. Combien le péché véniel est dommageable à l’âme, et de sa malignité. 45

VII. Jour. Méditation. Du grand mal que fait en nous la vie tiède et négligente. 50

VIII. jour. Voie illuminative. 55

IX. Jour. Méditation. Continuation de la vie illuminative. 61

Xe Jour. Méditation. Continuation. 67

Seconde retraite 80

Avertissement. 80

Premier jour. Méditation. 82

2e jour. Méditation. 83

3e jour.Méditation. 85

4e jour. Méditation. 86

5e jour. Méditation. 88

6e jour. Méditation. 90

7e jour. Méditation. 91

8e jour. Méditation. 94

9e jour. Méditation. 96

10e jour. Méditation. 98

Conclusion. 101

Troisième retraite. Exercice de 10 jours pour exciter une âme à la conversion véritable de soi-même vers Dieu. 102

Avis. 102

Premier jour. Méditation. Signasti super nos lumen vultus tui, Domine ! 105

2e jour. Méditation. 107

3e jour. Méditation. Convivificavit nos in Christo, ut essemus in ipso Nova Creatura. 108

4e jour. Méditation. Dieu est en soi une Majesté infinie, toutes les créatures ne sont devant lui qu’un pauvre néant, ou rien du tout, les ayant créés toutes par une seule parole. 110

5e jour. Méditation. Excutere de pulvere, consurge, et solve vincula colli tui captiva filia Sion ! 111

6e jour. Méditation. Donnez-vous à notre Seigneur Jésus-Christ pour avoir part à sa lumière, afin de pénétrer ces vérités. 113

7e jour. Méditation. Continuez à vous donner à l’esprit de Jésus-Christ pour voir ces vérités si importantes. 115

8e jour. Méditation. 117

9e jour. Méditation. Donnez-vous à la lumière de Dieu, pour entrer dans ces vérités. 119

10e jour.Méditation. 120

Conclusion. 122

Quatrième retraite. Avertissement pour les méditations suivantes. 123

Premier jour. Méditation. Considération pour s’unir et participer à la grâce du divin Mystère de la Purification de la très sainte Vierge, ce qui peut servir très fructueusement pour dix jours de Solitude. 125

2e jour.Méditation. 126

3e jour. Méditation. 127

4e jour. Méditation. 128

5e jour. Méditation. 129

6e jour. Méditation. 130

7e jour. Méditation. 132

8e jour. Méditation. 134

9e jour. Méditation. 136

10e jour. Méditation. 139

[374] LITANIES du saint Enfant Jésus [omises]. [384] 146

CONTINUATION DES RETRAITES, dans lesquelles l’âme puisera des lumières pour travailler solidement à sa perfection. 147

Cinquième retraite. Dispositions pour la fête de l’Ascension. 148

Premier jour. La grâce et l’effet merveilleux du Mystère dans la sainte Vierge et les saints apôtres et ensuite dans les âmes qui participent à ce divin Mystère. 150

2e jour. 152

3e jour. 154

Avertissement. 156

Sixième retraite. Dispositions intérieures pour se préparer à la grande et admirable fête de la Pentecôte, afin d’y recevoir le S. Esprit et ses Dons 156

Premier jour. 156

2e jour. Dispositions dans lesquelles étaient les saintes âmes attendant la venue du saint Esprit dans le cénacle. 162

3e jour. Maximes nécessaires pour recevoir la grâce de ce saint jour. 165

4e jour. Du don de sagesse. 167

5e jour. Le Don d’entendement. 168

6e jour. Le don de conseil. 169

7e jour. Le Don de Force. 172

8e jour. Le Don de Science. 175

9e jour. Du Don de Piété. 176

10e jour. Le don de crainte. 179

Septième retraite. Dispositions intérieures sur le S. Mystère de la Visitation de la sainte Vierge. 181

Premier jour. Effet de la présence de Jésus-Christ en la sainte Vierge. 182

2e jour. 183

3e jour. 184

4e Jour. Effet de cette divine présence de Jésus-Christ en Sainte Élisabeth 186

5e jour. 187

6e jour. 188

7e jour. Effet de la présence de Jésus sur l’âme de saint Jean. 190

8e jour. 191

9e jour. 193

10e jour. 194

Conclusion. 196

Huitième retraite. Avant-propos à la retraite des divins attributs. 197

Premier jour. De l’existence divine. 198

2e jour. De l’Immensité divine. 201

3e jour. De la simplicité et pureté divine. 205

4e jour. De l’Immortalité et de l’Immutabilité divine. 208

5e jour. De l’Infinité et Incompréhensibilité divine. 212

6e jour. De la vérité divine. 217

7e jour. De la sainteté divine. 223

8e jour. De la Sapience et Providence divine. 228

9e jour. De la Bonté et Amour divin. 233

10e jour. De la Puissance divine. 238

Neuvième retraite. Ou solitude pour passer 10 jours, afin d’exciter l’âme à l’amour de Jésus-Christ. 242

Premier Jour. Jésus-Christ Dieu homme. Méditation. 246

II. Jour. Jésus sagesse éternel. Méditation. 252

III. Jour. Jésus-Christ est le roi des rois. Méditation. 256

IV. jour. Jésus-Christ vie de nos âmes. Méditation. 261

V.Jour. Jésus-Christ lumière de nos âmes. Méditation. 268

VI. jour. Jésus-Christ notre unique espérance. Méditation. 272

VII. Jour. Jésus notre unique aide et secours. Méditation. 278

VIII. Jour. Jésus-Christ notre protecteur fidèle. Méditation. 284

IX. Jour. Jésus plein de miséricorde pour ses Créatures. Méditation. 290

X. Jour. Jésus-Christ patience et longanimité. Méditation. 296

Conclusion. 302

INFLUENCES REÇUES PUIS EXERCEES 304

Jean de Bernières à Jacques Bertot 306

31 Mai 1645 L 1,18 Le Cœur seul de Jésus-Christ me pourrait suffire de lecture et de conférences. 307

4 juillet 1645 L 1,19 Cinq ou six personnes de rare vertu. 311

3 octobre 1645 L 1,21 Ce qui vient de la Providence est bien meilleur pour notre perfection, que ce que nous choisissons. 313

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce. 316

5. [Arfuyen] A son ami intime, des opérations de Dieu en l’âme. 319

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme. 320

7. [Arfuyen] Au même, où il déclare…. 323

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi 323

14 Octobre 1654 L 2,39 Comme une petite étable de Bethléem. 327

17 Octobre 1654 L 3,5 Autant on est détaché de toute choses, autant on est disposé à être uni à Dieu. 328

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre. 331

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité 334

14 Septembre 1656 L 3,25 Tant de goût et de saveur à être anéanti. 336

10. [Arfuyen] Au même, sur les richesses du parfait anéantissement. 340

21 Janvier 1657 L 3,31 Les biens qu’apporte cette sorte d’oraison sont innombrables 341

1 Juillet 1658 L 3,45 Vous êtes en chemin vers un pays qu’on appelle le néant. 345

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte ! Quel anéantissement dans une âme ! 347

10 Octobre 1658 L 3,44 Dieu écoulé dans votre fond sollicite et tire votre âme de passer du rayon en Lui seul. 353

31 Octobre 1658 L 3,50 Une différence très grande entre la lumière du rayon et la lumière du centre 359

12 Janvier 1659 L 3,46 C’est le trésor des trésors de se perdre en Dieu. 364

24 Janvier 1659 L 3,43 Le seul ordre de Dieu nous donne Dieu seul. 367

Mère Mectilde & Monsieur Bertot 370

De l’Hermitage du saint Sacrement, le 30 juillet 1645. 370

Mectilde écrit à son amie mère Benoîte de la Passion : 372

Benoîte de la Passion s’inquiète  372

Deux ans plus tard, Mectilde écrit à Benoîte 373

Mectilde écrit à une religieuse de Montmartre au sujet de la mort du frère de leur abbesse 373

Mectilde écrit à la mère saint Placide 374

La mère Catherine de Jésus  écrit le 24 octobre 1702 : 375

Monsieur Bertot à Madame Guyon avec les réponses de cette dernière. 378

Monsieur Bertot, directeur mystique. 379

De J. Bertot. 1672. [3,67 DM] 382

De J. Bertot. Avant octobre 1674. [2,06 DM] 397

De J. Bertot. Avant octobre 1674. [2,25 DM] 401

De J. Bertot. Avant octobre 1674 ? [2,26 DM] 402

Mme Guyon à J. Bertot. Avant octobre 1674 ? [DM] 409

De J. Bertot. Avant octobre 1674 ? [2,28 DM] 410

Mme Guyon à J. Bertot. Avant octobre 1674. [2,29 DM] 412

De J. Bertot. Avant octobre 1674. 413

Réponse à la lettre de Madame Guyon. 413

De J. Bertot. Avant juillet 1676 ? [2,30 DM] 418

De J. Bertot. Avant juillet 1676. [2,56 DM] 423

De J. Bertot. 22 mars 1677. [A.S.-S.] 425

De J. Bertot. Avant 1678 ? [2,57 DM] 427

De J. Bertot. Avant 1678 ? [2,59 DM] 429

De J. Bertot. Avant 1678 ? [2,60 DM] 431

De J. Bertot. Avant 1678 ? [2,61 DM] 433

De J. Bertot en réponse. 1678 ? [2,69 DM] 438

De J. Bertot en réponse à six questions1. 1678 ? [2,70 DM] 441

I. Les sens peuvent-ils être féconds en manière divine avant que d’être morts et anéantis entièrement ? Les miens ne le sont pas, assurément, puisque leur activité est souvent pleine de défauts. La vivacité qu’ils ont ne vient-elle pas plutôt de leur activité première et imparfaite qui est commune à tous ceux qui ont de la vivacité et qui sont agissants ? [388] 441

II. Puisque l’on ne peut rectifier les puissances ni les sens à moins que de les détruire entièrement, puis-je croire que les lumières qui me viennent sont purement de Dieu, n’ayant point passé par toutes les agonies qui précèdent la mort réelle et véritable ? [394] 444

III. (Lettre à l’auteur). De même, ma mémoire ne doit-elle pas se perdre entièrement avant que de devenir si féconde ? Je vous ai ouï dire qu’elle se perdait en un point que dans les affaires on se trouvait fort embarrassé. Et même à présent je suis souvent comme cela dans tout ce que j’entends dire et dans tout ce que je vois qui ne regarde pas mon état présent. Car même pour le passé, je ne retiens rien de toutes les choses que j’ai vues que si confusément que je ne pourrais rapporter aucune particularité. Cela est pénible dans les conversations et attire de l’humiliation. Enfin, elle est très vide de toute idée excepté [396] (comme je vous ai mandé) pour le présent de ce que je puis faire dans mon état. Cependant je ne la crois pas morte pour les raisons ci-dessus. Et, par une route contraire, d’où vient que la vôtre qui est morte il y a longtemps et qui est revivifiée, manque souvent à vous fournir dans les affaires ce qui est nécessaire ? Pardonnez-moi si j’approfondis trop, mais cela m’est venu sans y penser, et c’est pour le bien public. 445

V. (Lettre à l’auteur). Je ne puis m’empêcher de parler d’un autre instinct quoiqu’il n’en soit pas parlé dans la lettre, que j’ai ressenti dès le commencement que j’ai été touchée de Dieu, et qui, quoique souvent caché par mes fautes et par les ténèbres et sécheresses, a toujours augmenté : c’est un certain principe de vie, tantôt [402] comme un amour secret et inconnu, tantôt comme une faim insatiable de Dieu, enfin comme une pierre qui tend à son centre, ou plutôt tout cela ensemble, car tout est renfermé dans cette simplicité. Au commencement j’en parlais comme d’une chose que je croyais commune à tous ceux qui voulaient être à Dieu, mais cela n’est pas à ce que je crois. C’est ce que j’ai appelé présence de Dieu. Je n’en ai jamais eu d’autre, et cela plus ou moins : selon les degrés cela est plus ou moins simple. 448

VI. (Lettre à l’auteur). Pour le repos dont j’ai parlé ce qui me le rend un peu suspect, c’est parce qu’il me rend à l’extérieur moins gaie. Car comme je n’ai personne à qui je puisse ouvrir mon cœur, toute ma joie et mon contentement est de me taire. Je ne puis prendre plaisir à ce qui divertit les autres : hors ce qui est de mon devoir, le reste souvent me resserre le cœur et me peine ; je l’ai bien éprouvé depuis peu, n’ayant pas eu la même liberté. Quoique je sois pleinement contente comme je ne vois que des objets tristes, je crains de la [le] devenir. Ayez la bonté de m’expliquer pourquoi vous m’avez dit souvent que vous ne le craignez pas pour moi car j’en ai [405] quelquefois de petites attaques qui font en moi des effets très mauvais qui seraient trop longs à dire. 449

De J. Bertot. 1678 ? [3,32 DM] 451

De J. Bertot. 1678. [3,33 DM] 456

Mme Guyon à J. Bertot. Avant avril 1681. [DM « Lettre à l’auteur »] 460

De J. Bertot en réponse. Avant avril 1681. [3,66 DM] 462

Mme Guyon à J. Bertot. Avant avril 1681. [DM « Lettre à l’auteur »] 465

De J. Bertot en réponse. Avant avril 1681. [3,68 DM] 468

Mme Guyon à J. Bertot. Avant avril 1681. [4,32 DM] 469

De J. Bertot. Avant avril 1681. [4,33 DM] 470

« Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne.  Avant avril 1681.» 475

[1ere ] De J. Bertot. [DM 4.70] 475

[2e ] De J. Bertot. [DM 4.71] 477

[3e ] De J. Bertot. [DM 4.72] 478

[4e ] De J. Bertot. [DM 4.73] 480

[5e ] De J. Bertot. [DM 4.74] 480

[6e ] De J. Bertot. [DM 4.75] 481

[7e ] De J. Bertot. [DM 4.76] 482

[8e ] De J. Bertot. [DM 4.77] 483

[9e ] De J. Bertot. [DM 4.78] 484

[10e ] De J. Bertot. [DM 4.79] 485

[11e ] De J. Bertot. Avant avril 1681. [DM 4.80] 487

De J. Bertot. Avant avril 1681. [DM 4.81] 488

AUTRES MYSTIQUES EDITES DANS LE DM 495

Marie des Vallées à Monsieur de Bernières 497

Conseils d’une grande Servante de Dieu appelée Sœur Marie des Vallées 497

Sur le don d’anéantissement ou de la foi nue, l’emploi pour le prochain, la présence réelle de Jésus-Christ, la conversation en esprit et en silence, la communication essentielle de Dieu. 499

21 Lettres du P. Maur de l’Enfant-Jésus à Madame Guyon 519

L’influence du P. Maur de l’Enfant-Jésus. 519

[1re] Du P. Maur. fin 1670 ? 524

[2e] Du P. Maur. 1673 ? 527

[3e] Du P. Maur. 1673 ? 529

[4e] Du P. Maur. 1674 ? 533

[5e] Du P. Maur. 1674 ? 536

[6e] Du P. Maur. 1674 ? 536

[7e] Du P. Maur. 1674 ? 537

[8e] Du P. Maur. 1674 ? 537

[9e] Du P. Maur. 1674 ? 538

[10e] Du P. Maur. 1674 ? 538

[11e] Du P. Maur. 1674 ? 539

[12e] Du P. Maur. 1674 ? 541

[13e] Du P. Maur. 1674 ? 543

[14e] Du P. Maur. 1674 ? 545

[15e] Du P. Maur. 1674 ? 549

[16e] Du P. Maur. 1674 ? 550

[17e] Du P. Maur. 1675 ? 552

[18e] Du P. Maur. 1675 ? 553

[19e] Du P. Maur. 1675 ? 553

[20e] Du P. Maur. 1675 ? 555

[21e] Du P. Maur. 1675 ? 557

21 Lettres de Madame Guyon concluent le Directeur Mystique 559

Madame Guyon dirigée 559

Madame Guyon succède à Monsieur Bertot 560

Avis sur l’état d’une âme qui commence à se perdre en Dieu par la foi nue. 560

 1. Voie pour devenir une créature nouvelle. 564

 2. Filiation spirituelle. 569

 3. Mourir à soi et s’abandonner. 571

4. A POIRET. Foi nue et oraison simple. 573

 5. Usage des incertitudes. Anéantissement. 575

 6. Abandon de son sort à Dieu. 578

 7. Dieu affermit la foi. 580

 8. Danger des voies extraordinaires. 581

 9. Résistance à Dieu, peines et abandon. 585

 10. Perte de la raison et de la volonté. 588

 11. Fermeté dans l’abandon. 590

 12. Fidélité dans la voie de la perte. 592

 13. D’assurance dans la voie de la perte. 594

 14. Communications des esprits. Souplesse sous Dieu. 596

 15. De la perte en Dieu. 598

 A L’AUTEUR : 598

REPONSE : 598

16. Perte totale, source de tout bien. 600

 17. Règne du pur amour. 602

 18. Agrément de l’abjection. 603

 19. Abandonnement, etc. 604

 20. état d’une âme perdue en Dieu. 605

 21. Usage des écrits intérieurs. 608

Ou conclusion de tous les écrits de Mme G[uyon]. 608

POSTFACE ou ESSAI 611

[matériaux pour rédaction, 15 pages ?] 614

Relevé partiel (DM I à III) avec préférences soulignées 614

2. Condensé révisé des préférences : 628

ANNEXES 633

INDEX 635

EDITION DE BERLEBOURG 1742 637

Page de titre : 637

Berlebourg omparé au DM 638

SOURCES 639

D. Tronc 639

Bibliothèque municipale de Lyon  639

Google books 640

MONSIEUR BERTOT, DIRECTEUR MYSTIQUE 2005 643

1. Une « école » des mystiques 643

2. La vie cachée de Monsieur Bertot. 648

Caen 651

Montmartre 661

3. L’œuvre. 675

Les Retraites 676

La Conclusion des Retraites […] de l’oraison… 677

Le Directeur mystique. 678

Autres sources 681

4.Aperçu de la voie 682

5. La direction de Madame Guyon 684

Annexes de l’édition 2005 698

I : Table synchronique de membres de l'école de l'amour pur 698

Table synchronique des membres de l'école de l'amour pur nés entre 1590 et 1651. 699

II : Tableau général de l'école quiétiste du pur amour 699

III : Sources de Monsieur Bertot, Directeur Mystique 705

Sources utiles à l'approche biographique 705

Identité, baptême, décès 706

Le corpus 708

Contenu détaillé du DM : 709

- Écrits du P. Chrysostome 711

IV : Chronologie de la vie de Monsieur Bertot 712

TABLE DES MATIERES 715

Fin 728



  1. 4a. CORRESPONDANCES DE DIRECTIONS entre Chrysostome Bernières Mectilde Bertot Lacombe Guyon Fénelon



Série Etudes / 4a…

(64) Cor. B.- B.- G. révisé dense lulu Reduction ec.docx





A réduire par

Suppression de notes

Et d’introductions aux sections

Et de lettres moins intéressantes

Compléter le diagramme par Mortemart et dates de naissances




Ce volume contient :

Présentation

Les directions de Bernières et de Mectilde par le P. Chrysostome

Choix de lettres de Mr de Bernières

Mr de Bernières à Mr Bertot

Mère Mectilde & Mr Bertot

Choix de lettres de Mr Bertot

Mr Bertot dirige Madame Guyon

Le P. Lacombe et Madame Guyon

Madame Guyon dirige Fénelon

Madame Guyon à M.-A. De <Mortemart

Choix de lettres de Madame Guyon



Annexes



Présentation

L’essentiel du vécu mystique tel qu’il fut exprimé en langue française au dix-septième siècle se retrouve au sein de trois correspondances. Elles se succèdent sur trois générations, chacune prenant presque immédiatement le relai de la précédente.

De mêmes accomplissements « achevés » bien avant même la mort des maîtres qui se succèdent au sein de la lignée et d’importances comparables par les durées et par les volumes textuels, ces corpus proposent un message commun sous trois tempéraments ou imprégnations.

Le même courant traverse la diversité des conditions humaines telles qu’elles sont vécues dans les trois ordres existants à l’époque et par les deux sexes : Monsieur de Bernières est un grand bourgeois laïc, Monsieur Bertot est un confesseur mystique d’origine paysanne, Madame Guyon connut la vie mariée, la Cour et les prisons.

Nous sont parvenues les lettres de Bernières rédigées entre ~1635 et 1659 soit les 24 dernières années d’une vie de près de soixante ans ; les lettres de Bertot entre ~1660 et 1681 soit les 21 dernières années d’une vie de soixante ans ; les lettres de Madame Guyon entre ~1683 et 1717 soit les 34 dernières années d’une vie de près de soixante-dix ans (on déduira huit années d’enfermements).

Ils se lient entre eux par des échanges que l’on s’efforce de retrouver au sein des imposants corpus. Parfois avec quelque incertitude car ils y ont été très discrètement introduits par leurs premiers éditeurs.

Ils traduisent les façons diverses dont s’opèrent le travail de transmission mystique ou simplement et plus fréquemment d’assistance spirituelle. On ne parle pas directement de transmission !

Là réside l’intérêt de tri et restitution. Les rééditions moins urgentes de « livres » recomposés ou composés existent tandis que des lettres sont mieux protégées des censures et des Inquisitions.

Le Chrétien intérieur de Monsieur de Bernières, le Moyen court et Les Torrents de Madame Guyon furent les titres les plus lus parmi les livres condamnés.

Leurs censures provenaient d’éditeurs pratiquant la réécriture admise à l’époque ; Elle est honnêtement et naïvement avouée par Louis Françoisd’Argentan le « co-rédacteur » capucin du Chrétien intérieur.

L’autocensure est pratiqué au dix-septième siècle par tout auteur d’ouvrage destiné à un public élargi dont les Approbations sont requises chez les éditeurs du « Roi Très Chrétien ». C’est le cas de madame Guyon pour le Moyen Court en 1685.

Des omissions s’imposent chez l’éditeur disciple Pierre Poiret, mais étranger et protestant, il lui fallait protéger les correspondants en supprimant noms et indices personnels. Le « sauveur » de Guyon et de Bertot fut critiqué par certains disciples français catholiques pour ses projets heureusement menés à bon terme. Nous revenons sur ces circonstances (infra, section « Le corpus).

Ces situations complexes compliquent la tâche de reconnaissance d’identification des destinataires de lettres.

Bernières (1601-1659) est remarquable par son élan spirituel et l’a mené de la révérence devant la grandeur de Dieu à l’abandon au flux de la grâce. Bertot (1620-1681) est remarquable par sa solide et exigeante « foi nue » qu’il fait comprendre par analogies empruntées à la nature normande. C’est le plus dense et exigeant des directeurs. Madame Guyon (1648-1717) est remarquable par sa vitalité, par sa simplicité qui n’exclut pas une fine psychologie.

Ces trois pôles sont entourés d’une pléiade de mystiques accomplis mais moins favorisés dans leurs possibilités expressives.

Se détachent le fondateur Chrysostome (1595-1646), Mère Mectilde (1614-1698) active sur la durée du siècle, le génie littéraire de Fénelon (1652-1715).

On ajoutera Marie de l’Incarnation excentrée en Nouvelle-France, le confesseur Lacombe en rien médiocre, la duchesse de Mortemart qui peut-être assura une suite au dix-huitième siècle au sein des groupes Cis et Trans.

Résumé commun à tous de la même filiation : le pur amour est vécu par abandon de la volonté propre non de soi-même mais par action de la grâce reçue en passiveté. L’exigence est très forte mais toute intérieure sans ascèse visible. Elle est affirmée avec humilité chez Bernières, avec force chez l’abrupt Bertot, plus voilée mais sans compromis possible chez la souple Guyon.

Ces témoignages montrent un souci constant des besoins de leurs compagnons. Il suffit à répondre à tout besoin d’éclaircissement et de présence.



Plusieurs points soulignent l’intérêt et l’originalité du dossier. Ils pourraient prêter lieu à développement et thèse qui ne peuvent trouver place ici.

1. L’époque mystique la moins lointaine est française : en occident elle succède à la flamande du quatorzième siècle et à l’espagnoles du seizième. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, après le latin et l’espagnol le français domine. Puis l’anglais le remplace1381.

2. En époque inquisitoriale – tous siècles avant les deux derniers -- un texte à visée collective est censuré. L’échange discret de lettres est le seul espace d’expression écrite libre.

3. Les correspondances privées respectent diversités et minorités, donc l’originalité des rares mystiques au sein d’une majorité religieuse à laquelle convient une littérature d’opuscules et de livres, signaux prudemment avancés jusqu’au siècle des Lumières.

4. Mais en général on n’a pas conservé de dialogues entre mystiques. Soit par effet grossissant où seul est respecté le très saint ou le fondateur devenu émetteur textuel par nécessité -- ce qui entraîne l’absence de correspondance passive. Soit par destruction malveillante : Jean de la Croix. Soit par auto-destruction dans l’hypothèse bénigne : Madame Acarie, première Marie de l’Incarnation. Soit avant reconnaissance improbable : Marie Guyart, la seconde Marie de l’Incarnation « du Canada », est ainsi sauvée par son fils.

Les correspondances ne conservent aucune pièce passive sauf au sein d’une filiation qui tient à garder la formation vivante d’un dialogue questions-réponses.

5. L’extraordinaire s’est cependant produit et il s’est répété quatre fois ! Toute une littérature reliant les animateurs de la tradition mystique Chysostome – Bernières et Mectilde – Bertot – Guyon – Fénelon et Poiret. Et l’on a les chaînons entre eux, dialogues Ch-B, b-Bt, Bt-G, G-F.

Le diagramme infra situe figures et filiations :





6. Le paradoxe n’est qu’apparent entre préservation d’un vaste ensemble textuel et l’absence apparente d‘un intérêt partagé (on s’écarte voire on condamne des mystiques) .

Les Corpus ont été transmis de B, Bt, G parce que tout autre appui visible manquait: Bernières et sa sœur, Guyon, Poiret ont été très conscient des sauvetages à mener d’urgence et ils ont oeuvré pour éviter la disparition d’une vie mystique menée en commun (cela n’a toutefois pas empêché son affadissement dans un monde catholique converti à une forme de matérialiste spirituel mettant en avant lieux de culte miraculeux – par contre a trouvé prolongement dans le monde protestant malheureusement peu porté à la vie mystique).

7.histoire des sauvetages à raconter : Bernières préserve Chrysostome, la soeur Jourdaine de B. préserve son frère, Guyon préserve Bertot, Poiret préserve (tout !) Guyon, les bénédictines « filles » de Mectilde sauvent cette dernière (avec une pincée de Bernières). Dater, bibliographer.

Cas unique d’une « conspiration » réussie : le « devoir de mémoire » est accompli en réponse typique d’une minorité persécutée.

8. Ce « Trésor de langue sauvée » à défaut d’un efficace directe s’avère indépendante de théorie théologique, car simple rapports établis entre personnes. Donc à n’apprécier qu’aujourd’hui où l’on favorise le vécu à la croyance.

9.sans bien réaliser son importance mais sensibilisé par les rencontres de tels textes pratiques j’ai contribué au sauvetage en assemblant trois corpus principaux. L’axe de filiation ou le tronc de l’arbre.

S’y adjoignent ses branches – sauvetages ou choix secondaires intégrant lettres aux dossiers :

Sauvetages principaux : Guyon correspondances I II III (2003-2005) 2500 p., Bertot (2005 puis 2018) 500 puis 2000 p., Bernières (2019 en épaulant dom Eric de Reviers) 1500 p.

Sauvetages secondaires : restitutions opérées chez Chrysostome (opus complet), Lacombe (opus complet),

Choix opérés chez Mectilde, Fénelon ; total ~2000 p.

Cette littérature « sensible au coeur » donne valeur au travail d’érudition même si elle ne s’dresse pas à ce corps de métier.

10. Le socle premier niveau est disponible. Il s’agit d’y apporter des étages moins vastes : en tirer profit spirituel par réduction et éventuellement par synthèse.

Les restitutions souvent intégrales de tels directoires mystiques permettent de proposer / de retrouver / d’exposer les grandes lignes d’une voie mystique commune.

A faire ou à laisser faire.

Voie universelle comme les autres lorsqu’elles sont authentiques dont un des indices est l’ouverture à la reconnaissance mutuelle.

Dix sections suivent la Présentation :

1. Les directions de Bernières et de Mère Mectilde par le P. Chrysostome

2. Choix de lettres de directions de Monsieur Bernières adressées à diverses personnes

3. Lettres à « l’ami intime » Jacques Bertot

4. Echanges entre Mère Mectilde & Monsieur Bertot

5. Choix de lettres de direction de Monsieur Bertot

6. Monsieur Bertot dirige Madame Guyon

7. Le confesseur Lacombe et Madame Guyon

8. Madame Guyon dirige Fénelon

9. Madame Guyon écrit à Marie-Anne de Mortemart

10. Quatre-vingt quinze lettres choisies concluent cette Correspondances de direction mystique

§

Je rassemble ainsi de nombreuses lettres liant les sept figures figurant sur le diagramme illustrant la page titre.

Ce diagramme comporte sept traits fléchés indiquant les directions et non fléchées pour des relations plus épisodiques. Ces traits correspondent aux sections 1, 3 et 4, 6 à 9.

Pour rendre juste compte des nombreuses directions adressées à bien d’autres figures, j’introduis les sections intermédiaires 2, 5, 9. Il s’agit de choix : les « meilleures lettres » de directions assurées par Monsieur de Bernières qui animait l’Ermitage de Caen ; par Monsieur Bertot « passeur » de Caen à Paris ; puisées dans les directions préservées par es disciples de Madame Guyon. Elle anima le cercle « quiétiste » à Paris puis à Blois où se réunissaient de discrets visiteurs cis et trans.

Ces échanges avec des dirigés le plus souvent inconnus qui s’assemblaient autour centres ou noeuds des réseaux « d’Amis » incluent aussi des correspondants qui ne pouvaient résider ou visiter le Royaume : émigrés en Nouvelle-France pour le premier nœud actif autour des années ~1650 ; étrangers souvent protestants vivant en Hollande, en Suisse, en Ecosse pour le second nœud actif autour des années ~1710.

Au-delà des relevés de liens fondateurs, ce florilège assemble un « essentiel mystique » glané sur des milliers de pages. Elles furent « sauvées » par la soeur de Bernières puis par Madame Guyon assistée par le disciple et éditeur Poiret. Elles sont disponibles : bibliographie « Correspondances » figurant en fin de volume.

TABLE

Correspondances de Directions dans la Voie mystique 2

Présentation 4

Les directions de Bernières et de Mectilde par le P. Chrysostome 11

La direction de Bernières 11

1. Lettre. “ J’ai lu et considéré la vôtre…” 12

2. Autres avis au même. “ J’ai lu et considéré vos articles…” 13

3. Autres propositions d’un certain spirituel, et les réponses du Père. “ Je suis souvent dans l’état de douceur et d’amour…” 13

4. Autres propositions et réponses. “ Dites-nous un peu mon cher Père…” 16

5. Autre lettre d’un spirituel, et les réponses du Père. “ Depuis que je vous ai obéi…” 17

6. Autre lettre en forme de propositions, et les réponses. “… dans une grande obscurité intérieure…” 18

7. Autre lettre de réponse du Père à un spirituel. “ J’ai considéré votre dernière lettre, et je demeure dans mon sentiment…” 20

8. Autre lettre et réponse. “ J’ai lu et considéré le rapport de votre oraison” 21

9. Autre lettre du révérend Père. “ Notre cher frère et ami en J.C.” 23

10. Autres propositions et réponses, touchant la pratique de quelques conseils évangéliques. 24

11. Autre réponse à un bon serviteur de Dieu. “ Notre très cher frère en Jésus-Christ” 25

12. Autre lettre à un spirituel, fidèle et fervent. “ J’ai considéré vos lettres…” 26

13. Autres propositions ou déclarations de l’intérieur d’une âme, et les réponses du révérend Père. 27

14. Autre lettre adressant au Père, et ses réponses. “ Depuis l’avis que vous m’avez donné, que c’est l’ordre de Dieu…” 31

15. Autres propositions et réponses sur l’oraison, etc. 32

16. Autre lettre du Père, dirigeant quelque âme à une haute perfection. 33

L’initiation de Mectilde 35

Premier texte : Relation au Père Chrysostome avec réponses, juillet 1643. 36

Deuxième texte : Autre réponse du même père à la même âme . 42

Choix de lettres de direction de Bernières 50

Les événements importants dans la vie de Jean de Bernières 50

6 Mars 1646 L 1,27 Je suis bien éloigné de vous conseiller de descendre de la croix. -- Dieu tout seul suffit à l’âme, puisqu’il est suffisant à soi-même… 52

Janvier1647 L 1, 37 J’ai été dans des oublis de Dieu si grnds qu’ils vous étonneraient très fort. -- Ma très chère sœur, il y a si longtemps que je désire vous écrire deux mots… 54

15 février 1647 L 2, 35 Soyez donc comme une petite boule de cire entre ses mains, et soyez contente de ses divines dispositions. 55

12 Septembre 1647 M 3,25 En présence de Dieu tout s’évanouit comme un songe. 59

12 Septembre 1647 M 3,49 Dialogue de l’âme avec le Bien Aimé. 59

28 Septembre 1647 M 2,26 L’abandon à la Providence. 60

20 Janvier 1648 M 2147 Dieu veut avoir quelquefois des bouches inutiles dans sa maison. 60

1648 L 2,1 Quand l’on ne veut que Dieu et son bon plaisir, l’on se sent paisible et content en tous les états. -- Je n’ai pu vous écrire plus tôt les deux mots qui suivent… 60

Mars 1649 M 3,26 La pure oraison cause la perte de l’âme en Dieu. 61

Mars 1649 M 3,28 L’âme devient un même esprit avec Lui. 62

20 Janvier 1650 M 3,31 La grande passivité de l’âme doit être de posséder Dieu en son fond par anéantissement. 62

Avril 1650 M 3,42 On ne connaît le goût de Dieu qu’en Dieu même. 62

Mai 1650 M 3,75 L’union essentielle où l’âme jouie de Dieu. 63

Mai 1650 M 3,76 Distinguer union essentielle et union accidentelle. 64

1651 L 2,54 -- Dieu seul doit suffire à une âme morte et anéantie… 65

1652 M 2171 -- Si votre âme durant l’oraison est sans pensées et sans sentiments, ne vous en mettez point en peine… 65

1653 L 3,39 De la vie cachée avec Jésus Christ en Dieu. -- J’ai reçu grande joie d’apprendre des nouvelles de votre santé… 66

1653 L 3,18 S’accoutumer à faire l’oraison avec la pure lumière de la foi. -- Je vous dirai qu’il ne faut pas s’étonner des oppositions et contradictions… 66

1653 L 3,40 Dans la voie passive de l’anéantissement. -- Depuis que Dieu par sa miséricorde a introduit l’âme dans la voie passive de l’anéantissement… 66

1653 L 3,51 Dieu est mon âme et mon âme est Dieu. -- Pour le présent il me semble que Dieu est mon seul intérieur… 67

10 Février 1653 M 2172 Cette sacrée obscurité est plus claire que la lumière même. 67

24 Avril 1653 L 3,29 Qui vit en Dieu seul, voit en Dieu ses amis. -- Ces lignes sont pour vous réitérer les assurances de mes affections… 67

4 Mai 1653 L 2,13 -- Monsieur de Renti était mon intime ami. 68

Juillet 1653 L 3,22 Il y a différents états dans la voie mystique. -- Je viens de recevoir vos dernières. Pour réponse… 68

26 Août 1653 L 2,52 Dieu seul, Lui-même, doit être l’âme de votre âme. -- Vos dernières me font connaître plus clairement que jamais votre grande vocation au parfait anéantissement… 68

7 Septembre 1653 L 2,27 Quand Dieu devient l’âme de notre âme. -- Touchant la déclaration que vous me faites de votre oraison, ma lumière est petite… 69

1654 L 3,34 Le secret de la parfaite union avec Dieu. -- Pour répondre à votre dernière, je vous dirai dans ma simplicité et liberté ordinaire… 69

29 Mars 1654 L’esprit de notre petit Ermitage. -- J’ai reçu vos dernières qui m’ont donné grande consolation… 70

30 Mars 1654 L 3,4 N’avoir rien, c’est avoir tout. -- Ce mot est pour vous assurer, que je me sens aussi uni à vous à Caen comme à Rouen… 70

19 Avril 1654 L 2,51 Il faut mourir auparavant que de vivre d’une nouvelle vie. -- Puisque Notre Seigneur vous a fait la grâce d’attirer votre âme à Lui par le moyen de la foi pure et nue… 70

13 Mai 1654 L 3,6 Il n’y a qu’à Le laisser faire. -- Je viens de recevoir vos dernières, et je sens mouvement d’y répondre tout présentement… 71

19 Octobre 1654 L 3,60 Que l’Esprit de Dieu fasse son ouvrage à sa mode. -- Vous m’obligez d’écrire quelque chose sur les dispositions de la bonne Mère B.… 72

20 Octobre 1654 L 2,25 Un abrégé de la voie mystique. 72

5 novembre 1654 L 1,46 Mon fond, c’est la seule lumière de la Foi. -- Je connais un certain état d’anéantissement de la créature… 75

11 Novembre 1654 L 3,41 Dieu est et vit, et cela me suffit. -- Quand vraiment et réellement Jésus Christ est notre vie… 76

17 Mars 1655 L 3,24 On s’imagine qu’être en quiétude, c’est ne rien faire. -- C’est une grande misère de ne point connaître qu’il ne faut pas toujours chercher Notre Seigneur... 77

3 Janvier 1656 L 3,13 Perte de l’âme en Dieu, la comparaison d’une rivière -- Ma très chère Sœur, Jésus Christ soit notre unique vie. Je viens de recevoir vos dernières qui me consolent beaucoup… 78

13 Août 1656 M 2173 Il blesse d’une manière que Lui seul peut guérir. -- Mon oraison a bien changé. Ce n’est plus qu’un exil ou un bannissement de Dieu… 79

10 Octobre 1656 L 3,47 En même temps, sa présence et son absence. -- Votre dernière lettre m’a donné beaucoup de consolation et d’instruction… 80

20 Novembre 1656 L 3, 36 Que nous soyons un jour tous fondu en Jésus. -- Ma très chère Sœur, Jésus soit notre mort, notre vie, notre néant et notre tout… 81

16 Janvier 1657 L 2,31 Les trois degrés pour monter au sommet de la montagne. -- Je vous suis infiniment obligé de l’honneur de votre souvenir dans votre chère solitude… 85

23 Janvier 1657 L 3,15 De l’anéantissement mystique. -- Pour ce qui vous regarde, nous n’avons rien à dire, sinon que nous remarquons que l’esprit de Jésus-Christ veut anéantir le vôtre pour se mettre en sa place… 85

9 Avril 1657 L 3,35 Tournez votre âme du côté de la confiance en Dieu. -- J’ai fait réflexion sur ce que vous me mandez dans votre dernière… 86

9 Avril 1657 L 2, 24 C’est Dieu seul qui fait cet ouvrage. -- Je vous demande pardon, si nous avons été si longtemps à vous répondre… 87

26 Août 1657 L 2,23 Souffrir en patience passive. -- Ma très chère Sœur, 88

30 Août 1657 L 3,16 C’est la dernière lecture qu’il faut quitter, que celle de l’Écriture sainte. -- Je ne manquerai pas durant votre retraite… 88

20 Septembre 1657 L 3,17 Une vue simple et amoureuse doit nourrir votre âme. -- J’ai reçu et lu avec joie et consolation votre belle et excellente lettre… 89

20 Septembre 1657 M 1,87 (1.10.4) La fidélité d’une âme consiste à recevoir la mort que toutes ces choses lui donnent, et à ne point agir autrement. -- Les ténèbres, les sécheresses et les étouffements intérieurs… 90

29 Septembre 1657 M 1,90 (1.10.7) Mourir au désir de ne pas mourir assez tôt. 90

6 Octobre 1657 L 2,30 Dans l’oraison, il ne faut jamais quitter Jésus Christ. -- Touchant la difficulté qui est venue à la personne dont il est question lisant Sainte Thérèse… 90

13 Octobre 1657 L 3,54 Sur l’anéantissement et la déification. -- Il y a bien de la différence entre la lumière de l’anéantissement, et la réalité… 91

28 Octobre 1657 M 2167 -- Si Dieu vous appelle par grâce à la pure passivité dans l’oraison… 92

29 Septembre 1658 L 3,10 Il doit suffire de laisser brûler ce Feu intérieur. -- La personne dont il est question doit s’abandonner à Dieu, qui a un soin particulier d’elle dans l’oraison… 93

12 Décembre 1658 L 3,20 Un pauvre chétif homme qui tend à l’anéantissement est capable de tout. -- Je ne vous puis exprimer la joie que nous avons tous récemment d’apprendre par vos chères lettres votre Sacre… 94

16 Décembre 1658 L 3,38 C’est un grand don d’entrer dans le néant, plus grand d’y habiter, et très grand d’y être consommé. -- Je reçois votre dernière et y réponds en peu de mots… 95

21 Décembre 1658 L 2,33 Votre oraison s’augmentera peu à peu avec la fidélité de la faire tous les jours. -- Je suis fort obligé à Monsieur votre frère de m’avoir procuré l’honneur de votre connaissance… 98

22 décembre 1658 L 1,49 Moins vous ferez, plus vous ferez de bien à vos novices. -- Sa divine Providence vous ayant placé au lieu où vous êtes… 99

4 janvier 1659 L 2,17 Toute votre oraison, dans le délaissement intérieur où vous êtes, est de n’en avoir point. -- Je n’ai pas manqué de bien considérer… 100

24 Janvier 1659 L 3,19 Prenez garde à ne pas vouloir être si fort abandonné que vous vouliez tomber dans l’oisiveté. -- Je vous confesse que je suis mortifié d’être obligé de vous aider, ayant moi-même beaucoup besoin de secours… 101

26 Janvier 1659 L 3,8 L’âme agit plus dans la simplicité que dans la multiplicité. -- Monsieur, Jésus soit votre lumière. C’est à Lui à vous éclairer dans vos petits doutes touchant votre oraison… 102

10 Février 1659 L 1,53 Très souvent on imite Jésus-Christ qu’en apparence et en idée. -- Il faut que vous disiez la même chose dans la persécution… 103

19 Février 1659 L 2,45 La différence entre l’abandon et l’oisiveté. -- J’ai lu vos dernières du septième de ce mois avec attention, et j’ai remarqué la conduite particulière que Dieu tient… 104

16 Mars 1659 L 3,3 L’essentiel de la vie mystique. -- Je vous suis infiniment obligé... 105

29 Mars 1659 L 1, 60 Il faut reculer les affaires de Dieu pour vaquer à Dieu seul. -- Pour répondre à votre dernière, je vous dirai que je trouve que Notre Seigneur vous continue ses miséricordes… 107

2 Avril 1659 L 3,23. La non-oraison est la voie pour l’oraison mystique. «Monsieur, Jésus-Christ crucifié soit notre unique amour. Votre dernière m’a beaucoup consolé…» 107

16 Avril 1659 L 2,32 L’humilité et l’abandon doucement exercé en sa Présence. -- J’ai grande joie du bonheur que posséderez un jour en vous sacrifiant tout entier au salut des pauvres Chinois… 109

Maximes non datées 111

M 3, 2 L’état passif n’est pas pour toutes les âmes qui tendent à la perfection. 111

M 3, 3 L’état passif consiste à supprimer notre activité propre, pour entrer dans l’activité de Dieu. 112

M 3, 4 L’état passif consiste à se laisser posséder par L’Esprit de Jésus-Christ. 112

M 3, 6 L’état de l’âme dans ce premier degré de vie parfaite demeure dénué et étouffé. 113

M 3, 8 Le second degré de l’état passif est illuminatif. 113

M 3, 9 En ce second degré de vie unitive, l’âme éprouvent encore de grands délaissements. 114

M 3, 10 Le dernier degré c’est l’unitif, où l’âme devient un même esprit avec Dieu. 114

M 3, 11 Dans ce dernier degré de la vie unitive le temps d’oraison n’est pas réglé comme aux autres précédents. 115

Jean de Bernières à Jacques Bertot 116

Correspondance 116

31 Mai 1645 L 1,18 Le Cœur seul de Jésus-Christ me pourrait suffire de lecture et de conférences. 116

4 juillet 1645 L 1,19 Cinq ou six personnes de rare vertu. 118

3 octobre 1645 L 1,21 Ce qui vient de la Providence est bien meilleur pour notre perfection, que ce que nous choisissons. 120

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce. 122

5. [Arfuyen] A son ami intime, des opérations de Dieu en l’âme . 124

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme. 125

7. [Arfuyen] Au même, où il déclare…. 127

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi 128

17 Octobre 1654 L 3,5 Autant on est détaché de toute choses, autant on est disposé à être uni à Dieu. 131

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre. 132

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité 135

14 Septembre 1656 L 3,25 Tant de goût et de saveur à être anéanti. 137

10. [Arfuyen] Au même, sur les richesses du parfait anéantissement. 140

21 Janvier 1657 L 3,31 Les biens qu’apporte cette sorte d’oraison sont innombrables 141

1 Juillet 1658 L 3,45 Vous êtes en chemin vers un pays qu’on appelle le néant. 145

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte! Quel anéantissement dans une âme! 147

10 Octobre 1658 L 3,44 Dieu écoulé dans votre fond sollicite et tire votre âme de passer du rayon en Lui seul. 153

31 Octobre 1658 L 3,50 Une différence très grande entre la lumière du rayon et la lumière du centre 157

12 Janvier 1659 L 3,46 C’est le trésor des trésors de se perdre en Dieu. 162

24 Janvier 1659 L 3,43 Le seul ordre de Dieu nous donne Dieu seul. 165

Incipits 167

Mère Mectilde & Monsieur Bertot 169

De l’Hermitage du saint Sacrement, le 30 juillet 1645. 169

Mectilde écrit à son amie mère Benoîte de la Passion : 170

Benoîte de la Passion s’inquiète 171

Deux ans plus tard, Mectilde écrit à Benoîte 171

Mectilde écrit à une religieuse de Montmartre au sujet de la mort du frère de leur abbesse 171

Mectilde écrit à la mère saint Placide 172

La mère Catherine de Jésus  écrit le 24 octobre 1702 : 173

Choix de lettres de direction de Jacques Bertot 175

Monsieur Bertot à Madame Guyon avec les réponses de cette dernière. 177

Monsieur Bertot, directeur mystique. 177

De J. Bertot. 1672. [3,67 DM] 179

De J. Bertot. Avant octobre 1674. [2,06 DM] 196

De J. Bertot. Avant octobre 1674. [2,25 DM] 200

De J. Bertot. Avant octobre 1674? [2,26 DM) 202

À J. Bertot. Avant octobre 1674? [DM] 209

De J. Bertot. Avant octobre 1674? [2,28 DM] 210

À J. Bertot. Avant octobre 1674. [2,29 DM] 212

De J. Bertot. Avant octobre 1674. 213

Réponse à la lettre de Madame Guyon. 213

De J. Bertot. 1674? [2,58 DM] 216

De J. Bertot. Avant juillet 1676? [2,30 DM] 218

De J. Bertot. Avant juillet 1676. [2,56 DM] 224

De J. Bertot. 22 mars 1677. [A.S.-S.] 226

De J. Bertot. Avant 1678? [2,57 DM] 228

De J. Bertot. Avant 1678? [2,59 DM] 230

De J. Bertot. Avant 1678? [2,60 DM] 232

De J. Bertot. Avant 1678? [2,61 DM] 234

À J. Bertot. Avant 1678? [2,68 DM] 238

De J. Bertot en réponse. 1678? [2,69 DM] 240

De J. Bertot en réponse à six questions1. 1678? [2,70 DM] 243

De J. Bertot. 1678? [3,32 DM] 253

De J. Bertot. 1678. [3,33 DM] 259

À J. Bertot. Avant avril 1681. [DM «Lettre à l’auteur»] 263

De J. Bertot en réponse. Avant avril 1681. [3,66 DM] 265

À J. Bertot. Avant avril 1681. [DM «Lettre à l’auteur»] 268

De J. Bertot en réponse. Avant avril 1681. [3,68 DM] 270

À J. Bertot. Avant avril 1681. [4,32 DM] 271

De J. Bertot. Avant avril 1681. [4,33 DM] 271

De J. Bertot. Avant avril 1681. [4,34 DM] 276

« Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne.  Avant avril 1681.» 277

[1ere ] De J. Bertot. [DM 4.70] 277

[2e ] De J. Bertot. [DM 4.71] 279

[3e ] De J. Bertot. [DM 4.72] 280

[4e ] De J. Bertot. [DM 4.73] 282

[5e ] De J. Bertot. [DM 4.74] 282

[6e ] De J. Bertot. [DM 4.75] 284

[7e ] De J. Bertot. [DM 4.76] 285

[8e ] De J. Bertot. [DM 4.77] 286

[9e ] De J. Bertot. [DM 4.78] 287

[10e ] De J. Bertot. [DM 4.79] 288

[11e ] De J. Bertot. Avant avril 1681. [DM 4.80] 290

De J. Bertot. Avant avril 1681. [DM 4.81] 291

Confesseur Lacombe et Madame Guyon 299

Madame Guyon dirige Fénelon 309

Le témoignage de madame Guyon 310

Chronologie couvrant les deux années qui suivent la rencontre 316

Histoire et état documentaire des sources 318

Des premiers échanges 319

Fénelon défend madame Guyon 325

352. À Mme DE MAINTENON. 7 mars 1696. 327

362. AU DUC DE CHEVREUSE. À Versailles, 24 juillet 1696. 331

364. À Mme DE MAINTENON. [Septembre 1696]. 332

403. À L. A. DE NOAILLES. 8 juin 1697. 333

454. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À Cambray, 25 septembre [1697]. 336

471. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À Cambrai 8 décembre [1697] 336

523. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 23 mai [1698]. 337

524. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 30 mai [1698]. 337

542. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 6 septembre [1698]. 338

551. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 27 septembre [1698]. 338

553. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 10 octobre [1698]. 339

568. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 14 décembre [1698]. 340

569. À PIERRE CLÉMENT [Vers le 14 décembre 1698]. 340

570. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À Cambray, 19 décembre [1698]. 340

571. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 26 décembre [1698]. 341

578. À L’ABBÉ DE CHANTÉRAC. À C[ambrai], 16 janvier [1699]. 341

1121. À LA DUCHESSE DE MORTEMART. À Cambray, 9 janvier 1707. 342

Fénelon maintient secrètement le contact 345

De FÉNELON avec les réponses de Madame GUYON. 4 (?) Mai  1710. 345

De FÉNELON. fin mai 1710 ? 353

Madame Guyon à Marie-Anne de Mortemart 355

4. A LA « PETITE DUCHESSE » (?) Décembre 1693. 357

A LA « PETITE DUCHESSE » [DE MORTEMART]. Juin 1695. 358

5. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1695. 360

6. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1695. 361

7. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1695. 361

8. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1695. 362

9.  A LA PETITE DUCHESSE. Août 1695. 362

10. A LA PETITE DUCHESSE. Peu après le 6 août 1695. 363

11. A LA PETITE DUCHESSE. Avant le 15 Août 1695. 363

12. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1695. 365

13. A LA PETITE DUCHESSE. Avant le 20 Août 1695. 367

14. A LA PETITE DUCHESSE. Avant le 20 Août 1695. 368

15. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1695. 368

16. A LA PETITE DUCHESSE. Peu après le 16 Août 1695. 369

17. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1695. 369

18. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1695. 370

19. A LA PETITE DUCHESSE. Début septembre 1695. 371

20. A LA PETITE DUCHESSE. Début septembre 1695. 372

21. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1695. 372

22. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1695. 373

23. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1695. 374

24. A LA PETITE DUCHESSE. Octobre 1695. 375

25. A LA PETITE DUCHESSE. Octobre 1695. 375

26. A LA PETITE DUCHESSE. Octobre 1695. 376

27. A LA PETITE DUCHESSE. Novembre 1695. 377

28. A LA PETITE DUCHESSE. 27 novembre 1695. 377

29. A LA PETITE DUCHESSE (?) Décembre 1695. 381

30. A LA PETITE DUCHESSE. Novembre 1696. 382

31. A LA PETITE DUCHESSE. Novembre 1696. 383

32. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1696. 385

33. A LA PETITE DUCHESSE. Janvier 1697. 385

34. A LA PETITE DUCHESSE. Février 1697. 387

35. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1697. 389

36. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1697. 391

37. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1697. 393

38. A LA DUCHESSE DE BEAUVILLIER. Mars 1697. 396

39. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1697. 399

40. A LA PETITE DUCHESSE. Avril 1697. 401

41. A LA PETITE DUCHESSE. Avril 1697. 403

42. A LA PETITE DUCHESSE. Avril 1697. 405

43. A LA PETITE DUCHESSE. Avril 1697. 407

44. A LA PETITE DUCHESSE. 18 avril 1697. 408

45. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 411

46. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 413

47. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 414

48. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 416

49. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 418

50. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 420

51. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1697. 422

52. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 424

53. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 428

54. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 430

55. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 430

56. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 432

57. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 434

58. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 435

59. A LA PETITE DUCHESSE. Juin 1697. 437

60. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1697. 439

61. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1697. 442

62. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1697. 444

63. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1697. 447

64. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1697. 449

65. A LA PETITE DUCHESSE. Juillet 1697. 452

66. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 454

67. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 455

68. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 455

69. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 456

70. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 458

71. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 459

72. A LA PETITE DUCHESSE. Peu après le 15 Août 1697. 460

73. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 461

74. A LA PETITE DUCHESSE. Août 1697. 463

75. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697 464

76. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697. 466

77. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697. 467

78. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697. 468

79. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697. 470

80. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697. 471

81. A LA PETITE DUCHESSE. Septembre 1697. 472

82. A LA PETITE DUCHESSE. 28 Septembre 1697. 473

83. A LA PETITE DUCHESSE. Octobre 1697. 474

84. A LA PETITE DUCHESSE. Octobre 1697. 475

85. A LA PETITE DUCHESSE. Octobre 1697. 476

86. A LA PETITE DUCHESSE. Novembre 1697. 478

87. A LA PETITE DUCHESSE. Novembre 1697. 480

88. A LA PETITE DUCHESSE. Novembre 1697. 483

89. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 484

90. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 486

91. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 487

92. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 488

93. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 489

94. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 490

95. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 491

96. A LA PETITE DUCHESSE. Décembre 1697. 492

98. A LA PETITE DUCHESSE. Janvier 1698. 494

99. A LA PETITE DUCHESSE. Janvier 1698. 495

100. A LA PETITE DUCHESSE. 496

101. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1698. 496

102. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1698. 498

103. A LA PETITE DUCHESSE. Mars 1698. 499

104. A M. TRONSON. Mars 1698. 500

105. A LA PETITE DUCHESSE (?) Avril 1698. 500

106. A LA PETITE DUCHESSE. Avril 1698. 502

107. A LA PETITE DUCHESSE. 3 mai 1698. 504

108. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1698. 506

109. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1698. 507

110. A LA PETITE DUCHESSE. Mai 1698. 508

111.  [DE Mme Guyon] Au marquis de Fénelon. Septembre 1716 ? 510

DE FENELON 511

Choix de citations extrait de la série complète des lettres 511

95 lettres choisies de Madame Guyon 520

Présentation 520

LETTRES DE DIRECTION 524

Publiées au Siècle des Lumières 524

1[1]. Voie pour devenir une créature nouvelle. 524

2[3]. Mourir à soi et s’abandonner. 528

3[5]. Usage des incertitudes. Anéantissement. 529

4[20]. État d’une âme perdue en Dieu. 531

5[31-D.4.134[]]. Au Marquis de Fénelon. Avis. 533

6[35].  Au Duc de Chevreuse ( ?). 534

7[90-D.1.49]. Ne point se former de propre vocation. 535

8[97-D.1.57]. Démêler la grâce d’avec la nature. 536

9[121-D.2.1]. Abrégé des voies de Dieu. 538

10[144-D.2.25]. Tentations d’incertitude. 546

11[169-D.2.50]. Nécessité des secours et moyens. 547

12[170-D.3.1]. Voies de Dieu et des hommes, incompatibles. 548

13[171-D.3.2] Commencer par l’intérieur et par l’oraison. 550

14[175-D.3.6]. Avis sur l’oraison. 553

15[192-D.3.29] ; Faiblesse de l’homme. Renoncement à soi. 555

16[198-D.3.35]. Pour être à Dieu. 556

17[201-D.3.38]. Lait des enfants. Pain des forts. 559

18[223-D.4.51]. Oraison. Mortification. 561

19[231-D.4.64]. Se trouver dans le cœur de Jésus. 562

20[232-D.4.66]. Avis de conduite. 563

21[256-D.1.105]. « Laver dans l’abîme… » 564

22[258-D.1.107]. Se laisser détruire à Dieu. 566

23[270-D.1.121]. Sagesse humaine incompatible avec la divine. 567

24[285-D.1.136]. Foi nue. 569

25[311-D.1.164]. Indifférence, mort, abandon enfantin. 569

26[320-D.2.54]. Procédé graduel dans le spirituel. 571

27[331-D.2.66]. Correspondre aux voies de Dieu. 572

28[338-D.2.73]. Abandon absolu. 574

29[348-D.2.83]. Utilité des sécheresses d’esprit. 575

30[353-D.2.88]. 576

31[354-D.2.89]. Mourir à soi, aux appuis, au sensible. 576

32[361-D.2.96]. Comment faire dans la mort mystique. 577

33[362-D.2.97]. Dispositions à l’anéantissement. 577

34[365-D.2.100]. Purification de l’amour-propre, etc. 579

35[375-D.3.51].Construction divine du vrai intérieur. 581

36[385-D.3.67]. Voie de perte et de mort à toutes choses. 582

37[386-D.3.70]. Oraison sans action des puissances. 586

38[388-D.3.73]. N’aimer que Dieu. S’en laisser détruire. 587

39[390-D.3.75]. 589

40[395-D.3.84]. Désappropriation, foi, lumière et ténèbres. 590

41[399-D.3.88]. Foi passive et nue. Abandon. 592

42[400-D.3.89]. Être passif. Être chargé d’âmes. 594

43[402-D.3.92]. Abandon purifiant. Voie du fond., etc. 596

44[406-D.3.97]. Union. Corruption. Enfance. 603

45[412-D.4.91]. Dépouillement, avancement. 603

46[418-D.4.97]. Décès en état de sécheresse. 605

47[419-D.4.99]. Du sacrifice de l’âme. 606

48[428-D.4.116]. Foi nue. Amour pur. 609

49[432-D.4.120]. Oublier tout. 610

50[433-D.4.124]. Touchant les nouveaux prophètes. 611

51[440-D.1.176]. 618

52[446-D.1.182]. Perdre la sagesse humaine. 618

53[454-D.1.192]. S’avancer du connu, etc. 620

54[458-D.1.197]. Manières d’agir de Dieu opposées à celles des hommes. 622

55[459-D.1.198]. Comment juger des choses divines. 624

56[460-D.1.200]. Diverses opérations, etc. 625

57[462-D.1.202]. Compassion des faibles. Jugements de Dieu. 626

58[469-D.1.209]. Simplicité et pureté de cœur. 628

59[482-D.1.229]. Opérations de Dieu, etc. 629

60[491-D.2.111]. Sentiment. Raison. Foi. 630

61[496-D.2.121]. Vie propre, difficile à perdre. 632

62[502-D.2.127]. Abandon à l’amour purifiant. 634

63[506-D.2.131]. Peines dans l’abandon interrompu. 635

64[507-D.2.132]. Abandon absolu. 636

65[511-D.2.136]. Abandon sans réserve. 636

66[513-D.2.138]. Nécessité de l’anéantissement. 639

67[515-D.2.141]. Perte et abandon. 640

68[527-D.2.156]. Opération de Dieu. Pureté, etc. 645

69[528-D.2.157]. Impressions divines et passagères. 647

70[530-D.2.161]. Dieu sauve ce qui est perdu. 648

71[531-D.2.162]. Destruction de la sagesse humaine. 651

72[534-D.2.165]. Séparation de l’âme et de l’Esprit. 653

73[535-D.2.166]. État et voie de la foi nue. 654

74[536-D.2.167]. De la perte totale du soi. 656

75[539-D.2.172]. Mort, résurrection, perte. 661

76[550-D.2.184]. Pur abandon et la tranquillité. 662

77[555-D.2.191]. Excellence, prérogatives et effets de l’amour pur. 664

78[557-D.2.196]. État de l’âme réunie à Dieu. 666

79[562-D.3.101]. Règne de Jésus-Christ par l’intérieur. 667

80[563-D.3.107]. Communications, etc. 671

81[570-D.3.115]. Certitude des communications divines. 674

82[571-D.3.116]. Communications divines. 675

83[577-D.3.124]. Esprit divin de direction. 680

84[580-D.3.127].[Les souffrances du directeur]. 681

85[582-D.3.130]. Paternité et filiation spirituelle. 683

86[583-D.3.131]. Écrits des femmes. 685

87[586-D.3.134]. Petitesse et détachement, etc. 686

88[597-D.3.151]. Égalité. 686

89[598-D.3.152]. Abandon. 687

90[602-D.3.156]. Procurer le bien salutaire du prochain. 688

91[606-D.4.131]. Sentir ses misères. 689

92[610-D.4.140]. Douleurs spirituelles pour autrui. 689

93[613-D.4.144]. Communications intérieures et divines. 690

94[616-D.4.156]. Usage des événements et vicissitudes. 692

95[621-D.4.161]. Amour de la nudité. Horreur de l’appropriation. 693

Annexe : Bibliographie des correspondances 695

TABLE DE LETTRES696









LA COMMUNICATION MYSTIQUE CHEZ MME GUYON ET MR BERTOT

Dossier assemblé par Dominique Tronc

2018.

Série Etudes / 212….

(65) Communications (Guyon, Fénelon, Bertot) au 10 février 18.odt



Ce dossier relève des passages sur la transmission vécue par deux principaux mystiques de l’Ecole du Cœur.


Il s’agit de Madame Guyon (extraits de ses Discours, Correspondances I II III, Vie, Justifications) et de Monsieur Bertot (extrait du Directeur mystique).


En tête de chaque relevé j’ai reporté en italiques quelques extraits, « signatures » qui apparaissent dans la table des matières.



49.MAUR DE L’ENFANT-JESUS ECRITS DE LA MATURITE 1664-1689

(66) Maur I Oe de maturité juin 2006.doc

(66) MAUR MATURITE.pdf



Maur de l’Enfant-Jésus, Ecrits de la maturité 1664-1689, coll. « Sources mystiques », Toulouse, Editions du Carmel, 2007, 344 p.



Lettres de direction

Le Royaume intérieur de Jésus-Christ dans les âmes

Deux Traités de la vie intérieure et mystique



[reporté tome II, CARMELS]




50.Maur de l’Enfant-Jésus ENTREE A LA DIVINE SAGESSE

(67) Maur de l’EJ Entrée à la Divine Sagese A EDITER REVU!!2.doc





!Maur de l'EJ Entrée à la Divine Sagesse D & M Tronc (coll.SM Ed.du.Carmel 2008).doc



[reporté tome II, CARMELS





fin

















ETUDESMYSTIQUES III

DOMINIQUE TRONC





Table

Vies de Madame Guyon

Madame Guyon mystique

Madame Guyon en treize tomes















.



VIES DE MADAME GUYON

***************************

.

52.LES ANNÉES D’ÉPREUVES DE MADAME GUYON EMPRISONNEMENTS ET INTERROGATOIRES SOUS LE ROI TRES CHRETIEN [2009]

(68) D Tronc Guyon, Années d'épreuves de Mme Guyon. (Champion 2009).doc



Les années d’épreuve de Madame Guyon, Emprisonnements et interrogatoires sous le Roi Très Chrétien, Documents biographiques rassemblés et présentés chronologiquement par D. Tronc. Etude par Arlette Lebigre. Paris, Honoré Champion, coll. « Pièces d’Archives », 2009, 488 p. [mise en ordre chronologique de pièces de procès incluant les interrogatoires et des témoignages issus de la Vie et de la Correspondance ; ce dossier est précédé d’une synthèse et s’achève sur des témoignages concernant la ‘décennie silencieuse’ vécue à Blois après les prisons.]

Introduction

Présentation du contenu de l’ouvrage

Lors de la célèbre « querelle du quiétisme » qui se déroula durant la dernière décennie du Grand Siècle, Mme Guyon (1647-1717) anima le cercle spirituel auquel appartint Fénelon ainsi que les ducs de Chevreuse et de Beauvillier. Le caractère illustre de ces membres d’un cercle dévot assez large, ainsi que l’opposition calculée de Mme de Maintenon, devenue l’épouse du roi - son confesseur Fénelon donnera un avis défavorable à la publication de cette union - exacerbèrent les dures attaques des pouvoirs royal et ecclésiastique représenté par Bossuet étroitement associés. Il fallait en finir par une condamnation nette qui mette un terme à une affaire devenue publique entre les deux prélats les plus illustres de l’Église de France.

Une procédure judiciaire fut engagée contre la forte tête du cercle. L’enquête porta sur l’accusation d’avoir fondé une secte secrète, une « petite Église » selon l’expression malheureuse de lettres saisies - le protestantisme est encore actif - et sur le fait « criminel » de s’être cachée dans Paris avant la saisie policière du 27 décembre 1695 qui ouvre une longue période de prisons. Le choix d’un tel motif invoqué par le pouvoir est expliqué dans la contribution « Justice et raison d'état. Les vicissitudes d'une enquête » qui achève l’Introduction. Madame Arlette Lebigre y situe le cadre où le lieutenant général de police de Paris La Reynie exerça avec compétence et humanité des interrogatoires qui nous sont parvenus et sont ici publiés dans leur majorité pour la première fois.

Jeanne-Marie de la Mothe-Guyon subira trente-huit interrogatoires (à trois reprises, par l’official Chéron, par La Reynie, par d’Argenson), et elle fut enfermée en cinq lieux différents. Fait exceptionnel, neuf interrogatoires par La Reynie ont été très soigneusement enregistrés devant greffier : on souhaitait clore la « querelle » d’une manière analogue à ce qui était advenu dix ans auparavant à Rome où Miguel de Molinos avait été convaincu de faute morale et condamné, puis avait décoré une vaste cérémonie publique avant de disparaître à jamais. Il fallait donc avoir tous les éléments à charge bien en main.

Aux pièces témoignant du bon fonctionnement de la police du Grand Roi1382 - parfois à ses hésitations face à une défense opiniâtre - et aux p